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Franceinfo - le vendredi 13 décembre 2019

 

 

Algérie : pourquoi l'élection du nouveau président a peu de chances de calmer la contestation

 

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Clément ParrotFrance Télévisions

 

 

Abdelmadjid Tebboune, ancien Premier ministre d'Abdelaziz Bouteflika, a été élu jeudi dès le premier tour du scrutin, avec 58,15% des suffrages

 

 

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Des manifestants algériens protestent contre l'organisation de l'élection présidentielle, le 12 décembre 2019, à Alger. (FAROUK BATICHE / DPA / AFP)

 

 

 

Les Algériens ont un nouveau président. Abdelmadjid Tebboune, un ex-fidèle du président déchu Abdelaziz Bouteflika, a été élu pour lui succéder à la tête de l'Algérie. L'ancien Premier ministre a recueilli 58,15% des suffrages au premier tour de l'élection présidentielle, a annoncé, vendredi 13 décembre, l'Autorité nationale indépendante des élections (Anie), au lendemain d'un scrutin massivement boudé par la population.

 

 

>> Présidentielle en Algérie : résultats, réactions, mobilisations... Retrouvez les dernières informations après l'élection

 

 

Franceinfo vous explique pourquoi ce résultat ne règle pas la crise politique en Algérie.

 

 

 

Parce que la participation est faible

Seuls 39,83% des inscrits ont voté au premier tour pour cette présidentielle, selon le président de l'Anie. Ce taux est le plus faible de toutes les présidentielles pluralistes de l'histoire du pays. Il est inférieur de plus de dix points à celui du précédent scrutin (le plus faible jusqu'ici) qui, en 2014, avait vu la quatrième victoire d'Abdelaziz Bouteflika.

 

 

Cette faible participation serait même surestimée, selon certains observateurs. "Ils ont donné le chiffre de 40%, qui est pour moi très gonflé par rapport à la réalité… On parle de 10 à 15%, selon les retours de certains des bureaux de vote", confie à franceinfo Habib Brahmia, du parti d'opposition Jil Jadid. "Personne ne pourra jamais dire si les résultats sont justes ou pas, proches de la réalité...", ajoute Kader Abderrahim, historien et maître de conférences à Sciences Po, joint par franceinfo.

 

 

"Les résultats sont un peu biaisés, car il y a plusieurs millions de personnes qui n'ont pas de carte électorale en Algérie. Le corps électoral représente seulement 24 millions sur 42 millions d'habitants", ajoute Pierre Vermeren, professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et spécialiste du Maghreb, contacté par franceinfo. "Les gens ne veulent pas forcément s'inscrire, parce qu'ils ne croient pas au système ou parce qu'ils sont dépolitisés."

 

 

 

Parce que la sincérité du scrutin est mise en doute 

"La fiabilité de ce résultat dépend de la confiance qu'on veut bien accorder à l'administration algérienne", souligne Pierre Vermeren, non sans ironie. L'expression de "mascarade électorale" revient souvent dans la bouche des manifestants, comme de certains observateurs, à l'image de Kader Abderrahim. "C'est une mascarade, mais dès l'instant qu'ils contrôlent les structures de l'Etat, qu'ils ont avec eux la force, la puissance étatique et que la France et l'Europe sont particulièrement silencieuses... Ils font ce qu'ils veulent."

 

 

Le politologue rappelle également que des troubles ont émaillé le déroulement des opérations électorales, jeudi, dans la région traditionnellement frondeuse de Kabylie et dans la capitale. Dans les rues du centre d'Alger, la police est intervenue pour empêcher tout rassemblement, les manifestants sont parvenus à briser un cordon de police leur barrant l'accès au carrefour de la Grande Poste, lieu symbolique de rassemblement du "Hirak". Le vote a été arrêté dès la matinée, selon l'Autorité nationale indépendante des élections (Anie), à Bejaïa, Tizi Ouzou et Bouira, principales localités de Kabylie à majorité berbérophone. A Béjaïa, un centre de vote a notamment été saccagé et à Bouira, une antenne locale de l'Anie a été incendiée. "On ne peut pas dire en tout cas que le climat soit à la sérenité", note Kader Abderrahim.

 

 

 

Parce qu'aucun candidat ne représentait les manifestants

Pour les manifestants, le résultat de l'élection importait de toute manière assez peu. Qu'il s'agisse d'Abdelmadjid Tebboune ou d'un autre, ils n'ont pas souhaité participer au scrutin pour ne pas cautionner le régime. "J'ai manifesté hier à Alger et j'y ai passé la nuit pour remanifester aujourd'hui et dire qu'on ne reconnaît pas leur vote et leur président", a ainsi expliqué à l'AFP Saïd, un ingénieur de 32 ans, pour qui le nom du nouveau président n'a aucune importance. "On va manifester jusqu'à obtenir la démocratie", assure-t-il. "Les candidats font partie du même système que les deux anciens Premiers ministres qui viennent d'être condamnés à de la prison. Tout le régime est pourri de l'intérieur", confiait également Lina à franceinfo, avant l'annonce des résultats. 

 

 

"De toute façon, celui qui a été désigné ne gouvernera pas, ne fera pas ses propres choix. Il devra appliquer ce qu'on lui dit de faire", prévient Kader Abderrahim. Les observateurs s'accordent pour dire que les militaires tirent les ficelles. "L'armée contrôle l'Etat, et l'Etat contrôle la rente pétrolière, estime Pierre Vermeren. La force du régime algérien, c'est qu'il distribue la manne venue des hydrocarbures, et comme l'économie algérienne ne produit rien d'autre, la manifestation ne bloque rien et le régime s'en fiche."

 

 

"La majorité des Algériens était contre ces élections, et n'y a pas participé, poursuit Habib Brahmia. Cela prouve que le 'hirak' [nom donné au mouvement de contestation] est très fort et qu'il faut aller vers un changement radical du système." Ce cadre du parti Jil Jadid estime que la contestation va se poursuivre. "Le hirak va continuer aujourd'hui et les vendredis suivants. Maintenant, il va devoir se structurer politiquement."

 

 

 

Parce que le nouveau président va souffrir d'un manque de légitimité

La faible participation, les doutes sur la sincérité du scrutin, le fossé creusé avec les manifestants... sont autant de difficultés à venir pour Abdelmadjid Tebboune, le nouveau président. "Quelle légitimité va avoir le président désigné ? Aucune, il va aller devant les organisations internationales et tout le monde va rire dans son dos. Cette mascarade électorale va se retourner contre eux", estime Kader Abderrahim.

 

 

Ils ont voulu le retour à la légalité, mais ils n'auront pas la légitimité.Kader Abderrahim, politologue à franceinfo

 

 

Pour l'historien Pierre Vermeren, le nouveau chef d'Etat et le régime vont quand même pouvoir s'appuyer sur les 40% de participation. "Ils ont peut-être un peu gonflé les chiffres pour arriver à 40%, mais même si on est à 30% c'est une victoire pour le régime. Il a réussi à faire voter l'armée, les familles du FLN, les familles des moudjahidines [combattants pour l'indépendance], peut-être aussi des personnes âgées à qui on a fait peur avec un chaos hypothétique..."

 

 

La légitimité du nouveau chef de l'Etat risque surtout de se construire avec le temps. "Le nouveau président algérien ne va pas pouvoir gouverner contre les élites, contre la rue. Maintenant que le pouvoir est rassuré, qu'il a réussi à remettre un homme à lui à la tête du pays, un verrou pour cadenasser le régime, il va peut-être faire des concessions, donner des gages à la rue", se demande Pierre Vermeren. Selon lui, l'Algérie est actuellement divisée en trois : "Un tiers qui soutient tacitement le régime, un tiers dépolitisé et le dernier tiers qu'on voit dans les manifestations."

 

 

Le nouveau chef de l'Etat aura donc la lourde tâche de reconstruire l'unité du pays. "Le président sera obligé de faire des concessions. Il faut qu'il libère les détenus d'opinion et qu'il engage une période de transition, de dialogue avec toutes les factions de la société, tous les partis pour trouver une sortie de crise", réclame  Habib Brahmia. Mais pour Kader Abderrahim, l'heure n'est pas à l'optimisme. "Ils ont mené ce pays dans l'impasse et je ne vois vraiment pas ce qui peut les conduire à entrer dans un dialogue fructueux pour trouver un compromis. Le régime se retrouve isolé et massivement rejeté par son propre peuple."

 


14/12/2019
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Franceinfo - le vendredi 13 décembre 2019

 

 

Présidentielle en Algérie : Abdelmadjid Tebboune, ancien Premier ministre de Bouteflika, élu avec 58,15% des voix

 

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Jean-Loup AdénorJuliette CampionFrance Télévisions

 

 

Présenté comme le candidat préféré de l'armée, le septuagénaire s'est imposé à l'issue d'un vote marqué par une abstention record.

 

 

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Abdelmadjid Tebboune, le 9 novembre 2019, à Alger. (AFP)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Il n'y aura pas de second tour en Algérie. Abdelmadjid Tebboune, ancien bref Premier ministre d'Abdelaziz Bouteflika en 2017, a remporté le premier tour de la présidentielle, a annoncé, vendredi 13 décembre, l'Autorité nationale indépendante des élections. Favori du scrutin, il a recueilli 58,15% des suffrages.

 

 

Un président de 74 ans. Abdelmadjid Tebboune était présenté par la presse algérienne comme le favori et le candidat préféré de l’armée. Mais l'ancien Premier ministre cherchait à se défaire de cette image et se présentait comme le "candidat du peuple".

 

 

Une participation historiquement basse. Le taux de participation a été de 41,13%, soit le plus faible de toutes les présidentielles pluralistes de l'histoire du pays. Il est inférieur de plus de dix points à celui du précédent scrutin, le plus faible jusqu'ici, qui avait vu la quatrième victoire de Bouteflika en 2014.

 

 

L'armée à la baguette. Après une première tentative d'élection avortée en juillet, le haut commandement de l'armée, pilier du régime, avait tenu coûte que coûte à organiser ce scrutin pour sortir de la crise politico-institutionnelle, qui a aggravé la situation économique. Le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée, assurait depuis des semaines que la participation serait "massive".

 


13/12/2019
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Franceinfo - le vendredi 13 décembre 2019

 

 

Royaume-Uni : les quatre enseignements des législatives, après la victoire écrasante de Boris Johnson

 

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franceinfoFrance Télévisions

 

 

Le Premier ministre conservateur se voit conforté dans les urnes. Il a obtenu, à l'issue du scrutin de jeudi, une large majorité qui va lui permettre, selon lui, de mettre en œuvre la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne d'ici au 31 janvier

 

 

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Le Premier ministre Boris Johnson célèbre sa victoire aux élections législatives, le 13 décembre 2019 à Londres (Royaume-Uni). (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

 

 

 

La victoire est nette. Les résultats des élections législatives britanniques anticipées, publiés dans la matinée du vendredi 13 décembre, ont confirmé les premières estimations. Les conservateurs du Premier ministre Boris Johnson vont pouvoir s'appuyer sur une majorité écrasante et ainsi mettre en œuvre le Brexit.

 

 

>> Résultats, réactions... Suivez les dernières informations sur les législatives britanniques dans notre direct

 

 

A gauche, l'opposition travailliste s'effondre, ce qui acte l'échec de la stratégie de Jeremy Corbyn. Les nationalistes écossais du SNP se renforcent et en profitent pour demander un second référendum sur l'indépendance de l'Ecosse. Voici ce qu'il faut retenir de ces résultats.

 

 

 

Un mandat pour le Brexit

Le Brexit sera réalisé "à temps" le 31 janvier, a promis Boris Johnson après son succès. Le Premier ministre s'appuie sur sa victoire aux législatives, les conservateurs ayant obtenu une majorité écrasante au Parlement britannique. Il faut remonter à Margaret Thatcher pour trouver une victoire comparable des conservateurs. Après dépouillement dans 647 circonscriptions sur 650, le parti de Boris Johnson avait raflé 362 sièges à la Chambre des communes (contre 317 remportés en 2017). Les Tories ont désormais les coudées franches pour mettre en œuvre le Brexit, approuvé à 52% par les Britanniques en 2016.

 

 

 

Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, après sa victoire aux élections législatives, le 13 décembre 2019 à Londres (Royaume-Uni).

Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, après sa victoire aux élections législatives, le 13 décembre 2019 à Londres (Royaume-Uni). (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)



Ce "nouveau mandat fort (...) donne à ce nouveau gouvernement l'occasion de respecter la volonté démocratique du peuple britannique", a souligné Boris Johnson. Il a évoqué un "tremblement de terre" qui redessine le paysage politique britannique, au profit des conservateurs. Les résultats montrent, selon lui, la "décision irréfutable, irrésistible et incontestable" des Britanniques de sortir de l'Union européenne. "Désormais, avec cette majorité écrasante, Boris Johnson va pouvoir faire ratifier son accord" sur le Brexit, estime sur franceinfo Patrick Martin-Genier, enseignant à Sciences Po et à l'Inalco, spécialiste des questions européennes.

 

 

Je vais mettre fin à ces absurdités et nous allons le réaliser à temps d'ici au 31 janvier .Boris Johnson devant ses partisans

 

 

Les places boursières européennes ont démarré vendredi en hausse, galvanisées par la victoire des conservateurs aux élections britanniques, qui devrait permettre de trancher une bonne fois pour toutes la question du Brexit. "Pour les marchés et les entreprises, c'est le résultat parfait, une claire majorité pour les conservateurs, le risque Corbyn écarté, une nette réduction des incertitudes autour du Brexit et même un budget rapide pour soutenir l'économie", résume Neil Wilson, analyste chez Markets.com.

 

 

 

Un effondrement du Labour

Ce scrutin est une claque pour le Labour. Les travaillistes remportent entre 201 et 203 sièges, selon les résultats partiels, soit une quarantaine de sièges en moins par rapport à l'Assemblée sortante. Ils ont perdu des circonscriptions ouvrières détenues depuis des décennies par la gauche, à l'image de certains fiefs symboliques, comme la ville de Workington. 

 

 

"Je ne conduirai pas le parti lors d'une quelconque élection", a annoncé Jeremy Corbyn, le chef de l'opposition, depuis sa circonscription d'Islington, dans le nord de Londres, où il a remporté à 70 ans un 10e mandat. Sa défaite historique laisse le Labour face au choix radical de maintenir sa ligne gauchisante, qui a attiré de nombreux jeunes dans ses rangs, ou de revenir à la social-démocratie triomphante des années Tony Blair.

 

 

 

Le leader du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, à Islington, dans le nord de Londres (Royaume-Uni), le 13 décembre 2019.

Le leader du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, à Islington, dans le nord de Londres (Royaume-Uni), le 13 décembre 2019. (ISABEL INFANTES / AFP)


 

Le chef du parti travailliste britannique Jeremy Corbyn s'est dit vendredi "très déçu" du résultat des élections législatives. Humilié dans les urnes, il se trouve ainsi poussé à la démission. Il a ajouté qu'il souhaitait voir son parti entamer une "réflexion sur le résultat du scrutin et sa future politique". Eurosceptique dans un parti dont les députés sont majoritairement europhiles, Jeremy Corbyn avait choisi d'entretenir l'ambiguïté sur la question du Brexit.

 

 

 

Une déception pour le Parti libéral démocrate

Pour les Britanniques pro-UE, l'espoir d'empêcher le Brexit s'est évanoui avec la défaite du Labour et l'échec des Libéraux-démocrates. Ces derniers, qui ont tout misé sur la promesse de stopper purement et simplement le Brexit, vont devoir se contenter de seulement 11 à 13 sièges, selon les dernières projections. Ils ont échoué à séduire les europhiles des camps conservateur et travailliste. Le Parti libéral démocrate était pourtant arrivé à la deuxième place aux élections européennes de mai dernier, obtenant 20,3% des voix, derrière l'europhobe Parti du Brexit. 

 

 

 

La chef de file des Lib Dems, Jo Swinson, s\'exprime après avoir perdu dans la circonscription d\'East Dunbartonshire, au nord de Glasgow (Ecosse), le 13 décembre 2019.

La chef de file des Lib Dems, Jo Swinson, s'exprime après avoir perdu dans la circonscription d'East Dunbartonshire, au nord de Glasgow (Ecosse), le 13 décembre 2019. (PAUL ELLIS / AFP)


 

Il s'agit d'un camouflet pour la dirigeante Jo Swinson, élue depuis à peine cinq mois à la tête des Lib Dems, qui avait commencé la campagne en affirmant qu'elle pourrait être le prochain Premier ministre. Cette mère de famille de 39 ans a même été battue dans la circonscription de East Dunbartonshire, dans l'ouest de l'Ecosse, par le candidat indépendantiste écossais du SNP. Elle a par conséquent annoncé qu'elle quittait la tête du parti, rapporte The Guardian

 

 

 

Un espoir pour les indépendantistes écossais

A gauche, les nationalistes écossais du SNP ont, pour leur part, progressé d'au moins 20 à 46 sièges, selon les résultats partiels. Le parti a ainsi raflé la très grande majorité des 59 sièges dévolus à l'Ecosse.

 

 

 

La Première ministre et chef de file des indépendantistes écossais, Nicola Sturgeon, célèbre la victoire de son parti aux législatives, le 13 décembre 2019 à Glasgow (Ecosse).

La Première ministre et chef de file des indépendantistes écossais, Nicola Sturgeon, célèbre la victoire de son parti aux législatives, le 13 décembre 2019 à Glasgow (Ecosse). (ANDY BUCHANAN / AFP)



Ils comptent s'appuyer sur ce résultat pour demander un second référendum sur l'indépendance de l'Ecosse, dont les habitants restent majoritairement hostiles au Brexit. Il va encore falloir convaincre Boris Johnson, qui demeure fermement opposé à une telle consultation.

 

 

Il y a maintenant un mandat en vue d'offrir au peuple écossais le choix de son propre avenir. Nicola Sturgeon, Première ministre écossaise à Sky News

 

 

La Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a déclaré qu'elle avait remporté "un mandat renouvelé, rafraîchi et renforcé" pour appeler à un nouveau vote d'indépendance, détaille The Guardian. "Boris Johnson a peut-être reçu un mandat pour faire sortir l'Angleterre de l'Union européenne. Il n'a absolument pas le mandat de faire sortir l'Ecosse de l'Union européenne. L'Ecosse doit avoir le choix de son propre avenir", a-t-elle déclaré sur la chaîne de télévision Sky News.

 


13/12/2019
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Franceinfo - le mardi 10 décembre 2019

 

 

Ukraine : Emmanuel Macron salue "une relance crédible des pourparlers de paix" après le sommet réunissant les présidents russe et ukrainien

 

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Les présidents russe et ukrainien se sont rencontrés pour la première fois lundi à Paris lors de pourparlers visant à relancer le processus de paix en Ukraine sous la houlette de la France et l'Allemagne

 

 

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Volodymyr Zelensky, Emmanuel Macron, Vladimir Poutin et Angela Merkel sont réunis à l'Elysée (Paris), le 9 décembre 2019. (HO / UKRAINIAN PRESIDENTIAL PRESS SER / AFP)

 

 

 

"Le fait que nous soyons côte à côte montre une relance crédible des pourparlers de paix", a déclaré Emmanuel Macron après un sommet sur la guerre en Ukraine. Lundi 9 décembre, la toute première rencontre bilatérale entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky s'est déroulée à Paris, relançant ainsi le processus de paix en Ukraine. Ils étaient en présence du président français Emmanuel Macron et de la chancelière allemande Angela Merkel dans le cadre d'un sommet dit "Normandie".

 

 

"Des progrès ont été accomplis sur le retrait des forces, l'échange de prisonniers et la clarification du cessez-le-feu", a déclaré Emmanuel Macron. Le président français a également annoncé la tenue d'"un nouveau sommet au format Normandie d'ici quatre mois". L'Elysée a ensuite ajouté : "Les parties s'engagent à mettre en œuvre totalement et intégralement le cessez-le-feu, qui sera consolidé par la mise en œuvre de toutes les mesures nécessaires de soutien au cessez-le-feu, avant la fin de l'année 2019."

 

 
 

 

Après trois ans de paralysie des négociations pour tenter de mettre fin à la guerre dans l'est de l'Ukraine, la rencontre entre le maître du Kremlin, rompu aux rapports de force internationaux, et le jeune président ukrainien, un ancien comédien arrivé au pouvoir en mai, était très attendue. La guerre entre Kiev et les séparatistes pro-russes a fait plus de 13 000 morts dans le Donbass, bastion industriel de l'Est ukrainien, et un million de déplacés depuis 2014.

 


10/12/2019
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Franceinfo - le mardi 3 décembre 2019

 

 

"C'est la meilleure non-réponse que j'aie jamais entendue" : Donald Trump se moque d'Emmanuel Macron en ouverture du sommet de l'Otan

 

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Les deux chefs de l'Etat répondaient aux questions de la presse en ouverture du 70e sommet de l'Otan

 

 

 

"C'est pour ça que c'est un formidable responsable politique, c'est la meilleure non-réponse que j'aie jamais entendue !" a taclé Donald Trump après une réponse d'Emmanuel Macron sur les combattants étrangers du groupe Etat islamique, mardi 3 décembre, en ouverture du 70e sommet de l'Otan, organisé à Londres (Royaume-Uni).

 

 

>> Il nous arrive de ne pas être d'accord" : rencontre entre Macron et Trump en ouverture du 70e anniversaire de l'Otan

 

 

Avant cette rencontre, Donald Trump avait attaqué le président français en le critiquant sur ses propos tenus dans la presse britannique : Emmanuel Macron avait jugé que l'Alliance atlantique, née en 1949, était "en mort cérébrale". C'est un jugement "très, très méchant à l'adresse de 28 pays", avait déploré Donald Trump, qui s'était dit "très surpris" par la déclaration d'Emmanuel Macron. "Personne n'a besoin de l'Otan plus que la France", avait-il affirmé, critiquant par ailleurs durement la volonté de Paris de taxer les géants technologiques américains.

 


04/12/2019
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Franceinfo - le mardi 3 décembre 2019

 

 

Taxe Gafa : on vous explique pourquoi la tension monte à nouveau entre la France et les Etats-Unis

 

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franceinfo avec AFP et ReutersFrance Télévisions

 

 

Washington a menacé d'imposer des droits de douane additionnels sur les produits français en réponse à l'instauration d'une taxe sur les géants américains du numérique

 

 

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L'acronyme Gafa regroupe Google, Apple, Facebook, et Amazon. (DAVID HIMBERT / HANS LUCAS / AFP)

 

 

 

L'empire contre-attaque. Lundi 2 décembre, les Etats-Unis ont menacé d'augmenter les droits de douane sur certains produits français. Une mesure de représailles contre la taxe française imaginée par Bercy pour frapper les géants du numérique qui échappent largement, pour l'instant, aux impôts français. En quoi consiste cette taxe Gafa (acronyme pour Google, Apple, Facebook et Amazon) ? Pourquoi les Etats-Unis n'en veulent-ils pas ? Que répond la France ? Quels produits français seraient taxés ? Et pourquoi le ton monte ? Franceinfo vous aide à mieux comprendre ce conflit commercial qui s'envenime.

 

 

 

C'est quoi cette taxe Gafa ? 

Entrée en vigueur en 2019, cette taxe française impose les géants du numérique à hauteur de 3% du chiffre d'affaires réalisé en France. Ce dispositif doit rapporter à l'Etat français quelque 400 millions d'euros, ce qui peut sembler dérisoire au regard des bénéfices réalisés par ces entreprises – Apple a annoncé il y a un peu plus d'un mois un bénéfice annuel de plus de 55 milliards de dollars. La taxe Gafa porte notamment sur la publicité ciblée en ligne, la vente de données à des fins publicitaires et la mise en relation des internautes par les plateformes, explique ce sujet de France 2.

 

 

 

 

 

 

"Seules les entreprises excédant deux seuils (750 millions d'euros de chiffre d'affaires à l'échelle mondiale, 25 millions au titre des services fournis en France) sont concernées", explique le site spécialisé NextInpact. Autant dire que le texte a été fait sur mesure pour frapper les plateformes américaines présentes partout dans le monde, et qui échappent à l'impôt en jouant de l'optimisation fiscale et de la dématérialisation des transactions. Aussi, précise NextInpact, "cette fiscalité a rapidement été baptisée taxe Gafa puisque toute concentrée sur les géants du numérique américains".

 

 

 

Pourquoi les Etats-Unis n'en veulent pas ?

En réalité, Donald Trump n'a jamais voulu de cet impôt qui frappe les géants numériques américains. Avant le G7 organisé à Biarritz cet été, le président des Etats-Unis avait d'emblée menacé de taxer le vin français si cet impôt était appliqué. Mais un compromis semblait pourtant avoir été trouvé à l'issue du sommet. Lundi 26 août, en présence de Donald Trump, le président Emmanuel Macron s'était félicité d'avoir "trouvé un très bon accord". La France s'était ainsi engagée à "supprimer" sa taxe Gafa si une taxe internationale visant les multinationales du numérique était adoptée par l'OCDE. Toujours difficile à cerner, le président américain n'avait pas à l'époque exprimé son désaccord. Et depuis, souligne Le Figaro, les Etats-Unis participaient activement aux "négociations en vue d'harmoniser la taxation du numérique à l'échelle mondiale".

 

 

Pourtant, lundi 2 décembre, Donald Trump est monté à nouveau au créneau pour défendre les entreprises américaines. Le locataire de la Maison Blanche s'appuie sur une enquête ouverte, en juillet dernier, sur la taxe Gafa par le représentant américain au Commerce. Ce rapport "envoie un signal clair à la France et avertit les autres pays qui sont en train de finaliser des mesures similaires que des taxes discriminantes ne seront pas tolérées", estime le directeur exécutif de la Fédération de l'industrie de l'informatique et des communications. Paris pourrait servir d'exemple avant que l'administration Trump ne déclenche des enquêtes à l'encontre de l'Autriche, de l'Italie et de la Turquie pour déterminer si leurs taxes menacent les entreprises américaines.

 

 

 

Quels sont les produits qui seraient taxés ?

Parmi les produits qui pourraient être surtaxés figurent de nombreux fromages dont le roquefort, mais aussi les yaourts, le vin pétillant ainsi que des produits cosmétiques, comme le savon et le maquillage ou encore les sacs à main. Ces surtaxes pourraient atteindre 100%, a indiqué le représentant américain au commerce, dont l'annonce doit encore recevoir l'aval du président Donald Trump. Cette imposition de tarifs douaniers punitifs ne pourra, toutefois, pas intervenir avant la mi-janvier, à l'issue d'une période de consultations. Par ailleurs, elles s'ajouteraient à d'autres surtaxes sur le "made in France" déjà décidées par les Etats-Unis en raison d'un contentieux autour de l'avionneur Airbus.

 

 

Dans un communiqué, la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS) a réclamé une "action urgente" du gouvernement français face à ces "nouvelles menaces" pesant sur la filière. Avec près de 700 millions d'euros, les vins mousseux représentent en effet près de 40% des exportations totales de vins français aux Etats-Unis sur les douze derniers mois, rappelle-t-elle. Le syndicat agricole français FNSEA se montre lui aussi inquiet. Il a demandé à ne pas être "pris en otage" du conflit.

 

 

 

Comment la France a-t-elle réagi ?

Lundi, avant même les propos virulents du président américain, le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire, invité de France Inter, avait prévenu que la France ne renoncerait "jamais" à sa taxe sur les géants de la high-tech. Il a surtout insinué que la taxe Gafa était l'arbre qui cache la forêt. Pour lui, les Etats-Unis ne veulent plus d'un grand accord international sur la fiscalité du numérique. "Après avoir réclamé une solution internationale à l'OCDE, Washington n'est pas sûr d'en vouloir", a-t-il déploré lundi.

 

 

Le ton est encore monté mardi, le ministre de l'Economie dénonçant des sanctions "inacceptables" après les menaces des Etats-Unis. "La taxe française n'est pas discriminatoire. (...) Elle comprend des entreprises américaines, mais aussi des entreprises françaises, des entreprises européennes et des entreprises chinoises", a poursuivi Bruno Le Maire. "Les Etats-Unis doivent savoir que s'ils s'engageaient dans un nouveau train de sanctions contre la France, l'Union européenne serait prête à réagir fortement", a-t-il insisté.

 

 

De son côté, le Français Thierry Breton, nouveau commissaire européen au marché unique et au numérique, est allé plus loin, laissant entendre que le secrétaire américain au Trésor pourrait, en fait, annoncer le retrait des Etats-Unis des négociations de l'OCDE.

 

 

 

Quelles sont les conséquences à ces tensions ?

Sur les marchés financiers français, les menaces américaines ont fait souffrir les valeurs du luxe à la Bourse de Paris. LVMH – qui vient de mettre la main sur le joaillier américain Tiffany – ainsi qu'Hermès ou Kering étaient dans le rouge mardi à la mi-journée. De son côté, l'indice Stoxx qui regroupe la plupart des grands acteurs européens du secteur cède près de 0,8%. La plus forte baisse sectorielle est pour le compartiment des matières premières avec un recul de 1,7%.

 

 

Néanmoins, en marge du sommet de l'Otan, le président américain a semblé vouloir calmer le jeu. "Nous avons un différend mineur. Je pense que nous allons probablement pouvoir le surmonter", a ainsi déclaré Donald Trump lors d'une rencontre à Londres avec Emmanuel Macron. "Je pense qu'avec le président Trump nous pouvons régler cette situation", a renchéri le président français, se montrant confiant.

 


04/12/2019
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Franceinfo - le mardi 3 décembre 2019

 

 

Otan : Emmanuel Macron s'est montré "très insultant", selon Donald Trump

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions
 

 

Le président français avait estimé que l'Otan était en état de "mort cérébrale", après l'offensive lancée par la Turquie dans le nord-est de la Syrie

 

 

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Donald Trump, le 3 décembre 2019, lors d'un point de presse avec le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg, à Londres. (NICHOLAS KAMM / AFP)

 

 

 

Donald Trump n'a pas apprécié. Le président américain a qualifié, mardi 3 décembre, de "très insultant" le jugement de "mort cérébrale" porté par le président français Emmanuel Macron sur l'Otan et annoncé son intention de lui en parler lors d'un entretien prévu dans la journée. C'est un jugement "très, très méchant a l'adresse de 28 pays", a-t-il déclaré lors d'un point de presse avec le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg, avant le début du sommet du 70e anniversaire de l'Otan à Londres.

 

 

Donald Trump s'est dit "très surpris" par la déclaration d'Emmanuel Macron et l'a jugée "très dangereuse" pour la France. "Personne n'a besoin de l'Otan plus que la France", a-t-il affirmé. "La France a besoin de l'Otan", a-t-il insisté. Donald Trump rencontrera Emmanuel Macron dans la journée de mardi pour discuter avec le président français des griefs portés contre l'Otan.

 

 

Emmanuel Macron a jugé l'Otan en état de "mort cérébrale" après l'offensive lancée par Ankara dans le nord-est de la Syrie sans aucune concertation avec les alliés, mais avec l'assentiment du président américain. Le président français "assume totalement" sa critique. Il l'a dit au secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg jeudi à Paris. Emmanuel Macron a en outre déploré que les deux derniers sommets aient été "uniquement consacrés à savoir comment on pouvait alléger le coût financier pour les États-Unis".

 


03/12/2019
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Franceinfo - le vendredi 29 novembre 2019

 

 

Irak : six questions pour comprendre un mouvement de contestation inédit et réprimé dans le sang

 

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Alors que plus de 400 personnes ont été tués en deux mois, le Premier ministre irakien, Adel Abdel Mahdi, a annoncé vendredi qu'il allait présenter sa démission au Parlement

 

 

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Un manifestant irakien, à Najaf, mardi 26 novembre 2019.  (HAIDAR HAMDANI / AFP)

 

 

 

Un mouvement de contestation embrase l'Irak depuis le 1er octobre. La révolte populaire s'est propagée à Bagdad, la capitale, mais aussi dans les bastions chiites de Najaf et Kerbala, ainsi que dans les villes du Sud du pays, comme Nassiriya. En deux mois, elle a fait près de 400 morts et plusieurs milliers de blessés, selon le décompte des agences de presse AFP et Reuters, qui s'appuient sur des sources policières et hospitalières. Pour la seule journée du jeudi 28 novembre, 43 personnes on été tuées, tombées sous les balles des forces de sécurité. 

 

 

Sous la pression, notamment du très écouté ayatollah Ali al-Sistani, le Premier ministre irakien, Adel Abdel Mahdi, a annoncé vendredi qu'il allait présenter sa démission au Parlement. 

 

 

Après la chute du régime baasiste de Sadam Hussein et l'invasion américaine, en 2003, puis le départ de ces troupes en 2011 et l'implantation, trois ans plus tard, de l'organisation Etat islamique, défaite à partir de 2017, l'Irak n'a connu que violences et troubles successifs. Or, ce mouvement populaire, qui fédère plusieurs strates de la société irakienne, pourrait marquer le début de la fin de cette page de l'histoire politique irakienne ouverte il y a seize ans. 

 

 

 

Que se passe-t-il depuis deux mois ?

Tout a commencé le 1er octobre. Ce jour-là, plus d'un millier de manifestants se rassemblent à Bagdad et dans le Sud du pays pour manifester contre la corruption, le chômage et la déliquescence des services publics. Déclenchées par des appels sur les réseaux sociaux, les manifestations sont dispersées avec des canons à eau, des grenades lacrymogènes et des balles en caoutchouc, puis par des tirs à balles réelles. Dès le lendemain, les autorités ferment la zone verte, ce quartier de la capitale où siègent les plus hautes institutions et l'ambassade américaine, et instaure un couvre-feu. Le 3 octobre, les blindés des forces spéciales repoussent la foule, tandis que les forces de l'ordre tirent sur le sol des balles qui ricochent sur les manifestants.

 

 

Les manifestations réclamant "la chute du régime" sont réprimées dans le sang et internet est coupé dans une grande partie du pays. Fin octobre, au moins 63 personnes sont tuées en moins de 48 heures, en majorité dans le Sud, où les manifestants attaquent ou incendient des QG de partis, de responsables politiques et de groupes armés.

 

 

 

Des manifestants lancent des pierres sur les forces de sécurité lors de heurts, à Bagdad, le 26 novembre 2019. 

Des manifestants lancent des pierres sur les forces de sécurité lors de heurts, à Bagdad, le 26 novembre 2019.  (AHMAD AL-RUBAYE / AFP)

 

 

 

Après des réunions sous l'égide du puissant général iranien Qassem Soleimani, les partis au pouvoir se mettent d'accord, début novembre, pour maintenir le gouvernement Abdel Mahdi en place et en finir avec la contestation, quitte à recourir à la force. A Bagdad, les manifestants se sont emparés d'un immeuble à l'abandon, le "restaurant turc", devenu le QG de la contestation, et occupent la place Tahrir ainsi que des ponts du centre-ville. Barrages routiers, blocages, sit-in... Dans le Sud du pays, des administrations sont fermées et des consulats iraniens attaqués par les manifestants. Ainsi, en dépit d'une répression sanglante, la contestation s'implante et s'organise.  

 

 

 

Qui sont les manifestants ?

"Semblable communion n'avait pas été observée en Irak depuis la révolte de 1920 contre l'occupation britannique !", s'enthousiame l'écrivain irakien Sinan Antoon, cité par Le Monde. Et pour cause : le mouvement est particulièrement hétérogène. Pour Adel Bakawan, directeur du Centre de sociologie de l'Irak (CSI) à l'université de Soran et interrogé par France 24, la mobilisation rassemble des jeunes nés autour de l'an 2000 qui "n'ont connu qu'un Irak traversé par la 'milicisation' et la systématisation de la corruption", des "élites intellectuelles issues de la société civile", lesquelles "essayent de transformer la contestation en mouvement social" et, enfin, des partisans de l'opposition.

 

 

Les jeunes, particulièrement touchés par le chômage, sont en première ligne. Des jeunes marchands de fruits et légumes côtoient ainsi des étudiants sunnites ou des ingénieurs kurdes, décrit un reportage du Monde dans les étages en béton du "restaurant turc"Sunnites, chiites, chrétiens, yézidis, kurdes, étudiants, mais aussi étudiantes... La mobilisation rassemble au-delà des clivages habituels de la société irakienne, clivages entretenus par des années de confessionalisme politique (un système qui répartit le pouvoir proportionnellement entre les communautés religieuses, accusé de favoriser la corruption et le clientélisme).

 

 

Les manifestants, quelles que soient leurs origines ou leur religion, assurent donc se rassembler derrière le seul drapeau irakien. A Bagdad, une seule revendication s'affiche sur les tee-shirts et les fresques, écrit Le Monde : "Je veux une nation !" 

 

 

 

Des femmes tiennent des drapeaux irakiens, sur la place Tahrir, devant le bâtiment occupé par les manifestants, \"le restaurant turc\", le 23 novembre 2019, à Bagdad (Irak). 

Des femmes tiennent des drapeaux irakiens, sur la place Tahrir, devant le bâtiment occupé par les manifestants, "le restaurant turc", le 23 novembre 2019, à Bagdad (Irak).  (SABAH ARAR / AFP)


 

Que veulent-ils ?

"Depuis 2011, aucune des demandes des manifestants n'a été entendue, qu'il s'agisse de l'accès à l'électricité, à l'eau, à des services ou à des opportunités d'emploi, explique au Monde Sinan Antoon. "Ce régime n'a pas de programme de réformes. Beaucoup de scandales de corruption sont désormais connus de tous", ajoute-t-il. L'Irak est en effet l'un des pays les plus riches de la planète en pétrole, mais aussi l'un des plus corrompus. Un habitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté tandis qu'officiellement, 410 milliards d'euros ont été détournés ces seize dernières années (soit deux fois le PIB du pays). Les manifestants réclament donc le renouvellement du système et de la classe dirigeante. 

 

 

"Leurs manifestations sont autant d'appels à une vie digne", abonde dans Libération la politologue Myriam Benraad, spécialiste de l'Irak. 

 

 

 

Quelle est la réponse du pouvoir ?

Dès le 6 octobre, le gouvernement d'Adel Abdel Mahdi, en place depuis à peine un an, a annoncé des mesures sociales. Une aide au logement et une allocation de pension aux jeunes sans emploi, mais aussi la construction de 100 000 logements et ordonne l'installation de halles pour les vendeurs ambulants, dans une tentative de créer des emplois. Pour Loulouwa al-Rachid, du Carnegie Middle East Center, ces réponses relèvent davantage du "déni" que de la promesse : l'Irak est "un Etat rentier qui n'a pas d'économie productive, où le secteur privé ne crée pas d'emplois (...)", explique-t-elle à Libération, pointant une promesse "matériellement impossible".

 

 

Ainsi, "le système est aux abois", explique dans un autre entretien à Libération la politologue Myriam Benraad. "Il est tellement dans l'incapacité de répondre aux demandes de la population que sa seule issue est de recourir à la répression violente." "La férocité de cette répression est à la mesure de la panique des cercles dirigeants face à une contestation qui remet en cause le principe même de la répartition confessionnelle du pouvoir", analyse enfin l'historien Jean-Pierre Filiu sur son blog, hébergé par lemonde.fr.

 

 

Officiellement, le gouvernement s'est d'abord déclaré ouvert à des discussions avec les manifestants. Mais en pratique, les violences, arrestations et enlèvements se poursuivent. Cette escalade fait suite à des discussions entre responsables irakiens et iraniens et à une réunion entre le Premier ministre et de haut gradés militaires, explique le quotidien libanais Daraj, traduit par Courrier International. Après l'attaque du consulat iranien de Najaf, incendié par les manifestants, les autorités ont procédé, jeudi 28 novembre, à un nouveau tour de vis. Le commandement militaire irakien a annoncé avoir dépêché des militaires pour appuyer les gouverneurs dans plusieurs provinces du Sud. "Une cellule de crise a été mise en place sous la supervision des gouverneurs" pour "imposer la sécurité et restaurer l'ordre", annonce un communiqué.

 

 

 

Qui mène la répression sanglante ?

Selon le chercheur Hosham Dawod, interrogé par Le Point, la répression est menée par des groupes armés constitués à l'époque de l'ancien Premier ministre chiite Nouri al-Maliki et "recrutés selon leur appartenance locale et leur dévouement politique. Leur but est plus de protéger le régime politique que la population", explique-t-il. "Ils ont été épaulés par des services de sécurité militaires, comparables à notre gendarmerie, mais aussi par des forces antiémeutes et des milices." Trois corps qui, explique-t-il, "dépendent du ministère de l'Intérieur irakien, qui est totalement noyauté depuis dix ans par la milice Badr [une structure proche de l'Iran]. D'autres milices, membres des unités de mobilisation populaire [et formées et armées par l'Iran], sont également derrière la répression des manifestants." Ces dernières témoignent de "la mainmise multiforme de Téhéran sur les institutions irakiennes", explique Jean-Pierre Filiu. 

 

 

"Les manifestants n'ont pas face à eux, comme au bon vieux temps de Saddam, des troupes d'élite qui massacrent systématiquement et méthodiquement", ironise la spécialiste de l'Irak Loulouwa al-Rachid, citée par Libération. "Nous avons affaire à un Etat plus ou moins voyou qui se réfugie derrière des groupes paramilitaires ou miliciens, mais qui font partie intégrante de l'édifice étatique", fustige-t-elle. 

 

 

 

Quel rôle joue l'Iran ?

"Iran dehors !" "Victoire à l'Irak !" Dans les manifestations, les slogans ne présentent aucune ambiguïté. L'attaque du consulat de la République islamique dans la ville de Najaf, bastion chiite visité chaque année par des millions de pèlerins iraniens, non plus. "Une écrasante majorité d'Irakiens s'estime malmenée par la présence massive d'Iraniens en Irak, notamment à travers les milices chiites", résume dans Le Point Hosham Dawod, qui pointe "un rejet de l'ingérence iranienne politique, idéologique et sécuritaire" par la société irakienne.

 

 

Car même de ce côté de la frontière, l'Iran est partout. Le 19 novembre, le quotidien américain New York Times et le site d'investigation The Intercept confirmaient que Téhéran menait une guerre d'influence chez son voisin en publiant de nombreux documents provenant du ministère des Renseignements iranien. Des fuites qui soulignent "la vaste influence" de l'Iran en Irak, en particulier depuis le départ des troupes américaines, il y a huit ans.

 

 

 

 

 

Ces documents détaillent enfin "des années de travail méticuleux par les espions iraniens pour coopter les leaders du pays, payer des agents irakiens (...) et infiltrer tous les aspects de la vie politique, économique et religieuse de l'Irak", écrit le NYT, cité par France 24

 


30/11/2019
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Franceinfo - le vendredi 29 novembre 2019

 

 

Irak : le Premier ministre annonce sa démission, après deux mois de contestation contre le pouvoir et un bilan de plus de 400 morts

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Le bilan des deux mois de contestation inédite contre le pouvoir politique a dépassé les 400 morts, indiquent l'AFP et Reuters, citant des sources médicales et policières

 

 

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Des manifestants affrontent les forces de l'ordre irakiennes à Bagdad, le 28 novembre 2019. (AHMAD AL-RUBAYE / AFP)

 

 

 

Le Premier ministre irakien, Adel Abdel Mahdi, a annoncé, vendredi 29 novembre, qu'il allait présenter sa démission au Parlement. Aussitôt, sur la place Tahrir de Bagdad, la foule a explosé de joie, a constaté un correspondant de l'AFP. Un mouvement de contestation inédit réclame depuis deux mois la refonte du système et le renouvellement d'une classe politique jugée corrompue et incompétente.

 

 

Plus tôt dans la matinée, le grand ayatollah Ali Sistani, figure tutélaire de la politique irakienne, avait appelé à remplacer le gouvernement au lendemain d'une des journées les plus sanglantes depuis le début de la contestation. Le dignitaire chiite de 89 ans apporte ainsi pour la première fois clairement son soutien (nécessaire pour faire et défaire les Premiers ministres) aux manifestants, qui ont encore perdu un des leurs, vendredi, lors de heurts avec la police à Nassiriya.

 

 

Jeudi, 46 manifestants ont été tués et un millier d'autres blessés dans le sud du pays. Des combattants tribaux sont sortis pour protéger les manifestants à Nassiriya alors que des hommes en civil ont tiré sur la foule à Najaf. Le bilan des deux mois de contestation a dépassé vendredi les 400 morts, indiquent l'AFP et Reuters, citant des sources médicales et policières.

 


29/11/2019
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Franceinfo - le mercredi 27 novembre 2019

 

 

Colombie : vers une nouvelle journée de grève, après un dialogue infructueux avec le gouvernement

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Il s'agit de la deuxième journée de grève en six jours contre le président Ivan Duque, dont l'offre de dialogue n'a pas enrayé les manifestations qui touchent le pays

 

 

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Un rassemblement en hommage à l'étudiant mort après avoir été blessé à la tête par la police anti-émeute, à Bogota (Colombie), le 26 novembre 2019.  (JUAN DAVID MORENO GALLEGO / ANADOLU AGENCY / AFP)

 

 

 

Le mouvement social en Colombie ne faiblit pas. Un nouvel appel à la grève a été lancé pour la journée du mercredi 27 novembre. Il s'agit de la deuxième en six jours contre le président Ivan Duque, dont l'offre de dialogue n'a pas enrayé les manifestations d'une ampleur inédite dans ce pays"Toutes les actions de mobilisation sont maintenues", a ainsi déclaré Diogenes Orjuela, président de la Centrale unitaire des travailleurs (CUT), à l'issue d'une réunion avec Ivan Duque, au palais présidentiel Casa de Nariño.

 

 

Il s'agissait de la première rencontre entre les leaders du mouvement, lancé le 21 novembre, et le chef de l'Etat de droite, très impopulaire après moins de seize mois au pouvoir. Aucun accord n'a été trouvé et la mort, lundi, d'un étudiant de 18 ans, blessé à la tête au cours du week-end par la police anti-émeute, a amplifié le mécontentement. Des centaines de personnes se sont d'ailleurs regroupées mardi, devant l'hôpital où Dilan Cruz est mort. 

 

 

A Medellín, deux gros rassemblements ont eu lieu mardi, mais l'Escadron mobile anti-troubles (Esmad) – la police anti-émeute dont les manifestants demandent la dissolution – n'est pas intervenu. Le gouvernement a d'ailleurs réaffirmé son soutien à cet escadron qui "continuera à garantir la sécurité des Colombiens", a déclaré le ministre de la Défense Carlos Holmes Trujillo.

 

 

 

Quatre morts et plus de 500 blessés

Le mouvement a fait quatre morts à ce jour et environ 500 civils et forces de l'ordre ont été blessés, tandis que 172 personnes sont détenues et 60 Vénézuéliens ont été expulsés pour "actes de vandalisme"

 

 

Sous la pression de la rue, qui conteste ses politiques économiques, sociales et sécuritaires, Ivan Duque a annoncé dimanche un "dialogue social" pour répondre à ce mouvement, inédit depuis les années 70. Des milliers de manifestants occupent chaque jour les rues de Bogota et d'autres villes du pays, où une répression policière parfois brutale a suscité l'indignation.

 


27/11/2019
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Franceinfo - le jeudi 21 novembre 2019

 

 

La Russie exerce-t-elle une influence au Mali ?

 

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Laurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

Dans le pays déstabilisé par les groupes jihadistes, certaines voix commencent à "réclamer l’intervention de la Russie". En juin 2019, les deux pays ont signé un accord de coopération militaire. Le début d’une coopération plus poussée ? 

 

 

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Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta (à gauche) et son épouse Keïta Aminata Maïga entourent le président russe Vladimir Poutine lors de la cérémonie de bienvenue du Forum économique Russie-Afrique à Sotchi (Russie), le 23 octobre 2019. (KIRILL KUKHMAR/TASS/SIPA USA/SIPA / SIPA USA)

 

 

 

"La France est un Etat terroriste !!! Vive la coopération entre le Mali et la Russie", lit-on sur une publication en date du 15 novembre, faite sur Facebook par un Groupe des patriotes du Mali, une association de la société civile dont on ignore la représentativité. Un peu plus tôt, le 12 octobre, le même groupe et une "Association des jeunes musulmanes du Mali" avaient réclamé "l’intervention de la Russie afin d'aider l’armée malienne à recouvrer l’intégrité du territoire" du pays, rapporte Le Monde.

 

 

Dans le même temps, on assiste à la montée d’un sentiment anti-français. En mars, lors d’une manifestation organisée à l’initiative de l’ancien président du Haut Conseil islamique du Mali, Mahmoud Dicko, à la suite du massacre d’Ogossagou (au moins 157 morts), des dizaines de milliers de personnes avaient dénoncé un pouvoir "incapable de résoudre les problèmes sécuritaires et sociaux". Tout en réclamant le départ des troupes françaises et de la Minusma. "La communauté internationale est incapable de protéger les civils. Si elle n’est pas en mesure de nous sécuriser, qu’elle dégage !", expliquait alors un manifestant cité par Le Monde.

 

 

D’où ces appels du pied à un nouveau partenaire : la Russie. "Il est de bonne guerre pour le peuple souverain du Mali de demander une coopération militaire avec la Fédération de la Russie, qui constitue un partenaire historique de l’Etat du Mali depuis les premières heures de son accession à la souveraineté nationale et internationale", explique-t-on dans l’entourage du Groupe des patriotes du Mali, cité par le site maliactu.net.

 

 

Pour l’universitaire français Christian Bouquet, interviewé par franceinfo Afrique, il y a là "clairement une manipulation de la part de groupes de pression." Des groupes sous-marins de la présence russe ? Difficile de le dire.

 

 

 

Offensive de charme

Il n’en reste pas moins vrai qu’on assiste ces derniers mois à une offensive de charme de Moscou sur le continent africain, comme l’a montré l’organisation d’un premier Forum économique Russie-Afrique à Sotchi les 23 et 24 octobre. Dans ce cadre, plusieurs chefs d’Etat du Sahel ont demandé à la Russie de s'investir dans la région. Le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, président du G5-Sahel, a ainsi appelé cette "grande puissance militaire et économique (...) à se joindre au partenariat international pour la sécurité et la stabilité dans le Sahel proposé au sommet du G7 à Biarritz."

 

 

Le Tchadien Idriss Deby, cité par RFI, a été encore plus explicite : "Le soutien de la Fédération de Russie est vital pour renforcer la stabilité régionale. L’appui en formation et en équipement militaire, le partage de renseignement et d’expérience avec les forces africaines engagées sur ce front seront d’une grande utilité." Et Roch Marc Christian Kaboré d’enfoncer le clou dans la presse burkinabè : "Nous sommes tout à fait en droit" de diversifier nos partenaires "sans aucune contrainte, parce que (…) nous n’avons pas de relation d’exclusivité avec un partenaire quelconque. Ce sont nos intérêts que nous suivons." Un message sans doute destiné à la France...

 

 

 

Militaire russe photographié dans le port russe de Novorossïisk sur la mer Noire le 8 août 2016.

Militaire russe photographié dans le port russe de Novorossïisk sur la mer Noire le 8 août 2016. (MAXIM SHEMETOV / X90156)



Concernant plus spécifiquement le Mali, celui-ci n’a pas attendu le sommet de Sotchi pour se rapprocher de Moscou. Le 25 juin, Bamako avait signé, en marge du forum Armée 2019 à Moscou, un accord de coopération militaire avec le Kremlin. Celui-ci porterait sur la "formation de spécialistes militaires et de coopération dans les opérations de maintien de la paix et la lutte contre le terrorisme", selon le site opex360.com. "L’intensification des liens militaires est dans l’intérêt de nos deux pays. La Russie est prête à contribuer à la normalisation de la situation au Mali et à la création de conditions pour une paix et une stabilité durables", avait alors commenté le ministre russe de la Défense Sergei Choïgou, cité par la même source. Une vingtaine de pays africains ont signé de tels accords.

 

 

 

 

Le Mali, "cible" de Moscou ?

La coopération entre Bamako et Moscou ne date pas d’hier. Elle a commencé au début des années 60, lors de l’indépendance du Mali. Les forces armées maliennes (FAMa) furent alors "équipées de pied en cap par du matériel soviétique", raconte opex360.com. Mais l’effondrement de l’URSS en 1991 avait mis fin à ce rapprochement.

 

 

Dans l’état actuel des choses, l’aide russe semble encore modeste. En 2019, le Mali aurait ainsi reçu deux hélicoptères Mi-35. Et en 2013, la Russie avait livré "3000 fusils Kalachnikov aux FAMa, pour un million de dollars" (opex360.com).

 

 

Aux dires d’une étude réalisée pour l’Institut français des relations internationales, le Mali aurait par ailleurs manifesté son intérêt pour des mini-centrales nucléaires russes. Sans, apparemment, pour l’instant donner suite.

 

 

Selon la même source, le pays sahélien serait également, avec le Sénégal, une "cible" pour l’installation de conseillers politiques, comme cela aurait déjà été le cas dans une dizaine d’Etats africains, dont la Centrafrique. "Ces 'consultants' proposent aux autorités locales leur expertise en matière d’affaires publiques. Toutefois, (…) ces conseillers sont aussi et surtout des ‘implants diplomatiques’, voire des agents sous couverture. Parmi leurs casquettes, ils peuvent aussi vendre de la sécurité contre des avantages de toutes sortes… Au-delà du secteur de l’armement, l’appui sécuritaire de Moscou se paye en promesses de contrats (…) dans l’énergie et les métaux rares", poursuit l’étude. Reste à savoir si la "cible" malienne est en passe d'en devenir vraiment une… 

 


21/11/2019
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Franceinfo - le jeudi 21 novembre 2019

 

 

Iran : on vous explique pourquoi le pays est plongé dans une violente crise économique et sociale

 

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En limitant les subventions sur l’essence, le gouvernement a déclenché une contestation massive, dans plusieurs régions du pays. "Au moins 106 manifestants dans 21 villes ont été tués, selon des informations crédibles", a indiqué Amnesty International mardi

 

 

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Des Iraniens manifestent contre la hausse du prix de l'essence, le 16 novembre 2019 à Téhéran (Iran). (AFP)

 

 

 

L'Iran est secoué depuis vendredi 15 novembre par de violentes manifestations, déclenchées après l'annonce surprise de l'augmentation du prix du carburant. Depuis, des milliers de personnes sont descendues dans la rue, asphyxiées par la situation économique castrophique du pays. 

 

 

Le Haut-commissariat aux droits de l'homme de l'ONU a dénoncé mardi l'usage de la force, y compris de tirs à balles réelles. Des vidéos ont montré "des snipers sur les toits d'immeubles tirer sur la foule et, dans un cas, un hélicoptère", s'est alarmée l'ONG Amnesty International, qui redoute "jusqu'à deux cents [personnes] tuées". Franceinfo revient sur les origines de la crise qui secoue la société iranienne.

 

 

 

Qu'est-ce qui a déclenché ces manifestations ?

La contestation a débuté vendredi soir, quelques heures après l'annonce d'une réforme du mode de subvention de l'essence, censée bénéficier aux ménages les moins favorisés. Pour lutter contre l'inflation chronique qui sévit dans le pays, le gouvernement a annoncé une augmentation de 50% du prix du carburant – de 10 000 à 15 000 rials le litre (11 centimes d'euros) – pour les soixante premiers litres achetés chaque mois. Au-delà, chaque litre supplémentaire coûtera le triple du prix actuel (30 000 rials). 

 

 

 

Emeute à Isfahan (Iran) à cause d\'une hausse du carburant, le 16 novembre 2019.

Emeute à Isfahan (Iran) à cause d'une hausse du carburant, le 16 novembre 2019. (AFP)

 

 

 

Les recettes dégagées par cette réforme doivent, selon les autorités, bénéficier aux 60 millions d'Iraniens les moins favorisés (sur une population totale de 83 millions d'habitants). Les montants reversés iront de 550 000 rials (environ 4,20 euros) pour les couples à 2 millions de rials (15,80 euros) pour les foyers de cinq personnes et plus.

 

 

"Cette mesure vise aussi à lutter contre la surconsommation des habitants qui pose des problèmes environnementaux et qui empêche l'Iran d'exporter autant de carburant qu'elle le souhaiterait", analyse Thierry Coville, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de l'Iran. Cette réforme doit également freiner la contrebande de carburant, conséquence de la faiblesse des prix.

 

 

La classe politique n'a pas tardé à afficher ses divisions et critique le moment choisi par le gouvernement, à quelques mois des élections législatives, en février. Le président, Hassan Rohani, a toutefois reçu dimanche le soutien de l'ayatollah Ali Khamenei. "Je ne suis pas un expert et il existe des opinions différentes, mais si les chefs des trois branches du pouvoir [exécutif, législatif, judiciaire] prennent une décision, je la soutiens", a déclaré le guide suprême, cité par la télévision d'Etat. Mais la réforme suscite une immense colère des habitants, qui s'est d'abord répandue sur les réseaux sociaux avant de gagner la rue. 

 

 

 

Quelle est l'ampleur du mouvement ?

Quelques heures après l'annonce de cette mesure, les Iraniens ont manifesté par milliers dans des dizaines de villes du pays, des plus grandes agglomérations du pays à des chefs-lieux de canton. Au moins vingt-cinq villes ont été touchées par les troubles, selon les agences iraniennes. Des conducteurs ont bloqué des routes et certains manifestants ont endommagé des infrastructures publiques, des stations-service et parfois tenté de mettre le feu à des dépôts d'essence.

 

 

Depuis vendredi, plusieurs centaines de personnes ont été arrêtées, selon les informations de la presse iranienne. Les agences locales parlent de près de quatre cents personnes appréhendées : 40 à Yazd (centre), 180 dans la province du Khouzestan (Sud-Ouest), et 150 dans la province d'Alborz, au nord-ouest de Téhéran.

 

 

Si cinq morts (un civil et quatre membres des forces de l'ordre) ont été officiellement confirmés par les autorités iraniennes depuis le début de cette vague de contestation, le bilan pourrait être, en réalité, bien plus lourd. Le Haut-commissariat aux droits de l'homme de l'ONU craint que "des dizaines" de personnes aient perdu la vie et se dit très inquiet "que l'utilisation de munitions réelles [ait pu causer] un nombre important de décès". Le HCDH parle également de "plus de 1 000" arrestations. Amnesty estime pour sa part qu'"au moins 106 contestataires" ont été tués. Mais "le bilan véritable pourrait être bien plus élevé, avec des informations suggérant jusqu'à 200 [personnes] tuées", selon l'ONG.

 

 

Du fait du black-out, la situation reste très difficile à évaluer à l'échelle du pays. Car les autorités ont drastiquement réduit l'accès à internet depuis le début des manifestations. "Soixante-cinq heures après que l'Iran a mis en œuvre une coupure presque totale d'internet, le niveau de connexion au monde extérieur est tout juste à 4% de ce qu'il est en temps normal", relevait mardi matin le compte Twitter de l'ONG Netblocks, qui surveille la liberté d'accès à la toile dans le monde. 

 

 

 

 

Pourquoi une telle flambée de violences ?

L'augmentation du prix du carburant est la goutte d'eau qui fait déborder le vase pour les Iraniens. Le pays est miné par "une crise économique et sociale sans précédent", constate Thierry Coville, avec une "inflation de 40% à 45%" et au moins 20% de chômage. Le Fonds monétaire international (FMI) estime que le PIB de l'Iran devrait chuter de 9,5% cette année, après un recul de 4,8 % en 2018. "Imaginez dans quel état serait la société française avec près de 10% de récession... C'est à se demander comment tient la population", pointe Thierry Coville.

 

 

Les plus pauvres sont à bout. La réforme du gouvernement est supposée les aider mais ils n'y croient plus. Thierry Coville, chercheur à l'Iris, spécialiste de l'Iran à franceinfo

 

 

Le retrait unilatéral des Etats-Unis, en 2018, de l'accord international sur le nucléaire iranien conclu en 2015, et le rétablissement dans la foulée de lourdes sanctions contre Téhéran, ont fait plonger l'économie iranienne. Les exportations de pétrole sont ainsi passées de 2,2 millions de barils par jour en 2018 à 600 000 à la fin 2019. Or, "elles représentent 40 à 50% des revenus de l'Etat", fait remarquer Thierry Coville. Pour le chercheur, "les sanctions américaines ont multiplié par cent tous les problèmes de l'Iran".

 

France 2
 
 

 

Il pointe également la grande responsabilité de l'Europe, qui a validé les sanctions américaines, dans la débâcle économique iranienne. "Les dirigeants européens ont arrêté d'acheter du pétrole et imposent à l'Iran de rester dans l'accord sur le nucléaire sans aucune contrepartie. Ils participent à l'asphyxie du pays", dénonce-t-il.

 

 

 

Quelles sont les réactions ?

"Notre peuple est sorti victorieux à diverses reprises face au complot des ennemis, et cette fois encore, face à ces émeutes." Hassan Rohani a mis en cause mercredi une intervention étrangère dans ce mouvement de contestation, pointant les "réactionnaires de la région, les sionistes et les Américains", alors que la télévision d'Etat diffusait des images de manifestations pro-gouvernementales dans plusieurs villes. 

 

 

"Les manifestations spontanées que vous voyez sont le plus grand signe de la puissance du peuple iranien", a commenté le président iranien. Réélu en 2017 avec, comme point central de son programme, l'accord de Vienne, désormais fortement compromis, Hassan Rohani se trouve aujourd'hui dans une position très délicate politiquement, à la fois sur le plan intérieur et sur la scène internationale. "Il est particulièrement affaibli, note Thierry Coville. Et les durs en profitent pour gagner du pouvoir".

 

 

Mercredi, le ministère des Affaires étrangères français a exprimé "sa vive inquiétude face aux informations faisant état de la mort de nombreux manifestants au cours des derniers jours". Dans ce contexte de fortes tensions entre Washington, qui a apporté son soutien au mouvement, et Téhéran, la marine américaine a annoncé que le porte-avions USS Abraham Lincoln était entré mardi dans le Golfe persique, où les Etats-Unis entendent ainsi "démontrer [leur] détermination" à faire respecter la liberté de navigation.


21/11/2019
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Franceinfo - le dimanche 17 novembre 2019

 

 

République tchèque : 250 000 manifestants réclament le départ du Premier ministre, trente ans après la Révolution de velours

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Le populiste Andrej Babis est confronté à une série d'accusations de corruption et à une enquête de la Commission européenne sur un possible conflit d'intérêts

 

 

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Des personnes tiennent des drapeaux tchèques en surplomb d'un rassemblement anti-gouvernemental, le 16 novembre 2019, à Prague (République tchèque). (DAVID W CERNY / REUTERS)

 

 

 

Environ 250 000 Tchèques ont investi le centre de Prague, samedi 16 novembre, selon le ministère de l'Intérieur, pour demander le départ du Premier ministre milliardaire Andrej Babis, accusé de corruption. Ce rassemblement s'est tenu à la veille du trentième anniversaire de la Révolution de velours, une série de manifestations et une grève générale qui a renversé le communisme dans l'ancienne Tchécoslovaquie.

 

 

Ancien communiste, le populiste Babis est confronté à une série d'accusations de corruption et à une enquête de la Commission européenne sur un possible conflit d'intérêts. Cette affaire concerne sa holding Agrofert, qui regroupe différentes activités dans ses vastes exploitations agricoles, dans les médias et dans le secteur chimique. Le chef du gouvernement tchèque rejette les accusations. Andrej Babis est aussi identifié comme agent dans des dossiers secrets de la police des années 1980, ce que le milliardaire a fermement démenti.

 

 

Le mouvement Million de moments pour la démocratie, organisateur de la manifestation, a appelé le Premier ministre à trouver une solution à ses conflits d'intérêts ou à se retirer. En juin, quelque 250 000 personnes s'étaient déjà rassemblées à Prague pour demander à Andrej Babis de démissionner, lors de la plus grande manifestation jamais organisée depuis la Révolution de velours.

 


17/11/2019
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