L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

HISTOIRE - Flash-back


Franceinfo - le vendredi 28 juin 2019

 

 

La signature de la paix à la fin de la Première guerre mondiale, le 28 juin 1919, a changé la donne pour l’Afrique

 

 

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Laurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

 

Il y a tout juste un siècle, les belligérants de la guerre de 1914-1918 signaient un traité de paix à Versailles

 

 

 

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Le président du Conseil français, Georges Clémenceau, signe le traité mettant fin à la Première guerre mondiale le 28 juin 1919 dans la galerie des Glaces au château de Versailles. (AFP - ARCHIVES SNARK)

 

 

 

 

Le traité, résultat de cinq mois de négociations à Paris, accorde le 28 juin 1919 aux Français et aux Britanniques les colonies africaines de l’Allemagne. Ce qui n’est pas sans conséquence pour l’ensemble des possessions européennes en Afrique. Entretien avec Emmanuelle Sibeud, professeure d’histoire contemporaine à l’université Paris VIII.

Franceinfo Afrique : en 1914, toute l’Afrique est colonisée par les Européens, à l’exception de l’Ethiopie…

Emmanuelle Sibeud : depuis le début du XXe siècle, la colonisation s’est stabilisée. Les administrations coloniales grossissent. Pour autant, à partir de 1905, des réseaux philanthropiques s’alarment de la situation dans les deux Congo (français et belge) exploités à outrance par des compagnies privées avec le soutien des administrations. A la même époque a lieu le génocide des Héréros et des Namas en Namibie, alors territoire allemand. Ces réseaux demandent des comptes dans une logique réformiste: sur ce qui se passe en Afrique et sur la manière dont on colonise. Ils nouent également des contacts en Afrique de l’Ouest en particulier, avec tous ceux qui sont les intermédiaires locaux de la colonisation, instituteurs, employés, mais aussi des avocats comme le Ghanéen Joseph Casely-Hayford qui circule beaucoup en Europe ou aux Etats-Unis.

 

 

 

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Tirailleurs sénégalais pendant la Première guerre mondiale (SELVA)

 

 

 

Survient la guerre…

 

 

On assiste alors à des évolutions très contradictoires. Les élites que je viens d’évoquer espèrent que la guerre va conforter leur position d’intermédiaires.

 

 

Du côté des colonisateurs britanniques, au contraire, on est très réticent à laisser des troupes de couleur combattre en Europe. Un dixième seulement des soldats indiens (les plus aguerris dans l’armée britannique) est envoyé en France. Autre cas révélateur : les Sud-Africains noirs sont utilisés en France comme sapeurs, non comme combattants.

 

 

De son côté, l’armée américaine est explicitement ségrégative.

 

 

Quant aux Français, ils ont une attitude ambivalente. Les troupes coloniales – 164 000 tirailleurs africains et 173 000 algériens - combattent, mais elles représentent seulement 6% des 8,5 millions de soldats engagés. Il n’y a pas de ségrégation à l’intérieur des tranchées, mais celle-ci s’exerce autrement.

 

 

Ainsi, les soldats coloniaux, pourtant présentés dans l’opinion de manière favorable, hivernent (notamment à Fréjus dans le sud de la France) à l’écart des populations civiles. Ils sont soignés à part. Il n’y a pas d’infirmières auprès d’eux, ceci pour éviter des relations entre hommes noirs et femmes blanches, et des enfants métis ! Les plus ségrégués sont les travailleurs coloniaux, très surveillés. Ces derniers effectuent des tâches dangereuses (notamment dans les usines d’armement, NDLR). Cette discrimination officielle contribue aux relations tendues et aux incidents avec les populations ouvrières françaises qui les accusent d’accepter des salaires très bas et de prendre la place des soldats envoyés au front. 

 



En fait, chez les Français, il y a un double discours. D’un côté, les soldats coloniaux sont mis en valeur et défendus par l’autorité militaire. Mais de l’autre, les officiers français reçoivent comme instruction de respecter le fonctionnement ségrégatif de l’armée des Etats-Unis, par exemple, de ne pas serrer la main des officiers afro-américains. Ceci provoque une protestation officielle à la chambre des députés, mais dans la pratique tout le monde accepte que les "indigènes" soient mis à l’écart.

 

 

 

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Militaires américains dans un hôpital de campagne en France en septembre 1918 pendant la Première guerre mondiale (HO / THE NATIONAL ARCHIVES)

 

 

 

On proteste également contre la campagne internationale dénonçant la présence de soldats africains dans les troupes d’occupation françaises en Rhénanie en 1921, la "schwarze Schande" ou "honte noire". Mais on refuse l’autorisation de se marier aux tirailleurs qui ont eu un enfant avec une Allemande.

 

 

Les formes coloniales de ségrégation raciale arrivent donc en métropole à la faveur de la guerre, autour des soldats et surtout des travailleurs coloniaux. La guerre amplifie et accélère le processus plus diffus d’identification des Européens à la race blanche par opposition avec les populations de couleur. Des cohabitations anciennes sont jugées inacceptables. Par exemple, des émeutes visent les marins indiens présents de longue date dans des ports comme Liverpool.

 



Les élites coloniales voient ainsi se rétrécir singulièrement ce que vous appelez le "champ des possibles"…

 



Là-encore, la France a une attitude très ambivalente. Bien qu’il y ait eu d’importantes révoltes contre la conscription, en particulier en Afrique de l’Ouest, la guerre a montré que cette mesure était possible et elle est généralisée dans toutes les colonies à partir de 1919. Les anciens combattants sont pourtant bien mal récompensés. Ils sont surveillés de près à leur retour au pays pour les faire rentrer dans le rang. 

 



En outre, il n’est pas question de leur accorder la citoyenneté. Tout au plus octroie-t-on aux anciens combattants algériens le droit de participer aux élections locales. On avance l’argument que les populations colonisées ne voudraient pas de la citoyenneté française parce qu’elle implique d’accepter le Code civil, et donc de renoncer au droit coutumier. L’inégalité de statut entre citoyen et sujet serait donc une concession faite aux populations colonisées. Le culturalisme s’avère un instrument d’exclusion bien plus efficace que le racisme biologique !

 



A cette époque, les bolchéviques et le président américain Woodrow Wilson font l’éloge du droit des peuples à l’autodétermination. Quel écho cela a-t-il dans les colonies ?

 



Les Quatorze points du président Wilson ont eu un impact énorme auprès des élites des populations colonisées. Celles-ci, qui veulent trouver leur place au sein des empires coloniaux, sont alors prêtes à entrer dans le processus des discussions de paix. Mais elles vont en être écartées.

 

 

Dans le même temps a lieu, en février 1919, un Congrès panafricain en marge des négociations de Paris. La manifestation est autorisée par Georges Clémenceau, au moment où ces négociations sont plus ou moins à l’arrêt, Wilson étant retourné aux Etats-Unis. On y trouve le député du Sénégal Blaise Diagne qui pense pouvoir faire évoluer progressivement les choses dans le cadre colonial.

 

 

 

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Vie quotidienne d'une troupe de tirailleurs sénégalais dans l'armée française pendant la Première guerre mondiale (AFP - SELVA / LEEMAGE)

 

 

 

Autre participant influent à ce Congrès panafricain : le sociologue William Edward Burghardt Du Bois, diplômé de l’université d’Harvard et premier Afro-Américain à obtenir un doctorat. Il avait conseillé aux Afro-Américains de s’engager dans l’armée américaine pour prouver que ceux-ci étaient capables de se battre et d’être citoyens. A Paris, où il a été accrédité comme journaliste, il propose que l’on attribue aux élites noires les territoires du centre de l’Afrique. Du Bois explique qu’éduquées et christianisées à l’occidentale, ces élites sont capables de gérer ces territoires pour le compte de la Société des Nations (SDN).

 



Ce rêve va vite se dissiper…

 

 

Absolument ! Aux Etats-Unis, on va assister à des lynchages d’anciens combattants afro-américains.

 

 

Assiste-t-on alors, en Afrique, à la naissance de mouvements nationalistes ?

 

 

Non, en 1919, les élites se pensent plutôt comme des intermédiaires à l’intérieur des empires coloniaux. Le député du Sénégal Blaise Diagne se considère, par exemple, comme le représentant de toute l’Afrique de l’Ouest sous domination française. De son côté, Joseph Casely-Hayford plaide pour une fédération britannique d’Afrique de l’Ouest qui pourrait devenir un dominion (ensemble de colonies disposant de l’autonomie via un parlement fédéral).

 

 

Mais ce qu’apprennent les élites coloniales dans le processus des négociations de paix et de la création de la SDN, c’est qu’il faut être reconnu comme une nation pour appartenir à l’ordre "international". Précisons que le Pacte de cette organisation internationale explique alors que "le bien-être et le développement" des peuples colonisés "forment une mission sacrée de civilisation". Le document est le premier traité à prononcer et à justifier explicitement l’exclusion politique de ces peuples en invoquant leur supposée incapacité. 

 

 

 

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 Les "Quatre grands" de la conférence mettant fin à la Première guerre mondiale en 1919 à Paris. De gauche à droite: le Premier ministre britannique David Lloyd George, le président du Conseil italien Vittorio Emanuele Orlando; le président du Conseil français Georges Clémenceau; le président des Etats-Unis Woodrow Wilson. (AFP - DPA)

 

 

 

 

De leur côté, les empires européens ont gagné la guerre et entendent tirer davantage de profits de leurs colonies. En France, outre la généralisation de la conscription, on assiste aussi à celle du travail forcé des jeunes hommes et femmes dans les plantations (de café, de cacao…) à partir de 1926. Ceux que les Africains appelaient les "travailleurs à la-pelle" parce que leur recrutement était une autre forme - détestée - de conscription.

 

 

Dans le même temps, les Quatorze points ouvrent une possibilité aux populations colonisées qui demandent une forme de participation aux affaires. Très vite cependant, elles se heurtent à une vision de plus en plus inégalitaire, incarnée par exemple par les trois catégories de mandats inventées pour les ex-colonies allemandes et certaines provinces de l’empire ottoman. Celles-ci deviennent des mandats A, c’est-à-dire des nations en devenir dont il faut organiser la marche vers l’indépendance (accordée dès 1934 à l’Irak par la Grande Bretagne).

 

 

Les ex-colonies allemandes sont en revanche des mandats B, elles pourraient devenir des nations dans un futur indiscernable, autrement dit, il n’y a pas encore de terme à leur domination. Ou des mandats C : des populations déclarées trop "arriérées" pour devenir jamais des nations. Cette disqualification touche par ricochet les nations de couleur. Ainsi, l’Ethiopie doit attendre 1923 pour être admise à la Société des Nations.

 



Confrontées à ce rejet occidental explicitement teinté de racisme, les élites colonisées font le choix logique d’abandonner leur perspective légaliste et réformiste. Résultat : après 1925, on assiste à la naissance des premiers mouvements indépendantistes qui se tournent notamment vers les réseaux bolchéviques.

 

 

 

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Opérations au Maroc, pendant la guerre du Rif (région montagneuse du nord du Maroc) en 1925. Menée côté marocain par Mohamed Ben Abdelkrim El-Khattabi et violemment réprimée par les Français, cette guerre coloniale a opposé, de 1921 à 1926, les Rifains aux armées espagnoles puis françaises. Elle aurait fait des dizaines de milliers de morts. (AFP - PHOTO12)

 

 

 

L’interview a été relue et corrigée par Emmanuelle Sibeud.

 

Emmanuelle Sibeud est intervenue lors d’un colloque international, intitulé 1919, la conférence de la paix de Paris. Les défis d’un nouvel ordre mondial et organisé du 5 au 8 juin 2019 dans la capitale française. Thème de son intervention : "A la porte de la Société des Nations. Nouvel ordre mondial et réaction coloniale en Afrique".

 


29/06/2019
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Franceinfo - le mardi 4 juin 2019

 

 

Trente ans après la répression de Tiananmen, comment la photo de "Tank Man", l'homme qui a tenu tête aux chars, est entrée dans l'histoire

 

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Anne BrigaudeauFrance Télévisions
 

 

 

L'inconnu qui a tenté, le 5 juin 1989, d'arrêter une file de blindés près de cette place centrale de Pékin, est devenu l'incarnation du courage face à l'armée

 

 

 

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Le 5 juin 1989, un homme se tient devant une file de chars sur une avenue menant à la place Tiananmen, à Pékin (Chine).  (JEFF WIDENER / AP / SIPA)

 

 

 

Un homme seul arrêtant une colonne de chars. Saisie par l'Américain Jeff Widener le 5 juin 1989 à Pékin, l'image a marqué les esprits. Car cet anonyme désarmé, en chemise blanche et sacs en plastique à la main, est devenu le symbole de la bravoure face à la violence de la répression. La veille, dans la nuit du 3 au 4 juin, a eu lieu l'évacuation sanglante de la place Tiananmen, où des dizaines de milliers d'étudiants convergeaient chaque jour pour réclamer plus de démocratie, la liberté d'expression, des élections libres et des mesures contre la corruption.

 

 

Le 4 juin, l'armée chinoise met un point final à sept semaines de contestations pacifiques qui ont gagné les grandes villes du pays. Quand les caméras photographient "Tank Man", l'inconnu dont la presse n'a jamais rien su, le mouvement vient d'être écrasé dans le sang et les manifestants ont perdu la partie. Retour sur une photographie de légende, dont les protagonistes n'ont jamais été identifiés.

 

 

 

Un cliché saisi sur  "l'avenue de la Paix éternelle" 

La veille a été meurtrière. "A 2h20 dimanche, écrit le journaliste du Monde à Pékin, Francis Deron, l'Armée populaire de libération – du moins, son 27e corps d'armée, déterminé à frapper très fort – pénètre sur la place Tiananmen".  A 85 ans, le vieux  chef historique du parti, Deng Xiaoping, a fait pencher la balance du côté d'une répression sans merci. Avant l'aube, les blindés s'avancent dans la capitale chinoise et "les soldats tirent des rafales pour dégager la place Tiananmen et les rues adjacentes", se souvient pour franceinfo l'ancien correspondant sur place de France 2, Bruno Le Dref. Plus tard, il verra "les corps empilés à la morgue" sans pouvoir avancer une évaluation fiable du nombre de victimes. 

 

 

Combien y a-t-il eu de morts à Pékin ce 4 juin ? "Les Mères de Tiananmen [l'association regroupant 128 mères d'étudiants chinois disparus] ont recensé 202 noms, détaille pour franceinfo Pierre Haski, qui fut correspondant en Chine de LibérationMais ce chiffre est loin d'être exhaustif car les autorités ont fait pression sur les familles pour qu'elles ne se joignent pas au mouvement". Lui estime que la répression a pu faire jusqu'à 2 000 morts, mais la fourchette généralement admise, fondée sur divers relevés des hôpitaux, est comprise entre 400 et plus d'un millier de morts.

 

 

La fameuse photo est prise le lendemain, lundi 5 juin, non loin de la place Tiananmen. Un groupe de quatre chars remonte "l'immense avenue de la Paix éternelle (Chang'an), qui traverse la capitale chinoise d'est en ouest", précise Le Monde, lorsqu'un homme se place devant le premier blindé. L'inconnu et la machine de guerre vont se livrer à un étrange ballet, visible sur ce reportage de CNN. Un sac plastique dans chaque main, cet homme seul, dont on ne sait rien, se déplace latéralement pour bloquer la route au char qui tente de le contourner, puis s'arrête.

 

 

Et l'incroyable se produit : l'inconnu escalade la tourelle du char, parle au conducteur, puis redescend. L'engin veut repartir, l'individu mystérieux se place à nouveau devant, l'appareil s'immobilise. D'autres images montrent l'irruption d'un cycliste, qui discute avec "Tank Man" avant que celui-ci ne soit entraîné de l'autre côté de la route par trois hommes, hors champ. Pour le protéger ? Pour l'arrêter ? La question n'est pas tranchée.

 

 

 

"J'ai vu un homme devant les chars"

De l'hôtel Beijing, où la presse s'est réfugiée, "nous étions une trentaine sur les terrasses à regarder les chars défiler sur l'avenue", se remémore Bruno Le Dref. Depuis la veille, ça devenait beaucoup plus compliqué de travailler. La place Tiananmen nous était interdite, tout comme la diffusion en direct depuis Pékin". Faute de pouvoir s'approcher, les reporters se pressent aux balcons de ce bâtiment sans charme où les télés américaines se sont installées. Ils seront donc plusieurs à capter au vol, à distance, la séquence devenue mythique.

 

 

Parmi eux : le Britannique Stuart Franklin, de l'agence Magnum, l'Américain Charlie Cole, du magazine Newsweek, et le photographe hongkongais de Reuters, Arthur Tsang. Celui-ci témoigne à France 2 de sa stupeur quand il prend conscience de la scène. 

 

 

J'étais sur un balcon au-dessus, et tout à coup, j'ai entendu une journaliste dire : 'Mais ce gars est fou'.Le photographe Arthur Tsang à France 2

"Et j'ai vu en effet qu'il y avait un homme devant les chars. J'ai réalisé qu'il bloquait tout seul les tanks", conclut-il.

 

 

"Ce type me fout en l'air ma composition"

A la même seconde, le photoreporter de l'agence Associated Press, Jeff Widener, 32 ans, est seul au balcon de sa chambre quand il appuie sur le déclencheur.

 

 

Sur l'instant, l'auteur de la photo la plus connue, avec ses lampes blanches au premier plan et un cadrage plus rapproché que celui de ses confrères, ne comprend pas ce qui se joue. L'écrivain et journaliste Adrien Gombeaud l'a interviewé. Il raconte :

 

 

Jeff Widener était si concentré sur la ligne de chars qu'il n'a pas compris tout de suite qu'il avait pris une photo majeure. Il s'est dit : 'Ce type me fout en l'air ma composition'.Adrien Gombeaud (coauteur de la BD "Tiananmen 1989") à franceinfo

 

 

Que ce cliché soit devenu iconique reste un "miracle" aux yeux de son auteur. "Quand je regarde cette photo, expliquait Jeff Widener en 2014 au Wall Street Journal (en anglais), ce que je vois, c'est à quel point j'ai failli la rater complètement. (...) Quand vous prenez une photo avec un 800 mm à 1/30e de seconde, c'est une photo impossible à prendre à cette distance avec cette focale" [en raison de la probabilité importante de flou de bougé, précise Le Monde]. "C'est un miracle que cette photo soit sortie, insiste-t-il dans la vidéo ci-dessous, qui revient sur son travail tout au long des manifestations de Pékin. Un miracle".

 

 

Il n'est pas seul à douter de l'intérêt de la photo. "Sur le moment, je pensais qu'elle était inutilisable : on ne peut pas voir le visage de l'homme et il est loin", confie Stuart Franklin au South China Morning Post (en anglais), avant d'ajouter ce détail macabre : tandis que "Tank Man" faisait face au char, "vingt corps étaient enlevés de l'avenue". Les patrons de presse, affirme-t-il encore, mettront d'ailleurs du temps à s'intéresser à cet homme mystérieux, cet "habitant de Pékin comme les autres, rentrant chez lui après avoir fait ses courses", selon la formule ironique du quotidien de Hong Kong.

 

 

 

"CNN a réussi à planquer ses images"

Une fois la photo prise, encore fallait-il la sauvegarder. "La sécurité civile est arrivée juste après dans l'hôtel et elle a piqué toutes les cassettes. Trois ou quatre télés se sont fait prendre les images qu'elles avaient tournées", rembobine Bruno Le Dref. Il poursuit :

 

 

CNN, elle, a réussi à sortir la cassette de la Betacam, à la planquer et à l'envoyer par avion de Pékin à Hong Kong, d'où les images ont été diffusées.Bruno Le Dref, ancien correspondant de France 2 à Pékin à franceinfo

 

 

D'autres recourent à la même astuce, tel Stuart Franklin confiant ses images à un étudiant français qui s'envole pour Paris, selon The South China Morning Post. "C'est une époque qui n'existe plus, constate Adrien Gombeaud. Les photographes ont dû cacher les rouleaux, emmener les pellicules à l'aéroport, les confier à des confrères en partance pour Hong Kong. Aujourd'hui, il y aurait autant de photos que de chambres d'hôtel et elles seraient toutes sur Internet !"

 

 

 

"C'est le soldat inconnu !"

Avec le temps, la photo de "l'homme de Tiananmen" prend force de symbole. La version de l'Américain Charlie Cole remporte le World Press Photo de l'année 1990, tandis que Jeff Widener est nommé pour le prix Pulitzer en 1990. "A raison, estime Adrien Gombeaud. Un homme qui arrête un char, il n'existe pas d'image aussi puissante. En quelques secondes, il devient le symbole que n'importe qui peut faire l'histoire !" 

 

 

L'identité de "Tank Man" reste un mystère : "Rien ne permet de l'identifier et il n'a vraisemblablement joué aucun rôle majeur avant. C'est le soldat inconnu !", s'enthousiasme le coauteur de Tiananmen 1989 (éd. Seuil-Delcourt, avril 2019). La suite est tout aussi opaque. "On ne sait pas s'il est vivant ou mort, poursuit Adrien Gombeaud. On a beaucoup spéculé sur les personnes qui l'éloignent du champ de la caméra. S'agit-il de policiers ? De gens qui l'ont mis à l'abri ? On ne le sait toujours pas. On sait juste que les autorités chinoises n'ont jamais fait état d'un prisonnier jugé pour s'être opposé ce jour-là, à cet endroit-là et de cette façon-là à l'armée". 

 

 

 

"Le dimanche, il se serait fait écrabouiller"

On ne sait pas davantage qui était le conducteur du char, et pourquoi il a choisi de s'arrêter. "C'est incroyable qu'il ne lui ait pas roulé dessus, commente Bruno Le Dref. Peut-être qu'il n'avait pas envie d'écraser ce type, qui était un Chinois comme lui. Et surtout, l'armée avait rempli la veille sa mission, qui était de dégager la place et les alentours. On était le lendemain".  

 

 

Auteur d'un documentaire sur le dissident chinois et prix Nobel de la Paix Liu Xiaobo, qui avait servi de médiateur entre les étudiants et l'armée à Tiananmen (L'homme qui a défié Pékin, diffusion le 4 juin sur Arte à 22h45), Pierre Haski opine. "L'urgence était passée, ils avaient gagné, il n'y avait pas de danger. Le dimanche, l'homme se serait fait écrabouiller. Le lundi, l'armée n'était plus sur le qui-vive", estime l'ancien correspondant de Libération à Pékin. A rebours de l'opinion commune, il juge que la photo de "Tank Man" dessert l'histoire et fait écran à ce qui s'est réellement passé :

 

 

Cette photo douce censée symboliser le massacre de Tiananmen occulte la réalité de la violence, des cadavres.Pierre Haski, auteur de "Lu Xiaobo, L'homme qui a défié Pékin"à franceinfo

 

 

En Chine, arrestations et procès se multiplient, mais des filières d'évasion efficaces se mettent en place, dans le sud du pays.

 

 

Les types les plus recherchés de Tiananmen réussissent à s'enfuir grâce aux mafias de Hong Kong qui les amènent dans la colonie britannique.Pierre Haski à franceinfo

 

 

Difficile toutefois pour ces opposants de s'éterniser, poursuit-il, car "les Britanniques ne veulent pas d'ennuis avec les Chinois", et les autres pays ne se bousculent pas non plus. Des diplomates français déclenchent alors l'opération "Yellow Bird', qui permet, décrit Libération, "l'exfiltration via Hong Kong de plusieurs centaines de démocrates chinois". "Evidemment, il faut leur donner des visas (...). A tous. Et tout de suite", écrit l'ancien ambassadeur en Chine Claude Martin, qui retrace cet épisode dans ses Mémoires (La diplomatie n'est pas un dîner de gala, éd. de l'Aube, 2018).

 

 

L'opération est un succès : dans la plus grande discrétion, des figures marquantes de Tiananmen sont accueillies en France, et certaines défileront même aux cérémonies du bicentenaire de la Révolution française, le 14 juillet 1989. "J'étais heureux, se souvient Claude Martin. Cette opération de sauvetage silencieuse avait du sens, bien plus que toutes les déclarations et postures que les événements avaient inspirées à la classe politique française". A Paris, des exilés politiques respirent. En Chine, le printemps de Pékin est définitivement brisé. Trente ans plus tard, les images de "Tank Man" sont toujours interdites dans le pays.

 

 


04/06/2019
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Franceinfo -

 

 

Guerre d'Indochine : ces soldats africains engagés dans les troupes françaises

 

 

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Laurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

 

Il y a tout juste 65 ans, le 7 mai 1954, au moment de la reddition de Dien Bien Phu, qui sonne le glas de la colonisation en Indochine, plusieurs dizaines de milliers d’Algériens, de Marocains et de Sénégalais se trouvaient dans les rangs de l’armée française. Récit

 

 

 

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 Prisonniers du corps expéditionnaire français à Dien Bien Phu, escortés par des soldats vietnamiens. Photo prise en mai 1954. (AFP / VNA FILES)

 

 

 

Avant la bataille proprement dite, "les troupes françaises – souvent composées de soldats algériens, sénégalais ou marocains – avaient résisté victorieusement aux vagues d’assaut vietnamiennes", observe Libération. La guerre étant mal acceptée par l'opinion française, l'armée avait dû recruter des hommes venus d’autres régions de l'"Empire" colonial, surtout d’Afrique.

"Les soldats africains coûtent moins chers que les Français. Leurs soldes sont moins élevées, leurs primes et leurs avantages réduits, et leurs pensions dérisoires. Leur recrutement représente donc un double avantage : renforcer facilement les rangs de l’armée sans alourdir les dépenses de l’Etat", constate Radio France Internationale. Attirés par une solde importante à leurs yeux, les hommes venus du continent africain sont nombreux à s’engager.

 

 

En Indochine, le choc est brutal. "Nous étions colonisés. La France faisait de nous ce qu’elle voulait. On a combattu, on a tué", a raconté laconiquement à Jeune Afrique (JA) en 2006 un ancien combattant marocain prénommé Hatimi.

 

 

Nombre de Sénégalais "sont affectés dans les blockhaus installés en pleine rizière qui constituent la ligne de fortification imaginée (…) pour protéger le delta du Tonkin" (nord du Vietnam), explique RFI. Ils sont souvent cités et décorés pour leur bravoure au combat, tout en s’adaptant bien à l’Indochine. "Il y a une chose qui m’avait surpris : c’était la facilité qu’avaient les tirailleurs à apprendre la langue du pays. Ils observaient avec finesse la civilisation vietnamienne (…). Beaucoup parlaient vietnamien et avaient des liaisons avec les femmes vietnamiennes. Au point d’avoir des enfants", rapporte un officier cité par le site de la radio française.

 

 

 

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Un soldat d'origine guinéenne, combattant en Indochine dans les rangs de l'armée française, pose avec une ombrelle le 20 juillet 1952.  (AFP - INTERCONTINENTALE)

 

 

 

Quelques centaines de ralliements

De son côté, le Vietminh tente de rallier à sa cause ces hommes issus des colonies africaines de la France. A la demande de son dirigeant Ho Chi Minh, le parti communiste marocain, contacté par l’intermédiaire du PCF, envoie sur place "un membre de son comité central, Mohamed Ben Aomar Labrach", plus connu sous le nom de Maarouf, raconte un article du Monde Diplomatique cité par le site algerieinfos-saoudi.com. Il "occupera en permanence une fonction importante, multipliant les appels à la désertion de ses frères membres du corps expéditionnaire ou travaillant à l’éducation politique marxiste des prisonniers ou des ralliés d’Afrique du Nord".

 

 

Cette information est confirmée par les survivants marocains cités par JA. "Maarouf était membre de la hiérarchie vietnamienne et de son appareil de guerre, il avait beaucoup d’influence", raconte ainsi l'un d’eux. Pour autant, sa propagande a apparemment "eu ses limites – le faible nombre de ralliés suffit à le démontrer"… De fait, seuls quelques centaines d’hommes rejoindront les unités vietnamiennes.

 

 

Survient la reddition de l’armée française et la fin de la première guerre d’Indochine. Près de 27 000 Africains (près de 5800 Sud-Sahéliens et de 21 000 Maghrébins) auraient été tués ou auraient disparu au cours d’un conflit qui a duré de 1946 à 1954. Conflit qui aurait entraîné en tout la mort d'un peu moins de 600 000 hommes (dont 500 000 côté Vietminh), selon des estimations officielles françaises. Sans parler des victimes civiles.

 

 

Les survivants sont faits prisonniers comme les autres par les vainqueurs vietnamiens avant une très dure et meurtrière marche de six semaines vers les camps où ils vont être parqués. Ils sont répartis par nationalité. Epuisés, ils sont jugés plus réceptifs à la propagande. "Les commissaires politiques leur rabâchent le dogme marxiste pour en faire des instruments de la machine communiste. Pour le Vietminh, les soldats africains sont des disciples privilégiés, des libérateurs potentiels de l'Afrique colonisée. Mais les tirailleurs (souvent sénégalais, NDLR) sont les plus réticents à cet endoctrinement. Malgré leur diversité, ils forment une masse soudée et fidèle à la France" (cité par RFI).

 

 

 

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Militaires vietnamiens faits prisonniers par des tirailleurs marocains lors de la bataille de Phu-Ly (appelée aussi bataille du Day), dans le golfe du Tonkin, en mai-juin 1951.  (JENTILE / AFP)

 

Dien Bien Phu, "Valmy des peuples colonisés"

De leur côté, la centaine de Marocains ralliés au Vietminh sont "regroupés dans des camps-villages où ils seront pris en charge – et en main –", explique Jeune Afrique. Ils seront mieux traités que les autres combattants du corps expéditionnaire français grâce à l’influence du dirigeant du PC marocain Maarouf. A tel point qu’ils vont rester une vingtaine d’années au Vietnam…

 

 

"Mariés à des Vietnamiennes avec lesquelles ils eurent bientôt des enfants, ils devinrent paysans dans une ferme d’Etat (…) et se construisirent, en cette improbable communauté maroco-vietnamienne, une vie inattendue : les enfants étaient scolarisés, les hommes et les femmes travaillaient, étaient payés, leur santé était suivie par des médecins", rapporte JA qui raconte l’imbroglio de leur retour dans leur pays.

 

 

Dans le même temps, Dien Bien Phu a sonné le glas de la colonisation française. Son retentissement dans le monde est considérable. "Cette bataille reste un symbole. Elle est le Valmy des peuples colonisés. C’est l’affirmation de l’homme asiatique et africain face à l’homme de l’Europe", écrit ainsi Ferhat Abbas, futur président de l’Assemblée nationale constituante de l’Algérie indépendante, cité par Le Monde Diplomatique. Moins de six mois plus tard, le 1er novembre 1954, a lieu la "Toussaint rouge", début de l’insurrection en Algérie contre la colonisation française.

 

 

 

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Ouali Djellali, soldat du 27èe bataillon des fantassins algériens, en train d'écouter la radio dans la jungle de Na Phao (Laos), le 5 mai 1954, pendant la bataille de Dien Bien Phu. (AFP / INTERCONTINENTALE)

 


07/05/2019
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Franceinfo - le vendredi 3 mai 2019

 

 

80 ans de la Retirada : l’exode des réfugiés espagnols vu par le photoreporter suisse Paul Senn

 

 

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Stéphane HilarionRédaction CultureFrance Télévisions
 

 

 

Le Mémorial du Camp de Rivesaltes dans les Pyrénées-Orientales présente dans le cadre des commémorations du 80e anniversaire de la Retirada, une grande exposition consacrée au photographe suisse Paul Senn qui a suivi au plus près la guerre civile espagnole et l’exode de centaines de milliers de personnes vers la France

 

 

 

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Réfugiés photographiés par Paul Senn (Paul Senn, PFF, MBA Berne. Dép. GKS. © GKS, Berne)

 

 

 

S’il est célèbre dans son pays, son travail sur la guerre d’Espagne l’est beaucoup moins. Pourtant les clichés de Paul Senn (1901-1953) livrent un témoignage fort sur le conflit et sur la Retirada, l’exode vers la France en 1939 de milliers de femmes, d’enfants et d’hommes fuyant face à l’avancée des troupes de Franco. "Il est venu avec les convois de l'aide suisse, explique Markus Schürpf le conservateur de la collection Paul Senn. Il est revenu plusieurs fois avec ces convois. Il a photographié toutes ces situations dans différentes villes." 

 

 

Portraits bouleversants

Regards hagards, visages émaciés, les clichés de Paul Senn nous feraient presque ressentir la peur, le froid et la détresse de ces milliers de réfugiés obligés de fuir leur pays qui s’apprête à basculer dans la dictature. Des réfugiés espagnols que Senn retrouvera au Camp de Rivesaltes en 1942 où certains ont été internés au côté de Juifs et de Tziganes. Il réalise alors une série de photos bouleversantes au plus près de la souffrance.

 

 

Ce qui est particulier chez lui c’est qu’il choisit des personnages et qu’il les photographie en gros plan (...) ça c’est très original. Et ça le rapproche de Capa à mon avis. Michel Lefebvre journaliste au Monde et commissaire de l'exposition

 

 

 

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Réfugié espagnol franchissant les Pyrénées début 1939. (PAUL SENN / CAPTURE D'ÉCRAN FRANCE 3)

 

 

 

Sous le nom Des espagnols dans les camps, l'exposition de Paul Senn est également itinérante. Constituée de 14 portraits accompagnés de témoignages de réfugiés elle est présentée dans les 13 anciens lieux d’internement de la région.

 


03/05/2019
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Franceinfo - le vendredi 26 avril 2019

 

 

Ukraine: 33 ans après Tchernobyl

 

 

Les Ukrainiens commémorent ce vendredi les 33 ans du pire accident nucléaire du XXe siècle.

 

 

 

 

Il y a 33 ans, le 26 avril 1986, se produisait l'une des pires catastrophes au monde en Ukraine, à l'époque, partie intégrante de l'URSS : la 4ème unité de la centrale nucléaire de Tchernobyl explosait.

 

 

Des habitants se sont rassemblés aujourd'hui pour commémorer l'événement.

 

 

Alyona Sheyderova, ancien ouvrière de la centrale nucléaire de Tchernobyl :


"Vous savez, beaucoup de gens ne peuvent pas venir ici parce qu'ils l'ont vécu. Mes amis sont de Pripyat, où ça s'est passé. Ils ont tout vécu. Évacuation, explosion, familles dispersées. Ils ne peuvent pas revenir ici. C'est trop réel pour eux. "

 

 

D'autres n'étaient pas nés quand le drame s'est produit mais ils insistent sur l'importance de ces commémorations.

 

 

Anastasia Murdinskaya, étudiante :


"Le monde oublie. D'un côté, c'est bien, parce que c'est une tragédie et qu'il ne devrait pas laisser de cicatrices sur les âmes. Mais d'un autre côté, c'est malheureux, parce que les gens devraient connaître l'histoire."

 

 

Le bilan final de Tchernobyl est controversé, en raison des effets à long termes des radiations.

 


Les estimations vont de 9 000 morts selon l'Organisation mondiale de la santé à 90 000 selon Greenpeace.

 


30/04/2019
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Franceinfo - le dimanche 21 avril 2019

 

 

Quand Victor Hugo défendait la colonisation de l'Afrique

 

 

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Pierre MagnanRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

L'auteur des "Misérables" ou de "Notre-Dame de Paris" était bien un homme de son siècle. L'écrivain, né en 1802 et mort en 1885, est contemporain de toutes les aventures coloniales de la France. Le grand humaniste a partagé la vision de la "mission civilisatrice" de la France. Comme le montre ce discours de 1879, connu sous le nom de "discours sur l'Afrique"

 

 

 

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Victor Hugo par Bertall (alias Albert d'Arnoux) en 1867 (PHILIPPE MATSAS / OPALE / AFP)

 

 

 

Les propos d'Hugo ont été tenus le 18 mai 1879, à l'occasion d'un banquet en l'honneur de l'anniversaire de l'abolition de l'esclavage. Le grand homme, alors âgé de 77 ans, y fait un discours introduit par Victor Schœlcher. Considéré comme un des pères de l'abolition de l'esclavage en 1848, il lance Hugo avec ces mots : "La cause des Nègres que nous soutenons, et envers lesquels les nations chrétiennes ont tant à se reprocher, devait avoir votre sympathie ; nous vous sommes reconnaissants de l’attester par votre présence au milieu de nous. Cher Victor Hugo (...), quand vous parlez, votre voix retentit par le monde entier ; de cette étroite enceinte où nous sommes enfermés, elle pénètrera jusqu’au cœur de l’Afrique, sur les routes qu’y fraient incessamment d’intrépides voyageurs, pour porter la lumière à des populations encore dans l’enfance, et leur enseigner la liberté, l’horreur de l’esclavage, avec la conscience réveillée de la dignité humaine."

 

 

Hugo remercie alors Schœlcher dans une langue que l'on n'oserait plus prononcer aujourd'hui : "Le vrai président d’une réunion comme celle-ci, un jour comme celui-ci, ce serait l’homme qui a eu l’immense honneur de prendre la parole au nom de la race humaine blanche pour dire à la race humaine noire : 'Tu es libre.' Cet homme, vous le nommez tous, messieurs, c’est Schœlcher".

 

 

 

"L'Afrique n'a pas d'histoire"

Tout à la grandiloquence du moment, Hugo se lance dans une description un brin manichéenne. "La Méditerranée est un lac de civilisation ; ce n’est certes pas pour rien que la Méditerranée a sur l’un de ses bords le vieil univers et sur l’autre l’univers ignoré, c’est-à-dire d’un côté toute la civilisation et de l’autre toute la barbarie."

 

 

"Quelle terre que cette Afrique ! L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie elle-même a son histoire ; l’Afrique n’a pas d’histoire. Une sorte de légende vaste et obscure l’enveloppe. Rome l’a touchée, pour la supprimer"... Des mots qui ont fait dire que Nicolas Sarkozy aurait pu y trouver une partie de l'inspiration de son discours de Dakar.

 

 

Pour Hugo, "le flamboiement tropical, en effet, c’est l’Afrique. Il semble que voir l’Afrique, ce soit être aveuglé. Un excès de soleil est un excès de nuit."

 

 

"Eh bien, cet effroi va disparaître." Comment ? "Déjà les deux peuples colonisateurs, qui sont deux grands peuples libres, la France et l’Angleterre, ont saisi l’Afrique ; la France la tient par l’ouest et par le nord ; l’Angleterre la tient par l’est et par le midi. Voici que l’Italie accepte sa part de ce travail colossal." Il est vrai que, selon l'immortel Hugo, l'Afrique a besoin de ces colons, car elle offre un paysage terrifiant : "Cette Afrique farouche n’a que deux aspects : peuplée, c’est la barbarie ; déserte, c’est la sauvagerie ; mais elle ne se dérobe plus ; les lieux réputés inhabitables sont des climats possibles ; on trouve partout des fleuves navigables ; des forêts se dressent, de vastes branchages encombrent çà et là l’horizon ; quelle sera l’attitude de la civilisation devant cette faune et cette flore inconnues ?"

 

 

 

"Au XIXe siècle, le Blanc a fait du Noir un homme; au XXe siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde"

Les possibilités sont immenses selon Hugo. "Des lacs sont aperçus, qui sait ? Peut-être cette mer Nagaïn dont parle la Bible. De gigantesques appareils hydrauliques sont préparés par la nature et attendent l’homme ; on voit les points où germeront des villes ; on devine les communications ; des chaînes de montagnes se dessinent ; des cols, des passages, des détroits sont praticables ; cet univers, qui effrayait les Romains, attire les Français."

 

 

 

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Hommage du Petit Journal à Victor Hugo pour le centenaire de sa naissance. Parmi les images de ses oeuvres rien sur la colonisation, thème qu'il n'a quasiment pas abordé. (LE PETIT JOURNAL / RETRONEWS-BNF /AFP)

 

 

 

 

Dans ce discours, Hugo oppose des pays à d'autres, une Europe à une autre, celle des Lumières à celle de l'obscurantisme dans laquelle il met l'Allemagne (nous sommes seulement neuf ans après la défaite de 1870). Dans cette vision binaire du monde, il décrit un début d'union européenne dans le sud du continent... Dans laquelle il intègre l'Angleterre ("Déjà les Etats-Unis du Sud s’esquissent ébauche évidente des Etats-Unis d’Europe").

 

 

A charge pour cette "Europe" du progrès de le faire couler sur l'Afrique : "Au dix-neuvième siècle, le Blanc a fait du Noir un homme ; au vingtième siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde. Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L’Europe le résoudra."

 

 

 

"En face du fait colonial, son universalisme est pris en défaut"

Et ce discours largement applaudi se termine par une ode au colonialisme, seule solution, selon Hugo, pour régler les problèmes de l'Europe (nous sommes huit ans après la Commune de Paris) : "Allez, Peuples ! Emparez-vous de cette terre. Prenez-la. A qui ? A personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes, Dieu offre l’Afrique à l’Europe. Prenez-la. Où les rois apporteraient la guerre, apportez la concorde. Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue ; non pour le sabre, mais pour le commerce ; non pour la bataille, mais pour l’industrie ; non pour la conquête, mais pour la fraternité (applaudissements prolongés). Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires. Allez, faites ! Faites des routes, faites des ports, faites des villes ; croissez, cultivez, colonisez, multipliez ; et que, sur cette terre, de plus en plus dégagée des prêtres et des princes, l’Esprit divin s’affirme par la paix et l’Esprit humain par la liberté !"

 

 

Certes, l'époque se prêtait à ce genre d'envolée sur la "mission civilisatrice" de l'Europe en général, et de la République française en particulier. Et même si l'on ne peut voir les choses avec le regard d'aujourd'hui, déjà certains affichaient des positions anti-colonialistes. On se souvient du duel entre Clémenceau et Ferry  (1885) sur le sujet de la colonisation.   Hugo lui même avait critiqué certains aspects militaires de la colonisation de l'Algérie : "Le général Le Flô me disait hier soir, le 16 octobre 1852 : 'Dans les prises d’assaut, dans les razzias, il n’était pas rare de voir les soldats jeter par les fenêtres des enfants que d’autres soldats en bas recevaient sur la pointe de leurs baïonnettes.'"

 

 

Comme le dit Gilles Manceron à propos du père de Jean Valjean, "en face du fait colonial, son universalisme est pris en défaut".

 


23/04/2019
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Franceinfo - le samedi 6 avril 2019

 

 

Vingt-cinq ans après le génocide rwandais, militaires et diplomates français témoignent dans un livre

 

 

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Michel LachkarRédaction AfriqueFrance Télévisions
 
 

 

Le 6 avril 1994, l’attentat contre l’avion du président rwandais Habyarimana enclenche le génocide, sans doute préparé de longue date, contre les Tutsis. En cent jours, 800 000 personnes sont exterminées. Vingt-cinq ans plus tard, on s’interroge toujours sur le rôle de la France durant ces heures sombres. "Rwanda, ils parlent, témoignages pour l'Histoire", livre signé Laurent Larcher, journaliste à "La Croix", apporte une nouvelle contribution

 

 

 

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Des Rwandaises dans un camp de réfugiés, au nord de Goma, le 25 juillet 1994.  (ULLI MICHEL / REUTERS)

 

 

 

Le président Macron a décidé d’ouvrir les archives françaises à un collectif d’historiens sous la présidence de l'historien Vincent Duclert. Depuis 25 ans, les témoignages, parfois contradictoires, ne manquent pas sur cette tragédie. La France a-t-elle engagé l'opération Turquoise pour protéger les populations tutsies (et hutues) menacées ou avait-elle un agenda caché dans l'espoir de préserver son influence dans la région ?

 

 

Dans son livre Rwanda : ils parlent, le journaliste de La Croix Laurent Larcher donne de nouveau la parole aux différents acteurs de l’époque : militaires, diplomates, anciens ministres... Pour l’amiral Lanxade, chef d’état-major de François Mitterrand, comme pour Alain Juppé, la France n’a rien à se reprocher. Selon eux, pour comprendre la politique de la France, il faut distinguer deux périodes. Celle qui va d’octobre 1990 jusqu’aux accords de paix d’Arusha (en août 1993) et celle d'après 1993. Pour Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères de 1993 à 1995, l’objectif de la France était alors de trouver un accord politique entre le régime du président Habyarimana et le FPR dirigé par Paul Kagame. L’accord de paix d’Arusha poussé par la France, signé en août 1993 prévoit cette réconciliation avec le FPR et la réintégration des exilés tutsis, afin de mettre un terme à la guerre civile rwandaise commencée en 1990.

 

 

 

La France mise sur l'accord de paix d'Arusha

L’accord de paix prévoit également le départ des troupes françaises et l'arrivée d'une mission des Nations unies, la Minuar, créée le 5 octobre 1993 pour veiller à son application. D'après l'accord d'Arusha, le président Habyarimana devait céder une partie du pouvoir aux "rebelles", et l’ONU prendre le relais de la France. Pour l’amiral Lanxade,  "dans cette première période (1990-1993), François Mitterrand décide de soutenir le gouvernement Habyarimana pour éviter la déstabilisation de ce pays".

 

 

L’objectif de l’opération Turquoise, c’est d’arrêter les massacres. Pas d’aller à Kigali ou d’intervenir contre le FPRAmiral Lanxade chef d'état-major particulier du président Mitterrand à Laurent Larcher

 

 

En octobre 1993, "on a passé la main aux Nations unies et au général canadien Roméo Dalaire, le drame c’est qu’ils ont été incapables de réagir. Eux avaient les moyens sur place, juste après l’attentat du 6 avril 1994, contre l’avion du président Habiyarimana. (...) C’est tout le problème des forces des Nations unies. Les Belges, comme les Hollandais à Srebenica, ne sont pas intervenus."

 

 

"Mais quand l’avion du président habyarimana est abattu, la France ne se préoccupe plus que d’une seule chose : l’évacuation des Belges et des Français."

 

 

Depuis le début du mois d’avril 1994, les Tutsis étaient massacrés par des unités militaires des Forces armées rwandaises (FAR) et des civils liés au pouvoir rwandais. Le Front patriotique rwandais (FPR), composé pour l’essentiel de Tutsis rwandais exilés en Ouganda dans les années 60, luttait contre les forces du régime en place à Kigali. 

 

 

"Pour nous, à partir de 1993, le Rwanda c’est l’affaire des Nations unies. Cela redevient notre affaire avec l’opération turquoise, parce qu'Alain Juppé et le président Mitterrand pensent qu’on ne peut pas laisser les massacres se poursuivre", affirme encore l'amiral Lanxade.

 

 

Voici donc la vision officielle défendue aujourd'hui encore par les autorités de l'époque. Quelque peu contredite par certains témoignages, comme celui du Saint-Cyrien Guillaume Ancel, chargé de guider les frappes aériennes sur le terrain. Sur la journée du 30 juin 1994 qui le hante : "Il y avait des Tutsis qui avaient survécu sur la colline, on nous a envoyés dans la forêt de Nyungwe pour stopper le FPR. Ce fut une faute criminelle. Nous aurions pu stopper les massacres de Bisesero. Mais nous les avons laissés se dérouler, préférant affronter le FPR, plutôt que les génocidaires."

 

 

Ce que conteste le général Lafourcade commandant de l'opération Turquoise : "La mission qu'on a donnée (au capitaine Ancel) consistait à protéger la zone, les camps de Nyarushishi, un peu plus bas, Cyangugu... ça n'a rien d'une opération offensive. (...) Je rappelle que toutes archives actuellement disponibles prouvent que l’opération turquoise n’avait aucun caractère offensif, mais un caractère humanitaire". 

 

 

Selon lui, "l’opération Turquoise a sauvé des milliers de vies, principalement tutsies et a arrêté les massacres dans la zone sous notre contrôle en 1994. Le bilan a été salué par l’ensemble des observateurs des Nations unies."

 

 

 

Une cohabitation Mitterrand-Balladur qui ralentit les décisions

Le livre de Laurent Larcher montre également que la cohabitation Mitterrand-Balladur (Premier ministre de l'époque) ne facilite pas toujours la prise de décision et que du temps a été perdu pour l’efficacité de l’action de protection des populations. Ce qui peut expliquer les quelques jours de retard pour l’intervention dans la forêt de Nyungwe.

 

 

Rien n'est assez rapide selon Alain juppé. "Il faut également obtenir une résolution du Conseil de sécurité pour lancer l’opération Turquoise, alors que les Américains n’étaient pas enthousiastes. Quant à nos partenaires européens, ils nous faisaient savoir : 'Allez-y, mais on vous regarde.' Donc c’était une opération difficile à monter."

 

 

Ce que l’on reproche à la France, c’est de ne pas avoir arrêté les génocidaires, d’avoir laissé la radio Mille collines diffuser ses messages terribles. Les autorités de l’époque s’abritent derrière l’opération turquoise, qui n’a pas d’autres mandats que de regrouper les populations tutsies et hutues menacées par les deux camps et à les protéger. Pas d’arrêter le FPR ou les génocidaires.

 

 

Si des zones d’ombres demeurent dans ce récit rwandais, les historiens pourront bientôt enfin faire leur travail, avec l’ouverture de toutes les archives décidée par le président Emmanuel Macron. Ce geste s'explique par la volonté du président français de tenter un rapprochement diplomatique avec le président Kagame, considéré aujourd’hui comme un chef d’Etat influent en Afrique.

 

 

Rwanda, ils parlent, témoignages pour l'Histoire, de Laurent Larcher, 

 


Edition du Seuil (mars 2019)


06/04/2019
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Franceinfo - le dimanche 31 mars 2019

 

 

Emmanuel Macron rend hommage aux "leçons" des résistants des Glières

 

 

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franceinfo avec ReutersFrance Télévisions
 

 

 

Le président a rendu hommage dimanche aux résistants qui ont combattu le régime nazi et la France de Vichy lors de la Seconde Guerre mondiale sur le plateau des Glières en Haute-Savoie

 

 

 

 

Un discours au ton grave. Emmanuel Macron a rendu hommage, dimanche 31 mars, aux résistants qui ont combattu le régime nazi et la France de Vichy lors de la Seconde Guerre mondiale sur le plateau des Glières en Haute-Savoie. Le président a mis en avant les "leçons" qu'ils ont transmises à la France.

 

 

Le chef de l'Etat, qui n'a pas fait de parallèle explicite avec l'actualité du moment, a retracé l'historique de ce haut-lieu de la résistance, en présence du ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer. L'ancien président de la République Nicolas Sarkozy, qui avait fait des Glières un lieu de pèlerinage pendant son quinquennat, était placé à côté de l'actuel chef de l'Etat, avant et après son discours.

 

 

 

"Le peuple de France n'oublie rien de votre sacrifice"

"Dans ce décor comme destiné à être le théâtre d'une épopée à la fois sublime et tragique, quelques centaines d'hommes avaient décidé de se lever", a déclaré Emmanuel Macron. "Si nous sommes là, au pied de ce plateau (...), c'est parce que 75 ans après, le peuple de France n'oublie rien de votre sacrifice. Si nous sommes là, c'est pour dire avec force que la leçon d'honneur et de courage que vous nous avez donnée est intacte", a-t-il ajouté.

 

 

Le président a également évoqué la leçon "de l'enracinement" transmise par les maquisards des Glières qui "ont défendu l'honneur, la liberté, la civilisation en même temps qu'une montagne, que leur terre, que ce lieu""Et il continue à être ainsi de nos idéaux, ils n'existent qu'ancrés, pétris dans notre terre (...)", a-t-il souligné.

 

 

Le chef de l'Etat a également voulu retenir la "leçon de l'égalité" léguée par les combattants venus de tous horizons (paysans, réfractaires du travail obligatoire en Allemagne nazie, communistes, francs-tireurs et partisans, républicains espagnols), "que rien ne prédisposait à se rencontrer" et qui se sont retrouvés "égaux et frères dans le combat". Et d'ajouter : "Plus de noms, plus de familles, plus de différence. Une fois tombés, chacun s'appelait la France."

 

 


01/04/2019
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Franceinfo - le samedi 2 février 2019

 

1881, la "gifle" de Tunis : retour sur un épisode qui a durablement marqué les relations franco-italiennes

 

 

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Pierre MagnanRédaction AfriqueFrance Télévisions
 
 

 

"Si aujourd’hui il y a des gens qui (migrent), c’est parce que certains pays européens, la France en tête, n’ont jamais cessé de coloniser des dizaines de pays africains..." La charge contre la France du ministre italien Di Maio est un énième rebondissement de ce que l'histoire Italienne a retenu comme la "gifle de Tunis" au XIXe siècle

 

 

 

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Giuseppe Garibaldi (1807-1882) dans les rues de Naples en 1860. En fuite, le héros de l'unité italienne, habita à Tunis en 1835. La capitale tunisienne a longtemps abrité une importante communauté italienne. (ANN RONAN PICTURE LIBRARY/ AFP)

 

 

 

Un soufflet vécu à la hauteur de la déception de la nation italienne face à la prise de contrôle de la Tunisie par Paris en 1881 (traité du Bardo). Un territoire que Rome se sentait pourtant parfaitement légitime à revendiquer. L'expression de ce ressentiment vis-à-vis de la France coloniale ressort régulièrement dans la presse italienne, récemment encore, lors de l'intervention française en Libye. 

 

 

"La gifle de Tunis (en italien, la "schiaffo di Tunisi")  est restée une blessure qui a eu du mal à guérir", pouvait-on lire en juillet 2017 dans le Corriere della Serra : "Il existe un précédent dans les difficultés entre le président Macron et l'Italie. Ce n'est pas l'intervention en Libye de 2011, décidée par Nicolas Sarkozy sans même faire un appel aux dirigeants italiens, mais un autre épisode, qui rappelle la complexité de l'histoire de l'amitié italo-française. Le 3 mai 1881, le gouvernement de Jules Ferry envoya un contingent de 2000 hommes à Bizerte, en Tunisie. Ce pays de l'Afrique du Nord qui, en fait, était considéré comme 'italien' en raison de l'importance de la présence de travailleurs et des capitaux italiens (dans les vignobles, la pêche et les mines), est soudainement devenu français."

 

 

Le tout nouveau royaume italien n'a alors guère apprécié cette mainmise de Paris sur une Tunisie qui, tant historiquement que géographiquement, était bien plus liée aux Italiens. Alors, quand les Français s'en emparent, Rome s'estime flouée... et découvre sa faiblesse politique sur la scène internationale. D'où l'expression de "gifle" qui est restée dans l'histoire de la péninsule... et qui refait surface en ces temps de résurgence du nationalisme.

 

 

 

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La ville tunisienne de Tabarka et son fort génois du XVIe siècle. (NICOLAS THIBAUT / PHOTONONSTOP /AFP)

 

 

Garibaldi habite Tunis en 1835

En 1881, l'Italie unifiée n'a même pas 20 ans, et moins encore si on considère que Rome, sa capitale, n'est devenue italienne qu'en 1870. Pour autant, le nouvel Etat affiche déjà des ambitions coloniales, à l'instar des autres nations européennes. "Dans l'inévitable mouvement qui pousse l'Europe à civiliser les régions africaines, de même que le Maroc échoit à la péninsule ibérique et l'Algérie à la France, de même Tunis, clé de la Méditerranée centrale reliée au système sardo-sicilien, échoit à l'Italie", affirme Giuseppe Mazzini, l'un des personnages clés de l'unité italienne. Ces paroles traduisent les ambitions africaines de l'Italie. En 1868, le pays se voit reconnaître par Tunis l'autonomie juridique de ses citoyens. En clair, ces derniers ne dépendent pas de la justice du bey, mais de celle des tribunaux italiens.

 

 

Sur place, les investissements italiens se multiplient. Ils obtiennent même la gestion du train de La Goulette (port de Tunis). En 1871, l'Italie menace d'envoyer une escadre outre-Méditerranée à la suite d'un incident. Il faut alors une pression de Londres et de Paris pour calmer les ardeurs italiennes. Les ambitions du royaume de Victor-Emmanuel II sur un territoire situé à quelque 70 km des côtes italiennes les plus proches s'appuient sur une forte et historique présence. Sans remonter aux guerres puniques, les échanges entre les deux parties sont anciens et des populations venues de la péninsule (Génois, Livournais...) se sont installées depuis longtemps de l'autre côté du Canal de Sicile. Cette présence se traduit dans les chiffres démographiques du protectorat constitué par les Français en 1881.

 

 

 

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L'actrice Claudia Cardinale, "la plus belle Italienne de Tunis", présente son livre "Ma Tunisie" en juin 2009 à Tunis. (FETHI BELAID / AFP)

 

 

 

En 1888, le nombre d'Italiens y est estimé à 100 000 personnes contre 700 Français, selon un texte rédigé en 1937. D'autres chiffres font état d'une population italienne qui rassemble 66% des Européens en 1901. L'importance de cette communauté, qui a connu une importante immigration sicilienne, est reconnue par les autorités françaises dès 1896, confirmant une liberté de commerce entre la Tunisie et l’Italie, pleine et entière. La présence italienne est notamment symbolisée par le fait que le leader de l'unité italienne, Garibaldi, a habité à Tunis en 1835 pour fuir les autorités romaines. Elle se retrouve aussi dans des noms de lieux. "A Tunis, il suffit de se promener dans l’ancienne Petite Sicile, sur le flanc oriental de l’avenue de Carthage pour prendre la mesure de cette mémoire", raconte le journaliste Frédéric Bobin dans Le Monde. Le cinéma a, lui, retenu l'image de Claudia Cardinale, "la plus belle Italienne de Tunisie".  

 

 

"Moi, je viens de là où le soleil réchauffe les cœurs et les corps, là où la douceur de vivre n'a d'égal que la perfection des paysages et la chaleur des sourires. Claudia Cardinale n'existait pas encore. J'étais Claude, et j'étais née Tunisienne. J'ai sauté dans le train. Celui de Tunis, qui m'amenait de la Goulette à Carthage", raconte l'actrice dans son autobiographie (Ma Tunisie).

 

 

 

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Bataille de Abba Karima (Adoua en Ethiopie) entre l'Ethiopie et l'Italie, 1896. Chromolithographie de la fin du 19e siècle.   (Bianchetti / Leemage / AFP)

 

 

Le colonialisme italien se rabat sur d'autres terres en Afrique

N'ayant pu mettre la main sur la Tunisie (ce qui provoque la démission du Premier ministre Cairoli et pousse Rome dans la triple alliance avec l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie), l'Italie vise d'autres terres. Après l'échec de la conquête de l'Ethiopie (désastre d'Adoua en 1896), elle s'empare de la Somalie dans les années 1889-1890. En 1911, Tripolitaine et Cyrénaïque (Libye) tombent dans son escarcelle au détriment de l'Empire ottoman au terme d'une courte guerre italo-turque. Suite à cette conquête, Rome signe un traité avec Paris, qui valide les possessions des deux pays et les frontières en Afrique du Nord... jusqu'aux ambitions impériales de Mussolini qui voulait faire de la Méditerranée un lac italien...

 

 

La "gifle de Tunis" est ancrée dans la mémoire italienne... Elle a été réveillée par les polémiques récentes sur la Libye, quand le président Macron s'est voulu acteur solitaire sur ce dossier. Le secrétaire d'Etat français aux Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, s'est d'ailleurs servi de l'histoire coloniale italienne pour répondre à M. Di Maio: "L'Italie a un petit passé colonial du côté de la Somalie et de l'Erythrée" d'où partent des migrants.

 


03/02/2019
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Franceinfo - le vendredi 1er février 2019

 

 

Après 70 ans de silence, des enregistrements secrets font revivre la signature de l'armistice de 1940

 

 

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Marion BothorelFrance Télévisions

 

 

 

Dans le documentaire "1940, les secrets de l'armistice", des enregistrements sonores inédits des négociations entre la France et l'Allemagne témoignent de l'inflexibilité des nazis qui malmènent les représentants Français. Ces documents oubliés ressurgissent mais leur histoire reste mystérieuse

 

 

 

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 Signature de l'armistice entre la France et l'Allemagne, le 22 juin 1940 à Compiègne (Oise), en présence d'Adolf Hitler (assis à gauche) et du général Charles Huntziger (à droite), qui préside la délégation française. (PHOTOSVINTAGES / PHOTOSVINTAGES / AFP)

 

 

 

"Je tiens à vous dire qu'il y a certaines conditions que nous n'accepterons pas quoi qu'il arrive." La voix mal assurée du général Charles Huntziger traduit le malaise de la délégation française, ce 22 juin 1940, dans la clairière de Rethondes, à l'heure de signer le document entérinant la défaite de la France tendu par le représentant du Troisième Reich. Un moment d'histoire gravé dans un enregistrement sonore secret, dont le contenu est révélé pour la première fois dans le deuxième volet du documentaire 1940, les secrets de l'armistice, diffusé dimanche 3 février à 22h40 sur France 5.

 

 

Des disques longtemps restés cachés dans les recoins de l'histoire et à la trajectoire rocambolesque. Réapparaissant soixante-quinze ans après les faits, grâce à l'homme d'affaires et collectionneur français Bruno Ledoux, qui les a retrouvés en 2015 lors d'une vente aux enchères en Allemagne, ces enregistrements comportent encore bien des mystères.

 

 

Face aux six heures d'extraits audios répartis sur 45 disques, l'équipe du documentaire 1940, les secrets de l'armistice a dû couper et faire des choix pour rendre compte de l'atmosphère qui régnait dans le wagon où eurent lieu les deux jours de négociations entre Allemands et Français. Les silences, les hésitations, les requêtes, les menaces, les moindres bruits éclairent les historiens sur l'état d'esprit et les conditions de négociation de la convention d'armistice. "Ça redonne une vie à ce moment terrible pour les Français, où les Allemands tiennent leur victoire", explique le réalisateur, Emmanuel Amara. Ce dernier a reconstitué l'atmosphère tragique du moment où les négociateurs français ont cédé face à Hitler.

 

 

 

Huis clos sur écoute

Il existait déjà des images de cet épisode. Les caméras allemandes ont capturé l'effroi des négociateurs français, forcés d'accepter leur défaite dans la clairière de Rethondes, en pleine forêt de Compiègne, le lieu même où l'armistice de la Première Guerre mondiale a été signé, le 11 novembre 1918. Des caméras avaient bien capté l'événement mais, en 1940, elles n'étaient pas en capacité d'enregistrer du son. Pour disposer du plus grand nombre d'archives, Hitler avait fait cacher, avant l'arrivée des Français, des micros dans le wagon autour de la table où allaient se tenir les négociations.

 

 

Le chancelier allemand est présent lorsque l'enregistrement est lancé. Sans dire un mot, il assiste à la lecture du préambule, qui attribue avec véhémence la responsabilité des deux guerres mondiales aux Anglais et aux Français. Résonne alors un dramatique "La France est vaincue". Lorsque les exemplaires des conventions d'armistice sont remis aux Français, Hitler quitte le wagon, toujours en silence. A ce moment, dans les enregistrements, on entend des militaires allemands jouer l'hymne germanique à l'extérieur.

 

 

 

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Adolf Hitler, le 22 juin 1940, après la lecture des termes de la reddition de la France à Compiègne (Oise). (AP / SIPA / AP)

 

 

 

En face, les membres de la délégation française – les généraux Parisot et Bergeret, le vice-amiral Le Luc, l'ambassadeur Léon Noël et le chef de la délégation, le général Charles Huntziger – sont loin de se douter qu'ils sont enregistrés : "A l'époque, il n'y avait pas de capacité technique, ce sont les premiers enregistrements sur bandes, on ne pouvait pas imaginer que ça puisse se faire", assure à franceinfo Xavier Aiolfi, expert en souvenirs historiques et militaires du XXe siècle. Ces bandes magnétiques et les enregistreurs viennent tout juste d'être mis au point par une société allemande. Dissimulé dans le bois aux alentours de la clairière, le PC technique écoute attentivement toutes les négociations.

 

 

L'armistice est signée le 22 juin à 18h50 par les deux parties. L'administration de Pétain est désormais tenue de "collaborer" pour le maintien de l'ordre, d'"assurer les intérêts de la puissance occupante" et de livrer sur demande les ressortissants allemands réfugiés en France. Plus tard, Hitler fait parvenir une copie de ces enregistrements à Pétain, qui les verse dans ses archives personnelles. A part l'entourage proche du chef du régime de Vichy et celui du dictateur allemand, personne n'a alors connaissance de ces enregistrements. Jusqu'à ce jour.



Contacté par franceinfo juste après avoir pris connaissance de ces documents exceptionnels, l'historien normalien François Delpla, auteur d'Hitler et Pétain, (éditions Lamartine, 2018) analyse l'envoi de cette copie au président du Conseil, comme "une menace voilée" de la part du chancelier allemand qui pourrait s'en servir pour humilier publiquement le régime de Vichy.  L'historien y voit aussi une "pièce fondatrice d'une Europe allemande, avec une France dominée, afin que le chef d'Etat français en soit conscient pour des siècles et des siècles".

 

 

 

Le mystère des "malles Pétain"

De 1940 à 2015, ces enregistrements ont donc mystérieusement disparu sans laisser de traces. Il y a quatre ans, un collectionneur féru d'histoire, Bruno Ledoux, voit passer lors d'une vente aux enchères en Allemagne de gros disques en aluminium placés dans de grandes boîtes métalliques typiques des années 40. Ces boîtes sont frappées des inscriptions "Présidence du Conseil" et "Administration de la radiodiffusion nationale".

 

 

Intrigué, il achète ces disques pour "quelques milliers d'euros". "Les disques n'ont qu'une face gravée, raconte-t-il à franceinfo. Et c'est à ce moment-là que je me rends compte, en appelant des amis, que ce sont des disques caractéristiques de 1940."

 

 

J'ai ramené les disques chez moi, je les ai écoutés et là, j'ai entendu les voix… C'est très très impressionnant puisqu'on entend les voix, puisqu'on entend les négociations dans le wagon.Bruno Ledoux, collectionneur à franceinfo

 

 

Où ces enregistrements ont-ils été stockés pendant 75 ans ? Et par qui ? Personne ne semble en mesure d'apporter ces réponses aujourd'hui. Plusieurs pistes peuvent être avancées, comme le fait le documentaire 1940, les secrets de l'armistice. Quatre ans après l'armistice, alors que les Alliés libèrent progressivement le territoire français et s'approchent de Paris, les Allemands obligent Pétain à fuir à Sigmaringen en Allemagne. "Les autorités de Vichy savaient qu'elles allaient être enlevées", selon Xavier Aiolfi. Elles ont alors procédé en amont à un tri dans les archives du maréchal. Réparties dans plusieurs malles, elles ont été confiées à des personnes "sûres". A part le commandant de la garde personnelle de Pétain, le colonel Barré, et l'ambassadeur de Suisse d'alors, aucun autre destinataire des archives n'a été identifié.

 

 

 

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Philippe Pétain et Adolf Hitler, le 24 octobre 1940 à Montoire-sur-le-Loir (Loir-et-Cher). (ANN RONAN PICTURE LIBRARY / ANN RONAN PICTURE LIBRARY / AFP)

 

 

 

La malle dont disposait le colonel Barré a été rapidement retrouvée dans les caves du château de Bellerive-sur-Allier, près de Vichy, par un gendarme. D'après Louis Noguères, magistrat et président de la Haute Cour de la Libération, c'était "une simple caisse, large d'1m30, haute de 40 centimètres" comme il l'explique dans son livre, La Haute Cour de la Libération, paru en 1965. Les documents et dossiers présents dans cette malle ont été utilisés lors du procès de Philippe Pétain. D'après les experts contactés par franceinfo, les enregistrements faisaient "très probablement" partie d'une autre de ces "malles Pétain", toujours enveloppées d'un épais mystère.

 

 

Il a confié ses affaires personnelles avant son départ pour la Suisse à des personnes de confiance, ce sont les fameuses 'malles Pétain'. Deux ont été retrouvées mais les autres auraient été détruites.Emmanuel Amara, réalisateur du documentaire "1940, les secrets de l'armistice" à franceinfo

 

 

Grâce à sa formation d'historien, le réalisateur a tout de suite compris l'importance de ces documents et a souhaité en faire un documentaire en deux volets. Le documentariste explique la tombée dans l'oubli des enregistrements par le fait que "les personnes [qui les ont détenus] ont pu s'imaginer qu'il s'agissait de chants ou de vieux discours dont on a les retranscriptions".

 

 

 

"Plus qu'un compte-rendu bête et froid"

Ces enregistrements ne révèlent pas de scoop, et ne modifient pas les connaissances déjà établies par les historiens spécialistes de la période. Les mémoires des participants et des comptes-rendus détaillés transmis par les états-majors ont permis de décrire ce moment tragique. Mais le son rend aujourd'hui concret le rapport de force qui règne alors et qui jettera les bases de la collaboration avec le régime de Vichy. Pour Bruno Ledoux, sténographes et dactylographes n'ont pas pu "rendre fidèlement" cette atmosphère : "On connaissait le contenu mais pas la psychologie. Ça peut permettre d'avoir une autre lecture de l'armistice, on voit dans quel état d'esprit il s'est déroulé."

 

 

 

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Le général Charles Huntziger s'éloignant du wagon où il vient de signer l'armistice au nom de la France, le 22 juin 1940 à Compiègne (Oise). (PATRICK KOVACS / X02757 / AFP)

 

 

 

Les inflexions dans la voix, les hésitations, les silences en disent beaucoup sur les conditions de ces négociations et sur les hommes qui y ont participé : le général Huntziger résiste un temps sur la clause obligeant la France à livrer les réfugiés et les opposants au régime nazi, avant de céder. "On s'aperçoit que ça va très très vite, on le savait déjà mais on en a la confirmation : les Allemands sont très durs dans leur manière d'agir et sont très inflexibles. Il n'y a pas beaucoup d'espace de négociation, on perçoit bien tout ce qui va se passer ensuite en France, explique Xavier Aiolfi à franceinfo. C'est quand même autre chose de l'entendre, que de lire un compte-rendu bête et froid."

 

 

 

"On a mis un couvercle sur tout ça"

Pour accentuer cet effet "réaliste", les bandes-sons ont été mises en images dans le documentaire : des comédiens jouent le rôle des négociateurs installés dans un wagon reconstitué. Cette mise en scène permet de comprendre que le moment de la signature est un point de bascule vers "la mise en place du système nazi et de la collaboration qui va suivre" selon le réalisateur. Ça nous fait plonger dans l’histoire et c’est tristement formidable."

 

 

Voulant protéger le secret autour de sa découverte, le collectionneur s'est tourné vers une société spécialisée dans la conservation de ce type de documents. Pour en préserver la qualité sonore, les enregistrements n'ont été lus qu'une seule fois avant d'être sauvegardés sur bandes. Et, après avoir disparu pendant 75 ans, ils seront bientôt libres d'accès. Une fois le documentaire diffusé, le collectionneur Bruno Ledoux envisage de les offrir au gouvernement français afin qu'ils soient versés aux archives nationales.

 

 

La quête de Bruno Ledoux, passionné d'histoire, n'est pas finie pour autant. En 2013, il a acquis les archives personnelles d'Hitler laissées dans son bunker à Berlin et découvertes par des officiers français. Quatre ans plus tard, ces archives ont fait, elles aussi, l'objet d'un documentaire : Les derniers secrets d'Hitler, déjà réalisé par Emmanuel Amara et diffusé sur France 5 en 2017. Aujourd'hui, Bruno Ledoux  espère faire d'autres découvertes : "Après la guerre, cette période était tellement noire que tout était enfermé dans l'abîme, on a mis un couvercle sur tout ça. De temps en temps maintenant, on peut tomber sur des documents extraordinaires comme ces enregistrements."

 


01/02/2019
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Franceinfo - le dimanche 27 janvier 2019 - mis à jour le 28.01.19

 

 

Auschwitz : une lettre écrite en français par un déporté juif chargé de vider les chambres à gaz retrouvée

 

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France 2France Télévisions

 

 

 

Un manuscrit exceptionnel, rédigé en français il y a 74 ans dans les camps de la mort d'Auschwitz, a été retrouvé.

 

 

 

De l'horreur des camps, nous parvient aujourd'hui un témoignage exceptionnel. C'est un document qui n'a encore jamais été exposé au grand public ni aux historiens, écrit à Auschwitz (Pologne) en 1944. "Il n'y a que huit manuscrits écrits par des Sonderkommandos [les juifs sélectionnés par les nazis pour vider les chambres à gaz et débarrasser les corps] qui ont été retrouvés dans les ruines des crématoires. Celui-ci est le seul texte écrit en français", explique Karen Taieb, responsable du service des archives au Mémorial de la Shoah.

 

 

 

Une lettre conservée dans une bouteille en verre

Un document sur lequel on peut aujourd'hui mettre un visage et un nom : son auteur vient d'être identifié. Cette lettre a refait surface 74 ans après avoir été écrite et est pour le moment conservée dans la chambre forte du Mémorial de la Shoah à Paris, là où sont rangés les documents les plus précieux. En 1945, un infirmier polonais retrouve la missive dans une bouteille en verre, dans les ruines des crématoires. Le texte est écrit par un juif déporté de Drancy (Seine-Saint-Denis) le 2 mars 1943. Il explique que dès son arrivée, il est sélectionné pour intégrer les Sonderkommandos. Pendant vingt mois, il fait partie de cette unité composée d'hommes, sélectionnés pour leur condition physique et détenus à l'écart des autres déportés. Les informations contenues dans la lettre sont retranscrites dès 1945, mais l'original disparaît. Sa lettre est bien arrivée à destination dans sa famille, mais sa femme et sa fille en ont longtemps caché l'existence.

 


31/01/2019
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C'était il y a 60 ans

 

 

60 Ans déjà. Certains ont dû le lire mais n'ont pas dû comprendre le sens du message ..............

 

 

 

On a dit : "Les paroles s'envolent, les écrits restent."

 

 

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Et bien, justement, ces phrases écrites par Monsieur Pierre Jean Vaillard, en 1958, on devrait de temps en temps les relire... à l'assemblée !

 

 

Pardon petit fellagha...(écrit en 1958 par Pierre Jean VAILLARD)

Il y avait, à l'époque, des gens qui avaient de l'esprit 

 

 

En 1958 déjà la repentance... pour les crimes contre l'humanité

(écrit en 1958 par Pierre Jean VAILLARD)

 

 

 

 

Et, petit Fellagha, c’est à toi que je pense

En voyant ta rancune à l’égard de la France.

J’ai beaucoup réfléchi et ma méditation

Me décide à venir te demander pardon….

Oui, pardon, Fellagha, pardon pour mon grand père

Qui vint tracer des routes et labourer la terre.

Il est venu chez toi, il a tout chamboulé.

Où poussaient des cailloux, il a planté du blé.

En mettant après ça, Ô comble de l’ignoble,

Où poussaient des cailloux, il a fait un vignoble.

Pardon, cher petit Fellagha,

Oh, pardon de tous ces dégâts.

Et mon affreux grand-père (il faut qu’on le confesse)

N’était bien sûr, pas seul à être de son espèce.

Ces autres scélérats ont bâti des cités  

Ils ont installé l’eau et l’électricité

Et tu n’en voulais pas, c’est la claire évidence

Puisque on sait qu'avant que n’arrive la France

Tu n’avais en dehors de la Casbah d’Alger

Que la tente ou bien le gourbi pour te loger.

Et pour ton éclairage, tu n’avais que de l’’huile.

Alors nos maisons, bien sûr, c’était la tuile.

De l’électricité, là encore soyons francs,

Tu ne demandais pas qu’on te mette au courant 

Tu t’es habitué à ces choses infâmes,

Mais c’est à regret et la mort dans l’âme …

Stoïquement d’ailleurs, tu supportes ces malheurs,

Avec force courage et tant de belle humeur.

Donc tu a engraissé, mais de mauvaise graisse.

Car tu prenais le car (une invention traitresse)

C’est ce même car que, pris d’un délire divin,

Tu devais, un beau jour, pousser dans le ravin.

Je comprends ta rancœur, je comprends ta colère,

Tu n’es pas au niveau des arabes du Caire.

Tu glandes et tu vis mieux qu’un fellah égyptien.

A quoi Nasser … Nasser à rien.

Nous avons massacré tes lions et panthères.

Nous avons asséché tes marais millénaires.

Les moustiques sont morts … Les poux … De Profundis.

Nous avons tout tué, jusqu’à la syphilis.

Ah pardon Fellagha pour tous ces carnages.

Nous avons fait tout ça, c’est bougrement dommage.

Bien pardon Fellagha, de t’avoir mieux nourri,

De t’avoir vacciné pour le béribéri

Et d’avoir à tes pieds nus mis (oh maladresse)

Des souliers ….

Pour nous botter les fesses.

 


28/08/2018
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Franceinfo - le dimanche 6 mai 2018

 

 

"La grand-mère s'est défendue" : les petits-enfants de Guillaume Seznec révèlent leur secret de famille

 

 

Est-ce la fin de l’affaire Seznec, l’un des faits divers les plus marquants du XXe siècle ? Gabriel et Jean-Yves Seznec, petits-fils de Guillaume Seznec, révèlent pour la première fois les circonstances de la mort du conseiller général du Finistère Pierre Quémeneur en 1923. Leur grand-père a purgé vingt ans de bagne pour ce meurtre. Ils affirment que leur grand-mère a été agressée sexuellement et qu’elle a eu un "geste de défense"… Extrait du magazine "19 h le dimanche" du 6 mai

 

 

L’affaire Seznec serait une agression sexuelle de Pierre Quémeneur sur Marie-Jeanne Seznec, suivie de la réaction de celle-ci en état de légitime défense. Gabriel et Jean-Yves Seznec, petits-fils de Guillaume Seznec, condamné à vingt ans de bagne pour le meurtre de ce conseiller général du Finistère en 1923, révèlent en exclusivité leur secret de famille au magazine "19 h le dimanche" (FacebookTwitter#19hLD).

 

 

Ce secret est celui que Guy Seznec a transmis à ses fils au soir de sa vie : la vérité sur l’affaire Seznec ! "Maintenant, je me dis qu’il faut dire l’information que nous a donnée notre père, et ce sont plus que des informations, pour nous, pour les autres, pour la vraie vérité. J’ai envie que la vérité se sache…" affirme Jean-Yves Seznec. Guy Seznec leur a ainsi confié ce qu’il s’était passé ce jour-là : "Papa m’avait dit : ’C’est une affaire toute simple qui a été compliquée à outrance.’ Je me souviens bien de ses mots." 

 

 

"C’est un homicide involontaire finalement"

 

Gabriel Seznec poursuit le récit de son père : "C’était un dimanche, d’après lui. Il jouait dehors dans la cour et il a entendu sa mère crier, se débattre. Elle se faisait agresser, en gros. En allant à la fenêtre, il a vu Quémeneur par terre, allongé, recroquevillé. La bonne aussi était là. Et Quémeneur était mort."

 

 

"La grand-mère s’est défendue, elle a eu un geste de défense, raconte Jean-Yves Seznec. Notre père n’a pas vu tomber Quémeneur, mais il était par terre quand il a regardé par la fenêtre. Cela a duré quelques secondes entre le moment où sa mère a crié et celui où il a regardé à la fenêtre." Gabriel Seznec complète : "Sa mère lui a dit qu’elle avait levé la main parce que Quémeneur l’avait agressée un peu, enfin, tripotée… Et il ne s’est jamais relevé." Son frère conclut cette révélation par ces mots : "Ils n’ont pas voulu sa mort, c’est un homicide involontaire finalement."

 


01/06/2018
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