L'AIR DU TEMPS

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MONDE


Franceinfo - le vendredi 16 août 2019

 

 

L'article à lire pour comprendre la crise qui secoue Hong Kong depuis deux mois

 

 

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Camille CaldiniLouis SanFrance Télévisions
 

 

 

Né d'une opposition à un projet de loi spécifique, le mouvement de protestation contre la mainmise chinoise à Hong Kong ne faiblit pas et a élargi ses revendications, malgré l'ombre menaçante de Pékin

 

 

 

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Les forces de l'ordre tentent de disperser des manifestants pro-démocratie, à l'aéroport international de Hong Kong, le 13 août 2019. (TYRONE SIU / REUTERS)

 

 

 

Les grandes marches pacifiques ont laissé la place à de violents affrontements. Dans les rues de Hong Kong, les stations de métro, les halls de l'aéroport international... Des manifestants pro-démocratie, parfois violents, s'opposent aux forces de l'ordre qui n'hésitent pas à lancer des grenades lacrymogènes en tirs tendus et dans des espaces clos. 

 

 

Déclenché par un projet de loi prévoyant de faciliter les extraditions vers la Chine, le mouvement de contestation qui a saisi l'ancienne colonie britannique dure désormais depuis plus de deux mois. En face, les autorités hongkongaises ne cèdent pas et la répression est de plus en plus violente. De l'autre côté de la frontière, Pékin a déployé l'armée, signe que le gouvernement central prend ce conflit au sérieux. On vous explique la grave crise que traverse ce territoire, très particulier, depuis début juin.

 

 

 

C'est où, Hong Kong ?

Hong Kong, c'est un petit territoire de 1 100 km2 (un peu plus petit que le département du Val-d'Oise), au sud-est de l'immense Chine continentale. Comme Macao, Hong Kong dispose du statut de Région administrative spéciale (RAS) de la République populaire de Chine. C'est pourquoi on parle d'un territoire "semi-autonome".

 

 

Un territoire qui a sa propre loi fondamentale (équivalent d'une constitution) qui prévoit en principe des élections au suffrage universel et qui dispose de sa propre monnaie, le dollar hongkongais, indexé sur le dollar américain. Hong Kong possède également son propre système judiciaire, mais aucune indépendance en matière de diplomatie et défense.

 

 

 

 

 

 

 

Hong Kong tient ce statut de son histoire mouvementée. Incorporé à la Chine avant notre ère, il est occupé par les Anglais (qui conduisent aussi à gauche) au XIXe siècle. Pour les Britanniques, le "port aux parfums" est un comptoir maritime idéal en Extrême-Orient, ainsi qu'un point d'entrée vers le continent chinois, via la rivière des Perles (à l'Ouest), qui mène directement à Canton.

 

 

Dans les années 1980, alors que des territoires voisins de Hong Kong doivent être rendus à la Chine à l'expiration d'un bail de 99 ans, Londres et Pékin négocient le retour de la colonie dans le giron chinois. Le Royaume-Uni de Margaret Thatcher accepte de se retirer de Hong Kong. En échange, Pékin s'engage à respecter temporairement le système économique capitaliste qui y règne. C'est le principe "un pays, deux systèmes". Le 1er juillet 1997, Hong Kong est rétrocédé à la Chine sous ces termes, valables jusqu'en 2047.

 

 

 

Mais alors, qui dirige cette région ?

En théorie, Hong Kong dispose d'un pouvoir exécutif qui, si la loi fondamentale était respectée, devrait être élu au suffrage universel. Mais ce n'est pas le cas. A la tête de cette région semi-autonome et dans le viseur des manifestants, on trouve Carrie Lam, désignée en mars 2017 par un comité de grands électeurs, majoritairement fidèles à Pékin. Carrie Lam, 62 ans, est la première femme à occuper ce poste d'équilibriste, entre les intérêts des Hongkongais et la volonté de Pékin.

 

 

 

 

La cheffe du pouvoir exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, passe devant des manifestants, devant son bureau, à Hong Kong, le 13 août 2019.

La cheffe du pouvoir exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, passe devant des manifestants, devant son bureau, à Hong Kong, le 13 août 2019. (THOMAS PETER / REUTERS)


 

Née dans une famille humble du quartier de Wan Chai, elle a fréquenté une école catholique, avant d'étudier à l'université de Cambridge. Elle a ensuite fait carrière dans la fonction publique, avant d'entrer en politique, se révélant très loyale envers le gouvernement central chinois. Comme son prédécesseur, Carrie Lam est souvent qualifiée de "marionnette de Pékin" par ses détracteurs. Depuis le début de la crise, elle aurait plusieurs fois proposé de démissionner, mais "Pékin a refusé", selon les informations du Financial Times (en anglais).

 

 

 

Qu'est-ce qui a poussé les Hongkongais dans la rue ?

Hong Kong est le théâtre d'une forte agitation politique depuis une dizaine d'années. Certains Hongkongais ont le sentiment que l'accord de rétrocession n'est plus respecté. Ils accusent Pékin de rogner les libertés dont doit bénéficier le territoire jusqu'en 2047. A l'automne 2014, le cœur financier de Hong Kong avait été bloqué pendant plusieurs semaines par le "mouvement des parapluies", une vaste mobilisation en faveur de l'autodétermination et de la démocratie. Mais Pékin n'avait rien lâché. 

 

 

Depuis, de nombreux militants pro-démocratie ont été incarcérés ou empêchés de se présenter à des élections. En 2017, six députés issus des rangs de l'opposition ont été déchus de leur mandat : on leur reproche d'avoir manqué de respect à Chine en utilisant un ton, un rythme ou une prononciation "insinuant des doutes" lors de leur prestation de serment, explique RFI. En 2018, les autorités hongkongaises ont en outre interdit le parti indépendantiste HKNP, estimant qu'il "avait un objectif clair visant à faire de Hong Kong une république indépendante".

 

 

Fin avril, dans ce contexte déjà difficile, l'annonce d'un projet de loi devant permettre des extraditions vers la Chine continentale a mis le feu aux poudres. Ce texte prévoit que quiconque directement ou indirectement lié à une activité jugée criminelle par la Chine continentale (ce qui peut inclure des ONG, travailleurs sociaux, journalistes...) résidant ou étant de passage à Hong Kong, pourra être arrêté, extradé et jugé en Chine continentale.

 

 

>> Cinq questions sur la crise à Hong Kong

 

 

Or, les Hongkongais dénoncent une justice chinoise opaque et politisée. Ils craignent que les extradés soient la proie de détentions arbitraires, procès inéquitables ou subissent des séances de torture. "Personne ne sera en sécurité, y compris les activistes, les défenseurs des droits de l'Homme, les journalistes et travailleurs sociaux", s'est alarmé l'ONG Human Rights Watch dans un communiqué (en anglais).

 

 

 

Pourquoi cela dure autant ? 

Une semaine après la première manifestation monstre du 9 juin, Carrie Lam a annoncé la suspension de son projet de loi à l'origine de la contestation, espérant éteindre l'incendie. Sans effet. Entre-temps, la mobilisation a considérablement élargi ses revendications. Désormais, les manifestants remettent ouvertement en cause l'influence globale de Pékin à Hong Kong et dénoncent le recul de leurs libertés.

 

 

Cinq revendications émergent : le retrait du projet de loi et non sa simple suspension, le retrait de la qualification "d'émeutes" pour les manifestations du 12 juin, avec la création d'une commission d'enquête indépendante sur les accusations de violences policières, la libération sans poursuite des centaines de manifestants arrêtés, la mise en place du suffrage universel et la démission de Carrie Lam.

 

 

>> GRAND FORMAT : "Nous perdons nos libertés" : ces habitants de Hong Kong se battent pour préserver leur identité face à la Chine

 

 

"Si nos cinq revendications ne sont toujours pas entendues par Carrie Lam et son gouvernement, le Front civil des droits humains continuera à tenir des manifestations et des rassemblements", avertit Bonnie Leung, une des organisatrices du mouvement.

 

 

Carrie Lam résiste. "Je ne crois pas que nous devrions faire des concessions dans le but de faire taire les manifestants auteurs de violences", estime-t-elle, le 9 août. "La violence, que ce soit son utilisation ou son apologie, poussera Hong Kong sur un chemin sans retour et plongera la société hongkongaise vers une situation très inquiétante et dangereuse", ajoute-t-elle quelques jours plus tard. Bref, un dialogue de sourds s'est installé et la situation, dans l'impasse, dégénère.

 

 

 

Comment réagit Pékin ?

La Chine a d'abord fait l'autruche. Quand, le 9 juin, les organisateurs annoncent plus d'un million de manifestants dans les rues de Hong Kong, les médias chinois sont silencieux. L'agence officielle Chine nouvelle minimise l'événement, la télévision CCTV ne mentionne pas les manifestations et sur Weibo, le Twitter chinois, les recherches ne donnent aucun résultat à cause de la censure. Les médias chinois pensent ensuite trouver une parade : insister sur des manifestations de soutien au projet de loi, plutôt que sur celles des opposants. En vain.

 

 

Sur le terrain, Pékin garde encore ses distances. Quand le Parlement de Hong Kong a été envahi, le 1er juillet, les autorités chinoises condamnent seulement l'action d'un "petit nombre de radicaux". Le ton se fait plus sévère un mois plus tard. "Ceux qui jouent avec le feu périront par le feu", avertit, le 6 août, le porte-parole du Bureau des affaires de Hong Kong et Macao, Yang Guang. Les 13 et 14 août, Pékin change de vocabulaire, qualifiant les violences contre les policiers de "crimes graves" et de "premiers signes de terrorisme".

 

 

 

On sait qui sont les manifestants ?

Les premières manifestations de juin ont rassemblé jusqu'à deux millions de personnes, soit plus d'un quart de la population de Hong Kong (7,4 millions). "Cela montre que la mobilisation a touché tous les âges et toutes les classes sociales", analyse Philippe Le Corre, chercheur et spécialiste de la Chine et de Hong Kong. Si les jeunes représentent une part importante des manifestants, leurs aînés ont également suivi le mouvement à ses débuts. Des personnes âgées ont elles aussi défilé en faveur de la démocratie, tout comme des familles.

 

 

Ces dernières semaines, certains de ces manifestants ont durci leurs moyens d'action. "Il s'agit de jeunes prêts à en découdre, qui ont clairement expliqué que le pacifisme, cela ne fonctionne plus. C'est une nouveauté", explique Philippe Le Corre à franceinfo. "Des moyens plus radicaux sont pour eux la seule façon de médiatiser, d'internationaliser leur mouvement." Et de se faire entendre face au régime chinois. 

 

 

>> Profil, méthodes, revendications... Qui sont les manifestants pro-démocratie à Hong Kong ?

 

 

Une étude récente montre que les manifestants sont plutôt des jeunes, éduqués et très en colère. Sur les 6 688 personnes interrogées par des chercheurs de quatre universités de Hong Kong, près de la moitié (46%) sont des femmes et plus des trois quarts (77%) ont fait des études supérieures. Et la moitié ont moins de 30 ans.

 

 

Interrogés sur ce qui motivait leur engagement dans le mouvement pro-démocratie, 87% ont déclaré qu'ils voulaient que le projet de loi sur l'extradition soit retiré. Mais beaucoup ont aussi fait part de leurs griefs envers les forces de l'ordre : 95% se disent insatisfaits de la façon dont la police gère les manifestations et 92% réclament une commission d'enquête indépendante sur les violences policières.

 

 

 

Une flambée de violence est-elle à craindre ?

L'armée chinoise dispose d'une garnison de plusieurs milliers d'hommes sur le territoire de Hong Kong. Elle n'a pas vocation à entrer en action, sauf si les autorités locales le demandent. Et Pékin agite de plus en plus le spectre d'une intervention militaire. Début août, l'armée chinoise a diffusé une vidéo montrant un exercice de ses soldats occupés à réprimer une émeute sur le territoire semi-autonome. Quelques jours plus tard, plusieurs médias ont repris des images officielles de véhicules militaires chinois en entraînement à Shenzhen, aux portes de Hong Kong.

 

 

 

DW News ✔@dwnews
 

China's state media has released footage showing increased military buildup in Shenzhen, on the border with Hong Kong.

They say that this is a routine drill, though critics fear that this is a message to Hong Kong protesters.

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"La logique qui a conduit à la tragédie de 1989 est en train de se produire à Hong Kong trente ans après", s'inquiète sur franceinfo Lun Zhang, professeur chinois à la Maison des sciences et de l'homme à l'université de Cergy-Pontoise et chercheur en sociologie à l'EHESS, faisant référence à la répression de la place Tiananmen. "Les enjeux ne sont pas tout à fait les mêmes, la logique des affrontements l'est presque, avec, d'un côté, un pouvoir autoritaire, celui de Pékin, qui ne veut rien lâcher."

 

 

D'autres spécialistes sont plus mesurés. "Si on est réaliste, quels seraient les coûts d'une intervention militaire avec les tanks qui débarquent à Central et qui tirent...", s'interroge sur Arte, le 13 août, Jean-Philippe Béja, sinologue et chercheur émérite au CNRS. "C'est difficilement imaginable", pour lui. "Le mouvement à Hong Kong ne menace pas directement le pouvoir du Parti communiste sur l'ensemble de la Chine", commente-t-il.

 

 

"Une intervention militaire ou policière à Hong Kong semble très improbable", juge également auprès du Monde, l'ancien Premier ministre australien Kevin Rudd, président du think tank Asia Policy Institute. "Le scénario le plus vraisemblable est que Pékin, par sa non-réaction, va laisser le mouvement décliner", ajoute-t-il. Selon lui, "une intervention aurait des conséquences inconnues au niveau international et provoquerait l'isolement de la Chine".

 

 

 

Qu'en dit la communauté internationale ?

A l'étranger, on observe ce qui se passe à Hong Kong sans trop oser s'exprimer. "Le Parlement européen a fait un communiqué, mais on ne peut pas dire que la communauté internationale soit prête à affronter la Chine sur ce sujet", résume le chercheur Philippe Le Corre, auprès de franceinfo. Les commentaires sont en effet mesurés et discrets. 

 

 

Donald Trump, pourtant en plein bras de fer commercial avec la Chine, a d'abord estimé qu'il s'agissait d'une affaire interne. Le président américain a sobrement appelé à ce que "tout le monde" reste "calme et en sécurité". "J'espère qu'il y aura une solution pacifique" et que "personne ne sera tué", a-t-il ajouté. Le 14 août, finalement, le département d'Etat américain a fait part de préoccupation vis-à-vis des "mouvements paramilitaires chinois" à la frontière avec Hong Kong. "Nous condamnons la violence (...) mais restons déterminés dans notre soutien à la liberté d'expression et à la liberté de réunion pacifique à Hong Kong", poursuit le communiqué d'un porte-parole de la diplomatie américaine.

 

 

De son côté, le Royaume-Uni, en partie responsable du statut actuel de Hong Kong, est encore plus discret. Vendredi 9 août, le chef de la diplomatie britannique, Dominique Raab, a téléphoné à Carrie Lam pour lui demander une "enquête pleinement indépendante sur les événements récents", en référence à la répression musclée des manifestations contre le gouvernement. La Chine a immédiatement rétorqué à Londres de cesser ses "ingérences".

 

 

En France, pas un mot. Une vingtaine de députés LREM ont d'ailleurs signé une lettre ouverte dans laquelle ils fustigent le silence français. "Il est temps que la communauté internationale parle à la Chine"explique à franceinfo Jean-François Cesarini, député LREM du Vaucluse.

 

 

 

J'ai eu la flemme de tout lire. Vous pouvez me faire un petit résumé ?

Cela fait maintenant plus de deux mois que Hong Kong, ancienne colonie britannique et Région administrative spéciale (RAS) de la République populaire de Chine, est agité par d'immenses manifestations. Des centaines de milliers de Hongkongais réclament le retrait définitif d'un projet de loi qui faciliterait les extraditions vers la Chine continentale, l'instauration d'une véritable démocratie et la démission de la dirigeante de Hong Kong pro-Pékin, Carrie Lam. D'abord pacifique, le mouvement s'est durci sous l'impulsion de certains groupes organisés qui n'hésitent pas à affronter les forces de l'ordre, accusées de violence. Et si le pouvoir chinois a d'abord suivi les événements de loin, il qualifie désormais certains actes des manifestants de "terrorisme", faisant craindre à certains observateurs une intervention militaire.

 


16/08/2019
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Franceinfo - le mardi 13 août 2019

 

 

Tribune de députés LREM sur la crise à Hong Kong : "Il ne faut pas attendre un énorme drame pour s'exprimer", exhorte un des signataires

 

 

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franceinfoRadio France

 

 

 

Après plusieurs semaines de manifestations et alors que l'exécutif hongkongais durcit le ton, une vingtaine de députés français LREM ont signé une lettre ouverte, demandant à la France de s'exprimer. "Plus il y aura de mobilisation politique, plus le gouvernement chinois fera attention", selon le député Jean-François Cesarini

 

 

 

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Jean-François Cesarini, député LREM du Vaucluse, le 20 mars 2019, dans la salle des Quatre colonnes à l'Assemblée nationale.  (VINCENT ISORE / MAXPPP)

 

 

 

Alors que les manifestants pro-démocratie ont de nouveau investi l'aéroport de Hong Kong mardi 13 août, une vingtaine de députés français La République en marche ont signé une lettre ouverte dimanche, fustigeant le silence de la France. "Il ne faut pas attendre qu’il y ait un énorme drame à Hong Kong pour ensuite s’exprimer en regrettant ce qui s’est passé", a indiqué sur franceinfo Jean-François Cesarini, député LREM du Vaucluse. "Plus il y aura de mobilisation politique en France et ailleurs, plus le gouvernement chinois fera attention avant de parler de terrorisme, de chemin de non-retour", a-t-il ajouté.

 

 

 

franceinfo : Reprochez-vous au président Emmanuel Macron de ne pas réagir ?

 

 

Jean-François Cesarini : On ne s’est pas simplement dirigé contre le gouvernement français ou le président de la République. Le silence est beaucoup plus grand que cela : nos opposants politiques, que ce soit le Parti socialiste, Les Républicains ou le Rassemblement national, ne se sont pas exprimés à ce sujet. Même plus généralement dans la communauté internationale, on voit qu’il y a beaucoup de réticences, voire un grand silence.

 

 

Il ne faut pas attendre qu’il y ait un énorme drame à Hong Kong pour ensuite s’exprimer en regrettant ce qu'il s’est passé. Il est temps que la communauté internationale parle à la Chine. Il ne faut pas le faire de manière manichéenne ou frontale, ne pas dire ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire, mais dire simplement que cette aspiration à la démocratie doit être entendue et que le dialogue doit être premier par rapport à la violence.

 

 

À la fois, la France est l’amie de la Chine, et à la fois elle doit soutenir et entendre des aspirations démocratiques. Surtout nous, en tant que Français, héritiers de la Révolution française. On peut parler aujourd’hui à la Chine en tant que Français sans être condescendants et donneurs de leçons.

 

 

 

Il y a un nom qui ne figure pas dans cette tribune, celui de la députée qui représente les Français d’Asie, Anne Genetet. Son absence amoindrie-t-elle votre action ?

 

 

Amoindrir, non. Elle s’est exprimée sur les réseaux sociaux en disant qu'elle pourrait signer une partie de la lettre, notamment la dernière page, mais que peut-être, au début, le ton était un petit peu trop frontal, pas suffisamment diplomatique. Elle est députée des Français notamment en Chine, je peux comprendre qu’il y ait des difficultés, des sensibilités qui soient plus délicates pour elle que pour nous.

 

 

 

A-t-on peur de la Chine et d'éventuelles représailles économiques ?

 

 

Il y a des liens compliqués. La France s’exprimait sur la Russie il y a quelques jours, et pourtant, il y a des accords économiques assez forts. Il n’y a donc pas de raison qu’on ne puisse pas le faire avec la Chine. Il est évident qu’au-delà de la France, c’est à la communauté européenne de s’exprimer.

 

 

Comme à chaque fois qu'il y a une crise dans le monde, les autorités locales sont plus réticentes à avoir une répression aveugle, quand la communauté internationale regarde, met un coup de projecteur dessus. C’est ça qu’il faut faire aujourd’hui. Si on est dans le silence et qu’on regarde ailleurs, alors effectivement la répression pourra se faire de manière beaucoup plus libérée et peut-être de manière beaucoup plus violente. Plus il y aura de mobilisation politique en France et ailleurs, plus le gouvernement fera attention avant de parler de terrorisme ou de "chemin sans retour", et avant de faire des vidéos montrant l'armée chinoise arriver aux frontières.

 


14/08/2019
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20 Minutes actualités - le vendredi 28 juin 2019 - mis à jour le 30.07.19

 

 

A quoi sert encore le sommet du G20?

 

 

 

INTERVIEW Pour le directeur de l’Iris, Pascal Boniface, que les leaders des 20 pays les plus puissants se rencontrent, c’est déjà ça

 

 

 

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Le monde, cette grande famille. — Jacques Witt/SIPA

 

 

 

  • Le sommet G20 s’est ouvert cette année à Osaka, au Japon. Il réunit, en gros, les 20 premières puissances mondiales et l’Union européenne.
  • Mais après plus de dix années d’existence sous cette forme, et alors que les divisions semblent de plus en plus importantes entre les pays, on peut s’interroger sur l’utilité d’un tel raout.
  • Pour Pascal Boniface, dans ce contexte, ces rencontres restent utiles. Elles mettent « de l’huile dans les rouages ».

 

 

Le cérémonial est précis… A tel point qu’il est, depuis quelques décennies, une image habituelle de nos univers médiatiques. Les grands rassemblements, tel le G20, qui vient de s’ouvrir à Osaka au Japon, sont devenus symbole d’une diplomatie mondiale adaptée à l’ère des mass media et du transport intercontinental facile. Mais ce genre de raout, annuel pour le G20 au niveau des chefs d’Etat depuis une dizaine d’années, est-il encore utile ? Le directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), Pascal Boniface, pense que oui.

 

 

 

D’abord, d’où vient le G20 ?

Il y a trois temps. En 1975, Valéry Giscard d’Estaing créé le G7, car à la suite de la crise pétrolière et à la crise économique il voulait créer une instance de concertation souple entre les sept pays les plus industrialisés. Ensuite, le G20 a été créé au niveau des ministres de l’Economie en 1999. Pour tenir compte de la globalisation et de l’émergence de nouveaux pays industrialisés. En 2008, c’est pour la première fois au niveau des chefs d’Etats et de gouvernements que ce G20 se réunit. C’était pour faire face à la grave crise économique mondiale.

 

 

 

Ce rendez-vous-là s’est ritualisé, il est devenu annuel. Il a encore une utilité, concrètement ?

Oui, même s’il ne faut pas s’attendre à des miracles. D’autant moins qu’avec la présence de Donald Trump, insensible au multilatéralisme. Du coup, ni le G7, ni l’assemblée générale de l'ONU ou le G20 ne parviennent à des résultats très concrets quand il s’agit de faire changer Donald Trump d’avis. C’est pas tellement le G20 qui est en cause, mais le président américain lui-même. Bien sur, on peut dire aussi que ces grands sommets ne débouchent pas toujours sur des résultats. Mais, je pense que, si on regarde les choses avec un peu d’objectivité, la situation serait pire s’ils n’existaient pas. On ne peut pas dire aujourd’hui qu’il y a un excès de diplomatie. Le fait que les chefs d’Etat ou de gouvernement des 20 pays les plus importants se rencontrent permet quand même de mettre de l’huile dans les rouages, permet de faire avancer des dossiers et d’éviter les malentendus. Même si, une fois encore, le facteur Trump vient perturber la fluidité des débats.

 

 

 

Même si n’y a pas de grandes avancées à attendre, rien que le fait que ces leaders-là puissent se voir c’est déjà important.

Oui, c’est déjà quelque chose. Ça peut dissiper des malentendus et faire avancer certains dossiers et ça permet d’éviter que des crises naissantes deviennent plus importantes et il y a quand même toujours des progrès. Ne serait-ce que pour mettre sur le premier plan de l’actualité des sujets importants auxquels le monde est confronté. Honnêtement, je ne crois pas qu’il y ait beaucoup d’accords, ou alors peut-être sur des sujets bilatéraux. On verra si Chinois et Américains arrivent à se mettre d’accord sur leurs différends commerciaux. Mais, là encore, c’est moins le G20 que la présidence américaine qui est en cause.

 

 

 

Vous aviez beaucoup parlé de la présence de Donald Trump, qui gâte un peu l’intérêt de telles rencontres : il y a un risque que cette ligne, très peu favorable au multilatéralisme, se diffuse ?

Elle s’est déjà diffusée avec le Brésil. Le Brésil était le chantre du multilatéralisme lorsque Lula ou Dilma Rousseff étaient au pouvoir. Et avec Jair Bolsonaro, on a une sorte de clone de Trump qui est arrivé au pouvoir dans la 9e puissance mondiale. Donc, ça vient encore accentuer encore un peu plus la chute du multilatéralisme. Et, par ailleurs, Trump n’est pas le seul responsable puisque, peut-être en réaction à son propre unilatéralisme, on voit que la Chine et la Russie sont elles aussi tentées par des actions du même type.

 

 

 

C’est une menace ?

Oui, car nous vivons dans un monde qui est à la fois global et interdépendant. Aucun des grands défis qui se pose à l’humanité ne peut être résolu par des solutions unilatérales et individuelles. Ce n’est qu’ensemble qu’on pourra trouver des solutions aux grands problèmes auxquels le monde est confronté. Mais si la première puissance du monde refuse cela et si la deuxième en a une interprétation élastique c’est bien sûr problématique.

 

 

 

Comment, dans un tel rendez-vous, quand on est un ou une cheffe d’Etat du G20, on fait face à une puissance aussi importante qui, plus ou moins, refuse la discussion ?

On essaye, collectivement, de faire pression pour montrer son isolement, pour faire une pression indirecte sur lui. Mais, effectivement, il n’y a pas de votes à la majorité, donc un pays qui refuse… C’est par consensus que les décisions sont prises. Et le G20 n’est pas du tout en mesure d’imposer à Donald Trump, ni à quiconque, une décision qu’il ne voudrait pas voir réalisée.

 


01/07/2019
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Franceinfo - le mardi 25 juin 2019

 

 

Après l'annonce de nouvelles sanctions, l'Iran accuse Donald Trump de "fermer la voie de la diplomatie"

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

 

Téhéran estime que l'administration Trump détruit "tous les mécanismes internationaux existants destinés à assurer la paix et la sécurité mondiale"

 

 

 

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Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif, à New York dans les locaux de l'agence Reuters, le 24 avril 2019. (CARLO ALLEGRI / REUTERS)

 

 

 

En imposant de nouvelles sanctions, les Etats-Unis ont décidé de fermer toute voie diplomatique  entre Washington et Téhéran, dénonce l'Iran, mardi 25 juin. "Imposer des sanctions stériles contre le guide suprême de l'Iran [l'ayatollah Ali Khamenei] et le chef de la diplomatie iranienne [Mohammad Javad Zarif], c'est fermer de façon permanente la voie de la diplomatie avec le gouvernement prêt à tout de Trump", a écrit le porte-parole des Affaires étrangères, Abbas Moussavi, sur Twitter. "Le gouvernement [américain] est en train de détruire tous les mécanismes internationaux existants destinés à assurer la paix et la sécurité mondiale", ajoute Abbas Moussavi.

 

 

Téhéran et Washington ont rompu leurs relations diplomatiques en 1980. Les Etats-Unis ont annoncé lundi des sanctions présentées comme "dures" et frappant le sommet de la République islamique : elles visent Ali Khamenei, et plusieurs commandants des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran. Donald Trump, qui accuse l'Iran de chercher à se doter de l'arme nucléaire et d'être un "parrain du terrorisme", a signé un décret empêchant "le guide suprême, son équipe et d'autres qui lui sont étroitement liés d'avoir accès à des ressources financières essentielles".

 

 

Egalement visé, Mohammad Javad Zarif, visage de la politique iranienne de détente avec l'Occident, considéré comme un modéré et abhorré des ultraconservateurs iraniens, doit être placé sur la liste des sanctions "cette semaine", a prévenu le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin. Selon ce dernier, Washington va geler des "milliards de dollars" d'actifs iraniens supplémentaires. L'Iran a rétorqué à l'ONU en appelant Washington à arrêter son "aventurisme militaire" et sa "guerre économique", en jugeant que le "climat" n'était pas propice à des discussions avec les Etats-Unis.

 


25/06/2019
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Franceinfo - le vendredi 31 mai 2019

 

 

Israël : pourquoi Benyamin Nétanyahou est fragilisé après la dissolution de la Knesset et l'annonce de nouvelles élections

 

 

 

Le Premier ministre a essuyé un revers cinglant en échouant à former une coalition de gouvernement. Il a préféré provoquer de nouvelles élections quelques mois à peine après le précédent scrutin. Du jamais vu en Israël

 

 

 

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Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 29 mai 2019. (ILIA YEFIMOVICH / DPA / AFP)

 

 

 

Il s'est présenté à la presse les traits tirés. Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, est apparu abattu après son échec pour former une coalition de gouvernement qui l'a contraint à provoquer une dissolution du Parlement israélien, la Knesset. Il y aura donc, en septembre prochain, de nouvelles élections, quelques mois à peine après le précédent scrutin. Un échec cinglant et du jamais vu en Israël. Franceinfo vous explique pourquoi la situation du Premier ministre n'a jamais été aussi fragilisée. 

 

 

 

Il est incapable de former une coalition

Benyamin Nétanyahou n'a pas réussi, dans le délai imparti (avant mercredi minuit), à former une coalition avec les partis de droite plus ou moins centristes ou radicaux et les ultra-orthodoxes représentant les quelque 10% d'Israéliens observant rigoureusement les règles du judaïsme. Plutôt que de voir le président Reuven Rivlin donner sa chance à un autre, il a fait le choix d'initier de nouvelles élections en provoquant une dissolution de la Knesset. Un mois seulement après avoir prêté serment à la suite des législatives du 9 avril, les Israéliens retourneront donc aux urnes le 17 septembre.

 

 

Avec cette nouvelle impasse, Benyamin Nétanyahou prête encore davantage le flanc à l'accusation de s'accrocher à son poste coûte que coûte pour sauver sa peau. Depuis des mois, la presse rapporte les projets de Benyamin Nétanyahou et de ses alliés de faire adopter des textes prémunissant le Premier ministre contre les poursuites.

 

 

Le projet de loi d'immunité protégeant les députés en exercice est surnommée "loi française", en référence aux intouchables présidents de la République, rapporte Libération. Un autre texte propose une limitation des pouvoirs de la Cour suprême, qui ne pourrait plus annuler les décisions prises par la Knesset. Avec la perspective de ces nouvelles élections, la promulgation de ces lois est en suspens. Ce qui n'arrange pas les affaire du Premier ministre.

 

 

 

Il est inquiété dans trois affaires judiciaires

Ces lois devaient justement le mettre à l'abri, au moins temporairement contre les poursuites judiciaires qui le menacent. Le Premier ministre doit en effet être entendu par le procureur général d’Israël le 2 octobre, une quinzaine de jours après le prochain scrutin, en vue de sa future inculpation pour corruption, fraude et abus de confiance, dans trois dossiers.

 

 

>>Israël : ce qu'il faut retenir des menaces d'inculpation de Benyamin Nétanyahou, annoncées en pleine campagne électorale

 

 

La police soupçonne notamment le Premier ministre et des membres de sa famille d'avoir reçu pour un million de shekels (environ 245 000 euros) de cigares de luxe, bouteilles de champagne et bijoux de la part de richissimes personnalités, en échange de faveurs financières ou personnelles.

 

 

Les enquêteurs suspectent également Benyamin Nétanyahou d'avoir tenté de conclure avec le propriétaire du Yediot Aharonot un accord pour une couverture plus favorable de la part du plus grand quotidien israélien payant. En retour, le Premier ministre aurait évoqué avec Arnon Moses la possibilité de faire voter une loi qui aurait limité la diffusion d'Israel Hayom, un quotidien gratuit, principal concurrent du Yediot.

 

 

Enfin, le Premier ministre est soupçonné d'avoir tenté de s'assurer une couverture favorable de la part du site d'informations Walla, en contrepartie de faveurs gouvernementales qui pourraient avoir rapporté des centaines de millions de dollars à Bezeq, principal groupe de télécommunications israélien. Ce dossier est présenté comme le plus dangereux pour Benyamin Nétanyahou.

 

 

 

Il a perdu l'appui d'un de ses alliés clés

Un revers intime. Benyamin Nétanyahou connaît bien Avigdor Lieberman, qui fut son mentor dans les années 1990 et son ministre à plusieurs reprises. Mais le chef du parti nationaliste et laïc Israël Beiteinou lui a refusé le vote de ses cinq députés, pourtant essentiels pour obtenir une majorité parlementaire. "Avigdor Lieberman fait à présent partie de la gauche", a lancé le Premier ministre, rapporte Le Monde

 

 

Le plan de route de Benyamin Nétanyahou a dérapé sur le vieil antagonisme entre laïcs nationalistes et ultra-orthodoxes, autour de l'exemption de service militaire dont bénéficient des dizaines de milliers d'étudiants des écoles talmudiques. Avigdor Lieberman s'est arc-bouté sur l'exigence d'une loi annulant l'exemption systématique des ultra-orthodoxes. Une "question de principe", a-t-il martelé. Une ligne rouge pour le camp d'en face. Avigdor Lieberman, dont le parti se bat pour rester en vie à chaque élection, a donc trouvé là de quoi s'assurer l'adhésion d'au moins une partie des nombreux Israéliens qui voient dans l'exception ultra-orthodoxe une injustice.

 

 

 

Il doit faire face à un sérieux concurrent

La précédente campagne électorale a fait émerger un challenger de poids : Benny Gantz, candidat aux couleurs de l'alliance Kahol Lavan (Bleu et Blanc). Agé de 59 ans, ce fils de rescapés de l'Holocauste, ancien parachutiste, ancien commandant d'une unité de forces spéciales et ancien chef d'état-major, s'est distingué lors de ce scrutin, le premier pour ce novice en politique. Pourtant, aujourd'hui, Benny Gantz menace l'indétrônable "Bibi", arrivé au pouvoir en mars 2009. Sa liste de centre-droit a obtenu trente-cinq sièges à la Knesset, soit autant que celle Benyamin Nétanyahou.

 


01/06/2019
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Franceinfo - le dimanche 19 mai 2019

 

 

L’article à lire pour comprendre les élections législatives en Inde

 

 

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Auriane Guerithault et Noémie LeclercqfranceinfoFrance Télévisions

 

 

 

Plus de 900 millions d'électeurs sont appelés aux urnes pour désigner les 545 députés de la chambre basse du Parlement indien. Le Premier ministre sortant, Narendra Modi, pourrait ressortir de ce scrutin sans majorité absolue

 

 

 

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Dans un bureau de vote du district de Jaipur, dans le Rajasthan (Inde), le 29 avril 2019. (VISHAL BHATNAGAR / NURPHOTO / AFP)

 

 

 

Avec 900 millions d'électeurs inscrits, ce sont les plus grandes élections du monde. L'Inde est rentrée depuis le 10 avril dans une course électorale longue de six semaines, dont les résultats seront connus jeudi 23 mai. Organisation, candidats en lice, contexte socio-économique... Franceinfo vous explique le déroulement et les enjeux de ces élections hors normes.

 

 

Un petit mot sur l'Inde pour commencer ?

Avec une superficie de plus de 3 millions de km2, l'Inde est six fois plus grande que la France et vingt fois plus peuplée : en 2018, le pays comptait 1,35 milliard d'habitants. Ce qui en fait le 2e pays le plus peuplé au monde, derrière la Chine, qu'il pourrait dépasser à l'horizon 2022, d'après les prévisions de croissance démographique de l'ONU.

 

 

Depuis les années 2010, le pays a connu une croissance économique extrêmement dynamique, devançant même la Chine, avec un taux de croissance qui frôle les 7%. Cependant, le développement ne suit pas : en 2017, près d'un tiers de la population vit toujours en dessous du seuil critique de pauvreté, et le chômage est à la hausse

 

 

 

 

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La société indienne est organisée en castes. Cette division de la population vient de l'hindouisme, religion majoritaire du pays et pratiquée par près de 80% des Indiens, devant l'islam (14,2%) et le christianisme (2,3%). Officiellement, l'Inde est une république laïque, mais les actes antimusulmans, notamment en raison des différends historiques avec le Pakistan.

 

 

Au niveau politique, l'Inde est une République fédérale qui comprend 29 Etats, lesquels ont des compétences particulières au niveau juridique, sécuritaire, économique et éducatif. Si un président est élu au suffrage universel tous les 5 ans, le Premier ministre reste l'homme fort du pays. Actuellement, c'est l'ultra-nationaliste Narendra Modi qui occupe ce poste.

 

 

 

C'est quoi ces élections ?

L'Inde est considérée comme la "première démocratie du monde" avec près de 900 millions d'inscrits sur les listes électorales. Ces législatives, primordiales pour la vie politique indienne, se déroulent en fait depuis le 10 avril. En effet, ce scrutin se tient tous les 5 ans sur six semaines. Il permettra de désigner une nouvelle majorité à la chambre basse – la "Lok Sabha" – du Parlement.

 

 

"Il y a généralement une bonne participation aux législatives, rapporte Olivier Da Lage, auteur et journaliste pour RFI spécialiste de l'Inde. Traditionnellement, ce sont les basses couches de la société qui y votent, bourgeois et nobles dédaignant la tenue d'élections de manière générale. Mais cette année le BJP, le parti de Narendra Modi, devrait trouver un électorat dans les villes et classes moyennes supérieures. D'un autre côté, les paysans se sentent de plus en plus abandonnés et pourraient être tentés de s'abstenir."

 

 

 

Ça doit être compliqué à organiser...

Un million de bureaux de votes ont été ouverts. Tout au long de ces six semaines, le scrutin se déroule successivement dans les différentes régions de l'Inde, en s'appuyant sur les forces de police nationale, "afin d'éviter les risques de collusion avec les forces locales, souvent corrompues""Chaque scrutin nécessite une logistique considérable", appuie Olivier Da Lage. Onze millions d'agents électoraux sont mobilisés. "Les élections se déroulent sous le contrôle de la commission électorale, très respectée par les électeurs pour son indépendance", explique le journaliste de RFI.

 

 

 

Concrètement, comment ça marche ?

L'Inde fonctionne avec un scrutin uninominal à un tour : c'est le candidat local qui obtient le plus de voix qui est élu. Ce qui complique les choses, c'est que l'Inde est un pays fédéral – comme l'Allemagne. La Lok Sabha compte 545 sièges et chaque Etat indien dispose d'un certain nombre de sièges à pourvoir, proportionnellement à sa population. "Les sondages nationaux n'ont pas d'intérêt puisque dans chaque circonscription, les électeurs votent en fonction de leurs priorités locales. Un siège peut se jouer à quelques voix seulement", analyse Olivier Da Lage.

 

 

 

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Des électeurs indiens attendant de voter, le 11 avril 2019 dans l'Etat de l'Uttar Pradesh en Inde. (NASIR KACHROO / NURPHOTO / AFP)

 

 

Pourquoi ces élections sont-elles importantes ?

"L'Inde est un système parlementaire et même s'il y a un président, le pouvoir est entre les mains du Premier ministre, lui même responsable devant la chambre basse du Parlement", décrypte Olivier Da Lage. Reste à savoir si Narendra Modi, le Premier ministre actuel, pourra se maintenir au pouvoir (et dans quelles conditions). S'il perd sa majorité absolue, il lui faudra trouver des alliés – ce dont il manque cruellement. En face, l'opposition portée par Rahul Gandhi a tenté de créer une coalition pour reprendre le contrôle de la Lok Sabha aux nationalistes du BJP. Mais les très fortes rivalités au niveau local ont malmené cette alliance, qui "n'est pas aussi importante qu'elle aurait pu l'être", selon le journaliste de RFI.

 

 

 

Qui sont les candidats ?

Au total, plus de 8 000 candidats briguent un mandat parlementaire. Mais ce sont surtout deux partis qui s'affrontent : le BJP de Narendra Modi, donc, et le Parti du Congrès, socialiste et attaché au "sécuralisme", c'est-à-dire à l'égale bienveillance de l'Etat à l'égard de toutes les religions. Ce dernier, qui a dirigé l'Inde pendant plus de cinq décennies après son indépendance avant que le BJP ne le détrône en 2014, est aujourd'hui mené par Rahul Ghandi.

 

 

 

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Rahul Gandhi, président du Parti du Congrès, le 19 avril 2019 à Ahmedabad (Inde). (SAM PANTHAKY / AFP)

 

 

 

Le parti de Narendra Modi nourrit lui l'animosité envers les musulmans"Le BJP assimile les musulmans indiens avec le Pakistan, afin d'entraîner la crainte de la population", explique Nilanjan Mukhopadhay, spécialiste du nationalisme hindou, à franceinfo. "Tout la campagne s'est faite autour de la personne de Modi, le 'chowkidar' [le gardien d'immeuble] qui protège son peuple contre l'ennemi ; en l'occurrence, le Pakistan", confirme Olivier Da Lage.

 

"La grande absente de ces élections, c'est la laïcité, analyse aussi ce spécialiste, alors que d'habitude, c'est un sujet central." Les deux têtes d'affiche se montrent ainsi en pieux hindous et visitent des temples.

Au final, c'est une compétition entre un nationalisme hindou brutal et la version plus soft portée par Rahul Gandhi.Olivier Da Lage à franceinfo

 

 

L'un des enjeux de ce scrutin sera donc de savoir quelle vision de leur pays les Indiens vont privilégier. Mais tout ne se décidera pas entre les deux grands partis, puisqu'il existe énormément de partis régionaux, apparu au fil des années, "par dissidence ou par identité de caste", note Olivier Da Lage.

 

 

 

Le Premier ministre sortant est-il apprécié ?

Disons qu'il divise, après cinq années au pouvoir. "Il ne peut pas se représenter sur le même programme qu'en 2014, quand il promettait de moderniser l'Inde", décrypte Ingrid Therwath, docteure en sciences politiques, spécialiste de l'Inde et journaliste pour Courrier international"Malgré les échecs économiques qui lui ont certainement coûté des voix, il demeure assez populaire, estime son confrère de RFI. Moins qu'il y a 5 ans, mais plus que son parti.

 

 

 

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Narendra Modi, le premier ministre indien, le 25 avril 2019 à Varanasi (Inde). (SANJAY KANOJIA / AFP)

 

 

 

Après les attaques dans le Cachemire indien du 14 février, les tensions avec le Pakistan se sont fait plus vives. Quelques jours plus tard, le Premier ministre a annoncé avoir effectué des frappes sur un camp d'entraînement d'un groupe islamiste pakistanais. "C'était complément électoraliste, il y a eu un déferlement patriotique, analyse Ingrid Therwath. Narendra Modi est passé de 30% à 62% dans les sondages."

 

 

Une forte opposition au Premier ministre a également émergé, ses détracteurs estimant qu'il glisse le pays "de manière progressive mais déterminée" vers un autoritarisme où ses adversaires politiques n'ont pas leur mot à dire, selon Olivier Da Lage.

 

 

 

Quels sont les enjeux ?

L'un des enjeux de l'élection concerne l'électorat rural. L'Inde compte 260 millions de fermiers alors que, depuis 70 ans, la part de l'agriculture dans le PIB n'a cessé de baisser – elle est tombée à 14%. En réaction, les mouvements de grève se sont succédé ces dernières années. Surfaces de terre trop petites, stagnation des prix, paysans sans terre, exode rural… Autant de problèmes auxquels les candidats assurent vouloir répondre en proposant notamment des aides

 

 

 

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Des agriculteurs indiens manifestant contre la politique du gouvernement, le 30 mars 2019 à Amritsar (Inde). (NARINDER NANU / AFP)

 

 

 

Autre enjeu du scrutin, l'emploi des jeunes Indiens. D'après la journaliste Bénédicte Manier, "deux tiers des habitants ont moins de 35 ans et la moitié a moins de 25 ans. Avec 1 million de nouveaux actifs par mois sur le marché du travail, il est compliqué de trouver du travail." En 2014, Narendra Modi avait fait sa campagne sur "la promesse de la création de 10 millions d'emplois par an". Cinq ans plus tard, le bilan est décevant et le taux de chômage, à 6,1%, est le plus élevé depuis 45 ans – malgré une croissance exceptionnelle à 6,7%.

 

 

 

Quelles conséquences pour la diplomatie ?

L'Inde nourrit des relations tourmentées avec deux de ses voisins. La Chine d'abord, avec qui New Delhi se dispute le territoire d'Arunachal Pradesh, qui a fait l'objet d'une guerre sanglante en 1962. Narendra Modi a tenté à plusieurs reprises d'apaiser les tensions avec la 2e puissance économique mondiale. C'est en revanche beaucoup plus compliqué avec le Pakistan, ennemi juré depuis la partition de l'Inde coloniale en 1947, entraînant le déplacement de 15 millions de personnes et d'importantes violences.

 

 

 

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Des militaires indiens à la frontière entre l'Inde et le Pakistan, à Wagah (Inde), le 1er mars 2019. (NARINDER NANU / AFP)

 

 

 

"Le BJP ne perd aucune occasion de s'en prendre au Pakistan, auquel les musulmans indiens sont implicitement associés, et accuse le Parti du Congrès d'être faible face à Islamabad, précise Olivier Da Lage. Côté pakistanais, le Premier ministre Imran Khan a paradoxalement fait l'éloge de Narendra Modi. En fait, les dirigeants pakistanais estiment qu'un gouvernement nationaliste sera mieux à même de faire des gestes d'ouverture sans être sous le feu de l'opposition. Cela étant, rien ne garantit non plus une embellie après les élections." Au mieux donc, des inflexions, mais pas de rupture majeure sur le plan international.

 

 

 

J'ai eu la flemme de tout lire, vous me faites un résumé ?

Des élections législatives se déroulent depuis le 10 avril en Inde, le deuxième pays le plus peuplé du monde avec 1,35 milliard d'habitants. Le scrutin est étalé sur six semaines et a pour but de désigner une nouvelle majorité parlementaire. Dans les urnes, ce sont deux visions de l'Inde qui s'affrontent : d'un côté, l'actuel chef du gouvernement, l'ultra-nationaliste Narendra Modi, qui affiche un discours antimusulman ; de l'autre, Rahul Gandhi, qui prône davantage une Inde multi-culturelle.

 

 

 

Le scénario le plus probable est celui d'une victoire du Premier ministre sortant, mais sans majorité, ce qui forcerait Narendra Modi à partager le pouvoir. Ces élections sont importantes pour l'avenir du pays, qui malgré un taux de croissance qui s'élève à 6,7%, fait face à un taux de chômage à son plus haut niveau depuis 45 ans. Le monde rural, confronté à une misère croissante, et la jeunesse sont également au cœur des débats.

 


19/05/2019
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Franceinfo - le mercredi 8 mai 2019

 

 

Accord sur le nucléaire iranien : six questions sur la nouvelle crise diplomatique qui inquiète le monde

 

 

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Les dirigeants iraniens ont suspendu une partie de leurs engagements et donné soixante jours aux Européens, Chinois et Russes pour mettre en œuvre leurs promesses de protéger Téhéran contre les sanctions économiques de Washington

 

 

 

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 Le bâtiment du réacteur nucléaire de Bushehr, dans le sud de l'Iran, le 26 février 2006. (BEHROUZ MEHRI / AFP)

 

 

 

La menace planait depuis des mois. Un an jour pour jour après l'annonce du retrait américain de l'accord sur le nucléaire iranien, l'Iran a suspendu, mercredi 8 mai, une partie de ses engagements. Le pouvoir iranien a donné soixante jours aux cinq autres pays signataires restants (France, Allemagne, Royaume-Uni, Russie et Chine) pour tenir leurs promesses de protéger Téhéran contre les sanctions de Washington. Ce nouveau regain de tensions internationales soulève de nombreuses questions.

 

 

 

1 - Que prévoit l'accord sur le nucléaire iranien ?

L'accord sur le nucléaire iranien a été conclu à Vienne le 14 juillet 2015 et validé par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. Il a été paraphé par l'Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni), plus l'Allemagne. Il a permis de réintégrer l'Iran dans le concert des nations. Il a surtout mis fin à des années d'isolement du pays, en levant une partie des sanctions économiques internationales qui pesaient sur lui. En échange, la République islamique a accepté de brider son programme nucléaire. L'objectif est de rendre quasiment impossible pour l'Iran la fabrication d'une bombe atomique, tout en assurant à Téhéran – qui dément toute visée militaire – le droit de développer une filière nucléaire civile.

 

 

 

2 - Quels étaient les engagements précis de Téhéran ?

L'Iran s'est engagé à revoir à la baisse ses capacités nucléaires. Le pays a ainsi réduit à 5 060 le nombre de ses centrifugeuses en activité servant à enrichir l'uranium – contre plus de 19 000 au moment de la signature de l'accord – et s'est engagé à ne pas dépasser ce nombre pendant dix ans. Téhéran a également accepté de modifier son réacteur à eau lourde d'Arak, de manière à rendre impossible la production de plutonium à usage militaire dans cette installation. Le pouvoir iranien a ainsi limité son stock d'eau lourde à 130 tonnes maximum, et ses réserves d'uranium enrichi (UF6) à 300 kilos, et a renoncé à enrichir l'uranium à un taux supérieur à 3,67%. 

 

 

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui est chargée de vérifier sur le terrain l'application de l'accord, a jusqu'à présent toujours attesté que Téhéran respectait ses engagements, comme en atteste le dernier rapport trimestriel dévoilé le 22 février 2019. L'agence onusienne a notamment attesté que l'Iran n'avait pas enrichi d'uranium à des degrés prohibés, ni constitué de stocks illégaux. Mais en revenant sur ses engagements, mercredi, la République islamique a annoncé qu'elle allait s'affranchir de deux de ses engagements : limiter ses réserves d'eau lourde et celles d'uranium enrichi.

 

 

 

3 - Dans quel contexte survient cette décision du pouvoir iranien ?

L'annonce de Téhéran survient dans un climat de tensions exacerbées entre l'Iran et les Etats-Unis, alimentées par le durcissement constant de la position de l'administration américaine à l'égard du régime iranien depuis le début de l'année 2018.

 

 

En janvier de l'année dernière, Donald Trump a dénoncé les "terribles lacunes" de l'accord et exigé un nouveau pacte avec Téhéran. Il a laissé jusqu'au 12 mai 2018 aux Européens pour le conclure. Mais le 8 mai, sans attendre l'expiration de son ultimatum, le président américain a annoncé le retrait unilatéral des Etats-Unis de l'accord et le rétablissement des sanctions vis-à-vis de Téhéran, en rupture avec l'engagement de son prédécesseur démocrate, Barack Obama.

 

 

Le 7 août, un premier train de sanctions est rétabli, avec le blocage des transactions financières et des importations de matières premières. Des mesures qui pénalisent les achats dans les secteurs de l'automobile et de l'aviation commerciale. Le 5 novembre, le deuxième train de sanctions touche cette fois les secteurs pétrolier et financier. Le 7 mars 2019, Washington hausse encore un peu plus le ton et réclame des sanctions internationales contre l'Iran, accusé par les Etats-Unis de violer la résolution de l'ONU et de déstabiliser le Moyen-Orient par ses essais de missiles.

 

 

Le 8 avril, les Etats-Unis prennent un décision symbolique en plaçant les Gardiens de la révolution, armée idéologique du régime, sur leur liste des "organisations terroristes étrangères", de même que la force al-Qods, chargée des opérations extérieures des Gardiens. Et le 22 avril, Donald Trump décide de mettre fin, à partir de début mai, aux exemptions permettant à huit pays (Chine, Inde, Turquie, Japon, Corée du Sud, Taïwan, Italie et Grèce) d'acheter du pétrole iranien.

 

 

Et la crise a pris une tournure militaire ces derniers jours. Le 5 mai, le conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton, annonce le déploiement dans le Golfe d'un porte-avions accompagné de son groupe aéronaval, et d'une force de bombardiers. Le 7 mai, le Pentagone annonce dépêcher plusieurs bombardiers B-52 dans le Golfe. Et le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, en visite surprise à Bagdad, accuse alors Téhéran de préparer des "attaques imminentes" contre les forces américaines.

 

 

 

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Le porte-avions américain "USS Abraham Lincoln" entrant en mer Méditerranée par le détroit de Gibraltar, le 13 avril 2019, dans le cadre du déploiement d'une force militaire américaine au Moyen-Orient. (US NAVY / REUTERS)

 

 

 

La campagne contre l'Iran vise, selon Washington, à mettre fin aux "activités déstabilisatrices" de Téhéran au Moyen-Orient, notamment au Liban via le mouvement chiite Hezbollah, au Yémen à travers les rebelles Houthis et en Syrie par son soutien au régime de Bachar Al-Assad. Donald Trump a fait de l'Iran son ennemi numéro un au Moyen-Orient, car elle est "sa porte de sortie", explique le géopolitologue Dominique Moïsi dans Les Echos. "L'Amérique a échoué face aux talibans en Afghanistan, elle n'a pas su s'imposer en Syrie, et son plan de paix israélo-palestinien n'a aucune chance d'aboutir. Reste l'Iran, où la ligne dure de Donald Trump peut l'aider à se faire réélire en 2020."

 

 

 

4 - Pourquoi la République islamique lance-t-elle son ultimatum maintenant ?

Le retour des sanctions américaines mine l'économie iranienne. Fin janvier 2018, Paris, Berlin et Londres ont bien tenté de mettre en place le mécanisme de troc Instex – une sorte de chambre de compensation – pour permettre aux entreprises de l'Union européenne de commercer avec l'Iran en contournant les sanctions américaines. En vain. Européens, Chinois et Russes ont été jusqu'à présent incapables de respecter leur promesse de permettre à l'Iran de bénéficier des avantages économiques que le pays escomptait de l'accord. L'allemand Daimler, numéro un mondial de la voiture haut de gamme, a ainsi cessé ses activités en Iran. Les constructeurs français Renault et PSA ont eux aussi mis fin à leurs activités ou projets de production de voitures en Iran. De même, le géant pétrolier français Total s'est désengagé de ses projets de plusieurs milliards de dollars. D'autres grandes entreprises étrangères ont fait de même.

 

 

 

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Des Iraniens manifestent autour d'un masque du président américain Donald Trump, le 12 avril 2019 à Téhéran (Iran), après l'inscription par l'administration américaine des Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes. (ROUZBEH FOULADI / NURPHOTO / AFP)

 

 

 

La crise actuelle semble partie pour être pire que la récession de 2012-2013, lorsque les sanctions internationales contre le programme nucléaire de Téhéran et ses projets de développement balistique avaient produit leur effet maximal. Depuis le 8 mai 2018, le rial iranien s'est déprécié de plus de 57% par rapport au dollar sur le marché libre, engendrant une forte poussée de l'inflation. Celle-ci atteint désormais 51% en glissement annuel, contre 8% il y a un an, selon le taux officiel.

 

 

Selon le Fonds monétaire international, le PIB de la République islamique va chuter de 6% en 2019, après un recul de 3,9% en 2018. La chute pourrait être plus brutale encore, puisque cette prévision a été formulée avant les annonces américaines de fin avril. La hausse des prix touche tout particulièrement la nourriture. Dans certains magasins de la capitale, la viande rouge devient même difficile à trouver. L'Iran est pris à la gorge économiquement.

 

 

 

5 - Qu'espère obtenir Téhéran avec cet ultimatum ?

Téhéran a donné deux mois aux Européens pour trouver une solution permettant de sortir réellement les secteurs pétrolier et bancaire iraniens de leur isolement provoqué par les sanctions économiques américaines. Faute de quoi la République islamique renoncera à d'autres engagements.

 

 

 

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Le président iranien Hassan Rohani, lors de la réunion de son cabinet, le 8 mai 2019 à Téhéran (Iran). (PRESIDENCE IRANIENNE / AFP)

 

 

 

Pour Robert Kelley, expert à l'Institut international de Stockholm pour la recherche sur la paix (Sipri) interrogé par l'AFP, "il s'agit pour [le pouvoir iranien] de sauver la face". Les dirigeants iraniens, juge cet ancien inspecteur de l'AIEA, "sont entre le marteau et l'enclume". "Ils ont conclu un accord qui n'est pas respecté par l'autre partie. En fait, ils sont tombés dans le piège que leur ont tendu les Américains." "Y a-t-il un enjeu stratégique ? Font-ils ces annonces parce qu'ils veulent construire des armes ? Certainement pas", estime cet ex-haut responsable du programme nucléaire américain. "Ils estiment devoir continuer de produire de l'uranium pour sauver la face, même si, en réalité, ils n'en ont pas vraiment besoin."

 

 

 

6 - L'Iran va-t-il relancer son programme nucléaire militaire ?

 

"Ce n'est pas parce qu'ils produisent des matériaux nucléaires et dépassent les limites [de stocks] autorisées qu'ils vont construire une arme nucléaire. Le chemin est extrêmement long", assure l'expert du Sipri. "Quand les gens entendent 'uranium', ils pensent à la bombe. Mais il y a peu de rapport entre de l'uranium enrichi [à 3,67%] et la bombe. Idem pour l'eau lourde : ils n'ont plus de réacteur utilisant de l'eau lourde. Ils la produisent juste pour dire : 'Nous pouvons le faire et vous n'avez pas à nous dire ce qu'on a le droit de faire ou pas'. Il n'y a aucune portée stratégique. Le vrai enjeu, ce sont les sanctions sur le pétrole." Et Robert Kelley de conclure : "Tant que tout est sous le régime de vérification de l'AIEA et soumis à des inspections quotidiennes, tout le monde saura exactement ce qui se passe."

 


09/05/2019
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Franceinfo - le samedi 4 mai 2019

 

 

THAÏLANDE : LE ROI MAHA VAJIRALONGKORN OFFICIELLEMENT COURONNÉ

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Ce sacre est l'occasion pour le monarque de s'afficher comme le garant de l'unité du royaume, très divisé après les élections législatives du 24 mars

 

 

 

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Maha Vajiralongkorn pendant sa cérémonie de couronnement à Bangkok en Thaïlande, le 4 mai 2019.  (THAI TV POOL / AFP)

 

 

 

Il a posé lui-même sur sa tête la "Grande Couronne de la Victoire", de plus de sept kilos, en émail doré et sertie de pierres précieuses. Maha Vajiralongkorn, monarque imprévisible à la personnalité déroutante, a été couronné roi de Thaïlande, samedi 4 mai. Monté sur le trône au décès de son père Bhumibol Adulyadej en 2016, son couronnement avait été retardé afin de pouvoir respecter une période de deuil en l'hommage du roi défunt. 

 

 

Les cérémonies autour du couronnement, qui mêlent rites bouddhistes et brahmanistes hérités de l'Inde, vont se prolonger jusqu'à lundi. Dimanche, un grand défilé sera organisé au cours duquel le roi sera transporté dans un palanquin doré porté par des soldats. 

 

 

 

Garant de l'unité 

Ce couronnement est l'occasion pour Maha Vajiralongkorn, 66 ans, de s'afficher comme le garant de l'unité du royaume, qui a connu douze coups d'Etat depuis 1932, dont deux au 21e siècle.

 

 

D'autant que la Thaïlande reste politiquement très divisée après les élections législatives du 24 mars, les premières depuis la prise du pouvoir par l'armée en 2014. Plus d'un mois après le scrutin, les deux camps pro-junte et anti-junte revendiquent la victoire, cherchant à former une coalition pour obtenir une majorité à la chambre basse du Parlement. Et l'opposition dénonce de nombreuses fraudes. Les résultats définitifs ne seront connus qu'après les cérémonies du couronnement d'ici le 9 mai afin de garantir au maximum la stabilité du pays.

 

 

Pour Paul Chambers, spécialiste de politique thaïlandaise à l'Université de Naresuan, dans le nord du pays, ce sacre permet au moins momentanément"de détourner l'attention d'une partie de la population".

 

 

 

Une forte emprise sur les affaires royales 

Maha Vajiralongkorn, monarque d'un pays où royauté et armée sont intrinsèquement liés, n'a pas attendu d'être couronné pour resserrer son emprise sur les affaires royales, prenant de court les observateurs qui le prédestinaient à régner sans beaucoup s'investir. Il est notamment intervenu directement pendant la campagne des législatives en opposant une fin de non-recevoir à la candidature de sa soeur aînée au poste de Premier ministre pour un parti dans l'opposition, et a apporté un soutien subliminal aux militaires.

 

 

En 2017, il avait pris le contrôle direct du Crown property bureau, qui gère les dizaines de milliards d'actifs de la fortune royale, et s'est aussi opposé à plusieurs amendements constitutionnels qui auraient pu restreindre ses prérogatives.

 


04/05/2019
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Franceinfo - le dimanche 21 avril 2019

 

 

Ukraine : le comédien Volodymyr Zelensky élu président avec 73% des voix, selon un sondage sortie des urnes

 

 

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L'homme de 41 ans a obtenu 73,2% des suffrages au second tour de la présidentielle contre 25,3% pour le président sortant Petro Porochenko

 

 

 

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Le comédien Volodymyr Zelensky vote pour la présidentielle en Urkaine, le 21 avril 2019 à Kiev. (JAAP ARRIENS / NURPHOTO / AFP)

 

 

 

Le comédien novice en politique Volodymyr Zelensky a remporté dimanche 21 avril une victoire écrasante à la présidentielle en Ukraine face au président sortant Petro Porochenko. Ce résultat reflète l'ampleur de la défiance des électeurs à l'égard du pouvoir en place. L'homme de 41 ans a obtenu 73,2% des suffrages au second tour de la présidentielle contre 25,3% pour son rival de 53 ans, selon un sondage réalisé à la sortie des bureaux de vote par le consortium "Exit Poll National" réunissant trois instituts.

 

 

 

Connu pour une série télévisée

Volodymyr Zelenski doit une bonne part de sa popularité à la série télévisée à succès "Serviteur du peuple", dans laquelle il incarne un professeur d'histoire devenu chef de l'Etat qui se joue des bassesses de politiciens corrompus et d'hommes d'affaires véreux.

 

 

La politique qu'il compte mener reste très floue. A peine élu, il a affirmé qu'il souhaitait "relancer" le processus de paix impliquant la Russie. Président, il va se retrouver chef des armées et responsable de nominations clés. Mais sa marge de manoeuvre pour prendre des mesures concrètes sera très limitée faute de majorité parlementaire, alors que les législatives ne sont prévues pour l'instant que le 27 octobre.

 


23/04/2019
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Franceinfo - le jeudi 21 mars 2019

 

 

Nicaragua : le gouvernement va libérer tous les opposants pour relancer le dialogue

 

 

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Le pays est plongé dans une grave crise politique depuis onze mois. Cette décision va permettre la reprise des négociations entre gouvernement et opposition

 

 

 

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Des policiers nicaraguayens dispersent des manifestants, le 15 décembre 2018 à Managua (Nicaragua). (INTI OCON / AFP)

 

 

 

Un geste pour l'opposition. Après plusieurs jours de blocage, le gouvernement nicaraguayen a cédé aux exigences de l'opposition : il va libérer sous trois mois tous les opposants incarcérés pour relancer le dialogue avec le camp adverse. "La table de négociation a reçu une annonce du gouvernement concernant la libération sous 90 jours de tous les détenus dans le cadre des manifestations" contre le pouvoir, a annoncé mercredi 20 mars l'envoyé spécial de l'Organisation des Etats américains (OEA), Luis Angel Rosadilla.

 

 

Il s'agissait d'une condition sine qua non des adversaires du président Daniel Ortega pour s'asseoir de nouveau à la table des négociations. Pour l'heure, le nombre de prisonniers qui seront libérés n'avait pas été précisé. Un peu plus de 800 opposants sont emprisonnés, a annoncé mercredi l'opposition, qui a revu son chiffre à la hausse. Elle parlait jusqu'ici de 700 détenus. De son côté, le gouvernement n'a pas encore communiqué de chiffre. Les deux camps ont également convenu d'un programme de négociations en six points et de faire appel à la communauté internationale pour suspendre les sanctions, selon la déclaration conjointe publiée par la présidence.

 

 

Le Nicaragua connaît une grave crise politique depuis onze mois, lorsque des manifestations ont éclaté contre le gouvernement du président Daniel Ortega, 73 ans. Après avoir dirigé le pays de 1979 à 1990 à l'issue de la révolution sandiniste, Daniel Ortega était revenu au pouvoir en 2007. Les opposants accusent l'ex-guérillero sandiniste d'avoir instauré une dictature. Ils réclament son départ et celui de la vice-présidente, son épouse Rosario Murillo. Le chef de l'Etat dénonce de son côté une tentative de putsch de l'opposition avec le soutien de l'Eglise et de Washington. La crise a fait plus de 325 morts et a plongé le pays dans la récession économique.

 


21/03/2019
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Franceinfo - le samedi 9 mars 2019

 

 

Législatives en Guinée-Bissau, pays rongé par la pauvreté et le narcotrafic

 

 

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Les 1,8 million de Bissau-Guinéens votent le 10 mars 2019 pour élire leurs 102 députés. Le scrutin a pour but de sortir de plus de trois ans de crise entre le président José Mario Vaz et le parti majoritaire de cette ancienne colonie portugaise d'Afrique de l'Ouest particulièrement pauvre et instable

 

 

 

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Un homme marche dans la rue à Bissau, capitale de la Guinée Bissau, le 13 février 2018. (XAUME OLLEROS / AFP)

 

 

 

La campagne de trois semaines, qui s'achevait le 8 mars 2019, a été observée avec inquiétude à l'étranger. Elle s'est déroulée dans un climat de méfiance, en particulier sur la question de la révision des listes électorales. Et ce sur fond de grèves (chroniques dans ce pays) des enseignants, mais aussi des journalistes ou de pêcheurs.

 

 

Pour la première fois, un quota d'au minimum 36% de femmes candidates a été fixé.

 

 

Disputes au sommet

Ce vote pèsera dans le rapport de forces entre le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC, actuellement 42 députés), le Madem-G15, constitué de 15 frondeurs du PAIGC, qu'ils ont privé de sa majorité, et le Parti du renouveau social (PRS, 41 députés), confrontés à 18 autres formations. 

 

 

La crise a éclaté en août 2015 lorsque le président a limogé son Premier ministre Domingos Simoes Pereira, chef du PAIGC, auquel appartient également José Mario Vaz. Cette formation, ex-parti unique, domine la vie politique depuis l'indépendance en 1974.

 

 

 

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Le président de Guinée Bissau, José Mario Vaz, le 7 octobre 2016 (CELLOU BINANI / AFP)

 

 

 

L'ONU se dit "préoccupée"

Les tensions inquiètent d'autant plus à l'extérieur que l'élection de l'actuel chef de l'Etat avait marqué un retour progressif à l'ordre constitutionnel dans ce pays jusqu'alors en proie à une instabilité chronique. En 45 ans, on a assisté à quatre putschs réussis (le dernier en 2012), 16 tentatives de coups d'Etat et une valse des gouvernements. Une situation qui a favorisé l'implantation de narcotrafiquants bénéficiant de la protection de hauts responsables militaires.

 

 

Dans une résolution adoptée le 28 février, le Conseil de sécurité de l'ONU se déclare "préoccupé par les répercussions néfastes que la récente crise politique et institutionnelle a eues sur les progrès réalisés depuis le retour à l'ordre constitutionnel après les élections de 2014".

 

 

Après plus de deux ans de blocage des institutions, notamment du Parlement, un accord, conclu le 14 avril 2018 à Lomé sous l'égide de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), a finalement abouti à la désignation d'un Premier ministre de consensus, Aristide Gomes.

 

 

Celui-ci s'est vu confier pour tâche principale de conduire le pays aux législatives, initialement fixées au 18 novembre mais reportées au 10 mars en raison de problèmes politiques et techniques, notamment dans l'enregistrement des électeurs. Aux dires de plusieurs partis, dont le PRS, le processus a été émaillé d'irrégularités. En campagne à Bubaque, dans l'archipel des Bijagos (ouest), le président du PRS, Alberto Nambéia, a averti que son parti "n'acceptera pas les résultats" s'il les estime faussés, notamment par des incohérences dans les listes électorales.

 

 

 

Le poids de l'armée

Alberto Nambéia n'a pas précisé comment se manifesterait cet éventuel refus. Mais des observateurs soulignent la proximité de sa formation avec certains dirigeants de l'armée. Et ce alors que le PRS fait partie des 19 partis signataires en février d'un "Pacte de stabilité" par lequel elles s'engagent à recourir aux voies légales en cas de contestation.

 

 

Dans sa résolution, le Conseil de sécurité réaffirme la nécessité "que les forces de défense et de sécurité continuent de s'abstenir de toute ingérence dans la situation politique". Il dit se féliciter "de la retenue dont elles font preuve à cet égard et du calme manifesté par le peuple bissau-guinéen".

 

 

Dans ce régime parlementaire, le Premier ministre sera issu du parti victorieux, ce qui pourrait conduire en cas de succès du PAIGC à un nouveau face-à-face entre Domingos Simoes Pereira et José Mario Vaz. Une élection présidentielle doit également se tenir d'ici la fin du premier semestre.

 

 

 

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Militaires de Guinée Bissau dans les rues de la capitale Bissau le 21 octobre 2012 (STR / AFP)

 

 

 

 

"Rien ne dit que ces élections permettront de résoudre les problèmes qui minent le pays", prévenait dans un rapport en décembre le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres. A ses yeux, "la solution passe peut-être par une révision de la Constitution de sorte que la répartition des tâches entre les deux figures (à la tête de l'Etat, NDLR) y soit mieux définie".

 

 

Si le processus électoral se déroule de manière satisfaisante du point de vue de l'ONU, celle-ci pourrait lever les sanctions internationales imposées à la suite du dernier coup d'Etat, en 2012.

 

 

 

Entre noix de cajou...

Petit pays (36 100 km²) constitué d'une partie continentale et de l'archipel Bijagos (88 îles dans l'océan Atlantique), la Guinée Bissau a une frontière avec le Sénégal et avec la Guinée. Sa population s'élevait à 1,86 million d'habitants en 2017 (Banque mondiale), avec une grande variété de groupes ethniques, de langues et de religions.



Sa principale exportation est la noix de cajou, dont il est le 3e producteur africain. Celle-ci est cultivée sur 12% du territoire et ses recettes fiscales représentaient en 2017 près de la moitié du budget. En 2017, la croissance du PIB s'est établie à 5,9%. Mais l'activité a ralenti en 2018 à environ 3,8% en raison d'une moindre production de noix de cajou provoquée par un climat défavorable et une baisse des prix, selon le Fonds monétaire internationale et la Banque mondiale.



La Guinée-Bissau figure parmi les pays les plus pauvres au monde, classée 177e sur 189 pays, selon l'indice de développement humain du Pnud (classement 2018). Près de 70% de la population vit sous le seuil de pauvreté (avec moins de 2 dollars par jour) et plus d'un tiers dans l'extrême pauvreté (moins de 1 dollar par jour). La mauvaise qualité des services de santé demeurent l'un des plus grands problèmes du pays où l'espérance de vie moyenne n'atteint que 57,8 ans.



En septembre, le 44e anniversaire de l'indépendance n'a pas été célébré faute d'argent.

 

 

 

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 Des habitants de Bissau regardent une vedette rapide, qui aurait été utilisée par des trafiquants de drogue, le 17 juillet 2007.  (REBECCA BLACKWELL/AP/SIPA / AP)

 

 

 

... et narcotrafiquants

Un télégramme diplomatique américain de 2009, révélé par Wikileaks, qualifiait la Guinée-Bissau de "premier narco-Etat émergent d'Afrique". Motif : le pays est considéré comme un important point de transit du trafic de cocaïne de l'Amérique du Sud vers l'Europe. L'instabilité et la pauvreté y ont longtemps facilité l'implantation de narcotrafiquants, sous la protection de hauts responsables de l'armée.



En 2013,  l'Agence fédérale anti-drogue américaine (DEA) avait procédé à l'arrestation du chef de la Marine "Bubo" Na Tchuto, condamné par la suite par un tribunal américain à quatre ans de prison et rentré à Bissau en octobre 2016. Une affaire qui a révélé au grand jour l'implication de la hiérarchie militaire dans le narcotrafic.



L'ONU a néanmoins salué ces dernières années les progrès réalisés dans la lutte contre le narcotrafic depuis l'élection de José Mario Vaz. Dans un récent rapport, l'organisation internationale a regretté que depuis près d'un an, la volonté des autorités en la matière se soit "peu affermie".

 


11/03/2019
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Franceinfo - le mardi 26 février 2019

 

 

La justice internationale désavoue Londres sur les stratégiques îles Chagos

 

 

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Jean-Marc FourfranceinfoRadio France

 

 

 

 

Tous les jours, dans "Un monde d’avance", un coup de projecteur sur une actualité à l’étranger restée sous les radars. Aujourd’hui, retour sur la décision de la Cour de justice internationale, qui a tranché en faveur du rattachement des îles Chagos à l'île Maurice

 

 

 

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Les îles Chagos, dans l'océan Indien, ne sont peut-être plus britanniques pour longtemps. (GOOGLE MAPS)

 

 

 

Le lieu est tout petit par la taille mais le symbole géopolitique est énorme. La Cour internationale de justice a estimé lundi 25 février que l’archipel des Chagos est occupé de façon illicite par le Royaume-Uni et doit être restitué à l’île Maurice. Dit comme ça, ça n’a l’air de rien, mais les conséquences potentielles sont importantes. Les îles Chagos, c’est un confetti minuscule : 60 km² - plus petit que Belle-Île-en-Mer - au cœur de l’océan Indien, à peu près à mi-chemin entre l’Inde et l’Afrique.

 

 

Sauf que sur l’île principale, Diego Garcia, se trouve une grosse base militaire américaine. Les États-Unis louent l’emplacement au Royaume-Uni, propriétaire des lieux. Au milieu des années 1960, au moment où l’île Maurice voisine acquiert son indépendance, Londres décide de conserver les Chagos. Et, manu militari, les Britanniques en expulsent les 2 500 habitants, les Chagossiens, qui depuis ne cessent de clamer leur droit au retour. Après des années de contentieux, la Cour internationale de justice, la plus haute juridiction de l’ONU, a donc tranché en faveur du rattachement des Chagos à l’île Maurice.  

 

 

 

Un héritage de la colonisation

C’est un vrai revers politique pour Londres, d’autant que la Cour n’y va pas de main morte. Par 13 voix contre une, les juges demandent à Londres de rendre au plus vite l’archipel à l’île Maurice, afin que "s’achève la décolonisation". L’avis de la Cour n’est que consultatif mais il est tellement tranché que les Britanniques vont avoir du mal à se soustraire à la décision. C’est un camouflet pour Londres, a fortiori dans le contexte de la cacophonie du Brexit.

 

 

Pour l’île Maurice, c’est à l’inverse une grande victoire attendue depuis des années. Elle ouvre la voie à un retour des Chagossiens sur leur terre : cet exil forcé est vraiment un épisode dont les Britanniques ne sont pas fiers - ils le reconnaissent eux-mêmes.

 

 

 

Une base américaine sur la sellette

L’enjeu est de taille aussi pour Washington. La base américaine de Diego Garcia est idéalement placée sur le plan stratégique. Elle peut abriter des sous-marins, des porte-avions, des bombardiers furtifs. Et les Américains y ont investi trois milliards de dollars. Diego Garcia a servi de base arrière à de multiples opérations, notamment lors de la guerre en Irak. Le gouvernement de l’île Maurice semble disposé à poursuivre la location aux États-Unis mais à la condition préalable, évidemment, que Washington reconnaisse la décision de la justice internationale.

 

 

Cet épisode met aussi en lumière que l’avenir de ces grandes bases américaines disséminées dans le monde n’est pas assuré. Coïncidence de l’actualité, la population d’Okinawa, à l’extrême sud du Japon, s’est massivement prononcée dimanche 24 février par référendum contre le déplacement d’une base militaire américaine qui abrite 25 000 soldats. Les habitants d’Okinawa se disent lassés de cette présence militaire étrangère, héritage de la Seconde Guerre mondiale.

 


27/02/2019
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Franceinfo - le jeudi 7 février 2019

 

 

Guerre civile, putsch militaire ou négociations : vers quoi s'oriente la crise au Venezuela ?

 

 

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Propos recueillis par Louise HemmerléfranceinfoFrance Télévisions
 

 

 

Pour Temir Porras, ancien directeur de cabinet de Nicolas Maduro, les pays qui ont reconnu Juan Guaido jettent de l'huile sur le feu. Interrogé par franceinfo, il appelle à un dialogue pacifique entre les différents acteurs

 

 

 

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Une manifestation des partisans de l'opposition, à Caracas, au Venezuela, le 2 février 2019.  (FEDERICO PARRA / AFP)

 

 

Deux semaines après l'auto-proclamation de Juan Guaido à la présidence par intérim du Venezuela, c'est toujours Nicolas Maduro, soutenu par l'armée, qui occupe le palais présidentiel à Caracas. Et sans conduite de négociations pour trouver une voie de sortie à cette crise, la tension continue de monter dans le pays. Elle s'exporte même sur la scène internationale : de nombreux États prennent parti, les uns reconnaissant Juan Guaido comme président légitime, les autres restant fidèles à Nicolas Maduro.

 

 

Quel rôle jouent ces puissances étrangères dans ce face-à-face entre Maduro et son opposition au Venezuela ? Et quelles sont les clés d'une sortie de crise ? Franceinfo a interrogé Temir Porras, fin connaisseur de la politique vénézuélienne. Cet enseignant à Sciences-Po a été le conseiller en politique étrangère du président Hugo Chavez et directeur de cabinet de Nicolas Maduro.

 

 

 

Franceinfo : Pouvez-vous nous expliquer d'où vient la crise politique actuelle au Venezuela ?

 

 

Temir Porras : La polarisation au Venezuela n’a pas commencé la semaine dernière. La contestation de la légitimité de Maduro a démarré le jour où il a été élu, en 2013. Et ce jour là, il n’avait pas encore démontré toute l’étendue de son incompétence et de son autoritarisme. La dégradation des conditions économiques et sociales dans le pays lui a ensuite coûté sa défaite aux législatives de 2015.

 

 

Une coalition d’opposition, composée notamment de fractions insurrectionnelles, a alors obtenu une majorité de deux tiers à l’Assemblée nationale. Cela a provoqué une crise de régime, car ces deux tiers donnaient des pouvoirs très larges à l’opposition conservatrice : elle pouvait changer la composition du tribunal suprême, destituer des ministres et même le vice-président de la République. Le tribunal suprême, qui est contrôlé par des alliés de Maduro, a dessaisi l’Assemblée nationale de ces pouvoirs. C’est ça le point de départ de la crise institutionnelle. Et en 2018, l'opposition a refusé de participer à l'élection présidentielle. Résultat : le vainqueur Nicolas Maduro a une légitimité légale, mais pas politique.

 

 

 

Que vient faire Juan Guaido, le président de l'Assemblée nationale, dans cette crise ? Comment s'est-il retrouvé le principal opposant à Nicolas Maduro ?

 

 

Juan Guaido est un député conservateur de Voluntad Popular, un parti minoritaire au sein de la coalition qui contrôle l’Assemblée nationale. Cette coalition a mis en place une présidence tournante : 2019 était l'année de Voluntad Popular. Comme les leaders du parti sont soit en prison, soit en exil, c'est Juan Guaido, élu d’un petit État à seulement 35 ans, qui s’est retrouvé à occuper la fonction de président de l’Assemblée en janvier.

 

 

L'auto-proclamation de Juan Guaido s'inscrit dans la droite lignée de la tradition insurrectionnelle de Voluntad Popular. Mais dire que cette ligne de confrontation est le fruit d’un consensus de toutes les forces d’opposition au Venezuela est une absurdité. Ainsi, Henrique Capriles [considéré jusqu'à maintenant comme leader de l'opposition à Maduro] a dit qu'il n'était pas au courant que Juan Guaido allait s'auto-proclamer président par intérim. Mais comme il y a un énorme élan derrière lui, beaucoup de leaders de l’opposition vénézuélienne se taisent et attendent de voir comment la situation va évoluer.

 

 

 

Pourquoi certains États ont-ils si rapidement reconnu Guaido comme "président par intérim" ?

 

 

C'est le résultat d'une concertation entre la partie la plus à droite de l'opposition vénézuélienne et certains pays : les États-Unis et ceux appartenant au groupe de Lima, un groupe informel de gouvernements conservateurs d'Amérique latine auquel s'est aussi joint le Canada. En fait, tout part de l'élection contestée de Maduro en 2018 par une partie de l'opposition et par ces pays. N'ayant pas reconnu le résultat, ils ont décidé qu'à partir du 10 janvier 2019, date de l'investiture de Maduro, il y avait une usurpation de la présidence. C'est ce qui leur a permis de justifier toutes les actions suivantes, dont l'auto-proclamation de Juan Guaido.

 

 

 

Quel regard portez-vous sur la reconnaissance accordée à Guaido par la France et d'autres pays européens ?

 

 

La position des pays européens de donner un ultimatum de huit jours à Maduro pour organiser des élections présidentielles avant de reconnaître Juan Guaido est une position schizophrène et incompréhensible. J'ai essayé de comprendre pourquoi huit jours... Finalement, j'interprète cet ultimatum comme une simple posture pour se démarquer de l'administration Trump et apparaître plus "dialoguants".

 

 

Mais l'Union européenne se retrouve désormais dans une configuration un peu "baroque". Comme il n'y avait pas de consensus, la chef de la diplomatie européenne a proposé de mettre sur pied un groupe de contact composé de huit pays européens [qui ont défendu l'ultimatum] et de pays latino-américains. La première réunion va avoir lieu le 7 février, à Montevideo. Le groupe de contact s'est donné 90 jours pour trouver une solution, ce me semble bien plus raisonnable que huit jours.

 

 

 

Quel est le poids de la reconnaissance internationale dans le rapport de force entre Maduro et Guaido au Venezuela ?

 

 

Celle des pays européens a un poids symbolique car même s'ils représentent une partie minoritaire du monde, ils sont dotés d'une sorte d'autorité morale supérieure.

 

 

En même temps, plus un pays européen mettra de la pression sur Nicolas Maduro, plus il sera perçu comme un néocolonialiste qui veut imposer sa loi. Même des progressistes, qui critiquent Maduro, vont percevoir la position des Européens comme une ingérence.Temir Porrasà franceinfo

Mais l'impact le plus important est financier. La reconnaissance de l'administration américaine a entraîné de nouvelles sanctions imposées au gouvernement de Maduro. Washington a ainsi annoncé le gel de sept milliards de dollars d'actifs pétroliers dans le but de les transférer à l'administration de Guaido.

 

 

 

Les deux camps sont-ils susceptibles de résoudre ce conflit à la table des négociations?

 

 

Le gouvernement de Maduro a toujours dit être partisan du dialogue politique. Ça, on ne peut pas le nier. Néanmoins, pour l'opposition, ce vœu est une tactique pour gagner du temps à chaque fois qu'il est confronté à une crise. En face, le parti de Juan Guaido n'a jamais été partisan du dialogue. Il pense qu’il a affaire à un gouvernement qui représente le Mal, une vision teintée d’un anticommunisme suranné. De la même manière, vous avez dans des secteurs durs du chavisme des gens qui disent à propos de Guaido : "Nous avons affaire à une bande de fascistes qui veulent imposer une dictature de droite dans notre pays, donc tous les moyens sont bons pour résister à cette évolution".

 

 

 

Si aucune concertation n'a lieu, la perspective d'une guerre civile est-elle à craindre ?

 

 

Oui, il y a un risque que cela dégénère. Si le but n'est pas la négociation mais l'escalade des tensions jusqu'à ce qu'on atteigne un point de rupture, notamment au sein de l'armée, alors on a tous les ingrédients pour une guerre civile.

 

 

C'est pour ça que je trouve lamentable que des acteurs internationaux jouent avec le feu. Je trouve la position française irresponsable. Le choix qui a été de prendre parti pour la branche la plus extrême de l'opposition vénézuélienne pousse le pays à l'escalade. Temir Porrasà franceinfo

La seule chance pour éviter une guerre civile, c'est que les membres de la communauté internationale jouent un rôle constructif, plutôt que d'alimenter les polarisations et les tensions internes.

 

 

 

Pourquoi les regards se tournent-ils vers l'armée ? Et soutient-elle toujours Nicolas Maduro ?

 

 

Partout dans le monde, la soumission de l’armée au pouvoir civil est un ressort de pouvoir. C'est un postulat de la légitimité des institutions civiles dans n’importe quel pays, et Maduro peut aujourd'hui s'en targuer. A contrario, si vous avez une armée contre vous, il est extrêmement difficile de gouverner.

 

 

Pour l'instant, l'auto-proclamation de Guaido et les réactions internationales n'ont pas entraîné de rupture au sein de l'institution militaire. C'est par définition une institution verticale, où l'autorité et la discipline priment. Au Venezuela, s'ajoute une particularité : l'armée est politisée, avec un biais chaviste qui s'explique par l'histoire du pays. Certes, il y a un mécontentement beaucoup plus élevé aujourd'hui à l'encontre de Nicolas Maduro, y compris au sein de l'armée. Mais penser que l'armée, qui a rendu au Venezuela son indépendance, va suivre les instructions du vice-président des États-Unis parce qu'il a mis une vidéo sur Twitter où il parle quelques mots d'espagnol, c'est de l'angélisme !

 

 

 

Quelles sont, selon vous, les clés d'une sortie de cette crise ?

 

 

Il y a certaines personnes qui disent "il suffirait que les militaires se soulèvent". Mais qu'est-ce que ça veut dire pour la suite du fonctionnement démocratique au Venezuela ? Qu'est-ce qui garantit que les généraux ne vont pas vouloir rester au pouvoir à la place de Guaido ? Souhaiter que tout cela se règle par l'intervention des forces armées est très dangereux.

 

 

Je ne vois pas d'autre issue vertueuse que celle de la négociation. Non pas seulement pour garantir le changement, mais aussi pour qu'il soit viable. En sortie de crise, il faut que la démocratie vénézuélienne refonctionne à peu près normalement, et que le gouvernement comme l'opposition puissent trouver leur place au sein des institutions. Pour cela, il faut que tous les acteurs prennent part aux négociations.

 


07/02/2019
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