L'AIR DU TEMPS

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AFRIQUE général

L'Histoire continue de s'écrire partout dans le monde. Suivons celle du continent africain


Franceinfo - le lundi 13 janvier 2020

 

 

Emmanuel Macron annonce l'envoi de 220 soldats français supplémentaires au Sahel

 

 

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Le président de la République s'est exprimé à l'occasion d'une réunion du G5 Sahel, à Pau (Pyrénées-Atlantiques), pour discuter notamment de l'avenir de la force Barkhane

 

 

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Le président français Emmanuel Macron, le président malien Boubacar Keita, le président du Burkina Faso Roch Marc Christian Kabore, le président du Niger Mahamadou Issoufou, le président mauritanien Ould Cheick El Ghazouni et le président tchadien Idriss Déby, à Pau (Pyrénées-Atlantiques), lundi 13 janvier 2020.  (AFP)

 

 

 

La France renforce sa présence militaire au Sahel. Lundi 13 janvier, Emmanuel Macron a annoncé que "220 militaires" supplémentaires seront déployés pour renforcer l'opération Barkhane. La France et les pays du G5 Sahel (Niger, Tchad, Mauritanie, Burkina Faso, Mali) ont décidé de renforcer leur coopération militaire, face à la recrudescence des attaques jihadistes. 

 

 

Lors d'un sommet à Pau, le G5 Sahel et la France se sont également accordés sur la mise en place d'une "coalition pour le Sahel". Elle regroupera ces six Etats, les partenaires déjà engagés, ainsi que "tous les pays et organisations qui voudront y contribuer".

 

 

Cette réunion survient alors que le sentiment anti-Français progresse au Mali et au Burkina-Faso. Ainsi, le président français avait indiqué vouloir des réponses concernant la présence des militaires français de l’opération Barkhane dans ces pays et demander aux pays du Sahel "qu’ils clarifient et formalisent leur demande à l’égard de la France et de la communauté internationale."

 


14/01/2020
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Franceinfo - le mardi 31 décembre 2019

 

 

"L’Ethiopie veut reprendre le rang qu'elle estime être le sien, celui d'une grande puissance dans la Corne de l’Afrique"

 

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Falila GbadamassiRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

L'Ethiopie est devenue en quelques années un pays incontournable de la Corne de l'Afrique. Entretien avec le géographe français Alain Gascon, professeur émérite à l’Institut français de géopolitique de l’université Paris-VIII

 

 

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Un homme assis au volant d'un camion couvert d'autocollants à l'effigie de plusieurs dirigeants éthiopiens à Asosa, en Ethiopie, le 25 décembre 2019.  (EDUARDO SOTERAS / AFP)

 

 

 

En quelques décennies, l'image de l'Ethiopie a radicalement changé. Sa fulgurante croissance économique (plus de 9% en 2019), la fin du conflit avec l'Erythrée et le prix Nobel de la paix décerné au Premier ministre Abiy Ahmed ont de nouveau propulsé ce pays sur le devant de la scène internationale. Alain Gascon est professeur émérite à l’Institut français de géopolitique (Paris VIII, Centre de recherches et d’analyses géopolitiques) et ancien chargé de cours à l’Institut national des langues et civilisations orientales. Le géographe est l'auteur de plusieurs ouvrages et articles sur l'Ethiopie. Entretien. 

 

 

 

Franceinfo Afrique : Comment ce pays qui a été longtemps associé à la famine et aux guerres, comme vous l'écrivez, s'impose désormais comme une puissance en Afrique de l'Est ?

 

Alain Gascon : Les Ethiopiens sont profondément patriotes. Ce patriotisme a été exacerbé par plusieurs événements. D'abord, lorsqu’il y a eu le choc de la colonisation à la fin du XIXe siècle après l’ouverture du canal de Suez, l’Ethiopie a réussi à repousser les Egyptiens, même si Jean IV, l'un des rois des rois, y a d'ailleurs laissé la vie. Il y a eu, ensuite, la période du Negus Ménélik II (1844-1913) qui a repoussé l'invasion italienne en1896 à Adoua. Les Ethiopiens en ont tiré une légitime fierté, celle de ne pas avoir été colonisés. Résultat : dans les années 30, les étrangers perçoivent l’Ethiopie comme une anomalie.

 

 

A tel point qu'en 1936, quand les Italiens ont de nouveau attaqué les Ethiopiens, ces derniers ont eu l’impression à juste titre d’avoir été abandonnés par la communauté internationale. Ils en voulaient particulièrement aux Français et aux Britanniques. Ces derniers se sont rachetés plus tard en contribuant à vaincre les Italiens en 1941. Depuis, il y a eu une méfiance fantastique de la part des Ethiopiens vis-à-vis des étrangers.

 

 

Ils ont enfin été scandalisés lorsque leur pays, en proie à des guerres civiles et des famines importantes, a été prié de ne pas présenter de revendications lors de réunions internationales, parce qu'il n'arrivait pas à faire face aux crises qu'il connaissait. Les Ethiopiens ne comprennent pas qu'on les tienne pour des acteurs secondaires du concert international compte tenu de leur histoire et du fait qu'ils appartiennent à une vieille civilisation, qui n'était pas moins glorieuse que celle des Européens.  

 

 

En outre, en dépit d'une population qui s'est multipliée par quatre entre les années 70 et les dix premières années du XXe siècle, l’Ethiopie arrive à nourrir 85%-90% de sa population estimée à environ 112 millions d'habitants. Le pays a augmenté de façon considérable sa productivité et ses rendements agricoles. Les paysans ont accompli une révolution, très différente de la nôtre, fondée sur l'investissement dans le travail manuel. Contrairement aux gouvernants qui, depuis Hailé Sélassié 1er (devenu empereur d'Ethiopie en 1930, NDLR), ont favorisé une modernisation autoritaire de l'agriculture (mécanisation, utilisation d'engrais et développement de grandes exploitations). Le défaut étant que cela aggrave l'exode rural qui est très important.

 

 

 

Cette évolution de l'Ethiopie est donc liée à un certain patriotisme et le sentiment d'injustice que peut ressentir une grande civilisation qui n'est pas reconnue comme telle... 

 

Tout à fait. L'Ethiopie veut maîtriser les techniques des étrangers pour pouvoir résister parce qu'elle craint de passer sous la tutelle de telle ou telle puissance. Les Ethiopiens essayent d’avoir de l’aide de plusieurs Etats à la fois. Ils ont toujours cherché à diviser les étrangers. Quand j’entends dire que l'Ethiopie est tombée sous la coupe de la Chine, je ne peux m'empêcher de sourire. Les entreprises chinoises ont été traduites en justice parce qu'elles avaient eu du retard sur les chantiers, parce qu'elles n'avaient pas respecté les règles en vigueur... Je ne pense pas que beaucoup d’Etats africains en fassent autant. 

 

 

 

Dans quelle mesure retrouve-t-on cet état d'esprit chez les dirigeants éthiopiens ? 

 

Ils ont absolument compris qu’il fallait contrôler et organiser la distribution de l'aide alimentaire. Hailé Selassié est tombé quand la famine s'est révélée. Il en a été de même pour Mengistu (il arrive au pouvoir en 1974 et instaure une dictature sanguinaire, NDLR) au moment de la grande famine (1984-1985). Les gouvernements éthiopiens successifs sont paniqués à l'idée d'une crise alimentaire incontrôlée. S'il devait y en avoir une, les responsables politiques se savent condamnés à brève échéance.

 

 

 

Le Prix Nobel de la paix 2019 a été décerné à Abiy Ahmed. Quelle est sa particularité par rapport à ses prédécesseurs ? 

 

La grande nouveauté chez le Premier ministre actuel, c'est qu'il s'affiche comme démocrate et qu'il a pris des mesures démocratiques et libérales. C'est une rupture très importante par rapport à ses prédécesseurs. Si on remonte au XIXe siècle et aux trois grands rois qui ont cherché  à moderniser le pays et à repousser les invasions, ce n'était pas des démocrates. Ce sont des souverains qui se sont appuyés sur l'Eglise et mené une politique militaire très brutale. Ménélik a établi son pouvoir par l'épée. 

 

 

C'est un encouragement pour un pays qui a réalisé des prouesses et qui va encore en réaliser. Le Premier ministre a du pain sur la planche comme on dit. Je trouve courageux de dire que les problèmes ne seront pas réglés par la force dans un pays où il y a une tradition de brutalité politique.  

 

 

 

Le géographe français Alain Gascon, auteur de plusieurs ouvrages et articles sur l\'Ethiopie

Le géographe français Alain Gascon, auteur de plusieurs ouvrages et articles sur l'Ethiopie (THINKING AFRICA)


 

Les autorités misent sur l'agriculture, notamment avec cette politique d'accaparement des terres qui n'est pas très populaire, mais aussi sur les infrastructures...

 

La politique en matière d’infrastructures est déterminante pour le gouvernement éthiopien. C’est Meles Zenawi (le Premier ministre arrive au pouvoir en 1991, NDLR) qui en est l’architecte, notamment avec la construction des grands barrages. La plupart d'entre eux sont financés par des banques chinoises. Cependant, la moitié de ces barrages sont édifiés par Salini, un constructeur italien qui achète des turbines au français Alstom. 

 

 

Quand la Banque mondiale a refusé de financer le barrage de la Renaissance, Meles Zenawi a eu une très bonne idée en lançant une souscription nationale qui flatte la fibre patriotique. Elle rencontre du succès dans la diaspora éthiopienne. Plusieurs milliards ont été ainsi engrangés. C'est devenu une espèce de grande cause nationale. Il n'est absolument pas question de lâcher le grand barrage de la Renaissance (objet de tensions avec l'Egypte, NDLR) d’autant que l’Ethiopie vend déjà de l’électricité à ses proches, en vend déjà ou s'apprête à le faire au Kenya. Il y a de fortes chances qu'elle fournisse le Somaliland, l'Erythrée ou encore le Soudan. C’est un moyen capital et stratégique pour l’Ethiopie de reprendre le rang qu'elle estime être le sien, celui d'une grande puissance dans la Corne de l’Afrique. 

 

 

 

Mais la question oromo (les Oromos représentent un tiers de la population éthiopienne, mais se sentent marginalisés) paraît toujours d'actualité en dépit du fait que l'Ethiopie a un Premier ministre issu de cette communauté... 

 

 

Les Oromos vivent autour d'Addis-Abeba et des grandes villes. Ces dernières se développent souvent au détriment de leurs périphéries. Et en périphérie, il y a les paysans oromos à qui on prend la terre pour développer des équipements urbains et construire des habitations. Les paysans bénéficient certes d'une indemnisation selon la loi, mais ce sont des victimes puisqu'ils ne peuvent pas profiter du marché de l'immobilier. Ils ont donc l'impression d'être floués. Addis Abeba est aussi la capitale de l'Oromia (l'un des 9 Etats régionaux de l'Ethiopie, NDLR). C'est un peu le problème de Bruxelles, capitale francophone de la Belgique, enclavée dans la Flandre néerlandophone. 80% des Ethiopiens sont des agriculteurs et ils se disent qu'ils sont expulsés de leurs terres au moment où ils pourraient faire des affaires grâce au marché urbain qui se développe : 20-25% de la population éthiopienne est urbaine.  

 

 

Les Oromos ont une langue, qui en dehors de leur administration n'est pas très utlisée. Et les jeunes Oromos sont désavantagés pour des questions linguistiques lorsqu'ils rentrent en compétition dans l'administration fédérale et dans les entreprises. Ces jeunes se disent donc ségrégués sur le marché du travail. Contrairement aux Gouragués qui parlent leur langue, tout en excellant en amharique. Ces derniers tiennent les boutiques et le marché de la capitale. Nous sommes dans une situation de colinguisme, pas de multilinguisme. Beaucoup d'Ethiopiens pratiquent plusieurs langues. 

 

 

Il y a également Jawar Mohammed dont le père est yéménite et la mère éthiopienne. Il est installé aux Etats-Unis et il a fondé Oromia Media Network. C'est quelqu'un qui a d'importants moyens financiers et qui maîtrise très bien les réseaux sociaux. Il a 1,7 millions de followers... Il est capable de mobiliser. Jawar Mohammed apparaît comme un leader, comme l'adversaire du Premier ministre. Avec ses jeunes partisans, il incarne aujourd'hui l'opposition à Abiy Ahmed. Les deux hommes n'ont d'ailleurs pas les mêmes partisans, ceux du Premier ministre sont plus éduqués.

 

 

Comment voyez-vous l'avenir de ce pays ? 

 

Sur le plan économique, l'avenir paraît difficile, parce qu'il faut gérer toutes les conséquences de l'accaparement des terres. Une politique qui constitue pour moi une erreur magistrale. La poursuite des conflits pour la terre se traduit par 1 à 2,5 millions de déplacés intérieurs, à savoir des gens qui n'arrivent pas à trouver un lopin de terre et qui vont finalement se retrouver dans des camps ou dans des villes.

 

 

C'est une situation qui ne cesse de s'aggraver à cause d'un pari sur l'agro-industrie, qui est à mon sens, perdu d'avance. Ce gouvernement fait le même pari que ses prédécesseurs : il pense qu'à coups de machines agricoles, on réussira à régler les problèmes de l'Ethiopie. Une autre difficulté est de trouver des crédits, de l'argent dans un pays où un tiers de la population vit avec 60 centimes par jour. Il faut absolument développer les infrastructures et instruire une population dont 40% a moins de 15 ans.

 

 

Aujourd'hui, il faut également gérer le retour des groupes violents, notamment depuis la signature de la paix avec l'Erythrée, qui conservait sur son territoire un certain nombre de fronts de libération généralement agressifs. Ils sont arrivés en Ethiopie et le gouvernement a eu toutes les peines du monde à les recaser. Sans compter que l'Ethiopie est un pays où il y a énormément d'armes en circulation. Les hommes sont des guerriers et les femmes aussi d'ailleurs. C'est un pays où posséder une arme est très important. 

 

 

Toujours sur le plan politique, il va falloir faire évoluer le fédéralisme, alors que persiste un fort sentiment national éthiopien. Un tiers des Ethiopiens sont opposés au fédéralisme qui est d'un ressort ethnolinguistique dans ce pays. La Constitution éthiopienne dit que chaque peuple, nation et nationalité a le droit a une autonomie culturelle, politique et de s'administrer par lui-même (c'est ce droit qui a été exercé par les Sidamas récemment et que les Wolaytas réclament, NDLR). Cela va jusqu'à un droit à la sécession. Evidemment, cela peut donner des idées à d'autres. Néanmoins, il n'y a pas que l'Ethiopie qui rencontre ce genre de problématique. Tous les Etats qui sont organisés sur des bases fédérales sont confrontés à ce type de défi. L'un des challenges les plus importants à relever pour les autorités éthiopiennes reste de faire admettre la démocratie et, par conséquent, de faire des Ethiopiens des citoyens. 

 

 

Enfin, le principal problème de l'Ethiopie est surtout démographique. Le pays comptera plus de 200 millions de personnes en 2050. Il faudra donner un travail et un toit à tout le monde et ce n'est pas évident.

 


01/01/2020
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Franceinfo - le dimanche 22 décembre 2019

 

 

Ce que la fin du franc CFA va changer pour les pays d'Afrique de l'Ouest

 

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Cette monnaie, utilisée notamment dans huit pays d'Afrique de l'Ouest depuis 1945, sera remplacée par l'Eco dès 2020. Objectif : "désamorcer les critiques" selon lesquelles la France continuait de dicter ses décisions via cette monnaie

 

 

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Emmanuel Macron et Alassane Ouattara, président de la Côte d'Ivoire, lors d'une conférence de presse à Abidjan, la capitale ivoirienne, le 21 décembre 2019.  (LUDOVIC MARIN / AFP)

 

 

 

Une "réforme historique majeure". Emmanuel Macron a sonné le glas du franc CFA  samedi 21 décembre, mettant fin à ce qui est "perçu comme l'un des vestiges de la Françafrique". A Abidjan, le président de la République s'est posé en défenseur d'une relation "décomplexée" de la France avec l'Afrique, appelant à "bâtir une nouvelle page" après le "colonialisme" qui fut "une faute de la République"

 

 

Son homologue ivoirien, Alassane Ouattara, a détaillé l'accord conclu entre les huit pays d'Afrique de l'Ouest qu'il représentait (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo) et la France. "Le franc CFA a été un outil essentiel", mais "nous devons entreprendre des réformes encore plus ambitieuses afin de consolider notre dynamique de croissance, préserver le pouvoir d'achat de nos populations", a déclaré le président ivoirien. Courant 2020, le franc CFA sera ainsi remplacé par une nouvelle monnaie unique : l'Eco. Franceinfo revient sur cette décision. 

 

 

 

Pourquoi la fin du franc CFA constitue-t-elle une décision historique ?

En rompant avec cette monnaie créée en 1945 et baptisée alors "franc des colonies françaises d'Afrique", Emmanuel Macron met fin à un héritage du colonialisme. Devenu "franc de la Communauté financière africaine" après les indépendances des années 1960, le franc CFA restait perçu par beaucoup comme un symbole évident de la mainmise française sur ses anciennes colonies. 

 

 

"Le franc CFA cristallise de nombreuses critiques sur la France. Je vois votre jeunesse qui nous reproche une relation qu'elle juge post-coloniale. Donc rompons les amarres", a déclaré samedi le chef de l'Etat, à quelques jours du 60e anniversaire de l'indépendance des pays membres de la zone franc. Il a dit "assumer" la nouvelle situation que ces changements créaient pour la France en Afrique de l'Ouest, son ancien pré carré, avec laquelle Paris doit "bâtir une relation nouvelle, à la fois passionnée et décomplexée".

 

 

 

 

 

 

La France est ainsi régulièrement accusée d'assujettir l'Afrique de l'Ouest par le biais du franc CFA. En début d'année, le sujet avait été l'objet de vives tensions entre les gouvernements français et italiens : Matteo Salvini et Luigi di Maio, alors vice-présidents du Conseil, avaient accusé Emmanuel Macron d'empêcher le développement de l'Afrique en maintenant une forme d'hégémonie sur le continent par le biais de cette monnaie.

 

 

Comme beaucoup d'économistes africains, le Togolais Kako Nubukpo, doyen de la faculté des sciences économiques de Lomé, a toujours considéré le franc CFA comme une "servitude". "Ce qui enflamme la jeunesse africaine et la diaspora, c'est que les réserves de change soient basées au Trésor français, que les billets CFA soient imprimés en France ou encore que l'acronyme CFA renvoie à la colonisation", pointait-il dans un récent entretien à l'AFP. 

 

 

 

Quels sont les pays concernés par cet accord ?

Au total, 155 millions de personnes utilisent le franc CFA comme monnaie, répartis dans quatorze pays (dont douze anciennes colonies françaises). Huit d'entre eux font partie de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) : il s'agit du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire, de la Guinée-Bissau, du Mali, du Niger, du Sénégal et du Togo.

 

 

Ces huit pays ont décidé de signer l'accord mettant fin au franc CFA. Ils utiliseront donc l'Eco, qui est en réalité le nom choisi pour la future monnaie unique des pays membres de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cedeao). Quand sera-t-elle lancée ? Difficile à dire. Selon Le Figaro, les pays de la Cedeao ont évoqué l'année 2020 pour le lancement de l'Eco, mais sans donner davantage de précisions sur le calendrier. 

 

 

Par ailleurs, les six pays d'Afrique centrale utilisant également le franc CFA, qui forment une zone monétaire distincte, ne sont pas concernés par cette réforme : ils continueront donc d'utiliser cette monnaie.

 

 

 

Depuis quand cette réforme est-elle discutée ? 

Emmanuel Macron ne s'est pas toujours dit favorable à la fin du franc CFA. Lors de sa visite au Burkina Faso en 2017, et alors que plusieurs manifestations contre la devise avaient lieu au Bénin, au Gabon, en Côte d'Ivoire et au Mali, il s'était dit favorable à son maintien. "C'est une bonne chose pour un aspect, ça donne de la stabilité à ceux qui l'ont", avait-il estimé. Mais depuis, des réunions régulières ont lieu pour "sortir en douceur de la monnaie", précise Le Monde

 

 

D'après le quotidien, les discussions se sont accélérées depuis juin "dans la plus grande confidentialité" entre Emmanuel Macron et Alassane Ouattara, président de l'UEMOA. Les deux hommes ont en effet "convenu qu'il y avait une fenêtre d'opportunité avant l'année électorale en Côte d'Ivoire", indique le quotidien.

 

 

Le président ivoirien, l'un des rares défenseurs de la devise, "a dû se plier à la décision souveraine prise par les autres dirigeants de la zone UEMOA", note le Financial Times (article en anglais). Par ailleurs, plusieurs chefs d'Etat africains avaient récemment appelé à une remise en cause profonde de la monnaie, à l'image de Patrice Talon, président du Bénin, qui avait annoncé en novembre que le franc CFA ne serait plus garanti par le Trésor français. 

 

 

 

Qu'est-ce que ça change pour les pays concernés ?

En plus du nouveau nom, cette réforme implique deux changements majeurs. D'abord, les banques centrales d'Afrique de l'Ouest ne devront plus déposer la moitié de leurs réserves de change auprès de la Banque de France. Cette obligation était perçue, par les détracteurs du franc CFA, comme une dépendance humiliante vis-à-vis de la France. Les Etats de l'UEMOA avaient jusqu'ici l'obligation de stocker au moins 50% de leurs réserves de change à la Banque de France "en contrepartie d'une garantie de convertibilité avec l'Euro", précise Le Monde.

 

 

"Pendant longtemps, 100% des réserves de la zone étaient conservées au Trésor public français. Et même quand on est passé à 65% dans les années 1970, les Banques centrales africaines continuaient de verser quasiment 100% au Trésor public français", explique l'économiste Martial Ze Belinga sur RFI. Pour lui, "les réserves sont l'élément le plus saillant et qui cristallise le plus les attentes". 

 

 

De plus, et c'est un autre changement important, les représentants français qui siégeaient au sein des instances de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) vont se retirer. "La France ne nommera plus aucun représentant au conseil d'administration et au comité de politique monétaire de la BCEAO, ni à la commission bancaire de l'UMOA", a expliqué l'Elysée. Il s'agit de "désamorcer les critiques", selon lesquelles la France continuait de dicter ses décisions dans ces instances via ses représentants, selon l'Élysée. La BCEAO "sera libre de placer ses avoirs dans les actifs de son choix", selon la présidence française.

 

 

Une chose ne change pas, néanmoins : la nouvelle monnaie sera toujours indexée sur l'euro (1 euro = 655,96 francs CFA) pour éviter les risques d'inflation. Mais ce point pourrait être appelé à évoluer lorsque la monnaie commune ouest-africaine sera en place. Les économistes africains critiquent fortement cet arrimage, qui "pose problème pour les économies de la région, beaucoup moins compétitives" indique Le Point. Celles-ci "ont besoin de donner la priorité à la croissance économique et à l'emploi plutôt que de lutter contre l'inflation". Les Etats concernés devront désormais décider si cet adossement à l'euro est une bonne chose ou pas.

 


23/12/2019
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Franceinfo - le jeudi 12 décembre 2019

 

 

L'Afrique du Sud en proie à des coupures d'électricité sans précédent

 

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La grogne sociale monte dans le pays, en raison de délestages électriques massifs depuis le 9 décembre

 

 

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Des habitants de Cape Town en Afrique du Sud, victimes d'un délestage électrique le 18 mars 2019. (NIC BOTHMA / EPA)

 

 

 

Un chiffre résume la situation : la compagnie nationale d’électricité Eskom reconnaît ne pouvoir faire face qu’à 80% de la demande. Vous avez compris : il en manque 20%. Donc que fait-elle ? Elle coupe le courant, le plus souvent dans la journée, quand il fait jour, entre 6h du matin et 20h le soir (c’est l’été là-bas). C’est le principe du "délestage". Et depuis le lundi 9 décembre, tout le monde est touché en Afrique du Sud, à tour de rôle, sur un principe tournant. Les particuliers, les entreprises, les écoles, personne n’est épargné dans ce pays de 57 millions d’habitants, pourtant l’un des trois plus riches du continent africain, avec le Nigeria et l’Égypte. La journée du mardi 10 décembre a été la pire. Mais ça devrait durer au moins jusqu’à la fin de la semaine. Cette pratique des délestages électriques est assez courante en Afrique du Sud depuis une dizaine d’années, mais ça n’avait jamais atteint pareille ampleur.  

 

 

 

25 milliards de dettes

Il y a plusieurs explications à cette situation. L’entreprise, qui fournit plus de 90% de l’électricité dans le pays, invoque une raison conjoncturelle : les inondations provoquées par des pluies violentes ont mis hors service plusieurs centrales. Il est aussi question de sabotage par des salariés de l’entreprise, hypothèse avancée par le président sud-africain lui-même, Cyril Ramaphosa. Mais l’explication principale, c’est surtout l’état de délabrement des centrales électriques du pays, à 90% des centrales à charbon. Ces centrales ont en moyenne 37 ans, un déficit majeur d’entretien et d’investissement. L’entreprise Eskom est criblée de dettes : plus de 25 milliards d’euros d’endettement cumulé, c’est colossal.   

 

 

 

Congés annulés pour les salariés

Hier, le président Ramophosa est rentré précipitamment d’Égypte où il était en voyage officiel. Il a convoqué une réunion de crise avec les dirigeants de l’entreprise électrique. Et il a décidé, purement et simplement, d’interdire les congés à tous les salariés d’Eskom, pendant cette période de fin d’année. Parce que le risque, c’est celui de l’explosion sociale, au moment où les Sud-Africains se préparent aux vacances estivales, un mois d’arrêt entre mi-décembre et mi-janvier. "Je ne veux pas de coupures pendant les vacances", a martelé le président.

 

 

 

Cyril Ramaphosa ðŸ‡¿ðŸ‡¦ ✔@CyrilRamaphosa
 

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Cyril Ramaphosa @CyrilRamaphosa

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Corruption endémique et chômage à 30%

À court terme, Eskom pourrait acheter de l’électricité à de petites compagnies privées. Mais il faudrait surtout renouveler tout le parc de production et ça va prendre des dizaines d’années. En plus, le plan récemment adopté va en sens inverse de l’Histoire sur l’enjeu climatique : il vise à construire à nouveau des centrales à charbon. Pour ne rien arranger, les deux nouvelles centrales qui sont déjà en construction connaissent de gros retards de livraison, en raison probablement de la corruption qui gangrène le pays. Le souci, c’est que l’Afrique du Sud n’a pas le temps d’attendre : ces coupures d’électricité massives ont en effet des conséquences sur toute la chaîne de production économique. Et le pays n’a pas besoin de ça, avec un chômage de 30% et une population très jeune (35% des Sud-Africains ont moins de 20 ans). On comprend pourquoi le président Ramaphosa est rentré hâtivement au pays.

 


14/12/2019
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Franceinfo - le vendredi 13 décembre 2019

 

 

Sahel : la situation est "hors de contrôle", selon des experts à Washington

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Chercheurs et analystes de "Think tank" à Washington, interrogés par l'AFP, voient le Sahel plonger inexorablement entre les mains des groupes jihadistes

 

 

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Un soldat burkinabè sur son véhicule blindé lors d'une patrouille dans la région de Soum, au nord bu Burkina Faso, le 12 novembre 2019. (MICHELE CATTANI / AFP)

 

 

 

Les inquiétudes étaient déjà vives, mais l'attaque d'Inates au Niger le 10 décembre les ont brusquement confirmées : le Sahel plonge inexorablement dans un chaos orchestré par les groupes jihadistes, face auquel ni les Etats locaux ni l'intervention française ne trouvent de réponse à la hauteur des enjeux.

 

 

 

"Ca va très mal et ça va continuer d'empirer"

71 soldats nigériens ont été tués dans l'attaque du camp militaire nigérien, dûment préparée et revendiquée par le groupe Etat islamique. Un épisode tragique qui confirme que ce pays africain, tout comme le Mali et le Burkina Faso voisins, est confronté à une insurrection islamiste dont la force de frappe ne cesse de croître.

 

 

"Ca va très mal et cela va continuer d'empirer", craint Michael Shurkin, politologue à l'institut de recherche RAND, résumant une pensée largement partagée dans la communauté des experts de la zone rencontrés par l'AFP à Washington.

 

 

Convaincu de l'importance de la mission de la force antijihadiste Barkhane et de la qualité du travail des soldats français, cet ancien analyste à la CIA décrit une situation effrayante au Niger. "Il y a trop peu de soldats locaux, à qui il manque compétences et équipements. Les Français ne sont pas assez nombreux non plus."

 

 

L'attaque d'Inates est la plus meurtrière depuis le début de l'offensive jihadiste en 2015 au Niger. Le Mali a été frappé par une série d'assauts sanglants, plus de 140 soldats ont été tués. Le Burkina Faso avait pour sa part perdu 24 militaires en août, dans un assaut contre la base de Koutougou, également près de la frontière malienne.

 

 

"Il n'est pas possible de régler la situation en tuant tout le monde. La situation est hors de contrôle", estime un responsable du département américain de la Défense sous couvert de l'anonymat. "Les Etats sont désorganisés, je pense qu'ils sont justes dépassés."

 

 

Le G5-Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad et Mauritanie), dont les membres sont censés s'unir face à un ennemi chaque semaine plus menaçant, demeure selon lui une idée plus qu'une force. "Avec plus de soutien international, ils pourraient devenir un acteur mais aucun signal n'indique que ce soit en train de se produire".

 

 

Comme les premières réactions au Niger l'ont montré, les opinions publiques locales s'interrogent ouvertement sur le rôle de la force française, qui maintient 4 500 hommes sur le terrain. Un chiffre faible, compte-tenu de l'espace concerné, soulignent les analystes. "Tout le monde sait que Barkhane n'est pas assez important pour faire plus qu'éteindre un feu plus gros encore. C'est la pire des justifications pour une guerre, mais la France en est là", estime Michael Shurkin.

 

 

 

Un cul-de-sac sanglant et désespéré

Dans cette immense région aride et pauvre, balayée par le vent et le sable et délaissée par les Etats centraux, les dynamiques sociales et politiques évoluent selon des logiques tribales, très localisées, au sein desquelles les groupes jihadistes ont su s'inscrire.

 

 

"Les groupes progressent dans leur lecture des réalités locales et commencent à proposer des formes de gouvernance", constate Emily Estelle, de l'American Entreprise Institute (AEI). Ils "assouvissent des besoins simples de la population", ajoute-t-elle évoquant par exemple la gestion des droits d'exploitation des terres ou de l'usage de l'eau dans les villages.

 

 

Les forces de sécurité locales ne sont elles-mêmes pas exemptes de tous reproches, entre arrestations de masse et exécutions sommaires d'individus accusés de soutenir les jihadistes. "Le jour, on craint l'armée, la nuit on craint les jihadistes", a indiqué un villageois aux équipes de l'AEI. Un cul-de-sac sanglant et désespéré.

 

 

Progressivement, les groupes enrôlent donc des combattants et se font plus efficaces. Sans même être informée du dernier épisode au Niger, Emily Estelle constatait le 10 décembre 2019 une escalade depuis deux ans des "attaques de bases militaires, par rapport à ce à quoi l'on assistait dans le passé". Les capacités d'action des jihadistes augmentent, la réponse des Etats stagnent.

 

 

Le président français Emmanuel Macron a annoncé le report à janvier du sommet consacré à l'opération Barkhane et au G5-Sahel, initialement programmé le 16 décembre pour notamment clarifier avec les dirigeants africains les positions de chacun sur la présence militaire française.

 

 

Mais aucun des experts interrogés par l'AFP n'imagine la France quitter la région, au risque de laisser les jihadistes agir librement à quelques milliers de kilomètres de son territoire. Aucun ne la voit non plus augmenter massivement sa présence, encore moins pacifier la région rapidement.

 

 

"La France est autant déployée que possible et n'y arrive pas. Aucun Etat ne peut renflouer la région", estime Jacob Zenn, de la Fondation Jamestown à Washington. Avec en tête plus de questions que de réponses. "Est-ce que l'arc d'instabilité (Niger, Burkina, Mali) va se concrétiser ? Est-ce que le Togo, le Bénin, le Ghana sont préparés ?"

 


13/12/2019
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Franceinfo - le mardi 10 décembre 2019

 

 

A cause de la sécheresse, les chutes Victoria ne sont plus qu'un filet d'eau

 

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franceinfo avec ReutersFrance Télévisions

 

 

Situées à la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe, ces célèbres chutes d'eau, inscrites au patrimoine mondial de l'Unesco, subissent le pire épisode de sécheresse depuis un siècle

 

 

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Seul un mince filet d'eau s'écoule désormais des chutes Victoria.

capture d'écran France Info

 

 

 

L'eau ne coule plus à flots du côté des chutes Victoria. A la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe, ces chutes, où le fleuve Zambèze d'Afrique australe coule en cascade sur 100 mètres dans une entaille dans le sol, sont un haut lieu touristique en Afrique australe. Mais depuis le mois de juin, une terrible sécheresse frappe la région. Et le débit habituellement intense s'est considérablement réduit.

 

 

 

C'est normal que, chaque saison, on se retrouve à sec comme cela, mais cette année, ça a commencé dès le mois de juin, c'est l'une des plus longues sécheresses que nous ayons jamais connues.

Dominic Nyambe, un vendeur d'artisanat touristique

à Reuters

 

 

 

La région subit cette année son pire épisode de sécheresse depuis un siècle. Est-ce une conséquence du réchauffement planétaire ? "Il est parfois difficile de dire que c'est à cause du changement climatique parce que les sécheresses ont toujours eu lieu, répond Harald Kling, hydrologue à la société d'ingénierie Poyry et expert du fleuve Zambèze, s'ils deviennent plus fréquents, alors vous pouvez commencer à dire 'OK, c'est peut-être le changement climatique'." 

 

 

En revanche, cette sécheresse a des conséquences sur la fréquentation touristique de la région. "Cela nous affecte, parce que les clients peuvent voir sur Internet [que le débit des chutes est faible]... Nous n'avons pas beaucoup de touristes", assure Dominic Nyambe, un vendeur d'artisanat.

 

 

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10/12/2019
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Franceinfo - le vendredi 6 décembre 2019

 

 

Sahara occidental : Aminatou Haidar, prix Nobel Alternatif 2019, dénonce "une répression féroce au quotidien".

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

La championne de la résistance pacifique à l'annexion du Sahara occidental par le Maroc réclame, dans un entretien avec l'AFP, une action internationale urgente pour empêcher le conflit latent de déboucher sur une guerre

 

 

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La militante sahraouie non-violente pour les droits de l'Homme au Sahara occidental, Aminatou Haidar, reçoit le Prix Right Livelihood au Cirkus de Stockholm, en Suède, le 4 décembre 2019. (ERIK SIMANDER / TT NEWS AGENCY)

 

 

 

Aminatou Haidar, militante sahraouie de 52 ans, a reçu le 4 décembre 2019 à Stockholm le Prix Right Livelihood, également appelé Prix Nobel Alternatif, l'un des prix les plus prestigieux dans le domaine des droits de l'Homme. Elle avoue aujourd'hui craindre que la jeunesse dans cette région disputée ait perdu l'espoir de parvenir à l'autodétermination par la non-violence.

 

 

"La communauté internationale doit agir sans perdre de temps, parce que les jeunes n'ont plus de patience. Ils ne croient plus à la résistance pacifique", a dit Aminatou Haidar dans une interview à l'AFP à Genève la semaine dernière.

 

 

 

Une responsabilité de l'Europe "pour éviter la guerre"

L'activiste, surnommée la "Gandhi du Sahara occidental", a affirmé que les Nations unies, l'Europe – en particulier la France et l'Espagne –, avaient une responsabilité pour "éviter la guerre" dans la région.

 

 

Etendue désertique de 266 000 km², riche en phosphates et bordée d'eaux poissonneuses, le Sahara occidental a été annexé par le Maroc en 1975, après le retrait de l'Espagne, jusqu'alors puissance coloniale. Ce coup de force a déclenché une guerre avec le Front Polisario, mouvement indépendantiste soutenu par l'Algérie qui a duré jusqu'au cessez-le-feu décrété en 1991.

 

 

L'ONU avait déployé une mission de Casques bleus pour observer la trêve et préparer un référendum sur l'indépendance du territoire, qui n'a jamais pu être organisé. L'ONU continue malgré tout de maintenir sur place 240 membres de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso).

 

 

Après une longue interruption, le dialogue sous l'égide de l'ONU entre le Maroc, le Front Polisario, l'Algérie et la Mauritanie a repris lors d'une table ronde en Suisse en décembre 2018, suivie d'une deuxième en mars 2019, sans qu'aucune percée ne soit enregistrée.

 

 

Rabat considère le Sahara occidental comme partie intégrante du royaume et a clairement affirmé qu'il ne tolèrerait aucun changement de statut au-delà d'une simple autonomie.

 

 

 

Inquiète du désespoir des jeunes

Aminatou Haidar a regretté qu'après tant d'années, les revendications non-violentes du peuple sahraoui pour la justice, la dignité et l'autodétermination aient été ignorées par le Maroc et la communauté internationale.

 

 

Elle s'est notamment déclarée inquiète par le désespoir des jeunes. "Ils n'y croient plus. Ils disent que la communauté internationale n'agit que dans les conflits où il y a du sang, là où il y a de la violence", a-t-elle déploré, ajoutant qu'ils "essaient de faire pression sur le Front Polisario pour qu'il reprenne les armes".

 

 

La militante reproche à la communauté internationale de ne pas faire appliquer les résolutions de l'ONU et les décisions de justice en faveur du droit à l'autodétermination du peuple sahraoui.

 

 

"C'est à cause de la complicité de quelques puissances internationales", a-t-elle dénoncé, en ciblant principalement l'Espagne et la France. "Sans l'appui de l'Europe, le Maroc ne peut pas piller, exploiter les ressources naturelles. Il ne peut pas continuer aussi son occupation et nier toutes les résolutions du Conseil de sécurité."

 

 

 

Fière d'être comparée à Gandhi

Aminatou Haidar, qui se dit fière d'être comparée à Gandhi, continue à prêcher la non-violence, malgré les mauvais traitements et les périodes d'emprisonnement qu'elles a connus depuis sa jeunesse. A tout juste 20 ans, elle affirme avoir été détenue à l'isolement pendant 4 ans dans une prison secrète.

 

 

De nouveau emprisonnée en 2005 à la suite d'une manifestation violemment réprimée, elle avait été libérée un an plus tard grâce à la pression des Etats-Unis et autorisée à se rendre en Espagne. Elle avait alors entamé une tournée en Europe, aux Etats-Unis et en Amérique latine, où elle s'était vue décerner plusieurs prix dans le domaine des droits de l'Homme.

 

 

Mais en 2009, les autorités marocaines avaient refusé de la laisser revenir dans le royaume et l'avait déportée aux Canaries après lui avoir confisqué son passeport. Elle avait alors observé une grève de la faim pendant un mois, largement médiatisée, qui avait contraint Rabat à l'autoriser à rentrer.

 

 

"Mon cas n'est pas unique", a souligné la militante. "C'est le cas de tout le peuple sahraoui aujourd'hui. Nous nous trouvons dans un territoire où la répression au quotidien est féroce".

 

 

 

 

 

 

Le prix Right Livelihood qu'elle a reçu, souvent comparé au Prix Nobel pour les droits de l'Homme, a été également décerné à trois autres candidats dont la jeune militante suédoise Greta Thunberg.

 


06/12/2019
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Franceinfo - le vendredi 22 novembre 2019

 

 

Traite des enfants au Sénégal : "Une tragédie qui mérite d'être traitée en urgence absolue"

 

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Martin MatesoRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

Franceinfo Afrique a recueilli le témoignage de Momar Fall, président de l’Association Les petites gouttes. Il dénonce la complicité de toute la société sénégalaise qui ferme les yeux sur la détresse des enfants-talibés maltraités..

 

 

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Des enfants talibés prennent leur repas grâce à un réseau de femmes mis en place par l'association Les petites gouttes. (Photo/M.Fall/ Association "les petites gouttes")

 

 

 

Ils sont estimés à 100 000 par les experts indépendants du Comité des droits de l’homme de l’ONU, qui ont tiré la sonnette d’alarme début novembre 2019. Un chiffre effrayant, mais tout à fait crédible pour Momar Fall, président de l’association Les petites gouttesqui leur apporte un peu de réconfort depuis cinq ans. Des Sénégalais de la diaspora et ceux vivant au pays se sont mobilisés depuis 2014. "Nous voulons apporter notre modeste contribution", explique Momar Fall, révolté par la détresse de ces milliers d’enfants, tombés entre les griffes de marabouts sans scrupules.

 

 

Ces enfants sont devenus comme des animaux qui errent. Ils vivent dans des abris délabrés et doivent remettre l'argent qu'ils mendient à leurs marabouts sous peine d'être punis. On a vu des cas où le marabout frappe l'enfant jusqu'à la mortMomar Fall, président de l'association Les petites gouttesà franceinfo Afrique

 

 

 

Momar Fall est membre fondateur de l\'association Les petites gouttes créée en 2014 par des bénévoles sénégalais. Elle s\'occupe notamment des enfants-talibés.

Momar Fall est membre fondateur de l'association Les petites gouttes créée en 2014 par des bénévoles sénégalais. Elle s'occupe notamment des enfants-talibés. (Photo/Association "Les petites gouttes)

 

 

 

Dans les écoles coraniques, où ils sont censés recevoir une éducation religieuse, des milliers d’enfants-talibés, âgés d'à peine cinq ans, sont forcés à mendier. Ils se lèvent à l’aube pour descendre dans la rue avec une mission bien précise : rapporter à leur maître des quotas journaliers d’argent sous peine d’être battus et parfois enchaînés en cas de refus.

 

 

 

"Les parents sont dans l’abandon"

"C’est une tragédie qui mérite d’être traitée en urgence absolue", confie à franceinfo Afrique la psychologue sénégalaise Aminata Mbengue. Malheureusement, constate-t-elle, l’Etat sénégalais "brille par son incompétence", tout comme les parents de ces pauvres malheureux, qui ferment les yeux sur la détresse de leurs propres enfants.

"Certains enfants n’ont pas de nouvelles de leurs parents depuis des années. Et s’ils fuguent pour retourner dans leur famille, certains parents les renvoient à leurs bourreaux. Les défaillances des parents entretiennent aussi cette traite. C’est tellement révoltant", s’insurge la psychologue sénégalaise. Elle décrit des enfants qui se retrouvent en bandes, en rupture familiale.

 

 

Des enfants qui se shootent comme pour se couper de la réalité. Comme pour s'anesthésier Aminata Mbengue, psychologue sénégalaise à franceinfo Afrique

 

 

Le président de l’Association Les petites gouttes, Momar Fall, explique à franceinfo Afrique que la paupérisation des campagnes sénégalaises a draîné un flot de plus en plus important de ruraux vers la capitale. Et avec eux, des marabouts peu scrupuleux, en quête d’argent facile, ont pris les enfants talibés en otages. Ils sont malmenés, privés de tout et finissent généralement à la rue. C’est là que Momar Fall et ses amis, tous bénévoles, vont les trouver pour tenter de les ramener à la vie.

 

 

"Nous leur apprenons à lire et écrire. Nous prenons en charge leurs soins de santé. Et au lieu d’aller mendier pour leurs repas de midi et du soir, nous avons mis en place un réseau de femmes dans les quartiers, où les enfants peuvent récupérer gratuitement leurs repas. Ça veut dire que le reste du temps, ces enfants restent dans les écoles coraniques pour apprendre le coran ou d’autres cours. Nous avons signé pour cela, une charte avec leurs marabouts", explique-t-il.

 

 

 

"Un mal chronique qui se nourrit de nos lâchetés"

Grâce aux cotisations des membres et aux dons des particuliers, son association suit aujourd’hui quelque 185 enfants-talibés répartis dans quatre écoles coraniques. Pour lui, il faut mettre fin à la politique de l’autruche pour sauver ces milliers d’enfants voués à la déchéance. Comment peut-on rester insensible face à une telle tragédie ?, lance Momar Fall à ses compatriotes. Il appelle les autorités sénégalaises à réglementer le fonctionnement des écoles coraniques et à faire respecter la loi qui interdit la mendicité des enfants. Et il n’est pas le seul à sonner la mobilisation générale. Sur les réseaux sociaux, de plus en plus de Sénégalais dénoncent "un mal chronique qui se nourrit de nos lâchetés et de nos hypocrisies".

 


22/11/2019
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Franceinfo - le jeudi 7 novembre 2019

 

 

Pourquoi la crise au Sahel devient explosive

 

 

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Laurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

La situation ne cesse de se dégrader dans toute la zone, comme le montrent les attaques incessantes des groupes jihadistes. L’éclairage de l’universitaire français Christian Bouquet

 

 

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Un soldat français de l'opération Barkhane contrôle un homme à Ndaki, dans la région de Gourma (est du Mali), le 27 juillet 2019. (BENOIT TESSIER / X02011)

 

 

 

La situation continue à s’aggraver au Sahel, comme le montrent l’attaque revendiquée par le groupe Etat islamique (EI) du camp militaire d’Indelimane (49 soldats maliens tués) dans le nord-est du Mali, le 1er novembre 2019, et la mort du militaire français Ronan Pointeau, le 2 novembre dans la même région. L’universitaire Christian Bouquet, professeur émérite de géographie politique à l’Université Bordeaux-Montaigne et chercheur au Laboratoire Les Afriques dans le monde (LAM) à Sciences Po Bordeaux, répond aux questions de franceinfo Afrique.

 

 

 

Franceinfo Afrique : selon "Le Canard enchaîné", le chef d’état-major des armées François Lecointre, interrogé par des députés, a expliqué que l’intervention française au Sahel pourrait encore durer une quinzaine d’années. Comment jugez-vous la situation ?

Christian Bouquet : je suis tout à fait d’accord avec cette analyse. Je suis même encore plus pessimiste. A mon sens il faudrait entre 25 et 30 ans pour pacifier cet immense territoire de 3000 km de long sur 1500 de large. Aujourd’hui, Barkhane, seule force militaire aguerrie dans la région, s’efforce de parer au plus pressé. Mais dès que celle-ci quitte un endroit, la crise repart de plus belle. Il faudrait y aller morceau par morceau. Quand on pacifie une zone, il faudrait y rester pendant que l’Etat reconquiert le territoire en construisant des écoles, en améliorant la situation économique… Ce n’est que comme cela que la confiance des populations peut revenir.

 

 

Puits à Kouré, à une cinquantaine de kilomètres à l\'est de la capitale Niamey, où viennent s\'approvisionner femmes djerma et éleveurs peuls. \"La tension est palpable\", rapporte l\'universitaire Christian Bouquet, qui a pris la photo.

Puits à Kouré, à une cinquantaine de kilomètres à l'est de la capitale Niamey, où viennent s'approvisionner femmes djerma et éleveurs peuls. "La tension est palpable", rapporte l'universitaire Christian Bouquet, qui a pris la photo. (CHRISTIAN BOUQUET)


 

Cette confiance a disparu ?

 

Elle n’est plus là. Il faut dire que les régions concernées par la crise sont oubliées, négligées depuis des années par les pouvoirs centraux. Progressivement sollicitées et effrayées par les groupes terroristes, les populations ont basculé. Dans le même temps, ces groupes ont souvent des agents infiltrés. Par exemple, au lac Tchad, région que je connais depuis une trentaine d’années, on trouve des centaines d’îles complètement abandonnées par l’Etat. Ce qui y prospère, ce sont les écoles coraniques.

 

 

 

Que dire de la montée d’un sentiment anti-français dans un pays comme le Mali et de la volonté de certains de "réclamer l’intervention de la Russie" ?

 

Dans ce dernier cas, je pense qu’il y a clairement une manipulation de la part de groupes de pression. On reproche notamment à Barkhane une complicité avec les terroristes, parce que pour avoir des renseignements, cette force doit conclure des deals avec des intermédiaires. Au-delà, derrière ces manifestations, que propose-t-on ? Rien. Il faut voir que les armées nationales de la région sont totalement sinistrées, il est impossible de s’appuyer sur elles. La plupart de leurs soldats ne sont pas prêts à mourir pour une cause.

 

 

 

Pour vous, comment la situation risque-t-elle d’évoluer ? Et que penser de l’appel, lancé en novembre 2018 par le chef jihadiste de la katiba Macina, Amadou Koufa, un Peul, à ses "frères" : "Où que vous soyez (...), venez soutenir votre religion (...) au Sénégal, au Mali, au Niger, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Nigeria, au Ghana et au Cameroun" pour mener la guerre sainte contre les "mécréants" ?  

 

La question des Peuls, population d’éleveurs, est très ancienne. C’est une question géographique : ils sont présents dans toute la zone sahélienne jusqu’en Centrafrique. Ils constituent donc une communauté transfrontalière. C’est également une question historique : dans la période précoloniale, les tentatives de jihad ont presque toujours été menées par les Peuls, notamment le califat de Sokoto (établi au début du XIXe, NDLR). Et c’est par ailleurs une question socio-économique avec des éleveurs qui accompagnent leurs troupeaux là où ils veulent.

 

 

Dans le même temps, on assiste dans la région à une croissance démographique incontrôlée : on trouve de plus en plus de monde sur un même territoire alors que les ressources en eau diminuent en raison d’une moindre pluviométrie. Les éleveurs marchent sur les terres des agriculteurs sédentaires et s’approvisionnent en eau. Je me suis récemment rendu au Niger, à l'est de Niamey, pour observer la situation autour des puits : la tension y était palpable entre les communautés. Les couloirs de transhumance, mis en place du temps de la colonisation et réactivés récemment, ne sont pas respectés.

 

 

Au Mali, les panneaux appelant éleveurs et agriculteurs à ne pas entrer en conflit sont masqués par la végétation. La preuve que les couloirs de transhumance, mis en place du temps de la colonisation et réactivés récemment, ne sont pas respectés. 

Au Mali, les panneaux appelant éleveurs et agriculteurs à ne pas entrer en conflit sont masqués par la végétation. La preuve que les couloirs de transhumance, mis en place du temps de la colonisation et réactivés récemment, ne sont pas respectés.  (CHRISTIAN BOUQUET)



L’expansion jihadiste se superpose ainsi à des conflits anciens…

 

Ce sont, pour la plupart, des conflits d’usage pour la terre et pour l’eau, qui sont exacerbés par l’accroissement de la population (qualifié dans Le Monde par le démographe Michel Garenne de "bombe démographique", NDLR) et la réduction de la pluviométrie. Le problème devient gravissime !



Regardez le cas du Ouaddaï (est du Tchad), qui est en dehors de la zone sahélienne proprement dite. Le droit foncier coutumier, qui y fonctionnait il y a plusieurs décennies, n’est plus compatible avec l’évolution actuelle. Les agriculteurs cultivaient leurs parcelles, qu’ils abandonnaient ensuite. Les éleveurs passaient avant et après. Ils plantaient des arbres qui leur appartenaient et dont ils récoltaient la gomme. Un tel système, qui montre la complexité des relations intercommunautaires, ne peut fonctionner quand il y a davantage de monde.

 

 



Comment combattre tous ces problèmes ? Par des actions comme celle de l’Agence française de développement (AFD) ?

 

L’AFD est déjà présente aux côtés des militaires de Barkhane. Ce qui prouve que les militaires ont compris qu’on ne pouvait rien faire sans développement. Mais je suis un peu perplexe, dans la mesure où les procédures de l’AFD ne sont pas souples.

 

Ce qui est sûr, c’est que la stratégie française tâtonne. Je pense qu’il faudrait une vision d’ensemble. Les cultivateurs ont des parcelles, les éleveurs ont des troupeaux : un jour ou l’autre, il faudra passer à une agriculture et un élevage plus productifs. A mon sens, la transformation de l’agriculture africaine traditionnelle nécessitera une trentaine d’années. Ce qui suppose notamment que les Peuls acceptent la stabulation de leurs troupeaux (mise en étable, NDLR). Cette simple proposition est actuellement totalement irréaliste…

 


07/11/2019
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Franceinfo - le lundi 4 novembre 2019

 

 

"Des parents qui ne jurent que par l'argent" : la controverse n'en finit pas autour de la dot en Afrique

 

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Martin MatesoRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

La dot traditionnelle n'est plus ce qu'elle était sur le continent africain. Considérée dans le passé comme sacrée et symbolique, elle est devenue, au fil des années, "le prix de la mariée". Les tarifs atteignent parfois des sommets insoupçonnés

 

 

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Mariage d'un couple en Ethiopie. Dans les campagnes, un homme qui ne peut pas payer la dot kidnappe et viole la femme, sachant que personne n'en voudra, puis il l'épouse. (PHILIPPE LISSAC / GODONG / PHOTONONSTOP)

 

 

 

Le député béninois Nazaire Sado ne cache pas son inquiétude. Il assiste, depuis quelques années, à une montée en flèche des dépenses liées aux cérémonies de la dot dans son pays. Les plus aisés dépensent des fortunes et les pauvres veulent en faire autant, déplore-t-il. "Pour exister à côté du riche, le pauvre est obligé de se plier en deux, en bradant parfois ses biens ou en s’endettant pour doter sa future épouse", explique-t-il à franceinfo Afrique.

 

 

 

Une coutume dévoyée par le pouvoir de l’argent

Le phénomène de la dot monétisée s’est répandu comme une traînée de poudre aux quatre coins du continent. Les témoignages abondent, du Bénin à l’Afrique du Sud, en passant par le Ghana, la République démocratique du Congo et le Sénégal. Dans ce dernier pays, la dot n’est exigée que si les époux le décident : une modeste somme de 3000 francs CFA ( à peine cinq euros) attribuée à l’épouse et des frais de réjouissances fixés à 15 000 francs CFA (23 euros) pour convoler en justes noces.

 

 

Mais dans la pratique, ces dispositions de la loi ne sont jamais respectées. Le prix de la mariée atteint parfois plusieurs millions de francs CFA. Le jeune Sénégalais Ibrahima en sait quelque chose, il s’est marié en 2018 au prix fort.

 

 

"J’ai apporté une dot d’un montant de 500 000 francs CFA (760 euros) à ma fiancée. Mais son père m’a rendu ma dot. Il me réclamait un million (1520 euros) pour sa cadette", témoigne-t-il sur le site d’information Teranga News. Il en a gardé un très mauvais souvenir.

 

 

Le malheur, c'est de tomber amoureux d'une fille dont les parents ne jurent que par l'argentMoussa, jeune marié sénégalais à Teranga News

 

 

Des parents qui ne jurent que par l’argent, il y en a de plus en plus en Afrique. En République démocratique du Congo, "le prix de la mariée" pousse de nombreux jeunes à renoncer au mariage. Certains abandonnent en cours de route, faute de moyens.

 

 

"Voilà bientôt un an que mon petit ami est venu chez nous pour demander ma main. Mais la liste qu’il a reçue l’a découragé. On a exigé de lui une moto, un téléviseur et une enveloppe de 5000 dollars", témoigne la jeune Espérance sur le site Globalpressjournal.

 

 

En Afrique du Sud, une application pour mobile a même vu le jour, il y a quelques années, pour calculer le coût de la dot à consentir pour sa fiancée. L’équivalent de la dot dépend "des attributs physiques, de l’éducation et du passif marital" de la future épouse. L’enveloppe varie entre 380 et 3000 euros. Sans compter les vaches qui l’accompagnent.

 

 

 

Des jeunes dénoncent "une pratique archaïque"

Sur les réseaux sociaux, la colère gronde. Des jeunes Africains, femmes et hommes confondus, dénoncent une pratique devenue archaïque. "Non, nous ne sommes pas des marchandises à vendre", clament-ils. Ils dénoncent une coutume dévoyée qui avilit la femme et qui encourage les violences conjugales.

 

 

"La marchandisation de la femme crée parfois des problèmes après le mariage. Certains hommes pensent que la dot dont ils s’acquittent leur donne le droit de vie et de mort sur leurs femmes", reconnaît le député béninois Nazaire Sado.

 

 

Faut-il interdire purement et simplement la pratique de la dot, comme le souhaitent les détracteurs de cette coutume ? Pas du tout, répond, sans hésiter, la Béninoise Isabelle Akouhaba Anani. Professeur à l’université d’Abomey Calavi au Bénin, elle a consacré une étude très fouillée à la question de la dot en Afrique de l’Ouest. Elle fait remarquer que même dans les pays comme la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, où la pratique de la dot est formellement interdite par la loi, cette coutume traditionnelle est pratiquée au vu et au su de tout le monde.

 

 

"En Côte d’Ivoire, l’interdiction est assortie de sanctions pénales qui vont de six mois à deux ans de prison et des amendes. Mais je doute qu’un juge ivoirien puisse mettre en prison ceux qui contreviennent à cette interdiction. La pratique est solidement ancrée dans la coutume du pays", explique Isabelle Anani à franceinfo Afrique.

 

 

 

"La dot, un grand symbole culturel et spirituel"

Pour le député béninois Nazaire Sado, la dot est non seulement un grand symbole culturel, mais il revêt aussi un caractère spirituel gravé dans la conscience collective.

 

 

Lorsqu'une femme est dotée, elle a l'obligation d'être fidèle à son mari. Au cas où elle ne l'est pas, elle meurtNazaire Sado, député béninois à franceinfo Afrique

 

 

Comment, dès lors, concilier une tradition qui a traversé des siècles avec une société africaine qui se modernise ? Pour Nazaire Sado, il faut réglementer la pratique de la dot par la loi en fixant une somme maximum à consentir par les familles. Pas plus de 300 000 francs CFA, estime-t-il. Interrogée par Franceinfo Afrique, Isabelle Anani estime, quant à elle, que la dot ne devrait pas être imposée.

 

 

"La dot devrait être plutôt facultative et confiée, non pas aux familles, mais au futurs époux. C’est à eux qu’il revient de dire si ils ont envie de faire la dot ou pas. Il faut éviter que la dot soit un frein pour leur union et leur droit au mariage", plaide-t-elle. Isabelle Anani soutient que la dot en elle-même n'est pas une mauvaise chose. Le problème qui se pose, explique-t-elle à franceinfo Afrique, c'est son côté purement mercantile.

 


06/11/2019
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Franceinfo - le vendredi 1er novembre 2019

 

 

Ethiopie: les victimes des récentes violences anxieuses pour l'avenir

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Outre qu'ils entachent le prix Nobel récemment descerné au premier ministre Abiy Ahmed, les heurts communautaires et religieux font craindre aux Ethiopiens "des atrocités de masse" selon des témoignages recueillis par l'Agence France Presse

 

 

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Abel Legesse, 25 ans, chauffeur de tuk-tuk et victime des violences à Adama, reçoit une assistance médicale dans un lit d'hôpital après avoir été soigné au visage et aux bras à l'hôpital d'Adama, le 30 octobre 2019. (- / AFP)

 

 

 

Temesgen s'est fait tirer dessus par les forces de l'ordre, Kidane a été brutalement agressé par des nationalistes issus de sa propre ethnie, et d'autres, blessés comme eux lors des affrontements de la semaine passée en Ethiopie, ont été ciblés pour leur religion.

 

 

Sur leurs lits d'hôpital à Adama (centre), ils portent encore dans leur chair la trace des violences qui se sont abattues sur Addis Abeba puis la région Oromia quand des manifestations contre le Premier ministre, Abiy Ahmed, ont dégénéré en heurts communautaires et religieux.

 

 

Au moins 78 personnes, selon le gouvernement, ont été tuées en quelques jours lors d'un épisode violent qui a entaché la réputation de M. Abiy, tout juste auréolé de son prix Nobel de la paix, et donne une idée des défis qui l'attendent en vue des élections prévues en mai 2020.

 

 

Près de 200 personnes ont été soignées à l'hôpital d'Adama et 16 y sont mortes, des chiffres sans précédent selon le personnel, qui décrit les scènes de panique et la bousculade pour trouver des lits et venir en aide aux blessés après le début des manifestations, le 23 octobre.

 

 

"Nous sommes des professionnels, mais malgré ça nous étions tous inquiets", explique à l'AFP Desalegn Fekadu, un chirurgien.

 

 

A Adama, une ville de 300.000 habitants située au sud-est de la capitale, les histoires individuelles des blessés permettent de comprendre comment la violence s'est imposée, qui a été visé et pourquoi, et en quoi cela augure mal de l'avenir.

 

 

"Adama est un melting-pot de groupes ethniques et religieux (...), donc ces incidents violents qui trouvent leur origine dans la religion et l'ethnicité peuvent être très dangereux", analyse Fisseha Tekle, chercheur pour Amnesty International.

 

 

"Ca peut être le signe avant-coureur d'atrocités de masse", met-il en garde.

 

 

L'agitation a commencé quand l'activiste Jawar Mohammed, membre comme M. Abiy de l'ethnie oromo, la plus importante du pays, a accusé les autorités d'avoir tenté de s'en prendre à lui.

 

 

 

"J'ai encore peur"

Magnat des médias controversé, M. Jawar avait aidé M. Abiy à accéder au pouvoir en 2018. Mais il a depuis pris ses distances avec le Premier ministre, dont la popularité au sein de la communauté oromo pourrait souffrir de ces dissensions.

 

 

Temesgen Ababa, 17 ans, a raconté à l'AFP qu'il passait devant un groupe de manifestants lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu, touchant un garçon de 8 ans. Quand il s'est précipité pour l'aider, il a été atteint à la poitrine.

 

 

"En quoi tirer sur des gens comme lui peut être considéré comme une réponse appropriée", se demande Temesgen, couché sur son lit, du sang s'écoulant de sa blessure par un tube vers une bouteille en plastique posée au sol.

 

 

La Commission éthiopienne des droits de l'homme estime que 10 des personnes tuées la semaine dernière l'ont été par les forces de l'ordre, ce qui signifierait que la majorité des morts sont dus aux émeutiers.

 

 

Des nationalistes oromo ont agressé deux chauffeurs de tuk-tuk, après leur avoir demandé s'ils parlaient la langue afaan oromo, le principal dialecte oromo.

 

 

Ayant compris que ce n'était pas le cas, ils les ont poignardés et battus, avant de les abandonner inconscients au bord de la route avec des entailles et des contusions au visage et aux bras.

 

 

L'un est à moitié oromo, mais il parle mal l'afaan oromo, d'après son frère Biruk Teshome, et l'autre, leur cousin, est d'ethnie amhara. L'un et l'autre devraient survivre, mais Biruk est inquiet pour l'avenir.

 

 

"A partir de maintenant, nous sommes sous tension", dit-il. "Je ne me sens pas en sécurité. J'ai encore peur".

 

 

 

"Rien pour se protéger"

Il accuse les forces de sécurité de n'avoir rien fait pour empêcher les nationalistes oromo d'agir à leur guise. "On n'avait rien pour se protéger d'eux", dénonce-t-il.

 

 

L'Église orthodoxe éthiopienne, qui représente environ 40% des quelque 110 millions d'Éthiopiens et est largement associée à l'ethnie amhara - 82% des Amhara sont orthodoxes d'après le recensement de 2007, le dernier en date -, a émis des critiques similaires.

 

 

Un porte-parole de l'Église a indiqué samedi à l'AFP que 52 orthodoxes éthiopiens - dont deux prélats - figuraient parmi les victimes. Aucune confirmation officielle n'a pu être obtenue. Des attaques contre des églises et au moins une mosquée ont été recensées.

 

 

Les nationalistes oromo et amhara ont un long passé d'inimitié dans un pays très fragmenté, où l'ethnicité et la religion sont souvent entremêlées.

 

 

Selon la direction de l'hôpital d'Adama, plusieurs des patients soignés là sont des Oromo, ce qui veut dire que les non-Oromo n'étaient pas les seuls visés.

 

 

Au plus fort des violences, Kidane Tolosa, 23 ans, a été assailli par de jeunes Oromo comme lui, qui l'ont tabassé et poignardé à l'abdomen. Il a perdu énormément de sang et est passé à deux doigts de la mort.

 

 

Il ne sait pas vraiment pourquoi il a été ciblé. Certains de ses proches estiment que c'est peut-être tout simplement parce qu'il ne prenait pas part lui-même au déchaînement de violence.

 

 

Biruk dit connaître d'autres Oromo qui ont été attaqués pour la même raison. "S'ils découvrent que vous parlez (afaan oromo), ils vous invitent à vous joindre à eux", dit-il. "Si vous dites non, ils s'en prennent aussi à vous. Si vous êtes oromo, vous devez manifester, vous devez en profiter".

 


03/11/2019
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Franceinfo - le mercredi 30 octobre 2019 - mis à jour le 02.11.19

 

 

Ethiopie : la difficile mise en œuvre de l'accord de paix avec l'Erythrée

 

 

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Un reportage de l'AFP raconte comment cet accord entre les deux pays peine à se concrétiser

 

 

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Des Ethiopiens portent des corbeilles d'aliments traditionnels tissées à la main pour se rendre cérémonieusement à une réunion de réconciliation dans le district d'Irob, dans le nord de l'Ethiopie, près de la frontière avec l'Erythrée, le 23 octobre 2019. (MICHAEL TEWELDE / AFP)

 

 

 

Absence de tracé frontalier, réfugiés érythréens toujours plus nombreux et Ethiopiens arrêtés et passés à tabac... un reportage de l'AFP raconte les difficultés de la mise en oeuvre de l'accord de paix entre l'Ethiopie et l'Erythrée.

 

 

Quand elle a appris que le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed avait obtenu le prix Nobel de la paix 2019, Zaid Aregawi a d'abord pensé à son frère Alem, qui croupit dans une prison érythréenne, de l'autre côté de la frontière. Alem s'était rendu en Erythrée il y a plus de cinq mois, après avoir été chargé de ramener du bois par un homme d'affaires érythréen. Exactement le genre de commerce que les gens s'attendaient à voir prospérer après la signature l'été dernier d'un accord de paix entre les deux pays. Mais Alem a été arrêté sans explication par des soldats érythréens. Selon les autorités éthiopiennes, de nombreux Ethiopiens ont récemment subi le même sort.

 

 

Pour Zaid et ses compatriotes éthiopiens, ces détentions sont le signe le plus évident que l'accord de paix, la principale raison pour laquelle le Nobel a été attribué à M. Abiy, est loin de s'être encore concrétisé. "S'il n'y a pas de liberté de mouvement des deux côtés, à quoi sert l'accord de paix ?, s'interroge Zaid. Ils disent que c'est la paix, pourtant nous avons de gros problèmes le long de la frontière."

 

 

 

Zaid Aregawi photographiée chez elle, dans le village de Sebeya, à la frontière érythréene, près d\'Adigrat dans le nord de l\'Ethiopie, le 23 octobre 2011.

Zaid Aregawi photographiée chez elle, dans le village de Sebeya, à la frontière érythréene, près d'Adigrat dans le nord de l'Ethiopie, le 23 octobre 2011. (MICHAEL TEWELDE / AFP)


 

"La paix est dans les limbes"

L'attention de M. Abiy est actuellement concentrée sur les violences ethniques et religieuses qui ont éclaté la semaine passée à Addis Abeba, avant de s'étendre à la région proche de l'Oromia, et ont fait au moins 67 morts, selon la police.

 

 

Mais des centaines de kilomètres plus au nord, dans la région du Tigré, la plus affectée par la guerre de 1998-2000 avec l'Erythrée et les années de conflit larvé qui avaient suivi, la frustration gagne. Les habitants se plaignent qu'aucun progrès n'ait été accompli dans la démarcation des quelque 1 000 km de frontière qui séparent l'Ethiopie de son ancienne province, indépendante depuis 1993.

 

 

Les réfugiés érythréens – qui continuent à arriver par centaines chaque jour en Ethiopie, selon l'ONU – observent que la paix n'a en rien modifié le comportement du président érythréen, Issaias Afeworki, à la tête d'un régime considéré comme l'un des plus répressifs au monde par les organisations de défense des droits de l'Homme.

 

 

Et presque tout le monde regrette que les relations bilatérales se limitent aux discussions entre MM. Issaias et Abiy, sans que les gens vivant à la frontière soient aucunement impliqués. "On peut dire que la paix est dans les limbes", estime Ahmed Yahya Abdi, un réfugié érythréen qui a vécu en Ethiopie depuis la guerre. "Quand Abiy est allé en Erythrée, il a pris un avion pour Asmara, mais il n'a pas mis en œuvre la paix ici, à la frontière entre les deux pays."

 

 

 

Des Ethiopiens régulièrement arrêtés et passés à tabac

La démilitarisation de la frontière, essentiellement du côté éthiopien, est la principale avancée de l'accord de paix, selon les résidents. Cela a permis à des Ethiopiens d'aller assister à des mariages ou des enterrements en Erythrée sans être trop inquiétés par les forces de sécurité.

 

 

Mais Yosef Misgina, un responsable administratif de la ville éthiopienne de Dawhan, dit recevoir régulièrement des informations sur des Ethiopiens arrêtés, emprisonnés et passés à tabac en Erythrée. Quelques jours avant l'attribution du Nobel à M. Abiy, le 11 octobre, 13 commerçants éthiopiens ont ainsi été arrêtés en Erythrée, dont deux restent encore aujourd'hui emprisonnés.

 

 

Tsegay Suba Tesfay est un autre exemple. Il a passé deux semaines dans une cellule bondée, après avoir été arrêté par des soldats érythréens alors qu'il transportait de l'eau et du riz. Il raconte avoir été battu plusieurs fois, privé de nourriture et autorisé à sortir de sa cellule seulement quelques minutes par jour. "Ils ne vous donnent aucune raison quand ils vous arrêtent, constate-t-il. En Erythrée, il n'y a pas de liberté."

 

 

Pour M. Yosef, l'ambiguïté persistante sur le statut de la frontière explique ces arrestations. Les postes-frontières avaient ouvert après la signature de l'accord de paix. Mais ils ont été fermés quelques mois plus tard et nul ne sait quand ils rouvriront. "Maintenant nous demandons que la paix soit institutionnalisée, dit-il. Si elle est institutionnalisée, elle ne pourra plus être perturbée par des individus."

 

 

La démarcation de la frontière reste la principale source d'inquiétude dans la région.

 

 

 

L'Erythrée soupçonnée de ralentir le processus de démarcation

Lors de la signature de l'accord, M. Abiy avait surpris tout le monde en se disant prêt à accepter un jugement rendu en 2002 par une commission indépendante internationale soutenue par l'ONU, qui était favorable à l'Erythrée. Si ce jugement, toujours rejeté jusqu'ici par l'Ethiopie, est appliqué, des villes éthiopiennes passeront du côté érythréen et la communauté Irob sera séparée en deux.

 

 

Malgré les concessions de M. Abiy, de nombreux analystes soupçonnent l'Erythrée de ralentir le processus de démarcation. "Je dirais que le gouvernement érythréen veut probablement aller un peu plus lentement, car le rapprochement a des implications pour la situation intérieure en Erythrée. Ça a été un pays fermé pendant 20 ans", souligne Michael Woldemariam, expert à la Boston University. "Les contradictions entre cette nouvelle ère de paix à l'extérieur et la situation intérieure à l'Erythrée vont constituer un défi important à l'avenir", prédit-il.

 


03/11/2019
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Franceinfo - le mardi 22 octobre 2019

 

 

Guinée : la crise politique en cinq points

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

La transmission du pouvoir pose problème dans ce pays d'Afrique de l'Ouest où des consultations ont été lancées pour modifier la Constitution

 

 

 

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Des jeunes bloquent la route dans un quartier de Conakry, en Guinée, le 16 septembre 2019, alors qu'ils protestent contre un troisième mandat du président Alpha Condé. (CELLOU BINANI / AFP)

 

 

 

La Guinée est en proie depuis plusieurs jours à des protestations meurtrières qui inquiètent les observateurs. La tension est liée à l’élection présidentielle prévue en octobre 2020.

 

 

 

1 - Qui dirige le pays ?

Alpha Condé, 81 ans, est à la tête de la Guinée depuis 2010. L’ancien opposant historique, qui a connu l'exil et la prison est le premier président démocratiquement élu après des années de dictature militaire. Son deuxième et dernier mandat se termine en 2020 avec un bilan relativement positif. Mais on prête au président sortant l’intention de vouloir rester au pouvoir.

 

 

 

2 - Pourquoi la colère gronde ?

La Constitution de Guinée est claire et limite à deux les mandats présidentiels. Pour pouvoir se présenter une troisième fois en octobre 2020, Alpha Condé n'a pas d’autre choix que de modifier la Constitution, une pratique répandue en Afrique. Le débat est lancé dès janvier 2019, mais le projet est aussitôt rejeté par l’opposition. Les adversaires politiques d’Alpha Condé créent un front regroupant des partis, des syndicats et des membres de la société civile pour s'opposer à cette initiative.

 

 

 

3 - La Constitution sera-t-elle modifiée ?

Malgré un refus clair de l’opposition et des manifestations dans la rue, le gouvernement maintient le cap de la réforme constitutionnelle. Lors d’une rencontre fin septembre avec des Guinéens à New York, le président Alpha Condé leur demande explicitement de se "préparer pour le référendum et les élections". Cette annonce ravive la tension et les appels à la mobilisation sont relancés.

 

 

 

4 - Comment réagit l’opposition ?

L'opposition dénonce un projet de coup d'Etat institutionnel et une dérive "dictatoriale". Le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), collectif réunissant des partis politiques et des organisations de la société civile, a organisé des manifestations malgré l’interdiction imposée par le gouvernement qui invoque les risques pour la sûreté publique. Pour les opposants, c'est la seule façon de faire pression sur le pouvoir. Depuis, des dizaines d'opposants, dont des dirigeants du mouvement, ont été arrêtés et jugés. Les instigateurs de la contestation ont été condamnés à des peines allant de 6 à 12 ans de prison. La contestation a déjà fait au moins neuf morts, dont un gendarme. Des dizaines de manifestants ont été blessés par balles.

 

 

5 - La crise, jusqu'où ?

L’opposition maintient la pression dans un climat d’inquiétude générale. La communauté internationale et les défenseurs des droits humains craignent une escalade. L'histoire de la Guinée indépendante est jalonnée de protestations et de répressions sanglantes. En 2009, plus de 150 personnes avaient été tuées lors d’un rassemblement contre la candidature à la présidentielle du chef de la junte, Moussa Dadis Camara. Plus récemment, des affrontements autour d'élections locales et d'une grève d'enseignants ont fait plusieurs morts en 2018.

 

 

Faute de dialogue, le blocage risque d’avoir des répercussions graves sur "la nouvelle démocratie", selon Human Rights Watch. "On est vraiment au moment où le président Condé et son gouvernement sont face à un choix : soit laisser les libertés s'épanouir, soit aller vers un Etat plus autoritaire", précise le chercheur de l'ONG Jim Wormington, cité par l'AFP.

 


22/10/2019
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