L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

De 1160 à 1180 (Philippe II dit Philippe Auguste)

 

 

 

► 1160 Mort de la reine Constance de Castille. Constance de Castille (v. 1136-4 octobre 1160, à Paris), reine de France, est la fille du roi de Castille Alphonse VIII. Elle est la deuxième épouse de Louis VII, après Aliénor d'Aquitaine. Leur mariage et son sacre eurent lieu à Orléans en 1154. Elle est mère de Marguerite, successivement mariée à Henri le Jeune, fils de Henri II d'Angleterre, puis roi de Hongrie Béla III. Après un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, elle meurt à Paris en accouchant d'une fille, Adélaïde, future comtesse de Vexin. Le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle est un pèlerinage chrétien, qui mène à la ville de Saint-Jacques-de-Compostelle en Galice (Espagne), où seraient conservées les reliques de Saint Jacques, apôtre du Christ. Avec celui de Rome (via Francigena) et de Jérusalem, c'est l'un des trois grands pèlerinages de la chrétienté.

 

 

Traditionnellement, le pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle se fait à pied et en partant de chez soi. Cependant pour des raisons pratiques les pèlerins se sont rapidement rassemblés sur des voies précises. Des chemins de pèlerinage partent de la plupart des régions d'Europe, au départ entre autres de Liège, Paris, Vézelay, Le Puy-en-Velay. S'il est parcouru depuis le VIIIe siècle par des chrétiens faisant étape dans des monastères qui jalonnent les chemins de Compostelle, le pèlerinage de Saint-Jacques est également devenu une randonnée célèbre, où les marcheurs croisent les amateurs d'art roman.

 

 

 

► 1160 - 13 novembre Mariage de Louis VII avec Alix de Champagne. Alix de Champagne, Adèle, Alix ou Alice de Champagne (vers 1140 - 4 juin 1206, au Palais de la Cité, à Paris), reine de France, est la fille du comte de Champagne et de Blois Thibaut II le Grand et de Mahaut de Carinthie. Elle est la troisième épouse de Louis VII, veuf de Constance de Castille, le 13 novembre 1160 à Paris et sacrée le jour-même.

 

 

 

Elle en profite pour jouer un grand rôle dans la vie politique du royaume et pour mettre en avant ses frères le comte de Champagne Henri le Libéral, le comte de Blois Thibaut V et l'archevêque de Reims Guillaume aux Blanches Mains - en lui obtenant son premier siège, l'évêché de Chartres. Elle marie les deux premiers aux filles qu'a eues Louis VII d'Aliénor d'Aquitaine. Écartée du pouvoir par Philippe Auguste en 1180, elle est cependant régente du royaume, en 1190, lors de la troisième croisade. Au retour du roi, en 1192, la reine Adèle rentre de nouveau dans l'ombre et participe à la fondation d'abbayes.

 

 

 

► 1160 à 1205 - naissance et mort de Peire Vidal, le troubadour le plus original de cette période. Il accepte et se fait passer lui-même pour un peu fou. C'est un grand voyageur.

 

 

 

► 1162 Henri II s'empare du Vexin.

 

 

 

► 1163 Début de la construction de Notre-Dame de ParisNotre-Dame de Paris, est l'église cathédrale de Paris, d'architecture gothique située sur l'île de la Cité. Elle est située sur la place du parvis Notre-Dame. Elle possède des caractères du gothique primitif (voûtes sexpartites de la nef) et du gothique rayonnant : on remarque particulièrement l'audace des arcs-boutants du choeur. Sa façade occidentale est un chef d'oeuvre d'équilibre architectural. La construction, commencée sous le règne de Louis VII par l'évêque Maurice de Sully, a duré de 1163 à 1345. À cette époque, Paris n'était qu'un évêché, suffragant de l'archevêque de Sens. 

 

 

Une cathédrale s'entend comme une église dans laquelle est placé le trône de l'évêque du diocèse. Ce sont les "commune" qui, à partir de 1160, vont ériger les cathédrales gothiques, émanations de leur indépendance, de leur foi et de leur communauté : Lille, Beauvais, Amiens, Reims, Arras, Laon, Chartres, Rouen, etc. Et aussi Paris, ville royale depuis Philippe Auguste. Tout à la fois édifice religieux et lieu d'accueil, la cathédrale est, au Moyen Âge, l'espace de sociabilité par excellence. Les fidèles entrent, sortent, bavardent, font de la musique, ce qui ne les empêche pas d'écouter la parole de l'évêque.

 

 

 

► 1163 Concile de Tours où l'on commence à s'inquiéter de l'hérésie cathare. Hérésie. Elle est le fait de chrétiens qui renient un ou plusieurs dogmes de la foi, et proposent leur vision comme seule conception authentique du catholicisme. En ce sens, l'hérésie a toujours paniqué l'Église car elle est naît à l'intérieur de ses rangs, à l'initiative de chrétiens baptisés. La chasse intransigeante aux hérétiques atteint son paroxysme avec l'instauration de l'Inquisition. Inquisition. "Et pourtant, elle tourne !" s'exclame Galilée à l'issue de son procès devant le tribunal de l'Inquisition (1633), qui l'a sommé de renier sa conception héliocentrique de l'univers.

 

 

Établie pour lutter contre l'hérésie cathare, l'Inquisition est un organisme judiciaire ecclésiastique qui fonctionne par la dénonciation et l'enquête. Elle fait la chasse aux sorcières et aux hérétiques, les arrête, et les menace du bûcher s'ils n'abjurent pas. Après une mise à la question en rigueur, le degré de culpabilité est établi et la peine prononcée. Les pénitences varient du port d'insignes infamants à la prison. Ceux qui n'abjurent pas sont brûlés vifs. L'Espagnol Torquemada reste sans doute l'inquisiteur le plus tristement célèbre.

 

 

 

►1164 Thomas Becket, l'archevêque de Canterbury se réfugie en France suite au conflit qui l'oppose à Henri II d'Angleterre. Thomas Becket (21 décembre 1117 - 29 décembre 1170) fut archevêque de Canturbery de 1162 à 1170. Il engagea un conflit avec le roi Henri II sur les droits et privilèges de l'église catholique romaine et fut assassiné par les partisans du roi. Ami, conseiller et chancelier du roi Henri II d'Angleterre, il devient archevêque de Cantorbéry (Canterbury) et chef de l'église d'Angleterre en 1162. Il s'oppose au roi, qui veut diriger l'Église. Menacé, il se réfugie en France pendant sept ans ; à son retour en Angleterre, des soldats du roi l'assassinent dans la cathédrale de Cantorbéry en 1170.

 

 

 

► 1164 Pierre Le Mangeur écrit 'Historia scholastica'. Pierre Le Mangeur ainsi surnommé en raison de son appétit pour la lecture. Théologien français (Troyes vers 1100 - Paris, vers 1179). Chanoine et chancelier de Paris en 1164. Il a laissé un manuel d'histoire religieuse, 'Histoire scolastique', qui connut un grand succès.

 

 

 

► 1165 Gengis Khan premier empereur mongol. Il utilisa son génie politique et militaire pour unifier les tribus turques et mongoles de l'Asie centrale et ainsi fonder son Empire. Il mena pour cela la conquête de la majeure partie de l'Asie, incluant la Chine, la Russie, la Perse, le Moyen-Orient et l'Europe de l'Est. Son petit-fils, Kubilai Khan, fut le premier empereur de la dynastie Yuan en Chine. Gengis Khan, conquérant mongol. Gengis Khan, Khan des Mongols étendit sa puissance sur l'Asie centrale, la Chine septentrionale et le Turkestan russe. Fondateur d'une lignée de dominateurs, il est l'un des personnages les moins bien connus, mais aussi l'un des plus célèbres, de l'histoire des hommes. Après avoir unifié la Mongolie (l'Ulus mongol) sous son autorité, Gengis Khan organise son empire sur lequel il fait régner une discipline sévère.

 

 

 

► 1165 à 1210 - naissance et mort de Jehan Bodel, écrivain et rédigea entre 1197 et 1200 une chanson de geste romanesque: "La chanson des Saines (Saxon)". C'est un des derniers poèmes épiques qui raconte les péripéties de la guerre victorieuse de Charlemagne contre Guitelin. Puis, il écrit une pièce de théâtre de type bouffon: "Le jeu de Saint Nicolas" entre Mars et Octobre 1200. La première représentation de cette pièce eut lieu le 5 Décembre 1200.

 

 

 

 

►1165 Benoît de Sainte-Maure écrit 'Roman de Troie'. Benoît de Sainte-Maure, qui dédie le 'Roman de Troie' à Éléonor, composera entre 1173 et 1185, une 'Estoire des Ducs de Normandie', commandée par le roi d'Angleterre, s'inspirant des chroniques de Guillaume de Jumièges, Guillaume de Poitiers et Dudon de Saint-Quentin. De ce dernier, il adopte et théorise la tripartition de la société féodale, thème qui sera repris par son proche Étienne de Fougères.

 

 

 

► 1165 Bernard de Ventadour écrit 'Cansos'.

 

 

 

► 1170 29 décembre Assassinat de Thomas Becket. L'archevêque de Cantorbéry Thomas Becket est assassiné au sein même de sa cathédrale par quatre chevaliers anglo-normands fidèles d'Henri II. Bien que ceux-ci agissent sans ordre royal, l'histoire veut qu'ils aient pris cette initiative après qu'Henri II ait prononcé de colère la phrase : "N'y aura-t-il donc personne pour me débarrasser de ce clerc outrecuidant ?".

 

 

Nommé par son ancien ami le roi, Thomas Becket s'aliéna ce dernier lorsqu'il commença à opposer une résistance intransigeante aux Constitutions de Clarendon. Celles-ci prévoyaient en fait de réduire le pouvoir de l'Église et de la faire dépendre du pouvoir royal. Après un exil en France et une série d'excommunications contre les prêtres qui ne le soutenaient pas, Thomas Becket avait pu revenir en Angleterre. Cet assassinat provoqua la colère de l'Église et des croyants, forçant Henri II à faire pénitence publiquement. Thomas Becket sera sanctifié trois ans plus tard.

 

 

 

► 1170 Marie de France écrit 'Lais'. Marie de France est une poète médiévale célèbre pour ses lais - sortes de poèmes - rédigés en ancien français. Elle a vécu pendant la seconde moitié du XIIe siècle, en France puis en Angleterre, où on la suppose abbesse d'un monastère, peut-être celui de Reading. Son oeuvre examine l'amour courtois et relève de la matière de Bretagne.

 

 

 

► 1170 Chrétien de Troyes, Romancier médiéval français, écrit 'Lancelot ou le Chevalier à la charrette', 'Érec et Énide'.

 

 

 

► 1170 Composition du 'Tristan et Iseut' de Béroul. Tristan et Iseut, l'histoire de Tristan et Iseut a traversé les siècles pour intégrer la littérature. D'origine celtique, ce sont les poètes normands qui en ont fait les premières rédactions qui nous sont conservées. Issue de la tradition orale, la très populaire histoire de Tristan et Iseut fait son entrée dans la littérature écrite au XIIe siècle. Plusieurs textes différents ont vu le jour, dont les célèbres versions de Béroul et de Thomas d'Angleterre, certains ont été malheureusement perdus comme celui de Chrétien de Troyes, aucun de ceux qui nous sont parvenus ne sont intégraux. Béroul est un jongleur et conteur de métier normand du XIIe siècle. Il a écrit une version de la légende de Tristan et Iseut dans un dialecte normand dont on a conservé un certain nombre de fragments (environ 3000 vers).

 

 

 

► 1171 Début du règne de Saladin (Salah Al-Din Al-Ayyubi) (fin en 1193). Il renverse la dynastie Fatimide à la tête de l'Égypte, restaure la légitimité des Abbassides et le rite sunnite. Il se proclame sultan d'Égypte et fonde la dynastie Ayyoubides. Au même moment, le calife de Bagdad accorde à Nur ad-Din l'investiture de la Syrie et de l'Égypte. Apprenant la fin de la dynastie Fatimide, le chef de la secte des Assassins, Rachideddin Sinan ("le vieux de la montagne") envoie un message à Amaury Ier de Jérusalem pour lui annoncer qu'il est prêt, avec tous ses partisans, à se convertir au christianisme.

 

 

Les Assassins possèdent alors plusieurs forteresses et villages en Syrie centrale. Beaucoup d'adeptes de la secte, devenus de paisibles paysans, versent un tribut régulier aux Templiers. En promettant de se convertir, le "vieux" espère exempter ses fidèles du tribut, que seul les non-chrétiens sont tenus de payer. Saladin (1137-1193) fonda la dynastie ayyoubide, d'origine ethnique kurde en Égypte et en Syrie. Il est également connu pour s'être battu contre les croisés et l'honneur avec lequel il traitait les vaincus.

 

 

 

► 1173 - 23 juin Siège de Verneuil. Révoltés contre leur père, Henri II d'Angleterre, Henri le Jeune, Richard et Geoffroy, soutenus par Louis VII de France, mettent le siège devant Verneuil. Révolte de 1173-1174 en Angleterrre et Normandie. Les fils d'Henri II se rebellent contre leur père : Révolte de Richard Coeur de Lion en Aquitaine contre son père Henri II d'Angleterre avec l'appui d'Aliénor d'Aquitaine (fin en 1183). En novembre, Aliénor est capturée par son mari alors que, vêtue d'un habit masculin, elle tentait de se réfugier auprès du roi de France.

 

 

La reine est enfermée au château de Chinon (fin en 1189). Révolte des barons en Angleterre et en Normandie (fin en 1174). Guillaume le Lion, roi d'Écosse, fait la guerre à l'Angleterre, mais est capturé et emprisonné à Falaise par Henri II. Il ne sera libéré que contre rançon et reconnaissance de souveraineté. La révolte de 1173-1174 est la rébellion contre Henri II d'Angleterre de trois de ses fils, de son épouse Aliénor d'Aquitaine et de barons qui les soutenaient. Elle dura 18 mois, et fut un échec. Les membres rebelles de sa famille durent se résigner face à sa puissance, et se réconcilièrent avec lui.

 

 

 

► 1174 - 30 septembre Paix de Montlouis. Elle est signée entre Louis VII et Henri II d'Angleterre, roi d'Angleterre. On y réalise le partage des domaines des Plantagenêts entre le roi Henri et ses fils rebelles. Pour sceller la paix, la fille de Louis VII, Adélaïde, doit épouser le fils d'Henri II d'Angleterre, Richard Coeur de Lion. Richard Coeur de Lion, Richard Ier d'Angleterre de 1189 à 1199, duc d'Aquitaine, comte du Maine, comte d'Anjou, né le 8 septembre 1157 au palais de Beaumont à Oxford (Angleterre), mort le 6 avril 1199 lors du siège de Châlus (France). Fils de Henri II d'Angleterre, ou Plantagenêt, et d'Aliénor d'Aquitaine, Richard est élevé en France à la cour de sa mère, dont il devient l'héritier à l'âge de onze ans. Après la mort de son frère aîné, il devient aussi l'héritier de la couronne d'Angleterre, mais aussi de l'Anjou, la Normandie, le Maine.

 

 

Pendant son règne, il ne passera que quelques mois dans le royaume d'Angleterre et utilisera toutes ses ressources pour partir en croisade, puis défendre ses territoires français contre le roi de France, Philippe Auguste, auquel il s'était pourtant auparavant allié contre son propre père. Ces territoires, pour lesquels il avait prêté allégeance à Philippe, constituaient la plus grande partie de son héritage Plantagenêt. Avant d'être roi d'Angleterre, Richard fut donc surtout un prince du continent, surtout désireux d'entrer dans la légende par de hauts faits d'armes.

 

 

 

► 1175 Bertrand de Born écrit Cansos. Bertrand de Born (v.1140 - v.1215), seigneur de Hautefort en Limousin, troubadour qui célèbre l'amour et la guerre. Il fut mêlé aux luttes des fils de Henri II d'Angleterre, et prit parti contre Richard Coeur de Lion pour Henri le Jeune. À la mort de celui-ci, il se réconcilia avec Richard, qu'il soutint à son tour contre Philippe Auguste.

 

 

 

► 1175 à 1221 - naissance et mort de Dominique de Guzman, dit Saint Dominique. Religieux catholique, le fondateur de l'ordre des dominicains. Canonisé par l'Église catholique.

 

 

 

► 1176 Chrétien de Troyes compose "Yvain ou le Chevalier au lion". Grand poète de la littérature courtoise, Chrétien de Troyes s'attelle à la rédaction d'un des plus grands ouvrages du genre. Inspiré des mythes bretons du roi Arthur et de la Table ronde, il donne vie à Yvain, un chevalier qui a choisi l'aventure à l'amour. Il ne pourra reconquérir la main de la belle Laudine qu'en accomplissant de grandes prouesses. "Yvain ou le Chevalier au lion" est l'un des trois romans de Chrétien de Troyes - avec "Lancelot ou le Chevalier de la charrette" et "Perceval ou le conte du Graal" - qui traversera les siècles.

 

 

 

► 1177 à 1236 - naissance et mort de Gautier de Coinci. Bénédictin français, Grand prieur à l'abbaye Saint Médard de Soissons en 1236, il fut un dignitaire ecclésiastique important de la région parisienne. On lui doit des discours édifiants, des récits hagiographiques et surtout un recueil de 58 Miracles de Nostre Dame d'environ 30 000 vers, répartis en deux livres, dont il commença la rédaction vers 1218.

 

 

 

► 1179 - 1er novembre Louis VII fait sacrer son fils Philippe (futur Philippe Auguste) à Reims à qui il laisse le pouvoir. Philippe Auguste, Philippe II, dit Philippe Auguste, né le 21 août 1165 à Gonesse Val-d'Oise, mort à Mantes-la-Jolie Yvelines, France le 14 juillet 1223, fut roi de France de 1180 à 1223, septième roi de la dynastie dite des Capétiens directs.

 

 

 

► 1179 - Troisième concile oecuménique du Latran présidé par Alexandre III. Il tente de résorber le schisme. Innocent III, antipape contre Alexandre III, se fait enfermer. Il impose l'élection du pape par la majorité des deux tiers du collège des cardinaux. Le pape oblige tout les Juifs à porter la rouelle jaune. L'hérésie cathare est condamnée. Le concile jette l'anathème sur les mercenaires (routiers). Le pape interdit le commerce avec les musulmans. Le concile menace d'excommunication ceux qui créeront de nouveaux péages ou augmenteront les tarifs des anciens sans autorisation. Le troisème concile du Latran se tient à Rome en mars 1179, suite à la paix de Venise conclue entre l'empereur Frédéric Barberousse et la Ligue lombarde fomentée par le pape Alexandre III. Il est le XIe concile oecuménique.

 

 

 

► 1179 Fondation de la secte des Vaudois à Lyon. Églises vaudoises, elles sont apparues avec Pierre Valdo ou Valdès, en 1179 dans la paroisse Saint-Nizier à Lyon. Pierre Valdès était un riche marchand. on raconte qu'il vendit ses biens pour suivre l'idéal de pauvreté apostolique, c'est-à-dire en imiter la vie des apôtres. Selon la tradition vaudoise, il se serait fait traduire des passages de la Bible du latin en langue vulgaire, et les aurait appris par coeur. Il commença à prêcher dans les rues de Lyon, acte qui était alors interdit par l'Église catholique. Seuls les prêtres et les clercs, en effet, étaient autorisés à le faire. L'Église toléra dans un premier temps la présence de Valdès et de ses disciples à condition qu'ils ne prêchent plus. Mais, ayant bravé cet interdit, ces derniers furent chassés de Lyon. Ils constituèrent dès lors les premiers vaudois, qui se nommaient eux-même "Pauvres de Lyon". 

 

 

Pierre Valdo (également Pierre Valdès ou Pierre Vaudès selon les sources) dit Pierre de Vaux (1140-1206) est un riche marchand de Lyon. Passant par une crise religieuse, à la suite de laquelle il fit traduire le Nouveau Testament en langue vulgaire, il vendit tous ses biens et devint prédicateur itinérant. D'autres en firent autant. Ce mouvement appelé la fraternité des Pauvres de Lyon rencontra tout de suite de l'hostilité. Ils durent expliquer leur vision de la foi devant un collège de trois ecclésiastiques et notamment des points qui faisaient alors débat au sein de l'Église comme le sacerdoce universel, L'évangile en langue vulgaire, une plus grande pauvreté de l'Institution. Persécutés, chassés de Lyon, Valdo et ses disciples s'installèrent dans les hautes vallées du Piémont, puis, en France, dans le Luberon : l'Église vaudoise est née. Excommuniés par le Concile de Vérone en 1184, sa doctrine fut condamnée par le Concile de Latran en 1215.

 

 

 

► 1180 Au Cambodge, apogée de l'empire d'Angkor. Angkor est l'ancienne capitale de l'Empire khmer qui prospéra du IXe au XVe siècle.

 

 

 

► 1180 invention du gouvernail (Arabie)

 

 

 

► 1180 - 15 Février Édit d'expulsion des juifs.

 

 

 

► 1180 - 28 avril Mariage de Philippe (futur Philippe Auguste), fils de Louis VII avec Isabelle de Hainaut. Isabelle de Hainaut est la nièce de Philippe d'Alsace, comte de Flandre. Elle apporte en dot l'Artois. Philippe d'Alsace, Philippe Ier dit Philippe d'Alsace (° 1143 - † St-Jean d'Acre, 1er juin 1191), fils de Thierry d'Alsace, comte de Flandre, et de Sibylle d'Anjou (†1165). Comte de Flandre 1157 - 1191. Comte de Vermandois par mariage v. 1168 - 1186, à titre viager 1186 - 1191. Son règne correspond à l'apogée et au début du déclin de la puissance féodale flamande. Il lutta avec les visées de Philippe Auguste sur la Flandre, l'Artois et la Picardie. Le problème de sa succession fut au coeur de la politique de la fin de sa vie.

 

 

 

► 1180 - 29 mai Couronnement de Philippe Auguste à Saint-Denis.

 

 

 

► 1180 - 28 juin Traité de Gisors entre Henri II d'Angleterre et Louis VII le Jeune.

 

 

 

► 1180 - 18 septembre Mort de Louis VII à Paris. Au retour d'un pèlerinage, Louis VII prend froid et est terrassé par une hémiplégie. Il meurt paralysé à l'abbaye de Saint-Port. - Avènement de Philippe II (Philippe Auguste) né en 1165, fils de Louis VII et d'Adèle de Champagne, que celui-ci avait épousée après la répudiation d'Aliénor.

 

 

 

► 1180 PHILIPPE II Auguste (1180-1223)

 

 

 

► 1180 Philippe Auguste. Philippe n'a que 15 ans à la mort de son père. Cette même année, avant le décès de son père il épouse Isabelle de Hainaut fille du comte de Flandre. Cela n'empêchera pas celui-ci de comploter avec les comtes de Champagne et de Bourgogne. Malgré sa parenté, Isabelle n'hérite pas de sa tante Isabelle de Vermandois, décédée en 1182. Philippe parvient à faire respecter ses droits et à la suite d'une expédition militaire contre les coalisés (comtes de Champagne et de Bourgogne) obtient par le traité de Boves (1185) le Vermandois, l'Artois et Amiens. Il reprend la lutte contre Henri II d'Angleterre en soutenant Richard Coeur de Lion révolté contre son père (1187-1189).

 

 

 

En 1189 Henri II meurt et Richard lui succède. A la demande du pape, il part pour la troisième croisade avec Richard Coeur de Lion pour délivrer Jérusalem tombée aux mains de Saladin. C'est l'Archevêque Guilaume de Reims qui sera régent en son absence. En 1190, Philippe rencontre des succès devant Saint Jean d'Acre et décide de rentrer. Il quitte la Terre Sainte le 31 juillet 1191. Richard qui n'a pas eu son content de gloire poursuit sa lutte au cours de laquelle il conquiert son surnom, Coeur de Lion. Ayant obtenu de Saladin un accord d'accès aux lieux saints et quelques concessions territoriales Il décide de rentrer en octobre 1192.

 

 

A son retour, son bateau est jeté par la tempête sur la côte dalmate (Croatie) il est fait prisonnier par le duc d'Autriche avec lequel il était en hostilité qui le remet aux mains de l'Empereur d'Allemagne. Pendant ce temps le frère de Richard, Jean sans Terre, personnage à demi fou, a pris le pouvoir. Philippe continuant à jouer la division dans le camp anglais le soutient, en retour Jean lui fait des concessions territoriales. Il mène également une action auprès de l'empereur d'Allemagne pour qu'il garde Richard le plus longtemps possible. Au retour de Richard qui récupère son trône la guerre reprend, il fait construire une forteresse sur la Seine, clé de la Normandie (Chateau Gaillard). Elle sera achevée en 1198 et entreprend des expéditions mais il se fait tuer au siège de Chalus en Limousin. Jean lui succède.

 

 

Au cours de la bataille de Fréteval remportée par Richard, tous les bagages de Philppe Auguste tomberont aux mains des Anglais. Ceux-ci comprenaient notamment tous les documents constituant l'histoire du royaume et notamment les chartes qui suivaient le roi dans tous ses déplacements. Richard Coeur de Lion meurt le 6 avril 1199. Il avait été blessé au siège de Châlus en Limousin le 26 mars d'un carreau d'arbalète. La succession de Richard qui n'a pas de descendance est revendiquée par le petit-fils de Henry II, Arthur de Bretagne fils de Geoffroi l'ainé et Jean Sans Terre frère cadet de Richard. Jean soutenu par sa mère, Aliénor d'Aquitaine, finit par être couronné Roi d'Angleterre le 27 mai 1199.

 

 

Philippe Auguste conformément à sa technique qui consiste à créer des dissensions chez les Anglais, s'empresse de soutenir Arthur. Pour être reconnu comme roi d'Angleterre par Philippe Auguste, Jean Sans Terre conclut le traité du Goulet avec Philippe Auguste lui cèdant le Vexin normand, Évreux et des possessions en Auvergne et en Berry. Malgré cela, Philippe fidèle à sa politique soutient Arthur neveu de Richard contre Jean. Le comte d'Angoulême (vassal de Jean Sans Terre) voulant marier sa fille, Isabelle d'Angoulême, à Hugues de Luzignan (vassal de Philippe Auguste) le Poitou risquait alors de devenir français coupant ainsi la continuité des possessions anglaises en France (Normandie - Aquitaine).

 

 

Jean déclare alors qu'il veut épouser la fille en question et le comte son père qui est le vassal de Jean est bien obligé d'accepter (Août 1200). Hugues de Luzignan frustré se plaint au roi de France. Heureux de cela Philippe décide de traduire Jean en Cour de France. Jean ne se présente pas et Philippe lui confisque la Normandie et les autres possessions anglaises en France et les attribue à Arthur de Bretagne. Plus difficile est de faire appliquer ces décisions. Arthur est vaincu par Jean qui le fait prisonnier et le met à mort. Philippe en profite pour juger à nouveau Jean et lui confisque la plupart de ses biens en France.

 

 

En 1206 les anglais ne possèdent plus sur le continent que la Guyenne (nom anglais de l'Aquitaine). Jean se coalise avec Othon Ier Empereur Germanique et avec le comte de Flandre contre Philippe. Les troupes françaises prises entre deux feux doivent se scinder en deux l'une menée par le futur Louis VIII, fils de Philippe qui vainc Jean à La Roche aux Moines le 2 juillet 1214 coupant ainsi toute possibilité d'unification des forces coalisées. Louis poursuit les Anglais jusqu'à Londres qu'il occupe sans problème. Philippe commande l'autre armée qui est renforcée par des milices populaires constituées par les villes affranchies qui craignaient une invasion.

 

 

Philippe vainc les coalisés à Bouvines contraignant Othon à s'enfuir et à reconnaître les possessions françaises. Le comte de Flandre est fait prisonnier, enfermé au Louvre et ses états rattachés à la couronne. Philippe Auguste fait de Paris sa capitale. Il favorise le commerce. A Paris, il fait construire la tour du Louvre pour protèger la Seine et ses marchands, il fait paver les voies de communication et construire une enceinte autour de la ville. Il favorise l'évolution de la Bougeoisie.

 

 

Lorsqu'il part en croisade il confie à 6 bourgeois de Paris la garde du trésor et du sceau royal pendant son absence. Paris bénéficie alors d'un renom internationnal, des étudiants de partout viennent à l'Université française à laquelle Philippe accorde des privilèges. Il fait régner la justice favorisant souvent le petit contre le grand, il est considéré comme le protecteur des villes. L'extension du commerce, la France est maintenant le chemin naturel entre le sud et le nord, entre l'Italie et la Flandre ce qui crée un afflux monétaire, les prix montent et les agriculteurs vendent mieux leurs produits. Grâce à ces revenus supplémentaires ils peuvent acheter leur liberté.

 

 

On peut constater un reflux de la féodalité favorisé par le roi. La France est en Europe le pays le plus riche et le plus peuplé. Dans le sud de la France l'hérésie cathare se développe. Le pape Innocent III appelle à la croisade. Les barons du nord viennent en nombre attirés par les terres du midi et la soif de pillage. Ils sont menés par Simon de Montfort (Simon IV le Fort Comte de Montfort). Bientôt ils assiègent Toulouse et vainquent les princes cathares. En 1215 ils font leur entrée dans Toulouse qu'ils pillent.

 

 

Les Languedociens se révolteront rapidement, Simon le pillard sera tué, son fils s'enfermera dans Carcassonne et fera appel à Philippe Auguste promettant le rattachement des terres du Midi à la couronne. Philippe refusera ne voulant pas faire la guerre au peuple mais surtout ne voulant pas laisser le royaume sans défense face à l'Anglais. En 1193 Philippe Auguste épouse Ingeburge de Danemark le 15 août dans la cathédrale d'Amiens, le lendemain ils sont couronnés par l'Archevêque de Reims et le surlendemain Philippe annonce sa volonté de se séparer de Ingeburge.

 

 

Il la séquestre dans le monastère de Saint-Maur-des-Fossés. Le 5 novembre une assemblée présidée par l'Archevêque de Reims conclut à la nullité du mariage. C'est dans la période de 1194-1196 qu'apparaît dans les écrits la cérémonie de l'adoubement. En 1215 se tient le troisième concil du Latran (palais romain résidence des papes à cette époque) au cours duquel il est décidé la publication des bans afin d'éviter les mariages consanguins. Philippe Auguste meurt en 1223 il laisse le domaine royal quintuplé.

 

 

 

► 1180 Lorsque Philippe II monte sur le trône (1180-1223), des forces nouvelles sont en place, dont il saura diriger l'élan pour consolider définitivement la royauté française. Par une succession d'alliances matrimoniales éminemment politiques, la monarchie a réalisé une synthèse entre les trois dynasties : mérovingienne, carolingienne et capétienne. Les racines de la maison capétienne plongent solidement dans un passé fabuleux. La gloire de Charlemagne et de Roland, toujours chantée par les trouvères dans les manoirs ou sur les places de village, rejaillit sur la maison royale. L'éclatante victoire de Bouvines (27 juillet 1214) sur la coalition anglo-allemande, suivie par quelques grands feudataires du royaume, a suscité une immense liesse populaire.

 

 

Auréolé de gloire, Philippe prend le titre d'"Augustus". Il est considéré comme le sauveur du pays contre l'ennemi anglais. Les conquêtes réalisées sur l'empire "angevin" des Plantagenêts semblent définitivement acquises. En moins de trente années, la monarchie a atteint les rivages de la Manche, de l'Atlantique et de la Méditerranée. Le domaine royal a quadruplé, avec en son centre l'Ile-de-France, la région des plus grasses terres du royaume. Plus qu'aucun de ses grands vassaux, le roi est désormais riche et puissant.

 

 

A l'extérieur de ce que l'on commence à appeler la France, la puissance capétienne en Occident est respectée et son prestige reconnu. A l'intérieur du royaume le souverain détient l'autorité suprême. Le pape Innocent III déclare : "De notoriété publique le roi de France ne reconnaît au temporel aucune autorité supérieure à la sienne". Extension du territoire et unification du pays sont les tâches majeures accomplies par Philippe Auguste. Les grands barons, dont nombre se livraient au pillage ou fomentaient des guerre civiles, sont enfin soumis.

 

 

Le roi, que la cérémonie du sacre place au-dessus de tous, ne doit l'hommage à personne, mais ses sujets sont obligés de respecter les rites et les obligations de la vassalité. De bas en haut de l'échelle sociale les hommes vivent sous le régime de la féodalité. Seigneurs, hommes libres ou serfs sont assujettis à des lois de subordination créant des droits et des devoirs entre eux. Une stricte hiérarchie existe également entre seigneurs eux-mêmes (ducs, marquis, comtes, châtelains). Par le contrat vassalique, suzerain et vassal s'engagent par "l'hommage" et le "serment de fidélité". Le vassal doit à son seigneur "aide" et "conseil".

 

 

L'aide, ou "ost", c'est avant tout le service militaire. C'est aussi une contribution financière, dont la plus courante consiste à réunir la rançon d'un seigneur fait prisonnier. Le conseil oblige le vassal à siéger à la cour seigneuriale ("plaid" de justice). En retour le seigneur doit au vassal "protection" et "entretien", ce qui se traduit par la concession gratuite de terres. Ce fief, concédé à l'origine de manière viagère, est devenu progressivement un bien héréditaire. Si les seigneurs, maîtres en leur domaine, peuvent exercer le pouvoir de commander et de punir, tous, du plus petit au plus grand, doivent rendre un hommage prioritaire au seigneur-lige, c'est à dire au roi.

 

 

Dans les structures médiévales la chevalerie est une caste à part. Née au début du XIe siècle en Occident, elle se développe considérablement au XIIe siècle. Qu'il appartienne à la haute aristocratie ou à un lignage de moindre importance, le chevalier doit être suffisamment riche pour acquérir un équipement très coûteux (heaume, haubert, lance, épée, baudrier) et un cheval de combat. Car le chevalier est avant tout un homme de guerre. Dès l'enfance il apprend à manier des armes et à supporter le port de l'armure.

 

 

Très tôt la chevalerie prend un caractère sacré que lui confère le rite de l'adoubement, au cours duquel un jeune écuyer est intronisé chevalier. En même temps qu'il jure de sa foi chrétienne, de défendre l'Église, de protéger son seigneur et les pauvres, il reçoit ses armes et des éperons bénis par un prêtre. Faire partie de la chevalerie c'est partager un même idéal (valeur militaire) et respecter un même code moral (loyauté au combat, mépris du profit, idéalisation de l'amour humain). A la suite des différentes croisades, les chevaliers, engagés dans la lutte contre les Infidèles, sont devenu de redoutables "Soldats du Christ", ce qui conduira à la création d'ordres religieux militaires (Templiers).

 

 

Constituée à l'origine par des éléments issus de la noblesse, la chevalerie a progressivement ouvert ses rangs à des gentilshommes de plus modeste naissance, petits hobereaux ou seigneurs de village. Une nouvelle classe est née de paysans qui se sont considérablement enrichis, ont acquis des terres, puis, pour les plus entreprenants, une châtellenie. Quelques uns ont ainsi pu accéder à la chevalerie. Les exemples sont encore très rares d'une spectaculaire promotion sociale en ce début du XIIIe siècle. Mais une prospérité générale et un formidable dynamisme dans tous les domaines marquent le règne de Philippe Auguste et la fin du siècle.

 

 

Tout d'abord l'expansion démographique fait un bond et se poursuit sans désemparer. Cette montée de la population est un facteur essentiel de la croissance économique. Entre population et ressources du sol, l'équilibre est atteint. On pioche, on laboure, on sème, on multiplie les rendements. On arrache à une nature hostile des terres nourricières au détriment des forêts, des landes, des marécages. Nourrir une population en progression et exploiter ce nouvel espace agricole nécessitent des améliorations décisives. L'outillage se perfectionne (charrue à soc métallique), les bêtes de trait se généralisent (le cheval supplante le boeuf), les labours s'organisent (assolement triennal), des cultures plus lucratives que les céréales s'étendent (vigne, lin, chanvre et plantes tinctoriales), les moulins hydrauliques et les fours à pain couvrent les campagnes.

 

 

Dans le même temps les rapports entre seigneurs et paysans se modifient. Le système des corvées, ou “tailles”, dues au maître est progressivement remplacé par le salariat et des manoeuvres agricoles se louent de domaine en domaine. A force de lutte et à renfort de deniers, l'émancipation paysanne se réalise par l'institution de “franchises” passées entre seigneur et paysans et dont les chartes fixent et limitent les exigences seigneuriales. Sur les tenures ou concessions de terre louées aux maîtres, les hommes libres peuvent disposer du fruit de leur travail et s'enrichir ; les serfs s'affranchissent plus progressivement.

 

 

Le “vilain” (de “villa”, qui désigne le domaine rural), bénéficie en premier des surplus de l'agriculture. La famille paysanne qui s'accroît mange désormais régulièrement à sa faim et un sensible mieux-être se manifeste dans les conditions d'existence. Dans la maison où le récent usage du verre à vitre apporte de la clarté, on prend le temps de s'asseoir et d'échanger entre voisins des nouvelles autour du tout nouveau foyer de la cheminée ; foyer où règne la femme et dont le rôle au sein de la communauté familiale et rurale s'est fortement affirmé.

 

 

Les plus riches demeures paysannes s'équipent en meubles, encore grossièrement façonnés mais plus nombreux, en toutes sortes d'ustensiles de cuisine ; dans les coffres de bois sont enfermés des vêtements taillés dans un drap plus fin et rendus plus pratiques depuis l'invention du bouton ; on montre avec fierté l'acquisition d'un miroir de verre et non plus de métal poli. La paysannerie se regroupe en paroisses rurales, encadrées par le clergé et sous l'autorité d'un maire, où jouent pleinement la solidarité et le travail collectif.

 

 

Mais souvent le prix de la liberté à payer au seigneur (le “ cens ”, redevance foncière) était trop cher, comme étaient lourds les impôts dus au clergé (la dîme). Aussi de nombreux paysans ruinés vont rejoindre les bandes de mendiants aux portes des villes, ou verser dans le brigandage sur le chemin des forêts. L'espace forestier, malgré les progrès du défrichement, occupe la majeure partie du royaume. Les grandes voies qui le traversent ne suffisent plus aux échanges commerciaux qui se sont beaucoup développés.

 

 

Parallèlement, un réseau nouveau de routes se constitue, qui relie villages, châteaux, bourgs, abbayes, ports et grandes cités. Ponts, digues et embarcadères sur les rivières sont partout construits et facilitent encore le trafic. Des chariots aux roues renforcées par des lames métalliques et tirés par des chevaux ferrés assurent mieux l'acheminement des marchandises. La sécurité des caravanes marchandes qui sillonnent le territoire est assurée par les marchands eux-mêmes, regroupés en "gildes" ou "frairies" et armés contre d'éventuels concurrents pillards ou seigneurs avides.

 

 

Les foires sont les lieux privilégiés des rencontres marchandes et les centres de commerce entre le monde nordique et le monde méditerranéen. D'une durée de une à six semaines, les foires se tiennent à proximité immédiate de la ville et se succèdent tout au long de l'année. Champagne et Brie sont les deux pôles de l'activité la plus intense. De tout le royaume, et de l'étranger, on vient commercer à Provins, Troyes, Bar-sur-Aube ou Lagny-sur-Marne où l'on trouve quantité de marchandises : laines, draps de luxe, ustensiles en métal, épices, cuir travaillé, soieries, fourrures, produits tinctoriaux. L'essor de la circulation et des échanges a déterminé la montée spectaculaire des villes.

 

 

A aucune autre époque les créations urbaines n'ont été aussi nombreuses qu'alors. Ces “ville-neuves” ou “ville-franches”, qui se sont gonflées du trop plein des campagnes surpeuplées, sont les centres nerveux de la vie régionale. Des bourgades ont grandi et peuvent abriter quelques milliers d'habitants. Au coeur des cités, des maisons à étages se disputent la moindre parcelle d'espace vide. Au delà des enceintes, des faubourgs grossissent démesurément. Les "gens du bourg", d'où vient leur nom de bourgeois, exercent presque tous un "métier" : ce mot est du temps et désigne une activité économique spécialisée, distincte du labeur commun, celui de la terre.

 

 

Les gens d'un même métier se regroupent en corporations qui réglementent leur professions et dont le pouvoir va s'étendre fortement au Moyen Âge. Les villes abritent autour de leurs marchands une très grande diversité d'entreprises artisanales. Les industries du vêtement, du cuir, des métaux ou du bois ont chacune leurs nombreux spécialistes. Petites manufactures, ateliers groupés dans une même rue, échoppes et comptoirs marchands occupent une grande partie de la cité. Si la plupart de ces activités sont encore pauvres en moyens et en capitaux, ce n'est pas le cas de la draperie.

 

 

Activité de pointe du monde occidental, la "grande draperie" va s'implanter dans les villes de Rouen, Amiens, Beauvais, Châlons-sur-Marne et Reims. Elle va également susciter une quantité d'emplois : fileurs, peigneurs, tisserands, foulons, tendeurs et teinturiers, tous dépendants du marchand drapier qui fournit la matière première et fixe le prix du travail. Riche de ses nombreuses activités, forte d'un négoce et d'un artisanat florissants, la ville va s'émanciper à son tour. Cette liberté, arrachée à prix d'argent à la tutelle des seigneurs locaux par les bourgeois, trouve son expression dans le mouvement "communal".

 

 

La commune résulte d'une association jurée entre les habitants d'une ville pour la défense de leurs intérêts collectifs, le droit de s'administrer elle-même et de rendre justice. Plus ou moins suivie selon les régions, l'émancipation urbaine se développe cependant rapidement. De nombreuses villes moyennes et grandes ont acquis le statut de commune. A l'exception de Paris. A Paris, comme dans tout le royaume, Philippe Auguste est maître. Paris est la ville où il est né, dont il a fait sa capitale. Le roi y séjourne désormais quand il ne chasse pas sur les terres de son domaine d'Ile-de-France.

 

 

Plus qu'aucune autre, la ville subit le dynamisme général, se transforme et s'embellit. L'expansion est désordonnée, le roi l'organise. Une nouvelle muraille entoure le quartier marchand et cerne celui des écoles. La grosse tour du Louvre est édifiée pour défendre le passage de la Seine. Les rues principales sont pavées, les nouvelles halles fortifiées. Gonflés par l'afflux de nouvelles populations, les faubourgs hier disséminés ne forment plus qu'un bloc. Combien sont-ils ces Parisiens ? Sans doute plus de 50 000, et Paris est sans conteste la ville la plus vaste et la plus peuplée d'Occident.

 

 

Autour de la toute neuve cathédrale Notre-Dame (achevée en 1230), et de chaque coté de la Seine, apparaissent paroisses et églises. L'île de la Cité abrite le palais du roi, dont les bâtiments et les écuries prennent place parmi les jardins et les vergers. Dans le palais sans cesse agrandi s'installent à demeure les nouveaux services de la royauté, les clercs et les officiers du roi. Ce centre du pouvoir, enfin fixe, facilite les tâches du gouvernement et de l'administration. Dans ses méthodes et son esprit, l'administration royale s'est totalement transformée. Elle s'est rendue singulièrement efficace par l'institution des "baillis".

 

 

Ces baillis ou sénéchaux sont des agents gagés par le roi, fréquemment mutés et révocables. Ils sont issus de la noblesse, mais doivent leur fortune au roi qui les emploie, et dont ils deviennent naturellement les plus ardents défenseurs. Les baillis ont pour mission d'administrer les provinces, de surveiller les vassaux, le clergé et les communes, de faire exécuter les décrets royaux. Ils président aux tribunaux, sont chefs de police, et surtout gestionnaires des finances royales dont ils rendent compte devant la cour plusieurs fois l'an.

 

 

Pour remplir leurs multiples fonctions ils ont acquis des rudiments de comptabilité et des connaissances juridiques. Ils sont secondés par un personnel spécialisé et par des clercs, tous conscients de leur valeur et séduits par le pouvoir qu'ils servent. Et tous apportent au roi une arme redoutable : l'écrit. Les actes émanant de l'Administration se comptent maintenant par milliers et constituent de précieuses archives, enfermées au Temple comme l'est également le trésor royal.

 

 

La capitale agit comme un aimant sur les grands vassaux qui construisent des hôtels pour y séjourner et profiter des agréments de la ville. La présence de la cour, le passage des barons et des évêques stimulent l'artisanat de luxe et intensifient le commerce. Le système monétaire s'est stabilisé et adapté aux réalités commerciales nouvelles. La forte monnaie royale, "parisis" ou "tournois", se substitue aux "deniers" locaux frappés dans des dizaines d'ateliers seigneuriaux. Sur le Grand Pont, l'activité est intense autour des boutiques de changeurs qui s'y sont installées. Paris est devenu le plus grand centre artisanal du royaume : une centaine d'associations professionnelles réunit près de cinq mille maîtres artisans.

 

 

L'aménagement des berges de la Seine et les nombreux débarcadères développent encore les liaisons avec les grandes foires marchandes de Champagne. Bien que très puissant, le prévôt des marchands est contrôlé par le prévôt royal qui gère la ville au nom du roi. Philippe Auguste a cependant associé des riches bourgeois à la gestion de Paris et même appelé certains à faire partie de son Conseil de régence, à l'égal des barons. Capitale royale, centre politique et foyer économique, Paris est aussi le carrefour de la culture.

 

 

Ses activités intellectuelles y ont une place essentielle. Paris a ses cercles poétiques, ses écoles, son milieu cultivé, ses tournois philosophiques. L'enseignement se dispense partout, dans des locaux loués par des maîtres (fondations religieuses, cloîtres, églises) mais aussi dans les rues et sur les places. Animés par la passion de la connaissance, les étudiants viennent de l'Europe entière. Issus de toutes origines sociales, Scandinaves, Anglais, Italiens, Espagnols, Allemands se mêlent aux Français venus de toutes les régions du royaume.

 

 

Les plus pauvres s'engagent comme serviteurs ou répétiteurs pour gagner quelques deniers dans leurs moments de liberté. Les plus fortunés trouvent à se loger dans le quartier de la Montagne Sainte-Geneviève où s'est déplacé le foyer d'études et où se multiplient les logeurs, les fabricants de livres et d'encre. Maîtres et étudiants combattent ensemble pour établir leurs statuts : définir les disciplines d'études et défendre leurs intérêts. Ils se sont regroupés en une association semblable aux corporations professionnelles des villes et ont formé une "conjuration" qu'on appelle dès 1208 l'Université.

 

 

Dans les bagarres, le sang et les grèves prolongées, l'Université a enfin pu naître, gagner sa reconnaissance officielle et son autonomie. Elle s'ordonne autour de quatre facultés : Théologie, Droit, Médecine, Arts (enseignement de la rhétorique, la dialectique, la littérature et avant tout la philosophie). Bientôt l'Université va introduire l'étude révolutionnaire de la logique formelle d'Aristote, de ce qu'on tient alors pour "science" et qui va provoquer une autre façon de vivre et de comprendre le monde.

 

 

Grâce au prestige de ses maîtres, Paris est considérée comme le "grand atelier d'Occident" d'où rayonne la culture. Comme la culture est de Paris, l'art en architecture est de l'Ile-de-France. Après avoir assimilé les découvertes artistiques des pays du sud, L'Ile-de-France voit l'éclosion d'un style nouveau : le gothique. L'innovation de l'arc-boutant permet d'ériger des églises et des cathédrales aux voûtes vertigineuses. La nef de Notre-Dame peut ainsi s'élever d'un élan inouï, jusqu'à 32 mètres. De "l'obscurité" romane, l'édifice religieux passe à la "lumière" gothique.

 

 

Les architectes s'attachent à percer de fenêtres les façades des églises ou des abbatiales pour laisser couler la lumière qui est le lien parfait entre l'homme et Dieu, "pour éclairer les esprits et les mener par les vraies lumières à la lumière véritable du Christ". L'abbatiale de Saint-Denis est le modèle de cet art gothique nouveau et de toute la lignée des cathédrales qui sortent de terre, comme Noyon, Senlis, Laôn, Chartres. Pour les faire "resplendir d'une merveilleuse lumière ininterrompue" les maîtres verriers font des prodiges. Pour orner l'intérieur de ces murs, peintres et sculpteurs travaillent à un nouveau thème : la nativité.

 

 

Pour y louer le Seigneur, la musique polyphonique emplit tout l'espace architectural d'une étonnante floraison. Comme se propage partout dans le royaume l'art gothique, se diffuse une nouvelle littérature à la cour du roi et à celle de fastueux et lettrés seigneurs de province. Les "chansons de geste", ces longs poèmes épiques célébrant les exploits de héros associés à l'histoire de la France royale, sont peu à peu remplacées par un nouveau genre : le roman "courtois". A la Chanson de Roland se substitue le Roman de la Rose de Guillaume de Lorris ou le Lancelot ou le Perceval de Chrétien de Troyes. Les troubadours y exaltent les valeurs de la "courtoisie": le culte de la femme, la fidélité dans les relations amoureuses, un art nouveau de savoir-vivre, une forme d'élégance morale et l'idéal de la chevalerie qui reflète au plus haut degré la société féodale du XIIIe siècle.

 

 

 

► 1180 à 1189 - Les premières années du règne furent employées par le jeune roi à lutter pour le rabaissement de Henri II d'Angleterre, qui mourut en 1189 et eut pour successeur Richard Ier, Coeur de Lion. A l'intérieur, il fortifia les institutions sur lesquelles reposait la monarchie et amorça les réformes heureuses et les créations qui ont fait de lui un des rois auxquels la France doit le plus.

 

 



06/02/2021
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