L'AIR DU TEMPS

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FRANCE


Franceinfo - le mercredi 22 mai 2019

 

 

Elections européennes : Jordan Bardella, l'ascension éclair d'un "bébé Front national"

 

 

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Margaux DuguetIlan CaroFrance Télévisions
 

 

 

A seulement 23 ans, le candidat du Rassemblement national aux élections européennes a gravi en un temps record les échelons du parti de Marine Le Pen

 

 

 

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Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement national, le 6 avril 2019 lors d'une conférence de presse à Chantepie (Ille-et-Vilaine) en compagnie de Marine Le Pen. (MAXPPP)

 

 

 

"Je trouve cette décision pitoyable !" Jordan Bardella vient tout juste de décrocher son bac, en ce début juillet 2013, lorsqu'il donne sa première interview. Interrogé par le site Orientation Education, le jeune homme de 17 ans, auréolé de son 16,2/20 de moyenne, s'indigne de la suppression des bourses au mérite pour les bacheliers lauréats d'une mention très bien, décidée par le gouvernement de François Hollande. Sur Twitter, où il n'est encore qu'un illustre inconnu, il envoie des dizaines de messages pour faire connaître la pétition qu'il vient de mettre en ligne, et qui atteindra tout de même 1 500 signatures.

 

 

Le lycéen, déjà encarté au FN, ne se doute alors pas qu'il deviendra, moins de six ans plus tard, la tête de liste de son parti aux élections européennes de 2019.

 

 

 

Des premiers pas au FNJ

C'est au Front national de la jeunesse (FNJ), l'antichambre du parti pour les jeunes pousses, que Jordan Bardella fait ses premières armes. Il devient rapidement l'un des habitués des réunions du "forum FNJ", organisées chaque mercredi soir dans les locaux de la fédération de Paris, rue Jeanne d'Arc. "C'était l'occasion de nous retrouver, mais c'était aussi un lieu d'échanges sur la politique nationale. On était au début du mandat de François Hollande, avec l'idée que Marine Le Pen triompherait de lui en 2017", se souvient Arnaud de Rigné, membre du bureau de Génération nation (ex-FNJ), dirigé depuis 2018 par… Jordan Bardella.

 

 

A l'époque, je me disais que pour son âge, il montrait une certaine précocité. Il avait un vrai talent oratoire et des convictions bien ancrées.Arnaud de Rigné, membre de la direction de Génération nation à franceinfo

 

 

Le jeune Jordan, né à Drancy et scolarisé dans un lycée privé de Saint-Denis, s'investit aussi dans son département, la Seine-Saint-Denis. Une terre de conquête pour le Front national, qui y enregistre élection après élection des scores bien en deçà de sa moyenne nationale. Un jour de 2012, lors d'un événement organisé par le FNJ au Raincy, Jordan Bardella est présenté au secrétaire départemental du FN 93 de l'époque. "J'ai découvert un jeune de 16 ans bien sérieux", raconte Gilles Clavel, qui le met en contact avec le responsable des activités militantes dans le département.

 

 

 

"C'est Florian qui l'a fait monter"

Tractages, boîtages… Tiré à quatre épingles sur les marchés, le garçon met la main à la pâte chez les "grands" et donne entière satisfaction. Jusqu'à se voir proposer d'intégrer le bureau départemental et la responsabilité d'une circonscription législative. Le niveau d'exigence s'élève : il ne s'agit plus seulement de tracter mais de mobiliser les adhérents, d'organiser des actions sur le terrain, d'informer la presse locale…

 

 

Il était force de proposition, répondait rapidement aux sollicitations et avait le sens de la communication. Il n'avait jamais un mot plus haut que l'autre, c'était très agréable de travailler avec lui.Gilles Clavel, ancien secrétaire départemental du FN 93 à franceinfo

 

 

A l'été 2014, Gilles Clavel, qui souhaite passer la main à la tête de la fédération, soutient son poulain pour le remplacer. Et il n'est pas le seul. Car entre-temps, Jordan Bardella a réussi à se faire remarquer de Florian Philippot, le très influent vice-président du parti, chargé de la stratégie et de la communication. "C'est Florian qui l'a repéré et qui l'a fait monter. On voulait promouvoir des jeunes qui savaient travailler. Et Jordan Bardella avait ces qualités", assure un proche de Florian Philippot, qui a claqué la porte du parti en 2017. Le 7 juillet 2014, la décision du bureau exécutif tombe : Jordan Bardella est nommé secrétaire départemental du FN en Seine-Saint-Denis. Il a 18 ans et 10 mois.

 

 

Sur place, sa nomination ne fait pas que des heureux, notamment chez les plus anciens, qui ne goûtent guère cette opération "dédiabolisation" au sein du parti. "Il a une belle gueule, il apprend bien ses fiches, mais en voilà encore un qui n'a pas foutu les pieds dans une entreprise", peste alors l'un de ses concurrents.

 

 

 

Un baptême du feu en Seine-Saint-Denis

Quelques mois seulement après sa prise de fonctions, Jordan Bardella doit affronter une grosse polémique en interne : les cadres du FN en Seine-Saint-Denis apprennent que Maxence Buttey, jeune adhérent en vue qui lui aussi lorgnait le poste de secrétaire départemental, s'est converti à l'islam. Tollé dans les rangs frontistes, où Buttey est accusé de faire du "prosélytisme" ou de l'"entrisme islamiste".

 

 

L'histoire aurait pu se régler en famille. Mais un membre du bureau de l'époque ne l'entend pas de cette oreille : excédé par l'attitude de Jordan Bardella et des instances dirigeantes du FN, qu'il soupçonne d'être au courant depuis plusieurs semaines sans agir, Didier Labaune décide de révéler l'affaire à la presse. Florian Philippot, dépêché sur place pour éteindre l'incendie, annonce dans une conférence de presse commune avec Jordan Bardella la suspension du jeune converti.

 

 

Ils ont su utiliser ma conversion à bon escient. Dans le 93, ceux qui adhèrent au FN ont un ras-le-bol de l'islam.Maxence Buttey, ancien membre du FN converti à l'islam à franceinfo

 

 

Si elle lui vaut quelques inimitiés locales, l'affaire Buttey ne stoppe pas l'ascension de Jordan Bardella. Début 2015, pour sa première participation à une élection, il vire en tête du premier tour aux départementales dans le canton de Tremblay-en-France, avant d'échouer avec les honneurs (41%) au second tour face au Front de gauche. Dans la foulée, il est choisi par Wallerand de Saint-Just, tête de liste aux régionales en Ile-de-France, pour défendre les couleurs du FN en Seine-Saint-Denis lors du scrutin de décembre. Et même un peu plus : désormais, Jordan Bardella passe beaucoup de temps à la fédération FN de Paris, où il partage le bureau d'Aurélien Legrand, le directeur de campagne de Wallerand de Saint-Just.

 

 

"On voyait en lui quelqu'un qui pourrait devenir un cadre solide du mouvement, mais ce n'était pas le petit jeune qui a les dents qui rayent le parquet", se rappelle Aurélien Legrand. Le 6 décembre au soir, lors du premier tour, le FN atteint pour la première fois la barre des 20% en Seine-Saint-Denis. La semaine suivante, Jordan Bardella conquiert son premier mandat électif.

 

 

 

"Une haute estime de lui-même"

Wallerand de Saint-Just ne tarit pas d'éloges sur les premiers pas du jeune homme dans l'hémicycle francilien. "Je l'ai vu œuvrer, il sait prendre la parole, il a toujours la bonne repartie", assure celui qui préside le groupe RN du conseil régional d'Ile-de-France. D'autres ne sont pas de cet avis. Yasmine Benzelmat a quitté le groupe en décembre 2017 et siège désormais parmi les non inscrits. "Jordan Bardella faisait partie des privilégiés du siège qui travaillaient avec Marine et Florian. Il avait une haute estime de lui-même", se souvient-elle.

 

 

Comme tous les collaborateurs du siège, il ne se prenait pas pour de la merde. Yasmine Benzelmat, conseillère régionale d'Ile-de-France à franceinfo

 

 

Une chose est sûre : le tout nouveau conseiller régional ne compte pas se désinvestir du Front national. Fin 2015, le parti lance le collectif Banlieues patriotes, dans l'optique de contribuer au programme présidentiel. A sa tête : Jordan Bardella. "Il existe une fronde des oubliés des quartiers sensibles. On veut clairement réinvestir ces zones", déclare-t-il à France 3. A l'époque, les collectifs fleurissent au FN et Banlieues patriotes est "un des plus en vue", selon un ancien membre de l'équipe. "Jordan en a tiré une pleine récompense, mais c'était un travail collectif", rappelle-t-il.

 

 

Pourtant, la machine va se gripper. En octobre 2016, une émission web est imaginée par la petite bande. "Bienvenue dans 'Mon quartier la France', qui est animé par le collectif Banlieues patriotes", lance Jordan Bardella en ouverture du premier numéro. Il a lui-même choisi le premier invité : Camel Bechikh, membre actif de La Manif pour tous, qui se présente comme musulman et patriote. Mais son discours sur le plateau va choquer en interne, d'autant que son appartenance à l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) n'est pas mentionnée, rapporte Mediapart. "Le Français de base, dans sa frustration consciente et inconsciente, voit comme un défouloir, un punching-ball de toute cette destruction de son identité, le musulman et l'islam", assène-t-il devant un Jordan Bardella qui ne bronche pas. Un vrai couac : il n'y aura jamais de deuxième numéro.

 

 

 

"Une sacrée promotion"

Banlieues patriotes disparaît après la présidentielle, mais Jordan Bardella, lui, est déjà passé à autre chose. Candidat aux législatives, il échoue dans la 12e circonscription de Seine-Saint-Denis (15,1%) face au candidat LREM, Stéphane Testé (33,8%). Au second tour de la présidentielle, Marine Le Pen y avait pourtant engrangé les voix, dépassant les 40% à Vaujours et Coubron. Mais cet échec ne freine pas la progression du jeune homme au sein du Front. En septembre, il est nommé, à 22 ans, porte-parole de son parti. "Une sacrée promotion", écrit Le Parisien, qui va l'occuper grandement.

 

 

Quand il est devenu porte-parole, il s'inquiétait moins de la région. Il a vraiment pris le melon et travaillait moins ses dossiers.Yasmine Benzalmat, conseillère régionale d'Ile-de-Franceà franceinfo

 

 

Et ce n'est pas fini. En mars 2018, Jordan Bardella est promu à la tête du Front national de la jeunesse (FNJ), qui devient Génération nation trois mois plus tard. "Il était prédestiné à ce poste, assure Emilien Noé, délégué à l'implantation locale du mouvement, acquis à la cause de son patron. Sous son impulsion, on a vu une grande professionnalisation du mouvement avec la création de gros pôles formation et communication."

 

 

 

"Il ne fera pas d'ombre à Marine"

Le bon élève Bardella ne s'arrête pas en si bon chemin : moins d'un an plus tard, le 7 janvier 2019, il est nommé tête de liste du Rassemblement national pour les élections européennes. Sans surprise, tant son nom circulait avec insistance depuis des semaines. "L'idée de mettre Jordan Bardella est née à la rentrée 2018, explique à L'Obs un proche de la présidente du parti. Marine Le Pen a laissé son intuition mûrir. Elle l'a fait monter sur le devant de la scène et aller dans les médias pour voir ce qu'il avait dans le ventre."

 

 

Comment expliquer cette ascension éclair à seulement 23 ans ? "Je ne me l'explique pas", élude un ancien membre de Banlieues patriotes, sans oser en dire davantage. D'autres ont bien leur petite idée.

 

 

Jordan Bardella n'était détesté par personne et ce n'était l'homme d'aucun clan. Il n'a pas eu à tuer grand monde pour y arriver.Un proche de Florian Philippot à franceinfo

 

 

Le prétendant le plus naturel, Nicolas Bay, eurodéputé sortant et coprésident du groupe Europe des nations et des libertés au Parlement européen, a fait les frais de son image de potentiel traître, lui qui suivit Bruno Mégret lors de la scission du FN en 1998. Autre nom cité : Louis Aliot, également député européen sortant et compagnon de Marine Le Pen. Mais lui-même semblait davantage motivé pour s'emparer de la mairie de Perpignan en 2020.

 

 

Jordan Bardella, lui, présente au contraire le profil parfait, sans autre ambition à court terme que de servir son parti, dans un scrutin où les autres formations n'ont pas hésité à mettre de jeunes candidats sur le devant de la scène.

 

 

"Il n'a pas été choisi pour la hauteur de ses idées ou sa réflexion sur l'UE mais parce que c'est quelqu'un qui passe bien et reproduit très bien les schémas qu'on lui donne", juge Maxence Buttey. "C'est un bébé Front national. Je pense qu'il sera d'une loyauté sans faille, il ne fera pas d'ombre à Marine, c'est pour cela qu'elle l'a choisi. En plus, il n'a pas de casseroles", ajoute Yasmine Benzelmat.

 

 

Il ne fait pas d'ombre, il est malléable et répète ce que dit la patronne. Un proche de Florian Philippot à franceinfo

 

 

Les révélations, en avril, de Challenges sur "le passé caché d'assistant parlementaire de Jordan Bardella" auprès de l'eurodéputé Jean-François Jalkh sont passées quasi inaperçues. Tous soulignent au contraire l'absence de couacs et la bonne dynamique de la campagne. "Il est en pleine forme, tout se passe très naturellement", s'enthousiasme Aurélien Legrand. "Marine s'est sortie du piège habituel des vieux grognons du FN. C'est un garçon qui est loin d'être idiot et apprend ce qu'on lui dit d'apprendre, conclut un frontiste qui a bien connu le Bardella des débuts. Ça suffit pour plaire à l'électorat."

 


21/05/2019
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Franceinfo - le vendredi 17 mai 2019 - mis à jour le 18.05.19

 

 

"Gilets jaunes" : que reste-t-il du mouvement six mois après ?

 

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France 3France Télévisions

 

 

 

Six mois après le début de la mobilisation des "gilets jaunes", certains manifestants de la première heure continuent d'occuper des ronds-points

 

 

 

Depuis six mois, ils n'ont jamais lâché leur rond-point. Dans le Haut-Rhin, la colère des "gilets jaunes" semble intacte. En six mois, le ministère de l'Intérieur a recensé 47 695 manifestations, du rassemblement pacifique, au blocage, jusqu'aux actions plus spectaculaires ou violentes. Samedi 17 novembre, on comptait 282 000 "gilets jaunes" contre 18 600 samedi 11 mai. Des chiffres officiels, sous-estimés selon les manifestants qui appellent toutefois à un changement de stratégie.

 

 

 

800 sites encore occupés

"Faut arrêter les manifs déclarées (...) il faut reprendre les ronds-points", a notamment dit Éric Drouet, figure du mouvement. D'autres, comme Ingrid Levavasseur, plaident plutôt pour la structuration des "gilets jaunes". Pour les autorités, il n'y a plus de point de blocage permanent en France, mais les "gilets jaunes" restent présents sur des terrains à proximité. Selon eux, ils occuperaient encore plus de 800 sites.

 


19/05/2019
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Franceinfo - le vendredi 10 mai 2019

 

 

Union des démocrates musulmans français : quel est ce parti derrière la 34e liste aux européennes ?

 

 

 

Le ministère de l'Intérieur a validé jeudi la candidature de la liste "Une Europe au service des peuples", portée par un tout jeune parti : l'Union des démocrates musulmans français

 

 

 

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Capture d'écran de la page présentant la liste de "Une Europe au service des peuples", portée par le parti de l'Union des démocrates musulmans français.  (UNION DES DEMOCRATES MUSULMANS FRANCAIS)

 

 

 

L'Union des démocrates musulmans français (UDMF) a pris le train des élections européennes en marche. Jeudi 9 mai, le parti, créé en 2012, a obtenu l'aval du ministère de l'Intérieur pour présenter sa liste – "Une Europe au service des peuples" – lors du scrutin du 26 mai. Ce qui porte à 34 le nombre de listes soumises au vote des électeurs français.

 

 

Selon Nagib Azergui, fondateur du parti et tête de liste, contacté par franceinfo, il manquait une mention manuscrite à certains documents remis par les candidats de l'UDMF. La liste a donc été invalidée dans un premier temps, avant d'être autorisée à participer à l'élection après régularisation.

 

 

 

Rejeter l'étiquette communautaire

L'Union des démocrates musulmans de France est né à la fin de l'année 2012, alors que François Hollande est au pouvoir depuis quelques mois. Nagib Azergui, originaire de Nanterre (Hauts-de-Seine), travaille alors dans la formation informatique, selon Le Parisien. Son engagement provient d'un "constat tragique", écrit-il dans la biographie de son blog, hébergé par Mediapart "le 'Musulman' était devenu un argument électoral majeur et récurrent dans la vie politique de notre pays." Crise économique, accroissement de la dette publique, explosion du chômage... Ces "problèmes de fond" sont, dit-il, mis au second plan, éclipsés par la question de l'islam, "l'unique sujet, tant économique que sociétal, de la classe politique française." L'Union des démocrates musulmans français entend, entre autres, lutter contre l'islamophobie d'une partie du discours politique hexagonal.

 

 

Un défi que le parti veut toujours porter, sept ans après sa création : "Nous en avons marre d’être instrumentalisés. Nous nous sommes fait avoir derrière de belles paroles mais on nous montre toujours du doigt comme des ennemis de l’intérieur. Il faut créer une réponse politique", a argumenté Nagib Azergui cité par Le Figaro, le 1er mai. Au Muslim post, il se défend d'être à la tête d'un parti communautaire, le décrit comme "laïque, respectant les lois de la République" et en appelle aussi aux voix des non-musulmans. Et de répondre aux critiques de l'extrême droite : "Nous ne sommes pas là pour mettre en place le 'grand remplacement' de la République par la charia", assure-t-il. 

 

 

Dans les interviews, il compare souvent sa formation au parti chrétien-démocrate de l’ex-ministre Christine Boutin. Une comparaison que n'a d'ailleurs pas goûtée Jean-Frédéric Poisson, candidat du PCD à la présidentielle de 2017 : "Nous ne sommes pas du tout dans le même état d'esprit, car l'inspiration de l'UDMF semble tout droit issue d'une application stricte d'un certain nombre de principes du Coran dans l'espace public", expliquait-il au Figaro en 2015.

 

 

Le parti ne revendique pas de couleur politique, si ce n'est la couleur "or", indique son site internet, mais il défend un positionnement à gauche. Son slogan : "Agir pour ne pas subir". Et son idéologie : "Anti-impérialisme, antisionisme, anticoloniasme", indique encore la page. Toujours selon Le Figaro, "le mouvement compte un bureau de trois personnes, 800 adhérents à jour de cotisation et une quinzaine de relais locaux en France représentant 250 sympathisants sur le terrain."

 

 

 

Une (petite) expérience des élections

C'est la première fois que le parti se présente aux européennes, mais il a déjà l'expérience d'élections locales. En 2014, l'UDMF entend se présenter aux municipales, à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Le dossier est déposé, mais la candidature est rejetée à la dernière minute, car le candidat n'est pas inscrit lui-même sur les listes électorales, raconte Le Parisien. Le jeune parti apporte toutefois son soutien au candidat UDI, Stéphane de Paoli. Une fois élu, avec 53,99% des voix, le centriste intègre alors à son équipe le premier élu du parti, Hocine Hebbali.

 

 

Conseiller municipal à l'histoire locale, il est chargé de plancher sur la future création d'un musée de la colonisation française, une mesure phare du programme culturel de l'UDMF (lien en pdf). Mais l'expérience se termine mal. Cité par Le Figaro, Nagib Azergui évoquait les "trahisons" qui ont suivi cette alliance politique, tandis que le nom d'Hocine Hebbali ne figurait plus sur le site de la mairie et a disparu mi-2016 des comptes-rendus du conseil municipal. 

 

 

En 2015, le parti se lance dans huit cantons à l'occasion des départementales, avant de renoncer. Pour expliquer ce retrait, il est avancé, sur le site du parti, que certains colistiers ont été "victimes d'intimidation de la part de la classe politique et au quotidien sur le terrain". Interrogé à l'époque par Le Figaro, Nagib Azergui raconte qu'"il y a eu un déferlement médiatique malsain et diverses pressions, notamment sur des mécènes anonymes qui ont finalement renoncé à nous apporter leur financement. Beaucoup ont oublié que nous étions un micro-parti en construction et divers politiciens se sont insurgés à la lecture du mot musulman dans le nom de notre parti."

 

 

A la droite et à l'extrême droite de l'échiquier politique en particulier, ces candidatures, qui font suite à la publication de Soumission, le roman de Michel Houellebecq qui imagine un parti musulman à la tête de la France, ont alimenté les fantasmes. 

 

 

Finalement, l'UDMF est parvenu à mener à terme une campagne, à l'occasion des régionales, la même année. Ancien conseiller municipal d'opposition (UDI), à Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne), Nizarr Bourchada et sa liste ont obtenu 0,39% des voix (soit 1 306 voix).

 

 

Quant au candidat de l'UDMF à l'élection présidentielle 2017, Kamel Messaoudi, il n'a récolté que trois parrainages d'élus. Quelques mois plus tard, les législatives ont permis à six binômes de porter les couleurs du parti. Le porte-parole, Eric Berlingen, a obtenu notamment 0,37% des voix dans la première circonscription de l'Essonne, face à Manuel Valls. C'est à Mayotte que le parti a réalisé son meilleur score : 5,10% des voix. Certains bureaux de vote des Hauts-de-Seine ont par ailleurs enregistré des scores au-delà de 10%.

 

 

 

Un programme en "sept défis capitaux"

L'Union des démocrates musulmans de France s'est lancé dès le 3 mars 2019 dans la campagne des européennes, lors d'un meeting à Vaulx-en-Velin (Rhône). Sur Twitter, Nagib Azergui, a posté quelques instantanés de campagne et relayé les quelques interventions médiatiques de ses colistiers.

 

 

 

 

 

 

Le programme de la liste "Une Europe au service des peuples", lui, se trouve en ligne, sur le site dédié à la campagne de l'UDMF. Axé autour de "sept défis capitaux", le projet européen du parti débute par un paragraphe consacré à l'écologie, arguant que ses mesures "traiteront aussi bien de la lutte contre la pollution plastique, celle sur les perturbateurs endoctriniens ou des allergènes en passant par le défi de la transition énergétique." Contre l'évasion fiscale, le mouvement entend "criminaliser certaines pratiques, dénoncer les paradis fiscaux, lever le secret bancaire des entreprises européennes et lutter éfficacement contre l'influences des groupes de pressions."

 

 

Défi du vivre-ensemble, défi des libertés individuelles, défi d'une presse indépendante... Le parti fini par évoquer la question musulmane à l'occasion d'un paragraphe visant à présenter "le défi du combat contre la haine" : "Une loi doit être inscrite au sein du Parlement européen afin de condamner toute diffusion de discours de haine envers la communauté musulmane en permettant la dissolution de toutes associations ou groupements islamophobes, tous médias qui exploitent cette littérature islamophobe pour faire du profit en véhiculant des théories complotistes anti-musulmanes", avance le programme.

 


13/05/2019
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Franceinfo - le jeudi 9 mai 2019

 

 

Les fonctionnaires appelés à faire grève et à manifester partout en France

 

 

 

 

 

Près de 150 manifestations sont prévues à travers le pays, selon les syndicats. Il s'agit de la quatrième journée nationale d'action dans la fonction publique depuis le début du quinquennat d'Emmanuel Macron

 

 

 

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Des personnes manifestent lors d'une journée de mobilisation nationale des agents de la fonction publique, le 22 mai 2018 à Toulouse (Haute-Garonne).  (ERIC CABANIS / AFP)

 

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Une mobilisation qui s'annonce comme "une étape", dans la lutte des syndicats contre le projet de loi visant à "moderniser" la fonction publique. Les fonctionnaires sont appelés par l'ensemble de leurs syndicats à faire grève et à battre le pavé, jeudi 9 mai à travers la France, afin de dénoncer ce projet de loi qui sera étudié à l'Assemblée nationale dès lundi. Au total, près de 150 manifestations sont prévues à travers le pays, selon les organisations syndicales. A Paris, le cortège s'élancera de la place Denfert-Rochereau dès 14 heures, à destination des Invalides. Suivez notre direct. 

 

 

Un appel de l'ensemble des syndicats. Il s'agit de la quatrième journée nationale d'action dans la fonction publique, depuis le début du mandat d'Emmanuel Macron. Mais pour "la première fois", "le gouvernement se retrouve confronté à toutes les organisations syndicales", relève Mireille Stivala (CGT). Les neuf syndicats de la fonction publique – CGT, CFDT, FO, FSU, Solidaires, Unsa, FA-FP, CFE-CGC, CFTC – dénoncent une réforme à "la portée très grave"

 

 

Un "passage en force" du gouvernement. Les syndicats entendent, à travers cette mobilisation, dénoncer le "passage en force" du gouvernement sur ce projet de loi, qu'ils accusent de vouloir une fonction publique alignée sur les règles du privé. Le texte présenté par l'exécutif facilite notamment le recours aux contractuels, pour une administration "plus attractive et plus réactive". Il s'inscrit dans un objectif de suppression de 120 000 postes de fonctionnaires d'ici à 2022.

 

 

Une grève "d'une certaine importance" dans l'éducation. Selon le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, cette grève sera "d'une certaine importance" dans les rangs des enseignants jeudi. Le ministère anticipe un taux de grévistes "d'environ 15%" dans le primaire, "moins" dans le secondaire. Une "forte mobilisation" est également attendue "dans les établissements hospitaliers", d'après Patrick Bourdillon de la CGT santé-action sociale.

 


09/05/2019
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Franceinfo -

 

 

Edouard Philippe assure que le "pouvoir d'achat moyen" va progresser de "850 euros par an par ménage" cette année

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Le Premier ministre s'est exprimé après le Conseil des ministres, mardi. Il affirme que les mesures prises en décembre par le chef de l'Etat vont permettre un gain moyen de pouvoir d'achat "de plus de 2%" par habitant en 2019

 

 

 

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Edouard Philippe donne une conférence de presse à la sortie du Conseil de ministres, le 7 mai 2019 à Paris. (LUDOVIC MARIN / AFP)

 

 

 

Ce sera "la plus forte augmentation" depuis douze ans, selon le Premier ministre. Le "pouvoir d'achat moyen" par habitant va progresser de "plus de 2%" en 2019, a annoncé mardi 7 mai Edouard Philippe. A l'issue du Conseil des ministres, il a présenté le bilan des "mesures d'urgence" de décembre prises par le chef de l'Etat et censées doper le pouvoir d'achat.

 

 

"C'est un gain moyen de 850 euros sur l'année par ménage", a-t-il précisé, en indiquant que 390 euros sur ces 850 euros "découlent des mesures annoncées par le président de la République" Emmanuel Macron le 10 décembre dernier, pour répondre à la crise des "gilets jaunes".

 

 

La dernière augmentation comparable du pouvoir d'achat moyen par personne remonte effectivement à 2007 (+2,5%) selon l'Insee. Cet indicateur avait même montré une régression en 2011, 2012 et 2013.

 


07/05/2019
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Franceinfo - le dimanche 5 mai 2019

 

 

Européennes : le RN et LREM toujours au coude-à-coude, loin devant Les Républicains, selon un sondage Ipsos Sopra-Steria

 

 

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La liste du parti de la majorité présidentielle perd 1,5 point par rapport à la précédente enquête de l'institut Ipsos, réalisée il y a deux semaines

 

 

 

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Nathalie Loiseau et Jordan Bardella, respectivement têtes de liste de LREM et RN pour les élections européennes, lors d'un débat organisé par France 2 à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), le 4 avril 2019. (BERTRAND GUAY / AFP)

 

 

 

A trois semaines du scrutin du 26 mai, deux listes sont toujours au coude-à-coude dans les intentions de vote pour les élections européennes : celle de La République en marche (LREM) et du MoDem, et celle du Rassemblement national (RN). Ce dernier est même légèrement devant la liste menée par Nathalie Loiseau (22% contre 21,5%), selon un sondage de l'institut Ipsos Sopra-Steria pour France Télévisions et Radio France, publié dimanche 5 mai*.

 

 

Les intentions de vote pour la liste RN, conduite par Jordan Bardella, restent stables par rapport au précédent sondage Ipsos, qui avait été réalisé entre le 18 et le 22 avril. Dans le même temps, la liste LREM a perdu 1,5 point d'intentions de vote. Jeudi, un autre sondage, réalisé par Ifop cette fois, donnait également le RN en tête.

 

 

 

La France insoumise rattrape (presque) EELV

Les Républicains sont en 3e position des intentions de vote exprimées par les sondés (13,5%), devant Europe Ecologie-Les Verts (8,5%) et La France insoumise (8%), qui connaît la meilleure progression de ce sondage (+1 point). La liste commune de Place publique et du PS (5,5%) et celle de Debout la France (5%) atteignent également le seuil des 5%, au-delà duquel les partis éliront au moins un député européen. Ce n'est pas le cas de Génération.s (3,5%), du PCF (2%), de l'UDI (2%) ou encore de la liste Alliance jaune (2%), composée de "gilets jaunes", et dont le chanteur Francis Lalanne a pris la tête.

 

 

Ce sondage a été réalisé avant la publication, samedi, de l'intégralité des 33 listes en lice pour ces élections européennes, et seules 14 de celles-ci, les "principales" aux yeux d'Ipsos, ont été proposées aux personnes interrogées. Une autre liste composée de "gilets jaunes", Evolution citoyenne, n'a ainsi pas été testée. Par ailleurs, 3% des personnes interrogées ont exprimé leur intention de voter pour "une autre liste" que les 14 proposées.

 

 

 

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45% des sondés peuvent encore changer d'avis

Seules les personnes certaines d'aller voter (40%) ont été interrogées sur leurs intentions de vote, et celles qui n'ont pas exprimé de préférence pour une liste (8%) n'ont pas été prises en compte. Mais même les sondés certains d'aller aux urnes le 26 mai prochain restent très indécis : 45% d'entre eux disent que leur vote "peut encore changer". Cette proportion est particulièrement forte chez ceux qui ont l'intention de voter pour EELV (74% peuvent encore changer d'avis) et pour Place publique et le PS (65%), tandis que les sondés qui comptent voter RN ou LREM sont davantage sûrs de leur choix (respectivement 25% et 27% d'indécis).

 

 

Les personnes interrogées ont également des motivations diverses pour expliquer leur vote. 54% d'entre elles disent tenir compte avant tout des propositions sur les questions nationales (74% chez ceux qui comptent voter pour le RN, 64% chez ceux qui compte voter pour LFI), et 46% sur les questions européennes (75% pour ceux qui comptent voter EELV, 70% pour ceux qui comptent voter LREM).

 

 

Enfin, 38% des sondés affirment qu'ils voteront pour manifester leur opposition à Emmanuel Macron et au gouvernement, contre 13% qui voteront pour leur exprimer leur soutien. Quant aux annonces faites par le chef de l'Etat à l'issue du grand débat national, elles ont donné moins envie à 37% des sondés de voter pour la liste qu'il soutient, tandis que 11% d'entre eux sont, depuis, davantage tentés de voter LREM.

 

 

* Sondage réalisé les 2 et 3 mai, par internet via l'access panel online d'Ipsos, sur un échantillon représentatif de 1 500 personnes âgées de plus de 18 ans et inscrites sur les listes électorales, sélectionnées selon la méthode des quotas. L'enquête a été réalisée avant la publication au Journal officiel des listes validées pour le scrutin.

 


07/05/2019
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Franceinfo - le samedi 4 mai 2019

 

 

"C'est comme ça que mon message passera" : des "gilets jaunes" racontent pourquoi ils prônent le "pacifisme" malgré les violences

 

 

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Kocila MakdecheFrance Télévisions

 

 

 

Ils déplorent, d'un côté, la répression policière et, de l'autre, la violence des manifestants. Franceinfo a rencontré ces "gilets jaunes" pris entre le marteau jaune et l'enclume bleue

 

 

 

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Un "gilet jaune", les mains en l'air, à Paris, le 1er mai 2019.  (SHAY HORSE / AFP)

 

 

 

Dominique a eu "la peur de [sa] vie". Le 15 décembre dernier, en pleine manifestation des "gilets jaunes" sur les Champs-Elysées, cette assistante sociale de 53 ans sort son appareil photo pour immortaliser l'instant quand le groupe de personnes en face d'elle se met à hurler. "Je me suis retournée pour voir ce qu'il se passait. Et là, je me suis retrouvée nez à nez avec un bouclier de CRS." Trop tard pour éviter la charge. "Je suis tombée par terre et j'ai été piétinée par une policière." 

 

 

La quinquagénaire s'en sort avec les deux genoux en sang et une côte fêlée. "Ça aurait pu être pire", mais cinq mois plus tard, le souvenir est encore douloureux. "Ils m'ont chargée alors que j'étais totalement inoffensive ! Ça a fait naître en moi une colère dont je n'imaginais même pas l'existence", bouillonne-t-elle encore. Pas question pour autant de céder à la violence. "Ça ne réglera rien, bien au contraire. Quoi qu'il arrive, je resterai toujours profondément pacifiste."

 

 

 

"Des haineux, des ultras, des factieux"

S'ils ont tendance à passer sous les radars médiatiques, davantage tournés vers les nombreuses violences qui émaillent les manifestations, certains "gilets jaunes" continuent de prôner la non-violence et le dialogue avec les forces de l'ordre. "Rester pacifiste, c'est un chemin de croix", s'amuse Didier, ancien syndicaliste dans la région nantaise et engagé dans le mouvement depuis la première heure.

 

 

Si on devient violents, la seule chose qu'on va réussir à faire, c'est décrédibiliser le mouvement. Ça ferait trop plaisir à Castaner qui depuis des mois essaie de tous nous faire passer pour des factieux.Didier, "gilet jaune"à franceinfo

 

 

Didier fait référence à un discours prononcé le 21 mars par le ministre de l'Intérieur, quelques jours après une manifestation parisienne particulièrement violente. Lors de la cérémonie d'investiture du nouveau préfet de police de Paris, le premier flic de France dégaine. "Samedi, sur les Champs-Elysées, il n'y avait pas de manifestants. Il n'y avait que des haineux, des ultras, des factieux. Des gens venus pour casser, pour détruire, pour agresser." Un réquisitoire devenu un leitmotiv. "Il n'y a plus de revendications, il n'y a que des radicalités", répète-t-il le 26 avril sur le plateau de franceinfo.

 

 

Avant de rejoindre les défilés lillois, Carole Lecouvez n'était pas sereine. Cette femme de 46 ans, qui travaille dans le social, s'est longtemps mobilisée à Cambrai (Nord) où les rassemblements de "gilets jaunes" étaient calmes, mais de petite taille. "En allant manifester à Lille, je craignais de tomber sur des black blocs et des 'gilets jaunes' radicalisés. J'avais raison, car j'ai vu des personnes cagoulées tout casser sur leur passage. Je me suis sentie en danger", explique-t-elle.

 

 

 

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Carole Lecouvez lors d'une manifestation de "gilets jaunes" à Lille. (CAROLE LECOUVEZ)

 

 

 

Dominique refuse le terme de "radicalisation". "Je préfère parler de personnes déterminées à aller jusqu'au bout. J'ai bien vu une évolution chez les 'gilets jaunes', mais je l'ai aussi constatée du côté des forces de l'ordre qui sont de plus en plus agressives." Elle continue : "Il y a des policiers qui veulent en découdre. Une fois, j'ai même vu des gendarmes calmer des flics de la BAC parce qu'ils étaient trop violents. C'est dire." 

 

 

J'ai toujours pensé que les policiers étaient là pour défendre la veuve et l'orphelin. Là, c'est la première fois que je me dis que les forces de l'ordre peuvent être une menace pour mon intégrité physique.Dominique, "gilet jaune"à franceinfo

 

 

Comme elle, plusieurs "gilets jaunes" non violents expliquent avoir pris conscience des risques qu'ils couraient en allant manifester. Dimitri, "gilet jaune" de Toulouse, a été choqué par la tournure qu'a prise le rassemblement. "J'étais avec ma copine sur la place du Capitole. On était sans casque, sans lunettes, complètement pacifistes. Et d'un coup, la police s'est mise à nous gazer. On s'est réfugiés dans une petite rue, mais on n'a pas vu qu'une vingtaine de CRS fonçaient vers nous", confie le trentenaire.

 

 

Il raconte avoir évité de peu un coup de matraque. "Si un manifestant ne nous avait pas prévenus, on se serait fait tabasser." Depuis, Dimitri ne se déplace plus tous les samedis, même s'il affirme "être toujours mobilisé". 

 

 

Se faire taper dessus, c’est émotionnellement compliqué. J’essaye de prendre un peu de recul pour ne pas devenir cinglé.Dimitri, "gilet jaune" à franceinfo

 

 

Malgré cet épisode, Dimitri affirme rester "résolument pacifiste". De même que Dominique, qui continue de s'investir corps et âme dans le mouvement. "Je refuse de ne pas y aller à cause de la peur. Par contre, j'interdis à mon mari et à mes enfants d'y aller, rit-elle. Avant de reprendre, plus sérieuse : "Le combat que nous menons me semble si important que je culpabilise si je n'y vais pas. Je me battrai jusqu'au bout. Et plus je vais y aller, plus je serai pacifiste. C'est comme ça que mon message passera."

 

 

 

"Trop naïfs", voire "masochistes"

Force est de constater que ces engagements non violents se font de plus en plus rares. En parcourant les groupes Facebook liés au mouvement, on découvre une multitude de débats entre une minorité de "pacifistes" et des "gilets jaunes" plus remontés. Au fil des commentaires, les seconds moquent les premiers qu'ils considèrent comme "trop naïfs", voire "masochistes". "Je les comprends. Leur colère est légitime. Moi-même, j'essaye de calmer mes proches qui n'en peuvent plus de se faire taper dessus", raconte Dimitri.

 

 

Avec cette répression violente, le gouvernement est en train de créer un monstre. Plus que des black blocs, nous allons finir avec des factions ultra violentes qui vont s'armer et attaquer la police. Dimitri, "gilet jaune"à franceinfo

 

 

Pas facile de continuer à défendre l'apaisement pour ces "derniers pacifistes", pris entre le marteau jaune et l'enclume bleue. "On se retrouve à faire le grand écart entre les "gilets jaunes" qui n'en peuvent plus et des policiers qui nous prennent pour cible alors qu'on manifeste calmement, regrette Didier. Les samedis, je passe mon temps à essayer de calmer tout le monde."

 

 

 

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Les gilets que portent Carole Lecouvez lors des manifestations. (CAROLE LECOUVEZ)

 

 

 

Chaque week-end, Carole Lecouvez tente de faire l'intermédiaire entre les manifestants et les forces de l'ordre. Dans les défilés, elle a longtemps arboré un gilet portant les inscriptions "Respect des 'gilets jaunes' et des forces de l'ordre. Non-respect du ministre de la non-paix", sobriquet dont elle aime affubler le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner. Pour la femme de 46 ans, le salut des "gilets jaunes" ne peut passer que par le dialogue avec la police. Et, elle l'espère, par un ralliement. 

 

 

Je suis née dans une famille d'uniformes et je sais qu'ils souffrent, comme les 'gilets jaunes' souffrent. Je crois qu'il faut tendre la main aux policiers pour qu'ils nous rejoignent. Carole Lecouvez à franceinfo

 

 

Pour ça, cette habitante du Nord s'active sur les réseaux sociaux où elle est entrée en contact avec plusieurs membres et syndicats de forces de l'ordre. "Je leur explique que tous les "gilets jaunes" ne les détestent pas. Que beaucoup ont conscience de la difficulté de leurs conditions de travail." "Ces histoires de suicide dans la police m'ont beaucoup choquée, continue Dominique. La stratégie du gouvernement, c'est de nous opposer systématiquement aux policiers. C'est ce qu'ils ont fait en mettant en exergue les 10 ou 15 personnes qui leur ont hurlé 'suicidez-vous'. La réalité, c'est que pendant longtemps, en manif, les gilets jaunes criaient 'ne nous regardez pas, rejoignez-nous'." 

 

 

 

"Castaner doit répondre de ses actes"

Tous les "gilets jaunes" interrogés par franceinfo réclament la démission de Christophe Castaner, condition sine qua non pour parvenir à un apaisement. "C'est lui le responsable de tout ça, accuse Didier. Jamais nous n'avons connu un ministre de l'Intérieur aussi autoritaire." Même son de cloche pour Carole Lecouvez : "Il doit répondre de ses actes, tout comme les membres des forces de l'ordre qui ont joué aux cow-boys pendant les manifestations. C'est la seule solution pour retrouver la paix." 

 

 

Dimitri craint que ce soit un vœu pieux. "Des manifestations, j'en ai fait pas mal et j'ai bien vu qu'il y avait un durcissement depuis la mobilisation contre la loi Travail. Mais là, c'est la première fois que j'assiste à quelque chose d'aussi violent. ", s'inquiète le Toulousain. Avant de conclure : "C'est aussi pour ça que je reste convaincu que le pacifisme est la seule solution. Car, même si nous parvenons à destituer ce gouvernement par la force, on perpétuera un système qui est basé sur la violence."

 


06/05/2019
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Franceinfo - le samedi 4 mai 2019 - 25e samedi

 

 

"Gilets jaunes" : 18 900 personnes ont manifesté en France selon le ministère de l'Intérieur, la plus faible mobilisation depuis le début du mouvement

 

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Ils étaient 1 460 à Paris. Il s'agit du troisième samedi consécutif où la mobilisation est en baisse

 

 

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Des manifestants au sein d'un rassemblements de "gilets jaunes" sur le boulevard Magenta, à Paris, le 4 mai 2019. (MAXPPP)

 

 

 

 

CE QU'IL FAUT SAVOIR

 

 

Nombreux dans le cortège syndical qui a rassemblé entre 150 000 et 300 000 manifestants le 1er mai, les "gilets jaunes" ont moins rassemblé, samedi 4 mai, pour le 25e samedi de mobilisation consécutif. Selon le décompte du ministère de l'Intérieur, régulièrement contesté par le mouvement, 18 900 personnes ont manifesté, dont 1 460 à Paris.

 

 

Quelques heurts à la Roche-sur-Yon. La préfecture de Vendée avait interdit tout rassemblement dans le centre-ville à la suite d'un appel inter-régional à manifester. La manifestation a tout de même eu lieu, réunissant entre 500 et 700 personnes selon France Bleu Loire Océan. Des échauffourées avec les forces de l'ordre ont éclaté, et au moins cinq manifestants ont été blessés, mais très peu de dégâts ont été constatés.

 

 

Trois manifestations étaient autorisées à Paris. La principale des trois manifestations autorisées s'est élancée à 13h de l'hôpital Lariboisière, et réunissait alors plusieurs centaines de personnes selon les journaliste sur place. Elle se dirige vers la place de la Nation, et doit passer à proximité de plusieurs centres hospitaliers, dans un geste de soutien "aux personnels soignants des hôpitaux et aux citoyens ayant difficilement accès aux soins", alors que le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner est sous le feu des critiques après avoir évoqué à tort une "attaque" de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière par des manifestants le 1er mai.

 

 

Une tendance à la baisse. Ce samedi marque le troisième week-end consécutif de baisse de la mobilisation des "gilets jaunes" selon les chiffres du ministère de l'Intérieur. Le 27 avril, il avait compté 23 600 manifestants dont 2 600 à Paris.

 


05/05/2019
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Franceinfo - le samedi 4 mai 2019

 

 

Abandon, impuissance, déclassement : regardez en avant-première le documentaire "Police, à bout de souffle"

 

 

 

Ces paroles de policiers racontent la déshumanisation et la perte de sens de leur métier

 

  

 

Manque de moyens, montée des violences, sentiment de déshumanisation : pour la première fois, sept policiers ont accepté, malgré leur devoir de réserve, de témoigner du malaise qui ronge leur profession, dans un documentaire signé Frédéric Ploquin et Julien Johan intitulé Police, à bout de souffle. Ce film, diffusé mardi 7 mai à 23h10 dans "Infrarouge", sur France 2, est à voir en avant-première samedi 4 et dimanche 5 mai, sur notre site, franceinfo.fr.

 

 

Novembre 2016, des milliers de policiers descendent dans la rue pour crier leur colère. Cette manifestation aussi spontanée qu’illégale, prend de cours le pays. Les Français découvrent des femmes et des hommes à bout, prêts à briser le devoir de réserve pour sauver leur profession en danger. Le divorce entre la base et la hiérarchie est total. Comment notre police en est-elle arrivée à cette extrémité ?

 

 

 

Des policiers proches de la rupture

Pour comprendre les origines de leur mal-être, ce film traverse les quinze dernières années de politique sécuritaire : de la mise en place de la politique du chiffre en 2005, en passant par les restrictions d’effectifs et de moyens, jusqu’à la période d’attentats et l’instauration de l’état d’urgence. Les policiers ont désormais l’impression d’être pris pour cibles par les terroristes, le banditisme de cité et les activistes dans les manifestations. Ces paroles interdites décrivent des sentiments d’abandon, d’impuissance, de déclassement. Face à l’urgence de leur situation, ils n’ont plus d’autre choix que de s’exprimer haut et fort. Du jamais vu sous la Ve République.

 


04/05/2019
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Franceinfo - le samedi 4 mai 2019

 

 

ENQUETE FRANCEINFO. Comment quelques centaines de grands donateurs ont financé l'essentiel de la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron

 

 

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Sylvain TronchetJulie GuesdonRadio France

 

 

 

L'histoire de la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron est aussi celle d'une levée de fonds sans précédent, qui s'est appuyée sur de grands donateurs dont l'importance a été minimisée.

 

 

 

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 Emmanuel Macron, alors candidat à l'élection présidentielle, lors d'un meeting de campagne à Paris, le 17 avril 2017. (ERIC FEFERBERG / AFP)

 

 

 

Entre la création d'En Marche, en mars 2016, et décembre 2017, Emmanuel Macron a reçu 15 994 076 euros de dons. Et certains ont encore donné après la campagne. Jamais un candidat n'avait rassemblé autant d'argent auprès des particuliers en partant de rien.

 

 

À première vue, cette somme réunie grâce à 99 361 dons semble accréditer l'histoire racontée par les responsables d'En Marche pendant la campagne : celle d'une mobilisation populaire autour du candidat. Pourtant, à bien y regarder, ceux que l'on a appelé les "grands donateurs" ont été déterminants. 48% de ces 16 millions d'euros ont été récoltés grâce à seulement 1 212 dons de 4 500 euros et plus. Ces gros chèques et virements ont été d'autant plus essentiels qu'ils ont longtemps représenté l'essentiel des ressources dont disposait le candidat.

 

 

Nous avons obtenu auprès de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) les fichiers des donateurs de la campagne d'Emmanuel Macron ainsi que ceux de LREM pour les années 2016 et 2017. Les noms des donateurs n'y sont pas présents, mais ils comportent certains éléments : la date du don, le pays et la ville de résidence du donateur, le montant du don, son type (virement ou chèque). Nous avons également croisé ces données avec celles contenues dans les Macron Leaks. On y trouve de nombreux mails de donateurs et bulletins de dons ainsi que des fichiers de contributeurs, dont nous avons pu vérifier l'exactitude grâce aux fichiers "officiels" que nous avions par ailleurs.

 

 

 

80 000 euros en caisse au lancement d'En Marche

Quand il lance En Marche à Amiens le 6 avril 2016, Emmanuel Macron n'a que 80 000 euros dans les caisses de son mouvement. Ils proviennent de quelques dons faits par des proches. Le premier donateur de l'histoire du mouvement est le père d'Emmanuel Miquel, le secrétaire de l'association de financement de la campagne, qui signe un chèque de 7 500 euros dès le 17 mars. Quelques amis banquiers sont également mis à contribution par Christian Dargnat, l'ancien patron de la branche gestion d'actifs de la BNP, qui prend la présidence de l'association de financement du mouvement.

 

 

Mais En Marche a besoin de beaucoup plus d'argent. Or, le parti cumule deux handicaps. Il vient d'être créé, donc il n'a pas accès au financement public de l'État, et il n'a pas d'actif immobilier qui pourrait servir de garantie pour un emprunt. Le candidat n'a qu'une solution pour financer sa campagne : faire appel aux dons des particuliers.

 

 

La stratégie de l'équipe Macron est clairement décrite dans un mail de Christian Dargnat, issu des Macron Leaks, du 10 septembre 2016 : "Quand on sait que les dépenses de campagne présidentielle sont limitées à 22 millions d’euros et que nous pourrions contracter un prêt bancaire [à hauteur de 9 millions] remboursé si le candidat dépasse le seuil des 5% aux élections, il nous reste donc à 'trouver' 13 millions. Si l’on arrondit à 10 millions le budget à trouver, il faut donc obtenir des dons de 1 333 personnes à 7 500 euros chacune."

 

 

 

Une campagne financée pour moitié par environ 800 personnes

Si Emmanuel Macron a reçu 1 212 dons de plus de 4 500 euros (sur un total de 99 361 dons), le nombre de donateurs qui se cachent derrière ces dons est nettement moins important, probablement aux alentours de 800. Certains ont en effet donné plusieurs fois, et nous avons pu les identifier dans de nombreux cas. La réglementation autorise un particulier à donner 7 500 euros par an à un parti politique. Ce même particulier peut également donner jusqu'à 4 600 euros au candidat de son choix par élection.

 

 

Grâce aux Macron Leaks et aux données obtenues auprès de la CNCCFP, nous avons pu retrouver des donateurs qui ont ainsi donné 7 500 euros à En Marche dès 2016, puis renouvelé leur don en 2017, et fait un troisième chèque de 4 600 euros, parfois arrondi à 4 500, à l'association de campagne du candidat. Certains ont également multiplié cette somme par deux au nom de leur conjoint(e), le chèque ou le virement partant du même compte commun.

 

 

Dans les faits, les grands donateurs étaient d'abord invités à verser une contribution au parti. Ensuite, ceux qui avaient atteint le maximum pouvaient compléter leur soutien en donnant à l'association de campagne. Un million d'euro a ainsi atterri sur le compte du candidat sous la forme de 251 dons, quasiment tous au plafond de 4 600 euros. Les fichiers de dons fournis par la Commission des comptes de campagne sont anonymisés, mais suffisamment précis pour faire certains recoupements.

 

 

On observe par exemple qu'un don de 4 600 euros arrive de Tirana, en Albanie, le 25 janvier 2017. Le même jour, un autre don de 7 500 euros atterrit sur le compte d'En Marche depuis… Tirana. Six jours plus tard, un couple de Zurich (Suisse) fait deux virements de 4 600 euros sur le compte de la campagne, au moment même où le parti reçoit un virement de 15 000 euros partis d'un compte commun de Zurich. Ce couple vient donc de donner 24 200 euros. Et il n'est pas le seul à l'avoir fait. Nous avons même retrouvé la trace d'un virement unique de 24 200 euros (correspondant à 2 × 7 500 + 2 × 4 600 pour un couple) qu'En Marche a dû rembourser pour cause de dépassement du plafond. Quelques jours plus tard, son émetteur, habitant à Tahiti, faisait cette-fois deux virements distincts au parti et à l'association de campagne pour le même total.

 

 

 

Des sollicitations "sans faire la distinction entre mouvement et campagne"

Pour parvenir à ce montant de 16 millions d'euros, l'équipe de campagne a "optimisé" la réglementation en matière de financement électoral. Certains de ses membres avaient bien conscience de contourner la volonté initiale du législateur sur le financement des campagnes politiques. Le 23 janvier 2017, Julien Denormandie écrit : "On en a déjà discuté avec CO [Cédric O, le trésorier], mais je voudrais double checker le fait que notre politique visant à solliciter les dons sans faire la distinction entre mouvement et campagne ne pose pas de problème. Je dis cela car l’esprit de la loi est bien de limiter le montant des contributions au titre de la campagne."

 

 

D'après nos informations, la stratégie d'En Marche a fait sourciller la Commission des comptes de campagne qui s'est opposée à ce que le parti paie directement les dépenses de la campagne d’Emmanuel Macron. L'équipe a réglé le problème en effectuant des virements vers l'association de campagne qui a ensuite payé les factures. Une opération sans conséquence qui avait le mérite de préserver les apparences. Orienter les dons prioritairement vers En Marche présentait l'avantage de pouvoir recevoir des sommes importantes avec un plafond à 7 500 euros au lieu de 4 600 pour l'association de campagne. Une stratégie assumée dans la réponse d'Emmanuel Miquel, le trésorier de la campagne, à Julien Denormandie : "On cherche d'abord à saturer le don au mouvement [à 7 500 euros], avant d'ensuite saturer celle du candidat [à 4 600 euros]."

 

 

 

Plus de la moitié des dons viennent de Paris ou de l'étranger

L'analyse des données fournies par la CNCCFP permet de comprendre où les équipes d'Emmanuel Macron ont concentré leurs efforts. Premier constat : En Marche a fait un carton à Paris. 6,3 millions d'euros ont été donnés au candidat par un peu plus de 15 000 habitants de la capitale. C'est quasiment la moitié des fonds collectés en France, alors que Paris intra-muros ne représente qu'un peu plus de 3% de la population française.

 

 

Cette proportion s'explique par la concentration de grands donateurs, installés dans les arrondissements huppés de l'ouest de la capitale, mais aussi, dans une moindre mesure, par une belle récolte de petits dons auprès des Parisiens qui ont largement voté pour Emmanuel Macron avec 35% dès le premier tour et presque 90% au deuxième. À titre de comparaison, le candidat a recueilli 240 000 euros de dons en provenance de Lyon, 35 000 à Bordeaux et 32 000 à Lille.

 

 

Emmanuel Macron a aussi pu compter sur de généreux donateurs hors de France. Il a reçu 2,4 millions d'euros de dons de l'étranger, soit 15% de sa collecte totale. 1,8 millions émanent de donateurs aisés avec 264 dons supérieurs à 4 000 euros. Sans surprise, le Royaume-Uni arrive en tête des pays donateurs.

 

 

>> Retrouver la répartition par pays des dons collectés à l'étranger par LREM et l'association de campagne d'Emmanuel Macron en 2016 et 2017

 

 

Emmanuel Macron a effectué au moins quatre voyages à Londres pour y lever des fonds. Avec succès (le don moyen y est de 1 000 euros), mais le socle de grands donateurs du candidat est bien resté en France : à eux seuls, trois arrondissements parisiens (6e, 7e et 16e) ont donné plus que tous les donateurs installés à l'étranger.

 

 

 

Des grands donateurs plutôt que le grand public

Le 18 novembre 2016, alors que le profil de ses donateurs commençait à faire polémique, Emmanuel Macron affirmait : "Il y a plus de 10 000 donateurs, une très grande majorité ce sont de petits dons autour de 40, 50 euros et il y a 5% des dons qui dépassent 1 000 euros." Pendant des mois, la communication du candidat va viser à installer l'idée d'une campagne financée par le grand public. L'équipe de campagne évitera toujours soigneusement de dévoiler deux données : le don moyen pour lui préférer le don médian qui ne donne pas d'indication sur les gros dons et la part des grands donateurs dans le total de la collecte.

 

 

Ainsi, si les chiffres qu'il énonce en novembre 2016 sont globalement vrais, nous avons pu le vérifier, Emmanuel Macron en oublie un : à cette date, sur les 3,6 millions d'euros qu'il a levé, les deux tiers (2,2 millions) lui ont été donnés par 300 personnes. Dans les premiers mois de la campagne, le candidat est totalement dépendant de généreux contributeurs : banquiers d'affaires, gestionnaires de fonds, avocats, entrepreneurs du web… S'ils n'avaient pas sorti leur chéquier, jamais sa campagne n'aurait pu débuter. La mobilisation du grand public ne va devenir vraiment significative que vers le mois de février 2017.

 

 

Par la suite, l'équipe de campagne va quasi-systématiquement minorer les chiffres réels de la collecte. Dans un article du JDD de février 2017, elle affirme par exemple avoir levé 5,1 millions d'euros et parle de 150 personnes ayant donné 7 500 euros. En recalculant les dons effectivement encaissés à cette date à partir des fichiers de la CNCCFP, on s'aperçoit qu'en réalité, la collecte totale était de 7,2 millions d'euros et que 362 personnes avaient fait des chèques de 7 500 euros, soit plus du double admis par l'équipe de campagne.

 

 

 

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Emmanuel Macron, alors ministre français de l'Economie, en marge du sommet sur l'avenir de l'Europe qui s'est tenu à Londres le 14 avril 2016. (JUSTIN TALLIS / AFP)

 

 

 

Il y a un point en revanche sur lequel l'équipe de campagne dit vrai : la première tentative de levée de fonds à Londres le 14 avril 2016 a bien été un fiasco. Elle avait pourtant suscité une vive polémique. Emmanuel Macron, encore ministre de l'Économie avait rencontré, en marge de deux voyages officiels, de riches Français installés à la City pour solliciter des dons pour son tout jeune parti.

 

 

La polémique avait enflé quand, quelques jours plus tard, le magazine Paris Match affirmait à tort qu'il avait récolté plus de 12 millions d'euros lors de cette escapade. Interpellé à l'Assemblée nationale par le député LR Georges Fenech, Manuel Valls avait expliqué que son ministre n'avait pas profité de son voyage pour collecter des fonds. En mai 2017, le magazine "Pièces à conviction" sur France 3 avait enquêté sur les coulisses de cette réunion à Londres.

 

 

Christian Dargnat, président de l'association de financement d'En Marche, avait admis dans le reportage de "Pièces à conviction" (vers 19'15'') que la réunion avait bien eu lieu, mais il affirmait avoir "levé zéro" en raison de l'amateurisme de l'équipe à ce moment-là. Christian Dargnat disait vrai. Dans les deux mois qui ont suivi ce voyage, à peine une dizaine de dons supérieurs à 5 000 euros sont arrivés en provenance de Londres.

 

 

 

Des recours aux dons différents selon les candidats

En 2017, le seul à avoir adopté une stratégie (un peu) comparable à celle d'Emmanuel Macron était Jean-Luc Mélenchon. Le candidat de La France insoumise ne pouvait pas s'appuyer sur un parti bénéficiant d'un fort financement public. Il a donc lui aussi sollicité les dons. Il a ainsi récolté 2,8 millions d'euros. Même en y ajoutant les dons perçus par le Parti de gauche en 2016 et 2017 et La France insoumise en 2017, pour tenter de trouver un périmètre comparable à Emmanuel Macron, son potentiel financier atteint 4,5 millions, soit quatre fois moins que le candidat d'En Marche. Les comptes détaillés du candidat Mélenchon ne sont pas encore disponibles auprès de la CNCCFP, mais si on regarde le fichier des donateurs 2017 du Parti de Gauche, on y trouve un don de 7 020 euros et une petite cinquantaine de contributions supérieures à 1 000 euros. Le potentiel financier des donateurs ne semble pas être le même.

 

 

 

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Montant et structure des dons de particuliers reçus par les principaux candidats à l'élection présidentielle de 2017. (INFOGRAM / RADIO FRANCE)

 

 

 

 

François Fillon n'avait lui, a priori, pas besoin de faire appel aux dons. Le candidat pouvait notamment compter sur un magot de 10 millions d'euros provenant des bénéfices réalisés lors de la primaire de la droite et du centre. Les 9,6 millions d'électeurs qui s'étaient déplacés sur les deux tours avaient tous versé 2 euros de participation. Néanmoins, François Fillon a collecté des fonds via son parti Force Républicaine. Il a ainsi récupéré 1,4 million d'euros en 2017, mais "seulement" 61 dons supérieurs à 4 500 euros. Très loin des 1 212 reçus par Emmanuel Macron.

 

 

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L'ensemble des candidats à l'élection présidentielle de 2017, à l'exception de Philippe Poutou, le 4 avril 2017 lors du débat organisé par BFMTV et CNews à la Plaine Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).  (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

 

 

 

Quand à Benoît Hamon et Marine Le Pen, ils n'ont quasiment pas sollicité les dons. Le premier pouvait compter sur la cagnotte du PS, qui bénéficiait encore à cette époque d'un important financement public. La seconde s'est financée grâce à un prêt accordé par Cotelec, le micro-parti de son père.

 

 

Dans l'histoire des élections présidentielles, seul Nicolas Sarkozy avait réalisé une performance comparable à celle d'Emmanuel Macron en 2017. Le candidat UMP avait reçu 7 millions de dons via son association de campagne et son parti avait récolté 8,9 millions.

 

 

 

Des grands donateurs qui disparaissent après la présidentielle

L'élection présidentielle passée, la mobilisation des grands donateurs semble s'être évaporée. Les comptes 2018 des partis politiques ne sont toujours pas publics, mais chez LREM, on explique n'avoir reçu qu'un million d'euros, une somme très faible au regard de ce que pouvait espérer jusque-là un parti majoritaire à l'Assemblée. À titre de comparaison, en 2013, année post-présidentielle, le Parti communiste avait engrangé 5,5 millions d'euros de dons. Ceci dit, LREM n'a plus à craindre pour ses fins de mois vu que le mouvement, grâce à son score aux législatives, touche dorénavant 22 millions d'euros par an de financement public.

 

 

Chez Les Républicains, les grands contributeurs habituels se sont également volatilisés. D'après nos informations, LR n'aurait reçu qu'environ 2,5 millions d'euros de dons en 2018, alors qu'en moyenne, sur les cinq années précédentes, la collecte rapportait 9 millions par an. Un cadre du parti explique qu'il a vu "les têtes changer lors des rencontres qui sont organisées entre Laurent Wauquiez et les plus généreux contributeurs du mouvement". D'après lui, "certains ont fait le constat qu'Emmanuel Macron faisait des réformes qui leur étaient favorables, comme la 'flat tax', et finalement, ils n'ont plus de raison de nous donner autant".

 


 

En raison de son manque de moyens notamment, la CNCCFP ne fournit toutes ces données que deux ans, voire plus, après l'élection présidentielle. Dans de nombreux pays (États-Unis, Royaume Uni, Allemagne…) les dons aux partis politiques sont publiés en ligne quasiment en temps réel, et le nom des donateurs est rendu public. En France, malgré quelques tentatives à l'Assemblée nationale ces dernières années, les députés ont toujours refusé la transparence totale du financement politique.

 


04/05/2019
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Franceinfo - le vendredi 3 mai 2019

 

 

Intrusion à la Pitié-Salpêtrière : comment le gouvernement défend Christophe Castaner, accusé d'avoir menti

 

 

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Le ministre de l'Intérieur a évoqué, mercredi soir, une "attaque". Mais des vidéos et des témoignages montrent que l'intrusion de manifestants dans l'hôpital n'était pas violente

 

 

 

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Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, à Paris, le 24 avril 2019. (BERTRAND GUAY / AFP)

 

 

 

Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur, est sous le feu des critiques. Il est pris pour cible après avoir qualifié d'"attaque" les événements survenus le 1er mai à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière, à Paris. Certains opposants réclament sa démission. Au lendemain des révélations qui ont permis de nettement nuancer la version gouvernementale, l'exécutif a pris la défense de Christophe Castaner, vendredi 3 mai.

 

 

"Je pense qu'il ne s'est pas rien passé à la Pitié-Salpétrière parce que c'est quand même grave de voir que quelque chose, qui ressemble à de la violence, s'est passé dans l'hôpital", a déclaré Jean-Michel Blanquer. Une formule alambiquée qui ne cache pas la gêne du ministre de l'Education nationale interrogé sur Radio Classique.

 

 

Sur la terminologie d'"attaque",  employée par Christophe Castaner, Jean-Michel Blanquer a répondu : "Une enquête a lieu, elle permettra de savoir exactement ce qui s'est passé mais c'est évidemment, en soi, un gros problème qu'il y ait eu ce qu'il s'est passé. Après, la façon de le qualifier, c'est dans les jours qui viennent que l'on pourra le dire davantage."

 

 

 

"On est dans l'étymologie"

"Tout le temps que l'on perd à alimenter une espèce de pseudo-polémique pour faire l'exégèse du terme 'attaque', c'est du temps que l'on perd pour dire que ce n'est pas acceptable de s'introduire dans un hôpital en défonçant une grille", a déclaré Gabriel Attal, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse, sur RTL.

 

 

Je trouve cette polémique révoltante.Gabriel Attal sur RTL

 

 

"J'attends que ceux qui font l'exégèse des termes des uns et des autres puissent condamner quand même", a-t-il poursuivi. "Un hôpital, ce n'est pas une zone de non droit, ce n'est pas quelque chose sur lequel on marche comme ça, impunément."

 

 

 

"Je ne suis pas là pour disserter"

"On ne s'introduit pas dans un lieu où on sauve des vies", a estimé Amélie de Montchalin, sur BFMTV"La justice définira si c'est une attaque, une intrusion violente. Là, on est dans l'étymologie", a balayé la secrétaire d'Etat aux Affaires européennes. "On a surtout entendu des équipes médicales terrorisées", a-t-elle affirmé alors qu'un infirmier en première ligne a simplement évoqué "un moment de stress" et qu'une aide soignante a déclaré "on ne s'est pas sentis plus agressés que ça".

 

 

"Si c'est le mot 'attaque' ou 'intrusion' sur lequel il faut que l'on disserte, moi je ne suis pas là pour ça ce matin", a-t-elle poursuivi. Et de conclure : "Je suis pour que les Français, quand ils vont à l'hôpital, quand ils ont des proches à l'hôpital, ils sachent qu'ils sont en sécurité."

 


03/05/2019
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Franceinfo - le jeudi 2 mai 2019 - mis à jour le 03.05.19

 

 

Manifestations du 1er-Mai à Paris : que s'est-il passé à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière ?

 

 

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Marion BothorelYann ThompsonFrance Télévisions

 

 

 

 

Le gouvernement a dénoncé, mercredi, une "attaque", tandis que des manifestants affirment avoir voulu échapper à des gaz lacrymogènes en s'introduisant dans l'enceinte de l'établissement hospitalier

 

 

 

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 Captures d'écran de vidéos filmées le 1er mai 2019 montrant une intrusion dans l'enceinte de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris. (DR)

 

 

 

"Il aurait pu se produire un drame dont je n'ose même pas imaginer les conséquences." Le directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, Martin Hirsch, a dénoncé, jeudi 2 mai, sur franceinfo, des "débordements gravissimes" et "inédits", au lendemain de l'intrusion de plusieurs dizaines de personnes dans l'enceinte de l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière. Certains de ces manifestants ont ensuite tenté (sans succès) de pénétrer dans le service de réanimation. Voici ce que l'on sait de cet incident, qualifié "d'attaque" par le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner.

 

 

 

Une intrusion par une entrée secondaire

Mercredi après-midi, alors que les tensions redoublent dans le cortège du 1er-Mai sur le boulevard de l'Hôpital, la directrice de la Pitié-Salpêtrière se trouve au PC sécurité de l'établissement. "En prévision du cortège (...), nous avions fermé l'ensemble des accès situés sur le boulevard, donc les trois accès étaient fermés, verrouillés et avec une présence de vigiles", affirme Marie-Anne Ruder sur RTL.

 

 

Vers 16 heures, la directrice est informée d'une tentative d'intrusion au 97 boulevard de l'Hôpital. "Des manifestants essayaient de forcer la grille, raconte Marie-Anne Ruder à franceinfoQuand je suis arrivée, les chaînes avaient cassé et des dizaines de personnes se sont introduites à ce moment-là dans l'hôpital." Elle dit avoir "essayé de refermer le portail, ce qui s'est avéré impossible sous la pression des personnes présentes". Un groupe de street medics (soignants de rue) confirme, sur Facebook, que certains manifestants ont "effectivement forcé un portail".

 

 

 

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Vue sur la grille d'accès au 97 boulevard de l'Hôpital, dans le 13e arrondissement de Paris. (GOOGLE STREET VIEW)

 

 

 

L'intrusion ne s'est pas faite par l'entrée principale de la Pitié-Salpêtrière, au 83 boulevard de l'Hôpital, mais par un accès servant à la fois de "sortie livraison cuisine" et de passage vers une résidence universitaire du Crous. Une fois la grille forcée et franchie (entourée en rouge ci-dessous), l'arrière du bâtiment des urgences n'est qu'à une quarantaine de mètres.

 

 

 

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Vue aérienne de l'entrée de la Pitié-Salpêtrière au 97 boulevard de l'Hôpital, donnant sur le bâtiment des urgences. (GOOGLE MAPS / FRANCEINFO)

 

 

 

Une tentative d'entrée dans le service de réanimation 

La directrice de l'hôpital affirme à franceinfo avoir "essayé de discuter" avec les manifestants qui se sont introduits illégalement dans l'enceinte de l'établissement hospitalier. En vain : "La discussion n'était pas possible, avec une certaine agressivité et violence verbale de la part de certaines des personnes qui étaient là." Marie-Anne Ruder précise à France Inter avoir alors "décidé d'appeler les services de police, car je voyais qu'on ne maîtrisait plus du tout". Selon elle, dans le même temps, un groupe "d'une vingtaine, une trentaine de personnes a monté l'escalier extérieur", qui mène au service de réanimation chirurgicale, situé au premier étage.

 

 

Des "dizaines" de personnes "se sont précipitées, en montant un escalier, en passant une passerelle, vers le service de réanimation chirurgicale", où elles "ont tenté d'entrer", sans y parvenir, confirme Martin Hirsch, le patron des hôpitaux parisiens, interrogé sur BFMTV. Au sein de ce service de réanimation se trouvent des patients "intubés, ventilés, extrêmement sensibles".

 

 

Le personnel précise qu'il s'agissait d'une issue de secours, vitrée, accessible par digicode. De l'extérieur, rien n'indiquait l'identité du service. "Je ne connais pas les motivations de cette intrusion inexplicable", a insisté Martin Hirsch, tandis qu'une enquête a été ouverte pour faire la lumière sur les circonstances de l'incident.

 

 

 

Une grande confusion au moment de l'intrusion

Présente presque dès le début, la directrice de la Pitié-Salpêtrière dit avoir remarqué, à son arrivée, des manifestants "en civil", des "gilets jaunes" et des individus au visage dissimulé. Sur RTL, elle insiste sur la "violence" et la "brutalité" de l'effraction et ne fait pas état d'une présence policière à ce moment-là. Pour Christophe Castaner, "on a attaqué un hôpital" et "on a agressé son personnel soignant".

 

 

De son côté, une journaliste de l'AFP a vu des manifestants se réfugier pour échapper aux gaz lacrymogènes au niveau du 97 boulevard de l'Hôpital, avant d'être pourchassés par les forces de l'ordre, et certains interpellés. "Au niveau de l'entrée de l'hôpital, on a pu constater des odeurs", reconnaît la patronne des lieux, Marie-Anne Ruder, sur RTL. Une vidéo, publiée à 16h21, montre bien (à partir de 0'26'') que la tentative de faire céder le portail intervient au milieu d'un nuage de lacrymogène que d'autres manifestants préfèrent fuir en se dirigeant vers le bas du boulevard. 

 

 

 

Natalia, venue prendre part à la manifestation, confirme s'être retrouvée coincée entre le mouvement de foule provoqué par les gaz et le canon à eau des forces de l'ordre. "Une grosse fumée a attaqué tout notre groupe, les gens ont commencé à courir dans tous les sens, ils pleuraient. On a senti que le [canon à eau] venait vers nous, on a vu le renfoncement avec la barrière et on s'est dit qu'on allait s'abriter là", raconte-t-elle à franceinfo, vidéo à l'appui. Elle assure qu'elle ne savait "pas que c'était un hôpital"

 

 

"On s'est abrités, on séchait nos larmes et on toussait. Deux ou trois personnes en tenue d'aides-soignants étaient là, dont un qui nous a lancé une boîte de sérum physiologique", assure Natalia. 

 

 

L'auteur des images ci-dessous, massivement partagées sur les réseaux sociaux, décrit le même contexte. Réfugié dans la cour, Mickaël Cham, un manifestant, assure à franceinfo avoir ensuite vu des forces de l'ordre s'avancer depuis le bâtiment des urgences : "On voit, là en face de nous, et arrivant par une autre entrée, les voltigeurs à moto qui commencent à nous viser avec des flash-balls." Selon lui, la grosse vingtaine de personnes, éparpillées dans la cour, commence à prendre peur.

 

 

Alors qu'il rebrousse chemin vers l'entrée donnant sur le boulevard, où la grille a cédé, "les CRS arrivent par la grille en tapant et on se retrouve pris en sandwich", assure-t-il. Il se met alors à courir au milieu d'un attroupement vers le mur sur sa gauche, comme le montre cette autre vidéo relayée par le documentariste et journaliste David Dufresne, qui recense les témoignages de blessés et dénonce les violences policières depuis le début des manifestations des "gilets jaunes".

 

 

 

Plusieurs manifestants, coincés dans la cour et interrogés par franceinfo, racontent la même scène. Selon Natalia, c'est à ce moment-là que d'autres manifestants se précipitent dans l'escalier menant au service de réanimation. 

 

 

 

On se met à paniquer et à courir vers l'intérieur. Je vois le groupe d'en face, paniqué, monter par un petit escalier, pour s'échapper. C'était dans l'allée du côté gauche. Natalia, une manifestante à franceinfo

 

 

 

La manifestante explique avoir, elle, pu sortir de la cour après avoir convaincu les CRS de la laisser passer. D'autres, comme Mickaël Cham, sont également évacués, comme le montre cette vidéo transmise à David Dufresne. 

 

 

 

 

Le personnel soignant du service de réanimation s'interpose

 

"Fort heureusement, le personnel, une dizaine de médecins, infirmiers, aides-soignants et internes, a eu le réflexe de se mettre derrière la porte pour empêcher l’intrusion", raconte la directrice de la Pitié-Salpêtrière au sujet de la tentative d'intrusion dans le service réanimation. Marie-Anne Ruder salue par ailleurs "le courage exemplaire" du personnel, qui n'a "eu qu’une obsession : protéger les patients".

 

 

 

Il y a un certain nombre de personnes qui ont tenté de forcer une porte derrière laquelle ils voyaient qu'il y avait des soignants qui criaient : 'Attention, malades, danger !' Martin Hirsch à franceinfo

 

 

 

Interne en réanimation, Michael Sebban était de l'autre côté de la porte. "Il y a cinquante personnes qui disent 'ouvrez la porte, ouvrez la porte', raconte-t-il à France Inter. Nous, on leur répond : 'Non, c'est une réanimation, on ne peut pas vous faire entrer, c'est impossible'. On essaie de bloquer la porte tant bien que mal, mais des personnes essaient de pousser. Ça a duré moins de cinq minutes, on a essayé d'empêcher les gens d'entrer dans la réanimation. On a essayé de protéger notre réa, on a fait ce qu'on a pu."

 

 

 

"Ils fuyaient quelque chose, ils voulaient qu'on ouvre la porte, mais, malheureusement, nous, on comprenait peut-être leur détresse, mais on ne savait pas leurs intentions", avance, sur BFMTV, un infirmier, qui était l'un des quatre professionnels à tenir la porte et qui reconnaît "un moment de stress""Aucune personne n'avait le visage masqué ou cagoulé", complète-t-il.

 

 

 

"Quand ils ont réalisé notre détresse, ça s'est calmé", ajoute l'aide-soignante Gwenaëlle Bellocq, sur BFMTV. Certains "ont été à l'écoute" et "ont essayé de calmer le jeu", selon elle, et "on ne s'est pas sentis plus agressés que ça"Une vidéo, diffusée jeudi après-midi, montre les événements depuis le service de réanimation. On aperçoit des manifestants, portant pour certains un gilet jaune, courir dans l'enceinte de l'hôpital afin visiblement de fuir les forces de l'ordre. Une trentaine d'entre eux grimpent un escalier extérieur et tentent de pénétrer à l'intérieur du bâtiment, mais en sont empêchés par le personnel soignant, qui referme la porte et la tient fermement.

 

 

Toutes les gardes à vue ont été levées

L'intervention de la police a permis de mettre fin à l'incident. Dans la foulée, 32 personnes ont été placées en garde à vue pour "participation à un groupement en vue de commettre des dégradations ou des violences", a annoncé le parquet de Paris. Jeudi soir, l'intégralité des gardes à vue ont été levées.

 

 

Dès mercredi soir, le directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris a promis de porter plainte. Selon Martin Hirsch, plusieurs vidéos "absolument édifiantes" de la tentative d'intrusion ont été tournées par le personnel et par les caméras de surveillance de l'hôpital. "Ces vidéos, j'ai choisi de les remettre à la justice, je n'ai pas à me prononcer sur les motivations" des manifestants, précise-t-il à franceinfo. 

 

 

Une plainte contre X a bien été déposée, le 2 mai, en début d'après-midi, par Marie-Anne Ruder. La directrice de la Pitié y dénonce l'intrusion au 97 boulevard de l'Hôpital, ainsi qu'une autre intrusion, de moindre ampleur, au numéro 83, au niveau de l'"accès véhicules" de l'hôpital. "Il y a eu également des jets de pierre au niveau de l'entrée au numéro 83, mais personne n'a été touchée, affirme-t-elle à la police. Il n'y a pas eu de coups ni de menaces. Il n'y a eu aucun blessé lors des faits."

 

 

La direction de l'AP-HP a précisé, jeudi, après le dépôt de cette plainte, que des "dégradations" avaient été constatées, mercredi, dans le courant de l'après-midi, et durant la nuit précédente, mais que, "à ce stade, aucun lien ne peut être fait entre ces deux constatations et l'intrusion des manifestants".

 

 

 

A priori, pas de lien avec l'hospitalisation d'un policier

Dans l'après-midi, mercredi, un capitaine de police d'une compagnie de CRS a été admis à la Pitié-Salpêtrière, en "urgence relative", après avoir reçu un pavé au visage. Martin Hirsch "ne pense pas" que l'intrusion de manifestants au 97 boulevard de l'Hôpital "ait un lien" avec cette hospitalisation. "Je ne les ai pas vus crier à la recherche d'un blessé particulier, a-t-il dit. Je ne sais pas si c'est une invasion d'hôpital, s'ils fuyaient quelque chose..."

 

 

Agnès Buzyn a, elle aussi, écarté tout lien entre les deux cas. "Je ne vois pas très bien comment les manifestants sur place ont pu avoir l'information puisque l'admission se faisait par une autre entrée", a-t-elle avancé. Selon Le Monde, l'hospitalisation du CRS est même postérieure à l'évacuation de l'enceinte par les forces de l'ordre.

 


03/05/2019
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Franceinfo - le lundi 1er mai 2019 - mis à jour le 02.05.19

 

 

Heurts, commissariat attaqué, syndicaliste exfiltré... Ce qu'il faut retenir de la manifestation du 1er-Mai à Paris

 

 

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Des violences ont éclaté lors de ce grand rendez-vous social, mais sans faire de Paris la "capitale de l'émeute" comme le réclamaient plusieurs "gilets jaunes" sur les réseaux sociaux

 

 

 

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Un "gilet jaunes" devant un nuage de gaz lacrymogène, à Paris, le 1er mai 2019.  (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

 

 

 

Pluie de pavés, jets de grenades lacrymogènes, vitrines vandalisées... A Paris, le défilé parisien du 1er-Mai a tourné à la bataille rangée entre manifestants et forces de l'ordre. A 19 heures, 330 personnes avaient été interpellées et 210 placées en garde à vue, selon le ministère de l'Intérieur.

 

 

D'après un comptage indépendant effectué pour plusieurs médias, dont franceinfo, par le cabinet Occurrence, 40 000 manifestants ont défilé dans les rues de la capitale. Voici ce qu'il faut retenir de la manifestation parisienne.

 

 

 

Des affrontements et un commissariat visé 

Des heurts ont vite éclaté entre les forces de l'ordre et des manifestants réunis en black bloc autour de la gare Montparnasse, dès 13 heures, avant même le début de la manifestation. "Le début de la manifestation a été très compliqué. Nous avons été confrontés à des violences sans précédent", raconte à franceinfo Mélanie Luce, présidente de l'Unef. 

 

 

Malgré des débuts tendus, le cortège a rejoint la Place d'Italie où de nouveaux affrontement ont éclaté. Selon un journaliste de France Télévisions présent sur place, des black blocs ont lancé des projectiles sur le commissariat de police du 13e arrondissement et ont tenté d'enfoncer les barrières anti-émeutes qui protégeaient le bâtiment. La police a répondu par des jets de grenades lacrymogènes.

 

 

Des manifestants ont, par ailleurs, mis le feu à des poubelles et à une voiture. Une agence d'assurance, une agence bancaire et plusieurs commerces ont été vandalisés, d'après des journalistes de l'AFP sur place. 

 

 

 

Des militants du black bloc présents mais moins de violence que prévu

Les autorités craignaient un 1er-Mai apocalyptique avec "1 500 black blocs" attendus, selon Christophe Castaner. Finalement, ils semblaient être moins nombreux, même si aucun chiffre sur la présence de ces militants radicaux n'a été communiqué par les autorités. 

 

 

"Nous n'avons pas eu de constitution de black blocs au sens strict du terme, s'est félicité auprès de franceinfo David Le Bars, le secrétaire général du SCPN, syndicat des commissaires de la police nationale. Avec plus de confiance et de réactivité, le fait d'aller plus rapidement sur ces groupuscules, on les a dérangés."

 

 

Ces affrontements ont tout de même fait 24 blessés parmi les manifestants. Au moins une personne a été "touchée à la mâchoire par un tir de LBD", ont affirmé à l'AFP des "street medics". Du côté des policiers, 14 membres des forces de l'ordre ont été blessés légèrement. Un CRS, blessé à la tête a été "pris en charge en milieu hospitalier" et est "en urgence relative", a indiqué la préfecture de police de Paris. 

 

 

 

Un dispositif policier très important

Mardi, lors d'une conférence de presse, Christophe Castaner avait annoncé le déploiement de 7 400 policiers et gendarmes pour le défilé parisien, parmi lesquels des binômes de policiers sur 190 motos. D'après le préfet de police de Paris, Didier Lallement, des drones ont même été utilisés pour filmer et suivre les manifestants violents.

 

 

La préfecture de police a aussi mis en place un dispositif de contrôle aux abords des principales gares et stations de métro ou de RER. Dès 13h15, avant même le début de la manifestation, 9 016 personnes ont été contrôlées et 165 ont été interpellées. 

 

 

Une vingtaine de membres de l'escadron de la Garde républicaine – dont la mission est, entre autres, de sécuriser les déplacements en voiture d'Emmanuel Macron – ont aussi été déployés pour sécuriser la manifestation. Il s'agit "pour le moment seulement d'une expérimentation", assure la gendarmerie nationale à franceinfo. Un premier test a eu lieu, samedi 20 avril, toujours dans les rues de Paris, à l'occasion d'une journée d'action des "gilets jaunes".

 

 

 

Le restaurant La Rotonde barricadé

La photo, impressionnante, a fait le tour des réseaux sociaux. On y voit des dizaines de policiers, en rang, déployés pour protéger le restaurant La Rotonde, situé sur le boulevard du Montparnasse.

 

 

Pourquoi un tel dispositif a-t-il été déployé pour protéger cette brasserie ? Après la dégradation du Fouquet's, quelques semaine plus tôt, le propriétaire des lieux craignait que les manifestants ciblent ce restaurant devenu un symbole du quinquennat d'Emmanuel Macron depuis que ce dernier y a célébré sa qualification au second tour de l'élection présidentielle.

 

 

 

Philippe Martinez temporairement évacué du cortège 

Fait inattendu : le secrétaire général de la CGT a été contraint de quitter temporairement le cortège, en début de manifestation, à cause des violences. D'après des témoins sur place, interrogés par franceinfo, Philippe Martinez a été évacué par le service d'ordre du syndicat "après avoir été pris à partie par des black blocs." 

 

 

Devant les journalistes, le chef de file de la CGT a accusé les forces de l'ordre. "La police a chargé la CGT, c'est grave parce qu'on est identifiés quand même"a-t-il affirmé pendant la manifestation, avant de préciser, sur le plateau de franceinfo : "J'avais rendez-vous avec vos confrères pour un point de presse traditionnel. Vers 13h45, il y a eu des échauffourées dans le carré de tête. Les forces de l'ordre sont intervenues et ont visé une camionnette de la CGT qui ouvre le cortège". Philippe Martinez évoque ensuite "des gaz lacrymogènes et une volonté délibérée d'affrontements".

 

 

La préfecture a rapidement réagi aux accusations proférées par Philippe Martinez. "La CGT n'a jamais été la cible des policiers et de gendarmes qui ont assuré leur mission avec détermination face à des casseurs violents", a-t-elle assuré sur Twitter. 

 

 

 

Les syndicats dénoncent la "pression policière"

Comme la CGT, plusieurs syndicats se sont tout de même émus des violences survenues lors de ce grand rendez-vous social. "On a vu des charges de CRS très importantes, des grenades de désencerclement ont été lancées à quelques mètres de nous", a expliqué à franceinfo la présidente de l'UNEF, Mélanie Luce. 

 

 

De son côté, porte-parole de Solidaires Eric Beynel a mis en cause le dispositif policier exceptionnel mis en place pour cette journée. "On n'a pas arrêté d'être harcelés par les forces de l'ordre. J'ai dû répondre à une interview avec un masque à cause des gaz lacrymogènes", a raconté le syndicaliste, avant d'affirmer : "Ceux qui ont essayé de nous voler le 1er-Mai, ce ne sont ni les 'gilets jaunes' ni ceux qu'on appelle les 'radicaux', mais c'est le gouvernement, en mettant cette pression policière aussi folle."

 

 

Certains ont d'ailleurs rebroussé chemin. Le syndicat FSU a ainsi annoncé à franceinfo avoir quitté le cortège, au cours de la manifestation parisienne, "en raisons des violences""C’est assez douloureux quand on est syndicaliste de se dire qu’on ne peut pas manifester le 1er-Mai. Il y a beaucoup de tristesse, de colère et d’incompréhension"a regretté Bernadette Groison, secrétaire générale du  syndicat de la fonction publique.

 


02/05/2019
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