L'AIR DU TEMPS

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FRANCE


Franceinfo - le dimanche 17 novembre 2019

 

 

VRAI OU FAKE Des policiers se sont-ils fait passer pour des black blocs lors de la manifestation des "gilets jaunes" samedi à Paris ?

 

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C'est ce que laisse penser une vidéo largement partagée sur Twitter. Sur cette séquence filmée samedi sur la place d'Italie, on distingue trois personnes vêtues de noir courir se mettre à l'abri derrière un cordon de forces de l'ordre. Il est très vraisemblable qu'il s'agisse de policiers en civil infiltrés dans le cortège

 

 

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Capture d'écran d'une vidéo tournée sur la place d'Italie (Paris), le 16 novembre 2019, lors d'une manifestation des "gilets jaunes".  (TWITTER LE GENERAL)

 

 

 

Trois personnes, habillées en noir de la tête aux pieds, courent en direction d'un cordon de CRS qui finit par les laisser passer pour les mettre à l’abri. Cette vidéo de 28 secondes a été vue plus de 550 000 fois depuis sa diffusion, samedi 16 novembre, jour de mobilisation à Paris pour le premier anniversaire des "gilets jaunes". Postée sur le compte Twitter Le Général, elle est accompagnée du message suivant : "2  black blocs protégés par les CRS. Castaner, Pourquoi tes policiers sont déguisés en CASSEURS ? BFM attention si tu vois des casseurs ne dis rien ce sont juste des flics !"

 

 

 

Le Général ðŸ’Ž@leGneral2
 

📽️ POLICE = BLACK BLOCS : 2 black blocs protégés par les CRS 😱 M Pourquoi tes policiers sont déguisés en CASSEURS? BFM attention si tu vois des casseurs ne dis rien ce sont juste des flics !

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Persuadés de voir "des policiers déguisés en casseurs", des internautes s'insurgent. "Policiers casseurs pour décrédibiliser les 'gilets jaunes'", écrit l'un d'eux. "Ce n'est pas nouveau, beaucoup de black blocs sont des policiers", répond un autre. Parmi les nombreux retweets, celui du leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. 

 

 

 

"C'est la BAC, c'est la BAC !"

La vidéo filme en réalité un écran de télé branché sur la chaîne d'information CNews. Comme le montre le bandeau qui apparaît subrepticement, la scène se passe sur la place d’Italie, dans le 13e arrondissement. Sur l'extrait en question, on distingue d'ailleurs la voix d'un journaliste en train de décrire en direct à l'antenne ce qui se passe autour de lui.

 

 

Problème : la séquence, qui a été coupée, ne permet pas de comprendre ce qui se déroule avant et après. Mais une vidéaste du site MarocOnline a partagé sur Twitter un extrait un peu plus long (45 secondes) et tourné d'un autre angle. On voit un cordon de CRS se former, puis s'ouvrir pour laisser passer trois personnes, entièrement habillées en noir. On entend une voix répéter plusieurs fois : "C'est la BAC, c'est la BAC !" Comprendre : ce sont des hommes de la brigade anticriminalité.

 

 

 

MarocOnline@maroc_online
 

Place d’Italie
la BAC habillés en black bloc ont infiltrés la manifestation
« et les gars c’est la BAC..»

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Quelques secondes après, sur la même vidéo, on distingue un homme à terre en train d'être interpellé à l'arrière du cordon de CRS. Vu la mauvaise qualité des images, impossible de dire s'il s'agit des trois mêmes personnes. "Pour moi, ça ne fait aucun doute : il s'agit bien de deux policiers qui viennent d'arrêter un manifestant et qui se mettent à l'abri auprès de leurs collègues, explique à franceinfo la vidéaste du site MarocOnline. Surtout, ça correspond à ce que j'ai vu avant et qui n'est pas sur la vidéo diffusée sur Twitter. Il y a eu pluie de projectiles, des pavés, des gaz lacrymogènes, puis une charge. C'est après tout ça que le cordon se reforme pour accueillir les deux policiers en civil." 

 

 

 

Les policiers en civil "s'adaptent au public"

Contactée par franceinfo, la préfecture de police de Paris n'avait pas encore apporté d'explications au moment de publier ces lignes. Toutefois, la présence de policiers en civil dans les manifestations de "gilets jaunes" est loin d'être exceptionnelle : elle est même systématique dans les rassemblements conséquents. C'est exactement ce qu'expliquait la police nationale dans un tweet en décembre 2018.

 

 

 

Police nationale ✔@PoliceNationale
 

[] Attention aux .
🎥 Des vidéos montreraient des policiers en civil se mêlant à la foule pour casser.
❌ Faux. Comme dans toute manifestation, les policiers en civil procèdent discrètement à des interpellations et renseignent sur les mouvements du cortège.

Voir l'image sur Twitter
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Pour passer inaperçus, les policiers en civil "s'adaptent au public", nous expliquait il y a un an Frédéric Lagache, du syndicat Alliance Police nationale. "Alors enfiler un 'gilet jaune', pourquoi pas. Il faut ressembler le plus possible aux gens à surveiller", détaillait de son côté Jean-Marc Bailleul, du Syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI-CFDT).

 

 

La mission, "c'est de se déguiser en manifestant avec une attitude de casseur, afin de repérer les groupes hostiles qui se déplacent dans le but de tout saccager, nous racontait également à l'époque un policier de la BAC. Malheureusement, certains se font démasquer. Du coup, les gens pensent qu'ils sont là pour inciter à la casse et pour décrédibiliser le mouvement, alors que ce n'est pas du tout le cas."

 

 

 

Des rumeurs régulières

La confusion entretenue par la vidéo de la place d'Italie diffusée samedi n'est pas une première. Les rumeurs autour de la présence de policiers infiltrés en civil parmi les manifestants pour agir comme des casseurs reviennent régulièrement au fil des samedis de mobilisation des "gilets jaunes". 

 

 

Pour Jean-Marc Bailleul, il est malgré tout "paradoxal" de penser que les policiers en civil "seraient là pour faire le mal""C'est pour le bien des manifestants. Il faut distinguer les casseurs qui se mêlent à eux", exposait le syndicaliste l'an dernier. Pour y parvenir, la "solution", pour les forces de l'ordre, c'est d'être "noyées" parmi eux. "Ce n'est pas pour nuire aux 'gilets jaunes' : c'est pour faire le tri entre vrais et faux", poursuivait-il.

 

 

Avec des policiers en tenue, il n'y aurait pas beaucoup d'interpellations.Jean-Marc Bailleul, du Syndicat des cadres de la sécurité intérieure à franceinfo

 

 

Ces policiers en civil ont le droit d'avoir sur eux tout leur équipement : arme, matraque télescopique, menottes, gilet pare-balles et, bien sûr, leur brassard police, même s'ils ne le montrent pas. Comme c'est le cas sur la vidéo de la place d'Italie.

 


17/11/2019
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Franceiinfo - le samedi 16 novembre 2019 - mis à jour le 17.11.2019

 

 

"Gilets jaunes" : 28 000 manifestants en France, dont 4 700 à Paris, selon l'Intérieur

 

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Il y a un an, à la naissance du mouvement, ils étaient 282 700 dans toute la France

 

 

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Des "gilets jaunes" manifestent, le 16 novembre 2019, à Paris. (MICHEL STOUPAK / NURPHOTO / AFP)

 

 

 

CE QU'IL FAUT SAVOIR

 

 

Un anniversaire mouvementé pour les "gilets jaunes". Un an après le premier samedi de mobilisation, 28 000 manifestants ont défilé en France, dont 4 700 à Paris, samedi 16 novembre, selon le ministère de l'Intérieur. Dans la capitale, théâtre de violences, 129 personnes ont été placées en garde à vue, selon le parquet. Suivez en direct la situation avec franceinfo.

 

 

Dix fois moins nombreux qu'au coup d'envoi. La mobilisation nationale a été dix fois moins importante qu'il y a un an, quand 282 700 manifestants avaient été recensés par les autorités. Il s'agit toutefois d'un regain inédit depuis le 20 avril.  

 

 

Des heurts place d'Italie. La préfecture de police de Paris a interdit une manifestation initialement autorisée, en début d'après-midi, place d'Italie, à Paris, en raison de nombreuses violences survenues dès la mi-journée. Le centre commercial Italie 2 a fermé ses portes. Du mobilier urbain a été cassé et des poubelles et des voitures ont été incendiées. Des pompiers ont également été visés par des projectiles en pleine intervention. "Un certain nombre de policiers ont été blessés", selon Didier Lallement.

 

 

Près de 150 interpellations dans la capitale. A 20 heures, la préfecture de police de Paris avait procédé à 147 interpellations. Plusieurs périmètres étaient interdits à la manifestation, dont les Champs-Elysées et leurs alentours : 71 verbalisations y ont eu lieu. Dans la journée, 8 861 contrôles préventifs avaient été menés, selon les autorités. A 20 heures, le parquet de Paris faisait état de 129 gardes à vue.

 

 

Ailleurs en France... D'autres actions de blocage et mobilisations ont eu lieu partout en France, notamment à Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nantes et Toulouse. Sur les réseaux sociaux, là où le mouvement est né, quelque 270 actions sont annoncées sur l'ensemble du week-end.

 


17/11/2019
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Franceinfo - le 17 novembre 2019

 

 

"Elle en avait assez de voir ses enfants galérer" : sur les pas de Chantal Mazet, morte le premier jour du mouvement des "gilets jaunes"

 

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Charlotte CausitfranceinfoElise LambertFrance Télévisions

 

 

Cette retraitée de 63 ans a été renversée le 17 novembre 2018 par une voiture, sur un rond-point bloqué par les "gilets jaunes". Un an après, son souvenir reste vif à Pont-de-Beauvoisin, sa commune en Savoie

 

 

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Une plaque en mémoire de Chantal, morte sur un rond-point le 17 novembre 2018, a été accrochée non loin du lieu du drame, à Pont-de-Beauvoisin (Savoie). (FRANCEINFO / ELISE LAMBERT)

 

 

 

"En mémoire à Chantal (...) tombée le 17 novembre, premier jour du mouvement des 'gilets jaunes'", peut-on lire, écrit en lettres capitales au feutre noir, sur une planche de bois. Accroché sur un grillage, dans la zone commerciale de la Baronnie, à Pont-de-Beauvoisin (Savoie), cet hommage discret des "gilets jaunes" tranche avec le souvenir vif de Chantal Mazet. Cette retraitée de 63 ans est morte le matin même du premier jour de blocage des ronds-points, il y a tout juste un an.

 

 

Il n’est même pas 9 heures, ce samedi 17 novembre 2018, quand Chantal Mazet est renversée par une conductrice forçant un barrage mis en place par des manifestants. Les "gilets jaunes" de Pont-de-Beauvoisin s'étaient donné rendez-vous sur le vaste parking de Super U, à l'entrée de la commune de 2 000 habitants. L'emplacement est visible et incontournable : tous les habitants y passent pour faire leurs courses ou rejoindre "Chambé", comme ils surnomment Chambéry. Ils placent leurs voitures tout autour du giratoire, bloquant quatre des cinq sorties qui relient Pont-de-Beauvoisin à sa jumelle du même nom en Isère.

 

 

 

"C’est maman..."

"Ce n'était pas un blocage complet. Les voitures pouvaient quand même passer, mais elles étaient obligées de faire un petit détour d'un peu plus d'un kilomètre", se souvient Julie*, présente aux côtés de Chantal ce matin-là. Comme plusieurs autres habitants de Pont-de-Beauvoisin, elles s'étaient donné rendez-vous à partir de 7 heures pour contester la hausse du prix du carburant annoncé par le gouvernement. Sur place, certains se connaissent, d'autres ne se sont jamais vus. "On avait vu sur Facebook que des gars disaient qu'il fallait mettre le gilet jaune, il y avait des affiches sur le grillage", raconte cette habitante.

 

 

Un peu après 8 heures, un SUV arrive au  niveau du rond-point. A son bord, une conductrice qui emmène son enfant chez le médecin. Les "gilets jaunes" lui montrent le détour possible, mais elle refuse et force le passage, selon le témoignage de Julie, qui a assisté à la scène.

 

 

Certains pensent que, parce qu'ils ont de grosses voitures, ils peuvent nous passer dessus. Cette attitude nous a mis en colère. On essayait de bloquer avec nos corps ceux qui essayaient de passer.Julie, manifestante "gilet jaune" à franceinfo

 

 

La conductrice, entourée de gilets jaunes dont certains étaient vindicatifs (comme le relate ce témoignage recueilli par Europe 1), a-t-elle paniqué ? Une chose est sûre : elle accélère brusquement et renverse Chantal. L'automobiliste est interpellée peu après les faits par les forces de l'ordre et poursuivie, à cette date, pour "violences volontaires avec arme" (la voiture) "ayant entraîné la mort sans intention de la donner".

 

 

Au même moment, à quelques kilomètres de là, Marylène est en train de regarder la télévision quand elle reconnaît la Fiat Scudo de son amie Chantal à l'écran. C'est avec cet utilitaire tout juste acheté qu'elle transportait son matériel de peinture et de bricolage et emmenait toutes ses amies au restaurant ou faire des emplettes. Elle téléphone immédiatement au domicile de celle qui lui enseigne les arts plastiques depuis plusieurs années pour se rassurer. Au bout du fil, une des trois filles de Chantal décroche. "Elle m’a dit : 'C’est maman'", raconte Marylène après un lourd silence.

 

 

 

"Elle s'adaptait à chacun"

Un an après l’accident, la tristesse de Marylène peine à s'estomper. Cette ancienne agricultrice de Verel-de-Montbel, commune de 300 habitants située dans les hauteurs du majestueux lac d'Aiguebelette, garde un souvenir très précis de son amie. C'est Chantal qui avait su révéler ses talents pour l'acrylique, c'est elle qui lui avait permis de rencontrer ceux qui sont désormais devenus ses amis. "Elle s'adaptait à chacun et faisait ressortir notre sensibilité", se souvient la retraitée aux cheveux blonds, assise dans sa cuisine avec d'autres anciens élèves, autour d'une tarte au sucre et d'une brioche à la praline.

 

 

 

Liliane (à gauche) et Marylène, deux anciennes élèves de Chantal Mazet, présentent leurs créations. 

Liliane (à gauche) et Marylène, deux anciennes élèves de Chantal Mazet, présentent leurs créations.  (CHARLOTTE CAUSIT / FRANCEINFO)


 

Tous gardent le souvenir d'une professeure enjouée, jamais de mauvaise humeur, qui aimait fabriquer ses vêtements colorés et donnait toujours plus que ce qu'elle avait.

 

 

Une fois, je m'étais fait voler ma boîte d'aquarelle, elle s'était débrouillée pour me confectionner une palette toute neuve avec des godets.Bernard, ancien élève à franceinfo

 

 

Bernard, un ancien dessinateur industriel à la voix douce, confie que c'est Chantal qui lui avait permis de sortir de sa "rigueur" et d'exprimer ce qu'il ressentait sur la toile. Une autre se souvient du meuble en bois sur-mesure qu'elle avait fabriqué elle-même pour ranger les affaires de tout le monde et s'assurer que personne ne manque de rien. 

 

 

Même en dehors des cours d'arts plastiques, Chantal ne comptait pas son temps pour ses élèves. Elle organisait des vernissages, des apéros, fabriquait des petits cadeaux pour chacun, comme cette salière en céramique en forme d'oiseau que chacun a reçu pour le mariage de son fils. "Ah, et puis elle nous faisait toujours sa marquisette (un mélange de rhum blanc, de vin blanc, de citron et de limonade) !" se souviennent, rieurs, les anciens membres du club. "C'était aussi une très bonne cuisinière, elle faisait des civets, des plats en sauce", renchérit Paule, son élève pendant seize ans.

 

 

 

Des sacrifices pour les autres

Cet optimisme inconditionnel les marquait d'autant plus que la vie de Chantal n'était a priori pas facile. En 2005, son mari est mort d'un infarctus, la laissant seule avec ses quatre enfants, dont la plus jeune entrait à peine dans l'adolescence. Mais Chantal ne se plaignait jamais, surtout pas à sa famille, dont les membres interrogés par franceinfo gardent le souvenir d'une femme pudique, "solitaire dans la vie privée et très conviviale dans le social", décrit sa fille aînée, Alexandrine, 38 ans.

 

 

Pour elle, l'amour, ça ne s'exprimait pas, ça se montrait. Il n'y avait pas de 'je t'aime' superflu, mais des câlins qui font presque mal. Elle avait 'l'amour dur'.Alexandrine, fille aînée à franceinfo

 

 

Chantal n’aimait pas non plus parler d’argent, et encore moins demander de l’aide. "Haute comme trois pommes assises", comme la décrit son frère Patrick Desmurs, elle menait toutefois sa famille et ses comptes à la baguette, surtout après la mort de son mari. "Pour arriver à avoir un revenu décent, elle faisait les TAP [temps d’activité périscolaire] dans plusieurs écoles (...) et travaillait dans plusieurs associations", détaille-t-il. Elle assumait ses choix. Après avoir travaillé de longues années comme laborantine, elle avait abandonné les sciences pour vivre de sa passion, les arts plastiques, malgré des revenus moins confortables.

 

 

 

Collage photo en hommage à Chantal Mazet morte le 17 novembre 2018.

Collage photo en hommage à Chantal Mazet morte le 17 novembre 2018. (CHARLOTTE CAUSIT / FRANCEINFO)


 

"Elle calculait tout", se rappelle Alexandrine, assise dans un petit local près du champ où elle élève ses chevaux, à une demi-heure d'Avignon (Vaucluse). Petite et frêle comme sa mère, elle raconte, un brin gouailleuse, son enfance dans la région lyonnaise, marquée par l’absence de parents trop pris par le travail. Un père orthoprothésiste écrasé par la pression professionnelle et une mère, Chantal, qui s'occupait seule de la gestion de la maison et de tout le reste. Les vêtements qu'elle leur cousait, sa vigilance sur leurs études, sa fermeté aussi parfois quand les demandes de ses enfants lui semblaient fantaisistes. "Je voulais faire de l'équitation, mais c'était hors de prix à l'époque, j'ai dû m'acharner pour pouvoir en faire", raconte Alexandrine, des trémolos dans la voix, consciente du sacrifice financier que cela représentait.

 

 

Maman m'avait dit : 'On n'a pas le niveau social pour assurer ce projet.' Et puis elle avait fini par me payer la meilleure école de la région.Alexandrine, fille aînée à franceinfo

 

 

Malgré ces économies et son côté débrouillarde, son quotidien était "loin d'être mirobolant", pondère son frère, Patrick Desmurs. Les années passant, Chantal voyait le prix de la vie augmenter, et ses enfants une fois adultes avoir toujours des difficultés à mener leurs projets à bien. "Elle en avait marre de voir ses enfants travailler autant et galérer", décrit son amie Marylène. Elle les aidait financièrement quand elle le pouvait.

 

 

 

Inquiétude face à l’augmentation du coût de la vie

Quelques mois avant sa mort, elle avait demandé sa retraite et attendait, anxieuse, de connaître le montant de ses droits. "Je ne peux pas te faire de chèque cette fois", s’était-elle excusée auprès de sa fille Alexandrine lors de sa dernière visite, glissant au passage : "Avec l’augmentation du prix du fioul, quand je dois remplir la cuve, je fais la gueule, ça ne me dure même pas un hiver", cite Alexandrine, émue. Alors qu’elle avait toujours eu confiance dans l'Etat et ne prenait pas part aux manifestations, Chantal en "avait assez", selon sa fille et son frère.

 

 

Elle était révoltée ! Elle disait que Macron était le 'président des riches'.Marylène, amie à franceinfo

 

 

Chantal disait ne pas se reconnaître dans le gouvernement. Elle aurait aimé y voir des personnes issues de la même classe qu'elle : moyenne et populaire, confie sa fille aînée. Alors, quand Alexandrine lui a parlé de la manifestation du 17 novembre, la Savoyarde s’était renseignée et avait décidé de rejoindre Chambéry, malgré les réticences de sa famille à cause de son âge. Elle avait confectionné pour l'occasion un faux billet de banque qu'elle avait collé sur sa voiture pour dénoncer la hausse des prix. Mais en découvrant le blocage juste en bas de chez elle, elle avait décidé de s'éviter des kilomètres supplémentaires et de rester sur place. La suite est désormais connue.

 

 

Des commémorations en son nom

Le drame a marqué le mouvement des "gilets jaunes" de Pont-de-Beauvoisin. Quatre mois après l’accident, un petit groupe de manifestants, accompagnés de proches de Chantal, lui ont rendu hommage, sur le rond-point où elle a été renversée. Des textes ont été écrits. Des cagnottes régionales et une cagnotte nationale ont été créées par des "gilets jaunes", réunissant plus de 8 000 euros. Un geste solidaire qui a permis à la famille de payer les obsèques. Des fleurs jaunes ont été déposées à l'endroit où elle est morte. Une croix en bois lui a été confectionnée, détruite à plusieurs reprises, puis redressée. Certains préféreraient qu'on laisse la retraitée en paix, murmure-t-on dans le village.

 

 

 

Le rond-point de Pont-de-Beauvoisin (Savoie) où est morte une femme de 63 ans lors de la première manifestation des \"gilets jaunes\", le 17 novembre 2018.

Le rond-point de Pont-de-Beauvoisin (Savoie) où est morte une femme de 63 ans lors de la première manifestation des "gilets jaunes", le 17 novembre 2018. (FRANCE / ELISE LAMBERT)


 

"Ça nous a fait du bien de faire ces commémorations en son honneur", justifie Julie.  Même si elle ne connaissait pas la retraitée, elle reste marquée par ce souvenir douloureux du 17 novembre. "Je me réveille toutes les nuits et je pense à l'accident. J'ai été traumatisée par la scène", décrit-elle. Ceux qui ont vu Chantal mourir sous leurs yeux sont restés en contact. Comme si sa mort les avait unis. "On s’est fait une thérapie entre nous. Tous les jeudis soirs, on échangeait. On n'a pas lâché, on a tenu notre rond-point jusqu’à l’été, j’ai fabriqué la croix, Denis* a fait la plaque commémorative." Son groupe d'élèves est lui aussi resté soudé. Après avoir perdu un temps le goût de peindre, ses amis ont repris des cours ensemble. A chaque fois, "on ne peut pas s'empêcher de penser à Chantal quand on peint"

 

 

*Les prénoms ont été modifiés à la demande des témoins

 


17/11/2019
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Franceinfo - le samedi 16 novembre 2019

 

 

"Gilets jaunes" : à Paris, 24 interpellations et plus de 1 000 contrôles préventifs, le périphérique brièvement bloqué par des manifestants

 

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Les "gilets jaunes" espèrent de fortes mobilisations ce samedi, qui marque le premier anniversaire du mouvement

 

 

 

 

CE QU'IL FAUT SAVOIR

 

 

Où en est le mouvement des "gilets jaunes", un an après la première manifestation ? Les appels à descendre dans la rue et à se rassembler à Paris, samedi 16 novembre, se sont multipliés sur Facebook, à l'occasion du premier anniversaire du mouvement. Des rassemblements et défilés sont prévus partout en France, dès 10 heures samedi matin, et "plusieurs milliers" de personnes sont attendues dans la capitale. Suivez en direct la situation avec franceinfo. 

 

 

Le périphérique brièvement bloqué porte de Champerret. Le périphérique a été brièvement bloqué au niveau de la porte de Champerret par des manifestants et des incidents ont éclaté place d'Italie. Le centre commercial Italie 2 a fermé ses portes. Plusieurs périmètres ont été interdits à la manifestation, dont les Champs-Elysées et leurs alentours. Différents rassemblements sont prévus : l'événement le plus suivi sur Facebook, qui rassemble plus de 5 300 participants et 7 000 personnes, annonce un "anniversaire sur les Champs-Elysées" dès 10 heures, et un "barrage filtrant" autour du rond-point de l'Etoile.

 

 

Côté forces de l'ordre, le secrétaire d'Etat à l'Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé un "dispositif adapté". Une source sécuritaire a annoncé à l'AFP que "plusieurs milliers de personnes" étaient attendues à Paris, pour un "samedi compliqué". Une mobilisation importante est également attendue sur l'ensemble du territoire, mais bien loin de l'ampleur des manifestations de décembre et janvier derniers. A 11 heures, la préfecture de police annonçait 24 interpellations et un peu plus de 1 000 contrôles préventifs à Paris. 

 

 

Sur les réseaux sociaux, là où le mouvement est né, "l'acte 53" promet quelque 270 actions sur le week-end, partout en France. De quoi raviver la flamme, alors que les dernières manifestations en date n'ont rassemblé que quelques milliers de personnes ? Lors du samedi inaugural, le 17 novembre 2018, 282 000 manifestants avaient été recensés.  

 

 

Les figures du mouvement sont éparpillées. Eric Drouet a publié une vidéo appelant à un rassemblement non déclaré, "hors de la zone interdite" mais visant à rallier l'avenue des Champs-Elysées. Priscillia Ludosky sera quant à elle en tête d'un cortège déclaré, qui partira de la place d'Italie à 14 heures. Une autre manifestation autorisée partira de Montmartre à 10 heures, pour rejoindre la place de la Bastille, et sera guidée par Sophie Tissier et le collectif des "Policiers en colère". 

 

 

D'autres actions de blocage et mobilisations sont attendues partout en France, notamment à Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nantes et Toulouse. 

 


16/11/2019
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Franceinfo - le vendredi 15 novembre 2019 - mis à jour le 16.11.2019

 

 

Après un second vote, les députés retirent finalement l'huile de palme de la liste des biocarburants, qui bénéficient d'un régime fiscal favorable

 

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Face à la colère des écologistes et à l'embarras d'une partie de sa majorité, le Premier ministre avait lui-même demandé un second vote après l'imbroglio de jeudi soir

 

 

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Les députés dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, le 15 octobre 2019.  (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

 

 

 

Une seconde délibération qui rectifie le tir. Les députés ont fait marche arrière, vendredi 15 novembre, en votant finalement l'exclusion de l'huile de palme de la liste des biocarburants. Une annulation à une écrasante majorité (58 voix à 2). "Sentiment très agréable d'avoir remis les choses dans le bon sens", a réagi sur Twitter la députée de la majorité Barbara Pompili. 

 

 

 

Barbara Pompili ✔@barbarapompili
 

Sentiment très agréable d’avoir remis les choses dans le bon sens.
L’article prolongeant l’avantage fiscal pour l’ est rejeté. https://twitter.com/barbarapompili/status/1195117396685656067 

Barbara Pompili ✔@barbarapompili
 

Sentiment extrêmement désagréable de s’être bien fait avoir. https://twitter.com/anthonycellier/status/1195075948183531527 

103 personnes parlent à ce sujet
 
 

L'élue fait référence au premier vote qui a eu lieu jeudi soir. En plein examen du budget 2020, les députés avaient alors voté un report à 2026 de l'effacement de l'huile de palme de la liste des biocarburants, qui bénéficient d'un régime fiscal favorable. L'affaire s'était jouée en quelques secondes, sans discussion.

 

 

 

Un second vote "pour nourrir un débat"

La décision avait aussitôt été dénoncée par les associations écologistes, qui dénonçaient la déforestation provoquée par la production de cette huile. Elles fustigeaient aussi "le lobbying éhonté de Total" qui allait se voir offrir un "cadeau fiscal évalué entre 70 et 80 millions d'euros"

 

 

Après le tollé suscité par ce premier vote, le Premier ministre Edouard Philippe avait lui-même demandé une nouvelle délibération, "constatant l'absence d'un débat suffisant sur un sujet aussi important". La seconde délibération devait permettre "aux parlementaires de nourrir un débat à la hauteur de l'enjeu", expliquait alors l'entourage du Premier ministre.

 


16/11/2019
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Franceinfo - le vendredi 15 novembre 2019

 

 

"Gilets jaunes" : Drouet, Levavasseur, Ludosky, Mouraud… Un an après, que sont devenues les figures du mouvement ?

 

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Jean-Loup AdénorLouis SanFrance Télévisions

 

 

On a découvert ces meneurs du mouvement sur les ronds-points, les réseaux sociaux ou dans les médias. Un an après, franceinfo revient sur leur parcours

 

 

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En haut, de gauche à droite : Jean-François Barnaba, Maxime Nicolle et Mathieu Blavier.Au milieu : Priscillia Ludosky, Christophe Chalençon et Ingrid Levavasseur.En bas : Jacline Mouraud, Jérôme Rodrigues et Eric Drouet. (PIERRE-ALBERT JOSSERAN / FRANCEINFO / AFP)

 

 

 

Ils étaient près de 300 000, le 17 novembre 2018, à avoir répondu aux appels lancés sur les réseaux sociaux pour dénoncer la hausse des prix du carburant. A la télévision et sur les ronds-points, la France découvrait les "gilets jaunes", ces Français ulcérés par la politique d'Emmanuel Macron. Des mois durant, leurs revendications ont marqué l'opinion et monopolisé l'attention des médias. Se voulant horizontale, sans chef, cette contestation sans précédent n'a pu éviter l'émergence de figures de proue aux opinions variées et très affirmées. Un an plus tard, que sont-elles devenues ? 

 

 

 

Jean-François Barnaba, encore fonctionnaire sans mission

 

Jean-François Barnaba, au Blanc (Indre), le 7 décembre 2018.

Jean-François Barnaba, au Blanc (Indre), le 7 décembre 2018. (MAXPPP)

 

 

 

Comment s'est-il fait connaître ? Dès le début du mouvement, Jean-François Barnaba devient une vedette. Au début du mois de décembre 2018, en quelques jours, il réalise une cinquantaine d'interventions en direct. Ce rythme intensif durera plusieurs semaines.

 

 

 

C à vous ✔@cavousf5
 

Pour le Jean-François Barnaba, il n'est pas possible de dialoguer avec le gouvernement.

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Puis il se retrouve sous le feu des critiques lorsque des médias révèlent qu'il est "fonctionnaire momentanément privé d'emploi" depuis 2008, mais qu'il est toujours rémunéré 2 600 euros par mois. Lors des élections européennes, il fusionne la liste de son mouvement Jaunes et citoyens avec celle du parti Les Patriotes, fondé par l'ancien vice-président du Front national Florian Philippot.

 

 

Que devient-il ? Sa situation professionnelle n'a pas changé. "Je continue mes recherches d'emploi, je réponds à toutes les offres qui correspondent à mes compétences", assure Jean-François Barnaba à franceinfo. Sur le plan personnel, il rapporte avoir été "l'objet de menaces de mort téléphoniques" "au tout début" de sa médiatisation : "On me promettait des balles dans la tête… La porte de l'un de mes enfants a été taguée. C'est très désagréable, mais c'est le lot commun de toute personne qui apparaît subitement dans la sphère publique", relativise-t-il. Pour les élections municipales, il souhaite constituer dans sa commune du Blanc (Indre) "une liste qui n'aura pas d'étiquette politique". Mais comment le prétendre après s'être rapproché des Patriotes ? "Appliquer l'étiquette d'extrême droite à Florian Philippot est surréaliste", estime Jean-François Barnaba.

 

 

Son regard sur le mouvement, un an après. "Le mouvement des ‘gilets jaunes' n'existe plus", tranche-t-il.

 

 

C'est devenu un mouvement zadiste, libertaire, de gauche radicale.Jean-François Barnaba à franceinfo

 

 

Il explique avoir fondé le mouvement Jaunes et citoyens pour "faire perdurer l'esprit initial du mouvement des ‘gilets jaunes'" car il "a muté dès le mois de janvier" 2019. Mais, selon lui, l'"esprit initial est toujours présent dans la société française".

 

 

 

Mathieu Blavier, ancien porte-parole installé en Irlande

 

Mathieu Blavier, ancien porte-parole des \"gilets jaunes\", sur le plateau de l\'émission \"C Politique\", sur France 5, le 2 décembre 2018.

Mathieu Blavier, ancien porte-parole des "gilets jaunes", sur le plateau de l'émission "C Politique", sur France 5, le 2 décembre 2018. (FRANCE 5)


 

Comment s'est-il fait connaître ? "Je faisais partie du début du mouvement", rappelle auprès de franceinfo Mathieu Blavier, qui a été l'un des éphémères huit porte-parole des "gilets jaunes". Son visage est moins connu que d'autres, mais il a été présent sur quelques plateaux, dont celui de l'émission "C Politique", sur France 5.

 

 

 

C Politique ✔@CPolF5
 

"Quand j'ai vu ce qui s'est passé hier, j'ai décidé de ne pas rester à Paris. Ca m'a fait mal au coeur ce que j'ai vu...les violences contre les mais aussi les ...Mathieu Blavier, ancien porte-parole des Gilets Jaunes des Bouche-du-Rhône dans

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Surtout, le 30 novembre 2018, cet étudiant en licence 3 de droit à la faculté d'Aix-en-Provence a été reçu à Matignon par le Premier ministre, Edouard Philippe, et François de Rugy, alors ministre de la Transition écologique, en compagnie de Jason Herbert, un autre porte-parole des "gilets jaunes". Ce dernier avait quitté la pièce au bout de vingt minutes. Mathieu Blavier, lui, n'avait pas voulu faire face aux caméras, mais était resté discuter deux heures avec les membres du gouvernement.

 

 

Que devient-il ? L'épisode des "gilets jaunes" lui a "vraiment ouvert l'esprit sur plein de sujets". "Cela a été une bonne expérience", résume le jeune homme de 23 ans. Mais il a tourné la page. "Je me suis vraiment détaché du mouvement", confie-t-il sans regrets, précisant avoir également pris ses distances avec l'Hexagone. "Je ne me ressens plus français. Je me sens plus heureux à l'étranger." Installé en Irlande depuis le mois de septembre, il travaille désormais pour la société Concentrix, plus particulièrement pour le pôle chargé de la communication de la marque Nike. "Ici, on gagne pas mal d'argent, on est moins taxé et les gens sont sympas", lance-t-il.

 

 

Son regard sur le mouvement, un an après. "Le mouvement que l'on a créé a mis le feu aux poudres dans tous les pays du monde", se félicite-t-il, mentionnant les soulèvements au Liban, au Chili ou encore à Hong Kong. Toutefois, pour lui, le mouvement français est dans l'impasse. "Ceux qui ont vraiment besoin d'aide ne sont pas forcément ceux qui sont allés dans la rue, estime Mathieu Blavier. Et de trancher : "Tout brûler, tout casser, ça ne rend pas service." Selon lui, les "gilets jaunes" ont aussi été minés par une "guerre d'ego""Beaucoup de personnes ont utilisé ce mouvement pour prendre la lumière et servir leurs intérêts personnels", juge-t-il, estimant que certaines "ont été immatures".

 

 

 

Christophe Chalençon, "toujours 'gilet jaune' de cœur"

 

Christophe Chalençon, ancien porte-parole des \"gilets jaunes\" du Vaucluse, à Lourmarin (Vaucluse), le 10 mai 2019.

Christophe Chalençon, ancien porte-parole des "gilets jaunes" du Vaucluse, à Lourmarin (Vaucluse), le 10 mai 2019. (GERARD JULIEN / AFP)

 

 

 

s'est-il fait connaître ? Christophe Chalençon devient porte-parole des "gilets jaunes" du Vaucluse au cours du mois de novembre 2018. Le 3 décembre, il fait parler de lui en évoquant le général de Villiers pour prendre la tête d'un gouvernement de transition. Quatre jours plus tard, il rencontre Edouard Philippe en compagnie de cinq autres "gilets jaunes".

 

 

Il refait du bruit, en février 2019, en rencontrant Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles, alors vice-président du Conseil des ministres italien.

 

 

Que devient-il ? Ce forgeron a arrêté son entreprise pour se concentrer "à 300%" sur son "combat" "parce que la cause est noble et qu'elle doit être portée jusqu'au bout". Pour cela, il est soutenu financièrement par sa famille et ses amis car il se retrouve sans le sou.

 

 

Mon compte est à moins 50 euros.Christophe Chalençon à franceinfo

 

 

Lors des dernières élections européennes, Christophe Chalençon et sa liste Evolution citoyenne n'ont séduit personne, ou presque (0,01%). "Les gens me disent : 'Vous êtes des rigolos, vous n'avez presque pas fait de voix.' Sauf qu'à chaque fois, j'apparais dans le combat", se défend-il, évoquant son travail de fond, de martèlement. Les thèmes qu'il défend ? "La ruralité, les TPE, les PME, les artisans, les commerçants, la véritable paysannerie avec les circuits courts", énumère celui qui se considère comme un "résistant". Il affirme qu'il se présentera à toutes les prochaines élections, mais ne figurera sur aucune liste lors des élections municipales. "J'ai d'autres combats à porter au niveau national et je ne peux pas me permettre des guéguerres de village."

 

 

Son regard sur le mouvement, un an après. Il a raccroché son gilet de l'organisation vauclusienne car "le mouvement, partout en France, a été infiltré par l'extrême gauche jusqu'à la colonne vertébrale". Toutefois, il l'assure : "Je suis toujours ‘gilet jaune' de cœur, d'esprit et d'âme." 

 

 

 

Eric Drouet, le révolutionnaire

 

Eric Drouet lors du 21e samedi de mobilisation des \"gilets jaunes\", le 6 avril 2019.

Eric Drouet lors du 21e samedi de mobilisation des "gilets jaunes", le 6 avril 2019. (MAXPPP)

 

 

 

Comment s'est-il fait connaître ? Eric Drouet est l'initiateur de la première manifestation de "gilets jaunes" contre l'augmentation du prix du carburant, le 17 novembre 2018. Il est également le créateur du groupe Facebook La France en colère !!!, qui compte aujourd'hui près de 300 000 membres. Reçu par François de Rugy le 28 novembre 2018, il filme l'entretien à son insu pour le diffuser en direct sur son groupe Facebook. Ses prises de position radicales suscitent l'inquiétude des responsables politiques et la "fascination" de Jean-Luc Mélenchon. "Monsieur Drouet est tout à fait extraordinaire. Il pèse sur lui une pression terrifiante et il fait preuve d'un sang-froid total", explique le leader de La France insoumise.

 

 

Que devient-il ? Si ce chauffeur routier a été de tous les combats des "gilets jaunes", il a annoncé en avril 2019 vouloir se mettre en retrait du mouvement. Force est de constater aujourd'hui qu'il n'est pas resté longtemps loin des radars. Le 29 mars, il a été condamné à 2 000 euros d'amende pour deux manifestations non déclarées, les 2 janvier et 29 mars à Paris. Le 4 septembre, il a également été condamné à 500 euros d'amende avec sursis pour "port d'arme prohibé" – un simple "bout de bois" selon lui, une "matraque" selon l'accusation. 

 

 

Son regard sur le mouvement, un an après. Eric Drouet milite toujours aux côtés des "gilets jaunes" et prépare les futures mobilisations en prônant la "convergence" des luttes, dans une vidéo diffusée mi-octobre. Il y invite les "pompiers, urgentistes, ouvriers, agriculteurs, chômeurs" à manifester à Paris, sans gilet. "Mettez les gilets jaunes de côté, c'est les citoyens qui seront dans la rue", exhorte-t-il.

 

 

 

Ingrid Levavasseur, restée "digne"

 

Ingrid Levavasseur, tête de liste du \"Ralliement d\'initiative citoyenne\" (RIC) aux élections européennes.

Ingrid Levavasseur, tête de liste du "Ralliement d'initiative citoyenne" (RIC) aux élections européennes. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

 

 

 

Comment s'est-elle fait connaître ? Après avoir participé au mouvement sur les ronds-points, dès les premiers jours, Ingrid Levavasseur a rapidement émergé comme l'une des principales figures de la contestation. Très courtisée par les médias, elle a aussi dû faire face à la violence de ses pairs. Lorsqu'on l'annonce comme future chroniqueuse de BFMTV, de nombreux manifestants n'hésitent pas à lui témoigner leur ressentiment devant ce qu'ils estiment être une trahison. Elle renoncera finalement à rejoindre la chaîne. La jeune femme tente ensuite de mener une liste aux européennes. Là encore, elle abandonne.

 

 

Que devient-elle ? L'aide-soignante a déclaré en juin dernier son intention de se présenter aux élections municipales dans la ville où elle a grandi, Louviers, dans l'Eure. Plus tôt dans l'année, elle a également fondé une association d'aide aux familles monoparentales, Racines positives, et cofondé un parti politique, Eclosion démocratique, qu'elle veut voir participer "à chaque échéance électorale à partir des municipales de 2020", expliquait-elle à l'AFP en avril dernier. En septembre, elle publie chez Flammarion Rester digne, un livre où elle revient sur son histoire et sur la mobilisation des "gilets jaunes". 

 

 

 

Charles Baudry@CharlesBaudry
 

🔴Ingrid Levavasseur (@IngridLevavass1) violemment prise à partie par des Gilets Jaunes à Paris.

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Son regard sur le mouvement, un an après. Dans cet ouvrage, Ingrid Levavasseur n'épargne pas ses anciens compagnons de route. Elle raconte notamment la manifestation du 17 février et la violence des manifestants qui la prennent à partie. "J'étouffe. Si l'un [des manifestants] me plante un couteau, je ne peux rien faire. On me tire les cheveux. On me pousse. On veut m'arracher le gilet. Je vais peut-être mourir." Elle revient également sur le machisme de certains hommes dans les cortèges. "J'ai mesuré combien le fait d'être une femme médiatisée aiguise l'agressivité de certains mâles", écrit-elle.

 

 

 

Priscillia Ludosky, la force tranquille

 

L\'une des figures des \"gilets jaunes\", Priscillia Ludosky, interviewée lors d\'une manifestation à Paris, le 20 janvier 2019.

L'une des figures des "gilets jaunes", Priscillia Ludosky, interviewée lors d'une manifestation à Paris, le 20 janvier 2019. (LAURE BOYER / HANS LUCAS / AFP)

 

 

 

Comment s'est-elle fait connaître ? "C’est moi qui suis allée dans tous les groupes Facebook pour partager ma pétition contre l'augmentation des prix du carburant. Sur les sites des médias, je remplissais tous les formulaires de contact", raconte Priscillia Ludosky à franceinfo. Cette auto-entrepreneure de 33 ans réunit alors les signatures de plus d'un million de personnes. Lorsque la contestation enfle et que le gouvernement cherche à négocier, elle est l'une des porte-parole qui se rendent au ministère de la Transition écologique, le 28 décembre.

 

 

Que devient-elle ? "J’ai dû me mettre à 300% dans le mouvement, au détriment de ma vie professionnelle", raconte la jeune femme. Aux côtés d'autres "gilets jaunes", Priscillia Ludosky a demandé un rendez-vous à Emmanuel Macron pour lui présenter les propositions recueillies dans son "vrai débat", une plateforme collaborative qui vise à réunir les revendications des manifestants.

 

 

Son regard sur le mouvement, un an après. "Je pense qu’il faut marquer le coup pour les un an du mouvement", explique-t-elle à franceinfo. "C'est aussi pour ça qu'on a demandé un rendez-vous à Emmanuel Macron. Pour l'instant, il n'a pas répondu." Priscillia Ludosky a récemment lancé une plateforme, "gilets citoyens", pour "avoir une structure qui permette de continuer à se mobiliser sans s’épuiser dans des actions incessantes".

 

 

 

Jacline Mouraud, "ruinée" par les "gilets jaunes"

 

Jacline Mouraud, à Bohal (Morbihan), le 7 octobre 2019.

Jacline Mouraud, à Bohal (Morbihan), le 7 octobre 2019. (DAMIEN MEYER / AFP)

 

 

 

Comment s'est-elle fait connaître ? Jacline Mouraud s'est fait connaître du grand public avec la publication, le 18 octobre 2018, d'une vidéo sur Facebook. Rapidement, celle-ci enregistre quelque 5 millions de vues. L'hypnothérapeute bretonne y dénonce "la traque aux conducteurs", le "nouveau contrôle technique", la "hausse du prix du carburant", la "chasse aux véhicules diesel" ou encore l'"augmentation du nombre de radars". Et s'insurge : "Mais qu'est-ce que vous faites du pognon des Français ?" Avant même le premier samedi de mobilisation, elle devient une figure des "gilets jaunes", notamment en réclamant le rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF).

 

 

 

C à vous ✔@cavousf5
 

Bataille des carburants : pour Jacline Mouraud, le rétablissement de l'ISF est la seule mesure qui pourrait apaiser la colère des français.

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Que devient-elle ? "Au quotidien, le mouvement a radicalement changé ma vie, répond-elle à franceinfo. Je vis perpétuellement avec des menaces de mort. J'en ai encore reçu cet étéA Paris, je ne sors jamais seule." Elle a été contrainte de mettre fin à son activité d'hypnothérapeute à domicile. "Quand je prends rendez-vous, je ne sais pas si je vais me rendre dans un nid de 'gilets jaunes' qui va me décapiter, parce que j'ai déjà eu ce genre de menaces, explique-t-elle. Professionnellement, je n'arrive pas à m'en sortirJe poursuis mes activités musicales, je donne des cours de piano, je fais des thés dansants. Mais cela ne suffit pas. Je vis avec largement moins de 500 euros par mois." Et de conclure : "Le mouvement des 'gilets jaunes' m'a ruinée."

 

 

Ces déboires ne l'empêchent pas de se mobiliser. Elle est devenue porte-parole du comité Bastille, un groupe qui prône la fin de l'impôt sur le revenu et la taxation des actionnaires. Jacline Mouraud a également fondé, en janvier 2019, le parti Les Emergents, mais elle ne compte pas se présenter aux municipales. "Pour se lancer dans une élection, il faut s'investir à 100%. Et là, je n'ai pas le temps."

 

 

Son regard sur le mouvement, un an après. Pour elle, "l'essence du mouvement n'est plus là""En lui-même, il était très positif mais il est devenu ultra négatif. Il n'a pas de structure, donc pas de résultats, juge-t-elle. Les mêmes personnes refont le même schéma tous les samedis, cela ne sert à rien et les Français n'en peuvent plus." Pour elle, "le mouvement s'est tiré une balle dans le pied, le 16 mars, quand on a vu des black blocs applaudis par des 'gilets jaunes'".

 

 

 

Maxime Nicolle, alias "Fly Rider", journaliste et "gilet jaune"

 

Maxime Nicolle, alias \"Fly Rider\", l\'une des figures des \"gilets jaunes\".

Maxime Nicolle, alias "Fly Rider", l'une des figures des "gilets jaunes". (ALAIN JOCARD / AFP)

 

 

 

Comment s'est-il fait connaître ? Lorsqu'il publie, mi-octobre 2018, une vidéo sur Facebook dans laquelle il critique la politique d'Emmanuel Macron, Maxime Nicolle, alias "Fly Rider", ne s'attend pas à être vu par des centaines de milliers de personnes. "J'ai eu tellement de demandes d'amis que j'ai dû créer un groupe", raconte-t-il à franceinfo. Suivent des dizaines de vidéos en direct, l'"acte I" des "gilets jaunes" sur les Champs-Elysées et un passage dans l'émission de Cyril Hanouna, qui achèvent de faire de ce trentenaire costarmoricain l'une des figures les plus connues du mouvement. "A partir de là, j'ai eu des dizaines de milliers de personnes qui se sont abonnées", se rappelle-t-il. Aujourd'hui, 165 000 personnes sont membres de son groupe sur Facebook.

 

 

Certains me jugent responsable de toutes les misères du monde parce qu'on a mis en avant certains problèmes et qu'on a pointé du doigt les responsables. Maxime Nicolle à franceinfo

 

 

Que devient-il ?  Comme beaucoup de "gilets jaunes", il lui a été difficile de reprendre une activité professionnelle normale. "Aujourd'hui, je travaille pour Quartier général, un média indépendant lancé par Aude Lancelin. Je crée des reportages, des émissions… explique celui qui espère, un jour, être titulaire de la carte de presse. Une chose est sûre : je n'ai pas envie de me monter la tête, je veux rester comme tout le monde. La seule chose qui me différencie, c'est que les médias ont mis leur grappin sur moi."

 

 

Son regard sur le mouvement, un an après. Malgré ses nouvelles activités de journaliste indépendant, Maxime Nicolle reste plus que jamais mobilisé. "Un sondage sorti récemment indique que 76% des gens pensent que le mouvement peut renaître. Le deuxième souffle sera peut-être beaucoup plus puissant !" prévient-il. Maxime Nicolle assure qu'il continuera de se mobiliser "jusqu'à ce qu'ils [l]'enferment dans un quartier ultrasécurisé" et malgré "la "répression policière" dont sont victimes les manifestants. 

 

 

 

Jérôme Rodrigues, "martyr" qui œuvre à la structuration du mouvement

 

Le \"gilet jaune\" Jérôme Rodrigues lors d\'une manifestation à Nantes (Loire-Atlantique) réclamant justice pour Steve Maia Caniço, le 20 juillet 2019.

Le "gilet jaune" Jérôme Rodrigues lors d'une manifestation à Nantes (Loire-Atlantique) réclamant justice pour Steve Maia Caniço, le 20 juillet 2019. (ESTELLE RUIZ / NURPHOTO / AFP)

 

 

 

 

Comment s'est-il fait connaître ? Jérôme Rodrigues a été érigé au rang de "martyr" par nombre de "gilets jaunes" après avoir perdu un œil, le 26 janvier. A l'origine du drame, un tir de LBD lors d'une manifestation, place de la Bastille, à Paris. Depuis, il est en première ligne dans les cortèges et multiplie les interventions sur les plateaux. 

 

 

Que devient-il ? "Le 26 janvier a eu un impact sur ma vie", lance-t-il à franceinfo. Il le livre sans détour : "Ma vie est un immense chantier à tous les niveaux : personnel, professionnel…" Après avoir travaillé dans la vente pendant vingt ans, Jérôme Rodrigues se réorientait vers la plomberie. Mais, avec un œil en moins, son projet tombe à l'eau. "Je suis en pleine réflexion sur mon avenir professionnel", confie-t-il.

 

 

Comment retrouver un travail en étant la plus grande gueule de France ? Jérôme Rodrigues à franceinfo

 

 

En attendant, il boucle les mois comme il peut : "J'arrive à vivre avec la Sécu et mon arrêt de travail." Et ne montre pas d'inquiétude particulière. "Il m'est arrivé pire dans la vie, de repartir avec trois sacs sous le bras et de rebondir."

 

 

Son regard sur le mouvement, un an après. Le quadragénaire ne regrette pas ce que le mouvement est devenu depuis la première mobilisation, mais déplore sa "perte de vitesse". Pour lui, l'heure est à l'organisation et à la dédiabolisation. "Il faut construire, structurer, pouvoir être crédibles auprès du grand public, montrer que nous ne sommes pas que des gueulards", énumère-t-il. C'est dans cette optique qu'avec trois autres "gilets jaunes", dont Priscillia Ludosky, il a réclamé le 28 octobre une rencontre avec Emmanuel Macron. Une initiative qui survient après l'annonce, en juin, d'une ébauche de "socle commun" pour un "puissant organe de contestation collectif". Pour lui, le mouvement a de l'avenir car "on est tous quelque part 'gilet jaune' : ce n'est pas une idéologie, c'est une métaphore". Et de rappeler l'origine de la mobilisation : "Des gens qui veulent vivre décemment de leur salaire."

 


16/11/2019
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Franceinfo - le jeudi 14 novembre 2019

 

 

"On y voit des similitudes" : un an après le début du mouvement, les "gilets jaunes" applaudissent les révoltes à l'étranger

 

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Vincent MatalonFrance Télévisions

 

 

 

Sur des pages et groupes Facebook, les protestataires français envoient quotidiennement des messages d'encouragement aux participants des récentes manifestations à Hong Kong, au Liban, en Catalogne ou encore au Chili

 

 

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Des "gilets jaunes" défilent en solidarité avec les manifestants chiliens, le 26 octobre 2019 à Paris. (AMAURY CORNU / HANS LUCAS / AFP)

 

 

 

Sous une intense pluie de pavés, un camion des forces de l'ordre puis deux font demi-tour sur la Via Laietana, ce soir du samedi 26 octobre à Barcelone (Espagne). Les policiers stationnés à quelques pas de là, seulement protégés par quelques boucliers de plexiglas, sont eux aussi rapidement contraints de battre en retraite face aux dizaines d'indépendantistes catalans encapuchonnés et visiblement violents qui s'avancent dans leur direction.

 

 

Dans les commentaires de la vidéo de la scène publiée sur Facebook, Nadine applaudit : "Grand soutien du [département] 57 ! Ils ne lâchent pas, nous non plus on ne lâche rien. Ahou Ahou, 'gilets jaunes' !" "Faut les prendre de chaque côté, bravo !" renchérit Roselyne. "Bravo aux Catalans ! Eux au moins ne reculent pas devant les boucliers, et vous noterez qu'ils n'ont pas tous un portable à la main pour filmer comme en France ! Chapeau !" ajoute Claudine.

 

 

Ces trois réflexions sont loin d'être isolées. Alors que le mouvement des "gilets jaunes" s'apprête à fêter sa première année d'existence, de nombreux sympathisants observent quotidiennement, sur des pages et des groupes Facebook, les récentes scènes de révolte à Hong Kong, au Liban, en Catalogne ou au Chili. Et n'hésitent pas à les commenter avec admiration, nostalgie, voire convoitise.

 

 

 

Inspiration d'initiatives étrangères et débats

"Les événements en cours à l'étranger intéressent beaucoup nos lecteurs", confirme Nathalie, membre du collectif marqué à gauche Cerveaux non disponibles, dont la popularité de la page Facebook a explosé avec l'émergence du mouvement des "gilets jaunes" (près de 117 000 abonnés). La militante dit avoir réalisé l'engouement de son audience pour les mouvements sociaux à l'étranger après avoir diffusé en direct sur sa page une manifestation étudiante lors d'un séjour à Athènes, en Grèce, en juillet. "Ce live a complètement dépassé nos espérances : plusieurs dizaines de milliers de personnes l'ont suivi, laissaient des messages d'encouragement... On s'est dit qu'il se passait vraiment quelque chose", se souvient Nathalie.

 

 

Les réactions des sympathisants du mouvement des "gilets jaunes" aux publications qui concernent les manifestations en dehors des frontières françaises sont souvent de même nature. Outre le soutien aux revendications locales exprimées, ou le parti pris pour les opposants qui affrontent la police, certains "gilets" invitent parfois leurs camarades à s'inspirer d'initiatives étrangères... avant que d'autres ne leur répondent de ne pas se faire d'illusions sur la capacité du mouvement à provoquer à nouveau des mobilisations massives.

 

 

 

 

 

 

Les figures médiatiques du mouvement ont en tout cas bien compris l'intérêt de leurs abonnés pour ces sujets. Sur sa page "La France en colère !!!", qui réunit près de 289 000 "gilets jaunes", Eric Drouet a récemment réagi au remaniement gouvernemental annoncé par Sebastian Piñera au Chili. De son côté, Maxime Nicolle a lancé, dès le début de l'année, un groupe baptisé "Fly Rider Yellow Jacket International News". D'abord destiné à partager des vidéos de manifestants se revendiquant des "gilets jaunes" à l'étranger, le groupe sert désormais surtout de plateforme de discussion autour des différents mouvements sociaux internationaux.

 

 

Gabin Formont est allé encore plus loin. Agacé par la "désinformation des médias" à propos des "gilets jaunes", le jeune homme avait lancé en décembre 2018 la page "Vécu", pour couvrir en direct les rassemblements du samedi. Mais au fil des mois, son "média du 'gilet jaune'" a réorienté son activité pour devenir un "média citoyen à vocation internationale", qui "tente d'accompagner les luttes sociales qui se propagent à travers le monde".

 

 

 

"Facebook est propice à l'opinion brute"

Gabin Formont n'hésite ainsi pas à se rendre à Barcelone pour couvrir les rassemblements des militants catalans pro-indépendance, et un membre de son équipe se trouve même à Hong Kong, où il diffuse régulièrement en direct des images des défilés anti-Pékin. Là encore, ces directs vidéos sont commentés par des "gilets jaunes" qui louent souvent les mérites des manifestants face aux forces de l'ordre. Après avoir, dans un premier temps, accepté d'évoquer son activité, Gabin Formont a finalement refusé de répondre aux questions de franceinfo, invoquant son souhait de "rester en dehors de la stratégie des médias mainstream".

 

 

 

 

 

 

"On arrive bientôt au premier anniversaire du mouvement, et on constate que dans le monde, les peuples se révoltent soit face à la corruption de leurs élites, soit face au capitalisme. Forcément, on y voit des similitudes avec ce qu'il se passe en France", indique à franceinfo Maxime Nicolle pour expliquer l'engouement des "gilets jaunes" pour ces sujets. "Ce qui revient souvent chez les 'gilets jaunes' que j'interroge à ce sujet est que ces mobilisations leur donnent de l'espoir", abonde Nathalie, du collectif Cerveaux non disponibles.

 

 

Au-delà des différences entre les mobilisations, les gens sont sensibles à la répression judiciaire et policière. Ils sont choqués de constater que partout dans le monde, on peut subir des violences pour avoir voulu exprimer ses idées.Nathalie, du collectif Cerveaux non disponibles à franceinfo

 

 

Docteure en sciences de l'information et de la communication à l'université de Lille, Coralie Le Caroff explique, de son côté, la célébration de la violence envers les forces de l'ordre, que l'on peut souvent retrouver dans les commentaires de certaines vidéos partagées par les "gilets jaunes", par la nature du réseau social. "Facebook est un espace propice à l'opinion brute, à la réaction. Le format vidéo, et particulièrement le direct, autorise un commentaire plutôt court qui ne nécessite pas d'expertise particulière pour être considéré comme valable. On va donc observer beaucoup de messages d'encouragements, qui révèlent une certaine stimulation dans la lutte", analyse celle qui a par ailleurs consacré une thèse à la question de la participation autour de l'actualité sur Facebook.

 

 

 

"Faire le lien entre les ronds-points et les manifestations monstres à l'international"

L'intérêt des "gilets jaunes" pour les révoltes internationales "est dû au durcissement du conflit en France, qui entre en résonance directe avec la conflictualité qui explose aux quatre coins du globe", ajoute Laurent Thiong-Kay doctorant en sciences humaines et sociales à l'université Toulouse-3 et coauteur d'un rapport sur la structuration en ligne du mouvement des "gilets jaunes". "Cette résonance est également due à un répertoire d'actions visant à réinvestir l'espace public : les internautes font le lien entre les ronds-points et les manifestations monstres que l'on voit à l'international", précise le chercheur.

 

 

Pas étonnant donc de voir cette solidarité envers des mobilisations pourtant géographiquement lointaines, et aux motifs disparates, se retrouver également sur le terrain. Samedi 27 octobre, certains "gilets jaunes" ont profité de la manifestation organisée à Paris pour apporter leur soutien au mouvement de révolte au Chili.

 

 

Une manière de s'inscrire dans ce que l'historienne Mathilde Larrère, spécialiste des mouvements révolutionnaires au XIXe siècle, décrit comme la "citation révolutionnaire". "On fait référence aux autres pays en lutte. Apprendre à Beyrouth que le peuple se soulève au Chili, puis au Chili qu'il se lève en Equateur rend aussi la contestation légitime. Et on se dit qu'elle est possible puisque d'autres le font", expliquait-elle dans un récent entretien à franceinfo.

 

 

Comme Laurent Thiong-Kay, la docteure en sciences de l'information Coralie Le Caroff note toutefois que la question internationale n'est pas devenue "la préoccupation centrale" des "gilets jaunes" sur Facebook. De fait, lorsqu'on l'interroge sur l'engouement des sympathisants du mouvement sur les révoltes étrangères, Maxime Nicolle ne met que quelques secondes pour revenir sur la situation française. Et de promettre une "fin d'année compliquée pour Emmanuel Macron", en faisant référence au mouvement de grève contre la réforme des retraites du 5 décembre auquel des "gilets jaunes" ont d'ores et déjà promis de se joindre.

 


14/11/2019
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Franceinfo - le mecredi 6 novembre 2019

 

 

Le gouvernement plaide pour une hausse de la rémunération des informateurs du fisc

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Gérald Darmanin souhaite "supprimer le plafond de leur rémunération maximale, qui ne peut aujourd'hui dépasser le million d'euros"

 

 

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Le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin, le 24 octobre 2019 à Valenciennes (Nord). (MAXPPP)

 

 

 

Inciter les contribuables à dénoncer les mauvais joueurs. Le gouvernement est favorable à une augmentation de la rémunération des informateurs qui permettent à l'administration fiscale de traquer des fraudes, a indiqué le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin dans un entretien à paraître jeudi 7 novembre dans Le Figaro (article réservé aux abonnés).

 

 

Il souhaite ainsi "supprimer le plafond de leur rémunération maximale, qui ne peut aujourd'hui dépasser le million d'euros. Certains estiment en effet que le chèque que nous leur proposons ne vaut pas le risque qu'ils prennent en venant nous voir", a détaillé le ministre. 

 

 

 

Plus de 100 millions d'euros de redressements déjà récupérés par ce biais

Dans le cadre de l'examen à l'Assemblée du projet de budget 2020, la députée socialiste Christine Pirès-Beaune a présenté des amendements en ce sens, que le gouvernement "espère (voir) adoptés", a ajouté Gérald Darmanin. Il a toutefois précisé qu'"un nouveau plafond, plus élevé, sera fixé par voie réglementaire".

 

 

Selon lui, depuis 2017 que ce système de rémunération existe, 92 personnes ont approché l'administration fiscale. "Vingt-neuf dossiers sont en cours d'instruction, 13 ont donné lieu à un contrôle fiscal et 4 dossiers ont été bouclés. Ceux-ci ont donné lieu à plus de 100 millions d'euros de redressements."

 


07/11/2019
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Franceinfo - le jeudi 7 novembre 2019

 

 

"J'ai la haine contre ceux qui ont fait ça" : à Chanteloup-les-Vignes, autopsie d'une banlieue en quête de normalité

 

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Juliette CampionFrance Télévisions

 

 

Cette commune des Yvelines, emblématique du renouveau des banlieues, connaît un regain de violence depuis plusieurs semaines. Le chômage, qui frôle les 20%, pèse particulièrement sur la jeunesse, en manque de perspectives

 

 

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Le chapiteau de Chanteloup-les-Vignes, après l'incendie, le 4 novembre 2019. (JULIETTE CAMPION / FRANCEINFO)

 

 

 

A la sortie de l'école élémentaire Mille Visages, implantée au cœur de la cité de la Noé, les mères de famille patientent sous une pluie fine. Des grappes d'enfants bruyants finissent enfin par sortir. Parmi eux, Amina, doudoune rose fluo, est un peu contrariée : "Maman, le maître il a dit qu'on pourrait pas faire le spectacle de fin d'année au chapiteau. On va devoir aller à la salle des fêtes à la place."

 

 

Ce lundi 4 novembre, à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), l'incendie de l'Arche, un bâtiment culturel emblématique de la ville, occupe toutes les conversations. "J'ai la haine contre ceux qui ont fait ça. Si je pouvais brûler leur maison, je le ferais", lâche une mère, hors d'elle. De l'immense chapiteau où des jeunes s'initiaient aux arts du cirque, il ne reste qu'une toiture calcinée. "Nous n'avons même plus une balle de jonglage", constate, dépitée, la directrice de la Compagnie des Contraires, Neusa Thomasi, au pied du bâtiment incendié. Le chapiteau appartenait à son association, implantée depuis près de trente ans à Chanteloup. La structure de bois et de zinc, d'un coût de 800 000 euros, avait été inaugurée il y a un an. "C'est une très grosse perte pour la ville", déplore la maire (DVD), Catherine Arenou.

 

 

 

L\'Arche, le bâtiment incendié à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), deux jours après le sinistre, le 4 novembre 2019.

L'Arche, le bâtiment incendié à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), deux jours après le sinistre, le 4 novembre 2019. (JULIETTE CAMPION / FRANCEINFO)


 

Dans la nuit du 2 au 3 novembre, cette ville de 10 000 habitants du nord des Yvelines, à une trentaine de kilomètres de Paris, a été le théâtre de violences urbaines. Des poubelles et des éclairages publics ont été incendiés. Les pompiers, visés par des projectiles alors qu'ils tentaient de maîtriser les flammes, ont dû être protégés par la police. Les dégradations avaient repris depuis plusieurs semaines déjà dans cette commune censée être le symbole du renouveau des banlieues. Le 31 octobre, lors de la soirée d'Halloween, plusieurs voitures de police ont été la cible de jets de pierres et de tirs de mortier d'artifice. Plus d'un an après l'enterrement du plan Borloo, faut-il y voir la colère ponctuelle d'une "petite bande d'imbéciles", selon les termes du Premier ministre, Edouard Philippe ? Ou est-ce l'expression d'un malaise plus profond de cette cité que l'on surnommait "Chicago-en-Yvelines" dans les années 1990 ?

 

 

 

Compétition entre quartiers ou bavure policière ?

Sur place, plusieurs théories s'affrontent pour expliquer le récent regain de violence. Plusieurs personnalités, dont le préfet Jean-Jacques Brot, pointent la démolition programmée d'un petit immeuble de trois étages, supposé être l'un des épicentres du trafic de drogue du quartier sensible de la Noé. La démolition de la barre dite du "Trident" ne serait pas passée. "Nous sommes parfaitement conscients de ce que lorsque nous bousculons les trafics de stupéfiants, cela crée des tensions. (...) Mais nous sommes déterminés à faire en sorte que ce trafic puisse cesser et à faire en sorte que l'ordre puisse être respecté et rétabli", a déclaré lundi Edouard Philippe.

 

 

 

La place de l\'Ellipse, au cœur de la cité de la Noé, à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), le 5 novembre 2019.

La place de l'Ellipse, au cœur de la cité de la Noé, à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), le 5 novembre 2019. (JULIETTE CAMPION / FRANCEINFO)


 

La plupart des habitants que nous avons rencontrés ne croient pas vraiment à cette hypothèse. L'un des ouvriers chargés de récolter les débris d'une tractopelle récemment incendiée avance une autre théorie. "C'est parce qu'il y a la compétition entre plusieurs quartiers des Yvelines sur Snapchat", croit-il savoir. Samedi soir, des vidéos des affrontements entre les jeunes et la police ont été diffusées quasi en direct sur ce réseau social. Dans l'une d'elles, l'auteur parle ironiquement d'un "barbecue à 900 000 euros" face à l'embrasement du chapiteau qui se déroule sous ses yeux. Le préfet des Yvelines a dénoncé sur BFMTV une "compétition lamentable mais qui existe d'un endroit à l'autre, d'une ville à l'autre, avec des vidéos lamentables qui circulent, le concours étant à celui qui cassera le plus de flics".

 

 

Mais lorsqu'on échange avec les jeunes croisés sur place, c'est encore une autre version qui émerge. Eux parlent d'une "énième bavure policière" perpétrée par des agents de la BAC, qui a mis le feu aux poudres il y a trois semaines. Un habitant a filmé la scène depuis sa fenêtre et l'a diffusée sur Snapchat. On y voit deux policiers maintenir au sol un jeune en train de crier : "Au secours ! Pourquoi ils me tapent ?" Difficile toutefois de distinguer leurs gestes. Il semble que les agents prennent le jeune homme en photo, pour "se foutre de sa gueule et nous humilier une fois de plus, comme ils font toujours", s'énerve l'un d'eux. La plupart des habitants ne cachent pas leur défiance vis-à-vis des forces de l'ordre. "Moi je vous le dis, j'ai peur de la police. La BAC de jour surtout, on s'en méfie", confie Kader, 38 ans.

 

 

 

Saïd (à gauche) et un autre médiateur de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), le 5 novembre 2019. 

Saïd (à gauche) et un autre médiateur de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), le 5 novembre 2019.  (JULIETTE CAMPION / FRANCEINFO)


 

Devant le Bureau d'Information Jeunesse, Saïd, l'un des huit médiateurs de la ville, le reconnaît : "Les rapports avec la police sont vraiment compliqués. Ils sont en partie responsables de la colère des quartiers. Leurs bavures sont très relayées, et elles sont nombreuses." Il regrette amèrement la suppression de la police de proximité décidée par le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy en 2003. "Avant, il y avait des matchs de foot entre policiers et jeunes du quartier. Il y avait un vrai lien de confiance. Ça nous manque énormément." 

 

 

 

"Vous préférez la vérité ou un mensonge qui fait plaisir ?"

Si les tensions avec la police sont sur toutes les lèvres, des problèmes de fond persistent, à commencer par le manque de perspectives pour les jeunes. "Résumer le problème à une bande de jeunes mal éduqués, c'est la lecture, facile, des responsables politiques et des populistes", tance l'eurodéputé EELV Mounir Satouri, qui a dirigé le centre social de Chanteloup-les-Vignes de 2007 à 2015. Lui voit les choses autrement : "Il y a trois vrais problèmes à Chanteloup : le chômage, le chômage et le chômage."

 

 

 

Pierre Cardo et Vincent, à quelques mètres du chapiteau de Chanteloup-les-Vignes, le 5 novembre 2019. 

Pierre Cardo et Vincent, à quelques mètres du chapiteau de Chanteloup-les-Vignes, le 5 novembre 2019.  (JULIETTE CAMPION / FRANCEINFO)


 

Cet horizon bouché alimente l'amertume. A 33 ans, Vincent ne voit qu'une solution : partir. Il s'apprête à s'installer à Cergy-Pontoise, à une quinzaine de kilomètres. "Je suis né à Chanteloup, j'y suis attaché. Mais c'est un microcosme. Il faut essayer de sortir de ce carcan."

 

 

Je sais que si je reste, je vais m'enterrer et devenir comme les autres.Vincent, habitant de Chanteloup-les-Vignes à franceinfo

 

 

"Les autres", ceux qui restent, alternent les petits boulots en intérim, pas toujours dans leur branche. "L'habitat s'est amélioré, c'est bien. Mais c'est un cache-misère", s'agace Abdelkrim, la trentaine. Lui cherche un emploi comme conducteur d'engins dans le bâtiment. Avec un groupe du quartier, il n'hésite pas à prendre à partie la maire, croisée par hasard. Le ton monte rapidement. "Madame la maire ! Ce sont les jeunes qui ont fait l'incendie parce qu'ils sont livrés à eux-mêmes. Vous préférez qu'on dise aux médias que c'est les dealers de drogue ? Mais c'est pas ça le problème ! Vous préférez la vérité ou un mensonge qui fait plaisir ?" Maire de la ville depuis 2009, Catherine Arenou reste une petite demi-heure avec le groupe, très remonté. Elle garde son calme et son sourire. L'année dernière, après l'incendie de l'école maternelle Roland-Dorgelès, cette médecin généraliste de 66 ans avait pourtant menacé de démissionner, épuisée par les insultes et les menaces dont elle était l'objet. "Je m'en prends plein la gueule parce que ça fait partie du job", commente celle qui n'a pas l'habitude de mâcher ses mots.

 

 

 

Kader, jeune habitant de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), interpelle la maire LR de la ville, Catherine Arenou, et son directeur de cabinet.

Kader, jeune habitant de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), interpelle la maire LR de la ville, Catherine Arenou, et son directeur de cabinet. (JULIETTE CAMPION / FRANCEINFO)


 

Chanteloup affichait en 2016 un taux de chômage de 19,6%, plus de deux fois la moyenne nationale. Un phénomène endémique accentué par la baisse des emplois aidés, selon Mounir Satouri : "C'était pourtant un formidable levier de retour à l'emploi pour les habitants, regrette l'élu. Sans compter que la plupart des médiateurs de Chanteloup sont des contrats aidés. Ils ne sont désormais plus que huit pour plus de 10 000 habitants. Ça fait un peu léger."

 

 

A la sortie de l'école Mille Visages, Brigitte témoigne des difficultés de sa fille pour trouver un emploi : "Ma gamine a 22 ans. Elle a déposé 40 CV et n'a pas eu une seule réponse. Pourtant, elle cherche comme caissière et dans la vente… Dans les magasins de vêtements, il y a du travail normalement !" Une autre mère l'interrompt : "Mais il faut qu'elle change son adresse et qu'elle marque Andrésy sur le CV !" La commune voisine a le même code postal mais jouit d'une meilleure réputation que Chanteloup. La plupart des demandeurs d'emploi que nous avons croisés usent de cette stratégie, "parce que c'est pas bien vu d'être d'ici"

 

 

 

De "Droit de cité" à "La Haine"

Il faut dire que la ville a longtemps pâti d'une très mauvaise réputation. Au début des années 1970, Chanteloup-les-Vignes n'était pourtant qu'un village de 3 000 habitants, essentiellement peuplé d'agriculteurs. Mais tout bascule lorsque l'Etat décide d'y construire une ville nouvelle, sous la direction de l'architecte Emile Aillaud, le spécialiste des grands ensembles. Chanteloup est alors choisie de façon un peu arbitraire pour loger les ouvriers de l'automobile qui travaillent dans la vallée de la Seine, notamment à Poissy, chez Renault. La population locale se révolte mais la cité de la Noé voit le jour sous forme d'immeubles bas et arrondis, dont certains subsistent aujourd'hui.

 

 

 

Un quartier de Chanteloup-les-Vignes, le 5 novembre 2019. 

Un quartier de Chanteloup-les-Vignes, le 5 novembre 2019.  (JULIETTE CAMPION / FRANCEINFO)


 

Peu à peu, Chanteloup accumule les maux des banlieues : des services publics absents, des transports peu efficients, des logements de plus en plus dégradés… Pierre Cardo, maire de 1983 à 2006, se souvient : "Les associations de locataires étaient désespérées à cause des dégradations. Les gens n'avaient plus de boîtes aux lettres, les portes étaient toutes défoncées. Ils n'osaient même plus inviter les gens chez eux." La cité sera réhabilitée deux fois, puis restructurée complètement à partir de 2003. "On a eu enfin les moyens de faire quelque chose d'intelligent, pas seulement sur le plan urbain. Il y a eu une reprise en main de la propreté, une redéfinition claire des espaces", se félicite l'ancien maire, sans cesse interrompu par des habitants qui viennent lui faire la bise ou lui serrer la main. "C'est une star ici M'sieur Cardo !" lance un adolescent de 16 ans qui n'a pourtant pas connu ses mandatures.

 

 

Restait pourtant un problème, majeur : la délinquance, en particulier le trafic de drogue. Les émeutes de l'hiver 1990 lui valent le surnom de "Chicago-en-Yvelines" dans les médias. Son image de banlieue violente se cristallise dans le film La Haine, tourné par Mathieu Kassovitz en 1995 au cœur de la cité de la Noé. "On était le dernier espoir de Mathieu. Toutes les autres villes de banlieue avaient refusé, évidemment. Je me suis dit : 'Prenons le risque et montrons que ça peut bien se passer'", raconte Pierre Cardo.

 

 

Si c'était à refaire, pas sûr toutefois qu'il accepterait. Le tournage s'est globalement bien déroulé, mais "l'après-vente s'est avérée plus compliquée". Le film devait s'appeler Droit de cité jusqu'à ce que Mathieu Kassovitz opte, à la dernière minute, pour le titre que l'on connaît. "Quand je l'ai su, j'ai demandé qu'on ne précise pas que le tournage avait eu lieu à Chanteloup… Mais évidemment, ça s'est su très vite", sourit Pierre Cardo. La ville a ainsi longtemps été assimilée à l'extrême violence et au désespoir dépeints dans le film.

 

 

Le traitement médiatique réservé à la cité ces dernières décennies a aussi laissé des traces, déplore Mohammed, un habitant.

 

 

Pendant des années, les caméras des JT ne venaient que pour couvrir les émeutes, jamais pour montrer le positif. Et ça n'a pas vraiment changé.Mohammed, 64 ans à franceinfo

 

 

"C'est pas contre vous, mais les journalistes, on vous déteste", renchérit son ami à côté de lui. Si la plupart acceptent de nous parler, presque tous refusent d'être filmés ou pris en photo. Beaucoup nous suspectent de ne pas être fidèles à leurs propos et relisent par-dessus notre épaule.

 

 

 

Au snack le C\'Zam à Chanteloup-les-Vignes, le 5 novembre 2019. 

Au snack le C'Zam à Chanteloup-les-Vignes, le 5 novembre 2019.  (JULIETTE CAMPION / FRANCEINFO)


 

Ce mardi, au C'Zam, le seul restaurant-snack du centre-ville, quelques ouvriers engloutissent leur kebab avec les chaînes d'info en continu en fond sonore. Chanteloup est au cœur des débats télévisés. "Il faut envoyer l'armée dans les quartiers, l'Etat est trop laxiste", lance une éditorialiste. Regard blasé de la serveuse qui pianote sur son portable. Les discussions se poursuivent, comme si de rien n'était. "Ils en font un peu trop nan ?" tente une cliente en attendant son sandwich.

 

 

"Les gens osent venir s'installer à Chanteloup"

Ses habitants ne se reconnaissent pas dans l'image de banlieue chaude qui colle à la peau de Chanteloup-les-Vignes, qui est parvenue à devenir le symbole du renouveau des quartiers difficiles. C'est ici que Jean-Louis Borloo, alors ministre de la Ville, a eu l'idée d'élaborer son plan pour les banlieues, en 2003. Chanteloup a été l'une des premières villes à bénéficier de ce vaste projet de rénovation urbaine. En quinze ans, 349 logements ont été rasés pour aérer la cité, qui a été largement remodelée. Comme un peu partout en France, ces grands chantiers ont un double objectif : rénover les bâtiments mais également favoriser la mixité sociale. Dans les années 1980, Chanteloup était la ville la plus endettée de France. Depuis, sa dette n'a cessé de fondre, passant de plus de 10,8 millions d'euros en 2009 à 5,5 millions en 2017.

 

 

Autre "excellent symptôme", selon Catherine Arenou : "Les logements sociaux ne cessent de diminuer : on est passé de 75% à 46%. C'est plus que la majorité des villes, mais on constate que les gens osent venir s'installer à Chanteloup, c'est une ville qui ne fait plus peur." L'optimisme de l'édile tranche avec la carcasse calcinée du chapiteau qui subsiste derrière elle.

 

 

Je suis dévastée mais on va se relever, on n'a pas le choix. Catherine Arenou, maire de Chanteloup-les-Vignes à franceinfo

 

 

Le Bureau d'Information Jeunesse, inauguré l'année dernière, dont le but est d'aider les moins de 25 ans à trouver un emploi, parachève des investissements essentiellement tournés vers les jeunes.

 

 

 

Ilham Sabar, directrice de l\'association Espoir à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), le 5 novembre 2019.

Ilham Sabar, directrice de l'association Espoir à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), le 5 novembre 2019. (JULIETTE CAMPION / FRANCEINFO)


 

La ville a toutefois connu un coup dur avec la liquidation en début d'année de son emblématique centre social, implanté depuis vingt ans dans la cité. Sa fermeture pour difficultés financières a bouleversé les populations précaires qui bénéficiaient aussi bien de ses conseils administratifs que des sorties proposées pour les enfants. Une association, Espoir, a été créée en urgence pour pallier cette fermeture. Sa directrice, Ilham Sabar, se réjouit déjà : "Les habitants ont vraiment envie de s'impliquer dans la vie de Chanteloup. On a eu dix mamans qui sont venues nous voir pour nous proposer de monter Les louves, des maraudes de patrouille contre les incivilités la nuit."

 

 

De leur côté, les jeunes ont étonné tout le monde cet été en organisant tout seuls une mini-Coupe d'Afrique des nations, dans le stade municipal. "Les autres villes des Yvelines se moquaient de nous, en disant que ça tiendrait pas trois heures. Ça a duré une semaine, huit équipes se sont affrontées, sans aucun incident. Le stade était plein tous les jours, avec les parents, les grands-parents. C'était fou", raconte un médiateur, ému. "C'est une ville qui va mieux. Je ne demande pas qu'on ait une image extraordinaire, je demande juste de ne plus avoir d'image. C'est ça la normalité", conclut Catherine Arenou.

 


07/11/2019
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Franceinfo - le jeudi 7 novembre 2019

 

 

Paris : 1 606 migrants évacués de deux campements de migrants porte de la Chapelle

 

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franceinfoRadio France

 

 

Des policiers vont désormais rester sur place pour éviter "la reconstitution de ces camps", assure le préfet de région Michel Cadot

 

 

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1 200 migrantsont été évacués de deux campements au nord-est de Paris. (HAJERA MOHAMMAD / RADIO FRANCE)

 

 

 

1 606 migrants répartis dans deux campements, situés porte de la Chapelle, à cheval sur le nord-est parisien et la Seine-Saint-Denis, ont été évacués à partir de 6 heures dans la matinée du jeudi 7 novembre, a constaté l'envoyée spéciale de franceinfo sur place. Une heure plus tard, les premiers bus partaient en direction de 15 gymnases de la région parisienne, a constaté une reporter de France Bleu Paris. À 9h, l'évacuation était terminée.

 

 

 

 

600 policiers, 1 606 migrants

600 policiers ont été mobilisés pour cette opération concernant 1 606 migrants, d'après les derniers chiffres communiqués par la préfecture de police de Paris. De nombreux bénévoles de différentes associations étaient également présents.

 

 

Mercredi, lors des annonces gouvernementales sur l'immigration, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait pris "l'engagement d'évacuer d'ici la fin de l'année les campements du nord-est parisien". La préfecture de police de Paris et la préfecture de la région Ile-de-France avaient annoncé dans la foulée que cette évacuation aurait lieu dans la matinée du 7 novembre.

 

 

Le préfet de région Michel Cadot, le préfet de police Didier Lallement et la maire de Paris Anne Hidalgo étaient présents. Michel Cadot a déclaré que l'évacuation permettra "de reconquérir normalement l'espace public", "de manière stabilisée dans la durée puisqu'il y aura un maintien de présence policière permettant d'éviter la reconstitution de ces campements".

 

 

"Nous mettons à l'abri, c'est une démarche humanitaire, pour assurer à ceux qui sont des situations extrêmement difficiles un hébergement, mais nous ne tolèrerons pas de réinstallations", a déclaré de son côté le préfet de police de Paris, Didier Lallement.

 

 

Des effectifs de police contrôleront systématiquement les gens. Ceux en situation irrégulière qui reviendront seront traités comme toutes les personnes en situation irrégulière. Ceux en situation régulière, on essaiera de leur trouver des solutions d'hébergement, mais je préfère être très clair, il n'est pas question qu'ils recampent.Didier Lallement, préfet de police de Paris à franceinfo

 

 

"Cette opération vise non seulement à prendre en charge les migrants, mais aussi à faire cesser ces installations déplorables qui sont sur des délaissés de voiries qui appartiennent à la commune de Paris ou à l'État,", a assuré le préfet de police de Paris. 

Nous avons obtenu des garanties des deux préfets pour que les personnes soient acheminées vers des hébergementsAnne Hidalgo, maire de Paris à franceinfo

 

 

"Une de nos conditions, c'était que ça ne peut pas être une évacuation pure et simple, où une partie des gens ici auraient été dirigés vers des centres de rétention. Nous n'aurions pas été présents dans ce cas-là", a indiqué Anne Hidalgo, la maire de Paris, qui dit avoir obtenu la garantie d'un "accueil inconditionnel" des personnes présentes sur les campements.

 

 

"La rue n'est pas un lieu pour vivre. C'est un lieu de danger et d'indignité", a ajouté Anne Hidalgo. "Et c'est un lieu où y compris les riverains ne peuvent pas accepter que l'espace public devienne ce qu'il était devenu ici porte de la Chapelle".

 

 

Son adjointe chargée des solidarités et de l'accueil des réfugiés, Dominique Versini, a ensuite affirmé sur franceinfo "qu'une partie des personnes" présentes sur le campement "se sont évaporées dans Paris".

 


07/11/2019
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Franceinfo - le mercredi 6 novembre 2019

 

 

"Le sujet d'Hong Kong a été abordé, nous avons fait part de nos préoccupations" : regardez la conférence de presse d'Emmanuel Macron, sur le bilan de son voyage en Chine

 

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Yann ThompsonFrance Télévisions

 

 

Gros contrats, plaidoyer en faveur de l'ouveture de la Chine, discours sur le climat : durant trois jours, le président français a tenté un rapprochement avec la seconde économie mondiale

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Après trois jours entre Shanghai et Pékin, l'opération séduction d'Emmanuel Macron en Chine prend fin mercredi 6 novembre. Pour la seconde visite officielle du président français, lui et son homologue Xi Jinping ont abordé les questions économiques et climatiques – ils ont d'ailleurs réaffirmé leur soutien à l' "irréversible" accord de Paris, deux jours après l'officialisation du retrait des Etats-Unis. De quoi prendre le contrepied de Donald Trump, engagé dans une guerre commerciale avec la seconde puissance économique du monde.

 

 

 

Emmanuel Macron affirme avoir abordé la question des violences à Hong Kong avec le président chinois. "Le sujet d'Hong Kong a été abordé, nous avons fait part de nos préoccupations", a déclaré le président français. Il a assuré avoir appelé les parties "au dialogue, à la retenue, à la désescalade" et a apporté son soutien aux Français vivant sur la péninsule. Avant même que le président français n'ait posé le pied à Pékin, la diplomatie chinoise l'invitait à ne pas se mêler des "affaires intérieures de la Chine", alors que l'ONG Human Rights Watch a appelé Emmanuel Macron à faire pression sur son homologue chinois pour faire fermer les camps "d'éducation politique", dans lesquels seraient détenus plus d'un million de Ouighours. Ce point n'a, pour le moment, pas été abordé par le président français. 

 

 

 

Un accueil chaleureux de la part de Xi Jinping. "Entre amis, on offre toujours le meilleur, surtout à un ami qui vient de loin. Il faut lui réserver l'accueil le plus amical et le plus chaleureux", avait insisté un haut responsable du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhu Jing, paraphrasant Confucius, à quelques jours de la rencontre. Visite des pavillons chinois et français à la Foire de Shanghai, dîner avec leurs épouses au jardin Yu – considéré comme l'un des plus beaux de Chine –, inauguration de l'antenne chinoise du Centre Pompidou : les deux chefs d'Etat ont particulièrement soigné leurs relations.

 

 

 

Des discussions axées sur les échanges économiques. Emmanuel Macron était l'invité d'honneur de la Foire aux importations de Shangai, rendez-vous annuel instauré par le régime communiste pour attester de sa volonté d'ouverture – d'autant plus important que l'économie chinoise marche au ralenti du fait des tensions commerciales avec Washington. Une importante délégations d'acteurs de l'économie française accompagnaient le président pour dynamiser les exportations tricolores vers la Chine. Mercredi, Pékin a annoncé 15 milliards de dollars avec la France, notamment dans les domaines de l'aéronautique et de l'agroalimentaire.

 


06/11/2019
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Franceinfo - le mardi 5 novembre 2019

 

 

Quelles sont les pistes du gouvernement en matière d'immigration ?

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Accès aux soins pour les étrangers, immigration professionnelle… Le Premier ministre s'apprête à dévoiler les mesures de l'exécutif, après le débat au Parlement sur l'immigration

 

 

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Le Premier ministre Edouard Philippe lors d'une session de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale (Paris), le 29 octobre 2019. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

 

 

 

Accès aux soins, immigration économique, délais de traitement des demandes d'asile… Edouard Philippe dévoilera, mercredi 6 novembre, à l'issue d'un comité interministériel, 20 mesures sur l'immigration, déjà présentées lundi soir à plusieurs ministres et parlementaires de la majorité réunis à Matignon. Quatre semaines après le premier débat annuel sur l'immigration à l'Assemblée et au Sénat, le gouvernement a ainsi entériné plusieurs pistes pour atteindre un "équilibre", oscillant entre "très grande fermeté" et "très grande ouverture", selon les mots du député La République en marche (LREM) Florent Boudié. Franceinfo fait le point ce qui a filtré de ces décisions. 

 

 

 

L'accès aux soins pour les étrangers limité

La Protection universelle maladie. L'exécutif souhaite imposer un délai de carence de trois mois aux demandeurs d'asile, avant d'accéder à la Protection universelle maladie (Puma). Aujourd'hui, ils peuvent demander à bénéficier de cette protection sociale de base dès l'enregistrement de leur demande d'asile. Le gouvernement justifie cette mesure par ce que la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a récemment considéré comme le "dévoiement" de la Puma, par des demandeurs d'asile venus de Géorgie et d'Albanie, "qui sont a priori des pays sûrs".

 

 

L'Aide médicale d'Etat. Dispositif réservé aux sans-papiers, et régulièrement objet de critiques et de fantasmes, l'Aide médicale d'Etat (AME), qui bénéficie à environ 318 000 personnes, ne verra pas son panier de soins réduit. Toutefois, certains actes considérés comme non-urgents pourront désormais faire l'objet d'un accord préalable de la Sécurité sociale. 

 

 

Ces modifications de la Puma et l'AME figureront dans les amendements du gouvernement débattus jeudi à l'Assemblée nationale, dans le cadre de l'examen du budget santé. Un rapport sur l'AME commandé à l'Inspection générale des affaires sociales et à l'Inspection générale des finances, doit par ailleurs être rendu public, mardi.

 

 

Le Premier ministre a insisté sur "la nécessité de lutter contre les fraudes et les abus", selon une participante à la réunion de lundi soir, citée par l'AFP. Edouard Philippe rejoint ainsi Emmanuel Macron, qui jugeait nécessaire, dans un entretien à Valeurs actuelles de "régler vite" la question "des gens qui viennent avec un visa touristique, qui restent trois mois et ensuite se mettent à l'AME". Le gouvernement veut également imposer davantage de contrôles sur certains bénéficiaires de l'Aide aux demandeurs d'asile (ADA) soupçonnés de percevoir indûment le RSA.

 

 

 

L'immigration professionnelle facilitée

Parmi les décisions dites "d'ouverture", le gouvernement cherche un dispositif permettant de "s'ajuster en temps réel aux besoins de nos entreprises", ce qui pourrait faciliter l'immigration économique légale ou immigration professionnelle. Dans cette perspective, le détail des filières en tension, datant de 2008, va être actualisé. "Cela donnera des listes plus proches des territoires", a expliqué le député LREM Raphaël Gauvain.

 

 

Selon Le Parisien, le gouvernement va fixer des objectifs chiffrés pour l'immigration économique, soit instaurer des quotas pour faire face aux difficultés de recrutement dans certains domaines. Une information confirmée par un conseiller du Premier ministre à franceinfo et par la ministre du Travail Muriel Pénicaud. Des "objectifs chiffrés" d'immigrés "professionnels" vont être fixés dès l'été prochain, pour que la "France recrute" en fonction de ses besoins, a-t-elle expliqué sur BFMTV.

 

 

Selon une note du gouvernement que France Télévisions a pu consulter, ces quotas ne sont toutefois "pas limitatifs". Toujours d'après cette note, la procédure de délivrance des autorisations de travail sera simplifiée. Aujourd'hui, sept critères sont imposés à un étranger pour pouvoir travailler en France. Le gouvernement souhaite les rassembler en trois critères. 

 

 

 

Les délais d'instruction des dossiers réduits

La loi votée en 2018 pour réduire les délais d'instruction des demandes d'asile n'a pour l'heure pas produit les effets escomptés. Il faut compter un délai moyen de douze mois au lieu des six espérés, dans un contexte de "forte augmentation des demandes", selon Matignon. Dans ce cadre, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) devraient se voir attribuer des "crédits supplémentaires", selon une députée citée par l'AFP, afin d'être en mesure de répondre plus rapidement à ces demandes.

 

 

Edouard Philippe a également confirmé la volonté de redéployer l'Aide publique au développement, dont l'effort doit être porté à 0,55% du PIB en 2022. Selon Matignon, cette aide doit "se concentrer sur les zones à enjeux, sur des priorités thématiques bien définies (santé, égalité hommes-femmes...), pour que cela soit un vrai levier de la politique migratoire".

 

 

Selon les informations de BFMTV, le gouvernement souhaite une meilleure coordination entre les préfectures et les consulats. Pour cela, il compte mettre en place une commission stratégique des visas d'ici à la fin du mois de novembre.

 


05/11/2019
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Franceinfo - le lundi 4 novembre 2019

 

 

Gros contrats, tensions à Hong Kong, Guillaume Canet… Quatre choses à savoir sur la visite d'Emmanuel Macron en Chine

 

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franceinfo avec AFP et ReutersFrance Télévisions
 
 

 

Le président français sera en Chine jusqu'à mercredi pour une visite d'Etat, pendant laquelle il sera question d'échanges culturels et commerciaux

 

 

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Emmanuel Macron et Xi Jinping, lors du sommet du G20, à Osaka (Japon), le 29 juin 2019. (LUDOVIC MARIN / AFP)

 

 

 

Il avait promis d'y revenir rapidement. Un an et demi après sa première visite d'Etat dans le pays, le président français Emmanuel Macron est arrivé, lundi 4 novembre, en Chine, pour trois jours à Shanghai et Pékin. Au menu : la possible signature de plusieurs dizaines de contrats, un volet culturel avec l'inauguration d'une antenne du Centre Pompidou, mais aussi quelques pas de diplomatie avec le chef de l'Etat chinois Xi Jinping. 

 

 

 

Une rencontre "entre amis"

La Chine prépare un accueil chaleureux pour Emmanuel Macron. "Entre amis, on offre toujours le meilleur, surtout à un ami qui vient de loin. Il faut lui réserver l'accueil le plus amical et le plus chaleureux", a promis jeudi un haut responsable du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhu Jing, paraphrasant le philosophe Confucius. Le chef de l'Etat français passera en effet plusieurs heures avec le président chinois, qu'il rencontrera pour la sixième fois en moins de trois ans. "Xi Jinping attache une importance particulière à cette visite", qui est "une nouvelle étape dans la relation bilatérale", poursuit Zhu Jing.

 

 

Les deux dirigeants visiteront ensemble, mardi, les pavillons chinois et français de la Foire de Shanghai, avant de dîner, avec leurs épouses, au cœur du vieux Shanghai, au jardin Yu, considéré comme l'un des plus beaux de Chine. Mercredi, Xi Jinping recevra son hôte à Pékin pour des entretiens plus officiels, notamment afin de pousser "un agenda euro-chinois" pour le climat et la biodiversité. 

 

 

 

Aéronautique et agriculture

À son arrivée lundi, Emmanuel Macron doit assister, avec d'autres dirigeants mondiaux, à un dîner de gala pour l'inauguration de la deuxième Foire aux importations de Shanghai, dont la France est l'invitée d'honneur. Un rendez-vous annuel instauré par le régime communiste pour convaincre de son intention d'ouvrir son marché. Xi Jinping cherche ainsi à renforcer ses contacts avec les Européens, au moment où l'économie de son pays ralentit, sur fond de guerre commerciale avec les Etats-Unis.

 

 

"Puisque cette foire vise à démontrer cette ouverture de la Chine, eh bien démontrons-le par des accès au marché dans le domaine agroalimentaire, par des avancées sur les deux accords prioritaires UE-Chine" souligne un conseiller de l'Elysée, auprès de Reuters. Ces accords portent sur la protection des indications géographiques et la protection des investissements. Pour l'occasion, le président français sera accompagné d'une importante délégation de chefs d'entreprises du CAC 40, mais également de PME et d'entreprises de taille intermédiaire (ETI).

 

 

À Pékin, mercredi, Emmanuel Macron s'entretiendra de nouveau avec Xi Jinping et le Premier ministre Li Keqiang. Dans ce contexte général, une quarantaine de contrats doivent être signés, notamment dans les domaines de l'aéronautique, de l'espace et de l'agriculture. Il sera aussi question du projet de construction en Chine d'une usine de traitement des combustibles nucléaires usés porté par Orano (ex-Areva), pour lequel "ça s'accélère", selon l'Elysée. Le dossier est en discussion depuis une dizaine d'années. 

 

 

 

"Astérix" et le Centre Pompidou

À Shanghai, Emmanuel Macron inaugurera mardi le Centre Pompidou West Bund Museum Project. Il s'agit de la première antenne du musée parisien à s'implanter hors d'Europe. D'une surface de 2 100 m², l'institution culturelle, conçue par l'architecte britannique David Chipperfield, vient enrichir le corridor artistique qui s'étend le long de la rivière traversant Shanghai. Y seront exposées des œuvres prêtées par Beaubourg. A cette occasion, le président français déjeunera avec des artistes chinois, dont certains travaillent en France.

 

 

Il sera en outre accompagné par l'acteur et réalisateur Guillaume Canet, qui prépare le prochain film des aventures d'Astérix – qu'il incarnera également à l'écran – Astérix & Obélix, l'Empire du milieu, où le célèbre Gaulois se frottera à la culture chinoise

 

 

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Les droits de l'homme abordés "sans tabou" ?

L'Elysée a assuré qu'Emmanuel Macron aborderait "sans tabou" et "dans un cadre respectueux et franc" les questions de droits de l'homme, ainsi que la situation à Hong Kong et dans la région à majorité musulmane du Xinjiang, Pékin a adressé une mise en garde au président français. "Hong Kong et le Xinjiang relèvent des affaires intérieures de la Chine, il n'est pas pertinent que ce soit à l'ordre du jour diplomatique", a toutefois averti le diplomate chinois Zhu Jing.

 

 

L'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch a appelé Emmanuel Macron à faire pression sur son homologue "pour la fermeture des camps d'éducation politique" au Xinjiang, où la Chine détiendrait plus d'un million de Ouïghours, une ethnie que Pékin soupçonne de tendances islamistes et séparatistes.

 


04/11/2019
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