L'AIR DU TEMPS

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Franceinfo - le lundi 26 août 2019

 

 

G7 : ce qu'il faut retenir du sommet de Biarritz

 

 

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Les dirigeants des pays du G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie, Canada) se sont quittés lundi, après trois jours de réunions dans la station balnéaire du sud-ouest de la France, placée sous haute sécurité

 

 

 

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Les dirigeants du G7 et d'autres pays lors d'un déjeuner de travail, le 26 août 2019, lors du sommet de Biarritz (Pyrénées-Atlantiques). (MIHO IKEYA / YOMIURI / AFP)

 

 

 

Clap de fin. Emmanuel Macron avait ouvert le G7 de Biarritz avec une allocution télévisée, samedi 24 août. Il y a mis un point final avec une conférence de presse, lundi après-midi, tenue dans un premier temps aux côtés de Donald Trump. "Un message d'unité a pu ressortir de nos échanges. Nous n'avons pas négocié un très long texte, mais une seule page de déclaration", a résumé le chef de l'Etat. Emmanuel Macron sera ensuite interrogé au journal de 20 heures de France 2, dans une volonté de rendre compte aux Français des résultats du sommet. 

 

 

En attendant, voici ce qu'il faut retenir de ces deux jours et demi, marqués par la visite surprise du ministre des Affaires étrangères iranien et par l'annonce du déblocage de 20 millions d'euros pour combattre les incendies dans la forêt amazonienne.

 

 

 

Une aide financière pour l'Amazonie

Jusqu'à la journée de lundi, les dirigeants des pays du G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie, Canada) n'avaient pas trouvé d'accord sur les moyens d'action contre les incendies en Amazonie. Mais peu avant la clôture du sommet, Emmanuel Macron a pris la parole en conférence de presse pour annoncer la décision commune de débloquer une aide d'urgence de 20 millions d'euros, principalement afin d'y envoyer des avions bombardiers d'eau Canadair basés dans le secteur. Le chef de l'Etat a également annoncé le "soutien militaire français dès les prochaines heures dans la région".

 

 

Le G7 est également tombé d'accord sur un volet d'aide à moyen terme destiné à la reforestation, qui sera présenté à l'assemblée générale de l'ONU fin septembre, a précisé l'Elysée.

 

 

 

Une escalade dans la crise diplomatique entre la France et le Brésil

Les incendies en Amazonie cristallisent les tensions entre Paris et Brasilia. Celles-ci ont été avivées en marge du G7 ces derniers jours par les pressions qu'a exercées la France sur le président brésilien Jair Bolsonaro pour qu'il agisse contre ces feux. A la veille du G7, Emmanuel Macron avait accusé son homologue de lui avoir "menti" sur ses engagements en matière d'écologie. Il avait annoncé que la France s'opposait désormais à l'accord controversé de libre-échange entre l'UE et le Mercosur, un groupe de pays sud-américains qui inclut le Brésil.

 

 

Dimanche, Jair Bolsonaro a ri d'un commentaire offensant pour Brigitte Macron sur Facebook. De son côté, l'un de ses ministres a qualifié le président français de "crétin opportuniste". Le chef d'Etat brésilien a tenu "des propos extraordinairement irrespectueux à l'égard de mon épouse", a lancé Emmanuel Macron, lundi. "Qu'est-ce que je peux vous dire ? C'est triste, c'est triste, mais c'est triste d'abord pour lui et pour les Brésiliens", a-t-il déclaré. Tacle supplémentaire, il a dit espérer que les Brésiliens auraient "très rapidement" "un président qui se comporte à la hauteur".

 

 

 

La visite surprise du chef de la diplomatie iranienne

C'est le coup de théâtre diplomatique du sommet. Emmanuel Macron a créé la surprise dimanche en invitant à Biarritz le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, pour discuter d'une sortie de crise sur le nucléaire avec son homologue français Jean-Yves Le Drian. La présidence française a rapidement précisé que cette visite avait lieu à l'initiative de Paris et non du G7. "Aucune rencontre [de Mohammad Javad Zarif] n'est prévue à ce stade avec les Américains", a-t-elle ajouté. Les relations entre Washington et Téhéran sont très tendues depuis le retrait, en 2018, des Etats-Unis de l'accord international sur le nucléaire iranien de 2015.

 

 

Donald Trump a affirmé, lundi, avoir donné son feu vert à Emmanuel Macron lorsque ce dernier lui a annoncé cette visite surprise. "J'ai été au courant de tout ce qu'il faisait et j'ai approuvé", a assuré le président américain. "[Emmanuel Macron] a demandé mon accord. Je lui ai dit : si c'est ça que vous voulez, allez-y !", a-t-il précisé à la presse. Mais il n'a pas souhaité rencontrer Mohammad Javad Zarif, jugeant qu'il était "trop tôt".

 

 

Néanmoins, au cours de la conférence de presse finale du sommet, le président français a dit espérer que cette rencontre puisse s'organiser "dans les prochaines semaines". Pour Emmanuel Macron, les discussions au G7 ont créé les "conditions" de cette entrevue "et donc d'un accord" entre Donald Trump et Hassan Rohani. "Rien n'est fait, les choses sont éminemment fragiles", a prévenu le chef de l'Etat. "Si les circonstances le permettent, je serai d'accord", a affirmé de son côté Donald Trump.

 

 

 

Un accord sur la taxe Gafa

Au cours de ce G7, Emmanuel Macron a notamment cherché à convaincre Donald Trump de ne pas sanctionner le vin français en contrepartie de la décision de Paris de taxer les Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple et autres géants du numérique américains). Car le locataire de la Maison Blanche est vivement opposé à cette taxe, qui prévoit d'imposer ces grandes entreprises du numérique à hauteur de 3% de leur chiffre d'affaires à partir du 1er octobre.

 

 

Emmanuel Macron a commencé par déminer les crispations avec son homologue américain au cours d'un long déjeuner de deux heures, samedi, sur la terrasse du luxueux Hôtel du Palais qui surplombe la grande plage de Biarritz. Mais c'est à 20 km de là, à Saint-Pée-sur-Nivelle, "dans la demeure familiale en pierre et aux volets rouges de Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie", que tout s'est joué, selon Le Parisien. Des réunions secrètes ont été organisées rapidement, en parallèle du sommet et en présence du secrétaire au Trésor américain, de l'ambassadrice des Etats-Unis en France, du conseiller économique de Donald Trump et du représentant américain au Commerce, d'après le quotidien.

 

 

Finalement, lors de sa conférence conjointe avec Donald Trump, organisée lundi après-midi, Emmanuel Macron a annoncé que la France avait trouvé un "très bon accord" avec les Etats-Unis. Il a précisé que les pays du G7 avaient convenu de "trouver un accord en 2020 dans le cadre de l'OCDE" au sujet d'une taxe internationale sur les Gafa. "Le jour où on a cette fiscalité internationale, la France supprime tout projet de taxe. (...) Et tout ce qui a été payé au titre de cette taxe sera déduit de cette taxe internationale", a affirmé le président français devant la presse. De son côté, Donald Trump a choisi de conclure cette conférence de presse conjointe par une boutade sur le vin français, que "la Première dame adore".

 

 

 

Vers de nouvelles règles du commerce international

Emmanuel Macron a affirmé que les pays du G7 s'étaient accordés sur la volonté de moderniser les règles du commerce international. "Nous avons décidé d'accélérer, pour changer les règles internationales afin que tout le monde puisse échanger de manière équilibrée. C'est à nous, à nos ministres, de faire ce travail", a-t-il précisé.

 

 

Le président français a ensuite évoqué la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis : "On voit que les choses bougent. Mon souhait, c'est qu'un accord soit trouvé. Ni les Etats-Unis ni la Chine ne sont naïfs, nous devons veiller à ce que cet accord réduise l'incertitude pour ces deux pays, mais aussi pour l'économie mondiale." Donald Trump est allé dans le même sens, en déclarant qu'il pensait "que la Chine souhait[ait] vraiment qu'un accord soit conclu".

 

 

 

Un sommet sur l'Ukraine prévu en septembre

La Russie ne faisant plus partie du G7 (ex-G8) depuis 2014, le dossier ukrainien n'a pas été le thème central abordé lors de ce sommet. Toutefois, Emmanuel Macron a annoncé lors de sa conférence de presse de clôture qu'un sommet réunissant les dirigeants ukrainien, russe, allemand et français aurait lieu en septembre pour avancer vers la paix en Ukraine. "Les conditions sont réunies pour un sommet utile", a-t-il déclaré, précisant qu'une date serait fixée avec Angela Merkel, Vladimir Poutine et le nouveau président ukrainien Volodymyr Zelensky.

 

 

 

Une photo des dirigeants prise en plongée

La tradition a été honorée d'une façon étonnante. La photo de groupe des dirigeants, particulièrement attendue à chaque G7, a été réalisée cette année en plongée. Sur cette photo figurent Emmanuel Macron, l'Allemande Angela Merkel, l'Italien Giuseppe Conte, l'Américain Donald Trump, le Britannique Boris Johnson, le Japonais Shinzo Abe, le Canadien Justin Trudeau, ainsi que le président du Conseil européen, Donald Tusk. Ils sont assis autour d'une table circulaire et regardent l'objectif, tout sourire.

 

 

 

 

 

 

La photo a été diffusée dimanche sur le compte Twitter officiel du sommet, avec la phrase suivante : "It's time to take action !" ("Il est temps de passer à l'action !"). Un message détourné, avec plus ou moins d'humour, par les internautes. Selon Le Figaro, "le cliché a été pris par un appareil photo accroché au plafond, vraisemblablement activé à distance".

 

 

 

La rencontre historique entre Boris Johnson et Donald Trump

C'était l'autre image très attendue du G7. Le Premier ministre britannique et le président américain se sont rencontrés dimanche matin à Biarritz, une première depuis que Boris Johnson a pris les rênes du Royaume-Uni en pleine crise du Brexit. Les deux dirigeants, qui se ressemblent dans leur style et leur goût de la mise en scène, ont affiché une proximité dans les gestes et dans les échanges de bonnes manières devant les caméras. "Il va être un Premier ministre fantastique", a déclaré Donald Trump à propos de Boris Johnson.

 

 

 

 

 

 

Pourtant, tous deux ne partagent pas toujours la même vision du monde et des échanges commerciaux. Boris Johnson a regretté samedi les "barrières considérables" qui freinent les exportations britanniques aux Etats-Unis. Il a appelé Donald Trump à les lever pour que les deux pays puissent conclure un accord de libre-échange une fois que le Royaume-Uni aura quitté l'Union européenne. "Nous allons conclure un très grand accord commercial, plus grand que ce que nous aurons jamais eu avec le Royaume-Uni. Car ils n'auront bientôt plus le boulet au pied qu'ils ont actuellement", a répondu Donald Trump, dimanche.

 

 

 

Un contre-sommet dans le calme

Alors que les dirigeants des sept pays discutaient à huis clos, le Pays basque avait des allures de camp retranché. Pendant le G7 et les jours qui ont précédé le sommet, quelque 13 200 policiers et gendarmes, appuyés par l'armée, ont sécurisé les lieux. La ville de Biarritz était complètement barricadée.

 

 

L'ampleur de ce dispositif de sécurité a globalement évité tout débordement de la part des participants au contre-sommet organisé dans les alentours. Les plateformes d'opposition nationale (Alternatives G7) et basque (G7 EZ) entendaient conclure leur rassemblement par sept actions pacifiques simultanées près de Biarritz, pour "encercler" symboliquement le G7. Finalement, elles les ont annulées dès samedi soir. Néanmoins, les responsables d'Alternatives G7 et de G7 EZ ont entamé lundi midi une marche symbolique pour tenter de pénétrer jusqu'à la zone rouge, aux abords immédiats du sommet, afin d'accuser "publiquement" les sept dirigeants "d'illégitimité".

 

 

Au total, 104 personnes ont été interpellées depuis les premiers heurts entre manifestants et forces de l'ordre, dont au moins 55 placées en garde à vue. Quant à la grande manifestation entre les villes frontalières d'Hendaye et Irun (Espagne), organisée samedi et déclarée aux autorités, elle s'est déroulée dans une ambiance festive et bon enfant, malgré quelques tensions en fin de cortège.

 

 

 

Des portraits d'Emmanuel Macron brandis à Bayonne

Autre manifestation pacifique organisée en marge de ce G7 : celle des décrocheurs de portraits. Plusieurs centaines de manifestants ont brandi, dimanche matin à Bayonne, la photo du président de la République tête en bas. Il s'agissait de sept des 128 portraits que les organisateurs revendiquent avoir décrochés dans des mairies, dans le cadre d'une campagne de désobéissance civile menée depuis février. Cette marche non violente a été organisée par les mouvements alternatifs et écologistes ANV COP 21, Alternatiba et Bizi ! pour dénoncer "la politique climaticide" du président de la République.

 

 

 

 

 

 

 

Mais décrocher un portrait dans une mairie est un délit qui peut coûter cher. Ces militants risquent cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende pour "vol en réunion". Certains ont déjà été jugés, d'autres le seront en septembre et d'ici la fin de l'année.

 


27/08/2019
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Franceinfo - le samedi 24 août 2019 - mis à jour le 25.08.2019

 

 

VRAI OU FAKE La forêt amazonienne est-elle vraiment le "poumon de la planète" ?

 

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Camille CaldiniFrance Télévisions

 

 

 

Comparer l'Amazonie à un "poumon" qui produit "20% de l'oxygène" que nous respirons est trompeur et réducteur. Le véritable "poumon de la planète", ce sont plutôt les océans. L'Amazonie est, en revanche, d'une importance capitale pour la biodiversité et la régulation du climat du continent américain

 

 

 

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Vue aérienne de la forêt tropicale amazonienne, dans le nord du Brésil, le 15 juin 2017. (BRAZIL PHOTOS / LIGHTROCKET / GETTY IMAGES)

 

 

 

"Le poumon de la planète est en feu", peut-on lire, partout sur les réseaux sociaux. "L'Amazonie, le poumon de notre planète, produit 20% de notre oxygène", a même tweeté Emmanuel Macron. Des centaines d'incendies grignotent l'Amazonie, depuis plusieurs semaines. Ce drame environnemental est dû en partie à la sécheresse, mais surtout à la déforestation, encouragée par le président brésilien, Jair Bolsonaro. Les feux sont notamment provoqués par les défrichements par brûlis utilisés pour transformer des aires forestières en zones de culture et d'élevage ou pour nettoyer des zones déjà déboisées. 

 

 

Partout dans le monde, des militants se mobilisent, et la santé de l'Amazonie, qui a suscité un début de crise diplomatique entre la France et le Brésil, va s'inviter parmi les sujets au menu au sommet du G7 de Biarritz. Mais peut-être faudrait-il trouver une métaphore plus adaptée que "poumon de la planète", pour évoquer cet écosystème complexe, qui produit de l'oxygène, retient des gaz à effets de serre et abrite une biodiversité inégalée.

 

 

 

Le jour, l'Amazonie fait l'inverse d'un poumon

"Inspirez… Expirez…" Lorsque vos poumons fonctionnent correctement, et sans même que vous en ayez conscience, ils trient l'air que vous inspirez pour alimenter votre corps en oxygène et éliminer ce dont il n'a pas besoin : le dioxyde de carbone (CO2). Les plantes aussi "respirent" en continu. Mais le jour, elles font surtout l'exact inverse de nos poumons.

 

 

Les végétaux puisent dans le sol de l'eau et des minéraux pour se nourrir. Avec leurs feuilles, ils captent le dioxyde de carbone (ou gaz carbonique) présent dans l'atmosphère. Les plantes utilisent ensuite l'énergie solaire pour oxyder l'eau et réduire le gaz carbonique afin de produire des glucides, et donc de l'énergie, pour vivre et grandir. C'est ce qu'on appelle la photosynthèse. Au passage, les végétaux rejettent dans l'air du dioxygène (O2). Mais cet oxygène sert en majorité à sa propre consommation. Quand la photosynthèse s'arrête, la nuit, les plantes n'émettent plus d'O2, mais elles continuent à respirer.

 

 

 

Elle ne produit pas "20% de notre oxygène"

Près de 6 millions de kilomètres carrés, 16 000 essences d'arbres différentes… C'est la plus grande forêt tropicale du monde, la plus célèbre sans aucun doute. On lit souvent, y compris sur les sites d'ONG environnementales, qu'elle produit "20% de notre oxygène". C'est lui faire porter une bien lourde responsabilité. "La formule est belle, mais elle n'est pas scientifique", estime d'ailleurs Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement, interrogé par Le Parisien.

 

 

La plupart des scientifiques s'accordent pour estimer que l'Amazonie produit entre 5 et 10% de notre oxygène. Pas plus. Sur Twitter, Jonathan Foley, directeur de l'institut de l'environnement de l'université du Minnesota (Etats-Unis) explique que ses calculs lui permettent d'arriver "au maximum à 6%. Probablement moins".

 

 

 

 

 

 

En réalité, au moins la moitié de notre oxygène provient des océans, où vit le phytoplancton, constitué d'organismes végétaux vivant en suspension dans l'eau. Sa biomasse totale est nettement supérieure à celle des forêts. C'est lui le premier producteur d'oxygène et le plus grand piège à CO2 du monde, le "poumon bleu de la planète".

 

 

Cela laisse aux forêts du monde 50% de la production d'oxygène. L'ensemble des forêts tropicales produit, selon Jonathan Foley, 24% de l'oxygène produit sur la terre ferme et 12% de l'oxygène total, "terre et océan inclus". En admettant que l'Amazonie émette à elle seule la moitié de ces 12%, Foley arrive à 6% de la production d'oxygène mondiale. "Il est biologiquement et physiquement impossible pour l'Amazonie de produire 20% de l'oxygène du monde", insiste-t-il.

 

 

 

Elle consomme presque tout l'oxygène produit

Sans oublier que la forêt amazonienne n'est pas toute jeune. Si des arbres en pleine croissance peuvent en effet émettre beaucoup d'O2, d'autres, en vieillissant et en mourant, dégagent surtout du CO2. En 2005, par exemple, une seule tempête a tué 500 millions d'arbres en Amazonie, selon une étude de 2010 financée par la Nasa (en anglais). Et ces millions d'arbres morts ont relâché toute leur réserve de CO2 dans l'air. 

 

 

"Pour faire simple, le bilan de la forêt en elle-même est nul quand elle est à son état d'équilibre", résume Pierre Thomas, professeur émérite à l'Ecole normale supérieure de Lyon, au Parisien"Il peut même arriver qu'une forêt émette plus de CO2 qu'elle n'en absorbe", explique Alain Pavé, ancien directeur du programme Amazonie du CNRS, au HuffPost. La déforestation massive pourrait avoir cette conséquence. Surtout, la forêt tropicale est un écosystème complexe, habité par des milliards de consommateurs d'oxygène. Des champignons, des bactéries, des animaux, et quelques millions d'humains.

 

 

 

L'Amazonie est bien plus qu'un stock d'oxygène

L'Amazonie n'est donc pas tout à fait "le poumon de la Terre", pas seulement en tout cas. Ce serait "réducteur", explique à L'Express Plinio Sist, qui dirige l'unité Forêts et sociétés au sein du Cirad, organisme de recherche agronomique international. "C'est une source de biodiversité inestimable, c'est un réservoir de carbone face au réchauffement, c'est un régulateur du climat sur tout le continent sud-américain", liste-t-il. 

Cette forêt tropicale abrite une biodiversité unique : 40 000 espèces de plantes dont 16 000 essences d'arbres, 2,5 millions d'espèces d'insectes, 3 000 poissons d'eau douce, 1 500 oiseaux, 500 mammifères, 550 reptiles… Et sûrement encore beaucoup à découvrir. Plus de 2 000 nouvelles espèces ont été identifiées et décrites depuis 1999, selon l'organisation WWF (en anglais).

 

 

La forêt amazonienne régule aussi tout le climat de l'Amérique du Sud. C'est elle qui maintient l'humidité en produisant de la vapeur d'eau. "Si la déforestation se poursuit au rythme actuel, la région risque de graves problèmes de sécheresse", avertit Plinio Sist. Avec un impact inévitable sur l'agriculture et la production d'énergie du Brésil qui "repose en partie sur des barrages au niveau du bassin amazonien, menacé par un déficit de pluies avec le dérèglement climatique". Mais pas seulement. "La déforestation en Amazonie influence aussi les précipitations du Mexique au Texas", selon une étude menée par la Nasa en 2005 (en anglais). "Cela ne modifie pas la quantité de précipitations, mais leur distribution sur le territoire", explique encore la Nasa.

 

 

La déforestation et les incendies ont de lourdes conséquences aussi pour le climat mondial : de piège à CO2, l'Amazonie pourrait se changer en véritable cheminée recrachant des gaz à effets de serre. "Le calcul est simple : une tonne d'arbre qui part en fumée, et ce sont aussitôt presque deux tonnes de CO2 qui s'évaporent", résume Le Parisien. Et ce gaz, la forêt affaiblie est de moins en moins apte à le réabsorber.

 

 

"Il y a de nombreuses raisons de s'inquiéter de ces pics de déforestations de l'Amazonie", conclut Jonathan Foley. Le carbone, le climat, l'eau, la biodiversité, les humains… "Mais heureusement, au moins, on n'a pas à s'inquiéter pour l'oxygène."

 

 

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26/08/2019
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Franceinfo - le dimanche 25 août 2019

 

 

Sommet du G7 : la "marche des portraits" débute à Bayonne alors que les dirigeants discutent à Biarritz

 

 

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Louis BoyVincent MatalonFrance Télévisions

 

 

 

Les dirigeants vont tenter de s'accorder sur des mesures d'urgence contre les feux de forêt en Amazonie, mais aussi sur une relance de l'économie mondiale

 

 

 

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Des manifestants participant à la "marche des portraits", à Bayonne, le 25 août 2019, en marge du sommet du G7. (FRANCE 3 AQUITAINE)

 

 

 

 

CE QU'IL FAUT SAVOIR

 

 

Après les poignées de mains, le temps des négociations est venu. Dimanche 25 août, les dirigeants du G7, réunis en sommet à Biarrtiz, vont tenter de s'accorder sur des mesures d'urgence contre les feux de forêt en Amazonie, mais aussi sur une relance de l'économie mondiale, plombée par la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. 

 

 

Premier tête-à-tête entre Trump et Johnson. La journée a débuté par une image très attendue, celle de la première rencontre entre le président américain Donald Trump et le nouveau Premier ministre britannique Boris Johnson, qui a pris les rênes du Royaume-Uni en pleine crise du Brexit. "C'est l'homme qu'il faut pour le job", a jugé l'Américain. Le Britannique a lui affirmé que les deux pays concluront un "fantastique accord commercial une fois les obstacles écartés".

 

 

Le cas de la Russie vivement débattu. Le président américain a indiqué que la question de la Russie avait fait l'objet d'une "vive discussion" entre dirigeants du G7 samedi soir, mais qu'il ne savait pas si le pays serait finalement réintégré au G7 en 2020. La Russie a été exclue en mars 2014 du G8 - devenu depuis G7 - après l’annexion non reconnue par la communauté internationale de la péninsule ukrainienne de Crimée.

 

 

Une "marche des portraits" pour les anti-G7. A quelques dizaines de kilomètres, les opposants au G7 n'entendent pas désarmer. Dimanche, les anti-G7 organisent à Bayonne "une marche des portraits" où devraient être rassemblés tous ceux d'Emmanuel Macron qui ont été décrochés dans les mairies. Sept autres "rassemblement pacifistes" sont prévus en milieu de journée dans des villes voisines de Biarritz pour "encercler"symboliquement le G7.

 


25/08/2019
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Franceinfo - le jeudi 22 août 2019

 

 

A quoi sert le G7, le sommet des sept pays les plus riches du bloc occidental ?

 

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Anne BrigaudeauFrance Télévisions
 

 

Les chefs d'Etat et de gouvernement de sept grandes puissances occidentales se réunissent du 24 au 26 août à Biarritz, sur la côte basque. Mais à quoi servent ces sommets contestés par les altermondialistes ?

 

 

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Le 5 avril 2019, à Dinard (Ille-et-Vilaine), lors d'une réunion pour préparer le sommet du G7 à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) du 24 au 26 avril 2019. (DAMIEN MEYER / AFP)

 

 

 

Une rencontre coûteuse entre grands du monde, dans une ville transformée en quartier retranché. Voilà, en plus de la traditionnelle photo de famille, pour les caractéristiques les plus évidentes d'un sommet du G7, aux yeux du grand public. La coquette somme de 24 millions d'euros a ainsi été déboursée pour accueillir à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), du 24 au 26 août, les chefs d'Etat et de gouvernement des sept pays membres ainsi que 5 000 délégués et journalistes, selon le maire de la ville cité par Sud-Ouest. Et encore, cette enveloppe rondelette n'englobe-t-elle pas les préparatifs de cette réunion qui a pour thème, selon l'Elysée, "la lutte contre les inégalités".

 

 

Mais ces sommets imposants, vivement critiqués par les altermondialistes, servent-ils réellement à quelque chose ? Eléments de réponse alors que la France, cette année, occupe la présidence tournante de cette instance.

 

 

 

Créé en 1975 pour "sortir du désordre financier"

Cocorico ! C'est au Français Valéry Giscard d'Estaing qu'est attribuée la création du G7. Du 15 au 17 novembre 1975, sous l'œil des caméras de télévision, le président de la République invite au château de Rambouillet (Yvelines) les dirigeants des six pays les plus riches de la planète (France, Etats-Unis, Japon, Royaume-Uni, Italie, Allemagne de l'Ouest). Il voulait, souligne ainsi le directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques Pascal Boniface, "créer un contact direct entre les gouvernants", dans un cadre accueillant. L'année suivante, ce G6 –groupe des six– se mue en G7 en accueillant le Canada. A quelques variations près, le club prend sa forme définitive. 

 

 

 

Photo de famille des chefs d\'Etat ou de gouvernement avant la clôture de la conférence des six pays les plus industrialisés, le 17 novembre 1975 au château de Rambouillet (Yvelines). De g. à dr. : Aldo Moro (Italie), Helmut Schmidt (RFA), Gerald Ford (Etats-Unis), Valery Giscard d\'Estaing (France), Harold Wilson (Royaume-Uni) et Takeo Miki (Japon).

Photo de famille des chefs d'Etat ou de gouvernement avant la clôture de la conférence des six pays les plus industrialisés, le 17 novembre 1975 au château de Rambouillet (Yvelines). De g. à dr. : Aldo Moro (Italie), Helmut Schmidt (RFA), Gerald Ford (Etats-Unis), Valery Giscard d'Estaing (France), Harold Wilson (Royaume-Uni) et Takeo Miki (Japon). (AFP)


 

A l'origine de l'initiative, le choc pétrolier de 1973, qui secoue l'économie mondiale et pousse le bloc occidental à se concerter. L'objectif est d'harmoniser les politiques financières au sein d'un cénacle choisi, donc hors des Nations unies : "Valéry Giscard d’Estaing voulait sortir de la pesanteur de l'ONU", explique l'universitaire Régine Perron, auteure d'une Histoire du multilatéralisme (éd. Presses Université Paris Sorbonne, 2018). 

 

 

Il s'agissait de prendre des décisions rapides pour sortir du désordre monétaire et financier, d'établir une gouvernance occidentale avec une ligne, définie par les pays les plus riches, à laquelle les émergents devaient se plier.Régine Perron, historienne spécialiste du multilatéralisme à franceinfo

 

 

Avec quels résultats ? "Après les sommets, on devinait qu’il y avait eu un consensus sur certaines décisions financières qui se traduisaient à l’époque au FMI [Fonds monétaire international], détaille Régine Perron. L'objectif était de ne pas tomber dans le protectionnisme et la guerre des monnaies." 

 

 

 

"Un groupe informel avec un rôle d'orientation"

L'idée ? Se mettre d'accord sur de grandes orientations, plutôt que prendre des décisions concrètes. "Le G7 n’est pas une institution internationale : c’est un groupe informel qui joue un rôle d’orientation et d’impulsion politique, confirme le Quai d'Orsay sur son site. Les pays membres se concertent pour faire avancer les questions liées aux politiques de sécurité, de gouvernance de la mondialisation, et de gestion des biens publics mondiaux." 

 

 

L'important, dès le début, est de resserrer les liens pour amortir les turbulences, rappelle un sujet de France 3. En 1977, le G7 instaure "un système de concertation permanente entre les Etats-Unis, l'Europe [invitée en tant que telle, à partir de cette date, aux sommets] et le Japon pour faire face aux crises". 

 

 

Parmi les dates marquantes jusqu'en 2003, France 3 retient le sommet de 1984 à Londres, avec "le couple américano-britannique Reagan-Thatcher tentant d'imposer l'hégémonie libérale anglo-saxonne". A Toronto (Canada), en 1988, un geste est fait en direction des pays en développement, avec "l'effacement partiel de la dette"

 

 

 

 

 

Après la chute du mur de Berlin, les sommets de Londres en 1991 et de Munich en 1992 "scellent sous Gorbatchev et sous Eltsine l'intégration progressive de la Russie dans l'économie mondiale". Et dès 1996 à Lyon, le G7 affiche, comme l'un de ses objectifs prioritaires, la lutte contre le terrorisme, après l'attentat contre la base américaine de Dhahran, en Arabie saoudite, qui a fait 19 morts et près de 400 blessés.

 

 

 

Transformé en "barnum médiatique'"

Ordre économique libéral et lutte contre le terrorisme, les grands jalons sont posés. Mais au fil des ans, la machine perd en efficacité, selon Pascal Boniface. "Avec des délégations officielles de plus en plus imposantes et des centaines de journalistes qui participent à ce barnum médiatique, la marge de manœuvre a disparu", analyse-t-il.

 

 

Il y avait auparavant, dans le G7, un caractère discret, informel, permettant d'avancer dans l’ombre pour être efficace, qui n’existe plus.Pascal Boniface, géopolitologue à franceinfo

 

 

Avec les projecteurs braqués sur ces rencontres annuelles, difficile, toutefois, d'éluder la question du bilan. Que reste-t-il de ces sommets qui se déroulent dans des villes barricadées, depuis les heurts entre contestataires et forces de l'ordre au sommet de Gênes, en 2001, où un manifestant italien, Carlo Giuliani, a été tué par un carabinier ? Sur sa page consacrée au G7, le ministère des Affaires étrangères cite, parmi "les résultats très concrets" de ces dix dernières années, plusieurs points. Notamment le Partenariat de Deauville, lancé en 2011 "pour aider les pays arabes en transition démocratique" (dont la Libye, toujours en guerre civile), "l’Initiative de Muskoka pour réduire la mortalité maternelle et infantile en 2010, et le soutien à la mise en œuvre (...) de l’Accord de Paris sur le climat". Difficile de connaître le degré de réalisation de ces promesses. "Depuis 2010, un rapport annuel de redevabilité permet d’évaluer la mise en œuvre des engagements souscrits lors des sommets du G7", assure le Quai d'Orsay. Mais le site renvoie à une page introuvable.

 

 

 

La vitrine d'un "capitalisme brutal", selon les altermondialistes 

Même les altermondialistes n'y croient plus vraiment.  "Le G7 n’est plus du tout, comme il y a dix ou vingt ans, une instance qui régule l’ordre du monde", constate Aurélie Trouvé, membre de l'organisation altermondialiste Attac et de la plateforme Alternatives G7 (une cinquantaine d'associations fédérées pour un contre-sommet du G7). Elle pointe cependant les objectifs affichés dans les communiqués de clôture comme autant de faux-semblants. "Entre autres, les pays membres s'étaient engagés à réduire les gaz à effet de serre ou à garantir la sécurité alimentaire [à Taormina, en Sicile, en 2017]. Or c’est l’inverse qui se passe. La faim dans le monde repart à la hausse. Les gaz à effets de serre aussi", dénonce-t-elle.

 

 

Autant dire qu'elle doute fortement que le thème de "la lutte contre les inégalités", mis en avant par l'Elysée pour l'édition 2019, soit suivi d'effets. "La planète est en recul précisément à cause de la politique menées par les pays du G7 !" s'indigne cette ingénieure agronome, avant d'ajouter :

 

 

Les sommets du G7 restent avant tout la vitrine d’une politique qui fait des ravages et aggrave la crise écologique.Aurélie Trouvé, ingénieure agronome, membre d'Alternatives G7 à franceinfo

 

 

Et Aurélie Trouvé de citer cette tribune publiée sur Bastamag par le collectif auquel elle appartient : "Derrière son charme suranné, le G7 est une arme de séduction massive pour imposer idéologiquement un capitalisme de plus en plus brutal."

 

 

 

Un club restreint éclipsé par le G20...

Pour d'autres raisons, les spécialistes de politique étrangère jugent tout aussi dépassée la formule d'un G7 incapable de s'élargir. "Le G7 permet surtout d’afficher la prétention d'une oligarchie occidentale à gérer le monde, ce qui suppose un minimum de connivence", assène le professeur à Sciences Po et spécialiste des relations internationales Bertrand Badie.

 

 

D'où, selon lui, l'exclusion de la Russie en 2014 : "Le pays avait été intégré au G7 [devenu G8] avec Boris Eltsine [en 1998]. Il en a été exclu avec Vladimir Poutine, sous prétexte de l'intervention russe en Crimée. Le degré de connivence était trop bas. Cela ne servait à rien de maintenir dans le club une Russie qui ne joue pas le jeu occidental et n’a rien à y gagner." 

 

 

 

 

 

Le rétrécissement du club signe sa perte d'influence, avec la montée en régime du G20, un G7 auquel s'ajoutent la Russie et les nouvelles puissances économiques de la planète (Chine, Inde, Brésil, Turquie ...). "Aujourd'hui, relève Pascal Boniface, c’est le G20 qui a le plus d’importance et qui est le plus représentatif du monde." 

 

 

 

... que Donald Trump achève de torpiller 

Que reste-t-il au G7 ? "Il restait la coordination des pays occidentaux entre eux, mais il n’y en a plus depuis l'élection de Donald Trump à la Maison Blanche, épilogue Pascal Boniface. Avec son slogan 'America First', il se fiche complètement des alliés. Sur les communiqués finaux, soit il ne donne pas son accord, soit il les démolit par un tweet." 

 

 

En juin 2018, le président des Etats-Unis saborde le sommet de La Malbaie, au Québec, rappelle France 24, en retirant son soutien au communiqué final et en menaçant de droits de douanes alourdis l'Europe et le Canada. Sans l'ombre d'une gêne, Trump s'affiche "seul contre tous", synthétise France 3. 

 

 

 

 

 

Pour créer un courant d'air, en 2019, Emmanuel Macron annonce un "format renouvelé" qui associera au G7 de Biarritz quatre "grands partenaires" (Afrique du Sud, Australie, Chili et Inde), ainsi que quatre pays africains jouant, selon l'Elysée, "un rôle moteur sur le continent" (Burkina Faso, Egypte, Sénégal et Rwanda). Cela suffira-t-il à faire diversion, face à un Donald Trump qui donne le tempo ? Pour Pascal Boniface, "désormais, aux sommets du G7, on voit davantage l’incapacité des pays occidentaux à se mettre d’accord que l’efficacité des pays occidentaux à avancer".

 


22/08/2019
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Franceinfo - le mercredi 21 août 2019

 

 

Crise politique italienne : "Une situation complètement dramatique due à un comportement tout à fait irresponsable" de Matteo Salvini

 

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L'hypothèse que le ministre de l'Intérieur italien dirige un gouvernement, "constitue un réel danger, non seulement pour l'Italie, mais également pour l'Europe", estime Patrick Martin-Genier, spécialiste des questions européennes et enseignant à Sciences Po Paris

 

 

 

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Matteo Salvini est "un homme qui est dangereux pour l'Italie, dangereux pour l'Europe, et dangereux pour la démocratie", selon P. Martin-Genier, spécialiste des questions européennes et enseignant à Sciences Po Paris. (ANDREAS SOLARO / AFP)

 

 

 

"C'est une situation complètement dramatique qui est due à un comportement tout à fait irresponsable du ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini", a réagi ce mardi 20 août sur franceinfo Patrick Martin-Genier, spécialiste des questions européennes et enseignant à Sciences Po Paris après la démission du Premier ministre Giuseppe Conte. Selon lui, Matteo Salvini a tout fait pour "provoquer des élections". Mais l'hypothèse que le ministre de l'Intérieur, proche de la Ligue d'extrême droite, dirige un gouvernement, "constitue un réel danger, non seulement pour l'Italie, mais également pour l'Europe. Cela mettrait à mal l'identité européenne et notamment les valeurs européennes". Patrick Martin-Genier affirme cependant que "tout est fait pour écarter cet homme dangereux pour l'Italie, dangereux pour l'Europe, et dangereux pour la démocratie".

 

 

>> Notre dossier sur la crise en Italie

 

 

 

franceinfo : L'Italie peut-elle vraiment se payer le luxe de cette crise en ce moment ?

 

 

Patrick Martin-Genier : Non, en effet. L'Italie vit des heures dramatiques aujourd'hui, notamment avec la crise migratoire, avec le navire Open Arms. Cette crise politique intervient en plein mois d'août, quelques jours simplement après le premier anniversaire de l'écroulement du pont de Gênes. C'est une situation complètement dramatique qui est due à un comportement tout à fait irresponsable du ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini, qui n'a de cesse depuis plusieurs mois de bousculer le gouvernement dont il fait partie, pour provoquer de nouvelles élections. Les sondages lui donnent entre 35 et 36 % des voix. Ce qui lui permettrait de devenir haut la main Premier ministre, ce que ne veulent absolument pas les parlementaires italiens et notamment les gens de la coalition.

 

 

 


L'hypothèse d'une arrivée au pouvoir seul de Salvini, et donc de l'extrême droite, c'est quelque chose qui va quand même à l'encontre des valeurs fondatrices de l'Union européenne ?

 

 

Bien sûr, parce que les valeurs de l'Union européenne sont contenues dans le traité et l'Italie est un pays fondateur des Communautés européennes. Ce serait tout à fait inadmissible, inacceptable, inenvisageable. Matteo Salvini adopte un peu les gestes et les mimiques de Benito Mussolini. On lui reproche un peu son approche néo-fasciste, avec ses mots d'ordre raciste. Il ne rejette même pas la comparaison. Il a les mêmes gestuelles que lui et c'est tout à fait inquiétant. Et c'est ce qu'a dit le président du Conseil, Guiseppe Conte. Et c'est ce que disent les autres. Parce qu'il parle d'organiser une marche pour le pouvoir qui rappellerait la marche organisée par Mussolini. Cela s'inscrit dans un contexte populiste et nationaliste. Cela compliquerait les choses parce que Matteo Salvini a bien montré qu'en réalité, comme beaucoup de partis d'extrême droite, il n'est pas si éloigné que cela de Vladimir Poutine et de la Russie, avec laquelle il a eu des liens notamment financiers. Par conséquent, tout cela constitue un réel danger, non seulement pour l'Italie, mais également pour l'Europe. Aujourd'hui le budget italien n'est pas bouclé. L'endettement de l'État italien, c'est plus de 130 % du PIB. Ce qui fait que ce pays est encore sous la menace d'une infraction de la règle du déficit. Cela mettrait à mal l'identité européenne et notamment les valeurs européennes.

 

 

 

Que peuvent faire les autres pays et l'Union européenne, à part regarder sans faire de l'ingérence ?

 

 

Naturellement il n'est pas question d'intervenir dans le débat politique intérieur. Les Italiens, après tout, sont libres de choisir leurs gouvernants. Ils sont libres de refaire leur crise politique en plein mois d'août. C'est tout à fait irresponsable. Guiseppe Conte l'a souligné. Mais naturellement, l'Europe ne peut pas s'immiscer dans les affaires intérieures. En revanche, si on a un gouvernement, éventuellement conduit par Salvini, qui allait contre les valeurs européennes et décidait de faire éclater l'Union européenne, ce pays se mettrait lui-même en dehors de l'Union européenne. Ce serait un coup majeur, un coup fatal donné à la zone euro. Mais pour l'heure, Matteo Salvini, premièrement, n'a jamais dit qu'il quitterait la zone euro, et deuxièmement, il ne semble pas qu'aujourd'hui, il soit en situation de devenir président du Conseil. Car une coalition est en train de se former, soit entre le Mouvement 5 étoiles, le Parti démocrate et un petit parti de gauche et de l'égalité, qui permettrait d'avoir une majorité, soit éventuellement avec Silvio Berlusconi de Forza Italia. Tout est fait pour essayer d'écarter cet homme qui est dangereux pour l'Italie, dangereux pour l'Europe, et dangereux pour la démocratie.

 


21/08/2019
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Franceinfo - le vendredi 16 août 2019

 

 

L'article à lire pour comprendre la crise qui secoue Hong Kong depuis deux mois

 

 

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Camille CaldiniLouis SanFrance Télévisions
 

 

 

Né d'une opposition à un projet de loi spécifique, le mouvement de protestation contre la mainmise chinoise à Hong Kong ne faiblit pas et a élargi ses revendications, malgré l'ombre menaçante de Pékin

 

 

 

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Les forces de l'ordre tentent de disperser des manifestants pro-démocratie, à l'aéroport international de Hong Kong, le 13 août 2019. (TYRONE SIU / REUTERS)

 

 

 

Les grandes marches pacifiques ont laissé la place à de violents affrontements. Dans les rues de Hong Kong, les stations de métro, les halls de l'aéroport international... Des manifestants pro-démocratie, parfois violents, s'opposent aux forces de l'ordre qui n'hésitent pas à lancer des grenades lacrymogènes en tirs tendus et dans des espaces clos. 

 

 

Déclenché par un projet de loi prévoyant de faciliter les extraditions vers la Chine, le mouvement de contestation qui a saisi l'ancienne colonie britannique dure désormais depuis plus de deux mois. En face, les autorités hongkongaises ne cèdent pas et la répression est de plus en plus violente. De l'autre côté de la frontière, Pékin a déployé l'armée, signe que le gouvernement central prend ce conflit au sérieux. On vous explique la grave crise que traverse ce territoire, très particulier, depuis début juin.

 

 

 

C'est où, Hong Kong ?

Hong Kong, c'est un petit territoire de 1 100 km2 (un peu plus petit que le département du Val-d'Oise), au sud-est de l'immense Chine continentale. Comme Macao, Hong Kong dispose du statut de Région administrative spéciale (RAS) de la République populaire de Chine. C'est pourquoi on parle d'un territoire "semi-autonome".

 

 

Un territoire qui a sa propre loi fondamentale (équivalent d'une constitution) qui prévoit en principe des élections au suffrage universel et qui dispose de sa propre monnaie, le dollar hongkongais, indexé sur le dollar américain. Hong Kong possède également son propre système judiciaire, mais aucune indépendance en matière de diplomatie et défense.

 

 

 

 

 

 

 

Hong Kong tient ce statut de son histoire mouvementée. Incorporé à la Chine avant notre ère, il est occupé par les Anglais (qui conduisent aussi à gauche) au XIXe siècle. Pour les Britanniques, le "port aux parfums" est un comptoir maritime idéal en Extrême-Orient, ainsi qu'un point d'entrée vers le continent chinois, via la rivière des Perles (à l'Ouest), qui mène directement à Canton.

 

 

Dans les années 1980, alors que des territoires voisins de Hong Kong doivent être rendus à la Chine à l'expiration d'un bail de 99 ans, Londres et Pékin négocient le retour de la colonie dans le giron chinois. Le Royaume-Uni de Margaret Thatcher accepte de se retirer de Hong Kong. En échange, Pékin s'engage à respecter temporairement le système économique capitaliste qui y règne. C'est le principe "un pays, deux systèmes". Le 1er juillet 1997, Hong Kong est rétrocédé à la Chine sous ces termes, valables jusqu'en 2047.

 

 

 

Mais alors, qui dirige cette région ?

En théorie, Hong Kong dispose d'un pouvoir exécutif qui, si la loi fondamentale était respectée, devrait être élu au suffrage universel. Mais ce n'est pas le cas. A la tête de cette région semi-autonome et dans le viseur des manifestants, on trouve Carrie Lam, désignée en mars 2017 par un comité de grands électeurs, majoritairement fidèles à Pékin. Carrie Lam, 62 ans, est la première femme à occuper ce poste d'équilibriste, entre les intérêts des Hongkongais et la volonté de Pékin.

 

 

 

 

La cheffe du pouvoir exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, passe devant des manifestants, devant son bureau, à Hong Kong, le 13 août 2019.

La cheffe du pouvoir exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, passe devant des manifestants, devant son bureau, à Hong Kong, le 13 août 2019. (THOMAS PETER / REUTERS)


 

Née dans une famille humble du quartier de Wan Chai, elle a fréquenté une école catholique, avant d'étudier à l'université de Cambridge. Elle a ensuite fait carrière dans la fonction publique, avant d'entrer en politique, se révélant très loyale envers le gouvernement central chinois. Comme son prédécesseur, Carrie Lam est souvent qualifiée de "marionnette de Pékin" par ses détracteurs. Depuis le début de la crise, elle aurait plusieurs fois proposé de démissionner, mais "Pékin a refusé", selon les informations du Financial Times (en anglais).

 

 

 

Qu'est-ce qui a poussé les Hongkongais dans la rue ?

Hong Kong est le théâtre d'une forte agitation politique depuis une dizaine d'années. Certains Hongkongais ont le sentiment que l'accord de rétrocession n'est plus respecté. Ils accusent Pékin de rogner les libertés dont doit bénéficier le territoire jusqu'en 2047. A l'automne 2014, le cœur financier de Hong Kong avait été bloqué pendant plusieurs semaines par le "mouvement des parapluies", une vaste mobilisation en faveur de l'autodétermination et de la démocratie. Mais Pékin n'avait rien lâché. 

 

 

Depuis, de nombreux militants pro-démocratie ont été incarcérés ou empêchés de se présenter à des élections. En 2017, six députés issus des rangs de l'opposition ont été déchus de leur mandat : on leur reproche d'avoir manqué de respect à Chine en utilisant un ton, un rythme ou une prononciation "insinuant des doutes" lors de leur prestation de serment, explique RFI. En 2018, les autorités hongkongaises ont en outre interdit le parti indépendantiste HKNP, estimant qu'il "avait un objectif clair visant à faire de Hong Kong une république indépendante".

 

 

Fin avril, dans ce contexte déjà difficile, l'annonce d'un projet de loi devant permettre des extraditions vers la Chine continentale a mis le feu aux poudres. Ce texte prévoit que quiconque directement ou indirectement lié à une activité jugée criminelle par la Chine continentale (ce qui peut inclure des ONG, travailleurs sociaux, journalistes...) résidant ou étant de passage à Hong Kong, pourra être arrêté, extradé et jugé en Chine continentale.

 

 

>> Cinq questions sur la crise à Hong Kong

 

 

Or, les Hongkongais dénoncent une justice chinoise opaque et politisée. Ils craignent que les extradés soient la proie de détentions arbitraires, procès inéquitables ou subissent des séances de torture. "Personne ne sera en sécurité, y compris les activistes, les défenseurs des droits de l'Homme, les journalistes et travailleurs sociaux", s'est alarmé l'ONG Human Rights Watch dans un communiqué (en anglais).

 

 

 

Pourquoi cela dure autant ? 

Une semaine après la première manifestation monstre du 9 juin, Carrie Lam a annoncé la suspension de son projet de loi à l'origine de la contestation, espérant éteindre l'incendie. Sans effet. Entre-temps, la mobilisation a considérablement élargi ses revendications. Désormais, les manifestants remettent ouvertement en cause l'influence globale de Pékin à Hong Kong et dénoncent le recul de leurs libertés.

 

 

Cinq revendications émergent : le retrait du projet de loi et non sa simple suspension, le retrait de la qualification "d'émeutes" pour les manifestations du 12 juin, avec la création d'une commission d'enquête indépendante sur les accusations de violences policières, la libération sans poursuite des centaines de manifestants arrêtés, la mise en place du suffrage universel et la démission de Carrie Lam.

 

 

>> GRAND FORMAT : "Nous perdons nos libertés" : ces habitants de Hong Kong se battent pour préserver leur identité face à la Chine

 

 

"Si nos cinq revendications ne sont toujours pas entendues par Carrie Lam et son gouvernement, le Front civil des droits humains continuera à tenir des manifestations et des rassemblements", avertit Bonnie Leung, une des organisatrices du mouvement.

 

 

Carrie Lam résiste. "Je ne crois pas que nous devrions faire des concessions dans le but de faire taire les manifestants auteurs de violences", estime-t-elle, le 9 août. "La violence, que ce soit son utilisation ou son apologie, poussera Hong Kong sur un chemin sans retour et plongera la société hongkongaise vers une situation très inquiétante et dangereuse", ajoute-t-elle quelques jours plus tard. Bref, un dialogue de sourds s'est installé et la situation, dans l'impasse, dégénère.

 

 

 

Comment réagit Pékin ?

La Chine a d'abord fait l'autruche. Quand, le 9 juin, les organisateurs annoncent plus d'un million de manifestants dans les rues de Hong Kong, les médias chinois sont silencieux. L'agence officielle Chine nouvelle minimise l'événement, la télévision CCTV ne mentionne pas les manifestations et sur Weibo, le Twitter chinois, les recherches ne donnent aucun résultat à cause de la censure. Les médias chinois pensent ensuite trouver une parade : insister sur des manifestations de soutien au projet de loi, plutôt que sur celles des opposants. En vain.

 

 

Sur le terrain, Pékin garde encore ses distances. Quand le Parlement de Hong Kong a été envahi, le 1er juillet, les autorités chinoises condamnent seulement l'action d'un "petit nombre de radicaux". Le ton se fait plus sévère un mois plus tard. "Ceux qui jouent avec le feu périront par le feu", avertit, le 6 août, le porte-parole du Bureau des affaires de Hong Kong et Macao, Yang Guang. Les 13 et 14 août, Pékin change de vocabulaire, qualifiant les violences contre les policiers de "crimes graves" et de "premiers signes de terrorisme".

 

 

 

On sait qui sont les manifestants ?

Les premières manifestations de juin ont rassemblé jusqu'à deux millions de personnes, soit plus d'un quart de la population de Hong Kong (7,4 millions). "Cela montre que la mobilisation a touché tous les âges et toutes les classes sociales", analyse Philippe Le Corre, chercheur et spécialiste de la Chine et de Hong Kong. Si les jeunes représentent une part importante des manifestants, leurs aînés ont également suivi le mouvement à ses débuts. Des personnes âgées ont elles aussi défilé en faveur de la démocratie, tout comme des familles.

 

 

Ces dernières semaines, certains de ces manifestants ont durci leurs moyens d'action. "Il s'agit de jeunes prêts à en découdre, qui ont clairement expliqué que le pacifisme, cela ne fonctionne plus. C'est une nouveauté", explique Philippe Le Corre à franceinfo. "Des moyens plus radicaux sont pour eux la seule façon de médiatiser, d'internationaliser leur mouvement." Et de se faire entendre face au régime chinois. 

 

 

>> Profil, méthodes, revendications... Qui sont les manifestants pro-démocratie à Hong Kong ?

 

 

Une étude récente montre que les manifestants sont plutôt des jeunes, éduqués et très en colère. Sur les 6 688 personnes interrogées par des chercheurs de quatre universités de Hong Kong, près de la moitié (46%) sont des femmes et plus des trois quarts (77%) ont fait des études supérieures. Et la moitié ont moins de 30 ans.

 

 

Interrogés sur ce qui motivait leur engagement dans le mouvement pro-démocratie, 87% ont déclaré qu'ils voulaient que le projet de loi sur l'extradition soit retiré. Mais beaucoup ont aussi fait part de leurs griefs envers les forces de l'ordre : 95% se disent insatisfaits de la façon dont la police gère les manifestations et 92% réclament une commission d'enquête indépendante sur les violences policières.

 

 

 

Une flambée de violence est-elle à craindre ?

L'armée chinoise dispose d'une garnison de plusieurs milliers d'hommes sur le territoire de Hong Kong. Elle n'a pas vocation à entrer en action, sauf si les autorités locales le demandent. Et Pékin agite de plus en plus le spectre d'une intervention militaire. Début août, l'armée chinoise a diffusé une vidéo montrant un exercice de ses soldats occupés à réprimer une émeute sur le territoire semi-autonome. Quelques jours plus tard, plusieurs médias ont repris des images officielles de véhicules militaires chinois en entraînement à Shenzhen, aux portes de Hong Kong.

 

 

 

DW News ✔@dwnews
 

China's state media has released footage showing increased military buildup in Shenzhen, on the border with Hong Kong.

They say that this is a routine drill, though critics fear that this is a message to Hong Kong protesters.

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"La logique qui a conduit à la tragédie de 1989 est en train de se produire à Hong Kong trente ans après", s'inquiète sur franceinfo Lun Zhang, professeur chinois à la Maison des sciences et de l'homme à l'université de Cergy-Pontoise et chercheur en sociologie à l'EHESS, faisant référence à la répression de la place Tiananmen. "Les enjeux ne sont pas tout à fait les mêmes, la logique des affrontements l'est presque, avec, d'un côté, un pouvoir autoritaire, celui de Pékin, qui ne veut rien lâcher."

 

 

D'autres spécialistes sont plus mesurés. "Si on est réaliste, quels seraient les coûts d'une intervention militaire avec les tanks qui débarquent à Central et qui tirent...", s'interroge sur Arte, le 13 août, Jean-Philippe Béja, sinologue et chercheur émérite au CNRS. "C'est difficilement imaginable", pour lui. "Le mouvement à Hong Kong ne menace pas directement le pouvoir du Parti communiste sur l'ensemble de la Chine", commente-t-il.

 

 

"Une intervention militaire ou policière à Hong Kong semble très improbable", juge également auprès du Monde, l'ancien Premier ministre australien Kevin Rudd, président du think tank Asia Policy Institute. "Le scénario le plus vraisemblable est que Pékin, par sa non-réaction, va laisser le mouvement décliner", ajoute-t-il. Selon lui, "une intervention aurait des conséquences inconnues au niveau international et provoquerait l'isolement de la Chine".

 

 

 

Qu'en dit la communauté internationale ?

A l'étranger, on observe ce qui se passe à Hong Kong sans trop oser s'exprimer. "Le Parlement européen a fait un communiqué, mais on ne peut pas dire que la communauté internationale soit prête à affronter la Chine sur ce sujet", résume le chercheur Philippe Le Corre, auprès de franceinfo. Les commentaires sont en effet mesurés et discrets. 

 

 

Donald Trump, pourtant en plein bras de fer commercial avec la Chine, a d'abord estimé qu'il s'agissait d'une affaire interne. Le président américain a sobrement appelé à ce que "tout le monde" reste "calme et en sécurité". "J'espère qu'il y aura une solution pacifique" et que "personne ne sera tué", a-t-il ajouté. Le 14 août, finalement, le département d'Etat américain a fait part de préoccupation vis-à-vis des "mouvements paramilitaires chinois" à la frontière avec Hong Kong. "Nous condamnons la violence (...) mais restons déterminés dans notre soutien à la liberté d'expression et à la liberté de réunion pacifique à Hong Kong", poursuit le communiqué d'un porte-parole de la diplomatie américaine.

 

 

De son côté, le Royaume-Uni, en partie responsable du statut actuel de Hong Kong, est encore plus discret. Vendredi 9 août, le chef de la diplomatie britannique, Dominique Raab, a téléphoné à Carrie Lam pour lui demander une "enquête pleinement indépendante sur les événements récents", en référence à la répression musclée des manifestations contre le gouvernement. La Chine a immédiatement rétorqué à Londres de cesser ses "ingérences".

 

 

En France, pas un mot. Une vingtaine de députés LREM ont d'ailleurs signé une lettre ouverte dans laquelle ils fustigent le silence français. "Il est temps que la communauté internationale parle à la Chine"explique à franceinfo Jean-François Cesarini, député LREM du Vaucluse.

 

 

 

J'ai eu la flemme de tout lire. Vous pouvez me faire un petit résumé ?

Cela fait maintenant plus de deux mois que Hong Kong, ancienne colonie britannique et Région administrative spéciale (RAS) de la République populaire de Chine, est agité par d'immenses manifestations. Des centaines de milliers de Hongkongais réclament le retrait définitif d'un projet de loi qui faciliterait les extraditions vers la Chine continentale, l'instauration d'une véritable démocratie et la démission de la dirigeante de Hong Kong pro-Pékin, Carrie Lam. D'abord pacifique, le mouvement s'est durci sous l'impulsion de certains groupes organisés qui n'hésitent pas à affronter les forces de l'ordre, accusées de violence. Et si le pouvoir chinois a d'abord suivi les événements de loin, il qualifie désormais certains actes des manifestants de "terrorisme", faisant craindre à certains observateurs une intervention militaire.

 


16/08/2019
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Franceinfo - le mardi 13 août 2019

 

 

Tribune de députés LREM sur la crise à Hong Kong : "Il ne faut pas attendre un énorme drame pour s'exprimer", exhorte un des signataires

 

 

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Après plusieurs semaines de manifestations et alors que l'exécutif hongkongais durcit le ton, une vingtaine de députés français LREM ont signé une lettre ouverte, demandant à la France de s'exprimer. "Plus il y aura de mobilisation politique, plus le gouvernement chinois fera attention", selon le député Jean-François Cesarini

 

 

 

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Jean-François Cesarini, député LREM du Vaucluse, le 20 mars 2019, dans la salle des Quatre colonnes à l'Assemblée nationale.  (VINCENT ISORE / MAXPPP)

 

 

 

Alors que les manifestants pro-démocratie ont de nouveau investi l'aéroport de Hong Kong mardi 13 août, une vingtaine de députés français La République en marche ont signé une lettre ouverte dimanche, fustigeant le silence de la France. "Il ne faut pas attendre qu’il y ait un énorme drame à Hong Kong pour ensuite s’exprimer en regrettant ce qui s’est passé", a indiqué sur franceinfo Jean-François Cesarini, député LREM du Vaucluse. "Plus il y aura de mobilisation politique en France et ailleurs, plus le gouvernement chinois fera attention avant de parler de terrorisme, de chemin de non-retour", a-t-il ajouté.

 

 

 

franceinfo : Reprochez-vous au président Emmanuel Macron de ne pas réagir ?

 

 

Jean-François Cesarini : On ne s’est pas simplement dirigé contre le gouvernement français ou le président de la République. Le silence est beaucoup plus grand que cela : nos opposants politiques, que ce soit le Parti socialiste, Les Républicains ou le Rassemblement national, ne se sont pas exprimés à ce sujet. Même plus généralement dans la communauté internationale, on voit qu’il y a beaucoup de réticences, voire un grand silence.

 

 

Il ne faut pas attendre qu’il y ait un énorme drame à Hong Kong pour ensuite s’exprimer en regrettant ce qu'il s’est passé. Il est temps que la communauté internationale parle à la Chine. Il ne faut pas le faire de manière manichéenne ou frontale, ne pas dire ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire, mais dire simplement que cette aspiration à la démocratie doit être entendue et que le dialogue doit être premier par rapport à la violence.

 

 

À la fois, la France est l’amie de la Chine, et à la fois elle doit soutenir et entendre des aspirations démocratiques. Surtout nous, en tant que Français, héritiers de la Révolution française. On peut parler aujourd’hui à la Chine en tant que Français sans être condescendants et donneurs de leçons.

 

 

 

Il y a un nom qui ne figure pas dans cette tribune, celui de la députée qui représente les Français d’Asie, Anne Genetet. Son absence amoindrie-t-elle votre action ?

 

 

Amoindrir, non. Elle s’est exprimée sur les réseaux sociaux en disant qu'elle pourrait signer une partie de la lettre, notamment la dernière page, mais que peut-être, au début, le ton était un petit peu trop frontal, pas suffisamment diplomatique. Elle est députée des Français notamment en Chine, je peux comprendre qu’il y ait des difficultés, des sensibilités qui soient plus délicates pour elle que pour nous.

 

 

 

A-t-on peur de la Chine et d'éventuelles représailles économiques ?

 

 

Il y a des liens compliqués. La France s’exprimait sur la Russie il y a quelques jours, et pourtant, il y a des accords économiques assez forts. Il n’y a donc pas de raison qu’on ne puisse pas le faire avec la Chine. Il est évident qu’au-delà de la France, c’est à la communauté européenne de s’exprimer.

 

 

Comme à chaque fois qu'il y a une crise dans le monde, les autorités locales sont plus réticentes à avoir une répression aveugle, quand la communauté internationale regarde, met un coup de projecteur dessus. C’est ça qu’il faut faire aujourd’hui. Si on est dans le silence et qu’on regarde ailleurs, alors effectivement la répression pourra se faire de manière beaucoup plus libérée et peut-être de manière beaucoup plus violente. Plus il y aura de mobilisation politique en France et ailleurs, plus le gouvernement fera attention avant de parler de terrorisme ou de "chemin sans retour", et avant de faire des vidéos montrant l'armée chinoise arriver aux frontières.

 


14/08/2019
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20 Minutes actualités - le vendredi 28 juin 2019 - mis à jour le 30.07.19

 

 

A quoi sert encore le sommet du G20?

 

 

 

INTERVIEW Pour le directeur de l’Iris, Pascal Boniface, que les leaders des 20 pays les plus puissants se rencontrent, c’est déjà ça

 

 

 

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Le monde, cette grande famille. — Jacques Witt/SIPA

 

 

 

  • Le sommet G20 s’est ouvert cette année à Osaka, au Japon. Il réunit, en gros, les 20 premières puissances mondiales et l’Union européenne.
  • Mais après plus de dix années d’existence sous cette forme, et alors que les divisions semblent de plus en plus importantes entre les pays, on peut s’interroger sur l’utilité d’un tel raout.
  • Pour Pascal Boniface, dans ce contexte, ces rencontres restent utiles. Elles mettent « de l’huile dans les rouages ».

 

 

Le cérémonial est précis… A tel point qu’il est, depuis quelques décennies, une image habituelle de nos univers médiatiques. Les grands rassemblements, tel le G20, qui vient de s’ouvrir à Osaka au Japon, sont devenus symbole d’une diplomatie mondiale adaptée à l’ère des mass media et du transport intercontinental facile. Mais ce genre de raout, annuel pour le G20 au niveau des chefs d’Etat depuis une dizaine d’années, est-il encore utile ? Le directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), Pascal Boniface, pense que oui.

 

 

 

D’abord, d’où vient le G20 ?

Il y a trois temps. En 1975, Valéry Giscard d’Estaing créé le G7, car à la suite de la crise pétrolière et à la crise économique il voulait créer une instance de concertation souple entre les sept pays les plus industrialisés. Ensuite, le G20 a été créé au niveau des ministres de l’Economie en 1999. Pour tenir compte de la globalisation et de l’émergence de nouveaux pays industrialisés. En 2008, c’est pour la première fois au niveau des chefs d’Etats et de gouvernements que ce G20 se réunit. C’était pour faire face à la grave crise économique mondiale.

 

 

 

Ce rendez-vous-là s’est ritualisé, il est devenu annuel. Il a encore une utilité, concrètement ?

Oui, même s’il ne faut pas s’attendre à des miracles. D’autant moins qu’avec la présence de Donald Trump, insensible au multilatéralisme. Du coup, ni le G7, ni l’assemblée générale de l'ONU ou le G20 ne parviennent à des résultats très concrets quand il s’agit de faire changer Donald Trump d’avis. C’est pas tellement le G20 qui est en cause, mais le président américain lui-même. Bien sur, on peut dire aussi que ces grands sommets ne débouchent pas toujours sur des résultats. Mais, je pense que, si on regarde les choses avec un peu d’objectivité, la situation serait pire s’ils n’existaient pas. On ne peut pas dire aujourd’hui qu’il y a un excès de diplomatie. Le fait que les chefs d’Etat ou de gouvernement des 20 pays les plus importants se rencontrent permet quand même de mettre de l’huile dans les rouages, permet de faire avancer des dossiers et d’éviter les malentendus. Même si, une fois encore, le facteur Trump vient perturber la fluidité des débats.

 

 

 

Même si n’y a pas de grandes avancées à attendre, rien que le fait que ces leaders-là puissent se voir c’est déjà important.

Oui, c’est déjà quelque chose. Ça peut dissiper des malentendus et faire avancer certains dossiers et ça permet d’éviter que des crises naissantes deviennent plus importantes et il y a quand même toujours des progrès. Ne serait-ce que pour mettre sur le premier plan de l’actualité des sujets importants auxquels le monde est confronté. Honnêtement, je ne crois pas qu’il y ait beaucoup d’accords, ou alors peut-être sur des sujets bilatéraux. On verra si Chinois et Américains arrivent à se mettre d’accord sur leurs différends commerciaux. Mais, là encore, c’est moins le G20 que la présidence américaine qui est en cause.

 

 

 

Vous aviez beaucoup parlé de la présence de Donald Trump, qui gâte un peu l’intérêt de telles rencontres : il y a un risque que cette ligne, très peu favorable au multilatéralisme, se diffuse ?

Elle s’est déjà diffusée avec le Brésil. Le Brésil était le chantre du multilatéralisme lorsque Lula ou Dilma Rousseff étaient au pouvoir. Et avec Jair Bolsonaro, on a une sorte de clone de Trump qui est arrivé au pouvoir dans la 9e puissance mondiale. Donc, ça vient encore accentuer encore un peu plus la chute du multilatéralisme. Et, par ailleurs, Trump n’est pas le seul responsable puisque, peut-être en réaction à son propre unilatéralisme, on voit que la Chine et la Russie sont elles aussi tentées par des actions du même type.

 

 

 

C’est une menace ?

Oui, car nous vivons dans un monde qui est à la fois global et interdépendant. Aucun des grands défis qui se pose à l’humanité ne peut être résolu par des solutions unilatérales et individuelles. Ce n’est qu’ensemble qu’on pourra trouver des solutions aux grands problèmes auxquels le monde est confronté. Mais si la première puissance du monde refuse cela et si la deuxième en a une interprétation élastique c’est bien sûr problématique.

 

 

 

Comment, dans un tel rendez-vous, quand on est un ou une cheffe d’Etat du G20, on fait face à une puissance aussi importante qui, plus ou moins, refuse la discussion ?

On essaye, collectivement, de faire pression pour montrer son isolement, pour faire une pression indirecte sur lui. Mais, effectivement, il n’y a pas de votes à la majorité, donc un pays qui refuse… C’est par consensus que les décisions sont prises. Et le G20 n’est pas du tout en mesure d’imposer à Donald Trump, ni à quiconque, une décision qu’il ne voudrait pas voir réalisée.

 


01/07/2019
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Franceinfo - le mardi 25 juin 2019

 

 

Après l'annonce de nouvelles sanctions, l'Iran accuse Donald Trump de "fermer la voie de la diplomatie"

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

 

Téhéran estime que l'administration Trump détruit "tous les mécanismes internationaux existants destinés à assurer la paix et la sécurité mondiale"

 

 

 

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Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif, à New York dans les locaux de l'agence Reuters, le 24 avril 2019. (CARLO ALLEGRI / REUTERS)

 

 

 

En imposant de nouvelles sanctions, les Etats-Unis ont décidé de fermer toute voie diplomatique  entre Washington et Téhéran, dénonce l'Iran, mardi 25 juin. "Imposer des sanctions stériles contre le guide suprême de l'Iran [l'ayatollah Ali Khamenei] et le chef de la diplomatie iranienne [Mohammad Javad Zarif], c'est fermer de façon permanente la voie de la diplomatie avec le gouvernement prêt à tout de Trump", a écrit le porte-parole des Affaires étrangères, Abbas Moussavi, sur Twitter. "Le gouvernement [américain] est en train de détruire tous les mécanismes internationaux existants destinés à assurer la paix et la sécurité mondiale", ajoute Abbas Moussavi.

 

 

Téhéran et Washington ont rompu leurs relations diplomatiques en 1980. Les Etats-Unis ont annoncé lundi des sanctions présentées comme "dures" et frappant le sommet de la République islamique : elles visent Ali Khamenei, et plusieurs commandants des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran. Donald Trump, qui accuse l'Iran de chercher à se doter de l'arme nucléaire et d'être un "parrain du terrorisme", a signé un décret empêchant "le guide suprême, son équipe et d'autres qui lui sont étroitement liés d'avoir accès à des ressources financières essentielles".

 

 

Egalement visé, Mohammad Javad Zarif, visage de la politique iranienne de détente avec l'Occident, considéré comme un modéré et abhorré des ultraconservateurs iraniens, doit être placé sur la liste des sanctions "cette semaine", a prévenu le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin. Selon ce dernier, Washington va geler des "milliards de dollars" d'actifs iraniens supplémentaires. L'Iran a rétorqué à l'ONU en appelant Washington à arrêter son "aventurisme militaire" et sa "guerre économique", en jugeant que le "climat" n'était pas propice à des discussions avec les Etats-Unis.

 


25/06/2019
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Franceinfo - le vendredi 31 mai 2019

 

 

Israël : pourquoi Benyamin Nétanyahou est fragilisé après la dissolution de la Knesset et l'annonce de nouvelles élections

 

 

 

Le Premier ministre a essuyé un revers cinglant en échouant à former une coalition de gouvernement. Il a préféré provoquer de nouvelles élections quelques mois à peine après le précédent scrutin. Du jamais vu en Israël

 

 

 

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Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 29 mai 2019. (ILIA YEFIMOVICH / DPA / AFP)

 

 

 

Il s'est présenté à la presse les traits tirés. Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, est apparu abattu après son échec pour former une coalition de gouvernement qui l'a contraint à provoquer une dissolution du Parlement israélien, la Knesset. Il y aura donc, en septembre prochain, de nouvelles élections, quelques mois à peine après le précédent scrutin. Un échec cinglant et du jamais vu en Israël. Franceinfo vous explique pourquoi la situation du Premier ministre n'a jamais été aussi fragilisée. 

 

 

 

Il est incapable de former une coalition

Benyamin Nétanyahou n'a pas réussi, dans le délai imparti (avant mercredi minuit), à former une coalition avec les partis de droite plus ou moins centristes ou radicaux et les ultra-orthodoxes représentant les quelque 10% d'Israéliens observant rigoureusement les règles du judaïsme. Plutôt que de voir le président Reuven Rivlin donner sa chance à un autre, il a fait le choix d'initier de nouvelles élections en provoquant une dissolution de la Knesset. Un mois seulement après avoir prêté serment à la suite des législatives du 9 avril, les Israéliens retourneront donc aux urnes le 17 septembre.

 

 

Avec cette nouvelle impasse, Benyamin Nétanyahou prête encore davantage le flanc à l'accusation de s'accrocher à son poste coûte que coûte pour sauver sa peau. Depuis des mois, la presse rapporte les projets de Benyamin Nétanyahou et de ses alliés de faire adopter des textes prémunissant le Premier ministre contre les poursuites.

 

 

Le projet de loi d'immunité protégeant les députés en exercice est surnommée "loi française", en référence aux intouchables présidents de la République, rapporte Libération. Un autre texte propose une limitation des pouvoirs de la Cour suprême, qui ne pourrait plus annuler les décisions prises par la Knesset. Avec la perspective de ces nouvelles élections, la promulgation de ces lois est en suspens. Ce qui n'arrange pas les affaire du Premier ministre.

 

 

 

Il est inquiété dans trois affaires judiciaires

Ces lois devaient justement le mettre à l'abri, au moins temporairement contre les poursuites judiciaires qui le menacent. Le Premier ministre doit en effet être entendu par le procureur général d’Israël le 2 octobre, une quinzaine de jours après le prochain scrutin, en vue de sa future inculpation pour corruption, fraude et abus de confiance, dans trois dossiers.

 

 

>>Israël : ce qu'il faut retenir des menaces d'inculpation de Benyamin Nétanyahou, annoncées en pleine campagne électorale

 

 

La police soupçonne notamment le Premier ministre et des membres de sa famille d'avoir reçu pour un million de shekels (environ 245 000 euros) de cigares de luxe, bouteilles de champagne et bijoux de la part de richissimes personnalités, en échange de faveurs financières ou personnelles.

 

 

Les enquêteurs suspectent également Benyamin Nétanyahou d'avoir tenté de conclure avec le propriétaire du Yediot Aharonot un accord pour une couverture plus favorable de la part du plus grand quotidien israélien payant. En retour, le Premier ministre aurait évoqué avec Arnon Moses la possibilité de faire voter une loi qui aurait limité la diffusion d'Israel Hayom, un quotidien gratuit, principal concurrent du Yediot.

 

 

Enfin, le Premier ministre est soupçonné d'avoir tenté de s'assurer une couverture favorable de la part du site d'informations Walla, en contrepartie de faveurs gouvernementales qui pourraient avoir rapporté des centaines de millions de dollars à Bezeq, principal groupe de télécommunications israélien. Ce dossier est présenté comme le plus dangereux pour Benyamin Nétanyahou.

 

 

 

Il a perdu l'appui d'un de ses alliés clés

Un revers intime. Benyamin Nétanyahou connaît bien Avigdor Lieberman, qui fut son mentor dans les années 1990 et son ministre à plusieurs reprises. Mais le chef du parti nationaliste et laïc Israël Beiteinou lui a refusé le vote de ses cinq députés, pourtant essentiels pour obtenir une majorité parlementaire. "Avigdor Lieberman fait à présent partie de la gauche", a lancé le Premier ministre, rapporte Le Monde

 

 

Le plan de route de Benyamin Nétanyahou a dérapé sur le vieil antagonisme entre laïcs nationalistes et ultra-orthodoxes, autour de l'exemption de service militaire dont bénéficient des dizaines de milliers d'étudiants des écoles talmudiques. Avigdor Lieberman s'est arc-bouté sur l'exigence d'une loi annulant l'exemption systématique des ultra-orthodoxes. Une "question de principe", a-t-il martelé. Une ligne rouge pour le camp d'en face. Avigdor Lieberman, dont le parti se bat pour rester en vie à chaque élection, a donc trouvé là de quoi s'assurer l'adhésion d'au moins une partie des nombreux Israéliens qui voient dans l'exception ultra-orthodoxe une injustice.

 

 

 

Il doit faire face à un sérieux concurrent

La précédente campagne électorale a fait émerger un challenger de poids : Benny Gantz, candidat aux couleurs de l'alliance Kahol Lavan (Bleu et Blanc). Agé de 59 ans, ce fils de rescapés de l'Holocauste, ancien parachutiste, ancien commandant d'une unité de forces spéciales et ancien chef d'état-major, s'est distingué lors de ce scrutin, le premier pour ce novice en politique. Pourtant, aujourd'hui, Benny Gantz menace l'indétrônable "Bibi", arrivé au pouvoir en mars 2009. Sa liste de centre-droit a obtenu trente-cinq sièges à la Knesset, soit autant que celle Benyamin Nétanyahou.

 


01/06/2019
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Franceinfo - le dimanche 19 mai 2019

 

 

L’article à lire pour comprendre les élections législatives en Inde

 

 

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Auriane Guerithault et Noémie LeclercqfranceinfoFrance Télévisions

 

 

 

Plus de 900 millions d'électeurs sont appelés aux urnes pour désigner les 545 députés de la chambre basse du Parlement indien. Le Premier ministre sortant, Narendra Modi, pourrait ressortir de ce scrutin sans majorité absolue

 

 

 

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Dans un bureau de vote du district de Jaipur, dans le Rajasthan (Inde), le 29 avril 2019. (VISHAL BHATNAGAR / NURPHOTO / AFP)

 

 

 

Avec 900 millions d'électeurs inscrits, ce sont les plus grandes élections du monde. L'Inde est rentrée depuis le 10 avril dans une course électorale longue de six semaines, dont les résultats seront connus jeudi 23 mai. Organisation, candidats en lice, contexte socio-économique... Franceinfo vous explique le déroulement et les enjeux de ces élections hors normes.

 

 

Un petit mot sur l'Inde pour commencer ?

Avec une superficie de plus de 3 millions de km2, l'Inde est six fois plus grande que la France et vingt fois plus peuplée : en 2018, le pays comptait 1,35 milliard d'habitants. Ce qui en fait le 2e pays le plus peuplé au monde, derrière la Chine, qu'il pourrait dépasser à l'horizon 2022, d'après les prévisions de croissance démographique de l'ONU.

 

 

Depuis les années 2010, le pays a connu une croissance économique extrêmement dynamique, devançant même la Chine, avec un taux de croissance qui frôle les 7%. Cependant, le développement ne suit pas : en 2017, près d'un tiers de la population vit toujours en dessous du seuil critique de pauvreté, et le chômage est à la hausse

 

 

 

 

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La société indienne est organisée en castes. Cette division de la population vient de l'hindouisme, religion majoritaire du pays et pratiquée par près de 80% des Indiens, devant l'islam (14,2%) et le christianisme (2,3%). Officiellement, l'Inde est une république laïque, mais les actes antimusulmans, notamment en raison des différends historiques avec le Pakistan.

 

 

Au niveau politique, l'Inde est une République fédérale qui comprend 29 Etats, lesquels ont des compétences particulières au niveau juridique, sécuritaire, économique et éducatif. Si un président est élu au suffrage universel tous les 5 ans, le Premier ministre reste l'homme fort du pays. Actuellement, c'est l'ultra-nationaliste Narendra Modi qui occupe ce poste.

 

 

 

C'est quoi ces élections ?

L'Inde est considérée comme la "première démocratie du monde" avec près de 900 millions d'inscrits sur les listes électorales. Ces législatives, primordiales pour la vie politique indienne, se déroulent en fait depuis le 10 avril. En effet, ce scrutin se tient tous les 5 ans sur six semaines. Il permettra de désigner une nouvelle majorité à la chambre basse – la "Lok Sabha" – du Parlement.

 

 

"Il y a généralement une bonne participation aux législatives, rapporte Olivier Da Lage, auteur et journaliste pour RFI spécialiste de l'Inde. Traditionnellement, ce sont les basses couches de la société qui y votent, bourgeois et nobles dédaignant la tenue d'élections de manière générale. Mais cette année le BJP, le parti de Narendra Modi, devrait trouver un électorat dans les villes et classes moyennes supérieures. D'un autre côté, les paysans se sentent de plus en plus abandonnés et pourraient être tentés de s'abstenir."

 

 

 

Ça doit être compliqué à organiser...

Un million de bureaux de votes ont été ouverts. Tout au long de ces six semaines, le scrutin se déroule successivement dans les différentes régions de l'Inde, en s'appuyant sur les forces de police nationale, "afin d'éviter les risques de collusion avec les forces locales, souvent corrompues""Chaque scrutin nécessite une logistique considérable", appuie Olivier Da Lage. Onze millions d'agents électoraux sont mobilisés. "Les élections se déroulent sous le contrôle de la commission électorale, très respectée par les électeurs pour son indépendance", explique le journaliste de RFI.

 

 

 

Concrètement, comment ça marche ?

L'Inde fonctionne avec un scrutin uninominal à un tour : c'est le candidat local qui obtient le plus de voix qui est élu. Ce qui complique les choses, c'est que l'Inde est un pays fédéral – comme l'Allemagne. La Lok Sabha compte 545 sièges et chaque Etat indien dispose d'un certain nombre de sièges à pourvoir, proportionnellement à sa population. "Les sondages nationaux n'ont pas d'intérêt puisque dans chaque circonscription, les électeurs votent en fonction de leurs priorités locales. Un siège peut se jouer à quelques voix seulement", analyse Olivier Da Lage.

 

 

 

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Des électeurs indiens attendant de voter, le 11 avril 2019 dans l'Etat de l'Uttar Pradesh en Inde. (NASIR KACHROO / NURPHOTO / AFP)

 

 

Pourquoi ces élections sont-elles importantes ?

"L'Inde est un système parlementaire et même s'il y a un président, le pouvoir est entre les mains du Premier ministre, lui même responsable devant la chambre basse du Parlement", décrypte Olivier Da Lage. Reste à savoir si Narendra Modi, le Premier ministre actuel, pourra se maintenir au pouvoir (et dans quelles conditions). S'il perd sa majorité absolue, il lui faudra trouver des alliés – ce dont il manque cruellement. En face, l'opposition portée par Rahul Gandhi a tenté de créer une coalition pour reprendre le contrôle de la Lok Sabha aux nationalistes du BJP. Mais les très fortes rivalités au niveau local ont malmené cette alliance, qui "n'est pas aussi importante qu'elle aurait pu l'être", selon le journaliste de RFI.

 

 

 

Qui sont les candidats ?

Au total, plus de 8 000 candidats briguent un mandat parlementaire. Mais ce sont surtout deux partis qui s'affrontent : le BJP de Narendra Modi, donc, et le Parti du Congrès, socialiste et attaché au "sécuralisme", c'est-à-dire à l'égale bienveillance de l'Etat à l'égard de toutes les religions. Ce dernier, qui a dirigé l'Inde pendant plus de cinq décennies après son indépendance avant que le BJP ne le détrône en 2014, est aujourd'hui mené par Rahul Ghandi.

 

 

 

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Rahul Gandhi, président du Parti du Congrès, le 19 avril 2019 à Ahmedabad (Inde). (SAM PANTHAKY / AFP)

 

 

 

Le parti de Narendra Modi nourrit lui l'animosité envers les musulmans"Le BJP assimile les musulmans indiens avec le Pakistan, afin d'entraîner la crainte de la population", explique Nilanjan Mukhopadhay, spécialiste du nationalisme hindou, à franceinfo. "Tout la campagne s'est faite autour de la personne de Modi, le 'chowkidar' [le gardien d'immeuble] qui protège son peuple contre l'ennemi ; en l'occurrence, le Pakistan", confirme Olivier Da Lage.

 

"La grande absente de ces élections, c'est la laïcité, analyse aussi ce spécialiste, alors que d'habitude, c'est un sujet central." Les deux têtes d'affiche se montrent ainsi en pieux hindous et visitent des temples.

Au final, c'est une compétition entre un nationalisme hindou brutal et la version plus soft portée par Rahul Gandhi.Olivier Da Lage à franceinfo

 

 

L'un des enjeux de ce scrutin sera donc de savoir quelle vision de leur pays les Indiens vont privilégier. Mais tout ne se décidera pas entre les deux grands partis, puisqu'il existe énormément de partis régionaux, apparu au fil des années, "par dissidence ou par identité de caste", note Olivier Da Lage.

 

 

 

Le Premier ministre sortant est-il apprécié ?

Disons qu'il divise, après cinq années au pouvoir. "Il ne peut pas se représenter sur le même programme qu'en 2014, quand il promettait de moderniser l'Inde", décrypte Ingrid Therwath, docteure en sciences politiques, spécialiste de l'Inde et journaliste pour Courrier international"Malgré les échecs économiques qui lui ont certainement coûté des voix, il demeure assez populaire, estime son confrère de RFI. Moins qu'il y a 5 ans, mais plus que son parti.

 

 

 

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Narendra Modi, le premier ministre indien, le 25 avril 2019 à Varanasi (Inde). (SANJAY KANOJIA / AFP)

 

 

 

Après les attaques dans le Cachemire indien du 14 février, les tensions avec le Pakistan se sont fait plus vives. Quelques jours plus tard, le Premier ministre a annoncé avoir effectué des frappes sur un camp d'entraînement d'un groupe islamiste pakistanais. "C'était complément électoraliste, il y a eu un déferlement patriotique, analyse Ingrid Therwath. Narendra Modi est passé de 30% à 62% dans les sondages."

 

 

Une forte opposition au Premier ministre a également émergé, ses détracteurs estimant qu'il glisse le pays "de manière progressive mais déterminée" vers un autoritarisme où ses adversaires politiques n'ont pas leur mot à dire, selon Olivier Da Lage.

 

 

 

Quels sont les enjeux ?

L'un des enjeux de l'élection concerne l'électorat rural. L'Inde compte 260 millions de fermiers alors que, depuis 70 ans, la part de l'agriculture dans le PIB n'a cessé de baisser – elle est tombée à 14%. En réaction, les mouvements de grève se sont succédé ces dernières années. Surfaces de terre trop petites, stagnation des prix, paysans sans terre, exode rural… Autant de problèmes auxquels les candidats assurent vouloir répondre en proposant notamment des aides

 

 

 

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Des agriculteurs indiens manifestant contre la politique du gouvernement, le 30 mars 2019 à Amritsar (Inde). (NARINDER NANU / AFP)

 

 

 

Autre enjeu du scrutin, l'emploi des jeunes Indiens. D'après la journaliste Bénédicte Manier, "deux tiers des habitants ont moins de 35 ans et la moitié a moins de 25 ans. Avec 1 million de nouveaux actifs par mois sur le marché du travail, il est compliqué de trouver du travail." En 2014, Narendra Modi avait fait sa campagne sur "la promesse de la création de 10 millions d'emplois par an". Cinq ans plus tard, le bilan est décevant et le taux de chômage, à 6,1%, est le plus élevé depuis 45 ans – malgré une croissance exceptionnelle à 6,7%.

 

 

 

Quelles conséquences pour la diplomatie ?

L'Inde nourrit des relations tourmentées avec deux de ses voisins. La Chine d'abord, avec qui New Delhi se dispute le territoire d'Arunachal Pradesh, qui a fait l'objet d'une guerre sanglante en 1962. Narendra Modi a tenté à plusieurs reprises d'apaiser les tensions avec la 2e puissance économique mondiale. C'est en revanche beaucoup plus compliqué avec le Pakistan, ennemi juré depuis la partition de l'Inde coloniale en 1947, entraînant le déplacement de 15 millions de personnes et d'importantes violences.

 

 

 

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Des militaires indiens à la frontière entre l'Inde et le Pakistan, à Wagah (Inde), le 1er mars 2019. (NARINDER NANU / AFP)

 

 

 

"Le BJP ne perd aucune occasion de s'en prendre au Pakistan, auquel les musulmans indiens sont implicitement associés, et accuse le Parti du Congrès d'être faible face à Islamabad, précise Olivier Da Lage. Côté pakistanais, le Premier ministre Imran Khan a paradoxalement fait l'éloge de Narendra Modi. En fait, les dirigeants pakistanais estiment qu'un gouvernement nationaliste sera mieux à même de faire des gestes d'ouverture sans être sous le feu de l'opposition. Cela étant, rien ne garantit non plus une embellie après les élections." Au mieux donc, des inflexions, mais pas de rupture majeure sur le plan international.

 

 

 

J'ai eu la flemme de tout lire, vous me faites un résumé ?

Des élections législatives se déroulent depuis le 10 avril en Inde, le deuxième pays le plus peuplé du monde avec 1,35 milliard d'habitants. Le scrutin est étalé sur six semaines et a pour but de désigner une nouvelle majorité parlementaire. Dans les urnes, ce sont deux visions de l'Inde qui s'affrontent : d'un côté, l'actuel chef du gouvernement, l'ultra-nationaliste Narendra Modi, qui affiche un discours antimusulman ; de l'autre, Rahul Gandhi, qui prône davantage une Inde multi-culturelle.

 

 

 

Le scénario le plus probable est celui d'une victoire du Premier ministre sortant, mais sans majorité, ce qui forcerait Narendra Modi à partager le pouvoir. Ces élections sont importantes pour l'avenir du pays, qui malgré un taux de croissance qui s'élève à 6,7%, fait face à un taux de chômage à son plus haut niveau depuis 45 ans. Le monde rural, confronté à une misère croissante, et la jeunesse sont également au cœur des débats.

 


19/05/2019
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Franceinfo - le mercredi 8 mai 2019

 

 

Accord sur le nucléaire iranien : six questions sur la nouvelle crise diplomatique qui inquiète le monde

 

 

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Les dirigeants iraniens ont suspendu une partie de leurs engagements et donné soixante jours aux Européens, Chinois et Russes pour mettre en œuvre leurs promesses de protéger Téhéran contre les sanctions économiques de Washington

 

 

 

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 Le bâtiment du réacteur nucléaire de Bushehr, dans le sud de l'Iran, le 26 février 2006. (BEHROUZ MEHRI / AFP)

 

 

 

La menace planait depuis des mois. Un an jour pour jour après l'annonce du retrait américain de l'accord sur le nucléaire iranien, l'Iran a suspendu, mercredi 8 mai, une partie de ses engagements. Le pouvoir iranien a donné soixante jours aux cinq autres pays signataires restants (France, Allemagne, Royaume-Uni, Russie et Chine) pour tenir leurs promesses de protéger Téhéran contre les sanctions de Washington. Ce nouveau regain de tensions internationales soulève de nombreuses questions.

 

 

 

1 - Que prévoit l'accord sur le nucléaire iranien ?

L'accord sur le nucléaire iranien a été conclu à Vienne le 14 juillet 2015 et validé par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. Il a été paraphé par l'Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni), plus l'Allemagne. Il a permis de réintégrer l'Iran dans le concert des nations. Il a surtout mis fin à des années d'isolement du pays, en levant une partie des sanctions économiques internationales qui pesaient sur lui. En échange, la République islamique a accepté de brider son programme nucléaire. L'objectif est de rendre quasiment impossible pour l'Iran la fabrication d'une bombe atomique, tout en assurant à Téhéran – qui dément toute visée militaire – le droit de développer une filière nucléaire civile.

 

 

 

2 - Quels étaient les engagements précis de Téhéran ?

L'Iran s'est engagé à revoir à la baisse ses capacités nucléaires. Le pays a ainsi réduit à 5 060 le nombre de ses centrifugeuses en activité servant à enrichir l'uranium – contre plus de 19 000 au moment de la signature de l'accord – et s'est engagé à ne pas dépasser ce nombre pendant dix ans. Téhéran a également accepté de modifier son réacteur à eau lourde d'Arak, de manière à rendre impossible la production de plutonium à usage militaire dans cette installation. Le pouvoir iranien a ainsi limité son stock d'eau lourde à 130 tonnes maximum, et ses réserves d'uranium enrichi (UF6) à 300 kilos, et a renoncé à enrichir l'uranium à un taux supérieur à 3,67%. 

 

 

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui est chargée de vérifier sur le terrain l'application de l'accord, a jusqu'à présent toujours attesté que Téhéran respectait ses engagements, comme en atteste le dernier rapport trimestriel dévoilé le 22 février 2019. L'agence onusienne a notamment attesté que l'Iran n'avait pas enrichi d'uranium à des degrés prohibés, ni constitué de stocks illégaux. Mais en revenant sur ses engagements, mercredi, la République islamique a annoncé qu'elle allait s'affranchir de deux de ses engagements : limiter ses réserves d'eau lourde et celles d'uranium enrichi.

 

 

 

3 - Dans quel contexte survient cette décision du pouvoir iranien ?

L'annonce de Téhéran survient dans un climat de tensions exacerbées entre l'Iran et les Etats-Unis, alimentées par le durcissement constant de la position de l'administration américaine à l'égard du régime iranien depuis le début de l'année 2018.

 

 

En janvier de l'année dernière, Donald Trump a dénoncé les "terribles lacunes" de l'accord et exigé un nouveau pacte avec Téhéran. Il a laissé jusqu'au 12 mai 2018 aux Européens pour le conclure. Mais le 8 mai, sans attendre l'expiration de son ultimatum, le président américain a annoncé le retrait unilatéral des Etats-Unis de l'accord et le rétablissement des sanctions vis-à-vis de Téhéran, en rupture avec l'engagement de son prédécesseur démocrate, Barack Obama.

 

 

Le 7 août, un premier train de sanctions est rétabli, avec le blocage des transactions financières et des importations de matières premières. Des mesures qui pénalisent les achats dans les secteurs de l'automobile et de l'aviation commerciale. Le 5 novembre, le deuxième train de sanctions touche cette fois les secteurs pétrolier et financier. Le 7 mars 2019, Washington hausse encore un peu plus le ton et réclame des sanctions internationales contre l'Iran, accusé par les Etats-Unis de violer la résolution de l'ONU et de déstabiliser le Moyen-Orient par ses essais de missiles.

 

 

Le 8 avril, les Etats-Unis prennent un décision symbolique en plaçant les Gardiens de la révolution, armée idéologique du régime, sur leur liste des "organisations terroristes étrangères", de même que la force al-Qods, chargée des opérations extérieures des Gardiens. Et le 22 avril, Donald Trump décide de mettre fin, à partir de début mai, aux exemptions permettant à huit pays (Chine, Inde, Turquie, Japon, Corée du Sud, Taïwan, Italie et Grèce) d'acheter du pétrole iranien.

 

 

Et la crise a pris une tournure militaire ces derniers jours. Le 5 mai, le conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton, annonce le déploiement dans le Golfe d'un porte-avions accompagné de son groupe aéronaval, et d'une force de bombardiers. Le 7 mai, le Pentagone annonce dépêcher plusieurs bombardiers B-52 dans le Golfe. Et le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, en visite surprise à Bagdad, accuse alors Téhéran de préparer des "attaques imminentes" contre les forces américaines.

 

 

 

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Le porte-avions américain "USS Abraham Lincoln" entrant en mer Méditerranée par le détroit de Gibraltar, le 13 avril 2019, dans le cadre du déploiement d'une force militaire américaine au Moyen-Orient. (US NAVY / REUTERS)

 

 

 

La campagne contre l'Iran vise, selon Washington, à mettre fin aux "activités déstabilisatrices" de Téhéran au Moyen-Orient, notamment au Liban via le mouvement chiite Hezbollah, au Yémen à travers les rebelles Houthis et en Syrie par son soutien au régime de Bachar Al-Assad. Donald Trump a fait de l'Iran son ennemi numéro un au Moyen-Orient, car elle est "sa porte de sortie", explique le géopolitologue Dominique Moïsi dans Les Echos. "L'Amérique a échoué face aux talibans en Afghanistan, elle n'a pas su s'imposer en Syrie, et son plan de paix israélo-palestinien n'a aucune chance d'aboutir. Reste l'Iran, où la ligne dure de Donald Trump peut l'aider à se faire réélire en 2020."

 

 

 

4 - Pourquoi la République islamique lance-t-elle son ultimatum maintenant ?

Le retour des sanctions américaines mine l'économie iranienne. Fin janvier 2018, Paris, Berlin et Londres ont bien tenté de mettre en place le mécanisme de troc Instex – une sorte de chambre de compensation – pour permettre aux entreprises de l'Union européenne de commercer avec l'Iran en contournant les sanctions américaines. En vain. Européens, Chinois et Russes ont été jusqu'à présent incapables de respecter leur promesse de permettre à l'Iran de bénéficier des avantages économiques que le pays escomptait de l'accord. L'allemand Daimler, numéro un mondial de la voiture haut de gamme, a ainsi cessé ses activités en Iran. Les constructeurs français Renault et PSA ont eux aussi mis fin à leurs activités ou projets de production de voitures en Iran. De même, le géant pétrolier français Total s'est désengagé de ses projets de plusieurs milliards de dollars. D'autres grandes entreprises étrangères ont fait de même.

 

 

 

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Des Iraniens manifestent autour d'un masque du président américain Donald Trump, le 12 avril 2019 à Téhéran (Iran), après l'inscription par l'administration américaine des Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes. (ROUZBEH FOULADI / NURPHOTO / AFP)

 

 

 

La crise actuelle semble partie pour être pire que la récession de 2012-2013, lorsque les sanctions internationales contre le programme nucléaire de Téhéran et ses projets de développement balistique avaient produit leur effet maximal. Depuis le 8 mai 2018, le rial iranien s'est déprécié de plus de 57% par rapport au dollar sur le marché libre, engendrant une forte poussée de l'inflation. Celle-ci atteint désormais 51% en glissement annuel, contre 8% il y a un an, selon le taux officiel.

 

 

Selon le Fonds monétaire international, le PIB de la République islamique va chuter de 6% en 2019, après un recul de 3,9% en 2018. La chute pourrait être plus brutale encore, puisque cette prévision a été formulée avant les annonces américaines de fin avril. La hausse des prix touche tout particulièrement la nourriture. Dans certains magasins de la capitale, la viande rouge devient même difficile à trouver. L'Iran est pris à la gorge économiquement.

 

 

 

5 - Qu'espère obtenir Téhéran avec cet ultimatum ?

Téhéran a donné deux mois aux Européens pour trouver une solution permettant de sortir réellement les secteurs pétrolier et bancaire iraniens de leur isolement provoqué par les sanctions économiques américaines. Faute de quoi la République islamique renoncera à d'autres engagements.

 

 

 

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Le président iranien Hassan Rohani, lors de la réunion de son cabinet, le 8 mai 2019 à Téhéran (Iran). (PRESIDENCE IRANIENNE / AFP)

 

 

 

Pour Robert Kelley, expert à l'Institut international de Stockholm pour la recherche sur la paix (Sipri) interrogé par l'AFP, "il s'agit pour [le pouvoir iranien] de sauver la face". Les dirigeants iraniens, juge cet ancien inspecteur de l'AIEA, "sont entre le marteau et l'enclume". "Ils ont conclu un accord qui n'est pas respecté par l'autre partie. En fait, ils sont tombés dans le piège que leur ont tendu les Américains." "Y a-t-il un enjeu stratégique ? Font-ils ces annonces parce qu'ils veulent construire des armes ? Certainement pas", estime cet ex-haut responsable du programme nucléaire américain. "Ils estiment devoir continuer de produire de l'uranium pour sauver la face, même si, en réalité, ils n'en ont pas vraiment besoin."

 

 

 

6 - L'Iran va-t-il relancer son programme nucléaire militaire ?

 

"Ce n'est pas parce qu'ils produisent des matériaux nucléaires et dépassent les limites [de stocks] autorisées qu'ils vont construire une arme nucléaire. Le chemin est extrêmement long", assure l'expert du Sipri. "Quand les gens entendent 'uranium', ils pensent à la bombe. Mais il y a peu de rapport entre de l'uranium enrichi [à 3,67%] et la bombe. Idem pour l'eau lourde : ils n'ont plus de réacteur utilisant de l'eau lourde. Ils la produisent juste pour dire : 'Nous pouvons le faire et vous n'avez pas à nous dire ce qu'on a le droit de faire ou pas'. Il n'y a aucune portée stratégique. Le vrai enjeu, ce sont les sanctions sur le pétrole." Et Robert Kelley de conclure : "Tant que tout est sous le régime de vérification de l'AIEA et soumis à des inspections quotidiennes, tout le monde saura exactement ce qui se passe."

 


09/05/2019
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Franceinfo - le samedi 4 mai 2019

 

 

THAÏLANDE : LE ROI MAHA VAJIRALONGKORN OFFICIELLEMENT COURONNÉ

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Ce sacre est l'occasion pour le monarque de s'afficher comme le garant de l'unité du royaume, très divisé après les élections législatives du 24 mars

 

 

 

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Maha Vajiralongkorn pendant sa cérémonie de couronnement à Bangkok en Thaïlande, le 4 mai 2019.  (THAI TV POOL / AFP)

 

 

 

Il a posé lui-même sur sa tête la "Grande Couronne de la Victoire", de plus de sept kilos, en émail doré et sertie de pierres précieuses. Maha Vajiralongkorn, monarque imprévisible à la personnalité déroutante, a été couronné roi de Thaïlande, samedi 4 mai. Monté sur le trône au décès de son père Bhumibol Adulyadej en 2016, son couronnement avait été retardé afin de pouvoir respecter une période de deuil en l'hommage du roi défunt. 

 

 

Les cérémonies autour du couronnement, qui mêlent rites bouddhistes et brahmanistes hérités de l'Inde, vont se prolonger jusqu'à lundi. Dimanche, un grand défilé sera organisé au cours duquel le roi sera transporté dans un palanquin doré porté par des soldats. 

 

 

 

Garant de l'unité 

Ce couronnement est l'occasion pour Maha Vajiralongkorn, 66 ans, de s'afficher comme le garant de l'unité du royaume, qui a connu douze coups d'Etat depuis 1932, dont deux au 21e siècle.

 

 

D'autant que la Thaïlande reste politiquement très divisée après les élections législatives du 24 mars, les premières depuis la prise du pouvoir par l'armée en 2014. Plus d'un mois après le scrutin, les deux camps pro-junte et anti-junte revendiquent la victoire, cherchant à former une coalition pour obtenir une majorité à la chambre basse du Parlement. Et l'opposition dénonce de nombreuses fraudes. Les résultats définitifs ne seront connus qu'après les cérémonies du couronnement d'ici le 9 mai afin de garantir au maximum la stabilité du pays.

 

 

Pour Paul Chambers, spécialiste de politique thaïlandaise à l'Université de Naresuan, dans le nord du pays, ce sacre permet au moins momentanément"de détourner l'attention d'une partie de la population".

 

 

 

Une forte emprise sur les affaires royales 

Maha Vajiralongkorn, monarque d'un pays où royauté et armée sont intrinsèquement liés, n'a pas attendu d'être couronné pour resserrer son emprise sur les affaires royales, prenant de court les observateurs qui le prédestinaient à régner sans beaucoup s'investir. Il est notamment intervenu directement pendant la campagne des législatives en opposant une fin de non-recevoir à la candidature de sa soeur aînée au poste de Premier ministre pour un parti dans l'opposition, et a apporté un soutien subliminal aux militaires.

 

 

En 2017, il avait pris le contrôle direct du Crown property bureau, qui gère les dizaines de milliards d'actifs de la fortune royale, et s'est aussi opposé à plusieurs amendements constitutionnels qui auraient pu restreindre ses prérogatives.

 


04/05/2019
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