L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

HISTOIRE - Flash-back


Franceinfo -

 

 

Guerre d'Indochine : ces soldats africains engagés dans les troupes françaises

 

 

avatar
Laurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

 

Il y a tout juste 65 ans, le 7 mai 1954, au moment de la reddition de Dien Bien Phu, qui sonne le glas de la colonisation en Indochine, plusieurs dizaines de milliers d’Algériens, de Marocains et de Sénégalais se trouvaient dans les rangs de l’armée française. Récit

 

 

 

19241607.jpg

 

 Prisonniers du corps expéditionnaire français à Dien Bien Phu, escortés par des soldats vietnamiens. Photo prise en mai 1954. (AFP / VNA FILES)

 

 

 

Avant la bataille proprement dite, "les troupes françaises – souvent composées de soldats algériens, sénégalais ou marocains – avaient résisté victorieusement aux vagues d’assaut vietnamiennes", observe Libération. La guerre étant mal acceptée par l'opinion française, l'armée avait dû recruter des hommes venus d’autres régions de l'"Empire" colonial, surtout d’Afrique.

"Les soldats africains coûtent moins chers que les Français. Leurs soldes sont moins élevées, leurs primes et leurs avantages réduits, et leurs pensions dérisoires. Leur recrutement représente donc un double avantage : renforcer facilement les rangs de l’armée sans alourdir les dépenses de l’Etat", constate Radio France Internationale. Attirés par une solde importante à leurs yeux, les hommes venus du continent africain sont nombreux à s’engager.

 

 

En Indochine, le choc est brutal. "Nous étions colonisés. La France faisait de nous ce qu’elle voulait. On a combattu, on a tué", a raconté laconiquement à Jeune Afrique (JA) en 2006 un ancien combattant marocain prénommé Hatimi.

 

 

Nombre de Sénégalais "sont affectés dans les blockhaus installés en pleine rizière qui constituent la ligne de fortification imaginée (…) pour protéger le delta du Tonkin" (nord du Vietnam), explique RFI. Ils sont souvent cités et décorés pour leur bravoure au combat, tout en s’adaptant bien à l’Indochine. "Il y a une chose qui m’avait surpris : c’était la facilité qu’avaient les tirailleurs à apprendre la langue du pays. Ils observaient avec finesse la civilisation vietnamienne (…). Beaucoup parlaient vietnamien et avaient des liaisons avec les femmes vietnamiennes. Au point d’avoir des enfants", rapporte un officier cité par le site de la radio française.

 

 

 

19241681.jpg

 

Un soldat d'origine guinéenne, combattant en Indochine dans les rangs de l'armée française, pose avec une ombrelle le 20 juillet 1952.  (AFP - INTERCONTINENTALE)

 

 

 

Quelques centaines de ralliements

De son côté, le Vietminh tente de rallier à sa cause ces hommes issus des colonies africaines de la France. A la demande de son dirigeant Ho Chi Minh, le parti communiste marocain, contacté par l’intermédiaire du PCF, envoie sur place "un membre de son comité central, Mohamed Ben Aomar Labrach", plus connu sous le nom de Maarouf, raconte un article du Monde Diplomatique cité par le site algerieinfos-saoudi.com. Il "occupera en permanence une fonction importante, multipliant les appels à la désertion de ses frères membres du corps expéditionnaire ou travaillant à l’éducation politique marxiste des prisonniers ou des ralliés d’Afrique du Nord".

 

 

Cette information est confirmée par les survivants marocains cités par JA. "Maarouf était membre de la hiérarchie vietnamienne et de son appareil de guerre, il avait beaucoup d’influence", raconte ainsi l'un d’eux. Pour autant, sa propagande a apparemment "eu ses limites – le faible nombre de ralliés suffit à le démontrer"… De fait, seuls quelques centaines d’hommes rejoindront les unités vietnamiennes.

 

 

Survient la reddition de l’armée française et la fin de la première guerre d’Indochine. Près de 27 000 Africains (près de 5800 Sud-Sahéliens et de 21 000 Maghrébins) auraient été tués ou auraient disparu au cours d’un conflit qui a duré de 1946 à 1954. Conflit qui aurait entraîné en tout la mort d'un peu moins de 600 000 hommes (dont 500 000 côté Vietminh), selon des estimations officielles françaises. Sans parler des victimes civiles.

 

 

Les survivants sont faits prisonniers comme les autres par les vainqueurs vietnamiens avant une très dure et meurtrière marche de six semaines vers les camps où ils vont être parqués. Ils sont répartis par nationalité. Epuisés, ils sont jugés plus réceptifs à la propagande. "Les commissaires politiques leur rabâchent le dogme marxiste pour en faire des instruments de la machine communiste. Pour le Vietminh, les soldats africains sont des disciples privilégiés, des libérateurs potentiels de l'Afrique colonisée. Mais les tirailleurs (souvent sénégalais, NDLR) sont les plus réticents à cet endoctrinement. Malgré leur diversité, ils forment une masse soudée et fidèle à la France" (cité par RFI).

 

 

 

19241809.jpg

Militaires vietnamiens faits prisonniers par des tirailleurs marocains lors de la bataille de Phu-Ly (appelée aussi bataille du Day), dans le golfe du Tonkin, en mai-juin 1951.  (JENTILE / AFP)

 

Dien Bien Phu, "Valmy des peuples colonisés"

De leur côté, la centaine de Marocains ralliés au Vietminh sont "regroupés dans des camps-villages où ils seront pris en charge – et en main –", explique Jeune Afrique. Ils seront mieux traités que les autres combattants du corps expéditionnaire français grâce à l’influence du dirigeant du PC marocain Maarouf. A tel point qu’ils vont rester une vingtaine d’années au Vietnam…

 

 

"Mariés à des Vietnamiennes avec lesquelles ils eurent bientôt des enfants, ils devinrent paysans dans une ferme d’Etat (…) et se construisirent, en cette improbable communauté maroco-vietnamienne, une vie inattendue : les enfants étaient scolarisés, les hommes et les femmes travaillaient, étaient payés, leur santé était suivie par des médecins", rapporte JA qui raconte l’imbroglio de leur retour dans leur pays.

 

 

Dans le même temps, Dien Bien Phu a sonné le glas de la colonisation française. Son retentissement dans le monde est considérable. "Cette bataille reste un symbole. Elle est le Valmy des peuples colonisés. C’est l’affirmation de l’homme asiatique et africain face à l’homme de l’Europe", écrit ainsi Ferhat Abbas, futur président de l’Assemblée nationale constituante de l’Algérie indépendante, cité par Le Monde Diplomatique. Moins de six mois plus tard, le 1er novembre 1954, a lieu la "Toussaint rouge", début de l’insurrection en Algérie contre la colonisation française.

 

 

 

19241889.jpg

 

Ouali Djellali, soldat du 27èe bataillon des fantassins algériens, en train d'écouter la radio dans la jungle de Na Phao (Laos), le 5 mai 1954, pendant la bataille de Dien Bien Phu. (AFP / INTERCONTINENTALE)

 


07/05/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le vendredi 3 mai 2019

 

 

80 ans de la Retirada : l’exode des réfugiés espagnols vu par le photoreporter suisse Paul Senn

 

 

avatar

Stéphane HilarionRédaction CultureFrance Télévisions
 

 

 

Le Mémorial du Camp de Rivesaltes dans les Pyrénées-Orientales présente dans le cadre des commémorations du 80e anniversaire de la Retirada, une grande exposition consacrée au photographe suisse Paul Senn qui a suivi au plus près la guerre civile espagnole et l’exode de centaines de milliers de personnes vers la France

 

 

 

19218519.jpg

 

Réfugiés photographiés par Paul Senn (Paul Senn, PFF, MBA Berne. Dép. GKS. © GKS, Berne)

 

 

 

S’il est célèbre dans son pays, son travail sur la guerre d’Espagne l’est beaucoup moins. Pourtant les clichés de Paul Senn (1901-1953) livrent un témoignage fort sur le conflit et sur la Retirada, l’exode vers la France en 1939 de milliers de femmes, d’enfants et d’hommes fuyant face à l’avancée des troupes de Franco. "Il est venu avec les convois de l'aide suisse, explique Markus Schürpf le conservateur de la collection Paul Senn. Il est revenu plusieurs fois avec ces convois. Il a photographié toutes ces situations dans différentes villes." 

 

 

Portraits bouleversants

Regards hagards, visages émaciés, les clichés de Paul Senn nous feraient presque ressentir la peur, le froid et la détresse de ces milliers de réfugiés obligés de fuir leur pays qui s’apprête à basculer dans la dictature. Des réfugiés espagnols que Senn retrouvera au Camp de Rivesaltes en 1942 où certains ont été internés au côté de Juifs et de Tziganes. Il réalise alors une série de photos bouleversantes au plus près de la souffrance.

 

 

Ce qui est particulier chez lui c’est qu’il choisit des personnages et qu’il les photographie en gros plan (...) ça c’est très original. Et ça le rapproche de Capa à mon avis. Michel Lefebvre journaliste au Monde et commissaire de l'exposition

 

 

 

19217599.jpg

 

Réfugié espagnol franchissant les Pyrénées début 1939. (PAUL SENN / CAPTURE D'ÉCRAN FRANCE 3)

 

 

 

Sous le nom Des espagnols dans les camps, l'exposition de Paul Senn est également itinérante. Constituée de 14 portraits accompagnés de témoignages de réfugiés elle est présentée dans les 13 anciens lieux d’internement de la région.

 


03/05/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le vendredi 26 avril 2019

 

 

Ukraine: 33 ans après Tchernobyl

 

 

Les Ukrainiens commémorent ce vendredi les 33 ans du pire accident nucléaire du XXe siècle.

 

 

 

 

Il y a 33 ans, le 26 avril 1986, se produisait l'une des pires catastrophes au monde en Ukraine, à l'époque, partie intégrante de l'URSS : la 4ème unité de la centrale nucléaire de Tchernobyl explosait.

 

 

Des habitants se sont rassemblés aujourd'hui pour commémorer l'événement.

 

 

Alyona Sheyderova, ancien ouvrière de la centrale nucléaire de Tchernobyl :


"Vous savez, beaucoup de gens ne peuvent pas venir ici parce qu'ils l'ont vécu. Mes amis sont de Pripyat, où ça s'est passé. Ils ont tout vécu. Évacuation, explosion, familles dispersées. Ils ne peuvent pas revenir ici. C'est trop réel pour eux. "

 

 

D'autres n'étaient pas nés quand le drame s'est produit mais ils insistent sur l'importance de ces commémorations.

 

 

Anastasia Murdinskaya, étudiante :


"Le monde oublie. D'un côté, c'est bien, parce que c'est une tragédie et qu'il ne devrait pas laisser de cicatrices sur les âmes. Mais d'un autre côté, c'est malheureux, parce que les gens devraient connaître l'histoire."

 

 

Le bilan final de Tchernobyl est controversé, en raison des effets à long termes des radiations.

 


Les estimations vont de 9 000 morts selon l'Organisation mondiale de la santé à 90 000 selon Greenpeace.

 


30/04/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le dimanche 21 avril 2019

 

 

Quand Victor Hugo défendait la colonisation de l'Afrique

 

 

avatar
Pierre MagnanRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

L'auteur des "Misérables" ou de "Notre-Dame de Paris" était bien un homme de son siècle. L'écrivain, né en 1802 et mort en 1885, est contemporain de toutes les aventures coloniales de la France. Le grand humaniste a partagé la vision de la "mission civilisatrice" de la France. Comme le montre ce discours de 1879, connu sous le nom de "discours sur l'Afrique"

 

 

 

19126311.jpg

 

Victor Hugo par Bertall (alias Albert d'Arnoux) en 1867 (PHILIPPE MATSAS / OPALE / AFP)

 

 

 

Les propos d'Hugo ont été tenus le 18 mai 1879, à l'occasion d'un banquet en l'honneur de l'anniversaire de l'abolition de l'esclavage. Le grand homme, alors âgé de 77 ans, y fait un discours introduit par Victor Schœlcher. Considéré comme un des pères de l'abolition de l'esclavage en 1848, il lance Hugo avec ces mots : "La cause des Nègres que nous soutenons, et envers lesquels les nations chrétiennes ont tant à se reprocher, devait avoir votre sympathie ; nous vous sommes reconnaissants de l’attester par votre présence au milieu de nous. Cher Victor Hugo (...), quand vous parlez, votre voix retentit par le monde entier ; de cette étroite enceinte où nous sommes enfermés, elle pénètrera jusqu’au cœur de l’Afrique, sur les routes qu’y fraient incessamment d’intrépides voyageurs, pour porter la lumière à des populations encore dans l’enfance, et leur enseigner la liberté, l’horreur de l’esclavage, avec la conscience réveillée de la dignité humaine."

 

 

Hugo remercie alors Schœlcher dans une langue que l'on n'oserait plus prononcer aujourd'hui : "Le vrai président d’une réunion comme celle-ci, un jour comme celui-ci, ce serait l’homme qui a eu l’immense honneur de prendre la parole au nom de la race humaine blanche pour dire à la race humaine noire : 'Tu es libre.' Cet homme, vous le nommez tous, messieurs, c’est Schœlcher".

 

 

 

"L'Afrique n'a pas d'histoire"

Tout à la grandiloquence du moment, Hugo se lance dans une description un brin manichéenne. "La Méditerranée est un lac de civilisation ; ce n’est certes pas pour rien que la Méditerranée a sur l’un de ses bords le vieil univers et sur l’autre l’univers ignoré, c’est-à-dire d’un côté toute la civilisation et de l’autre toute la barbarie."

 

 

"Quelle terre que cette Afrique ! L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie elle-même a son histoire ; l’Afrique n’a pas d’histoire. Une sorte de légende vaste et obscure l’enveloppe. Rome l’a touchée, pour la supprimer"... Des mots qui ont fait dire que Nicolas Sarkozy aurait pu y trouver une partie de l'inspiration de son discours de Dakar.

 

 

Pour Hugo, "le flamboiement tropical, en effet, c’est l’Afrique. Il semble que voir l’Afrique, ce soit être aveuglé. Un excès de soleil est un excès de nuit."

 

 

"Eh bien, cet effroi va disparaître." Comment ? "Déjà les deux peuples colonisateurs, qui sont deux grands peuples libres, la France et l’Angleterre, ont saisi l’Afrique ; la France la tient par l’ouest et par le nord ; l’Angleterre la tient par l’est et par le midi. Voici que l’Italie accepte sa part de ce travail colossal." Il est vrai que, selon l'immortel Hugo, l'Afrique a besoin de ces colons, car elle offre un paysage terrifiant : "Cette Afrique farouche n’a que deux aspects : peuplée, c’est la barbarie ; déserte, c’est la sauvagerie ; mais elle ne se dérobe plus ; les lieux réputés inhabitables sont des climats possibles ; on trouve partout des fleuves navigables ; des forêts se dressent, de vastes branchages encombrent çà et là l’horizon ; quelle sera l’attitude de la civilisation devant cette faune et cette flore inconnues ?"

 

 

 

"Au XIXe siècle, le Blanc a fait du Noir un homme; au XXe siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde"

Les possibilités sont immenses selon Hugo. "Des lacs sont aperçus, qui sait ? Peut-être cette mer Nagaïn dont parle la Bible. De gigantesques appareils hydrauliques sont préparés par la nature et attendent l’homme ; on voit les points où germeront des villes ; on devine les communications ; des chaînes de montagnes se dessinent ; des cols, des passages, des détroits sont praticables ; cet univers, qui effrayait les Romains, attire les Français."

 

 

 

19126361.jpg

 

Hommage du Petit Journal à Victor Hugo pour le centenaire de sa naissance. Parmi les images de ses oeuvres rien sur la colonisation, thème qu'il n'a quasiment pas abordé. (LE PETIT JOURNAL / RETRONEWS-BNF /AFP)

 

 

 

 

Dans ce discours, Hugo oppose des pays à d'autres, une Europe à une autre, celle des Lumières à celle de l'obscurantisme dans laquelle il met l'Allemagne (nous sommes seulement neuf ans après la défaite de 1870). Dans cette vision binaire du monde, il décrit un début d'union européenne dans le sud du continent... Dans laquelle il intègre l'Angleterre ("Déjà les Etats-Unis du Sud s’esquissent ébauche évidente des Etats-Unis d’Europe").

 

 

A charge pour cette "Europe" du progrès de le faire couler sur l'Afrique : "Au dix-neuvième siècle, le Blanc a fait du Noir un homme ; au vingtième siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde. Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L’Europe le résoudra."

 

 

 

"En face du fait colonial, son universalisme est pris en défaut"

Et ce discours largement applaudi se termine par une ode au colonialisme, seule solution, selon Hugo, pour régler les problèmes de l'Europe (nous sommes huit ans après la Commune de Paris) : "Allez, Peuples ! Emparez-vous de cette terre. Prenez-la. A qui ? A personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes, Dieu offre l’Afrique à l’Europe. Prenez-la. Où les rois apporteraient la guerre, apportez la concorde. Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue ; non pour le sabre, mais pour le commerce ; non pour la bataille, mais pour l’industrie ; non pour la conquête, mais pour la fraternité (applaudissements prolongés). Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires. Allez, faites ! Faites des routes, faites des ports, faites des villes ; croissez, cultivez, colonisez, multipliez ; et que, sur cette terre, de plus en plus dégagée des prêtres et des princes, l’Esprit divin s’affirme par la paix et l’Esprit humain par la liberté !"

 

 

Certes, l'époque se prêtait à ce genre d'envolée sur la "mission civilisatrice" de l'Europe en général, et de la République française en particulier. Et même si l'on ne peut voir les choses avec le regard d'aujourd'hui, déjà certains affichaient des positions anti-colonialistes. On se souvient du duel entre Clémenceau et Ferry  (1885) sur le sujet de la colonisation.   Hugo lui même avait critiqué certains aspects militaires de la colonisation de l'Algérie : "Le général Le Flô me disait hier soir, le 16 octobre 1852 : 'Dans les prises d’assaut, dans les razzias, il n’était pas rare de voir les soldats jeter par les fenêtres des enfants que d’autres soldats en bas recevaient sur la pointe de leurs baïonnettes.'"

 

 

Comme le dit Gilles Manceron à propos du père de Jean Valjean, "en face du fait colonial, son universalisme est pris en défaut".

 


23/04/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le samedi 6 avril 2019

 

 

Vingt-cinq ans après le génocide rwandais, militaires et diplomates français témoignent dans un livre

 

 

avatar

Michel LachkarRédaction AfriqueFrance Télévisions
 
 

 

Le 6 avril 1994, l’attentat contre l’avion du président rwandais Habyarimana enclenche le génocide, sans doute préparé de longue date, contre les Tutsis. En cent jours, 800 000 personnes sont exterminées. Vingt-cinq ans plus tard, on s’interroge toujours sur le rôle de la France durant ces heures sombres. "Rwanda, ils parlent, témoignages pour l'Histoire", livre signé Laurent Larcher, journaliste à "La Croix", apporte une nouvelle contribution

 

 

 

17348551.jpg

 

Des Rwandaises dans un camp de réfugiés, au nord de Goma, le 25 juillet 1994.  (ULLI MICHEL / REUTERS)

 

 

 

Le président Macron a décidé d’ouvrir les archives françaises à un collectif d’historiens sous la présidence de l'historien Vincent Duclert. Depuis 25 ans, les témoignages, parfois contradictoires, ne manquent pas sur cette tragédie. La France a-t-elle engagé l'opération Turquoise pour protéger les populations tutsies (et hutues) menacées ou avait-elle un agenda caché dans l'espoir de préserver son influence dans la région ?

 

 

Dans son livre Rwanda : ils parlent, le journaliste de La Croix Laurent Larcher donne de nouveau la parole aux différents acteurs de l’époque : militaires, diplomates, anciens ministres... Pour l’amiral Lanxade, chef d’état-major de François Mitterrand, comme pour Alain Juppé, la France n’a rien à se reprocher. Selon eux, pour comprendre la politique de la France, il faut distinguer deux périodes. Celle qui va d’octobre 1990 jusqu’aux accords de paix d’Arusha (en août 1993) et celle d'après 1993. Pour Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères de 1993 à 1995, l’objectif de la France était alors de trouver un accord politique entre le régime du président Habyarimana et le FPR dirigé par Paul Kagame. L’accord de paix d’Arusha poussé par la France, signé en août 1993 prévoit cette réconciliation avec le FPR et la réintégration des exilés tutsis, afin de mettre un terme à la guerre civile rwandaise commencée en 1990.

 

 

 

La France mise sur l'accord de paix d'Arusha

L’accord de paix prévoit également le départ des troupes françaises et l'arrivée d'une mission des Nations unies, la Minuar, créée le 5 octobre 1993 pour veiller à son application. D'après l'accord d'Arusha, le président Habyarimana devait céder une partie du pouvoir aux "rebelles", et l’ONU prendre le relais de la France. Pour l’amiral Lanxade,  "dans cette première période (1990-1993), François Mitterrand décide de soutenir le gouvernement Habyarimana pour éviter la déstabilisation de ce pays".

 

 

L’objectif de l’opération Turquoise, c’est d’arrêter les massacres. Pas d’aller à Kigali ou d’intervenir contre le FPRAmiral Lanxade chef d'état-major particulier du président Mitterrand à Laurent Larcher

 

 

En octobre 1993, "on a passé la main aux Nations unies et au général canadien Roméo Dalaire, le drame c’est qu’ils ont été incapables de réagir. Eux avaient les moyens sur place, juste après l’attentat du 6 avril 1994, contre l’avion du président Habiyarimana. (...) C’est tout le problème des forces des Nations unies. Les Belges, comme les Hollandais à Srebenica, ne sont pas intervenus."

 

 

"Mais quand l’avion du président habyarimana est abattu, la France ne se préoccupe plus que d’une seule chose : l’évacuation des Belges et des Français."

 

 

Depuis le début du mois d’avril 1994, les Tutsis étaient massacrés par des unités militaires des Forces armées rwandaises (FAR) et des civils liés au pouvoir rwandais. Le Front patriotique rwandais (FPR), composé pour l’essentiel de Tutsis rwandais exilés en Ouganda dans les années 60, luttait contre les forces du régime en place à Kigali. 

 

 

"Pour nous, à partir de 1993, le Rwanda c’est l’affaire des Nations unies. Cela redevient notre affaire avec l’opération turquoise, parce qu'Alain Juppé et le président Mitterrand pensent qu’on ne peut pas laisser les massacres se poursuivre", affirme encore l'amiral Lanxade.

 

 

Voici donc la vision officielle défendue aujourd'hui encore par les autorités de l'époque. Quelque peu contredite par certains témoignages, comme celui du Saint-Cyrien Guillaume Ancel, chargé de guider les frappes aériennes sur le terrain. Sur la journée du 30 juin 1994 qui le hante : "Il y avait des Tutsis qui avaient survécu sur la colline, on nous a envoyés dans la forêt de Nyungwe pour stopper le FPR. Ce fut une faute criminelle. Nous aurions pu stopper les massacres de Bisesero. Mais nous les avons laissés se dérouler, préférant affronter le FPR, plutôt que les génocidaires."

 

 

Ce que conteste le général Lafourcade commandant de l'opération Turquoise : "La mission qu'on a donnée (au capitaine Ancel) consistait à protéger la zone, les camps de Nyarushishi, un peu plus bas, Cyangugu... ça n'a rien d'une opération offensive. (...) Je rappelle que toutes archives actuellement disponibles prouvent que l’opération turquoise n’avait aucun caractère offensif, mais un caractère humanitaire". 

 

 

Selon lui, "l’opération Turquoise a sauvé des milliers de vies, principalement tutsies et a arrêté les massacres dans la zone sous notre contrôle en 1994. Le bilan a été salué par l’ensemble des observateurs des Nations unies."

 

 

 

Une cohabitation Mitterrand-Balladur qui ralentit les décisions

Le livre de Laurent Larcher montre également que la cohabitation Mitterrand-Balladur (Premier ministre de l'époque) ne facilite pas toujours la prise de décision et que du temps a été perdu pour l’efficacité de l’action de protection des populations. Ce qui peut expliquer les quelques jours de retard pour l’intervention dans la forêt de Nyungwe.

 

 

Rien n'est assez rapide selon Alain juppé. "Il faut également obtenir une résolution du Conseil de sécurité pour lancer l’opération Turquoise, alors que les Américains n’étaient pas enthousiastes. Quant à nos partenaires européens, ils nous faisaient savoir : 'Allez-y, mais on vous regarde.' Donc c’était une opération difficile à monter."

 

 

Ce que l’on reproche à la France, c’est de ne pas avoir arrêté les génocidaires, d’avoir laissé la radio Mille collines diffuser ses messages terribles. Les autorités de l’époque s’abritent derrière l’opération turquoise, qui n’a pas d’autres mandats que de regrouper les populations tutsies et hutues menacées par les deux camps et à les protéger. Pas d’arrêter le FPR ou les génocidaires.

 

 

Si des zones d’ombres demeurent dans ce récit rwandais, les historiens pourront bientôt enfin faire leur travail, avec l’ouverture de toutes les archives décidée par le président Emmanuel Macron. Ce geste s'explique par la volonté du président français de tenter un rapprochement diplomatique avec le président Kagame, considéré aujourd’hui comme un chef d’Etat influent en Afrique.

 

 

Rwanda, ils parlent, témoignages pour l'Histoire, de Laurent Larcher, 

 


Edition du Seuil (mars 2019)


06/04/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le dimanche 31 mars 2019

 

 

Emmanuel Macron rend hommage aux "leçons" des résistants des Glières

 

 

avatar

franceinfo avec ReutersFrance Télévisions
 

 

 

Le président a rendu hommage dimanche aux résistants qui ont combattu le régime nazi et la France de Vichy lors de la Seconde Guerre mondiale sur le plateau des Glières en Haute-Savoie

 

 

 

 

Un discours au ton grave. Emmanuel Macron a rendu hommage, dimanche 31 mars, aux résistants qui ont combattu le régime nazi et la France de Vichy lors de la Seconde Guerre mondiale sur le plateau des Glières en Haute-Savoie. Le président a mis en avant les "leçons" qu'ils ont transmises à la France.

 

 

Le chef de l'Etat, qui n'a pas fait de parallèle explicite avec l'actualité du moment, a retracé l'historique de ce haut-lieu de la résistance, en présence du ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer. L'ancien président de la République Nicolas Sarkozy, qui avait fait des Glières un lieu de pèlerinage pendant son quinquennat, était placé à côté de l'actuel chef de l'Etat, avant et après son discours.

 

 

 

"Le peuple de France n'oublie rien de votre sacrifice"

"Dans ce décor comme destiné à être le théâtre d'une épopée à la fois sublime et tragique, quelques centaines d'hommes avaient décidé de se lever", a déclaré Emmanuel Macron. "Si nous sommes là, au pied de ce plateau (...), c'est parce que 75 ans après, le peuple de France n'oublie rien de votre sacrifice. Si nous sommes là, c'est pour dire avec force que la leçon d'honneur et de courage que vous nous avez donnée est intacte", a-t-il ajouté.

 

 

Le président a également évoqué la leçon "de l'enracinement" transmise par les maquisards des Glières qui "ont défendu l'honneur, la liberté, la civilisation en même temps qu'une montagne, que leur terre, que ce lieu""Et il continue à être ainsi de nos idéaux, ils n'existent qu'ancrés, pétris dans notre terre (...)", a-t-il souligné.

 

 

Le chef de l'Etat a également voulu retenir la "leçon de l'égalité" léguée par les combattants venus de tous horizons (paysans, réfractaires du travail obligatoire en Allemagne nazie, communistes, francs-tireurs et partisans, républicains espagnols), "que rien ne prédisposait à se rencontrer" et qui se sont retrouvés "égaux et frères dans le combat". Et d'ajouter : "Plus de noms, plus de familles, plus de différence. Une fois tombés, chacun s'appelait la France."

 

 


01/04/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le samedi 2 février 2019

 

1881, la "gifle" de Tunis : retour sur un épisode qui a durablement marqué les relations franco-italiennes

 

 

avatar
Pierre MagnanRédaction AfriqueFrance Télévisions
 
 

 

"Si aujourd’hui il y a des gens qui (migrent), c’est parce que certains pays européens, la France en tête, n’ont jamais cessé de coloniser des dizaines de pays africains..." La charge contre la France du ministre italien Di Maio est un énième rebondissement de ce que l'histoire Italienne a retenu comme la "gifle de Tunis" au XIXe siècle

 

 

 

16917367.jpg

 

Giuseppe Garibaldi (1807-1882) dans les rues de Naples en 1860. En fuite, le héros de l'unité italienne, habita à Tunis en 1835. La capitale tunisienne a longtemps abrité une importante communauté italienne. (ANN RONAN PICTURE LIBRARY/ AFP)

 

 

 

Un soufflet vécu à la hauteur de la déception de la nation italienne face à la prise de contrôle de la Tunisie par Paris en 1881 (traité du Bardo). Un territoire que Rome se sentait pourtant parfaitement légitime à revendiquer. L'expression de ce ressentiment vis-à-vis de la France coloniale ressort régulièrement dans la presse italienne, récemment encore, lors de l'intervention française en Libye. 

 

 

"La gifle de Tunis (en italien, la "schiaffo di Tunisi")  est restée une blessure qui a eu du mal à guérir", pouvait-on lire en juillet 2017 dans le Corriere della Serra : "Il existe un précédent dans les difficultés entre le président Macron et l'Italie. Ce n'est pas l'intervention en Libye de 2011, décidée par Nicolas Sarkozy sans même faire un appel aux dirigeants italiens, mais un autre épisode, qui rappelle la complexité de l'histoire de l'amitié italo-française. Le 3 mai 1881, le gouvernement de Jules Ferry envoya un contingent de 2000 hommes à Bizerte, en Tunisie. Ce pays de l'Afrique du Nord qui, en fait, était considéré comme 'italien' en raison de l'importance de la présence de travailleurs et des capitaux italiens (dans les vignobles, la pêche et les mines), est soudainement devenu français."

 

 

Le tout nouveau royaume italien n'a alors guère apprécié cette mainmise de Paris sur une Tunisie qui, tant historiquement que géographiquement, était bien plus liée aux Italiens. Alors, quand les Français s'en emparent, Rome s'estime flouée... et découvre sa faiblesse politique sur la scène internationale. D'où l'expression de "gifle" qui est restée dans l'histoire de la péninsule... et qui refait surface en ces temps de résurgence du nationalisme.

 

 

 

16922447.jpg

La ville tunisienne de Tabarka et son fort génois du XVIe siècle. (NICOLAS THIBAUT / PHOTONONSTOP /AFP)

 

 

Garibaldi habite Tunis en 1835

En 1881, l'Italie unifiée n'a même pas 20 ans, et moins encore si on considère que Rome, sa capitale, n'est devenue italienne qu'en 1870. Pour autant, le nouvel Etat affiche déjà des ambitions coloniales, à l'instar des autres nations européennes. "Dans l'inévitable mouvement qui pousse l'Europe à civiliser les régions africaines, de même que le Maroc échoit à la péninsule ibérique et l'Algérie à la France, de même Tunis, clé de la Méditerranée centrale reliée au système sardo-sicilien, échoit à l'Italie", affirme Giuseppe Mazzini, l'un des personnages clés de l'unité italienne. Ces paroles traduisent les ambitions africaines de l'Italie. En 1868, le pays se voit reconnaître par Tunis l'autonomie juridique de ses citoyens. En clair, ces derniers ne dépendent pas de la justice du bey, mais de celle des tribunaux italiens.

 

 

Sur place, les investissements italiens se multiplient. Ils obtiennent même la gestion du train de La Goulette (port de Tunis). En 1871, l'Italie menace d'envoyer une escadre outre-Méditerranée à la suite d'un incident. Il faut alors une pression de Londres et de Paris pour calmer les ardeurs italiennes. Les ambitions du royaume de Victor-Emmanuel II sur un territoire situé à quelque 70 km des côtes italiennes les plus proches s'appuient sur une forte et historique présence. Sans remonter aux guerres puniques, les échanges entre les deux parties sont anciens et des populations venues de la péninsule (Génois, Livournais...) se sont installées depuis longtemps de l'autre côté du Canal de Sicile. Cette présence se traduit dans les chiffres démographiques du protectorat constitué par les Français en 1881.

 

 

 

16922063.jpg

L'actrice Claudia Cardinale, "la plus belle Italienne de Tunis", présente son livre "Ma Tunisie" en juin 2009 à Tunis. (FETHI BELAID / AFP)

 

 

 

En 1888, le nombre d'Italiens y est estimé à 100 000 personnes contre 700 Français, selon un texte rédigé en 1937. D'autres chiffres font état d'une population italienne qui rassemble 66% des Européens en 1901. L'importance de cette communauté, qui a connu une importante immigration sicilienne, est reconnue par les autorités françaises dès 1896, confirmant une liberté de commerce entre la Tunisie et l’Italie, pleine et entière. La présence italienne est notamment symbolisée par le fait que le leader de l'unité italienne, Garibaldi, a habité à Tunis en 1835 pour fuir les autorités romaines. Elle se retrouve aussi dans des noms de lieux. "A Tunis, il suffit de se promener dans l’ancienne Petite Sicile, sur le flanc oriental de l’avenue de Carthage pour prendre la mesure de cette mémoire", raconte le journaliste Frédéric Bobin dans Le Monde. Le cinéma a, lui, retenu l'image de Claudia Cardinale, "la plus belle Italienne de Tunisie".  

 

 

"Moi, je viens de là où le soleil réchauffe les cœurs et les corps, là où la douceur de vivre n'a d'égal que la perfection des paysages et la chaleur des sourires. Claudia Cardinale n'existait pas encore. J'étais Claude, et j'étais née Tunisienne. J'ai sauté dans le train. Celui de Tunis, qui m'amenait de la Goulette à Carthage", raconte l'actrice dans son autobiographie (Ma Tunisie).

 

 

 

16917367.jpg

Bataille de Abba Karima (Adoua en Ethiopie) entre l'Ethiopie et l'Italie, 1896. Chromolithographie de la fin du 19e siècle.   (Bianchetti / Leemage / AFP)

 

 

Le colonialisme italien se rabat sur d'autres terres en Afrique

N'ayant pu mettre la main sur la Tunisie (ce qui provoque la démission du Premier ministre Cairoli et pousse Rome dans la triple alliance avec l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie), l'Italie vise d'autres terres. Après l'échec de la conquête de l'Ethiopie (désastre d'Adoua en 1896), elle s'empare de la Somalie dans les années 1889-1890. En 1911, Tripolitaine et Cyrénaïque (Libye) tombent dans son escarcelle au détriment de l'Empire ottoman au terme d'une courte guerre italo-turque. Suite à cette conquête, Rome signe un traité avec Paris, qui valide les possessions des deux pays et les frontières en Afrique du Nord... jusqu'aux ambitions impériales de Mussolini qui voulait faire de la Méditerranée un lac italien...

 

 

La "gifle de Tunis" est ancrée dans la mémoire italienne... Elle a été réveillée par les polémiques récentes sur la Libye, quand le président Macron s'est voulu acteur solitaire sur ce dossier. Le secrétaire d'Etat français aux Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, s'est d'ailleurs servi de l'histoire coloniale italienne pour répondre à M. Di Maio: "L'Italie a un petit passé colonial du côté de la Somalie et de l'Erythrée" d'où partent des migrants.

 


03/02/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le vendredi 1er février 2019

 

 

Après 70 ans de silence, des enregistrements secrets font revivre la signature de l'armistice de 1940

 

 

avatar
Marion BothorelFrance Télévisions

 

 

 

Dans le documentaire "1940, les secrets de l'armistice", des enregistrements sonores inédits des négociations entre la France et l'Allemagne témoignent de l'inflexibilité des nazis qui malmènent les représentants Français. Ces documents oubliés ressurgissent mais leur histoire reste mystérieuse

 

 

 

16939063.jpg

 

 Signature de l'armistice entre la France et l'Allemagne, le 22 juin 1940 à Compiègne (Oise), en présence d'Adolf Hitler (assis à gauche) et du général Charles Huntziger (à droite), qui préside la délégation française. (PHOTOSVINTAGES / PHOTOSVINTAGES / AFP)

 

 

 

"Je tiens à vous dire qu'il y a certaines conditions que nous n'accepterons pas quoi qu'il arrive." La voix mal assurée du général Charles Huntziger traduit le malaise de la délégation française, ce 22 juin 1940, dans la clairière de Rethondes, à l'heure de signer le document entérinant la défaite de la France tendu par le représentant du Troisième Reich. Un moment d'histoire gravé dans un enregistrement sonore secret, dont le contenu est révélé pour la première fois dans le deuxième volet du documentaire 1940, les secrets de l'armistice, diffusé dimanche 3 février à 22h40 sur France 5.

 

 

Des disques longtemps restés cachés dans les recoins de l'histoire et à la trajectoire rocambolesque. Réapparaissant soixante-quinze ans après les faits, grâce à l'homme d'affaires et collectionneur français Bruno Ledoux, qui les a retrouvés en 2015 lors d'une vente aux enchères en Allemagne, ces enregistrements comportent encore bien des mystères.

 

 

Face aux six heures d'extraits audios répartis sur 45 disques, l'équipe du documentaire 1940, les secrets de l'armistice a dû couper et faire des choix pour rendre compte de l'atmosphère qui régnait dans le wagon où eurent lieu les deux jours de négociations entre Allemands et Français. Les silences, les hésitations, les requêtes, les menaces, les moindres bruits éclairent les historiens sur l'état d'esprit et les conditions de négociation de la convention d'armistice. "Ça redonne une vie à ce moment terrible pour les Français, où les Allemands tiennent leur victoire", explique le réalisateur, Emmanuel Amara. Ce dernier a reconstitué l'atmosphère tragique du moment où les négociateurs français ont cédé face à Hitler.

 

 

 

Huis clos sur écoute

Il existait déjà des images de cet épisode. Les caméras allemandes ont capturé l'effroi des négociateurs français, forcés d'accepter leur défaite dans la clairière de Rethondes, en pleine forêt de Compiègne, le lieu même où l'armistice de la Première Guerre mondiale a été signé, le 11 novembre 1918. Des caméras avaient bien capté l'événement mais, en 1940, elles n'étaient pas en capacité d'enregistrer du son. Pour disposer du plus grand nombre d'archives, Hitler avait fait cacher, avant l'arrivée des Français, des micros dans le wagon autour de la table où allaient se tenir les négociations.

 

 

Le chancelier allemand est présent lorsque l'enregistrement est lancé. Sans dire un mot, il assiste à la lecture du préambule, qui attribue avec véhémence la responsabilité des deux guerres mondiales aux Anglais et aux Français. Résonne alors un dramatique "La France est vaincue". Lorsque les exemplaires des conventions d'armistice sont remis aux Français, Hitler quitte le wagon, toujours en silence. A ce moment, dans les enregistrements, on entend des militaires allemands jouer l'hymne germanique à l'extérieur.

 

 

 

16939105.jpg

 

Adolf Hitler, le 22 juin 1940, après la lecture des termes de la reddition de la France à Compiègne (Oise). (AP / SIPA / AP)

 

 

 

En face, les membres de la délégation française – les généraux Parisot et Bergeret, le vice-amiral Le Luc, l'ambassadeur Léon Noël et le chef de la délégation, le général Charles Huntziger – sont loin de se douter qu'ils sont enregistrés : "A l'époque, il n'y avait pas de capacité technique, ce sont les premiers enregistrements sur bandes, on ne pouvait pas imaginer que ça puisse se faire", assure à franceinfo Xavier Aiolfi, expert en souvenirs historiques et militaires du XXe siècle. Ces bandes magnétiques et les enregistreurs viennent tout juste d'être mis au point par une société allemande. Dissimulé dans le bois aux alentours de la clairière, le PC technique écoute attentivement toutes les négociations.

 

 

L'armistice est signée le 22 juin à 18h50 par les deux parties. L'administration de Pétain est désormais tenue de "collaborer" pour le maintien de l'ordre, d'"assurer les intérêts de la puissance occupante" et de livrer sur demande les ressortissants allemands réfugiés en France. Plus tard, Hitler fait parvenir une copie de ces enregistrements à Pétain, qui les verse dans ses archives personnelles. A part l'entourage proche du chef du régime de Vichy et celui du dictateur allemand, personne n'a alors connaissance de ces enregistrements. Jusqu'à ce jour.



Contacté par franceinfo juste après avoir pris connaissance de ces documents exceptionnels, l'historien normalien François Delpla, auteur d'Hitler et Pétain, (éditions Lamartine, 2018) analyse l'envoi de cette copie au président du Conseil, comme "une menace voilée" de la part du chancelier allemand qui pourrait s'en servir pour humilier publiquement le régime de Vichy.  L'historien y voit aussi une "pièce fondatrice d'une Europe allemande, avec une France dominée, afin que le chef d'Etat français en soit conscient pour des siècles et des siècles".

 

 

 

Le mystère des "malles Pétain"

De 1940 à 2015, ces enregistrements ont donc mystérieusement disparu sans laisser de traces. Il y a quatre ans, un collectionneur féru d'histoire, Bruno Ledoux, voit passer lors d'une vente aux enchères en Allemagne de gros disques en aluminium placés dans de grandes boîtes métalliques typiques des années 40. Ces boîtes sont frappées des inscriptions "Présidence du Conseil" et "Administration de la radiodiffusion nationale".

 

 

Intrigué, il achète ces disques pour "quelques milliers d'euros". "Les disques n'ont qu'une face gravée, raconte-t-il à franceinfo. Et c'est à ce moment-là que je me rends compte, en appelant des amis, que ce sont des disques caractéristiques de 1940."

 

 

J'ai ramené les disques chez moi, je les ai écoutés et là, j'ai entendu les voix… C'est très très impressionnant puisqu'on entend les voix, puisqu'on entend les négociations dans le wagon.Bruno Ledoux, collectionneur à franceinfo

 

 

Où ces enregistrements ont-ils été stockés pendant 75 ans ? Et par qui ? Personne ne semble en mesure d'apporter ces réponses aujourd'hui. Plusieurs pistes peuvent être avancées, comme le fait le documentaire 1940, les secrets de l'armistice. Quatre ans après l'armistice, alors que les Alliés libèrent progressivement le territoire français et s'approchent de Paris, les Allemands obligent Pétain à fuir à Sigmaringen en Allemagne. "Les autorités de Vichy savaient qu'elles allaient être enlevées", selon Xavier Aiolfi. Elles ont alors procédé en amont à un tri dans les archives du maréchal. Réparties dans plusieurs malles, elles ont été confiées à des personnes "sûres". A part le commandant de la garde personnelle de Pétain, le colonel Barré, et l'ambassadeur de Suisse d'alors, aucun autre destinataire des archives n'a été identifié.

 

 

 

16939265.jpg

 

Philippe Pétain et Adolf Hitler, le 24 octobre 1940 à Montoire-sur-le-Loir (Loir-et-Cher). (ANN RONAN PICTURE LIBRARY / ANN RONAN PICTURE LIBRARY / AFP)

 

 

 

La malle dont disposait le colonel Barré a été rapidement retrouvée dans les caves du château de Bellerive-sur-Allier, près de Vichy, par un gendarme. D'après Louis Noguères, magistrat et président de la Haute Cour de la Libération, c'était "une simple caisse, large d'1m30, haute de 40 centimètres" comme il l'explique dans son livre, La Haute Cour de la Libération, paru en 1965. Les documents et dossiers présents dans cette malle ont été utilisés lors du procès de Philippe Pétain. D'après les experts contactés par franceinfo, les enregistrements faisaient "très probablement" partie d'une autre de ces "malles Pétain", toujours enveloppées d'un épais mystère.

 

 

Il a confié ses affaires personnelles avant son départ pour la Suisse à des personnes de confiance, ce sont les fameuses 'malles Pétain'. Deux ont été retrouvées mais les autres auraient été détruites.Emmanuel Amara, réalisateur du documentaire "1940, les secrets de l'armistice" à franceinfo

 

 

Grâce à sa formation d'historien, le réalisateur a tout de suite compris l'importance de ces documents et a souhaité en faire un documentaire en deux volets. Le documentariste explique la tombée dans l'oubli des enregistrements par le fait que "les personnes [qui les ont détenus] ont pu s'imaginer qu'il s'agissait de chants ou de vieux discours dont on a les retranscriptions".

 

 

 

"Plus qu'un compte-rendu bête et froid"

Ces enregistrements ne révèlent pas de scoop, et ne modifient pas les connaissances déjà établies par les historiens spécialistes de la période. Les mémoires des participants et des comptes-rendus détaillés transmis par les états-majors ont permis de décrire ce moment tragique. Mais le son rend aujourd'hui concret le rapport de force qui règne alors et qui jettera les bases de la collaboration avec le régime de Vichy. Pour Bruno Ledoux, sténographes et dactylographes n'ont pas pu "rendre fidèlement" cette atmosphère : "On connaissait le contenu mais pas la psychologie. Ça peut permettre d'avoir une autre lecture de l'armistice, on voit dans quel état d'esprit il s'est déroulé."

 

 

 

16939217.jpg

 

Le général Charles Huntziger s'éloignant du wagon où il vient de signer l'armistice au nom de la France, le 22 juin 1940 à Compiègne (Oise). (PATRICK KOVACS / X02757 / AFP)

 

 

 

Les inflexions dans la voix, les hésitations, les silences en disent beaucoup sur les conditions de ces négociations et sur les hommes qui y ont participé : le général Huntziger résiste un temps sur la clause obligeant la France à livrer les réfugiés et les opposants au régime nazi, avant de céder. "On s'aperçoit que ça va très très vite, on le savait déjà mais on en a la confirmation : les Allemands sont très durs dans leur manière d'agir et sont très inflexibles. Il n'y a pas beaucoup d'espace de négociation, on perçoit bien tout ce qui va se passer ensuite en France, explique Xavier Aiolfi à franceinfo. C'est quand même autre chose de l'entendre, que de lire un compte-rendu bête et froid."

 

 

 

"On a mis un couvercle sur tout ça"

Pour accentuer cet effet "réaliste", les bandes-sons ont été mises en images dans le documentaire : des comédiens jouent le rôle des négociateurs installés dans un wagon reconstitué. Cette mise en scène permet de comprendre que le moment de la signature est un point de bascule vers "la mise en place du système nazi et de la collaboration qui va suivre" selon le réalisateur. Ça nous fait plonger dans l’histoire et c’est tristement formidable."

 

 

Voulant protéger le secret autour de sa découverte, le collectionneur s'est tourné vers une société spécialisée dans la conservation de ce type de documents. Pour en préserver la qualité sonore, les enregistrements n'ont été lus qu'une seule fois avant d'être sauvegardés sur bandes. Et, après avoir disparu pendant 75 ans, ils seront bientôt libres d'accès. Une fois le documentaire diffusé, le collectionneur Bruno Ledoux envisage de les offrir au gouvernement français afin qu'ils soient versés aux archives nationales.

 

 

La quête de Bruno Ledoux, passionné d'histoire, n'est pas finie pour autant. En 2013, il a acquis les archives personnelles d'Hitler laissées dans son bunker à Berlin et découvertes par des officiers français. Quatre ans plus tard, ces archives ont fait, elles aussi, l'objet d'un documentaire : Les derniers secrets d'Hitler, déjà réalisé par Emmanuel Amara et diffusé sur France 5 en 2017. Aujourd'hui, Bruno Ledoux  espère faire d'autres découvertes : "Après la guerre, cette période était tellement noire que tout était enfermé dans l'abîme, on a mis un couvercle sur tout ça. De temps en temps maintenant, on peut tomber sur des documents extraordinaires comme ces enregistrements."

 


01/02/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le dimanche 27 janvier 2019 - mis à jour le 28.01.19

 

 

Auschwitz : une lettre écrite en français par un déporté juif chargé de vider les chambres à gaz retrouvée

 

avatar
France 2France Télévisions

 

 

 

Un manuscrit exceptionnel, rédigé en français il y a 74 ans dans les camps de la mort d'Auschwitz, a été retrouvé.

 

 

 

De l'horreur des camps, nous parvient aujourd'hui un témoignage exceptionnel. C'est un document qui n'a encore jamais été exposé au grand public ni aux historiens, écrit à Auschwitz (Pologne) en 1944. "Il n'y a que huit manuscrits écrits par des Sonderkommandos [les juifs sélectionnés par les nazis pour vider les chambres à gaz et débarrasser les corps] qui ont été retrouvés dans les ruines des crématoires. Celui-ci est le seul texte écrit en français", explique Karen Taieb, responsable du service des archives au Mémorial de la Shoah.

 

 

 

Une lettre conservée dans une bouteille en verre

Un document sur lequel on peut aujourd'hui mettre un visage et un nom : son auteur vient d'être identifié. Cette lettre a refait surface 74 ans après avoir été écrite et est pour le moment conservée dans la chambre forte du Mémorial de la Shoah à Paris, là où sont rangés les documents les plus précieux. En 1945, un infirmier polonais retrouve la missive dans une bouteille en verre, dans les ruines des crématoires. Le texte est écrit par un juif déporté de Drancy (Seine-Saint-Denis) le 2 mars 1943. Il explique que dès son arrivée, il est sélectionné pour intégrer les Sonderkommandos. Pendant vingt mois, il fait partie de cette unité composée d'hommes, sélectionnés pour leur condition physique et détenus à l'écart des autres déportés. Les informations contenues dans la lettre sont retranscrites dès 1945, mais l'original disparaît. Sa lettre est bien arrivée à destination dans sa famille, mais sa femme et sa fille en ont longtemps caché l'existence.

 


31/01/2019
0 Poster un commentaire

C'était il y a 60 ans

 

 

60 Ans déjà. Certains ont dû le lire mais n'ont pas dû comprendre le sens du message ..............

 

 

 

On a dit : "Les paroles s'envolent, les écrits restent."

 

 

image001141.jpg

 

 

Et bien, justement, ces phrases écrites par Monsieur Pierre Jean Vaillard, en 1958, on devrait de temps en temps les relire... à l'assemblée !

 

 

Pardon petit fellagha...(écrit en 1958 par Pierre Jean VAILLARD)

Il y avait, à l'époque, des gens qui avaient de l'esprit 

 

 

En 1958 déjà la repentance... pour les crimes contre l'humanité

(écrit en 1958 par Pierre Jean VAILLARD)

 

 

 

 

Et, petit Fellagha, c’est à toi que je pense

En voyant ta rancune à l’égard de la France.

J’ai beaucoup réfléchi et ma méditation

Me décide à venir te demander pardon….

Oui, pardon, Fellagha, pardon pour mon grand père

Qui vint tracer des routes et labourer la terre.

Il est venu chez toi, il a tout chamboulé.

Où poussaient des cailloux, il a planté du blé.

En mettant après ça, Ô comble de l’ignoble,

Où poussaient des cailloux, il a fait un vignoble.

Pardon, cher petit Fellagha,

Oh, pardon de tous ces dégâts.

Et mon affreux grand-père (il faut qu’on le confesse)

N’était bien sûr, pas seul à être de son espèce.

Ces autres scélérats ont bâti des cités  

Ils ont installé l’eau et l’électricité

Et tu n’en voulais pas, c’est la claire évidence

Puisque on sait qu'avant que n’arrive la France

Tu n’avais en dehors de la Casbah d’Alger

Que la tente ou bien le gourbi pour te loger.

Et pour ton éclairage, tu n’avais que de l’’huile.

Alors nos maisons, bien sûr, c’était la tuile.

De l’électricité, là encore soyons francs,

Tu ne demandais pas qu’on te mette au courant 

Tu t’es habitué à ces choses infâmes,

Mais c’est à regret et la mort dans l’âme …

Stoïquement d’ailleurs, tu supportes ces malheurs,

Avec force courage et tant de belle humeur.

Donc tu a engraissé, mais de mauvaise graisse.

Car tu prenais le car (une invention traitresse)

C’est ce même car que, pris d’un délire divin,

Tu devais, un beau jour, pousser dans le ravin.

Je comprends ta rancœur, je comprends ta colère,

Tu n’es pas au niveau des arabes du Caire.

Tu glandes et tu vis mieux qu’un fellah égyptien.

A quoi Nasser … Nasser à rien.

Nous avons massacré tes lions et panthères.

Nous avons asséché tes marais millénaires.

Les moustiques sont morts … Les poux … De Profundis.

Nous avons tout tué, jusqu’à la syphilis.

Ah pardon Fellagha pour tous ces carnages.

Nous avons fait tout ça, c’est bougrement dommage.

Bien pardon Fellagha, de t’avoir mieux nourri,

De t’avoir vacciné pour le béribéri

Et d’avoir à tes pieds nus mis (oh maladresse)

Des souliers ….

Pour nous botter les fesses.

 


28/08/2018
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le dimanche 6 mai 2018

 

 

"La grand-mère s'est défendue" : les petits-enfants de Guillaume Seznec révèlent leur secret de famille

 

 

Est-ce la fin de l’affaire Seznec, l’un des faits divers les plus marquants du XXe siècle ? Gabriel et Jean-Yves Seznec, petits-fils de Guillaume Seznec, révèlent pour la première fois les circonstances de la mort du conseiller général du Finistère Pierre Quémeneur en 1923. Leur grand-père a purgé vingt ans de bagne pour ce meurtre. Ils affirment que leur grand-mère a été agressée sexuellement et qu’elle a eu un "geste de défense"… Extrait du magazine "19 h le dimanche" du 6 mai

 

 

L’affaire Seznec serait une agression sexuelle de Pierre Quémeneur sur Marie-Jeanne Seznec, suivie de la réaction de celle-ci en état de légitime défense. Gabriel et Jean-Yves Seznec, petits-fils de Guillaume Seznec, condamné à vingt ans de bagne pour le meurtre de ce conseiller général du Finistère en 1923, révèlent en exclusivité leur secret de famille au magazine "19 h le dimanche" (FacebookTwitter#19hLD).

 

 

Ce secret est celui que Guy Seznec a transmis à ses fils au soir de sa vie : la vérité sur l’affaire Seznec ! "Maintenant, je me dis qu’il faut dire l’information que nous a donnée notre père, et ce sont plus que des informations, pour nous, pour les autres, pour la vraie vérité. J’ai envie que la vérité se sache…" affirme Jean-Yves Seznec. Guy Seznec leur a ainsi confié ce qu’il s’était passé ce jour-là : "Papa m’avait dit : ’C’est une affaire toute simple qui a été compliquée à outrance.’ Je me souviens bien de ses mots." 

 

 

"C’est un homicide involontaire finalement"

 

Gabriel Seznec poursuit le récit de son père : "C’était un dimanche, d’après lui. Il jouait dehors dans la cour et il a entendu sa mère crier, se débattre. Elle se faisait agresser, en gros. En allant à la fenêtre, il a vu Quémeneur par terre, allongé, recroquevillé. La bonne aussi était là. Et Quémeneur était mort."

 

 

"La grand-mère s’est défendue, elle a eu un geste de défense, raconte Jean-Yves Seznec. Notre père n’a pas vu tomber Quémeneur, mais il était par terre quand il a regardé par la fenêtre. Cela a duré quelques secondes entre le moment où sa mère a crié et celui où il a regardé à la fenêtre." Gabriel Seznec complète : "Sa mère lui a dit qu’elle avait levé la main parce que Quémeneur l’avait agressée un peu, enfin, tripotée… Et il ne s’est jamais relevé." Son frère conclut cette révélation par ces mots : "Ils n’ont pas voulu sa mort, c’est un homicide involontaire finalement."

 


01/06/2018
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le lundi 5 mars 2018

 

 

RECIT. L'affaire Seznec : près d'un siècle plus tard, un fait divers qui déchaîne encore les passions

 

avatar
Ilan Caro France Télévisions

Mis à jour le
publié le

 

 

 

L'engouement autour de cette affaire de meurtre n'a jamais faibli, alimenté par la persévérance de la famille du condamné et les recherches de passionnés en quête de la vérité. Mais l'os découvert récemment à Morlaix ne permet toujours pas de lever le mystère

 

 

 

14500890.jpg

 

Guillaume Seznec, photographié par les services de l'identité judiciaire, en juillet 1923. (AFP)

 

 

 

La solution de l'énigme aurait pu se trouver sous leurs pieds. Le temps d'un week-end, une quinzaine de "bénévoles" armés de pelles et de brouettes a bien cru découvrir ce qu'aucune enquête policière ou judiciaire n'a réussi à mettre au jour en près d'un siècle : le corps de Pierre Quéméneur, un notable du Finistère disparu en mai 1923 sans laisser aucune trace. Pour la justice de l'époque, aucun doute : le coupable s'appelle Guillaume Seznec, un petit entrepreneur avec qui Quéméneur faisait affaire. Immédiatement accusé de meurtre et de faux en écriture privée, Seznec fut condamné en 1924 aux travaux forcés à perpétuité. Sans preuve, ni aveux, ni cadavre.

 

 

Alors ce samedi 24 février, lorsqu'une pipe et un morceau d'os sont retrouvés dans un cellier au fond du jardin de l'ancienne maison des Seznec à Morlaix (Finistère), ces enquêteurs en herbe se prennent à rêver : et s'ils étaient en passe de résoudre l'un des plus grands mystères de l'histoire judiciaire française ? "C'est quand même extraordinaire. Depuis le temps que je m'intéresse à cette affaire, c'est la première fois que je viens voir la maison, et je trouve un bout d'os !" s'enthousiasmait Laurent Maillot, l'un des passionnés qui a participé aux fouilles, avant d'apprendre que les précieux ossements provenaient sans doute... d'un bovin.

 

 

Une nouvelle fausse piste dans cette affaire décidément insoluble ? En tout cas, les fouilles n'ont pas permis d'en savoir plus sur ce qu'il s'est passé le 25 mai 1923. Ce jour-là, il est établi que Guillaume Seznec est parti de Rennes (Ille-et-Vilaine) en voiture, avec à ses côtés son ami et conseiller général du Finistère Pierre Quéméneur. Direction Paris, où les deux hommes sont censés négocier la vente de voitures américaines. Sur la route, la Cadillac de Guillaume Seznec tombe plusieurs fois en panne. Selon ses dires, il dépose son acolyte dans une gare des Yvelines afin que celui-ci rejoigne Paris en train. De son côté, au volant de sa voiture, il rebrousse chemin et rentre à Morlaix.

 

 

Un engouement qui a traversé les époques

 

Quéméneur, lui, s'est volatilisé. Il y a bien ce télégramme, envoyé du Havre, dans lequel il indique à sa famille que "tout va pour le mieux" et qu'il rentrera "dans quelques jours". Mais il s'agit d'un faux. L'enquête accuse rapidement Seznec, qui s'illustre par ses dépositions contradictoires. La valise de Quéméneur, retrouvée au Havre tachée de sang, contient une promesse de vente dans laquelle il s'engage à céder à Guillaume Seznec sa propriété de Plourivo (Côtes-d'Armor), à un coût très faible. Mais là encore, l'enquête établit que le document est un faux, rédigé grâce à une machine à écrire appartenant à Seznec.

 

 

Dès le début, la presse s'intéresse de près à cette mystérieuse disparition. Une fois le principal suspect condamné, le fait divers aurait pu retomber dans l'oubli, comme d'innombrables autres affaires criminelles. Mais le feuilleton n'a jamais cessé. Et près de cent ans plus tard, il passionne encore.

 

 

Si l'engouement pour cette histoire a traversé les générations, c'est d'abord parce que sa famille n'a jamais abandonné le combat pour faire reconnaître l'innocence de Guillaume Seznec. Les premières années, c'est sa femme, Marie-Jeanne, qui se démène pour pointer les failles de l'enquête, bâclée. A l'époque, une condamnation définitive ne pouvait être révisée que par la survenance d'un "fait nouveau de nature à établir l'innocence" du condamné. Alors jusqu'à sa mort en 1931, Marie-Jeanne ne cesse de traquer le moindre indice qui pourrait blanchir son mari. En vain : ses demandes de révision sont toutes rejetées.

 

 

Le combat d'une famille

 

La fille cadette du couple, Jeanne, reprend le flambeau. Guillaume Seznec, qui a pu bénéficier d'une remise de peine, est libéré en 1947, après vingt années de bagne en Guyane. Libre mais toujours coupable aux yeux de la justice. Il meurt sept ans plus tard, renversé par une camionnette. Plusieurs requêtes en révision sont encore déposées – il y en a quatorze au total – mais toutes connaissent le même sort. Rejetées.

 

 

 

Guillaume Seznec, revenu du bagne, avec sa fille Jeanne, le 23 juillet 1949 à Quimper (Finistère).
Guillaume Seznec, revenu du bagne, avec sa fille Jeanne, le 23 juillet 1949 à Quimper (Finistère). (AFP)

 

 

Les années passent et Jeanne meurt en 1995. C'est désormais son fils, Denis Le Her-Seznec, qui mène la bataille, à grands renforts d'apparitions médiatiques. Mais en 1996, une énième requête est à son tour rejetée par la Cour de cassation. Dans la salle des pas perdus, les yeux rougis par la déception, le petit-fils du bagnard explose. "En France, on ne revient jamais sur la chose jugée, c'est clair !" lance-t-il devant les caméras de télévision, soutenu par quelques dizaines de membres de France Justice, l'association qu'il a créée.

 

 

La fin du combat n'a pas encore sonné pour Denis Seznec. A l'époque, la loi n'autorise pas le petit-fils d'un condamné à déposer des requêtes en révision. Seul le garde des Sceaux peut le faire à sa place. Alors lorsqu'en 2000 l'ancienne maire de Morlaix, Marylise Lebranchu, est nommée place Vendôme, l'espoir renaît dans le camp Seznec. La ministre dépose une requête.

 

 

"Ce n'était pas mon rôle de dire si Seznec était coupable ou innocent. D'ailleurs, je n'en sais rien. Mon rôle, c'était de dire qu'il n'y avait pas eu de procès équitable". Marylise Lebranchu, ancienne garde des Sceaux à franceinfo

 

 

Mais en 2006, c'est la douche froide : contre l'avis de l'avocat général, la Cour de cassation refuse à nouveau de réhabiliter Seznec. Les drapeaux bretons et le biniou venus soutenir Denis Seznec jusque dans la cour du palais de justice de Paris n'y feront rien.

 

 

Une stratégie inefficace ?

 

Cette fois-ci, la partie est bel et bien terminée. Et si le petit-fils l'a perdue, c'est peut-être à cause d'une stratégie jusqu'au-boutiste. C'est en tout cas ce que pense l'avocat Denis Langlois, qui a défendu la famille jusqu'en 1990 avant d'être remercié.

 

 

"Je lui avais dit qu'il fallait changer de stratégie, que l'innocence totale ne serait jamais reconnue, mais qu'on pouvait s'appuyer sur le doute et obtenir l'annulation de la condamnation pour meurtre. En ce qui concerne la condamnation pour faux en écriture, c'était difficile car les faux étaient établis". Denis Langlois, ancien avocat de la famille Seznecà franceinfo

 

 

Depuis des années, Denis Seznec s'accroche à l'hypothèse selon laquelle Quémeneur aurait été tué dans sa propriété de Plourivo en raison de son implication supposée dans un trafic de Cadillac vers l'URSS, et que Guillaume Seznec aurait été victime d'une machination policière visant à lui faire porter le chapeau. Mais cette théorie ne convainc guère les nombreux passionnés qui ont mené leur propre enquête et contribué à faire avancer le dossier en dehors des prétoires. Elle a notamment été mise à mal par Bertrand Vilain, brocanteur passionné par l'affaire, dans son livre Affaire Seznec : nouvelles révélations (Coetquen éditions), publié en 2011 et fruit de plusieurs années de recherches.

 

 

"J'ai démontré dans mon bouquin que cette histoire de trafic de Cadillac vers la Russie soviétique, c'était du bidon". Bertrand Vilain, brocanteur finistérien à franceinfo

 

 

L'organisateur des fouilles de Morlaix ne se contente pas d'invalider la version défendue par Denis Seznec dans son propre ouvrage Nous, les Seznec (éd. Robert Laffont), paru en 1992 et plusieurs fois réédité. Il se montre très sévère avec les méthodes approximatives du petit-fils : "Son livre est truffé d'erreurs factuelles, il y en a à chaque page. Il part d'une hypothèse, dans l'édition suivante ça se transforme en vérité absolue, et puis ensuite ça devient une religion."

 

 

Des passionnés en quête de "vérité"

 

Quand Denis Seznec se bat coûte que coûte pour laver l'honneur de son grand-père, Bertrand Vilain n'est animé que d'un seul but : "la recherche de la vérité". Passionné par les archives, le brocanteur dit avoir collectionné "200 à 300 documents" datant des années 1920 qui concernent l'affaire Seznec. "Un jour, j'en ferai certainement donation aux archives départementales du Finistère", promet-il.

 

 

Les fouilles menées par Bertrand Vilain dans la propriété de Morlaix n'ont pas été menées au hasard. Depuis quelques années, Denis Langlois suggère que le corps de Quéméneur se trouve là, dans ce jardin. Langlois se base sur la foi d'un "secret de famille", un témoignage datant de 1978 dont il n'a révélé l'existence qu'en 2015, dans son livre Pour en finir avec l'affaire Seznec (éd. La Différence). Ce témoignage, c'est celui d'un fils de Guillaume Seznec, surnommé "Petit Guillaume" car il porte le même prénom que son père.

 

 

Dans un enregistrement réalisé à son insu par un neveu, "Petit Guillaume" donne sa version du meurtre. Il dit se souvenir d'avoir entendu sa mère, Marie-Jeanne, crier dans la maison familiale, "un dimanche ensoleillé". Intrigué, le garçon de 11 ans, qui se trouvait dans le jardin, se serait approché d'une fenêtre et aurait vu le corps de Quéméneur recroquevillé sur le sol de la salle à manger. Sa mère l'aurait tué d'un coup de chandelier à la tête pour se défendre d'une agression sexuelle. Toujours selon ce témoignage, Guillaume Seznec aurait alors entrepris de couvrir le meurtre commis par sa femme et dissimulé le corps de Quémeneur en l'enterrant dans le jardin.

 

 

Le brocanteur Bertrand Vilain (à gauche) et l'ancien avocat Denis Langlois, à Morlaix (Finistère), le 26 février 2018.
Le brocanteur Bertrand Vilain (à gauche) et l'ancien avocat Denis Langlois, à Morlaix (Finistère), le 26 février 2018. (MAXPPP)

 

 

 

Lors des fouilles effectuées dans l'ancienne maison des Seznec, à Morlaix (Finistère), le 24 février 2018.
Lors des fouilles effectuées dans l'ancienne maison des Seznec, à Morlaix (Finistère), le 24 février 2018. (MAXPPP)

 

 

Si le squelette de Quéméneur avait pu être retrouvé dans ce jardin, la thèse en aurait été incontestablement renforcée. Et aurait sans doute permis de déboucher sur une révision du procès de Guillaume Seznec, quatre-vingt-quinze ans après les faits. Mais sans corps, cette version des faits prend un sérieux coup dans l'aile. D'autant que l'enregistrement a disparu en même temps que le neveu confident, Bernard Le Her, qui s'est suicidé en 1996. Seule une retranscription manuscrite appartenant à Denis Langlois subsiste.

 

Verbatim de l'enregistrement de "Petit Guillaume", fils de Guillaume Seznec, retranscrit par Denis Langlois.
Verbatim de l'enregistrement de "Petit Guillaume", fils de Guillaume Seznec, retranscrit par Denis Langlois. (DENIS LANGLOIS / FRANCEINFO)

 

 

 

Bertrand Vilain n'est tombé dans l'affaire Seznec que tardivement, en 2005, "passionné par le livre de Bernez Rouz". L'ouvrage de cet ancien journaliste de France 3 Bretagne, L'affaire Quéméneur-Seznec, enquête sur un mystère (éd. Apogée), fait toujours figure de référence parmi les très nombreuses publications parues sur l'affaire en près d'un siècle. Bernez Rouz a commencé à s'intéresser à l'affaire un peu par hasard, au début des années 2000, lorsqu'une connaissance lui a remis un dossier inédit de sept pages manuscrites que personne n'avait jamais transmis à la justice. Il s'agissait de l'enquête familiale réalisée par les proches de Quéméneur avant qu'ils ne déposent plainte. Le journaliste a par la suite réussi à avoir accès au dossier judiciaire. "A chaque fois que je trouvais quelque chose d'intéressant dans le dossier, je m'amusais à aller voir ce que Denis Langlois et Denis Seznec en disaient dans leurs livres respectifs", raconte-t-il.

 

 

"Chacun pense que son hypothèse est la meilleure"

 

"Je me suis rendu compte que dans son livre, Denis Seznec coupait la moitié de certaines citations et qu'il ne gardait que ce qui allait dans le sens de son grand-père", poursuit Bernez Rouz. "J'ai trouvé plein d'éléments défavorables à Seznec. Mais, contrebalance-t-il aussitôt, il m'est apparu que les policiers avaient l'intuition depuis le départ que Seznec avait tué Quéméneur vers Dreux ou Houdan. L'enquête s'est focalisée là-dessus. Et ils n'ont pas étudié d'autres hypothèses."

 

 

Il n'y a, par exemple, pas eu d'enquête de proximité sérieuse à Morlaix, au domicile de Seznec. L'hypothèse que Seznec ait tenté de brûler le corps ou l'ait enterré n'a donc jamais été vérifiée.Bernez Rouz, ancien journaliste à franceinfo

 

 

"Ces pistes délaissées ont intéressé tout un tas de gens, qui sont allés faire des enquêtes dans leur coin", raconte-t-il. Comme à Lormaye, un village d'Eure-et-Loir où Quéméneur aurait pu être enlevé et tué par un marchand de bestiaux, selon un journaliste de l'époque. A partir de 1992, une habitante de la région, ancienne journaliste à L'Express, s'est ainsi focalisée sur "la piste de Lormaye", alimentant abondamment un blog. Une piste abandonnée définitivement en 2013, "parce qu'elle s'est avérée fausse", reconnaît Liliane Langellier.

 

 

La quête de la vérité n'est pas sans froisser quelques ego. "Chacun se persuade que son hypothèse est la meilleure, observe Bernez Rouz. En plus, ces hypothèses se contredisent les unes les autres. Les gens qui s'en occupent se vouent des haines terribles, parce que l'hypothèse d'à côté tue leur hypothèse !"

 

 

Un mystère encore bien enfoui

 

Bernez Rouz a étudié ces histoires alternatives une par une. Dans son livre paru en 2005, il a retenu "une dizaine d'hypothèses sérieuses" qui pourraient expliquer la disparition de Quéméneur. Trois font de Seznec l'auteur ou un complice du crime, les sept autres l'innocentent. "L'hypothèse la plus probable, selon moi, est que Quéméneur ait été tué par des complices de Seznec impliqués dans les trafics de voiture, et que Seznec ait été chargé de se débarrasser du corps", confie-t-il.

 

 

Car loin de la figure de l'homme au-dessus de tout soupçon dépeinte par son petit-fils, Guillaume Seznec traînait une sale réputation. "Quand on commence à gratter dans sa vie, on tombe très vite sur du nauséabond. C'était un trafiquant, un type qui arnaquait tout le monde", raconte Bernez Rouz. "Un escroc, une fripouille, un menteur", renchérit Bertrand Vilain. "Tous les gens qui ont travaillé sérieusement sur l'affaire arrivent à la même conclusion sur ce personnage. Mais cela ne veut pas dire qu'il soit un assassin…"

 

 

Un personnage sulfureux, une enquête bâclée, un corps jamais retrouvé, une condamnation au bagne, des rumeurs de complot, une famille déchirée... Tous les ingrédients étaient réunis pour passionner les foules. Mais près de cent ans après les faits, un constat s'impose : personne n'a réussi à établir avec certitude le déroulement des faits. Régulièrement, Denis Seznec annonce vouloir engager une nouvelle procédure de révision, mais personne ne voit quel "fait nouveau" il pourrait invoquer devant la Cour de cassation. A moins que des ossements de Quéméneur ne soient prochainement retrouvés par le duo Vilain-Langlois, dont les fouilles privées ont repris samedi, l'affaire Seznec est bien partie pour demeurer à jamais un mystère.

 


16/04/2018
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le vendredi 26 janvier 2018

 

 

Il est minuit moins deux minutes : le risque nucléaire fait avancer l'horloge de l'apocalypse

 

 

L'aiguille n'avait pas été aussi proche de minuit depuis 1953, quand les Etats-Unis et l'Union soviétique testaient la bombe à hydrogène

 

 

 

L'horloge de l'Apocalypse, qui symbolise l'imminence d'un cataclysme planétaire, a été avancée de 30 secondes à deux minutes avant minuit, en raison surtout d'un risque accru de conflit nucléaire mondial et de "l'imprévisibilité" du président américain Donald Trump. L'aiguille de l'horloge du Bulletin of Atomic Scientists n'avait pas été aussi proche de minuit depuis 1953, en pleine guerre froide, quand les Etats-Unis et l'Union soviétique testaient la bombe à hydrogène.

 

 

 

14231626.jpg

 

Des membres du "Bulletin of Atomic Scientists" présentent l'aiguille de l'horloge de l'apocalypse, qui symbolise l'imminence d'un cataclysme planétaire, à Washington (Etats-Unis), jeudi 25 janvier.  (BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)

 

 

 

 

"Pour sûr, l'année 2017 a été périlleuse et chaotique... avec des déclarations irresponsables dans le domaine nucléaire, qui ont enflammé des situations déjà dangereuses", a indiqué à la presse, jeudi 25 janvier, Rachel Bronson, présidente et éditrice du Bulletin of the Atomic Scientists, qui ajuste chaque année l'heure de cette horloge symbolique. "La question nucléaire est ainsi revenue au centre des préoccupations", a-t-elle ajouté, citant les essais nucléaires de la Corée du Nord, un engagement accru de la Chine, du Pakistan et de l'Inde envers leurs arsenaux nucléaires et "l'imprévisibilité" qui ressort des tweets et des déclarations de Donald Trump.

 

 

"En 2017, les dirigeants mondiaux ne sont pas parvenus à répondre efficacement aux menaces grandissantes de guerre nucléaire et de changement climatique, qui rendent le monde plus dangereux qu'il ne l'a été depuis la seconde guerre mondiale", a écrit ce groupe d'intellectuels représentant les sciences, les affaires internationales, l'environnement et la sécurité.

 

 

 

"Un défi majeur pour la dissuasion et la stabilité mondiale"

 

"Les principales puissances nucléaires sont sur le point de relancer une nouvelle course aux armements qui sera très coûteuse et augmentera le risque d'accidents et d'erreurs", ont craint ces experts, pointant également "les progrès remarquables" du programme nucléaire nord-coréen en 2017. En même temps, "une rhétorique enflammée et des actions provocatrices, à la fois de la part des Etats-Unis et de la part de la Corée du Nord, ont accru la possibilité d'un conflit nucléaire", déplorent-ils.

 

 

Robert Rosner, professeur d'astronomie et d'astrophysique à l'université de Chicago, a surtout épinglé durant la conférence de presse l'administration Trump, dont les "incohérences" accroissent les risques de confrontation nucléaire et "constituent un défi majeur pour la dissuasion et la stabilité mondiale." La Maison Blanche "cherche probablement à accroître le rôle des armes nucléaires dans les plans de défense américain abaissant de ce fait le seuil de leur utilisation", a-t-il relevé.

 

 

 

Le Pentagone doit dévoiler la semaine prochaine la nouvelle stratégie nucléaire de Donald Trump. Les fuites jeudi d'un document de travail de la Nuclear Posture Review montrent que le ministère américain de la Défense souhaite le développement d'un nouveau type d'arme nucléaire d'une puissance assez faible pour être employée sur le champs de bataille plutôt que de servir à vaporiser une mégalopole. Robert Rosner a ajouté que les intellectuels avaient "constaté que les principaux pays investissent davantage dans leur arsenal nucléaire pour le moderniser et en accroître les capacités."

 

 

L'horloge de l'apocalypse ajustée vingt fois depuis 1947

 

Depuis sa création en 1947, l'horloge de l'apocalypse a été ajustée 20 fois, de minuit moins deux minutes en 1953 à minuit moins 17 minutes en 1991, à la fin de la guerre froide. En 2017, l'aiguille avait déjà été avancée de trente secondes à minuit moins deux minutes et trente secondes, les scientifiques invoquant notamment la rhétorique et les actions de Donald Trump. En 2015, l'horloge avait été reculée de deux minutes, à 23h57, et laissée inchangée en 2016. Les scientifiques avaient alors cité comme facteurs encourageants l'accord sur le nucléaire iranien ainsi que sur le climat à Paris fin 2015.

 


01/02/2018
0 Poster un commentaire