L'AIR DU TEMPS

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SCANDALES POLITIQUES et AUTRES...


Franceinfo - le jeudi 22 août 2019 - mis à jour le 23.09.2019

 

 

Soupçonné, révoqué, recherché… La déchéance de Stéphane Sieczkowski-Samier, maire d'Hesdin, en quatre actes

 

 

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Le Conseil des ministres a annoncé, mercredi, la révocation de Stéphane Sieczkowski-Samier, maire de cette commune du Pas-de-Calais. Il devient le cinquième maire à faire l'objet d'une telle décision dans l'histoire de la Ve République

 

 

 

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Stéphane Sieczkowski-Samier, le maire d'Hesdin (Pas-de-Calais), lors d'un conseil municipal, le 16 avril 2019. (MAXPPP)

 

 

 

Il n'avait que 22 ans lors de son élection en 2014 sous l'étiquette divers droite. Stéphane Sieczkowski-Samier, maire de la commune d'Hesdin, dans le Pas-de-Calais, surnommé le "Petit Sarko", a depuis défrayé la chronique. Visé par plusieurs enquêtes, notamment pour "détournement de fonds publics", "acquisition d'armes de troisième catégorie", "prise illégale d'intérêts" et "complicité de faux et usage de faux en écriture publique", le plus jeune maire de France a été destitué de ses fonctions, mercredi 21 août, sur décision du Conseil des ministres. L'occasion pour Franceinfo de revenir sur les dernières péripéties d'une épopée étonnante

 

 

 

Acte 1 : déjà mis en examen en 2016, il est placé en garde à vue deux fois en cinq mois en 2019

En janvier 2019, Stéphane Sieczkowski-Samier et sa mère, Christiane Samier, élue municipale, sont interpellés et placés en garde à vue dans une enquête pour détournement de fonds publics. Ils sont soupçonnés d'avoir utilisé l'argent de la ville pour payer des restaurants, acheter des matériaux, des voitures, divers objets et surtout deux revolvers Soft Gomm. "Des armes d'entraînement qui ne sont utilisables par une collectivité ou des policiers municipaux qu'avec une autorisation de la préfecture. Or, ce n'était pas le cas", relate France 3 Hauts-de-France.

 

 

Quelques mois plus tard, le 9 mai, ils sont de nouveau placés en garde à vue pour "poursuite de l'ancienne procédure", selon son avocat Hervé Krych à France 3 Hauts-de-France. Les enquêteurs s'interrogent alors sur une somme correspondant au préjudice supposé du détournement et bloquée par le juge des libertés et de la détention sur un compte bancaire personnel de Stéphane Sieczkowski-Samier. Malgré cette procédure, la somme aurait disparu du compte, entraînant l'interpellation de l'élu pour "détournement d'objets saisis", ainsi que sa mère pour complicité. L'avocat du maire explique alors que "l'argent saisi est le fruit de ses économies et non de détournement de fonds publics".

 

 

Stéphane Sieczkowski-Samier et sa mère ont été par ailleurs mis en examen en 2016 pour "complicité de faux et usage de faux en écriture publique". Le maire est soupçonné d'avoir envoyé en avril 2016, en sous-préfecture, "une fausse délibération du conseil municipal qui décidait de confier la gestion des logements communaux à l'agence immobilière Orpi, appartenant... à sa mère", comme l'explique France 3 Hauts-de-France.

 

 

 

Acte 2 : son conseil municipal est menacé de dissolution 

Face aux déboires judiciaires du jeune maire, la préfecture du Pas-de-Calais confirme avoir lancé, le 27 mai, une procédure de dissolution du conseil municipal d'Hesdin, qui doit être examinée en Conseil des ministres. Cette disposition figure dans le Code général des collectivités territoriales. Un préfet peut saisir le Conseil des ministres lorsque de graves dissensions au sein d'un conseil municipal perturbent son fonctionnement et mettent en péril la gestion de la commune. 

 

 

Dans le cas d'Hesdin, le préfet du Pas-de-Calais précise que c'est le refus de voter le budget, en avril 2019, qui a motivé cette décision. La Chambre régionale des comptes a d'ailleurs publié un rapport accablant sur la gestion de l'argent municipal, en pointant "une situation très critique du pilotage de l’administration communale, devenu chaotique à bien des égards". En 2018, le budget n'avait pas non plus été voté.

 

 

 

Acte 3 : il est révoqué en Conseil des ministres 

Une décision du Conseil des ministres, mercredi 21 août, officialise la révocation de Stéphane Sieczkowski-Samier de ses fonctions de maire d'Hesdin. Cette décision est confirmée par décret paru, jeudi matin, au Journal officiel.

 

 

La procédure avait été lancée en mai par la préfecture du Pas-de-Calais, en même temps que celle concernant la dissolution du conseil municipal. Cette décision implique l'inéligibilité de l'élu aux fonctions de maire et d'adjoint pendant un an. Mais, comme le rapporte France 3 Hauts-de-France, citant un communiqué de la préfecture du Pas-de-Calais, "le Conseil constitutionnel, l'ayant déclaré en mai 2018 inéligible jusqu’au 17 mai 2021, Monsieur Stéphane Sieczkowski-Samier ne peut se présenter à aucune élection avant cette date". La révocation ne concerne toutefois pas la qualité de conseiller municipal. Il s'agit du cinquième maire à faire l'objet d'une telle décision dans l'histoire de la Ve République. 

 

 

 

Acte 4 : il disparaît et conteste sa révocation

Après l'annonce de la décision du Conseil des ministres, Stéphane Sieczkowski-Samier reste introuvable pendant près de 24 heures. Les gendarmes n'ayant pu lui remettre sa révocation en main propre, comme prévu par la loi, cela signifie… que le jeune maire n'est pas encore officiellement révoqué. Jeudi, coupant court aux conjectures, ce dernier publie sur Facebook une photo de lui aux Bahamas, selon la géolocalisation du cliché. 

 

 

Joint par France 3 Hauts-de-France jeudi après-midi, son avocat, Hervé Krych, assure que son client "n'est pas aux Bahamas". S'il a posté cette photo, ce serait "pour montrer qu'il n'est pas déstabilisé, pas abattu par la situation comme certains pourraient le penser". L'avocat, qui s'était amusé de la cavale supposée du jeune maire, indique à France 3 vouloir "attaquer cette révocation" devant le Conseil d'EtatIl ajoute disposer pour cela de "moyens juridiques suffisants". Dénonçant "une forme d'acharnement", il laisse aussi entendre qu'une conférence de presse est en préparation. Le feuilleton continue.

 


23/08/2019
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Franceinfo - le mardi 13 août 2019

 

 

Affaire Jeffrey Epstein : pourquoi Donald Trump, Bill Clinton et le prince Andrew d'Angleterre sont-ils impliqués ?

 

 

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Valentine PasquesooneFrance Télévisions

 

 

 

Le financier américain, accusé d'exploitation et d'agressions sexuelles sur plusieurs dizaines de mineures, a été retrouvé mort dans sa cellule de prison new-yorkaise samedi matin, à l'issue d'un "suicide apparent", selon l'administration pénitentaire. L'affaire est embarrassante pour plusieurs personnalités américaines et étrangères

 

 

 

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Le magnat de l'immobilier américain Donald Trump et sa future femme, Melania Knauss, en compagnie de Jeffrey Epstein et de son ex-compagne Ghislaine Maxwell, le 12 février 2000 au club privé Mar-a-Lago à Palm Beach, en Floride (Etats-Unis).  (DAVIDOFF STUDIOS PHOTOGRAPHY / ARCHIVE PHOTOS / GETTY IMAGES)

 

 

 

 

Conditions précises de sa mort, poursuites de l'enquête, liens avec la France... De nombreuses questions restent en suspens, lundi 12 août, deux jours après la découverte dans sa cellule de la prison fédérale de Manhattan (Etats-Unis) du corps sans vie de Jeffrey Epstein, financier accusé de trafic et d'agressions sexuelles sur mineures.

 

 

Ce dernier avait été inculpé, le 8 juillet, pour exploitation sexuelle de mineures et d'association de malfaiteurs en vue d'exploiter sexuellement des mineures. L'administration pénitentiaire, dans l'attente des résultats de son autopsie, a qualifié la mort du magnat d'"apparent suicide".

 

 

Au-delà des circonstances exactes de sa mort, les relations entre le sexagénaire et plusieurs personnalités politiques, tels l'actuel président des Etats-Unis, Donald Trump, l'ancien chef d'Etat Bill Clinton ou encore le prince Andrew – deuxième fils de la reine d'Angleterre –, restent au cœur des interrogations et spéculations. Franceinfo fait le point sur ce que l'on sait des relations entre l'Américain et ces trois hommes de pouvoir.

 

 

 

Des soirées régulières avec Donald Trump

Les liens entre le 45e président des Etats-Unis et Jeffrey Epstein, remontant aux années 1990 et 2000, ont refait surface récemment. D'après le quotidien Miami Herald (lien en anglais)Donald Trump et Jeffrey Epstein étaient voisins à Palm Beach, près de Miami (Floride). Ils se lient alors d'amitié : au fil des années 1990 et 2000, Donald Trump, alors homme d'affaires et personnalité médiatique, se rend régulièrement à des événements mondains organisés par Epstein. Le financier, lui, est vu à plusieurs reprises au club privé Mar-a-Lago, propriété de l'actuel président américain, relate Vox (en anglais). Selon le Guardian (en anglais), il s'y est rendu à au moins deux reprises, en 1997 et en 2000, posant alors pour quelques photos avec Donald Trump. Le carnet d'adresses de Jeffrey Epstein, rendu public en 2009, contenait pas moins de 14 numéros de téléphone pour joindre Donald Trump et son personnel. 

 

 

Jeffrey Epstein (...) était traité comme un ami proche du propriétaire et "maître d'hôtel" du club Mar-a-Lago, Donald Trump.Le "New York Times"

 

 

A cette époque, les deux hommes se croisaient régulièrement lors de dîners à Manhattan (Etats-Unis). Ce qui caractérisait leur relation était "une appréciation mutuelle de la richesse et des femmes", résume le New York Times (en anglais). Voici comment, en 2002, Donald Trump décrit son ami "Jeff" pour un portrait réalisé par le New York Magazine (en anglais) : "Cela fait quinze ans que je connais Jeff. C'est un gars génial", confie le magnat de l'immobilier. "On s'amuse bien avec lui. La rumeur dit même qu'il aime autant les femmes que moi, et que beaucoup d'entre elles sont plutôt jeunes, poursuit-il. Cela ne fait aucun doute, Jeffrey profite bien de sa vie sociale."

 

 

Le New York Times évoque ainsi une soirée au club de Mar-a-Lago en 1992, où près de 30 jeunes femmes sont invitées spécialement pour "un concours de femmes de calendriers". Donald Trump a invité ces jeunes Américaines exclusivement pour lui et son ami, Jeffrey Epstein. Une vidéo, filmée par NBC (lien en anglais) cette même année, montre les deux voisins observant des femmes dansant lors d'une soirée. Donald Trump semble glisser un "Elle est canon !", et Jeffrey Epstein acquiesce, tout sourire. 

 

 

 

 

 

 

 

 

A travers cette amitié et cette "appréciation mutuelle pour les femmes", le dirigeant américain a-t-il été témoin des agissements du financier ? Dans un livre cité par Elle (en anglais), l'un de ses anciens conseillers, Roger Stone, évoque une blague de Donald Trump entendue à l'époque, à son retour du domicile d'Epstein en Floride. "La piscine était remplie de très belles jeunes femmes", s'est amusé l'actuel président. Selon les révélations du Miami Herald (en anglais), l'une des victimes présumées de Jeffrey Epstein travaillait pour le club Mar-a-Lago de Donald Trump lorsqu'elle a commencé à être abusée par le financier.

 

 

En juin 2016, d'après le quotidien américain, une autre femme accuse les deux amis. Elle porte plainte contre Donald Trump, assurant qu'il l'a violée en 1994 lors d'une fête au domicile new-yorkais de Jeffrey Epstein. Elle n'avait alors que 13 ans. En novembre 2016, la victime présumée assure avoir subi des menaces et craindre des représailles. Elle retire sa plainte, précise le Miami HeraldVox rapporte notamment que plusieurs journalistes ont fait part de leur méfiance à l'égard de son témoignage.

 

 

Interrogé récemment sur ses liens avec le financier, Donald Trump a assuré, face à la presse, qu'il le connaissait "comme tout le monde à Palm Beach le connaissait". "J'ai eu une dispute avec lui, je ne lui ai pas parlé depuis quinze ans. Je n'étais pas un grand fan de lui, je peux vous l'assurer", a-t-il précisé. Selon le New York Times, leur relation s'est arrêtée à cause d'un accord financier manqué. Donald Trump aurait également assuré à l'une de ses assistantes, pendant la campagne présidentielle, qu'il avait refusé l'entrée de ses clubs à Jeffrey Epstein après avoir su qu'il cherchait à "recruter" une jeune femme travaillant à Mar-a-Lago.

 

 

 

Des voyages avec Bill Clinton

Donald Trump n'est pas le seul président américain avec qui Jeffrey Epstein a entretenu des liens étroits. Quand Bill Clinton était à la Maison Blanche, entre 1993 et 2001, le magnat s'y est rendu à plusieurs reprises pour un événement consacré à des donations ou pour y rencontrer un membre du personnel du président, rapporte le site américain Daily Beast (en anglais). Mais la relation entre les deux hommes s'est amplifiée à la fin de la présidence de Bill Clinton, notamment à travers la Fondation Clinton, une ONG à but humanitaire. D'après le Miami Herald, Jeffrey Epstein a financé cette fondation ainsi que d'autres causes portées par le Parti démocrate. Il a également voyagé à plusieurs reprises à bord de l'avion privé du financier.

 

 

Le porte-parole de Bill Clinton, Angel Ureña, a déclaré dans un communiqué le 9 juillet que l'ancien président avait voyagé quatre fois à bord de cet avion, entre 2002 et 2003. Ces voyages – un en Europe, un autre en Asie et deux en Afrique –"comprenaient des escales en lien avec le travail de la Fondation Clinton", a assuré le porte-parole. L'un de ces voyages était consacré au développement économique de l'Afrique et à la lutte contre le VIH.

 

 

Jeffrey est à la fois un financier très accompli et un philanthrope engagé (...) J'ai particulièrement apprécié ses connaissances et sa générosité lors de ce récent voyage en Afrique.un porte-parole de Bill Clintonau "New York Magazine" en 2002

 

 

Plusieurs médias américains font cependant état d'autres vols de Bill Clinton à bord de l'avion d'Epstein. Le site Gawker (en anglais) évoquait ainsi, dès 2015, une douzaine de voyages de l'ancien président avec le financier. L'un d'entre eux était un vol interne entre Miami et West Harrison, dans l'Etat de New York – un aéroport proche du domicile de Bill Clinton. D'après Gawker, l'ex-chef d'Etat a voyagé à 11 reprises avec Ghislaine Maxwell, l'ancienne compagne d'Epstein accusée d'être sa maquerelle. L'avion était d'ailleurs surnommé le "Lolita Express", sombre référence aux agissements du financier. L'ex-président démocrate s'est aussi rendu au domicile de Jeffrey Epstein à New York et l'a revu à l'occasion d'un rendez-vous à son bureau en 2002. L'une des femmes accusant le financier d'agression sexuelle assure encore avoir aperçu Bill Clinton en visite sur l'île privée du magnat, au cœur des Iles vierges, relate Vox (en anglais). Mais le porte-parole de Bill Clinton dément cette allégation. 

 

 

A ce stade de l'enquête, l'ancien dirigeant n'est visé par aucune accusation d'agression sexuelle sur mineures à travers ses liens avec Jeffrey Epstein. Dans son récent communiqué, Angel Ureña assure que "le président Clinton ne sait rien des terribles crimes" reprochés au financier. "Cela fait plus de dix ans qu'il ne lui a pas parlé." 

 

 

 

Une longue amitié avec le prince Andrew

Le deuxième fils de la reine d'Angleterre, âgé de 59 ans, est une autre personnalité citée dans les accusations visant Jeffrey Epstein. A l'instar de Donald Trump et de Bill Clinton, le financier et le prince Andrew se sont rencontrés au cours des années 1990, par l'intermédiaire de Ghislaine Maxwell, relate le Guardian (en anglais). Mais contrairement aux dirigeants américains, cette amitié a duré jusqu'aux années 2010. Ils passaient du temps ensemble à Saint-Tropez entre fêtes et soirées, au château de Windsor ou encore lors de vacances en Thaïlande, précise le quotidien britannique. Jeffrey Epstein a également prêté de l'argent à l'ex-femme du prince Andrew, Sarah Ferguson, afin de l'aider à rembourser plusieurs dettes. Celle-ci l'a reconnu en 2011, évoquant "une immense erreur de jugement".

 

 

D'après l'enquête du Miami Herald, l'une des victimes présumées de Jeffrey Epstein a témoigné contre le prince Andrew dès le mois de janvier 2015. Elle affirme que le financier l'a forcée "à avoir des relations sexuelles" à trois reprises avec le frère de l'héritier du trône britannique, alors qu'elle était adolescente. D'après son témoignage, cité par le Guardian, ces faits auraient eu lieu à New York, au domicile londonien de Ghislaine Maxwell, et lors d'une "orgie avec de nombreuses autres jeunes filles mineures" sur l'île privée de Jeffrey Epstein. Ce dernier, d'après ses accusations, l'aurait obligée "à donner au prince tout ce qu'il réclamait"

 

 

Le duc d'York est également accusé d'avoir touché les seins d'une jeune femme au domicile de Jeffrey Epstein à Manhattan en 2001, rapporte le quotidien britannique (lien en anglais). Elle avait alors 21 ans. Le palais de Buckingham a toujours nié ces accusations, précise le Guardian.

 


13/08/2019
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Franceinfo - le mardi 23 juillet 2019 - mis à jour le 24.07.19

 

 

François de Rugy : "Ce ne sont pas nos révélations qui ruinent la République, mais les pratiques qu’elles dévoilent", réagit Marine Turchi, journaliste à Mediapart

 

 

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La journaliste de Mediapart a réagi sur franceinfo après la première interview de François de Rugy après sa démission

 

 

 

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François de Rugy sur le plateau du 20h de France 2, le 23 juillet 2019. (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)

 

 

 

"Ce ne sont pas nos révélations qui ruinent la République, mais les pratiques qu’elles dévoilent", réagit sur franceinfo Marine Turchi, journaliste à Mediapart, après l'interview de François de Rugy au journal de 20 heures de France 2, mardi 23 juillet.

 

 

 

franceinfo : François de Rugy s'estime "blanchi" des accusations portées contre lui. Comment avez-vous réagit en l'entendant dire ça ?

 

 

Marine Turchi : Matignon et l’Assemblée vont faire évoluer les règles, suite à nos révélations des derniers jours. Edouard Philippe reconnait en creux qu’il y a un problème, puisqu’il a édicté aujourd’hui une nouvelle circulaire qui impose aux ministres d’obtenir l’accord préalable de Matignon pour faire des travaux supérieurs à 20 000 euros dans leur logement de fonction. L’Assemblée de son côté réfléchit aussi à un meilleur contrôle des dépenses personnelles de son président, puisqu’elle annonce la création d’un groupe de travail pour encadrer tout ça. Quand j’entends François de Rugy dire qu’il a été blanchi, ce n’est pas ce que je lis dans l’enquête de Matignon sur les travaux de son logement de fonction.

 

 

 

Vous mettez en cause cette enquête ?

 

 

L'enquête de l’Assemblée nationale surtout, c'est une vraie mascarade. Elle est diligentée par le secrétaire général de l’Assemblée qui, lui, était le subordonné de François de Rugy lorsqu’il était président de l’Assemblée nationale. Comment demander à un collaborateur de dire si son patron a bien fait les choses ou non ? Et surtout, il n’a pas eu accès aux factures. C’est ce qu’il admet en creux. Et il n’a pas interrogé l’ensemble des convives que nous avons interrogés. Ils nous apprennent que les dîners n’étaient pas thématiques.

 

 

 

Il s’est élégamment attaqué à ce "journalisme de démolition", en vous pointant du doigt. Êtes-vous dans une forme de chasse à l’élu ?

 

 

Mediapart informe et nos informations sont d’utilité publique. Ce ne sont pas nos révélations qui ruinent la République, mais les pratiques qu’elles dévoilent. Aujourd’hui le problème, au-delà de François de Rugy, c’est le contrôle et l’encadrement de toutes ces dépenses, notamment les travaux dans les logements de fonction des ministres. Il n’y avait aucune règle, d’où les abus. 17 000 euros pour un dressing, ça me semble un peu cher. Le coût des travaux a été souligné dans l’enquête de Matignon qui considère que le coût était trop élevé pour le dressing sur-mesure, et pour les peintures des moulures, à 16 000 euros. [François de Rugy] c’est quelqu’un qui s’est présenté comme le chevalier blanc et il y a une différence entre son discours et ses actes. Donc effectivement, il y avait un problème aujourd’hui. Il faut encadrer ces dépenses.

 


24/07/2019
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Franceinfo - le mardi 16 juillet 2019

 

 

François de Rugy "aurait dû tirer les conséquences dès nos premières informations", selon Edwy Plenel, qui estime que le ministre s'est "entêté"

 

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François de Rugy a annoncé son intention de déposer une plainte en diffamation contre Mediapart, après les révélations du journal en ligne qui l'ont conduit à la démission. Le président et cofondateur de Mediapart, Edwy Plenel, affirme à franceinfo que lui et sa rédaction ne font "que leur travail", au nom du "droit de savoir"

 

 

 

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Le président et cofondateur de Mediapart, Edwy Plenel, le 12 mars 2019. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

 

 

 

Emmanuel Macron a accepté mardi la "décision personnelle" de démissionner de François de Rugy, désormais ancien ministre de la Transition écologique, après plusieurs révélations du journal en ligne Mediapart. L'ex-numéro 2 du gouvernement a annoncé qu'il porterait plainte pour diffamation. François de Rugy "aurait dû tirer les conséquences dès nos premières informations, il s'est entêté", a déclaré, mardi 16 juillet à franceinfo, Edwy Plenel, président et co-fondateur du site Mediapart.

 

 

 

franceinfo : Comment réagissez-vous à cette plainte de François de Rugy ?

 

 

Edwy Plenel : Tant que nous n'avons pas reçu cette plainte, il n'y a pas à réagir. Évidemment, nous sommes tout à fait fermes sur nos informations. La démission de François Rugy est provoquée par une nouvelle enquête Mediapart qui va être mise en ligne immédiatement, pendant que je vous parle.

 

 

Nous avons transmis hier soir de nouvelles questions à M. François de Rugy, qui concernaient l'utilisation de ses indemnités de mandat quand il était député d'Europe Ecologie-Les Verts, la façon dont il les a utilisées, à la fois pour payer la cotisation de son parti et pour d'autres dépenses. C'étaient des questions très précises et ils nous ont promis une réponse à 13 heures, une deuxième à 14 heures. Et finalement, à 14h30, c'est l'annonce de sa démission.

 

 

Nous, nous faisons notre travail au service de l'intérêt général. M. de Rugy est le mieux placé pour le savoir. Il a promis la probité, notamment dans l'utilisation de l'argent public par les élus. Edwy Plenel à franceinfo

 

 

Il aurait dû tirer les conséquences dès nos premières informations, il s'est entêté. Le fait qu'il se soit entêté fait que de nouvelles informations nous ont été fournies. Nous les avons vérifiées, recoupées. Elles nous sont fournies par qui ? Par des gardiens de la République, des gens qui, comme nous, les citoyens, considèrent que quand on est responsable, quand on incarne un intérêt public, on doit être exemplaire.

 

 

 

Sur quoi portent les nouvelles révélations de Mediapart concernant François de Rugy ?

 

 

Ces nouvelles révélations portent sur l'utilisation, contrairement à ce que lui-même préconisait, à des fins qui ne sont pas forcément d'intérêt général, ni liées à son mandat d'élu, des indemnités qu'il avait comme élu.

 

 

Il y a une façon très simple de résoudre tout ça. Premièrement, de rendre transparente l'utilisation des frais par les parlementaires. Deuxièmement, d'accroître le contrôle de l'utilisation de ces frais, ce qui n'est pas le cas actuellement. Enfin, si l'on parle des questions de travaux dans des bâtiments, des appartements de la République, que ce ne soit pas au bon vouloir des ministres, mais que ce soit évidemment fait par des autorités indépendantes.

 

 

 

Depuis une semaine, vous distillez les informations, il y a des révélations quasiment tous les jours sur François de Rugy, qui parle d'un lynchage médiatique. Comprenez-vous cette réponse ?

 

 

Je ne comprends pas cette réponse, pas plus que je ne comprends la phrase du président de la République qui parle de République de la délation ou du président responsable de la République en marche qui parle de tribunal médiatique. Il faudrait que nos dirigeants retrouvent un peu de bon sens et de culture démocratique. Nous sommes la presse, dans le cadre de droits fondamentaux, droit de savoir du citoyen, la Constitution, la Déclaration des droits de l'homme, la loi de 1881...

 

 

La vérité, ce n'est pas l'Etat qui en est propriétaire. Nous sommes aussi là pour établir des faits d'intérêt public, selon les règles professionnelles de notre métier. Edwy Plene là franceinfo

 

 

Contrairement à votre formule, nous ne distillons pas. Nous avons publié une première enquête, une deuxième enquête qui concernait la directrice de cabinet de M. de Rugy. Il se trouve que M. de Rugy, avec une très grande inélégance, a décidé de ne rien faire la concernant mais de démissionner cette préfète, qui sait qu'elle a fait une erreur mais qui est une femme tout à fait respectable. Que s'est-il passé ? Des gens ont dit "comment est-ce possible ?" Et c'est comme ça qu'il y a des lanceurs d'alerte au coeur de l'Etat. [...] M. de Rugy a le droit de se défendre, a le droit de poursuivre Mediapart en diffamation bien sûr, et nous ferons face comme nous l'avons toujours fait.

 

 

Quand on a une fonction publique, on ne peut pas la prendre en otage pour se défendre de manquements personnels. Edwy Plenel à franceinfo

 

 

Nous, nous faisons notre travail, dans le cadre des lois fondamentales de la République, de ce droit de savoir. Il est assez inadmissible, pour dire vrai, que dans une démocratie, au lieu de se féliciter du rôle d'intérêt général de la presse, on bouc-émissaire les journalistes quand simplement ils font leur travail et ne se contentent pas de faire des commentaires ou des éditoriaux.

 


19/07/2019
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Franceinfo - le mercredi 17 juillet 2019

 

 

Scandales, fortes pressions et nouvelles révélations : pourquoi François de Rugy a finalement décidé de démissionner

 

 

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Margaux DuguetFrance Télévisions

 

 

 

Le ministre de la Transition écologique et solidaire, sous le feu des critiques après les révélations de Mediapart, a annoncé mardi sa démission du gouvernement

 

 

 

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François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, a démissionné de ses fonctions, le 16 juillet 2019. (MAXPPP)

 

 

 

L'annonce a surpris tout le monde. Il est exactement 14h32, mardi 16 juillet, lorsque François de Rugy publie un long communiqué sur sa page Facebook. L'annonce, espérée depuis une semaine par les opposants du ministre de la Transition écologique et solidaire, arrive au sixième paragraphe. "J'ai présenté ma démission au Premier ministre ce matin", écrit l'ancien membre d'EELV, empêtré depuis le 10 juillet par plusieurs affaires révélées par Mediapart

 

 

"Les attaques et le lynchage médiatique dont ma famille fait l'objet me conduisent aujourd'hui à prendre le recul nécessaire, explique François de Rugy. La mobilisation nécessaire pour me défendre fait que je ne suis pas en mesure d'assumer sereinement et efficacement la mission que m'ont confiée le président de la République et le Premier ministre."

 

 

 

"François de Rugy compte bien rester ministre"

Un discours qui tranche radicalement avec sa dernière interview publiée mardi matin. La veille, François de Rugy recevait les journalistes de Ouest-France dans son bureau de l'hôtel de Roquelaure. "Pas de tentation d'Ouessant", affirme le ministre à ceux qui le verraient bien retourner sur son île bretonne. "François de Rugy compte bien rester ministre. Quoi qu'il arrive", conclut le quotidien régional. Une petite phrase qui résonne drôlement au regard du scénario des heures suivantes. 

 

 

François de Rugy pensait sûrement avoir réussi à passer entre les gouttes. Jeudi 11 juillet, le ministre, sous le feu des critiques, avait dû écourter sa visite dans les Deux-Sèvres afin de rentrer précipitamment à Paris. Il était convoqué par Edouard Philippe pour un entretien de plus de deux heures. Dehors, les journalistes faisaient le pied de grue devant Matignon et bruissaient des rumeurs sur sa démission. Il n'en sera rien.

 

 

 

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François de Rugy, en visite à Niort (Deux-Sèvres), est contraint d'écourter sa visite, le 11 juillet 2019, pour rentrer à Paris et rencontrer le Premier ministre. (MAXPPP)

 

 

 

François de Rugy sauve son poste mais le chef du gouvernement demande une "inspection" concernant les travaux réalisés dans l'appartement de fonction du ministre. Les services du palais Bourbon vont, eux, se pencher sur les dîners de l'ex-président de l'Assemblée nationale. Dès le lendemain, celui-ci maintient sa position sur BFMTV : "Je n'ai absolument pas de raison de démissionner". 

 

 

 

La pression et le manque de soutiens

Alors, que s'est-il passé pour qu'en quelques heures François de Rugy remette sa démission, acceptée par l'Elysée qui y voit "une décision personnelle" ? "J'imagine qu'il a dû constater que pour se défendre, il était préférable de prendre du recul et de ne pas apparaître comme une personne qui s'accroche à son poste", analyse pour franceinfo le député LREM de Seine-Maritime, Damien Adam. "Je pense que, la pression médiatique ne faiblissant pas, son entretien avec le Premier ministre lui a peut-être fait réaliser qu'il lui était difficile de rester en poste et de conduire son mandat correctement", suppute son collègue du Nord, le député LREM Christophe Di Pompeo. 

 

 

Il devait être dur de regarder dans les yeux le président si vous savez que vous avez une part de responsabilité sérieuse dans ce bordel, même si ça n'a rien de comparable avec des vraies affaires d'Etat.Une parlementaire de la majorité à franceinfo

 

 

"Je n'ose imaginer la pression qu'il a dû subir ces derniers jours. Sa démission est en cohérence avec les convictions de l'homme politique", glisse la députée LREM, Catherine Osson. Du côté de l'opposition, on y voit là aussi la conséquence d'une pression trop forte. "Quand j'ai vu les propos minimalistes du président de la République et l'absence de soutiens des députés LREM ce week-end, j'ai senti qu'il y avait assez peu de gens qui voulaient se mouiller pour le défendre", remarque le député LR, Julien Aubert. "Je pense qu'il a été contraint à la démission et c'est évidemment un affaiblissement pour le président et le gouvernement", affirme le patron du PS, Olivier Faure. 

 

 

 

La nouvelle affaire Mediapart 

Le timing de cette démission interroge pourtant : pourquoi jeter l'éponge précisément maintenant ? La pression était déjà très forte depuis plusieurs jours. "Il y a d'abord eu les premières révélations puis les articles sur Orvault [l'appartement du ministre près de Nantes] et les impôts qui ont été rapidement élucidés donc, nous, on attendait plutôt la fin des enquêtes de Matignon et de l'Assemblée nationale", confie une source proche du dossier. En réalité, la réponse est à chercher du côté du tombeur du ministre : Mediapart.

 

 

Lorsque François de Rugy annonce sa démission, le site d'investigation s'apprête à publier de nouvelles révélations sur le ministre selon lesquelles il aurait utilisé ses frais de mandat de député pour payer une partie de ses cotisations d'élu à son ancien parti EELV, tout en les déduisant du calcul de ses impôts. Pour boucler leur article, les journalistes de Médiapart ont besoin d'une réaction de François de Rugy et adressent donc lundi soir de nouvelles questions à son cabinet. Pour le ministre, la coupe est pleine et il le fera savoir dans son communiqué sur Facebook. 

 

 

Je suis soumis à un feu roulant de questions nouvelles et contraint de parer sans cesse à de nouvelles attaques.François de Rugy sur Facebook

 

 

Selon le journaliste de Mediapart, Michaël Hajdenberg, interrogé par franceinfo, le cabinet de François de Rugy indique au site d'information que les réponses à leurs questions seront fournies le mardi à 13 heures. A l'heure dite, aucune réponse. Les journalistes rappellent le cabinet. "On nous a dit qu'il n'était pas prêt mais que ce serait le cas à 14 heures", raconte Michaël Hajdenberg.

 

 

En réalité, à cette heure-là, selon les informations de franceinfo, François de Rugy est déjà en train de prévenir ses secrétaires d'Etat de sa décision. Quelques heures plus tôt, il l'a lui-même annoncée au Premier ministre lors d'une réunion calée de longue date, relate Europe 1. A 14h30, la nouvelle tombe sur Facebook, laissant Mediapart sans réponse. "Je me sens bien même si je ressens un grand sentiment d'injustice face aux méthodes de Mediapart", confie à BFMTV un peu plus tard François de Rugy. Le désormais ex-ministre va pouvoir se consacrer à sa défense, et notamment à sa plainte contre le site qui a révélé ces affaires, pour diffamation.

 


17/07/2019
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Franceinfo - le vendredi 12 juillet 2019

 

 

"Quand on est en faute on s'en va": la classe politique dubitative devant le traitement du cas Rugy

 

 

 

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Sarah TuchschererfranceinfoRadio France

 

 

 

 

Chez les députés, tous bords politiques confondus, nombreux sont ceux qui jugent insuffisante la promesse de remboursement de François de Rugy

 

 

 

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François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, dans la cour de Matignon, le 11 juillet 2019. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

 

 

 

Après les révélations de Médiapart sur son train de vie, François de Rugy, le numéro 2 du gouvernement a été convoqué à Matignon, jeudi 11 juillet. À la sortie de son entrevue avec Édouard Philippe, il a promis de rembourser, si nécessaire, "chaque euro contesté". Dans la classe politique, beaucoup jugent cette réponse à la polémique bien insuffisante.

 

 

 

"Un émoi, un besoin de transparence"

Chez les "marcheurs", on ne peut pas parler de franc soutien à François de Rugy. Mais Erwann Balanant a été rassuré par sa promesse de remboursement. "C'est une bonne décision, estime le député LREM du Finistère, on sent qu'il y a un émoi et un besoin de transparence. Tout ce qui est de l'ordre du privé doit rester avec de l'argent privé. Et le reste, les réceptions, les dîners de travail doivent être sur les fonds dédiés à ce travail-là." Pour le député Les Républicains du Lot, Aurélien Pradié, le ministre fragilisé aurait dû partir. "Quand on est pris, quand on est en faute on s'en va."

 

 

Quelle force politique va encore avoir François de Rugy dans les semaines qui viennent ?Aurélien Pradié, député Les Républicains du Lot à franceinfo

 

 

Le député du Lot en profite pour tacler l'ensemble de la majorité. "Ce nouveau monde est plein d'hypocrisie, continue Aurélien Pradié. Ils sont bien plus capables que n'importe quel autre monde de dire blanc et de faire noir dans les faits."

 

 

 

"Ça jette le discrédit sur tous les élus"

"Bien sûr que c'est une catastrophe", assure de son côté Emmanuelle Ménard, apparentée Rassemblement National. La députée s'inquiète de l'impact de l'affaire dans l'opinion publique. "Déjà les parlementaires ont très mauvaise presse, reconnaît-elle. On est accusés de tous les maux, de ne pas travailler, de se servir dans les caisses de l'État parfois parce qu'on a cet argent public à disposition. C'est une catastrophe car ça jette le discrédit sur tous les élus !" La présidence de l'Assemblée a précisé, jeudi 11 juillet, que François de Rugy serait invité à s'expliquer devant les députés dans les prochains jours.

 


12/07/2019
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Franceinfo - le 11 juillet 2019

 

 

Affaires de Rugy : le président de l'Observatoire de l'éthique publique regrette qu'"une affaire individuelle" entache les efforts de "l’ensemble de la classe politique"

 

 

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franceinfoRadio France

 

 

 

René Dosière explique, jeudi sur franceinfo, que le comportement de François de Rugy est "éthiquement et moralement, un peu condamnable", mais que de nombreux efforts ont été réalisés par les députés

 

 

 

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René Dosière, président de l’Observatoire de l’éthique publique et ancien député socialiste, à Paris le 22 mai 2017.  (THOMAS SAMSON / AFP)

 

 

 

François de Rugy, ministre de la Transition écologique, est épinglé par de nombreuses révélations par Mediapart : des dîners fastueux et des travaux aux frais du contribuable lorsqu'il était président de l'Assemblée nationale. René Dosière, président de l’Observatoire de l’éthique publique et ancien député socialiste était l'invité de franceinfo, jeudi 11 juillet.

 

 

 

franceinfo : Êtes-vous choqué par les révélations autour de François de Rugy ?

 

 

René Dosière : Oui, bien entendu. C'est choquant, mais il reste à vérifier les faits qui ne sont pas suffisamment documentés. Le bruit qui est fait sur cette affaire pose un problème essentiellement déontologique plus qu’un problème disciplinaire. Les députés ont adopté un code de déontologie qui comporte un article sur l’exemplarité. Les députés ne doivent pas porter préjudice à l’image de l’Assemblée.

 

 

 

Est-ce que ce comportement porte préjudice à l'image de l'Assemblée ?

 

 

Ça serait vraisemblablement plutôt le cas. Il faudrait vérifier avec la déontologue. Mais elle n’a pas de pouvoir de sanction, elle ne peut émettre qu’un avis confidentiel dès lors qu’il a été sollicité par le député. C’est une image déplorable qui est renvoyée à l’opinion publique.

 

 

 

Les parlementaires font pourtant face à des règles plus strictes. Ils sont tenus de justifier leurs dépenses. Ne sont-ils pas tenus d’être dans la plus grande transparence ?

 

 

Bien entendu et même au niveau de la présidence de l’Assemblée. Les frais de représentation étaient de l’ordre de 600 000 euros il y a quelques années et aujourd’hui ils sont arrivés autour de 400 000 euros. A l’Assemblée nationale, des efforts ont été faits après 2017. Les frais des parlementaires sont contrôlés, notamment par la déontologue. Mais naturellement, il suffit d’une affaire individuelle pour entacher l’ensemble de la classe politique. L’opinion publique ne fait pas trop la différence. Le président de l’Assemblée a parfaitement le droit, non seulement le droit mais le devoir de recevoir à manger. Il a d’ailleurs des locaux et du personnel pour cela. Mais lorsqu’il reçoit des gens qui ne sont pas des personnalités officielles, il n’est pas obligé de leur servir des grands crus et de la restauration de luxe.

 

 

 

Est-on dans l’illégalité dans le cas de François de Rugy ?

 

 

Non, on n’est pas dans l’illégalité. On est dans un comportement qui est éthiquement et moralement, un peu condamnable. On n’est pas obligé de fréquenter des restaurants cinq ou six étoiles, des restaurants deux étoiles ça peut suffire.

 

 

 

La loi doit-elle être plus stricte ?

 

 

Ce n’est pas un problème de loi en l’occurrence. La transparence a fait des progrès, là c’est un problème de comportement. Il n’est pas obligé de faire repas privés ou en tout cas de les faire financer par les fonds publics. Je ne vois pas comment une loi peut interdire cela. En juin 2010 déjà, il y a eu une circulaire de Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, qui écrit à son Premier ministre que les ministres doivent payer eux-mêmes leurs dépenses privées.

 

 

 

 

Franceinfo - le Mercredi 10 juillet 2019

 

 

 

Dîners luxueux de François de Rugy : quand l'ancien président de l'Assemblée nationale prônait l'exemplarité

 

 

 

Mercredi 10 juillet, Mediapart a révélé l'existence de fastueux dîners organisés par François de Rugy lorsqu'il était président de l'Assemblée nationale

 

 

 

 

Des homards géants, des bouteilles à plusieurs centaines d'euros et, parfois, des amis autour de la table. Mercredi 10 juillet, Mediapart a révélé l'existence de fastueux dîners organisés par François de Rugy lorsqu'il était président de l'Assemblée nationale. Pourtant, au moment de son élection au perchoir, en 2017, l'actuel ministre de la Transition écologique prônait la transparence dans les comptes de l'Assemblée et l'exemplarité des parlementaires.

 

 

 

"Remettons tout sur la table"

"Pour nos concitoyens, l'Assemblée est trop souvent le symbole de l'opacité, du secret et du règne de pratiques exceptionnelles ou dérogatoires. Il faut que notre institution rentre pleinement dans la règle commune. Remettons tout sur la table et garantissons l'égalité et la transparence, expliquait le président de l'Assemblée nationale lors de son discours d'investiture, le 27 juin 2017. Cela éloignera le soupçon et cela nous sécurisera, vous sécurisera. Car des règles trop peu claires compliquent l'exercice du mandat et ouvrent la voie aux fantasmes et à l'anti-parlementarisme."

 

 

Quelques mois plus tard, il faisait une proposition encore plus précise : "Moi, je veux qu'il y ait une comptabilité analytique, transparente, et qu'on sache bien, à l'Assemblée, qu'est-ce qui coûte quoi." Aujourd'hui, François de Rugy "assume" ces dîners "informels" dans la résidence dédiée au président de l'Assemblée nationale... mais il assure que cela "faisait partie" de son travail.

 


11/07/2019
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Franceinfo - le jeudi 11 juillet 2019

 

 

François de Rugy limoge sa directrice de cabinet, qui a gardé un HLM sans l'occuper pendant douze ans, selon Mediapart

 

 

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franceinfoFrance Télévisions

 

 

 

L'ancienne préfète Nicole Klein bénéficiait d'un HLM parisien depuis 2001. Un logement qu'elle n'a pas occupé pendant douze ans, entre 2006 et 2018

 

 

 

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Nicole Klein, alors préfète de Loire-Atlantique, lors d'une discussion sur l'avenir de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le 12 octobre 2018.  (MAXPPP)

 

 

Nicole Klein, directrice de cabinet du ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, a annoncé mercredi 10 juillet à Ouest-France qu'elle démissionnait de son poste, "à la demande du ministre", après des révélations de Mediapart"C'est François de Rugy qui souhaite expressément que je parte", a-t-elle affirmé au quotidien. Le cabinet du ministre a confirmé ce départ jeudi matin à l'AFP, sans plus de précisions.

 

 

Le site d'information a révélé mercredi que Nicole Klein occupait un logement social dans le 14e arrondissement de Paris depuis 2001, alors qu'elle n'a pas travaillé dans la capitale entre 2006 entre 2018. 

 

 

 

Un logement conservé pendant douze ans 

Ce logement, situé près de la porte de Vanves, lui a été attribué en 2001 par le ministère de l'Equipement, alors qu'elle venait d'être nommée adjointe au directeur général de l'urbanisme. Nicole Klein a dit à Mediapart être "entrée dans le logement dans des conditions parfaitement légales". Elle l'a conservé entre 2006 et 2018, période durant laquelle elle a travaillé dans cinq préfectures de province différentes et une agence régionale de santé. Elle a ensuite été nommée directrice de cabinet de François de Rugy en octobre 2018.

 

 

Conserver cet appartement pendant douze ans alors qu'elle ne travaillait plus à Paris est une situation "légale", se défend Nicole Klein. "C'était ma résidence principale", se justifie-t-elle. Elle assure qu'elle y revenait régulièrement le week-end et qu'elle compte changer de logement bientôt. Si elle ne l'a pas fait, c'est par "manque de temps". Ce logement est pour elle "un havre toujours occupé, au milieu de douze mutations souvent très rapides et toujours au service de l'intérêt général".

 


11/07/2019
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Franceinfo - le jeudi 11 juillet 2019

 

 

Mis en cause pour ses dîners fastueux, François de Rugy répond sur Facebook

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Photos, témoignages et documents à l'appui, Mediapart a recensé entre octobre 2017 et juin 2018 une dizaine de dîners qui mobilisaient à chaque fois le personnel de la résidence du président de l'Assemblée

 

 

 

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François de Rugy à l'Elysée, le 10 juillet 2019.  (LUDOVIC MARIN / AFP)

 

 

 

"Je le réaffirme enfin avec force, face aux attaques qui me sont faites, je n’aurai qu’une seule défense : les faits présentés en toute transparence." Mis en cause pour l'organisation de réceptions fastueuses à l'Hôtel de Lassay alors qu'il présidait l'Assemblée nationale, le ministre François de Rugy a publié dans la nuit du mercredi 10 au jeudi 11 juillet sur son compte Facebook "l'intégralité des éléments de réponse" apportés lundi soir à Mediapart.

 

 

"Les questions portaient sur des dîners effectués à la présidence de l'Assemblée nationale ainsi que sur des travaux de rénovation et d'aménagement réalisés dans l'appartement de fonction que j'occupe au ministère", précise le ministre de la Transition écologique. Photos, témoignages et documents à l'appui, Mediapart a révélé avoir recensé entre octobre 2017 et juin 2018 une dizaine de ces dîners qui mobilisaient à chaque fois le personnel de la résidence du président de l'Assemblée.

 

 

63 000 euros de travaux de rénovation

Outre un questions-réponses, le ministre publie des mails relatifs aux devis de travaux pour l'appartement de fonction qu'il occupe au ministère de la Transition écologique réalisés à partir de novembre 2018. Le ministre y détaille des travaux de peinture, de rénovation des sols, de menuiserie visant à installer des rangements, la rénovation d'une salle de bain et d'une salle de douche, le tout pour un peu plus de 63 000 euros.

 

 

"Constatant que Mediapart n’avait pas publié mes réponses, j’apporte ici tous les éléments par souci de transparence", explique François de Rugy à la fin de son message. "Le reste n'est qu'insinuations alimentées par une source anonyme et malveillante."

 


11/07/2019
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Franceinfo - le jeudi 13 juin 2019 - mis à jour le 14.06.19

 

 

Procès Balkany : sept ans de prison ferme et dix ans d'inéligibilité requis contre le maire de Levallois-Perret pour blanchiment de fraude fiscale et corruption

 

 

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Violaine JaussentFrance Télévisions
 

 

 

Quatre ans avec sursis et 500 000 euros d'amende ont été requis jeudi contre son épouse Isabelle, poursuivie pour blanchiment de fraude fiscale

 

 

 

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Le maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), le 23 mai 2019 au tribunal de grande instance de Paris. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

 

 

 

Le procureur a requis, jeudi 13 juin, sept ans de prison ferme, avec mandat de dépôt, et dix ans d'inéligibilité contre le maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), Patrick Balkany, jugé pour corruption passive, blanchiment de fraude fiscale aggravée et prise illégale d'intérêts. Quatre ans avec sursis et 500 000 euros d'amende ont été requis contre son épouse Isabelle Balkany, poursuivie, elle, pour blanchiment de fraude fiscale aggravée. En convalescence après une tentative de suicide début mai, elle est la grande absente de ce procès.

 

 

"Patrick Balkany est coupable de la plus grave atteinte à la probité publique", a déclaré le procureur financier Serge Roques lors d'un réquisitoire implacable à deux voix, prononcé pendant 2 heures et demie avec Arnaud de Laguiche, substitut du procureur. Jugés devant le tribunal correctionnel de Paris depuis le 13 mai, les Balkany sont soupçonnés d'avoir dissimulé au minimum 13 millions d'euros d'avoirs au fisc entre 2007 et 2014, notamment deux somptueuses villas, Pamplemousse aux Antilles, et un riad à Marrakech.

 

 

 

Un blanchiment "ancien et systématique"

"Quand j'ai commencé à écrire ce livre, j'avais le souci de moi-même. (...) Mais je ne suis qu'un homme qui se veut être au service des autres" : Arnaud de Laguiche amorce le réquisitoire avec les mots de Patrick Balkany, écrits en conclusion de Une autre vérité, la mienne, en août 2009. "Les dates, la concordance des temps, peut être cruelle, monsieur le président. Les dates montrent qu'en août 2009 Patrick Balkany était engagé dans l'acquisition de sa villa au Maroc", insiste le procureur, dans un débit rapide mais efficace. Toute la duplicité du maire de Levallois-Perret est contenue dans cette attaque.

 

 

Les procureurs s'acharnent à démontrer que les arguments des époux Balkany ne tiennent pas. Selon eux, le blanchiment ne fait aucun doute : il "est ancien et systématique". "Les époux Balkany ont mis en place des montages offshore dans le seul but de dissimuler qu'ils étaient propriétaires de biens à l'étranger", martèle Serge Roques.

 

 

 

Un "pacte de corruption" entre les prévenus

Pour le ministère public, la corruption est tout aussi avérée : un "pacte" continue "de lier les prévenus" et "tout aveu de l'un entraînerait l'autre". "Ils se détestent mais ils doivent encore se tenir", explique Arnaud de Laguiche. Il affirme, tout comme Serge Roques, que Patrick Balkany s'est fait offrir la villa de Marrakech par Mohamed Al Jaber, un milliardaire saoudien. En échange, le promoteur a obtenu des délais dans un énorme contrat immobilier, les fameuses tours de Levallois qui ne sortiront jamais de terre. Les deux hommes se sont invectivés à l'audience, mais se sont accordés pour nier tout pacte de corruption.

 

 

Contre Mohamed Al Jaber, le parquet national financier a requis quatre ans, dont deux avec sursis, et 150 000 euros d'amende, et quatre ans de prison, dont deux avec sursis, et une interdiction d'exercer à l'encontre de l'avocat Arnaud Claude, "le pilote de l'opération". Le parquet a également demandé trois ans dont un avec sursis et 150 000 euros d'amende contre Jean-Pierre Aubry, "prête-nom jusqu'au sacrifice" pour son "maître" Patrick Balkany, et une amende de 100 000 euros contre le fils Balkany, Alexandre, poursuivi pour avoir "couvert" ses parents en souscrivant des baux de location fictifs du riad de la palmeraie.

 

 

 

"Marianne a dû essuyer quelques larmes"

Enfin, pour illustrer l'atteinte "à la probité publique", Arnaud de Laguiche choisit de décrire une scène, "il y a dix ans à peu près", entre Patrick Balkany et Georges Forrest. Selon l'accusation, le maire a reçu une commission de cet industriel belgo-congolais, qui aurait servi à financer une autre partie de l'acquisition de la villa marocaine. Dans cette scène, le procureur évoque deux "témoins" qui ne peuvent pas parler : le buste de Marianne et le portrait du président de la République sur la cheminée. "Seuls les Napolitains et les Siciliens croient aux statues qui pleurent. J'ai la conviction que Marianne a dû essuyer quelques larmes de tristesse ce jour-là", lâche Arnaud de Laguiche. La phrase ne plaît pas aux prévenus, qui s'agitent sur leur banc. On entend l'avocat de Patrick Balkany qui grommelle dans la salle d'audience.

 

 

Eric Dupond-Moretti s'en explique à la sortie de l'audience, sonné par ces réquisitions sévères. "La justice au pied du mur de l'exemple, cela a ses limites", réagit-il vigoureusement. "Le procureur est à la fois la démocratie, la morale publique, la République, et même il fait pleurer une statue de Marianne, vous avez entendu ça. Ce qui est une allégorie assez singulière. Mais Marianne elle n'était pas dans la salle d'audience", insiste-t-il. Avant d'asséner : "Quatre ans pour avoir fraudé, c'est assez incroyable en termes de jurisprudence."

 

 

 

 

 

 

Et d'ajouter : "On requiert aujourd'hui contre lui ce que parfois on ne requiert pas dans les crimes de sang." A ses côtés, le visage cramoisi, pétrifié par la peine réclamée, Patrick Balkany n'a pas dit un mot. Le procès reprendra lundi avec les plaidoiries de la défense. Il doit s'achever mercredi 19 juin.

 


14/06/2019
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Franceinfo - le mercredi 22 mai 2019

 

 

Affaire Vincent Lambert : les avocats des parents attendus à l'hôpital pour vérifier la reprise des traitements

 

 

 

 

 

Moins de 24 heures après l'arrêt des soins, la justice a ordonné leur reprise, lundi soir, après avoir été saisie par les parents de Vincent Lambert

 

 

 

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Le neveu de Vincent Lambert, François Lambert, devant l'hôpital de Reims (Marne), le 20 mai 2019. (BENOIT TESSIER / REUTERS)

 

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Depuis la décision de justice de lundi soir, nouveau coup de théâtre dans l'affaire Vincent Lambert, les soins qui le maintiennent en vie doivent reprendre, après avoir été interrompus lundi matin. Les avocats des parents du patient sont attendus au CHU de Reims, mardi 21 mai, pour s'assurer que la décision est respectée.

 

 

Une plainte après la diffusion d'une vidéo. Après la publication sur le site de Valeurs actuelles d'images de Vincent Lambert sur son lit d'hôpital, présentées comme ayant été filmées dimanche par sa mère, l'avocat de l'épouse du patient, Rachel Lambert, a annoncé sur franceinfo qu'il déposerait plainte "contre les personnes qui ont filmé et contre celles qui ont diffusé". Il affirme que la vidéo a été tournée "frauduleusement", Rachel Lambert étant la tutrice légale de son époux. "Nous n'arrivons pas à comprendre comment quelqu'un qui dit aimer Vincent Lambert puisse diffuser de telles images de lui sur les réseaux sociaux", a-t-il poursuivi.

 

 

Une décision surprise. Lundi soir, la cour d'appel de Paris a ordonné le "maintien de l'alimentation et l'hydradation" de Vincent Lambert, qui avaient été interrompues par les médecins lundi matin, jusqu'à ce que le Comité international des droits des personnes handicapées de l'ONU puisse examiner le dossier sur le fond. Jean Paillot, l'un des avocats des parents du malade, a évoqué une "décision provisoire" d'une "durée de six mois". L'avocat du neveu de Vincent Lambert, lui, compte demander à l'Etat de se pourvoir en cassation.

 

 

Réactions contrastées dans la famille. "C'est du sadisme pur", a réagi François Lambert, le neveu de Vincent Lambert, qui dit ressentir "de la colère, du dégoût, de l'écœurement." A l'opposée de la mère du patient, Viviane Lambert, qui a salué une "très grande victoire", pendant qu'un de ses avocats, Jean Paillot, fêtait ce qu'il a qualifié de "remontada". Les proches de Vincent Lambert se déchirent depuis des années sur son sort.

 

 

La classe politique divisée. Avant la décision de la cour d'appel de Paris, Emmanuel Macron avait refusé d'intervenir dans le dossier : "Il ne m'appartient pas de suspendre une décision qui relève de l'appréciation de ses médecins et qui est en conformité avec nos lois". Marine Le Pen avait jugé que la précédent décision de justice, favorable à un arrêt des soins, "condamne en réalité à la mort" et la tête de liste LR aux élections européennes François-Xavier Bellamy, déclaré qu'"il n'y a aucune vie indigne d'être vécue".

 


21/05/2019
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Franceinfo - le dimanche 19 mai 2019

 

 

Vincent Lambert : son ancien médecin, le Dr Kariger revient sur toute l'affaire

 

 

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Le CHU de Reims a annoncé la mise en place, cette semaine, d'une nouvelle procédure d'arrêt des soins pour Vincent Lambert. Le Dr Eric Kariger qui fut le premier médecin à mettre en place une telle procédure en 2013, revient sur cette expérience douloureuse

 

 

 

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Vincent Lambert : son ancien médecin, le Dr Kariger revient sur toute l'affaire

 

 

 

Le Dr Eric Kariger a "le cuir épais". Pourtant, se replonger dans les rebondissements de l’affaire Vincent Lambert lui coûte. De ses années au côté de cet homme qui est devenu le symbole de la fin de vie en France et dont il a été le premier médecin après son accident de la route en 2008, le médecin garde des souvenirs douloureux. Une douleur qui est ravivée par l’actualité récente.

 

 

Alors que le Dr Sanchez, nouveau médecin de Vincent Lambert, a annoncé qu’il mettrait fin aux soins de son patient à partir de lundi, les parents du jeune homme se refusent toujours à accepter la situation. Des voix s’élèvent aussi des milieux conservateurs pour s’insurger contre la fin des soins, assimilée de manière impropre à une euthanasie. Cette violence qu’il a trop connue lorsqu’il était aux responsabilités comme chef de service des soins palliatifs au CHU de Reims, le Dr Kariger ne la supporte plus.

 

 

"La fin approche, et c’est presque encore plus violent. Dans cette période difficile, il y a de nouveaux des prises de position qui me sont, à titre personnel, très douloureuses, lâche le médecin. Je pense en particulier aux déclarations de mon archevêque (Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims, a critiqué la décision des médecins validée par le Conseil d'Etat, les accusant notamment de vouloir laisser Vincent Lambert mourir de faim et de soif)."

 

 

A lire aussi : "Il ne faut pas que vincent Lambert soit un étendard"

 

 

 

Médecin « pro-life » aux solides convictions catholiques

Le Dr Kariger ne s'en cache pas : il est un homme de droite et un catholique convaincu. Médecin chrétien engagé, il a été trésorier du centre catholique des médecins français et s’est engagé au sein du Parti Chrétien Démocrate – l’ancien Forum Social Chrétien de Christine Boutin. "Personne ne peut venir me chatouiller sur mes convictions confessionnelles et mon combat pro-vie", se défend-il. C’est pourtant précisément sa sphère politique et religieuse qui l’a violemment attaqué lorsque lui-même a décidé, pour la première  fois, d’entamer une procédure d’arrêt des soins sur Vincent Lambert, en 2013.

 

 

"Je suis médecin chrétien, mais je suis médecin d’abord. Je suis d’abord au service d’un malade et pas au service de mes convictions, assure-t-il. Et sur l’affaire Lambert et la décision que j’ai dû prendre à l’époque, je ne me suis jamais trouvé en difficulté par rapport à ces convictions."

 

 

A lire aussi : Affaire Vincent Lambert : les dates-clés

 

 

 

Au départ, de bonnes relations avec la famille Lambert

Durant les premières années de soins de Vincent Lambert, en unité pour cérébolésés graves, l’équipe médicale et la famille du jeune homme poursuivent le même objectif : faire récupérer Vincent, un maximum. A l’époque, le Dr Kariger échange surtout avec Rachel, sa femme, même si il a occasionnellement rencontré ses parents, Viviane et Pierre.

 

 

Le contact passent bien avec eux : il faut dire qu'ils ont des points communs. "Je suis catholique et un médecin chrétien engagé.  Ils sont aussi catholiques, même si ils sont certainement plus que cela. En plus, le père est un ancien médecin chef de service", explique le médecin. Mais très vite, il a une "intuition" : le cas Lambert n’est pas ordinaire. "On m’avait donné des éléments sur la singularité de cette famille, même si on ne savait pas grand chose à l’époque de toute la violence et la complexité qui y régnait."

 

 

 

Un pronostic de plus en plus sombre

Les années passent et Vincent Lambert ne progresse pas. La rééducation ne fonctionne pas, l’orthophonie ne donne rien. Le pronostic est très sombre. Fin 2012, les équipes soignantes, au plus près des patients, commencent à se poser des questions : pourquoi maintenir Vincent Lambert en vie ? En avril 2013, au terme d’une procédure collégiale qui s’inscrit dans la cadre de la loi Leonetti que le Dr Kariger "connaît sur le bout des doigts", le médecin s’achemine vers un arrêt des soins et la mise en place de la sédation profonde et continue.

 

 

L'épouse de Vincent Lambert, Rachel, est d’accord. Avant de commencer, le médecin s’entretient avec Viviane, la mère. Le père, Pierre, n’a pas pu se rendre au rendez-vous. "Je l’ai préparé, je lui ai dit que nous nous dirigions vers un arrêt des soins. Je ne lui ai pas demandé son avis : je trouve ça odieux psychanalytiquement parlant. Elle m’a répondu que c’était impensable, contre ses convictions. Nous avons convenus de nous revoir quelques semaines plus tard."

 

 

"Quand on a rebranché Vincent Lambert, ça a été un des pires jours pour moi"

 

 

La procédure d’arrêt des soins est entamée au printemps 2013. "Nous l’avons fait transparence, en toute rigueur", assure le Dr Kariger. Rachel Lambert, l’épouse "aimante et aidante" est informée. Mais pas les parents. "Nous n’avons pas agi dans leur dos. Aucun médecin n’appelle tous les membres d’une famille quand décision est prise", rappelle-t-il. Le Dr Kariger a sa conscience pour lui, même si il admet une "petite précipitation, car l’arrêt a commencé avant que je ne les revoie."

 

 

Saisi par les parents, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne (Marne) ordonne en mai 2013 de rétablir l'alimentation. "Ca a été un des jours les plus durs pour moiCa faisait 31 jours qu’on accompagnait Vincent Lambert vers la fin."

 

 

Les relations avec les parents sont dégradées. "Ils n’ont jamais évolué, ensuite. Ils ont évoqué un mauvais diagnostic, un mauvais pronostic. Tout s’est emmêlé. »

 

 

 

"Mon honneur et celui de mon équipe étaient sauf"

Suite à ce revers, l’équipe médicale reprend le travail. "On a relancé la collégiale, on est repartis de zéro. Nous avons fait un travail magnifique, se remémore le médecin. J’en garde un souvenir ému." Mais les évènements s’emballent.

En janvier 2014, l’équipe informe la famille qu'elle va de nouveau arrêter nutrition et hydratation, procédure conforme à la loi Leonetti qui permet de refuser l'acharnement thérapeutique. Le tribunal, saisi par les parents, ordonne la poursuite du traitement. Rachel Lambert et le CHU en appellent au Conseil d'État, qui donne raison au Dr Kariger et son équipe. "A ce moment-là, mon honneur et celui de mon équipe ont été saufs", souffle le médecin. Mais Viviane et Pierre Lambert en appellent à la Cour européenne des droits de l’homme. "J’ai compris qu’ils ne lâcheraient rien et qu’on se s’en sortira plus", explique-t-il.

 

 

Menaces de mort et coups de fil anonymes

 

 

Face à ce nouveau rebondissement, le médecin spécialiste des soins palliatifs, qui n’est "pas du genre à fuir devant les difficultés et ses responsabilités", est dépassé. "On nous a parlé de 2 à 3 ans de délai avant la décision de la Cour européenne. Je ne me suis plus senti la force de travailler dans la durée. Je n’apportais plus de valeur ajoutée. J’ai décidé d’aller vaquer à d’autres fonctions."

 

 

En plus du cas médico-judiciaire inextricable, l’ancien médecin de Vincent Lambert doit faire face à des pressions considérables. "J’étais devenu l’homme à abattre. J’ai reçu des menaces de morts, des coups de fils anonymes. On a menacé de s’en prendre à mes enfants." Les pressions émanent des milieux conservateurs de droite, de son "camp de valeur". Une véritable "double peine". "Ca a été très dur. Si j'étais un mec de gauche, athée, ça m’aurait moins touché", dit-il dans un petit rire triste.

 

 

Soutien au nouveau médecin de Vincent Lambert

 

 

Quatre années "de souffrance inutile" après, c’est le Dr Vincent Sanchez qui va finalement accompagner Vincent Lambert vers la mort. "C’est un homme courageux, qui doit faire une chose qui reste difficile : c’est lui qui, finalement, sera responsable de l’arrêt des soins sur Vincent Lambert. Je lui apporte tout mon soutien confraternel, assure le Dr Kariger. "Mais dans son cas, tous les recours de la famille ont été épuisés. Il a le soutien de sa hiérarchie et d’un ministre de la Santé. Il a de la chance."

 


20/05/2019
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Franceinfo - le dimanche 12 mai 2019

 

 

Fichage de données personnelles pour Monsanto : le groupe Bayer présente ses "excuses"

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Le géant allemand de la chimie est soupçonné d'avoir constitué des fichiers sur les positions de personnalités à propos des pesticides

 

 

 

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Le logo du groupe chimique Bayer, le 27 février 2019, lors d'une conférence de presse à Leverkusen (Allemagne). (WOLFGANG RATTAY / REUTERS)

 

 

 

Le groupe Bayer a présenté ses excuses, dimanche 12 mai, après les révélations en France d'un fichage illégal, pour le compte de sa filiale Monsanto, de centaines de personnalités concernant leur position sur les pesticides et les OGM. "Après une première analyse, nous comprenons qu'un tel projet ait suscité des inquiétudes et des critiques. Ce n'est pas la manière avec laquelle Bayer chercherait à dialoguer avec les différents groupes d'intérêt et la société et nous présentons en conséquence nos excuses", écrit le géant allemand dans un communiqué (en anglais).

 

 

L'entreprise explique qu'elle va demander à un cabinet juridique externe "d'enquêter et d'évaluer les allégations." Et rappelle qu'elle "ne tolère pas les comportements contraires à l'éthique".

 

 

 

Une enquête préliminaire ouverte

Selon France 2 et Le Monde, à l'origine de ces révélations, ce fichier secret de 200 noms de journalistes, politiques, dirigeants d'organisations professionnelles ou scientifiques, date de novembre 2016 et provient d'une fuite du cabinet de lobbying et de relations publiques Fleishman-Hillard, "mandaté par Monsanto pour l'assister dans sa défense du glyphosate". 

 

 

Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire. Elle vise les délits de "collecte de données personnelles par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite", "enregistrement de données à caractère personnel sensible sans l'accord de l'intéressé et transfert illicite de données à caractère personnel" et de "traitement automatisé de données personnelles sans déclaration préalable à la Commission nationale de l'informatique et des libertés".

 


13/05/2019
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