L'AIR DU TEMPS

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EUROPE


Franceinfo - le lundi 8 juillet 2019

 

 

Législatives en Grèce : qui est Kyriakos Mitsotakis, le leader de la droite qui vient d'être investi Premier ministre à la place d'Alexis Tsipras ?

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Surnommé le "Macron grec", le Premier ministre a affirmé pendant la campagne vouloir mener son pays d'une "main forte" pour relancer l'économie

 

 

 

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Le leader de Nouvelle Démocratie, Kyriakos Mitsotakis, s'exprime après l'annonce de sa victoire aux législatives grecques, le 7 juillet 2019 à Athènes. (ALKIS KONSTANTINIDIS / REUTERS)

 

 

 

"Un cercle douloureux se referme aujourd'hui", a-t-il réagi après l'annonce de son éclatante victoire aux législatives. Le conservateur Kyriakos Mitsotakis, 51 ans, a promis de "relever" la Grèce, délogeant le parti de gauche Syriza d'Alexis Tsipras, au pouvoir depuis 2015. Mais qui est vraiment celui qui a été investi au poste de Premier ministre, lundi 8 juillet ?

 

 

 

Issu d'une famille très politique

Pour les Grecs, le nom de Mitsotakis est loin d'être inconnu. Son père, Konstantinos Mitsotakis, a été Premier ministre de 1990 et 1993. Sa sœur, Dora Bakoyannis, née Mitsotakis, a été ministre des Affaires étrangères et maire d'Athènes dans les années 2000. Et le nouveau maire de la capitale grecque, élu début juin, Costas Bakoyannis, n'est autre que son neveu.

 

 

Surnommé "Koulis" (diminutif de "Kyriakoulis", qui signifie "le petit Kyriakos"), le vainqueur des élections a remercié sa famille et évoqué "la protection de ses parents". "Certes, je descends d'une famille politique et je suis très fier de mon héritage", mais "jugez-moi sur mon CV, et non par mon nom", a-t-il déclaré, interrogé par l'AFP.

 

 

Dans ce pays où le népotisme est encore très présent, il a également promis de ne pas nommer de membres de sa famille dans son cabinet, promettant du sang neuf dans son futur gouvernement, avec des personnalités "de sa génération ou plus jeunes".

 

 

 

Réputé pour sa poigne 

Il est parfois surnommé le "Macron grec". Perçu comme un réformateur, proche des milieux des affaires, Kyriakos Mitsotakis est diplômé de la célèbre université américaine d'Harvard. Il a aussi été consultant au sein de la société de conseil McKinsey à Londres. Avec son look décontracté (pas de cravate et manches retroussées), ce fan de basket a dépoussiéré l'image de la droite grecque.

 

 

Sur le plan politique, il a occupé, de juin 2013 à janvier 2015, le poste de ministre de la Réforme administrative sous le dernier gouvernement conservateur d'Antonis Samaras. Un portefeuille qui lui a permis de se façonner une image d'homme de poigne. En plein cœur de la crise, il avait été chargé, sous la pression des créanciers du pays, de licencier 15 000 fonctionnaires. Lors de la campagne de 2019, Kyriakos Mitsotakis a dit vouloir mener son pays d'une "main forte" pour relancer l'économie et créer de meilleurs emplois.

 

 

Avant le scrutin, le Premier ministre sortant Alexis Tsipras l'avait accusé de vouloir lâcher un "Armageddon" sur les travailleurs. "Quand Mitsotakis parle de réformes, il faut comprendre qu'il y aura un coût humain. (...) Il a personnellement licencié des milliers de personnes", avait-il fustigé en s'inquiétant d'un "retour des heures sombres de l'austérité".

 

 

 

Proche de figures d'extrême droite

Elu en 2016 à la tête de Nouvelle Démocratie, Kyriakos Mitsotakis a imprimé une ligne libérale et nationaliste à ce grand parti de droite. A son arrivée, il a ainsi nommé comme vice-président Adonis Georgiadis. Cet ancien membre du parti d'extrême droite Laos avait dû faire des excuses publiques en 2017 pour avoir fait la publicité d'un ouvrage antisémite dont il affirmait que c'était son "livre préféré".

 

 

Un autre ancien membre de Laos, Makis Voridis, qui a dirigé un groupe de jeunesse nostalgique de la dictature militaire en Grèce, a été également membre du cabinet de Kyriakos Mitsotakis.

 

 

Prudent, le futur Premier ministre grec s'est gardé pendant la campagne, de dévoiler le gouvernement qu'il entendait former au lendemain de sa victoire, note Libération.

 


08/07/2019
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Franceinfo - le mardi 2 juillet 2019 - mis à jour le 03.07.19

 

 

Charles Michel élu président du Conseil européen, Christine Lagarde nommée à la tête de la BCE... Découvrez l'équipe choisie par les 28 aux postes clés de l'UE

 

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franceinfo avec ReutersFrance Télévisions

 

 

 

Après l'échec du Conseil européen, dans la nuit de dimanche à lundi, les 28 de l'UE sont tombés d'accord mardi sur leur nouvelle équipe dirigeante

 

 

 

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La directrice du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, arrive au Women's Forum Americas, à Mexico, le 30 mai 2019.  (HENRY ROMERO / REUTERS)

 

 

 

Les 28 ont négocié longuement, mais ils ont fini, mardi 2 juillet, par se mettre d'accord sur l'équipe qui occupera les postes clés de l'Union européenne. Les dirigeants européens ont décidé de proposer la candidature de l'Allemande Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission, celle de l'Espagnol Josep Borrell comme Haut Représentant aux Affaires étrangères et enfin celle de la Française Christine Lagarde comme présidente de la Banque centrale européenne (BCE).

 

 

Le Belge Charles Michel a quant à lui été choisi comme président du Conseil. C'est le président du Conseil, Donald Tusk, qui a annoncé ces noms, sur Twitter, à l'issue des négociations.

 

 

 

Libéraux, socialistes et chrétiens-démocrates

Ursula von der Leyen, ministre de la Défense allemande, est membre de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) et proche de la chancelière Angela Merkel. Le Premier ministre belge, Charles Michel, est libéral, tandis que le ministre espagnol des Affaires étrangères, Josep Borrell, est socialiste.

 

 

Donald Tusk a précisé lors d'une conférence de presse qu'Ursula von der Leyen prendrait à ses côtés le socialiste néerlandais Frans Timmermans et la commissaire libérale danoise à la Concurrence, Margrethe Vestager.

 

 

Il a ajouté que le Conseil espérait que les députés européens éliraient à la présidence du Parlement un socialiste pour un premier mandat et un membre du Parti populaire européen (PPE) pour un second.

 

 

Christine Lagarde, actuelle directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), s'est dite "honorée" d'être proposée à la présidence de la BCE et a annoncé qu'elle se mettait en retrait de ses fonctions pendant le processus de nomination.

 


03/07/2019
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Franceinfo - le mardi 2 juillet 2019

 

 

Union européenne : après plusieurs échecs, les 28 se retrouvent à nouveau pour trouver leur casting

 

 

 

Après l'échec du Conseil européen, dans la nuit de dimanche à lundi, les 28 de l'UE doivent tomber d'accord mardi sur leur nouvelle équipe dirigeante, pour éviter de prêter le flanc aux attaques des populistes en offrant l'image d'une Europe sans gouvernail

 

 

 

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Le président sortant de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, le 1er juillet 2019 à Bruxelles (Belgique). (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Cette fois-ci, ce sera peut-être la bonne. Après l'échec de leur nuit de marchandages, les 28 pays membres de l'UE se réunissent à nouveau, mardi 2 juillet, pour s'accorder sur le casting de la nouvelle équipe dirigeante de l'Union après les élections de mai. Ce nouveau sommet débutera à 11 heures à Bruxelles (Belgique).

 

 

Quatre postes en jeu. Les 28 doivent s'accorder sur les noms des femmes ou des hommes qui occuperont dans les prochaines années les quatre postes clés de l'UE : présidence de la Commission européenne, du Conseil, du Parlement, Haut représentant pour les affaires étrangères.

Un compromis écarté. Dimanche, un compromis soutenu par l'Allemagne, la France, l'Espagne et les Pays-Bas était pourtant en passe de faire consensus : le social-démocrate néerlandais Frans Timmermans pour la Commission, l'Allemand Manfred Weber, chef de file du PPE, pour le Parlement et un couple PPE-libéral pour le Conseil et le Haut représentant. Mais une partie du PPE refuse ce compromis qui prive leur chef de file de la présidence de la Commission.

 

 

La colère d'Emmanuel Macron. Le refus de ce compromis a provoqué la colère du président français. "Cela donne une très mauvaise image de l'Europe, une image pas sérieuse", "pas crédible au plan international", a-t-il fustigé, regrettant "des heures passées en palabres" qui transforment l'UE en "un club de 28 qui se réunit sans jamais se décider".

 


02/07/2019
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Franceinfo - le lundi 27 mai 2019

 

 

"Nathalie Loiseau n'a pas imprimé" : pourquoi La République en marche n'a pas réussi son pari pour les européennes

 

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Margaux DuguetFrance Télévisions

 

 

Le parti de la majorité présidentielle a laissé la première place au Rassemblement national

 

 

 

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La tête de liste LREM aux européennes, Nathalie Loiseau, s'exprime après les résultats des élections, le 26 mai 2019, à Paris.  (LUDOVIC MARIN / AFP)

 

 

 

"J'accueille ces résultats avec humilité. Quand on termine deuxième, on ne peut pas dire que l'on a gagné". Il est à peine 21 heures quand Edouard Philippe prend la parole depuis Matignon, dimanche 26 mai. Le Premier ministre réagit aux résultats des élections européennes, qui placent La République en marche (22,41%) derrière le Rassemblement national (23,31%), selon les chiffres complets publiés par le ministère de l'Intérieur. Si Emmanuel Macron a exclu tout "changement de cap" et promis d'"intensifer l'acte 2 de son quinquennat", ce score sonne néanmoins comme un désaveu pour le chef de l'Etat, qui avait fait de la défaite du RN un combat personnel.

 

 

>> Résultats, réactions : suivez les dernières informations au lendemain des élections européennes

 

 

Que s'est-il passé pour que, en quelques semaines, la tendance, qui donnait LREM en tête, s'inverse en faveur du RN ? Entre la mauvaise campagne de Nathalie Loiseau et la stratégie électorale risquée du chef de l'Etat, plusieurs éléments expliquent cette relative défaite. 

 

 

 

Nathalie Loiseau a enchaîné les couacs et les maladresses

C'était mal parti dès le début. Le 14 mars, Nathalie Loiseau annonce sa candidature comme tête de liste LREM aux européennes sur le plateau de "L'Emission politique". "Vous avez réussi à me faire changer d'avis", affirme-t-elle devant une Marine Le Pen hilare. "J'ai envie d'une Europe du partage et pas d'une Europe de la division donc ce soir, c'est vrai, je suis prête à être candidate." Une déclaration surprenante sur la forme, qui va susciter des railleries jusque dans son propre camp. "C'est très raté. Cela manquait de sincérité. C'était trop préparé", assure au Figaro un familier de l'Elysée. "Elle coupait la parole, au risque de paraître agressive", juge un autre auprès du quotidien.

 

 

Ce faux-départ ne sera pas rattrapé. Il sera suivi de nombreux maladresses. La présentation, le 28 mars, de la liste LREM est catastrophique. Une partie de l'estrade s'effondre et le directeur de campagne, Stéphane Séjourné, écorche plusieurs noms. Mais c'est aussi le profil de l'ex-patronne de l'ENA qui interroge. "Nathalie Loiseau n'a pas imprimé", résume Bruno Cautrès, chercheur CNRS au Cevipof. 

 

 

Le démarrage d'une campagne, c'est le moment où le candidat doit prendre son envol. Or, Nathalie Loiseau a été confrontée a une multitude de couacs.Bruno Cautrès, chercheur CNRS au Cevipof à franceinfo

 

 

Parmi ces couacs, on retiendra surtout les informations de Mediapart sur le passé politique de la candidate macroniste. Le site d'investigation révèle, le 22 avril, que Nathalie Loiseau a fait partie d'une liste d'extrême droite lors d'élections étudiantes, en 1984. L'ancienne ministre a d'abord tenté de justifier cette épisode de sa vie, assurant que celui qui lui avait proposé cette place était "un gaulliste". Face à la polémique, elle a finalement concédé qu'elle "aurait dû enquêter" et qu'elle aurait "dû regarder qui étaient les autres colistiers"

 

 

 

LREM n'a pas choisi la bonne stratégie électorale, contrairement au RN

Face à ces couacs à répétition, la campagne de Jordan Bardella, la tête de liste choisie par Marine Le Pen pour mener le combat, n'a au contraire pas eu à subir ce genre de désagréments. "Il a mené une campagne d'analyse, d'explications, bannissant les provocations traditionnelles d'extrême droite", assure Stéphane Rozès, président de Cap (Conseil, Analyse et perspective) et enseignant à Sciences-Po et HEC. Pour le chercheur, la liste LREM a également pâti d'une bonne stratégie électorale de la part du RN, qui a changé son regard sur l'UE. "Au lieu de dire que la France pourrait faire cavalier seul, Marine Le Pen a dit : 'Je suis pour l'Europe mais l'Europe des nations et j'ai des alliés pour changer l'Europe de l'intérieur', ce qui est plus en phase avec les Français". 

 

 

Mais, pour Stéphane Rozès, le Rassemblement national a surtout été aidé par "une erreur stratégique grave de Macron", qui a mis en scène "une opposition entre le RN et la liste Renaissance, une opposition entre progressistes et les nationalistes". Une opposition alimentée par l'absence, chez LREM, de programme : il n'a été dévoilé que quinze jours avant les élections. Cette stratégie a eu pour conséquences "une déperdititon de l'électorat écolo de Macron, qui souhaitait des réponses sur le fond aux questions environnementales, mais aussi un affaiblissement de la crédibilité de sa propre liste". 

 

 

Macron a semblé mener une campagne tacticienne et non pas sur le fond. Il a dit : 'votez pour moi contre Marine Le Pen' et non 'votez pour moi pour réorienter les décisions européennes'.Stéphane Rozès, enseignant à Sciences-Po et HECà franceinfo

 

 

"Quand on attaque l'adversaire à ce point, c'est qu'on n'a pas tant confiance que ça dans sa propre liste", ajoute Stéphane Rozès. 

 

 

 

L'implication personnelle d'Emmanuel Macron n'a pas permis d'inverser la tendance

Emmanuel Macron est sorti du bois dans la dernière ligne droite de la campagne en ciblant, à chacune de ses sorties, le RN. "La liste du Rassemblement national est une liste de déconstruction de l'Europe. Moi je suis patriote français et européen, ils sont nationalistes", a déclaré le président de la République le 9 mai, ajoutant qu'il mettrait "toute [s]on énergie" pour battre le parti de Marine Le Pen. Une affiche à l'effigie du chef de l'Etat a ainsi été placardée sur tout le territoire français à moins de quinze jours des élections. Exit Nathalie Loiseau. A six jours du vote, le président a continué ses attaques contre le RN en donnant une interview dans la presse régionale dans laquelle il a affirmé que les élus RN "ont voté contre tout ce qui est dans l'intérêt de la France"

 

 

Cette implication du chef de l'Etat s'est-elle révélée efficace ou contre-productive ? "Je me demande si ça n'aurait pas été pire pour LREM si Emmanuel Macron ne s'était pas impliqué, se demande Bruno Cautrès. Il y a eu une stabilisation des intentions de vote quand il s'est impliqué mais cela reste une défaite, sa première défaite électorale'". 

 

 

Cela montre qu'Emmanuel Macron n'a pas tourné la page des 'gilets jaunes', de cette crise sociale. C'est devant lui.Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof à franceinfo

 

 

Pour Stéphane Rozès, la stratégie choisie par LREM a conduit "au réveil d'une catégorie d'électeurs dans le prolongement des 'gilets jaunes'". "En se mettant lui-même en avant, Emmanuel Macron a capté un électorat qui aurait pu voter pour des partis traditionnels de droite ou de gauche, mais il a aussi mobilisé un électorat qui se serait abstenu sans son intervention", conclut le chercheur. Au final, ces électeurs ne se sont pas mobilisés pour le parti présidentiel.

 


27/05/2019
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Franceinfo - le dimanche 26 mai 2019 - mis à jour le 27.05.19

 

 

L'extrême droite se renforce, les sociaux-démocrates et la droite reculent, les Verts progressent… A quoi va ressembler le Parlement européen ?

 

 

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Les deux principaux groupes au Parlement européen, le Parti populaire européen et l'Alliance progressiste des socialistes et démocrates, perdent respectivement 38 et 36 sièges à l'issue des élections européennes. Le groupe Europe des nations et des libertés (ENL), fort du succès du RN en France, en gagne 21

 

 

 

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Le futur hémicycle du Parlement européen. (FRANCEINFO)

 

 

 

 

Un hémicycle européen plus éclaté et sans majorité claire se dessine. Les deux groupes majoritaires au Parlement européen, le Parti populaire européen (PPE) et l'Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D), obtiennent respectivement 179 et 150 sièges sur 751 à l'issue des élections européennes, dimanche 26 mai, selon les dernières estimations réalisées par Kantar Public pour le Parlement européen.

 

 

>> Suivez les dernières informations au lendemain des élections européennes

 

 

Le nombre d'eurodéputés par groupe ayant évolué pendant la législature (2014-2019), notamment avec la création du groupe Europe des nations et des libertés (ENL) en juin 2015, le Parlement européen compare ces estimations avec le nombre de sièges par groupe en avril. Le PPE comptait, à un mois des élections, 217 sièges, rappelle le Parlement européen. Le groupe S&D avait de son côté 186 eurodéputés. Ils perdent respectivement 38 et 36 sièges, tandis que le groupe Europe des nations et des libertés (ENL), où siègent des eurodéputés Rassemblement national (RN), en remporte 58, soit 21 de plus qu'au mois d'avril (37 sièges). L'Alliance des libéraux et des démocrates pour l'Europe (ADLE), groupe des libéraux centristes au sein du Parlement européen, obtient quant à elle 107 sièges, devenant ainsi la troisième force politique à Strasbourg et Bruxelles.

 

 

 

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La fin de la majorité PPE-S&D

Avec 179 eurodéputés élus, le PPE obtient 23,83% des sièges au sein du Parlement européen. Les sociaux-démocrates, deuxième force politique de l'hémicycle, décrochent 19,97% des sièges avec 150 eurodéputés élus. Les deux groupes maintiennent leurs positions historiques de n°1 et n°2 au Parlement, mais perdent la courte majorité absolue qu'ils avaient jusqu'à présent (403 sièges), avec 29% des sièges pour le PPE et 25% pour le S&D. A eux deux, ils ne pèsent plus que 43,8% dans le Parlement fraîchement élu. 

 

 

Ces résultats laissent présager de difficiles négociations pour la nomination des prochain(e)s président(e)s de la Commission européenne et du Parlement européen, mais également pour les présidences des commissions. Affaiblis, les deux groupes principaux vont sûrement devoir négocier avec d'autres forces au sein du Parlement, telles que l'ALDE, voire les Verts.

 

 

Les libéraux centristes, avec 107 eurodéputés, obtiennent en effet 14,25% des sièges. Ils se renforcent, avec 39 sièges de plus par rapport au mois d'avril, où ils en comptaient 68. Quant aux Verts, ils passent de 52 à 70 sièges (9,32% des eurodéputés) au sein de l'hémicycle, et sortent ainsi, eux aussi, renforcés de ce scrutin. La Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique (GUE-NGL), où siège La France insoumise, obtient de son côté 38 sièges (5,06% des eurodéputés), contre 52 en avril. 

 

 

 

Poussée attendue des nationalistes et populistes

Comme annoncé par des sondages réalisés dans les 28 Etats membres de l'Union européenne, le camp des nationalistes, europhobes et populistes, à la droite du Parti populaire européen, se renforce. Le groupe Europe des nations et des libertés (ENL), dont font partie, entre autres, le Rassemblement national et le parti d'extrême droite italien la Ligue mené par Matteo Salvini, gagne largement en influence au sein du Parlement européen, passant de 37 sièges à 58 après ce scrutin. L'ENL, forte du succès du RN en France, rassemble désormais 7,72% des eurodéputés. 

 

 

A ses côtés, le groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe (EFDD), qui réunit des forces europhobes et populistes telles que le parti du Brexit de Nigel Farage, ainsi que le parti "antisystème" italien Mouvement 5 étoiles (M5S), obtient 56 sièges, contre 41 sièges en avril. Quant au groupe des Conservateurs et réformistes européens (ECR), où siègent notamment le parti conservateur polonais Droit et Justice ainsi que les conservateurs britanniques, il n'obtient que 58 sièges, contre 76 un mois avant les élections européennes.

 

 

A elles trois, ces formations eurosceptiques, populistes et nationalistes recueillent ainsi 172 sièges, et représentent désormais 22,9des eurodéputés. Une augmentation sensible par rapport aux 154 sièges qu'elles détenaient à la fin de la dernière législature. Ces résultats restent insuffisants pour obtenir une majorité au Parlement, mais ils contribuent à bouleverser l'équilibre politique dans l'hémicycle européen. 

 

 

 

Une abstention en recul au niveau européen 

Depuis les premières élections des eurodéputés, en 1979, l'abstention n'a cessé de gagner du terrain en Europe pour ce scrutin considéré par certains politologues comme des "élections-défouloirs". Entre 1979 et 2014, le taux d'abstention est ainsi passé de 38% à 57,4%, relève le site du Parlement européen

 

 

Cette année fait exception. La participation, de 50,95% selon les dernières estimations du Parlement européen, s'annonce comme la plus forte pour un scrutin européen depuis un quart de siècle (52,7% en 1994), voire depuis trente-cinq ans (56,7%) en 1984.

 


27/05/2019
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Franceinfo - le dimanche 26 mai 2019 - mis à jour le 27.05.19

 

 

CARTE. Résultats élections européennes 2019 : quelle liste est arrivée en tête dans votre commune ?

 

 

 

Au niveau national, c'est le Rassemblement national qui est arrivé en tête des élections européennes avec 23,31% des suffrages, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur

 

 

 

 

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Les habitants de votre commune ont-ils voté comme dans le reste de la France ? Au niveau national, c'est le Rassemblement national qui est arrivé en tête des élections européennes avec 23,31% des suffrages, selon les chiffres publiés par le ministère de l'Intérieur lundi à 6h20. Il est suivi par La République en marche (22,41%) et, surprise, par les écologistes (13,47%). Au niveau local, l'ordre d'arrivée est parfois très différent. Vous pouvez découvrir le score de votre commune dans la carte ci-dessus.

 

 

 

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>> Elections européennes : découvrez les résultats et réactions en direct

 

 

Selon les premiers résultats du ministère de l'Intérieur, la Bretagne voit ainsi la liste soutenue par le président de la République en tête des suffrages. Dans les autres départements disponibles, c'est le Rassemblement national qui est arrivé premier. Mais des petites listes, comme le Parti communiste français (2,49%), Urgence écologie (1,82%), ou encore la liste des "gilets jaunes" Alliance jaune (0,54%) sont aussi arrivées en tête dans quelques communes.

 

 

 

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Captures d'écran France-info

 


27/05/2019
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Franceinfo - le vendredi 24 mai 2019

 

 

Démission de Theresa May : de la perte de sa majorité à ses échecs sur le Brexit, deux années de galère de la Première ministre

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

La cheffe du gouvernement du Royaume-Uni a annoncé que sa démission prendrait effet le 7 juin. Elle avait pris ses fonctions en juillet 2016

 

 

 

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Theresa May annonce sa démission du poste de cheffe du Parti conservateur, et par conséquent du poste de Première ministre britannique, le 24 mai, à Londres. (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

 

 

 

Elle sera restée deux ans et 329 jours aux commandes du Royaume-Uni. Theresa May, qui devait mettre en œuvre le Brexit, a annoncé qu’elle allait démissionner de ses fonctions de cheffe du Parti conservateur, et donc de Première ministre, le 7 juin. Et ce à deux jours des élections européennes

 

 

Theresa May avait pris la tête de l'exécutif en juillet 2016, peu après le vote des Britanniques en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l'UE. "L'histoire ne retiendra pas d'elle une image favorable", estime Simon Usherwood, politologue de l'université de Surrey. Franceinfo revient sur près de trois ans de négociations, d'obstacles et de déboires politiques

 

 

 

Juin 2017 : Theresa May perd sa majorité au Parlement

Après avoir lancé la procédure de divorce avec l'Union européenne en mars 2017 (comme l'obligeait le vote du Brexit), Theresa May est désireuse d'asseoir son autorité avant d'entamer les négociations avec l'Union européenne.

 

 

Elle convoque donc des élections législatives anticipées. Mauvaise pioche car elle perd sa majorité absolue au Parlement britannique le 8 juin 2017 et doit s'allier avec le petit parti nord-irlandais DUP. Les négociations commencent avec les Européens le 19 juin et Theresa May, affaiblie, est obligé d'assouplir son discours concernant le Brexitdevenant de plus en plus partisane d'un "Brexit fluide et méthodique"

 

 

 

Novembre 2018 : cinq ministres démissionnent 

Les chiffres donnent le tournis : 585 pages, 185 articles... L'accord de sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne est trouvé après vingt mois de négociations avec Bruxelles. Theresa May réussit à le conclure le 13 novembre 2018. Une victoire de courte durée. Dans la matinée du 15 novembre, Dominic Raab, le ministre chargé du Brexit, démissionne, avec quatre autres membres du gouvernement, pour montrer son désaccord. Un point cristallise les oppositions sur ce texte : le fameux "backstop", le "filet de sécurité" s'appliquant à l'Irlande. Un dispositif censé empêcher le retour d'une frontière physique entre la province britannique de l'Irlande du Nord et la république d'Irlande. Ce "backstop" est inclus dans l'accord trouvé par Theresa May à Bruxelles. 

 

 

Dans l'après-midi du 15 novembre, la Première ministre tente d'expliquer pendant trois heures, à Westminster, devant des députés hostiles, son projet d'accord avec l'Union européenne. En vain. Sa légitimité est fragilisée et  la contestation au sein du camp des conservateurs ne cesse de grandir les mois suivants. Craignant de ne pas avoir la majorité pour faire adopter le projet d'accord, Theresa May décide de reporter le vote des parlementaires britanniques.

 

 

 

Janvier 2019 : premier rejet de l'accord de Brexit

Et ce qui devait arriver arriva. Le 15 janvier, les députés britanniques rejettent (432 voix contre, 202 pour) l'accord de Brexit conclu deux mois plus tôt entre les négociateurs britanniques et les négociateurs européens. C'est un revers pour Theresa May. 

 

 

Le lendemain, le gouvernement survit de justesse à une motion de censure déposée par l'opposition travailliste. Le 29 janvier, les députés britanniques invitent Theresa May à aller renégocier la clause sur la frontière entre la république d'Irlande et l'Irlande du Nord, ce qui est rejeté aussitôt par Bruxelles. La Première ministre promet qu'un vote sur le Brexit aura lieu d'ici au 12 mars. 

 

 

 

Mars 2019 : l'accord de Brexit rejeté par les députés britanniques

A 17 jours de la date initialement prévue du Brexit, les députés britanniques rejettent de nouveau l'accord de retrait, le 12 mars 2019, par 391 voix contre 242. Nouveau revers pour la Première ministre, qui doit affronter le lendemain ces mêmes députés à la Chambre des communes. Ils votent le 14 mars en faveur d'un report du Brexit, une décision approuvée par les 27 autres membres de l'Union européenne. 

 

 

Le 27 mars, Theresa May promet de démissionner si son accord de Brexit est adopté. Le même jour, les députés votent contre huit scénarios alternatifs qu'ils ont eux-mêmes proposés, dont une sortie sans accord ou une union douanière avec l'Union européenne. 

 

 

Le 29 mars, date prévue pour la sortie du Royaume-Uni de l'UE, les députés rejettent pour la troisième fois, par 344 voix contre 286, le traité de retrait. Dans l'impasse, les dirigeants européens se voient obligés d'accorder au Royaume-Uni un délai pour le Brexit jusqu'au 31 octobre. 

 

 

 

Mai 2019 : Theresa May annonce sa démission 

Le 17 mai, les travaillistes annoncent la rupture des pourparlers avec la Première ministre. Quatre jours plus tard, Theresa May présente un plan de la "dernière chance" pour le Brexit, avec pêle-mêle des mesures sociales et la possibilité d'un second référendum, une option qu'elle refusait jusqu'ici. 

 

 

Le texte suscite un déluge de critiques de la part de l'opposition travailliste et des eurosceptiques. Il entraîne la démission, mercredi soir, de la ministre chargée des relations avec le Parlement, Andrea Leadsom. 

 

 

Acculée, Theresa May, annonce, le 24 mai, sa démission, qui prendra effet le 7 juin. "Ce fut l'honneur de ma vie d'être la deuxième femme à occuper le poste de Premier ministre", déclare-t-elle devant le 10 Downing Street. La Commission européenne souligne dans la foulée que ce départ "ne change rien" à la position des 27 sur l'accord de sortie. En attendant son départ effectif, Theresa May expédiera les affaires courantes jusqu'à la fin du processus de désignation de son successeur.

 


25/05/2019
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Franceinfo - le vendredi 24 mai 2019

 

 

Quels Européens sont les plus gros pollueurs ? Et les plus riches ? Qui consacre le plus gros budget à l'éducation ? Découvrez-le avec "l'Europe en dessins"

 

 

 

 

Découvrez comment vivent nos voisins européens et qui sont les bons et les mauvais élèves dans différents domaines

 

 

 

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"L'Europe en dessins" vous propose de faire un tour des 28 Etats membres, pour découvrir comment vivent nos voisins.  (JULIEN CHOLIN / CERANNE GANTZER / FRANCE 3)

 

 

 

Connaissez-vous bien vos voisins européens ? De jeudi 23 à dimanche 26 mai, plus de 400 millions de citoyens sont appelés aux urnes pour les élections européennes. L'occasion de mieux connaître les habitudes et les conditions de vie des habitants des 28 pays de l'Union européenne. Travail, éducation, transports, ordures ménagères… Grâce à "l'Europe en dessins", faites le tour des Etats membres dans différents domaines de la vie quotidienne.  

 

 

 

Qui sont les Européens les plus pollueurs ?

La protection de l'environnement est un enjeu des élections europénnes, mais comment se situent, sur ce point, les 28 Etats membres ? En matière d'émissions de gaz à effet de serre, les plus vertueux sont Malte, la Lettonie, la Roumanie, la Suède et la Croatie. Le Luxembourg est le plus mauvais élève. Côté énergies renouvelables, le Grand-Duché ne se classe pas mieux, loin des niveaux atteints par la Finlande, par exemple. Et en ce qui concerne la production d'ordures ménagères, c'est en Roumanie et en Pologne que les chiffres sont les meilleurs. 

 

 

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Où vivent les Européens les plus riches ?

Si l'Allemagne est la grande puissance économique, ce n'est pas forcément là-bas que les salaires sont les plus importants. Il faut plutôt regarder du côté du Luxembourg, du Danemark et de la Suède pour trouver les revenus médians les plus élevés. En queue de classement, les Roumains et les Bulgares sont les plus modestes. Mais dans la dernière décennie, la situation a beaucoup évolué. Explications.

 

 

 

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Quels sont les moyens de transport préférés des Européens ?

Les Français ne sont pas les seuls à être attachés à leur voiture. Les Européens consacrent en moyenne deux heures par jour à se déplacer. La voiture représente 83% des kilomètres parcourus contre 9% pour le bus et 8% pour le train. Voici le détail.

 

 

 

Qui sont les plus travailleurs ?

Au travail, il y a ceux qui vont vite et ceux qui prennent leur temps. Au sein de l'Union européenne, on retrouve des schémas similaires. Les Français passent en moyenne 37 heures par semaine au travail, davantage que certains de nos voisins comme l'Allemagne (35 heures), le Danemark (33 heures) ou les Pays-Bas (30 heures). C'est loin, en revanche, de la Grèce (42 heures) et de la Pologne (41 heures). Mais les pays où les travailleurs passent le moins de temps au boulot font aussi partie de ceux où la part de la population active est la plus importante.

 

 

 

Quelle place tient l'éducation dans les budgets ? 

En moyenne, les Etats européens dépensent 1 400 euros par an et par élève pour l'éducation. Mais cela recouvre des réalités très contrastées : le Luxembourg consacre 4 700 euros par élève et par an, contre 250 en Roumanie. Mais pour quels résultats ? Là aussi, les disparités sont grandes. Et sur la maîtrise des langues étrangères, on note aussi d'importantes différences entre les pays. On fait le point.

 

 

 

Quels sont les moyens de transport préférés des Européens ?

Les Français ne sont pas les seuls à être attachés à leur voiture. Les Européens consacrent en moyenne deux heures par jour à se déplacer. La voiture représente 83% des kilomètres parcourus contre 9% pour le bus et 8% pour le train. Voici le détail.

 


24/05/2019
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Franceinfo - le vendredi 24 mai 2019

 

 

Dis franceinfo, à quoi sert vraiment le Parlement européen ?

 

 

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Valentine PasquesooneFrance Télévisions

 

 

 

 

Les citoyens européens sont appelés à élire les députés qui les représenteront au Parlement européen, entre le 23 et le 26 mai. Mais quel est vraiment le travail d'un eurodéputé ? Explications

 

 

 

 

L'échéance approche. Du jeudi 23 au dimanche 26 mai, près de 400 millions d'électeurs à travers l'Union européenne sont appelés aux urnes, à l'occasion des élections européennes. L'objectif : élire les 751 députés qui siègeront au Parlement européen au cours des cinq prochaines années. En France, c'est avant tout l'abstention qui devrait l'emporter. Seuls 42% des Français se disent sûrs d'aller voter, d'après une enquête Ipsos-Sopra Steria pour le centre de recherches de Sciences Po (Cevipof), la Fondation Jean-Jaurès et Le Monde. Quelque 60% d'électeurs ne se déplaceront pas.

 

 

Le Parlement européen n'a pas vraiment bonne presse dans le pays : seuls 20% des Français en ont une image positive, selon l'enquête Eurobaromètre du Parlement européen en 2018. A travers l'Europe, il s'agit du taux le plus bas d'électeurs voyant cette institution d'un bon œil. Un désintérêt, une méfiance, peut-être liés à une méconnaissance du rôle des eurodéputés. A quoi servent-ils vraiment ? Explications

 

 

 

Un premier rôle législatif

Les Français auront à élire 74 eurodéputés au mois de mai. A quoi vont-ils servir pendant ces cinq ans ? Leur premier rôle est de voter des lois. Le Parlement européen est l'un des deux législateurs à l'échelle européenne, avec le Conseil des ministres de l'Union européenne. Ces deux institutions examinent, puis adoptent ou rejettent, les textes de lois. Bémol : seule la Commission a le pouvoir de présenter des lois. Le Parlement n'a pas de pouvoir de proposition. Il peut, au mieux, demander à la Commission "de soumettre les propositions de textes qui lui semblent nécessaires", précise le site Vie publique. "C'est une faiblesse, c'est vrai que c'est peu courant", indique à franceinfo Nathalie Brack, politologue enseignant à l'Université libre de Bruxelles et au Collège d'Europe. 

 

 

Mais sur quels dossiers le Parlement a-t-il vraiment un mot à dire ? Les eurodéputés légifèrent sur des domaines variés, comme l'environnement, l'immigration, l'agriculture et le marché intérieur. Le Parlement européen "a des pouvoirs très importants sur la vie quotidienne des Européens, sur des questions de protection des consommateurs", développe Nathalie Brack. Exemple : la fin des frais d'itinérance, votée en 2015. 

 

 

 

C'est sur de grandes politiques, comme des orientations de politique économique, que le Parlement a moins de pouvoirs.

Nathalie Brack, politologue et spécialiste des questions européennes

à franceinfo

 

 

 

Sur d'autres sujets, l'exécutif européen prend donc le pas sur les députés. Le Parlement européen a "été complètement marginalisé par les Etats quand il s'est agi de gérer la crise de la zone euro", relève le quotidien Les Echos. Il est ainsi simplement consulté sur des sujets tels que la fiscalité, la politique étrangère, la défense ou la Sécurité sociale, précise la Bibliothèque publique d'information (BPI). Même principe pour les traités internationaux, ou pour tout nouvel élargissement de l'UE : le Parlement se prononce, mais ne peut rien changer aux textes. 

 

 

 

Du vote du budget au contrôle de la Commission

Une autre idée reçue circule : pour ce travail législatif, les eurodéputés ne seraient pas les plus assidus. "Bien sûr, il y a toujours une minorité qui ne vient pas ou qui n'est pas du tout impliquée", reconnaît Nathalie Brack. "Mais la grande majorité des députés européens travaillent et sont associés (au processus législatif)", assure-t-elle. Et les eurodéputés n'ont pas qu'un rôle sur les lois. Ils sont aussi chargés d'établir le budget de l'Union européenne, conjointement avec le Conseil des ministres, précise le site officiel de l'UE.

 

 

 

Aucun budget annuel ne peut passer sans l'accord du Parlement européen. Après, le Parlement n'a pas d'impact sur le montant des ressources de l'UE. 

Nathalie Brack

à franceinfo

 

 

 

En parallèle, les députés européens contrôlent les institutions de l'UE. Le Parlement peut examiner des pétitions de citoyens, et initier des enquêtes. Le fait-il vraiment ? "Il pose chaque semaine des questions à la Commission", qui "doit rendre des comptes", assure Nathalie Brack. Le Parlement peut aussi voter une motion de censure, entraînant une démission de la Commission. Une décision certes rare, mais qui a déjà eu lieu, en 1999. Sous la menace d'une telle motion, la Commission Santer a démissionné, sur fond de soupçons de fraude et de favoritisme.

 


24/05/2019
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Franceinfo - le lundi 20 mai 2019 - mis à jour le mercredi 22 mai 2019

 

 

Autriche : on vous explique "l'affaire d'Ibiza" qui torpille l'extrême droite et le gouvernement

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Une vidéo tournée en caméra cachée en 2017 et diffusée vendredi montre le vice-chancelier nationaliste Heinz-Christian Strache en train de discuter de manœuvres illicites avec une mystérieuse femme russe

 

 

 

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Le vice-chancelier et président du Parti de la liberté, Heinz-Christian Strache, annonce sa démission lors d'une conférence de presse, le 18 mai 2019 à Vienne. (UNBEKANNT / APA-PICTUREDESK VIA AFP)

 

 

 

Le scandale fait tomber l'extrême droite autrichienne et vaciller la coalition au pouvoir. Dans une vidéo tournée en caméra cachée et diffusée par des médias allemands, le vice-chancelier et leader d'extrême droite Heinz-Christian Strache se montre prêt à se compromettre avec un intermédiaire russe, en échange de financements. Le dirigeant du Parti de la liberté (FPÖ) a démissionné de ses fonctions de vice-chancelier et de chef de parti samedi 18 mai, au lendemain de la diffusion des images. Dans la foulée, le chancelier conservateur (ÖVP) Sebastian Kurz a limogé le ministre de l'Intérieur, Herbert Kickl, lundi, entraînant le départ de tous les autres ministres d'extrême droite. Le chancelier est désormais visé par une motion de censure, qui sera votée le 27 mai.

 

 

On vous explique cet "Ibiza-gate", qui a plongé l'extrême droite autrichienne et tout le gouvernement de coalition dans la crise.

 

 

 

C'est quoi, cette vidéo ?

Les journaux allemands Süddeutsche Zeitung (SZ) et Der Spiegel ont publié, vendredi 17 mai, une vidéo tournée en caméra cachée à Ibiza. Selon les deux journaux, elle dure au total plus de six heures et a été tournée en juillet 2017, dans une villa de l'île des Baléares. Seuls des extraits du document ont été diffusés. On y voit Heinz-Christian Strache de profil, assis dans un canapé et visiblement sous l'emprise de l'alcool, s'adresser à une interlocutrice hors-champ, qui s'est présentée comme étant Aliona Makarova, "nièce" d'un oligarque russe, Igor Makarov. Présent à l'écran, Johann Gudenus, un lieutenant de Heinz-Christian Strache, fait la traduction.

 

 

Ils évoquent ensemble la Kronen Zeitung, le plus important journal autrichien. "Dis-lui que si elle rachète la Kronen Zeitung trois semaines avant les élections et nous propulse à la première place, nous sommes ouverts à toutes les discussions", déclare Heinz-Christian Strache. Il ajoute ensuite que son interlocutrice n'a qu'à dire quels domaines d'activité l'intéressent "et on verra ce qui peut nous arranger. (...) Elle aura tous les contrats publics remportés aujourd'hui par Strabag" – un groupe autrichien de construction.

 

 

Heinz-Christian Strache raconte aussi son désir de mettre au pas les médias de son pays et confie son admiration pour l'investisseur autrichien Heinrich Pecina "qui a racheté tous les médias hongrois ces quinze dernières années pour Orban", le Premier ministre hongrois. Sont également évoqués des fonds d'origine frauduleuse, mais aussi le financement du FPÖ via une "fondation d'intérêt général", qui permet, selon Strache, de ne pas avoir à déclarer les financements à la cour des comptes.

 

 

 

D'où vient-elle ?

Le Spiegel et le SZ ne révèlent pas l'origine de la vidéo et précisent qu'ils refuseront de la remettre aux enquêteurs. Elle a été confiée aux journalistes d'investigation dans des circonstances rocambolesques, selon ces derniers, invités à se rendre dans une "station-service" puis "un hôtel désert". Heinz-Christian Strache ne conteste pas son authenticité et l'absence de trucage a été confirmée par des experts mandatés par les deux médias allemands, avant diffusion. Le Kremlin a pour sa part assuré n'avoir "rien à voir" avec cette vidéo.

 

 

L'existence de celle-ci était tout de même connue d'un certain nombre de rédactions. Le rédacteur en chef de l'hebdomadaire autrichien Falter a ainsi indiqué avoir été approché à son sujet "il y a un an", sans qu'il y ait eu de suites. Un humoriste allemand, Jan Böhmermann, a par ailleurs cité, en avril, des extraits de cette vidéo avant qu'elle ne soit rendue publique.

 

 

 

Heinz-Christian Strache a-t-il été piégé ?

C'est possible. En effet, son interlocutrice, Aliona Makarova, est bien mystérieuse. La jeune femme est entrée en contact avec Johann Gudenus quelques moins avant, expliquant vouloir investir en Autriche. Un rapport de confiance s'est installé entre eux. Mais au cours de la soirée, Heinz-Christian Strache, remarquant les orteils peu soignés d'Aliona Makarova, y voit un détail difficilement compatible avec son statut. "C'est un piège, un piège grossier", glisse alors Strache à Gudenus. Lequel le rassure : "C'est pas un piège".

 

 

Mais voilà, interrogé par l'édition russe de Forbes, Igor Makarov, président du groupe international de sociétés Areti, spécialisé dans les investissements dans les secteurs pétrolier et gazier, assure être fils unique et donc ne pas pouvoir avoir de nièce. "Je n'ai aucun lien de parenté avec cette personne et ne la connais même pas", ajoute-t-il.

 

 

 

Le gouvernement va-t-il exploser ?

Heinz-Christian Strache et Sebastian Kurz avaient formé en décembre 2017 un gouvernement de coalition, pour un mandat de cinq ans, comprenant six ministres d'extrême droite à des postes stratégiques, dont les ministères de l'Intérieur et des Affaires étrangères. Mais cette affaire marque peut-être la fin de l'extrême droite au pouvoir en Autriche. En tout cas la fin de l'expérience d'un gouvernement de coalition droite-extrême droite.

 

 

Le scandale a d'abord entraîné la chute de Heinz-Christian Strache, qui a présenté sa démission et des excuses pour des propos "catastrophiques" et un comportement "adolescent" et "macho". Mais le chancelier conservateur Sebastian Kurz ne s'est pas contenté de ce départ. Il a annoncé samedi la convocation prochaine d'élections législatives anticipées, prévues pour l'automne. Surtout, il a limogé, lundi, le ministre de l'Intérieur Herbert Kickl, tête pensante du FPÖ, dont il juge les fonctions incompatibles avec le déroulement de l'enquête sur la vidéo. "Il est clair que M. Kickl ne peut pas enquêter sur lui-même", a martelé le chancelier.  Le limogeage d'Herbert Kickl s'est immédiatement traduit par le départ de l'ensemble des ministres FPÖ du gouvernement, ceux des Affaires étrangères, de la Défense, des Transports et du Travail.

 

 

Le chancelier conservateur Sebastian Kurz sort lui aussi affaibli de cette affaire. Le petit parti écologiste Jetzt a présenté une motion de censure contre lui, qui sera votée le 27 mai. Les sociaux démocrates et le FPÖ n'excluent pas de voter cette motion, qui, dans cette hypothèse, aboutirait à une chute du chancelier, après seulement 18 mois au pouvoir.

 

 

 

Quel impact sur les élections européennes ?

L'extrême droite autrichienne va désormais devoir tenter de limiter la casse aux élections européennes. S'il est impossible de mesurer précisément l'impact de l'affaire sur le vote des électeurs, il est toutefois certain "que ça ne va pas aider le parti d'extrême droite", estime l'historien Jérôme Segal, maître de conférences à l'université Paris-Sorbonne, pour franceinfo.

 

 

Le Parti de la liberté (FPÖ) a toutefois déjà perdu cinq points d'indice, dans une enquête d'opinion après la publication de la vidéo, citée par Reuters. Le sondage conduit par The Research Affaires pour le site d'actualité Oe24 montre que le FPÖ obtiendrait 18% des suffrages en cas d'élections. Un recul qui bénéficie en partie aux conservateurs. Le Parti populaire autrichien (ÖVP) du chancelier Sebastian Kurz est lui crédité de 38%, soit une hausse de quatre points d'indice.

 

 

Le scandale pourrait aussi faire vasciller toute l'extrême droite européenne. Pour Matthias Jung, chef de l'institut de sondage allemand Forschungsgruppe Wahlen, "ce scandale pourrait freiner l'avancée des populistes en Europe". L'expert, interrogé par le quotidien allemand Der Tagesspiegel, estime que les électeurs pro-européens pourraient être incités à aller voter dans l'optique de faire barrage à l'extrême droite. Et les sympathisants des partis populistes "vont désormais réfléchir à deux fois s'ils veulent donner leur voix à ces gens", remarque de son côté le politologue allemand Werner Patzelt, également dans le Tagesspiegel, qui prédit des conséquences néfastes pour le parti Alternative pour l'Allemagne (AfD).

 


21/05/2019
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Franceinfo - le mercredi 22 mai 2019

 

 

"Ici, l'Europe est à la fois proche et lointaine" : Behren-lès-Forbach, ville frontalière de l'Allemagne et championne de l'abstention

 

 

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Noémie BonninRadio France
 

 

 

Les élections européennes font partie des scrutins qui mobilisent le moins les électeurs. À Behren-lès-Forbach, en Moselle, l'abstention a dépassé les 82% au dernier scrutin de 2014. Malgré la proximité de l'Allemagne, les habitants ne s'intéressent pas au scrutin européen

 

 

 

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La ville de Behren-lès-Forbach, en Moselle. (NOEMIE BONNIN / RADIO FRANCE)

 

 

 

On a un pied là, mais en un rien de temps on est là-bas. C'est un lien quotidien, fort, depuis des années, on est habitué à vivre avec l'Allemagne", témoigne un habitant, attablé au café de la Poste de Behren-lès-Forbach, petite commune populaire de 6 000 habitants, en Moselle. La frontière est à moins de dix kilomètres d'ici. "Je fais tous mes achats là-bas, c'est beaucoup moins cher. Sauf le pain, je l'achète ici", complète Michel. Le temps où l'on devait aller à Nancy, à 100 kilomètres de là, pour faire son visa, est bien loin : aujourd'hui, certains travaillent de l'autre côté de la frontière, beaucoup y font leurs courses, moins chères.

 

 

 

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Le café de la Poste de Behren-lès-Forbach. (NOEMIE BONNIN / RADIO FRANCE)

 

 

 

Oui, l'Europe a donc son intérêt pour les Behrenois. Mais les élections européennes ? "Non je ne veux pas en parler, de toute façon il n'y a rien qui changera", lance, bougonne, cette habitante. Aux dernières élections européennes de 2014, Behren-lès-Forbach a battu un record : c'est la ville de métropole qui s'est le moins mobilisée, avec 82,58% d'abstention. Cette année, l'abstention pourrait atteindre les 60%, selon les derniers sondages.

 

 

Dans les allées du marché, on ne peut effectivement pas dire que les habitants de Behren soient passionnés par cette campagne des européennes. "Ça ne m'intéresse pas", affirme Aïcha. Elle et son amie habitent ici depuis 1961. "C'est toujours des promesses, mais on n'a rien à la fin. On paie, on paie, on paie et on n'a pas de résultat. Surtout pour les retraités, mon mari et moi on n'arrive pas à joindre les deux bouts."

 

 

 

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Le marché de Behren-lès-Forbach, dans la partie "cité" de la ville.  (NOEMIE BONNIN / RADIO FRANCE)

 

 

 

"Les gens sont devenus méfiants par rapport à 2005, quand les gens ont voté non au référendum. Jacques Chirac a quand même fait ce qu'il voulait. Moi je ne suis pas d'accord ! Je me suis déplacée, c'est du foutage de gueule", explique la dame, cabas remplis à la main. Aucune des deux voisines n'ira voter dimanche.

 

 

 

"Toujours les mêmes au pouvoir"

"Bonjour messieurs-dames ! Faut aller voter dimanche pour mettre une claque à Macron. Ce serait un beau geste pour la fête des mères, vous ne croyez pas ?" Ce sont les derniers jours avant l'élection, les dernières opérations de tractage aussi. Plusieurs militants de La France insoumise sont là. "L'accueil est plutôt bon. Mais ce qui ressort le plus, c'est un dégoût pour la politique de Macron et pour sa personne en lui-même. Il y a un rejet énorme", témoigne Jonathan Outomuro. "J'avais connu ça un peu avec François Hollande pendant la présidentielle, mais là c'est incomparable."

 

 

Les gens ont une haine pour Emmanuel Macron, en tant que militant je n'avais jamais connu ça. Dans de nombreux propos il a manqué de respect aux gens, ils ne le supportent plus.Jonathan Outomuro à franceinfo

 

 

Dégoût du chef de l'État ? Pas seulement, analyse le militant. "Il y a un dégoût général de la politique, ce qui explique aussi les taux d'abstention assez importants ici. Beaucoup de gens, notamment ici, sont désabusés et ne croient en rien. C'est difficile en tant que militant, mais on est là pour ça aussi et on fait le boulot", confie Jonathan.

 

 

 

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Des militants de La France insoumise en plein tractage au marché de Behren-lès-Forbach.  (NOEMIE BONNIN / RADIO FRANCE)

 

 

 

Le Parti communiste est aussi présent au marché de Behren. "Un taux d'abstention si important, bien-sûr que ça alerte, c'est alarmant", juge Ralf Blindauer, l'un des colistiers communistes. "On voit à peu près de quoi ça vient : le sentiment que quoi qu'on fasse, c'est toujours les mêmes qui sont au pouvoir, c'est toujours la même politique qu'on fait. On change les têtes, mais les résultats concrets sur le terrain sont toujours les mêmes."

 

 

La politique s'est éloignée. Mais l'Europe ? "On la vit au quotidien ici. Mais le fait qu'on puisse peser sur les choix européens n'est pas encore rentré dans les consciences. L'Europe est à la fois proche et lointaine : proche par ce qu'on vit et lointaine par la distance qu'il y a par rapport aux prises de décisions", selon le militant communiste.

 

 

 

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Dialogue entre des habitants de Behren-lès-Forbach et des militants du Parti communiste. (NOEMIE BONNIN / RADIO FRANCE)

 

 

Une Europe "pratique" pour les enfants d'immigrés italiens et polonais

La ville de Behren-lès-Forbach a la spécificité d'être quasiment "coupée" en deux. On quitte le marché, dans la partie cité, pour rejoindre le village. On laisse les barres d'immeubles pour trouver des petites maisons résidentielles, c'est là que Michel Obiegala nous accueille. "Vous avez vu ? Ma maison est aux couleurs de la Pologne : rouge et blanc", confie dans un sourire l'ancien maire de la ville (2001-2008), petit-fils d'immigré polonais.

 

 

 

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L'ancien maire de Behren-lès-Forbach, Michel Obiegala. (NOEMIE BONNIN / RADIO FRANCE)

 

 

 

"Les banlieues ont cette caractéristique, donc Behren rentre dans la droite file de ce qu'on voit ailleurs, ici on est moins intéressé par les élections. Ce qui ne signifie pas qu'on ne soit pas intéressé par l'Europe. Elle nous intéresse de près même : elle permet aux ressortissants issus d'Italie, de Pologne, d'ex-Yougoslavie ou d'ailleurs en Europe d'avoir beaucoup plus de facilités aujourd'hui." Dans cette ville de mineurs, en plein bassin houiller, les vagues d'immigration se sont succédé : aux Italiens et Polonais entre les années 20 et 50 se sont ajoutés les Maghrébins, dans les décennies 50 et 60.

 

 

Les déplacements, la monnaie unique, le téléphone, tout est facilité en Europe aujourd'hui. C'est pratique pour nos familles, on n'a plus de tracasseries administratives.Michel Obiegala à franceinfo

 

 

"Par contre, le fait de voter pour quelqu'un… c'est autre chose. On ne se sent pas vraiment représentés", explique Michel Obiegala. "L'intérêt pour les élections, pour le fait électoral, c'est différent."

 

 

 

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La frontière est désormais symbolique entre la France et l'Allemagne. (NOEMIE BONNIN / RADIO FRANCE)

 

 

 

L'ancien maire a toujours connu cette abstention forte, à tous les scrutins quasiment – la présidentielle et les municipales étant un peu plus mobilisatrices. "Les gens se sentent oubliés, floués par les politiques en règle générale, ils n'y trouvent pas leur compte. C'est un peu le sentiment global au niveau de l'ensemble du département, dans le bassin houiller en particulier. Les anciens mineurs et leurs familles se sentent laissés pour compte. L'avenir des enfants des anciens mineurs n'a pas été assuré par les différentes instances politiques."

 

 

Les élections de ces dernières années ne donnent pas toutes les mêmes résultats. Si le Front national est arrivé en tête aux dernières européennes (2014) et législatives (juin 2017), Jean-Luc Mélenchon était arrivé largement en tête, devant Marine Le Pen, au premier tour de la présidentielle (avril 2017).

 


21/05/2019
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Franceinfo - le jeudi 16 mai 2019

 

 

ENQUETE FRANCEINFO. Amendements pré-rédigés, accès au Parlement... Comment les lobbys opèrent au sein de l'Union européenne

 

 

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Margaux DuguetFrance Télévisions

 

 

 

A quelques jours des élections européennes, franceinfo se penche sur le rôle et le poids des lobbys au sein des institutions européennes

 

 

 

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 De l'élaboration d'un nouveau texte de loi à son adoption, les lobbyistes sont très présents au sein des institutions européennes.  (BAPTISTE BOYER / FRANCEINFO)

 

 

 

Il veut couper court à tout "fantasme". "Non, les institutions européennes ne sont pas vendues aux lobbys", insiste au bout du fil Pierre Moscovici, actuel commissaire européen chargé des affaires économiques et financières. Pour l'ancien ministre de François Hollande, "le rôle des lobbys est de nous donner un écho du monde extérieur". Ne pas les recevoir serait, selon ce dernier, "une erreur" : "Cela reviendrait à légiférer dans une bulle."

 

 

Pourtant, alors que plus de 300 millions de citoyens de l'Union européenne vont choisir le 26 mai leurs représentants au sein du Parlement, les "fantasmes" entourant la place et l'influence des lobbys au sein de l'UE sont encore bien présents. Certains candidats français consacrent d'ailleurs une part importante de leur programme à la lutte anti-lobbys. Les dernières révélations sur le fichage de centaines de personnalités, dont des eurodéputés, par deux cabinets de lobbying pour le groupe Monsanto ont également ravivé les peurs d'une collusion entre intérêts privés et publics. Mais pour les habitués des arcanes européennes, il ne faut pas tout confondre.

 

 

"Le terme 'lobby' est un mot-valise qui peut désigner le meilleur comme le pire", souligne Pierre Moscovici. "Tous les lobbys ne sont pas toxiques, abonde l'eurodéputé LFI Younous Omarjee. Il est naturel d'entendre le monde économique. Le problème est de dénoncer les pratiques toxiques." Entreprises, fédérations industrielles et intersectorielles, ONG et syndicats, cabinets de consulting ou d'avocats, think tanks... Toutes ces entités peuvent ainsi être considérées comme des lobbys et nombre d'entre elles possèdent des bureaux à Bruxelles, au pied des institutions européennes.

 

 

 

"On a l'impression qu'on est des bandits"

Une réalité que connaît bien Martin Pigeon. L'ONG pour laquelle il travaille, Corporate Europe Observatory, s'est spécialisée dans la surveillance des lobbys européens. "On estime qu'il y a entre 25 000 et 30 000 lobbyistes à Bruxelles : 70% d'entre eux représentent des intérêts commerciaux, 20% des intérêts publics et 10% la société civile, que ce soit des ONG ou des syndicats", détaille-t-il. Pour l'activiste, les lobbys à Bruxelles sont dans "une position particulière" : "Ils ont été créés à la demande, et parfois avec le financement de la Commission, qui avait besoin d'informations que les institutions nationales ne voulaient pas lui donner." 

 

 

Les institutions européennes souffrent d'un manque d'expertise interne. Cela explique pourquoi les lobbys ont une place formalisée, institutionnalisée et sont perçus comme nécessaires. Le chercheur Martin Pigeon à franceinfo

 

 

Une analyse que ne partage pas Stéphane Desselas, fondateur d'Athenora Consulting, qui se présente comme "un cabinet de conseil en stratégies d'influence auprès des institutions européennes" et qui compte notamment comme clients EDF, La Poste ou la SNCF. Pour lui, même en "multipliant par six le nombre de fonctionnaires européens", le système des institutions européennes ne serait toujours pas efficace. "Il y a trop de variables et d'acteurs. Ils n'ont pas les réseaux directs que nous avons. Un fonctionnaire estonien ne connaît pas Paris, par exemple", assure-t-il.

 

 

Le poids et l'importance des lobbys sont aussi question de point de vue. "Ils sont omniprésents et leur place est malheureusement dominante", déplore Younous Omarjee. "Leur place est sûrement importante mais leur rôle est parfois exagéré dans les décisions finales", tempère Hervé Jouanjean, ex-directeur du budget à la commission européenne, passé en 2014 dans le privé comme consultant pour un grand cabinet d'avocats français. Un transfert vivement critiqué par Corporate Europe Observatory. "Je me suis fait insulter. On a l'impression qu'on est des bandits, qu'on va trahir tous les secrets... Mais ce n'est pas du tout le cas, se défend-il. Je m'enorgueillis d'avoir sauvé des centaines d'emplois en aidant les entreprises dans leurs démarches auprès des institutions européennes."

 

 

 

"Le lobbying n'est pas un gros mot ici"

Hervé Jouanjean voit même "une forme de complémentarité entre les fonctionnaires européens qui conçoivent les politiques et la tâche des lobbyistes, qui prend de nombreuses colorations". Depuis cinq ans, il a appris les rouages de son nouveau métier. "Nous intervenons de diverses manières : le lobbyiste bruxellois ne passe pas son temps dans les bureaux de la Commission, ça ennuie les gens", indique-t-il. Plus mystérieux, Daniel Guéguen, qui se présente comme "le plus ancien lobbyiste à Bruxelles" avec quarante-cinq années d'activité à son compteur, lâche qu'il prend son téléphone, appelle son interlocuteur "en disant : 'mon client veut vous parler de tel ou tel dossier'". Stéphane Desselas, plus prolixe, explique que son lobbying repose sur trois piliers : "s'informer", "se positionner" et "agir".

 

 

Le but est de permettre au client d'anticiper les futures décisions des institutions européennes et, dans une certaine mesure, de les influencer. "Que vont proposer les institutions, mais aussi quels sont les rapports de force en interne, les futures nominations ou le positionnement politique des acteurs ? On regarde ça pour pouvoir intervenir au bon moment", poursuit le lobbyiste.

 

 

On traque l'information via nos contacts de la manière la plus discrète possible, puis on la transmet à nos clients.Stéphane Desselas à franceinfo

Vient ensuite le temps du "positionnement" "on va préparer le client" à peaufiner son discours, avant de passer à "l'action". "On va décider si on fait du lobbying indirect en passant par les médias, les fédérations ou les associations professionnelles, ou bien du lobbying direct en allant voir les décideurs", détaille Stéphane Desselas.

 

 

Selon lui, rien de plus simple. "Il n'y a pas de difficultés d'accès ici, vous êtes inscrit sur le registre de la transparence [depuis 2011, le Parlement et la Commission exploitent ce registre public qui recense plus de 11 000 groupes d'intérêts], vous envoyez un e-mail et vous êtes reçu". Confirmation de Daniel Guéguen : "On n'est pas dans une logique française avec des bureaux feutrés et dorés, le rapport est beaucoup plus direct et le lobbying n'est pas un gros mot ici."

 

 

 

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Le registre de la transparence, exploité par la Commission et le Parlement depuis 2011, regroupe plus de 11 000 groupes d'intérêt.  (CAPTURE EUROPA.EU)

 

 

 

"On a le droit de prendre le café avec qui on veut"

Pour tenter d'influer sur le processus législatif, les lobbyistes ont recours à plusieurs techniques. Ils sont d'abord très présents à la Commission. "Les industriels ciblent prioritairement la Commission, qui a le monopole en matière d'initiative législative", rapporte Martin Pigeon. Et le chercheur et activiste de citer la directive sur le secret des affaires"les multinationales, dont pas mal de françaises, ont abreuvé gratuitement de notes les deux fonctionnaires et demi qui se penchaient sur le sujet". Autre méthode des lobbyistes : infiltrer les groupes d'experts de la Commission. "C'est un sport assez pratiqué de classer leur expert maison dans un groupe d'experts de la Commission", assure Martin Pigeon.

 

 

La Commission a pris le biais de s'appuyer sur des experts et souvent c'est le cheval de Troie des lobbys. L'eurodéputé Younous Omarjee à franceinfo

 

 

D'autres sont carrément consultés par la Commission avant toute rédaction de nouveau texte législatif. C'est le cas de Business Europe, dirigé depuis un an par Pierre Gattaz, ancien patron du Medef. Regroupant quarante fédérations d'entreprises nationales issues de trente-cinq pays, Business Europe est décrit par certaines ONG comme "le plus puissant lobby de Bruxelles". Un terme vivement récusé par Christian Feustel, conseiller politique de l'instance, qui se présente comme "une organisation représentative des intérêts des industries européennes". Chaque année, l'association patronale dépense "quatre millions d'euros pour la représentation de nos intérêts", précise-t-il. Depuis 2014, elle a rencontré près de deux cents représentants de la Commission, selon le registre de la transparence

 

 

La plupart du temps, c'est la Commission qui vient nous demander notre avis en amont d'un nouveau texte de loi. Christian Feustel à franceinfo

 

 

"Ça se passe dans leur locaux ou chez nous. Mais tout est noté : soit les institutions européennes publient nos rendez-vous, soit nous le rapportons dans notre newsletter", ajoute Christian Feustel, qui insiste sur la transparence du processus.

 

 

 

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Le commissaire européen aux affaires économiques et financières, à la fiscalité et à l'Union douanière, Pierre Moscovici, à la Commission européenne, à Bruxelles, le 3 avril 2019. (EMMANUEL DUNAND / AFP)

 

 

 

"On a fait des progrès considérables sur la transparence, abonde Pierre Moscovici. Je ne peux pas rencontrer quelqu'un qui ne soit pas inscrit au registre de la transparence." Depuis 2014, les commissaires européens et hauts fonctionnaires de la Commission sont en effet tenus de ne rencontrer que des représentants des groupes d'intérêt inscrits au registre et de notifier publiquement leur rendez-vous, rappelle le site Vie-Publique.fr. Problème : aucune sanction n'est prévue en cas de non-respect de ces règles. "C'est une règle interne de bon management, c'est au bon vouloir des commissaires ou des hauts-fonctionnaires", relève Sébastien Blanchard, juriste spécialisé dans le droit de l'Union européenne.

 

 

De nombreuses associations ont relevé qu'il y avait des manquements, des lacunes dans le listing avec des semaines où il n'y avait aucun rendez-vous. Sébastien Blanchard à franceinfo

 

 

Autre limite : des rendez-vous à l'extérieur des locaux sont toujours possibles. "On a encore le droit de prendre un café avec qui on veut", souligne Pierre Moscovici qui prône "la vigilance" mais pas "la prohibition" sur ces questions. Il s'est d'ailleurs "fixé des règles implicites" : "Je ne vois pas les Big Four [les grands cabinets d'audit que sont PwC, EY, Deloitte et KPMG]. Ils peuvent avoir des contacts avec mes services mais pas moi." 

 

 

 

"J'étais envahi par les trolls de Monsanto"

Les tentatives d'influence des lobbys se poursuivent ensuite au Parlement européen où ceux inscrits au registre possèdent un badge d'accès. "Ils essayent d'influencer d'abord le rapporteur, les 'shadow' rapporteurs (qui font un contre-rapport) et puis tout le reste : les assistants parlementaires, les conseillers politiques des groupes..." détaille Martin Pigeon. Comment ? "Ils leur font passer des argumentaires ou leur envoient des amendements pré-rédigés. C'est même une demande des eurodéputés." L'eurodéputée socialiste Sylvie Guillaume confirme :

 

 

Les amendements pré-rédigés, c'est très classique et c'est presque ce qui est le plus normé. Mais le pouvoir d'un parlementaire confronté à un lobby, c'est le pouvoir de dire non et il existe tout le temps. L'eurodéputée Sylvie Guillaume à franceinfo

 

 

Il faut néanmoins noter que des ONG, dont l'élue socialiste soutient le combat, ont aussi recours à cette pratique. "On peut recevoir une proposition d'amendement de la part d'associations LGBT. Je les regarde et s'ils me semblent conformes, je peux même les déposer", détaille-t-elle. "Bien évidemment, on rédige des amendements, admet Stéphane Desselas, mais le problème c'est si c'est repris clé en main par le député, sans le discuter ou le confronter à d'autres points de vue."

 

 

Certains parlementaires semblent d'ailleurs plus perméables que d'autres aux discours des lobbyistes. "Quand j'ai été rapporteur d'un texte, j'ai eu quelques parlementaires dont j'ai compris qu'ils étaient manipulés par des groupes d'intérêt. Disons qu'ils étaient les porte-parole bien fidèles de certains lobbys", affirme un eurodéputé sous couvert d'anonymat.

 

 

 

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Les eurodéputés siègent au Parlement européen à Strasbourg (Bas-Rhin), le 16 avril 2019. (MAXPPP)

 

 

 

Lorsque les lobbys ne parviennent pas à convaincre les eurodéputés, certains adoptent des méthodes plus radicales. C'est ce qui s'est passé avec la directive sur le droit d'auteur, adoptée en mars 2019. "J'ai reçu 100 000 mails de groupes libertariens, c'est une pression inadmissible, dénonce un eurodéputé. On a même eu des menaces plus moins voilées. Il a fallu que l'on fasse bloquer la boîte mail du Parlement."

 

 

Sylvie Guillaume en a également fait l'expérience : "Moi, j'ai reçu 80 000 mails de copier-coller dont beaucoup venaient des Etats-Unis, c'était infernalCe n'est pas une contribution à la réflexion mais du matraquage qui produit l'efferse inverse de celui recherché." Younous Omarjee a lui bataillé pour l'interdiction du glyphosate et a notamment siégé dans la commission sur la procédure d'autorisation des pesticides : "C'était assez rude. Dès que je postais quelque chose sur Twitter, j'étais envahi par les trolls de Monsanto." Des techniques condamnées par les lobbys inscrits au registre qu'ils qualifient de "contre-productives".

 

 

 

"Les boîtes de conseil tournent à plein régime"

En ce moment, le travail des groupes d'intérêt se concentre plutôt sur les élections européennes"C'est un sujet majeur. Selon les gens qui sont élus, les lobbyistes ne vont pas avoir les mêmes interlocuteurs, relève Martin Pigeon. Toutes les boîtes de conseil tournent à plein régime pour analyser, faire des hypothèses et des projections."

 

 

C'est ce que fait notamment Stéphane Desselas en ayant une veille très soutenue sur le sujet. "Ce qu'attendent nos clients, c'est de savoir à quoi ressemblera le nouveau Parlement ? Quels seront les rapports de force ? Est-ce que la stratégie d'Emmanuel Macron de constituer un groupe libéral fonctionnera ?", liste-t-il, indiquant qu'il transmet ses analyses à ses clients par e-mail. Pour autant, ce lobbyiste ne contacte pas directement les candidats : "On fait un travail d'information ; il n'est pas très efficace de les contacter à ce stade."

 

 

De fait, toutes les équipes de campagne que nous avons contactées assurent ne pas être assaillies de demandes. Elles reçoivent bien cependant les traditionnelles sollicitations, comme à chaque campagne, d'associations, d'ONG ou de divers groupes. "C'est comme tout type de campagne, ces groupes nous soumettent des questionnaires ou des réflexions", assure Philippe Vardon, directeur de la communication du Rassemblement national pour les européennes. "Je n'ai rien noté de différent par rapport aux autres élections", complète Bastien Lachaud, directeur de la campagne des européennes de La France insoumise. "Ils n'ennuient pas les candidats qui, eux, ont envie de faire campagne", analyse-t-on du côté des Républicains. Mais, le parti de Laurent Wauquiez n'est pas naïf : "Ces groupes vont surtout revenir très rapidement une fois les députés élus."

 


16/05/2019
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Franceinfo - le lundi 13 mai 2019

 

 

Financement, réglementation, influence… Toutes les questions que vous vous posez sur le lobby au niveau européen

 

 

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Noémie BonninRadio France

 

 

 

Les lobbies font partie du fonctionnement des institutions européennes. Entreprises, ONG, groupements professionnels… Qui fait du lobbying, de quelle manière, avec quel budget ?

 

 

 

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Le Parlement européen à Bruxelles.  (NOEMIE BONNIN / RADIO FRANCE)

 

 

 

Les lobbies sont souvent pointés du doigt : trop puissants, pas assez transparents, trop proches des élus… Lobby du tabac, des pesticides, de l’industrie automobile : les institutions européennes sont-elles à leur solde ? Quelle est la part de fantasme, quelle est la part de réalité ? Budget, rôle, pouvoir : franceinfo vous explique comment un lobby peut intervenir à Bruxelles et Strasbourg et selon quelles règles.

 

 

 

D'abord, c’est quoi un lobby ?

Un lobby regroupe un type d’organisation assez divers : cela peut être une entreprise privée, un groupement d’entreprises, mais aussi un organisme public, ou une association, une ONG. Son objectif est de peser sur les prises de décisions des députés, des commissaires européennes et de leurs collaborateurs. Pour cela, le lobbyiste va contacter la personne "cible", lui proposer un rendez-vous, lui envoyer des rapports, discuter avec lui et lui expliquer son point de vue. Les élus se servent de ces entretiens pour se faire une idée globale sur un sujet : par exemple, un député qui travaille sur le glyphosate peut recevoir les représentants des agriculteurs, les entreprises de pesticides, les ONG, les associations de consommateurs… L’action des lobbies peut aussi se faire par des envois d’amendements prêts à l’emploi, des campagnes d’influence sur les réseaux sociaux ou des publicités ciblées.

 

 

"La forme d'action varie et toutes les formes d'action ne sont pas problématiques, explique à franceinfo la députée socialiste Christine Revault d'Allonnes-Bonnefoy. Je n'ai aucun souci avec les prises de rendez-vous sur des dossiers que nous suivons quand cela est fait dans la transparence. Mais il y a des méthodes plus problématiques : des appels répétitifs et des mails répétitifs à votre bureau parlementaire, par exemple, ou certains représentants qui viennent directement frapper à la porte de votre bureau parlementaire sans préalablement vous avertir."

 

 

 

Existe-t-il des règles qui encadrent le lobbying ?

L’encadrement du lobbying au niveau européen a beaucoup évolué ces dernières années. La législation s'est renforcée. Depuis 2011, les lobbies doivent s’inscrire dans un registre officiel, géré conjointement par le Parlement européen et la Commission européenne. De nombreuses informations y sont renseignées : thèmes défendus, budget, nombre d’employés, nombre d’accrédités… Ce registre est en accès libre sur internet. Cette inscription permet d’être accrédité pour rentrer dans les locaux des institutions. Mais des rendez-vous en dehors des locaux restent évidemment possibles. Toute personne peut également rentrer sans accréditation, sur invitation d’un député.

 

 

Deux codes de conduite existent également, l'un à destination des élus – annexé au règlement intérieur du Parlement européen – et l'autre des lobbies, qui doivent le signer lorsqu’ils s’inscrivent dans le registre de la transparence. Il y est écrit que les lobbies ne doivent pas obtenir ou essayer d’obtenir des informations ou des décisions "d'une manière malhonnête" ou en "recourant à une pression abusive ou à un comportement inapproprié", une formulation qui reste assez vague.

 

 

Les règles ne sont pas les mêmes pour toutes les institutions. La Commission est la plus avancée en matière de transparence : en plus du registre, les commissaires et les directeurs de cabinets doivent rendre publiques leurs rencontres avec les lobbies. Une récente décision (janvier 2019) propose également cette publication des rendez-vous au Parlement européen (pour les présidents de commissions thématiques et les rapporteurs, notamment). Les règles sont bien moins avancées en ce qui concerne le Conseil de l’Union européenne (qui réunit les ministres nationaux de chaque pays de l’UE, en fonction des domaines politiques traités). Le lobbying s’y fait de manière beaucoup plus opaque.

De nombreux élus regrettent par ailleurs qu'il n'existe aucune obligation de transparence quant à l'origine précise des financements des lobbies.

 

 

 

Que risquent les lobbies s'ils ne respectent pas ces règles ?

Si un lobby fait une fausse déclaration, il peut être banni du registre, les lobbyistes concernés ne pourront plus rencontrer les élus. S’ils ignorent une convocation à une audition, une réunion de commission ou s'ils refusent de coopérer avec une commission d'enquête, ils peuvent également se voir retirer leurs accréditations.

 

 

Encore très rare, cette règle a été adoptée après le refus de plusieurs organisations (AB InBev, Amazon EU, Barclays Group, Fiat Chrysler Automobiles, Google, HSBC Bank, Ikea, McDonalds and The Coca-Cola Company) de participer à une audition de la commission spéciale "Taxe" sur la lutte contre l’évasion fiscale et les paradis fiscaux. Selon l’eurodéputée Sylvie Guillaume, elle pourrait très prochainement s’appliquer au cas d’ExxonMobil, qui a refusé dernièrement de participer à une audition des commissions des Pétitions et de l’Environnement.

 

 

En septembre 2017, les députés européens ont retiré aux lobbyistes de Monsanto leur droit d’accès au Parlement. Cette décision fait suite au refus du géant américain de l’agrochimie, désormais filiale du groupe allemand Bayer, de participer à une audience sur les soupçons d’ingérence dans les recherches autour du glyphosate.

 

 

Mais plusieurs observateurs et associations regrettent qu’il n’existe aucun moyen de vérifier le système et les déclarations des lobbies. Transparency International, notamment, milite pour la création d’une haute autorité indépendante (comme, en France, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique), capable de vérifier et sanctionner. À propos des lobbies, mais aussi des potentiels conflits d'intérêts des députés. Si un élu ne respecte par le code de conduite, il peut aussi être sanctionné.

 

 

 

Est-ce que les lobbies sont nombreux ?

Au 1er janvier 2019, près de 25 000 personnes travaillaient pour les lobbies européens (24 829 équivalents temps plein plus précisément). Près de 12 000 organisations (11 868) s’étaient inscrites officiellement dans le "registre de transparence" de l’Union européenne (voir la partie sur la réglementation des lobbies). C’est cette inscription qui permet d’avoir une accréditation pour rentrer dans les locaux du Parlement européen ou de la Commission. Mais tous les lobbies ne sont pas enregistrés officiellement, il est alors très difficile de savoir combien ils sont en tout, en comptant les non-enregistrés.

 

 

Par ailleurs, il existe de grosses disparités dans les nationalités des lobbies. Le pays qui en réunit le plus est la Belgique, avec 2187 organisations, mais il faut relativiser ce chiffre : de nombreux lobbies ne sont pas forcément belges à l’origine, mais sont installés à Bruxelles pour être au plus près des institutions européennes. Ensuite, le nombre de lobbies dépendent de l’importance du pays, en termes de richesse, de nombre d’habitants, etc. Ainsi, 1 506 lobbies sont Allemands, 1 116 Français, 836 Italiens, quand 102 sont Roumains et 38 Lettons. Tous les lobbies ne viennent pas d’États de l’Union européenne : tous types d’organisations, de tous types de pays peuvent défendre leurs intérêts. La Chine a 9 lobbies enregistrés, la Russie 11, les États-Unis 395.

 

 

 

C'est quoi, le poids de lobbies ?

Il est assez difficile de mesurer précisément l’importance des lobbies. Ce qui est certain, c’est que leur nombre, leurs budgets, leurs effectifs sont en constante augmentation. Ils étaient 306 lobbies en 2008 (prémices de l’encadrement des lobbies), 11 868 aujourd’hui.

 

 

Tous les eurodéputés ne sont pas d’accord sur le poids des lobbies. Une partie d’entre eux dénoncent un pouvoir trop important. "Personnellement, je suis effrayée par le poids des lobbies industriels autour des agences européennes d’évaluation et de contrôle sanitaires, estime l'eurodéputée écologiste Michèle Rivasi. Les experts en situation de conflit d'intérêts sont souvent victimes du syndrome du conducteur aviné qui, tout en ayant bu, pense pouvoir conduire en niant l'influence exercée par l'alcool sur sa conduite".

 

 

"Les lobbies ont beaucoup trop de poids, juge également le député communiste Patrick Le Hyaric. 1,5 milliard d’euros sont investis en dépense de lobbying chaque année à Bruxelles, dont une part écrasante pour défendre les intérêts industriels et financiers, ce qui place l’Europe à la seconde place après Washington. Ces activités tordent la pratique démocratique en faisant primer des intérêts minoritaires sur l’intérêt général."

 

 

 

Les lobbies envoient-ils des cadeaux aux élus ?

C’est une pratique censée être interdite par le code de conduite. Mais ce type de dons existe encore. Cela peut aller à de petits objets (comme des livres par exemple) à des déplacements financés. Le député est seul à décider de l’intérêt du déplacement vis-à-vis du dossier étudié. Ainsi, Edouard Martin (PS) explique à franceinfo avoir refusé, au cours de son mandat, un voyage aux États-Unis pour visiter un parc photovoltaïque. "C’était une semaine entière tous frais payés, j’ai refusé". "J’ai souvenir d’un chargeur de téléphone, que j’ai déclaré, explique de son côté la vice-présidente du Parlement, Sylvie Guillaume. Des invitations pour des repas de travail ou cocktails, des invitations à des projections de films, arrivent, mais libre à chacun de les décliner, c’est le cas pour ma part."

 

 

Pendant le débat sur la directive droit d'auteurs, un lobby qui militait contre a offert aux députés la possibilité de venir manifester devant le Parlement européen en finançant le coût du transport et de l'hébergement, raconte à franceinfo l'eurodéputée Pervenche Bérès. "Vous pouviez recevoir 350 euros pour venir au Parlement, et 50 euros par nuit", décrit-elle. "Il y a 25 ans, il y avait des formes presque plus visibles de lobbying. Je m'en souviens très bien. À Noël, on recevait des bouteilles de champagne, des caisses de vin, des boîtes de chocolat, ça ça n'existe plus", affirme Pervenche Bérès.

 

 

 

Quel est le budget des lobbies ?

Chaque lobby a son propre budget. Il doit le déclarer dans le registre de transparence. Le Conseil européen de l'industrie chimique (European Chemical Industry Council), qui est la principale association professionnelle de l’industrie chimique, est l’organisation qui dépense aujourd’hui le plus d’argent pour ses actions de lobbying, avec 12 millions d’euros annuel. Elle organise de nombreux événements pour ses membres.

 

 

Si l’on compare uniquement les groupes privés, l’association professionnelle de l’industrie chimique arrive toujours en première position, la fédération européenne des assurances en deuxième et Google en troisième. Ces budgets sont des chiffres en valeur absolue, mais il est aussi intéressant de noter les plus grosses augmentations. Par exemple, Google a consacré au lobbying européen plus de 6 millions d’euros en 2017, soit 10 fois plus qu’en 2011 (600 000 euros). Facebook est passé de 150 000 euros de budget en 2011 à plus de 3,5 millions d’euros en 2018. C’est le signe de l’importance croissante que prend la réglementation européenne dans les affaires des Gafa.

 

 

Si ces montants sont déclarés, leur utilisation ne n’est pas. Ce budget couvre les salaires des employés, le paiement des locaux, les dépenses courantes (de type téléphone, internet, etc.), les opérations de communication, les événements divers… Uniquement auprès des institutions européennes, mais ces sommes ne comprennent pas les actions de lobbying à l’intérieur des États membres, auprès des gouvernements nationaux. Enfin, ces montants sont basés sur les déclarations des organisations et il n’existe aucun dispositif de vérification.

 

 

 

Quels sont les lobbies les plus puissants ?

Tout dépend de quel critère l’on regarde. L’une des indications publiques qui peut servir est le nombre de réunions déclarées avec les membres de la Commission européenne (et leurs entourages). À ce niveau, c’est Google qui remporte la palme, avec 218 rendez-vous enregistrés depuis décembre 2014. Business Europe (association patronale européenne, qui regroupe les syndicats patronaux nationaux, comme le Medef pour la France) arrive en seconde position avec 215 rendez-vous, puis le Bureau européen des unions de consommateurs (fédération d’associations de consommateurs issues des pays européens), avec 149 réunions.

 

 

Par ailleurs, les entreprises ou les industries ne sont pas les seules à être défendues par des lobbies. Si la catégorie la plus fournie (selon la classification du registre de la transparence) est bien celle des groupements professionnels et des associations syndicales et professionnelles (6 000 entités), de très nombreux lobbies sont des ONG (3 141 entités). Il y a également des cabinets de consultants et d’avocats (1 126), des groupes de réflexion, organismes de recherche et institutions académiques (913), des organisations représentant des autorités locales, régionales et municipales (576) et des organisations représentants des communautés religieuses (51). Enfin, les lobbies existe dans tous les domaines : sport, culture, aide humanitaire, santé…

 

 

 

Est-ce que les lobbies existent auprès de toutes les institutions européennes ?

Oui. Les lobbies travaillent au Parlement européen, à la Commission européenne et au Conseil de l’Union européenne. Mais les règles ne sont en revanche pas les mêmes d’une institution à l’autre. La Commission est la plus avancée en matière de transparence, mais il y a plus de réticences au Parlement et encore plus au Conseil de l’Union européenne.

 

 

À ce propos, l’Observatoire européen des multinationales (Corporate Europe Observatory) a publié en février 2019 un rapport qui dénonce l’opacité des prises de décisions au sein de ce Conseil de l’Union européenne. "Trop d’États membres, sur trop de sujets, sont des États capturés, qui permettent aux intérêts privés d’influencer négativement leurs décisions sur les dossiers européens. Au lieu d’agir pour l’intérêt public de leurs propres citoyens et de ceux de l’UE tout entière, ils sont devenus des véhicules de l’influence des multinationales", est-il écrit dans ce rapport.

 

 

 

Les lobbies sont-ils les ennemis des élus ?

Tout le monde n’a pas le même avis à propos des lobbies. Si certains eurodéputés dénoncent leur pouvoir et leur action, d’autres affirment qu’ils sont utiles et nécessaires à la vie démocratique, en contribuant à nourrir leurs réflexions dans des dossiers parfois complexes. "Les lobbies sont là pour apporter un éclairage, les députés sont là pour les écouter pour ensuite se former une opinion en leur âme et conscience, pas l'inverse", juge par exemple l’eurodéputé Thierry Cornillet, du mouvement radical. "Écouter ne veut pas dire 'acheter' tous les arguments."

 

 

L’eurodéputée socialiste Pervenche Bérès compare ainsi les lobbies avec le cholestérol : "Il y a le bon et le mauvais, juge-t-elle. Tous les intérêts doivent être représentés, mais le problème, c'est que les stratégies modernes de communication, le développent d'internet a démultiplié les moyens de ces lobbies." Plusieurs autres députés font clairement la différence entre les types de lobbies : les industriels d’une part, qui défendent des intérêts privés, et les ONG et collectifs citoyens d’autre part, qui défendent des intérêts collectifs. Le déséquilibre des budgets entre les uns et les autres est également pointé du doigt.

 

 

Parfois, la relation entre élus et lobbyistes tourne au vinaigre. Ainsi, le tribunal de l'Union européenne a annulé en mars 2019 des décisions de l'Agence européenne de la sécurité des aliments (EFSA), qui avait refusé la demande de députés européens d'accéder à une partie des études non publiées sur les risques de cancer liés au glyphosate. La décision a été qualifiée de "victoire historique" par Michèle Rivasi. Selon elle, "les lobbys industriels nous mènent une guerre que nous ne voulons voir".

 

 

En 2013, des documents confidentiels révélés par la presse ont montré que le cigarettier Philip Morris fichait les eurodéputés, en fonction de leur sensibilité sur la question du tabac et de leur capacité à défendre les intérêts de l’industrie du tabac.

 

 

 

Est-ce que les lobbies écrivent eux-mêmes les lois ?

Ce sont théoriquement les équipes des députés qui écrivent les lois et leurs amendements. Mais il arrive que des paragraphes entiers, rédigés par les lobbies, se retrouvent dans les textes législatifs. "Oui, bien évidemment, la capture scientifique et réglementaire des lobbies met en péril notre démocratie et sape notre pacte républicain, la saga du glyphosate l’atteste", explique à franceinfo Michèle Rivasi.

 

 

Par ailleurs, certains élus assument le fait de reprendre les propositions de certains lobbies, s’ils estiment que ces mesures vont dans le bon sens. "Cela n'arrive pas souvent, mais cela arrive que des députés recopient mot pour mot des paragraphes écrits par des lobbies, ce que je n'ai jamais fait, confie à franceinfo l'eurodéputée Christine Revault d'Allonnes-Bonnefoy. C'est un problème car ce n'est pas transparent et ce n'est pas leur rôle de réécrire les législations. Ils sont utiles pour exposer un point de vue et il est ensuite du devoir des législateurs d'écouter, de prendre en compte les points de vue de chacun et d'écrire la loi pour qu'elle profite à l'ensemble de la société."

 

 

"Il est possible que des députés copient-collent certains amendements qui leur sont suggérés par des lobbies (qu’il s’agisse d’organisation à but lucratif comme non lucratif) mais aussi par les représentations permanentes des États membres qui sont une source d’influence à ne pas négliger", explique pour sa part Sylvie Guillaume.

 

 

 

Mais alors, est-ce que les lobbies mentent ?

Certains députés regrettent que, parfois, les lobbies s’arrangent avec la réalité. "Ils franchissent parfois la frontière de la légalité lorsqu’ils manipulent la science, les évaluations de leurs produits", affirme par exemple Michèle Rivasi.

 

 

"Il y a trois ans, quand on travaillait sur les émissions de CO2 et le principe de pollueur-payeur, le lobbyiste des cimentiers européens a organisé des sauteries à tout va, des apéros, des déjeuners, des dîners... Ils invitaient les députés par dizaines, raconte e à franceinfo Edouard Martin (PS). Leur représentant nous disait que si la mesure passait, des sites de production seraient délocalisés en dehors de l’UE. C’est ridicule ! Malheureusement des députés l’ont cru. Je trouve certains de mes collègues naïfs, voire complices."

 

 

Plus récemment, certains élus ont dénoncé des mensonges partagés par les géants du numérique, en plein débat sur la directive droits d'auteurs. "Les Gafa ont beaucoup colporté d'arguments mensongers pour faire peur, en expliquant qu'avec la directive, on allait censurer Internet, on allait filtrer tout ce qui allait être chargé par les utilisateurs sur les plateformes, précise à franceinfo l'eurodéputée Virginie Rozière. Ce sont des arguments faux, mais simples, simplistes et mensongers mais qui marchent. YouTube a pris parti publiquement à l'automne 2018, en mentant avec ces arguments-là."

 


16/05/2019
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