L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

AFRIQUE général

L'Histoire continue de s'écrire partout dans le monde. Suivons celle du continent africain


Franceinfo - le mercredi 29 mai 2019

 

 

L'Afrique du Sud, premier pollueur du continent, instaure une taxe carbone

 

 

avatar
franceinfo Afrique avec agencesRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

Cette mesure a été saluée comme "une première étape" par les défenseurs de l'environnement

 

 

 

19392087.jpg

 

La centrale électrique de Lethabo fonctionne au charbon. (SIPHIWE SIBEKO / Reuters)

 

 

 

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a promulgué une loi imposant une taxe sur les émissions de carbone aux entreprises de son pays. Le montant de cette taxe, qui entre en vigueur le 1er juin, a été fixé à 120 rands (7,4 euros) par tonne de dioxyde de carbone. "Le changement climatique représente l'un des plus grands défis auquel est confrontée l'espèce humaine et l'objectif premier de la taxe carbone est de réduire les émissions de gaz à effet de serre d'une façon viable", a expliqué le ministère du Trésor dans un communiqué le 26 mai.

 

 

Le Fonds mondial pour la nature (WWF) a "loué" M. Ramaphosa pour avoir promulgué cette loi qui "traînait depuis longtemps". "Quand elle a été la première fois évoquée en 2010, l'idée d'une taxe carbone a rencontré une forte résistance de la part des gros émetteurs" de CO2, a souligné l'ONG. "Même si beaucoup doit encore être fait pour que la taxe devienne plus efficace, nous reconnaissons qu'il s'agit là d'une première étape significative", a-t-elle ajouté, rappelant que son objectif était "d'améliorer la santé et de rendre l'environnement et l'économie résilients".

 

 

 

Un premier pas

Greenpeace a estimé que la taxe "lançait un signal" aux entreprises polluantes, mais regretté que son montant ne soit pas à ses yeux suffisant pour les convaincre de réduire leurs émissions de dioxyde de carbone. "Nous ne pensons pas que la taxe, en l'état actuel, aura un impact", a regretté Melita Steele (Greenpeace) auprès de l'AFP. La taxe carbone est "une pénalité pour trop polluer. Elle devrait être à un certain niveau (...) afin que les entreprises soient obligées de changer leur stratégie", a-t-elle expliqué. Pour être efficace, elle devrait être fixée à plus de 240 rands (15 euros) par tonne d'émission de CO2, selon Greenpeace.

 

 

L'Afrique du Sud, première puissance industrielle du continent, est extrêmement dépendante du charbon pour sa production d'électricité. Elle figure au 14e rang des pays pollueurs de la planète, selon Greenpeace.

 

 

L'entreprise publique d'électricité Eskom est le plus gros pollueur sud-africain : elle est responsable de 30% des émissions de gaz à effet de serre du pays, selon Greenpeace. Elle a adopté des objectifs climatiques stricts en 2011 et figure parmi les signataires de l'accord de Paris sur le réchauffement de 2015, mais les mesures d'application traînent en longueur.

 


29/05/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le jeudi 23 mai 2019

 

 

Ethiopie : de riches donateurs appelés à embellir la capitale Addis Abeba

 

 

avatar
franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Le Premier ministre Abiy Ahmed, à la tête du gouvernement depuis avril 2018, vient de lancer un projet de trois ans destiné à "améliorer l'image d'Addis Abeba". Pour le financer, il a fait appel à des donateurs fortunés

 

 

 

19339703.jpg

 

Journée sans voiture le 3 février 2019 à Addis Abeba, la capitale éthiopienne dont le développement rapide ces dernières années s'est fait dans l'anarchie. (EDUARDO SOTERAS / AFP)

 

 

 

173 000 dollars par convive, soit 155 000 euros. C'est la somme qu'ont déboursée plus de 200 donateurs fortunés, locaux et étrangers, pour assister à un dîner organisé par le Premier ministre Abiy Ahmed, le 19 mai 2019. Au menu de ces agapes, l'embellissement de la capitale de l'Ethiopie.

 

 

Le dîner avait pour but de lever des fonds en faveur d'un projet lancé sur une durée de trois ans, par M. Abiy afin d'"améliorer l'image d'Addis Abeba", une ville en mouvement qui vit de profonds changements. Les immeubles modernes y poussent comme des champignons.

 

 

En smoking et robe longue, les hôtes étaient assis à une grande table de banquet couverte de roses rouges, dans l'ancien palais impérial Menelik.

 

 

 

 

 

 

Une ville africaine plus verte

S'adressant en amharique à ses invités - la langue la plus répandue dans le pays -, M. Abiy les a remerciés de soutenir son projet "Beautifying Sheger Project" (Sheger, nom populaire de la capitale). Et il leur a dit espérer qu'une fois ce dernier achevé, Addis Abeba serait regardée comme une ville africaine "belle et propre". Selon le site de son ministère, "la croissance rapide et l'expansion de la ville ces dernières années n'ont pas utilisé de manière adéquate les ressources naturelles et la magnifique topographie dont la cité bénéficie".



Située au centre du pays, sur des hauts-plateaux en bordure du Grand Rift, à 2355 m d'altitude, Addis Abeba est la capitale la plus élevée d'Afrique. Sa population est estimée à près de 5 millions d'habitants en 2019.

 

 

Cependant, la ville grossit sans cohésion, ni espaces verts, l'une des préoccupations du Premier ministre qui veut mettre en adéquation l'aspect du plus grand centre urbain du pays avec le taux de croissance du PIB éthiopien, supérieur à 8% depuis dix ans. Alors que parcs et jardins ne couvrent que 0,3 m² par habitant à Addis Abeba, leur surface devrait passer à 7 m² par habitant grâce au projet.

 

 

 

L'Ethiopie riche et pauvre à la fois

D'un coût estimé à 1 milliard de dollars (896 millions d'euros), le plan prévoit aussi de créer des voies cyclables et piétonnières, ainsi que des digues anti-inondations, le long des 56 km de cours d'eau de la capitale. Des arbres seront également plantés et des fermes urbaines construites. Objectif : faire d'Addis Abeba la vitrine des réformes engagées depuis un an par le chef de l'exécutif, nommé en avril 2018.

 

 

Deuxième pays le plus peuplé du continent avec environ 100 millions d'habitants, l'Ethiopie possède l'économie la plus dynamique d'Afrique de l'Est. Mais le pays reste l'un des plus pauvres au monde, avec un revenu annuel moyen par habitant de 783 dollars, soit à peine 702 euros.

 


23/05/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le samedi 11 mai 2019

 

 

Gambie : l’ex-président Yahya Jammeh aurait détourné près d’un milliard de dollars

 

 

avatar
Eléonore Abou EzRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

Plus de deux ans après le départ forcé de son président, la Gambie reste surendettée et a besoin d’argent. Les autorités gambiennes ont beau avoir récemment mis en vente une partie de ses biens, les recettes sont bien loin de couvrir les fonds détournés

 

 

 

19264663.jpg

 

L'ex-président gambien Yahya Jammeh lors d'un meeting à Banjul en novembre 2016. (THIERRY GOUEGNON / X01735)

 

 

 

Alors que Yahya Jammeh coule des jours heureux en Guinée équatoriale, la Gambie compte ses sous. Les caisses de l’Etat sont vides et le petit pays a besoin de l’aide internationale pour s’en sortir. Près d’une personne sur deux vit dans la pauvreté et les fonds publics destinés au développement du pays se sont évaporés. Des centaines de millions d’euros ont été détournés pendant les deux décennies de pourvoir du dictateur.

 

 

Il y avait de nombreuses failles dans la gestion des fonds publics (…) Nous avons découvert une corruption énormeSurahata Janneh, président de la Commission d’enquête

 

 

 

Argent public et dépenses privées

C’est la fin du règne de Jammeh qui a permis de parler ouvertement de la corruption qui a rongé la Gambie. Si tout le monde savait que l’ancien homme fort menait une vie de luxe avec villas, Rolls-Royce et jets privés, personne ne pouvait imaginer que le pillage du pays n’avait pas de limite.

 

 

Fin mars 2019, la Commission d’enquête créée par le président Barrow fait part de ses premières découvertes. Elle estime à près de 360 millions de dollars les fonds détournés. Un rapport de 1600 pages relate les "innombrables" comptes bancaires de l’ex-président, ses sociétés, ses collaborateurs, ses transactions financières internationales, son réseau de blanchiment, etc. L’enquête se base sur plus de 250 témoignages.

 

 

 

"Le grand braquage"

Les annonces de la Commission gambienne coïncident avec d’autres révélations publiées deux jours plus tôt par le consortium de journalistes Organised Crime and Corruption Reporting Project. L’enquête Le grand braquage, qui se base sur des milliers de documents (correspondances gouvernementales, contrats, archives bancaires), dénonce une corruption érigée en système. Les détournements de fonds publics et les recettes illicites sont chiffrés à près d’un milliard de dollars.

 

 

Société de télécommunications, Banque centrale, fonds de pension, Bureau d'aide sociale… rien n’échappe à l’avidité de Yahya Jammeh. L’ancien maître du pays avait constitué un vaste réseau comprenant des hommes d’affaires étrangers qui l’aidaient dans ses transactions illicites et la mise en place de sociétés écrans.

 

 

Jammeh a dirigé le pays comme un syndicat du crime organiséJeggan Gray-Johnson, activiste gambien au Consortium de journalistes Organised Crime and Corruption Reporting Project

 

 

 

Vol et impunité ?

Le "pillage" de l’ancien dictateur ne s’est arrêté qu’avec la fin de son règne, selon Organised Crime and Corruption Reporting. Yahya Jammeh, 53 ans, s’était emparé du pouvoir en 1994 "par un coup de force qu’il avait justifié, à l’époque, par la corruption et la gabegie galopante de son pays", souligne Jeune Afrique.

 

 

Il est aujourd’hui l’hôte du président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema, connu lui aussi pour s’être enrichi au pouvoir. La sortie du pays de Yahya Jammeh avait été négociée par des médiateurs de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Un départ "avec toutes les garanties pour sa famille, ses proches et lui-même", selon l’accord conclu, qui ne dit pas précisément si les crimes de l’ex-président resteront à jamais impunis.

 

 

Capturegambie.JPG

 

Capture d'écran Wipikedia

 


14/05/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le lundi 6 mai 2019

 

 

Le Ghana devient le premier producteur d'or d'Afrique

 

 

avatar
Jacques DeveauxRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

L'Afrique du Sud vient d'être détrônée, elle n'est plus le premier producteur d'or du continent. Décidément, rien ne semble résister au Ghana qui collectionne les bons points économiques

 

 

 

19236199.jpg

 

Un ouvrier conduit la fonte d'or dans la mine d'Obuasi au Ghana. (LUC GNAGO / X01459)

 

 

 

Ce n’est pas pour rien si, avant l’indépendance en 1957, le Ghana s’appelait Gold Coast, la Côte de l’or, rappelant la richesse aurifère de la région. Il a toujours figuré parmi les premiers pays producteurs d’Afrique. Ces dernières années, la production était de 130 tonnes par an. En 2017, le Ghana a rattrapé l’Afrique du Sud grâce à deux effets cumulés : d’un côté, la mise en exploitation de deux nouvelles mines, et de l'autre, l’essoufflement régulier de la production sud-africaine.

 

 

Cette fois, c’est donc la consécration. En 2018, avec 158 tonnes d’or, le Ghana est devenu le premier producteur du continent, devant le Soudan et l’Afrique du Sud. Dans ce secteur, les exportations devraient également bénéficier de l’ouverture de la première raffinerie d’or du pays, prévue pour la mi-2019, explique la Coface.

 

 

 

Or, pétrole et cacao

Tout cela pourrait sembler bien anecdotique, si la production d’or ne participait pas à l’envolée du produit intérieur brut (PIB) du pays. 8,1% de croissance en 2017, puis 6,2% l’année suivante, selon la Banque mondiale. Cela en fait la seconde économie d’Afrique en termes de croissance derrière l’Ethiopie. L’économie est tirée par trois moteurs : l’or, le cacao et le pétrole. Une dépendance du PIB aux hydrocarbures, qui n’est pas près de disparaître, tant la prospection est féconde. Aker Energy Ghana Ltd, exploitant du champ offshore Pecan, prévoit une production de 334 millions de barils équivalent pétrole.

 

 

Le chemin vers l’industrialisation existe, mais il reste long. Les importations de machines ont bien été multipliées par quatre entre 2000 et 2017, un signal fort de la transformation de l’économie ghanéenne.

 

 

 

Attirer les capitaux

Dans le même temps, le pays cherche à attirer les investisseurs et pas seulement les Chinois. Le pays vient d’adopter une série de mesures "afin d'assouplir davantage son environnement des affaires", nous explique La Tribune Afrique. Tout est pris en compte, de la délivrance d’un permis de construire, à l’ouverture d’une ligne électrique.

 

 

Car le bilan est tout de même à relativiser. "Des années de croissance fondée sur les industries extractives n’ont pu répondre aux inégalités croissantes, ni créer des emplois décents", écrit la Banque africaine de Développement. Le taux élevé d’emplois ne masque le bas niveau de qualification des salariés. L’exode rural a également concentré l’activité en zone urbaine et sur des services informels. Les trente millions d'habitants du pays sont bien loin de profiter de ce nouvel "eldorado".

 


09/05/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le vendredi 26 avril 2019 - mis à jour le 27.04.2019

 

 

"Il m'est arrivée d'avoir envie de rentrer" : Marie-Claude Lovisa, française et reine au Togo

 

avatar

France 2France Télévisions

 

 

 

Elle est la reine de Lovisa Kopé au Togo. Marie-Claude Lovisa, une Française originaire de la région lyonnaise, ne pensait jamais vivre une telle existence

 

 

 

19179471.png

 

Franceinfo

 

 

 

"Cela fait 15 ans au mois de novembre que j'ai été intronisée. C'est vrai que je suis la seule blanche qui ait été intronisée traditionnellement avec toutes les cérémonies", lâche Marie-Claude Lovisa, reine de Lovisa Kopé au Togo. C'est un accoutrement qu'elle ne quitte plus. "Quand on m'a intronisée, on m'a mis une couronne sur la tête, des bracelets aux bras, un pagne, des chaussures de reine. Je dois tout le temps sortir avec", explique-t-elle.

 

 

 

Arrivée au Togo en 1998

Quand elle est venue au Togo pour la première fois en 1998 pour voir une amie, Marie-Claude Lovisa ne pensait pas y rester. Elle a tout quitté, vendu ses deux appartements en France. Elle était formatrice en bureautique avec des amis et une famille. Mère de deux enfants, elle a aujourd'hui trois petits-enfants en France. "Il m'est arrivée d'avoir envie de rentrer mais je me suis dit que ça ne me ressemblait pas".

 


29/04/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le jeudi 4 avril 2019

 

 

Afro-Américains : une nouvelle vie en Afrique

 

 

avatar

France 2France Télévisions

 

 

 

Le Ghana fut l'un des principaux points de départ de la traite des esclaves. Aujourd'hui le pays appelle leurs descendants à revenir

 

 

 

Le Ghana était l'un des principaux points de départ des esclaves dans le cadre du commerce triangulaire. Le fort de Cape Coast est devenu en quelque sorte un lieu de pèlerinage. De plus en plus d'Américains viennent ici chaque année pour comprendre d'où ils viennent. "Je sais ce que cela veut dire maintenant d'être une Afro-américaine", confie une petite fille. Le Ghana a baptisé 2019 "l'année du retour", bien décidé à attirer le maximum d'Afro-Américains.

 

 

Jusqu'à 5 000 Afro-Américains installés au Ghana 

Candace et Steven William ont ainsi quitté Baltimore (États-Unis) il y a  deux ans et ont tout changé, jusqu'à leurs prénoms. Koffi Odoi, organisateur du marché d'artisanat est ravi de voir arriver des ressortissants américains "ils ont un savoir et les Africains en ont besoin pour se développer", témoigne-t-il. L'intégration n'est pourtant pas toujours simple. "En raison de notre couleur, plus claire, ou de notre accent, certains ici nous prennent pour des blancs, ils ne savent pas ce qu'est un Afro-Américain", précise Steven William. À cela s'ajoutent les lenteurs administratives et la difficulté à trouver un travail. Ils ont fait un test ADN pour confirmer leurs origines africaines et ont maintenant le projet de monter une association pour aider les Afro-Américains à s'installer définitivement au Ghana. Entre la quête de nouvelles opportunités et la recherche de leurs origines, de 3 000 à 5 000 Afro-Américians se sont déjà installés au Ghana depuis la fin des années 2000.

 


06/04/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le samedi 6 avril 2019

 

 

Au Rwanda, "la croissance économique et le contrôle de la société vont de pair"

 

avatar

Marie E.Berry et Laura MannThe ConversationFrance Télévisions
 

 

 

"Les investissements et les politiques industrielles mises en place par le gouvernement ont engendré une croissance solide et, ce faisant, donné davantage d’influence aux membres du sérail", affirment deux chercheuses. Leur analyse dans The Conversation

 

 

 

17341751.jpg

 

Le président rwandais Paul Kagame. Le Rwanda a une économie en plein essor qui est contrôlée par un régime autoritaire.  (CHRISTIAN MARQUARDT/EPA-EFE)

 

 

 

Le Rwanda est aujourd’hui considéré comme un modèle de développement économique. Vingt-cinq ans seulement après l’horreur du génocide, le pays avance à pas de géant. Cependant, le gouvernement de Paul Kagame fait l’objet de nombreuses critiques pour son autoritarisme et la violente répression de ses opposants.

 

 

Le Rwanda peut s’enorgueillir de nombreuses réussites. Le pays compte le plus grand nombre de femmes politiques au monde. Au Parlement, plus de la moitié des députés sont des femmes.

 

 

Les progrès technologiques y sont également remarquables. Le Rwanda est connu pour ses innovations qui permettent à la population d’accéder à des services essentiels, comme la transfusion sanguine. Il est aussi à la pointe en matière d’accès à Internet : plus de 95 % du pays bénéficie d’une couverture réseau. En outre, il continue d’afficher une croissance économique impressionnante.

 

 

Il importe, toutefois, de replacer ces avancées dans leur contexte.

 

 

Dans un article publié il y a trois ans, nous analysions les motivations politiques qui sous-tendent le développement du Rwanda. Plusieurs points sont toujours d’actualité.

 

 

Nos recherches mettent ainsi en évidence le double statut du pays, qui est à la fois un modèle de développement et un paria accusé d’autoritarisme au sein de la communauté internationale. Nous montrons ainsi que les marchés constituent des espaces à travers lesquels l’État rwandais accroît son emprise.

 

 

En d’autres termes, dans ce pays la croissance économique et le contrôle de la société vont de pair.

 

 

Pour bien saisir la situation, il faut d’abord comprendre les intérêts politiques qui dictent les priorités en matière de développement au Rwanda, puis prendre en compte l’histoire du pays, notamment son passé violent.

 

 

Capitalisme et développement

Des motivations politiques sous-tendent toujours le développement économique. Or l’essor de la pensée entrepreneuriale au sein des cercles chargés du développement a tendance à occulter cette réalité. Elle conçoit le développement comme un simple défi technocratique et dépeint les marchés comme des espaces apolitiques où « l’économie » peut fonctionner.

 

 

Les débats à la Banque mondiale, au sein du programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) et dans d’autres organisations internationales suggèrent ainsi que les États devraient s’affranchir des considérations purement politiques s’ils veulent se développer efficacement.

 

 

Or, cette vision des choses néglige un nombre significatif d’études en sciences sociales qui démontrent combien, historiquement, la croissance de type capitaliste a pu être stimulée par un renforcement du pouvoir de l’État. Des sociologues et des historiens ont ainsi montré comment l’accroissement du pouvoir étatique en Europe a jeté les bases nécessaires à la coordination du secteur privé et du développement des économies de marché.

 

 

Toujours selon les chercheurs, les « tigres » du Sud-Est asiatique, à la croissance accélérée, ont eux aussi bénéficié d’une forme de capitalisme étatique. Là encore, des relations d’interdépendance se sont tissées entre dirigeants politiques et entrepreneurs.

 

 

Dans les deux cas, le développement économique a été à la fois la conséquence – et un ingrédient – d’une consolidation du pouvoir de l’État.

 

 

La question de savoir si ce modèle de développement peut être transposé dans les pays d’Afrique a été longuement débattue. Certains estiment que les systèmes politiques locaux ne s’y prêtent pas, du fait de la manière arbitraire dont les États africains se sont formés, mais aussi du fait des ambitions entrepreneuriales autochtones contrariées pendant la période coloniale. Cette situation a généré ce que les chercheurs appellent des relations de prédation entre les entreprises et l’État.

 

 

Néanmoins certains pays, comme le Rwanda, sont bien parvenus à créer des partenariats entre l’État et le parti au pouvoir pour canaliser les investissements dans les secteurs prioritaires, tout en luttant contre des formes plus flagrantes de corruption qui grèvent la productivité, à des échelons inférieurs de la société.

 

 

 

Un passé de violences

L’histoire récente du Rwanda a été marquée par de multiples périodes d’insécurité généralisée qui ont poussé le gouvernement à faire du développement une priorité.

 

 

La principale menace pour la sécurité du pays est liée aux reliquats du sectarisme Hutu, à l’origine du génocide de 1994. Parmi les autres dangers potentiels pour le régime, on peut citer la contestation de l’autorité du président Kagame par des mouvements d’opposition comme le Congrès national rwandais, ainsi que l’instabilité persistante chez son voisin, la République démocratique du Congo.

 

 

Le gouvernement a adopté une série de mesures pour désamorcer ces menaces. Certaines sont explicites, comme le déploiement de forces de sécurité à travers tout le pays. D’autres sont plus subtiles, comme les aides sociales (distributions d’argent dans les milieux défavorisés notamment) utilisées pour apaiser les frustrations des Rwandais les plus pauvres, qui se considèrent comme les laissés-pour-compte du développement économique.

 

 

Toutefois, les dirigeants ont aussi tendance à exagérer les dangers potentiels, de manière à légitimer la militarisation des frontières et justifier des mesures de sécurité toujours plus répressives. La récente décision du gouvernement de fermer sa frontière nord avec l’Ouganda et de diffuser des consignes strictes à l’intention des voyageurs en est un bon exemple. Cette décision, soi-disant prise pour des raisons de sécurité, suit le même schéma que d’autres exagérations visant à justifier la militarisation accrue du pays. Les propos du président Kagame ont suscité l’inquiétude de certains observateurs qui redoutent même que le gouvernement rwandais ne prépare des frappes militaires pour déstabiliser l’Ouganda.

 

 

Mais quelle est donc la nature du lien entre cette tendance à la militarisation et le développement du pays ?

 

 

 

Une élite politico-militaire

Selon nous, le développement des marchés a contribué à accroître le pouvoir d’une élite politico-militaire aux commandes de l’économie rwandaise. Les investissements et les politiques industrielles mises en place par le gouvernement ont engendré une croissance solide et, ce faisant, donné davantage d’influence aux membres du sérail.

 

 

Il est indéniable que l’État a profité de cette croissance et de ce climat susceptible d’attirer les investisseurs pour renforcer ses infrastructures, améliorer les services publics et encourager le progrès. Sa capacité à susciter le respect et la loyauté de la population dépend d’ailleurs du caractère durable de la croissance. Malgré tout, la transformation de l’économie au Rwanda, comme dans tous les pays du monde, suit une logique politique de renforcement des classes sociales.

 

 

Reste à voir si ce modèle pourra perdurer dans un contexte de développement lent et inégalitaire, et une économie mondialisée au sein de laquelle la mise en œuvre de réelles transformations structurelles tourne de plus en plus à la compétition. En dépit de l’accent mis sur le développement, beaucoup de Rwandais vivent encore dans la misère et leur pouvoir d’achat dépend souvent des interventions fréquentes de l’État.


Traduit de l’anglais par Iris Le Guinio pour Fast ForWord.The Conversation

 

 

 

 

Marie E. Berry, Assistant Professor, Josef Korbel School of International Studies, University of Denver et Laura Mann, Assistant Professor, Department of International Development, London School of Economics and Political Science

 

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 


06/04/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le samedi 6 avril 2019

 

 

 

VINGT-CINQ ANS APRÈS LE GÉNOCIDE RWANDAIS, MILITAIRES ET DIPLOMATES FRANÇAIS TÉMOIGNENT DANS UN LIVRE

 

 

avatar

Michel LachkarRédaction AfriqueFrance Télévisions
 
 

 

Le 6 avril 1994, l’attentat contre l’avion du président rwandais Habyarimana enclenche le génocide, sans doute préparé de longue date, contre les Tutsis. En cent jours, 800 000 personnes sont exterminées. Vingt-cinq ans plus tard, on s’interroge toujours sur le rôle de la France durant ces heures sombres. "Rwanda, ils parlent, témoignages pour l'Histoire", livre signé Laurent Larcher, journaliste à "La Croix", apporte une nouvelle contribution

 

 

 

17348551.jpg

 

Des Rwandaises dans un camp de réfugiés, au nord de Goma, le 25 juillet 1994.  (ULLI MICHEL / REUTERS)

 

 

 

Le président Macron a décidé d’ouvrir les archives françaises à un collectif d’historiens sous la présidence de l'historien Vincent Duclert. Depuis 25 ans, les témoignages, parfois contradictoires, ne manquent pas sur cette tragédie. La France a-t-elle engagé l'opération Turquoise pour protéger les populations tutsies (et hutues) menacées ou avait-elle un agenda caché dans l'espoir de préserver son influence dans la région ?

 

 

Dans son livre Rwanda : ils parlent, le journaliste de La Croix Laurent Larcher donne de nouveau la parole aux différents acteurs de l’époque : militaires, diplomates, anciens ministres... Pour l’amiral Lanxade, chef d’état-major de François Mitterrand, comme pour Alain Juppé, la France n’a rien à se reprocher. Selon eux, pour comprendre la politique de la France, il faut distinguer deux périodes. Celle qui va d’octobre 1990 jusqu’aux accords de paix d’Arusha (en août 1993) et celle d'après 1993. Pour Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères de 1993 à 1995, l’objectif de la France était alors de trouver un accord politique entre le régime du président Habyarimana et le FPR dirigé par Paul Kagame. L’accord de paix d’Arusha poussé par la France, signé en août 1993 prévoit cette réconciliation avec le FPR et la réintégration des exilés tutsis, afin de mettre un terme à la guerre civile rwandaise commencée en 1990.

 

 

 

La France mise sur l'accord de paix d'Arusha

L’accord de paix prévoit également le départ des troupes françaises et l'arrivée d'une mission des Nations unies, la Minuar, créée le 5 octobre 1993 pour veiller à son application. D'après l'accord d'Arusha, le président Habyarimana devait céder une partie du pouvoir aux "rebelles", et l’ONU prendre le relais de la France. Pour l’amiral Lanxade,  "dans cette première période (1990-1993), François Mitterrand décide de soutenir le gouvernement Habyarimana pour éviter la déstabilisation de ce pays".

 

 

L’objectif de l’opération Turquoise, c’est d’arrêter les massacres. Pas d’aller à Kigali ou d’intervenir contre le FPRAmiral Lanxade chef d'état-major particulier du président Mitterrand à Laurent Larcher

 

 

En octobre 1993, "on a passé la main aux Nations unies et au général canadien Roméo Dalaire, le drame c’est qu’ils ont été incapables de réagir. Eux avaient les moyens sur place, juste après l’attentat du 6 avril 1994, contre l’avion du président Habiyarimana. (...) C’est tout le problème des forces des Nations unies. Les Belges, comme les Hollandais à Srebenica, ne sont pas intervenus."

 

 

"Mais quand l’avion du président habyarimana est abattu, la France ne se préoccupe plus que d’une seule chose : l’évacuation des Belges et des Français."

 

 

Depuis le début du mois d’avril 1994, les Tutsis étaient massacrés par des unités militaires des Forces armées rwandaises (FAR) et des civils liés au pouvoir rwandais. Le Front patriotique rwandais (FPR), composé pour l’essentiel de Tutsis rwandais exilés en Ouganda dans les années 60, luttait contre les forces du régime en place à Kigali. 

 

 

"Pour nous, à partir de 1993, le Rwanda c’est l’affaire des Nations unies. Cela redevient notre affaire avec l’opération turquoise, parce qu'Alain Juppé et le président Mitterrand pensent qu’on ne peut pas laisser les massacres se poursuivre", affirme encore l'amiral Lanxade.

 

 

Voici donc la vision officielle défendue aujourd'hui encore par les autorités de l'époque. Quelque peu contredite par certains témoignages, comme celui du Saint-Cyrien Guillaume Ancel, chargé de guider les frappes aériennes sur le terrain. Sur la journée du 30 juin 1994 qui le hante : "Il y avait des Tutsis qui avaient survécu sur la colline, on nous a envoyés dans la forêt de Nyungwe pour stopper le FPR. Ce fut une faute criminelle. Nous aurions pu stopper les massacres de Bisesero. Mais nous les avons laissés se dérouler, préférant affronter le FPR, plutôt que les génocidaires."

 

 

Ce que conteste le général Lafourcade commandant de l'opération Turquoise : "La mission qu'on a donnée (au capitaine Ancel) consistait à protéger la zone, les camps de Nyarushishi, un peu plus bas, Cyangugu... ça n'a rien d'une opération offensive. (...) Je rappelle que toutes archives actuellement disponibles prouvent que l’opération turquoise n’avait aucun caractère offensif, mais un caractère humanitaire". 

 

 

Selon lui, "l’opération Turquoise a sauvé des milliers de vies, principalement tutsies et a arrêté les massacres dans la zone sous notre contrôle en 1994. Le bilan a été salué par l’ensemble des observateurs des Nations unies."

 

 

 

Une cohabitation Mitterrand-Balladur qui ralentit les décisions

Le livre de Laurent Larcher montre également que la cohabitation Mitterrand-Balladur (Premier ministre de l'époque) ne facilite pas toujours la prise de décision et que du temps a été perdu pour l’efficacité de l’action de protection des populations. Ce qui peut expliquer les quelques jours de retard pour l’intervention dans la forêt de Nyungwe.

 

 

Rien n'est assez rapide selon Alain juppé. "Il faut également obtenir une résolution du Conseil de sécurité pour lancer l’opération Turquoise, alors que les Américains n’étaient pas enthousiastes. Quant à nos partenaires européens, ils nous faisaient savoir : 'Allez-y, mais on vous regarde.' Donc c’était une opération difficile à monter."

 

 

Ce que l’on reproche à la France, c’est de ne pas avoir arrêté les génocidaires, d’avoir laissé la radio Mille collines diffuser ses messages terribles. Les autorités de l’époque s’abritent derrière l’opération turquoise, qui n’a pas d’autres mandats que de regrouper les populations tutsies et hutues menacées par les deux camps et à les protéger. Pas d’arrêter le FPR ou les génocidaires.

 

 

Si des zones d’ombres demeurent dans ce récit rwandais, les historiens pourront bientôt enfin faire leur travail, avec l’ouverture de toutes les archives décidée par le président Emmanuel Macron. Ce geste s'explique par la volonté du président français de tenter un rapprochement diplomatique avec le président Kagame, considéré aujourd’hui comme un chef d’Etat influent en Afrique.

 

 

Rwanda, ils parlent, témoignages pour l'Histoire, de Laurent Larcher, 

 


Edition du Seuil (mars 2019)

 


06/04/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le mardi 26 mars 2019

 

 

L'Afrique australe apporte son soutien à l'indépendance du Sahara Occidental

 

 

 

avatar
franceinfo Afrique avec agencesRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

L’Afrique du Sud a accueilli le 25 mars 2019 une conférence de solidarité avec le peuple sahraoui. Pretoria considère le Sahara Occidental comme l’une des dernières "colonies" du continent africain. La réponse du Maroc n’a pas tardé. Rabat a organisé sa propre réunion diplomatique avec le soutien d'un trentaine de pays africains

 

 

 

16977975.jpg

 

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, le 5 février 2019. (RODGER BOSCH / AFP)

 

 

 

Le Front Polisario lutte depuis 1975 pour l’indépendance du Sahara Occidental, revendiqué par le Maroc. Mais aucune solution n'est encore en vue.

 

 

La conférence organisée par l’Afrique du Sud le 25 mars 2019 a réuni les pays membres de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) et quelques pays observateurs comme Cuba ou le Venezuela."On ne peut parler d’Afrique post-coloniale si le Sahara Occidental est toujours occupé par le Maroc", a affirmé la ministre sud-africaine des Affaires étrangères, Lindiwe Sisulu. "Nous sommes ici pour une cause juste. Et nous notons avec tristesse que le peuple sahraoui lutte toujours pour ses droits. Bien que l’ONU joue un rôle actif dans la résolution de ce problème, nous, membres de la SADC avons décidé d’être solidaire dans leurs efforts", a déclaré Lindiwe Sisulu.

 

 

 

Un clivage qui traverse le continent africain

L’Afrique du Sud, le Zimbabwe ou l’Angola ont toujours affiché un soutien à la cause sahraouie, en raison des liens historique entre leurs mouvements indépendantistes. Pretoria espère rallier l’ensemble de la région australe dans un soutien commun à l'indépendance du Sahara Occidental et appelle à "mettre fin à l'exploitation 'illégale' des ressources naturelles du 'territoire occupé'".

 

 

Cette offensive diplomatique de l’Afrique du Sud arrive alors que le mandat de la mission des Nations unies au Sahara Occidental, qui garantit un cessez-le-feu dans la région, arrive à échéance et que l’administration américaine s’est opposée à son renouvellement pour un an.

 

 

 

Le Maroc réunit ses amis à Marrakech

Le Maroc a organisé la riposte en réunissant 37 pays, le 25 mars à Marrakech. Ces soutiens au Maroc se sont prononcés contre toute "interférence" dans le processus onusien actuellement en cours. Le Maroc, qui a réintégré l'Union africaine en janvier 2017, s'est efforcé depuis de neutraliser toute tentative de règlement au niveau de l'Union africaine (UA). Par un puissant lobbying, le Maroc a poussé plusieurs pays africains, y compris certains de la région australe (Zambie, Mozambique), à geler leurs relations avec le mouvement indépendantiste sahraoui.

 

 

Des discussions entre le Maroc et les indépendantistes du Front Polisario ont repris il y a quelques mois sous l’égide des Nations unies, après six années d’interruption. Le représentant personnel du Secrétaire général de l'ONU pour le Sahara Occidental, Horst Kohler, s'efforce depuis plusieurs mois de relancer le processus de discussion, après plusieurs années de blocage. Mais "de nombreuses positions divergent toujours fondamentalement", a-t-il expliqué le 22 mars à l'issue d'une deuxième table ronde à Genève.

 

 

 

Le Maroc veut poursuivre sous l’égide des Nations unies

La déclaration finale adoptée par 37 pays à Marrakech rappelle "l'exclusivité des Nations unies en tant que cadre de recherche d'une solution politique, mutuellement acceptable, réaliste, pragmatique et durable à la question du Sahara"

 

 

Les conférences de Marrakech et de Pretoria reflètent la ligne de fracture qui partage le continent. Pour le Maroc, la "solution réaliste et pragmatique" correspond au statut d'autonomie sous contrôle marocain que veut Rabat. Pour les indépendantistes du Front Polisario, la solution "juste" fait référence au référendum que le Polisario réclame pour obtenir l'indépendance de cette étendue désertique de 266 000 km².

 


27/03/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le samedi 23 mars 2019

 

 

Cyclone Idai : le bilan s'alourdit à 417 morts au Mozambique

 

 

avatar

franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Le bilan du cyclone, des inondations et des glissements de terrain continue de grimper au Mozambique. Le Malawi et le Zimbabwe ont également été touchés

 

 

 

17255927.jpg

 

A Beira (Mozambique) le 23 mars 2019, une dizaine de jours après le passage du cyclone Idai. (WIKUS DE WET / AFP)

 

 

 

 

Le bilan s'alourdit encore au Mozambique. Le passage du cyclone Idai sur l'Afrique australe a fait au moins 417 morts dans le pays, annonce samedi 23 mars le ministre de la Terre, de l'Environnement et du Développement rural mozambicain. 

 

 

"A l'heure qu'il est, nous avons 417 morts et 1 528 blessés", a déclaré Celso Correia à la presse, à Beira, la deuxième ville du pays qui a été en partie dévastée par le cyclone Idai. Le précédent bilan au Mozambique faisait état de 293 morts. Au total, le cylone Idai, qui a provoqué des inondations catastrophiques et des éboulements de terrain au Mozambique et au Zimbabwe voisin, a fait au moins 676 morts dans les deux pays.

 

 

"C'est un désastre naturel sans précédent. La zone affectée [au Mozambique] est d'environ 3 000 km2. Un désastre qui équivaut aux catastrophes majeures", estime le ministre. Et il ajoute : "Malheureusement, personne dans la région ni dans le monde ne pouvait prédire un désastre d'une telle ampleur."

 


23/03/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le mercredi 20 mars 2019 - mis à jour le

 

 

Mozambique : les secours débordés après le passage du cyclone Idai

 

 

avatar
France 2France Télévisions

 

 

 

Six jours après le passage d'un cyclone au Mozambique, les secours sont dépassés. La Croix Rouge parle de la pire crise humanitaire de l'histoire récente du pays

 

 

 

Des milliers de rescapés sont toujours bloqués sur des toits au Mozambique. Serrés les uns contre les autres, ils attendent les secours. Le cyclone Idai est passé il y a maintenant six jours, dans la nuit du 14 au 15 mars dernier, mais beaucoup sont toujours réfugiés dans des arbres. Les secours sont débordés. Le Mozambique, l'un des pays les plus pauvres au monde, est dépassé par l'ampleur de la catastrophe.

 

 

 

Des vagues de 8 mètres attendues

Les humanitaires sont eux aussi totalement pris de court. Et la population ressasse ce moment où le ciel lui est tombé sur la tête. "Il pleuvait tellement. On a entendu la montagne exploser et l'eau envahir toutes les rues et même notre maison. Heureusement, on a pu s'enfuir", confie un habitant. Mais les pluies torrentielles persistent. Des vagues de 8 mètres de haut sont attendues dans les prochains jours à Beira, la ville côtière la plus touchée.

 


21/03/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - samedi 16 mars 2019

 

 

Guinée Equatoriale : le désarroi des habitants de Malabo privés de "Djibloho"

 

avatar

franceinfo AfriqueRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

  

 

La mise à quai définitive de l'unique bateau public reliant la capitale de Guinée Equatoriale à la deuxième ville portuaire du pays, située sur sa partie continentale, ne fait pas les affaires des habitants de l'île de Bioko

 

 

 

17182711.jpg

 

Le port de Malabo, sur l'île de Bioko, en Guinée Equatoriale, le 4 novembre 2017. (MICHAEL RUNKEL / ROBERT HARDING PREMIUM)

 

 

 

Après vingt ans de bons et loyaux services, le Djibloho, vieux cargo bleu de 104 mètres de long, ne quittera plus le port de Malabo. Son directeur l'a annoncé début février, estimant que le bateau ne garantissait plus "la sécurité et les biens" des quelque 500 passagers qui l'empruntaient chaque semaine, les bras chargés de colis et de marchandises.

 

 

Son état de délabrement est tel, qu'aucune réparation ne peut être envisagée, a déclaré à la télévision nationale l'un des fils du président Teodoro Obiang Nguema au pouvoir depuis 1979.

 

 

Mais pour les Equato-Guinéens, peu fortunés, ce bateau public était leur seule chance de voyager entre la capitale, insulaire, et Bata, ville portuaire, la deuxième de ce pays d'Afrique centrale dont la moitié du million d'habitants vit sous le seuil de pauvreté.

 

 

 

"Le bateau du peuple"

Natalia Obona, 35 ans, regrette le Djibloho, qui "était bien pour ceux qui n'ont pas d'argent, comme nous. C'était le bateau du peuple, c'était pour nous."

 

 

Elle n'a pas les moyens de Les compagnies privées facturent la traversée entre 30 000 et 70 000 francs CFA (entre 45 et 105 euros), alors qu'elle coûtait autour de 14 000 francs CFA (20 euros), soit près de deux fois moins, sur le Djibloho.

 

 

Autres inconvénients dont se plaignent les habitants : le doublement du prix de certaines denrées importées du continent, comme le tomates. Plusieurs restaurants ont vu leur chiffre d'affaires chuter de 25% : les tortues de forêt ne figurent plus sur les menus – de quoi décevoir les habitués –, tandis qu'au marché de Malabo, la viande de brousse, importée du continent, a disparu des étals, selon l'AFP.

 

 

 

"Djibloho", transporteur de produits agricoles

La plupart des biens de consommation importés transitent par la zone dite des trois frontières entre le Cameroun, le Gabon et la Guinée Equatoriale. A partir de ces pays, ils étaient chargés à bord du Djibloho, plus grand transporteur de produits agricoles provenant de Kye-Ossi, localité sud-camerounaise et grande porte d'entrée dans la région du Sud.

 

 

Malgré le désarroi des habitants, l'acquisition par l'Etat d'un nouveau cargo n'est pas à l'ordre du jour. Les recettes publiques ayant fondu depuis la baisse du cours du pétrole en 2014.

 


17/03/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le samedi 16 mars 2019

 

 

Les violences de Boko Haram font "écho à des événements survenus au début du XXe siècle"

 

avatar

The ConversationFrance Télévisions

 

 

 

 

Si "la violence associée à Boko Haram n’est certes pas une réplique de l’histoire, elle est sa continuité, car la violence – et surtout la violence sexuelle – n’a jamais cessé d’être une réalité dans cette zone frontalière du bassin du lac Tchad". Explications de trois chercheurs dans The Conversation

 

 

 

17181287.jpg

 

 

 Des sandales de jeunes filles sont éparpillées devant l'université technique et scientifique pour filles, Dapchi, Nigeria, 22 février 2018, après un rapt et raid d'un groupe dirigé par Boko Haram.  (AMINU ABUBAKAR / AFP)

 

 

 

 

Le groupe Boko Haram est devenu si puissant ces derniers mois que des soldats tchadiens ont été envoyés en renforts fin février dans la région des monts Mandara, à la frontière entre le Nigéria et le nord du Cameroun. Début mars, des agences humanitaires s’alarmaient par ailleurs du retour forcé de milliers de Nigérians, sommés de quitter le Cameroun pour revenir sur les terres occupées par Boko Haram.

 

 

Ces régions ont particulièrement souffert des déprédations causées par ce mouvement insurrectionnel formé en 2002 et qui se réclame de l’idéologie salafiste djihadiste.

 

 

Cependant, pour les populations des monts Mandara, en majorité animistes et chrétiennes, cette situation n’est pas nouvelle et fait écho à des événements survenus au début du XXe siècle.

 

 

 

file-20190304-110150-155dulh.jpg

Abubakar Shekau, leader actuel de Boko Haram, novembre 2017. Wikimedia

 

 

 

Le chef désigné de Boko Haram, Abubakar Shekau, présente en effet des similarités troublantes avec un autre « chef », le peul Hamman Yaji, qui a régné dans la même région entre 1902 et 1927.

 

 

Ce regard local nous semble crucial. Il semble indiquer que les actions de Boko Haram ne sont pas une éruption mystérieuse et sans précédent de la violence et de la sauvagerie, et que plutôt que d’être une idéologie importée des pays arabes, Boko Haram tire sa légitimité de ressources doctrinales et historiques endogènes à la région.

 

 

 

D’un ennemi à l’autre

Hamman Yaji était le lamido (chef traditionnel peul) de Madagali, une ville située à l’ouest des monts Mandara, et qui se trouve maintenant au Nigeria, près de la frontière internationale avec le Cameroun. Au début du XXesiècle, Yaji pendant vingt ans, a razzié la zone capturant des esclaves au sein des populations non-musulmanes, notamment celles habitant les monts Mandara, et tuant ceux qui lui résistaient.

 

 

Aujourd’hui, les non-musulmans vivant le long de la frontière entre le Cameroun et le Nigéria se réfèrent à Boko Haram comme étant « hamaji » terme dérivé de leur souvenir des actions meurtrières d’Hamman Yaji.

 

 

 

file-20190227-150724-1duy576.jpg

 

Groupes ethniques habitant les monts Mandara, l’une des régions les plus ethniquement diverses en Afrique. Scott MacEachern

 

 

 

 

Nous n’allons pas détailler ici l’histoire de Boko Haram qui a fait l’objet de nombreuses publications. Nous cherchons plutôt à comprendre pourquoi les populations se réfèrent à Boko Haram dans des termes qui rappellent la période de l’esclavage ? Pourquoi utilisent-elles le terme « hamaji » pour qualifier Boko Haram, et pourquoi comparent-elles Aboubakar Shekau à Yaji ?

 

 

 

Des archives étonnantes

Dès le début, la présence coloniale au Nord-Cameroun et au nord-est du Nigeria a été marquée par une véritable explosion de l’esclavage qui a perdurait jusque dans les années 1940, et sous des formes variées (esclavage royal, concubinage) jusque dans les années 1980.

 

 

Plusieurs sources primaires attestent de cette période, comme les traditions orales collectées par l’anthropologue Judith Sterner, puis les archives coloniales allemandes, françaises et anglaises.

 

 

La troisième source de notre compréhension de la traite des esclaves au XXᵉ siècle est atypique.

 

 

 

file-20190304-110107-51dm5b (1).jpg

 

Le journal intime de Hamman Yaji, années 20. Indian University

 

 

 

 

Il s’agit d’un journal intime dicté entre 1912 et 1927 par Haman Yaji, le plus important maraudeur d’esclaves du début du XXe siècle au sud du bassin du lac Tchad. Dans ce journal était consciencieusement rapporté le nombre d’esclaves et de bêtes capturés, ainsi que le jour et l’endroit où s’étaient déroulés les raids. Yaji n’a pas révélé la raison pour laquelle il entreprit la rédaction de son journal. On sait par contre qu’il disposait d’un écrivain, mais également d’un esclave pour garder et cacher le manuscrit.

 

 

Hamman Yaji, dans son journal autobiographique, mentionne une centaine de raids dirigés contre des colonies de peuplement dans et autour des monts Mandara, au cours desquels 1 600 esclaves furent capturés et plus de 150 autres tués. Sa base principale était à Madagali, située au pied des monts Mandara.

 

 

 

file-20190227-150698-xpmf6x.png

 

 

Le Lamidat (appellation locale d’une chefferie peule) de Madagali et ses zones de raids au temps d’Hamman Yaji. Les cercles en bleu foncé représentent les cibles de raids ; les cercles en bleu clair ; les emplacements approximatifs des localités ; les cercles non colorés les villages sous contrôle d’Hamman Yaji. David Nicholas

 

 

 

Hamman Yaji, le « monstre »

Les habitants des monts Mandara se souviennent encore d’Hamman Yaji comme d’un monstre ayant commis d’énormes atrocités. Une tradition orale recueillie à Sukur par Judith Sterner raconte ce qui suit :

 

 

 

« Pendant une razzia, les soldats d’Hamman Yaji coupèrent les têtes des villageois devant la maison de Tlidi [chef de Sukur], les jetèrent dans un trou, allumèrent un feu dedans, et se firent un repas au-dessus de ces têtes. Une autre fois, les femmes des hommes tués de Sukur durent venir pour ramener les têtes de leurs maris chez elles dans des calebasses ; et une autre fois encore, les soldats ramenèrent justement toutes les têtes à Madagali pour que les Fulbé puissent les voir ».

 

 

L’anthropologue hollandais Walter van Beek rapporte également les propos d’un informateur, Vandu Zra Té, qu’il a interviewé en 1989 (traduction The Conversation) :

 

 

 

« Hamman Yaji utilisait les gens comme monnaie. Il a acheté un bâton à moudre à une femme Fulbe et l’a payée avec un esclave. Il a acheté un tapis et l’a payé avec un esclave. Pour acheter une calebasse ou un bâton, il a payé avec des gens. Même une gourde de shikwedi (herbe pour les sauces) il l’a payé avec un esclave. C’est ce qu’il faisait. »

 

 

Pendant son règne, Hamman Yaji eut affaire à trois pouvoirs coloniaux différents. Jusqu’en 1916, Madagali était contrôlé par les Allemands. La Première Guerre mondiale provoqua un changement de régime colonial, et les Français y régnèrent de 1916 à 1922. Entre 1922 et 1961, Madagali fut sous l’autorité du régime colonial britannique.

 

 

Ces pouvoirs avaient une chose en commun : ils se servaient des structures politiques musulmanes, comme le lamidat de Madagali, pour administrer la région, ce qui explique en partie la survie des raids d’esclaves même au-delà de son interdiction officielle en 1936.

 

 

 

Une menace pour le pouvoir colonial

Les informateurs d’aujourd’hui sont bien conscients des avantages que cette position en retrait de l’autorité coloniale avait procurés pour le chef peul reconnu pour sa férocité :

 

 

 

« Hamman Yaji n’était pas un homme. Il était trop méchant pour être un homme. Il ne buvait que du sang humain comme boisson. C’est pourquoi il lui fallait tuer constamment pour avoir du sang à boire. À un moment, les Blancs n’étaient pas d’accord avec lui, et lui ont demandé d’arrêter. Mais c’était difficile de le contrôler quand il venait se cacher dans la montagne, et repartait à Madagali avec des captifs. Les Blancs qui contrôlaient la montagne étaient différents des Blancs qui contrôlaient Madagali, et il a su se jouer d’eux. »

 

 

Les sources écrites confirment la menace que représentait Yaji, à la fois, pour les populations locales et pour le pouvoir colonial. Les Anglais voulaient se débarrasser de lui pour diverses raisons, mais surtout parce qu’ils redoutaient son influence en lien avec le mahdisme, une croyance selon laquelle un chef de tribu musulman pouvait être un madhiste.

 

 

L’histoire singulière d’Hamman Yaji a particulièrement marqué la mémoire collective, comme le montre le récit de sa disparition selon laquelle un « Blanc » alla le chercher dans une fosse où il se terrait :

 

 

 

« Le Blanc paya le soldat et ils allèrent à la fosse : “Hamman Yaji, c’est fini pour toi”. Yaji en sortit, tout nu. Ils le montèrent sur un cheval et partirent, et personne n’a plus jamais revu Hamman Yaji. »

 

 

Hamman Yaji, n’était certes pas le seul chasseur d’esclaves, mais le fait qu’il ait été le dernier razzieur de la région en fit un symbole.

 

 

 

Abubakar Shekau, un fantôme du passé ?

Aujourd’hui le personnage crée par Abubakar Shekau ou du moins l’image qu’il projette semble le situer dans cette même continuation historique. Comme le souligne l’un de nos informateurs :

 

 

 

« Les razzieurs d’esclaves sont maintenant de retour, et ils sont partout, même dans nos montagnes. »

 

 

Une paix relative semblait en effet se profiler à partir des années 1960. Chronologiquement, ce furent d’abord les chasses aux esclaves à grande échelle qui disparurent, puis les dons et les ventes d’enfants en situation d’extrême famine, et enfin et progressivement, le concubinage.

 

 

Toutefois, la violence est restée, et c’est même le thème central des discours de locaux aujourd’hui affectés par le groupe Boko Haram.

 

 

Certes, le contexte est différent. La vie moderne, avec des relations autrement plus larges à l’intérieur et à l’extérieur du Nigeria, l’utilisation des réseaux sociaux et des nouvelles technologies par Boko Haram, un enracinement dans une situation étatique et une communauté globalisée, l’utilisation des motos comme moyen de mobilité et un islam radical globalisé, donnent une autre coloration au groupe terroriste.

 

 

Néanmoins, l’ancien chef peul était l’incarnation du danger, du mal absolu et de l’esclavage brutal, et c’est ce pillard qu’ils perçoivent comme revenu en la personne du leader de Boko Haram, Abubakar Shekau.

 

 

Cette « réincarnation » fonctionne d’autant plus que les deux hommes s’appuient sur les mêmes discours invoquant une inspiration islamique (mahdisme pour le premier, salafisme pour le second) et l’idée d’être investis d’une mission divine. Ils répandent l’un comme l’autre des discours apocalyptiques et définissent le monde en deux catégories : les « croyants » et les « incroyants ».

 

 

 

17181311.jpg

 

Un homme transporte des oignons dans la région montagneuse de Koza, février 2018, au nord-est du Cameroun où sévissent les hommes de Shekau. Cerains chauffeurs de motos-taxis (achabas) ont été des partisans importants de Boko Haram au début des années 2000 . (Alexis Huguet/AFP)

 

 

 

 

Instrumentalisation des femmes

L’analogie la plus frappante entre nos deux acteurs demeure cependant leur prédation des femmes, comme cela ressort dans les propos d’un de nos informateurs :

 

 

 

« Shekau n’est pas différent de Hamman Yaji. Les deux sont attirées par les jeunes femmes ; les deux tuent sans pitié ; et les deux boivent de l’eau dans des crânes d’hommes. »

 

 

En 2014, le leader de Boko Haram déclarait vouloir vendre sur un marché d’esclaves toutes les femmes et jeunes filles que son groupe avait capturé.

 

 

 

« Je vais les vendre sur le marché, au nom d’Allah. Il y a un marché où ils vendent les êtres humains […]. Une fille de 12 ans, je la donnerai en mariage, même une fille de 9 ans, je le ferai. »

 

 

On retrouve des similitudes avec les déclarations d’Hamman Yaji, qui rapporte ainsi dans des entrées de son journal datées du 21 mai au 6 juillet 1917.

 

 

 

« 21 mai : J’ai capturé 20 esclaves filles.
11 juin : J’ai capturé 6 esclaves filles et dix bovins, et j’ai tué trois hommes.
25 juin : J’ai capturé 48 esclaves filles et 26 bovins et j’ai tué cinq personnes.
6 juillet : J’ai capturé 30 bovins et six esclaves filles. »

 

 

Le journal indique qu’il a utilisé les jeunes femmes comme monnaie humaine, contre des chevaux par exemple ou en cadeau à ses partisans.

 

 

 

 

17181343.jpg

 

Une femme attend son taxi sur un marché qui avait été attaqué en 2018 par Boko Haram. Mubi, état d’Adamawa le 15 février 2019. (Luis Tato/AFP)

 

 

 

 

Cette instrumentalisation des femmes – venues volontairement rejoindre Boko Haram par nécessité ou ostracisées par leurs communautés - devenues esclaves sexuelles – est très similaire aux mécanismes constatés chez Hamman Yaji.

 

 

La promesse de jeunes femmes a en effet permis un mécanisme de recrutement des hommes extrêmement efficace, qu’il s’agisse de l’époque de Yaji ou de Shekau.

 

 

Cela permet notamment aux hommes de devenir « baaba saré » – en fulani, « chefs de famille », et donc adultes, ce qui est impossible sans mariage. Le banditisme de Boko Haram est ainsi devenu un mode de vie à part entière, comme l’ont été à leur époque les raids de Hamman Yaji.

 

 

 

file-20190304-110134-6ne2k8.jpg

 

Groupe de guerriers Kanembu, gravure publiée en 1892, empire du Borno. Ouvrage From the earth and its inhabitants, Africa, (1892). Elisee Reclus/NY Public Library/Wikimedia

 

 

 

 

La secte considère en effet l’empire historique de Borno et surtout le califat de Sokoto comme l’âge d’or du mouvement djihadiste, et a sans doute bénéficié du climat d’insécurité déjà installé dans la région depuis au moins le XIXe siècle.

La violence associée à Boko Haram n’est certes pas une réplique de l’histoire ; elle est sa continuité, car la violence – et surtout la violence sexuelle – n’a jamais cessé d’être une réalité dans cette zone frontalière du bassin du lac Tchad.

Pourquoi ne pas prendre en compte ce contexte historique pour réfléchir efficacement à la façon de combattre une violence qui n’a, finalement peu ou jamais disparu dans cette zone ?The Conversation

Melchisedek Chétima, Historien et Anthropologue, Institut d'études avancées de NantesScott MacEachern, Professeur d'Archéologie et d’Anthropologie à l'Université Duke Kunshan, Duke University et Walter van Beek, Professeur émérite, anthropologue, Tilburg University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 

 

Boko Haram a-t-il imité le schéma de Haman Yaji ?

Si les parallèles entre les deux groupes terrorisant la région ressortent clairement dans les discours locaux, il est encore difficile de savoir si Boko Haram s’est clairement inspiré de Hamman Yaji ou seulement en partie.

 

 

Il est toutefois établit que le contexte historique de la pratique de l’esclavage et du djihad a été significatif pour Boko Haram.

 

 

Cette instrumentalisation des femmes – venues volontairement rejoindre Boko Haram par nécessité ou ostracisées par leurs communautés - devenues esclaves sexuelles – est très similaire aux mécanismes constatés chez Hamman Yaji.

La promesse de jeunes femmes a en effet permis un mécanisme de recrutement des hommes extrêmement efficace, qu’il s’agisse de l’époque de Yaji ou de Shekau.

Cela permet notamment aux hommes de devenir « baaba saré » – en fulani, « chefs de famille », et donc adultes, ce qui est impossible sans mariage. Le banditisme de Boko Haram est ainsi devenu un mode de vie à part entière, comme l’ont été à leur époque les raids de Hamman Yaji.

Boko Haram a-t-il imité le schéma de Haman Yaji ?

Si les parallèles entre les deux groupes terrorisant la région ressortent clairement dans les discours locaux, il est encore difficile de savoir si Boko Haram s’est clairement inspiré de Hamman Yaji ou seulement en partie.

Il est toutefois établit que le contexte historique de la pratique de l’esclavage et du djihad a été significatif pour Boko Haram.


16/03/2019
0 Poster un commentaire