L'AIR DU TEMPS

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FRANCE


Franceinfo - le mardi 15 janvier 2019 - mis à jour le

 

 

Grand débat national : neuf séquences à retenir de la réunion marathon d'Emmanuel Macron avec les maires normands

 

 

 

Fiscalité, mobilité, référendum d'initiative citoyenne, services publics... Emmanuel Macron a répondu pendant plus de six heures à plus de 600 élus rassemblés à Grand Bourgtheroulde pour donner le coup d'envoi du grand débat national

 

 

 

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Le chef de l'Etat Emmanuel Macron prend la parole dans le gymnase de la commune de Grand Bourgtheroulde (Eure), le 15 janvier 2019, devant 600 maires normands. (LUDOVIC MARIN / AFP)

 

 

 

Le grand débat national s'est ouvert avec une première réunion marathon. Pendant près de sept heures, mardi 15 janvier, Emmanuel Macron a répondu sans interruption aux interrogations de 600 maires normands, rassemblés à Grand Bourgtheroulde (Eure) pour donner le coup d'envoi de cette initiative destinée à répondre à la colère des "gilets jaunes". Fiscalité, mobilité, services publics... Le président de la République a été sollicité sur de multiples thèmes. Si vous n'avez pas suivi l'intégralité de cette longue conversation avec les élus, voici les principales séquences à retenir.

 

 

>> Durée, lieux, coordination... Comment va s'organiser le grand débat national

 

 

 

La crise des "gilets jaunes" : "une chance" pour la France

Que va changer la crise des "gilets jaunes" ? A en croire Emmanuel Macron, "la période que nous sommes en train de venir pose beaucoup de défis à notre pays". "Mais plus profondément, je pense que nous pouvons faire du moment que traverse la France une chance", a lancé le président en introduction à sa rencontre avec les maires, évoquant une quadruple "fracture" dans le pays, "sociale", "territoriale", économique" et "démocratique".

 

 

"Toutes ces fractures, on les a devant nous et d'un seul coup les choses s'effritent, a-t-il poursuivi. Je pense qu'il ne faut pas en avoir peur. Il faut refuser la violence car rien ne sort de la violence. Il faut refuser la démogagie, car l'addition des colères n'a jamais fait une solution. Mais il nous faut construire des solutions pour le pays."

 

 

 

L'ISF : "pas du tout un tabou, ni un totem"

Penser qu'en rétablissant l'impôt de solidarité sur la fortune, "la situation d'un seul 'gilet jaune' s'améliorera, c'est de la pipe". Devant les maires, Emmanuel Macron a encore une fois défendu sa réforme de la fiscalité"Beaucoup de gens disent : il faut remettre l'ISF, comme ça on serait justes, a-t-il dit. D'abord, je leur demande : est-ce qu'on vivait mieux avant ? Ben non. Beaucoup de problèmes dont ils nous parlent, pardon de le dire, y compris quand il y avait un ISF très important, n'étaient pas réglés."

 

 

Le président de la République a assuré que l'ISF n'était "pas du tout un tabou, ni un totem" pour lui. Pour autant, "le gouvernement a pris des textes et le Parlement a voté ce sur quoi, en tant que candidat, je m'étais engagé. Donc il n'y a pas de surprise, il n'y a pas de tromperie. Et ça me semble être une bonne règle démocratique de faire ce sur quoi on s'est engagés auprès de ses concitoyens", a-t-il conclu. En clair, "cette réforme doit être évaluée, mais on ne va pas renoncer à une réforme d'il y a un an".

 

 

 

La colère d'une élue locale : "Notre pays va dans le mur"

Elle dit avoir longuement hésité à venir. Dominique Chauvel, maire de Saint-Valery-en-Caux (Seine-Maritime), a finalement pris la parole face à Emmanuel Macron, se décrivant comme une élue "désabusée, lasse, déçue", mais surtout "une femme qui a peur". "Aujourd'hui j'ai peur pour mon pays, a-t-elle expliqué. Mon pays il est féminin, il est masculin, il est jeune, il est âgé, il est de toutes les couleurs, de toutes les croyances et c'est ce pays-là que j'aime, ce pays sur lequel on peut compter, ce pays qui ne laisse personne au bord du chemin."

 

 

Notre pays va dans le mur de l'intolérance, des extrémismes, dans le mur où chacun va se refermer, va rester sur soi, où il n'y aura plus de collectif et ça je ne le veux pas pour mon pays.Dominique Chauvel, maire de Saint-Valery-en-Caux (Seine-Maritime)

 

 

L'élue dit "souhaiter" qu'Emmanuel Macron réussisse et a appelé chacun à "tendre la main à son voisin, aux gens qui de l'autre côté de la Méditerrannée sont en train de crever…" En cas d'échec, a-t-elle conclu, "notre pays est au bord du gouffre et je crains que des fascistes, des heures noires nous attendent".

 

 

 

Le chômeur qui n'a "qu'à traverser la rue" : "On fait des caricatures"

C'est une petite phrase qui est revenue comme un boomerang. Durant la réunion, Emmanuel Macron a évoqué les raisons pour lesquelles autant de Français se sont mobilisés "sur la mobilité et le carburant". "Ce sont ces Français à qui on a dit 'tu veux un boulot, ben t'as pas le choix, il faut venir travailler dans la grande ville'", a débuté le président de la République, suscitant des rires dans la salle. Certains élus ont alors rappelé au chef de l'Etat son conseil, adressé à un demandeur d'emploi, à qui il avait recommandé de "traverser la rue" pour trouver du travail.

 

 

"Moi, là où j'habite, en traversant la rue, je peux vous dire on en trouve, a commenté le chef de l'Etat. Mais c'est pas vrai partout et donc parfois on fait des caricatures en pensant que ce qu'on dit à un moment à quelqu'un de bonne foi, c'est vrai partout et ce serait un message dit à tous les Français. Que voulez-vous ? On est au temps du numérique, de l'information en continu… C'est tout. Je suis comme ça et je ne changerai pas."

 

 

Un peu plus tôt, le président de la République avait d'ailleurs à nouveau prononcé une petite phrase très commentée. Devant des élus d'une autre ville normande, Emmanuel Macron a promis de "responsabiliser" les personnes "en situation de difficulté", "car y en a qui font bien et il y en a qui déconnent".

 

 

 

La limitation à 80 km/h : des aménagements possibles

La mesure reste impopulaire chez les automobilistes : la limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires reste difficilement acceptée par certains dans les zones rurales et a fait irruption lors de ce face-à-face avec les maires. Sans faire marche arrière, Emmanuel Macron s'est montré ouvert à des aménagements "Il faut ensemble que l'on trouve une manière plus intelligente de [la] mettre en œuvre. Il n'y a pas de dogme", a déclaré le président.

 

 

"Est-ce qu'il faut tout arrêter ? Franchement non…", a-t-il poursuivi. "Est-ce qu'on peut faire quelque chose qui soit mieux accepté et plus intelligent, sans doute oui." Le chef de l'Etat a appelé les maires à "faire des propositions" sur ce dossier qui "fait partie du débat", sans plus de précisions sur ce qu'il attendait.

 

 

 

Les services publics : "On n'a pas assez de fonctionnaires de guichet"

Emmanuel Macron a promis "un Etat qui accompagne davantage", comparant l'accès aux services publics dans certaines zones rurales à la situation dans certains quartiers difficiles. "On a perdu et on a fermé ce que j'appelle souvent les fonctionnaires de guichet et qui accueillent les gens et qui sont à portée d'engueulade, a-t-il déploré. Ce sont des gens qui cherchent des solutions parce qu'ils ont besoin d'en trouver parce qu'ils ont en face d'eux des gens qui ont des problèmes."

 

 

On a préservé beaucoup d'emplois de gens qui sont peut-être plus protégés des réalités directes. Donc on a peut-être trop de fonctionnaires de circulaire et pas assez de fonctionnaires de guichet. Emmanuel Macron

 

 

Le président de la République a prôné un rééquilibrage, à condition, dans le même temps, de réduire le nombre de fonctionnaires "au niveau central".

 

 

 

Le moment de tension : l'interruption d'un député communiste

Cette rencontre avec les élus a aussi été l'occasion d'un accrochage entre le député communiste Sébastien Jumel, élu de la région, et le ministre Sébastien Lecornu. Alors que le premier a souhaité intervenir sans y avoir été invité, le second l'a invité à laisser les autres élus s'exprimer.

 

 

"Monsieur le député, vous avez l'occasion, le loisir et la légitimé d'interpeller le gouvernement chaque semaine et en plus de le faire avec talent, a répliqué Sébastien Lecornu au moment de l'interruption. Dans ce gymnase, vous avez des centaines de collègues (…) qui n'ont pas la chance habituellement de pouvoir poser en direct [des questions] au président de la République. Je vous propose de continuer l'échange car les maires de la Manche ont droit au respect."

 

 

Lundi, Sébastien Jumel avait dénoncé les conditions d'organisation de ce grand débat national. "Emmanuel Macron nous dit l'ISF, pas touche. Le CICE, pas touche. L'exit tax, la flat tax, pas touche. Autrement dit, Macron ferme le ban à propos des mesures qui ont provoqué et accentué la colère des oubliés, des humiliés de la République", avait-il déploré. "Tout cela nous incite à bousculer le débat de demain", ajoutait-il alors.

 

 

 

Le RIC : "On prend rarement les décisions difficiles par référendum"

C'est l'une des revendications les plus partagées par les "gilets jaunes" : le référendum d'initiative citoyenne, appelé communément RIC. Sur ce point, Emmanuel Macron a émis quelques réserves. S'il a reconnu qu'une "réflexion sur nos différentes formes de démocratie" avait sa place dans le grand débat national, le chef de l'Etat estime qu'"on ne doit pas créer une situation de concurrence entre les formes de démocratie". "Si un référendum d'initiative citoyenne, chaque matin, peut revenir sur ce que les parlementaires ont voté, là on tue la démocratie parlementaire". Selon lui, "il faut de l'expression citoyenne mais il ne doit pas y en avoir sur tous les sujets."

 

 

Le président de la République a également estimé que le rejet par référendum, en 2005, du projet de constitution européenne, suivi en 2007 de l'adoption par la voie parlementaire du traité de Lisbonne, avait créé une "frustration" et une "tension".

 

 

Il faut qu'on mette une forme de verrou, quand le peuple s'est exprimé par référendum sur un sujet. Emmanuel Macron devant 600 maires normands

 

 

En clair, il faut faire en sorte que "le peuple souverain, par la voie de ses représentants, ne [puisse] pas y revenir pendant une certaine période, en tout cas dans les mêmes termes."

 

 

 

La standing ovation finale : "La République, c'est nous"

Après près de sept heures de questions-réponses, Emmanuel Macron a fini par mettre fin lui-même à son face-à-face avec les 600 maires normands. Ces derniers se sont levés pour adresser une standing ovation au chef de l'Etat. S'en sont suivies de longues secondes d'applaudissements... jusqu'à ce que le président de la République reprenne la parole pour dire "merci", merci d'avoir été là", "d'être restés jusqu'au bout."

 

 

Il a ensuite redit qu'il croyait fort en ce grand débat national. "On ne va pas trouver des solutions à tout" mais "je pense qu'on peut lever beaucoup de malentendus", "je veux en faire un acte 2 de ce mandat." Emmanuel Macron a fini par s'adresser directement aux élus. Avant de lâcher le micro. 

 

 

Merci pour tout ce que vous faites toute l'année, parce que vous tenez la République au quotidien. (...) La République, c'est nous. C'est nous.Emmanuel Macron face à 600 maires normands.

 


16/01/2019
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Franceinfo - le mardi 15 janvier 2019

 

 

"Nous serons nombreux dans la rue" : les avocats demandent à ce que la réforme de la justice soit intégrée dans le grand débat national

 

 

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Mathilde LemairefranceinfoRadio France

 

 

Les robes noires se mobilisent en vain depuis des semaines contre le projet de réforme de la justice. Les bâtonniers ont fini par envoyer une lettre à Emmanuel Macron pour demander la suspension du projet de loi, mais aussi que les questions sur l'avenir de la justice soient intégrées au grand débat national

 

 

 

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Des avocats manifestaient à Paris, le 9 octobre 2018. (- / AFP)

 

 

 

Avocats, magistrats, greffiers de toute la France vont défiler mardi 15 janvier dans Paris. La manifestation partira de Saint-Michel à 11h30 direction les Invalides qu’elle prévoit de rejoindre vers 13 heures, le jour où le projet de réforme de la justice arrive en deuxième lecture à l'assemblée, du 15 au 21 janvier. Une grève des audiences est aussi annoncée dans plusieurs barreaux. 

 

 

 

De nombreux points du texte hérissent les avocats

Dans le projet de loi, de nombreux points hérissent les avocats, entre autres, le fait que le directeur de la caisse d'allocations familiales et non plus nécessairement un juge, puisse statuer sur la révision d'une pension alimentaire, la dématérialisation de nombreuses procédures alors que les avocats rappellent que 10 millions de Français n'ont pas d'ordinateur, ou encore l'expérimentation d'une cour départementale sans jury populaire pour certains des crimes jusqu'alors jugés aux assises.

 

 

Les avocats réclament aussi des moyens pour la Justice. Tout cela, ils l'ont écrit dans leur lettre ouverte à Emmanuel Macron. Objectif : suspendre les débats parlementaires qui reprennent mardi. "Nous serons nombreux dans la rue puisque nous avons à nos côtés les magistrats, les greffiers, le personnel de justice et même des Français, des représentants, des justiciables qui viennent manifester à nos côtés, assure Me Marie-Aymé Peyron, bâtonnière de Paris. Je dirais que ce texte fait l’unanimité contre lui. Donc nous demandons à ce qu’il soit intégré dans le débat public." 

 

 

Il n’y a strictement aucune raison que, dans le cadre du grand débat national, il soit question de justice sociale, de justice fiscale et pas de justice tout court !Me Marie-Aymé Peyron à franceinfo

 

 

En avril dernier, la première journée nationale d'action des robes noires contre ce projet de loi avait réuni 4 000 personnes selon la police, 7 000 selon les organisateurs, persuadés d'être plus nombreux mardi, avec la colère accumulée ces derniers mois en l'absence, disent-ils, de réel dialogue avec le gouvernement.

 


15/01/2019
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Franceinfo - le dimanche 13 janvier 2019 - mis à jour le

 

 

"Transformer avec vous les colères en solutions" : découvrez la lettre ouverte d'Emmanuel Macron aux Français

 

 

 

 

Le chef de l'Etat avait annoncé dans son allocution télévisée du 10 décembre qu'il adresserait une lettre aux Français à la mi-janvier. Une missive dans laquelle il pose aux Français pas moins de 32 questions sur quatre grand débats

 

 

 

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 Emmanuel Macron, le 11 janvier 2019, à l'Elysée (Paris). (POOL NEW / X80003)

 

 

 

Il l'avait promise dans son allocution télévisée du 10 décembre. Alors que le grand débat national en réponse à la crise des "gilets jaunes" doit s'ouvrir mardi 15 janvier, Emmanuel Macron publie sa lettre aux Français, dimanche soir, dans la presse régionale et sur les réseaux sociaux. 

 

 

Un long message, dans lequel le chef de l'Etat pose de nombreuses questions – une trentaine au total – sur des thématiques très variées, allant des impôts à la laïcité en passant par les services publics, l'organisation des collectivités territoriales, la transition écologique, les institutions, la démocratie participative ou l'immigration. Autant de questions "qui n'épuisent pas le débat mais me semblent au cœur de nos interrogations", estime le chef de l'Etat.

 

 

>> Impôts, environnement, citoyenneté, immigration... Ce qu'il faut retenir de la lettre d'Emmanuel Macron aux Français

 

 

Appelant "le plus grand nombre" de citoyens à participer "à cette initiative inédite" dont il dit avoir "la ferme volonté de tirer toutes les conclusions", Emmanuel Macron affirme encore vouloir, à travers ce grand débat, "transformer avec [les Français] les colères en solutions"

 

 

Une lettre à lire en intégralité ci-dessous.

 

 

 

Chères Françaises, chers Français, mes chers compatriotes,

 

 

Dans une période d'interrogations et d'incertitudes comme celle que nous traversons, nous devons nous rappeler qui nous sommes.

 

 

La France n'est pas un pays comme les autres.

 

 

Le sens des injustices y est plus vif qu'ailleurs. L'exigence d'entraide et de solidarité plus forte.

 

 

Chez nous, ceux qui travaillent financent les pensions des retraités. Chez nous, un grand nombre de citoyens paie un impôt sur le revenu, parfois lourd, qui réduit les inégalités. Chez nous, l'éducation, la santé, la sécurité, la justice sont accessibles à tous indépendamment de la situation et de la fortune. Les aléas de la vie, comme le chômage, peuvent être surmontés, grâce à l'effort partagé par tous.

 

 

C'est pourquoi la France est, de toutes les nations, une des plus fraternelles et des plus égalitaires.

 

 

C'est aussi une des plus libres, puisque chacun est protégé dans ses droits et dans sa liberté d'opinion, de conscience, de croyance ou de philosophie.

 

 

Et chaque citoyen a le droit de choisir celles et ceux qui porteront sa voix dans la conduite du pays, dans la conception des lois, dans les grandes décisions à prendre.

 

 

Chacun partage le destin des autres et chacun est appelé à décider du destin de tous : c'est tout cela, la nation française.

 

 

Comment ne pas éprouver la fierté d'être Français ?

 

 

Je sais, bien sûr, que certains d'entre nous sont aujourd'hui insatisfaits ou en colère. Parce que les impôts sont pour eux trop élevés, les services publics trop éloignés, parce que les salaires sont trop faibles pour que certains puissent vivre dignement du fruit de leur travail, parce que notre pays n'offre pas les mêmes chances de réussir selon le lieu ou la famille d'où l'on vient. Tous voudraient un pays plus prospère et une société plus juste.

 

 

Cette impatience, je la partage. La société que nous voulons est une société dans laquelle pour réussir on ne devrait pas avoir besoin de relations ou de fortune, mais d'effort et de travail.

 

 

En France, mais aussi en Europe et dans le monde, non seulement une grande inquiétude, mais aussi un grand trouble ont gagné les esprits. Il nous faut y répondre par des idées claires.

 

 

Mais il y a pour cela une condition : n'accepter aucune forme de violence. Je n'accepte pas, et n'ai pas le droit d'accepter la pression et l'insulte, par exemple sur les élus du peuple, je n'accepte pas et n'ai pas le droit d'accepter la mise en accusation générale, par exemple des médias, des journalistes, des institutions et des fonctionnaires. Si tout le monde agresse tout le monde, la société se défait !

 

 

Afin que les espérances dominent les peurs, il est nécessaire et légitime que nous nous reposions ensemble les grandes questions de notre avenir.

 

 

C'est pourquoi j'ai proposé et je lance aujourd'hui un grand débat national qui se déroulera jusqu'au 15 mars prochain.

 

 

Depuis quelques semaines, de nombreux maires ont ouvert leurs mairies pour que vous puissiez y exprimer vos attentes. J'ai eu de nombreux retours que j'ai pu prendre en compte. Nous allons désormais entrer dans une phase plus ample et vous pourrez participer à des débats près de chez vous ou vous exprimer sur internet pour faire valoir vos propositions et vos idées. Dans l'Hexagone, outre-mer et auprès des Français résidant à l'étranger. Dans les villages, les bourgs, les quartiers, à l'initiative des maires, des élus, des responsables associatifs, ou de simples citoyens… Dans les assemblées parlementaires comme régionales ou départementales.

 

 

Les maires auront un rôle essentiel car ils sont vos élus et donc l'intermédiaire légitime de l'expression des citoyens.

 

 

Pour moi, il n'y a pas de questions interdites. Nous ne serons pas d'accord sur tout, c'est normal, c'est la démocratie. Mais au moins montrerons-nous que nous sommes un peuple qui n'a pas peur de parler, d'échanger, de débattre.

 

 

Et peut-être découvrirons-nous que nous pouvons tomber d'accord, majoritairement, au-delà de nos préférences, plus souvent qu'on ne le croit.

 

 

Je n'ai pas oublié que j'ai été élu sur un projet, sur de grandes orientations auxquelles je demeure fidèle. Je pense toujours qu'il faut rendre à la France sa prospérité pour qu'elle puisse être généreuse, car l'un va avec l'autre. Je pense toujours que la lutte contre le chômage doit être notre grande priorité, et que l'emploi se crée avant tout dans les entreprises, qu'il faut donc leur donner les moyens de se développer. Je pense toujours qu'il faut rebâtir une école de la confiance, un système social rénové pour mieux protéger les Français et réduire les inégalités à la racine. Je pense toujours que l'épuisement des ressources naturelles et le dérèglement climatique nous obligent à repenser notre modèle de développement. Nous devons inventer un projet productif, social, éducatif, environnemental et européen nouveau, plus juste et plus efficace. Sur ces grandes orientations, ma détermination n'a pas changé.

 

 

Mais je pense aussi que de ce débat peut sortir une clarification de notre projet national et européen, de nouvelles manières d'envisager l'avenir, de nouvelles idées.

 

 

À ce débat, je souhaite que le plus grand nombre de Français, le plus grand nombre d'entre nous, puisse participer.

 

 

Ce débat devra répondre à des questions essentielles qui ont émergé ces dernières semaines. C'est pourquoi, avec le Gouvernement, nous avons retenu quatre grands thèmes qui couvrent beaucoup des grands enjeux de la nation : la fiscalité et les dépenses publiques, l'organisation de l'Etat et des services publics, la transition écologique, la démocratie et la citoyenneté. Sur chacun de ces thèmes, des propositions, des questions sont d'ores et déjà exprimées. Je souhaite en formuler quelques-unes qui n'épuisent pas le débat mais me semblent au cœur de nos interrogations.

 

 

Le premier sujet porte sur nos impôts, nos dépenses et l'action publique. L'impôt est au cœur de notre solidarité nationale. C'est lui qui finance nos services publics. Il vient rémunérer les professeurs, pompiers, policiers, militaires, magistrats, infirmières et tous les fonctionnaires qui œuvrent à votre service. Il permet de verser aux plus fragiles des prestations sociales mais aussi de financer certains grands projets d'avenir, notre recherche, notre culture, ou d'entretenir nos infrastructures. C'est aussi l'impôt qui permet de régler les intérêts de la dette très importante que notre pays a contractée au fil du temps.

 

 

Mais l'impôt, lorsqu'il est trop élevé, prive notre économie des ressources qui pourraient utilement s'investir dans les entreprises, créant ainsi de l'emploi et de la croissance. Et il prive les travailleurs du fruit de leurs efforts. Nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises pour corriger cela afin d'encourager l'investissement et faire que le travail paie davantage. Elles viennent d'être votées et commencent à peine à livrer leurs effets. Le Parlement les évaluera de manière transparente et avec le recul indispensable. Nous devons en revanche nous interroger pour aller plus loin.

 

 

Comment pourrait-on rendre notre fiscalité plus juste et plus efficace ? Quels impôts faut-il à vos yeux baisser en priorité ?

 

 

Nous ne pouvons, quoi qu'il en soit, poursuivre les baisses d'impôt sans baisser le niveau global de notre dépense publique.

 

 

Quelles sont les économies qui vous semblent prioritaires à faire ? Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité ? A l'inverse, voyez-vous des besoins nouveaux de services publics et comment les financer ?

 

 

Notre modèle social est aussi mis en cause. Certains le jugent insuffisant, d'autres trop cher en raison des cotisations qu'ils paient. L'efficacité de la formation comme des services de l'emploi est souvent critiquée. Le gouvernement a commencé à y répondre, après de larges concertations, à travers une stratégie pour notre santé, pour lutter contre la pauvreté, et pour lutter contre le chômage.

 

 

Comment mieux organiser notre pacte social ? Quels objectifs définir en priorité ?

 

 

Le deuxième sujet sur lequel nous devons prendre des décisions, c'est l'organisation de l'Etat et des collectivités publiques. Les services publics ont un coût, mais ils sont vitaux : école, police, armée, hôpitaux, tribunaux sont indispensables à notre cohésion sociale.

 

 

Y a-t-il trop d'échelons administratifs ou de niveaux de collectivités locales ? Faut-il renforcer la décentralisation et donner plus de pouvoir de décision et d'action au plus près des citoyens ? A quels niveaux et pour quels services ?

 

 

Comment voudriez-vous que l'Etat soit organisé et comment peut-il améliorer son action ? Faut-il revoir le fonctionnement de l'administration et comment ?

 

 

Comment l'Etat et les collectivités locales peuvent-ils s'améliorer pour mieux répondre aux défis de nos territoires les plus en difficulté et que proposez-vous ?

 

 

La transition écologique est le troisième thème, essentiel à notre avenir. Je me suis engagé sur des objectifs de préservation de la biodiversité et de lutte contre le réchauffement climatique et la pollution de l'air. Aujourd'hui personne ne conteste l'impérieuse nécessité d'agir vite. Plus nous tardons à nous remettre en cause, plus ces transformations seront douloureuses.

 

 

Faire la transition écologique permet de réduire les dépenses contraintes des ménages en carburant, en chauffage, en gestion des déchets et en transports. Mais pour réussir cette transition, il faut investir massivement et accompagner nos concitoyens les plus modestes.

 

 

Une solidarité nationale est nécessaire pour que tous les Français puissent y parvenir.

 

 

Comment finance-t-on la transition écologique : par l'impôt, par les taxes et qui doit être concerné en priorité ?

 

 

Comment rend-on les solutions concrètes accessibles à tous, par exemple pour remplacer sa vieille chaudière ou sa vieille voiture ? Quelles sont les solutions les plus simples et les plus supportables sur un plan financier ?

 

 

Quelles sont les solutions pour se déplacer, se loger, se chauffer, se nourrir qui doivent être conçues plutôt au niveau local que national ? Quelles propositions concrètes feriez-vous pour accélérer notre transition environnementale ?

 

 

La question de la biodiversité se pose aussi à nous tous.

 

 

Comment devons-nous garantir scientifiquement les choix que nous devons faire à cet égard ? Comment faire partager ces choix à l'échelon européen et international pour que nos producteurs ne soient pas pénalisés par rapport à leurs concurrents étrangers ?

 

 

Enfin, il est évident que la période que notre pays traverse montre qu'il nous faut redonner plus de force à la démocratie et la citoyenneté. Être citoyen, c'est contribuer à décider de l'avenir du pays par l'élection de représentants à l'échelon local, national ou européen. Ce système de représentation est le socle de notre République, mais il doit être amélioré car beaucoup ne se sentent pas représentés à l'issue des élections.

 

 

Faut-il reconnaître le vote blanc ? Faut-il rendre le vote obligatoire ?

 

 

Quelle est la bonne dose de proportionnelle aux élections législatives pour une représentation plus juste de tous les projets politiques ?

 

 

Faut-il, et dans quelles proportions, limiter le nombre de parlementaires ou autres catégories d'élus ?

 

 

Quel rôle nos assemblées, dont le Sénat et le Conseil Economique, Social et Environnemental doivent-ils jouer pour représenter nos territoires et la société civile ? Faut-il les transformer et comment ?

 

 

En outre, une grande démocratie comme la France doit être en mesure d'écouter plus souvent la voix de ses citoyens.

 

 

Quelles évolutions souhaitez-vous pour rendre la participation citoyenne plus active, la démocratie plus participative ?

 

 

Faut-il associer davantage et directement des citoyens non élus, par exemple tirés au sort, à la décision publique ?

 

 

Faut-il accroître le recours aux référendums et qui doit en avoir l'initiative ?

 

 

La citoyenneté, c'est aussi le fait de vivre ensemble.

 

 

Notre pays a toujours su accueillir ceux qui ont fui les guerres, les persécutions et ont cherché refuge sur notre sol : c'est le devoir de l'asile, qui ne saurait être remis en cause. Notre communauté nationale s'est aussi toujours ouverte à ceux qui, nés ailleurs, ont fait le choix de la France, à la recherche d'un avenir meilleur : c'est comme cela qu'elle s'est aussi construite. Or, cette tradition est aujourd'hui bousculée par des tensions et des doutes liés à l'immigration et aux défaillances de notre système d'intégration.

 

 

Que proposez-vous pour améliorer l'intégration dans notre Nation ? En matière d'immigration, une fois nos obligations d'asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ? Que proposez-vous afin de répondre à ce défi qui va durer ?

 

 

La question de la laïcité est toujours en France sujet d'importants débats. La laïcité est la valeur primordiale pour que puissent vivre ensemble, en bonne intelligence et harmonie, des convictions différentes, religieuses ou philosophiques. Elle est synonyme de liberté parce qu'elle permet à chacun de vivre selon ses choix.

 

 

Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l'Etat et les religions de notre pays ? Comment garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République ?

 

 

Dans les semaines qui viennent, je vous invite à débattre pour répondre à ces questions déterminantes pour l'avenir de notre nation. Je souhaite aussi que vous puissiez, au-delà de ces sujets que je vous propose, évoquer n'importe quel sujet concret dont vous auriez l'impression qu'il pourrait améliorer votre existence au quotidien.

 

 

Ce débat est une initiative inédite dont j'ai la ferme volonté de tirer toutes les conclusions. Ce n'est ni une élection, ni un référendum. C'est votre expression personnelle, correspondant à votre histoire, à vos opinions, à vos priorités, qui est ici requise, sans distinction d'âge ni de condition sociale. C'est, je crois, un grand pas en avant pour notre République que de consulter ainsi ses citoyens. Pour garantir votre liberté de parole, je veux que cette consultation soit organisée en toute indépendance, et soit encadrée par toutes les garanties de loyauté et de transparence.

 

 

C'est ainsi que j'entends transformer avec vous les colères en solutions.

 

 

Vos propositions permettront donc de bâtir un nouveau contrat pour la Nation, de structurer l'action du Gouvernement et du Parlement, mais aussi les positions de la France au niveau européen et international. Je vous en rendrai compte directement dans le mois qui suivra la fin du débat.

 

 

Françaises, Français, je souhaite que le plus grand nombre d'entre vous puisse participer à ce grand débat afin de faire œuvre utile pour l'avenir de notre pays.

 

 

En confiance,

 

 

Emmanuel Macron

 


14/01/2019
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Franceinfo - le samedi 12 janvier 2019

 

 

ENQUETE FRANCEINFO. Cadeaux, courses, remboursement d'emprunts... Quand certains parlementaires abusent de leurs frais de mandat

 

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Cellule Investigation de Radio FranceSylvain TronchetRadio France

 

 

 

La justice vient d’ouvrir 15 enquêtes visant des parlementaires soupçonnés d’avoir abusé de leurs frais de mandat. L’impunité dont ont bénéficié députés et sénateurs pendant des années semble révolue. Mais les règles récemment adoptées par les assemblées paraissent encore insuffisantes

 

 

 

 

Quinze parlementaires ou ex-parlementaires sont actuellement visés par des enquêtes préliminaires pour de possibles usages illicites de leur enveloppe de frais de mandat entre 2012 et 2017, a révélé L'Express le 11 décembre dernier. D’après nos informations, parmi les quinze parlementaires visés, cinq sénateurs et deux députés siègent toujours dans les assemblées. Leurs noms sont pour l’instant inconnus. Ces sept députés et huit sénateurs ont fait l’objet d’un signalement de la HATVP (Haute autorité pour la transparence de la vie publique) auprès du parquet national financier (PNF), qui soupçonne des détournements, à leur profit personnel de leur indemnité représentative de frais de mandat (IRFM). Cette somme forfaitaire d’environ 6 000 euros au Sénat et 5 500 euros à l’Assemblée leur était versée chaque mois afin de payer leurs dépenses non prises en charge directement par les assemblées : frais de permanence électorale, déplacements, communication, réceptions… Les détournements porteraient sur des sommes allant de 20 000 à 80 000 euros.

 

 

 

De possibles abus de prêts accordés par l’Assemblée nationale

Les soupçons de la HATVP sont nés lors de l’examen de la déclaration de patrimoine qu’ils ont dû remplir en fin de mandat en 2017. Des variations suspectes par rapport à la déclaration déposée en début de mandat en 2012 ont conduit la Haute autorité à regarder de près leurs relevés de compte bancaire dédié à l’IRFM. Certains parlementaires auraient utilisé ce compte pour payer des dépenses personnelles.  

 

 

Des députés auraient également utilisé le système du "prêt d’honneur" pour s’enrichir. Cette facilité de caisse, toujours en vigueur, permet aux élus d’emprunter à l’Assemblée jusqu’à 18 294 euros, sur 20 mois maximum à 3 % d’intérêts. Comme un crédit revolving, ce prêt est "rechargeable". La seule condition imposée est qu’il soit remboursé avant la fin du mandat. Cette somme peut être utilisée pour payer des dépenses professionnelles ou pour un usage personnel. Dans ce deuxième cas, le prêt doit alors être remboursé par le député via son compte personnel. Mais il semble que certains députés utilisaient en réalité leur IRFM pour rembourser des prêts qui leur étaient accordés à titre privé, ce qui était en contradiction avec le règlement adopté par l’Assemblée en 2015.

 

 

 

Rembourser l’achat de son logement grâce aux frais de mandat

Par le passé, d’autres prêts accordés par les assemblées, aujourd’hui supprimés, ont pu donner lieu à des dérives : les prêts immobiliers. D’après des documents que nous avons pu consulter, ils permettaient aux députés et sénateurs d’emprunter jusqu’à environ 300 000 euros à des taux très avantageux au début des années 2000 (2 % à l’Assemblée, 2,5 % au Sénat). Ces prêts ont notamment permis à certains parlementaires de s’enrichir via l’acquisition de leurs permanences. Mais certains élus empruntaient également pour acheter leur domicile personnel. Un ancien sénateur socialiste, qui tient à garder l’anonymat raconte : "J’ai emprunté 300 000 euros pour acheter mon appartement. J’ai donc rempli le document que m’ont présenté les services du Sénat. Ce n’est que bien plus tard que je me suis rendu compte qu’il prévoyait que les échéances seraient prélevées sur mes frais de mandat. Quand Jean-Pierre Bel est arrivé à la présidence du Sénat, on a mis bon ordre dans tout ça." Effectivement, les prêts immobiliers du Sénat ont été supprimés en 2013. Ceux de l’Assemblée ont pris fin en 2009, mais en 2017, il y en avait encore 80 en cours de remboursement.

 

 

En 2015, un règlement… qui ne règle rien

Ces abus ont été rendus possibles par l’absence totale de contrôle exercé sur ces sommes depuis la création des premières enveloppes pour frais de mandat en 1953. Jusqu’en 2015, aucun texte ne fixait précisément les conditions de leur usage. En 2012, Mediapart révèle que certains députés paient des dépenses personnelles avec leur IRFM. Sous la pression, le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone annonce une première réforme du système : les députés devront signer une déclaration sur l’honneur attestant qu’ils ont fait bon usage de leur indemnité de frais de mandat. Mais il refuse totalement le principe du contrôle des factures des députés.

 

 

 

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Extrait d'un relevé de compte bancaire dédié à l'IRFM de la députée Anne-Christine Lang.  (DR)

 

 

Une députée LREM payait ses dépenses personnelles sur ses frais de mandat

Il faudra en fait attendre 2015 pour que cette déclaration sur l’honneur existe, ainsi qu’une première liste d’usages autorisés de l’IRFM. Pour autant, les dérives ont perduré. Nous nous sommes procuré les relevés de compte d’IRFM d’Anne-Christine Lang sur l’année 2016. Elle était à l’époque membre du groupe socialiste. Cette députée de Paris siège toujours à l’Assemblée, mais sous l’étiquette LREM. 

 

 

Les relevés que nous avons pu examiner couvrent une période qui va de février à septembre 2016. On y trouve notamment des frais médicaux : cinq paiements à des médecins (dont 1 000 euros payés en carte bleue à un stomatologue et 680 euros payés à un autre spécialiste) et 11 règlements dans des pharmacies pour 360 euros au total. Des paiements d’autant plus problématiques qu’ils étaient par ailleurs remboursés – au moins partiellement – à la députée sur son compte personnel. "Je pensais de bonne foi que l’assemblée nationale remboursait ces frais sur mon compte IRFM, nous a expliqué Anne-Christine Lang au téléphone, puis dans un mail. Il s’agit d’une négligence de ma part" ajoute-t-elle.

 

 

 

En six mois, elle a également utilisé 22 fois sa carte bleue de députée dans des supermarchés, dont 15 dans celui qui se trouve juste à côté de son domicile, pour un total de 1 539 euros. Il s’agissait, selon elle, d’achats de vêtements (qui sont autorisés) ou "de petits achats pour des réunions ou plus rarement de grosses courses pour l'organisation d'une soirée militante", explique-t-elle. Mais lorsqu’on lui fait remarquer un paiement de 111 euros chez Leclerc, dans une station balnéaire où elle partait en vacances, Anne-Christine Lang évoque à nouveau "une négligence".

 

 

Les relevés font également apparaître sept paiements dans des magasins de jouets ou de puériculture, pour un total de près de 600 euros. "Ce sont probablement des cadeaux pour des naissances ou mariage" nous a expliqué la députée sans pouvoir nous dire précisément lesquels, et sans exclure encore de possibles "négligences". Elle explique de la même façon le fait qu’elle ait pu payer, à quelques reprises, des péages d’autoroute sur la route des vacances depuis son compte dédié à l’IRFM.

 

 

 

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Extrait d'un relevé de gestion de l'IRFM de la députée Anne-Christine Lang.  (DR)

 

 

Jusqu’à 2 000 euros de retraits en liquide par mois

Autre constat : la députée retirait tous les mois en moyenne 1 500 euros d’argent liquide et jusqu’à 2 070 euros pour la période du 11 juin au 13 juillet 2016. Au téléphone, Anne-Christine Lang nous a expliqué qu’elle préférait "régler en liquide pour des raisons de confidentialité. Je n’avais pas envie qu’on sache où je mangeais, avec qui, etc." Selon elle, ces sommes servaient bien à payer des dépenses professionnelles. Néanmoins, ses relevés font apparaître un retrait de 250 livres sterling, en août 2016, en Angleterre, alors qu’elle y passait des vacances, selon nos informations, ce qu’elle nous a confirmé. "J’ai organisé deux dîners" nous a-t-elle affirmé dans un premier temps au téléphone, sans vouloir nous dire avec qui, avant de nous donner une autre explication par mail : "J'ai réglé un 'pot' avec des élues féministes anglaises et une veste à Canterbury" écrit-elle, sans nous préciser l'identité des élues.

 

 

 

Enfin, un dernier point a attiré notre attention, cette fois-ci sur les relevés de gestion de son IRFM que lui envoyait tous les mois l’Assemblée nationale et que nous avons également obtenus. Sur six mois, tous portent la mention "Remboursement prêt d’honneur" pour 978 euros. Anne-Christine Lang nous a effectivement confirmé qu’elle a bénéficié d’un prêt à usage personnel (voir plus haut) de l’Assemblée pour un montant de 18 000 euros fin 2014. Ce prêt était donc remboursé par prélèvement sur son indemnité de frais de mandat, comme en attestent les relevés de gestion. Cette situation semble problématique, Anne-Christine Lang ayant signé en 2016 une déclaration sur l’honneur attestant qu’elle avait bien utilisé l’IRFM aux fins définies dans le règlement de l’Assemblée. Or ce type de prêt à usage personnel n’en faisait pas partie. La députée, elle, affirme qu’elle s’est conformée aux règles fixées par l’Assemblée. D'après nos informations, Anne-Christine Lang ne fait pas partie des 15 parlementaires actuellement visés par des enquêtes préliminaires.

 

 

 

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Anne-Christine Lang à l'Assemblée nationale le 26 juin 2017 (JACQUES DEMARTHON / AFP)

 

 

La réforme de 2017, une occasion ratée

Depuis la fin 2017, un nouveau règlement est en vigueur à l'Assemblée nationale. L’IRFM est désormais remplacée par l’AFM (avance de frais de mandat) : les députés et sénateurs continuent de toucher respectivement 5 500 et 6 000 euros tous les mois. La nouveauté est qu’ils devront être capables de justifier leurs dépenses en cas de contrôle. Néanmoins, pour Paul Cassia, professeur de Droit à l'université Paris 1, "il n’y a pas de contrôle des frais de mandat. C’est de l’enfumage ! Les sénateurs seront contrôlés par leur comité de déontologie, qui est composé de sénateurs, poursuit-il. L’autocontrôle n’est pas un contrôle. Imaginons que le président du Sénat, Gérard Larcher, utilise mal ses frais de mandat. Qui va aller lui dire ?" François Pillet, le président du comité de déontologie au Palais du Luxembourg précise : "Nous serons assistés d’experts comptables qui effectueront les contrôles". Oui, mais les rapports des expert comptables seront-ils publics afin de s’assurer qu’il n’y aura pas d’arrangements entre sénateurs ? Réponse : "Non… Ils resteront secrets". En dernier ressort, c’est le bureau du Sénat qui décidera d’éventuelles sanctions en cas d’abus, là encore, dans le secret de son huis clos.

 

 

À l’Assemblée nationale, c’est également le bureau qui prendra, le cas échéant, des sanctions. Une "mauvaise idée" pour l’ancienne députée PS Barbara Romagnan : "Que le bureau fasse correctement son travail ou pas, de toute façon les citoyens seront fondés à penser qu’il peut y avoir des arrangements entre groupes politiques pour qu’on n’en parle pas". Le bureau de l’Assemblée devra en tout cas faire la preuve de sa transparence sur ces sujets. D’après nos informations, au cours de la législature 2012-2017, il a été saisi au moins une dizaine de fois pour des cas d’abus d’usage d’IRFM. Aucun compte rendu de ses réunions sur cette période n’en fait état

 

 

 

"L’argent de poche" des députés et sénateurs

Les parlementaires se sont accordés une enveloppe mensuelle pour laquelle ils n’auront pas besoin de justificatifs. D’un montant de 600 euros pour les députés, elle s’élève à 885 euros chez les sénateurs. Une décision étonnante, qui serait de surcroît contraire à la loi du 15 septembre 2017 selon le juriste Paul Cassia : "La loi ne permet que deux régimes de paiement des frais des parlementaires : ou la prise en charge directe par les assemblées, ou le remboursement sur facture. Les députés et les sénateurs ont contourné la loi. Ces sommes, c’est de l’argent de poche !"  

 

 

Questeur de l’Assemblée nationale, le député LREM d’Ille-et-Vilaine Florian Bachelier masque à peine sa gêne quand on lui demande ce qui a conduit à cette disposition : "Personnellement j’étais pour la justification au premier euro, explique-t-il, mais c’est un équilibre qui a été trouvé avec les députés des circonscriptions rurales qui se demandaient notamment comment ils allaient pouvoir justifier leurs dépense quand ils paient un pot à un tournoi de foot par exemple." Tous ne sont néanmoins pas sur cette ligne. Le député LREM du Maine-et-Loire Matthieu Orphelin a décidé qu’il ne profiterait pas de cette facilité. Il justifiera toutes ses dépenses : "Six cents euros c’est énorme ! estime-t-il. Dans toutes les entreprises ou les associations où j’ai travaillé, quand j’achetais un ticket de métro, il me fallait un justificatif pour être remboursé. Pour moi, ces 600 euros n’ont pas de sens, et ça jette un petit voile de doute là où il n’y en pas besoin."

 

 

 

Quand la déontologue de l’Assemblée critique la réforme du système

Les députés, comme les sénateurs, ne seront pas contrôlés tous les ans. Les règlements des deux assemblées expliquent seulement qu’ils devront l’être "au moins une fois par mandat".

 

 

À l’Assemblée, c’est la déontologue qui sera chargée de ces contrôles. Salariée à mi-temps par le Palais Bourbon, Agnès Roblot-Troizier ne dispose pas des moyens lui permettant de contrôler toutes les factures des 577 députés. Cette professeure de Droit a surtout jeté un froid, en novembre 2017, quand elle a été amenée à rendre son avis sur la réforme du contrôle des frais de mandat. Dans un document de 11 pages, qui n’a pas été rendu public par l’Assemblée (voir ci-dessous), elle dénonce la façon dont les députés ont interprété la loi pour la confiance dans la vie politique. Elle pointe notamment les 600 euros mensuels non justifiables et le fait qu’ils puissent lui opposer le secret sur certaines informations telles que le nom des personnes qu’ils ont invité au restaurant. Sa conclusion est cinglante : "Il m'apparaît que le projet soumis au Bureau est […] très en-deçà de l'objectif législatif tendant à contribuer au rétablissement de la confiance entre les citoyens et les parlementaires grâce au contrôle de leurs dépenses. […] Le contrôle de qualification juridique des frais de mandat prévu par la loi laisse place à une vérification comptable partielle et imparfaite."

 


12/01/2019
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Franceinfo - le samedi 12 janvier 2019

 

 

Paris, Bourges... Les "gilets jaunes" commencent à défiler dans le calme pour leur neuvième samedi de mobilisation

 

 

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Margaux DuguetPierre GodonFrance Télévisions
 

 

 

Les "gilets jaunes" sont appelés à se retrouver à Paris, à Bourges et dans plusieurs autres villes de France, samedi, pour une nouvelle journée d'action nationale

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Les semaines passent, mais les "gilets jaunes" maintiennent la pression. Alors qu'Emmanuel Macron s'apprête à ouvrir le grand débat national, mardi 15 janvier, les leaders du mouvement ont appelé à une neuvième journée d'action, samedi 12, à Paris et Bourges notamment. Une journée à suivre en direct sur franceinfo.

 

 

Deux cortèges prévus à Paris. Peu avant 11 heures, le cortège des "gilets jaunes" s'est élancé de Bercy dans le calme, a constaté une journaliste de franceinfo, en direction de Bastille. L'une des figures du mouvement, Eric Drouet, avait lancé un appel sur Facebook pour un défilé à Paris entre Bercy et l'Arc de triomphe. Déclarée auprès de la préfecture, la manifestation devrait arriver vers 17 heures à la place de l'Etoile. Un autre appel, lancé aussi sur Facebook, prévoit un rassemblement à la Défense, le quartier d'affaires situé aux portes de Paris. 

 

 

Un défilé sous haute surveillance à Paris. Peu avant que le défilé ne parte de Bercy, la préfecture de police de Paris a annoncé que 24 personnes avaient été interpellées dans la matinée, notamment pour "port d'arme prohibée" et "participation à un groupement en vue de commettre des violences". Près de 5 000 policiers et gendarmes seront mobilisés dans la capitale. 

 

 

Une autre mobilisation à Bourges. Autres figures du mouvement, Priscillia Ludosky et Maxime Nicolle ont de leur côté organisé un évènement à Bourges (Cher), ville considérée comme le "centre de la France". Dans la matinée, plusieurs centaines de manifestants étaient réunis dans le calme. Face à la crainte de violences, la préfète, Catherine Ferrier, a interdit la manifestation "à l'intérieur du périmètre du centre-ville de Bourges". Les manifestants sont cependant autorisés à se rassembler place de Séraucourt, à l'écart du centre historique.

 

 

Les gitans appelés à se joindre au mouvement. Dans une vidéo devenue virale, un membre de la communauté gitane met en garde le gouvernement en cas d'incarcération de Christophe Dettinger, le boxeur surnommé "le gitan de Massy" qui a frappé des gendarmes. "Si tu veux tous qu’on vienne samedi prochain ? Prends le garçon, ramasse le garçon !" lance-t-il. Un autre homme, dans une seconde vidéo, en appelle "au peuple gitan, manouche, yéniche pour qu’on se mobilise et qu’on monopolise Paris pour plusieurs jours". Christophe Dettinger a depuis été placé en détention provisoire.

 

 

80 000 policiers et gendarmes mobilisés. Craignant un samedi plus violent que les précédents, le gouvernement a prévu un très important dispositif de sécurité. Au total, "il y aura près de 80 000 agents des forces de l'ordre, dont près de 5 000 policiers et gendarmes à Paris, pour veiller à ce qu'il n'y ait pas de débordement", a annoncé dès le début de semaine le Premier ministre, Edouard Philippe.

 


12/01/2019
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Franceinfo - le vendredi 11 janvier 2019

 

 

"La haine se focalise sur nous" : entre insultes, menaces et grand débat, les députés LREM sous pression face à la crise des "gilets jaunes"

 

 

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Margaux DuguetFrance Télévisions

 

 

 

Victime de menaces et d'insultes de la part de certains "gilets jaunes", les députés de la majorité sont en plein doute mais ils espèrent trouver une porte de sortie grâce au Grand débat

 

 

 

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La sénatrice Patricia Schillinger et le député Bruno Fuchs rencontrent une quarantaine de "gilets jaunes" à Colmar (Haut-Rhin), le 8 décembre 2018. (MAXPPP)

 

 

 

"On veut notre peau." La phrase, signée d'un député LREM, reste en suspens quelques secondes au téléphone. Depuis la crise des "gilets jaunes", les élus de la majorité font partie "des cibles favorites", selon ce même parlementaire. Selon nos informations, au moins une cinquantaine de députés de La République en marche ! ont subi des menaces ces dernières semaines par courrier ou sur les réseaux sociaux, des dégradations dans leur permanence voire des intrusions à leur domicile.

 

 

"Il y a une inquiétude quant à la multiplication de ces agressions, leur banalisation, et l'absence de condamnation républicaine de ces agissements", indique à franceinfo le groupe majoritaire à l'Assemblée nationale. "Au point qu'une poignée de députés LREM, au bout du rouleau, ont fait savoir à la direction du groupe qu'ils réfléchissaient à démissionner", révèle Le Monde. Une situation qualifiée d'"inédite" par le député du Maine-et-Loire, Mathieu Orphelin. 

 

 

 

"Tous les week-ends, ma maison est surveillée"

Ceux visés sont évidemment les plus touchés. Il y a, par exemple, ce député, pris violemment pour cible par des "gilets jaunes", qui refuse désormais de s'exprimer sur le sujet et évoque la nécessaire protection de ses proches. "Ma fille se réveille  la nuit et me demande : 'Papa, est-ce qu'on va déménager ?'", glisse-t-il, fatigué. Cet autre parlementaire confie lui recevoir "un ou deux courriers de menaces par semaine". Il a aussi porté plainte après des tags sur sa permanence recouverte "d'insultes" qui lui étaient personnellement destinées. Il n'est pas le seul. Le week-end des 5 et 6 janvier, sa collègue de l'Oise, Agnès Thill, a vu la devanture de sa permanence brisée tandis que la députée du MoDem, Patricia Gallerneau, a découvert la construction d'un mur de parpaings devant son domicile. Quelques exemples parmi de nombreux autres.

 

 

 

Les députés jusqu'à présent épargnés consultent avec inquiétude les boucles Telegram, sur une messagerie chiffrée, où les photos de permanences dégradées, de courriers de menaces ou de domiciles visités se succèdent à une vitesse effrayante. "Je marche sur des œufs, je n'ai pas envie de vous dire des choses qui pourraient donner des idées", chuchote un parlementaire de la majorité. Ce dernier "bénit" le jour où il a écouté "de vieux députés aguerris" qui lui ont conseillé de ne pas prendre une permanence "avec de grandes baies vitrées"

 

 

Certains députés font désormais l'objet d'une protection policière. "C'est simple, le commandant de la gendarmerie m'appelle quand je suis en circonscription et je lui donne mon agenda, y compris personnel", rapporte un député. 

 

 

Les forces de l'ordre font des passages devant ma maison trois ou quatre fois par jour et la même chose la nuit.Un député LREM à franceinfo

 

 

"Tous les week-ends, ma maison est surveillée", déplore un autre qui craint désormais des attaques physiques contre ses collègues. "La haine prévaut chez les 'gilets jaunes' et ce phénomène de haine se focalise sur nous", constate-t-il. Ces violences sont dans tous les esprits. "On est collectivement affligés et aussi attristés de constater qu'on est assez seuls pour dénoncer ces actes", explique le député de l'Eure, Fabien Gouttefarde. Une multiplication des violences contre les députés "qui n'a pas d'équivalent sous la Ve République", rappelle au Monde l'historien Christophe Bellon, spécialiste de la violence en politique. 

 

 

 

"Notre parole n'a le poids que d'une autre opinion"

Comment en est-on arrivé là ? Que s'est-il passé pour que la machine s'enraille à ce point ? En regardant dans le rétroviseur, certains députés interrogés par franceinfo regrettent de ne pas avoir été pris au sérieux sur la colère qui montait. "On n'a pas été entendus du tout. Je me souviens d'une collègue qui parlait à chaque fois des 80km/h et vous aviez les responsables du groupe qui lui disaient : 'Bon ça va, tu nous gonfles !'", affirme la députée de l'Eure Claire O'Petit qui dénonce "ce sentiment de mépris" de certains collègues.

 

 

"Le gouvernement devrait peut-être, en règle générale, écouter plus les remontées des parlementaires, quand on alerte sur des points sensibles comme les 80km/h ou la fiscalité des territoires ruraux", abonde Grégory Besson-Moreau, député de l'Aube, avant de préciser un point important : "Quand je parle du gouvernement, je parle de la haute administration. Ils nous mettent des bâtons dans les roues, ont une réflexion technocratique sur la chose alors qu'ils ne se déplacent pas sur le territoire." 

 

 

D'autres regrettent aussi le temps perdu dans la prise des décisions et le manque d'explications de la majorité. "Nous avons pensé qu'en faisant élire des citoyens, l'image des députés changerait, mais on est passés de l'autre côté et on n'a pas su suffisamment imprimer le message qu'on est vraiment différents", analyse Damien Adam, député de Seine-Maritime et ancien chef de produit au Crédit agricole.

 

 

On n'est pas allés au combat pendant toute cette phase préliminaire des 'gilets jaunes' pour leur expliquer nos choix. On a pris du retard et il est difficile de le combler maintenant.Damien Adam, député de Seine-Maritime à franceinfo

 

 

"On aurait pu, en effet, gérer plus vite, mais il ne faut pas oublier qu'on n'aurait jamais pu imaginer que cette crise-là se passe comme ça. Avec des syndicats, vous auriez eu des négociations", fait remarquer Christophe Jerretie, député de Corrèze. Ce qui fait dire à son collègue de l'Eure, Fabien Gouttefarde, qu'il aurait fallu "jouer davantage la carte des corps intermédiaires et des élus"

 

 

Si ce dernier appelle à "un rééquilibrage sur la consultation des corps intermédiaires", il sait aussi que le combat est ailleurs. "Ce que l'on ressent très fortement au contact des 'gilets jaunes', et c'est décourageant, c'est l'incroyable démonétisation de la parole des élus, mais aussi des élites. On a l'impression que la réalité est devenue une opinion et que les opinions sont devenues des réalités."

 

 

Fabien Gouttefarde se souvient d'une réunion publique organisée avant Noël à Broglie avec les "gilets jaunes" et dont Paris-Normandie s'était fait l'écho. "Le dialogue n'était pas vraiment possible, soupire-t-il. A un moment, une dame nous a jeté 5 centimes en nous disant : 'Vous nous jetez des miettes, alors voilà 5 centimes pour acheter des bonbons à vos enfants !' Elle a poursuivi en expliquant que la France avait donné 1,4 milliard d'euros à Abidjan pour la construction du métro et qu'il aurait mieux fallu donner cet argent à sa ville." Or, poursuit le député, "cette dame confond don et prêt" et oublie, dit-il, les retombées économiques que génèrent pour la France ce genre de projet. "Notre parole n'a le poids que d'une autre opinion, c'est inquiétant", s'alarme-t-il. 

 

 

 

Le Grand Débat national comme bouée de sauvetage ?

Aussi "inquiétante" que soit la situation, les députés n'ont d'autre choix que d'aller de l'avant. "On a fait des erreurs sur le calendrier, on aurait dû faire le social et l'économique en même temps mais on ne va pas se flageller", prône Claire O'Petit qui comme tous ses collègues interrogés, salue et encourage l'extrême fermeté du gouvernement à l'égard des violences. "On ne réécrit pas l'Histoire, mais on doit écrire la suite, en tenant compte de ce qui s'est passé", estime Christophe Jerretie. Et la suite, précisément, est toute trouvée : le Grand Débat national. Ce rendez-vous inédit doit débuter le 15 janvier dans toute la France, après son lancement par Emmanuel Macron. Le président de la République adressera une "lettre aux Français" avant d'effectuer un premier déplacement mardi dans l'Eure. 

 

 

"Je suis sur la ligne de départ, j'ai envie d'y aller", s'enthousiasme Sarah El Hairy, députée MoDem de la Loire-Atlantique, qui y voit "l'opportunité d'écrire ce nouveau contrat civique et social" avec les Français. "Je suis plein d'espoir, j'étais en 4e vitesse et là, je passe la 5e", abonde Grégory Besson-Moreau. "Au début, ça va être un véritable défouloir pour l'opposition. Ça va durer 24 heures, mais je suis persuadé qu'on va pouvoir réellement travailler", pronostique-t-il. 

 

 

D'autres se posent quand même plusieurs questions sur les modalités et la finalité de ce débat. 

 

 

Il y a vraiment une attente très forte sur les conditions d'organisation de ce débat et à ce stade, c'est flou.Un député MoDem à franceinfo

 

 

Les derniers rebondissements ne plaident pas pour une clarification sur ce dernier point. La présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP), Chantal Jouanno, a jeté l'éponge, le 8 janvier, après une polémique sur son salaire. Prenant acte de sa décision (elle ne pilote plus le débat, mais reste présidente de la CNDP), le Premier ministre a demandé le 9 janvier "un petit peu de temps" pour lui trouver un remplaçant. On ignore également si la CNDP continuera à jouer un rôle. Le Premier ministre a promis une réponse lundi et a assuré que les "choses allaient commencer très vite".

 

 

Outre les conditions d'organisation, les députés s'interrogent aussi sur le résultat de ce débat. Christophe Jerretie craint que l'on soit "dans la dispersion des éléments" et qu'il soit "compliqué de mesurer ce qui est important ou pas". Le député espère que deux éléments en ressortiront : "la place des élus" et "à quoi servent nos impôts". Des élus de la majorité ont aussi évoqué la tenue d'un référendum à questions multiples sur le vote blanc, la proportionnelle, la réduction du nombre de parlementaires et le cumul des mandats. Bref, il faudra attendre la lettre de cadrage du chef de l'Etat pour, peut-être, y voir plus clair sur le sujet. En attendant, les députés de la majorité "vivent les choses pleinement au jour le jour", selon les mots de Gregory Besson-Moreau qui en est persuadé : "On vit un moment d'Histoire".

 


11/01/2019
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Franceinfo - le jeudi 10 janvier 2019

 

 

"Je ne suis pas fier" : malgré ses regrets, l'ancien boxeur Christophe Dettinger envoyé en prison jusqu'à son procès

 

 

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Catherine FournierFrance Télévisions
 

 

 

Jugé en comparution immédiate mercredi, cet homme de 37 ans a été placé en détention provisoire dans l'attente de son procès, le 13 février, pour avoir agressé deux gendarmes lors d'une manifestation des "gilets jaunes" à Paris

 

 

 

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Face-à-face entre des gendarmes et des manifestants lors d'un rassemblement de "gilets jaunes" à Paris, le 5 janvier 2019. (MARION VACCA / HANS LUCAS / AFP)

 

 

 

Crâne rasé et pull noir, il a fait son entrée dans le box devant une salle d'audience bondée. Christophe Dettinger, poursuivi pour avoir frappé deux gendarmes lors de l'"acte 8" des "gilets jaunes" à Paris, samedi 5 janvier, est apparu les traits tirés devant la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Jugé en comparution immédiate, mercredi 11 janvier, au terme de deux jours de garde à vue, le prévenu, un ancien boxeur professionnel, a vu son dossier examiné en dernier, au terme d'une longue journée entamée dix heures plus tôt. Après plus d'une dizaine d'affaires de vol, de trafic de cocaïne ou encore de violences conjugales, la justice s'est penchée brièvement sur son cas, la défense sollicitant le renvoi du procès pour la "sérénité" des débats.

 

 

 

"Les faits ne font pas l'homme"

L'essentiel de l'audience a été consacré à ce que le tribunal comptait "faire de lui" en attendant : placement en détention provisoire ou maintien en liberté sous contrôle judiciaire. Après avoir rapidement délibéré, le tribunal a tranché en faveur de la première option, peu avant minuit. "Ils le laissent en prison ! Dictature ! Vous allez voir samedi !" ont hurlé des membres du public en sortant de la salle, dans une ambiance tendue. Les avocats de Christophe Dettinger ont également vu leur demande de supplément d'information ou d'ouverture d'instruction judiciaire rejetée.

 

 

Selon eux, les investigations étaient en l'état insuffisantes pour comprendre "le contexte" dans lequel cet homme de 37 ans, sans aucun antécédent judiciaire, en est venu à porter "des coups d'une extrême violence" à ces gendarmes. "Les faits – qu'il ne conteste pas  ne font pas l'homme. L'homme est ailleurs", a lancé Hugues Vigier. Sa consœur, Laurence Léger, a pris le relais.

 

 

Christophe Dettinger n'a pas demandé à être le symbole des 'gilets jaunes', il n'a pas souhaité de notoriété.Laurence Léger devant le tribunal correctionnel de Paris

 

 

Un symbole, Christophe Dettinger l'est pourtant devenu après avoir été filmé en train de boxer un gendarme mobile et d'asséner des coups de pieds à un autre fonctionnaire à terre sur la passerelle Leopold-Sédar-Senghor, où des "gilets jaunes" s'étaient engouffrés pour rallier l'Assemblée nationale. La France a découvert son faciès de boxeur sur deux vidéos postées par un média indépendant sur Twitter. Une cagnotte mise en ligne par sa famille a récolté en 48 heures plus de 100 000 euros. Dans les commentaires, les plus de 7 000 donateurs ont loué le "courage" d'un "champion", "notre boxeur national" qui a "pris un risque pour défendre les manifestants". L'initiative s'est retournée contre l'intéressé, jusqu'à ce que Leetchi ferme la cagnotte controversée. "Il n'a pas demandé de cagnotte, il n'a pas demandé de traitement de faveur", a martelé son avocate. 

 

 

 

"Il ne voulait pas être arrêté devant ses enfants"

Laurence Léger a insisté sur "la vie on ne peut plus normale" de son client jusqu'à ce 5 janvier. Des éléments de personnalité ont été exposés à l'audience. Christophe Dettinger, père de trois enfants, un garçon et deux jumelles âgés de 10 et 13 ans, travaille à la mairie d'Arpajon (Essonne) comme fonctionnaire territorial, après avoir pris sa retraite de boxeur professionnel en 2013. Il "encadre une équipe de 12 à 15 personnes" et "ses supérieurs le décrivent comme quelqu'un de ferme, mais pas violent ni obtus, a expliqué son conseil. Propriétaire de son logement, il paie ses impôts. Il coche toutes les cases." Christophe Dettinger a participé "pacifiquement" à toutes les manifestations des "gilets jaunes", a encore assuré Laurence Léger.

 

 

Pour l'"acte 8", l'ancien champion de France des lourds-légers s'est rendu à Paris "en famille", a poursuivi Hugues Vigier. "Il a un bonnet sur la tête, pas de casque ou de masque de protection", ce qui atteste, selon son avocat, qu'il n'était "pas venu pour en découdre". L'élement déclencheur, d'après la défense, est la vue d'une femme frappée par les gendarmes mobiles sur la passerelle. Celle-ci, présente dans la salle, a témoigné sur RTL pour dire que Christophe Dettinger lui avait "sauvé la vie".

 

 

Une version jugée peu crédible par l'accusation. Dans la vidéo qu'il a postée sur Facebook avant de se constituer prisonnier, celui que l'on surnomme "le gitan de Massy" "ne fait pas état d'une personne frappée qu'il souhaitait défendre", il dit que "la colère est montée en lui car il s'est fait gazer", souligne la procureure. La représentante du parquet estime qu'il "n'a pas exprimé de réels regrets" et qu'il "y a un risque de réitération des faits car il adhère au mouvement des 'gilets jaunes' depuis le début" et a "organisé de sang-froid sa disparition pendant deux jours" après les faits. "Il ne voulait pas être arrêté devant ses enfants", a justifié Laurence Léger, priant la présidente de ne "pas céder à la pression" et de ne pas réserver un traitement "exemplaire" à son client en privilégiant la détention provisoire.

 

 

 

"Je n'aurais pas dû le taper"

Invité à s'exprimer, Christophe Dettinger a déployé sa grande silhouette dans le box. Tête baissée devant le micro, il a donné sa version d'une voix contenue. "Je me suis fait gazer, je ne retrouvais plus ma femme, je voyais des gendarmes en train de matraquer des gens, une dame qui était au sol, je n'ai pas eu le contrôle..." avance-t-il. Les larmes montent, la gorge se noue. "J'aurais dû pousser le gendarme, je n'aurais pas dû le taper. Fallait juste que je sorte de cette passerelle."

 

 

Je regrette mes actes, je vous jure que je regrette. Quand je vois ces images, je ne suis pas fier de moi.Christophe Dettinger, prévenu devant le tribunal correctionnel de Paris

 

 

"J'ai trois enfants à élever correctement", poursuit Christophe Dettinger avant de se rasseoir. L'acte de contrition n'a pas convaincu le tribunal, qui a préféré l'envoyer derrière les barreaux jusqu'à son procès le 13 février prochain. Une décision qui va dans le sens des avocats des deux gendarmes, qui avaient dénoncé des "violences graves, méthodiques, froides, réitérées".

 


10/01/2019
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Franceinfo - le mardi 8 janvier 2019 - mis à jour le 09.01.19

 

 

Thèmes, organisation... Le mode d'emploi du "grand débat national" promis par Emmanuel Macron

 

 

 

 

Emmanuel Macron lancera le 15 janvier cette consultation dont l'objectif est de répondre à la crise des "gilets jaunes"

 

 

 

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Des "gilets jaunes" débattent sur un rond-point où a été déposé un cahier de doléances, à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), le 20 décembre 2018. (VALERY HACHE / AFP)

 

 

 

Il doit commencer le 15 janvier. Le "grand débat national", consultation destinée à répondre à la crise des "gilets jaunes", durera jusqu'à la mi-mars. Comment se déroulera-t-il ? Sur quoi peut-il déboucher ? Etat des lieux, une semaine avant son lancement.

 

 

 

Qui l'organise ?

Ce devait être la Commission nationale du débat public (CNDP). Cette autorité indépendante présidée par Chantal Jouanno avait été chargée par Edouard Philippe d'organiser le "grand débat national". Mais l'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy a jeté l'éponge le 8 janvier, fragilisée par une polémique sur son salaire. Prenant acte de sa décision, Matignon a immédiatement annoncé qu'à l'issue du séminaire gouvernemental prévu mercredi 9 janvier à l'Elysée, le Premier ministre présenterait une "organisation et un mode de pilotage du 'grand débat national' qui présenteront des garanties équivalentes en termes d'indépendance et de neutralité".

 

 

 

Comment peut-on y participer ?

Les modalités du débat devraient être similaires à celles présentées par Chantal Jouanno avant sa démission. Le "grand débat national" voulu par Emmanuel Macron aura lieu partout en France sous des formes multiples : débats dans les mairies, sur les marchés ou sur les lieux de travail. "Toute personne qui a envie d'organiser un débat est libre de le faire. Vous nous contactez, on vous inscrit", expliquait Chantal Jouanno, lundi 7 janvier, sur le plateau de franceinfo.

 

 

L'inscription aurait lieu sur un site dédié, Granddebat.fr, qui n'est pas encore opérationnel. "On vous donne des conseils, un kit méthodologique de conseils : comment pouvez-vous utilement animer votre réunion avec plusieurs possibilités et surtout comment nous rendre compte des résultats de manière très simple (...) pour qu'ensuite on puisse fidèlement la retranscrire dans le débat final", détaillait Chantal Jouanno.

 

 

Des stands vont également être installés dans les halls de gare, sur les marchés... "On pourra débattre partout", insistait-elle. Il y a aura aussi une plateforme en ligne qui recueillera les contributions au niveau national. Des "conférences de citoyens tirés au sort" seront mises en place dans chaque région "pour échanger sur les analyses et les propositions", selon la CNDP.

 

 

 

Que va faire le chef de l'Etat dans tout ça ?

Emmanuel Macron précisera les contours du débat dans une lettre "aux Français" publiée dans la presse et sur les réseaux sociaux au cours de la semaine du 14 janvier. "Le rôle de cette lettre sera de cadrer les thèmes du débat et d'en préciser les attentes", a indiqué l'Elysée, le 2 janvier. Puis le président ira à la rencontre des maires dans toute la France. Il commencera par l'Eure, à Grand Bourgtheroulde, le 15 janvier, avant de se rendre dans le Lot, le 18 janvier.

 

 

 

De quoi pourra-t-on parler ?

Le gouvernement a fixé quatre thèmes : "Mieux accompagner les Français pour se loger, se déplacer, se chauffer", "rendre notre fiscalité plus juste, plus efficace, plus compétitive", "faire évoluer la pratique de la démocratie" et "rendre l'Etat et les services publics plus proches des Français et plus efficaces". L'immigration, d'abord annoncée par Emmanuel Macron comme un thème en soi, a finalement été intégrée au thème "citoyenneté".

 

 

Dans les cahiers de doléances mis à disposition en décembre par 5 000 communes rurales après la mobilisation des "gilets jaunes", la préoccupation du pouvoir d'achat est arrivée en tête, devant l'injustice fiscale et la diminution des services publics. Autre demande récurrente, la possibilité d'organiser des référendums d'initiative citoyenne (RIC).

 

 

Après plusieurs jours d'atermoiement, le gouvernement a fixé une ligne rouge en écartant certains sujets. "On ne tergiversera pas sur les valeurs. L'IVG, la peine de mort, le mariage pour tous ne seront pas sur la table", a déclaré le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, sur BFMTV le 8 janvier. A l'inverse, le gouvernement accepte d'ouvrir la discussion sur la suppression de la taxe d'habitation pour les 20% plus riches, déjà annoncée mais pas encore en vigueur.

 

 

 

Sur quoi peut-il déboucher ?

C'est la grande question de ce grand débat. Le gouvernement tiendra-t-il compte de ses résultats ? Emmanuel Macron a déjà tracé des lignes rouges : pas question de "détricoter" les réformes décidées depuis 18 mois, comme la suppression de l'ISF. Ni de renoncer aux réformes prévues (retraites, fonctionnaires, minima sociaux...). De leur côté, des élus de la majorité évoquent la tenue d'un référendum à questions multiples sur le vote blanc, la proportionnelle, la réduction du nombre de parlementaires et le cumul des mandats.

 


09/01/2019
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Franceinfo - le mercredi 9 janvier 2019

 

 

Retrait de Chantal Jouanno : "Un fiasco pour le gouvernement, tout ce qu'il touche se transforme en plomb !"

 

 

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Alors que Chantal Jouanno, a décidé de se retirer du pilotage du grand débat national après la polémique autour de son salaire, le députée RN du Nord Sébastien Chenu fait part de sa satisfaction sur franceinfo mardi

 

 

 

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Sébastien Chenu, le 3 octobre 2017, à Paris. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

 

 

 

Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale du débat public, a décidé de se retirer du pilotage du grand débat national, après la polémique autour de son salaire de 14 700 euros bruts mensuels. Sébastien Chenu, député RN du Nord, se déclare satisfait sur franceinfo mardi 8 janvier : "J'ai eu l'occasion de dire tout le mal que je pensais de l'idée que Chantal Jouanno puisse être rémunérée 15 000 euros bruts par mois pour animer ce débat qui prend sa source dans les problèmes de pouvoir d'achat des Français. Je ne sais pas quel est le taré, quels sont les amateurs chez En Marche qui ont l'idée de rémunérer, ou de ne pas corriger la possibilité de gagner, pour Mme Jouanno, 15 000 euros par mois."

 

 

 

"Il faut arrêter avec tous ces fromages de la République"

Cette affaire, pour Sébastien Chenu, "pointe du doigt tous ces postes qui dans la République sont attribués de façon confidentielle à des anciens ministres, à des apparatchiks, à des copains qui sont grassement rémunérés pour servir à finalement peu de chose". "Je pense aussi au Conseil économique et social, j'ai toujours envie de dire dans ces cas-là : "Y'a combien de gilets jaunes qui siègent au Conseil économique et social ?" donc il faut arrêter avec tous ces fromages de la République, tous ces placards dorés qui servent simplement à ce que certains puissent continuer à mener grand train, mais c'est un fiasco pour le gouvernement, tout ce qu'il touche se transforme en plomb !"

 

 

Ce débat, juge Sébastien Chenu, alimente la crise : "Il faut une sortie politique, il y a des leviers à activer." Par exemple, "la semaine prochaine, c'est la rentrée des députés : que le gouvernement amène son projet de loi constitutionnelle et nous l'amenderons pour faire rentrer le référendum d'initiative populaire, la proportionnelle et la baisse du nombre de parlementaires, je crois que ces trois sujets font consensus chez les Français".

 


09/01/2019
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Franceinfo - le mardi 8 janvier 2019

 

 

"Gilets jaunes" : "Quel est le but de parler de sécurité, alors que nous, on continue le mouvement dans le sens du pouvoir d'achat ?"

 

 

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avec la rédaction de France InterfranceinfoRadio France
 

 

 

Après la fermeté affichée lundi par Edouard Philippe, des manifestants de Seine-Maritime regrettent que la sécurité prenne le pas sur leurs revendications, même si certains assument leur colère violente

 

 

 

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Des "gilets jaunes" lors de l'acte 8 de la mobilisation le 5 janvier 2019 à Rouen. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

 

 

 

Les annonces d'Edouard Philippe, lundi 7 janvier, pour renforcer la sécurité lors des manifestations des "gilets jaunes" ont été écoutées avec attention sur le rond-point des Vaches à Saint-Etienne-du-Rouvray près de Rouen (Seine-Maritime), une ville qui a connu, comme à Paris, des fins de manifestations violentes.

 

 

 

Au rond-point, des "gilets jaunes", mobilisés depuis le début du mouvement le 17 novembre, suivent attentivement l'interview du Premier ministre sur les téléphones portables. La désapprobation est visible lorsqu'il est question d'un durcissement en cas de manifestations non déclarées. La colère de Laura éclate à la fin de l’entretien télévisé. "Il y a en a marre, il attise la haine. Mettre de nouvelles armes devant les pacifistes, ça va juste révolter les gens, lance-t-elle. Aujourd'hui, ceux qui créent l’insécurité, c’est la police. Des éclats de grenade dans les jambes, des trous gros comme ma main, on en a eus." La manifestante a l'impression que l'on parle des "blessés policiers", plus que des  "blessés des 'gilets jaunes'".

 

 

 

Les "gilets jaunes" sont "prêts à mettre leur vie en danger"

Olivier, qui dénonce comme d'autres les violences, ne comprend pas. "Quel est le but de parler de sécurité, alors que nous, on continue le mouvement dans le sens du pouvoir d'achat, dans le sens d'un référendum d'initiative citoyenne ?" s'interroge-t-il. Ce n'est pas une réponse que l'on va donner aux 'gilets jaunes', là. Ils sont prêts à mettre leur vie en danger lors de manifestations qui peuvent être difficiles, voire graves, parce qu'on sort avec des mutilés."  

 

 

Françoise, bientôt retraitée avec une petite pension, s'inquiète du réarmement des forces de l'ordre. "Je ne sais pas ce qu'il entend par là, il n’a pas développé", dit-elle, après avoir écouté Edouard Philippe. Elle aussi pense aux blessés dans les rangs des manifestants. 

 

 

Avec les flash-ball et les trucs assourdissants, des gens perdent l’audition à vie, un œil à vie, une main à vie. Après, il y a des flics blessés, je suis bien d’accord, mais ils ont choisi leur métier.Françoise, "gilet jaune" à Saint-Etienne-du-Rouvray à France Inter

 

 

Sur le rond-point, on entend aussi des positions plus extrêmes, comme celle exprimée par un jeune homme. Déjà arrêté deux fois pour violence avec arme, il risque trois ans de prison s'il récidive. Evoquant la vie dure de ses parents et grands-parents, il raconte qu'il n'était pas violent au début du mouvement. Ce jeune manifestant explique qu'il ne se sent ni hooligan, ni extrémiste. "Enervé, ras-le-bol, un peu violent d'accord, mais pas radical", précise-t-il. Comment voit-il les prochaines répliques policières ? "Qu’est-ce que vous voulez qu’ils organisent ? Ils tirent au flash-ball dans le tas, ils ne savent même pas sur qui ils tirent", lâche-t-il. Le jeune manifestant assure qu'il se rendra à la nouvelle mobilisation du samedi 12 janvier. Une manifestation à laquelle tous participeront, violents assumés et non-violents.

 


08/01/2019
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Franceinfo - le mardi 8 janvier 2019

 

 

Sécurité : le plan du gouvernement pour rétablir l'ordre

 

 

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France 2France Télévisions

 

 

 

 

Au lendemain d'un nouveau week-end de violences, Édouard Philippe a présenté lundi 7 janvier un plan pour rétablir l'ordre

 

 

 

Pas question de revivre les scènes de violence observées à Paris le week-end dernier. Dans une interview lundi 7 janvier, le Premier ministre Édouard Philippe a réagi d'un ton ferme. Plus de sévérité avec les casseurs, mais aussi avec les manifestations non déclarées. "Le gouvernement est favorable à ce que notre loi soit complétée, à ce qu'une loi nouvelle soit adoptée, qui permettra de sanctionner ceux qui ne respectent pas cette obligation de déclaration, ceux qui participeraient à des manifestations non déclarées, ceux qui arrivent aux manifestations cagoulés", a indiqué lundi soir Édouard Philippe.

 

 

 

Dispositif renforcé pour les prochaines manifestations

Cacher son visage pendant une manifestation pourrait donc devenir un délit et non plus une contravention. Autre mesure, le gouvernement veut créer un fichier de personnes interdites de manifestation à l'image des fichiers anti-hooligans. Enfin, le dispositif de sécurité sera renforcé samedi 12 janvier : 80 000 policiers et gendarmes seront mobilisés dans tout le pays.

 


08/01/2019
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Franceinfo - le lundi 7 janvier 2019

 

 

"C'est le salaire fixé par les autorités" : Chantal Jouanno répond à la polémique sur ses 176 000 euros annuels

 

 

 

Ce salaire, "fixé par les autorités", lui est versé en tant que présidente de la Commission nationale du débat public

 

 

 

 

Chantal Jouanno a répondu, lundi 7 janvier sur le plateau de franceinfo, à la polémique sur son salaire de 176 000 euros annuels, qu'elle touchera en 2019 en tant que présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP). Elle gagnera donc 14 666 euros bruts mensuels, une rémunération proche des 15 410 euros touchés chaque mois par le Premier ministre et le chef de l'Etat, souligne L'Express. "C'est le salaire fixé par les autorités (...) [pour] les présidents de la CNDP, quels qu'ils soient, a précisé l'ancienne ministre des Sports, chargée dans le cadre de ses fonctions d'organiser le "grand débat national" annoncé par Emmanuel Macron en réponse à la crise des "gilets jaunes". Cela ne dépend pas de moi et ça n'est pas lié au 'grand débat national'." Ses missions, en tant que présidente de la CNDP, sont "plus larges que le grand débat national", a-t-elle également assuré sur Twitter.

 

 

 

 

 

Chantal Jouanno a toutefois dit, sur le plateau de franceinfo, qu'elle "comprenait" que ce salaire puisse choquer. "Je pense que c'est important que les gens disent (...) en quoi ça les choque, a-t-elle déclaré. A la limite, s'ils veulent faire une proposition pour réviser ce salaire, ils en sont totalement libres."

 


08/01/2019
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Franceinfo - le samedi 5 janvier 2019 - mis à jour le 16.01.19

 

 

Gendarme agressé à Paris : "Il faut que les politiques arrêtent de mettre de l'huile sur le feu"

 

 

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Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat Unité-SGP Police FO a réagi sur franceinfo après l'agression d'un policier samedi 5 janvier en marge de la manifestation des "gilets jaunes"

 

 

 

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 Yves Lefebvre est le secrétaire général du syndicat Unité-SGP Police FO. (LEON TANGUY / MAXPPP)

 

 

 

"Il faut que les politiques arrêtent de mettre de l'huile sur le feu", a réagi samedi 5 janvier sur franceinfo Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat Unité-SGP Police FO, après l'agression d'un gendarme mobile sur un pont de Paris lors de l'acte huit de la mobilisation des "gilets jaunes" samedi 5 janvier. Le procureur de Paris a été saisi.

 

 

 

franceinfo : Comment avez-vous réagi à ces images de votre collègue roué de coups ?

 

 

Yves Lefebvre : Ce sont des images auxquelles on est tristement habitué maintenant, il est temps que cela cesse. Cet après-midi, on a vu un de nos jeunes collègues gendarme mobile être passé à tabac par un individu qui s'en est servi comme d'un punching-ball. On l'a déjà vu avec nos collègues motards il y a quelques semaines sur les Champs-Elysées, on a tous en mémoire les images au pied de l'arc de triomphe passé à tabac. Il faut que ça cesse.

 

 

Et puis, il faut aussi que cela cesse presque plus au niveau des politiques, ceux qui ostensiblement, démagogiquement, soufflent sur les braises. Je parle de Jean-Luc Mélenchon, de Gilbert Collard, mais aussi d'Hervé Morin cette semaine, il faut que ça s'arrête ça, ils attisent tout ça en parlant de "police politique", de "police fasciste". Nous sommes simplement là pour faire respecter les règles de la République. Même le gouvernement : il faut aussi que Benjamin Griveaux modère ses propos. Quand il tient les propos encore hier soir, il ne fait qu'attiser la haine. Ses bureaux ont peut-être été attaqués, mais ce n'est pas lui qui a été roué de coups.

 

 

 

 

Vous ciblez les politiques, notamment Jean-Luc Mélenchon. Pour vous, il attise la haine?

 

 

On est un peu habitués, il a commencé lors de la campagne présidentielle ou lors de la perquisition à son siège. Mais ce qu'il fait là, c'est criminel. On n’a pas le droit de dire ça quand on prétend devenir président de la République. On n’a pas le droit. C'est un appel à tuer du flic. Quand il dit qu'il est fier du peuple qui s'exprime. Oui, il y a des gilets jaunes qui ont des revendications légitimes, mais un moment il faut s'arrêter et s'organiser, mettre en place des services d'ordre, etc.

 

 

 

 

Étiez-vous suffisamment nombreux aujourd'hui ?

 

 

C'est toujours facile de refaire le match après le match. Oui on était assez nombreux. Si Christophe Castaner avait décidé d'une plus grande mobilisation, cela enlevait de fait à mes collègues des journées de repos. Tout était déclaré aujourd'hui. Bien évidemment, si samedi prochain, nous avons un acte neuf, ce que je crains malheureusement, il faudra bien évidemment une plus grande mobilisation.

 

 

Après, il ne faut pas perdre de vue que lorsque l'on mobilise autant de policiers et de gendarmes pour maintenir l'ordre public lors de ces manifestations, c'est autant de sécurité au quotidien qui n'est pas assurée. Aujourd'hui on est à flux tendu, on manque énormément de policiers. On est quasiment à 25 millions d'heures supplémentaires ! Il faut que les meneurs des "gilets jaunes" s'organisent ! Il y a eu aujourd'hui un début de commencement d'organisation, avec même parfois des "gilets jaunes" qui ont fait barrage pour éviter les affrontements. Mais il faut mettre des barrages en amont et qu'on soit plus en capacité de réagir sur des points stratégiques. Manifestement, autour de l'Assemblée nationale, on a peut-être, à mon moment donné, été un peu débordé.

 


07/01/2019
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