L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

FRANCE


Franceinfo - le vendredi 7 septembre 2018

 

 

La France dénonce une tentative d'espionnage russe sur un de ses satellites en 2017

 

 

"Alors qu'Athena-Fidus continuait sa rotation tranquillement au-dessus de la Terre, un satellite s'est approché de lui, de près, d'un peu trop près", a raconté Florence Parly, la ministre des Armées

 

 

 

15737415.jpg

 

Florence Parly à l'Elysée, le 3 août 2018.  (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

 

 

 

Un satellite russe a tenté l'an dernier d'espionner un satellite franco-italien permettant des communications militaires sécurisées, a dénoncé, vendredi 7 septembre, la ministre française des Armées, Florence Parly, dans un discours consacré au secteur spatial de défense.

 

 

En 2017, "alors qu'Athena-Fidus continuait sa rotation tranquillement au-dessus de la Terre, un satellite s'est approché de lui, de près, d'un peu trop près", a raconté la ministre lors d'un déplacement au Centre national d'études spatiales à Toulouse. "De tellement près qu'on aurait vraiment pu croire qu'il tentait de capter nos communications", a-t-elle ajouté.

 

 

Tenter d'écouter ses voisins, ce n'est pas seulement inamical. Cela s'appelle un acte d'espionnage.Florence Parly

 

 

Or "ce satellite aux grandes oreilles s'appelle Louch-Olymp, satellite russe bien connu mais un peu... indiscret", a-t-elle ajouté. "Nous l'avions vu arriver, et avons pris les mesures qui s'imposaient. Nous le surveillons attentivement, nous avons d'ailleurs observé qu'il continuait de manœuvrer activement les mois suivants auprès d'autres cibles, mais demain, qui dit qu'il ne reviendra pas auprès d'un de nos satellites?", s'est-elle interrogée.

 

 

"L'espionnage et les actes offensifs, ça n'arrive pas qu'aux autres. Oui, nous sommes en danger, nos communications, nos manœuvres militaires comme nos quotidiens sont en danger si nous ne réagissons pas", a prévenu la ministre des Armées, soulignant que "d'autres très grandes puissances spatiales déploient en orbite des objets intrigants, expérimentent des capacités potentiellement offensives, conduisent des manoeuvres qui ne laissent guère de doutes sur leur vocation agressive". Un groupe de travail du ministère des Armées doit rendre d'ici au mois de novembre des propositions pour définir "une stratégie spatiale de défense".

 


13/09/2018
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le jeui 6 septembre 2018

 

 

Nord : les autorités évacuent à nouveau le campement de migrants de Grande-Synthe, où vivent environ 500 personnes

 

 

Les opérations ont débuté à partir de 7h30. Ce camp, situé près de Dunkerque, est régulièrement évacué, mais il se reconstitue par la suite, les migrants y faisant étape avant de tenter la traversée pour l'Angleterre

 

 

 

15726039.jpg

 

 

Un campement de migrants à Grande-Synthe (Nord), le 24 mai 2018. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

 

 

 

L'évacuation du campement de migrants de Grande-Synthe (Nord) près de Dunkerque, où vivent environ 500 personnes selon les autorités, a débuté vers 7h30 jeudi 6 septembre, a annoncé la préfecture du Nord. "C'est une opération en cours qui vise le démantèlement du campement de Grande-Synthe", a indiqué à l'AFP une porte-parole de la préfecture. D'après la mairie, ce sont 800 migrants qui vivent à Grande-Synthe, dont 650 à proximité de la gare dans ce qu'on appelle la "Petite jungle".

 

 

Une dizaine de bus sont présents pour les emmener. Objectif : des "mises à l'abri" dans les Hauts-de-France, selon le sous-préfet présent sur place cité par France 3 Hauts-de-France"Il y avait une fixation qui était en train de se faire sur Grande-Synthe.", a déclaré Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur, sur BFMTV.

 

 

Depuis plusieurs mois, plusieurs centaines de migrants, essentiellement des Kurdes irakiens campent dans une nouvelle "Jungle", un petit bois coincé entre des chemins de fer et l'autoroute A16 à Grande-Synthe, en attendant de rejoindre l'Angleterre, ajoute France 3. Régulièrement, la préfecture du Nord évacue une partie du camp.

 


07/09/2018
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le mardi 4 septembre 2018

 

 

Remaniement : regardez la passation de pouvoirs entre Laura Flessel et Roxana Maracineanu au ministère des Sports

 

 

 

L'Elysée a annoncé mardi le nom du nouveau ministre de l'Ecologie mais aussi le nom de la nouvelle ministre des Sports. Franceinfo vous propose de suivre cette journée de remaniement en direct sur notre site.

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

C'est l'heure des choix pour Emmanuel Macron. Le président de l'Assemblée nationale, François de Rugy, remplace Nicolas Hulot au ministère de la Transition écologique et solidaire, annonce l'Elysée. L'ancienne championne de natation Roxana Maracineanu remplace Laura Flessel au ministère des Sports. Par ailleurs, le départ de François de Rugy de l'Assemblée pour le gouvernement libère le "perchoir" pour Richard Ferrand, actuel chef de file des députés marcheurs. 

 

 

Ferrand favori pour remplacer de Rugy à la présidence de l'Assemblée. Le chef de file des députés La République en marche, Richard Ferrand, est favori pour succéder à François de Rugy à la présidence de l'Assemblée nationale. Selon plusieurs médias, ce proche d'Emmanuel Macron a confirmé son intention de se présenter lors de la réunion du groupe LREM, mardi matin.

 

 

Un écolo réformiste pour prendre la difficile succession de Hulot. Seul écologiste de poids de la majorité, le président de l'Assemblée nationale, François de Rugy, prend la succession de Nicolas Hulot. Chantre d'une écologie "réformiste", François de Rugy avait rompu en août 2015 avec Europe Ecologie-Les Verts, en critiquant la "dérive gauchiste" de ses camarades et leur choix de ne pas participer au gouvernement de Manuels Valls.

 

 

Départ surprise de Laura Flessel et arrivée de Roxana Maracineanu. L'ancienne nageuse Roxana Maracineanu est nommée ministre des Sports à la place de Laura Flessel, qui a annoncé son départ dans la matinée, a précisé la présidence de la République. Née le 7 mai 1975 en Roumanie, la nageuse Roxana Maracineanu est une ancienne championne du monde du 200 mètres dos. Elle s'était vu confier une mission pour réduire le nombre de noyades en juillet par le Premier ministre, Edouard Philippe.

 


05/09/2018
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le dimanche 2 septembre 2018

 

 

"Ils sont partout, mais c'est la vie !" : d'anciens ministres racontent leurs rapports avec les lobbys

 

avatar
Louis BoyVincent MatalonFrance Télévisions

 

 

 

En démissionnant, Nicolas Hulot a mis en cause le poids des groupes de pression dans les décisions politiques. Logement, agriculture, commerce, santé… D'anciens ministres qui occupaient des postes cruciaux reviennent sur leur expérience face à ces spécialistes des relations publiques

 

 

 

15691783.jpg

 

 

Représentants d'entreprises, de secteurs d'activité ou d'associations, les lobbyistes sont chargés d'influencer les décisions politiques en leur faveur. (GREMLIN / GETTY IMAGES)

 

 

 

"C'est probablement un élément qui a achevé de me convaincre que ça ne fonctionne pas." Au moment d'évoquer son départ du gouvernement, mardi 28 août sur France Inter, Nicolas Hulot a pointé du doigt la présence du lobbyiste Thierry Coste à une réunion organisée la veille à l'Elysée pour évoquer la réforme de la chasse.

 

 

A l'issue de cette rencontre, les chasseurs sont repartis du palais avec le sourire : ils ont en effet obtenu une baisse de moitié du prix des permis de chasse nationaux (qui passe de 400 euros à 200 euros) et le maintien des chasses traditionnelles. Un désaveu pour Nicolas Hulot, mais également un événement symptomatique selon lui de la présence des lobbys dans les cercles du pouvoir. "C'est un problème de démocratie : qui a le pouvoir ? Qui gouverne ?" s'est-il interrogé.

 

 

Comment les membres de l'exécutif composent-ils avec les groupements d'intérêts qui gravitent autour d'eux ? Pour mieux le comprendre, franceinfo a posé la question à d'anciens ministres.

 

 

"Le décideur est le seul responsable de ses choix"

 

Lorsqu'on leur demande s'ils ont eu affaire à des représentants d'intérêts lorsqu'ils étaient en poste, tous les anciens ministres interrogés par franceinfo livrent une réponse identique à celle de Marisol Touraine. "Evidemment !" s'exclame l'ancienne ministre de la Santé du quinquennat Hollande. "Le problème n'est pas l'existence des lobbys, car il ne s'agit après tout que de la défense d'intérêts : cela ne choque personne qu'une association qui œuvre pour la défense de l'environnement fasse pression pour mettre en œuvre telle ou telle mesure."

 

 

Pour tous, le terme "lobby" s'applique en effet aussi bien au chargé de relations institutionnelles qui travaille pour le compte d'un géant pétrolier qu'à une association de défense des animaux. "Dans tous les cas, ils essaient de faire passer des messages, de faire évoluer la loi dans un sens qui leur serait favorable... Ils sont partout, mais c'est la vie, ça !" balaie Nicolas Forissier, ancien secrétaire d'Etat chargé de l'Agriculture dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. "Je ne vois d'ailleurs pas ce qu'il y a de surprenant à ce que Thierry Coste, qui est un défenseur patenté des chasseurs depuis plus de vingt ans, soit présent à une réunion à ce sujet", ajoute l'actuel député LR de l'Indre.

 

 

 

Nicolas Forissier, alors secrétaire d'Etat à l'Agriculture, le 1er avril 2004 lors du congrès de la FNSEA au Grand-Bornand (Haute-Savoie).
Nicolas Forissier, alors secrétaire d'Etat à l'Agriculture, le 1er avril 2004 lors du congrès de la FNSEA au Grand-Bornand (Haute-Savoie). (JEAN-PIERRE CLATOT / AFP)

 

 

Evoquant la FNSEA, que l'ancien ministre de l'Environnement Yves Cochet accusait sur franceinfo de "cogérer" le ministère de l'Agriculture "depuis cinquante ans", Stéphane Le Foll s'agace. "On peut dire ce que l'on veut, mais le syndicalisme agricole est représenté aujourd'hui à 60% par la FNSEA. Voilà la réalité !" s'écrie celui qui a occupé le ministère de la rue de Varenne durant la totalité du dernier quinquennat.

 

 

On ne peut pas faire comme si cela n'existait pas, ou alors on dit qu'il faut que les corps intermédiaires dégagent. Mais quand on fait de la politique, on doit écouter, tout en défendant sa ligne.Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture entre 2012 et 2017à franceinfo

 

 

Un avis partagé par Nicolas Forissier, pour qui entendre les représentants d'intérêts multiples fait partie du boulot. Il est de toute manière impossible de satisfaire tout le monde, selon lui. "Si vous vous pliez aux demandes de la FNSEA, vous pouvez être certain que la Coordination rurale et que la Confédération paysanne ne seront pas contentes et vous le feront savoir, explique l'ex-secrétaire d'Etat. Le fait que de nombreux interlocuteurs vous sollicitent avec des positions différentes rend logique le fait que le décideur soit obligé de prendre de la hauteur."

 

 

 

Stéphane Le Foll, alors ministre de l'Agriculture, lors du congrès de la FNSEA organisé le 15 septembre 2016 à Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine).
Stéphane Le Foll, alors ministre de l'Agriculture, lors du congrès de la FNSEA organisé le 15 septembre 2016 à Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine). (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

 

 

Pour la plupart des anciens ministres interrogés, il est trop simple d'expliquer la décision retenue par Emmanuel Macron en faveur des chasseurs par la présence de Thierry Coste à leurs côtés. "Pendant cinq ans, j'ai eu affaire aux chasseurs. J'ai rencontré Thierry Coste. Mais jamais je n'aurais choisi de diviser par deux le prix du permis de chasse ! Je veux bien qu'on pointe du doigt les lobbys, mais au bout du compte, il y a toujours un choix dont le décideur est le seul responsable !" martèle Stéphane Le Foll. Son prédécesseur Nicolas Forissier abonde en son sens. "Que vous soyez maire, président de région ou ministre, la noblesse du politique est d'être capable d'entendre tout le monde, puis de prendre le recul nécessaire pour prendre la meilleure décision possible."

 

 

"Les cadeaux, je n'imagine pas cela possible"

 

Invitations dans des restaurants chics, places en loge pour des rencontres sportives, cadeaux luxueux... "Je sais qu’on rêve de ces petites histoires-là", souffle un ancien ministre du Logement de droite interrogé au sujet des supposées approches des lobbys vers les politiques. "Je n'ai jamais connu, ni comme ministre, ni comme parlementaire, de menaces ou de propositions bizarroïdes, financières ou autres", assure-t-il.

 

 

"Quand on est ministre, les cadeaux, je n'imagine pas cela possible. Je n'en ai pas reçu un seul de la part des entreprises", assure Marisol Touraine, qui avait signé à son entrée au gouvernement, comme tous les ministres de Jean-Marc Ayrault, une charte de déontologie l'engageant notamment à remettre "au service des domaines, soit immédiatement, soit à l'issue de [ses] fonctions, les cadeaux d'une valeur supérieure à 150 euros".

 

 

Secrétaire d'Etat à la Santé du gouvernement Fillon, Nora Berra se souvient, elle, d'un présent "bizarre". Après lui avoir présenté leurs arguments, les représentants d'une fédération de cliniques "[lui] ont remis un iPad, en [lui] expliquant que tous les chiffres étaient dedans et que, comme ça, [elle] n'oublierai[t] pas". Désarçonnée, elle a finalement emporté la tablette et dit l'avoir offerte à une association.

 

 

Certains ministres estiment de leur côté être suffisamment bien lotis pour rester insensibles aux petites attentions intéressées de certains lobbys. "Quand j'étais parlementaire, des médias m'ont épinglé pour avoir reçu, au moment des vœux de début d'année, une bouteille de champagne de 32 euros… 32 euros !" s'indigne l'ancien ministre du Logement cité plus haut.

 

 

Vous pensez que je vais me faire acheter pour l'équivalent de trois paquets de clopes ?Un ancien ministre du Logement d'un gouvernement de droite à franceinfo

 

 

En revanche, Marylise Lebranchu, secrétaire d'Etat au Commerce entre 1997 et 2000, se souvient d'une approche qui l'avait surprise. "Quand j'ai pris le poste, je ne m'étais pas posé la question des lobbys. J'ai compris tout de suite, raconte-t-elle. Sitôt en poste, un ancien ministre de droite, très connu, m'a demandé un rendez-vous. Quand je suis venue le chercher, il était accompagné. Il m'a présenté la personne : c'était un des hauts responsables de la grande distribution en France", un des domaines dont elle avait la responsabilité.

 

 

"J'ai demandé à cette personne de rester dans la salle d'attente. En fait, l'ancien ministre avait cru bon de la faire venir pour essayer de me convaincre que cette grande marque, qui faisait des solderies, était formidable, et qu'il fallait l'aider à ouvrir davantage de magasins ! J'étais sidérée. Je ne connaissais pas ce système, je tombais des nues." Elle assure que cette mauvaise expérience l'a vaccinée pour le reste de son passage au gouvernement : "Par la suite, je faisais systématiquement demander à mon cabinet qui voulait me voir et pourquoi."

 

 

A en croire certains ministres, de telles tentatives de lobbying masqué seraient de toute façon inutiles : on ne peut pas leur dicter quoi penser, et leur carrière en témoignerait. "Vous savez, moi, avant qu'on me fasse défendre quelque chose que je ne pense pas…" assure Marie-Noëlle Lienemann, secrétaire d'Etat au Logement à deux reprises, sous Bérégovoy puis Jospin. "On parle de l'influence de la FNSEA sur le ministère de l'Agriculture, mais j'ai été sifflé à chacun de ses congrès !" raconte Stéphane Le Foll comme témoignage de son imperméabilité à la pression du puissant syndicat agricole.

 

 

Quand les lobbys contournent les ministres

 

Reste que Marylise Lebranchu insiste sur la distinction "entre le lobbying dissimulé" – les "rencontres et déjeuners organisés avec une certaine arrière-pensée" – et "le lobbying transparent, qui est connu et figure sur les agendas des ministres""Il m'est d'ailleurs parfois arrivé, poursuit-elle, de recevoir officiellement des personnes que certains souhaitaient me présenter de manière plus indirecte". Dans un cadre choisi par la secrétaire d'Etat, "les choses étaient beaucoup plus faciles".

 

 

Mais les moyens plus détournés de faire passer un message, voire de faire pression, sont nombreux. Et certains n'hésitent pas à essayer de contourner les ministres. "Parfois, des acteurs comme Action logement vont directement voir le Premier ministre", se souvient Marie-Noëlle Lienemann. "Au niveau d'un gouvernement, on arbitre entre les différents intérêts publics, explique Marisol Touraine. Vous défendez la santé publique, mais, face à vous, des gens vont défendre l'industrie, par exemple. Et vous devez argumenter face au Premier ministre."

 

 

Parfois, ce sont plutôt des courriers qui sont envoyés à des parlementaires "dans les circonscriptions où l'entreprise en question est présente", ajoute l'ancienne ministre de la Santé. 

 

 

Le parlementaire vient alors vous solliciter, parce que 100 emplois en moins, c'est mauvais pour son territoire et pour lui. C'est important, et je ne le sous-estime pas. Mais il voit un enjeu précis, pas l'enjeu global.Marisol Touraine, ministre de la Santé de 2012 à 2017à franceinfo

 

 

Et quand les jeux d'influence ne fonctionnent pas, il existe d'autres moyens de faire pression, tout en restant dans un cadre tout à fait légal. "Des laboratoires ont parfois menacé de ne pas mettre sur le marché un médicament si le montant remboursé était trop bas", assure Marisol Touraine. "Mais il y a des structures pour débattre sur le sujet, ça ne se faisait pas auprès de moi directement", précise-t-elle.

 

 

Stéphane Le Foll se souvient de la levée de boucliers de l'industrie contre les certificats d'économie de produits phytosanitaires, expérimentés pour faire baisser de 20% l'utilisation de ces derniers, sous peine d'amende. "Leur argumentaire était le suivant : puisque les producteurs devront payer une amende, les industriels vont augmenter les prix de leurs produits, et in fine ce sont les agriculteurs qui paieront la facture. Ça, c'est du lobbying : une opposition à une mesure pour protéger leurs intérêts", estime l'ancien ministre. Le combat s'est poursuivi jusqu'en justice : "Ils ont formulé un recours devant le Conseil d'Etat, qu'ils ont gagné sur un point juridique", obligeant à réécrire une proposition de loi pour faire passer la mesure.

 

 

Des collaborateurs de ministres venus du privé 

 

L'entourage des ministres est également une des sources d'inquiétude des associations anticorruption. Outre le fait qu'ils puissent, eux aussi, être approchés de façon plus ou moins masquée par les lobbys, les hauts fonctionnaires et membres de cabinet sont souvent issus des mêmes milieux. Selon un décompte réalisé en juin par la cellule investigation de Radio France, sur 298 collaborateurs des ministres du gouvernement actuel, 43 ont travaillé, à un moment de leur carrière, dans le lobbying. Edouard Philippe lui-même a été directeur des affaires publiques chez Areva, entre 2007 et 2010.

 

 

"Ce qui peut poser problème, c'est qu'on imagine qu'il va devenir le messager d'Areva à Matignon ? C'est un fantasme", estime Nicolas Forissier.

On a besoin qu'il n'y ait pas seulement des fonctionnaires mais aussi des gens issus du secteur.Un ancien ministre du Logement dans un gouvernement de droite à franceinfo

 

 

Marie-Noëlle Lienemann, en revanche, est "opposée aux allers-retours public-privé", tout comme Marylise Lebranchu, qui craint qu'ils ne menacent "l'objectivité" qu'elle attend des hauts fonctionnaires. 

 

 

"Les journalistes se sont faits les chantres d'une plus grande porosité entre la société civile et la politique, voilà le résultat", conclut l'ancien ministre du Logement. Et l'un de ces transfuges était justement… Nicolas Hulot. "Je l'ai connu comme associatif quand j'étais ministre de l'Ecologie, se souvient Roselyne Bachelot. Quand je disais quelque chose qui lui déplaisait, il pouvait être très éruptif au téléphone, même si on a toujours eu de bons rapports." Un associatif qui plaide sa cause directement auprès d'une ministre : aux yeux de tous les politiques que nous avons interrogés, ce n'est pas anormal, mais c'est ce qu'on appelle du lobbying.

 


04/09/2018
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le jeudi 30 août 2018

 

 

RECIT. "C'est chiant du matin au soir" : Hulot au gouvernement, quinze mois de souffrance et de renoncements

 

 

Etre ministre, ça n'a d'intérêt que si vous avez le sentiment de faire avancer les choses", confiait Nicolas Hulot en décembre dernier sur France Inter. Ce sentiment a quitté le ministre de la Transition écologique et solidaire au cours des derniers mois et il a donc choisi d'annoncer sa démission, mardi 28 août.

 

 

Au cours des quinze derniers mois, l'ancien présentateur d'"Ushuaïa" s'est confronté à la rudesse du monde politique, à l'omniprésence des lobbys et à la réalité des arbitrages gouvernementaux. "Il était épuisé par ce travail", résume sur Europe 1 son ami Yann Arthus-Bertrand. "Etre en permanence en désaccord avec ses convictions profondes, et être tout le temps dans la discussion et le combat, c'est épuisant." Franceinfo revient sur le long chemin de croix de Nicolas Hulot.

 

 

 

15679795.jpg

 

 Nicolas Hulot lors de sa passation avec Ségolène Royal au Ministère de l'Ecologie, le 17 mai 2017.  (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

 

 

Jusqu'ici tout va bien

 

 

Sous un soleil radieux, c’est un Nicolas Hulot tout sourire qui s’élance sur le tapis vert du ministère de l’Ecologie, boulevard Saint-Germain, pour la traditionnelle passation de pouvoirs, ce 17 mai 2017. Ségolène Royal, la ministre sortante, l’accueille la mine réjouie. Les échanges d’amabilités se succèdent. L’ancien animateur rend un hommage appuyé à celle qu’il qualifie de "dame courage" : "Vous avez mené des combats difficiles. Vous avez été une ministre exceptionnelle car vous avez compris le combat que nous défendons, cette cause magnifique, qui nous dépasse."

 

 

La cérémonie vient ponctuer l’un des plus beaux coups politiques d’Emmanuel Macron en ce début de mandat. Après avoir décliné trois fois le poste, sous Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy puis François Hollande, la star des écologistes a accepté. Son entrée au gouvernement était pourtant loin d’être acquise. "Il aura fallu plusieurs rencontres et un tête-à-tête de deux heures au quartier général d'En marche ! pour que Nicolas Hulot se laisse convaincre", relate Europe 1 au lendemain de sa nomination.

 

 

Le militant écologiste émettait notamment des doutes sur la "conception du libéralisme" d'Emmanuel Macron. Mais Nicolas Hulot aurait été séduit par l’immense périmètre de son ministère, qui inclut l’énergie. Dès l’annonce de sa nomination, cette "prise de guerre" est amplement saluée. "Je me dis qu'il est fait pour le poste, car je pense que c'est la personne la plus emblématique possible pour lancer l'écologie dans ce quinquennat", se souvient le député LREM Matthieu Orphelin, l'un de ses plus fervents soutiens. Certains écologistes restent tout de même sur leurs gardes, à l’image de Cécile Duflot, craignant qu’il ne serve de "trophée" à Emmanuel Macron.

 

 

 

J’ai cru en Nicolas Hulot, dont je connais les qualités et la compétence. Sa notoriété pouvait nous laisser espérer qu’il s’engouffre dans quelques brèches pour réorienter la politique.

Noël Mamère, ancien député EELV

 

 

 

Pour le moment, celui qui s’est vu confier l'un des trois seuls ministères d'Etat se concentre sur les chantiers qui l’attendent : réduction de la part du nucléaire, redéfinition des perturbateurs endocriniens au niveau européen, mais aussi lancement des états généraux de l’alimentation, l’un des totems de l’ancien présentateur télé. Sans oublier le plus explosif : le lancement de la médiation autour de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, sur lequel il ne fait pas mystère de son hostilité.

 

 

Dès la rentrée, le nouveau ministre suscite beaucoup d’enthousiasme avec l’annonce du plan climat, doté d’une série de mesures fortes. A Libération, il explique notamment vouloir mettre fin à la vente de voitures diesel et essence à l’horizon 2040 grâce à la prime à la conversion, mais aussi généraliser le chèque énergie à 4 millions de foyers modestes.

 

 

Avec le One Planet Summit, rendez-vous mondial organisé le 12 décembre 2017 à l’initiative d’Emmanuel Macron, Nicolas Hulot plaide la fin de toute subvention au secteur des énergies fossiles. Devant un parterre de chefs d’Etat, le ministre étrille ce "modèle énergétique" qui "participe au déséquilibre climatique". Mais, cachés derrière ces victoires encourageantes, les premiers revers apparaissent rapidement.

 

 

Le temps des renoncements

 

Il est un peu plus de 14 heures, ce mardi 7 novembre, quand Nicolas Hulot s'avance à l'issue du Conseil des ministres vers le petit pupitre prévu pour la conférence de presse. Escorté par le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, et par ses deux secrétaires d'Etat, Brune Poirson et Sébastien Lecornu, il prend une grande inspiration avant d'annoncer avec fracas l'abandon de l'objectif de réduction d'ici 2025 de la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50%.

 

 

"Il sera difficile de tenir ce calendrier de 2025, sauf à relancer la production d’électricité à base d’énergies fossiles", explique le n°3 du gouvernement, qui évoque désormais "l'échéance de 2030 ou 2035". La déclaration a l'effet d'une petite bombe dans la famille écologiste. "Ce jour-là, j’ai parfaitement compris : c’était la preuve évidente que Hulot était là pour faire tapisserie et qu’on lui faisait tenir le mauvais rôle", se souvient Noël Mamère. "L’impression qu’on a eue, c’est qu’il assistait au recul du gouvernement sans avoir de moyens de s’y opposer", ajoute Charlotte Mijeon, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire.

 

 

Il voulait un plan extrêmement ambitieux d’alternative au nucléaire, mais il n’y avait pas suffisamment de moyens.

Joël Labbé, sénateur EELV.

 

 

Perturbateurs endocriniens, glyphosate, accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada… Au fil des mois, Nicolas Hulot perd des arbitrages et se retrouve contraint d'assumer publiquement les retards et petits renoncements. "Pour moi, l’un des dossiers qui lui a causé le plus de tort est celui des états généraux de l'alimentation. C’était son idée, il en a été écarté au profit du ministre de l’Agriculture et les résultats n’avaient rien à voir avec ce qu’il espérait. C'était un camouflet pour lui", rappelle Joël Labbé. Vexé, le ministre de la Transition écologique boude la clôture de ces états généraux. "Ce n’est pas un psychodrame, je considère que les conclusions ne sont pas à la hauteur (...). Je ne vais donc pas aller faire le beau ou aller dire dans un micro que le compte n’y est pas", explique-t-il alors au Monde.

 

 

"Il a aussi gagné beaucoup d'arbitrages. Il peut être fier de ce qu'il a fait, de son bilan, même s'il faut encore faire plus", estime de son côté Matthieu Orphelin, le plus hulotiste des députés LREM. Les écologistes reconnaissent des avancées, mais la moindre victoire demandait beaucoup d'énergie à Nicolas Hulot. Il a notamment passé beaucoup de temps à ferrailler avec le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert. Tout oppose les deux hommes, comme le détaille Marianne. Dès les premières semaines, le dossier des néonicotinoïdes, ces pesticides tueurs d'abeilles, va envenimer leurs relations.

 

 

Le ministre de la Transition écologique sort finalement vainqueur de ce bras de fer grâce à un arbitrage de Matignon. Mais cela n'a pas toujours été le cas, loin s'en faut, comme le rappelle Joël Labbé : "Il aurait voulu sentir l'existence d'un projet global et ne pas avoir le sentiment qu’on lui octroyait des arbitrages par-ci, par-là : 'sur les perturbateurs je donne à l’un, sur le glyphosate à l’autre'." 

 

 

Semaine après semaine, Nicolas Hulot ne parvient pas à convaincre ses collègues du gouvernement de l'urgence d'un changement de modèle. "Il essayait à chaque fois de nous montrer les petits pas qu’il avait réussi à faire, mais on voyait bien que pour lui, c’était une souffrance de ne pas pouvoir faire partager à l’ensemble du gouvernement ces grands enjeux", raconte Alain Chabrolle, vice-président de France nature environnement. Le ministre se retrouve de plus en plus isolé au sein de l'équipe gouvernementale et ne cache plus son mal-être.

 

 

Un impulsif qui fonctionne à l'instinct

 

Aux alentours du ministère de la Transition écologique, les kiosques parisiens affichent, vendredi 9 février, la couverture du nouveau magazine Ebdo. Sur un fond jaune se dessine un inquiétant profil noir et des lettres blanches annoncent sans détour : "L'affaire Nicolas Hulot." Contre l'avis de ses proches, le ministre a bien tenté de devancer cette publication en évoquant sur BFMTV des rumeurs qu'il qualifie d'"ignominieuses". L'enquête d'Ebdo porte sur un cas de harcèlement sexuel et une plainte pour viol déposée en 2008 et classée sans suite.

 

 

Heureusement pour Nicolas Hulot, la publication de l'hebdomadaire se retrouve sous le feu des critiques, et il peut compter sur le soutien de l'Elysée et de Matignon. Reste que le soupçon et le bruit médiatique le fragilisent. En colère, il part s'enfermer pour le week-end avec sa famille à Saint-Lunaire, en Bretagne. Il confie les affaires courantes à ses secrétaires d'Etat et coupe ses lignes de téléphone portable, détaille Le JDD. Il organise ainsi sa défense à distance.

 

 

"Ce besoin de s'isoler me paraît logique à ce moment-là", commente le député LREM Matthieu Orphelin. Pour autant, l'impulsivité de Nicolas Hulot interroge au sein même de son ministère. Dans un article du Parisien, des conseillers s'épanchent, sous couvert d'anonymat, sur le dilettantisme du ministre. "Un ministère ne peut pas fonctionner avec un chef qui part dès le vendredi midi chez lui à Saint-Malo et ne revient de son week-end que le lundi matin", pique un conseiller. "C'est quelqu'un de très libre dans sa façon d'être, ce n'est pas un ministre comme les autres. Il ne va pas sacrifier deux week-ends d'affilée ou enchaîner dix réunions", confirme à franceinfo un ancien directeur de cabinet sous Hollande qui a gardé ses entrées dans les ministères.

 

 

 

Il a sous-estimé le travail, il n’a pas mis à fond les mains dans le cambouis.

Un collaborateur de Nicolas Hulot, dans "Le Parisien".

 

 

"Je pense que ces déclarations ne reflètent en rien la qualité du travail qu'il a mené avec ses conseillers. Regardez, il a été là tout l'été, il s'est juste absenté quelques jours. Ce sont des racontars colportés par des jaloux", répond Matthieu Orphelin sans masquer son agacement. "Dans son cabinet, ça se passait très bien : les relations humaines étaient très faciles", confirme son ami Pascal Durand. Mais l'eurodéputé écologiste reconnaît que le ministre Hulot avait parfois besoin de s'isoler : "Il écoute beaucoup les autres mais a tendance à être assez autonome dans sa prise de décision, il est moins dans une démarche collective."

 

 

 

Cela fait très longtemps qu’il est seul, c’est aussi sa personnalité. C’est un solitaire, comme le commandant Cousteau.

Pascal Durand, député européen EELV

 

 

"C'est sans doute un homme politique à part, avec un profil atypique. Il n'était pas programmé pour ça, mais il a fait le job de bonne grâce", ajoute Matthieu Orphelin. "Il n’avait peut-être pas les codes politiques, poursuit Pascal Durand. Il ne se sentait pas à l’aise dans son rôle de ministre à cause des jeux politiciens." A la tête de son ministère, Nicolas Hulot fonctionne à l'instinct. Ainsi, il n'hésite pas à appeler les journalistes pour confier ses doutes et ses colères, comme le prouve son appel à Libération révélé après sa démission. "Il parle si librement que cela en devient presque gênant", raconte le quotidien.

 

 

 

Ça me fait chier, ils n'ont toujours pas compris l'essentiel. Le problème, c'est le modèle.

Nicolas Hulot à "Libération"

 

 

Franceinfo a également été surpris lors de la passe d'armes qui s'est déroulée au cœur de l'été entre Nicolas Hulot et Brigitte Bardot. Alors que l'entourage du ministre répond à l'AFP qu'il ne commentera pas les déclarations "injurieuses" de l'actrice, le numéro 3 du gouvernement répond à notre appel pendant ses vacances en Corse. Il s'en prend avec dureté à la militante de la cause animale, expliquant qu'il ne "supporte plus les démagos de tout poil". L'anecdote fait sourire Matthieu Orphelin : "Oui, ça c'est Nicolas. Quand il est attaqué, il a envie de répondre, même s'il ne devrait pas toujours…"

 

 

La démission permanente

 

 

Il y a une chose que je sais mal faire, c'est mentir, et surtout mentir à moi-même." Sur le plateau de BFMTV, mercredi 16 mai, Nicolas Hulot affiche une honnêteté déconcertante qui sonne presque comme une démission avant l’heure. Face à Jean-Jacques Bourdin, il assume avoir des doutes sur son action au gouvernement. "Cet été, on aura avec le Premier ministre un moment de vérité, on tracera des perspectives, et on prendra ensemble des décisions sur l'avenir", prévient-il.

 

 

C’est la première fois, après un an aux responsabilités, qu’il menace publiquement de claquer la porte. Mais au sein du gouvernement, voilà plusieurs mois qu’il laisse planer cette éventualité. "Dès le début, dès la première rencontre avec lui, il semblait considérer ça comme un job d’été, on sentait qu’il avait dit oui mais que cela n’allait pas durer longtemps", confie Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace.

"La question avec lui, ce n'est pas de savoir s'il va démissionner, mais quand il va démissionner !" confiait un cadre important de LREM à Marianne dès octobre 2017. A chaque dossier épineux, la question de son départ revient sur la table. "Ce n'étaient pas des chantages à la démission, mais pour que sa présence au gouvernement ait du sens, il fallait bien que ça avance", explique Matthieu Orphelin.

 

 

 

Emmanuel Macron lui a effectivement dit plusieurs fois qu'il avait besoin de lui, et il savait que le jour où il partirait serait une journée difficile.

Matthieu Orphelin, député LREM

 

 

Contrairement à la majorité de ses collègues au gouvernement, Nicolas Hulot sait que sa carrière ne dépend d’aucun parti et qu’il n’est pas suspendu aux bonnes grâces du chef de l’Etat. "Ce qui me donne de la force, c'est que je n'attends rien après. Je ne cherche pas à être Premier ministre, ni président", affirmait-il au Parisien en septembre 2017.

 

 

 

Face aux demandes de son ministre, Emmanuel Macron manie perpétuellement l’art du compromis et ne ménage pas ses efforts pour le conserver. "Le président sait qu'il faut le gérer un peu comme une star à certains moments", résume un poids lourd du gouvernement dans Les Echos. Il y a un an, Edouard Philippe s’était même déplacé à Saint-Lunaire, au domicile de Nicolas Hulot, "pour faire de la câlinothérapie avec son ministre qui montrait déjà des signes de fragilité", raconte un ministre au Parisien.

 

 

 

Mais le mal-être du leader écologiste semble irrémédiable. De studios de radio en plateaux télé, Nicolas Hulot le répète : être ministre, il n’aime pas ça. "Aucun plaisir d'être au pouvoir", lance-t-il sur RTL fin octobre. "C'est chiant du matin au soir", renchérit-il sur France Inter. "Heureux ? Ce n'est pas le sentiment qui domine", ajoute-t-il sur franceinfo. "Je le sentais un peu déprimé. Depuis le début, il disait 'c'est dur, c'est dur'", confie son ami Gérard Feldzer, spécialiste des questions aéronautiques. 

 

 

 

Nicolas Hulot a pourtant touché du doigt le sentiment de réussite lorsque le projet de Notre-Dame-des-Landes a été officiellement enterré, le 17 janvier. Un succès politique que certains ne lui attribuent pourtant pas directement. "Ce n’est pas une victoire de Hulot, c’est une victoire des zadistes", affirme Guillaume Garot, député PS de la Mayenne et ancien ministre délégué à l’Agroalimentaire. "C’était avant tout une question d’ordre public : le gouvernement pensait ne pas pouvoir faire face s’il avait maintenu le projet."

 

 

 

Mais une chose est sûre pour Gérard Feldzer, membre de la mission de médiation sur l'aéroport, cette décision a évité au ministre de subir un revers : "Je sais juste que si ça s'était passé autrement pour Notre-Dame-des-Landes, il aurait démissionné en janvier."

 

 

 

La fin des illusions

 

Dans un salon de l'Elysée, Nicolas Hulot attend le chef de l’Etat, lundi 27 août dans l'après-midi, pour évoquer la réforme de la chasse. Il est accompagné par son secrétaire d’Etat, Sébastien Lecornu, et par le président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), Willy Schraen. Arrive un invité que le ministre ne souhaite pas voir : Thierry Coste, ancien agriculteur, et lobbyiste en chef de la FNC. "Je [lui] ai dit frontalement qu'il n'avait rien à faire là", raconte Nicolas Hulot sur France Inter le lendemain. Pour lui, c'est "symptomatique de la présence des lobbys dans les cercles du pouvoir".

 

 

Depuis son arrivée au gouvernement, le militant écologiste subit les assauts répétés des groupes de pression de toutes sortes. "Leur influence a énormément pesé sur ses épaules. lls sont présents dans tous les ministères. Hulot expliquait souvent combien c’était compliqué de mener une politique environnementaliste à cause de leur omniprésence", se désole le sénateur EELV Joël Labbé. Comme de nombreux ministres avant lui, Nicolas Hulot n'est pas parvenu à réguler le poids de ces lobbys dans la prise de décision finale. Symbole de cet échec : l’implantation de la bioraffinerie Total dans les Bouches-du-Rhône, bien qu'elle importe 300 000 tonnes d’huile de palme par an.

 

 

 

C’était David contre Goliath : il n’a rien pu faire contre la puissance des lobbys. Leur couvert est mis à l’Elysée.

Noël Mamère

 

 

"On constate même que ce gouvernement, c'est les lobbys, avec notamment Edouard Philippe, ancien lobbyiste chez Areva", rappelle Julien Bayou, porte-parole d'EELV. De nombreux écologistes pointent également le rôle du ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, souvent au bras de fer face à Nicolas Hulot, comme sur le dossier des néonicotinoïdes. "Tout le monde sait que Travert défend les intérêts de la FNSEA et de l’industrie agroalimentaire. Devant l’Assemblée, il a osé dire qu’il y avait des controverses scientifiques sur les néonicotinoïdes. C’est un représentant assumé de Monsanto", attaque l'eurodéputé Pascal Durand.

 

 

 

15682515.jpg


Nicolas Hulot quitte le palais de l'Elysée, le 23 mai 2018 à Paris. (LUDOVIC MARIN / AFP)

 

 

 

Les lobbys ont finalement eu raison de Nicolas Hulot, qui a jeté l'éponge. "Il est parfois totalement naïf. Il n’a pas mesuré la difficulté d’affronter des groupes de pression ni la nécessité de créer des rapports de force, estime Pascal Durand. Il ne suffit pas de dire le bien pour que le bien arrive." Matthieu Orphelin reconnaît qu'il y a sans doute "d'autres méthodes de fonctionnement à inventer", mais qu'il est "facile de refaire le match après coup". Le député LREM espère désormais que la démission de Nicolas Hulot va permettre au pays de se ressaisir en matière de défense de l'environnement : "Il faut réagir, il faut que cela nous serve d'électrochoc."        

 


04/09/2018
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le

 

 

RECIT. "C'est chiant du matin au soir" : Hulot au gouvernement, quinze mois de souffrance et de renoncements

 

 

 

Etre ministre, ça n'a d'intérêt que si vous avez le sentiment de faire avancer les choses", confiait Nicolas Hulot en décembre dernier sur France Inter. Ce sentiment a quitté le ministre de la Transition écologique et solidaire au cours des derniers mois et il a donc choisi d'annoncer sa démission, mardi 28 août.

 

 

Au cours des quinze derniers mois, l'ancien présentateur d'"Ushuaïa" s'est confronté à la rudesse du monde politique, à l'omniprésence des lobbys et à la réalité des arbitrages gouvernementaux. "Il était épuisé par ce travail", résume sur Europe 1 son ami Yann Arthus-Bertrand. "Etre en permanence en désaccord avec ses convictions profondes, et être tout le temps dans la discussion et le combat, c'est épuisant." Franceinfo revient sur le long chemin de croix de Nicolas Hulot.

 

 

Jusqu'ici tout va bien

 

Sous un soleil radieux, c’est un Nicolas Hulot tout sourire qui s’élance sur le tapis vert du ministère de l’Ecologie, boulevard Saint-Germain, pour la traditionnelle passation de pouvoirs, ce 17 mai 2017. Ségolène Royal, la ministre sortante, l’accueille la mine réjouie. Les échanges d’amabilités se succèdent. L’ancien animateur rend un hommage appuyé à celle qu’il qualifie de "dame courage" : "Vous avez mené des combats difficiles. Vous avez été une ministre exceptionnelle car vous avez compris le combat que nous défendons, cette cause magnifique, qui nous dépasse."

 

 

La cérémonie vient ponctuer l’un des plus beaux coups politiques d’Emmanuel Macron en ce début de mandat. Après avoir décliné trois fois le poste, sous Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy puis François Hollande, la star des écologistes a accepté. Son entrée au gouvernement était pourtant loin d’être acquise. "Il aura fallu plusieurs rencontres et un tête-à-tête de deux heures au quartier général d'En marche ! pour que Nicolas Hulot se laisse convaincre", relate Europe 1 au lendemain de sa nomination.

 

 

Le militant écologiste émettait notamment des doutes sur la "conception du libéralisme" d'Emmanuel Macron. Mais Nicolas Hulot aurait été séduit par l’immense périmètre de son ministère, qui inclut l’énergie. Dès l’annonce de sa nomination, cette "prise de guerre" est amplement saluée. "Je me dis qu'il est fait pour le poste, car je pense que c'est la personne la plus emblématique possible pour lancer l'écologie dans ce quinquennat", se souvient le député LREM Matthieu Orphelin, l'un de ses plus fervents soutiens. Certains écologistes restent tout de même sur leurs gardes, à l’image de Cécile Duflot, craignant qu’il ne serve de "trophée" à Emmanuel Macron.

 

 

 

J’ai cru en Nicolas Hulot, dont je connais les qualités et la compétence. Sa notoriété pouvait nous laisser espérer qu’il s’engouffre dans quelques brèches pour réorienter la politique.

Noël Mamère, ancien député EELV

 

 

Pour le moment, celui qui s’est vu confier l'un des trois seuls ministères d'Etat se concentre sur les chantiers qui l’attendent : réduction de la part du nucléaire, redéfinition des perturbateurs endocriniens au niveau européen, mais aussi lancement des états généraux de l’alimentation, l’un des totems de l’ancien présentateur télé. Sans oublier le plus explosif : le lancement de la médiation autour de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, sur lequel il ne fait pas mystère de son hostilité.

 

 

Dès la rentrée, le nouveau ministre suscite beaucoup d’enthousiasme avec l’annonce du plan climat, doté d’une série de mesures fortes. A Libération, il explique notamment vouloir mettre fin à la vente de voitures diesel et essence à l’horizon 2040 grâce à la prime à la conversion, mais aussi généraliser le chèque énergie à 4 millions de foyers modestes.

 

 

Avec le One Planet Summit, rendez-vous mondial organisé le 12 décembre 2017 à l’initiative d’Emmanuel Macron, Nicolas Hulot plaide la fin de toute subvention au secteur des énergies fossiles. Devant un parterre de chefs d’Etat, le ministre étrille ce "modèle énergétique" qui "participe au déséquilibre climatique". Mais, cachés derrière ces victoires encourageantes, les premiers revers apparaissent rapidement.

 

 

Le temps des renoncements

 

Il est un peu plus de 14 heures, ce mardi 7 novembre, quand Nicolas Hulot s'avance à l'issue du Conseil des ministres vers le petit pupitre prévu pour la conférence de presse. Escorté par le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, et par ses deux secrétaires d'Etat, Brune Poirson et Sébastien Lecornu, il prend une grande inspiration avant d'annoncer avec fracas l'abandon de l'objectif de réduction d'ici 2025 de la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50%.

 

 

"Il sera difficile de tenir ce calendrier de 2025, sauf à relancer la production d’électricité à base d’énergies fossiles", explique le n°3 du gouvernement, qui évoque désormais "l'échéance de 2030 ou 2035". La déclaration a l'effet d'une petite bombe dans la famille écologiste. "Ce jour-là, j’ai parfaitement compris : c’était la preuve évidente que Hulot était là pour faire tapisserie et qu’on lui faisait tenir le mauvais rôle", se souvient Noël Mamère. "L’impression qu’on a eue, c’est qu’il assistait au recul du gouvernement sans avoir de moyens de s’y opposer", ajoute Charlotte Mijeon, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire.

Il voulait un plan extrêmement ambitieux d’alternative au nucléaire, mais il n’y avait pas suffisamment de moyens.

Joël Labbé, sénateur EELV.

Perturbateurs endocriniens, glyphosate, accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada… Au fil des mois, Nicolas Hulot perd des arbitrages et se retrouve contraint d'assumer publiquement les retards et petits renoncements. "Pour moi, l’un des dossiers qui lui a causé le plus de tort est celui des états généraux de l'alimentation. C’était son idée, il en a été écarté au profit du ministre de l’Agriculture et les résultats n’avaient rien à voir avec ce qu’il espérait. C'était un camouflet pour lui", rappelle Joël Labbé. Vexé, le ministre de la Transition écologique boude la clôture de ces états généraux. "Ce n’est pas un psychodrame, je considère que les conclusions ne sont pas à la hauteur (...). Je ne vais donc pas aller faire le beau ou aller dire dans un micro que le compte n’y est pas", explique-t-il alors au Monde.

 

 

"Il a aussi gagné beaucoup d'arbitrages. Il peut être fier de ce qu'il a fait, de son bilan, même s'il faut encore faire plus", estime de son côté Matthieu Orphelin, le plus hulotiste des députés LREM. Les écologistes reconnaissent des avancées, mais la moindre victoire demandait beaucoup d'énergie à Nicolas Hulot. Il a notamment passé beaucoup de temps à ferrailler avec le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert. Tout oppose les deux hommes, comme le détaille Marianne. Dès les premières semaines, le dossier des néonicotinoïdes, ces pesticides tueurs d'abeilles, va envenimer leurs relations.

 

 

Le ministre de la Transition écologique sort finalement vainqueur de ce bras de fer grâce à un arbitrage de Matignon. Mais cela n'a pas toujours été le cas, loin s'en faut, comme le rappelle Joël Labbé : "Il aurait voulu sentir l'existence d'un projet global et ne pas avoir le sentiment qu’on lui octroyait des arbitrages par-ci, par-là : 'sur les perturbateurs je donne à l’un, sur le glyphosate à l’autre'." 

 

 

Semaine après semaine, Nicolas Hulot ne parvient pas à convaincre ses collègues du gouvernement de l'urgence d'un changement de modèle. "Il essayait à chaque fois de nous montrer les petits pas qu’il avait réussi à faire, mais on voyait bien que pour lui, c’était une souffrance de ne pas pouvoir faire partager à l’ensemble du gouvernement ces grands enjeux", raconte Alain Chabrolle, vice-président de France nature environnement. Le ministre se retrouve de plus en plus isolé au sein de l'équipe gouvernementale et ne cache plus son mal-être.

 

 

Un impulsif qui fonctionne à l'instinct

 

Aux alentours du ministère de la Transition écologique, les kiosques parisiens affichent, vendredi 9 février, la couverture du nouveau magazine Ebdo. Sur un fond jaune se dessine un inquiétant profil noir et des lettres blanches annoncent sans détour : "L'affaire Nicolas Hulot." Contre l'avis de ses proches, le ministre a bien tenté de devancer cette publication en évoquant sur BFMTV des rumeurs qu'il qualifie d'"ignominieuses". L'enquête d'Ebdo porte sur un cas de harcèlement sexuel et une plainte pour viol déposée en 2008 et classée sans suite.

 

 

Heureusement pour Nicolas Hulot, la publication de l'hebdomadaire se retrouve sous le feu des critiques, et il peut compter sur le soutien de l'Elysée et de Matignon. Reste que le soupçon et le bruit médiatique le fragilisent. En colère, il part s'enfermer pour le week-end avec sa famille à Saint-Lunaire, en Bretagne. Il confie les affaires courantes à ses secrétaires d'Etat et coupe ses lignes de téléphone portable, détaille Le JDD. Il organise ainsi sa défense à distance.

 

 

"Ce besoin de s'isoler me paraît logique à ce moment-là", commente le député LREM Matthieu Orphelin. Pour autant, l'impulsivité de Nicolas Hulot interroge au sein même de son ministère. Dans un article du Parisien, des conseillers s'épanchent, sous couvert d'anonymat, sur le dilettantisme du ministre. "Un ministère ne peut pas fonctionner avec un chef qui part dès le vendredi midi chez lui à Saint-Malo et ne revient de son week-end que le lundi matin", pique un conseiller. "C'est quelqu'un de très libre dans sa façon d'être, ce n'est pas un ministre comme les autres. Il ne va pas sacrifier deux week-ends d'affilée ou enchaîner dix réunions", confirme à franceinfo un ancien directeur de cabinet sous Hollande qui a gardé ses entrées dans les ministères.

 

 

 

Il a sous-estimé le travail, il n’a pas mis à fond les mains dans le cambouis.

Un collaborateur de Nicolas Hulot, dans "Le Parisien".

 

 

"Je pense que ces déclarations ne reflètent en rien la qualité du travail qu'il a mené avec ses conseillers. Regardez, il a été là tout l'été, il s'est juste absenté quelques jours. Ce sont des racontars colportés par des jaloux", répond Matthieu Orphelin sans masquer son agacement. "Dans son cabinet, ça se passait très bien : les relations humaines étaient très faciles", confirme son ami Pascal Durand. Mais l'eurodéputé écologiste reconnaît que le ministre Hulot avait parfois besoin de s'isoler : "Il écoute beaucoup les autres mais a tendance à être assez autonome dans sa prise de décision, il est moins dans une démarche collective."

 

 

 

Cela fait très longtemps qu’il est seul, c’est aussi sa personnalité. C’est un solitaire, comme le commandant Cousteau.

Pascal Durand, député européen EELV

 

 

"C'est sans doute un homme politique à part, avec un profil atypique. Il n'était pas programmé pour ça, mais il a fait le job de bonne grâce", ajoute Matthieu Orphelin. "Il n’avait peut-être pas les codes politiques, poursuit Pascal Durand. Il ne se sentait pas à l’aise dans son rôle de ministre à cause des jeux politiciens." A la tête de son ministère, Nicolas Hulot fonctionne à l'instinct. Ainsi, il n'hésite pas à appeler les journalistes pour confier ses doutes et ses colères, comme le prouve son appel à Libération révélé après sa démission. "Il parle si librement que cela en devient presque gênant", raconte le quotidien.

 

 

 

Ça me fait chier, ils n'ont toujours pas compris l'essentiel. Le problème, c'est le modèle.

Nicolas Hulot à "Libération"

 

 

Franceinfo a également été surpris lors de la passe d'armes qui s'est déroulée au cœur de l'été entre Nicolas Hulot et Brigitte Bardot. Alors que l'entourage du ministre répond à l'AFP qu'il ne commentera pas les déclarations "injurieuses" de l'actrice, le numéro 3 du gouvernement répond à notre appel pendant ses vacances en Corse. Il s'en prend avec dureté à la militante de la cause animale, expliquant qu'il ne "supporte plus les démagos de tout poil". L'anecdote fait sourire Matthieu Orphelin : "Oui, ça c'est Nicolas. Quand il est attaqué, il a envie de répondre, même s'il ne devrait pas toujours…"

 

 

 

 


03/09/2018
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le jeudi 30 août 2018

 

 

"Ce n'est pas du mépris que de dire la vérité" : Emmanuel Macron se défend après ses propos sur les "Gaulois réfractaires au changement"

 

 

L'opposition critique le président de la République après sa comparaison entre les Danois, "peuple luthérien" ouvert aux transformations, et les Français, "Gaulois réfractaires au changement"

 

 

 

15684391.jpg

 

Le président de la République, Emmanuel Macron, lors d'une conférence de presse à Helsinki (Finlande), le 30 août 2018. (LUDOVIC MARIN / AFP)

 

 

Nouvelle polémique pour Emmanuel Macron. Le président de la République s'est amusé, mercredi 29 août, à opposer les Danois, "peuple luthérien" ouvert aux transformations, aux Français, "Gaulois réfractaires au changement"Des propos qui ont suscité de vives critiques de la part de l'opposition, a l'instar de Marine Le Pen, qui y voit du "mépris". Jeudi, en visite en Finlande, le chef de l'Etat a plaidé "un trait d'humour"

 

 

Ce n'est pas du mépris que de dire les choses et la vérité. Je l'ai toujours dit, je pense que nous sommes un pays – et moi le premier – qui n'aime pas les changements, les ajustements permanents.Emmanuel Macron, président de la République lors d'une conférence de presse

 

 

"Mais on est un pays qui, dans les moments graves de l'Histoire, sait se transformer en profondeur, parce que le défi est plus grand que lui-même, a-t-il poursuivi. C'est l'histoire de notre pays."

 

 

"C'est un pays très dur à réformer, c'est vrai"

 

Le président avait fait cette comparaison contestée la veille, devant la communauté française au Danemark. Après avoir fait part de son admiration pour le modèle danois de "flexisécurité", il avait évoqué les différences culturelles entre les deux pays. "Il ne s'agit pas d'être naïf ; ce qui est possible est lié à une culture, un peuple marqué par son histoire, avait-il affirmé. Ce peuple luthérien, qui a vécu les transformations de ces dernières années, n'est pas exactement le Gaulois réfractaire au changement ! Encore que !" Une sortie qui rappelle sa petite phrase de l'été 2017 sur les Français qui "détestent les réformes".

 

 

"Nous ne sommes pas un pays dont la culture est le consensus, les ajustements pas à pas, comme le sont beaucoup d'autres, a justifié Emmanuel Macron, jeudi. Les autres disent 'C'est un pays très dur à réformer'. C'est vrai, c'est un pays qui ne réforme pas, je l'ai déjà dit, il se transforme."

 

 

Si je pensais que nous n'étions que réfractaires, je ne serais pas devant nous.Emmanuel Macron, président de la République lors d'une conférence de presse

 


03/09/2018
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le jeudi 30 août 2018

 

 

TRIBUNE. "La démission de Nicolas Hulot est une invitation à changer de cap" : 10 associations écologistes lancent un appel à Emmanuel Macron

 

 

La Fondation pour la Nature et l'Homme, Agir pour l’environnement, France nature environnement, Générations futures, Les Amis de la Terre, Réseau sortir du nucléaire, l'Action des citoyens pour le désarmement nucléaire, l'Association pour la protection des animaux sauvages, Virage énergies et la Société nationale de protection de la nature réagissent, jeudi 30 août, à la démission du ministre d'Etat

 

 

 

15682583.jpg

 

 

Nicolas Hulot et Emmanuel Macron lors d'un meeting au marché de Rungis (Val-de-Marne), le 11 octobre 2017. (REUTERS)

 

 

 

Un électrochoc. Mardi 28 août, le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, a annoncé sa démission. "Je ne veux plus me mentir, je ne veux pas donner l'illusion que ma présence au gouvernement signifie qu'on est à la hauteur sur ces enjeux-là et donc je prends la décision de quitter le gouvernement", a-t-il expliqué. Cette décision a fait réagir dix associations écologistes*, qui interpellent Emmanuel Macron, dans une tribune publiée sur franceinfo, sur la nécessité d'un "sursaut" de la politique environnementale de l'exécutif. Elles s'expriment ici librement.


La démission de Nicolas Hulot a surpris par sa soudaineté. Quinze mois durant, l'ancien ministre a buté sur les résistances institutionnelles et des arbitrages politiques trop souvent perdus. L'orientation politique du chef de l'Etat ne laissait que peu de place à une véritable transition écologique et solidaire. Malgré l'ambition affichée du ministre de l'Ecologie, la volonté d'Emmanuel Macron de ménager la chèvre écologique et le chou productiviste n'a pas contribué à créer la condition d'une politique écologique lisible et cohérente.

 

 

La superficialité de l'engagement écologique d'Emmanuel Macron implicitement révélée

 

De la non-interdiction du glyphosate aux multiples décisions favorables à la construction de nouvelles autoroutes, du non-choix en matière de transition énergétique à l'importation d'huile de palme, des ultimes cadeaux faits au lobby de la chasse en passant par le Ceta, la longue liste des petits arrangements et grands renoncements a rythmé l'année ministérielle de Nicolas Hulot. Or, ce dernier a toujours justifié sa présence au sein du gouvernement Philippe par sa volonté tenace de mettre enfin la France sur les rails de la transition écologique.

 

 

Nicolas Hulot a constaté, amèrement mais honnêtement, que notre pays a hoqueté, voire régressé, en matière environnementale. Les associations signataires

 

 

L'utilisation de pesticides continue à augmenter année après année, la biodiversité s'effondre, la part du rail continue sa chute vertigineuse, nos émissions de gaz à effet de serre ont, quant à elles, poursuivi leur sinistre ascension et la part du nucléaire civil demeure inchangée et celle du nucléaire militaire va augmenter de 50%.

 

 

Implicitement, le départ du désormais ancien ministre de l'Ecologie révèle la superficialité de l'engagement écologique d'Emmanuel Macron, optant pour une écologie des mots, privilégiant les discours aux actes, espérant que la simple présence de Nicolas Hulot justifierait une politique bien loin de la rupture maintes fois annoncée.

 

 

Le symptôme d'une immense incompréhension

 

Le départ précipité de Nicolas Hulot est l'occasion de requestionner la place du ministre de l'Ecologie dans le dispositif institutionnel. Placé au sommet de l'ordre protocolaire, le ministre de l'Ecologie est sommé de trouver des compromis entre acteurs aux intérêts profondément divergents. Grenelle et autres conférences environnementales n'y ont rien changé. Face au ministère de l'Agriculture, à ceux de l'Economie, de l'Industrie ou de la Défense, face aux lobbies agricoles, nucléaires, à celui du BTP, face à l'orientation libérale du gouvernement Philippe, la marge de manœuvre du ministre de l'Ecologie était étroite, voire inexistante.

 

La notoriété médiatique est insuffisante face aux petits soldats du productivisme, prêts à tout pour préserver leurs acquis. Cette démission est l'occasion de rappeler que l'homme providentiel n'existe pas et qu'un ministre, fût-il déterminé, est et demeure un homme seul. Au regard des tensions que suscite la transition écologique, il est nécessaire de créer et entretenir une mobilisation citoyenne et populaire.

 

 

L'heure n'est pas à l'amertume. Au regard des crises écologiques et des menaces qui s'amoncellent, l'urgence commande de ne pas verser dans un défaitisme sans lendemain. Les associations signataires

 

 

Cette démission est le symptôme d'une immense incompréhension. La transition écologique n'est ni une promenade de santé ni un supplément d'âme pour politiciens sans imagination. Emmanuel Macron aurait tort de mésestimer le symbole que représente cette démission surprise. Faire "comme si" serait la pire des réponses à apporter à Nicolas Hulot. Les crises écologiques qui s'amoncellent n'ont que faire de nos illusions et beaux discours. Ces crises ne disparaîtront pas d'un coup de baguette verte.

 

 

L'action n'est plus une option, mais une nécessité

 

Face aux menaces climatiques, militaires et à l'effondrement des écosystèmes, l'action n'est plus une option mais une nécessité, une urgence, une éthique.

 

 

Emmanuel Macron ne peut continuellement aspirer à la synthèse là où nous attendons des choix clairs, ambitieux et pleinement assumés. Les associations signataires

 

 

En matière écologique, nous ne pouvons plus soutenir l'agriculture biologique et "en même temps" le glyphosate, la sobriété énergétique et "en même temps" le nucléaire, une redynamisation des centres-villes et "en même temps" Europacity et l'artificialisation des terres agricoles, la nécessaire préservation de la biodiversité et "en même temps" la baisse du prix du permis de chasse, la mise en œuvre de la COP21 et "en même temps" la multiplication des projets autoroutiers, les fermes-usines et "en même temps" une agriculture paysanne, le libéralisme et "en même temps" l'écologie.

 

 

La démission de Nicolas Hulot est une invitation à changer de cap tout en osant rompre avec la facilité des Trente glorieuses et "cinquante" gaspilleuses. Face aux conservatismes qui s'expriment à tous les niveaux de l'Etat, la démission de Nicolas Hulot appelle un sursaut. Nul doute qu'au lendemain d'une démission qui a tant fait parler, Emmanuel Macron devra faire sien l'aphorisme de Pierre Mendès-France, "gouverner, c'est choisir".

 

 

*Les signataires :

 

 

La Fondation pour la Nature et l'Homme

Agir pour l'environnement

France nature environnement

Générations futures

Les Amis de la Terre

Réseau sortir du nucléaire

Action des citoyens pour le désarmement nucléaire

Association pour la protection des animaux sauvages

Virage énergies

Société nationale de protection de la nature

 


31/08/2018
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le mardi 28 août 2018

 

 

Glyphosate, nucléaire, perturbateurs endocriniens… Les multiples couleuvres avalées par Nicolas Hulot au gouvernement

 

 

avatar
Mahaut LandazfranceinfoFrance Télévisions

 

 

 

Il espérait que l'interdiction du glyphosate sous trois ans soit gravée dans la loi, défendait la baisse de la part du nucléaire à 50% d'ici 2025... Nicolas Hulot a renoncé à plusieurs de ses combats pendant son passage au gouvernement. Tour d'horizon

 

 

 

15672823.jpg

 

 

Nicolas Hulot a renoncé à plusieurs de ses convictions pendant son année passée au gouvernement.  (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

 

C'était devenu un sujet d'interrogation récurrent : Nicolas Hulot allait-il rester ministre ? Il a finalement annoncé sa démission, mardi 28 août, au micro de France Inter, devant des journalistes plus que surpris, après une année marquée par plusieurs batailles perdues pour le militant écologiste. Ou, comme dirait le ministre, "une accumulation de déceptions" qui ont fait de ces derniers mois "une souffrance" pour lui, qui s'est surpris "par lassitude" à parfois "baisser les bras".

 

 

Ces renoncements en série sur le nucléaire ou encore les pesticides ont mis en lumière l'isolement du ministre au sein de la majorité. Retour sur ces différents dossiers.

 

 

Le recul sur les perturbateurs endocriniens

 

Ce qui a été décidé. En juillet 2017, les membres de l'UE ont adopté une définition commune des perturbateurs endocriniens, ces substances qui peuvent interférer avec le système hormonal, présentes dans de nombreux produits de consommation courante. Selon la Commission européenne, les critères ainsi définis permettent d'identifier les perturbateurs endocriniens "avérés et présumés".

 

 

Ce qu'en disait Nicolas Hulot. Ces critères de définition ont été votés trois ans après la date initialement attendue. Sous François Hollande, Ségolène Royal avait jugé "inacceptable" la définition proposée par la Commission et dénonçait des garanties insuffisantes. Plusieurs associations étaient elles aussi hostiles à cette définition, estimant notamment qu'elle nécessiterait trop de preuves pour classer un produit comme perturbateur endocrinien.

 

 

Quelques jours avant de valider l'accord, Nicolas Hulot avait assuré sur RMC qu'il "ne céderait rien sur le sujet". "Quand je suis arrivé, la première chose que j'ai demandée, c'est le report de ce texte", avait-il affirmé, ajoutant : "Mon rôle, c'est d'aider à protéger les Français de ces empoisonnements."

 

 

"Nous n’avons pas gagné cette guerre, mais nous avons gagné une bataille", a estimé Nicolas Hulot après le scrutin, dans Libération. "Si nous avons voté le texte, qui se heurtait à un poids monstrueux des lobbys, c’est que nous avons ouvert une très grande brèche, qui ne se refermera pas et qui s’élargira dans le temps." Il a aussi souligné avoir obtenu l'inclusion des perturbateurs endocriniens présumés, et pas seulement avérés. Il a toutefois reconnu une insuffisance de l'accord, ajoutant que "le risque, si nous ne votions pas ce texte, était qu’un certain nombre de produits reste encore durablement sur le marché". 

 

 

Le recul des objectifs sur la baisse du nucléaire 

 

Ce qui a été décidé. En novembre 2017, à la sortie du Conseil des ministres, Nicolas Hulot l'annonce : il sera "difficile" de tenir l'engagement de ramener la part du nucléaire à 50% d'ici 2025 et le gouvernement préfère tabler sur 2030, "au plus tard" 2035. Une annonce justifiée à l'époque par une volonté de "réalisme et de sincérité", relevait Le Monde"Si on veut maintenir la date de 2025 pour ramener dans le mix énergétique le nucléaire à 50%, ça se fera au détriment de nos objectifs climatiques", avait déclaré le ministre. 

 

 

Ce qu'en disait Nicolas Hulot. Avant d'entrer au gouvernement, il était ferme sur le sujet. "Il faut sortir du nucléaire. Fukushima a achevé de me convaincre", affirmait-il en avril 2011 au Point. Une nouvelle fois, en 2015, en pleine polémique sur le retard pris dans la construction de l'EPR de Flamanville (Manche), il martelait à quel point lui importait que soit tenu l'objectif de ramener la part du nucléaire à 50% en 2025, comme prévu dans la loi de transition énergétique. Le revirement opéré par le ministre en 2017 a inspiré à l'écologiste Yannick Jadot cette raillerie : "Nicolas Hulot n'avale plus des couleuvres, mais des boas constricteurs."

 

 

Le vote européen sur le glyphosate  

 

Ce qui a été décidé. Toujours en novembre 2017, les pays de l'Union européenne ont voté le renouvellement pour cinq ans de l'autorisation du glyphosate, un herbicide classé comme "cancérigène probable" par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). 

 

 

Ce qu'en disait Nicolas Hulot. Le ministre souhaitait prolonger l'autorisation pour trois ans, mais, dans un premier temps, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, avait tablé sur sept ans. Finalement, la France a voté contre une prolongation de cinq ans, mais, étant minoritaire, le renouvellement pour cinq ans a été adopté. "C’est une décision que je regrette car l’Europe avait ici les moyens de montrer qu’elle est synchronisée avec les attentes légitimes des citoyens sur l’utilisation de ce produit", a réagi Nicolas Hulot dans L'Obs, affirmant vouloir tout mettre en œuvre pour "développer des alternatives et, à partir de là, interdire le glyphosate, au plus tard dans trois ans". Déçu au niveau européen, le ministre s'est donc raccroché à l'échelon national, d'autant que l'interdiction sous trois ans était soutenue, à l'époque, par Emmanuel Macron.

 

 

Capturemacron.JPG

 

 

Le rejet d'un amendement interdisant le glyphosate en 2021 en France

 

Ce qui a été décidé. Un amendement à la loi sur l'équilibre dans le secteur agricole et alimentaire, qui proposait l'interdiction du glyphosate au 1er mai 2021, a été rejeté fin mai 2018. Il était porté par Matthieu Orphelin, député LREM proche de Nicolas Hulot, mais le gouvernement a émis un avis défavorable. 

 

 

Ce qu'en disait Nicolas Hulot. Il soutenait publiquement l'amendement. "C'est une décision à la fois des députés et du gouvernement", avait déclaré le ministre, qui  s'était alors dit "déçu". Selon Le JDD, voyant la défaite se profiler, il aurait préféré prolonger un séjour en Corse, prévu en même temps que le vote à l'Assemblée. Dans une interview au Parisien début août, il n'a pas suggéré d'avancer cette échéance, pointant du doigt les groupes de pression "qui ont pignon sur rue" et tiennent "parfois même la plume des amendements". 

 

 

L'attitude du gouvernement sur les pesticides a sans doute largement pesé dans sa démission, comme il l'a évoqué au micro de France Inter. "Est-ce que nous avons commencé à réduire l'usage des pesticides ? La réponse est non (...) Je ne veux plus me mentir. Je ne veux pas donner l'illusion que ma présence au gouvernement signifie qu'on est à la hauteur sur ces enjeux-là." 

 

 

L'entrée en vigueur du CETA 

 

Ce qui a été décidé. L'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada (Ceta) est entré en vigueur de façon provisoire et dans sa quasi-totalité le 21 septembre 2017. Il baisse les droits de douane pour doper les échanges commerciaux et a pour objectif d'aboutir à une convergence de certaines normes. 

 

 

Ce qu'en disait Nicolas Hulot. Lorsqu'il dirigeait encore sa fondation, celle-ci employait des mots très durs à l'encontre du Ceta, qualifiant le texte de "climaticide et antidémocratique". Ministre, Nicolas Hulot est plus mesuré, mais reste méfiant. "J'étais très inquiet, et je le suis toujours, sur des traités comme le Ceta. Ce sont des traités qui nous exposent au lieu de nous protéger", affirme-t-il sur Europe 1 en réaction à son adoption. 

 

 

Les conclusions des états généraux de l'alimentation 

 

Ce qui a été décidé. Après cinq mois de discussions, les états généraux de l'alimentation touchent à leur fin en décembre 2017. Des débats sur lesquels l'écologiste du gouvernement compte beaucoup. "J'espère qu’aujourd’hui est le début de quelque chose d’inattendu et de magnifique", a-t-il déclaré à leur ouverture. Dans son discours de clôture, Edouard Philippe annonce "un projet de loi au début de cette année pour garantir des conditions de marché justes, efficaces, saines". Parmi les mesures évoquées, on trouve la restriction des promotions, le plan pour le bio, la défense du bien-être animal ou encore la lutte contre le gaspillage alimentaire, résume Le Figaro.

 

 

 

Ce qu'en disait Nicolas Hulot. En décembre 2017, il boude la clôture des états généraux de l'alimentation, pilotés par Stéphane Travert. "Ce n’est pas un psychodrame, je considère que les conclusions ne sont pas à la hauteur de la qualité du travail extraordinaire et des propositions qui ont été faites dans les ateliers. Je ne vais donc pas aller faire le beau ou aller dire dans un micro que le compte n’y est pas", confie-t-il au Monde.

 

 

Les arbitrages rendus en faveur des chasseurs

 

 

Ce qui a été décidé. Les représentants des chasseurs ont à nouveau été reçus à l'Elysée, lundi 27 août. Ils ont obtenu plusieurs concessions, dont la réduction du prix du permis national de chasse, ainsi que la mise en place d'une gestion adaptative des espèces et d'une police rurale. 

 

 

Ce qu'en disait Nicolas Hulot. Selon BFMTV, le ministre est "très énervé" lors de cette réunion, "agacé" par les arbitrages rendus. C'est peut-être cette rencontre qui "a achevé de [le] convaincre" de démissionner, explique Nicolas Hulot sur France Inter. "J’ai découvert la présence d’un lobbyiste qui n’était pas invité à cette réunion. C’est symptomatique de la présence des lobbys dans les cercles du pouvoir. Il faut à un moment poser ce problème sur la table", martèle le ministre démissionnaire, qui tient toutefois à souligner que sa décision vient d'une "accumulation de déceptions".

 


30/08/2018
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le mardi 28 août 2018

 

 

Démission de Nicolas Hulot : trois questions pour comprendre la réforme de la chasse qui a précipité le départ du ministre

 

 

Le prix du permis national de chasse sera bien divisé par deux, dans le cadre d'une plus vaste réforme de la chasse qui inquiète des associations de défense de l'environnement

 

 

 

15671335.jpg

 

Une séance de formation suivie par des chasseurs qui viennent d'obtenir leur permis de chasse, à Belval-Bois-des-Dames (Ardennes), le 22 août 2018.  (FRANCOIS NASCIMBENI / AFP)

 

 

Cet été, déjà, le dossier de la chasse faisait sortir Nicolas Hulot de ses gonds : le sujet avait donné lieu à des échanges peu amènes avec Brigitte Bardot, fondatrice de l’association éponyme d’aide à la protection des animaux, qui l'avait accusé d'être un "trouillard" sur le dossier de la chasse et appelé à sa démission. C'est encore ce dossier qui a précipité la décision du ministre de quitter le gouvernement d'Édouard Philippe, mardi 28 août. Au micro de France Inter, il a expliqué avoir été heurté par la présence d'un lobbyiste, ancien conseiller d'Emmanuel Macron, lors d'une réunion consacrée à la réforme de la chasse.

 

 

Lors de cette rencontre, Emmanuel Macron a notamment accepté de diviser par deux le prix du permis national de chasse, de 400 à 200 euros, ainsi que la mise en place d'une gestion adaptative des espèces chassables et d'une police rurale. On vous résume les décisions prises lors de cette réunion.

 

 

Qu'ont obtenu les chasseurs ? 

 

• La baisse du coût du permis de chasse. Elle concerne le permis national qui, contrairement au départemental, permet de chasser sur tout le territoire. Il n'est possédé que par environ 10% des quelque 1,2 million de Français qui pratiquent la chasse chaque année, selon la Fédération nationale des chasseurs (FNC). "Cela rendra plus mobiles les chasseurs, notamment pour aller prélever davantage de sangliers comme le recommandent de nombreux agriculteurs", indique Thierry Coste, conseiller politique pour le compte de la FNC, au Figaro. Cette baisse n'était pas vraiment une surprise, dans la mesure où le président avait donné en février son feu vert à une réflexion sur le sujet.

 

 

• Une nouvelle "gestion adaptative des espèces". C'est sur ce volet de la réforme que se focalisent les préoccupations des défenseurs de l'environnement. Elle vise à ajuster le plus finement possible les quotas de prélèvements des différentes espèces en fonction de leur population et des dégâts provoqués par ces animaux. Willy Schraen, président de la FNC, dans Le Figaro, y voit une mesure de "bon sens" pour développer une chasse moderne en allant vers davantage de souplesse.

 

 

• La mise en place d'une "police rurale". Elle répond à une préconisation de la FNC. "Il s'agirait d'un véritable gendarme de l'environnement aux compétences élargies au sein de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage. Il cumulerait les fonctions de protection de la biodiversité, de la politique de l'eau, des pesticides et de garde-pêche et bien évidemment de garde-chasse", explique Thierry Coste au Figaro. L'exécutif se donne deux ans, soit à l’été 2020, pour achever une fusion des différents organismes publics chargés de la protection de la faune, du contrôle de la qualité de l’eau ou de la lutte contre les dépôts d’ordures sauvages, qui doit permettre de "mieux surveiller et d’encadrer les pratiques de la chasse", précise l’Élysée.

 

 

Pourquoi cette réforme suscite-t-elle les critiques de défenseurs de l'environnement ? 

 

Plusieurs associations de défense de l'environnement craignent que la réforme ouvre à la chasse des espèces aujourd'hui protégées. Elles souhaitent au contraire que la nouvelle formule ne puisse permettre que de diminuer des quotas de chasse existants.

 

 

"C'est du clientélisme pathétique", dénonce sur franceinfo Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux. À titre d'exemple, sur les "64 espèces d'oiseaux" chassées en France, "il y en a 20 qui sont sur la liste rouge des espèces menacées, qui sont en agonie et que, pourtant, on chasse". Il réclame leur retrait immédiat du "tableau de chasse""Taper sur des espèces qui sont déjà en déclin est inacceptable, poursuit-il. Par exemple, le président de la République veut autoriser le prolongement de la chasse aux oies et à d'autres espèces au mois de février. C'est inacceptable !"

 

 

Pourquoi cette réunion a-t-elle conduit à la démission de Nicolas Hulot ? 

 

"Ne pensons pas que ma décision vient simplement d'une divergence sur la réforme de la chasse", a assuré Nicolas Hulot sur France Inter. Mais c'est tout de même la présence d'un invité surprise qui a déclenché la colère du ministre. Pour Nicolas Hulot, cette réunion était l'occasion de discuter d'"une réforme importante pour les chasseurs, mais surtout pour la biodiversité". "Et j'ai découvert la présence d'un lobbyiste qui n'était pas invité à cette réunion", a-t-il expliqué sur France Inter. Il s'agit de Thierry Coste, qui fut conseiller d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle. "C'est symptomatique de la présence des lobbies dans les cercles de pouvoir", dénonce-t-il.

 

 

La réunion s'était pourtant "bien passée", "comme une réunion qui peut regrouper des chasseurs et leur ministre, devant le chef de l’État", commente pour franceinfo Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs. "Il n'y a pas eu de cris ou de bras en l’air, poursuit-il. Je n'ai pas compris son annonce ce matin qui dit qu’il y a une goutte qui a fait déborder le vase. (...) Thierry Coste n’a pas dit un mot hier ! Et il m’accompagne partout quand je rencontre le gouvernement. Ils se connaissent personnellement et se sont même serré la main." Il assure n'avoir pas senti Nicolas Hulot "sur la défensive" à cette occasion.

 


30/08/2018
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le mercredi 22 août 2018

 

 

Rentrée politique : le budget 2019 s'annonce plus contraint que prévu

 

avatar
franceinfo Isabelle Raymond Radio France

 

 

Pour leur rentrée, Emmanuel Macron et son gouvernement vont devoir se pencher sur un budget plus serré que prévu. Emplois aidés ou aides au logement : ils réfléchissent à de nouvelles économies

 

 

15639687.jpg

 

 

Le Conseil des ministres du 3 août à l'Elysée. (MICHEL EULER / POOL)

 

 

 

Après une brève pause estivale, le Conseil des ministres de rentrée se tient mercredi 22 août. Emmanuel Macron réunira ensuite à l'Élysée quelques ministres (Édouard Philippe, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Murielle Pénicaud et Agnès Buzyn) pour finaliser les derniers arbitrages budgétaires. Le budget s'annonce contraint par une croissance plus faible que prévu.

 

 

Le gouvernement va devoir revoir la préparation de son budget pour l'an prochain avec sans doute un nouveau serrage de vis, s'il veut continuer à contenir son déficit comme promis auprès de la Commission européenne.

 

 

Vers une nouvelle réduction des emplois aidés et des aides au logement ? 

 

Il va donc vraisemblablement chercher à faire davantage d'économies, surtout qu'il doit financer des mesures coûteuses comme la suppression progressive de la taxe d'habitation et le remplacement du Crédit d'impôt compétitivité emploi par une baisse pérenne des cotisations patronales.

 

 

En ligne de mire du gouvernement, il y a entre autres les emplois aidés, qui pourraient encore diminuer l'an prochain tout comme les aides au logement. L'exécutif envisage aussi de faire payer aux employeurs une partie du coût lié aux arrêts maladie. Cette piste a entraîné une levée de boucliers de la part du patronat au cœur de l'été.

 

 

Autre question pour l'instant sans réponse : quelles seront les économies réalisées sur les effectifs de la fonction publique d'État ? Le gouvernement s'est refusé jusqu'à présent à avancer le moindre chiffre.

 

 

"Il faut laisser filer le déficit" Philippe Waechter, économiste

 

 

Philippe Waechter est chef économiste chez Ostrum Asset Management. Il s'interroge sur l'opportunité d'un budget plus contraint. "En terme de gestion du déficit public jusqu'à la fin de l'année, la question est de savoir s'il faut contraindre davantage la demande privée au risque de peser encore plus sur l'activité ? Ce serait le cas si on voulait absolument tenir le déficit public à l'objectif de 2,3 du PIB. Ou alors est-ce qu'on laisse filer pour limiter le risque de contraction ou de ralentissement supplémentaire de l'activité ?"

 

 

Philippe Waechter privilégie cette dernière solution. "Il me semble qu'il est nécessaire de laisser filer le déficit pour limiter le risque sur la croissance parce que l'enjeu est là, poursuit l'économiste. La vraie question, c'est est-ce qu'on a un objectif sur l'activité ou l'emploi ou un objectif plutôt comptable ? Je crois que les questions de croissance et d'emploi sont plus importantes dans la gestion de la politique économique."

 


24/08/2018
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le vendredi 17 août 2018

 

 

"Un risque d'effondrement" pour plus de 800 ponts en France : quatre questions sur ce chiffre inquiétant

 

 

Céline Delbecque franceinfoFrance Télévisions

 

 

Un rapport publié en juillet par le ministère des Transports estime que 7% des ponts routiers français présentent, à terme, un "risque d'effondrement"

 

 

 

15618007.jpg

 

Le 15 mai dernier, l’autoroute A15 avait été fermée à la circulation à la suite de l’affaissement d’une partie du pont du viaduc de Gennevilliers (Val d’Oise). (OLIVIER BOITET / MAXPPP)

 

 

C'est un chiffre qui a de quoi inquiéter les automobilistes. En France, environ 840 ponts routiers souffriraient de dommages "sérieux" et présenteraient, à terme, "un risque d'effondrement". Une donnée extraite d'un récent rapport publié par le ministère des Transports, et ressortie dans les médias après l'effondrement du pont Morandi à Gênes (Italie), mardi 14 août. Alors faut-il vraiment s'alarmer ? Franceinfo vous apporte quelques éléments de réponse. 

 

 

D'où vient ce chiffre ?

 

Dans un rapport publié en juillet, le ministère des Transports dévoile les résultats d'un audit externe réalisé sur le réseau routier français. Selon le document, sur les 12 000 ponts que compte le réseau, "un tiers nécessite des réparations", même s'il s'agit le plus souvent de petites améliorations afin de "prévenir l'apparition de dégradations structurelles". Mais un chiffre publié dans l'étude semble plus inquiétant : dans 7% des cas, les dommages seraient "plus sérieux", présentant à terme "un risque d'effondrement".

 

 

Si l'on rapporte ce pourcentage au nombre de ponts gérés par l'Etat en France (soit 12 000 ouvrages), environ 840 structures risqueraient de s'écrouler dans les prochaines années, si des travaux de consolidation ne sont pas effectués.

 

 

Pour certains spécialistes, ce chiffre pourrait même être plus élevé. "Ces 7% sont des ponts que l’on connaît, qui sont vus régulièrement et que l’on a évalués, mais il y a tous les autres qu’on ne surveille pas ! Or, si on ne va pas les voir, on ne peut pas savoir dans quel état ils sont, s'alarme Christian Tridon, président du Syndicat national des entrepreneurs spécialistes de travaux de réparation et de renforcement des structures (Strres) au Parisien. On pense tous aux grands ponts, mais il y a en France 200 000 ponts pour 1 million de kilomètres de route, donc tous les 5 kilomètres, vous avez un pont !"

 

 

Ces ponts menacent-ils vraiment de s'écrouler ?

 

Aussi inquiétant soit-il, ce chiffre de 840 ponts menacés d'effondrement ne doit pas affoler les usagers, estime le ministère des Transports. "Lorsque l'on parle de ponts 'en mauvais ou très mauvais état', il faut bien prendre en compte le fait que l'on parle d'une fragilité sur le long terme. Une infrastructure ne sera jamais ouverte et praticable si elle n'est pas totalement sécurisée pour l'usager." Ces mesures peuvent aller de la simple restriction de poids des véhicules (interdiction de circulation pour les poids lourds, par exemple), à la fermeture totale de l'ouvrage.

 

 

S'il y a le moindre risque, des mesures seront prises immédiatement.Une source au ministère des Transports à franceinfo

 

 

"Il faut également prendre en compte la nature de la dégradation de certains ponts", précise encore le ministère. Des structures dites "en mauvais état" pourraient ainsi contenir certains éléments dégradés, tout en permettant une circulation sécurisée des véhicules. "Il y a par exemple un pont déclaré en mauvais état pour des problèmes acoustiques, mais qui ne présente pas d'affaiblissement de la structure en elle-même."

 

 

Comment ces ponts en mauvais état sont-ils entretenus ? 

 

"Il faut mettre en place une surveillance renforcée de ces ponts", assure le ministère des Transports. Pour cela, une visite est organisée tous les ans sur chaque ouvrage, par l'Etat ou par les sociétés autoroutières. Tous les trois ans, une inspection détaillée est également réalisée. "Si, à l'issue de ces visites, nous détectons un défaut important, deux mécanismes peuvent être enclenchés. Soit nous mettons en place une surveillance de manière renforcée sur le pont, avec des capteurs ou des visites plus fréquentes, soit nous commençons un programme de réparation de l'ouvrage."

 

 

Selon le rapport, la proportion des chaussées dégradées pourrait doubler dans les vingt prochaines années, et 6% des ponts pourraient être fermés. "L'objet de ce rapport est clair : pour ne pas en arriver là, il faudra fortement augmenter les moyens, et aller jusqu'à doubler le budget consacré aux routes", plaide l'entourage de la ministre Elisabeth Borne. Michel Virlogeux, ingénieur des ponts et chaussées et concepteur du viaduc de Millau (Aveyron), ne cache pas son incertitude quant à la sauvegarde de ce patrimoine : "Il faut de l'argent et de la compétence. Mais je pense qu'on a moins de moyens humains qu'on en avait il y a une vingtaine d'années", déclare-t-il au micro de France 3.

 

 

Il est certain qu'on ne peut pas continuer avec ce financement-là.L'entourage d'Elisabeth Borne à franceinfo

 

 

En 2017, le budget alloué à la restauration de ces infrastructures était de 700 millions d'euros. En un an, il a augmenté de 100 millions d'euros, pour atteindre 800 millions d'euros en 2018. "Notre souhait est d'augmenter nettement ce budget, et cette décision sera discutée et débattue au Parlement à l'automne", promet le ministère des Transports. Pour Dominique Bussereau, ancien secrétaire d'Etat aux Transports, l'idée pour relancer ce budget est déjà toute trouvée : "C'était l'écotaxe", a-t-il déclaré sur Europe 1. Cette mesure, finalement abandonnée, devait permettre de faire payer les usagers pour l'entretien de la route. "Ces dernières années, on a dépensé 700 millions d'euros par an pour l'entretien des infrastructures, alors qu'il en faudrait 1,3 milliard", souligne l'ancien secrétaire d'Etat.

 

 

Où ces 840 ponts menacés d'effondrement se trouvent-ils ?

 

On ne le sait pas. Pour déterminer les ponts "présentant à terme un risque d'effondrement", le ministère a fait appel à deux cabinets d'audit suisses, ayant analysé les notes et compte-rendus des dernières visites annuelles des 12 000 structures gérées par l'Etat français. "Si l'on voulait connaître spécifiquement les ponts concernés, il faudrait analyser cette immense base de données et croiser une multitude d'éléments", explique le ministère. Aucune liste ni aucune carte n'ont donc été rendues publique pour le moment.

 


20/08/2018
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le jeudi 9 août 2018

 

 

"J'avais l'impression de flouer ceux qui m'avaient élu" : pourquoi les démissions s'accumulent chez les maires

 

 

avatar
Mahaut Landaz franceinfoFrance Télévisions

 

 

 

Face au manque de financement, à l'isolement, à la complexification des tâches ou encore à cause de la relation avec l'Etat, le nombre de démissions chez les premiers magistrats a bondi par rapport à la précédente mandature. Franceinfo s'est entretenu avec plusieurs maires à bout de nerfs

 

 

 

15559623.jpg

 

 Plusieurs maires rassemblés à l'occasion d'une réunion de l'AMF à Saint-Etienne, le 19 septembre 2016 (CLAUDE ESSERTEL / MAXPPP)

 

 

"Arrête tes conneries, ou tu risques de mourir." Cette invective, Claude Descamps l'a reçue de son médecin. Il n'en a pas fallu plus à l'ancien maire de Prayssac (Lot) pour présenter sa démission au préfet. Stress, fatigue, solitude... "Le jeu n'en vaut plus la chandelle", comme le dit un élu. Une résignation symbolisée, au mois de mars, par la démission fracassante du maire de Sevran (Seine-Saint-Denis), Stéphane Gatignon.

 

 

La tendance est désormais confirmée par les chiffres : par rapport à la précédente mandature, le nombre de maires démissionnaires a augmenté de 55% depuis 2014, d'après un calcul de l'AFP. L'Association des maires de France (AMF), interrogée par franceinfo, en décompte 500. Pêle-mêle, les premiers magistrats dénoncent la baisse des dotations de l'Etat, l'augmentation du périmètre de décision avec la montée en puissance des intercommunalités, ou encore l'arrogance de l'administration territoriale.

 

 

"À la fin, on n'était plus que mon premier adjoint et moi"

 

Autant d'évolutions qui, mises bout à bout, ont complexifié le travail des élus. "Il y a une grande lassitude. Ce n'est pas nouveau, mais ça s'aggrave", estime Vanik Berberian, maire de Gargilesse-Dampierre (Indre) et président de l'Association des maires ruraux de France (AMRF). Comme près de la moitié des édiles – une proportion avancée par l'AMF dans Le Point – Claude Descamps a vu la dotation de sa commune décroître. L'ancien maire de Prayssac estime cette baisse à "environ 240 000 euros entre 2014 et 2017". Soit environ 10% du budget communal.

 

 

Ce pour quoi j'avais été élu était impossible à réaliser. J'étais aussi frustré que mes concitoyens. Claude Descamps, maire démissionnaire de Prayssac à franceinfo

 

 

L'ancien maire avait même renoncé à 60% de son indemnité afin d'embaucher une secrétaire à mi-temps. "Psychologiquement, c'est très dur, on essuie les reproches des uns et des autres, précise-t-il. J'avais l'impression de flouer ceux qui m'avaient élu."

 

 

Philippe Rion, maire démissionnaire de Castillon (Alpes-Maritimes), a fait, lui, le choix de supprimer les commémorations nationales. Sans que cela ne suffise à renflouer les caisses : à l'encontre de ses convictions, il s'est finalement résolu à augmenter la fiscalité locale de 20%.

Renoncer à leur programme, même modeste, "prendre des décisions sans avoir tous les tenants et les aboutissants", s'asseoir sur leurs idées politiques, ont été une première source de souffrance pour ces deux anciens édiles. Ces "chefs de village" ont souvent le sentiment de porter sur leurs seules épaules des coupes budgétaires décidées au plus haut sommet de l'Etat. "Quand vous passez votre temps à dire non, au bout d'un moment, votre conseil municipal arrête de s'investir", souligne Claude Descamps, dont l'équipe a fini par abandonner la mairie, le laissant seul avec son premier adjoint.

 

 

Les maires ruraux plus exposés 

 

Plus exposés à leurs administrés, les maires de petits villages seraient davantage touchés par la vague de démission, avance Vanik Berberian. Disposant d'une indemnité  inférieure au Smic – 658 euros brut pour les communes de moins de 500 habitants, contre 5 612 euros pour les villes de plus de 100 000 habitants – ils affirment ne pas pouvoir compter, comme dans les métropoles, sur une administration, faisant office d'intermédiaires avec les citoyens et "prennent les mécontentements en pleine tête".

 

 

Quand quelque chose ne va pas, on me le dit au bistrot. Vanik Berberian, président de l'AMRF à franceinfo

 

 

Les élus prennent sur leur temps personnel pour frapper aux portes et "trouver des solutions", que cela passe par dégoter des investisseurs ou mettre en place des systèmes de mécénat : "Maire, c'est sept jours sur sept, 365 jours par an !", aiment-ils à répéter. La panne de téléphone ou de réseau audiovisuel ? L'odeur de merguez qui empêche les habitants de dormir ? La route cabossée ? C'est le maire qu'on appelle, parfois directement sur son portable. "On bosse six jours sur sept, entre huit et dix heures par jour et finalement personne n'est content. Il y a un manque de reconnaissance de tous les côtés", confie Claude Descamps, qui livre avoir ressenti "un grand sentiment d'abandon et un fort sentiment de culpabilité". 

 

 

"On nous prend de haut"

 

La loi portant sur la nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe), votée en 2015, figure également sur le banc des accusés. Elle oblige les communes à procéder à des "fusions forcées", selon les mots de Philippe Laurent, secrétaire-général de l'AMF, c'est-à-dire le regroupement en intercommunalités aux compétences de plus en plus importantes. Une concentration qui permet aux petites communes de bénéficier de nouveaux services, mais qui met à mal la pertinence de l'échelon communal. Sans compter la multiplication des réunions. "Cette loi a donné des périmètres insupportables. Je connais une maire de l'Aveyron qui doit faire trois heures de voiture aller-retour pour une heure de réunion intercommunale. Elle a arrêté d'y aller", raconte Vanik Berberian, particulièrement remonté contre "la vision parisienne qui veut que plus c'est gros, mieux c'est".

 

 

Par ailleurs, la coopération avec les élus de plus grandes villes ne serait pas de tout repos. "On nous prend de haut", estime Philippe Rion. Dans bien des cas, les "petits maires" se font discrets lorsqu'ils assistent aux réunions de travail de l'intercommunalité. "Il n'y a que les grandes gueules qui parlent. C'est comme ça que les présidents des intercommunalités peuvent imposer leurs vues", abonde le président de l'AMRF, soulignant une forme de "complexe" des petits maires.

 

 

On laisse parler celui qui a eu plusieurs mandats, qui a plus d'expérience, devant lequel le préfet marque le plus de déférence.Vanik Berberian, président de l'AMRF à franceinfo

 

 

Une relation à l'État détériorée 

 

La montée en puissance des intercommunalités se poursuit : l'Assemblée nationale a acté, fin juillet, le transfert de la compétence eau et assainissement aux intercommunalités. La goutte de trop pour Vanik Berberian, qui dénonce une gouvernance se passant des élus. "On nous avait annoncé un nouveau monde, beaucoup imaginaient que le changement de président allait apporter une nouvelle manière de faire de la politique. Un vrai désenchantement", critique-t-il.

 

 

 

Pour les édiles, la suppression des emplois aidés ainsi que, surtout, celle de la taxe d'habitation ne passent pas. "Il y a une déception vis-à-vis de la relation que l'Etat impose aux communes", avance Vanik Berberian, soulignant que la légitimité et la responsabilité des maires passe par la collecte de l'impôt. 

 

 

 

Le sentiment c'est qu'Emmanuel Macron est le président des villes. Le schéma qu'on voit venir, c'est la concentration des richesses sur quelques grandes métropoles. Philippe Laurent, président de l'AMF à franceinfo

 

 

 

Le président de l'AMRF affirme que "l'aristocratie de la haute administration" a du mal à saisir le quotidien des maires. Au moment de sa prise de parole devant Édouard Philippe lors de la conférence nationale des territoires, Vanik Berberian raconte n'avoir pu s'empêcher d'esquisser un sourire en pensant à ce qu'il faisait la veille : "Le Premier ministre devait être à 1 000 lieux d'imaginer que je débloquais une jeune fille coincée dans les toilettes publiques !", s'amuse-t-il. Philippe Rion abonde : "Je n'ai pas fait l'ENA, mais je sais gérer une commune !"

 

 

 

Vers un déficit de candidats en 2020 ?

 

 

Convaincus que mener le moindre projet "est trois fois plus compliqué qu'il y a trente ans", de plus en plus de maires jettent l'éponge, parfois proches du burn-out. "Quand je rentrais chez moi, je ne parlais plus", confie Philippe Rion, qui avoue, même si cela lui "fend le cœur", bien mieux dormir depuis sa démission. Son cas n'est pas isolé. La maire de Guérande (Loire-Atlantique), Stéphanie Phan Thanh, qui a démissionné début juin, explique dans son communiqué "s'être investie parfois au-delà de ses forces, au détriment de sa famille". 

 

 

 

Honnêtement, je m'étonne qu'il n'y ait pas encore eu de suicide. Philippe Rion, ancien maire de Castillonà franceinfo

 

 

 

Tous s'inquiètent de plus en plus ouvertement de la disparition de la fonction, ou du moins de sa réduction "à l'état civil" et aux affaires "de voisinage". "Je ne sais pas si la finalité, ce n'est pas d'user les maires, de dégoûter tout le monde pour faciliter la disparition des communes", s'interroge Vanik Berberian. Déjà, lors des dernières municipales de 2014, certaines villes avaient peiné à trouver des volontaires. Sans pour autant régler le problème de fond : "Des candidats se sont présentés pour dépanner, en prévenant dès le départ qu'il ne fallait pas compter sur eux pour s'investir", raconte le président des maires ruraux. Une situation qui risque de ne pas s'améliorer lors des prochaines élections municipales, en 2020, où l'AMRF craint déjà un déficit de candidats.

 

 


14/08/2018
0 Poster un commentaire