L'AIR DU TEMPS

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MONDE


Franceinfo - le lundi 13 janvier 2020

 

 

En Irak, au Yémen, en Syrie... Comment le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis risque de s'exporter

 

 

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Kocila MakdecheFrance Télévisions
 

 

 

Téhéran et Washington jouent la carte de l'apaisement pour éviter un conflit armé de plus grande ampleur. Pourtant, de nombreux observateurs craignent que les deux puissances règlent leur comptes sur d'autres terrains dans des "guerres par procuration"

 

 

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Des manifestants iraniens brûlant des drapeaux américain et israélien, le 6 janvier 2020, à Téhéran.  (ATTA KENARE / AFP)

 

 

Le conflit entre les Etats-Unis et l'Iran va-t-il mettre le feu au Moyen-Orient ? La mort du général Qassem Soleimani, tué par un tir de drone américain, et la riposte iranienne contre des bases irakiennes abritant l'US Army ont laissé craindre une escalade militaire. Mais après une semaine sous tension, Téhéran et Washington ont joué la carte de l'apaisement.

 

 

Lors d'une conférence de presse, Donald Trump a finalement opté, mercredi 8 janvier, pour de nouvelles sanctions économiques contre l'Iran plutôt que pour une intervention militaire. Et malgré des déclarations belliqueuses quasi-quotidiennes, le pouvoir iranien a pris soin de ne pas tuer de soldats américains dans sa riposte. 

 

 

Pourtant, de nombreux observateurs s'attendent à ce que les deux puissances n'en restent pas là et exportent leur conflit dans les pays alentours. Dans un message diffusé à la télévision iranienne, le 6 janvier, la fille du général Soleimani a sommé le Syrien Bachar Al-Assad ainsi que les chefs du Hezbollah, du Hamas et de la rébellion houtie de venger la mort de son père en s'attaquant aux Américains ou à leurs deux alliés historiques dans la région, Israël et l'Arabie saoudite. Franceinfo fait le point sur les risques de guerres par procuration entre Téhéran et Washington en Irak, en Syrie, au Liban, au Yémen et en Palestine. 

 

 

 

En Irak : le conflit "le plus probable" 

• Qui sont les acteurs ? Après avoir quitté le pays en 2011 sous le mandat de Barack Obama, les forces américaines se sont massivement redéployées en Irak dans le cadre de la coalition internationale contre les jihadistes de l'Etat islamique. Elles en forment le principal contingent avec 5 200 soldats, selon le magazine Time (en anglais). L'administration Trump a laissé planer le doute sur un éventuel retrait de ses troupes, avant de démentir l'information. 

 

 

Historiquement, l'Iran a toujours exercé une influence forte sur son voisin, que ce soit en noyautant le gouvernement, comme l'ont révélé les "Iran Cables", ou en soutenant financièrement et militairement des milices chiites. Cette influence s'est accentuée en 2014, lorsque Téhéran a volé à la rescousse de Bagdad après la conquête d'un tiers du pays par les jihadistes de l'Etat islamique. Aujourd'hui, une myriade de groupes paramilitaires pro-Iran évoluent en Irak. Réunis sous la bannière du Hachd al-Chaabi, ils ont été en grande partie intégrés aux forces de sécurité irakiennes. 

 

 

• Quelles sont les réactions ? L'assassinat du général Qassem Soleimani, commandant de la force Al-Qods des Gardiens de la Révolution et principal émissaire de Téhéran en Irak, a provoqué l'ire de ces groupes armés. D'autant plus que lors du bombardement américain, Abou Mehdi Al-Mouhandis, le chef militaire du Hachd al-Chaabi, a aussi perdu la vie.

 

 

 

 

 

 

Toutes ces forces, divisées par le passé, ont promis de s'unir contre Washington. "Nous allons regrouper les factions de la résistance en une seule entité, a déclaré, le 7 janvier, Nasser Al-Chemmari, numéro 2 de Noujaba, l'une des factions pro-Iran les plus radicales de cette coalition, s'engageant à mener une "guerre contre la présence américaine dans tous les endroits de la région que nous pouvons toucher." Moqtada Al-Sadr a aussi appelé à l'union des "factions irakiennes de la résistance". Ce leader militaire chiite a réactivé son Armée du Mahdi, une milice islamiste qui avait tué des dizaines de soldats américains pendant la seconde guerre du Golfe, avant d'être démantelée en 2008.

 

 

• Que peut-il se passer ? Le chaos irakien constitue "l'option la plus probable", selon Bernard Hourcade, géographe spécialiste de l'Iran et directeur de recherche émérite au CNRS. "Il s'agit du seul terrain où Téhéran peut avoir les troupes américaines dans son viseur sans s'engager directement dans un conflit armé." L'Iran peut s'y appuyer sur "une myriade de milices, qui lui sont totalement dévouées", continue Wassim Nasr, journaliste à France 24 et observateur du conflit irakien.

 

 

Hormis les frappes iraniennes sur deux bases américaines en Irak en représailles à la mort de Soleimani, plusieurs roquettes se sont abattues sur la "zone verte" de Bagdad où se trouve l'ambassade américaine. "En réalité, les intérêts américains sont déjà ciblés depuis plusieurs mois", remarque Thierry Coville, chercheur à l'Iris et spécialiste de l'Iran

 

 

En Syrie : un conflit risqué pour Al-Assad

Qui sont les acteurs ? Depuis le début de la révolte contre le régime de Bachar Al-Assad en 2011, le conflit est devenu extrêmement complexe. Officiellement mobilisées pour lutter contre les jihadistes de l'Etat islamique qui avaient pris le contrôle de l'est du pays, une multitude de puissances étrangères interviennent désormais sur le terrain syrien. Le régime sanguinaire d'Al-Assad est soutenu militairement par la Russie et l'Iran. Au sol, le Hezbollah libanais et des dizaines de milliers de miliciens pro-Iran combattent aux côtés de Damas. Une coalition occidentale, menée par les Etats-Unis et dont la France fait partie, est alliée aux combattants kurdes et à des factions arabes rebelles autrefois unies sous la bannière de l'Armée syrienne libre. Mais cette dernière a explosé, laissant place à un jeu d'alliances sans fin et à des combats fratricides entre groupes islamistes et jihadistes plus ou moins proches d'Al-Qaïda.

 

 

Après l'annonce par les combattants kurdes de la dissolution du califat de l'Etat islamique, en mars 2019, l'engagement occidental a considérablement reculé. Les Etats-Unis ont annoncé un retrait partiel de leurs troupes, laissant les Kurdes en proie à la Turquie dans le nord du pays. En octobre, après une offensive turque contre les positions kurdes dans le nord de la Syrie, Ankara et Moscou ont signé un accord décisif. Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan s'imposent depuis comme les deux hommes forts du conflit syrien. 

 

 

Quelles ont été les réactions ? En tant que responsable des affaires extérieures des Gardiens de la Révolution, Qassem Soleimani a joué un rôle déterminant pour soutenir le régime syrien. Après la mort du général iranien, Bachar Al-Assad a dénoncé un "crime perpétré par les Etats-Unis" qui "ne fera qu’embraser la détermination de la Syrie et de l’Iran à faire face à la politique américaine subversive au Moyen-Orient".

 

 

 

Des manifestants pro-régime à Alep (Syrie), le 7 janvier 2020, devant une affiche montrant le portrait de Qassem Soleimani et Bachar Al-Assad embrassant l\'ayatollah Ali Khamenei.

Des manifestants pro-régime à Alep (Syrie), le 7 janvier 2020, devant une affiche montrant le portrait de Qassem Soleimani et Bachar Al-Assad embrassant l'ayatollah Ali Khamenei. (AFP)

 

 

 

Erdogan et Poutine ont fait une déclaration commune après les frappes iraniennes. "Nous affirmons notre engagement à désamorcer les tensions dans la région et appelons toutes les parties à agir avec retenue et bon sens et à donner la priorité à la diplomatie", qualifiant au passage l'assassinat de Soleimani "d'acte qui sape la sécurité et la stabilité de la région".

 

 

Que peut-il se passer ? Par le passé, l'armée américaine et les groupes armés fidèles à Téhéran évitaient tout affrontement pour se concentrer sur leur ennemi commun : le groupe Etat islamique. Maintenant que les jihadistes ont perdu leur emprise territoriale, ce statu quo est fragilisé. Fin décembre, des chasseurs F-15 américains ont visé deux installations, en Syrie, des Brigades Hezbollah, une milice chiite irakienne liée à l’Iran que Washington accuse d'être responsable d'attaques à la roquette contre ses soldats. Le groupe armé a aussi été la cible de frappes attribuées à Israël.

 

 

Un embrasement en Syrie semble cependant "très peu probable, du moins à court terme", selon Didier Billion, directeur adjoint à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). "Pour les Iraniens, le véritable enjeu du terrain syrien est de consolider le régime afin de s'assurer un accès à la Méditerranée et à Israël, explique le spécialiste de la région. Pour cela, leur intérêt est de voir les troupes américaines partir rapidement. Les attaquer aurait l'effet contraire." 

 

 

 

Dans les territoires palestiniens : le Hamas a trop à perdre 

• Qui sont les acteurs ? "Grand ennemi" d'Israël, Téhéran a soutenu financièrement de nombreux groupes armés palestiniens. C'est le cas du Jihad islamique palestinien et du Hamas, qui a livré trois guerres à Israël dans la bande de Gaza. Distantes pendant un temps, les relations entre le mouvement islamiste et l'Iran se sont réchauffées en début d'année, Qassem Soleimani qualifiant de nouveau le Hamas "d'ami de Téhéran", selon Al-Monitor (en anglais). D'après le journal palestinien Al-Quds (en arabe), l'Iran a même recommencé à financer le groupe armé à hauteur de 15 millions de dollars par an.  

 

 

• Quelles ont été les réactions ? Ismaïl Haniyeh, le chef du Hamas, s'est rendu à Téhéran pour rendre hommage à Qassem Soleimani. Le parti islamiste a salué la mémoire d'un homme ayant "joué un rôle de soutien majeur à la résistance palestinienne". Il a dénoncé une "orgie de violence américaine" sans toutefois appeler à la vengeance. De son côté, le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas – qui n'est pas en bons termes avec l'Iran – a gardé le silence.

 

 

 

Dans la bande de Gaza, des manifestants palestiniens mettent le feu à des drapeaux américains et israéliens, le 8 janvier 2020.

Dans la bande de Gaza, des manifestants palestiniens mettent le feu à des drapeaux américains et israéliens, le 8 janvier 2020. (SAID KHATIB / AFP)

 

 

• Que peut-il se passer ? En novembre, le leader du Jihad islamique palestinien, Bahaa Abou El-Atta, a été tué lors d'une frappe israélienne. Le groupe armé palestinien a répondu en tirant des centaines de roquettes depuis Gaza sur le sud d'Israël. 

 

 

 

 

 

 

"L'Iran soutient par principe le Jihad islamique, mais n'a pas les moyens de se lancer dans un conflit armé à travers eux. Quant aux rapports entre Téhéran et le Hamas, ils ne sont plus ce qu'ils étaient", estime Bernard Hourcade, spécialiste de l'Iran. Le parti islamiste qui contrôle la bande de Gaza bénéficie d'un accord de trêve avec Israël et aurait trop à perdre à se lancer dans une nouvelle guerre.

 

 

Interrogées par le journal panarabe Asharq Al-Awsat (en anglais), des sources sécuritaires palestiniennes indiquent que le Hamas refusait "que Gaza soit transformée en arène pour des conflits extérieurs ou soit utilisée pour régler des comptes". Herzi Halevi, chef militaire israélien, a de son côté affirmé dans le journal Yedioth Ahronoth (en hébreu) qu'il se tenait prêt à répondre à toute offensive. 

 

 

 

Au Liban : l'option "la moins probable"

• Qui sont les acteurs ? Au Liban, l'Iran bénéficie du soutien de son principal allié dans la région : le Hezbollah. Ce puissant mouvement chiite a d'ailleurs été créé grâce aux financements de Téhéran, en 1982, après l'invasion du Liban par Israël. Il prône depuis "l'élimination" de l'Etat hébreu. 

 

 

Israël considère le Hezbollah comme une organisation terroriste, tout comme les Etats-Unis, principal allié de l'Etat hébreu dans la région, et l'Union européenne. Tsahal et le Hezbollah se sont affrontés lors de plusieurs conflits armés, dont la seconde guerre du Liban en 2006, et les tensions sont très fortes à la frontière.

 

 

• Quelles ont été les réactions ? Le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, comptait parmi les proches de Qassem Soleimani. En octobre, le général iranien avait raconté avoir sauvé lui-même Nasrallah alors qu'il était pris sous un bombardement israélien pendant la seconde guerre du Liban. Quelques jours avant sa mort, il se serait d'ailleurs rendu à Beyrouth pour échanger avec le chef du Hezbollah.

 

 

Lors d'un discours télévisé retransmis sur des écrans géants dans la banlieue sud de Beyrouth, Hassan Nasrallah a appelé à "venger" l'assassinat de Qassem Soleimani, qui "concerne (...)  l'ensemble de la nation musulmane". Il a cependant appelé à viser uniquement les intérêts militaires américains dans la région, sans menacer directement Israël.

 

 

De son côté, le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, s'est félicité de la mort de Qassem Soleimani, le qualifiant de "terroriste en chef". Tel Aviv accusait le général iranien d'être l'éminence grise d'un projet visant à convertir des roquettes du Hezbollah en missiles de précision pouvant causer d'importants dommages sur Israël.

 

 

 

Des militants du Hezbollah suivent un discours de leur leader, Hassan Nasrallah, qui réagit à la mort de Qassem Soleimani, le 5 janvier 2020, à Beyrouth (Liban).

Des militants du Hezbollah suivent un discours de leur leader, Hassan Nasrallah, qui réagit à la mort de Qassem Soleimani, le 5 janvier 2020, à Beyrouth (Liban). (ANWAR AMRO / AFP)


 

• Que peut-il se passer ? Pour Bernard Hourcade, du CNRS, un conflit armé entre le Hezbollah et Israël est "très peu probable au vu de la situation interne au Liban". Ces derniers mois, le pays a fait face à un mouvement de contestation populaire inédit qui a provoqué la démission du gouvernement de Saad Hariri, remplacé par Hassan Diab, un universitaire proche du mouvement chiite. "Politiquement, le Hezbollah est en position de force et n'a pas intérêt à s'engager dans un nouveau conflit avec Israël", analyse Bernard Hourcade. 

 

 

"Si Téhéran s'appuie sur le Hezbollah pour viser les Américains, il est plus probable que cela se fasse sur le terrain syrien où ils sont très présents, même si cela semble peu envisageable, complète Thierry Coville, chercheur à l'Iris et spécialiste de l'Iran. Téhéran a bien conscience que des représailles non contrôlées contre Israël via ses soutiens auraient l'effet d'une déflagration immédiate", continue Didier Billion, directeur adjoint de l'Iris. 

 

 

 

Le Yémen : déjà une guerre par procuration

• Qui sont les acteurs ? Depuis cinq ans, une guerre sanglante se déroule au Yémen où deux camps s'affrontent : le gouvernement, soutenu par une coalition arabe menée par l'Arabie saoudite, et les rebelles houtis, appuyés par l'Iran. Sur le plan religieux, les Houtis sont zaydites, un courant chiite différent du chiisme iranien, alors que la majorité du pays est sunnite. 

 

 

Ce conflit, qui engendre une terrible catastrophe humanitaire, est déjà considéré par beaucoup d'observateurs comme "une guerre par procuration". Les Etats-Unis, alliés historiques de Riyad dans le Golfe, fournissent armements et renseignements militaires à l'Arabie saoudite, qui mène la coalition pro-gouvernement. En face, les Houthis ont utilisé des drones et des missiles fabriqués en Iran pour bombarder des aéroports saoudiens. 

 

 

• Quelles ont été les réactions ? Au Yémen, les rebelles houthis ont réclamé des "représailles rapides et directes" après l'assassinat de Qassem Soleimani. "L'agression ne restera pas sans réponse", a promis Mohammed Al-Bukhaiti, membre du bureau politique des rebelles interrogé par l'AFP. Quand, comment et où la riposte aura lieu seront déterminés par l'Irak et l'Iran et nous serons avec eux car nous sommes un centre de résistance." 

 

 

 

Un Houti embrassant un portrait de Qassem Soleimani, tué en Irak par l\'armée américaine, le 6 janvier 2020, à Sanaa (Yémen). 

Un Houti embrassant un portrait de Qassem Soleimani, tué en Irak par l'armée américaine, le 6 janvier 2020, à Sanaa (Yémen).  (MOHAMMED HAMOUD / ANADOLU AGENCY)


 

Après les représailles iraniennes qui ont visé les positions américaines en Irak, l'Arabie saoudite a "dénoncé et condamné les violations iraniennes de la souveraineté de l'Irak". Riyad a cependant pris ses distances avec Washington : un responsable saoudien a affirmé à l'AFP que son pays "n'a pas été consulté" avant la frappe américaine. Lundi 6 janvier, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Fayçal Ben Farhane, a qualifié la situation de "très dangereuse".

 

 

• Que peut-il se passer ? "En soutenant les Houtis, l'Iran pouvait s'en prendre à son ennemi juré, l'Arabie saoudite, sans avoir à l'assumer diplomatiquement. Aujourd'hui, ce n'est plus la priorité", estime Thierry Coville, spécialiste de l'Iran. "Les choses sont en train de se calmer entre Téhéran et Riyad. Dans ce contexte de conflit avec les Etats-Unis, l'Iran n'a guère intérêt à ouvrir un nouveau front, mais plutôt à maintenir la sécurité dans le golfe Persique", continue Bernard Hourcade.

 

 

De son côté, Riyad a annoncé vouloir maintenir le canal de discussions avec les rebelles houthis, récemment établi. "Il est assez clair que les Saoudiens ne se réjouissent pas de cette crise, même s'ils doivent se réjouir du meurtre de Soleimani, analyse auprès de l'AFP Hussein Ibish, de l'Arab Gulf Institute, basé à Washington. Ils savent qu'ils seraient pris dans un feu croisé si la guerre éclate et ils font tout pour faire baisser la température."

 


13/01/2020
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Franceinfo - le mercredi 8 janvier 2020

 

 

Iran : les tirs de missile sont une "gifle au visage" des Américains, déclare l'ayatollah Khamenei

 

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Les Gardiens de la Révolution disent avoir frappé les bases d'Al-Assad et d'Erbil, dans la nuit de mardi à mercredi, pour venger la mort du général Qassem Soleimani, dont les funérailles avaient eu lieu quelques heures plus tôt

 

 

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Le guide suprême de la République islamique d'Iran, Ali Khamenei, le 8 janvier 2020 à Téhéran (Iran). (IRANIAN SUPREME LEADER PRESS OFF / ANADOLU AGENCY / AFP)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Téhéran avait promis des représailles après l'assassinat du général Qassem Soleimani, laissant craindre une escalade dans la région et un conflit armé avec les Etats-Unis. C'est chose faite : dans la nuit du mardi 7 au mercredi 8 janvier, l'Iran a mené des frappes contre des bases en Irak abritant des forces américaines. Selon le Pentagone, une douzaine de missiles ont été lancés depuis l'Iran contre les bases d'Al-Assad et d'Erbil. "Aucun militaire français déployé en Irak n'a été touché par les frappes déclenchées cette nuit", précise à franceinfo l'état-major des armées françaises mercredi matin. L'armée française compte 200 soldats sur place.

 

 

Le commandement militaire irakien fait, de son côté, état de vingt-deux de missiles tirés sur son sol, sans faire de "victime parmi les forces irakiennes""Entre 1h45 et 2h15 (23h45 et 0h15 en France), l'Irak a été bombardé par 22 missiles – dix-sept sur la base aérienne d'Aïn al-Assad (...) et cinq sur la ville d'Erbil – qui ont tous touché des installations de la coalition" antijihadistes menée par les Etats-Unis. Aucun soldat irakien n'a été touché, selon l'armée irakienne.

 

 

Une "gifle au visage" des Américains. Le guide suprême de la République islamique d'Iran a affirmé mercredi que les tirs nocturnes de missiles iraniens sur des bases abritant des soldats américains en Irak sont "une gifle au visage" des Etats-Unis. Le N°1 iranien avait appelé à venger la mort du puissant général iranien Qassem Soleimani, assassiné le 3 janvier, avec l'homme de l'Iran à Bagdad et huit autres personnes, par une frappe de drone américain dans la capitale irakienne.

 

 

L'Iran parle de victimes, des sources diplomatiques américaines démentent. Les tirs menés par l'Iran contre des bases américaines en Irak auraient fait 80 morts, affirme la télévision publique iranienne. Mais selon les informations du correspondant de France Télévisions à Washington, cette annonce a été immédiatement démentie. Londres, pour sa part, condamne les attaques sur les bases de la coalition en Irak et évoque des blessés. Berlin aussi a condamné "le plus fermement" les tirs de missiles iraniens.

 

 

Des raids revendiqués par Téhéran. De son côté, Mohammad Javad Zarif, chef de la diplomatie iranienne, a affirmé que son pays avait mené et "terminé" dans la nuit des représailles "proportionnées". "Nous ne cherchons pas l'escalade ou la guerre", a-t-il insisté. Ces tirs de missiles font cependant redouter une escalade régionale ou un conflit ouvert, même si les dirigeants américains et iraniens ont rapidement semblé vouloir calmer le jeu.

 

 

Une déclaration de Donald Trump mercredi matin. Dans un tweet au ton particulièrement léger, le président américain, Donald Trump, a indiqué qu'il ferait une déclaration mercredi matin et laissé entendre que le bilan n'était pas très lourd. "L'évaluation des dégâts et des victimes est en cours. Jusqu'ici, tout va bien !", a-t-il lancé.

 

 

Air France suspend "tout survol des espaces aériens iranien et irakien". "Par mesure de précaution et dès l'annonce de frappes aériennes en cours, Air France a décidé de suspendre jusqu'à nouvel ordre tout survol des espaces aériens iranien et irakien", a indiqué un porte-parole de la compagnie aérienne, contacté par l'AFP. En Allemagne, Lufthansa a de son côté annoncé avoir annulé son vol quotidien à destination de Téhéran. L'agence fédérale de l'aviation américaine (FAA) a interdit dès mardi soir aux avions civils américains le survol de l'Irak, de l'Iran et du Golfe, dans la foulée des attaques.

 


08/01/2020
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Franceinfo - le dimanche 5 janvier 2020

 

 

Mort du général Soleimani : comment la relation entre les Etats-Unis et l'Iran s'est dégradée sous Donald Trump

 

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Louis SanFrance Télévisions

 

 

 

L'assassinat par les forces américaines de l'architecte de la stratégie iranienne au Moyen-Orient a provoqué la colère de Téhéran et dégradé les rapports déjà tendus entre l'Iran et les Etats-Unis

 

 

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Le président américain Donald Trump (gauche) et son homologue iranien Hassan Rohani. (NICHOLAS KAMM / IRANIAN PRESIDENCY / AFP)

 

 

 

"Un grand saut dans l'inconnu." Les spécialistes contactés par franceinfo sont inquiets, après l'assassinat du général iranien Qassem Soleimani en Irak, vendredi 3 janvier. Cet homme influent, figure de l'aile dure des conservateurs iraniens, a été tué par une frappe aérienne américaine, à Bagdad. Depuis, l'hostilité entre les Etats-Unis et l'Iran s'intensifie. L'ayatollah Ali Khamenei promet qu'"une vengeance implacable attend les criminels". De quoi accentuer encore l'antagonisme entre Washington et Téhéran, dont les relations n'ont fait qu'empirer depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche.

 

 

 

2018 : l'année de la rupture

Les Etats-Unis se retirent de l'accord sur le nucléaire iranien. C'est acté le 8 mai 2018. L'accord de Vienne, signé en 2015 sous Barack Obama, visait à interdire à l'Iran de chercher à obtenir la bombe atomique, en échange de la levée des sanctions économiques internationales et à condition de laisser inspecter ses sites nucléaires. Dès son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump dénonce un accord "pourri" qui, depuis sa signature, n'a "pas apporté la paix" et "ne l'apportera jamais". Aussitôt, le président iranien accuse son homologue de mener "une guerre psychologique".

 

 

Le retrait américain de l'accord provoque un tollé et de nombreuses craintes. Paris fait part de ses "regrets", la Russie se dit "profondément déçue", et Barack Obama condamne "une grave erreur". Ce n'est pas une énorme surprise, mais les observateurs ne pensaient pas Donald Trump capable de franchir le pas, malgré les menaces. "Avant son élection, Donald Trump annonçait vouloir sortir de l'accord de Vienne", rappelle Jean-Baptiste Bégat, historien et spécialiste de l'Iran et du Moyen-Orient. Donald Trump, dès 2016, n'a cessé de dénoncer "le pire accord signé par les Etats-Unis".

 

 

L'un des rares sujets de politique étrangère sur lesquels [Donald Trump] a toujours été stable, c'est le fait que l'Iran est un adversaire des Etats-Unis et qu'il faut combattre l'influence iranienne au Moyen-Orient. Jean-Baptiste Bégat à franceinfo

 

 

"Les relations entre les Etats-Unis et l'Iran n'étaient pas au beau fixe en 2018, mais elles étaient apaisées", commente auprès de franceinfo François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran de 2001 à 2005. Selon lui, la décision de Donald Trump a été "inspirée par sa haine de Barack Obama" et "la volonté presque enfantine de vouloir détruire l'un des rares succès diplomatiques de son prédécesseur". Un caprice qui a brutalement affecté le lien fragile entre Washington et Téhéran.

 

 

 

2019 : l'année de l'hostilité ouverte

Les Gardiens de la Révolution entrent dans la liste des organisations "terroristes". Cette mesure symbolique est annoncée par l'administration de Donald Trump en avril 2019. Avant cela, jamais les Etats-Unis n'avaient formellement qualifié l'armée d'un autre pays de groupe terroriste.

 

 

Washington supprime les dérogations pour commercer avec l'Iran. Le président Trump s'attaque au porte-monnaie de l'Iran : l'exportation de pétrole. Dans la foulée du retrait de l'accord de Vienne, Donald Trump avait réinstauré des sanctions pour les pays commerçant avec l'Iran, avec des dérogations à certains Etats, jugeant que le marché mondial de pétrole ne pourrait pas supporter la fermeture totale du robinet de pétrole iranien. Ces dérogations sont supprimées au mois de mai, pour "priver le régime de sa principale source de revenus".

 

 

Donald Trump "veut renégocier l'accord [sur le nucléaire], il veut que l'Iran arrête ses activités dans la région et mette un terme au programme balistique iranien, tout ça en mettant une pression maximum sur l'Iran, c'est irréaliste", commente Thierry Coville, chercheur à l'Iris et spécialiste de l'Iran. Pour François Nicoullaud, en levant les dérogations, Donald Trump décide "de passer au braquet supérieur". Les Iraniens, jusqu'alors dans une "attente stratégique", répondent par une "résistance maximale", poursuit le diplomate"Pendant cette période, les radicaux iraniens prennent de l'essor et décident de répondre aux Etats-Unis coup pour coup, même s'ils ne veulent pas la guerre", analyse Thierry Coville.

 

 

La tension monte dans le détroit d'Ormuz. Pendant l'été, les altercations diplomatiques entre les Etats-Unis et l'Iran se multiplient autour de ce passage stratégique du pétrole mondial. Après le déploiement d'un porte-avions américain et d'une force de bombardiers au Moyen-Orient, au prétexte d'une "menace" du régime iranien, Téhéran annonce commencer à enrichir de l'uranium. Les tensions s'accentuent avec une série de sabotages et d'attaques contre des pétroliers dans la région. Washington les impute à Téhéran, qui dément, dénonçant la volonté des Etats-Unis de "provoquer un choc" sur le marché pétrolier.

 

 

Des bases pétrolières saoudiennes sont attaquées. En septembre, la production de pétrole saoudienne est réduite de moitié après des attaques de drones revendiquées par les Houthis yéménites. Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo accuse Téhéran, sans expliquer comment l'Iran serait impliqué concrètement. Des accusations "insensées", pour Téhéran.

 

 

Donald Trump se sépare d'un conseiller farouchement anti-iranien. Le départ de John Bolton, conseiller à la sécurité nationale et poids lourd de l'entourage de Donald Trump, survient par surprise au début du mois de septembre. Il est connu pour ses positions très dures à l'égard de l'Iran, de la Russie ou encore de la Corée du Nord. Une bonne nouvelle pour Téhéran ? Pas forcément. "Avant lui, les personnes les plus responsables et mesurées de l'administration – "les adultes", comme elles étaient appelées – ont progressivement été effacées", tempère François Nicoullaud.

 

 

La médiation d'Emmanuel Macron échoue. En marge de l'Assemblée générale de l'ONU, en septembre, à New York, le président français tente de réunir autour d'une même table les présidents américain et iranien. En vain.

 

 

 

 

 

 

"C'était un moment d'espoir assez fort", estime François Nicoullaud. Thierry Coville juge que cet échec est imputable à l'intransigeance de Donald Trump. "Les Iraniens ont quand même laissé une porte ouverte en disant 'vous arrêtez les sanctions, vous rentrez dans l'accord, on est prêt à renégocier à un nouvel accord'", résume-t-il. En novembre, le guide suprême iranien critique violemment Emmanuel Macron.

 

 

Le président français, qui prétend qu'une rencontre pourra résoudre tous les problèmes entre Téhéran et l'Amérique, est soit naïf, soit complice des Etats-Unis.Ali Khamenei

 

 

Un ressortissant américain meurt en Irak. Tout s'accélère à la fin de 2019. Le 27 décembre, un sous-traitant américain est tué et plusieurs militaires américains et irakiens sont blessés, lors de l'attaque d'une base militaire irakienne. Le tir de roquette n'est pas revendiqué, mais Washington l'attribue à une milice chiite pro-iranienne, le Hezbollah irakien.

 

 

Les Etats-Unis bombardent des bases du Hezbollah. Quarante-huit heures plus tard, Washington réplique. Des avions de l'armée américaine bombardent cinq bases du Hezbollah irakien, dans l'ouest du pays. Au moins 25 personnes sont tuées. "Pour le gouvernement américain, une ligne rouge a été franchie", avec la mort de ce ressortissant, selon Jean-Baptiste Bégat. "La réponse des Etats-Unis a été très virulente."

 

 

L'ambassade américaine à Bagdad est attaquée. Le 31 décembre, la mission diplomatique est assaillie par des milliers de manifestants. Les contestataires protestent contre les bombardements américains. Donald Trump pointe aussitôt du doigt Téhéran. "L'Iran a tué un sous-traitant américain et en a blessé plusieurs. Nous avons répondu avec force, comme nous le ferons toujours. L'Iran orchestre désormais une attaque de l'ambassade américaine en Irak. Ils en seront tenus pleinement responsables", écrit-il sur Twitter.

 

 

 

 

2020 : l'année de l'embrasement ?

Le général Qassem Soleimani est assassiné. Ce puissant militaire iranien, émissaire de la République islamique en Irak, est tué dans une attaque américaine à Bagdad, vendredi 3 janvier. Le Pentagone affirme que Donald Trump a lui-même donné l'ordre de le "tuer". Mike Pompeo affirme que Qassem Soleimani comptait mener une "action d'envergure" menaçant des "centaines de vies américaines". De son côté, l'Iran promet de venger la mort de son général, "au bon moment et au bon endroit", tout en dénonçant le "terrorisme d'Etat de l'Amérique".

 

 

Autour du monde, la décision de Donald Trump est critiquée : Paris souhaite éviter "une nouvelle escalade dangereuse", Moscou juge que Washington a franchi "un palier hasardeux", Pékin appelle au "calme et à la retenue". Selon François Nicoullaud, remarque que les circonstances de la mort de Qassem Soleimani constituent "une humiliation cinglante pour les Iraniens" : "C'est un militaire de haut rang qui est tué par un tir de drone comme s'il s'agissait d'un terroriste."

 

 

L'emballement va-t-il se terminer en embrasement de la région, voire en guerre ouverte ? Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo assure vouloir la "désescalade". Jean-Baptiste Bégat estime que "l'escalade dans les relations entre les Etats-Unis et l'Iran a été l'initiative de Washington". Thierry Coville pointe aussi la responsabilité du président américain. "Tout remonte à la sortie de l'accord [de Vienne] sans avoir réfléchi aux conséquences, croyant qu'il allait pouvoir en redessiner un nouveau", tâcle-t-il.

 

 

Dans l'histoire, quand on ne respecte pas le droit international et que l'on fait cavalier seul, on prend d'énormes risques, comme celui d'envenimer la situation. Il n'y a plus de règles si ce n'est celle du plus fort.Thierry Coville, spécialiste de l'Iran à franceinfo

 

 

Tenter de prédire la suite des événements est un exercice auquel les spécialistes ne veulent pas se prêter, préférant l'extrême prudence. "Aucun des deux pays ne veut la guerre, mais un mauvais calcul peut tout faire basculer. On est dans une situation très dangereuse", selon Thierry Coville. Jean-Baptiste Bégat estime que la tension est surtout forte du côté iranien, car la réponse de Téhéran risque d'être retentissante. Pour lui, en éliminant Qassem Soleimani, les Etats-Unis ont réalisé un "geste disproportionné, au regard de l'escalade récente".

 


05/01/2020
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Franceinfo - le dimanche 5 janvier 2020

 

 

Mort du général Soleimani : Trump menace de frapper 52 sites en Iran, en cas de riposte contre des sites américains

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Certains de ces sites iraniens "sont de très haut niveau et très importants pour l'Iran et pour la culture iranienne", a prévenu le président américain sur Twitter. La tension monte entre les deux pays depuis l'assassinat par les Etats-Unis du général iranien Qassem Soleimani

 

 

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Le président américain Donald Trump lors d'un discours, le 3 janvier 2019, à Miami en Floride. (STRINGER / ANADOLU AGENCY / AFP)

 

 

 

La tension continue de monter. Donald Trump a averti Téhéran, samedi 4 janvier,  que les Etats-Unis ont identifié 52 sites en Iran et les frapperont "très rapidement et très durement" si la République islamique attaque du personnel ou des objectifs américains. Certains de ces sites iraniens "sont de très haut niveau et très importants pour l'Iran et pour la culture iranienne", a précisé le président américain dans un tweet. "Les Etats-Unis ne veulent plus de menaces !", a-t-il prévenu.

 

 

 

Donald J. Trump @realDonaldTrump

....hundreds of Iranian protesters. He was already attacking our Embassy, and preparing for additional hits in other locations. Iran has been nothing but problems for many years. Let this serve as a WARNING that if Iran strikes any Americans, or American assets, we have.....

Donald J. Trump @realDonaldTrump
 

....targeted 52 Iranian sites (representing the 52 American hostages taken by Iran many years ago), some at a very high level & important to Iran & the Iranian culture, and those targets, and Iran itself, WILL BE HIT VERY FAST AND VERY HARD. The USA wants no more threats!

89,1 k personnes parlent à ce sujet
 
 

 

Donald Trump a souligné que le chiffre de 52 correspondait au nombre d'Américains qui avaient été retenus en otages pendant plus d'un an à partir de la fin de 1979 à l'ambassade des Etats-Unis à Téhéran. Le chef d'Etat a encore insisté dans une nouvelle série de tweets publiés un peu plus tard : "S'ils attaquent à nouveau, ce que je leur déconseille fortement, nous les frapperons plus fort qu'ils n'ont jamais été frappés auparavant !"

 

 

Tirs de roquette

Les factions pro-Iran en Irak font monter la pression sur les bases abritant des soldats américains à l'issue d'une journée de défilés monstres pour les funérailles du puissant général iranien Qassem Soleimani tué à Bagdad par les Américains. En Irak, samedi dans la soirée, des roquettes et obus de mortier se sont abattus quasi-simultanément dans la Zone verte de Bagdad, où se trouve l'ambassade américaine, et sur une base militaire plus au nord, où sont déployés des soldats américains, sans faire de victimes. 

 

 

Ces frappes pourraient être le début de l'escalade tant redoutée depuis le raid qui a pulvérisé vendredi le convoi de Soleimani et d'Abou Mehdi al-Mouhandis, numéro deux du Hachd al-Chaabi, coalition de combattants pro-Iran désormais intégrés aux forces de sécurité irakiennes.

 

 

Franceinfo - le samedi 4 janvier 2020

 

 

Mort du général Soleimani : de quels leviers de riposte dispose l'Iran face aux Etats-Unis ?

 

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Jean-Loup Adénor & Noémie LeclercqfranceinfoFrance Télévisions
 

 

 

L'assassinat du chef de la Force Qods des Gardiens de la Révolution lors d'un raid aérien américain a provoqué un vif esprit de vengeance en Iran. Franceinfo fait le point sur les moyens dont dispose Téhéran pour riposter après cette attaque

 

 

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Le président iranien Hassan Rohani lors d'une prise de parole commune avec le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif, à Tokyo (Japon) le 20 décembre 2019. (IRANIAN PRESIDENCY / HANDOUT / ANADOLU AGENCY / AFP)

 

 

 

Les mots de l'ayatollah Ali Khamenei laissent peu de place à l'interprétation : "Une vengeance implacable attend les criminels" qui ont tué le chef de la Force Qods des Gardiens de la Révolution, a prévenu le leader iranien vendredi 3 janvier, peu après la mort de Qassem Soleimani, visé par un raid américain à l'aéroport de Bagdad, en Irak.

 

 

A Téhéran, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté pour dénoncer les "crimes" commis par les Etats-Unis. Après la prière du vendredi, une foule a rempli des rues du centre de la capitale iranienne, scandant "Mort à l'Amérique" et brandissant des portraits du défunt général. Mais de quels leviers dispose réellement l'Iran pour répliquer après cette attaque ? Franceinfo fait le point.

 

 

 

Mobiliser ses alliés dans la région 

"Penser que tuer Soleimani, c'était comme de tuer Al-Baghdadi, c'était une erreur ! Dans le chiisme, on est dans une logique d'émulation des troupes, surtout lorsqu'une icône tombe en martyr", explique à franceinfo la chercheuse au CNRS spécialiste de l'Iran Amélie Chelly. Depuis l'annonce de la mort du général iranien, un front uni semble se constituer autour de Téhéran. "La ligne rouge a été franchie, et cette attaque complètement disproportionnée de Washington a un effet rassembleur en Iran, développe également Emmanuel Dupuy, président de l'Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE) auprès de franceinfo. Désormais, des groupes de différentes sensibilités font front commun face à l'ennemi américain." 

 

 

D'où une véritable recrudescence de groupes pro-Iran, dont certains se sont même réveillés pour l'occasion. C'est notamment le cas de l'armée du Mahdi, une milice chiite affiliée à la République islamique d'Iran, qui sévissait au début des années 2000 en Irak, lorsque les Américains occupaient le pays. L'organisation, considérée comme terroriste par les Etats-Unis depuis avril 2019, possède des forces armées capables d'une riposte lourde : elle avait notamment participé à la libération de Mossoul en 2017 face à l'Etat islamique. Moqtada Sadr, le chef de cette milice, a demandé à ses soldats de se "tenir prêts", peu après l'annonce de la mort de Qassem Soleimani.

 

 

En tant que chef de la résistance patriotique irakienne, j'ordonne à tous les moudjahidines, particulièrement à ceux de l'armée du Mahdi, de la Brigade du jour promis et à tous les groupes patriotiques aguerris de se tenir prêts à protéger l'Irak.Moqtada Sadr, chef de l'armée du Mahdi

 

 

Israël s’est d'ailleurs montré particulièrement inquiet par les éventuelles représailles menées par des alliés de l'Iran dans la région. Le Hezbollah s'est déclaré prêt à répondre à l'appel de Téhéran, ainsi que le groupe Jihad islamique palestinien (JIP) et le Hamas. Ce dernier, basé dans la bande de Gaza, a fait savoir qu’il condamnait l'assassinat de Qassem Soleimani et présentait ses "plus sincères condoléances" à l'Iran. Un officiel du Hamas, Bassem Naim, a publié un message sur Twitter dans lequel il estime que la mort du général iranien "ouvre la porte à toutes les éventualités dans la région, sauf le calme et la stabilité". "C'est la responsabilité des Etats-Unis", a-t-il ajouté. Le JIP, soutenu par l'Iran, a qualifié Soleimani de chef qui "a toujours fait frémir d'horreur les cœurs des Américains et d'Israël". Abu Hamza, l'un des porte-parole du groupe, a juré que leur "alliance de résistance ne sera pas défaite, que nous ne serons pas brisés".

 

 

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, qui a écourté un déplacement en Grèce, a pour sa part exprimé la solidarité de l'Etat hébreu avec son allié américain dans son "juste combat". Selon la radio de l'armée israélienne, le niveau d'alerte des forces de sécurité du pays a été relevé d'un cran. Le dirigeant israélien a estimé que "Qassem Soleimani est responsable de la mort de citoyens américains et de beaucoup d'autres personnes innocentes. Il préparait de nouvelles attaques de ce type."

 

 

 

Mener des "guerres par procuration"

Bien sûr, l'Iran sait "qu’elle ne fait pas le poids dans le cadre d’un conflit militaire direct avec les Etats-Unis", explique Thierry Coville, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris). "Mais leur présence est partout dans la région : en Irak, au Yémen, dans le détroit d'Ormuz..." Téhéran n'a vraisemblablement pas l'intention de s'engager dans un conflit armé avec les Etats-Unis, mais "ne peut pas ne pas réagir et sa réaction, ce sera probablement des 'proxy wars' [des 'guerres par procuration', sur un territoire voisin]indique la spécialiste Amélie Chelly. Si l'on reste dans cette configuration, on aura des gestes forts, des gestes violents mais qui ne seront pas directement dirigés sur les territoires intérieurs des Etats-Unis ou de l'Iran, mais plutôt sur des cibles symboliques américaines ou alliées dans la région."

 

 

"Logiquement, pour répondre à hauteur du symbole qu'ont touché les Etats-Unis en s'en prenant à Soleimani, on peut imaginer que Téhéran s'en prendra aux ambassades américaines et aux troupes américaines présentes dans la région", indique également Emmanuel Dupuy. 

 

 

Dans le cadre de cette 'guerre', on est dans une lutte de symbole. On ne s'en prend pas aux civils avec des armes mais plutôt à une ambassade. La réplique de Trump était d'ailleurs tout aussi symbolique : il a abattu la tête des Gardiens de la Révolution. Amélie Chelly, chercheuse au CNRS à franceinfo

 

 

L'Irak a de fortes chances d'être le théâtre de ces affrontements. Bagdad a d'ailleurs dit redouter "une guerre dévastatrice" sur son sol, après le raid inédit qui a tué l'homme-clé de l'influence iranienne au Moyen-Orient, mais également son premier lieutenant irakien Abou Mehdi al-Mouhandis, numéro deux du Hachd al-Chaabi, groupe paramilitaire irakien. Proche militairement des Etats-Unis et de l’Iran, l'Irak se retrouve pris entre deux feux : une prise de position, dans un sens ou l'autre, serait dommageable pour le pays. 

 

 

"Les Iraniens vont vouloir montrer que les Américains doivent quitter l'Irak, estime Emmanuel Dupuy, de l'IPSE. C'est un paradoxe, parce que malgré la victoire symbolique que ce serait pour l'Iran, ça pourrait également jouer en faveur de Donald Trump : l'application d'une promesse de campagne aussi attendue que le retrait des troupes en Irak, quelques mois avant l'élection présidentielle à laquelle il est candidat, lui ferait une bonne pub auprès de ses électeurs."

 

 

 

Compromettre la sécurité du détroit d'Ormuz

Hormis l'Irak, l'autre endroit stratégique dont dispose l'Iran, c'est le détroit d'Ormuz. Téhéran peut, s'il le souhaite, influer sur la sécurité et la fluidité des échanges. Dès l’annonce de la mort de Soleimani, les prix du pétrole ont d’ailleurs bondi de plus de 4%, les marchés craignant une escalade des tensions dans la région. Il faut dire que plus de 30% des hydrocarbures utilisés dans le monde y transitent : un blocage du détroit aurait des conséquences très importantes. "Mais l'Iran est un Etat extrêmement rationnel : s'ils voulaient fermer le détroit, ils le feraient. S'ils ne le font pas, c'est qu'ils n'y ont pas intérêt", assure Amélie Chelly.

 

 

En revanche, la sécurité peut s'y trouver fortement perturbée. "Téhéran dispose de missiles à proximité, dont il pourrait se servir contre la flotte américaine qui transite par Ormuz, indique Emmanuel Dupuy. Ces frappes pourraient également se répercuter sur les navires d'autres nationalités se trouvant à proximité d'une potentielle cible."  

 

 

L'assassinat de Soleimani intervient trois jours après que la ministre des Armées française, Florence Parly, a passé son réveillon sur une frégate dans le golfe d'Ormuz, pour le lancement d’une mission européenne de surveillance maritime dans la région, du fait de l'escalade des tensions dans la zone. Depuis mi-novembre déjà, la frégate Courbet, composée de 180 marins, y assure la sécurité maritime et lutte contre les trafics qui alimentent les caisses des réseaux terroristes. Washington a lancé, également en novembre, sa propre opération (dénommée "Sentinel") pour protéger le transport maritime dans les eaux du golfe.

 

 

La mission européenne, qui vise à "garantir la liberté de circulation dans le golfe", devrait pour sa part être pleinement opérationnelle fin février – mais la situation actuelle pourrait retarder sa mise en place.

 

 


05/01/2020
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Franceinfo - le vendredi 27 décembre 2019

 

 

Syrie : trois questions sur la situation dans la province d'Idleb, où des centaines de milliers d'habitants fuient les bombardements

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions
 

 

 

Les forces du régime de Bachar Al-Assad et de Moscou ont intensifié leurs bombardements depuis mi-décembre. Environ 80 civils ont été tués selon une ONG

 

 

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Des habitants de la province d'Idleb fuient la ville de Maaret al-Noomane, visée par des bombardements des armées syrienne et russe, le 24 décembre 2019. (MAHMOUD HASSANO / REUTERSa)

 

 

 

C'est un nouveau chapitre dans l'interminable crise syrienne. Entre le 12 et le 25 décembre, une offensive terrestre et des bombardements du régime syrien et de la Russie dans la province d'Idleb, un territoire du nord-ouest du pays toujours contrôlé par des jihadistes, ont provoqué le déplacement de plus de 235 000 civils syriens, alerte l'ONU vendredi 27 décembre. Les décomptes de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) font état de la mort d'environ 80 civils à la même période.

 

 

Le président américain Donald Trump appelait jeudi sur Twitter à éviter un "carnage" dans cette région. La communauté internationale craint que ces mouvements de population n'aient de graves conséquences humanitaires. Alors que les regards s'étaient un peu détournés de la Syrie depuis la reconquête en mars des derniers morceaux de territoire contrôlés par le groupe Etat islamiquefranceinfo vous explique pourquoi les combats continuent et la situation reste critique.

 

 

 

En quoi la situation s'est-elle dégradée ces dernières semaines ?

Entre fin avril et fin août, une première offensive des aviations syriennes et russes avait fait près d'un millier de morts civils, selon l'OSDH, et plus de 400 000 déplacés. La séquence s'était conclue par un cessez-le-feu, le 31 août. Si l'accord n'a jamais été vraiment respecté par les différentes parties, jamais les combats et bombardements n'avaient repris avec une telle intensité, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha).

 

 

En parallèle d'affrontements au sol entre les soldats du régime et les jihadistes qui contrôlent la région, des frappes aériennes ont été menées par l'aviation syrienne mais aussi russe dans les zones autour de Maaret al-Noomane et Saraqeb, au sud de la province d'Idleb. Certaines ont touché des cibles civiles, notamment des marchés et une école. Selon les décomptes de l'OSDH, environ 80 civils ont été tués dans cette nouvelle vague de bombardements. L'organisation constate cependant que ces frappes ont cessé depuis le 25 décembre (en anglais). Elle recensait par ailleurs 110 morts parmi les forces du régime et 148 chez les combattants jihadistes et rebelles entre le 19 et le 24 décembre.

 

 

Face à cette situation, plus de 235 000 habitants ont fui vers le Nord entre le 12 et le 25 décembre, a affirmé l'ONU vendredi dans un communiqué. Selon ce texte, la ville de Maaret al-Noomane est "quasiment vidée" de ses habitants. Des images montrent d'impressionnantes colonnes de véhicules sur les routes, comme le rapporte France 3. Cet exode inquiète d'autant plus les observateurs qu'il intervient en hiver, une saison où la région est froide et sujette aux inondations. "Tout recommence, c'est le même enchaînement. On se dirige vers l'inconnu, sans maison, sans abri et sans assistance", résumait à l'AFP un père de famille arrivé dans la province deux ans plus tôt, après avoir fui Homs.

 

 

 

 

 

 

Pourquoi y a-t-il encore des combats dans cette région ?

Si les regards occidentaux se sont concentrés sur le combat contre le groupe Etat islamique, dont le dernier territoire est officiellement tombé en mars, le régime de Bachar Al-Assad n'a pas pour autant repris toute la Syrie. Il contrôle aujourd'hui plus de 70% du territoire, mais pas l'ensemble de la région d'Idleb, dominée par les jihadistes du groupe Hayat Tahrir al-Cham (HTS) et où subsistent d'autres groupuscules jihadistes et rebelles. Trois millions de personnes y vivent, dont la moitié sont des déplacés qui ont fui d'autres zones du pays lors de la reconquête de l'armée syrienne.

 

 

En août, le régime avait notamment repris la ville stratégique de Khan Cheikhoun, dans le sud de la province d'Idleb. En octobre, Bachar Al-Assad avait effectué une visite inédite dans la région et avait présenté la bataille qui s'y déroule comme capitale pour mettre fin à la guerre civile débutée en 2011. La nouvelle offensive lancée deux mois plus tard par le régime vise cette fois la ville de Maaret al-Noomane, à 25 km au nord de Khan Cheikhoun. Les deux villes sont situées sur un axe routier stratégique, dont la libération permettrait au régime de relier à nouveau Alep, au nord, à Homs et Damas, plus au sud.

 

 

Dans leur avancée vers Maaret al-Noomane,  Damas et son allié russe ont repris 45 villages depuis le 19 décembre, estime l'OSDH.

 

 

 

Que dit la communauté internationale ?

La réaction de Donald Trump, qui a accusé jeudi la Russie, la Syrie et l'Iran de tuer ou d'être sur le point de tuer "des milliers de civils innocents dans la province d'Idleb" –  "Ne le faites pas !", leur a-t-il lancé – n'est que la dernière en date. Dans son tweet, le président américain salue d'ailleurs l'action de la Turquie, qui "travaille dur pour stopper ce carnage". Mardi, Ankara a appelé à la fin des bombardements et a indiqué mener des pourparlers avec Moscou pour établir un nouveau cessez-le-feu. La question est d'autant plus sensible que l'armée turque est déployée dans la province pour empêcher une offensive de Damas, en vertu d'un accord russo-turc conclu en septembre 2018.

 

 

Mardi, la France, par le biais du ministère des Affaires étrangères, a également appelé à une "désescalade immédiate", estimant que "l'offensive militaire du régime de Damas et de ses alliés aggrave la crise humanitaire".

 

 

A ces condamnations de l'action militaire de Damas s'ajoute une inquiétude concernant la situation humanitaire en Syrie. Le 20 décembre, le Conseil de sécurité de l'ONU se prononçait sur un projet de résolution qui devait prolonger d'un an la possibilité d'acheminer, sans l'autorisation de Damas, une aide humanitaire transfrontalière depuis la Jordanie, l'Irak et la Turquie, un dispositif en vigueur depuis quatre ans. Mais le texte a été rejeté en raison d'un veto de la Russie et de la Chine.

 

 

"Il n'y a aucun moyen réaliste d'atteindre des centaines de milliers de ces familles" en agissant uniquement depuis l'intérieur de la Syrie, s'est notamment alarmé Oxfam au lendemain de cette décision. Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a jugé ce vote "honteux", accusant Moscou et Pékin d'avoir "préféré fournir un soutien à leur partenaire à Damas, plaçant ainsi la vie de millions de civils innocents dans la balance au plus fort de l'hiver". Les déplacements de population n'ont fait qu'empirer depuis.

 


28/12/2019
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Franceinfo - le vendredi 13 décembre 2019

 

 

Algérie : pourquoi l'élection du nouveau président a peu de chances de calmer la contestation

 

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Clément ParrotFrance Télévisions

 

 

Abdelmadjid Tebboune, ancien Premier ministre d'Abdelaziz Bouteflika, a été élu jeudi dès le premier tour du scrutin, avec 58,15% des suffrages

 

 

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Des manifestants algériens protestent contre l'organisation de l'élection présidentielle, le 12 décembre 2019, à Alger. (FAROUK BATICHE / DPA / AFP)

 

 

 

Les Algériens ont un nouveau président. Abdelmadjid Tebboune, un ex-fidèle du président déchu Abdelaziz Bouteflika, a été élu pour lui succéder à la tête de l'Algérie. L'ancien Premier ministre a recueilli 58,15% des suffrages au premier tour de l'élection présidentielle, a annoncé, vendredi 13 décembre, l'Autorité nationale indépendante des élections (Anie), au lendemain d'un scrutin massivement boudé par la population.

 

 

>> Présidentielle en Algérie : résultats, réactions, mobilisations... Retrouvez les dernières informations après l'élection

 

 

Franceinfo vous explique pourquoi ce résultat ne règle pas la crise politique en Algérie.

 

 

 

Parce que la participation est faible

Seuls 39,83% des inscrits ont voté au premier tour pour cette présidentielle, selon le président de l'Anie. Ce taux est le plus faible de toutes les présidentielles pluralistes de l'histoire du pays. Il est inférieur de plus de dix points à celui du précédent scrutin (le plus faible jusqu'ici) qui, en 2014, avait vu la quatrième victoire d'Abdelaziz Bouteflika.

 

 

Cette faible participation serait même surestimée, selon certains observateurs. "Ils ont donné le chiffre de 40%, qui est pour moi très gonflé par rapport à la réalité… On parle de 10 à 15%, selon les retours de certains des bureaux de vote", confie à franceinfo Habib Brahmia, du parti d'opposition Jil Jadid. "Personne ne pourra jamais dire si les résultats sont justes ou pas, proches de la réalité...", ajoute Kader Abderrahim, historien et maître de conférences à Sciences Po, joint par franceinfo.

 

 

"Les résultats sont un peu biaisés, car il y a plusieurs millions de personnes qui n'ont pas de carte électorale en Algérie. Le corps électoral représente seulement 24 millions sur 42 millions d'habitants", ajoute Pierre Vermeren, professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et spécialiste du Maghreb, contacté par franceinfo. "Les gens ne veulent pas forcément s'inscrire, parce qu'ils ne croient pas au système ou parce qu'ils sont dépolitisés."

 

 

 

Parce que la sincérité du scrutin est mise en doute 

"La fiabilité de ce résultat dépend de la confiance qu'on veut bien accorder à l'administration algérienne", souligne Pierre Vermeren, non sans ironie. L'expression de "mascarade électorale" revient souvent dans la bouche des manifestants, comme de certains observateurs, à l'image de Kader Abderrahim. "C'est une mascarade, mais dès l'instant qu'ils contrôlent les structures de l'Etat, qu'ils ont avec eux la force, la puissance étatique et que la France et l'Europe sont particulièrement silencieuses... Ils font ce qu'ils veulent."

 

 

Le politologue rappelle également que des troubles ont émaillé le déroulement des opérations électorales, jeudi, dans la région traditionnellement frondeuse de Kabylie et dans la capitale. Dans les rues du centre d'Alger, la police est intervenue pour empêcher tout rassemblement, les manifestants sont parvenus à briser un cordon de police leur barrant l'accès au carrefour de la Grande Poste, lieu symbolique de rassemblement du "Hirak". Le vote a été arrêté dès la matinée, selon l'Autorité nationale indépendante des élections (Anie), à Bejaïa, Tizi Ouzou et Bouira, principales localités de Kabylie à majorité berbérophone. A Béjaïa, un centre de vote a notamment été saccagé et à Bouira, une antenne locale de l'Anie a été incendiée. "On ne peut pas dire en tout cas que le climat soit à la sérenité", note Kader Abderrahim.

 

 

 

Parce qu'aucun candidat ne représentait les manifestants

Pour les manifestants, le résultat de l'élection importait de toute manière assez peu. Qu'il s'agisse d'Abdelmadjid Tebboune ou d'un autre, ils n'ont pas souhaité participer au scrutin pour ne pas cautionner le régime. "J'ai manifesté hier à Alger et j'y ai passé la nuit pour remanifester aujourd'hui et dire qu'on ne reconnaît pas leur vote et leur président", a ainsi expliqué à l'AFP Saïd, un ingénieur de 32 ans, pour qui le nom du nouveau président n'a aucune importance. "On va manifester jusqu'à obtenir la démocratie", assure-t-il. "Les candidats font partie du même système que les deux anciens Premiers ministres qui viennent d'être condamnés à de la prison. Tout le régime est pourri de l'intérieur", confiait également Lina à franceinfo, avant l'annonce des résultats. 

 

 

"De toute façon, celui qui a été désigné ne gouvernera pas, ne fera pas ses propres choix. Il devra appliquer ce qu'on lui dit de faire", prévient Kader Abderrahim. Les observateurs s'accordent pour dire que les militaires tirent les ficelles. "L'armée contrôle l'Etat, et l'Etat contrôle la rente pétrolière, estime Pierre Vermeren. La force du régime algérien, c'est qu'il distribue la manne venue des hydrocarbures, et comme l'économie algérienne ne produit rien d'autre, la manifestation ne bloque rien et le régime s'en fiche."

 

 

"La majorité des Algériens était contre ces élections, et n'y a pas participé, poursuit Habib Brahmia. Cela prouve que le 'hirak' [nom donné au mouvement de contestation] est très fort et qu'il faut aller vers un changement radical du système." Ce cadre du parti Jil Jadid estime que la contestation va se poursuivre. "Le hirak va continuer aujourd'hui et les vendredis suivants. Maintenant, il va devoir se structurer politiquement."

 

 

 

Parce que le nouveau président va souffrir d'un manque de légitimité

La faible participation, les doutes sur la sincérité du scrutin, le fossé creusé avec les manifestants... sont autant de difficultés à venir pour Abdelmadjid Tebboune, le nouveau président. "Quelle légitimité va avoir le président désigné ? Aucune, il va aller devant les organisations internationales et tout le monde va rire dans son dos. Cette mascarade électorale va se retourner contre eux", estime Kader Abderrahim.

 

 

Ils ont voulu le retour à la légalité, mais ils n'auront pas la légitimité.Kader Abderrahim, politologue à franceinfo

 

 

Pour l'historien Pierre Vermeren, le nouveau chef d'Etat et le régime vont quand même pouvoir s'appuyer sur les 40% de participation. "Ils ont peut-être un peu gonflé les chiffres pour arriver à 40%, mais même si on est à 30% c'est une victoire pour le régime. Il a réussi à faire voter l'armée, les familles du FLN, les familles des moudjahidines [combattants pour l'indépendance], peut-être aussi des personnes âgées à qui on a fait peur avec un chaos hypothétique..."

 

 

La légitimité du nouveau chef de l'Etat risque surtout de se construire avec le temps. "Le nouveau président algérien ne va pas pouvoir gouverner contre les élites, contre la rue. Maintenant que le pouvoir est rassuré, qu'il a réussi à remettre un homme à lui à la tête du pays, un verrou pour cadenasser le régime, il va peut-être faire des concessions, donner des gages à la rue", se demande Pierre Vermeren. Selon lui, l'Algérie est actuellement divisée en trois : "Un tiers qui soutient tacitement le régime, un tiers dépolitisé et le dernier tiers qu'on voit dans les manifestations."

 

 

Le nouveau chef de l'Etat aura donc la lourde tâche de reconstruire l'unité du pays. "Le président sera obligé de faire des concessions. Il faut qu'il libère les détenus d'opinion et qu'il engage une période de transition, de dialogue avec toutes les factions de la société, tous les partis pour trouver une sortie de crise", réclame  Habib Brahmia. Mais pour Kader Abderrahim, l'heure n'est pas à l'optimisme. "Ils ont mené ce pays dans l'impasse et je ne vois vraiment pas ce qui peut les conduire à entrer dans un dialogue fructueux pour trouver un compromis. Le régime se retrouve isolé et massivement rejeté par son propre peuple."

 


14/12/2019
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Franceinfo - le vendredi 13 décembre 2019

 

 

Présidentielle en Algérie : Abdelmadjid Tebboune, ancien Premier ministre de Bouteflika, élu avec 58,15% des voix

 

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Jean-Loup AdénorJuliette CampionFrance Télévisions

 

 

Présenté comme le candidat préféré de l'armée, le septuagénaire s'est imposé à l'issue d'un vote marqué par une abstention record.

 

 

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Abdelmadjid Tebboune, le 9 novembre 2019, à Alger. (AFP)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Il n'y aura pas de second tour en Algérie. Abdelmadjid Tebboune, ancien bref Premier ministre d'Abdelaziz Bouteflika en 2017, a remporté le premier tour de la présidentielle, a annoncé, vendredi 13 décembre, l'Autorité nationale indépendante des élections. Favori du scrutin, il a recueilli 58,15% des suffrages.

 

 

Un président de 74 ans. Abdelmadjid Tebboune était présenté par la presse algérienne comme le favori et le candidat préféré de l’armée. Mais l'ancien Premier ministre cherchait à se défaire de cette image et se présentait comme le "candidat du peuple".

 

 

Une participation historiquement basse. Le taux de participation a été de 41,13%, soit le plus faible de toutes les présidentielles pluralistes de l'histoire du pays. Il est inférieur de plus de dix points à celui du précédent scrutin, le plus faible jusqu'ici, qui avait vu la quatrième victoire de Bouteflika en 2014.

 

 

L'armée à la baguette. Après une première tentative d'élection avortée en juillet, le haut commandement de l'armée, pilier du régime, avait tenu coûte que coûte à organiser ce scrutin pour sortir de la crise politico-institutionnelle, qui a aggravé la situation économique. Le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée, assurait depuis des semaines que la participation serait "massive".

 


13/12/2019
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Franceinfo - le vendredi 13 décembre 2019

 

 

Royaume-Uni : les quatre enseignements des législatives, après la victoire écrasante de Boris Johnson

 

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Le Premier ministre conservateur se voit conforté dans les urnes. Il a obtenu, à l'issue du scrutin de jeudi, une large majorité qui va lui permettre, selon lui, de mettre en œuvre la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne d'ici au 31 janvier

 

 

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Le Premier ministre Boris Johnson célèbre sa victoire aux élections législatives, le 13 décembre 2019 à Londres (Royaume-Uni). (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

 

 

 

La victoire est nette. Les résultats des élections législatives britanniques anticipées, publiés dans la matinée du vendredi 13 décembre, ont confirmé les premières estimations. Les conservateurs du Premier ministre Boris Johnson vont pouvoir s'appuyer sur une majorité écrasante et ainsi mettre en œuvre le Brexit.

 

 

>> Résultats, réactions... Suivez les dernières informations sur les législatives britanniques dans notre direct

 

 

A gauche, l'opposition travailliste s'effondre, ce qui acte l'échec de la stratégie de Jeremy Corbyn. Les nationalistes écossais du SNP se renforcent et en profitent pour demander un second référendum sur l'indépendance de l'Ecosse. Voici ce qu'il faut retenir de ces résultats.

 

 

 

Un mandat pour le Brexit

Le Brexit sera réalisé "à temps" le 31 janvier, a promis Boris Johnson après son succès. Le Premier ministre s'appuie sur sa victoire aux législatives, les conservateurs ayant obtenu une majorité écrasante au Parlement britannique. Il faut remonter à Margaret Thatcher pour trouver une victoire comparable des conservateurs. Après dépouillement dans 647 circonscriptions sur 650, le parti de Boris Johnson avait raflé 362 sièges à la Chambre des communes (contre 317 remportés en 2017). Les Tories ont désormais les coudées franches pour mettre en œuvre le Brexit, approuvé à 52% par les Britanniques en 2016.

 

 

 

Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, après sa victoire aux élections législatives, le 13 décembre 2019 à Londres (Royaume-Uni).

Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, après sa victoire aux élections législatives, le 13 décembre 2019 à Londres (Royaume-Uni). (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)



Ce "nouveau mandat fort (...) donne à ce nouveau gouvernement l'occasion de respecter la volonté démocratique du peuple britannique", a souligné Boris Johnson. Il a évoqué un "tremblement de terre" qui redessine le paysage politique britannique, au profit des conservateurs. Les résultats montrent, selon lui, la "décision irréfutable, irrésistible et incontestable" des Britanniques de sortir de l'Union européenne. "Désormais, avec cette majorité écrasante, Boris Johnson va pouvoir faire ratifier son accord" sur le Brexit, estime sur franceinfo Patrick Martin-Genier, enseignant à Sciences Po et à l'Inalco, spécialiste des questions européennes.

 

 

Je vais mettre fin à ces absurdités et nous allons le réaliser à temps d'ici au 31 janvier .Boris Johnson devant ses partisans

 

 

Les places boursières européennes ont démarré vendredi en hausse, galvanisées par la victoire des conservateurs aux élections britanniques, qui devrait permettre de trancher une bonne fois pour toutes la question du Brexit. "Pour les marchés et les entreprises, c'est le résultat parfait, une claire majorité pour les conservateurs, le risque Corbyn écarté, une nette réduction des incertitudes autour du Brexit et même un budget rapide pour soutenir l'économie", résume Neil Wilson, analyste chez Markets.com.

 

 

 

Un effondrement du Labour

Ce scrutin est une claque pour le Labour. Les travaillistes remportent entre 201 et 203 sièges, selon les résultats partiels, soit une quarantaine de sièges en moins par rapport à l'Assemblée sortante. Ils ont perdu des circonscriptions ouvrières détenues depuis des décennies par la gauche, à l'image de certains fiefs symboliques, comme la ville de Workington. 

 

 

"Je ne conduirai pas le parti lors d'une quelconque élection", a annoncé Jeremy Corbyn, le chef de l'opposition, depuis sa circonscription d'Islington, dans le nord de Londres, où il a remporté à 70 ans un 10e mandat. Sa défaite historique laisse le Labour face au choix radical de maintenir sa ligne gauchisante, qui a attiré de nombreux jeunes dans ses rangs, ou de revenir à la social-démocratie triomphante des années Tony Blair.

 

 

 

Le leader du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, à Islington, dans le nord de Londres (Royaume-Uni), le 13 décembre 2019.

Le leader du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, à Islington, dans le nord de Londres (Royaume-Uni), le 13 décembre 2019. (ISABEL INFANTES / AFP)


 

Le chef du parti travailliste britannique Jeremy Corbyn s'est dit vendredi "très déçu" du résultat des élections législatives. Humilié dans les urnes, il se trouve ainsi poussé à la démission. Il a ajouté qu'il souhaitait voir son parti entamer une "réflexion sur le résultat du scrutin et sa future politique". Eurosceptique dans un parti dont les députés sont majoritairement europhiles, Jeremy Corbyn avait choisi d'entretenir l'ambiguïté sur la question du Brexit.

 

 

 

Une déception pour le Parti libéral démocrate

Pour les Britanniques pro-UE, l'espoir d'empêcher le Brexit s'est évanoui avec la défaite du Labour et l'échec des Libéraux-démocrates. Ces derniers, qui ont tout misé sur la promesse de stopper purement et simplement le Brexit, vont devoir se contenter de seulement 11 à 13 sièges, selon les dernières projections. Ils ont échoué à séduire les europhiles des camps conservateur et travailliste. Le Parti libéral démocrate était pourtant arrivé à la deuxième place aux élections européennes de mai dernier, obtenant 20,3% des voix, derrière l'europhobe Parti du Brexit. 

 

 

 

La chef de file des Lib Dems, Jo Swinson, s\'exprime après avoir perdu dans la circonscription d\'East Dunbartonshire, au nord de Glasgow (Ecosse), le 13 décembre 2019.

La chef de file des Lib Dems, Jo Swinson, s'exprime après avoir perdu dans la circonscription d'East Dunbartonshire, au nord de Glasgow (Ecosse), le 13 décembre 2019. (PAUL ELLIS / AFP)


 

Il s'agit d'un camouflet pour la dirigeante Jo Swinson, élue depuis à peine cinq mois à la tête des Lib Dems, qui avait commencé la campagne en affirmant qu'elle pourrait être le prochain Premier ministre. Cette mère de famille de 39 ans a même été battue dans la circonscription de East Dunbartonshire, dans l'ouest de l'Ecosse, par le candidat indépendantiste écossais du SNP. Elle a par conséquent annoncé qu'elle quittait la tête du parti, rapporte The Guardian

 

 

 

Un espoir pour les indépendantistes écossais

A gauche, les nationalistes écossais du SNP ont, pour leur part, progressé d'au moins 20 à 46 sièges, selon les résultats partiels. Le parti a ainsi raflé la très grande majorité des 59 sièges dévolus à l'Ecosse.

 

 

 

La Première ministre et chef de file des indépendantistes écossais, Nicola Sturgeon, célèbre la victoire de son parti aux législatives, le 13 décembre 2019 à Glasgow (Ecosse).

La Première ministre et chef de file des indépendantistes écossais, Nicola Sturgeon, célèbre la victoire de son parti aux législatives, le 13 décembre 2019 à Glasgow (Ecosse). (ANDY BUCHANAN / AFP)



Ils comptent s'appuyer sur ce résultat pour demander un second référendum sur l'indépendance de l'Ecosse, dont les habitants restent majoritairement hostiles au Brexit. Il va encore falloir convaincre Boris Johnson, qui demeure fermement opposé à une telle consultation.

 

 

Il y a maintenant un mandat en vue d'offrir au peuple écossais le choix de son propre avenir. Nicola Sturgeon, Première ministre écossaise à Sky News

 

 

La Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a déclaré qu'elle avait remporté "un mandat renouvelé, rafraîchi et renforcé" pour appeler à un nouveau vote d'indépendance, détaille The Guardian. "Boris Johnson a peut-être reçu un mandat pour faire sortir l'Angleterre de l'Union européenne. Il n'a absolument pas le mandat de faire sortir l'Ecosse de l'Union européenne. L'Ecosse doit avoir le choix de son propre avenir", a-t-elle déclaré sur la chaîne de télévision Sky News.

 


13/12/2019
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Franceinfo - le mardi 10 décembre 2019

 

 

Ukraine : Emmanuel Macron salue "une relance crédible des pourparlers de paix" après le sommet réunissant les présidents russe et ukrainien

 

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Les présidents russe et ukrainien se sont rencontrés pour la première fois lundi à Paris lors de pourparlers visant à relancer le processus de paix en Ukraine sous la houlette de la France et l'Allemagne

 

 

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Volodymyr Zelensky, Emmanuel Macron, Vladimir Poutin et Angela Merkel sont réunis à l'Elysée (Paris), le 9 décembre 2019. (HO / UKRAINIAN PRESIDENTIAL PRESS SER / AFP)

 

 

 

"Le fait que nous soyons côte à côte montre une relance crédible des pourparlers de paix", a déclaré Emmanuel Macron après un sommet sur la guerre en Ukraine. Lundi 9 décembre, la toute première rencontre bilatérale entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky s'est déroulée à Paris, relançant ainsi le processus de paix en Ukraine. Ils étaient en présence du président français Emmanuel Macron et de la chancelière allemande Angela Merkel dans le cadre d'un sommet dit "Normandie".

 

 

"Des progrès ont été accomplis sur le retrait des forces, l'échange de prisonniers et la clarification du cessez-le-feu", a déclaré Emmanuel Macron. Le président français a également annoncé la tenue d'"un nouveau sommet au format Normandie d'ici quatre mois". L'Elysée a ensuite ajouté : "Les parties s'engagent à mettre en œuvre totalement et intégralement le cessez-le-feu, qui sera consolidé par la mise en œuvre de toutes les mesures nécessaires de soutien au cessez-le-feu, avant la fin de l'année 2019."

 

 
 

 

Après trois ans de paralysie des négociations pour tenter de mettre fin à la guerre dans l'est de l'Ukraine, la rencontre entre le maître du Kremlin, rompu aux rapports de force internationaux, et le jeune président ukrainien, un ancien comédien arrivé au pouvoir en mai, était très attendue. La guerre entre Kiev et les séparatistes pro-russes a fait plus de 13 000 morts dans le Donbass, bastion industriel de l'Est ukrainien, et un million de déplacés depuis 2014.

 


10/12/2019
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Franceinfo - le mardi 3 décembre 2019

 

 

"C'est la meilleure non-réponse que j'aie jamais entendue" : Donald Trump se moque d'Emmanuel Macron en ouverture du sommet de l'Otan

 

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franceinfoFrance Télévisions

 

 

Les deux chefs de l'Etat répondaient aux questions de la presse en ouverture du 70e sommet de l'Otan

 

 

 

"C'est pour ça que c'est un formidable responsable politique, c'est la meilleure non-réponse que j'aie jamais entendue !" a taclé Donald Trump après une réponse d'Emmanuel Macron sur les combattants étrangers du groupe Etat islamique, mardi 3 décembre, en ouverture du 70e sommet de l'Otan, organisé à Londres (Royaume-Uni).

 

 

>> Il nous arrive de ne pas être d'accord" : rencontre entre Macron et Trump en ouverture du 70e anniversaire de l'Otan

 

 

Avant cette rencontre, Donald Trump avait attaqué le président français en le critiquant sur ses propos tenus dans la presse britannique : Emmanuel Macron avait jugé que l'Alliance atlantique, née en 1949, était "en mort cérébrale". C'est un jugement "très, très méchant à l'adresse de 28 pays", avait déploré Donald Trump, qui s'était dit "très surpris" par la déclaration d'Emmanuel Macron. "Personne n'a besoin de l'Otan plus que la France", avait-il affirmé, critiquant par ailleurs durement la volonté de Paris de taxer les géants technologiques américains.

 


04/12/2019
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Franceinfo - le mardi 3 décembre 2019

 

 

Taxe Gafa : on vous explique pourquoi la tension monte à nouveau entre la France et les Etats-Unis

 

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franceinfo avec AFP et ReutersFrance Télévisions

 

 

Washington a menacé d'imposer des droits de douane additionnels sur les produits français en réponse à l'instauration d'une taxe sur les géants américains du numérique

 

 

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L'acronyme Gafa regroupe Google, Apple, Facebook, et Amazon. (DAVID HIMBERT / HANS LUCAS / AFP)

 

 

 

L'empire contre-attaque. Lundi 2 décembre, les Etats-Unis ont menacé d'augmenter les droits de douane sur certains produits français. Une mesure de représailles contre la taxe française imaginée par Bercy pour frapper les géants du numérique qui échappent largement, pour l'instant, aux impôts français. En quoi consiste cette taxe Gafa (acronyme pour Google, Apple, Facebook et Amazon) ? Pourquoi les Etats-Unis n'en veulent-ils pas ? Que répond la France ? Quels produits français seraient taxés ? Et pourquoi le ton monte ? Franceinfo vous aide à mieux comprendre ce conflit commercial qui s'envenime.

 

 

 

C'est quoi cette taxe Gafa ? 

Entrée en vigueur en 2019, cette taxe française impose les géants du numérique à hauteur de 3% du chiffre d'affaires réalisé en France. Ce dispositif doit rapporter à l'Etat français quelque 400 millions d'euros, ce qui peut sembler dérisoire au regard des bénéfices réalisés par ces entreprises – Apple a annoncé il y a un peu plus d'un mois un bénéfice annuel de plus de 55 milliards de dollars. La taxe Gafa porte notamment sur la publicité ciblée en ligne, la vente de données à des fins publicitaires et la mise en relation des internautes par les plateformes, explique ce sujet de France 2.

 

 

 

 

 

 

"Seules les entreprises excédant deux seuils (750 millions d'euros de chiffre d'affaires à l'échelle mondiale, 25 millions au titre des services fournis en France) sont concernées", explique le site spécialisé NextInpact. Autant dire que le texte a été fait sur mesure pour frapper les plateformes américaines présentes partout dans le monde, et qui échappent à l'impôt en jouant de l'optimisation fiscale et de la dématérialisation des transactions. Aussi, précise NextInpact, "cette fiscalité a rapidement été baptisée taxe Gafa puisque toute concentrée sur les géants du numérique américains".

 

 

 

Pourquoi les Etats-Unis n'en veulent pas ?

En réalité, Donald Trump n'a jamais voulu de cet impôt qui frappe les géants numériques américains. Avant le G7 organisé à Biarritz cet été, le président des Etats-Unis avait d'emblée menacé de taxer le vin français si cet impôt était appliqué. Mais un compromis semblait pourtant avoir été trouvé à l'issue du sommet. Lundi 26 août, en présence de Donald Trump, le président Emmanuel Macron s'était félicité d'avoir "trouvé un très bon accord". La France s'était ainsi engagée à "supprimer" sa taxe Gafa si une taxe internationale visant les multinationales du numérique était adoptée par l'OCDE. Toujours difficile à cerner, le président américain n'avait pas à l'époque exprimé son désaccord. Et depuis, souligne Le Figaro, les Etats-Unis participaient activement aux "négociations en vue d'harmoniser la taxation du numérique à l'échelle mondiale".

 

 

Pourtant, lundi 2 décembre, Donald Trump est monté à nouveau au créneau pour défendre les entreprises américaines. Le locataire de la Maison Blanche s'appuie sur une enquête ouverte, en juillet dernier, sur la taxe Gafa par le représentant américain au Commerce. Ce rapport "envoie un signal clair à la France et avertit les autres pays qui sont en train de finaliser des mesures similaires que des taxes discriminantes ne seront pas tolérées", estime le directeur exécutif de la Fédération de l'industrie de l'informatique et des communications. Paris pourrait servir d'exemple avant que l'administration Trump ne déclenche des enquêtes à l'encontre de l'Autriche, de l'Italie et de la Turquie pour déterminer si leurs taxes menacent les entreprises américaines.

 

 

 

Quels sont les produits qui seraient taxés ?

Parmi les produits qui pourraient être surtaxés figurent de nombreux fromages dont le roquefort, mais aussi les yaourts, le vin pétillant ainsi que des produits cosmétiques, comme le savon et le maquillage ou encore les sacs à main. Ces surtaxes pourraient atteindre 100%, a indiqué le représentant américain au commerce, dont l'annonce doit encore recevoir l'aval du président Donald Trump. Cette imposition de tarifs douaniers punitifs ne pourra, toutefois, pas intervenir avant la mi-janvier, à l'issue d'une période de consultations. Par ailleurs, elles s'ajouteraient à d'autres surtaxes sur le "made in France" déjà décidées par les Etats-Unis en raison d'un contentieux autour de l'avionneur Airbus.

 

 

Dans un communiqué, la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS) a réclamé une "action urgente" du gouvernement français face à ces "nouvelles menaces" pesant sur la filière. Avec près de 700 millions d'euros, les vins mousseux représentent en effet près de 40% des exportations totales de vins français aux Etats-Unis sur les douze derniers mois, rappelle-t-elle. Le syndicat agricole français FNSEA se montre lui aussi inquiet. Il a demandé à ne pas être "pris en otage" du conflit.

 

 

 

Comment la France a-t-elle réagi ?

Lundi, avant même les propos virulents du président américain, le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire, invité de France Inter, avait prévenu que la France ne renoncerait "jamais" à sa taxe sur les géants de la high-tech. Il a surtout insinué que la taxe Gafa était l'arbre qui cache la forêt. Pour lui, les Etats-Unis ne veulent plus d'un grand accord international sur la fiscalité du numérique. "Après avoir réclamé une solution internationale à l'OCDE, Washington n'est pas sûr d'en vouloir", a-t-il déploré lundi.

 

 

Le ton est encore monté mardi, le ministre de l'Economie dénonçant des sanctions "inacceptables" après les menaces des Etats-Unis. "La taxe française n'est pas discriminatoire. (...) Elle comprend des entreprises américaines, mais aussi des entreprises françaises, des entreprises européennes et des entreprises chinoises", a poursuivi Bruno Le Maire. "Les Etats-Unis doivent savoir que s'ils s'engageaient dans un nouveau train de sanctions contre la France, l'Union européenne serait prête à réagir fortement", a-t-il insisté.

 

 

De son côté, le Français Thierry Breton, nouveau commissaire européen au marché unique et au numérique, est allé plus loin, laissant entendre que le secrétaire américain au Trésor pourrait, en fait, annoncer le retrait des Etats-Unis des négociations de l'OCDE.

 

 

 

Quelles sont les conséquences à ces tensions ?

Sur les marchés financiers français, les menaces américaines ont fait souffrir les valeurs du luxe à la Bourse de Paris. LVMH – qui vient de mettre la main sur le joaillier américain Tiffany – ainsi qu'Hermès ou Kering étaient dans le rouge mardi à la mi-journée. De son côté, l'indice Stoxx qui regroupe la plupart des grands acteurs européens du secteur cède près de 0,8%. La plus forte baisse sectorielle est pour le compartiment des matières premières avec un recul de 1,7%.

 

 

Néanmoins, en marge du sommet de l'Otan, le président américain a semblé vouloir calmer le jeu. "Nous avons un différend mineur. Je pense que nous allons probablement pouvoir le surmonter", a ainsi déclaré Donald Trump lors d'une rencontre à Londres avec Emmanuel Macron. "Je pense qu'avec le président Trump nous pouvons régler cette situation", a renchéri le président français, se montrant confiant.

 


04/12/2019
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Franceinfo - le mardi 3 décembre 2019

 

 

Otan : Emmanuel Macron s'est montré "très insultant", selon Donald Trump

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions
 

 

Le président français avait estimé que l'Otan était en état de "mort cérébrale", après l'offensive lancée par la Turquie dans le nord-est de la Syrie

 

 

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Donald Trump, le 3 décembre 2019, lors d'un point de presse avec le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg, à Londres. (NICHOLAS KAMM / AFP)

 

 

 

Donald Trump n'a pas apprécié. Le président américain a qualifié, mardi 3 décembre, de "très insultant" le jugement de "mort cérébrale" porté par le président français Emmanuel Macron sur l'Otan et annoncé son intention de lui en parler lors d'un entretien prévu dans la journée. C'est un jugement "très, très méchant a l'adresse de 28 pays", a-t-il déclaré lors d'un point de presse avec le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg, avant le début du sommet du 70e anniversaire de l'Otan à Londres.

 

 

Donald Trump s'est dit "très surpris" par la déclaration d'Emmanuel Macron et l'a jugée "très dangereuse" pour la France. "Personne n'a besoin de l'Otan plus que la France", a-t-il affirmé. "La France a besoin de l'Otan", a-t-il insisté. Donald Trump rencontrera Emmanuel Macron dans la journée de mardi pour discuter avec le président français des griefs portés contre l'Otan.

 

 

Emmanuel Macron a jugé l'Otan en état de "mort cérébrale" après l'offensive lancée par Ankara dans le nord-est de la Syrie sans aucune concertation avec les alliés, mais avec l'assentiment du président américain. Le président français "assume totalement" sa critique. Il l'a dit au secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg jeudi à Paris. Emmanuel Macron a en outre déploré que les deux derniers sommets aient été "uniquement consacrés à savoir comment on pouvait alléger le coût financier pour les États-Unis".

 


03/12/2019
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Franceinfo - le vendredi 29 novembre 2019

 

 

Irak : six questions pour comprendre un mouvement de contestation inédit et réprimé dans le sang

 

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Alors que plus de 400 personnes ont été tués en deux mois, le Premier ministre irakien, Adel Abdel Mahdi, a annoncé vendredi qu'il allait présenter sa démission au Parlement

 

 

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Un manifestant irakien, à Najaf, mardi 26 novembre 2019.  (HAIDAR HAMDANI / AFP)

 

 

 

Un mouvement de contestation embrase l'Irak depuis le 1er octobre. La révolte populaire s'est propagée à Bagdad, la capitale, mais aussi dans les bastions chiites de Najaf et Kerbala, ainsi que dans les villes du Sud du pays, comme Nassiriya. En deux mois, elle a fait près de 400 morts et plusieurs milliers de blessés, selon le décompte des agences de presse AFP et Reuters, qui s'appuient sur des sources policières et hospitalières. Pour la seule journée du jeudi 28 novembre, 43 personnes on été tuées, tombées sous les balles des forces de sécurité. 

 

 

Sous la pression, notamment du très écouté ayatollah Ali al-Sistani, le Premier ministre irakien, Adel Abdel Mahdi, a annoncé vendredi qu'il allait présenter sa démission au Parlement. 

 

 

Après la chute du régime baasiste de Sadam Hussein et l'invasion américaine, en 2003, puis le départ de ces troupes en 2011 et l'implantation, trois ans plus tard, de l'organisation Etat islamique, défaite à partir de 2017, l'Irak n'a connu que violences et troubles successifs. Or, ce mouvement populaire, qui fédère plusieurs strates de la société irakienne, pourrait marquer le début de la fin de cette page de l'histoire politique irakienne ouverte il y a seize ans. 

 

 

 

Que se passe-t-il depuis deux mois ?

Tout a commencé le 1er octobre. Ce jour-là, plus d'un millier de manifestants se rassemblent à Bagdad et dans le Sud du pays pour manifester contre la corruption, le chômage et la déliquescence des services publics. Déclenchées par des appels sur les réseaux sociaux, les manifestations sont dispersées avec des canons à eau, des grenades lacrymogènes et des balles en caoutchouc, puis par des tirs à balles réelles. Dès le lendemain, les autorités ferment la zone verte, ce quartier de la capitale où siègent les plus hautes institutions et l'ambassade américaine, et instaure un couvre-feu. Le 3 octobre, les blindés des forces spéciales repoussent la foule, tandis que les forces de l'ordre tirent sur le sol des balles qui ricochent sur les manifestants.

 

 

Les manifestations réclamant "la chute du régime" sont réprimées dans le sang et internet est coupé dans une grande partie du pays. Fin octobre, au moins 63 personnes sont tuées en moins de 48 heures, en majorité dans le Sud, où les manifestants attaquent ou incendient des QG de partis, de responsables politiques et de groupes armés.

 

 

 

Des manifestants lancent des pierres sur les forces de sécurité lors de heurts, à Bagdad, le 26 novembre 2019. 

Des manifestants lancent des pierres sur les forces de sécurité lors de heurts, à Bagdad, le 26 novembre 2019.  (AHMAD AL-RUBAYE / AFP)

 

 

 

Après des réunions sous l'égide du puissant général iranien Qassem Soleimani, les partis au pouvoir se mettent d'accord, début novembre, pour maintenir le gouvernement Abdel Mahdi en place et en finir avec la contestation, quitte à recourir à la force. A Bagdad, les manifestants se sont emparés d'un immeuble à l'abandon, le "restaurant turc", devenu le QG de la contestation, et occupent la place Tahrir ainsi que des ponts du centre-ville. Barrages routiers, blocages, sit-in... Dans le Sud du pays, des administrations sont fermées et des consulats iraniens attaqués par les manifestants. Ainsi, en dépit d'une répression sanglante, la contestation s'implante et s'organise.  

 

 

 

Qui sont les manifestants ?

"Semblable communion n'avait pas été observée en Irak depuis la révolte de 1920 contre l'occupation britannique !", s'enthousiame l'écrivain irakien Sinan Antoon, cité par Le Monde. Et pour cause : le mouvement est particulièrement hétérogène. Pour Adel Bakawan, directeur du Centre de sociologie de l'Irak (CSI) à l'université de Soran et interrogé par France 24, la mobilisation rassemble des jeunes nés autour de l'an 2000 qui "n'ont connu qu'un Irak traversé par la 'milicisation' et la systématisation de la corruption", des "élites intellectuelles issues de la société civile", lesquelles "essayent de transformer la contestation en mouvement social" et, enfin, des partisans de l'opposition.

 

 

Les jeunes, particulièrement touchés par le chômage, sont en première ligne. Des jeunes marchands de fruits et légumes côtoient ainsi des étudiants sunnites ou des ingénieurs kurdes, décrit un reportage du Monde dans les étages en béton du "restaurant turc"Sunnites, chiites, chrétiens, yézidis, kurdes, étudiants, mais aussi étudiantes... La mobilisation rassemble au-delà des clivages habituels de la société irakienne, clivages entretenus par des années de confessionalisme politique (un système qui répartit le pouvoir proportionnellement entre les communautés religieuses, accusé de favoriser la corruption et le clientélisme).

 

 

Les manifestants, quelles que soient leurs origines ou leur religion, assurent donc se rassembler derrière le seul drapeau irakien. A Bagdad, une seule revendication s'affiche sur les tee-shirts et les fresques, écrit Le Monde : "Je veux une nation !" 

 

 

 

Des femmes tiennent des drapeaux irakiens, sur la place Tahrir, devant le bâtiment occupé par les manifestants, \"le restaurant turc\", le 23 novembre 2019, à Bagdad (Irak). 

Des femmes tiennent des drapeaux irakiens, sur la place Tahrir, devant le bâtiment occupé par les manifestants, "le restaurant turc", le 23 novembre 2019, à Bagdad (Irak).  (SABAH ARAR / AFP)


 

Que veulent-ils ?

"Depuis 2011, aucune des demandes des manifestants n'a été entendue, qu'il s'agisse de l'accès à l'électricité, à l'eau, à des services ou à des opportunités d'emploi, explique au Monde Sinan Antoon. "Ce régime n'a pas de programme de réformes. Beaucoup de scandales de corruption sont désormais connus de tous", ajoute-t-il. L'Irak est en effet l'un des pays les plus riches de la planète en pétrole, mais aussi l'un des plus corrompus. Un habitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté tandis qu'officiellement, 410 milliards d'euros ont été détournés ces seize dernières années (soit deux fois le PIB du pays). Les manifestants réclament donc le renouvellement du système et de la classe dirigeante. 

 

 

"Leurs manifestations sont autant d'appels à une vie digne", abonde dans Libération la politologue Myriam Benraad, spécialiste de l'Irak. 

 

 

 

Quelle est la réponse du pouvoir ?

Dès le 6 octobre, le gouvernement d'Adel Abdel Mahdi, en place depuis à peine un an, a annoncé des mesures sociales. Une aide au logement et une allocation de pension aux jeunes sans emploi, mais aussi la construction de 100 000 logements et ordonne l'installation de halles pour les vendeurs ambulants, dans une tentative de créer des emplois. Pour Loulouwa al-Rachid, du Carnegie Middle East Center, ces réponses relèvent davantage du "déni" que de la promesse : l'Irak est "un Etat rentier qui n'a pas d'économie productive, où le secteur privé ne crée pas d'emplois (...)", explique-t-elle à Libération, pointant une promesse "matériellement impossible".

 

 

Ainsi, "le système est aux abois", explique dans un autre entretien à Libération la politologue Myriam Benraad. "Il est tellement dans l'incapacité de répondre aux demandes de la population que sa seule issue est de recourir à la répression violente." "La férocité de cette répression est à la mesure de la panique des cercles dirigeants face à une contestation qui remet en cause le principe même de la répartition confessionnelle du pouvoir", analyse enfin l'historien Jean-Pierre Filiu sur son blog, hébergé par lemonde.fr.

 

 

Officiellement, le gouvernement s'est d'abord déclaré ouvert à des discussions avec les manifestants. Mais en pratique, les violences, arrestations et enlèvements se poursuivent. Cette escalade fait suite à des discussions entre responsables irakiens et iraniens et à une réunion entre le Premier ministre et de haut gradés militaires, explique le quotidien libanais Daraj, traduit par Courrier International. Après l'attaque du consulat iranien de Najaf, incendié par les manifestants, les autorités ont procédé, jeudi 28 novembre, à un nouveau tour de vis. Le commandement militaire irakien a annoncé avoir dépêché des militaires pour appuyer les gouverneurs dans plusieurs provinces du Sud. "Une cellule de crise a été mise en place sous la supervision des gouverneurs" pour "imposer la sécurité et restaurer l'ordre", annonce un communiqué.

 

 

 

Qui mène la répression sanglante ?

Selon le chercheur Hosham Dawod, interrogé par Le Point, la répression est menée par des groupes armés constitués à l'époque de l'ancien Premier ministre chiite Nouri al-Maliki et "recrutés selon leur appartenance locale et leur dévouement politique. Leur but est plus de protéger le régime politique que la population", explique-t-il. "Ils ont été épaulés par des services de sécurité militaires, comparables à notre gendarmerie, mais aussi par des forces antiémeutes et des milices." Trois corps qui, explique-t-il, "dépendent du ministère de l'Intérieur irakien, qui est totalement noyauté depuis dix ans par la milice Badr [une structure proche de l'Iran]. D'autres milices, membres des unités de mobilisation populaire [et formées et armées par l'Iran], sont également derrière la répression des manifestants." Ces dernières témoignent de "la mainmise multiforme de Téhéran sur les institutions irakiennes", explique Jean-Pierre Filiu. 

 

 

"Les manifestants n'ont pas face à eux, comme au bon vieux temps de Saddam, des troupes d'élite qui massacrent systématiquement et méthodiquement", ironise la spécialiste de l'Irak Loulouwa al-Rachid, citée par Libération. "Nous avons affaire à un Etat plus ou moins voyou qui se réfugie derrière des groupes paramilitaires ou miliciens, mais qui font partie intégrante de l'édifice étatique", fustige-t-elle. 

 

 

 

Quel rôle joue l'Iran ?

"Iran dehors !" "Victoire à l'Irak !" Dans les manifestations, les slogans ne présentent aucune ambiguïté. L'attaque du consulat de la République islamique dans la ville de Najaf, bastion chiite visité chaque année par des millions de pèlerins iraniens, non plus. "Une écrasante majorité d'Irakiens s'estime malmenée par la présence massive d'Iraniens en Irak, notamment à travers les milices chiites", résume dans Le Point Hosham Dawod, qui pointe "un rejet de l'ingérence iranienne politique, idéologique et sécuritaire" par la société irakienne.

 

 

Car même de ce côté de la frontière, l'Iran est partout. Le 19 novembre, le quotidien américain New York Times et le site d'investigation The Intercept confirmaient que Téhéran menait une guerre d'influence chez son voisin en publiant de nombreux documents provenant du ministère des Renseignements iranien. Des fuites qui soulignent "la vaste influence" de l'Iran en Irak, en particulier depuis le départ des troupes américaines, il y a huit ans.

 

 

 

 

 

Ces documents détaillent enfin "des années de travail méticuleux par les espions iraniens pour coopter les leaders du pays, payer des agents irakiens (...) et infiltrer tous les aspects de la vie politique, économique et religieuse de l'Irak", écrit le NYT, cité par France 24

 


30/11/2019
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