L'AIR DU TEMPS

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EUROPE


Franceinfo - le mercredi 12 septembre 2018

 

 

Le Parlement européen déclenche une procédure de sanction contre la Hongrie en raison de menaces sur les valeurs fondamentales de l'UE

 

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franceinfo avec AFP et ReutersFrance Télévisions

 

 

 

C'est la première fois que le Parlement européen use de son droit d'initiative pour demander au Conseil (les Etats membres) de se prononcer sur la situation de l'Etat de droit d'un pays membre

 

 

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Une session du Parlement européen, le 12 septembre 2018 à Strasbourg.  (FREDERICK FLORIN / AFP)

 

 

Le Parlement européen dénonce la "menace systémique" des valeurs de l'Union européenne en Hongrie. Les eurodéputés se sont prononcés en faveur d'une résolution demandant au Conseil européen, l'organe qui regroupe les chefs d'Etats, d'ouvrir une procédure de sanction contre la Hongrie. C'est la première fois que le Parlement européen use de son droit d'initiative pour demander au Conseil de se prononcer sur la situation de l'Etat de droit d'un pays membre.

 

 

La résolution, adoptée par 448 voix favorables et 197 contre (48 abstentions), liste les multiples violations de la démocratie et des droits de l'homme constatées par les institutions européennes depuis l'arrivée au pouvoir du Fidesz, le parti du Premier ministre, Viktor Orban. Ces violations concernent notamment l'indépendance de la justice, de la liberté des médias, de la liberté académique ou du sort fait aux migrants et à ceux qui leur portent assistance.

 

 

Viktor Orban, qui était soutenu par les groupes politiques d'extrême droite et eurosceptiques, avait été en revanche lâché par le Parti populaire européen, auquel appartient le Fidesz.

 


14/09/2018
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Franceinfo - le jeudi 13 septembre 2018

 

 

L'article à lire pour comprendre la procédure de sanction enclenchée par le Parlement européen contre la Hongrie

 

 

Les députés européens ont enclenché l'article 7, procédure rarissime, pour prendre des sanctions contre Budapest pour "violation grave" des valeurs de l'Union européenne

 

 

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Le Premier ministre hongrois Viktor Orban lors des débats au Parlement européen sur la situation de la Hongrie, le 11 septembre 2018 à Stasbourg (Bas-Rhin).  (FREDERICK FLORIN / AFP)

 

 

 

Certains le qualifient d'"arme nucléaire", d'autres de "pétard mouillé". Mercredi 12 septembre, le Parlement européen a activé l'article 7 du traité de l'UE contre un Etat membre, la Hongrie. Une première pour le pays dirigé par le dirigeant national-conservateur Viktor Orban, accusé de bafouer "les valeurs" européennes.

 

 

Que prévoit cet article ? Cette procédure rarissime a-t-elle des chances d'aboutir ? Franceinfo répond aux questions qui se posent au lendemain du vote.  

 

 

Que permet l'article 7 ? 

 

L'article 7 du traité de l'UE  a été introduit dans le traité d’Amsterdam en 1997. C'est la procédure la plus radicale pour sanctionner un pays bafouant les règles européennes. Ce mécanisme, qui n'avait été lancé que contre la Pologne à l'initiative de la Commission, est prévu comme un dernier recours face à un pays commettant "une violation grave et persistante" des valeurs de l'Union européenne. 

 

 

Ces valeurs, mentionnées dans l'article 2 du traité de l'UE, sont le "respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d'égalité, de l'Etat de droit, ainsi que de respect des droits de l'homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités"

 

 

Que dit la résolution adoptée ? 

 

La résolution votée par les députés européens dans le cadre de l'activation de cet article 7 invite le Conseil européen, l'organe qui regroupe les chefs d'Etats, à constater s'il existe "un risque clair de violation grave par la Hongrie des valeurs visée à l'article 2 du traité de l'UE et à adresser à la Hongrie des recommandations appropriées à cet égard".

 

 

Selon le texte adopté par les eurodéputés, la politique menée par le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, au pouvoir depuis 2010, porte atteinte aux libertés et à l'équilibre des pouvoirs et représente un "risque systémique" contre les valeurs de l'UE. 

 

 

Que reproche le Parlement européen à Viktor Orban 

 

La résolution liste les multiples violations de la démocratie et des droits de l'homme constatées par les institutions européennes depuis l'arrivée au pouvoir du Fidesz, le parti du Premier ministre, Viktor Orban. Ces violations concernent notamment l'affaiblissement des contre-pouvoirs, l'indépendance de la justice, de la liberté des médias, de la liberté académique ou du sort fait aux migrants et à ceux qui leur portent assistance. 

 

 

Même si cela n'est pas évoqué dans le texte, la rencontre en août de Viktor Orban avec le leader de l'extrême droite italienne Matteo Salvini aurait précipité la décision du Parlement européen, selon Le Figaro. Le duo entend lancer un axe nationaliste en Europe avec en ligne de mire une politique très dure à l'égard des migrants et a pris Emmanuel Macron pour cible, qualifié de "chef des partis pro-migrants" en Europe. 

 

 

Le vote a-t-il fait l'unanimité au sein des partis de droite européens ? 

 

L'activation de l'article 7 du traité de l'UE a été adopté à 448 voix pour, 197 contre et 48 abstentions. Comme l'indique Le Figaro, le Parti populaire européen (PPE, droite et centre-droit), dont fait partie Viktor Orban, a fait basculer le vote dans le sens de l'adoption : 116 eurodéputés de ce groupe ont voté pour et seulement une petite soixantaine contre.

 

 

Le PPE entend ainsi montrer la sortie au Premier ministre hongrois, avec en ligne de mire les élections européennes de mai 2019. Mais "l'enfant terrible" de l'Europe, tel qu'il est surnommé, a fait savoir qu'il n'avait pas l'intention de quitter le PPE, malgré les appels du pied de plusieurs représentants de l'extrême droite, dont Marine Le Pen. 

 

 

Le vote n'a malgré tout pas fait l'unanimité au sein des députés français membres du PPE, dont certains, comme Nadine Morano (LR), ont voté contre la résolution tandis que d'autres se sont abstenus. Consciente des divergences au sein des élus Les Républicains, l'eurodéputée Françoise Grossetête, vice-présidente du groupe PPE, estime sur franceinfo qu'il est "important de rappeler un certain nombre de valeurs européennes" pour éviter que des électeurs "partent du côté de La République en marche". 

 

 

J'estime qu'à l'approche des élections européennes, il est important que les électeurs connaissent de façon très claire les lignes politiques d'un parti.Françoise Grossetête, eurodéputée, vice-présidente du groupe PPE à franceinfo

 

 

Quelles peuvent être les conséquences de ce vote ?

 

L'article 7 est souvent qualifié d'"arme nucléaire", car il peut mener en fin de course à une suspension des droits de vote au Conseil de l'UE, l'instance où les 28 contribuent à façonner les législations européennes. En comparaison, les procédures d'infraction que peut lancer la Commission contre des pays violant le droit de l'UE, beaucoup plus courantes, ne peuvent conduire en dernier ressort qu'à des sanctions financières.

 

 

Mais la partie de l'article 7 dont les eurodéputés ont demandé mercredi le déclenchement ne concerne que sa phase dite "préventive", pas encore celle prévoyant des sanctions.

 

 

Quelle est la suite de la procédure ? 

 

L'adoption de l'article 7 n'est qu'une première étape. Il revient désormais aux Etats membres d'approuver ce constat par un vote au quatre cinquième des membres du Conseil européen. Soit 27 pays (l'instance réunissant les 28, moins le pays visé).

 

 

Si le vote passe, la Hongrie devra prouver au Conseil les progrès qu'elle réalise en matière d'Etat de droit et sur les autres points mentionnés dans la résolution.  Si la Hongrie ne répond toujours pas aux inquiétudes de l'UE après un tel vote, un mécanisme dit de "sanction" pourrait ensuite être activé, à la demande d'un groupe d'Etats membres ou de la Commission.

 

 

A-t-elle des chances d'aboutir ? 

 

Cela n'a encore jamais eu lieu, même contre la Pologne, qui est visée actuellement par la phase préventive de l'article 7. Le gouvernement polonais a déjà laissé entendre qu'il ferait obstacle à l'unanimité requise pour ouvrir la voie à des sanctions contre la Hongrie. De la même manière que le gouvernement hongrois a déjà affirmé qu'il soutiendrait la Pologne si la procédure la visant atteignait le stade de possibles sanctions.

 

 

L'Autriche et l'Italie, qui prônent la même politique migratoire, s'opposeraient sans doute au vote. 

 

 

Comment réagit Budapest ? 

 

Ce vote n'est qu'une "petite vengeance des politiciens pro-immigration", a réagi le ministre des Affaires étrangères hongrois, Peter Szijjarto. "Cette décision de condamner la Hongrie et le peuple hongrois a été prise alors que nous, Hongrois, avons prouvé que la migration n'est pas un processus nécessaire et qu'il est possible de stopper l'immigration", a-t-il ajouté.

 

 

Il estime que le vote des eurodéputés est "l'ultime preuve claire que le Parlement européen compte une très grande majorité de politiciens pro-immigration" et qu'elle a "révélé l'intention de former une coalition après les élections [européennes] de mai prochain entre les libéraux, la gauche et le PPE".

 

 

J'ai eu la flemme de tout lire, vous me faites un résumé ? ;-)

 

Le Parlement européen a activé l'article 7 du traité de l'UE, procédure rarissime, et adopté une résolution mercredi contre la Hongrie, accusée de "violation grave et persistante" des valeurs de l'Union européenne. En ligne de mire, le Premier ministre Viktor Orban, élu en 2010, et dont la politique est jugée antidémocratique et contraire aux droits de l'homme, notamment à l'égard des migrants.

 

 

Le Parti populaire européen (droite, centre-droit), dont il fait partie, entend ainsi le pousser vers la sortie, en vue des élections européennes de mai 2019. Mais "l'enfant terrible" de l'Europe a fait savoir qu'il n'avait pas l'intention de quitter le PPE. Et les chances de voir aboutir la procédure européenne sont minces. Plusieurs étapes sont nécessaires avant une éventuelle prise de sanctions, telle qu'une suspension des droits de vote de la Hongrie au Conseil de l'UE. Et la Pologne, l'Italie ou encore l'Autriche devraient s'opposer à l'unanimité requise pour ouvrir la voie à ces sanctions.

 


14/09/2018
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Franceinfo - le dimanche 9 septembre 2018 mis à jour le 10.09.18

 

 

Législatives en Suède : droite et gauche à égalité, l'extrême droite en faiseur de roi

 

 

Aucun des deux grands blocs dominants de l'échiquier politique suédois n'a obtenu la majorité face à une extrême droite qui progresse encore, quoique moins qu'elle n'espérait

 

 

 

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Des Suédois votent lors des élections législatives, le 9 septembre 2018 à Stockholm. (JONATHAN NACKSTRAND / AFP)

 

 

L'extrême droite suédoise, sans atteindre ses ambitions, s'est imposée en juge de paix entre les deux blocs dominants à l'issue des législatives du dimanche 9 septembre, contraignant le Premier ministre social-démocrate à tendre la main à l'opposition de centre-droit pour la neutraliser. Le chef du gouvernement est traditionnellement le dirigeant du parti ayant obtenu le plus grand nombre de voix, mais le nouveau paysage politique fragmenté de la Suède rend toute conjecture particulièrement hasardeuse.

 

 

Ni le bloc "rouge-vert" sortant ni l'opposition du centre et de la droite n'ayant obtenu plus de 50% des 349 mandats en jeu au Riksdag, le parlement suédois, de longues tractations s'annoncent dans les semaines à venir. Les résultats encore provisoires donnaient les deux camps à égalité parfaite, à 143 mandats chacun.

 

 

Le Parti social-démocrate du Premier ministre Stefan Löfven perd près de trois points par rapport aux législatives de 2014, tombant à 28,3% des suffrages, selon des résultats portant sur 85% des circonscriptions. Critiqué tout azimuts sur son bilan migratoire et social, Stefan Löfven apparaît personnellement fragilisé par quatre années d'un mandat tumultueux qui a vu l'arrivée en 2015 de 160 000 demandeurs d'asile, un record en Europe rapporté au nombre d'habitants. Le scrutin s'avère également décevant pour les conservateurs d'Ulf Kristersson qui perdent 3,5 points en quatre ans, atteignant 19,8% des voix.

 

 

Faiseur de rois

 

De son côté l'extrême droite, alors qu'elle espérait renverser la table, est loin de réaliser la percée annoncée par son président, Jimmie Akesson, qui disait encore dimanche miser sur entre "20 et 30%" des voix. Les Démocrates de Suède (SD), formation anti-immigration, nationaliste et europhobe obtiendrait 17,7% des votes, après 12,9% en 2014, échouant à devenir le deuxième plus grand parti de Suède.

 

 

Mais s'ils progressent moins qu'entre 2010 et 2014, les Démocrates de Suède se sont durablement imposés dans le débat politique et émergent en faiseur de rois entre les deux blocs. "Nous sommes les grands gagnants de cette élection (...). Nous allons exercer une véritable influence sur la politique suédoise", a lancé un Jimmie Åkesson triomphant à ses partisans réunis dans un restaurant de la capitale. "Je suis prêt à parler, à coopérer, à négocier avec tous les partis, mais je veux surtout inviter Ulf Kristersson à négocier", a-t-il ajouté.

 

 

L'opposition est déterminée à déloger les sociaux-démocrates, mais pour construire une majorité solide, il lui faudrait dynamiter le cordon sanitaire qui, jusqu'ici, tenait les Démocrates de Suède à distance d'une influence politique directe. Un pas qui pourrait s'avérer risqué, tant centristes et libéraux ont dit et redit leur refus d'un "pacte avec le diable". Et sept sympathisants conservateurs sur dix ne veulent pas entendre parler d'une main tendue à l'extrême droite.

 

 

Si pourtant la droite veut jouer l'alternance, "son gouvernement sera dépendant des Démocrates de Suède et ce ne sera pas gratuit. Les Démocrates de Suède vont présenter leurs exigences", analyse pour l'AFP Lisa Pelling du centre d'études Arena Ide.

 

 

La gauche affaiblie

 

Alors que le Premier ministre social-démocrate Stefan Löfven présentait ces législatives comme un "référendum pour l'Etat-providence", l'extrême droite en avait fait un plébiscite contre sa politique migratoire. En septembre 2015, il justifiait l'ouverture aux réfugiés de Syrie, d'Irak ou d'Afghanistan au nom d'"une Europe qui n'édifie pas de murs". Deux mois plus tard, il annonçait un tour de vis migratoire et le rétablissement des contrôles aux frontières.

 

 

Une volte-face insuffisante pour l'extrême droite. A l'image du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD), les Démocrates de Suède dénoncent l'immigration comme une menace "culturelle" et réclament le renvoi de centaines de milliers de personnes. Ancien métallo de 61 ans, le Premier ministre a perdu des électeurs sur sa gauche et sur sa droite, les uns lui reprochant d'avoir laissé grand ouvertes les portes du pays aux demandeurs d'asile, les autres de les avoir aussitôt refermées.

 

 

Et ses chances de reformer une coalition – de toute façon minoritaire – sont d'autant plus compromises que la poussée du Parti de gauche qui le soutient au Parlement n'a pas compensé le recul des écologistes – membres du gouvernement – qui frôlent le seuil des 4% requis pour envoyer des députés sur les bancs du Riksdag, le Parlement suédois. En l'absence d'une claire légitimité issue des urnes, "nous sommes prêts à collaborer au-delà des blocs", à l'exception de l'extrême droite, s'est avancé le patron des sociaux-démocrates au Parlement, Anders Ygeman.

 


14/09/2018
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Franceinfo - le dimanche 2 septembre 2018

 

 

Manifestations en Allemagne : comment la ville de Chemnitz est devenue l'épicentre de l'opposition entre pro et anti-migrants

 

Depuis une semaine, des manifestants d'extrême droite, qui protestent contre la politique migratoire menée par le gouvernement d'Angela Merkel, et des militants de gauche, qui la soutiennent, défilent à Chemnitz, une ville saxonne de l'ex-RDA

 

 

 

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Des policiers marchent devant la statue de Karl-Marx à Chemnitz (Allemagne), le 1er septembre 2018, en marge des deux manifestations de militants d'extrême droite et de gauche. (RALF HIRSCHBERGER / DPA)

 

 

 

Depuis le meurtre d'un Allemand, dimanche 26 août, la ville de Chemnitz est le théâtre de manifestations de l'extrême droite allemande qui proteste contre la politique migratoire d'Angela Merkel. Deux hommes ont été arrêtés, suspectés d'être à l'origine de l'homicide :  un Irakien et un Syrien.

 

 

Samedi 1er septembre, deux manifestations ont été organisées dans les rues de la ville saxonne de l'ex-RDA, l'une par la droite anti-immigration et l'autre par des mouvements de gauche, des marches très encadrées par la police. Si aucune échauffourée n'est survenue dans les cortèges, neuf personnes ont toutefois été blessées en marge des défilés qui ont rassemblé plus de 8 000 personnes, samedi 1er septembre. Franceinfo revient sur les faits.

 

 

Comment ont débuté ces manifestations ?

 

Samedi 25 août, un Allemand de 35 ans, Daniel Hillig, est tué à Chemnitz. Très vite, un Syrien et un Irakien sont placés en détention provisoire. Agés de 22 et 23 ans, ils sont soupçonnés d'avoir, "à plusieurs reprises", porté des coups de couteau à la victime après une "altercation verbale", selon le parquet. L'homicide met le feu aux poudres. Le lendemain du meurtre, quelque 800 sympathisants d'extrême droite effectuent une "chasse aux étrangers" dans la ville. Ils sont prêts à en découdre avec la police. Lundi 27 août, des affrontements opposent plus de 2 000 militants d'extrême droite à environ un millier de contre-manifestants proches de l'extrême gauche. Plusieurs blessés sont à déplorer. La police est dépassée. Jeudi 30 août, plus d'un millier de personnes ont de nouveau défilé dans la ville. Les militants d'extrême droite demandent à Angela Merkel de "partir". La forte présence policière permet d'éviter de nouveaux débordements.

 

 

Quelle est la situation sur place ?

 

Les rassemblements de samedi se sont déroulés sans incident, en présence d'un très important dispositif policier. Des heurts sont cependant survenus au moment de la dispersion des cortèges, lorsque les plus déterminés des deux camps ont cherché à s'approcher les uns des autres pour en découdre. Neuf personnes ont été blessées.

 

 

Une équipe de la télévision publique locale MDR a déposé plainte après avoir été agressée lors d'un tournage. Un membre de l'équipe a été blessé et son matériel cassé. Par ailleurs, en marge de ces rassemblements, un Afghan de 20 ans a été roué de coups dans la soirée par un groupe de quatre hommes au visage camouflé, dans un quartier périphérique de Chemnitz. Il a été légèrement blessé, selon la police.

 

 

Quels sont les deux camps qui se font face ?

 

Environ 4 500 personnes ont défilé samedi à l'appel de divers mouvements d'extrême droite, principalement l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) et le rassemblement anti-islam et anti-Merkel Pegida. Les manifestants se définissent comme des "patriotes", ou des "conservateurs" note Le Monde, qui a interrogé certains d'entre eux. Ces manifestants veulent avant tout redorer leur image, après le rassemblement de lundi, où des saluts hitlériens ont été vus.

 

 

Samedi, certains scandaient "nous sommes le peuple", reprenant le slogan des manifestants lors de la chute du régime communiste de RDA à l'automne 1989, ou encore "Merkel dégage !" en portant des drapeaux allemands. D'autres défilaient avec de grands portraits de victimes d'attaques perpétrées, selon eux, par des demandeurs d'asile.

 

 

Mais l'extrême droite reproche surtout à la chancelière allemande Angela Merkel d'ouvrir les portes de l'Allemagne à l'immigration. Pour l'extrême droite, l'Allemand tué le 26 août à Chemnitz est un "mort de Merkel". Cette expression est une manipulation du parti pour discréditer la chancelière, a affirmé mercredi dernier une ancienne membre de l'AfD, Franziska Schreiber, à la chaîne de télévision Stern TV, note le Huffpost. Selon elle, les accords de Schengen signés en 1995 par des pays européens, dont fait partie l'Allemagne, permettaient déjà aux frontières intracommunautaires d'être ouvertes.

 

 

 

En parallèle, environ 3 500 personnes ont défilé à l'appel de plusieurs associations et partis politiques de gauche, selon la police. Ils se sont rassemblés autour du mot d'ordre : "Le cœur plutôt que la haine." "Chemnitz n'est ni grise ni brune", pouvait-on lire sur une immense affiche collée sous l'imposant buste de Karl Marx situé devant l'hôtel de ville de cette ancienne commune d'ancienne Allemagne de l'est (RDA).

 

 

Comment réagit le gouvernement allemand ?

 

Mardi, la chancelière allemande, Angela Merkel, a dénoncé "la haine dans la rue" lors d'une conférence de presse à Berlin. 

 

 

"Ce que nous avons vu n'a pas sa place dans un Etat de droit". Angela Merkellors d'une conférence de presse

 

 

Depuis, la dirigeante ne s'est pas exprimée sur le sujet. Un silence que lui reproche l'opposition. "Merkel se planque, assène un électeur du parti de gauche Die Linke, auprès du Monde. Elle doit davantage se montrer et se faire entendre".

 

 

 

De son côté, le gouvernement de coalition entre la CDU (conservateurs) et le SPD (centre-gauche) a apporté son soutien à la manifestation des militants de gauche par la voix du ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas. "L'Allemagne a causé des souffrances inimaginables à l'Europe, a-t-il écrit sur Twitter. Si, à nouveau, des gens défilent aujourd'hui dans les rues en effectuant le salut nazi, notre histoire passée nous oblige à défendre résolument la démocratie."

 

 

C'est nouveau cette poussée de l'extrême droite en Allemagne ? 

 

Les manifestations de militants d'extrême droite ne sont pas nouvelles en Allemagne. En 2014 et 2015, rappelle Le Figaro, le mouvement Pegida, qui affirme lutter contre "l'islamisation" de la société allemande, a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes, notamment à Dresde, dans la même région que Chemnitz, la Saxe.

 

 

 

Ces manifestations sont révélatrices d'un "malaise très ancien", estime sur franceinfo Jean-Yves Camus, politologue et directeur de l'Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès. L'Afd a obtenu ses meilleurs résultats aux dernières législatives, en obtenant 12,6% des suffrages et faisant pour la première fois son entrée au Parlement, mais la présence de l'extrême droite dans la vie politique allemande ne date pas d'hier.

 

 

 

Au milieu des années 1990, le nombre d'agressions contre des demandeurs d'asile ou des immigrants, qui étaient à l'époque bien moins nombreux que depuis 2015, était également monnaie courante. Jean-Yves Camus sur franceinfo

 


04/09/2018
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Franceinfo - le jeudi 16 août 2018

 

 

TEMOIGNAGE FRANCEINFO. "Il y a des images que je ne pourrai pas sortir de mon esprit" : un rescapé de l'"Aquarius" brise le tabou des viols sur des hommes en Libye

 

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Maurine Mercier, éditée par Julien Pasqualini franceinfoRadio France
 

 

 

L'envoyée spéciale de franceinfo à bord de l'"Aquarius" a rencontré un migrant qui témoigne des violences sexuelles infligées à des hommes en Libye, un sujet tabou que peu de rescapés osent évoquer sur le pont du navire humanitaire

 

 

 

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L'Aquarius a accosté sur l'île de Malte mercredi 15 août avec 141 migrants à bord. (MATTHEW MIRABELLI / AFP)

 

 

Les 141 rescapés de l'Aquarius sont arrivés à Malte mercredi 15 août. Ils sont "épuisés, marqués par leur voyage et leur séjour en Libye", selon Médecins sans frontières. Certains d'entre eux ont été victimes de violences sexuelles en Libye : c'est très souvent le cas pour les femmes, mais aussi pour les hommes. Et le sujet est tabou.

 

 

"Tous sont là avec leur téléphone, ils filment"

 

Sur le pont du navire humanitaire, un rescapé a décidé de briser le silence. Il révèle ce que personne n'ose évoquer, mais que pourtant tout le monde connaît. Lui n'a pas été violé mais a assisté à des scènes de viols. "Il y a des images que je ne pourrai pas sortir de mon esprit, témoigne cet homme sur franceinfo. Devant tout le monde, ils vous demandent de vous caresser. Ça stimule ton érection... Ils demandent que tu sodomises ton frère..." "Ils rient, ils sont contents. Du jamais vu. Tous sont là avec leur téléphone, ils filment." En cas de refus, "ils vont vous prendre, vous attacher et ils vont vous violer", poursuit-il. 

 

 

La deuxième fois qu'on lui a infligé cela, c'est quand il a essayé de s'évader. "En plein désert, ils nous ont rattrapés", raconte-t-il. Celui qui les guidait "a subi des abus. Ils l'ont sodomisé à tour de rôle. Ce n'était pas beau à voir."

 

 

Ils prennent des comprimés pour booster leur libido, pour faire du mal. Ils vont vous détruire au maximum migrant témoin de violences sexuelles à franceinfo

 

 

"Quand ils ont fini, il était bousillé, il y avait du sang partout. Je ne sais pas s'il a survécu", poursuit-il. Lui a été épargné et n'a pas été violé mais contraint, en Libye, à assister à ces scènes cauchemardesques. L'homme a du mal à poursuivre la conversation. "Je me sentais mort, je me disais 'si l'idée leur traverse l'esprit de passer sur moi'. Je me suis mis une minute à sa place. C'était traumatisant, c'était une terreur", conclut-il difficilement.

 


17/08/2018
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Franceinfo - le mardi 14 août 2018

 

 

"Aquarius" : la France va accueillir 60 migrants débarqués à Malte, annonce l'Elysée

 

 

"La solution adoptée est conforme à la coopération européenne, au droit de la mer et aux principes humanitaires", a indiqué l'Elysée dans un communiqué.

 

 

 

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Une photo du navire humanitaire l'"Aquarius", le 1er août 2018. (BORIS HORVAT / AFP)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Il va pouvoir bientôt accoster. Deux mois après avoir suscité une intense crise diplomatique, le navire Aquarius recherchait de nouveau, mardi 14 août, un port d'accueil en Méditerranée. Le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, a donné son feu vert pour laisser accoster le bateau et ses 141 migrants. Ces derniers seront répartis dans plusieurs pays européens dont la France. L'Hexagone va en accueillir 60, a annoncé l'Elysée en fin de journée dans un communiqué. 

 

 

Cinq pays d'accueil. "Malte va donner à l'Aquarius la permission d'entrer dans ses ports, même s'il n'a pas l'obligation légale de le faire. Toutes les 141 personnes à bord seront réparties entre la France, l'Allemagne, le Luxembourg, le Portugal et l'Espagne", a écrit le Premier ministre maltais sur Twitter.

 

 

L'Italie refuse le bateau. Comme en juin, où le bateau avait erré pendant une semaine, faute de port où accoster, l'Italie a refusé d'accueillir le navire. L'Espagne, qui avait finalement accueilli l'Aquarius en juin, a rechigné à se proposer à nouveau, avant de faire marche arrière. Le pays va accueillir 60 des 141 migrants.

 

 

LR et le RN pour que la Tunisie ouvre ses portes. Les Républicains (LR) et le Rassemblement national (RN, ex-FN) ont estimé que la France ne devait pas accueillir l'Aquarius, pour éviter de créer "un appel d'air", et plaidé pour que la Tunisie lui ouvre ses ports.

 


16/08/2018
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Franceinfo - le mardi 14 août 2018

 

 

"Ouvrez-nous les portes, nous sommes des êtres humains", supplient les rescapés à bord de l’"Aquarius"

 

 

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Maurine Mercier franceinfoRadio France

 

 

 

Franceinfo est l’un des rares médias à avoir une journaliste à l’intérieur du bateau humanitaire, qui attend toujours un port d’accueil. Les migrants, comme les bénévoles à bord, s’impatientent

 

 

 

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Le navire humanitaire Aquarius, affreté par les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, le 1er août 2018. (BORIS HORVAT / AFP)

 

 

 

"La réponse à la question où on va, on ne l’a pas encore", lance Aloïs, bénévole à Médecins sans frontières aux rescapés de l’Aquarius. Le navire attend toujours, mardi 14 août, de trouver un port d’accueil, alors qu’il a secouru 141 personnes au large de la Libye vendredi.

 

 

"On demande expressément aux dirigeants européens de respecter les droits de ces personnes qu’on a à bord et juste de faire preuve d’un minimum de décence pour ces vies humaines, qui sont fragiles et vulnérables et qui ont des droits comme n’importe quel humain", affirme Aloïs.

Au moins cette fois-ci, ce sont des vivants que j’ai avec moi. On les traite avec dignité, ce que les autorités ne font pas.Tanguy, marin-sauveteurà franceinfo

 

 

Les bénévoles des deux ONG - SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, qui ont affrété le bateau - s’attendaient à devoir affronter cette situation. Mais peut-on s’habituer à devoir expliquer à des personnes ayant fui des prisons en Libye qu’elles vont devoir patienter avant de pouvoir dormir sur autre chose qu’un pont brûlant en acier ? "Dans la mesure où je me suis habitué à ramasser des cadavres, je peux bien m’habituer à attendre", grince Tanguy, marin-sauveteur, à bord de l’Aquarius depuis deux ans.

 

 

Attente et incompréhension

 

À bord, on tue le temps comme on peut. Un homme se plaint de douleurs, parce qu’il y a quelques mois, des Libyens lui ont tiré une balle dans le bras. Pour la lui retirer, il faudra attendre d’être à quai.

 

 

Aujourd’hui, c’est l’Afrique qui a des problèmes. Mais demain ça peut être vous les Français, vous les Européens.Une rescapée à franceinfo

 

 

Une jeune femme chante. Originaire de Côte d’Ivoire, elle n’avait jamais pensé un jour devoir se rendre en Europe. Elle vivait en Libye avant la chute de Khadafi. Lorsque le pays a basculé, elle a été vendue, raconte-t-elle : "Pour la prostitution". Pour y échapper, elle n’avait pas d’autres choix que de traverser la Méditerranée. "Quand les Français se déplacent et qu’ils arrivent en Côte d’Ivoire, à l’aéroport c’est écrit 'Bonne arrivée'. Arrêtez de dire que vous ne voulez plus des immigrants. Ouvrez-nous les portes, on ne va pas exploiter toute votre richesse. Ouvrez-nous les portes, nous ne sommes pas venus violer vos lois. Ouvrez-nous les portes, nous sommes des êtres humains."

 

 

"Quoi qu’il arrive, vous n’allez pas retourner en Libye", affirme Aloïs, le bénévole, aux rescapés. "On n’a pas le droit de vous ramener dans cet endroit qui est jugé non-sûr", rappelle-t-il, en français et en anglais, sous les applaudissements des migrants.

 


16/08/2018
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Franceinfo - le vendredi 29 juin 2018

 

 

Les 28 pays de l'Union européenne trouvent un accord sur l'accueil des migrants

 

 

"C'est d'abord le fruit d'un travail commun et c'est la coopération européenne qui l'a emporté", s'est félicité Emmanuel Macron à la sortie du sommet à Bruxelles vendredi matin. Cet accord comprend la création de centres d'accueil sur la base du volontariat

 

 

 

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Emmanuel Macron au milieu du président du Conseil européen Donald Tusk (à gauche) et du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, lors d'un sommet européen à Bruxelles le 28 juin 2018. (DURSUN AYDEMIR / ANADOLU AGENCY / AFP)

 

 

 

Ils ont accouché d'un texte commun au petit matin. Les 28 dirigeants de l'Union européenne ont trouvé un accord, vendredi 29 juin, sur les migrations, lors d'un sommet tendu à Bruxelles. Parmi les solutions avancées, les pays de l'UE se sont accordés sur la proposition "d'avoir des centres contrôlés sur le territoire européen pour mieux organiser [l']accueil" des migrants, a indiqué Emmanuel Macron.

 

 

Le chef de l'Etat a salué cet accord, "fruit d'un travail commun". "C'est la coopération européenne qui l'a emporté sur le choix d'un non accord ou de décisions nationales qui n'auraient été ni efficaces ni durables", a-t-il déclaré à la sortie du sommet, après neuf heures de tractations sur la gestion de l'accueil des migrants.

 

 

"L'Italie n'est plus seule"

 

L'Italie avait fait monter la pression jeudi à Bruxelles sur les autres pays membres en bloquant l'adoption d'une première salve de conclusions du sommet. "L'Italie n'est plus seule", s'est finalement félicité, vendredi, à l'aube, le chef du gouvernement italien. Giuseppe Conte s'est félicité d'un accord qui prévoit "une approche intégrée, comme nous l'avions demandé" avec "une Europe plus responsable et plus solidaire". "C'était une longue négociation" mais "nous sommes satisfaits", a-t-il affirmé devant les journalistes.

 

 

Parmi les points de satisfaction pour l'Italie, Giuseppe Conte a cité "le principe selon lequel qui arrive en Italie, arrive en Europe", "la possibilité de créer des plateformes de débarquement dans les pays tiers, sous l'autorité du Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR)" et celle de "créer des centres (d'accueil) dans les Etats européens mais seulement sur une base volontaire, avec une gestion collective européenne".

 


05/07/2018
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Franceinfo - le jeudi 28 juin 2018

 

 

L'article à lire pour comprendre pourquoi les pays de l'Union européenne n'arrivent pas à s'entendre sur la question migratoire

 

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Hugo CaillouxElise LambertFrance Télévisions

 

 

 

Les Vingt-Huit se réunissent jeudi et vendredi lors d'un Conseil européen afin d'aborder, entre autres, l'épineuse question de l'immigration en Europe. Depuis deux semaines, les tensions n'ont cessé de croître entre les Etats membres. Franceinfo vous explique pourquoi

 

 

 

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Après avoir traversé la Méditerranée, des migrants font la queue au port de Motril en Espagne, le 22 juin 2018. (JON NAZCA / REUTERS)

 

 

 

De l'odyssée de l'Aquarius au blocage d'autres navires en Méditerranée, l'Union européenne se déchire depuis deux semaines autour de la question des migrants. Avant le sommet des Vingt-Huit, prévu jeudi 28 et vendredi 29 juin à Bruxelles, le commissaire européen aux Migrations a estimé que "le projet européen" était "en danger". Dimanche 24 juin, la tenue d'un mini-sommet d'urgence entre les dirigeants de 16 pays de l'UE n'a pas permis d'apaiser les tensions et aucune stratégie commune n'est ressortie de la réunion. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi aucun consensus ne se dégage-t-il ? Franceinfo vous aide à comprendre pourquoi l'Europe se divise sur l'immigration.

 

 

Pourquoi une nouvelle réunion de l'UE ? Il n'y en avait pas déjà eu une dimanche ?

 

Il y a bien eu un "mini-sommet" de crise à Bruxelles, le 24 juin, organisé à la dernière minute par la Commission européenne. Cette réunion a réuni 16 pays, dont la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, l'Autriche et Malte, afin de rechercher des "solutions européennes" sur l'accueil des migrants. Les quatre pays du groupe dit de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) n'ont pas participé à la réunion, refusant toute négociation avec les autres Etats, notamment le projet de quotas de répartition des réfugiés voulu par Angela Merkel.

 

 

De son côté, l'Italie a plaidé pour une plus grande solidarité des pays membres et a présenté une liste de propositions, comme la création de "centres de protection internationaux" dans les pays en transit, sans convaincre ses partenaires.

 

 

A l'issue de cette réunion, la chancelière allemande Angela Merkel a annoncé qu'aucune "solution à 28" ne serait possible et a envisagé des accords "bilatéraux ou trilatéraux".

 

 

Elle a démarré quand, cette "crise" ?

 

La question migratoire est revenue au cœur des débats après le refus de l'Italie de laisser accoster le navire humanitaire Aquarius sur ses côtes, le 10 juin. Le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini, chef de la formation d'extrême droite la Ligue, a annoncé la fermeture de ses ports, entraînant le blocage du navire entre Malte et l'Italie. Après quatre jours de tergiversations au sein de l'UE, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a finalement proposé à l'Aquarius de jeter l'ancre dans le port de Valence pour que les migrants à bord soient pris en charge.

 

 

Bien que critiqué pour son inaction, Emmanuel Macron a dénoncé la "part de cynisme et d'irresponsabilité du gouvernement italien". Ce à quoi Rome a répliqué en fustigeant les "leçons hypocrites" de Paris. Au sein de l'UE, le ton est une nouvelle fois monté d'un cran entre les partisans d'une ligne dure et unilatérale et les défenseurs d'une "approche européenne et coordonnée".

 

 

A cette situation s'ajoute l'impossibilité pour les Etats d'établir "une politique migratoire commune, analyse le spécialiste des migrations internationales François Gemenne. Depuis vingt-cinq ans, c'est la logique du chacun pour soi qui a prévalu." Cette logique s'explique en partie parce que "chaque Etat membre a toujours eu seul la responsabilité de ses frontières extérieures", précise Marine De Haas, spécialiste des questions européennes à La Cimade, association de soutien politique aux migrants, réfugiés et déplacés. 

 

 

On n'a pas du tout de politique migratoire en Europe, on a 28 politiques migratoires. François Gemenneà franceinfo

 

 

Toutefois, les Etats collaborent via l'Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (ex-Frontex), créée pour coordonner les politiques de gestion des frontières des Etats membres.

 

 

Mais les pays européens n'avaient donc rien fait jusqu'ici ?

Si. En mars 2016, l'Union européenne a passé un arrangement avec la Turquie pour que tous les migrants irréguliers (qui ne demandent pas l'asile ou ont été déboutés) qui ont traversé la Turquie vers l'UE soient renvoyés en Turquie, résume le site Touteleurope. Le coût de ces opérations est pris en charge par l'UE et Ankara reçoit une compensation de 3 milliards d'euros par an.

 

 

Conséquence : cet arrangement a participé à la diminution du nombre d'arrivées de migrants en Europe. Ils étaient "1,01 million en 2015" et "172 000 l'année dernière à passer par la Méditerranée, précise Matthieu Tardis, chercheur à l'Ifri (Institut français des relations internationales), citant des chiffres du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Pour l'Italie, la baisse a été de 80% depuis le début de l'année, avec seulement 16 000 arrivants au total."

 

 

Cette politique "externalisée" de contrôle des frontières n'a toutefois pas stoppé l'immigration et n'a fait que "déplacer le problème", estime François Gemenne. "D'autres routes migratoires se sont ouvertes, ou se sont réactivées. Il y a un passage beaucoup plus important par la Libye, par exemple." "Les migrants font appel à des réseaux criminels et on retrouve plus de morts et de disparus aux frontières", renchérit Marine De Haas.

 

 

Pourquoi les regards sont-ils concentrés aujourd'hui sur l'Italie ?

 

Parce que la position prise par le gouvernement italien est inédite. En décidant de fermer ses ports aux bateaux des ONG, "l'Italie est allée à l'encontre du consensus européen établi jusque-là, estime Ferruccio Pastore, directeur du Forum international et européen de recherche sur l'immigration (FIERI) de Turin. Jusqu’à présent, l'Italie assurait l'accueil humanitaire des migrants mais, le 1er juin, l'extrême droite a fait son entrée au gouvernement.

 

 

Le nouveau ministre de l'Intérieur Matteo Salvini est partisan d'une ligne anti-immigration et souhaite installer en Libye des centres d'accueil et d'identification, afin de "bloquer la migration", a-t-il plaidé lors d'un déplacement dans la capitale libyenne, mardi 25 juin.

 

 

De plus, l'Italie estime qu'elle a déjà beaucoup participé à l'accueil des migrants, sans le soutien de ses partenaires. En 2013, le naufrage d'une embarcation au large de l'île italienne de Lampedusa provoque la mort de 360 migrants et choque l'opinion publique italienne. L'Italie réagit en lançant l'opération "Mare Nostrum", un dispositif de sauvetage d'envergure. Elle permet de sauver 150 000 personnes en un an, soit 400 par jour, détaille Le Monde. L'opération coûte 9 millions d'euros à l'Italie mais s'arrête en 2014. Elle est remplacée par l'opération "Triton" menée par l'Agence européenne de garde-frontières (ex-Frontex). Dotée de moins de moyens, c'est une mission de surveillance et non plus de sauvetage.

 

 

Que répond la France face à cela ?

 

"Ça change toutes les 24 heures, analyse le chercheur François Gemenne. La France essaie de trouver un compromis, pour le moment, entre une posture plutôt humaniste, qui est la posture d'Angela Merkel, et la ligne dure de l'Autriche et de l'Italie, mais c'est surtout une position qui n'assume pas vraiment de responsabilités." 

 

 

En 2016, Emmanuel Macron, alors candidat à la présidentielle, était pourtant plus affirmé sur la question : "Les réfugiés qui risquent leur vie pour des raisons politiques sont des héros", disait-il, cité par Europe 1. En avril, le projet de loi asile-immigration, jugé "dure", "inefficace" et "prématuré", y compris au sein de la majorité, a marqué un durcissement de la politique migratoire d'Emmanuel Macron. Le président s'est justifié en paraphrasant Michel Rocard, affirmant que la France ne pouvait pas "prendre toute la misère du monde."

 

 

Pour le moment, Paris a émis quelques propositions, comme l'instauration de sanctions financières envers les pays de l'UE qui refuseraient d'accueillir les migrants ou la mise en place de "centres fermés sur le sol européen dès le débarquement", dans lesquels les migrants attendraient l'examen de leur cas, essentiellement en Italie mais aussi en Espagne. 

 

 

Et l'Allemagne ?

 

Pour le moment, "Angela Merkel assume sa position, reprend François Gemenne. La chancelière est toujours d'accord pour que les migrants puissent demander l'asile sur le sol européen, y compris en Allemagne". Cependant, elle fait face à une crise politique nationale inédite, l'empêchant de mener son projet à bien. 

 

 

Angela Merkel a été sommée par ses alliés de l'Union chrétienne-sociale (CSU) de refouler aux frontières tout candidat à l'asile, explique Le FigaroLa CSU fait partie du gouvernement de "grande coalition" avec l'Union chrétienne-démocrate (CDU, parti de la chancelière) et le Parti social-démocrate (SPD). Son ministre de l'Intérieur Horst Seehofer, président du CSU, a exigé qu'elle trouve un accord européen les 28 et 29 juin, sans quoi il appliquerait cette mesure de refoulement dès juillet. Par ce coup de force, la CSU espère ainsi contrer la menace de l'extrême droite lors des élections régionales d'octobre en Bavière, dans laquelle elle détient la majorité absolue.

 

 

En 2015, Angela Merkel a décidé d'ouvrir son pays aux migrants, permettant l'arrivée en Allemagne de plus d'un million et demi de personnes. Une décision remise en cause par le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD), arrivé troisième aux élections législatives en septembre dernier, pour la première fois de son histoire.

 

 

Il n'y a donc aucun point d'accord pour le moment ?

 

Un point de convergence perdure malgré tout : empêcher les arrivées de migrants sur le continent. L'une des idées principales est la création de "plateformes régionales de débarquement" dans différents pays, y compris hors UE, pour que les migrants secourus en mer puissent être pris en charge hors du territoire européen. Le but est d'éviter les bras de fer diplomatiques à chaque débarquement après une opération de secours avec les pays d'Afrique du Nord et d'insister sur le fait que monter dans un bateau ne garantirait plus une arrivée en Europe.

 

 

Pour certains pays, ces plateformes pourraient être crées en Tunisie ou en Albanie. Pour d'autres, comme l'Italie, elles pourraient être installées à la frontière sud de la Libye. Une mesure critiquée par certaines associations : "Nous, on appelle ça de l'externalisation. C'est la première fois qu'on évoque vraiment l'idée d'intercepter les gens en mer et de les ramener vers le sud de la Méditerranée. Or, le non-refoulement d'un réfugié est garanti par la Convention de Genève", dénonce Marine De Haas. 

 

 

Au final, que peut-on attendre de ce Conseil ?

 

Les avis sont unanimes : les Etats membres de l'Union européenne ne prendront pas de décision radicale lors du Conseil européen. "Je pense qu'il n'y aura pas de position commune, anticipe François Gemenne. S'il y en a une, ce sera pour accentuer la fermeture des frontières, renforcer les moyens de l'agence Frontex pour la surveillance des frontières."

 

 

Les pays membres pourraient adopter des positions au cas par cas, directement d'Etat à Etat. C'est ce qu'a évoqué Angela Merkel lors du mini-sommet de dimanche dernier. L'Allemagne pourrait par exemple discuter seule à seule avec l'Italie du nombre de réfugiés que Berlin renverrait à Rome.

 

 

Je n'ai pas pu tout lire. C'est possible de me faire un petit résumé ?

 

Le refus par l'Italie d'accueillir l'Aquarius dans ses ports, le 10 juin, a relancé le débat entre les pays européens sur la question migratoire. Cette décision inédite a été prise par le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini, président du parti d'extrême droite la Ligue, et partisan d'une ligne anti-immigration très stricte. En réponse, Emmanuel Macron a dénoncé un "nationalisme qui renaît", entraînant une passe d'armes avec l'Italie. Ces échanges sont symptomatiques de l'absence de politique commune en matière d’immigration qui prévaut depuis vingt-cinq ans. 

 

 

De son côté, Angela Merkel s'est trouvée dans l'impossibilité de s'imposer, malmenée dans sa coalition par son ministre de l'Intérieur Horst Seehofer, partisan d'un durcissement de la politique migratoire allemande. C'est dans ce contexte que s'ouvre un Conseil européen, jeudi 28 juin à Bruxelles, dont l'un des objectifs est de trouver une solution pérenne au problème. Mais Angela Merkel a d'ores et déjà prévenu que cette réunion "n'apporterait pas encore de solution globale" et que "des accords bilatéraux ou trilatéraux" pourraient être passés.

 


04/07/2018
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Franceinfo - le vendredi 22 juin 2018

 

 

Grèce : les ministres des Finances de la zone euro signent un dernier accord qui met fin à la crise de la dette

 

 

Après huit années de crise, ce texte prévoit qu'Athènes quitte la tutelle de ses créanciers, le 20 août prochain

 

 

 

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Une femme manifeste contre le vote de nouvelles mesures d'austérité devant le parlement grec, le 18 mai 2017. (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

 

 

Le bout d'un long tunnel. Les ministres des Finances de la zone euro se sont entendus dans la nuit de jeudi 21 juin à vendredi 22 juin sur un vaste accord mettant fin à huit années de crise, d'austérité et de plans de sauvetage pour la Grèce. Cet accord, qui inclut un dernier allègement important de la dette d'Athènes, a été conclu vers minuit (23 heures en France), après plus de six heures de réunion à Luxembourg.

 

 

"Moment historique"

 

Il doit permettre à Athènes de quitter, comme prévu, la tutelle de ses créanciers –zone euro et Fonds monétaire international (FMI) – le 20 août prochain pour recommencer à se financer seule sur les marchés, après plusieurs années de profonde récession et trois programmes d'aide. "La crise grecque s'achève ici, cette nuit. Nous sommes finalement arrivés au bout de ce chemin qui a été si long et si difficile. C'est un moment historique", s'est félicité le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici."Je suis heureux, a affirmé le ministre grec des Finances Euclid Tsakalotos. Pour que ça en vaille la peine, nous devons nous assurer que le peuple grec voit des résultats concrets", a-t-il ajouté.

 

 

Selon plusieurs sources, les discussions se sont prolongées car l'Allemagne a manifesté une résistance de dernière minute contre l'allègement de la dette de la Grèce, pourtant jugé nécessaire par ses créanciers pour assurer sa crédibilité les marchés financiers.

 

 

Surveillance

 

Les Européens ont accepté vendredi d'allonger de dix ans les échéances de remboursement d'une grande partie de cette dette –  dont le niveau reste le plus élevée de l'UE (180% de son PIB) – et permettront aux Grecs de ne commencer à rembourser une partie des prêts qu'à partir de 2032, contre 2022 jusqu'à présent.

 

 

Ils se sont également entendus sur le versement d'une toute dernière tranche d'aide, de 15 milliards d'euros, contrepartie aux 88 dernières réformes accomplies par la Grèce ces dernières semaines. Sous la pression de l'Allemagne, certaines mesures d'allègement de la dette resteront conditionnées à la poursuite des dernières réformes, dont certaines s'étendront sur plusieurs mois.

 

 

Athènes sera d'ailleurs dès sa sortie du troisième programme d'aide en août, et jusqu'en 2022, sous le coup d'une surveillance encore jamais vue de la part des Européens, bien plus stricte que celles mises en place dans le passé pour le Portugal, Chypre ou l'Irlande. Les Européens ont aussi prévu de faire le point sur la dette grecque en 2032 et d'accorder, si nécessaire, de nouvelles mesures d'allègement.

 

 

La croissance du PIB a atteint 1,4% en 2017 et devrait encore progresser cette année (1,9%) et l'an prochain (2,3%). Dans le même temps, la Grèce affiche désormais un excédent budgétaire de 0,8%, après avoir enregistré un déficit de 15,1% en 2009.

 

 


02/07/2018
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Franceinfo - le mardi 19 juin 2018

 

 

Berlin et Paris se mettent d'accord pour un "budget commun" de la zone euro

 

 

Ce projet, défendu à l'origine par le président français, pourrait démarrer en 2021

 

 

 

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 Emmanuel Macron et Angela Merkel lors d'une conférence de presse commune à Meseberg, en Allemagne, le 19 juin 2018.  (LUDOVIC MARIN / AFP)

 

 

Berlin et Paris sont d'accord sur le projet d'un "budget commun" pour la zone euro. L'annonce a été faite par Angela Merkel, lors d'une conférence de presse commune avec Emmanuel Macron, mardi 19 juin. Cette idée était à l'origine défendue par le président français. Mais la chancelière allemande restait jusqu'ici plutôt frileuse.

 

 

"Nous rentrons aujourd'hui dans une deuxième étape de la vie de notre monnaie unique, s'est félicité le chef de l'Etat français, depuis Meseberg (près de Berlin) où se tenait un conseil ministériel franco-allemand. Nous avons décidé d'avancer pour ouvrir une nouvelle page." 

 

 

Il s'agira d'un vrai budget avec des recettes et des dépenses annuelles, une exécution des dépenses par la commission européenne. Ce n'est pas l'addition de 19 budgets de la zone euro. Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse

 

 

Ce budget pourrait être mis en place en 2021, à condition que le projet soit aussi approuvé par les dix-sept autres pays de la zone euro. Il servira à accompagner les pays lorsqu'ils font face à des difficultés. Il permettra également de "répondre au défi qui est le nôtre, les divergences entre nos économies".

 

 

Il reste encore beaucoup de détails à régler, à commencer par le montant de ce budget commun. "La pire manière de le présenter serait d'avoir ficelé tous les détails aujourd'hui entre nous", s'est défendu Emmanuel Macron. "Les réponses détaillées, lorsqu'elles ne sont faites qu'à deux alors qu'elles concernent 19 pays, peuvent être contre-productives." Bref, "il reste beaucoup de travail, d'ajustements techniques", mais "on ne peut pas les résoudre s'il n'y a pas d'accord politique."

 


02/07/2018
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Franceinfo - le vendredi 1er juin 2018

 

 

Espagne : on vous explique pourquoi Mariano Rajoy a été poussé vers la sortie

 
Lison Verriez franceinfoFrance Télévisions

 

 

 

Les députés ont voté une motion de censure visant le chef du gouvernement conservateur

 

 

 

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Mariano Rajoy, lors d'une séance au Congrès, le 30 mai 2018 à Madrid (Espagne).  (JUAN MEDINA / REUTERS)

 

 

 

Basta ya ! Une majorité des 350 députés espagnols ont voté, vendredi 1er juin, une motion de censure contre Mariano Rajoy, le chef du gouvernement conservateur espagnol, affaibli par un scandale de corruption après plus de six ans au pouvoir.  La motion a été déposée par le chef du Parti socialiste espagnol (PSOE), Pedro Sanchez, il y a une semaine, et adoptée à une majorité de 180 députés sur 350. Mariano Rajoy a été remplacé par le socialiste Pedro Sanchez.

 

 

Avant même le vote, vendredi matin, le chef de l'exécutif avait reconnu sa défaite. "Ce fut un honneur d'avoir présidé le gouvernement espagnol et de laisser l'Espagne dans un meilleur état que celui dans lequel je l'ai trouvée. J'espère que mon remplaçant pourra dire la même chose à son tour", a déclaré Mariano Rajoy.

 

 

Franceinfo vous explique ce qui a mené à cette motion de défiance et comment elle fragilise le gouvernement.

 

 

1 - D'où vient cette motion de censure ?

 

C'est un scandale de corruption, "l'affaire Gürtel", qui a largement affaibli le chef du gouvernement. Le journal El Pais a révélé en 2009 un système de corruption impliquant des responsables politiques issus du Parti populaire (PP). La justice a enquêté sur ce dispositif et a mis au jour des relations entre des chefs d'entreprise et des élus qui attribuaient des marchés publics en échange d'argent, de cadeaux ou de diverses faveurs. 

 

 

Jeudi 24 mai, l'Audience nationale, le tribunal espagnol chargé des affaires les plus graves, a finalement condamné plusieurs cadres du PP. Trois d'entre eux, dont l'ex-trésorier du parti Luis Barcenas, ont écopé de peines de prison allant jusqu'à 51 ans. L'ancienne ministre de la Santé, Ana Mato, et le parti ont été condamnés à rembourser près de 300 000 euros indûment perçus. La justice reproche aux condamnés d'avoir participé à "un authentique et efficace système de corruption institutionnelle au travers d'un mécanisme de contrats publics", entre 1999 et 2005. 

 

 

Si le PP soutient qu'il ne s'agit que "de cas isolés", le tribunal l'a néanmoins considéré comme "participant à titre lucratif". Cette condamnation affaiblit davantage Mariano Rajoy, dont le témoignage pendant le procès a été qualifié de "peu crédible" par les juges, comme le rapporte Le Monde

 

Le lendemain de la décision de justice, le chef de l'opposition, Pedro Sanchez, secrétaire général du Parti socialiste (PSOE) a déposé une motion de censure à l'encontre du chef du gouvernement. Il estime avoir été dans l'obligation de le faire, "par responsabilité", "pour la crédibilité des institutions" et pour défendre "la démocratie"

 

 

2 - Comment s'explique ce résultat ? 

 

Pour parvenir à pousser Mariano Rajoy vers la sortie, Pedro Sanchez devait réunir la majorité des députés autour de sa motion de censure, et donc récolter 176 des 350 voix. Le débat a commencé au Parlement le jeudi 31 mai, pour s'achever par un vote vendredi matin. La motion a été adoptée à 180 voix pour, 169 contre et une absention.

 

 

En début de semaine, les analystes politiques accordaient à cette motion très peu de chances d'aboutir. Le PSOE est la troisième force politique du Congrès et compte seulement 84 élus depuis les élections de 2016. Mais le vent a tourné et  d'autres partis ont annoncé, dans la semaine, leur soutien à la motion. 

 

 

Podemos, le parti d'extrême gauche qui compte 67 élus, a consulté ses partisans sur la question et a confirmé son soutien pour le socialiste "par hygiène démocratique". La gauche indépendantiste catalane (ERC) a, elle, laissé entendre qu'elle soutiendrait aussi Pedro Sanchez. "Virer des voleurs et des matons de la Moncloa [la résidence du Premier ministre] n'est pas une option mais une obligation", a ainsi déclaré le député Gabriel Rufian. Un soutien qui n'arrive pas sans quelques promesses. En effet, Pedro Sanchez a annoncé qu'il essaierait de "nouer des liens" avec le gouvernement régional à Barcelone, qui vient de se reconstituer. "Au sein de la nation espagnole, il y a des territoires qui eux aussi se sentent nations. Nous pouvons coexister dans le cadre de la Constitution", a ainsi déclaré le chef des socialistes. 

 

 

Le PSOE, Podemos, ERC et plusieurs autres partis régionalistes réunissaient ainsi un total de 175 voix, selon les décomptes mercredi soir. Toujours insuffisant pour valider la motion de censure... Mais coup de théâtre jeudi : le Parti nationaliste basque (PNV) a annoncé sa décision de voter en faveur de la censure contre Mariano Rajoy, apportant les 5 voix nécessaires pour obtenir la majorité absolue. Afin de convaincre le PNV, Pedro Sanchez a assuré qu'il ne toucherait pas au budget voté la semaine dernière prévoyant des largesses financières pour le Pays basque. 

 

 

3 - Et maintenant, il se passe quoi ? 

 

Après des tractations intenses avec les partis de tous bords, et des concessions parfois cher payées, Pedro Sanchez, qui devient donc le nouveau chef du gouvernement, a réussi à réunir autour de sa candidature suffisamment de soutiens. Le responsable socialiste est amené à gouverner jusqu'à la fin de la législature, soit en juin 2020.

 

 

Toutefois, la situation est loin d'être idyllique pour le chef du PSOE. Ignacio Varela, chroniqueur politique interrogé par l'AFP, estime qu'avec une "majorité Frankenstein", le parti socialiste sera incapable de gouverner. 

 

 

Pedro Sanchez pourrait donc décider de convoquer des élections anticipées, pour tenter de reconstruire une majorité, mais seulement après avoir gouverné '"quelques mois", a confirmé l'une de ses porte-parole, Carmen Calvo. Un laps de temps qui lui permettrait notamment de "faire des changements suffisants", par exemple "des hausses de salaires, de retraites" et prendre des mesures en faveur de "l'égalité hommes-femmes" ou "de l'éducation". Un moyen de renforcer la popularité du PSOE qui a enregistré, en 2016, les pires résultats électoraux de son histoire récente.

 


21/06/2018
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Franceinfo - le vendredi 1er juin 2018

 

 

Espagne : le chef du gouvernement, Mariano Rajoy, renversé par le Parlement et remplacé par le socialiste Pedro Sanchez

 

 

Le chef du gouvernement espagnol a reconnu vendredi sa défaite face à la motion de censure socialiste adoptée par les députés

 

 

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Le leader socialiste Pedro Sanchez devient, le 1er juin 2018, le chef du gouvernement espagnol après le vote d'une motion de censure contre le gouvernement de Mariano Rajoy.  (OSCAR DEL POZO / AFP)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

L'Espagne a un nouveau chef du gouvernement : il s'agit du socialiste Pedro Sanchez. Dans une allocution devant le Parlement, le chef conservateur du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a reconnu, vendredi 1er juin, sa défaite avant la motion de censure socialiste. Cette dernière a été adoptée à 180 voix pour, 169 députés ont voté contre et une abstention. Suivez sur franceinfo l'évolution de la situation. 

 

 

"Un honneur d'avoir présidé le gouvernement espagnol". "Ce fut un honneur d'avoir présidé le gouvernement espagnol et de laisser l'Espagne dans un meilleur état que celui dans lequel je l'ai trouvée. J'espère que mon remplaçant pourra dire la même chose à son tour", a confié, avant le vote, Mariano Rajoy. 

 

 

Pedro Sanchez "va être le nouveau président du gouvernement""Nous pouvons présumer que la motion de censure sera adoptée. En conséquence, Pedro Sanchez va être le nouveau président du gouvernement", avait dit le chef du gouvernement conservateur à la chambre en félicitant son rival socialiste.

 

 

Une page d'histoire se tourne en Espagne. Une page de l'histoire politique espagnole va donc se tourner. Au pouvoir depuis décembre 2011, Mariano Rajoy, 63 ans, avait jusqu'ici survécu à plusieurs crises majeures, de la récession, face à laquelle il a imposé une sévère cure d'austérité, aux mois de blocage politique en 2016 jusqu'à la tentative de sécession de la Catalogne l'an dernier.

 


21/06/2018
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