L'AIR DU TEMPS

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Franceinfo - le samedi 23 mars 2019 - 19e samedi de mobilisation

 

 

"Gilets jaunes" : des forces de l'ordre omniprésentes

 

 

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France 2France Télévisions
 
 

 

C'était un samedi test pour la nouvelle stratégie du gouvernement. Le 19e samedi de mobilisation des "gilets jaunes" s'est déroulé dans plus de calme que la semaine précédente

 

 

 

 

La mobilisation des "gilets jaunes" s'est renforcée samedi 23 mars en France lors d'un acte 19 marqué par des tensions en région et un défilé dans le calme à Paris, où les Champs-Elysées étaient interdits d'accès aux manifestants après les saccages de la semaine dernière. Dans la capitale, les "gilets jaunes" ont préféré défiler entre la place Denfert-Rochereau (sud) et la basilique du Sacré-Coeur (nord).

 

 

"Aujourd'hui, l'ordre républicain a été maintenu", s'est félicité le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, sur la sellette depuis un acte 18 marqué par un net regain de violences.

 

 

 

Consignes de "fermeté"

À Montpellier (Hérault), manifestants et forces de l'ordre se sont fait face sous une pluie de lacrymogènes. Des tensions ont également éclaté à Nice (Alpes-Maritimes) où certains "gilets jaunes" ont bravé l'interdiction de manifester, mais ils ont été vite dispersés par la police.

 

 

Après avoir mené cette semaine une purge à la tête de la préfecture de police, l'exécutif avait promis la "fermeté" et annoncé le "renfort" de militaires, provoquant un tollé. "Nos consignes de fermeté ont été respectées", a estimé samedi soir le ministre de l'Intérieur, indiquant que 233 personnes avaient été interpellées en France, dont 172 ont été placées en garde à vue.

 

 

 

 

 

 

"Gilets jaunes" : 40 500 personnes mobilisées en France, dont 5 000 à Paris, annonce Christophe Castaner

 

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Kocila MakdechePierre GodonFrance Télévisions

 

 

 

Le 19e samedi de mobilisation a été marqué par une augmentation du nombre de manifestants en France par rapport à la semaine précédente

 

 

 

 

CE QU'IL FAUT SAVOIR

 

 

Le 19e samedi de mobilisation des "gilets jaunes" s'est déroulé sans débordements majeurs, le 23 mars. Au total, 40 500 personnes étaient mobilisées en France. C'est plus que la semaine dernière où elles étaient 32 300, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur. A Paris en revanche, les manifestants étaient 5 000, contre 10 000 la semaine précédente. Sur toute la France, 233 interpellations et 107 verbalisations ont eu lieu. A 17 heures, 172 personnes avaient été placées en garde à vue. Suivez notre direct.   

 

 

Tensions en région. A Montpellier, qui n'avait pas été soumise samedi à des restrictions de manifester, des échauffourées ont éclaté environ deux heures après le départ du cortège. Les forces de l'ordre ont fait des sommations puis procédé à des tirs nourris de grenades lacrymogènes, alors que des manifestants leur jetaient canettes et bouteilles de bière. A Nice, des heurts ont éclaté dans l'après-midi lorsque quelques centaines de manifestants ont tenté de pénétrer dans le périmètre interdit aux rassemblements. A Bordeaux, place forte du mouvement, des tensions se sont fait sentir en centre-ville, là aussi interdit de manifestation, avec l'arrivée de militants des "black blocks" en milieu d'après-midi. 

 

 

Verbalisations à Paris. A Paris, la préfecture de police annonce à 17h30, avoir procédé à 6 825 contrôles d'identité, 70 interpellations et 49 verbalisations sur le "périmètre interdit" qui comprend les Champs-Elysées, la place de l'Etoile, la place de la Concorde, et autour d'une partie de l'Assemblée nationale.

 

 

La force Sentinelle en renfort. Après avoir fait tomber les têtes à la préfecture de Paris, tenue pour responsable des"dysfonctionnements" lors du 18e samedi de mobilisation, l'exécutif a interdit les manifestations dans plusieurs lieux emblématiques à Paris, Nice ou Bordeaux et annoncé le renfort de militaires de la force antiterroriste Sentinelle. Depuis cette décision surprise mercredi, les autorités tentent de déminer la polémique en martelant que ces soldats auront pour seule mission de protéger les bâtiments officiels et sites sensibles, afin de décharger les policiers. Face au tollé politique, le chef de l'Etat a dénoncé depuis Bruxelles "un faux débat" provoqué par "ceux qui jouent à se faire peur et à faire peur", assurant que l'armée n'est "en aucun cas en charge du maintien de l'ordre".

 

 


24/03/2019
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Franceinfo - le vendredi 22 mars 2019

 

 

"On ne sait pas faire du maintien de l'ordre" : des soldats de Sentinelle s'inquiètent de leur implication dans les prochaines mobilisations des "gilets jaunes"

 

 

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Édité par Noémie BonninGaële JolyRadio France

 

 

 

Des soldats ont accepté de témoigner sur franceinfo, sous couvert d'anonymat, à propos de leur mobilisation dans le cadre des prochaines manifestations des "gilets jaunes". Une mauvaise idée qui pourrait se révéler dangereuse, selon eux

 

 

 

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Des soldats de l'opération Sentinelle, le 25 juillet 2016. (IAN LANGSDON / POOL)

 

 

 

"On n'a rien à faire dans ces histoires de 'gilets jaunes'", dénonce ce soldat, qui totalise 14 mois de missions en patrouille Sentinelle. Il témoigne sur franceinfo de manière anonyme, vendredi 23 mars. À la veille d'une nouvelle manifestation des "gilets jaunes", l'annonce du gouvernement d'impliquer les soldats de l'opération Sentinelle continue de faire des remous.

 

 

"Les mecs de Sentinelle, ce sont tous des militaires, on ne sait pas faire du maintien de l'ordre", explique le militaire. Lui et ses collègues seront appelés à renforcer la sécurité de certains monuments, mais aussi du quartier de l'Élysée, en garde statique. Hors de question en revanche d'intervenir dans le maintien de l'ordre, comme les policiers et les gendarmes. Mais dans les régiments, ils sont beaucoup à se poser la même question : comment réagir si des émeutiers les attaquent ?

 

 

On n'a pas le matériel nécessaire, parce qu'on n'a que des matraques télescopiques et des petites gazeuses à main, comme les filles ont dans leur sac. Après, c'est directement le fusil d'assaut. Un militaire à franceinfo

 

 

"On a en permanence le gilet pare-balles sur nous et le fusil d'assaut. On n'a pas le matériel de protection que vont avoir les CRS, on n'a pas les protège-jambes, on n'a pas toute l'espèce de carapace qu'ils ont sur eux", explique le soldat.

 

 

La mesure du gouvernement inquiète et provoque beaucoup d'interrogations et d'incompréhension. "Si on se fait caillasser, soit on rentre dans le bâtiment pour se mettre à l'abri, soit on ne peut pas se mettre à l'abri pour X raison. La seule réponse qu'on pourra avoir à ce moment-là, c'est peut-être un coup de gazeuse au début ou un coup de matraque télescopique, mais après s'il y a trop de monde, oui, malheureusement il risque d'y avoir des morts."

 

 

 

"L'ennemi ne peut pas être la population"

Un dérapage dramatique, c'est ce qui inquiète aussi cet autre soldat, qui refuse de pointer son arme sur le peuple français : "C'est absurde, c'est du n'importe quoi. On n'est pas préparé à ça. Nous, en termes techniques, on lutte contre un ennemi. Et l'ennemi ne peut pas être la population, ce n'est pas possible. C'est la situation dans laquelle on essaie de mettre les militaires aujourd'hui."

 

 

Une situation d'autant plus difficile à gérer que beaucoup de soldats éprouveraient une certaine sympathie à l'égard des "gilets jaunes", selon ce cadre de l'armée, qui dénonce une instrumentalisation politique : "Ils ne savent plus quoi faire, ils ne savent plus comment gérer, ils n'ont pas pris encore la mesure de ce mouvement."

 

 

L'armée, au niveau du gouvernement, ça reste le petit joker. On le sort quand on en a besoin. Un militaire à franceinfo

 

 

"Là, il y a un gros problème, 'on va mettre l'armée et comme ça on va voir ce que ça donne et nous on reste tranquillement où on est'", poursuit le militaire. "Au niveau des états-majors, ça bouillonne pas mal, les juristes sont dessus pour revoir les règles d'engagement, parce que là aussi, il ne faut pas faire d'erreur."

 

 

L'état-major a bien tenté de rassurer : Non les soldats ne seront pas en contact direct avec les manifestants. Mais impossible à prédire, tant le parcours des "gilets jaunes" reste imprévisible. Dans ce cas, les troupes pourraient être désengagées ou protégées par les forces de l'ordre. Une réponse bien trop flou, condamnent les militaires.

 


22/03/2019
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Franceinfo - le jeudi 21 mars 2019

 

 

"Vous êtes devenus fous" : au débat des chefs de partis, le ton monte sur le recours aux militaires de l'opération Sentinelle

 

 

 

A deux mois des élections européennes, François Bayrou, Olivier Faure, Stanislas Guerini, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Laurent Wauquiez échangeaient sur la crise des "gilets jaunes", mercredi, lors d'une émission spéciale sur BFMTV

 

 

 

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Stanislas Guerini (LREM), Laurent Wauquiez (LR), François Bayrou (Modem), Jean-Luc Mélenchon (LFI), Olivier Faure (PS) et Marine Le Pen (RN), le 20 mars 2019 sur le plateau de BFMTV. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

 

 

 

Ce fut l'un des plus importants sujets de discorde. A deux mois des élections européennes, les principaux chefs de partis débattaient de la crise des "gilets jaunes", mercredi 20 mars sur BFMTV. Et la gestion de l'ordre public a été au cœur des échanges, notamment après l'annonce de la mobilisation de la mission antiterroriste militaire Sentinelle pour les prochaines manifestations.

 

 

"Vous êtes devenus fous ! Un militaire, c'est pas un policier", a tonné Jean-Luc Mélenchon, dénonçant une "surenchère permanente" de l'exécutif.

 

 

 

 

 

 

"Je considère que quand vous avez des gens qui terrorisent, qui brûlent, qui mettent à sac... On doit les arrêter", a réagi François Bayrou, à la surprise de Mélenchon. "Pour moi, la stratégie de la violence est la pire de toutes parce qu'elle ne nous amène nulle part", a répondu Jean-Luc Mélenchon."C'est un métier, le maintien de l'ordre. Il faut abaisser la température", selon Mélenchon.

 

 

"Je suis très choquée qu'on envisage de mettre l'armée. On ne met pas l'armée contre le peuple français", a estimé de son côté Marine Le Pen.

 


21/03/2019
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Franceinfo - le mardi 19 mars 2019

 

 

Grève : trois quarts des Français soutiennent la mobilisation, selon un sondage

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Parmi les Français qui trouvent ce mouvement justifié, 12% disent prévoir d'y participer, tandis que 69% ont de la sympathie mais n'y participeront pas

 

 

 

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Des manifestants à Toulouse (Haute-Garonne), le 5 février 2019. (ALAIN PITTON / NURPHOTO / AFP)

 

 

 

La mobilisation s'annonce populaire. Trois quarts des Français (73%) soutiennent le mouvement de grève du mardi 19 mars, auquel ont appelé les syndicats CGT, FO, Solidaires, FSU Unef et UNL, selon le baromètre* des services publics Odoxa pour la Banque Française Mutualiste, l'Obs, France Inter et la presse régionale.

 

 

Dans le détail, 35% des personnes interrogées trouvent ce mouvement en faveur du pouvoir d'achat "tout à fait justifié" et 38% "plutôt justifié", contre 27% qui l'estiment "pas justifié". Le soutien est encore plus fort au sein des agents du secteur public qui sont 88% à soutenir ce mouvement.

 

 

Parmi les Français qui trouvent ce mouvement justifié, 12% disent prévoir d'y participer, tandis que 69% ont de la sympathie mais n'y participeront pas. 14% y sont indifférents et 5% y sont opposés, même s'ils comprennent la mobilisation. Au sein des salariés du service public, ils sont 18% à dire qu'ils ont prévu d'y participer. 

 

 

*Sondage réalisé par internet auprès d'un échantillon de Français les 13 et 14 mars et d'un échantillon d'agents du service public du 11 au 13 mars. Échantillons de 1 004 Français représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus et de 1 004 salariés du service public représentatif de la population de salariés du service public en France (méthode des quotas).

 


19/03/2019
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Franceinfo - le dimanche 17 mars 2019

 

 

RECIT. "On ne s'attendait pas du tout à ça" : samedi, à Paris, la violence embrase la manifestation des "gilets jaunes"

 

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Juliette CampionFrance Télévisions

 

 

 

 

 

Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a dénoncé "des groupuscules hyperviolents venus piller, casser et harceler les forces de l’ordre". De nombreux commerces ont été saccagés. Franceinfo retrace la chronologie de cette journée chaotique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des barricades en feu, des dizaines de vitrines brisées, une banque incendiée : quatre mois après le début du mouvement des "gilets jaunes", le 18e samedi de mobilisation a été marqué par un regain de violence.

 

 

Dès 10 heures, samedi 16 mars, des tensions ont éclaté entre manifestants et forces de l'ordre. Toute la journée, de nombreux incidents ont éclaté sur les Champs-Elysées. Franceinfo revient sur la chronologie des événements.

 

 

 

"Maintenant, on va passer aux choses sérieuses"

Pour cette 18e journée de manifestations, Eric Drouet, l'une des figures des "gilets jaunes", avait annoncé la couleur. "Maintenant, on va passer aux choses sérieuses : l'acte 18 arrive et ça, Macron, tu peux te méfier parce que ça va être un regain de mobilisation" avait-il annoncé sur YouTube dès le soir de la 17e journée. Samedi 9 mars, après le plus bas niveau de mobilisation du mouvement, le chauffeur routier appelait à donner un nouvel élan aux manifestations avec un "seul point de convergence" : Paris. 

 

 

Pour les organisateurs, ce rassemblement devait être une démonstration de force, un ultimatum posé à Emmanuel Macron. De son côté, Maxime Nicolle, autre figure du mouvement, a laissé entendre qu'il fallait en finir avec le "pacifisme" lors d'un Facebook live diffusé dans la nuit de dimanche 10 à lundi 11 mars

 

 

 

Cela fait 17 semaines que je prône le pacifisme, que je dis à tout le monde que je ne suis pas pour la violence. J'ai fait des appels au calme. Le 16, il va se passer ce qu'il va se passer. J'en ai plus rien à foutre Maxime Nicolle sur Facebook

 

 

Des actions étaient prévues dans plusieurs régions, notamment à Bordeaux, Lyon, Montpellier, Dijon ou Caen. A Paris, des rendez-vous étaient donnés dès le matin, à 10 heures, aux abords de plusieurs gares, sur la place du Châtelet et sur les Champs-Elysées.

 

 

 

"On pensait rester ouverts..." 

Dans plusieurs endroits de la capitale, la journée débute dans le calme. Des "gilets jaunes" se rassemblent dans les différentes gares de Paris et commencent à défiler. Vers 10 heures, des cortèges partent tranquillement de la gare du Nord et de la gare Saint-Lazare. Venue de Normandie, Murielle explique : "Aujourd'hui, la France monte à Paris". "Y'en a marre d'être dépouillés, taxés, avec le prix de l'essence qui a encore remonté"martèle Sylvie, d'Evreux (Eure).

 

 

A l'ouverture de leurs magasins, les commerçants sont plutôt sereins. C'est le cas de Pizza Pino, situé 31 avenue des Champs-Elysées. "C'était plutôt calme les derniers samedis, donc on a ouvert comme d'habitude avec les mêmes effectifs en termes de personnel", explique un cuisinier du restaurant à franceinfo. Même décision du côté du restaurant l'Alsace, de Massimo Duti et de J.M Waston, un magasin de chaussures pour hommes de l'avenue. Ils ouvrent, comme d'habitude sans protéger leurs façades comme certains avaient pu le faire les samedis de décembre. Mais rapidement, sur l'avenue, l'ambiance se tend. 

 

 

Les premiers affrontements éclatent sur le haut des Champs-Élysées peu après 10 heures. Les forces de l’ordre lancent les premières grenades lacrymogènes. "Ça risque de chauffer aujourd'hui", met en garde Greg, un "street medic" de 38 ans, munis d'un casque et d'un masque. "Le mot d'ordre aujourd'hui, c'est faire attention devant, pour les LBD et derrière, pour les casseurs", explique-t-il.

 

 

 

Si les commerçants sont surpris, les forces de l'ordre semblent mieux préparées. Pour cette journée, le dispositif de sécurité a été revu à la hausse par rapport aux samedis précédents et atteint son niveau du mois de décembre. A Paris, plus de 5 000 membres des forces de l'ordre sont mobilisés, selon la préfecture. Quelque 38 compagnies de CRS (sur 60) et 61 escadrons de gendarmes mobiles (sur 108) sont affectés au maintien de l'ordre sur le reste du territoire. 

 

 

A 10h30, des assaillants cagoulés entourés de "gilets jaunes" prennent d’assaut un fourgon de gendarmerie. Acculées, les forces de l’ordre quittent la zone et le petit escadron restant réplique à coups de gaz lacrymogènes et de grenades de désencerclement.

 

 

A 10h45, la préfecture de police fait savoir que 20 personnes ont déjà été interpellées. "On veut plus de justice sociale, les mêmes règles pour tout le monde en France, pas tout pour les riches et rien pour les autres", lance Karine, 42 ans, de Valenciennes (Nord). La tension monte et les cortèges convergent vers l'arc de Triomphe.

 

 

 

"Cela n'a rien à voir avec les samedis précédents" 

Vers 11 heures, plusieurs vitrines de magasins ont déjà été caillassées. Presque toutes les enseignes des Champs-Elysées ferment leurs portes. La plupart sont prises de court. "On ne s'attendait pas à une telle violence, ça n'a rien à voir avec les samedis précédents", souffle un serveur de la brasserie L'Alsace, située au milieu de l'avenue. Chez Pizza Pino, "on a fermé le restaurant au public. Le personnel est resté à l’intérieur. On fait bouclier devant les vitres pour dissuader les manifestants, pour qu’ils ne nous attaquent pas", confie le cuisinier, plus tendu. 

 

 

Un kiosque est en train de brûler devant le restaurant !Un cuisinier du restaurant Pizza Pino, avenue des Champs-Elysées à franceinfo

 

 

Certains commerçant ont quand même pris leurs précautions et ont protégé leurs vitrines avec des panneaux de bois. 

 

 

Au même moment, plusieurs départs de feu surgissent à différents endroits de l'avenue. Des motos sont aussi incendiées

 

 

Des affrontements éclatent autour de l'arc de Triomphe entre manifestants et forces de l'ordre. La situation se tend également avenue Mac-Mahon avec plusieurs départs de feu aux abords d'une barricade de police. Plusieurs personnes sont venues masquées, vêtues de noir. La gendarmerie nationale poste un tweet pour demander aux "gilets jaunes" de se tenir à l'écart. "Gilets jaunes, dissociez-vous des casseurs !"  est-il écrit. 

 

 

A 11h30, le bilan augmente : 31 personnes ont été interpellées. Pendant ce temps, les premiers participants à la "Marche du siècle" se rassemblent place du Trocadéro, à deux kilomètres de là. 

 

 

Le Fouquet's ravagé, une banque incendiée 

Plusieurs enseignes sont prises pour cible sur la célèbre avenue. Les vitrines des magasins Hugo Boss, Nike, Etam, Swarovski, Bulgari, Longchamp sont détruites, tout comme une vitrine du drugstore Publicis.

 

 

Vers 12h30, des casseurs s'en prennent au Fouquet's. Des vitrines du restaurant sont détruites, les buis qui délimitaient la terrasse sont saccagés, les panneaux de protection tagués. On peut notamment lire "Sarko a tout cassé". L'intérieur n'est pas non plus épargné : les tables et fauteuils sont renversés et la vaisselle brisée. Devant le restaurant, un "gilet jaune" se réjouit : "C'est un symbole, c'est pour ça que ça me fait plaisir : je suis contre la casse du petit commerçant mais là, ça, on s'en fout", déclare-t-il à franceinfo. A quelques mètres, une autre manifestante, moins tranchée, constate simplement : "On savait que ça allait casser, on savait que ça allait être une grosse journée : bon ben ça a cassé, c'est dommage." 

 

 

Les Champs-Elysées ressemblent de plus en plus à une scène de bataille, rappelant les samedis les plus violents du mouvement. Face à l'intensification des violences, l'avenue est verrouillée tandis que des manifestants forment des barricades avec le mobilier urbain. 

 

 

A 13h30, un incendie commence à ravager la banque Tarneaud, à l’angle de la rue du Colisée et de l’avenue Franklin-Delano-Roosevelt. La gérante du salon de coiffure situé en face filme la scène avec son smartphone. 

 

 

"Le feu a commencé à prendre dans la partie basse de la banque puis il est monté au niveau au-dessus",  raconte-t-elle à franceinfo. L'incendie a été déclenché volontairement au rez-de-chaussée, selon plusieurs témoins. Le quartier est bouclé, les pompiers arrivent vingt minutes plus tard. Une femme et son bébé sont sauvés des flammes alors qu'ils étaient coincés au deuxième étage du bâtiment. Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, réagit dans un tweet : "Les individus qui ont commis cet acte ne sont ni des manifestants, ni des casseurs : ce sont des assassins". Au total, l'incendie fait 11 blessés légers. Le feu est maîtrisé avant 14 heures. 

 

 

A ce moment-là, la préfecture de police dénombre environ 10 000 manifestants dans la capitale et quelque 14 500 manifestants dans toute la France. Une mobilisation en nette hausse par rapport aux précédents week-ends. Samedi dernier à la même heure, les manifestants étaient 7 000 sur l'ensemble du pays, dont 2 800 dans la capitale, selon les chiffres de la place Beauvau.

 

 

A Bordeaux et Nantes convergence des "gilets jaunes" et de la marche pour le climat

Si la situation est chaotique sur le bas des Champs-Elysées, ailleurs en France, les cortèges sont plus calmes. Dans une atmosphère bon enfant, militants pour le climat et "gilets jaunes" se rassemblent sur la place de la Bourse, à Bordeaux. Les deux cortèges s'élancent simultanément sous le soleil. Sous un ciel plus gris, les deux marches se mélangent aussi à Nantes. Un journaliste sur place estime qu'il y a entre 1 000 et 2 000 personnes dans les rues à 14h41. 

 

 

Pendant ce temps à Paris, une grande partie des manifestants est bloquée en haut de l'avenue des Champs-Elysées, sur la place de l'Etoile. Dans un nuage de gaz lacrymogènes permanent, les forces de l’ordre essuient de nombreux jets de pavés tandis que des manifestants tentent d'avancer, des barrières de chantiers en guise de boucliers. 

 

 

A 16 heures, Benjamin Griveaux promet "ni excuse, ni faiblesse". Le porte-parole du gouvernement déclare sur Twitter que "l’ultra violence et la haine de la France s’expriment de nouveau dans nos rues". Il affirme également son soutien aux "commerçants et aux Parisiens qui n'en peuvent plus".

 

 

Edouard Philippe et Christophe Castaner aux côtés des forces de l'ordre 

Il est 17 heures, et la plus belle avenue du monde est méconnaissable. Des feux  brûlent devant les boutiques Longchamp, Foot Looker et le restaurant Léon de Bruxelles. Plusieurs commerces, notamment d'habillement, sont pillés. Le Premier ministre Edouard Philippe et le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner font un état des lieux devant les caméras au niveau du Grand Palais, à l’entrée de l’avenue. "Je ressens une grande colère, car les actes qui sont été commis ne sont pas le fait de manifestants, ils sont le fait de casseurs, de pillards, d’incendiaires, de criminels", déclare le Premier ministre.

 

 

Edouard Philippe adresse "son plus grand soutien aux forces de l'ordre, aux sapeurs-pompiers, qui par leur travail ce matin ont permis d'éviter le pire"après l'incendie de la banque Tarneau. 

 

 

David Michaux, secrétaire national CRS à l’Unsa Police, livre une autre analyse des événements. Il se dit "scandalisé" par la répartition des forces de sécurité dans la capitale. "On a 12 compagnies de CRS qui ont été cantonnées et cloisonnées pour sanctuariser l'Elysée et on a laissé les débordements se faire", dénonce-t-il sur franceinfo

 

 

C'est flagrant, à partir du moment où on n'anticipe pas un dispositif qui était annoncé à risques avec aucun contrôle en amont, avec des dispositifs qui auraient pu être maîtrisés.David Michaud, secrétaire national CRS à l'Unsa Police à franceinfo

 

 

Pendant ce temps, des manifestants sont revenus s'en prendre au Fouquet's dont le auvent est parti en fumée. 

 

 

A Bordeaux, il est 17h30, la manifestation se termine par quelques accrochages en fin de cortège. Une agence bancaire a été saccagée et des heurts ont lieu entre manifestants et forces de l'ordre. 

 

 

A 18h30, dans la capitale, les violences se calment enfin et les forces de l'ordre continuent de progresser en rangs serrés sur la place de l'Etoile pour chasser les derniers manifestants. La manifestation des "gilets jaunes" se solde par 60 blessés à Paris : 42 manifestants, 17 membres des forces de l'ordre et un pompier, selon la préfecture de police qui annonce un total de 200 personnes placées en garde à vue à Paris, dont 15 mineurs. 

 

 

Tout au long de la journée, Emmanuel Macron a été la cible de critiques au sein de l'opposition qui dénonce "l'incompétence" de l'exécutif. Sur les réseaux sociaux et dans les rues, des "gilets jaunes" ont également raillé son week-end à la montagne à La Mongie (Hautes-Pyrénées) alors que la capitale s'embrasait. Peu après 19 heures, le chef de l'Etat annonce qu'il écourte son séjour et rentre à Paris le soir même. Dans la soirée, il promet des "décisions fortes" en réponse aux dégâts commis sur les Champs-Elysées. "Nous avons aujourd'hui des gens qui essayent par tous les moyens (...) d'abîmer la République pour casser, pour détruire au risque de tuer", affirme le chef de l'Etat dans la soirée depuis la cellule de crise du ministère de l'Intérieur. Pour lui, "tous ceux qui étaient là se sont rendus complices" des saccages commis dans la journée. 

 


17/03/2019
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Franceinfo - le dimanche 17 mars 2019

 

 

"Gilets jaunes" : "On est dans un schéma nouveau où ceux qui soutiennent sont complices" estime un syndicat de police

 

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franceinfoRadio France

 

 

 

 

Le secrétaire général adjoint du Syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI) a dénoncé, dimanche sur franceinfo, les violences de la 18e journée de mobilisation des "gilets jaunes"

 

 

 

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 Des policiers tentent de disperser la foule de manifestants sur l'avenue des Champs-Elysées, lors de la 18e journée de mobilisation des "gilets jaunes". (MAXPPP)

 

 

 

Boutiques saccagées, manifestants et policiers blessés, plus de 200 interpellationsla manifestation des "gilets jaunes" sur les Champs-Elysées, samedi 16 mars à Paris, a largement dégénéré. "On est dans un schéma nouveau où ceux qui soutiennent sont complices", a expliqué dimanche sur franceinfo Christophe Rouget, secrétaire général adjoint du Syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI). "C'est une délinquance diffuse ou par procuration", a t-il estimé.

 

 

 

franceinfo : Le dispositif sécuritaire était-il suffisant ?

 

 

Christophe Rouget : Le dispositif des forces de l'ordre était forcément insuffisant puisque nous avions d'autres manifestations à surveiller. Le mouvement des "gilets jaunes" dure depuis 18 semaines, c'est le plus long conflit social qu'on ait connu en France. Des policiers n'ont pas été présents le week-end depuis 18 semaines dans leurs familles. On ne peut pas mettre du monde partout.

 

 

 

A quoi est dû ce regain de violence ?

 

 

Les messages sur les réseaux sociaux étaient clairs : il n'y a que lorsque l'on casse que l'on est entendu. On est dans le cadre de délinquants qui ont appelé, sur les réseaux sociaux, à la haine, aux attroupements et qui sont venus [samedi] pour casser à des endroits multiples sans parcours prédestinés. Les forces de l'ordre ne peuvent intervenir que lorsque les actions de casse arrivent.

 

 

 

Des responsables des "gilets jaunes" avaient laissé entendre qu'il fallait radicaliser le mouvement mais cela ne semble pas avoir été entendu en termes de sécurité. Comment l'expliquez-vous ?

 

 

On ne peut pas mettre un policier devant chaque magasin. Il faut se poser des questions au sujet de ces personnes qui appellent à la haine et qui ne sont pas inquiétées. On est dans un schéma nouveau où ceux qui soutiennent sont complices. On a vu une haie d'honneur qui a été faite à des black blocs, des "gilets jaunes" se prenant en photo devant le Fouquet's. C'est une délinquance diffuse ou par procuration. Si les personnes ne commettent pas des délits elles-mêmes, elles sont satisfaites que d'autres le fassent pour elles.

 

 

 

Certains "gilets jaunes" pacifistes envisagent d'arrêter de manifester à Paris. Cela changerait-il les choses ?

 

 

Les manifestations de [samedi] n'étaient pas autorisées. Ceux qui sont assez naïfs pour penser qu'en allant sur les Champs-Elysées, il ne va pas y avoir de dégradations, plus personne ne les croit. Il y a eu des milliers de pavés et de projectiles qui ont été jetés sur les forces de l'ordre, on a eu des véhicules de police attaqués, brûlés, des policiers lynchés, des immeubles incendiés. Je tiens à remercier mes collègues pour le sang-froid qu'ils ont eu afin d'éviter qu'il y ait des drames humains.

 


17/03/2019
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Franceinfo - le dimanche 17 mars 2019

 

 

"Gilets jaunes" : après une journée de violences, 200 personnes ont été placées en garde à vue à Paris

 

 

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Le président de la République a notamment estimé que "tous ceux qui étaient là se sont rendus complices" du saccage des Champs-Elysées

 

 

 

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Des"gilets jaunes" manifestent sur les Champs-Elysées (Paris), lors d'une journée marquée par de nombreuses violences, le 16 mars 2019. (MUSTAFA YALCIN / ANADOLU AGENCY / AFP)

 

 

 

CE QU'IL FAUT SAVOIR

 

 

Journée chaotique. Sur les Champs-Elysées, la manifestation de "gilets jaunes" a été marquée par de nouvelles violences, samedi 16 mars. Boutiques pillées, jets de pavés sur les forces de l'ordre, immeuble incendié... Au lendemain des faits, les réactions sont nombreuses. Suivez-les dans notre direct. 

 

 

"Des décisions fortes pour que cela n'advienne plus." Emmanuel Macron s'est exprimé samedi lors d'un point de situation à la cellule de crise du ministère de l'Intérieur. Il a estimé que "tous ceux qui étaient là se sont rendus complices" du saccage des Champs-Elysées.

 

 

32 300 personnes ont manifesté dans toute la France samedi, soit près de 4 000 de plus que le 9 mars. Selon le ministère de l'Intérieur, il y avait 10 000 personnes à Paris. En marge des manifestations dans la capitale, 237 personnes ont été interpellées et 200 d'entre elles placées en garde à vue, d'après le parquet.

 

 

Fouquet's, Longchamp, Zara... Plusieurs boutiques et établissements emblématiques de l'avenue des Champs-Elysées ont été endommagés samedi, lors d'impressionnantes scènes de casse.

 

 

Les premières réactions. Beaucoup ont dénoncé les violences, au lendemain de la manifestation. Le député (LR) des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, a ainsi estimé sur franceinfo que le mouvement initial avait été "complètement dévoyé" et qu'il n'était plus, désormais, qu'un "simple prétexte à regrouper des casseurs"

 


17/03/2019
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Franceinfo -le samedi 16 mars 2019

 

 

INFOGRAPHIES. Manifestants, blessés, interpellations, enquêtes... Quatre mois de mouvement des "gilets jaunes" résumés en chiffres

 

 

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Catherine FournierFrance Télévisions

 

 

 

 

Après 17 semaines de mobilisation, un nouvel appel au rassemblement a été lancé pour samedi, lendemain de la clôture du grand débat national

 

 

 

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Des "gilets jaunes" devant l'Arc de triomphe à Paris, le 9 mars 2019, pour le 17e samedi de mobilisation.  (KENZO TRIBOUILLARD / AFP) 

 

 

 

 

Ils entendent marquer les quatre mois de leur mouvement. Les "gilets jaunes" ont appelé à une 18e journée de mobilisation, samedi 16 mars, au lendemain de la clôture du grand débat national. Après un essoufflement et une baisse constante du nombre de manifestants, les figures de la contestation espèrent un tournant et convient "la France entière à Paris"pour lancer un "ultimatum" au gouvernement. 

 

 

Combien de personnes ont manifesté depuis 17 semaines ? Combien ont été blessées, tant du côté des manifestants que des forces de l'ordre ? Combien d'interpellations, de comparutions, de condamnations ont eu lieu après les violences commises en marge des rassemblements ? Franceinfo dresse un bilan. 

 

 

 

Dix fois moins de manifestants depuis le début du mouvement, selon la police 

Chaque samedi, depuis le 17 novembre, ils battent le pavé à Paris et partout en France. Mais le nombre de manifestants a été divisé par dix entre le premier samedi de mobilisation, qui avait rassemblé 282 000 personnes, et le dernier, le 9 mars, qui n'a réuni que 28 600 contestataires, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur. A partir du 29 décembre, des membres du mouvement ont diffusé leur propre comptage des manifestants sur la page Facebook "le nombre jaune", dont nous relayons les données dans l'infographie ci-dessous. 

 

 

 

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La mobilisation des "gilets jaunes" ne s'est toutefois pas limitée aux samedis. Au début du mouvement, de nombreux rassemblements ont été organisés en semaine sur tout le territoire. Au 30 janvier, le ministère de l'Intérieur décomptait 37 924 manifestations depuis le 17 novembre. Ce chiffre n'a pas été actualisé depuis, le nombre d'événements organisés les jours de semaine ayant sensiblement décru. 

 

 

 

Onze morts, dont cinq "gilets jaunes" 

Depuis le début du mouvement, onze personnes ont perdu la vie, dont cinq "gilets jaunes". Si la plupart des décès sont liés à des accidents de la route, deux ont pour origine un problème cardiaque, comme le relève CheckNews.

 

 

Une octogénaire a également perdu la vie à Marseille (Bouches-du-Rhône) après avoir été touchée au visage par une grenade lacrymogène alors qu'elle fermait les volets de son appartement. Pour les familles des victimes qui n'étaient pas des "gilets jaunes", la colère, la tristesse et un fort sentiment d'abandon se mêlent inextricablement. Ils ont témoigné dans cet article de franceinfo.

 

 

 

 

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En quatre mois, 3 800 blessés, dont 2 200 côté manifestants 

Depuis quatre mois, les manifestations ont fait de nombreux blessés. Selon les chiffres communiqués devant le Sénat par le secrétaire d'Etat auprès du ministère de l'Intérieur, Laurent Nunez, jeudi 7 mars, ils sont 2 200 du côté des manifestants et 1 500 du côté des forces de l'ordre, qu'il s'agisse des policiers, des gendarmes et même des pompiers.

 

 

 

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Egalement devant le Sénat, la présidente du groupe CRCE (Communiste, républicain citoyen et écologiste), Eliane Assassi, a avancé les chiffres de "206 blessures à la tête, dont plusieurs dizaines liées à des tirs de LBD [lanceurs de balle de défense]", et "22 personnes éborgnées par ces tirs" du côté des manifestants. 

 

 

Depuis le début du mouvement, plusieurs appels à l'interdiction du LBD 40 ont été lancés, notamment par le Défenseur des droits dans son rapport 2018. Le 26 février, le Conseil de l'Europe a lui-même appelé à "suspendre" son usage "dans le cadre des opérations de maintien de l'ordre"en France, dans "l'attente d'une révision" de "la doctrine d'emploi des armes de force intermédiaire".

 

 

Les grenades GLI-F4 sont aussi pointées du doigt. Selon le recensement effectué par le collectif Désarmons-les, qui fait le décompte des blessés côté manifestants, cinq personnes ont eu la main arrachée par cette arme. La France est le seul pays d’Europe à l'utiliser.

 

 

 

Pour la "police des polices", 174 enquêtes  

L'inspection générale de la police nationale (IGPN), la "police des polices", a été saisie par la justice de 174 affaires de violences policières présuméeslors de manifestations des "gilets jaunes". C'est ce qu'a affirmé Christophe Castaner, mercredi 13 mars sur BFMTV. Le ministre de l'Intérieur n'a pas fourni de détails sur la nature de ces enquêtes. Mais lors de la séance de questions au gouvernement, le 12 février à l'Assemblée, le Premier ministre Edouard Philippe avait précisé que 83 des 140 investigations alors engagées concernaient des tirs de LBD. Sollicitée par franceinfo, la place Beauvau n'a pas été en mesure de fournir des données plus récentes.

 

 

Du côté de l'IGGN, l'équivalent de la "police des polices" côté gendarmerie, seules trois enquêtes ont été ouvertes. "Mais certaines enquêtes de l'IGPN concernent des gendarmes", fait-on valoir au ministère de l'Intérieur. 

 

 

 

 

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De 8400 interpellations à près de 1800 condam-

nations

En quatre mois, 9 000 personnes ont été interpellées en France dans le cadre du mouvement des "gilets jaunes", selon les derniers chiffres communiqués par le ministère de l'Intérieur à franceinfo. La plupart l'ont été pendant les manifestations. Pour savoir ce qu'il est advenu ensuite, il faut s'en référer aux chiffres cités par Edouard Philippe à l'Assemblée le 12 février. Le Premier ministre évoquait 7 500 personnes placées en garde à vue, sur 8 400 interpellations à l'époque.

 

 

 

 

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Edouard Philippe a ajouté les chiffres de plus de 1 300 comparutions immédiates (CI) organisées et de 1 796 condamnations prononcées. Le nombre de condamnations est plus élevé que celui des comparutions immédiates, car une partie des condamnations ont été prononcées dans le cadre des comparutions sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), qui permettent d'éviter un procès. Edouard Philippe ajoutait que 1 422 personnes étaient encore en attente de jugement. 

 

 

Contactée par franceinfo, la Chancellerie ne dispose pas encore de données actualisées et consolidées jusqu'à la mi-mars, car celles-ci "doivent remonter de tous les tribunaux de France" et prendre en compte les délais d'audiencement. 

 

 

A Paris, où les plus grosses manifestations ont eu lieu, la préfecture de police ne communique pas sur le nombre total d'interpellations. Depuis le 24 novembre, 2 029 personnes, dont 1 851 majeurs et 178 mineurs, ont été placées en garde à vue, selon les chiffres communiqués par le parquet de Paris à franceinfo. Parmi elles, 927 ont bénéficié d'un classement sans suite, avec un rappel à la loi pour la moitié d'entre elles. Comme l'a rélévé franceinfo, une note du procureur de la République de Paris, datée du 12 janvier, préconisait de ne lever les gardes à vue qu'après les manifestations, même si les faits étaient ténus, afin d'empêcher les interpellés de "retourner grossir les rangs des fauteurs de troubles". 

 

 

Sur ces 2 029 gardés à vue à Paris, 1 005 ont été déférés devant un magistrat du parquet. 

 

 

 

 

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Certaines des personnes déférées ont écopé d'un rappel à la loi, d'autres ont été convoquées pour être jugées à une date ultérieure ou ont opté pour la procédure du plaider-coupable. Seuls 294 ont été jugés en comparution immédiate. Résultat : 49 relaxes ont été prononcées, 102 condamnations à des peines de prison assorties de sursis, 75 condamnations à des peines de prison ferme, 22 condamnations à des travaux d’intérêt général et 24 condamnations à des jours-amende. Le reste des prévenus jugés en comparution immédiate ont demandé un renvoi pour préparer leur procès. Ces chiffres sont donc temporaires, comme c'est le cas au niveau national.  

 

 

 

Des "fake news" vues plus de 100 millions de fois 

La mobilisation des "gilets jaunes" s'est majoritairement organisée sur internet, via les réseaux sociaux. Et en quatre mois, beaucoup de fausses informations ont circulé via Facebook. Selon une étude publiée mercredi 13 mars par l'ONG Avaaz, ces "fake news" ont été vues plus de 100 millions de fois. 

 

 

L'ONG a étudié le nombre de vues et de partages des 100 "infox" les plus virales qui ont été publiées sur des groupes et comptes Facebook liés aux "gilets jaunes", du 1er novembre au 6 mars. Il en ressort que ces contenus ont été visionnés plus de 105 millions de fois et ont été partagés 4 millions de fois, d'après Avaaz.

 

 

L'ONG cite notamment une publication incluant prétendument des photos de "gilets jaunes" ensanglantés et "tabassés par les CRS", et qui a récolté 3,5 millions de vues. Alors qu'il s'agissait en réalité d'images prises en Espagne, notamment lors de la crise catalane.



Avaaz a par ailleurs calculé que la chaîne publique russe RT France, dont les vidéos des manifestations de "gilets jaunes" ont connu un grand succès au sein du mouvement, a été la chaîne la plus consultée pour ce type de vidéos, puisqu'elle a accumulé "plus du double des vues engrangées par Le Monde, L'Obs, Le Huffington Post, Le Figaro et France 24 combinés".

 


16/03/2019
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Franceinfo - le samedi 9 mars 2019 - mis à jour le 10.03.19

 

 

"Gilets jaunes" : une mobilisation au plus bas, une semaine avant la fin du grand débat

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Malgré ce reflux, les "gilets jaunes" espèrent une mobilisation d'envergure samedi prochain, à l'occasion de la fin du grand débat

 

 

 

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Des "gilets jaunes" défilent à Bordeaux, le 9 mars 2019. (GEORGES GOBET / AFP)

 

 

 

Une mobilisation faible, des actions avortés, des revendications dispersées : les "gilets jaunes" ont connu un coup de mou, samedi 9 mars, pour le 17e samedi de mobilisation consécutif. La mobilisation a atteint un plus bas historique, avec 28 600 manifestants recensés en France par le ministère de l'Intérieur, dont 3 000 à Paris. C'est encore moins que le 29 décembre, lorsque l'acte 7 de la mobilisation, à la veille du réveillon, n'avait mobilisé que 32 000 manifestants.

 

 

A Paris, l'occupation programmée du Champ de mars pour tout le week-end a tourné court, les forces de l'ordre empêchant toute installation près de la tour Eiffel. La manifestation qui promettait de faire "converger toutes les mobilisations" dans les rues de la capitale a en outre provoqué une scission des manifestants.

 

 

 

Une forte mobilisation attendue samedi prochain

Un cortège emmené par des assistantes maternelles, vêtues de gilets roses, de femmes mobilisées contre les violences sexistes et arborant du violet, et de syndicats ont fait plusieurs kilomètres dans Paris sur un parcours autorisé, avant de se disperser vers 16 heures sans incident. Pendant ce temps, plusieurs centaines de "gilets jaunes" ont préféré rester massés en haut des Champs-Élysées. Un rassemblement sans incident majeur, mais qui a provoqué des tensions en fin de journée. Les forces de l'ordre ont fait usage de grenades lacrymogènes et de canons à eau.

 

 

 

Malgré ce reflux, les "gilets jaunes" promettent une mobilisation d'envergure samedi prochain, le 16 mars. Ce 18e samedi de mobilisation coïncidera en effet avec la fin du grand débat national organisé par l'exécutif, prévue le 15 mars. Avec le mot d'ordre "La France entière à Paris", ils espèrent à cette occasion envoyer un "ultimatum" au gouvernement

 


10/03/2019
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Franceinfo - le vendredi 8 mars 2019

 

 

"Mon gilet jaune, je l'ai brûlé" : engagés de la première heure, ils racontent pourquoi ils ont quitté le mouvement

 

 

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Kocila MakdecheFrance Télévisions

 

 

 

Déçus, désabusés, voire dégoûtés : ces "gilets jaunes" ont décidé de prendre leurs distances avec la mobilisation citoyenne qui secoue la France depuis mi-novembre. Ils se sont confiés à franceinfo

 

 

 

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 Des manifestants tiennent leur gilet jaune à la main, le 15 novembre 2018, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).  (MAXPPP)

 

 

 

"Ils sont partis dans tous les sens, on s'est complètement décrédibilisés ! Ils vont droit dans le mur !" Si Hubert Charlier oscille systématiquement entre le "on" et le "ils" lorsqu'il parle des "gilets jaunes", c'est parce qu'il a récemment pris ses distances avec le mouvement de contestation.

 

 

Une vraie rupture pour cet artisan rémois, qui comptait parmi les "gilets jaunes" de la première heure. "Blocages, manifs à Paris... J'ai tout fait. J'ai même été invité sur BFMTV en décembre pour défendre les 'jaunes' face à François de Rugy et Marlène Schiappa", raconte-t-il. Comme lui, de nombreux manifestants qui se sont engagés pour défendre leur pouvoir d'achat ont fini par raccrocher leur gilet parce qu'ils ne se retrouvent "plus dans le mouvement". 

 

 

 

"Je perdais mon temps"

Pour Sandrine, 46 ans, tous les samedis se ressemblaient. "J'ai fait presque tous les actes jusqu'au mois de janvier. Le 31 décembre, j'étais même sur les Champs-Elysées pour manifester, insiste cette habitante du Val-de-Marne. Mais au bout d'un moment, j'ai réalisé que je perdais mon temps, puisque rien ne change." 

 

 

"Toujours 'gilets jaunes' dans l'idée", Julien Mure a lui aussi arrêté de battre le pavé au mois de janvier. "Au bout d'un moment, on est obligé de retourner travailler, explique ce conducteur d'engins dans une centrale nucléaire, qui a été une figure du mouvement dans la Drôme. Et puis, à force de se donner à 100% pour le mouvement, on laisse de côté sa famille. Maintenant, je prends du temps pour eux."

 

 

Difficile de savoir combien de manifestants ont raccroché le gilet. Selon les chiffres de la préfecture, la mobilisation connaît une diminution progressive, tombant à 39 300 personnes défilant dans les rues, samedi 2 mars, lors du 16e samedi de manifestations. Une tendance contestée par "Le Nombre jaune" – la structure de comptage mise en place par les "gilets jaunes" – qui décrit une mobilisation relativement stable, autour des 120 000 manifestants. 

 

 

Mais au-delà de la bataille des chiffres, force est de constater que de plus en plus de Français se lassent du mouvement. Une enquête du Monde, publiée à la fin du mois de janvier, montrait que l'activité sur les nombreux groupes Facebook des "gilets jaunes" décroît depuis le mois de décembre. Plus récemment, un sondage Odoxa Dentsu-Consulting a révélé que 55% des Français réclamaient l'arrêt de la mobilisation, alors que 55% souhaitaient sa poursuite en janvier. 

 

 

"C'est assez inédit, dans l'histoire récente, qu'un mouvement social parvienne à s'installer ainsi dans la durée", pointe Stéphane Sirot, spécialiste des mouvements sociaux et professeur d'histoire à l'université de Cergy-Pontoise. 

 

 

Du coup, il est logique que cela suscite de la lassitude et une démobilisation. D'autant plus pour les manifestants qui ont l'impression de ne rien avoir obtenu du gouvernement.Stéphane Sirot, spécialiste des mouvements sociaux à franceinfo

 

 

Un constat que partage Claude Besse. Cet habitant du Pays de Montbéliard (Doubs) a initié la mobilisation dans sa région, avant de "ranger" son gilet jaune. "On a bloqué plusieurs fois des péages, fait des opérations escargot, je suis allé à Hérimoncourt, où PSA veut fermer son site... Et c'est quoi le résultat, aujourd'hui ? Le gouvernement ne nous a rien accordé et le carburant a recommencé à augmenter", souffle l'homme de 35 ans.

 

 

 

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Claude Besse lors d'une mobilisation des "gilets jaunes" dans le Doubs.  (CLAUDE BESSE)

 

 

 

"Trop radical"

La déception est palpable dans la voix du charpentier, qui rêvait d'un nouveau Mai-68. "Je voulais passer au cran supérieur, faire des barricades pour mettre le pays à l'arrêt". Fils d'ouvrier, Claude Besse prend comme exemple son père soixante-huitard, condamné à deux ans de prison à l'époque pour s'être rebellé face aux CRS. "Là, il y a eu des morts, des blessés très graves à cause des LBD [lanceurs de balles de défense], certains ont perdu des yeux... Et pourtant, les gens ne sont toujours pas prêts à se bouger", estime-t-il. 

 

 

Ils veulent continuer au sein d'un mouvement pacifiste, mais parfois, pour faire changer les choses, il faut de la violence. Je suis le premier à le regretter. C'est triste, mais c'est comme ça.Claude Besse, ancien "gilet jaune"à franceinfo

 

 

Pour Stéphane Sirot, cet "appel à plus de radicalité s'explique par l'attitude du gouvernement vis-à-vis des manifestants". "Depuis quinze ans, les pouvoirs politiques ne cherchent plus de compromis, peu importe l'ampleur du mouvement social, poursuit-il. Cela renvoie un message aux citoyens : la contestation sage n'est pas suffisante pour obtenir satisfaction."

 

 

Une radicalisation qui, au contraire, a dégoûté de nombreux anciens "gilets jaunes". "Sur les ronds-points, je les ai vus insulter les gens parce qu'ils n'avaient pas de gilet jaune ou parce qu'ils ne klaxonnaient pas", se rappelle Sylvie, une habitante de Saint-Emilion (Gironde). A Bordeaux ou Toulouse, les petits commerçants sont obligés de fermer parce qu'ils cassent tout." L'infirmière à la retraite a arrêté de manifester au début du mois de janvier. Elle se justifie : "Je ne suis pas pro-CRS, hein ! J'ai fait des manifs toute ma vie. Du gaz lacrymo, j'en ai pris. Mais là, ils vont trop loin."

 

 

La sexagénaire cite la manifestation parisienne du 1er décembre, lors de laquelle l'Arc de triomphe a été vandalisé. L'image a heurté beaucoup de "gilets jaunes" de la première heure. "J'ai été choqué", s'exclame Jean-Michel Pouchel, Abbevillois retraité après une carrière dans l'humanitaire. 

 

 

Je suis un homme de paix, un humaniste. Je ne pouvais plus soutenir ce mouvement, qui a dégénéré en manifestation de haine.Jean-Michel Pouchel, ancien "gilet jaune"à franceinfo

 

 

 

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 Jean-Michel Pouchel sur un rond-point à Abbeville (Somme). (JEAN-MICHEL POUCHEL)

 

 

 

A qui la faute ? Fabrice Schlegel, promoteur immobilier de Dole (Jura), accable "l'extrême gauche, qui a noyauté le mouvement. (...) Quand j'ai vu que des gens cassaient des voitures parce qu'elles étaient plus grosses que les leurs, ça m’a dégoûté", affirme cet ancien candidat divers droite aux élections départementales, qui se targue d'avoir organisé une manifestation contre la hausse du prix du carburant dès le mois d'octobre. "C'était la première de France, avant même le 17 novembre." 

 

 

Je ne me suis pas levé pour couper la tête de ceux qui veulent faire de l'argent, mais pour aider ceux qui n'en ont pas assez. Moi, ce que je veux, ce n'est pas la révolution, mais l'évolution.Fabrice Schlegel, ancien "gilet jaune"à franceinfo

 

 

Ces "dérives", Jean-Michel Pouchel les impute à Maxime Nicolle et Eric Drouet, des figures des "gilets jaunes" qui administrent deux des groupes Facebook les plus influents du mouvement. "Ce sont des gens qui attisent le feu. Moi, au contraire, je suis le pompier qui veut l'éteindre", explique le retraité picard. 

 

 

Les deux figures du mouvement concentrent l'animosité des déçus. "Ils ne comprennent même pas ce qu'ils disent, ils ne sont bons qu'à bouffer du foin, attaque, sous couvert d'anonymat, une ancienne figure du mouvement.Ils disent simplement aux gens ce qu'ils veulent entendre, avec un peu de raccourcis par-ci, un peu de complot par-là."

 

 

 

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Maxime Nicolle (alias Fly Rider), Eric Drouet et Priscillia Ludosky, trois figures des "gilets jaunes"
GUILLAUME SOUVANT / Bertrand GUAY / AFP)

 

 

 

 

 

Eric Drouet et Maxime Nicolle ont été accusés, à de nombreuses reprises, de relayer de fausses informations sur leur page Facebook, notamment au sujet du pacte de Marrakech. D'après cette intox fantaisiste, largement partagée sur les réseaux "jaunes", l'exécutif aurait ratifié un texte contraignant la France à céder son siège au Conseil de sécurité de l'ONU et à accueillir 60 millions de migrants sur son sol. "Ils disent n'importe quoi et refusent qu'on ne soit pas d'accord avec eux, s'indigne Sylvie. J'ai exprimé mon désaccord sur les groupes Facebook, je leur ai dit qu'il fallait à tout prix se recentrer sur les vraies revendications du début ! Résultat : j'ai été censurée."

 

 

 

"Ce n'est pas le RIC qui va remplir le frigo !"

Baisse des taxes sur le prix du carburant, annulation de la hausse de la CSG, augmentation du smic... Au mois de novembre, le mouvement s'est agrégé autour de revendications concrètes en faveur d'un meilleur pouvoir d'achat. Un âge d'or pour de nombreux "gilets jaunes" repentis, qui regrettent aujourd'hui que la mise en place du RIC (référendum d'initiative populaire) ait pris le pas sur tous les autres desiderata.

 

 

 

"Ce n'est pas le RIC qui va remplir le frigo ! A un moment, il faut être réaliste", peste de son côté Hubert Charlier. Pour lui, le mouvement s'est détourné de l'essentiel : la baisse des impôts et la hausse des salaires. "C'est grâce à ça qu'on va relancer la croissance. Ensuite, on pourra éventuellement réfléchir à de nouvelles choses comme le RIC, mais ce n'est pas la priorité."

 

 

Aujourd'hui, les "gilets jaunes" réclament quatre types de consultations : le RIC révocatoire qui permettrait au peuple de mettre fin au mandat de n'importe quel responsable politique, le RIC législatif pour proposer au vote un texte de loi, le RIC abrogatoire pour abolir une loi et le RIC constituant pour amender la Constitution. "Je ne soutiens pas du tout ce genre de délire.Mettre en place le RIC, c'est ouvrir la porte au retour de la peine de mort, à l'interdiction de l'IVG, à des concessions sur la laïcité", craint Fabrice Schlegel. 

 

 

 

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Fabrice Schlegel, le 17 novembre 2018 à Dole (Jura). (SEBASTIEN BOZON / AFP)

 

 

 

"S'engager pour les autres"

Si elles ont raccroché le gilet jaune, toutes les personnes interrogées par franceinfo assurent continuer de se mobiliser, à leur façon. "Mon gilet jaune, je l'ai brûlé, mais je reste un citoyen français qui se bat contre les injustices fiscales et la vie chère", explique John, Ardéchois de 32 ans. Pour lui, la "lutte" passe désormais par la "prise d'indépendance vis-à-vis du système". Il explique : "J'ai acheté une maison avec un grand terrain pour faire pousser des légumes, je vais construire un poulailler, élever des chèvres... Le but, c'est d'être autosuffisant pour tout ce qui est nourriture."

 

 

Cette démarche, rappelant le mouvement autonome issu de l'après-1968, ne convainc pas Hubert Charlier, décidé, pour sa part, à s'"engager pour les autres". Une rencontre, survenue en marge d'une manifestation des "gilets jaunes" à Paris, a fait de lui "un autre homme".

 

 

Je suis tombé sur une dame qui dormait dehors avec son enfant de 4 ans. Je suis allé lui parler et je lui ai donné tout ce que j'avais dans la poche : 15 euros. Elle dormait au pied du BHV. En une image, j'ai vu tous les écarts de richesse de notre société. Ça m'a traumatisé.Hubert Charlier, ancien "gilet jaune"à franceinfo

 

 

Depuis, l'artisan s'est mis à faire des maraudes dans les rues de Reims. "Depuis plusieurs jours, on se démène pour mettre à l'abri un couple de réfugiés arméniens qui sont à la rue avec un bébé de 18 mois", raconte-t-il à la sortie d'un rendez-vous avec la députée LREM de la Marne Aina Kuric pour tenter de trouver un logement à la famille. En attendant, Hubert Charlier a mis la main au portefeuille pour leur payer une chambre d'hôtel, d'après L'Union (article payant).

 

 

De son côté, Claude Besse continue d'attendre le "grand soir". "Même si je ne porte plus mon gilet jaune, je suis toujours solidaire du peuple, affirme-t-il. De toute façon, ça finira par vraiment péter." Et de prévenir : "Le jour où j'ouvrirai les fenêtres et où j'entendrai les sirènes, je sortirai et là, je remettrai mon gilet jaune."

 


08/03/2019
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Franceinfo - vendredi 1er mars 2019

 

 

Qui sont les 54 Français liés au régime nazi qui perçoivent encore une pension de l'Etat allemand ?

 

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Guillemette JeannotFrance Télévisions

 

 

 

Cette prestation ne concerne "que des victimes de guerre" et exclut des versements à "une personne qui aurait commis un crime de guerre". Mais en France, l'affaire suscite un profond malaise

 

 

 

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Ils sont 54 à vivre sur le sol français et avoir bénéficié d'une prestation du gouvernement allemand au titre de la Seconde Guerre mondiale. (BAPTISTE BOYER / FRANCEINFO)

 

 

 

 

"Rente pour service rendu au IIIe Reich""collabo". Fin février, les parlementaires belges n'ont pas eu de mots assez forts pour fustiger une allocation versée par l'Allemagne au titre de la Seconde Guerre mondiale. Selon eux, ces pensions ont été accordées à des collaborateurs belges du régime nazi, membres de la Waffen-SS, condamnés après-guerre dans leur pays. Et la Belgique pourrait ne pas être la seule nation concernée. Selon le ministère du Travail allemand, 2 033 personnes ont touché ces pensions le mois dernier, dans le monde. 

 

 

L'affaire a suscité un profond malaise en France, Jean-Luc Mélenchon appelant à interdire le versement de cette pension, encadrée par une loi allemande de 1951. Paris a même demandé à Berlin d'expliciter le profil des bénéficiaires en France, mercredi 27 février. Car parmi les bénéficiaires figurent 54 personnes vivant sur le sol français. Qui sont-elles exactement ? D'anciens collaborateurs nazis en font-ils partie ? Pour l'instant, personne à Paris ne connaît leur identité. "Nous n’avions pas connaissance de cette pension", a même reconnu la secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Armées, Geneviève Darrieussecq. Franceinfo a donc tenté d'en savoir plus. 

 

 

 

Un montant maximum de 1 300 euros

Contacté par franceinfo, le ministère fédéral du Travail et des Affaires sociales allemand est catégorique sur les conditions de versement de la prestation, d'un montant maximum de 1 300 euros. Selon la loi fédérale sur l'assistance aux victimes de guerre de 1951 qui encadre son versement, elle concerne les personnes ayant subi des dommages pour leur santé au cours de la Seconde Guerre mondiale.

 

 

"Les bénéficiaires peuvent donc être d'anciens soldats de la Wehrmacht [l'armée allemande du IIIe Reich] ou des victimes civiles de la guerre. Parmi eux, il peut y avoir, par exemple, des personnes ayant perdu un membre lors d'un bombardement", explique le ministère. Et de préciser que cela ne consiste pas en une pension réservée à des combattants ayant servi dans l'armée allemande. 

 

 

Aucune prestation de ce type n'est versée par l'Allemagne pour service rendu dans la Wehrmacht ou dans la Waffen-SS.Le porte-parole du ministère du Travail allemand à franceinfo

 

 

Si le ministère assure ne pas connaître le nom des récipiendiaires, il indique que parmi les 54 personnes concernées en France figurent des ressortissants français et des Allemands qui résident sur le territoire français. 

 

 

 

Aucun condamné pour "crime de guerre"

Selon le ministère, aucun des 54 n'a toutefois été condamné pour "crime de guerre". La loi de 1951 a d'ailleurs été renforcée dans ce sens à la fin 1997 : elle exclut "tout demandeur ayant violé les principes d'humanité ou l'Etat de droit pendant le régime nazi." En vertu de cette règle, le ministère précise à franceinfo que l'octroi de la prestation a été refusé dans 99 cas depuis 1998.

 

 

Dans le détail, le versement de ces indemnités revient aux seize Länder, les Etats fédérés qui forment l'Allemagne. Ces derniers examinent les demandes et ont toute autorité pour accorder, refuser ou retirer la prestation.

 

 

Pour ce qui est du profil des récipiendiaires, "le ministère local de la Sarre examine actuellement si d'anciens membres de la Waffen-SS pourraient figurer parmi ces bénéficiaires", précise le porte-parole du ministère fédéral du Travail et des Affaires sociales allemand. En effet, d'anciens soldats, enrôlés de gré ou de force dans la Wehrmacht, peuvent percevoir cette prestation. Contacté par franceinfo, le ministère local de la Sarre, qui gère les bénéficiaires qui résident en France, n'a pas répondu à nos sollicitations.  

 

 

 

La question des "malgré-nous", enrôlés de force 

Parmi les pistes explorées par les autorités allemandes figure ainsi le cas des "malgré-nous" et "malgré-elles", ces 135 000 Alsaciens et Mosellans enrôlés de force dans la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale. A partir de 1941, le régime nazi avait mis en place des campagnes de recrutement et déclaré obligatoire le service militaire dans l'armée allemande pour tous les jeunes Français de la région Alsace-Moselle. "S’ils n’y allaient pas, leurs proches étaient déportés dans les camps de travail", explique Gérard Michel, de l'Association des déportés, évadés, incorporés de force (ADEIF), à franceinfo. 

 

 

Certains d'entre eux font-ils partie des 54 personnes concernées par le versement de cette pension controversée ? Non, répond avec véhémence une des membres de l'ADEIF du Bas-Rhin, contactée par franceinfo. "A notre connaissance, il n'y a pas de 'malgré-nous' parmi les 54. En tout cas, aucun n'a fait de demande pour la percevoir."  Même son de cloche du côté de l'historien Nicolas Mengus, qui gère le site malgré-nous.eu. Selon lui, aucun "malgré-nous" ou "malgré-elles" ne touche une pension de l’Allemagne, même en tant que victime de guerre. En effet, en 1945, les "malgré-nous" ont été reconnus par le gouvernement français comme des anciens combattants.

 

 

Les enrôlés de force ont obtenu la carte d’ancien combattant de l’armée française et touchent à ce titre une pension du ministère des Armées.Nicolas Mengus, historien à franceinfo

 

 

 

Deux autres procédures pour une plus grande reconnaissance de ces anciens combattants sont d'ailleurs en cours, dont l'une visant à faire reconnaître leur incorporation de force comme un crime contre l'humanité. "Mais peut-être y a-t-il, parmi les 54, des 'enrôlés de force' qui n'ont pas été reconnus comme tels par la France et qui, en tant que victimes de guerre, ont demandé une prise en charge en Allemagne ?", se questionne, auprès de franceinfo, l'historien Frédéric Stroh, spécialiste de l'incorporation de force. 

 

 

 

Les "volontaires" de la Wehrmacht

De leur côté, 8 000 Français se sont engagés volontairement dans l’armée allemande pour combattre sous cet uniforme. Les plus controversés sont ceux de la "Charlemagne" (la division française de la Waffen-SS), qui se sont engagés par conviction politique, rappelle l'historien Geoffrey Diebold, auteur d'un mémoire de recherche sur Les Engagés volontaires alsaciens dans la Wehrmacht et la Waffen-SS, de 1940 à 1945. Certains ayant collaboré avec le régime nazi pourraient donc figurer dans la liste des 54 personnes.

 

 

Reste à connaître l'histoire exacte de tous ces engagés. Car d'autres "volontaires", la plupart jeunes et issus de milieu modeste, n'ont pas eu "grand choix" au moment de signer leur engagement dans l'armée allemande, assure Geoffrey Diebold, qui a étudié les dossiers des 2 428 engagés alsaciens, dont 1 442 ont signé pour la Wehrmacht et 872 pour la Waffen-SS (l'affectation des 114 autres n'est pas connue).

 

 

Des circonstances expliquent leur ralliement : certains se sont engagés pour éviter d'aller sur le front russe, en choisissant la marine ou l'aviation allemande ; d'autres fuyaient une situation familiale compliquée ou cédaient à la pression de parents pro-nazis. 

 

 

Les officiers allemands faisaient de la propagande dans les écoles. A la fin de leur discours, ils faisaient signer aux élèves un papier. Une fois rentrés chez eux, ils comprenaient qu'ils s'étaient engagés.Geoffrey Diebold, historien à franceinfo   

 

 

L'historien rappelle également que parmi les "volontaires", certains avaient été arrêtés parce qu'ils affichaient une attitude "anti-nazie". La police du IIIe Reich leur laissait alors le choix entre l'engagement volontaire ou le camp de concentration. 

 

 

Sans information officielle de la part du gouvernement allemand, difficile de se faire une idée précise des bénéficiaires. Pour l'historien Nicolas Mingus, la discrétion, voire la gêne, en vigueur outre-Rhin s'explique par un souci de précaution. "Il y a des rancœurs très vives encore qui peuvent être attisées parce qu'ils touchent une pension. Il ne faut pas que cela devienne une chasse aux sorcières. Tant qu'on ne sait pas qui c'est et les conditions de leur entrée dans l'armée allemande, comment juger ?"

 


03/03/2019
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Franceinfo - le samedi 2 mars 2019

 

 

"On sera encore là cet été" : des "gilets jaunes" prêts à faire durer le bras de fer avec l'exécutif

 

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France 2France Télévisions

 

 

 

A deux semaines de la fin du grand débat national, une nouvelle journée de mobilisation a eu lieu, samedi 2 mars, dans toute la France

 

 

 

Après un mois et demi de discussions, à 15 jours de la fin du grand débat national, les "gilets jaunes" jouent leur va-tout. Alors que l'exécutif réclame un retour à l'ordre, certains manifestants se disent prêts à poursuivre le mouvement encore plusieurs mois. "On ne sait même pas ce qui nous fera rentrer chez nous, lance l'un d'eux, à Paris. On sera encore là en mars, en avril, et à mon avis on sera encore là cet été."

 

 

Selon Raymond Soubie, spécialiste des mouvements sociaux, l'issue de la crise des "gilets jaunes" va se jouer dans les toutes prochaines semaines pour Emmanuel Macron. "L'étape centrale, c'est qu'est ce qu'il va décider à la mi-avril après ce processus de débat ? Il va entamer une nouvelle étape de son quinquennat à la fois fidèle à ce qu'il voulait faire notamment pour les entreprises et le développement économique au départ, et en même temps plus à l'écoute des gens." Les "gilets jaunes" appellent, d'ores et déjà, à une nouvelle mobilisation la semaine prochaine et le 16 mars.

 


03/03/2019
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Franceinfo - vendredi 1er mars 2019

 

 

"On sent qu'il se passe quelque chose" : comment François Asselineau est devenu "très populaire" parmi les "gilets jaunes"

 

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Gaële JolyRadio France

 

 

De plus en plus de leaders du mouvement se tournent vers le fondateur de l'UPR, fervent partisan du Frexit

 

 

 

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Affiches du candidat à l'élection présidentielle François Asselineau dans le 16e arrondissement de Paris le 7 mars 2017.  (OLIVIER BÉNIS / FRANCE-INTER)

 

 

 

Son nom ressort régulièrement dans les fils de discussion sur les réseaux sociaux ou sur les ronds-points : François Asselineau, fondateur de l'Union populaire républicaine (UPR) et militant d'un "Frexit", suscite l'intérêt grandissant des "gilets jaunes".

 

 

A moins de trois mois des élections européennes du 26 mai 2019, plusieurs leaders du mouvement se plaignent de tentatives de récupération politique. Mais si les "gilets jaunes" semblent vouloir garder leur indépendance, certains d'entre eux semblent aussi porter une certaine attention à celui qui avait récolté 0,92% des voix à l'élection présidentielle de 2017.

 

 

 

Un discours souverainiste qui semble séduire

"Je vois beaucoup Asselineau qui ressort effectivement," constate Eric Drouet, l'une des figures des "gilets jaunes" dans une vidéo publiée sur son compte Facebook récemment. Interrogé sur les élections européennes, il explique que "ce sera une question qu’il faudra poser à l’ensemble des "gilets jaunes". On fera un post, ou un sondage dessus, pour que les gens, par exemple les personnes comme Etienne Chouard nous disent pourquoi plus Asselineau qu’un autre."

 

 

Etienne Chouard, l'intellectuel préféré des "gilets jaunes" vient en effet d’offrir une sacrée vitrine à l'ancien conseiller de Charles Pasqua, en annonçant voter pour lui aux européennes : "Je vais donner ma voix à Asselineau qui est le seul à soutenir correctement la sortie de l’Union européenne qui est pour moi une priorité absolue", justifie Etienne Chouard. 

 

 

"Nous sommes en train de nous désindustrialiser, de nous tiers-mondiser, aucune des doléances des "gilets jaunes" ne peut se faire dans le carcan de l’Union européenne. On appelle ça le néo-libéralisme, mais c’est d’une brutalité inouïe", affirme le promoteur du référendum d'initiative citoyenne.

 

 

 

Surtout ne pas chercher à instrumentaliser le mouvement

Effectivement, depuis la fondation de son parti en 2007 François Asselineau réclame la sortie de l’Union européenne et dénonce des traités qui "privent les Français de démocratie". Un discours souverainiste qui semble séduire sur les ronds-points et qui inquiète moins que celui, assez similaire, de Florian Philippot, assimilé lui à l’extrême droite.

 

 

Pourtant du côté de l'UPR, on refuse de se présenter comme le parti des "gilets jaunes". Contrairement à d’autres, Francois Asselineau n’a d’ailleurs jamais enfilé de gilet jaune. A l'UPR, le mot d'ordre est de ne surtout pas chercher à instrumentaliser le mouvement. François Asselineau a bien essayé au tout début, avec ses tracts sur le coût de l'essence, mais sur les ronds-points, les "gilets jaunes" n’étaient pas du tout réceptifs.

 

 

Il y a déjà eu un effet avec l’annonce d’Eric Drouet, l’UPR est devenue très populaire au sein des "gilets jaunes"Eric Noirez, représentant de l'UPR en Seine-et-Marne

 

 

Le parti d’Asselineau dit enregistrer une hausse de ses adhésions, jusqu’à 200 par semaine. Sa chaine YouTube compte désormais plus de 100 000 abonnés, c'est moins que la France insoumise, mais plus que le Rassemblement national. 

 

 

"En Seine-et-Marne on a fait une réunion publique il n’y a pas très longtemps où il y avait à peu près un tiers de la salle, qui était les 'gilets jaunes' du secteur, et qui découvraient François Asselineau (...) On sent qu’effectivement, il se passe quelque chose", analyse Eric Noirez.

 

 

 

"S’il y en a qui veulent une place dans la liste, je n’y verrais pas d’inconvénient"

"Moi, ma porte, elle est ouverte", assure l'intéressé. François Asselineau compte désormais profiter de cette dynamique en vue des européennes tout en gardant la même ligne : ne surtout pas donner l'impression d'en profiter. Il affirme ne pas avoir cherché à rencontrer les figures du mouvement, mais il lui reste encore deux mois pour finaliser sa liste pour les élections européennes.

 

 

"S'ils veulent me voir, ils viennent me voir," déclare le président de l'UPR. "Pour l’instant, on a notre liste, je ne vous cache pas que j’essaie d’avoir des personnalités extérieures, explique-t-il. S’il y en a qui veulent une place dans la liste, je n’y verrais pas d’inconvénient. On proposerait ça au bureau national, mais encore une fois, pour l’instant, il n’y a pas encore eu de contact comme ça."

 

 

François Asselineau vient de mettre les derniers coups de pinceau à son nouveau studio télé, dans son petit QG parisien. Avec un double des clefs pour les "gilets jaunes" qui souhaiteraient en faire usage. Là aussi, la porte est grand ouverte.

 


03/03/2019
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