L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

HISTOIRE - Flash-back


Franceinfo - le mardi 6 octobre 2020 - mis à jour le 07.10.2020

 

 

"Décolonisations" : "Nous recevons cette histoire en héritage, nous devons la regarder en face et faire le nécessaire pour vivre ensemble"

 


07/10/2020
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Franceinfo - le jeudi 24 septembre 2020

 

 

Olivier Mazerolle sur le suicide de Pierre Bérégovoy : "Je voyais bien à quel point on abîmait le bonhomme"

 


24/09/2020
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Franceinfo - le mercredi 26 août 2020

 

 

"En 50 ans, on a fait des pas de géantes !" : les militantes se souviennent des débuts du Mouvement de libération des femmes

 

 

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Image par Khusen Rustamov de Pixabay 


26/08/2020
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Le Progrès du dimanche 12 juillet 2020

 

 

COMMÉMORATION - 25 ANS APRES SREBRNICA : LA DOULEUR DES VEUVES DE BOSNIE

 

 

Les musulmans de Bosnie ont commémoré samedi le génocide de Srebrenica il y a 25 ans, pire tuerie sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale avec plus de 8000 morts. Jusqu'alors "zone protégée" des Nations unies, Srebrenica a été prise le 11 juillet 1995, cinq mois avant la fin de la guerre. Les dirigeants politique et militaire des Serbes de Bosnie à l'époque des faits, Radovan Karadzic et Ratko Mladic, ont été condamnés à perpétuité par la justice internationale, notamment pour le massacre de Srebrenica et le siège de Sarajevo. A ce jour, près de 6 900 victimes du massacre ont été retrouvées dans plus de 80 fosses communes identifiées. Le massacre de Srebrenica est le seul épisode du conflit bosnien qualifié d'acte de génocide par la justice internationale. Mais sa gravité est toujours minimisée par les dirigeants politiques des Serbes de Bosnie.

 

 

En raison de l'impossibilité de faire venir des foules en une seule journée à cause du Covid-19, les organisateurs ont invité des gens à visiter le Centre mémorial tout au long de juillet.

 


13/07/2020
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Franceinfo - le lundi 27 janvier 2020

 

 

24 janvier 1960 : le début de la "semaine des barricades" à Alger pendant la guerre d’Algérie

 

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Laurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

Cet épisode figure parmi les moments décisifs de cette guerre coloniale, qui s’est déroulée de 1954 à 1962

 

 

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Une femme apporte du café à des émeutiers favorables à l'Algérie française pendant la "Semaine des barricades" (24 janvier-1er février) à Alger. (JEAN-CLAUDE COMBRISSON / AFP)

 

 

 

Du 24 janvier au 31 janvier 1960 se déroule une violente semaine d’affrontements à Alger entre les forces de l’ordre et les Européens d’Algérie. Des évènements qui sont une étape essentielle vers l’indépendance de la colonie. Le 16 septembre 1959, le général de Gaulle, revenu au pouvoir l’année précédente, évoque pour la première fois le "droit des Algériens à l’autodétermination". En clair, le droit de la population algérienne de décider elle-même de son destin.

 

 

Des propos qui contredisent le fameux "Je vous ai compris", prononcé le 4 juin 1958 lors du discours de de Gaulle au balcon du Gouvernement général à Alger devant une foule considérable, majoritairement européenne. Une phrase interprétée par ses auditeurs comme un soutien à "l'Algérie française".

 

 

Quinze mois après, l’annonce du "droit à l’autodétermination" "fait l’effet d’une trahison pour les pieds-noirs" et les partisans de l’Algérie française, note Le Figaro. Les esprits s’échauffent davantage à l’annonce du limogeage du général Jacques Massu, qui est rappelé à Paris. A l'Elysée, on n’a pas apprécié les propos du commandant du Grand Alger au journal allemand Süddeutsche Zeitung. L'officier y critique sans détour la politique du nouveau chef de l’Etat. "L'armée ne pouvait pas s’attendre à ce que le général de Gaulle mènerait une telle politique", affirme-t-il. Et d’enfoncer le clou : "L'armée a le pouvoir. Jusque-là, elle ne l’a pas montré, parce que l’occasion ne s’est pas encore présentée. Mais elle pourrait l’utiliser dans une situation précise" (propos traduits de l’allemand)…

 

 

 

Grève générale

Jacques Massu est "adulé dans la Ville blanche pour y avoir brisé les réseaux" du Front de libération nationale (FLN) algérien avant l’arrivée de de Gaulle au pouvoir (1958), racontent les historiennes Raphaëlle Branche et Sylvie Thénault. La nouvelle de son limogeage "fait éclater une contestation qui grondait depuis des mois. Une grève générale est décrétée à Alger par les nationalistes les plus virulents, massivement soutenus par les Européens."

 

 

Parmi ces nationalistes, on trouve Joseph Ortiz (le "cafetier du Forum"), fondateur du Front national français, et le député Pierre Lagaillarde, de l’Association générale des étudiants d’Alger, officier de réserve parachutiste devenu député en 1958 "sur un programme Algérie française". Celui-ci est l’un des futurs fondateurs de l’Organisation de l’armée secrète (OAS).

 

 

 

Des parachutistes, qui ont fraternisé avec les insurgés, sont alignés le 31 janvier 1960 devant les barricades dressées à Alger pendant la \"emaine des barricades\".

Des parachutistes, qui ont fraternisé avec les insurgés, sont alignés le 31 janvier 1960 devant les barricades dressées à Alger pendant la "emaine des barricades". (JEAN-CLAUDE COMBRISSON / AFP)



Ces mouvements, qui canalisent les énergies, sont soutenus par les unités territoriales (UT), formées pour la plupart avec des réservistes d’origine européenne, qui se réunissent au PC d’Ortiz. Soit 20 000 hommes en possession d’armes de guerre, selon l’historien Jacques Frémeaux. Ces unités ont été organisées par l’armée pour assurer la défense des quartiers.

 

 

Les autorités ont interdit les manifestations. Mais le dimanche 24 janvier, "la foule a largement répondu présente et afflue de toute part dans la capitale algérienne", raconte aujourd’hui le site des archives de l’armée (Ecpad). Plusieurs dizaines de milliers de personnes écoutent les "orateurs les plus convaincus". La construction de barricades commence (d’autres sont également édifiées à Oran et Orléansville mais seront assez rapidement démantelées). En fin de journée éclate une fusillade entre gendarmes et manifestants armés. 14 membres des forces de l’ordre et huit civils sont tués, 59 gendarmes et 33 civils sont blessés, selon un bilan cité par Jacques Frémeaux. Le choc dans l’opinion est énorme.

 

 

 

Camp retranché

Les barricades, édifiées à côté de la Délégation générale du gouvernement en Algérie par des jeunes gens qualifiés par Joseph Ortiz (cité par Jacques Frémeaux) de "remuants et peu responsables", vont finir par former un camp retranché que l’armée hésite à prendre d’assaut. De son côté, "la population civile d’Alger vient soutenir en masse et ravitailler les émeutiers", rapporte le site de l’Ecpad.

 

 

 

Photo, datée de janvier 1960 pendant \"la semaine des barricades\", de Pierre Lagaillarde (au centre). Ce dernier, officier de réserve parachutiste, avait été élu en 1958 député d\'Alger-ville sur la liste Algérie française\".

Photo, datée de janvier 1960 pendant "la semaine des barricades", de Pierre Lagaillarde (au centre). Ce dernier, officier de réserve parachutiste, avait été élu en 1958 député d'Alger-ville sur la liste Algérie française". (AFP)



L’idée des insurgés est de "faire basculer l’armée" vers les partisans de l’Algérie française, analyse Jacques Frémeaux. Et de fait, les militaires, ou au moins une partie d’entre eux, hésitent. Le 25 janvier, "les parachutistes présents observent la foule (…). (Ils) ne font rien pour cadrer l’afflux et empêcher les civils d’accéder aux barricades" (Ecpad). Des cas de fraternisation avec les civils sont signalés. Lors de sa venue à Alger le 26 janvier, le Premier ministre, Michel Debré, constate que les "paras" "ne tireront pas même si l’ordre leur en est donné"...

 

 

Les émeutiers souhaitent aussi montrer qu’ils fraternisent avec la population algérienne, ceux que l’on appelle alors "les musulmans". Ils tentent d’organiser une grande manifestation. "Si de nombreux musulmans se déplacent, il apparaît que cette tentative reste un semi-échec et constitue une sorte de désaveu de la part de (cette) population (…) qui ne se reconnaît pas dans les revendications de l’Algérie française" (Ecpad).

 

 

 

"Des coupables, qui rêvent de devenir des usurpateurs"

Pendant ce temps, Paris louvoie. Le gouvernement sait qu’en raison de l’implication des civils, il risque de provoquer un bain de sang s’il emploie la force. Le 26 janvier, Michel Debré parle de l’Algérie comme d’une "terre française". Tandis que progressivement, le réduit va être isolé du reste du monde. Même si la troupe laisse partir ceux qui veulent quitter les lieux à condition qu’ils ne soient pas armés...

 

 

Le 29 janvier, de Gaulle s’exprime lors d’un discours à son "cher et vieux pays".

 

 

 

INA

 

 

"Tandis que des coupables, qui rêvent de devenir des usurpateurs, invoquent comme prétexte de leurs actes la décision que j’ai prise à propos de l’Algérie, qu’on sache bien et qu’on sache partout que je n’y reviendrai pas", explique notamment, l'air grave, le président français, qui a revêtu son uniforme. En clair : la voie vers l’autodétermination est irrévocable.

 

 

Le 31 janvier, la foule tente à nouveau d’accéder aux barricades. L’armée ne cède pas. Le 1er février, après négociations, Pierre Lagaillarde sort du réduit, accueilli au garde-à-vous par les parachutistes. Il est emprisonné. Alors que Joseph Ortiz s’est enfui. La "semaine des barricades" est terminée.

 

 

L’épisode "préfigure (…) le putsch des généraux d’avril 1961", constate le site de l’Ecpad. Mais pour l’instant, si nombre de chefs militaires semblent plutôt favorables à "l'Algérie française dans la France éternelle", ils restent fidèles au général de Gaulle. Dans le même temps, les événements "ont contribué à discréditer les Pieds-noirs aux yeux d'une opinion française qui faisait massivement confiance au général de Gaulle. (...) Un mur d'incompréhension de plus s'érige entre l'opinion française de métropole et celle d'Algérie", constate Jacques Frémeaux.

 

 

Quatre attitudes du général de Gaulle, revêtu de son uniforme militaire, pendant son discours radiotélévisé du 29 janvier 1960

Quatre attitudes du général de Gaulle, revêtu de son uniforme militaire, pendant son discours radiotélévisé du 29 janvier 1960 (AFP)

 


27/01/2020
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Franceinfo - le dimanche 19 janvier 2020

 

 

Nigeria : il y a 50 ans, s'achevait la guerre du Biafra, conflit "oublié" des livres d’histoire

 

 

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franceinfo AfriqueRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

Le 15 janvier 1970, cette région du sud-est du Nigeria signe sa reddition, mettant fin à une guerre civile commencée au printemps 1968 et qui a fait des millions de morts et de déplacés. Aujourd’hui encore, cette histoire constitue un véritable "trou noir" dans la mémoire collective du pays

 

 

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Des soldats de l'armée biafraise se préparent à résister à une offensive de l'armée fédérale nigériane en août 1967. (- / AFP)

 

 

 

"Fine moustache et grand sourire, le général Gowon (président du Nigeria, NDLR) serre chaleureusement la main du représentant officiel des sécessionnistes biafrais, Philip Effiong, et lui adresse un sonore 'Welcome back, Philip'", raconte Jeune Afrique. La scène se passe le 15 janvier 1970 au quartier général de Dodar, près de Lagos, alors capitale du Nigeria. Elle met fin à la guerre du Biafra (sud-est), l’un des conflits les plus meurtriers du XXe siècle, qui a fait plus d’un million de morts, voire deux, et des millions de déplacés.  

 

 

 

Conflit d’une rare atrocité

La guerre avait commencé 28 mois plus tôt, le 30 mai 1967 : des généraux de l’ethnie igbo, troisième communauté du Nigeria avec les Yorubas et les Haoussas, avaient alors proclamé l’indépendance de leur province qui regroupait environ 10% des habitants du pays, en majorité chrétiens. Ceux-ci "se sentaient exclus de la vie socio-politique", rapporte Le Point, notamment après l’assassinat en 1966 du général Thomas Aguiyi-Ironsi, le seul président d’origine igbo. Dans le même temps, la partie orientale du Nigeria "est la région la plus riche en ressources agricoles, minières et avant tout pétrolières". Elle est donc forcément vitale pour le pouvoir de Lagos, dominé par les musulmans du Nord.

 

 

Les richesses du sous-sol, "manne et malédiction" du Nigeria, attisent alors déjà les convoitises étrangères : Londres, Washington, Moscou, l’Organisation de l’unité africaine (future Union africaine) soutiennent Lagos, tandis que la France apporte son aide au Biafra, notamment en livrant des armes. Le général de Gaulle y voyait l’occasion "d’affaiblir un pays anglophone dont tous les pays voisins sont francophones et, par ricochet, de nuire au Royaume-Uni et aux Etats-Unis", observe RFI.

 

 

Il n’y a jamais eu de bilan définitif pour dénombrer les victimes (plus d’un million ?) d’un conflit d’une rare atrocité, à l’origine d’une famine à grande échelle (en août 1968, il y aurait eu 6 000 morts par jour, selon Le Figaro !). Cette famine est provoquée par le blocus total de la région sécessionniste imposé par le pouvoir nigérian depuis le début de la guerre.

 

 

 

Enfants venus du Biafra, dénutris, nourris par un assistant médical, dans un hôpital militaire français à Libreville (Gabon), le 15 mars 1969

Enfants venus du Biafra, dénutris, nourris par un assistant médical, dans un hôpital militaire français à Libreville (Gabon), le 15 mars 1969 (- / AFP)



"Les images diffusées par les médias d'enfants malnutris au ventre gonflé bouleversent l'opinion internationale. Les organisations humanitaires tentent de contourner les réticences de Lagos qui soupçonne – à juste titre – les convois humanitaires de transporter armes et mercenaires. Des 'vols-pirates' sont organisés pour apporter des vivres aux populations à l'agonie", raconte Le Figaro. Des médecins, notamment français, viennent soigner les victimes. Le mouvement Médecins sans Frontières (MSF) est d’ailleurs fondé après cette guerre.

 

 

 

Les traumatismes de la guerre passés sous silence

En 2020, le Nigeria, pays de près de 200 millions d'habitants, célèbre les 50 ans de la fin de la guerre sans une seule commémoration officielle. "L'histoire de notre pays a été très brutale, l'ancienne génération a vécu des traumatismes importants", confie à l’AFP l’écrivain nigérian Diekoye Oyeyinka"On les a juste balayés sous les tapis, comme si cela n'avait jamais existé. Mais sans connaître le passé, nous allons réitérer les mêmes erreurs."

 

 

Au Nigeria, personne ne se souvient de ces événements. Sauf à Enugu, ancienne capitale de la république biafraise. Là, les habitants n'ont pas oublié les 13, 14 et 15 janvier 1970, les jours de reddition, de capitulation. Ni le fameux discours du général Gowon, appelant à la réconciliation nationale et assurant qu'il n'y avait "ni vainqueur, ni vaincu". Ils n'ont pas oublié non plus l'exil forcé en Côte-d’Ivoire de leur leader, le colonel Odumegwu Emeka Ojukwu, décédé en 2011. Ni son retour triomphal en 1982, après avoir été gracié et avant d’être emprisonné pendant 10 mois.

 

 

 

Nouveaux mouvements séparatistes

Aujourd'hui, les Igbos continuent à se sentir marginalisés, "sous occupation". Ils se plaignent d'être injustement traités par le gouvernement de Muhammadu Buhari, ancien général originaire du nord du pays. Et des drapeaux biafrais sont toujours brandis ici et là sur les devantures des immeubles ou le long des routes, avant d'être détruits par les forces de sécurité, toujours massivement déployées.

 

 

 

Des drapeaux biafrais sont brandis, le 29 février 2012 à Nwewi (sud-est du Nigeria), lors d\'une marche en l\'honneur du leader biafrais Odumegwu Emeka Ojukwu, décédé en novembre 2011.

Des drapeaux biafrais sont brandis, le 29 février 2012 à Nwewi (sud-est du Nigeria), lors d'une marche en l'honneur du leader biafrais Odumegwu Emeka Ojukwu, décédé en novembre 2011.(SUNDAY ALAMBA/AP/SIPA / AP)



La récente fermeture de l'aéroport d'Enugu et le saccage par les douanes de boutiques appartenant à des Igbos, début décembre 2019 à Lagos, attisent ce sentiment d'exclusion et les velléités indépendantistes, portées par une nouvelle génération. Les mouvements séparatistes igbos émergent à nouveau depuis quelques années. Le plus important d'entre eux étant le Mouvement indépendantiste pour les peuples autochtones du Biafra (Ipob), qui mène d’intenses campagnes de propagande sur les réseaux sociaux. Ce mouvement a été classé "organisation terroriste" par les autorités.



"Ne pas parler (de la guerre, NDLR), ne pas l'écrire, c'est laisser de la place à une histoire inventée et à la désinformation", a expliqué à l’AFP l’universitaire Patrick Utomi, ancien conseiller d’Alex Ekwueme, premier vice-président igbo (1979-1983) du pays. "Le Nigeria est aujourd'hui plus divisé qu'il ne l'a jamais été avant la guerre civile. Nous n'avons rien appris", estime-t-il.

 

 

 

Une histoire tronquée

Après des années d'oubli, le gouvernement actuel n’a réintroduit qu’à la dernière rentrée l'histoire comme matière obligatoire dans les programmes scolaires. Et encore seulement pour les 10 à 13 ans. "C'est essentiel pour nous construire notre identité et des valeurs patriotiques", reconnaît Sonny Echono, secrétaire général du ministère de l'Education, interrogé par l'AFP.

 

 

Problème : les écoles manquent cruellement de professeurs qualifiés. Et surtout la guerre civile, qui n'a jamais eu de version officielle approuvée, n'est toujours pas au programme. "Nous devons l'enseigner à nos enfants", martèle Egodi Uchendu, professeur d'histoire à l'université de Nsukka, ville où ont commencé les combats en 1967. "Les Nigérians du Sud-Est n'ont pas vécu la guerre de la même manière que dans les autres régions du pays. Il faut écouter toutes ces versions", ajoute-t-il.

 

 

 

"Il faut en parler. Sinon on ne guérira jamais"

La journaliste américano-nigériane Chika Oduah a parcouru le pays pour collecter plusieurs centaines de témoignages bruts de victimes, témoins ou soldats, qu'elle publie ensuite sur un site d'archives, Biafran War Memories. Nombre de personnes qu'elle a rencontrées racontaient pour la première fois comment leurs proches sont morts. Comment ils ont dû boire leur propre urine ou vivre cachés pendant des années dans la forêt. "Un vieux soldat du Nord a fondu en larmes en évoquant la mort de son frère", a raconté la jeune femme à l'AFP.

 

 

 

Des soldats de l\'armée fédérale nigériane patrouillent le 13 novembre 1967 près de Calabar (sud-est), plus ancien port de la côte ouest-africaine repris aux forces sécessionnistes biafraises.

Des soldats de l'armée fédérale nigériane patrouillent le 13 novembre 1967 près de Calabar (sud-est), plus ancien port de la côte ouest-africaine repris aux forces sécessionnistes biafraises. (COLIN HAYNES / AFP)



Elle-même a appris à l'âge de 17 ans, quand elle vivait aux Etats-Unis, que sa mère, alors enfant, avait passé deux ans dans un camp de réfugiés. Elle ne le lui avait jamais dit auparavant. "Tout le monde voulait aller de l'avant, penser à l'avenir, pas au passé", analyse la journaliste. Et de poursuivre : "Mais il faut en parler. Sinon on ne guérira jamais."

 


19/01/2020
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Franceinfo - le dimanche 29 décembre 2019

 

 

 

Notre-Dame, Fukushima, 13-Novembre, Coupe du monde... La décennie 2010 résumée en 100 photos

 

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Vincent MatalonFrance Télévisions

 

 

 

De 2010 à 2019, franceinfo a sélectionné cent images résumant l'actualité de chaque année écoulée

 

 

 

Que retiendrez-vous des années 2010 ? Alors que la décennie touche à sa fin, franceinfo a sélectionné 100 photos d'actualités qui ont marqué la décennie. Choisir seulement une centaine d'images n'a pas été simple, tant les bouleversements ont été majeurs, notamment à l'international. Qu'il s'agisse de révoltes dans les pays arabes (TunisieEgypteLibyeSyrie ou plus récemment en Algérie), de crises liées aux migrations, de mobilisations contre le changement climatique ou de conflits sanglants au Yémen, au Sahel ou à la frontière turquo-syrienne, les équilibres du monde tel qu'il était il y a dix ans ont été bouleversés.

 

 

L'actualité politique et nationale a été tout aussi riche. On peut ainsi citer la contestation de la réforme des retraites il y a presque dix ans (déjà !), la disgrâce de Dominique Strauss-Khan, les élections de François Hollande puis d'Emmanuel Macron à l'Elysée, ou encore la crise des "gilets jaunes"... Sans oublier les attentats qui ont endeuillé la France : celui de janvier 2015 contre la rédaction de Charlie Hebdo, ceux du 13-Novembre à Paris et Saint-Denis et celui du 14 juillet 2016 à Nice.

 

 

Franceinfo vous propose un retour en images sur ces événements en cent clichés, forcément non-exhaustifs.

 

 

Lien ci-dessous :

 

EN IMAGES. Notre-Dame, Fukushima, 13-Novembre, Coupe du monde... La décennie 2010 résumée en 100 photos

 


29/12/2019
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Franceinfo - le dimanche 22 décembre 2019

 

 

Cinquante-six ans avant la cagnotte pour les grévistes de la SNCF, retour sur l'incroyable élan de solidarité pour les mineurs de 1963

 

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Pierre GodonFrance Télévisions

 

 

 

Alors que la grève des conducteurs à la SNCF et à la RATP est entrée dans sa troisième semaine, retour sur un des plus importants conflits sociaux du XXe siècle dans l'Hexagone. A l'époque, cette grève des mineurs avait provoqué une vague de dons sans précédent

 

 

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Les mineurs lorrains sont accueillis en héros par les ouvriers de Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 13 mars 1963.  (AFP)

 

 

 

"Cette grève, on ne l'a pas gagnée tous seuls, les mineurs. Sans tous les gens qui nous ont aidés, jamais on aurait tenu 34 jours, jamais on aurait fait plier De Gaulle." L'homme qui parle, c'est Martial Ansart, ancien mineur de fond à Hersin-Coupigny (Pas-de-Calais). Il a 17 ans le 1er mars 1963, premier jour d'un des conflits sociaux les plus importants du XXe siècle en France et objet de l'élan de générosité le plus spectaculaire jamais constaté dans le pays. De quoi vous faire regarder d'une autre façon les cagnottes ouvertes en 2019 pour soutenir les grévistes opposés à la réforme des retraites

 

 

L'adage syndical dit qu'il faut savoir terminer une grève. Faire preuve de ruse pour bien la commencer, c'est bien aussi. Louis Bembenek, 24 ans en 1963, et mineur à la fosse Delloye de Lewarde (Nord) raconte : "L'hiver 1962-63 avait été terrible. La CFTC voulait lancer un mouvement de grève dès début janvier, mais on [la CGT, majoritaire chez les mineurs] a dit non. Tout simplement parce que ça allait pénaliser les gens. Tout le monde se chauffait au charbon à l'époque. Pour ne pas braquer d'entrée l'opinion publique, on a débuté le mouvement en mars." Principale revendication des gueules noires : une augmentation des salaires alors que l'inflation s'envole et que les autres professions obtiennent des rallonges.

 

 

 

Quand De Gaulle dégaine "la bombe atomique"

Le contexte leur est favorable, souligne l'historien Stéphane Sirot, spécialiste de l'histoire des mineurs : "En 1963, l'après-guerre n'est pas si loin, et chacun a en mémoire la 'bataille du charbon' [en 1945, quand les mineurs ont mis les bouchées doubles pour aider à redresser le pays]. La puissance du Parti communiste français (PCF), qui a construit son image adossée à celle du mineur, est au plus haut, et numériquement, avec 200 000 mineurs, c'est une des professions les plus importantes de France." Sans compter que le pouvoir, pas encore habitué à mettre les mains dans le cambouis social après la longue séquence algérienne, commet une bourde majeure dès le début du conflit.

 

 

Dès le 2 mars, de Gaulle signe un ordre de réquisition des mineurs depuis sa maison de Colombey-les-Deux-Eglises (Haute-Marne), un samedi soir. "Rien moins que la bombe atomique en matière de relations sociales", commente Stéphane Sirot. La Lorraine puis le Nord-Pas-de Calais refusent l'oukaze du général. Lundi 4 mars, le "Grand Charles" se retrouve avec 200 000 grévistes résolus en face de lui.

 

 

 

De l'aide venue du bloc communiste

"Je me souviens des miracles que faisaient les mamans pour remplir les assiettes", raconte Jean-Pierre Hainaut, 11 ans à l'époque et un père mineur à la fosse 21 à Harnes (Pas-de-Calais). Pourtant, ce n'est pas grâce à leurs potagers que les mineurs survivent. A part quelques poireaux et quelques carottes, en mars, ils n'ont pas grand-chose à se mettre sous la dent. Les mécanismes traditionnels de solidarité du bassin minier se mettent en place : les commerçants font crédit, les maires offrent des repas gratuits pour les enfants dans les cantines scolaires...

 

 

"Le syndicat des mineurs nous distribuait du lait et des sardines qu'il mettait sur la pierre de notre porte, se souvient Horia, fille de mineur âgée de 12 ans à l'époque. Il fallait surveiller pour ne pas se les faire chiper. Dans le jardin, on avait des bêtes, des moutons, des poules et des lapins. On a fini par y ajouter un chien, car la nuit, on essayait de nous voler. On a finalement trouvé le coupable grâce aux plumes. C'était le voisin. Après une bonne explication façon boxeur, on est finalement devenus les meilleurs amis du monde."

 

 

 

Une manifestation de femmes de mineurs en mars 1963.

Une manifestation de femmes de mineurs en mars 1963. (PAUL SCHUTZER / THE LIFE PICTURE COLLECTION)

 

 

 

Mais les choses basculent rapidement dans une autre dimension. Très vite, l'URSS, la Tchécoslovaquie et la Pologne débloquent des fonds. Rien de très surprenant de la part de pays communistes du bloc de l'Est. Mais de l'argent arrive aussi en provenance du Vietnam, du Pérou ou du Chili... "C'était marginal, mais hautement symbolique", souligne Stéphane Sirot. Il n'y a pas que des fonds qui arrivent. "Un midi, on frappe à la porte, raconte Daniel, à l'époque adolescent, qui vit avec ses cinq frères et sœurs et sa mère célibataire dans un logement modeste. On ouvre. Sur le seuil, des gens qui ne parlaient pas très bien français. C'étaient des Hollandais qui nous apportaient du pain."

 

 

 

Lens, centre du monde

Des camions avec des plaques étrangères, on en a vu un paquet dans le bassin minier en ce printemps. Selon la légende, un camion belge ou polonais rempli jusqu'à la gueule n'arrivait plus à repasser le porche de la maison syndicale de Lens une fois déchargé. C'est à Lens qu'étaient centralisés les vivres, répartis ensuite dans les différentes communes. "Et après, on passait avec un mégaphone dans les rues pour appeler les gens à se rendre place de la mairie avec leur livret de famille", raconte l'ancien mineur Martial Ansart. 

 

 

 

Les mineurs du bassin minier du Pas-de-Calais manifestent à Lens, en mars 1963.

Les mineurs du bassin minier du Pas-de-Calais manifestent à Lens, en mars 1963. (REPORTERS ASSOCIES / GAMMA-RAPHO)


 

Les Français des autres régions ne restent pas les bras croisés. Ils découvrent dans la presse des témoignages effarants, comme celui de ce "vieillard de 40 ans" rencontré par un journaliste de L'Aurore : "Dans ma famille, on était douze à la mine. Onze sont morts avant 50 ans et moi, je suis silicosé à 45%. (...) Même les Allemands, tu m'entends, même les Allemands, sous l'Occupation, ils ne nous ont pas réquisitionnés." Autre point significatif pour l'opinion : les mineurs organisent des défilés colossaux, mais contrairement à d'habitude, le conflit social ne dégénère pas en conflit tout court. "Lors de la plus grosse manifestation à Lens, on était 80 000, il n'y a pas eu une ampoule de cassée", souligne l'un d'eux. Cela permet à beaucoup de se sentir solidaires. Et nombreux sont ceux qui contribuent avec un petit billet glissé aux quêteurs envoyés par le PCF et la "Cégette" un peu partout en France.

 

 

Quand il bat le pavé en banlieue parisienne, le mineur cégétiste de Lewarde Louis Bembenek tient dans sa main droite un panier, dans l'autre sa fiche de paye. "Mon épouse avait un oncle, huissier au Sénat, qui refusait de croire qu'on gagnait si peu que ça. Alors je montrais mon salaire à qui voulait voir !" Quelques kilomètres plus loin, Martial Ansart se retrouve sur le marché de Nanterre (Hauts-de-Seine), épicentre de ce qu'on appelait alors la "ceinture rouge" de Paris. "D'un seul coup, une vieille dame, originaire d'Hersin, qui devait me connaître de vue, se plante devant moi et me tend une tarte à la crème. 'Tiens min tchiot, t'as faim' ["tiens mon garçon, tu as faim", en patois ch'ti]. Un gars de la Seita m'a aussi donné une cartouche de cigarettes, j'ai aussi récolté beaucoup d'argent... J'ai tout partagé, bien sûr, sauf la tarte."

 

 

 

Johnny offre le cachet d'un concert

Dans la famille Ansart, le père, bouffeur de curé convaincu, se voit assigner le point stratégique... de la sortie de la messe. Le premier à se précipiter pour lui tendre quelques billets, c'est l'homme en soutane en personne. "Ce qu'il a pu se faire chambrer après ça !" sourit le fiston. Par la voix des archevêques de Cambrai et d'Arras, l'Eglise catholique prend publiquement position en faveur des mineurs : "Cette grève nous concerne tous. Nous devons nous sentir solidaires de toutes les souffrances." Louis Bembenek, à la CGT, se retrouve lors d'une quête à Cambrai invité dans les locaux de l'archevêché. "C'est vrai qu'une telle rencontre peut surprendre... J'ai encore la photo !" sourit-il. Au total, les sommes récoltées dépassent les 2 millions d'euros au cours actuel. Le plus gros donateur est peut-être un certain Johnny Hallyday, qui offre le cachet de son concert (estimé à 7 500 euros) à Decazeville, dans l'Aveyron, aux grévistes. "Cette somme constitue un record, à ma connaissance, assure l'historien Stéphane Sirot. Mais rapportez-la au nombre de grévistes : à peine 10 euros par tête."

 

 

 

 

 

Au début de la quatrième semaine de grève, pour soulager les familles, le Parti communiste lance un appel pour accueillir les enfants du bassin minier dans des familles d'accueil pendant les vacances de Pâques. Ce ne sont pas moins de 23 000 enfants qui s'extraient de l'angoisse de l'assiette vide pendant deux semaines. Pour Daniel Doutrelon, 14 ans, direction le "10-12 rue Epoigny à Fontenay-sous-Bois, téléphone Tremblay 13-27. Je m'en rappellerai toute ma vie." Il tombe chez un négociant en matériaux de construction marié à une secrétaire. Leur fils unique a quitté le nid et laisse à l'enfant de la fosse 9 "une chambre immense, une salle de bains et même un transistor !" Le couple du Val-de-Marne voulait bien accueillir un enfant du bassin minier, mais plutôt âgé. "Et pour cause, raconte Daniel. Ils m'ont prêté un vélo, me donnaient de l'argent le matin, et me disaient 'Va donc jouer au bowling' ou 'Va visiter le Sacré-Cœur !'"

 

 

 

 

 

 

C'est parti pour quinze jours de liberté, gravés dans sa mémoire. "Comme mes frères et sœurs plus jeunes avaient été placés à Vincennes, pendant ce temps-là, ma mère était soulagée." Cette colonie de vacances aussi massive qu'improvisée donnera lieu à un très beau documentaire, Grève des mineurs de 1963, merci Papa ! Les Bernard, Daniel les a revus, une fois. "Ils étaient montés jusqu'à Lens en juillet pour me proposer une place dans leur entreprise familiale." Sa maman a dit non. Sur le coup, le fils n'a pas moufté. Aujourd'hui, il en conçoit une pointe de regret. Surtout que la prochaine rencontre n'aura jamais lieu. "C'était en 1974 ou en 1975, j'étais dans le secteur, je suis retourné les voir. C'était un samedi. J'arrive, les volets sont fermés. Je demande à un voisin. 'Monsieur Bernard ? On l'enterre aujourd'hui', m'a-t-il répondu."

 

 

Quand les enfants reviennent au bercail, les mineurs ont gagné sur toute la ligne : +10 % de salaire, une semaine annuelle de congés payés supplémentaire... Quelques mois plus tard, l'heure est aux remerciements. C'est à l'avant d'un camion rempli de charbon que Martial Ansart reprend la route de Nanterre. Accroché en haut du prise-brise, un calicot sur lequel est écrit 'Les mineurs remercient'. "On avait choisi le jour du banquet des aînés. On arrive dans une grande salle, sur un tapis rouge. En face de nous, une grande table en U. Et d'un seul coup, tous les anciens se sont levés et ont entonné à pleins poumons L'Internationale. Quelle communion ! Je n'ai jamais vécu ça de nouveau. Jamais." 

 


22/12/2019
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Franceinfo - le mardi 10 décembre 2019

 

 

Corruption généralisée, milliards gaspillés… Ce qu'il faut retenir des "Afghanistan Papers" révélés par le "Washington Post"

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Le quotidien américain, qui s'appuie sur près de 2 000 documents, met en lumière les erreurs de l'administration américaine dans la guerre et la reconstruction en Afghanistan

 

 

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Des soldats américains lors d'une visite du commandant des forces américaines et de l'Otan, le 6 juin 2019, au poste de contrôle du district de Nerkh, en Afghanistan. (THOMAS WATKINS / AFP)

 

 

 

C'est un nouvel éclairage capital sur la guerre en Afghanistan. Dans une grande enquête intitulée "En guerre avec la vérité", le Washington Post (en anglais) dévoile les errements des gouvernements américains successifs dans le conflit afghan. Ces révélations sont notamment fondées sur près de 2 000 documents émanant de l'Inspection générale spéciale pour la reconstruction de l'Afghanistan (Sigar), créée en 2008 pour enquêter sur les dépenses abusives liées à ce pays. Ces documents, obtenus après trois ans de recours en justice, ont vite été surnommés "Afghanistan Papers", en référence aux "Pentagone Papers" dévoilés en 1971 au sujet de la guerre au Vietnam. 

 

 

Les entretiens menés par la Sigar montrent que les responsables politiques des Etats-Unis ont assuré publiquement depuis 2002 qu'ils faisaient des progrès contre les insurgés en Afghanistan, tout en admettant le contraire en privé. Les entretiens avec des responsables impliqués dans l'effort de guerre évoquent un budget dépensé sans contrôle, dans un pays sans gouvernement central fort, ce qui a alimenté une corruption généralisée et mené la population à rejeter la coalition internationale pour se tourner vers les talibans.

 

 

 

Des objectifs incertains : "On ne savait pas ce que l'on faisait"

"Nous étions dépourvus d'une compréhension de base de l'Afghanistan, on ne savait pas ce que l'on faisait", a déclaré Douglas Lute, responsable pour l'Irak et l'Afghanistan au Conseil de sécurité nationale (2007-2014). Quand les Etats-Unis se décident à intervenir avec leurs alliés en Afghanistan, moins d'un mois après les attentats du 11-Septembre, les objectifs semblent clairs. Il s'agit de mener des représailles contre le groupe terroriste Al-Qaïda, désigné comme l'auteur des attaques, et d'empêcher de nouveaux attentats. Mais, rapidement, le gouvernement américain se perd dans ses objectifs de guerre, comme le révèlent les documents du Washington Post.

 

 

Qu'essayions-nous de faire ici ? Nous n'avions pas la moindre idée de ce que nous entreprenions. Douglas Lute, responsable pour l'Irak et l'Afghanistan au Conseil de sécurité nationale (2007-2014)à l'Inspection générale spéciale pour la reconstruction de l'Afghanistan

 

 

Entre l'influence des talibans, le rôle flou du Pakistan et l'émergence du groupe jihadiste Etat islamique, l'armée américaine ne parvient plus à savoir qui sont ses véritables ennemis. "Ils pensaient que j'allais arriver avec une carte leur indiquant qui étaient les bons et les méchants", a ainsi témoigné un ancien conseiller d'une équipe des forces spéciales, sous couvert d'anonymat. "Il leur a fallu du temps pour comprendre que je n'avais pas ces informations. Au début, ils n'arrêtaient pas de me demander : 'Mais qui sont les méchants ? Où sont-ils ?'"

 

 

Cette confusion est également résumée dans une note de service rédigée par l'ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld en 2003 : "Je n'ai aucune visibilité sur qui sont les méchants. Nous manquons cruellement d'intelligence humaine." Un flou qui paraît étonnant au regard des moyens humains déployés par les Etats-Unis. Depuis 2001, plus de 775 000 soldats américains ont été déployés en Afghanistan. Parmi eux, 2 300 sont morts et 20 589 ont été blessés au combat, selon le ministère de la Défense. Le site indépendant iCasualties.org recense même 2 440 morts. "Si les Américains connaissaient la magnitude de ce dysfonctionnement… Deux mille quatre cents vies perdues", résume en 2015 Douglas Lute.

 

 

 

Un afflux incontrôlé d'argent : "Une colossale erreur de jugement"

Pour accompagner la reconstruction d'un Afghanistan marqué par la guerre, les Américains vont mettre en route la planche à billets. Selon une étude de l'université Brown, le seul département de la Défense a dépensé entre 934 et 978 milliards de dollars pour la guerre et la reconstruction. Il s'agit d'un montant bien supérieur à celui du plan Marshall destiné à soutenir l'Europe occidentale après la Seconde Guerre mondiale. "Qu'avons-nous obtenu pour cet effort d'un billion [mille milliards] de dollars ? Cela valait-il un billion de dollars ?" se demande Jeffrey Eggers, un ancien membre des Navy Seals, une unité spéciale de la marine.

 

 

Après l'assassinat d'Oussama ben Laden, j'ai dit qu'il devait probablement bien rigoler depuis sa tombe, compte tenu des sommes que nous avons dépensées pour l'Afghanistan. Jeffrey Eggers, ancien Navy Seal à l'Inspection générale spéciale pour la reconstruction de l'Afghanistan

 

 

L'argent dépensé par les Etats-Unis devait servir à mettre sur pied un "nouvel Afghanistan". Il devait ainsi développer les écoles et les infrastructures, dans le but d'améliorer la sécurité et de lutter contre le sentiment antiaméricain de la population. "C'était une colossale erreur de jugement", estime une source anonyme, cadre de l'Agence américaine pour le développement international (Usaid). "On nous a donné de l'argent, on nous a dit de le dépenser, alors on l'a fait. Sans raison."

 

 

"Nous n'envahissons pas les pays pauvres pour les rendre riches", a expliqué James Dobbins, ancien haut diplomate américain, envoyé spécial à Kaboul sous George W. Bush et Barack Obama. "Nous n'envahissons pas des pays autoritaires pour les démocratiser. Nous envahissons des pays violents pour les rendre pacifiques, et nous avons clairement échoué en Afghanistan."

 

 

 

Un essor de la corruption : "C'est fatal"

Les Etats-Unis ont tenté de mettre en place en Afghanistan une structure étatique calquée sur le modèle occidental. Mais ils n'ont pas pris en compte l'histoire du pays, marquée par le tribalisme, le monarchisme, le communisme et la loi islamique. "Notre politique était de créer un gouvernement central fort. Mais c'était idiot parce que l'Afghanistan n'a pas d'antécédents de gouvernement de ce type", explique un ancien responsable du département d'Etat en 2015. "Le délai pour créer un gouvernement central fort est d'un siècle. Nous n'avions pas ce temps-là."

 

 

Résultat, avec l'afflux d'argent américain, la corruption s'est développée à tous les niveaux. "J'aime utiliser une analogie avec le cancer", a détaillé Christopher Kolenda, colonel déployé à plusieurs reprises en Afghanistan, face aux enquêteurs de la Sigar. "La petite corruption est comme le cancer de la peau. Il existe des moyens pour y faire face et vous serez probablement guéri. La corruption au sein des ministères, au niveau supérieur, est comme le cancer du côlon. C'est pire, mais si vous le diagnostiquez à temps, vous guérirez probablement. En revanche, la kleptocratie est comme le cancer du cerveau. C'est fatal. Et c'est ce qui s'est passé avec l'administration du président Hamid Karzai."

 

 

Selon les notes révélées par le Washington Post, la population afghane aurait alors assimilé la démocratie à la corruption. "Quand cela atteint le niveau auquel je l'ai vu quand j'étais là-bas, il est incroyablement difficile voire impossible de régler" le problème, admet, en 2016, Ryan Crocker, ambassadeur à Kaboul en 2002, puis en 2011-2012. Il évoque un fléau qui touche toutes les administrations, de la police à la justice. "Notre plus grand projet, malheureusement, a peut-être été le développement de la corruption de masse."

 

 

Une guerre de l'information : "Les mauvaises nouvelles étaient souvent étouffées"

Pour ne pas révéler tous les dysfonctionnements à l'opinion américaine, il a fallu mener des opérations de propagande efficaces. "Chaque donnée était transformée pour dépeindre le meilleur tableau possible", affirme le colonel Bob Crowley, haut conseiller de la coalition internationale en 2013-2014. "Les sondages, par exemple, n'étaient pas du tout fiables mais renforçaient l'idée que tout ce que nous faisions était bien", détaille-t-il en 2016.

 

 

"Le peuple américain a constamment été berné", estime John Sopko, chef de l'agence fédérale qui a mené les entretiens. "Les mauvaises nouvelles étaient souvent étouffées. (…) Mais lorsque nous essayions d'exprimer des préoccupations stratégiques plus vastes sur la bonne volonté, la capacité ou la corruption du gouvernement afghan, il était clair que ce n'était pas bienvenu", poursuit Bob Crowley.

 

 

Cette guerre de l'information explique sans doute le décalage entre les déclarations des politiques et le ressenti des acteurs sur place, comme le résume en 2015 le général Michael Flynn, qui a effectué plusieurs missions de renseignement dans le pays. "[Ils disent tous que] nous faisons du super boulot. Vraiment ? Parce que si nous faisons du super boulot, pourquoi a-t-on l'impression de perdre ?"

 


10/12/2019
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Franceinfo - le lundi 11 novembre 2019

 

 

"Je tremblais comme une feuille" : il y 20 ans, Dominique et Francis signaient le premier Pacte civil de solidarité

 

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Jérôme JadotRadio France

 

 

Le premier Pacs était conclu le 18 novembre 1999 à Lille, entre Dominique Adamski et Francis Dekens, aujourd’hui âgés de 65 et 73 ans. Vingt ans plus tard, quel regard porte le couple sur cet évolution de la loi

 

 

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Francis Dekens (droite) tient dans ses mains la première attestation de Pacs de l'histoire, qui a permis de sceller, aux yeux de la loi, leur union avec Dominique Adamski (gauche), il y a vingt ans. (JÉRÔME JADOT / RADIO FRANCE)

 

 

 

Il a permis plus de 2,1 millions d'unions depuis sa création. Le Pacs fêtera ses 20 ans vendredi. La loi instaurant ce Pacte civil de solidarité avait été promulguée le 15 novembre 1999, après des débats très mouvementés au Parlement. Trois jours plus tard, le premier pacs était conclu à Lille, entre Dominique Adamski et Francis Dekens, aujourd’hui âgés de 65 et 73 ans. Franceinfo les a retrouvés à Agde, dans l’Hérault, où ils ont emménagés il y a quelques mois.

 

 

Du carton qu'il a précieusement conservé, le couple sort la première attestation de pacs de l’histoire, datée du 18 novembre 1999, et des coupures de journaux qui, il y a vingt ans, avaient couvert l'événement. A l’époque, Dominique Adamski n’avait pas une seule ride et Francis Dekens beaucoup moins de cheveux blancs. Après dix-neuf ans de vie commune, ils avaient tenu à se pacser dès la loi promulguée. 

 

 

Les mois qui ont précédé, il fallait voir le déchaînement des manifs anti-pacs, avec même le slogan 'Les pédés au bûcher'. Donc ça nous a remontés, c'était notre façon de militer.Dominique Adamski à franceinfo

 

 

Pour Dominique, il était donc important d'agir vite. Trois jours après la promulgation, ils sont donc au tribunal d’instance. "On s'est pointés, on a signé et on a entendu un vacarme pas possible dans les couloirs. Il y avait au moins cinq ou six chaînes de télévision qui étaient là pour nous filmer", raconte Francis. "Moi je ne voulais pas, c'était la première fois que je sortais du placard et je ne voulais pas être reconnu par mes collègues. Je tremblais comme une feuille", confie-t-il.

 

 

 

"On quitte une république pour un royaume qui accorde de meilleurs droits"

La signature du pacs, puis sa médiatisation, aideront finalement Dominique et Francis à vivre leur amour au grand jour. "Avant on rasait les murs", disent-ils. "Ce qui a changé c'est tout de suite d'obtenir des droits qu'on n'avait pas, ne serait-ce qu'un billet d'avion de couple", explique Dominique. "On a acquis un bien immobilier et on s'est engagé à deux forcément. Avant ce n'était pas possible ou alors il fallait faire une clause spéciale", poursuit Francis. "Pour nous, c'était vraiment être reconnus en tant que couple dans notre amour, dans ce qu'on pouvait partager", enchaîne Dominique.

 

 

Mais cela ne suffira pas. En 2006, les nordistes déménagent quelques temps en Belgique, pour pouvoir s’y marier. "On quitte une république pour aller dans un royaume qui accorde de meilleurs droits", ironise Dominique. Mariés à l’étranger, Francis et Dominique ont dû attendre 2013 et la loi Taubira pour voir leur mariage reconnu en France. Ils espèrent désormais que la PMA pour toutes sera bien adoptée, et que la GPA le soit un jour aussi.

 


11/11/2019
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Franceinfo - le vendredi 8 novembre 2019

 

 

"Ils ont dépecé nos entreprises" : 30 ans après la chute du mur de Berlin, Eckhard se souvient de "l'enrôlement de la petite RDA par la grande RFA"

 

 

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Antoine DeianaFranck BallangerRadio France
 

 

 

Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin tombait. 30 ans après, franceinfo est allé à la rencontre d'Allemands qui racontent leur mur, leur histoire et leur pays. Eckhard Netzman, 82 ans, était ingénieur et directeur d'entreprise à l'Est

 

 

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Eckhard Netzman porte un regard très critique contre l'Allemagne de l'Ouest qu'il accuse d'avoir dépecé les entreprises de l'Est après la réunification. (FRANCK BALLANGER - RADIO FRANCE)

 

 

 

Eckhard Netzman a 82 ans. C’est ce que dit son état-civil. Mais ses yeux et ses mots affirment bien d’autres choses ! Un peu comme si l’expression "il ne fait pas son âge" avait été inventée pour lui. Parce qu’Eckhard possède le regard polisson d’un gamin de 15 ans et s’amuse avec les mots comme un étudiant qu’il n’est plus depuis longtemps. Pourtant, le vieil homme aurait toutes les raisons de promener un regard désabusé sur ce monde et ses habitants.

 

 

"Ecki" avait 3 ans lorsque la Seconde Guerre mondiale a éclaté et ses premiers souvenirs sont donc des souvenirs de guerre : "Je suis né en Silésie, dans un coin qui se trouve aujourd’hui en Pologne. Mais le 13 février 1945, j’étais à Dresde lorsque la ville a été bombardée par les Américains. Je sais ce qu’est la guerre et je sais ce que c’est que d’être pauvre !"

 

 

 

\"Le 13 février 1945, j’étais à Dresde lorsque la ville a été bombardée par les Américains.\"

"Le 13 février 1945, j’étais à Dresde lorsque la ville a été bombardée par les Américains." (HANDOUT / SLUB DRESDEN DEUTSCHE FOTOTHEK)

 

 

À cette époque-là, Eckhard vit dans une basse-cour avec sa famille au milieu des oies. "La saleté" l’a marqué. Mais jamais, durant toute la conversation, il ne s’apitoiera sur son sort. Lui pense même que ces premières années passées dans la boue et la fiente, dans l'Allemagne de l'Est de l'après-guerre, avec la faim chevillée au corps, auront participé à faire de lui l’homme qu’il est devenu.

 

 

Cette enfance a développé chez moi un certain sens moral. J’ai appris à m’occuper des autres. J’en ai tiré un principe de vie qui veut que les plus faibles ont besoin d’être aidés.Eckhard Netzman à franceinfo

 

 

Le jeune Ecki ne s’est donc pas attardé à l’école. Dès ses 14 ans, il a expliqué à ses parents qu’il voulait travailler, pour aider et pour participer à nourrir la famille. Il est donc devenu serrurier. Et puisqu’il était visiblement doué et que ses professeurs ont détecté en lui un potentiel pour faire autre chose qu’ouvrir des portes, il a été invité à intégrer une école d’ingénieurs à 17 ans.

 

 

 

De la pauvreté à la direction d'une usine à 27 ans

Trois ans plus tard, Eckhard était ingénieur. Son premier poste, il le décroche à Magdebourg, au sein de l’un des fleurons de l’industrie est-allemande. La "success story" d’Ecki Netzman pourrait être celle d’un "self made man" de l’Ouest, une de ces histoires que l’on raconte aux enfants issus d’un milieu modeste pour les forcer à y croire et pour les inciter à travailler. La suite frise le conte de fées : "À 27 ans, je me suis retrouvé à la tête de tout un secteur d’une usine spécialisée dans la soudure, puis à 31 ans, j’étais directeur adjoint d’une entreprise du même genre, toujours à Magdebourg, qui employait 28 000 personnes".

 

 

Mais Eckhard n’aime pas trop ces belles histoires de victoires individuelles et il ne voit là que la réussite du système socialiste.

 

 

S’il n’y avait pas eu la guerre et la partition de l’Allemagne, je ne pense pas que tout cela aurait été possible. À l’Ouest, un serrurier de 17 ans n’aurait pas eu d’aide sociale du pays et ne serait sans doute pas devenu ingénieur.Eckhard Netzman à franceinfo

 

 

L’intérieur du pavillon d’Eckhard Netzman est confortable, son jardin soigné et il a l’air très fier de ses lapins. Ecki cabotine toujours un peu, mais il séduit beaucoup. Il est à l’aise en public et c’est heureux pour un patron qui a dirigé un conglomérat de 13 usines, pour un total de 320 000 employés du temps de l’Allemagne de l’Est. Il en garde de bons souvenirs et une certaine nostalgie, mais il a toujours voulu rester lucide sur son pays. Parfois même un peu trop : "En 1983, je suis parti au Venezuela à la tête d’une délégation est-allemande et j’ai dit à l’ambassadeur que de gros changements se préparaient dans notre société. Le soir même, le diplomate m’a pris la main, il m’a raccompagné à l’aéroport, m’a mis dans l’avion et j’ai été licencié dès mon retour".

 

 

Eckhart se retrouve donc chômeur en Allemagne de l’Est pour… une journée ! Parce que le lendemain, l’un de ses anciens adjoints l’appelle pour lui proposer du travail. Ses compétences le sauvent. "Au maximum, j’ai gagné 3 000 marks est-allemands, explique Ecki. Un serrurier ou un professeur gagnait 1000 marks est-allemands. Je sais bien qu’à l’Ouest, j’aurais gagné beaucoup plus d’argent, mais je ne suis pas jaloux. Je n’ai jamais pensé à l’argent en me réveillant le matin, mais aux salariés des entreprises que je dirigeais. Je ne pensais pas aux cours de la bourse comme les grands patrons d’aujourd’hui, mais à mes usines". La chute du mur reste donc pour lui comme un incroyable bouleversement.

 

 

 

"Les 'bouchers' de l'Ouest ont dépecé nos entreprises"

À l’époque, Eckhard Netzman dirige les travaux de réhabilitation de la centrale nucléaire de Greifswald, la plus grande centrale d’Allemagne de l’Est. Après la catastrophe de Tchernobyl, en 1986, Greifswald avait été fermée parce qu’elle fonctionnait sur le même modèle que la centrale russe. Ecki doit donc veiller à la remise à niveau de l’installation est-allemande. 4 000 vérifications ou changements à effectuer ! En 1990, le pari est en passe d’être réussi : la centrale fonctionne à 60% et doit rapidement produire à plein régime, mais le programme est stoppé du jour au lendemain avec la réunification.

 

 

 

La centrale nucléaire de Greifswald (ex-Allemagne de l\'Est), en 1990.

La centrale nucléaire de Greifswald (ex-Allemagne de l'Est), en 1990. (PAUL GLASER / DPA-ZENTRALBILD / AFP)

 

 

Greifswald fournissait de l’électricité à la Russie soviétique et cela ne pouvait plus continuer. C’est le deuxième échec de la carrière d’Eckhard qui se retrouve de nouveau sur le carreau. Sans doute la plus grosse désillusion de sa carrière : "Nous avions espéré cette réunification de toutes nos tripes. Cela a donc été une grande joie, mais aussi une grande peur ! Moi, en tant que grand dirigeant, je savais ce qu’était le capitalisme et avec la Treuhand [Treuhandanstalt, l’organisme chargé de la privatisation des biens de la République démocratique allemande après la réunification du pays], j’ai vu arriver les Allemands de l’Ouest comme des bouchers qui ont dépecé nos entreprises."

 

 

La conversation se poursuit dans le jardin d’Eckhart, entre ses lapins et les belles pommes rouges qui trônent sur la table en plastique, comme des trophées. Le vieil homme aime raconter, partager cette histoire personnelle qui s’entremêle décidément beaucoup avec celle de son pays. À 82 ans, il ne s’embarrasse plus de fioritures et ne ménage personne, surtout pas ses "amis" de l’Ouest : "Dans le domaine de l’éducation et surtout de l’emploi, je savais que nous allions tout perdre. Vu de l’Ouest, tout était mauvais ici."

 

 

Ça n’a pas été une réunification, mais un enrôlement de la petite Allemagne de l’Est par la grande Allemagne de l’Ouest.Eckhard Netzman à franceinfo

 

 

30 ans après, Ecki rejoue un match pourtant perdu d’avance. Aujourd’hui, 88% des entreprises de l’Est sont devenues propriétés de l’Ouest. Avec le temps, Eckhard n’est pas devenu fataliste, mais les années ont adouci ses colères : "Avant la chute du mur, il y avait 16 millions d’habitants en RDA, dont 11 millions d’actifs. Après la réunification, cinq millions d’Est-Allemands se sont retrouvés au chômage et deux millions de jeunes sont partis travailler en Suisse, en Autriche ou ailleurs. Les entreprises de l’Ouest avaient récupéré tous les marchés de l’Est et nous n’avions plus rien".

 

 

 

Une faucille et un marteau dans le jardin d\'Eckhard. \"L’essai n’était pas raté. Nous reviendrons\", assure-t-il.

Une faucille et un marteau dans le jardin d'Eckhard. "L’essai n’était pas raté. Nous reviendrons", assure-t-il. (FRANCK BALLANGER / RADIO FRANCE)

 

 

L’analyse est clinique, le constat sans concession, mais Ecki n’est pas du genre à se lamenter ou à affirmer que c’était mieux avant. Lui affirme au contraire que si aujourd’hui, les deux Allemagne ne sont selon lui toujours pas un seul pays, la réunification tant espérée "sera une réalité dans 20 ou 30 ans".  Ses quatre enfants et ses petits-enfants pourront profiter de ce grand pays. En attendant, avec un joli sourire au coin des lèvres, lui se voit plutôt comme "un Allemand de l’Est de l’Allemagne".

 

 

 

 

 

 

Ils racontent leur mur de Berlin

Alors que le mur de Berlin est tombé il y a 30 ans, le 9 novembre 1989, quels souvenirs gardent ceux qui ont vécu l'événement ? Quel regard portent-ils sur l'Allemagne d'aujourd'hui ? franceinfo vous propose une série de portraits.

 

 

• Peter : "Je n’avais plus d’autre solution que de m’enfuir"
• Hermann : "Les Allemands ne sont pas dans un processus de célébration béate"
• Klaus-Dieter : "La RDA sera toujours notre patrie"
• Gabriella : "Nous sommes trop jaloux les uns des autres"
• Eckhard : "Ils ont dépecé nos entreprises"

 


09/11/2019
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Franceinfo - le lundi 4 novembre 2019

 

 

"Je n’avais plus d’autre solution que de m’enfuir" : 30 ans après la chute du mur, un Berlinois raconte sa tentative d'évasion de l'Est

 

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Antoine DeianaFranck BallangerRadio France
 

 

Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin tombait. 30 ans après, franceinfo est allé à la rencontre d'Allemands qui racontent leur mur, leur histoire et leur pays. Peter Keup, 61 ans, a été emprisonné près d'un an pour avoir tenté de s'enfuir d'Allemagne de l'Est

 

 

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Peter Keup, historien aujourd'hui, avait tenté de fuir Berlin-Est alors que le mur le séparait d'une partie de sa famille. (FRANCK BALLANGER - RADIO FRANCE)

 

 

 

Lorsque l’on rencontre Peter Keup, la première impression n’est pas la bonne. Tiré à quatre épingles, la barbe blanche taillée de frais, un visage apaisé et des manières délicates, ce sexagénaire pourrait passer pour un homme sans histoires, un grand-père heureux qui aurait navigué toute sa vie durant sur un long fleuve tranquille. La vérité est bien différente. En 1981, Peter Keup a tenté de fuir l'Allemagne de l'Est et de passer à l'Ouest. La tentative s'est terminée en prison, à Cottbus. 

 

 

Aujourd'hui, 30 après la chute du mur de Berlin, Peter retrouve parfois cette prison, où il intervient pour raconter son histoire. Pendant l’heure que nous avons passée ensemble, Peter ne s’est que très rarement départi de cette classieuse douceur. Une seule fois, en fait : lorsqu’il nous fait visiter la cellule où il a été détenu pendant près d’un an après sa fuite ratée.

 

 

 

Une enfance à l'Est, séparé d'une partie de sa famille

"Mon enfance en Allemagne de l’Est aura été heureuse", lance Peter en forme de préambule. La suite, beaucoup moins. Sans doute parce que le petit garçon né à l'Est, en Saxe, a toujours su que l’Ouest existait. Une partie de sa famille vivait en RFA et les premiers contacts qu’il a pu avoir avec ses "parents de l’autre côté du mur", vers l’âge de 7 ou 8 ans, lui ont montré "une autre Allemagne, très différente des récits de propagande entendus à l’Est". Ce qui a le plus marqué le petit Allemand de l’Est qu’il était, c’est l’absence totale de liberté de parole qui régnait dans son pays.

 

 

Il n’y avait guère qu’en privé, au sein de la famille, que l’on pouvait exprimer une opinion sur le régime. Peter Keup à franceinfo

 

 

Peter n'avait pas la chance de ses camarades d'école qui avaient la possibilité de voir leur famille : "Je ne pouvais pas rendre visite à ma famille à l’Ouest quand je le souhaitais." Une privation de liberté de plus, l’interdiction de trop, insoutenable pour le jeune Peter et ses parents qui ont donc officiellement demandé à quitter la RDA. Une demande rejetée par le régime qui a immédiatement après, par mesure de rétorsion, commencé à mener une vie impossible à la famille Keup : "Je n’ai pas pu étudier, explique Peter, je me suis aussi retrouvé interdit de sport et finalement, je n’avais plus d’autre solution que de m’enfuir".

 

 

Une tentative de fuite, puis la prison

Peter décide donc de partir en 1981, à 23 ans. Il achète un aller simple pour la Tchécoslovaquie, pour rejoindre la Hongrie puis passer à l'Ouest, en Autriche. Mais dès la frontière tchèque, dans le train, les contrôleurs lui demandent son billet retour. Puisqu’il n’en a pas, on le fait descendre et après 40 heures d’interrogatoire, il finit par avouer qu’il voulait passer à l’Ouest. Peter Keup passe alors quatre mois à la prison de Dresde en détention préventive, avant d’être condamné à dix mois de prison ferme pour "tentative de fuite de la République".

 

 

 

La prison de Cottbus (ex-Allemagne de l\'Est) où Peter Keup a passé près d\'un an.

La prison de Cottbus (ex-Allemagne de l'Est) où Peter Keup a passé près d'un an. (FRANCK BALLANGER - RADIO FRANCE)


 

Il purge sa peine à Cottbus, près de la frontière polonaise. La partie "la plus douloureuse" de sa vie, mais une année qu’il n’occulte pas. D’autant moins qu’aujourd’hui, il passe une partie de son temps à travailler dans cette prison où il a été enfermé. Peter connaît donc l’endroit par cœur. Il affirme qu’il "n’y pense pas lorsqu’il arpente les couloirs" parce que "l’endroit a quand même beaucoup changé". Mais son visage, ses yeux, son corps disent l’inverse lorsqu’il se retrouve dans ce qui est devenu une salle de réunion, mais qui était sa cellule à l’époque. C’est un fait, la pièce n’a plus grand-chose à voir avec ce qu’elle était il y a 40 ans, mais Peter se souvient au centimètre près de la place des quelques meubles, de l’endroit où se trouvait son lit et l’émotion le transforme, le déforme. La peau de Peter se parchemine, ses traits se tendent et on ne s’éternise pas dans les recoins de cet espace-temps. De retour dans la cour de la prison, sous un beau soleil d’octobre, il parvient quand même à détailler son arrivée à Cottbus.

 

 

Je sortais de trois mois à l’isolement et je me retrouve dans une cellule avec 17 codétenus. Je crois que je me sentais encore moins libre qu’à Dresde.Peter Keup, à propos de son arrivée à la prison de Cottbusà  franceinfo

 

 

Peter Keup est tellement élégant qu’il ne s’apitoie jamais sur son sort. Il déroule désormais le fil de sa vie comme s’il s’agissait de la vie d’un autre. Il met de la distance et c’est peut-être ce qui l’a sauvé, à l’époque : cette distance et ce flegme. Á moins qu’il ne soit devenu un autre homme après sa sortie de prison : "J’ai été libéré grâce à un programme d’échange de prisonniers de la RFA et je suis parti à l’Ouest, à Essen, à la fin de 1982".

 

 

Un nouveau départ à l'Ouest

Puisque Peter avait été 3e au championnat de RDA de danse de salon avant de tenter de fuir, il a fait à l’Ouest ce qu’il savait faire à l’Est : il a dirigé une salle de danse jusqu’en 2013. Pendant tout ce temps, il n’est plus revenu à l’Est. Pas par hasard, mais par choix.

 

 

Il est donc assez surprenant de le retrouver aujourd’hui partager son temps entre Berlin, Essen et Cottbus, dans la partie Est de l'Allemagne réunifiée. Mais venant d’un homme qui a entamé des études d’histoire à 55 ans, rien ne doit finalement étonner. Diplômé de l’université de Bonn depuis 2018, Peter Keup essaie maintenant de partager son expérience, notamment dans les écoles, que ce soit à l’Ouest ou à l’Est de l'ancienne frontière, ainsi qu'à l’ancienne prison de Cottbus. Aux enfants, il parle sans doute de la triste découverte qu’il a faite en 2012.

 

 

 

Peter Keup, dans les sous-sol de l\'ancienne prison de Cottbus. Là-même où il a epluché des pommes de terre pendant près d\'un an.

Peter Keup, dans les sous-sol de l'ancienne prison de Cottbus. Là-même où il a epluché des pommes de terre pendant près d'un an. (FRANCK BALLANGER - RADIO FRANCE)


 

Cette année-là, Peter apprend que son propre frère travaillait pour la Stasi, la police politique de RDA. Un choc d’une grande violence, une épreuve de plus à surmonter : "Très compliqué" explique-t-il avec les quelques mots de français qu’il possède. Il poursuit en allemand.

 

 

Oui, ça a été violent. J’ai pris cela comme une trahison. Et le pire, c’est que mon frère était déjà mort. Donc je n’ai même pas pu en parler avec lui.Peter Keup, à propos de son frère, agent de la Stasi à franceinfo

 

 

Cette découverte aura été un véritable moteur pour reprendre des études, se frotter à l’histoire de son pays et de sa famille. "Pendant longtemps, je n’ai pas parlé de mon histoire, je ne savais pas comment je pouvais vivre avec ça, comment travailler sur mon passé. Mes études d’histoire m’ont effectivement aidé à reprendre contact avec mon passé. Aujourd’hui, c’est plus simple… mais cela reste compliqué quand je suis ou que je me rends en Allemagne de l’Est".

 

 

 

Peter Keup : \"Pendant longtemps, je n’ai pas parlé de mon histoire, je ne savais pas comment je pouvais vivre avec ça\".

Peter Keup : "Pendant longtemps, je n’ai pas parlé de mon histoire, je ne savais pas comment je pouvais vivre avec ça". (FRANCK BALLANGER - RADIO FRANCE)

 

 

Dans sa nouvelle vie, Peter essaie d’avoir le moins possible à faire avec l’ex-RDA. Il a quand même conservé des relations avec d’anciens codétenus. Il a perdu de vue ses compagnons de cellule, mais garde le contact avec d’autres prisonniers. Son meilleur ami, qu’il a rencontré à la prison de Cottbus, est aujourd’hui son dentiste, mais il assure qu’ils ne passent pas leur temps à parler du passé, de ces douleurs physique et morales encaissées à l’intérieur de leur prison. Peter Keup préfère regarder au loin, au-delà des murs.

 

 

 


05/11/2019
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Franceinfo - le jeudi 31 octobre 2019

 

 

Christophe Ono-dit-Biot convoque les Grecs et les Romains de l'Antiquité pour "nous faire réfléchir" sur notre époque

 

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Christophe Ono-dit-Biot, directeur adjoint du "Point" et écrivain, évoque son nouvel ouvrage, "La minute antique", dans le 23h de franceinfo mercredi 30 octobre

 

 

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photo de Google

 

 

 

Quand les Grecs et les Romains nous racontent notre époque, c'est le thème du dernier livre de Christophe Ono-dit-Biot, La Minute antique. Il évoque les problèmes de société, la politique ou l'écologie pour "nous faire réfléchir".

 

 

Sur l'écologie, "il y a 2 000 ans, le poète grec Virgile expliquait qu'il fallait absolument prendre soin de la Terre, que c'est notre avenir, qui parle déjà de la disparition des abeilles", raconte l'écrivain à succès. 

 

 

 

Apollon rejeté comme un migrant

Sur les migrants, le journaliste évoque la déesse Léto qui erre sur la Terre avec ses deux enfants Apollon et Artémis qui ont soif. Quand elle trouve une source, les habitants l'empêchent de se désaltérer, car "elle n'est pas d'ici".

Les "gilets jaunes" existaient déjà du temps de Socrate. "Les problèmes d'argent et les révoltes existent", assure Christophe Ono-dit-Biot.

Pline le Jeune a écrit "qu'un souverain doit à la fois joindre la sécurité d'un long pouvoir et la pudeur d'une élévation récente. C'est fermeté et douceur. Et on a reproché à Emmanuel Macron d'être dans son Olympe, trop loin du peuple qu'il avait élu. Un "gilet jaune" aurait pu sortir ce texte au chef de l'État", explique le directeur adjoint du Point. "Il y a des moments où il faut être jupitérien, il y a des moments où il faut redescendre sur la Terre".  

 


03/11/2019
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