L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

AFRIQUE général

L'Histoire continue de s'écrire partout dans le monde. Suivons celle du continent africain


Franceinfo - le jeudi 4 avril 2019

 

 

Afro-Américains : une nouvelle vie en Afrique

 

 

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Le Ghana fut l'un des principaux points de départ de la traite des esclaves. Aujourd'hui le pays appelle leurs descendants à revenir

 

 

 

Le Ghana était l'un des principaux points de départ des esclaves dans le cadre du commerce triangulaire. Le fort de Cape Coast est devenu en quelque sorte un lieu de pèlerinage. De plus en plus d'Américains viennent ici chaque année pour comprendre d'où ils viennent. "Je sais ce que cela veut dire maintenant d'être une Afro-américaine", confie une petite fille. Le Ghana a baptisé 2019 "l'année du retour", bien décidé à attirer le maximum d'Afro-Américains.

 

 

Jusqu'à 5 000 Afro-Américains installés au Ghana 

Candace et Steven William ont ainsi quitté Baltimore (États-Unis) il y a  deux ans et ont tout changé, jusqu'à leurs prénoms. Koffi Odoi, organisateur du marché d'artisanat est ravi de voir arriver des ressortissants américains "ils ont un savoir et les Africains en ont besoin pour se développer", témoigne-t-il. L'intégration n'est pourtant pas toujours simple. "En raison de notre couleur, plus claire, ou de notre accent, certains ici nous prennent pour des blancs, ils ne savent pas ce qu'est un Afro-Américain", précise Steven William. À cela s'ajoutent les lenteurs administratives et la difficulté à trouver un travail. Ils ont fait un test ADN pour confirmer leurs origines africaines et ont maintenant le projet de monter une association pour aider les Afro-Américains à s'installer définitivement au Ghana. Entre la quête de nouvelles opportunités et la recherche de leurs origines, de 3 000 à 5 000 Afro-Américians se sont déjà installés au Ghana depuis la fin des années 2000.

 


06/04/2019
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Franceinfo - le samedi 6 avril 2019

 

 

Au Rwanda, "la croissance économique et le contrôle de la société vont de pair"

 

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Marie E.Berry et Laura MannThe ConversationFrance Télévisions
 

 

 

"Les investissements et les politiques industrielles mises en place par le gouvernement ont engendré une croissance solide et, ce faisant, donné davantage d’influence aux membres du sérail", affirment deux chercheuses. Leur analyse dans The Conversation

 

 

 

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Le président rwandais Paul Kagame. Le Rwanda a une économie en plein essor qui est contrôlée par un régime autoritaire.  (CHRISTIAN MARQUARDT/EPA-EFE)

 

 

 

Le Rwanda est aujourd’hui considéré comme un modèle de développement économique. Vingt-cinq ans seulement après l’horreur du génocide, le pays avance à pas de géant. Cependant, le gouvernement de Paul Kagame fait l’objet de nombreuses critiques pour son autoritarisme et la violente répression de ses opposants.

 

 

Le Rwanda peut s’enorgueillir de nombreuses réussites. Le pays compte le plus grand nombre de femmes politiques au monde. Au Parlement, plus de la moitié des députés sont des femmes.

 

 

Les progrès technologiques y sont également remarquables. Le Rwanda est connu pour ses innovations qui permettent à la population d’accéder à des services essentiels, comme la transfusion sanguine. Il est aussi à la pointe en matière d’accès à Internet : plus de 95 % du pays bénéficie d’une couverture réseau. En outre, il continue d’afficher une croissance économique impressionnante.

 

 

Il importe, toutefois, de replacer ces avancées dans leur contexte.

 

 

Dans un article publié il y a trois ans, nous analysions les motivations politiques qui sous-tendent le développement du Rwanda. Plusieurs points sont toujours d’actualité.

 

 

Nos recherches mettent ainsi en évidence le double statut du pays, qui est à la fois un modèle de développement et un paria accusé d’autoritarisme au sein de la communauté internationale. Nous montrons ainsi que les marchés constituent des espaces à travers lesquels l’État rwandais accroît son emprise.

 

 

En d’autres termes, dans ce pays la croissance économique et le contrôle de la société vont de pair.

 

 

Pour bien saisir la situation, il faut d’abord comprendre les intérêts politiques qui dictent les priorités en matière de développement au Rwanda, puis prendre en compte l’histoire du pays, notamment son passé violent.

 

 

Capitalisme et développement

Des motivations politiques sous-tendent toujours le développement économique. Or l’essor de la pensée entrepreneuriale au sein des cercles chargés du développement a tendance à occulter cette réalité. Elle conçoit le développement comme un simple défi technocratique et dépeint les marchés comme des espaces apolitiques où « l’économie » peut fonctionner.

 

 

Les débats à la Banque mondiale, au sein du programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) et dans d’autres organisations internationales suggèrent ainsi que les États devraient s’affranchir des considérations purement politiques s’ils veulent se développer efficacement.

 

 

Or, cette vision des choses néglige un nombre significatif d’études en sciences sociales qui démontrent combien, historiquement, la croissance de type capitaliste a pu être stimulée par un renforcement du pouvoir de l’État. Des sociologues et des historiens ont ainsi montré comment l’accroissement du pouvoir étatique en Europe a jeté les bases nécessaires à la coordination du secteur privé et du développement des économies de marché.

 

 

Toujours selon les chercheurs, les « tigres » du Sud-Est asiatique, à la croissance accélérée, ont eux aussi bénéficié d’une forme de capitalisme étatique. Là encore, des relations d’interdépendance se sont tissées entre dirigeants politiques et entrepreneurs.

 

 

Dans les deux cas, le développement économique a été à la fois la conséquence – et un ingrédient – d’une consolidation du pouvoir de l’État.

 

 

La question de savoir si ce modèle de développement peut être transposé dans les pays d’Afrique a été longuement débattue. Certains estiment que les systèmes politiques locaux ne s’y prêtent pas, du fait de la manière arbitraire dont les États africains se sont formés, mais aussi du fait des ambitions entrepreneuriales autochtones contrariées pendant la période coloniale. Cette situation a généré ce que les chercheurs appellent des relations de prédation entre les entreprises et l’État.

 

 

Néanmoins certains pays, comme le Rwanda, sont bien parvenus à créer des partenariats entre l’État et le parti au pouvoir pour canaliser les investissements dans les secteurs prioritaires, tout en luttant contre des formes plus flagrantes de corruption qui grèvent la productivité, à des échelons inférieurs de la société.

 

 

 

Un passé de violences

L’histoire récente du Rwanda a été marquée par de multiples périodes d’insécurité généralisée qui ont poussé le gouvernement à faire du développement une priorité.

 

 

La principale menace pour la sécurité du pays est liée aux reliquats du sectarisme Hutu, à l’origine du génocide de 1994. Parmi les autres dangers potentiels pour le régime, on peut citer la contestation de l’autorité du président Kagame par des mouvements d’opposition comme le Congrès national rwandais, ainsi que l’instabilité persistante chez son voisin, la République démocratique du Congo.

 

 

Le gouvernement a adopté une série de mesures pour désamorcer ces menaces. Certaines sont explicites, comme le déploiement de forces de sécurité à travers tout le pays. D’autres sont plus subtiles, comme les aides sociales (distributions d’argent dans les milieux défavorisés notamment) utilisées pour apaiser les frustrations des Rwandais les plus pauvres, qui se considèrent comme les laissés-pour-compte du développement économique.

 

 

Toutefois, les dirigeants ont aussi tendance à exagérer les dangers potentiels, de manière à légitimer la militarisation des frontières et justifier des mesures de sécurité toujours plus répressives. La récente décision du gouvernement de fermer sa frontière nord avec l’Ouganda et de diffuser des consignes strictes à l’intention des voyageurs en est un bon exemple. Cette décision, soi-disant prise pour des raisons de sécurité, suit le même schéma que d’autres exagérations visant à justifier la militarisation accrue du pays. Les propos du président Kagame ont suscité l’inquiétude de certains observateurs qui redoutent même que le gouvernement rwandais ne prépare des frappes militaires pour déstabiliser l’Ouganda.

 

 

Mais quelle est donc la nature du lien entre cette tendance à la militarisation et le développement du pays ?

 

 

 

Une élite politico-militaire

Selon nous, le développement des marchés a contribué à accroître le pouvoir d’une élite politico-militaire aux commandes de l’économie rwandaise. Les investissements et les politiques industrielles mises en place par le gouvernement ont engendré une croissance solide et, ce faisant, donné davantage d’influence aux membres du sérail.

 

 

Il est indéniable que l’État a profité de cette croissance et de ce climat susceptible d’attirer les investisseurs pour renforcer ses infrastructures, améliorer les services publics et encourager le progrès. Sa capacité à susciter le respect et la loyauté de la population dépend d’ailleurs du caractère durable de la croissance. Malgré tout, la transformation de l’économie au Rwanda, comme dans tous les pays du monde, suit une logique politique de renforcement des classes sociales.

 

 

Reste à voir si ce modèle pourra perdurer dans un contexte de développement lent et inégalitaire, et une économie mondialisée au sein de laquelle la mise en œuvre de réelles transformations structurelles tourne de plus en plus à la compétition. En dépit de l’accent mis sur le développement, beaucoup de Rwandais vivent encore dans la misère et leur pouvoir d’achat dépend souvent des interventions fréquentes de l’État.


Traduit de l’anglais par Iris Le Guinio pour Fast ForWord.The Conversation

 

 

 

 

Marie E. Berry, Assistant Professor, Josef Korbel School of International Studies, University of Denver et Laura Mann, Assistant Professor, Department of International Development, London School of Economics and Political Science

 

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 


06/04/2019
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Franceinfo - le samedi 6 avril 2019

 

 

 

VINGT-CINQ ANS APRÈS LE GÉNOCIDE RWANDAIS, MILITAIRES ET DIPLOMATES FRANÇAIS TÉMOIGNENT DANS UN LIVRE

 

 

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Michel LachkarRédaction AfriqueFrance Télévisions
 
 

 

Le 6 avril 1994, l’attentat contre l’avion du président rwandais Habyarimana enclenche le génocide, sans doute préparé de longue date, contre les Tutsis. En cent jours, 800 000 personnes sont exterminées. Vingt-cinq ans plus tard, on s’interroge toujours sur le rôle de la France durant ces heures sombres. "Rwanda, ils parlent, témoignages pour l'Histoire", livre signé Laurent Larcher, journaliste à "La Croix", apporte une nouvelle contribution

 

 

 

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Des Rwandaises dans un camp de réfugiés, au nord de Goma, le 25 juillet 1994.  (ULLI MICHEL / REUTERS)

 

 

 

Le président Macron a décidé d’ouvrir les archives françaises à un collectif d’historiens sous la présidence de l'historien Vincent Duclert. Depuis 25 ans, les témoignages, parfois contradictoires, ne manquent pas sur cette tragédie. La France a-t-elle engagé l'opération Turquoise pour protéger les populations tutsies (et hutues) menacées ou avait-elle un agenda caché dans l'espoir de préserver son influence dans la région ?

 

 

Dans son livre Rwanda : ils parlent, le journaliste de La Croix Laurent Larcher donne de nouveau la parole aux différents acteurs de l’époque : militaires, diplomates, anciens ministres... Pour l’amiral Lanxade, chef d’état-major de François Mitterrand, comme pour Alain Juppé, la France n’a rien à se reprocher. Selon eux, pour comprendre la politique de la France, il faut distinguer deux périodes. Celle qui va d’octobre 1990 jusqu’aux accords de paix d’Arusha (en août 1993) et celle d'après 1993. Pour Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères de 1993 à 1995, l’objectif de la France était alors de trouver un accord politique entre le régime du président Habyarimana et le FPR dirigé par Paul Kagame. L’accord de paix d’Arusha poussé par la France, signé en août 1993 prévoit cette réconciliation avec le FPR et la réintégration des exilés tutsis, afin de mettre un terme à la guerre civile rwandaise commencée en 1990.

 

 

 

La France mise sur l'accord de paix d'Arusha

L’accord de paix prévoit également le départ des troupes françaises et l'arrivée d'une mission des Nations unies, la Minuar, créée le 5 octobre 1993 pour veiller à son application. D'après l'accord d'Arusha, le président Habyarimana devait céder une partie du pouvoir aux "rebelles", et l’ONU prendre le relais de la France. Pour l’amiral Lanxade,  "dans cette première période (1990-1993), François Mitterrand décide de soutenir le gouvernement Habyarimana pour éviter la déstabilisation de ce pays".

 

 

L’objectif de l’opération Turquoise, c’est d’arrêter les massacres. Pas d’aller à Kigali ou d’intervenir contre le FPRAmiral Lanxade chef d'état-major particulier du président Mitterrand à Laurent Larcher

 

 

En octobre 1993, "on a passé la main aux Nations unies et au général canadien Roméo Dalaire, le drame c’est qu’ils ont été incapables de réagir. Eux avaient les moyens sur place, juste après l’attentat du 6 avril 1994, contre l’avion du président Habiyarimana. (...) C’est tout le problème des forces des Nations unies. Les Belges, comme les Hollandais à Srebenica, ne sont pas intervenus."

 

 

"Mais quand l’avion du président habyarimana est abattu, la France ne se préoccupe plus que d’une seule chose : l’évacuation des Belges et des Français."

 

 

Depuis le début du mois d’avril 1994, les Tutsis étaient massacrés par des unités militaires des Forces armées rwandaises (FAR) et des civils liés au pouvoir rwandais. Le Front patriotique rwandais (FPR), composé pour l’essentiel de Tutsis rwandais exilés en Ouganda dans les années 60, luttait contre les forces du régime en place à Kigali. 

 

 

"Pour nous, à partir de 1993, le Rwanda c’est l’affaire des Nations unies. Cela redevient notre affaire avec l’opération turquoise, parce qu'Alain Juppé et le président Mitterrand pensent qu’on ne peut pas laisser les massacres se poursuivre", affirme encore l'amiral Lanxade.

 

 

Voici donc la vision officielle défendue aujourd'hui encore par les autorités de l'époque. Quelque peu contredite par certains témoignages, comme celui du Saint-Cyrien Guillaume Ancel, chargé de guider les frappes aériennes sur le terrain. Sur la journée du 30 juin 1994 qui le hante : "Il y avait des Tutsis qui avaient survécu sur la colline, on nous a envoyés dans la forêt de Nyungwe pour stopper le FPR. Ce fut une faute criminelle. Nous aurions pu stopper les massacres de Bisesero. Mais nous les avons laissés se dérouler, préférant affronter le FPR, plutôt que les génocidaires."

 

 

Ce que conteste le général Lafourcade commandant de l'opération Turquoise : "La mission qu'on a donnée (au capitaine Ancel) consistait à protéger la zone, les camps de Nyarushishi, un peu plus bas, Cyangugu... ça n'a rien d'une opération offensive. (...) Je rappelle que toutes archives actuellement disponibles prouvent que l’opération turquoise n’avait aucun caractère offensif, mais un caractère humanitaire". 

 

 

Selon lui, "l’opération Turquoise a sauvé des milliers de vies, principalement tutsies et a arrêté les massacres dans la zone sous notre contrôle en 1994. Le bilan a été salué par l’ensemble des observateurs des Nations unies."

 

 

 

Une cohabitation Mitterrand-Balladur qui ralentit les décisions

Le livre de Laurent Larcher montre également que la cohabitation Mitterrand-Balladur (Premier ministre de l'époque) ne facilite pas toujours la prise de décision et que du temps a été perdu pour l’efficacité de l’action de protection des populations. Ce qui peut expliquer les quelques jours de retard pour l’intervention dans la forêt de Nyungwe.

 

 

Rien n'est assez rapide selon Alain juppé. "Il faut également obtenir une résolution du Conseil de sécurité pour lancer l’opération Turquoise, alors que les Américains n’étaient pas enthousiastes. Quant à nos partenaires européens, ils nous faisaient savoir : 'Allez-y, mais on vous regarde.' Donc c’était une opération difficile à monter."

 

 

Ce que l’on reproche à la France, c’est de ne pas avoir arrêté les génocidaires, d’avoir laissé la radio Mille collines diffuser ses messages terribles. Les autorités de l’époque s’abritent derrière l’opération turquoise, qui n’a pas d’autres mandats que de regrouper les populations tutsies et hutues menacées par les deux camps et à les protéger. Pas d’arrêter le FPR ou les génocidaires.

 

 

Si des zones d’ombres demeurent dans ce récit rwandais, les historiens pourront bientôt enfin faire leur travail, avec l’ouverture de toutes les archives décidée par le président Emmanuel Macron. Ce geste s'explique par la volonté du président français de tenter un rapprochement diplomatique avec le président Kagame, considéré aujourd’hui comme un chef d’Etat influent en Afrique.

 

 

Rwanda, ils parlent, témoignages pour l'Histoire, de Laurent Larcher, 

 


Edition du Seuil (mars 2019)

 


06/04/2019
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Franceinfo - le mardi 26 mars 2019

 

 

L'Afrique australe apporte son soutien à l'indépendance du Sahara Occidental

 

 

 

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franceinfo Afrique avec agencesRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

L’Afrique du Sud a accueilli le 25 mars 2019 une conférence de solidarité avec le peuple sahraoui. Pretoria considère le Sahara Occidental comme l’une des dernières "colonies" du continent africain. La réponse du Maroc n’a pas tardé. Rabat a organisé sa propre réunion diplomatique avec le soutien d'un trentaine de pays africains

 

 

 

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Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, le 5 février 2019. (RODGER BOSCH / AFP)

 

 

 

Le Front Polisario lutte depuis 1975 pour l’indépendance du Sahara Occidental, revendiqué par le Maroc. Mais aucune solution n'est encore en vue.

 

 

La conférence organisée par l’Afrique du Sud le 25 mars 2019 a réuni les pays membres de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) et quelques pays observateurs comme Cuba ou le Venezuela."On ne peut parler d’Afrique post-coloniale si le Sahara Occidental est toujours occupé par le Maroc", a affirmé la ministre sud-africaine des Affaires étrangères, Lindiwe Sisulu. "Nous sommes ici pour une cause juste. Et nous notons avec tristesse que le peuple sahraoui lutte toujours pour ses droits. Bien que l’ONU joue un rôle actif dans la résolution de ce problème, nous, membres de la SADC avons décidé d’être solidaire dans leurs efforts", a déclaré Lindiwe Sisulu.

 

 

 

Un clivage qui traverse le continent africain

L’Afrique du Sud, le Zimbabwe ou l’Angola ont toujours affiché un soutien à la cause sahraouie, en raison des liens historique entre leurs mouvements indépendantistes. Pretoria espère rallier l’ensemble de la région australe dans un soutien commun à l'indépendance du Sahara Occidental et appelle à "mettre fin à l'exploitation 'illégale' des ressources naturelles du 'territoire occupé'".

 

 

Cette offensive diplomatique de l’Afrique du Sud arrive alors que le mandat de la mission des Nations unies au Sahara Occidental, qui garantit un cessez-le-feu dans la région, arrive à échéance et que l’administration américaine s’est opposée à son renouvellement pour un an.

 

 

 

Le Maroc réunit ses amis à Marrakech

Le Maroc a organisé la riposte en réunissant 37 pays, le 25 mars à Marrakech. Ces soutiens au Maroc se sont prononcés contre toute "interférence" dans le processus onusien actuellement en cours. Le Maroc, qui a réintégré l'Union africaine en janvier 2017, s'est efforcé depuis de neutraliser toute tentative de règlement au niveau de l'Union africaine (UA). Par un puissant lobbying, le Maroc a poussé plusieurs pays africains, y compris certains de la région australe (Zambie, Mozambique), à geler leurs relations avec le mouvement indépendantiste sahraoui.

 

 

Des discussions entre le Maroc et les indépendantistes du Front Polisario ont repris il y a quelques mois sous l’égide des Nations unies, après six années d’interruption. Le représentant personnel du Secrétaire général de l'ONU pour le Sahara Occidental, Horst Kohler, s'efforce depuis plusieurs mois de relancer le processus de discussion, après plusieurs années de blocage. Mais "de nombreuses positions divergent toujours fondamentalement", a-t-il expliqué le 22 mars à l'issue d'une deuxième table ronde à Genève.

 

 

 

Le Maroc veut poursuivre sous l’égide des Nations unies

La déclaration finale adoptée par 37 pays à Marrakech rappelle "l'exclusivité des Nations unies en tant que cadre de recherche d'une solution politique, mutuellement acceptable, réaliste, pragmatique et durable à la question du Sahara"

 

 

Les conférences de Marrakech et de Pretoria reflètent la ligne de fracture qui partage le continent. Pour le Maroc, la "solution réaliste et pragmatique" correspond au statut d'autonomie sous contrôle marocain que veut Rabat. Pour les indépendantistes du Front Polisario, la solution "juste" fait référence au référendum que le Polisario réclame pour obtenir l'indépendance de cette étendue désertique de 266 000 km².

 


27/03/2019
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Franceinfo - le samedi 23 mars 2019

 

 

Cyclone Idai : le bilan s'alourdit à 417 morts au Mozambique

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Le bilan du cyclone, des inondations et des glissements de terrain continue de grimper au Mozambique. Le Malawi et le Zimbabwe ont également été touchés

 

 

 

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A Beira (Mozambique) le 23 mars 2019, une dizaine de jours après le passage du cyclone Idai. (WIKUS DE WET / AFP)

 

 

 

 

Le bilan s'alourdit encore au Mozambique. Le passage du cyclone Idai sur l'Afrique australe a fait au moins 417 morts dans le pays, annonce samedi 23 mars le ministre de la Terre, de l'Environnement et du Développement rural mozambicain. 

 

 

"A l'heure qu'il est, nous avons 417 morts et 1 528 blessés", a déclaré Celso Correia à la presse, à Beira, la deuxième ville du pays qui a été en partie dévastée par le cyclone Idai. Le précédent bilan au Mozambique faisait état de 293 morts. Au total, le cylone Idai, qui a provoqué des inondations catastrophiques et des éboulements de terrain au Mozambique et au Zimbabwe voisin, a fait au moins 676 morts dans les deux pays.

 

 

"C'est un désastre naturel sans précédent. La zone affectée [au Mozambique] est d'environ 3 000 km2. Un désastre qui équivaut aux catastrophes majeures", estime le ministre. Et il ajoute : "Malheureusement, personne dans la région ni dans le monde ne pouvait prédire un désastre d'une telle ampleur."

 


23/03/2019
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Franceinfo - le mercredi 20 mars 2019 - mis à jour le

 

 

Mozambique : les secours débordés après le passage du cyclone Idai

 

 

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France 2France Télévisions

 

 

 

Six jours après le passage d'un cyclone au Mozambique, les secours sont dépassés. La Croix Rouge parle de la pire crise humanitaire de l'histoire récente du pays

 

 

 

Des milliers de rescapés sont toujours bloqués sur des toits au Mozambique. Serrés les uns contre les autres, ils attendent les secours. Le cyclone Idai est passé il y a maintenant six jours, dans la nuit du 14 au 15 mars dernier, mais beaucoup sont toujours réfugiés dans des arbres. Les secours sont débordés. Le Mozambique, l'un des pays les plus pauvres au monde, est dépassé par l'ampleur de la catastrophe.

 

 

 

Des vagues de 8 mètres attendues

Les humanitaires sont eux aussi totalement pris de court. Et la population ressasse ce moment où le ciel lui est tombé sur la tête. "Il pleuvait tellement. On a entendu la montagne exploser et l'eau envahir toutes les rues et même notre maison. Heureusement, on a pu s'enfuir", confie un habitant. Mais les pluies torrentielles persistent. Des vagues de 8 mètres de haut sont attendues dans les prochains jours à Beira, la ville côtière la plus touchée.

 


21/03/2019
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Franceinfo - samedi 16 mars 2019

 

 

Guinée Equatoriale : le désarroi des habitants de Malabo privés de "Djibloho"

 

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franceinfo AfriqueRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

  

 

La mise à quai définitive de l'unique bateau public reliant la capitale de Guinée Equatoriale à la deuxième ville portuaire du pays, située sur sa partie continentale, ne fait pas les affaires des habitants de l'île de Bioko

 

 

 

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Le port de Malabo, sur l'île de Bioko, en Guinée Equatoriale, le 4 novembre 2017. (MICHAEL RUNKEL / ROBERT HARDING PREMIUM)

 

 

 

Après vingt ans de bons et loyaux services, le Djibloho, vieux cargo bleu de 104 mètres de long, ne quittera plus le port de Malabo. Son directeur l'a annoncé début février, estimant que le bateau ne garantissait plus "la sécurité et les biens" des quelque 500 passagers qui l'empruntaient chaque semaine, les bras chargés de colis et de marchandises.

 

 

Son état de délabrement est tel, qu'aucune réparation ne peut être envisagée, a déclaré à la télévision nationale l'un des fils du président Teodoro Obiang Nguema au pouvoir depuis 1979.

 

 

Mais pour les Equato-Guinéens, peu fortunés, ce bateau public était leur seule chance de voyager entre la capitale, insulaire, et Bata, ville portuaire, la deuxième de ce pays d'Afrique centrale dont la moitié du million d'habitants vit sous le seuil de pauvreté.

 

 

 

"Le bateau du peuple"

Natalia Obona, 35 ans, regrette le Djibloho, qui "était bien pour ceux qui n'ont pas d'argent, comme nous. C'était le bateau du peuple, c'était pour nous."

 

 

Elle n'a pas les moyens de Les compagnies privées facturent la traversée entre 30 000 et 70 000 francs CFA (entre 45 et 105 euros), alors qu'elle coûtait autour de 14 000 francs CFA (20 euros), soit près de deux fois moins, sur le Djibloho.

 

 

Autres inconvénients dont se plaignent les habitants : le doublement du prix de certaines denrées importées du continent, comme le tomates. Plusieurs restaurants ont vu leur chiffre d'affaires chuter de 25% : les tortues de forêt ne figurent plus sur les menus – de quoi décevoir les habitués –, tandis qu'au marché de Malabo, la viande de brousse, importée du continent, a disparu des étals, selon l'AFP.

 

 

 

"Djibloho", transporteur de produits agricoles

La plupart des biens de consommation importés transitent par la zone dite des trois frontières entre le Cameroun, le Gabon et la Guinée Equatoriale. A partir de ces pays, ils étaient chargés à bord du Djibloho, plus grand transporteur de produits agricoles provenant de Kye-Ossi, localité sud-camerounaise et grande porte d'entrée dans la région du Sud.

 

 

Malgré le désarroi des habitants, l'acquisition par l'Etat d'un nouveau cargo n'est pas à l'ordre du jour. Les recettes publiques ayant fondu depuis la baisse du cours du pétrole en 2014.

 


17/03/2019
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Franceinfo - le samedi 16 mars 2019

 

 

Les violences de Boko Haram font "écho à des événements survenus au début du XXe siècle"

 

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The ConversationFrance Télévisions

 

 

 

 

Si "la violence associée à Boko Haram n’est certes pas une réplique de l’histoire, elle est sa continuité, car la violence – et surtout la violence sexuelle – n’a jamais cessé d’être une réalité dans cette zone frontalière du bassin du lac Tchad". Explications de trois chercheurs dans The Conversation

 

 

 

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 Des sandales de jeunes filles sont éparpillées devant l'université technique et scientifique pour filles, Dapchi, Nigeria, 22 février 2018, après un rapt et raid d'un groupe dirigé par Boko Haram.  (AMINU ABUBAKAR / AFP)

 

 

 

 

Le groupe Boko Haram est devenu si puissant ces derniers mois que des soldats tchadiens ont été envoyés en renforts fin février dans la région des monts Mandara, à la frontière entre le Nigéria et le nord du Cameroun. Début mars, des agences humanitaires s’alarmaient par ailleurs du retour forcé de milliers de Nigérians, sommés de quitter le Cameroun pour revenir sur les terres occupées par Boko Haram.

 

 

Ces régions ont particulièrement souffert des déprédations causées par ce mouvement insurrectionnel formé en 2002 et qui se réclame de l’idéologie salafiste djihadiste.

 

 

Cependant, pour les populations des monts Mandara, en majorité animistes et chrétiennes, cette situation n’est pas nouvelle et fait écho à des événements survenus au début du XXe siècle.

 

 

 

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Abubakar Shekau, leader actuel de Boko Haram, novembre 2017. Wikimedia

 

 

 

Le chef désigné de Boko Haram, Abubakar Shekau, présente en effet des similarités troublantes avec un autre « chef », le peul Hamman Yaji, qui a régné dans la même région entre 1902 et 1927.

 

 

Ce regard local nous semble crucial. Il semble indiquer que les actions de Boko Haram ne sont pas une éruption mystérieuse et sans précédent de la violence et de la sauvagerie, et que plutôt que d’être une idéologie importée des pays arabes, Boko Haram tire sa légitimité de ressources doctrinales et historiques endogènes à la région.

 

 

 

D’un ennemi à l’autre

Hamman Yaji était le lamido (chef traditionnel peul) de Madagali, une ville située à l’ouest des monts Mandara, et qui se trouve maintenant au Nigeria, près de la frontière internationale avec le Cameroun. Au début du XXesiècle, Yaji pendant vingt ans, a razzié la zone capturant des esclaves au sein des populations non-musulmanes, notamment celles habitant les monts Mandara, et tuant ceux qui lui résistaient.

 

 

Aujourd’hui, les non-musulmans vivant le long de la frontière entre le Cameroun et le Nigéria se réfèrent à Boko Haram comme étant « hamaji » terme dérivé de leur souvenir des actions meurtrières d’Hamman Yaji.

 

 

 

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Groupes ethniques habitant les monts Mandara, l’une des régions les plus ethniquement diverses en Afrique. Scott MacEachern

 

 

 

 

Nous n’allons pas détailler ici l’histoire de Boko Haram qui a fait l’objet de nombreuses publications. Nous cherchons plutôt à comprendre pourquoi les populations se réfèrent à Boko Haram dans des termes qui rappellent la période de l’esclavage ? Pourquoi utilisent-elles le terme « hamaji » pour qualifier Boko Haram, et pourquoi comparent-elles Aboubakar Shekau à Yaji ?

 

 

 

Des archives étonnantes

Dès le début, la présence coloniale au Nord-Cameroun et au nord-est du Nigeria a été marquée par une véritable explosion de l’esclavage qui a perdurait jusque dans les années 1940, et sous des formes variées (esclavage royal, concubinage) jusque dans les années 1980.

 

 

Plusieurs sources primaires attestent de cette période, comme les traditions orales collectées par l’anthropologue Judith Sterner, puis les archives coloniales allemandes, françaises et anglaises.

 

 

La troisième source de notre compréhension de la traite des esclaves au XXᵉ siècle est atypique.

 

 

 

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Le journal intime de Hamman Yaji, années 20. Indian University

 

 

 

 

Il s’agit d’un journal intime dicté entre 1912 et 1927 par Haman Yaji, le plus important maraudeur d’esclaves du début du XXe siècle au sud du bassin du lac Tchad. Dans ce journal était consciencieusement rapporté le nombre d’esclaves et de bêtes capturés, ainsi que le jour et l’endroit où s’étaient déroulés les raids. Yaji n’a pas révélé la raison pour laquelle il entreprit la rédaction de son journal. On sait par contre qu’il disposait d’un écrivain, mais également d’un esclave pour garder et cacher le manuscrit.

 

 

Hamman Yaji, dans son journal autobiographique, mentionne une centaine de raids dirigés contre des colonies de peuplement dans et autour des monts Mandara, au cours desquels 1 600 esclaves furent capturés et plus de 150 autres tués. Sa base principale était à Madagali, située au pied des monts Mandara.

 

 

 

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Le Lamidat (appellation locale d’une chefferie peule) de Madagali et ses zones de raids au temps d’Hamman Yaji. Les cercles en bleu foncé représentent les cibles de raids ; les cercles en bleu clair ; les emplacements approximatifs des localités ; les cercles non colorés les villages sous contrôle d’Hamman Yaji. David Nicholas

 

 

 

Hamman Yaji, le « monstre »

Les habitants des monts Mandara se souviennent encore d’Hamman Yaji comme d’un monstre ayant commis d’énormes atrocités. Une tradition orale recueillie à Sukur par Judith Sterner raconte ce qui suit :

 

 

 

« Pendant une razzia, les soldats d’Hamman Yaji coupèrent les têtes des villageois devant la maison de Tlidi [chef de Sukur], les jetèrent dans un trou, allumèrent un feu dedans, et se firent un repas au-dessus de ces têtes. Une autre fois, les femmes des hommes tués de Sukur durent venir pour ramener les têtes de leurs maris chez elles dans des calebasses ; et une autre fois encore, les soldats ramenèrent justement toutes les têtes à Madagali pour que les Fulbé puissent les voir ».

 

 

L’anthropologue hollandais Walter van Beek rapporte également les propos d’un informateur, Vandu Zra Té, qu’il a interviewé en 1989 (traduction The Conversation) :

 

 

 

« Hamman Yaji utilisait les gens comme monnaie. Il a acheté un bâton à moudre à une femme Fulbe et l’a payée avec un esclave. Il a acheté un tapis et l’a payé avec un esclave. Pour acheter une calebasse ou un bâton, il a payé avec des gens. Même une gourde de shikwedi (herbe pour les sauces) il l’a payé avec un esclave. C’est ce qu’il faisait. »

 

 

Pendant son règne, Hamman Yaji eut affaire à trois pouvoirs coloniaux différents. Jusqu’en 1916, Madagali était contrôlé par les Allemands. La Première Guerre mondiale provoqua un changement de régime colonial, et les Français y régnèrent de 1916 à 1922. Entre 1922 et 1961, Madagali fut sous l’autorité du régime colonial britannique.

 

 

Ces pouvoirs avaient une chose en commun : ils se servaient des structures politiques musulmanes, comme le lamidat de Madagali, pour administrer la région, ce qui explique en partie la survie des raids d’esclaves même au-delà de son interdiction officielle en 1936.

 

 

 

Une menace pour le pouvoir colonial

Les informateurs d’aujourd’hui sont bien conscients des avantages que cette position en retrait de l’autorité coloniale avait procurés pour le chef peul reconnu pour sa férocité :

 

 

 

« Hamman Yaji n’était pas un homme. Il était trop méchant pour être un homme. Il ne buvait que du sang humain comme boisson. C’est pourquoi il lui fallait tuer constamment pour avoir du sang à boire. À un moment, les Blancs n’étaient pas d’accord avec lui, et lui ont demandé d’arrêter. Mais c’était difficile de le contrôler quand il venait se cacher dans la montagne, et repartait à Madagali avec des captifs. Les Blancs qui contrôlaient la montagne étaient différents des Blancs qui contrôlaient Madagali, et il a su se jouer d’eux. »

 

 

Les sources écrites confirment la menace que représentait Yaji, à la fois, pour les populations locales et pour le pouvoir colonial. Les Anglais voulaient se débarrasser de lui pour diverses raisons, mais surtout parce qu’ils redoutaient son influence en lien avec le mahdisme, une croyance selon laquelle un chef de tribu musulman pouvait être un madhiste.

 

 

L’histoire singulière d’Hamman Yaji a particulièrement marqué la mémoire collective, comme le montre le récit de sa disparition selon laquelle un « Blanc » alla le chercher dans une fosse où il se terrait :

 

 

 

« Le Blanc paya le soldat et ils allèrent à la fosse : “Hamman Yaji, c’est fini pour toi”. Yaji en sortit, tout nu. Ils le montèrent sur un cheval et partirent, et personne n’a plus jamais revu Hamman Yaji. »

 

 

Hamman Yaji, n’était certes pas le seul chasseur d’esclaves, mais le fait qu’il ait été le dernier razzieur de la région en fit un symbole.

 

 

 

Abubakar Shekau, un fantôme du passé ?

Aujourd’hui le personnage crée par Abubakar Shekau ou du moins l’image qu’il projette semble le situer dans cette même continuation historique. Comme le souligne l’un de nos informateurs :

 

 

 

« Les razzieurs d’esclaves sont maintenant de retour, et ils sont partout, même dans nos montagnes. »

 

 

Une paix relative semblait en effet se profiler à partir des années 1960. Chronologiquement, ce furent d’abord les chasses aux esclaves à grande échelle qui disparurent, puis les dons et les ventes d’enfants en situation d’extrême famine, et enfin et progressivement, le concubinage.

 

 

Toutefois, la violence est restée, et c’est même le thème central des discours de locaux aujourd’hui affectés par le groupe Boko Haram.

 

 

Certes, le contexte est différent. La vie moderne, avec des relations autrement plus larges à l’intérieur et à l’extérieur du Nigeria, l’utilisation des réseaux sociaux et des nouvelles technologies par Boko Haram, un enracinement dans une situation étatique et une communauté globalisée, l’utilisation des motos comme moyen de mobilité et un islam radical globalisé, donnent une autre coloration au groupe terroriste.

 

 

Néanmoins, l’ancien chef peul était l’incarnation du danger, du mal absolu et de l’esclavage brutal, et c’est ce pillard qu’ils perçoivent comme revenu en la personne du leader de Boko Haram, Abubakar Shekau.

 

 

Cette « réincarnation » fonctionne d’autant plus que les deux hommes s’appuient sur les mêmes discours invoquant une inspiration islamique (mahdisme pour le premier, salafisme pour le second) et l’idée d’être investis d’une mission divine. Ils répandent l’un comme l’autre des discours apocalyptiques et définissent le monde en deux catégories : les « croyants » et les « incroyants ».

 

 

 

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Un homme transporte des oignons dans la région montagneuse de Koza, février 2018, au nord-est du Cameroun où sévissent les hommes de Shekau. Cerains chauffeurs de motos-taxis (achabas) ont été des partisans importants de Boko Haram au début des années 2000 . (Alexis Huguet/AFP)

 

 

 

 

Instrumentalisation des femmes

L’analogie la plus frappante entre nos deux acteurs demeure cependant leur prédation des femmes, comme cela ressort dans les propos d’un de nos informateurs :

 

 

 

« Shekau n’est pas différent de Hamman Yaji. Les deux sont attirées par les jeunes femmes ; les deux tuent sans pitié ; et les deux boivent de l’eau dans des crânes d’hommes. »

 

 

En 2014, le leader de Boko Haram déclarait vouloir vendre sur un marché d’esclaves toutes les femmes et jeunes filles que son groupe avait capturé.

 

 

 

« Je vais les vendre sur le marché, au nom d’Allah. Il y a un marché où ils vendent les êtres humains […]. Une fille de 12 ans, je la donnerai en mariage, même une fille de 9 ans, je le ferai. »

 

 

On retrouve des similitudes avec les déclarations d’Hamman Yaji, qui rapporte ainsi dans des entrées de son journal datées du 21 mai au 6 juillet 1917.

 

 

 

« 21 mai : J’ai capturé 20 esclaves filles.
11 juin : J’ai capturé 6 esclaves filles et dix bovins, et j’ai tué trois hommes.
25 juin : J’ai capturé 48 esclaves filles et 26 bovins et j’ai tué cinq personnes.
6 juillet : J’ai capturé 30 bovins et six esclaves filles. »

 

 

Le journal indique qu’il a utilisé les jeunes femmes comme monnaie humaine, contre des chevaux par exemple ou en cadeau à ses partisans.

 

 

 

 

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Une femme attend son taxi sur un marché qui avait été attaqué en 2018 par Boko Haram. Mubi, état d’Adamawa le 15 février 2019. (Luis Tato/AFP)

 

 

 

 

Cette instrumentalisation des femmes – venues volontairement rejoindre Boko Haram par nécessité ou ostracisées par leurs communautés - devenues esclaves sexuelles – est très similaire aux mécanismes constatés chez Hamman Yaji.

 

 

La promesse de jeunes femmes a en effet permis un mécanisme de recrutement des hommes extrêmement efficace, qu’il s’agisse de l’époque de Yaji ou de Shekau.

 

 

Cela permet notamment aux hommes de devenir « baaba saré » – en fulani, « chefs de famille », et donc adultes, ce qui est impossible sans mariage. Le banditisme de Boko Haram est ainsi devenu un mode de vie à part entière, comme l’ont été à leur époque les raids de Hamman Yaji.

 

 

 

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Groupe de guerriers Kanembu, gravure publiée en 1892, empire du Borno. Ouvrage From the earth and its inhabitants, Africa, (1892). Elisee Reclus/NY Public Library/Wikimedia

 

 

 

 

La secte considère en effet l’empire historique de Borno et surtout le califat de Sokoto comme l’âge d’or du mouvement djihadiste, et a sans doute bénéficié du climat d’insécurité déjà installé dans la région depuis au moins le XIXe siècle.

La violence associée à Boko Haram n’est certes pas une réplique de l’histoire ; elle est sa continuité, car la violence – et surtout la violence sexuelle – n’a jamais cessé d’être une réalité dans cette zone frontalière du bassin du lac Tchad.

Pourquoi ne pas prendre en compte ce contexte historique pour réfléchir efficacement à la façon de combattre une violence qui n’a, finalement peu ou jamais disparu dans cette zone ?The Conversation

Melchisedek Chétima, Historien et Anthropologue, Institut d'études avancées de NantesScott MacEachern, Professeur d'Archéologie et d’Anthropologie à l'Université Duke Kunshan, Duke University et Walter van Beek, Professeur émérite, anthropologue, Tilburg University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 

 

Boko Haram a-t-il imité le schéma de Haman Yaji ?

Si les parallèles entre les deux groupes terrorisant la région ressortent clairement dans les discours locaux, il est encore difficile de savoir si Boko Haram s’est clairement inspiré de Hamman Yaji ou seulement en partie.

 

 

Il est toutefois établit que le contexte historique de la pratique de l’esclavage et du djihad a été significatif pour Boko Haram.

 

 

Cette instrumentalisation des femmes – venues volontairement rejoindre Boko Haram par nécessité ou ostracisées par leurs communautés - devenues esclaves sexuelles – est très similaire aux mécanismes constatés chez Hamman Yaji.

La promesse de jeunes femmes a en effet permis un mécanisme de recrutement des hommes extrêmement efficace, qu’il s’agisse de l’époque de Yaji ou de Shekau.

Cela permet notamment aux hommes de devenir « baaba saré » – en fulani, « chefs de famille », et donc adultes, ce qui est impossible sans mariage. Le banditisme de Boko Haram est ainsi devenu un mode de vie à part entière, comme l’ont été à leur époque les raids de Hamman Yaji.

Boko Haram a-t-il imité le schéma de Haman Yaji ?

Si les parallèles entre les deux groupes terrorisant la région ressortent clairement dans les discours locaux, il est encore difficile de savoir si Boko Haram s’est clairement inspiré de Hamman Yaji ou seulement en partie.

Il est toutefois établit que le contexte historique de la pratique de l’esclavage et du djihad a été significatif pour Boko Haram.


16/03/2019
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Franceinfo - le samedi 9 mars 2019

 

 

Législatives en Guinée-Bissau, pays rongé par la pauvreté et le narcotrafic

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Les 1,8 million de Bissau-Guinéens votent le 10 mars 2019 pour élire leurs 102 députés. Le scrutin a pour but de sortir de plus de trois ans de crise entre le président José Mario Vaz et le parti majoritaire de cette ancienne colonie portugaise d'Afrique de l'Ouest particulièrement pauvre et instable

 

 

 

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Un homme marche dans la rue à Bissau, capitale de la Guinée Bissau, le 13 février 2018. (XAUME OLLEROS / AFP)

 

 

 

La campagne de trois semaines, qui s'achevait le 8 mars 2019, a été observée avec inquiétude à l'étranger. Elle s'est déroulée dans un climat de méfiance, en particulier sur la question de la révision des listes électorales. Et ce sur fond de grèves (chroniques dans ce pays) des enseignants, mais aussi des journalistes ou de pêcheurs.

 

 

Pour la première fois, un quota d'au minimum 36% de femmes candidates a été fixé.

 

 

Disputes au sommet

Ce vote pèsera dans le rapport de forces entre le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC, actuellement 42 députés), le Madem-G15, constitué de 15 frondeurs du PAIGC, qu'ils ont privé de sa majorité, et le Parti du renouveau social (PRS, 41 députés), confrontés à 18 autres formations. 

 

 

La crise a éclaté en août 2015 lorsque le président a limogé son Premier ministre Domingos Simoes Pereira, chef du PAIGC, auquel appartient également José Mario Vaz. Cette formation, ex-parti unique, domine la vie politique depuis l'indépendance en 1974.

 

 

 

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Le président de Guinée Bissau, José Mario Vaz, le 7 octobre 2016 (CELLOU BINANI / AFP)

 

 

 

L'ONU se dit "préoccupée"

Les tensions inquiètent d'autant plus à l'extérieur que l'élection de l'actuel chef de l'Etat avait marqué un retour progressif à l'ordre constitutionnel dans ce pays jusqu'alors en proie à une instabilité chronique. En 45 ans, on a assisté à quatre putschs réussis (le dernier en 2012), 16 tentatives de coups d'Etat et une valse des gouvernements. Une situation qui a favorisé l'implantation de narcotrafiquants bénéficiant de la protection de hauts responsables militaires.

 

 

Dans une résolution adoptée le 28 février, le Conseil de sécurité de l'ONU se déclare "préoccupé par les répercussions néfastes que la récente crise politique et institutionnelle a eues sur les progrès réalisés depuis le retour à l'ordre constitutionnel après les élections de 2014".

 

 

Après plus de deux ans de blocage des institutions, notamment du Parlement, un accord, conclu le 14 avril 2018 à Lomé sous l'égide de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), a finalement abouti à la désignation d'un Premier ministre de consensus, Aristide Gomes.

 

 

Celui-ci s'est vu confier pour tâche principale de conduire le pays aux législatives, initialement fixées au 18 novembre mais reportées au 10 mars en raison de problèmes politiques et techniques, notamment dans l'enregistrement des électeurs. Aux dires de plusieurs partis, dont le PRS, le processus a été émaillé d'irrégularités. En campagne à Bubaque, dans l'archipel des Bijagos (ouest), le président du PRS, Alberto Nambéia, a averti que son parti "n'acceptera pas les résultats" s'il les estime faussés, notamment par des incohérences dans les listes électorales.

 

 

 

Le poids de l'armée

Alberto Nambéia n'a pas précisé comment se manifesterait cet éventuel refus. Mais des observateurs soulignent la proximité de sa formation avec certains dirigeants de l'armée. Et ce alors que le PRS fait partie des 19 partis signataires en février d'un "Pacte de stabilité" par lequel elles s'engagent à recourir aux voies légales en cas de contestation.

 

 

Dans sa résolution, le Conseil de sécurité réaffirme la nécessité "que les forces de défense et de sécurité continuent de s'abstenir de toute ingérence dans la situation politique". Il dit se féliciter "de la retenue dont elles font preuve à cet égard et du calme manifesté par le peuple bissau-guinéen".

 

 

Dans ce régime parlementaire, le Premier ministre sera issu du parti victorieux, ce qui pourrait conduire en cas de succès du PAIGC à un nouveau face-à-face entre Domingos Simoes Pereira et José Mario Vaz. Une élection présidentielle doit également se tenir d'ici la fin du premier semestre.

 

 

 

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Militaires de Guinée Bissau dans les rues de la capitale Bissau le 21 octobre 2012 (STR / AFP)

 

 

 

"Rien ne dit que ces élections permettront de résoudre les problèmes qui minent le pays", prévenait dans un rapport en décembre le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres. A ses yeux, "la solution passe peut-être par une révision de la Constitution de sorte que la répartition des tâches entre les deux figures (à la tête de l'Etat, NDLR) y soit mieux définie".

 

 

Si le processus électoral se déroule de manière satisfaisante du point de vue de l'ONU, celle-ci pourrait lever les sanctions internationales imposées à la suite du dernier coup d'Etat, en 2012.

 

 

 

Entre noix de cajou...

Petit pays (36 100 km²) constitué d'une partie continentale et de l'archipel Bijagos (88 îles dans l'océan Atlantique), la Guinée Bissau a une frontière avec le Sénégal et avec la Guinée. Sa population s'élevait à 1,86 million d'habitants en 2017 (Banque mondiale), avec une grande variété de groupes ethniques, de langues et de religions.



Sa principale exportation est la noix de cajou, dont il est le 3e producteur africain. Celle-ci est cultivée sur 12% du territoire et ses recettes fiscales représentaient en 2017 près de la moitié du budget. En 2017, la croissance du PIB s'est établie à 5,9%. Mais l'activité a ralenti en 2018 à environ 3,8% en raison d'une moindre production de noix de cajou provoquée par un climat défavorable et une baisse des prix, selon le Fonds monétaire internationale et la Banque mondiale.



La Guinée-Bissau figure parmi les pays les plus pauvres au monde, classée 177e sur 189 pays, selon l'indice de développement humain du Pnud (classement 2018). Près de 70% de la population vit sous le seuil de pauvreté (avec moins de 2 dollars par jour) et plus d'un tiers dans l'extrême pauvreté (moins de 1 dollar par jour). La mauvaise qualité des services de santé demeurent l'un des plus grands problèmes du pays où l'espérance de vie moyenne n'atteint que 57,8 ans.



En septembre, le 44e anniversaire de l'indépendance n'a pas été célébré faute d'argent.

 

 

 

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 Des habitants de Bissau regardent une vedette rapide, qui aurait été utilisée par des trafiquants de drogue, le 17 juillet 2007.  (REBECCA BLACKWELL/AP/SIPA / AP)

 

 

 

... et narcotrafiquants

Un télégramme diplomatique américain de 2009, révélé par Wikileaks, qualifiait la Guinée-Bissau de "premier narco-Etat émergent d'Afrique". Motif : le pays est considéré comme un important point de transit du trafic de cocaïne de l'Amérique du Sud vers l'Europe. L'instabilité et la pauvreté y ont longtemps facilité l'implantation de narcotrafiquants, sous la protection de hauts responsables de l'armée.



En 2013,  l'Agence fédérale anti-drogue américaine (DEA) avait procédé à l'arrestation du chef de la Marine "Bubo" Na Tchuto, condamné par la suite par un tribunal américain à quatre ans de prison et rentré à Bissau en octobre 2016. Une affaire qui a révélé au grand jour l'implication de la hiérarchie militaire dans le narcotrafic.



L'ONU a néanmoins salué ces dernières années les progrès réalisés dans la lutte contre le narcotrafic depuis l'élection de José Mario Vaz. Dans un récent rapport, l'organisation internationale a regretté que depuis près d'un an, la volonté des autorités en la matière se soit "peu affermie".

 


11/03/2019
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Franceinfo - le lundi 25 février 2019

 

 

Présidentielle au Sénégal : le sortant Macky Sall revendique la victoire au premier tour

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions
 

 

 

 

"Un deuxième tour s'annonce", estiment au contraire les principaux candidats de l'opposition

 

 

 

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Le président sénégalais Maky Sall s'exprime après avoir voté, le 24 février 2019 à Fatick (Sénégal). (SEYLLOU / AFP)

 

 

 

Les résultats officiels ne sont pas attendus avant plusieurs jours, mais le camp du président Macky Sall revendique la victoire dès le premier tour de l'élection présidentielle au Sénégal"Les résultats nous permettent de dire qu'il nous faut féliciter le président Macky Sall pour sa réélection", a déclaré dans la nuit du dimanche 24 au lundi 25 février le chef du gouvernement, Mahammed Boun Abdallah Dionne, selon qui le chef de l'Etat sortant a remporté "au moins 57%" des suffrages.

 

 

La déclaration de Mahammed Boun Abdallah Dionne, qui s'exprimait vers minuit (1 heure à Paris), a déclenché des vivats de la part des militants rassemblés pour l'écouter au siège de la coalition présidentielle à Dakar. Macky Sall, aperçu sur les lieux en milieu de soirée, ne s'est pas exprimé.

 

 

Les résultats ne deviendront officiels qu'à partir du 25 ou du 26 février. Un éventuel second tour, compte tenu des délais légaux de proclamation, de possibles contestations et de la campagne, se tiendrait vraisemblablement le 24 mars.

 

 

 

L'opposition réclame un second tour

S'exprimant moins d'une heure plus tôt lors d'une conférence de presse conjointe, les deux principaux rivaux de Macky Sall avaient mis en garde contre toute proclamation prématurée de victoire du camp présidentiel. "A ce stade, un deuxième tour s'annonce et les résultats qui sont déjà compilés nous permettent de le dire", a déclaré l'ancien Premier ministre Idrissa Seck, qui se présente pour la troisième fois à la présidentielle, assis aux côtés du député "antisystème" Ousmane Sonko.

 

 

"Cette volonté de changement, nous l'avons notée, et au regard des premières compilations d'information que nous avons, vous l'avez majoritairement exprimée en faveur de l'opposition", a ajouté Idrissa Seck, 59 ans, en invitant les Sénégalais à "préparer soigneusement" le second tour. "Dans l'état actuel du dépouillement, aucun candidat, je dis bien aucun candidat, moi y compris, ne peut se proclamer vainqueur de l'élection présidentielle", a ensuite averti Ousmane Sonko, 44 ans.

 

 

Macky Sall, 56 ans, est néanmoins largement en tête dans de nombreux bureaux de vote, selon de premiers résultats parcellaires égrenés par les médias locaux dans la soirée. Face à lui, Idrissa Seck et Ousmane Sonko paraissaient être les deux seuls en mesure de se qualifier pour un éventuel second tour. Les deux autres candidats de l'opposition, le président d'université privée Issa Sall, 63 ans, proche d'un mouvement religieux issu de la confrérie tidiane, et l'ex-ministre Madické Niang, 65 ans, apparaissaient très nettement distancés, selon ces mêmes données partielles.

 


25/02/2019
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Franceinfo - le vendredi 23 février 2019

 

 

Sénégal : une économie en plein boom, qui ne suffit pas à faire reculer la pauvreté

 

 

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Michel LachkarRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

Croissance économique au-dessus de 6% depuis 4 ans, forte rente pétrolière en perspective, paix en Casamance, tout semble sourire à Macky Sall, candidat ce dimanche 24 février 2019 à un second mandat. Le président sortant compte sur la "bonne santé" de l’économie sénégalaise pour assurer sa réélection. "La croissance ne se mange pas", rétorque l'opposition

 

 

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Affiche du président sortant Macky Sall dans une rue de Dakar. Le premier tour de l'élection présidentielle se déroule le dimanche 24 février 2019. (SEYLLOU / AFP)

 

 

 

 

"Le Sénégal est engagé sur la voie de l'émergence économique", assure le président Macky Sall qui ne passe pas un mois sans inaugurer une route, un pont, un aéroport ou un tramway.

 

 

Le président sénégalais se veut avant tout un président bâtisseur, avec le pont Farafenni sur le fleuve Gambie qui a largement désenclavé la Gambie et surtout la Casamance qui est désormais à 8 heures de Dakar en voiture. Mais aussi un nouveau tramway entre Dakar et Diamniadio, une ville nouvelle construite à 32 km de Dakar pour désengorger la capitale sénégalaise.

 

 

Macky Sall a bénéficié il est vrai de nombres de chantiers initiés par ses prédécesseurs, comme le nouvel aéroport international Blaise Diagne ou l’autoroute urbaine de Dakar.

 

 

L'opposition rétorque que « la croissance ne se mange pas » et lui reproche d'aggraver l'endettement du pays par ces projets dispendieux. La dette du pays est passé de 40% du Pib en 2012 à 61% en 2018. 

 

 

« Président libéral » Macky Sall, a également multiplié les réformes : début de décentralisation, réduction de la durée du mandat présidentiel à cinq ans, lutte contre la corruption dans l’administration, réforme du code minier.

 

 

En 2017, le Sénégal a produit 2,4 millions de tonnes de phosphate, son principal produit minier, et veut devenir le 4e producteur mondial de zircon, à l’horizon 2023, avec un rendement annuel de 90 000 tonnes. En outre, le pays à de grandes ambitions pour sa production d’or.

 

 

 

Un futur exportateur d’hydrocarbures

Depuis la première grande découverte de pétrole en août 2014, le Sénégal est devenu l’un des pays de la région les plus prometteurs pour la production d’hydrocarbures.

 

 

Le Sénégal est classé sixième meilleure destination africaine pour l’investissement par l’organisation African Oil and Power. Mais moins de 10% des recettes pétrolières partiront dans les caisses de l'Etat, 90% iront aux grand majors du secteur.  

 

 

Le pays espère toutefois encaisser 16 800 milliards de FCFA (à peu près 26 milliards d'euros) sur les 30 années qui suivront le démarrage de la production de pétrole attendue en 2021. Un code pétrolier est en cours d’élaboration pour permettre une redistribution juste de la manne pétrolière et ne pas tomber dans malédiction des matières premières.

 

 

Le Sénégal a la chance d’avoir diversifié son économie avant d’avoir découvert du pétrole le long de ses côtesLe géologue Fary Ndaoauteur de "L'or noir du Sénégal"

 

 

Le gouvernement n’a pas pour autant délaissé l’agriculture. Suivant le chemin tracé par son prédécesseur Abdoulaye Wade, le gouvernement de Macky Sall a poursuivi l’aménagement des rives du fleuve Sénégal.

 

 

Entre 2014 et 2018, la production de riz paddy dans la vallée du fleuve Sénégal a plus que doublé. Du côté de l’arachide, première culture d’exportation du pays, la récolte est passée de 670 000 tonnes, en 2014, à 1,4 million de tonnes en 2017. L’agriculture occupe encore 60% de la population active et compte pour près de 17% du PIB sénégalais. Mais le riz de qualité est exporté et profite moins aux paysans qu'aux grands commerçants de la place. Et l'embellie économique creuse les écarts de revenus, plus qu'il ne réduit la pauvreté.  

 

 

 

Désenclavement de la Casamance

La grande réussite de Macky Sall semble être la paix et la croissance économique retrouvées en Casamance. Aidée par l’inauguration, le 21 janvier 2019, d’un pont sur le fleuve Gambie qui a totalement désenclavé la province rebelle.

 

 

Le gouvernement sénégalais a créé une "Zone touristique spéciale de la Casamance", qui vise à promouvoir l’investissement et la création d’emplois. A cela s’ajoute la construction de la route Djembering-Cap-Skirring et divers projets sociaux, comme la création de centres de santé et de maternités.

 

 

 

Croissance retrouvée

Alors qu’il se présente aux suffrages pour un nouveau mandat, Macky Sall peut se targuer d’une croissance supérieure à 6% depuis 2015, aidé en cela par de bonnes saisons des pluies. Alors qu’à son arrivée au pouvoir, les effets négatifs de la sécheresse avaient fait tomber le taux de croissance à son plus faible niveau dans l’histoire du pays avec 1,8%.

 

 

La relance de l’économie s’est traduite, selon la Banque mondiale, par un léger recul de la pauvreté et une amélioration du système de santé. En revanche, le pays est toujours aussi mal classé en matière d'indice de développement humain. Il est même passé du 155e rang en 2011 à la 164e place en 2018 (sur 189 pays). La forte croissance ne se traduit pas encore dans une nette amélioration du quotidien des Sénégalais ni en termes de réduction des inégalités.

 

 

Selon l’opposition, le gouvernement n’a pas choisi les bonnes priorités : "Les préoccupations premières des Sénégalais restent l’eau, l’électricité, l'éducation et la santé."

 

 

Lors de son élection en 2012, Macky Sall avait promis de relancer l’économie sénégalaise, de moderniser le pays, de faire la paix en Casamance et de favoriser un meilleur accès aux soins. Des objectifs en grande partie atteints, même si son bilan est quelque peu terni par un jeu politique rétrograde qui a consisté à empêcher ses principaux concurrents de se présenter contre lui.

 

 

Malgré ce, toutes les conditions semblent réunies pour la reconduction du président Macky Sall à la tête du pays.

 


25/02/2019
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Franceinfo - le lundi 21 janvier 2019

 

 

"L'extrême pauvreté s'intensifie en Afrique subsaharienne", affirme Oxfam dans son dernier rapport

 

 

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Pierre MagnanRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

Régulièrement, l'ONG Oxfam publie des rapports mettant en lumière l'ampleur des inégalités sur la planète. En 2018, 26 milliardaires ont entre leurs mains autant d'argent que la moitié la plus pauvre de l'humanité, affime l'organisation. A propos de l'Afrique, Oxfam écrit que "le taux de réduction de la pauvreté a été divisé par deux depuis 2013"

 

 

 

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L'ONG Oxfam (Ici, une "charity shop" à Manchester en 2018).   (BENJAMIN FURST / HANS LUCAS / AFP)

 

 

 

Dans son rapport, Oxfam insiste sur les inégalités à l'échelle planétaire. Celles-ci se traduisent dans les chiffres. La richesse des milliardaires dans le monde a augmenté de 900 milliards en 2018, soit au rythme de 2,5 milliards par jour, alors que celle de la moitié la plus pauvre de la population de la planète a chuté de 11%, explique l'ONG.

 

 

En Afrique, le recul de la pauvreté a été un des grands objectifs des organisations internationales. "Le recul conséquent du nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté (soit avec 1,90 dollar par personne et par jour, selon la Banque mondiale) constitue l’une des plus grandes avancées de ces dernières décennies", se félicite Oxfam qui tempère cet enthousiasme en notant que "de nouvelles données de la Banque mondiale montrent que le taux de réduction de la pauvreté a été divisé par deux depuis 2013. L’extrême pauvreté s’intensifie en Afrique subsaharienne".  

 

 

Dans son rapport, Oxfam insiste sur l'importance de la fiscalité pour corriger les inégalités. "Les fortunes des super-riches atteignent des niveaux record. En taxant plus équitablement les richesses, il serait possible de collecter suffisamment de recettes pour s’assurer que chaque enfant est scolarisé et que personne ne tombe dans la pauvreté à cause de frais médicaux trop coûteux", affirme Oxfam.

 

 

Au Kenya, un garçon d’une famille riche a une chance sur trois de poursuivre ses études au-delà du cycle secondaire, contre une chance sur 250 pour une fille issue d’une famille pauvre Oxfam

 

 

"Rien qu’en Afrique, jusqu’à 30% de la fortune privée peut être détenue à l’étranger, privant les Etats africains de 15 milliards de dollars de recettes fiscales", estime Oxfam pour qui  "avec l’aide de véritables armées de conseillers et conseillères en fiscalité, les multinationales exploitent les moindres failles des codes fiscaux pour transférer les bénéfices vers des paradis fiscaux et échapper à l’impôt, engendrant un manque à gagner estimé à 100 milliards de dollars pour les pays en développement." 

 

 

 

Oxfam multiplie les exemples d'inégalités

"En moyenne au Kenya, un enfant issu d’une famille riche fréquentera deux fois plus longtemps les bancs de l’école, qu’un enfant issu d’une famille pauvre", précise Oxfam dans son rapportPour lutter contre ces inégalités, Oxfam met en avant l'importance des services publics et note que "longtemps, des institutions comme la Banque mondiale ont considéré que les services publics devaient être rationnés et réduits à leur minimum et que le secteur privé était souvent un meilleur prestataire. L’argument avancé était que les personnes devaient payer pour leurs écoles et leurs hôpitaux, que les mécanismes du marché devaient organiser les services et que la protection sociale devait être très restreinte et cibler uniquement les personnes les plus pauvres. Bien que le discours, les programmes et les conseils aient évolué, y compris et de manière notable de la part du FMI, le changement se révèle plus lent dans la pratique."

 

 

 

De l'importance de la fiscalité 

Cette question des services publics a des conséquences directes. "Chaque année, de nombreuses personnes meurent ou souffrent inutilement parce qu’elles ne peuvent pas se payer de soins de santé, et 100 millions de personnes sont plongées dans l’extrême pauvreté à cause des frais de santé. Dans des pays comme le Kenya, la République démocratique du Congo (RDC) et l’Inde, il arrive que des personnes pauvres soient maintenues prisonnières dans les hôpitaux, parfois même enchaînées, jusqu’à ce qu’elles puissent payer. Selon une étude menée en RDC, sur une période de six semaines en 2016, 54% des femmes qui avaient accouché ont été retenues, car elles ne pouvaient pas payer les frais."

 

 

Sur la question des services publics (éducation, santé notamment), Oxfam critique l'attitude de certaines grandes organisations internationales comme la Banque mondiale pour leur défense de choix comme les PPP (partenariats public-privé) pour assurer ces services. 

 

 

Plus politique, Oxfam met en avant l'importance de la fiscalité pour lutter contre les inégalités. "Si l’on ne s’attaque pas au problème de la sous-imposition des personnes qui ont le plus les moyens de payer, la crise des inégalités échappera à tout contrôle et nous serons incapables de vaincre la pauvreté", affirme l'ONG.

 


25/01/2019
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Franceinfo - le dimanche 6 janvier 2019

 

 

Libérés de la dictature, les journalistes veulent conforter une presse libre en Gambie

 

 

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Eléonore Abou EzRédaction AfriqueFrance Télévisions
 

 

 

 

Deux ans après le départ du président Yahya Jammeh, le Syndicat de la presse gambienne a mis en place un organisme d’autoréglementation pour consolider la liberté de la presse et créer un climat de confiance

 

 

 

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Un homme sur son vélo devant un graffiti sur un mur de Banjul, en Gambie, en janvier 2017 (photo d'illustartion).  (SYLVAIN CHERKAOUI/AP/SIPA / AP)

 

 

 

Pendant plus de 20 ans, des journalistes gambiens ont été régulièrement enlevés, torturés et assassinés. La Gambie, petit pays anglophone d'Afrique de l'Ouest, était alors dirigé d’une main de fer par Yahya Jammeh. Depuis sa défaite à la présidentielle fin 2016, et l’investiture du président Adama Barrow, les choses ont bien changé.

 

 

 

Une ouverture inédite

Chaîne de télévision privée, radios commerciales, nouvelles publications, débats politiques… La presse gambienne connaît "un essor fulgurant et une ouverture sans précédent", comme l’a souligné RSF. En 2018, la Gambie a enregistré la meilleure progression en matière de liberté de la presse, selon le classement mondial de Reporters sans Frontières.

 

 

Nous sommes dans une nouvelle ère pour la presse en GambieArnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF à Associated Press

 

 

 

Des lois liberticides

La liberté d’expression actuelle n’est pas garantie par la loi. Les journalistes peuvent toujours être poursuivis pour sédition, diffamation ou publication et diffusion de fausses informations.

 


Le ministre gambien de l’Information, Ebrima Sillah, s’est engagé à faire le nécessaire pour que les médias "continuent à fonctionner sans restrictions", rapporte l’agence Associated Press.

 

 

Vous ne pouvez pas prétendre être un représentant légitime des Gambiens s'ils ne vous font pas confianceSaikou Jammeh, secrétaire général du syndicat de la presse en Gambie à Associated Press

 

 

 

Réforme et autoréglementation

Le Syndicat de la presse gambienne (Gambia Press Union) insiste sur la révision de la loi pour garantir la liberté de la presse sur le long terme. Il mise aussi sur de nouvelles règles qui seront édictées par les journalistes eux-mêmes. Un nouveau Conseil des médias a été mis en place afin de renforcer la liberté de la presse et de gagner la confiance des Gambiens.

 


08/01/2019
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