L'AIR DU TEMPS

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AFRIQUE général

L'Histoire continue de s'écrire partout dans le monde. Suivons celle du continent africain


De Facebook - lundi 27 avril 2020

 

 

Covid-Organics à Madagascar : des militaires font du porte-à-porte pour distribuer la tisane dans la capitale

 

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Martin MatesoRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

La société civile malgache est vent debout. Elle dénonce "un excès de communication politique au détriment de la parole des experts médicaux"

 

 

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Des militaires distribuent la tisane contre le coronavirus dans le centre d'Antananarivo, la capitale malgache, le 22 avril 2020. (RIJASOLO / AFP)

 

 

 

Dans les ruelles de la capitale Antananarivo, c'est l'armée qui a reçu la mission de livrer à domicile une potion gratuite du Covid-Organics, censée protéger du coronavirus. Des militaires malgaches en uniforme font donc du porte-à-porte avec des sachets de tisane sous le bras, accompagnés du mode d'emploi de ce produit conçu par l'Institut malgache de recherche appliquée (IMRA).

 

 

Un sachet pour quatre litres d'eau, à prendre à raison de deux verres par jour pour un adulte, et un verre pour les enfants. C'est interdit aux femmes enceintes Mode d'emploi de la tisane Covid-Organics fourni aux habitants

 

 

Si de nombreux Malgaches ont accueilli à bras ouverts la distribution inattendue et gratuite de ce remède traditionnel vanté par leur président, Andry Rajoelina, "l'opération tisane" n'est pas du goût de tout le monde. La distribution du Covid-Organics a même suscité une vive polémique depuis qu'il a été donné à consommer par les élèves qui ont repris le chemin de l'école la semaine dernière. Certains ont refusé de s'y soumettre sans avoir obtenu l'accord de leurs parents, rapporte la presse malgache. "Chaque parent est bien évidemment libre de ne pas autoriser son enfant à le prendre", explique la directrice de cabinet du président, Madame Lova Ranoramoro

 

 

 

"Pas assez de place à la parole des experts médicaux"

Depuis quelques jours, la société civile est vent debout dans la Grande Ile de l'océan Indien. Des réactions se sont multipliées pour dénoncer la distribution du Covid-Organics dans les établissements scolaires. Certaines organisations invoquent les dispositions de la Constitution malgache pour justifier leur rejet.

 

 

Il est interdit de soumettre une personne, sans son libre consentement, à une expérience médicale ou scientifiqueArticle 8 de la Constitution malgache L'Express de Madagascar du 25 avril 2020

 

 

Toute forme de contrainte est donc inadmissible, note un communiqué signé par plusieurs associations de la société civile malgache. Elles dénoncent aujourd'hui "un excès de communication politique au détriment de la parole des experts médicaux". C'est ce que pointe aussi Transparency International sur sa page Facebook. L'organisation réclame la totale transparence des recherches et des expérimentations médicales du Covid-Organics sur la santé publique.

 

 

"Les déclarations de la société civile justifient les doutes de plusieurs entités et notamment les membres de l'Académie nationale de médecine sur l'efficacité du remède", écrit Transparency International, citée par l'Express de Madagascar

 

 

Le journal précise toutefois qu'après une rencontre avec le chef de l'Etat malgache, l'Académie de médecine a fini par lever ses doutes concernant le Covid-Organics. Elle avait mis en garde contre l'utilisation d'un remède dont "les preuves scientifiques n'ont pas encore été élucidées".  Dans un nouveau communiqué publié dans la soirée du 24 avril, l'Académie de médecine ne s'oppose plus à la distribution du produit. Toutefois, elle tient à préciser que le Covid-Organics n'est pas un médicament, mais plutôt "un remède traditionnel amélioré".

 

 

"L'Académie ne s'oppose pas à son utilisation sous forme de décoction et la laisse à la libre appréciation de chacun, sous réserve de respect de la dose indiquée, notamment pour les enfants", indique le communiqué remis à la presse. Il est toutefois recommandé de mettre en place un système de suivi des personnes ayant consommé le "Tambary CVO", terme utilisé par l'Académie pour désigner la décoction Covid-Organics.

 

 

 

"Des méthodes pas bien scientifiques"

Mais si l'Académie de médecine ne déplore plus l'absence de preuves scientifiques concernant ce remède, sa nouvelle prise de position est loin de faire l'unanimité au sein de la communauté scientifique de la Grande Ile. Le doyen de la faculté de médecine de Toamasina, dans l'est de l'île, est parmi ceux qui tirent la sonnette d'alarme contre "les méthodes pas bien scientifiques" autour de cette tisane. Rejoignant ainsi les grandes réserves émises par l'Organisation mondiale de la santé après le lancement du remède malgache.

 


28/04/2020
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Franceinfo - le samedi 18 avril 2020

 

 

Le coronavirus qui "risque de coûter aux pays africains entre 5 et 10 points de PIB" relance le débat sur la dette du continent

 

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Laurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

Tout en étant très touché par une crise économique sans précédent liée à l’impact du coronavirus, l'Afrique supporte un endettement de plus de 300 milliards de dollars. Explications de Thomas Mélonio, de l'Agence française de développement

 

 

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Une femme porte un masque dans une rue du township d'Alexandra, à Johannesburg, en Afrique du Sud, le 15 avril 2020. (JEROME DELAY/AP/SIPA / SIPA)

 

 

 

Avec l’irruption du Covid-19, de nombreux pays africains sont plongés dans une grave crise sanitaire, mais aussi économique et sociale. Une situation d’autant plus critique que nombre d’entre eux sont déjà très endettés. Les grands créanciers internationaux ont annoncé un moratoire de la dette pour 12 mois. Ce qui va permettre aux Etats en difficulté de consacrer immédiatement des moyens budgétaires supplémentaires à la lutte contre cette crise. Les explications de Thomas Mélonio, directeur exécutif de l’innovation, de la recherche et des savoirs à l’Agence française de développement (AFD).



Franceinfo Afrique : Emmanuel Macron a parlé, le 13 avril, d’annuler "massivement" la dette des pays africains. De leur côté, les ministres des Finances et gouverneurs des banques centrales du G7 et du G20  se sont dits favorables à une suspension de la dette, mais pas à une annulation. N’y a-t-il pas là une contradiction ?

 

Thomas Mélonio : il faut savoir que l’Afrique va être assez fortement frappée par la crise du Covid-19. Elle va l’être évidemment au niveau sanitaire. Mais elle va l’être aussi au niveau économique. Elle risque d’être touchée à trois niveaux. Il y a d’abord eu une fuite des capitaux : depuis février, 90 milliards de dollars ont quitté les pays en développement. Cinq fois plus qu’en 2008 ! Alors que dans l’état actuel des choses, ces pays ont besoin d’emprunter pour faire fonctionner leurs services publics, notamment sanitaires.

 

 

Le second choc intervient pour le tourisme. Pour le Maroc, par exemple, cette activité représente 10% du PIB, avec un pourcentage équivalent pour l’emploi. Le troisième choc, c’est la division par deux du prix du baril de pétrole. Ce qui handicape les pays producteurs : Angola, Nigeria, Gabon… Mais le phénomène frappe l’ensemble du secteur des matières premières et a des conséquences pour des pays comme l’Afrique du Sud ou la Zambie. Au final, cette crise risque de coûter aux pays africains entre 5 et 10 points de PIB. Soit entre 130 et 150 milliards de dollars de revenus en moins en 2020 pour l’ensemble du continent.

 

 

 

Personnel sanitaire à l\'hôpital Charlotte Maxeke à Johannesburg le 15 avril 2020

Personnel sanitaire à l'hôpital Charlotte Maxeke à Johannesburg le 15 avril 2020 (MICHELE SPATARI / AFP)



On a effectivement annoncé un moratoire sur le service de la dette externe, laquelle représente 32 milliards. La mesure concerne 76 pays, dont 40 pays africains, et porte sur une somme de l’ordre de 20 milliards d’euros dont les échéances sont reportées à plus tard. Tous les créanciers ont accepté : bilatéraux (Etats… NDLR), qui prêtent sur des durées longues, multilatéraux (FMI, Banque mondiale, banques de développement comme la Banque africaine de développement…), privés (banques, entreprises, gestionnaires de fonds… NDLR). Les créanciers privés, qui prêtent sur le court terme, représentent 25% du stock de dettes. Eux aussi ont accepté, car ils savent que sinon ils ne seront pas remboursés. Reste donc en suspens 12 milliards d’euros pour lesquels les créanciers multilatéraux n’ont pas encore dit oui à un moratoire.



Ce moratoire est une réponse pour 2020 : il permet de repousser les échéances et d’apporter des liquidités supplémentaires aux Etats, qui vont avoir besoin de beaucoup d’argent. Mais il n’est pas suffisant en raison de l’ampleur du choc actuel : la perte de revenus est cinq fois supérieure au poids de la dette. Dans ce contexte, la suspension de celle-ci est une mesure de très court terme.

 

 

 

Et pour un plus long terme ?

 

Il est donc nécessaire de chercher d’autres ressources pour trouver une réponse globale à la crise du coronavirus. Il y a des enjeux sanitaires immédiats. C’est ce à quoi travaille l’AFD en montant des projets avec l'Inserml'Institut Pasteur, la fondation Mérieux, des centres de recherche, des cliniques... Et puis se pose la question de l’après 2020. Il faut voir que les prévisions, notamment du FMI, s’attendent, pour l’année 2021, à une conjoncture supérieure à celle de 2019, notamment en Afrique. Ce qui alimente la réflexion de savoir s’il faut envisager d’annuler entièrement ou partiellement une dette dont le stock total s’élève à plus de 300 milliards de dollars pour l’ensemble du continent.



En fait, tout dépend des pays : certains seront viables et solvables, d’autres seront dans l’incapacité de financer des investissements. Dans l’état actuel des choses, on observe une crise de la solvabilité dans 25 à 30 pays. La décision d’annulation totale ou partielle se fera en fonction de la situation de chacun. Une annulation totale peut intervenir pour des pays dont la dette n’est plus viable.

 

 

La réflexion est d’autant moins simple que l’univers financier est très complexe. Aujourd’hui, avec l’arrivée de la Chine, des pays du Golfe, du Brésil, des banques de développement, il y a beaucoup plus de bailleurs de fonds qu’avant… Sans compter les acteurs privés. Tous ont accepté le moratoire. Mais pour l’avenir, il s’agira de discuter d’annulation. Et là, je m’attends à une discussion serrée !

 

 

 

Comment voyez-vous la situation africaine dans le contexte d’une sortie de crise ?

 

 

Opération de désinfection dans un marché de Nairobi au Kenya le 15 avril 2020

Opération de désinfection dans un marché de Nairobi au Kenya le 15 avril 2020 (LUIS TATO / AFP)

 

 

 

L’adage explique qu’une crise renforce les forts et affaiblit les faibles ! Les pays endettés, les pays pétroliers, ceux qui vivent du tourisme vont connaître une situation difficile et en payer la facture pendant plusieurs années. Des pays à l’économie diversifiée, comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, s’en sortiront mieux. Ceux qui n'ont pas mis tous leurs œufs dans le même panier.

 

 

 

Comme l’a dit lui-même le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, les annulations de dette se feront donc "au cas par cas". Mais n’est-ce pas en contradiction avec l’annonce, le 8 avril, par le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, d’une aide à l’Afrique de "près de 1,2 milliard d'euros", dont 1 milliard de prêts et 150 millions de dons ? Ne risque-t-on pas d’alourdir l’endettement ? Et pourquoi cette différence entre dons et prêts ?

 

 

Les pays que nous jugeons viables obtiendront des prêts remboursables, pour ceux qui ne le seront pas, nous ne faisons que des dons. C’est le point de vue de l’Etat français. L’effort est réparti. Les dons ne seront évidemment pas remboursés. Les prêts, qui sont bonifiés par l'Etat, c’est-à-dire à des taux très inférieurs à des taux commerciaux, permettront d’engager dès maintenant davantage d’argent pour financer davantage d’actions sanitaires et sociales, même si évidemment ils devront être remboursés plus tard.

 

 

Finalement, les pays trop endettés, parce que leur dette n’est déjà plus viable, n’auront que la partie don, mais auront le plus grand mal à financer le reste des besoins. Nous essayons de compenser en leur faisant des dons un peu plus importants, mais être privé de l’accès au crédit, qu’il soit public ou privé, est un gros problème pour un Etat, car très rares sont les pays qui financent leurs investissements sur le budget propre.

 

 

 

Certains pensent que face à la crise du coronavirus, la France ferait mieux de garder son argent pour s’occuper de ses infrastructures sanitaires plutôt que d’aider l’Afrique. Que répondez-vous à ce type de critique ?

 

 

Un agent sanitaire prend la température de jeunes sans-abri, confinés en quarantaine, près de Dakar le 10 avril 2020. 

Un agent sanitaire prend la température de jeunes sans-abri, confinés en quarantaine, près de Dakar le 10 avril 2020.  (JOHN WESSELS / AFP)

 

 

 

Tant que le virus circule en Afrique, il est susceptible de revenir en France et de provoquer une nouvelle vague. Il faut s’assurer qu’il soit sous contrôle partout, sur le continent comme ailleurs. De notre part, c’est donc un argument égoïste ! Mais il y a aussi un niveau de solidarité nécessaire. Il s’agit notamment d’aider des populations sur un continent où la maladie présente des risques énormes pour les cas de comorbidité (personnes souffrant de plusieurs maladies à la fois, NDLR).

 

 

 

Et que dire à ceux qui évoquent les problèmes de corruption, des aides qui seraient détournées, versées sans contrôle ?

 

Ce n’est pas vrai qu’il n’y a pas de contrôle. A l'AFD, tous les projets sont soumis à des demandes d’audit. Pour les prêts au niveau international, les mécanismes de contrôle ont été institués par le FMI. Quand on apporte des fonds, il faut par ailleurs savoir comment toucher les populations les plus vulnérables. Pour ce faire, à l’AFD, nous, nous nous efforçons de trouver sur le terrain des acteurs aptes à répondre sur les plan sanitaire et social. Que ce soit des entreprises privées, des banques, des ONG, des institutions de microfinance...

 


18/04/2020
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Franceinfo - le jeudi 26 mars 2020

 

 

Pourquoi, face au coronavirus, les sociétés d’Afrique de l’Ouest peinent à s'adapter au confinement

 

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Laurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

L’Afrique commence à prendre des mesures de confinement contre la pandémie. Reste à savoir comment vont réagir les populations... L'analyse de l'anthropologue de la santé Yannick Jaffré

 

 

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Passant dans une rue résidentielle d'Abidjan, en Côte d'Ivoire, le 24 mars 2020. (ISSOUF SANOGO / AFP)

 

 

 

Dans un pays comme le Mali, l’option du confinement pour lutter contre la pandémie de coronavirus a été, jusque-là, écartée. La peur "ne s'est pas encore emparée de Bamako : les verres de thé continuent d'être partagés, les mains de se serrer. Dans les bus et taxis collectifs, les clients se serrent toujours les uns contre les autres", observait l’AFP le 23 mars 2020, citée par franceinfo Afrique. D’autres pays africains ont pris des mesures de prévention. Le confinement a ainsi déjà été instauré au Rwanda, en Tunisie, à l’île Maurice, en Afrique du Sud, dans certaines régions d’Algérie, dans des grandes villes comme Lubumbashi, capitale économique de la RDC, Antananarivo, capitale de Madagascar, et Toamasina, 2e cité la plus importante de la Grande île. Mais l’instauration de telles mesures sur le continent, notamment en Afrique subsahélienne, peut s’avérer très complexe. L’éclairage de Yannick Jaffré, anthropologue de la santé.

 

 

Des passants se protègent pendant une opération de désinfection contre le coronavirus sur un marché d\'Accra (Ghana) le 23 mars 2020. 

Des passants se protègent pendant une opération de désinfection contre le coronavirus sur un marché d'Accra (Ghana) le 23 mars 2020.  (NIPAH DENNIS / AFP)

 

 

 

Franceinfo Afrique : comment jugez-vous la progression du coronavirus en Afrique sahélienne ?

Yannick Jaffré :
 je pense qu’il faut considérer les caractéristiques propres des sociétés qu’on y trouve. Notamment une urbanisation extraordinairement rapide et très peu maîtrisée. Une population jeune : 45% de la population a moins de 15 ans. Un taux d’alphabétisation assez faible.

 

 

 

Vous parliez à l’instant de l'urbanisation…

Les villes connaissent un développement très important, inégal et très peu géré. On peut trouver de belles maisons avec le confort à l’européenne. Mais aussi tout un système de concessions avec des espaces ouverts, en l’occurrence une cour, où vivent des familles très nombreuses. Avec souvent, aussi, un seul point d’eau et une latrine (ou tout au plus deux). 



En France, une unité de résidence comprend en général une famille de quelques membres avec des aires fonctionnelles : on se lave dans un endroit, on mange, on dort dans d’autres lieux dédiés. En Afrique, l’unité de résidence comprend donc une très grande famille. Dans bien des concessions, on superpose les activités dans un même endroit. La vie y est très intense : on dort, on se lave, on prépare la cuisine, souvent à même le sol, on mange avec la main. Tandis qu’une chèvre passe, les enfants jouent dans la cour… Dans le même temps, il est impossible de stocker de nombreux aliments et l’on fait le marché au jour le jour. Dans ce contexte, si des mesures de confinement sont prises, elles vont être difficiles à appliquer.

 



Vous évoquez aussi le taux d’alphabétisation…

 

Celui-ci est très variable selon les pays. Mais on pense qu’en Afrique de l’Ouest, environ 40% de la population parle vraiment français. La plus grande partie des populations s’exprime dans les nombreuses langues parlées en Afrique subsahélienne. Bien sûr, toutes ces langues expriment la maladie. Mais les écarts de traduction et d'interprétation peuvent être importants. Cette situation linguistique doit être analysée et prise en compte parce qu'elle peut poser problème pour des messages de prévention. 

 

 

 

Zone d\'habitation à Abidjan. Photo prise le 20 mai 2015.

Zone d'habitation à Abidjan. Photo prise le 20 mai 2015. (ISSOUF SANOGO / AFP)

 

 

 

En France, dans un univers globalement unilingue, le terme "grippe" est souvent rapproché de "simple rhume", ce qui a des conséquences pour la vaccination. En Afrique, ces processus sont plus marqués dans la mesure où les langues africaines, pour des raisons historiques, n'ont pas véritablement un lexique médical "scientifique". Il peut, de ce fait, y avoir une grande distorsion entre un message médical préventif et la manière dont il reçu par les diverses populations. Ce qui introduit parfois des approximations et des équivoques, notamment chez les personnes les plus démunies. 



Par exemple, en bambara, le terme VIH a parfois été interprété, au début de l'épidémie, comme une "maladie qui rend jaune" ("sayi"). Une maladie que les populations croyaient connaître. De la même façon, la traduction du terme "tuberculose" par "simple toux" peut inciter des malades à se rendre chez des guérisseurs supposés guérir ces symptômes en trois jours... Ces malades espèrent un traitement "miracle", peu cher et compréhensible. Ils peuvent ainsi être victimes de vendeurs de faux médicaments, les "médicaments par terre". Cette situation risque de se retrouver pour le coronavirus. Par exemple, en bambara, le mot "virus" peut se traduire par un néologisme signifiant "graine de maladie" ("banakise"). Comment les populations et divers guérisseurs vont-ils s’approprier ces termes mêlant des éléments locaux et scientifiques? On ne le sait pas ! 

 

 

 

Etalage de médicaments contrefaits sur un marché d\'Abidjan (le 14 juin 2007)

Etalage de médicaments contrefaits sur un marché d'Abidjan (le 14 juin 2007) (ISSOUF SANOGO / AFP)

 

 

 

Par ailleurs, sans doute faudra t-il aussi, pour certains pays, tenir compte des mémoires populaires autour d'Ebola, voire des épidémies de choléra ou de méningite. De la même façon, il faudra tenir compte de la gestion de ces épidémies par les pouvoirs publics. Tout cela déterminera largement la manière dont le coronavirus va être compris par les populations et quelles pratiques préventives seront mises en action. D’autant que les plus pauvres seront ceux à qui l’on demandera le plus d'efforts : rester confiné nombreux sur une surface réduite, subsister sans réserves de nourriture, trouver de l'argent chaque jour...

 

 

 

 

Au-delà, qu'en est-il des systèmes hospitaliers ?

Il y a une différence entre la France et les pays africains dans la capacité des services de santé à accueillir des populations malades du coronavirus. En France, l’hôpital est d’abord un lieu technique. En Afrique, il fonctionne très largement avec les familles qui sont ainsi des aidants. Celles-ci y amènent les draps depuis chez elles, elles les lavent. Comme elles peuvent aussi laver les corps. Elles font la cuisine à l’intérieur des établissements hospitaliers. On y trouve donc toute une vie sociale où les proches des malades ont un rôle. Dans ce contexte, l’adoption de mesures de confinement risque, là encore, d’être extrêmement difficile.

 

 

Cela risque d’être d’autant plus compliqué que l’hôpital peut aussi être un espace religieux. On y organise des prières collectives et un soignant quitte parfois son service pour s’y rendre. Si l’espace médical doit être propre, l’espace religieux doit être pur. Au Bénin, par exemple, on peut ainsi voir des officiants qui nettoient les visages des participants, mais en n’utilisant qu’une seule serviette.

 

 

Dans le même registre, il faut tenir compte des très grandes cérémonies funéraires dans les pays côtiers : Côte d’Ivoire, Ghana, Bénin, Togo… Ces cérémonies, pour lesquelles on dépense beaucoup d’argent, ont une grande importance. On prend le corps du défunt, on le promène dans la ville pour une dernière rencontre avec ses amis, pour clore ses relations sociales. On chante, on danse. Empêcher, de telles cérémonies, c’est possible. Mais dans ce contexte, on ne sais pas quelle sera la réponse des populations...

 

 

 

Chercheur au centre de recherche clinique universitaire à Bamako, capitale du Mali, le 19 mars 2020. \"A Bamako, Niamey, il y a des gens admirables, des médecins et d’autres professionnels aux formations très pointues\", observe l\'anthropologue Yannick Jaffré (CNRS).

Chercheur au centre de recherche clinique universitaire à Bamako, capitale du Mali, le 19 mars 2020. "A Bamako, Niamey, il y a des gens admirables, des médecins et d’autres professionnels aux formations très pointues", observe l'anthropologue Yannick Jaffré (CNRS). (MICHELE CATTANI / AFP)


 

Pour en revenir aux systèmes de santé, peuvent-ils tenir le choc en cas d’expansion foudroyante de la maladie ?

 

Effectivement, les système de santé des pays subsahéliens sont faibles. Pour autant, c'est un cliché touristique de le dire. Mais l’Afrique est une terre de contrastes ! D’un côté, il y a cette urbanisation non maîtrisée, la pauvreté… Mais dans les hôpitaux, par exemple à Bamako, Niamey, il y a des gens admirables, des médecins et d’autres professionnels aux formations très pointues, aux compétences fortes et brillantes. Ils sont en capacité pour gérer la maladie. On l’a vu au moment de la crise d’Ebola.

 

 

Yannick Jaffré est directeur de recherche émérite au CNRS et directeur scientifique du Groupe interacadémique pour le développement (GID)

 


26/03/2020
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Franceinfo - le vendredi 20 mars 2020

 

 

Ce que l'on sait déjà sur la propagation du Covid-19 en Afrique subsaharienne en 10 points

 

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Falila GbadamassiRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

Le Bureau régional de l'OMS pour l'Afrique a tenu une conférence de presse le 19 mars 2020

 

 

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La plus vieille mosquée de l'hémisphère sud, la "Juma Musjid" située à Durban, a fermé ses portes pour contrer la propagation du virus en Afrique du Sud.  (RAJESH JANTILAL / AFP)

 

 

 

Quelle est l'ampleur de la pandémie ? Les pays de la zone Afrique de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) sont-ils prêts à y faire face ? En ont-ils les moyens humains et matériels ? Autant de questions auxquelles les responsables de l'OMS ont tenté de répondre le 19 mars 2020, dressant un profil de la région Afrique  – 47 pays de l'Afrique subsaharienne – dans la lutte contre le coronavirus. La zone comptait, au 20 mars, 455 cas sur les 769 répertoriés sur l'ensemble du continent africain (soit 0,3% des cas enregistrés dans le monde). Avec 150 cas, l'Afrique du Sud est le pays le plus touché dans la région Afrique de l'OMS.

 

 

 

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1 - L'Afrique subsaharienne, une région "relativement" peu touchée à l'instar de l'Amérique du Sud

C'est une question qui se pose depuis le début de l'épidémie en Chine. Pourquoi l'Afrique semble moins touchée que les autres régions du monde alors que ses liens étroits avec l'Empire du Milieu étaient, entre autres, source d'inquiétudes ? "Nous n’avons pas d’explication", répond d'emblée la directrice régionale de l'OMS pour l'Afrique, le Dr Matshidiso Moeti, interrogée sur cette évolution de la pandémie sur le continent. Elle souligne néanmoins que les chiffres ont cru "rapidement" ces "10 derniers jours". Le nombre de pays touchés est passé de "5 à presque 30" durant cette période. Depuis le début de l’épidémie, il y a trois mois, il y a eu "relativement peu" de pays africains affectés comparé à l’Asie et à l’Europe. "Nous avons également constaté qu’il y avait relativement peu de pays touchés en Amérique du Sud", a poursuivi la directrice régionale de l’Afrique pour l’OMS. "Nous nous demandions, et je ne dis pas que c’est notre opinion, si ce n’était pas lié à la grippe saisonnière parce que le coronavirus est similaire au virus de la grippe. Ainsi, nous pensions assister à une hausse dans un futur proche".

 

 

 

2 - Un virus importé d'Europe plutôt que de Chine

L’OMS s’est inquiétée, au début de l’épidémie, d'une propagation du virus dans les pays africains du fait de leurs relations économiques étroites avec la Chine. L'agence pensait que les premières contaminations viendraient de là. Mais les dispositions prises par la Chine, estime l'OMS avec du recul, ont certainement permis de contenir la propagation du virus, aussi bien à l'intérieur de ses frontières qu'à l'extérieur. Aujourd’hui, ce sont d’autres régions du monde qui sont les plus touchées, notamment l’Europe, qui est devenue l’épicentre de la pandémie. 

 

 

En Afrique, les cas répertoriés sont, d'une part, des voyageurs arrivant du Vieux Continent avec la maladie – "c'est le cas aujourd’hui pour environ 27-28 pays africains", et d'autre part, une transmission locale due, pour la majorité des cas, à des "Africains ou à des voyageurs étrangers originaires d'autres régions provenant de pays européens". Face à l'évolution rapide de la propagation du virus, "notre principal objectif est d’aider les pays à contenir (la maladie) et à retarder ou à prévenir la transmission locale du virus", a indiqué le Dr Moeti.

 

 

Ces constats de l'OMS pourraient expliquer pourquoi de nombreux pays africains ferment aujourd'hui leurs frontières aux voyageurs venant d'Europe ou les mettent systématiquement en quarantaine.

 

 

 

 

 

3 - La chaleur et l'humidité freinent-elles le coronavirus ?

La question est à l’étude, selon l’OMS. L’agence examine aujourd'hui les mécanismes de circulation de la grippe en Afrique subsaharienne mais, insiste le Dr Moeti, le Covid-19 est "un nouveau virus dont nous sommes en train d’essayer de comprendre le comportement". "Nous avons constaté, à l’instar des pays africains, que la propagation du virus dans ceux d’Amérique du Sud n’était pas la même que dans le Nord, poursuit-elle. Nous sommes en train d’essayer de comprendre si cela pourrait être relié à la température, au temps… Nous savons, sur la base des informations sur la grippe, que nous avons une grippe saisonnière distincte, notamment dans les pays du Sud et de l'Est du continent". En s'appuyant sur ces observations, l’OMS "s’attendrait", avec l’installation de l’hiver dans le Sud de l'Afrique dans quelques mois, à assister à "une hausse du taux de transmission de ce virus". 

 

 

 

4 - Le "défi" du dépistage

La disponibilité des kits de dépistage est un "défi" à l'échelle mondiale et particulièrement en Afrique, souligne la directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique alors que l’agence souhaite que les pays africains se focalisent sur la détection des cas de Covid-19. Ce qui revient à dépister les gens dès que des symptômes apparaissent, à retrouver ceux qui étaient en contact avec les cas confirmés et à prendre les mesures idoines pour éviter la propagation du virus. Cependant, l’OMS s’est dit "encouragée" par les progrès faits dans la mise en place de dispositifs pour dépister la maladie. "Au début du mois de février, par exemple, il y avait seulement deux laboratoires en Afrique du Sud et au Sénégal qui étaient en mesure de diagnostiquer ce virus. Aujourd’hui, 40 pays en ont la capacité", a précisé le Dr Moeti.  

 

 

 

5 - Des conditions de vie peuvent être favorables à la propagation du Covid-19 : adapter les gestes barrière au contexte africain

C'est un constat confirmé par le Dr Lucile Imboua-Niava, la représentante de l'OMS au Sénégal : certaines conditions de vie sur le continent sont propices à la contamination parce que beaucoup de personnes résident, par exemple, dans une même maison.

 

 

"Il est vrai que les conditions socio-économiques dans lesquelles de nombreux Africains vivent, notamment dans les zones urbaines, font de la distanciation sociale dans la façon dont elle est recommandée un défi", note le Dr Matshidiso Moeti"Parfois, les familles vivent dans des maisons où chacun ne dispose pas d’une chambre. Certains doivent partager et parfois dormir dans le même espace (…) En outre, il y a des foyers qui n’ont pas d’eau courante. Par conséquent, la possibilité de se laver les mains dans les conditions recommandées – un lavage fréquent avec du savon – est un défi dans un tel contexte.

 

 

Nous suggérons des approches qui s’adaptent à ces situations particulières. Par exemple, nous travaillons avec nos partenaires et les gouvernements pour mettre à la disposition des populations des gels hydroalcooliques aussi bien dans les structures de santé, que dans les familles. Nous devons réfléchir à la pratique de la distanciation sociale dans des familles où les gens vivent dans la promiscuité. Nous envisageons aussi différemment les choses quant à l’usage des masques. Ce sont des problématiques que nous prenons en compte dans nos équipes.

 

 

Nous devrons adapter le plus possible à ces contextes les principes qui prévalent au fait de ne pas s'infecter les uns les autres (…). Nous sommes très conscients des défis qui se présentent et nous sommes en train d’examiner les façons d’innover pour y faire face (…)". Au total, utiliser des gels hydroalcooliques ou fournir les masques là où ils sont nécessaires sont quelques-unes des recommandations que l’OMS donne aussi bien aux institutions, qu’aux communautés sur le continent.

 

 

Sans compter, qu'en plus de l'accès à l’eau, la disponibilité du savon peut également poser problème, en particulier dans les zones rurales. Il l’est aussi pour les personnes déplacées. Mais comparé au gel, le savon peut être plus accessible dans certains endroits.

 

 

 

6 - Dispose-t-on d'une bonne estimation des personnes infectées par le Covid-19 sur le continent?

Il est difficile d’avoir une estimation des personnes infectées parce que certains patients peuvent être asymptomatiques, a souligné la directrice régionale de l'OMS pour l'Afrique. Il semble que "c’est un virus qui arrive dans les pays par le biais des voyageurs qui proviennent des pays où l’infection circule", a déclaré le Dr Moeti. Les Etats travaillent ainsi à l’identification de ces éventuels porteurs, qui sont suivis au cas ils auraient contracté le virus. Quarantaine et dépistage comptent parmi les mesures appliquées. "Bien qu'il puisse y avoir des infections qui ne sont pas détectées, nous ne pensons pas qu’elles soient très nombreuses." Quant aux pays qui n’ont pas encore signalé de cas de Covid-19 – à savoir certains pays de l'Afrique de l'Est comme le Burundi et l'Ouganda –, le bureau régional de l’OMS indique que ces Etats ont mis en place des dispositifs "qui sont les mêmes" que ceux utilisés par les pays qui ont répertoriés des cas.

 

 

 

7 - Les pays africains peuvent se prévaloir de leur expérience passée pour lutter contre le coronavirus

L'expérience de la région Afrique face à d'autres épidémies est un atout aujourd'hui pour lutter contre le coronavirus. Les dispositifs mis en place pour Ebola et la grippe ont aidé à amorcer la lutte contre le coronavirus à de nombreux endroits sur le continent.

 

 

 

8 - Les pays africains disposent-ils de respirateurs et de personnel qualifié pour faire face aux complications que peut générer le Covid-19 ?

L'OMS ne dispose pas de chiffres pour l'heure. Les informations sont en train d’être compilées (lits et personnel qualifié). L'agence onusienne "reconnaît" néanmoins que les pays africains ne sont pas bien lotis dans ce domaine. L’Afrique du Sud, qui dispose de l'un des systèmes de santé les plus développés de la région Afrique, a déjà admis que si la situation "explosait", ses capacités seraient mises à rude épreuve. L’OMS envisage d’aider les pays concernés à importer, par exemple, le matériel nécessaire : ventilateurs et sources d’oxygène. De même, l'organisation aide certains pays à adapter les infrastructures existantes pour traiter les premiers cas graves qui se présenteraient. Des formations sont également organisées à Dakar, au Sénégal, et à Brazzaville, la capitale congolaise qui accueille le bureau régional de l'Afrique.

 

 

 

9 - Aucune preuve concluante" sur l'efficacité de la chloroquine, un antipaludéen bien connu en Afrique

Des études en Chine et en France, plus récemment, ont obtenu des résultats prometteurs en utilisant la chloroquine pour traiter les malades infectés par le  coronavirus. Le président américain Donald Trump, lui, fait pression sur l'agence américaine du médicament (FDA) pour qu'elle valide l'option de la chloroquine pour soigner la maladie. "Aujourd'hui, nous n’avons connaissance d’aucune preuve concluante démontrant que la chloroquine pourrait être efficace pour traiter ce virus", a indiqué le Dr Moeti, le 19 mars 2020. L'OMS attend les résultats des essais faits sur des traitements possibles

 

 

 

10 - Ne pas négliger les autres crises sanitaires

L’OMS collabore avec les Etats afin qu'ils puissent disposer d'au moins un mécanisme qui leur permet de gérer tous les problèmes sanitaires de façon simultanée. L'idée étant d'éviter toute crise qui pertuberait le système de santé et aurait des conséquences sur le traitement d'autres maladies. La directrice régionale de l'OMS a d'ailleurs appelé les médias à apporter leur aide dans cette démarche, afin qu'il soit possible de continuer à "donner des informations, en même temps, sur ces problèmes sanitaires et le coronavirus". "Quand j’allume ma télévision ou ma radio aujourd’hui, on ne parle virtuellement que de coronavirus", fait remarquer le Dr MoetiIl serait bienvenu, selon elle, que les informations continuent de circuler sur les épidémies d'Ebola, de rougeole ou encore de choléra, notamment en République démocratique du Congo. 

 


21/03/2020
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Franceinfo - le dimanche 2 février 2020

 

 

Opération Barkhane : la France va déployer 600 soldats supplémentaires au Sahel

 

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franceinfo avec ReutersFrance Télévisions

 

 

L’essentiel des renforts sera engagé dans la zone dite des "trois frontières", entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger

 

 

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Un soldat français de l'Opération Barkhane, le 10 novembre 2019, au Burkina Faso. (MICHELE CATTANI / AFP)

 

 

La France va déployer 600 soldats supplémentaires dans la bande sahélo-saharienne. Les effectifs de l'opération Barkhane seront ainsi portés à 5 100 hommes, annonce dimanche 2 février la ministre des Armées, Florence Parly, dans un communiqué.

 

 

L’essentiel des renforts sera déployé dans la zone dite des "trois frontières", entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, précise la ministre. "Une autre partie de ces renforts sera engagée directement au sein des forces du G5 Sahel pour les accompagner au combat", ajoute Florence Parly.

 

 

 

L'épicentre de la lutte contre les jihadistes

La ministre précise par ailleurs que le Tchad "devrait bientôt déployer un bataillon supplémentaire" au sein de la force conjointe du G5 Sahel, qui réunit la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad) dans la région des "trois frontières", épicentre de la lutte contre les groupes jihadistes, au premier rang desquels l’organisation Etat islamique au Grand Sahara (EIGS). "Le renfort annoncé par le président de la République doit nous permettre d'accentuer la pression contre l'EIGS. (...) Nous ne laisserons aucun espace à ceux qui veulent déstabiliser le Sahel", souligne Florence Parly.

 

 

Face à la persistance de la menace jihadiste dans la bande sahélo-saharienne, Emmanuel Macron et les dirigeants du G5 Sahel ont annoncé, le 13 janvier, un nouveau cadre opérationnel pour la lutte anti-jihadistes à l'issue du sommet de Pau. Le président français avait alors annoncé l'envoi de 220 militaires en renfort après avoir laissé planer la menace d'un retrait face au "sentiment anti-français" qui s'étend dans la région

 


02/02/2020
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Franceinfo - le lundi 13 janvier 2020

 

 

Emmanuel Macron annonce l'envoi de 220 soldats français supplémentaires au Sahel

 

 

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franceinfoFrance Télévisions

 

 

 

Le président de la République s'est exprimé à l'occasion d'une réunion du G5 Sahel, à Pau (Pyrénées-Atlantiques), pour discuter notamment de l'avenir de la force Barkhane

 

 

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Le président français Emmanuel Macron, le président malien Boubacar Keita, le président du Burkina Faso Roch Marc Christian Kabore, le président du Niger Mahamadou Issoufou, le président mauritanien Ould Cheick El Ghazouni et le président tchadien Idriss Déby, à Pau (Pyrénées-Atlantiques), lundi 13 janvier 2020.  (AFP)

 

 

 

La France renforce sa présence militaire au Sahel. Lundi 13 janvier, Emmanuel Macron a annoncé que "220 militaires" supplémentaires seront déployés pour renforcer l'opération Barkhane. La France et les pays du G5 Sahel (Niger, Tchad, Mauritanie, Burkina Faso, Mali) ont décidé de renforcer leur coopération militaire, face à la recrudescence des attaques jihadistes. 

 

 

Lors d'un sommet à Pau, le G5 Sahel et la France se sont également accordés sur la mise en place d'une "coalition pour le Sahel". Elle regroupera ces six Etats, les partenaires déjà engagés, ainsi que "tous les pays et organisations qui voudront y contribuer".

 

 

Cette réunion survient alors que le sentiment anti-Français progresse au Mali et au Burkina-Faso. Ainsi, le président français avait indiqué vouloir des réponses concernant la présence des militaires français de l’opération Barkhane dans ces pays et demander aux pays du Sahel "qu’ils clarifient et formalisent leur demande à l’égard de la France et de la communauté internationale."

 


14/01/2020
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Franceinfo - le mardi 31 décembre 2019

 

 

"L’Ethiopie veut reprendre le rang qu'elle estime être le sien, celui d'une grande puissance dans la Corne de l’Afrique"

 

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Falila GbadamassiRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

L'Ethiopie est devenue en quelques années un pays incontournable de la Corne de l'Afrique. Entretien avec le géographe français Alain Gascon, professeur émérite à l’Institut français de géopolitique de l’université Paris-VIII

 

 

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Un homme assis au volant d'un camion couvert d'autocollants à l'effigie de plusieurs dirigeants éthiopiens à Asosa, en Ethiopie, le 25 décembre 2019.  (EDUARDO SOTERAS / AFP)

 

 

 

En quelques décennies, l'image de l'Ethiopie a radicalement changé. Sa fulgurante croissance économique (plus de 9% en 2019), la fin du conflit avec l'Erythrée et le prix Nobel de la paix décerné au Premier ministre Abiy Ahmed ont de nouveau propulsé ce pays sur le devant de la scène internationale. Alain Gascon est professeur émérite à l’Institut français de géopolitique (Paris VIII, Centre de recherches et d’analyses géopolitiques) et ancien chargé de cours à l’Institut national des langues et civilisations orientales. Le géographe est l'auteur de plusieurs ouvrages et articles sur l'Ethiopie. Entretien. 

 

 

 

Franceinfo Afrique : Comment ce pays qui a été longtemps associé à la famine et aux guerres, comme vous l'écrivez, s'impose désormais comme une puissance en Afrique de l'Est ?

 

Alain Gascon : Les Ethiopiens sont profondément patriotes. Ce patriotisme a été exacerbé par plusieurs événements. D'abord, lorsqu’il y a eu le choc de la colonisation à la fin du XIXe siècle après l’ouverture du canal de Suez, l’Ethiopie a réussi à repousser les Egyptiens, même si Jean IV, l'un des rois des rois, y a d'ailleurs laissé la vie. Il y a eu, ensuite, la période du Negus Ménélik II (1844-1913) qui a repoussé l'invasion italienne en1896 à Adoua. Les Ethiopiens en ont tiré une légitime fierté, celle de ne pas avoir été colonisés. Résultat : dans les années 30, les étrangers perçoivent l’Ethiopie comme une anomalie.

 

 

A tel point qu'en 1936, quand les Italiens ont de nouveau attaqué les Ethiopiens, ces derniers ont eu l’impression à juste titre d’avoir été abandonnés par la communauté internationale. Ils en voulaient particulièrement aux Français et aux Britanniques. Ces derniers se sont rachetés plus tard en contribuant à vaincre les Italiens en 1941. Depuis, il y a eu une méfiance fantastique de la part des Ethiopiens vis-à-vis des étrangers.

 

 

Ils ont enfin été scandalisés lorsque leur pays, en proie à des guerres civiles et des famines importantes, a été prié de ne pas présenter de revendications lors de réunions internationales, parce qu'il n'arrivait pas à faire face aux crises qu'il connaissait. Les Ethiopiens ne comprennent pas qu'on les tienne pour des acteurs secondaires du concert international compte tenu de leur histoire et du fait qu'ils appartiennent à une vieille civilisation, qui n'était pas moins glorieuse que celle des Européens.  

 

 

En outre, en dépit d'une population qui s'est multipliée par quatre entre les années 70 et les dix premières années du XXe siècle, l’Ethiopie arrive à nourrir 85%-90% de sa population estimée à environ 112 millions d'habitants. Le pays a augmenté de façon considérable sa productivité et ses rendements agricoles. Les paysans ont accompli une révolution, très différente de la nôtre, fondée sur l'investissement dans le travail manuel. Contrairement aux gouvernants qui, depuis Hailé Sélassié 1er (devenu empereur d'Ethiopie en 1930, NDLR), ont favorisé une modernisation autoritaire de l'agriculture (mécanisation, utilisation d'engrais et développement de grandes exploitations). Le défaut étant que cela aggrave l'exode rural qui est très important.

 

 

 

Cette évolution de l'Ethiopie est donc liée à un certain patriotisme et le sentiment d'injustice que peut ressentir une grande civilisation qui n'est pas reconnue comme telle... 

 

Tout à fait. L'Ethiopie veut maîtriser les techniques des étrangers pour pouvoir résister parce qu'elle craint de passer sous la tutelle de telle ou telle puissance. Les Ethiopiens essayent d’avoir de l’aide de plusieurs Etats à la fois. Ils ont toujours cherché à diviser les étrangers. Quand j’entends dire que l'Ethiopie est tombée sous la coupe de la Chine, je ne peux m'empêcher de sourire. Les entreprises chinoises ont été traduites en justice parce qu'elles avaient eu du retard sur les chantiers, parce qu'elles n'avaient pas respecté les règles en vigueur... Je ne pense pas que beaucoup d’Etats africains en fassent autant. 

 

 

 

Dans quelle mesure retrouve-t-on cet état d'esprit chez les dirigeants éthiopiens ? 

 

Ils ont absolument compris qu’il fallait contrôler et organiser la distribution de l'aide alimentaire. Hailé Selassié est tombé quand la famine s'est révélée. Il en a été de même pour Mengistu (il arrive au pouvoir en 1974 et instaure une dictature sanguinaire, NDLR) au moment de la grande famine (1984-1985). Les gouvernements éthiopiens successifs sont paniqués à l'idée d'une crise alimentaire incontrôlée. S'il devait y en avoir une, les responsables politiques se savent condamnés à brève échéance.

 

 

 

Le Prix Nobel de la paix 2019 a été décerné à Abiy Ahmed. Quelle est sa particularité par rapport à ses prédécesseurs ? 

 

La grande nouveauté chez le Premier ministre actuel, c'est qu'il s'affiche comme démocrate et qu'il a pris des mesures démocratiques et libérales. C'est une rupture très importante par rapport à ses prédécesseurs. Si on remonte au XIXe siècle et aux trois grands rois qui ont cherché  à moderniser le pays et à repousser les invasions, ce n'était pas des démocrates. Ce sont des souverains qui se sont appuyés sur l'Eglise et mené une politique militaire très brutale. Ménélik a établi son pouvoir par l'épée. 

 

 

C'est un encouragement pour un pays qui a réalisé des prouesses et qui va encore en réaliser. Le Premier ministre a du pain sur la planche comme on dit. Je trouve courageux de dire que les problèmes ne seront pas réglés par la force dans un pays où il y a une tradition de brutalité politique.  

 

 

 

Le géographe français Alain Gascon, auteur de plusieurs ouvrages et articles sur l\'Ethiopie

Le géographe français Alain Gascon, auteur de plusieurs ouvrages et articles sur l'Ethiopie (THINKING AFRICA)


 

Les autorités misent sur l'agriculture, notamment avec cette politique d'accaparement des terres qui n'est pas très populaire, mais aussi sur les infrastructures...

 

La politique en matière d’infrastructures est déterminante pour le gouvernement éthiopien. C’est Meles Zenawi (le Premier ministre arrive au pouvoir en 1991, NDLR) qui en est l’architecte, notamment avec la construction des grands barrages. La plupart d'entre eux sont financés par des banques chinoises. Cependant, la moitié de ces barrages sont édifiés par Salini, un constructeur italien qui achète des turbines au français Alstom. 

 

 

Quand la Banque mondiale a refusé de financer le barrage de la Renaissance, Meles Zenawi a eu une très bonne idée en lançant une souscription nationale qui flatte la fibre patriotique. Elle rencontre du succès dans la diaspora éthiopienne. Plusieurs milliards ont été ainsi engrangés. C'est devenu une espèce de grande cause nationale. Il n'est absolument pas question de lâcher le grand barrage de la Renaissance (objet de tensions avec l'Egypte, NDLR) d’autant que l’Ethiopie vend déjà de l’électricité à ses proches, en vend déjà ou s'apprête à le faire au Kenya. Il y a de fortes chances qu'elle fournisse le Somaliland, l'Erythrée ou encore le Soudan. C’est un moyen capital et stratégique pour l’Ethiopie de reprendre le rang qu'elle estime être le sien, celui d'une grande puissance dans la Corne de l’Afrique. 

 

 

 

Mais la question oromo (les Oromos représentent un tiers de la population éthiopienne, mais se sentent marginalisés) paraît toujours d'actualité en dépit du fait que l'Ethiopie a un Premier ministre issu de cette communauté... 

 

 

Les Oromos vivent autour d'Addis-Abeba et des grandes villes. Ces dernières se développent souvent au détriment de leurs périphéries. Et en périphérie, il y a les paysans oromos à qui on prend la terre pour développer des équipements urbains et construire des habitations. Les paysans bénéficient certes d'une indemnisation selon la loi, mais ce sont des victimes puisqu'ils ne peuvent pas profiter du marché de l'immobilier. Ils ont donc l'impression d'être floués. Addis Abeba est aussi la capitale de l'Oromia (l'un des 9 Etats régionaux de l'Ethiopie, NDLR). C'est un peu le problème de Bruxelles, capitale francophone de la Belgique, enclavée dans la Flandre néerlandophone. 80% des Ethiopiens sont des agriculteurs et ils se disent qu'ils sont expulsés de leurs terres au moment où ils pourraient faire des affaires grâce au marché urbain qui se développe : 20-25% de la population éthiopienne est urbaine.  

 

 

Les Oromos ont une langue, qui en dehors de leur administration n'est pas très utlisée. Et les jeunes Oromos sont désavantagés pour des questions linguistiques lorsqu'ils rentrent en compétition dans l'administration fédérale et dans les entreprises. Ces jeunes se disent donc ségrégués sur le marché du travail. Contrairement aux Gouragués qui parlent leur langue, tout en excellant en amharique. Ces derniers tiennent les boutiques et le marché de la capitale. Nous sommes dans une situation de colinguisme, pas de multilinguisme. Beaucoup d'Ethiopiens pratiquent plusieurs langues. 

 

 

Il y a également Jawar Mohammed dont le père est yéménite et la mère éthiopienne. Il est installé aux Etats-Unis et il a fondé Oromia Media Network. C'est quelqu'un qui a d'importants moyens financiers et qui maîtrise très bien les réseaux sociaux. Il a 1,7 millions de followers... Il est capable de mobiliser. Jawar Mohammed apparaît comme un leader, comme l'adversaire du Premier ministre. Avec ses jeunes partisans, il incarne aujourd'hui l'opposition à Abiy Ahmed. Les deux hommes n'ont d'ailleurs pas les mêmes partisans, ceux du Premier ministre sont plus éduqués.

 

 

Comment voyez-vous l'avenir de ce pays ? 

 

Sur le plan économique, l'avenir paraît difficile, parce qu'il faut gérer toutes les conséquences de l'accaparement des terres. Une politique qui constitue pour moi une erreur magistrale. La poursuite des conflits pour la terre se traduit par 1 à 2,5 millions de déplacés intérieurs, à savoir des gens qui n'arrivent pas à trouver un lopin de terre et qui vont finalement se retrouver dans des camps ou dans des villes.

 

 

C'est une situation qui ne cesse de s'aggraver à cause d'un pari sur l'agro-industrie, qui est à mon sens, perdu d'avance. Ce gouvernement fait le même pari que ses prédécesseurs : il pense qu'à coups de machines agricoles, on réussira à régler les problèmes de l'Ethiopie. Une autre difficulté est de trouver des crédits, de l'argent dans un pays où un tiers de la population vit avec 60 centimes par jour. Il faut absolument développer les infrastructures et instruire une population dont 40% a moins de 15 ans.

 

 

Aujourd'hui, il faut également gérer le retour des groupes violents, notamment depuis la signature de la paix avec l'Erythrée, qui conservait sur son territoire un certain nombre de fronts de libération généralement agressifs. Ils sont arrivés en Ethiopie et le gouvernement a eu toutes les peines du monde à les recaser. Sans compter que l'Ethiopie est un pays où il y a énormément d'armes en circulation. Les hommes sont des guerriers et les femmes aussi d'ailleurs. C'est un pays où posséder une arme est très important. 

 

 

Toujours sur le plan politique, il va falloir faire évoluer le fédéralisme, alors que persiste un fort sentiment national éthiopien. Un tiers des Ethiopiens sont opposés au fédéralisme qui est d'un ressort ethnolinguistique dans ce pays. La Constitution éthiopienne dit que chaque peuple, nation et nationalité a le droit a une autonomie culturelle, politique et de s'administrer par lui-même (c'est ce droit qui a été exercé par les Sidamas récemment et que les Wolaytas réclament, NDLR). Cela va jusqu'à un droit à la sécession. Evidemment, cela peut donner des idées à d'autres. Néanmoins, il n'y a pas que l'Ethiopie qui rencontre ce genre de problématique. Tous les Etats qui sont organisés sur des bases fédérales sont confrontés à ce type de défi. L'un des challenges les plus importants à relever pour les autorités éthiopiennes reste de faire admettre la démocratie et, par conséquent, de faire des Ethiopiens des citoyens. 

 

 

Enfin, le principal problème de l'Ethiopie est surtout démographique. Le pays comptera plus de 200 millions de personnes en 2050. Il faudra donner un travail et un toit à tout le monde et ce n'est pas évident.

 


01/01/2020
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Franceinfo - le dimanche 22 décembre 2019

 

 

Ce que la fin du franc CFA va changer pour les pays d'Afrique de l'Ouest

 

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Cette monnaie, utilisée notamment dans huit pays d'Afrique de l'Ouest depuis 1945, sera remplacée par l'Eco dès 2020. Objectif : "désamorcer les critiques" selon lesquelles la France continuait de dicter ses décisions via cette monnaie

 

 

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Emmanuel Macron et Alassane Ouattara, président de la Côte d'Ivoire, lors d'une conférence de presse à Abidjan, la capitale ivoirienne, le 21 décembre 2019.  (LUDOVIC MARIN / AFP)

 

 

 

Une "réforme historique majeure". Emmanuel Macron a sonné le glas du franc CFA  samedi 21 décembre, mettant fin à ce qui est "perçu comme l'un des vestiges de la Françafrique". A Abidjan, le président de la République s'est posé en défenseur d'une relation "décomplexée" de la France avec l'Afrique, appelant à "bâtir une nouvelle page" après le "colonialisme" qui fut "une faute de la République"

 

 

Son homologue ivoirien, Alassane Ouattara, a détaillé l'accord conclu entre les huit pays d'Afrique de l'Ouest qu'il représentait (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo) et la France. "Le franc CFA a été un outil essentiel", mais "nous devons entreprendre des réformes encore plus ambitieuses afin de consolider notre dynamique de croissance, préserver le pouvoir d'achat de nos populations", a déclaré le président ivoirien. Courant 2020, le franc CFA sera ainsi remplacé par une nouvelle monnaie unique : l'Eco. Franceinfo revient sur cette décision. 

 

 

 

Pourquoi la fin du franc CFA constitue-t-elle une décision historique ?

En rompant avec cette monnaie créée en 1945 et baptisée alors "franc des colonies françaises d'Afrique", Emmanuel Macron met fin à un héritage du colonialisme. Devenu "franc de la Communauté financière africaine" après les indépendances des années 1960, le franc CFA restait perçu par beaucoup comme un symbole évident de la mainmise française sur ses anciennes colonies. 

 

 

"Le franc CFA cristallise de nombreuses critiques sur la France. Je vois votre jeunesse qui nous reproche une relation qu'elle juge post-coloniale. Donc rompons les amarres", a déclaré samedi le chef de l'Etat, à quelques jours du 60e anniversaire de l'indépendance des pays membres de la zone franc. Il a dit "assumer" la nouvelle situation que ces changements créaient pour la France en Afrique de l'Ouest, son ancien pré carré, avec laquelle Paris doit "bâtir une relation nouvelle, à la fois passionnée et décomplexée".

 

 

 

 

 

 

La France est ainsi régulièrement accusée d'assujettir l'Afrique de l'Ouest par le biais du franc CFA. En début d'année, le sujet avait été l'objet de vives tensions entre les gouvernements français et italiens : Matteo Salvini et Luigi di Maio, alors vice-présidents du Conseil, avaient accusé Emmanuel Macron d'empêcher le développement de l'Afrique en maintenant une forme d'hégémonie sur le continent par le biais de cette monnaie.

 

 

Comme beaucoup d'économistes africains, le Togolais Kako Nubukpo, doyen de la faculté des sciences économiques de Lomé, a toujours considéré le franc CFA comme une "servitude". "Ce qui enflamme la jeunesse africaine et la diaspora, c'est que les réserves de change soient basées au Trésor français, que les billets CFA soient imprimés en France ou encore que l'acronyme CFA renvoie à la colonisation", pointait-il dans un récent entretien à l'AFP. 

 

 

 

Quels sont les pays concernés par cet accord ?

Au total, 155 millions de personnes utilisent le franc CFA comme monnaie, répartis dans quatorze pays (dont douze anciennes colonies françaises). Huit d'entre eux font partie de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) : il s'agit du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire, de la Guinée-Bissau, du Mali, du Niger, du Sénégal et du Togo.

 

 

Ces huit pays ont décidé de signer l'accord mettant fin au franc CFA. Ils utiliseront donc l'Eco, qui est en réalité le nom choisi pour la future monnaie unique des pays membres de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cedeao). Quand sera-t-elle lancée ? Difficile à dire. Selon Le Figaro, les pays de la Cedeao ont évoqué l'année 2020 pour le lancement de l'Eco, mais sans donner davantage de précisions sur le calendrier. 

 

 

Par ailleurs, les six pays d'Afrique centrale utilisant également le franc CFA, qui forment une zone monétaire distincte, ne sont pas concernés par cette réforme : ils continueront donc d'utiliser cette monnaie.

 

 

 

Depuis quand cette réforme est-elle discutée ? 

Emmanuel Macron ne s'est pas toujours dit favorable à la fin du franc CFA. Lors de sa visite au Burkina Faso en 2017, et alors que plusieurs manifestations contre la devise avaient lieu au Bénin, au Gabon, en Côte d'Ivoire et au Mali, il s'était dit favorable à son maintien. "C'est une bonne chose pour un aspect, ça donne de la stabilité à ceux qui l'ont", avait-il estimé. Mais depuis, des réunions régulières ont lieu pour "sortir en douceur de la monnaie", précise Le Monde

 

 

D'après le quotidien, les discussions se sont accélérées depuis juin "dans la plus grande confidentialité" entre Emmanuel Macron et Alassane Ouattara, président de l'UEMOA. Les deux hommes ont en effet "convenu qu'il y avait une fenêtre d'opportunité avant l'année électorale en Côte d'Ivoire", indique le quotidien.

 

 

Le président ivoirien, l'un des rares défenseurs de la devise, "a dû se plier à la décision souveraine prise par les autres dirigeants de la zone UEMOA", note le Financial Times (article en anglais). Par ailleurs, plusieurs chefs d'Etat africains avaient récemment appelé à une remise en cause profonde de la monnaie, à l'image de Patrice Talon, président du Bénin, qui avait annoncé en novembre que le franc CFA ne serait plus garanti par le Trésor français. 

 

 

 

Qu'est-ce que ça change pour les pays concernés ?

En plus du nouveau nom, cette réforme implique deux changements majeurs. D'abord, les banques centrales d'Afrique de l'Ouest ne devront plus déposer la moitié de leurs réserves de change auprès de la Banque de France. Cette obligation était perçue, par les détracteurs du franc CFA, comme une dépendance humiliante vis-à-vis de la France. Les Etats de l'UEMOA avaient jusqu'ici l'obligation de stocker au moins 50% de leurs réserves de change à la Banque de France "en contrepartie d'une garantie de convertibilité avec l'Euro", précise Le Monde.

 

 

"Pendant longtemps, 100% des réserves de la zone étaient conservées au Trésor public français. Et même quand on est passé à 65% dans les années 1970, les Banques centrales africaines continuaient de verser quasiment 100% au Trésor public français", explique l'économiste Martial Ze Belinga sur RFI. Pour lui, "les réserves sont l'élément le plus saillant et qui cristallise le plus les attentes". 

 

 

De plus, et c'est un autre changement important, les représentants français qui siégeaient au sein des instances de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) vont se retirer. "La France ne nommera plus aucun représentant au conseil d'administration et au comité de politique monétaire de la BCEAO, ni à la commission bancaire de l'UMOA", a expliqué l'Elysée. Il s'agit de "désamorcer les critiques", selon lesquelles la France continuait de dicter ses décisions dans ces instances via ses représentants, selon l'Élysée. La BCEAO "sera libre de placer ses avoirs dans les actifs de son choix", selon la présidence française.

 

 

Une chose ne change pas, néanmoins : la nouvelle monnaie sera toujours indexée sur l'euro (1 euro = 655,96 francs CFA) pour éviter les risques d'inflation. Mais ce point pourrait être appelé à évoluer lorsque la monnaie commune ouest-africaine sera en place. Les économistes africains critiquent fortement cet arrimage, qui "pose problème pour les économies de la région, beaucoup moins compétitives" indique Le Point. Celles-ci "ont besoin de donner la priorité à la croissance économique et à l'emploi plutôt que de lutter contre l'inflation". Les Etats concernés devront désormais décider si cet adossement à l'euro est une bonne chose ou pas.

 


23/12/2019
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Franceinfo - le jeudi 12 décembre 2019

 

 

L'Afrique du Sud en proie à des coupures d'électricité sans précédent

 

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franceinfoRadio France

 

 

 

La grogne sociale monte dans le pays, en raison de délestages électriques massifs depuis le 9 décembre

 

 

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Des habitants de Cape Town en Afrique du Sud, victimes d'un délestage électrique le 18 mars 2019. (NIC BOTHMA / EPA)

 

 

 

Un chiffre résume la situation : la compagnie nationale d’électricité Eskom reconnaît ne pouvoir faire face qu’à 80% de la demande. Vous avez compris : il en manque 20%. Donc que fait-elle ? Elle coupe le courant, le plus souvent dans la journée, quand il fait jour, entre 6h du matin et 20h le soir (c’est l’été là-bas). C’est le principe du "délestage". Et depuis le lundi 9 décembre, tout le monde est touché en Afrique du Sud, à tour de rôle, sur un principe tournant. Les particuliers, les entreprises, les écoles, personne n’est épargné dans ce pays de 57 millions d’habitants, pourtant l’un des trois plus riches du continent africain, avec le Nigeria et l’Égypte. La journée du mardi 10 décembre a été la pire. Mais ça devrait durer au moins jusqu’à la fin de la semaine. Cette pratique des délestages électriques est assez courante en Afrique du Sud depuis une dizaine d’années, mais ça n’avait jamais atteint pareille ampleur.  

 

 

 

25 milliards de dettes

Il y a plusieurs explications à cette situation. L’entreprise, qui fournit plus de 90% de l’électricité dans le pays, invoque une raison conjoncturelle : les inondations provoquées par des pluies violentes ont mis hors service plusieurs centrales. Il est aussi question de sabotage par des salariés de l’entreprise, hypothèse avancée par le président sud-africain lui-même, Cyril Ramaphosa. Mais l’explication principale, c’est surtout l’état de délabrement des centrales électriques du pays, à 90% des centrales à charbon. Ces centrales ont en moyenne 37 ans, un déficit majeur d’entretien et d’investissement. L’entreprise Eskom est criblée de dettes : plus de 25 milliards d’euros d’endettement cumulé, c’est colossal.   

 

 

 

Congés annulés pour les salariés

Hier, le président Ramophosa est rentré précipitamment d’Égypte où il était en voyage officiel. Il a convoqué une réunion de crise avec les dirigeants de l’entreprise électrique. Et il a décidé, purement et simplement, d’interdire les congés à tous les salariés d’Eskom, pendant cette période de fin d’année. Parce que le risque, c’est celui de l’explosion sociale, au moment où les Sud-Africains se préparent aux vacances estivales, un mois d’arrêt entre mi-décembre et mi-janvier. "Je ne veux pas de coupures pendant les vacances", a martelé le président.

 

 

 

Cyril Ramaphosa ðŸ‡¿ðŸ‡¦ ✔@CyrilRamaphosa
 

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Corruption endémique et chômage à 30%

À court terme, Eskom pourrait acheter de l’électricité à de petites compagnies privées. Mais il faudrait surtout renouveler tout le parc de production et ça va prendre des dizaines d’années. En plus, le plan récemment adopté va en sens inverse de l’Histoire sur l’enjeu climatique : il vise à construire à nouveau des centrales à charbon. Pour ne rien arranger, les deux nouvelles centrales qui sont déjà en construction connaissent de gros retards de livraison, en raison probablement de la corruption qui gangrène le pays. Le souci, c’est que l’Afrique du Sud n’a pas le temps d’attendre : ces coupures d’électricité massives ont en effet des conséquences sur toute la chaîne de production économique. Et le pays n’a pas besoin de ça, avec un chômage de 30% et une population très jeune (35% des Sud-Africains ont moins de 20 ans). On comprend pourquoi le président Ramaphosa est rentré hâtivement au pays.

 


14/12/2019
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Franceinfo - le vendredi 13 décembre 2019

 

 

Sahel : la situation est "hors de contrôle", selon des experts à Washington

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Chercheurs et analystes de "Think tank" à Washington, interrogés par l'AFP, voient le Sahel plonger inexorablement entre les mains des groupes jihadistes

 

 

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Un soldat burkinabè sur son véhicule blindé lors d'une patrouille dans la région de Soum, au nord bu Burkina Faso, le 12 novembre 2019. (MICHELE CATTANI / AFP)

 

 

 

Les inquiétudes étaient déjà vives, mais l'attaque d'Inates au Niger le 10 décembre les ont brusquement confirmées : le Sahel plonge inexorablement dans un chaos orchestré par les groupes jihadistes, face auquel ni les Etats locaux ni l'intervention française ne trouvent de réponse à la hauteur des enjeux.

 

 

 

"Ca va très mal et ça va continuer d'empirer"

71 soldats nigériens ont été tués dans l'attaque du camp militaire nigérien, dûment préparée et revendiquée par le groupe Etat islamique. Un épisode tragique qui confirme que ce pays africain, tout comme le Mali et le Burkina Faso voisins, est confronté à une insurrection islamiste dont la force de frappe ne cesse de croître.

 

 

"Ca va très mal et cela va continuer d'empirer", craint Michael Shurkin, politologue à l'institut de recherche RAND, résumant une pensée largement partagée dans la communauté des experts de la zone rencontrés par l'AFP à Washington.

 

 

Convaincu de l'importance de la mission de la force antijihadiste Barkhane et de la qualité du travail des soldats français, cet ancien analyste à la CIA décrit une situation effrayante au Niger. "Il y a trop peu de soldats locaux, à qui il manque compétences et équipements. Les Français ne sont pas assez nombreux non plus."

 

 

L'attaque d'Inates est la plus meurtrière depuis le début de l'offensive jihadiste en 2015 au Niger. Le Mali a été frappé par une série d'assauts sanglants, plus de 140 soldats ont été tués. Le Burkina Faso avait pour sa part perdu 24 militaires en août, dans un assaut contre la base de Koutougou, également près de la frontière malienne.

 

 

"Il n'est pas possible de régler la situation en tuant tout le monde. La situation est hors de contrôle", estime un responsable du département américain de la Défense sous couvert de l'anonymat. "Les Etats sont désorganisés, je pense qu'ils sont justes dépassés."

 

 

Le G5-Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad et Mauritanie), dont les membres sont censés s'unir face à un ennemi chaque semaine plus menaçant, demeure selon lui une idée plus qu'une force. "Avec plus de soutien international, ils pourraient devenir un acteur mais aucun signal n'indique que ce soit en train de se produire".

 

 

Comme les premières réactions au Niger l'ont montré, les opinions publiques locales s'interrogent ouvertement sur le rôle de la force française, qui maintient 4 500 hommes sur le terrain. Un chiffre faible, compte-tenu de l'espace concerné, soulignent les analystes. "Tout le monde sait que Barkhane n'est pas assez important pour faire plus qu'éteindre un feu plus gros encore. C'est la pire des justifications pour une guerre, mais la France en est là", estime Michael Shurkin.

 

 

 

Un cul-de-sac sanglant et désespéré

Dans cette immense région aride et pauvre, balayée par le vent et le sable et délaissée par les Etats centraux, les dynamiques sociales et politiques évoluent selon des logiques tribales, très localisées, au sein desquelles les groupes jihadistes ont su s'inscrire.

 

 

"Les groupes progressent dans leur lecture des réalités locales et commencent à proposer des formes de gouvernance", constate Emily Estelle, de l'American Entreprise Institute (AEI). Ils "assouvissent des besoins simples de la population", ajoute-t-elle évoquant par exemple la gestion des droits d'exploitation des terres ou de l'usage de l'eau dans les villages.

 

 

Les forces de sécurité locales ne sont elles-mêmes pas exemptes de tous reproches, entre arrestations de masse et exécutions sommaires d'individus accusés de soutenir les jihadistes. "Le jour, on craint l'armée, la nuit on craint les jihadistes", a indiqué un villageois aux équipes de l'AEI. Un cul-de-sac sanglant et désespéré.

 

 

Progressivement, les groupes enrôlent donc des combattants et se font plus efficaces. Sans même être informée du dernier épisode au Niger, Emily Estelle constatait le 10 décembre 2019 une escalade depuis deux ans des "attaques de bases militaires, par rapport à ce à quoi l'on assistait dans le passé". Les capacités d'action des jihadistes augmentent, la réponse des Etats stagnent.

 

 

Le président français Emmanuel Macron a annoncé le report à janvier du sommet consacré à l'opération Barkhane et au G5-Sahel, initialement programmé le 16 décembre pour notamment clarifier avec les dirigeants africains les positions de chacun sur la présence militaire française.

 

 

Mais aucun des experts interrogés par l'AFP n'imagine la France quitter la région, au risque de laisser les jihadistes agir librement à quelques milliers de kilomètres de son territoire. Aucun ne la voit non plus augmenter massivement sa présence, encore moins pacifier la région rapidement.

 

 

"La France est autant déployée que possible et n'y arrive pas. Aucun Etat ne peut renflouer la région", estime Jacob Zenn, de la Fondation Jamestown à Washington. Avec en tête plus de questions que de réponses. "Est-ce que l'arc d'instabilité (Niger, Burkina, Mali) va se concrétiser ? Est-ce que le Togo, le Bénin, le Ghana sont préparés ?"

 


13/12/2019
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Franceinfo - le mardi 10 décembre 2019

 

 

A cause de la sécheresse, les chutes Victoria ne sont plus qu'un filet d'eau

 

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franceinfo avec ReutersFrance Télévisions

 

 

Situées à la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe, ces célèbres chutes d'eau, inscrites au patrimoine mondial de l'Unesco, subissent le pire épisode de sécheresse depuis un siècle

 

 

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Seul un mince filet d'eau s'écoule désormais des chutes Victoria.

capture d'écran France Info

 

 

 

L'eau ne coule plus à flots du côté des chutes Victoria. A la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe, ces chutes, où le fleuve Zambèze d'Afrique australe coule en cascade sur 100 mètres dans une entaille dans le sol, sont un haut lieu touristique en Afrique australe. Mais depuis le mois de juin, une terrible sécheresse frappe la région. Et le débit habituellement intense s'est considérablement réduit.

 

 

 

C'est normal que, chaque saison, on se retrouve à sec comme cela, mais cette année, ça a commencé dès le mois de juin, c'est l'une des plus longues sécheresses que nous ayons jamais connues.

Dominic Nyambe, un vendeur d'artisanat touristique

à Reuters

 

 

 

La région subit cette année son pire épisode de sécheresse depuis un siècle. Est-ce une conséquence du réchauffement planétaire ? "Il est parfois difficile de dire que c'est à cause du changement climatique parce que les sécheresses ont toujours eu lieu, répond Harald Kling, hydrologue à la société d'ingénierie Poyry et expert du fleuve Zambèze, s'ils deviennent plus fréquents, alors vous pouvez commencer à dire 'OK, c'est peut-être le changement climatique'." 

 

 

En revanche, cette sécheresse a des conséquences sur la fréquentation touristique de la région. "Cela nous affecte, parce que les clients peuvent voir sur Internet [que le débit des chutes est faible]... Nous n'avons pas beaucoup de touristes", assure Dominic Nyambe, un vendeur d'artisanat.

 

 

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10/12/2019
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Franceinfo - le vendredi 6 décembre 2019

 

 

Sahara occidental : Aminatou Haidar, prix Nobel Alternatif 2019, dénonce "une répression féroce au quotidien".

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

La championne de la résistance pacifique à l'annexion du Sahara occidental par le Maroc réclame, dans un entretien avec l'AFP, une action internationale urgente pour empêcher le conflit latent de déboucher sur une guerre

 

 

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La militante sahraouie non-violente pour les droits de l'Homme au Sahara occidental, Aminatou Haidar, reçoit le Prix Right Livelihood au Cirkus de Stockholm, en Suède, le 4 décembre 2019. (ERIK SIMANDER / TT NEWS AGENCY)

 

 

 

Aminatou Haidar, militante sahraouie de 52 ans, a reçu le 4 décembre 2019 à Stockholm le Prix Right Livelihood, également appelé Prix Nobel Alternatif, l'un des prix les plus prestigieux dans le domaine des droits de l'Homme. Elle avoue aujourd'hui craindre que la jeunesse dans cette région disputée ait perdu l'espoir de parvenir à l'autodétermination par la non-violence.

 

 

"La communauté internationale doit agir sans perdre de temps, parce que les jeunes n'ont plus de patience. Ils ne croient plus à la résistance pacifique", a dit Aminatou Haidar dans une interview à l'AFP à Genève la semaine dernière.

 

 

 

Une responsabilité de l'Europe "pour éviter la guerre"

L'activiste, surnommée la "Gandhi du Sahara occidental", a affirmé que les Nations unies, l'Europe – en particulier la France et l'Espagne –, avaient une responsabilité pour "éviter la guerre" dans la région.

 

 

Etendue désertique de 266 000 km², riche en phosphates et bordée d'eaux poissonneuses, le Sahara occidental a été annexé par le Maroc en 1975, après le retrait de l'Espagne, jusqu'alors puissance coloniale. Ce coup de force a déclenché une guerre avec le Front Polisario, mouvement indépendantiste soutenu par l'Algérie qui a duré jusqu'au cessez-le-feu décrété en 1991.

 

 

L'ONU avait déployé une mission de Casques bleus pour observer la trêve et préparer un référendum sur l'indépendance du territoire, qui n'a jamais pu être organisé. L'ONU continue malgré tout de maintenir sur place 240 membres de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso).

 

 

Après une longue interruption, le dialogue sous l'égide de l'ONU entre le Maroc, le Front Polisario, l'Algérie et la Mauritanie a repris lors d'une table ronde en Suisse en décembre 2018, suivie d'une deuxième en mars 2019, sans qu'aucune percée ne soit enregistrée.

 

 

Rabat considère le Sahara occidental comme partie intégrante du royaume et a clairement affirmé qu'il ne tolèrerait aucun changement de statut au-delà d'une simple autonomie.

 

 

 

Inquiète du désespoir des jeunes

Aminatou Haidar a regretté qu'après tant d'années, les revendications non-violentes du peuple sahraoui pour la justice, la dignité et l'autodétermination aient été ignorées par le Maroc et la communauté internationale.

 

 

Elle s'est notamment déclarée inquiète par le désespoir des jeunes. "Ils n'y croient plus. Ils disent que la communauté internationale n'agit que dans les conflits où il y a du sang, là où il y a de la violence", a-t-elle déploré, ajoutant qu'ils "essaient de faire pression sur le Front Polisario pour qu'il reprenne les armes".

 

 

La militante reproche à la communauté internationale de ne pas faire appliquer les résolutions de l'ONU et les décisions de justice en faveur du droit à l'autodétermination du peuple sahraoui.

 

 

"C'est à cause de la complicité de quelques puissances internationales", a-t-elle dénoncé, en ciblant principalement l'Espagne et la France. "Sans l'appui de l'Europe, le Maroc ne peut pas piller, exploiter les ressources naturelles. Il ne peut pas continuer aussi son occupation et nier toutes les résolutions du Conseil de sécurité."

 

 

 

Fière d'être comparée à Gandhi

Aminatou Haidar, qui se dit fière d'être comparée à Gandhi, continue à prêcher la non-violence, malgré les mauvais traitements et les périodes d'emprisonnement qu'elles a connus depuis sa jeunesse. A tout juste 20 ans, elle affirme avoir été détenue à l'isolement pendant 4 ans dans une prison secrète.

 

 

De nouveau emprisonnée en 2005 à la suite d'une manifestation violemment réprimée, elle avait été libérée un an plus tard grâce à la pression des Etats-Unis et autorisée à se rendre en Espagne. Elle avait alors entamé une tournée en Europe, aux Etats-Unis et en Amérique latine, où elle s'était vue décerner plusieurs prix dans le domaine des droits de l'Homme.

 

 

Mais en 2009, les autorités marocaines avaient refusé de la laisser revenir dans le royaume et l'avait déportée aux Canaries après lui avoir confisqué son passeport. Elle avait alors observé une grève de la faim pendant un mois, largement médiatisée, qui avait contraint Rabat à l'autoriser à rentrer.

 

 

"Mon cas n'est pas unique", a souligné la militante. "C'est le cas de tout le peuple sahraoui aujourd'hui. Nous nous trouvons dans un territoire où la répression au quotidien est féroce".

 

 

 

 

 

 

Le prix Right Livelihood qu'elle a reçu, souvent comparé au Prix Nobel pour les droits de l'Homme, a été également décerné à trois autres candidats dont la jeune militante suédoise Greta Thunberg.

 


06/12/2019
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Franceinfo - le vendredi 22 novembre 2019

 

 

Traite des enfants au Sénégal : "Une tragédie qui mérite d'être traitée en urgence absolue"

 

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Martin MatesoRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

Franceinfo Afrique a recueilli le témoignage de Momar Fall, président de l’Association Les petites gouttes. Il dénonce la complicité de toute la société sénégalaise qui ferme les yeux sur la détresse des enfants-talibés maltraités..

 

 

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Des enfants talibés prennent leur repas grâce à un réseau de femmes mis en place par l'association Les petites gouttes. (Photo/M.Fall/ Association "les petites gouttes")

 

 

 

Ils sont estimés à 100 000 par les experts indépendants du Comité des droits de l’homme de l’ONU, qui ont tiré la sonnette d’alarme début novembre 2019. Un chiffre effrayant, mais tout à fait crédible pour Momar Fall, président de l’association Les petites gouttesqui leur apporte un peu de réconfort depuis cinq ans. Des Sénégalais de la diaspora et ceux vivant au pays se sont mobilisés depuis 2014. "Nous voulons apporter notre modeste contribution", explique Momar Fall, révolté par la détresse de ces milliers d’enfants, tombés entre les griffes de marabouts sans scrupules.

 

 

Ces enfants sont devenus comme des animaux qui errent. Ils vivent dans des abris délabrés et doivent remettre l'argent qu'ils mendient à leurs marabouts sous peine d'être punis. On a vu des cas où le marabout frappe l'enfant jusqu'à la mortMomar Fall, président de l'association Les petites gouttesà franceinfo Afrique

 

 

 

Momar Fall est membre fondateur de l\'association Les petites gouttes créée en 2014 par des bénévoles sénégalais. Elle s\'occupe notamment des enfants-talibés.

Momar Fall est membre fondateur de l'association Les petites gouttes créée en 2014 par des bénévoles sénégalais. Elle s'occupe notamment des enfants-talibés. (Photo/Association "Les petites gouttes)

 

 

 

Dans les écoles coraniques, où ils sont censés recevoir une éducation religieuse, des milliers d’enfants-talibés, âgés d'à peine cinq ans, sont forcés à mendier. Ils se lèvent à l’aube pour descendre dans la rue avec une mission bien précise : rapporter à leur maître des quotas journaliers d’argent sous peine d’être battus et parfois enchaînés en cas de refus.

 

 

 

"Les parents sont dans l’abandon"

"C’est une tragédie qui mérite d’être traitée en urgence absolue", confie à franceinfo Afrique la psychologue sénégalaise Aminata Mbengue. Malheureusement, constate-t-elle, l’Etat sénégalais "brille par son incompétence", tout comme les parents de ces pauvres malheureux, qui ferment les yeux sur la détresse de leurs propres enfants.

"Certains enfants n’ont pas de nouvelles de leurs parents depuis des années. Et s’ils fuguent pour retourner dans leur famille, certains parents les renvoient à leurs bourreaux. Les défaillances des parents entretiennent aussi cette traite. C’est tellement révoltant", s’insurge la psychologue sénégalaise. Elle décrit des enfants qui se retrouvent en bandes, en rupture familiale.

 

 

Des enfants qui se shootent comme pour se couper de la réalité. Comme pour s'anesthésier Aminata Mbengue, psychologue sénégalaise à franceinfo Afrique

 

 

Le président de l’Association Les petites gouttes, Momar Fall, explique à franceinfo Afrique que la paupérisation des campagnes sénégalaises a draîné un flot de plus en plus important de ruraux vers la capitale. Et avec eux, des marabouts peu scrupuleux, en quête d’argent facile, ont pris les enfants talibés en otages. Ils sont malmenés, privés de tout et finissent généralement à la rue. C’est là que Momar Fall et ses amis, tous bénévoles, vont les trouver pour tenter de les ramener à la vie.

 

 

"Nous leur apprenons à lire et écrire. Nous prenons en charge leurs soins de santé. Et au lieu d’aller mendier pour leurs repas de midi et du soir, nous avons mis en place un réseau de femmes dans les quartiers, où les enfants peuvent récupérer gratuitement leurs repas. Ça veut dire que le reste du temps, ces enfants restent dans les écoles coraniques pour apprendre le coran ou d’autres cours. Nous avons signé pour cela, une charte avec leurs marabouts", explique-t-il.

 

 

 

"Un mal chronique qui se nourrit de nos lâchetés"

Grâce aux cotisations des membres et aux dons des particuliers, son association suit aujourd’hui quelque 185 enfants-talibés répartis dans quatre écoles coraniques. Pour lui, il faut mettre fin à la politique de l’autruche pour sauver ces milliers d’enfants voués à la déchéance. Comment peut-on rester insensible face à une telle tragédie ?, lance Momar Fall à ses compatriotes. Il appelle les autorités sénégalaises à réglementer le fonctionnement des écoles coraniques et à faire respecter la loi qui interdit la mendicité des enfants. Et il n’est pas le seul à sonner la mobilisation générale. Sur les réseaux sociaux, de plus en plus de Sénégalais dénoncent "un mal chronique qui se nourrit de nos lâchetés et de nos hypocrisies".

 


22/11/2019
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