L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

SOCIETE et Consommation

Regards sur la société au travers de différents articles qui permettent une photographie de celle-ci au fil du temps qui passe...


Franceinfo - le jeudi 10 janvier 2019

 

 

Divorces : le nombre d'enfants en garde alternée progresse, une pratique plus répandue dans les familles plutôt aisées

 

 

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franceinfoRadio France

 

 

Selon des chiffres de l'Insee, le nombre d'enfants en garde alternée augmente en France. Au total, 400 000 sont concernés

 

 

 

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400 000 enfants alternent entre les deux domiciles de leurs parents séparés, selon les chiffres de l'Insee.  (BELLOUMI / MAXPPP)

 

 

 

"400 000 enfants alternent entre les deux domiciles de leurs parents séparés" estime jeudi 10 janvier l'Insee, dans une étude que franceinfo a pu consulter. L'étude se basent sur les déclarations fiscales de leurs parents, ce chiffre est valable pour l'année 2016. "La proportion d’enfants de moins de 18 ans en résidence alternée a doublé entre 2010 et 2016, constate l'institut, et atteint 2,7% en 2016." 

 

 

 

Les familles aisées plus souvent concernées 

La proportion d’enfants en résidence alternée croît régulièrement avec l’âge des enfants, pour atteindre 3,8% des enfants de 11 à 14 ans en 2016. Elle augmente aussi d'une génération à l'autre. Par exemple, à 10 ans, 2% des enfants nés en 2000 étaient alternants. À cet âge, 3,7% des enfants nés en 2006 étaient alternants. 

 

 

"Les enfants en résidence alternée vivent dans des familles plutôt aisées" constate l'Insee. Il y a en effet peu d’enfants en résidence alternée parmi les ménages les moins aisés. "En 2016, en dessous du troisième décile de niveau de vie, soit moins de 15 060 euros, moins de 2,0 % des enfants sont alternants". La proportion d’enfants alternants augmente ensuite avec le niveau de vie. Elle est la plus élevée entre le cinquième et le sixième décile (3,7 %), soit plus de 21 690 euros. 

 

 

 

Forte disparité géographique selon les familles 

Il y a également une différence géographique : "Davantage d’enfants vivent en résidence alternée dans les départements métropolitains de l’Ouest et du Sud de la France, et particulièrement ceux de Nouvelle-Aquitaine. À l’inverse, c’est moins souvent le cas dans les départements franciliens et ultra-marins". Par exemple, 0,4% des enfants à Mayotte alternent entre les logements de leurs parents séparés. A l'inverse, les Hautes-Alpes (4,4%) et l’Ariège (4%) sont les départements les plus concernés par ce phénomène. "Les départements où la proportion d’enfants alternants est la plus élevée ne comportent pas de grandes agglomérations" note l'institut.  

 

 

Pour l'Insee, cette évolution s'explique d'abord par les décisions de justice (entre 2003 et 2012, les jugements fixant une résidence alternée ont doublé, pour atteindre 17% des décisions. De plus, la déclaration de la résidence alternée est aussi plus efficace : depuis 2007, les familles peuvent déclarer leurs enfants en résidence alternée à leur caisse d’allocations familiales. "Et cette pratique augmente" constate l'Insee.

 


16/01/2019
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Franceinfo - le mardi 8 janvier 2019

 

 

"Franchement, je ne vois pas de quoi je suis coupable" : à la barre du tribunal, le cardinal Barbarin use de l'art de l'esquive

 

 

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Ilan CaroFrance Télévisions
 

 

 

L'archevêque de Lyon a été interrogé pendant près de trois heures, lundi, au premier jour de son procès pour non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs

 

 

 

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Le cardinal Barbarin entouré par ses avocats, Mes Jean-Félix Luciani et André Soulier. (JEFF PACHOUD / AFP)

 

 

 

Lorsqu'il s'avance à la barre, la salle retient son souffle. Ce lundi 7 janvier, devant le tribunal correctionnel de Lyon, le cardinal Barbarin est le deuxième prévenu de la journée à passer sur le gril des questions de la présidente. Mais lui répondra-t-il ? Avant lui, son ex-directeur de cabinet, Pierre Durieux, s'est contenté de lire un texte puis s'est muré dans le silence, n'acceptant de répondre à aucune question.

 

 

>> De l'ascension au scandale, la brutale disgrâce du cardinal Barbarin

 

 

Un instant, on pense que le primat des Gaules va suivre la même stratégie, au premier jour de son procès pour non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs. "C'est par respect pour la justice de mon pays que je me présente aujourd'hui", commence-t-il. Le prévenu, habillé en civil, lit son texte, préparé à l'avance. Une description froide, presque clinique, des événements qui depuis trois ans le conduisent aujourd'hui à la barre. "Je n'ai jamais cherché à cacher, et encore moins à couvrir ces actes horribles", se défend-il. Et de conclure : "Je n'ai rien d'autre à ajouter, je laisserai donc le soin à mes avocats de vous répondre."

 

 

 

Des zones d'ombre et "quelque chose de flou"

"Est-ce à dire que vous ne répondrez pas aux questions du tribunal ?" s'inquiète la présidente échaudée par l'épisode précédent. Contre toute attente, le cardinal accepte d'être interrogé.

 

 

S'il y a bien quelqu'un qui doit répondre, c'est moi. Philippe Barbarin devant le tribunal correctionnel de Lyon

 

 

L'interrogatoire peut commencer. Polie et précautionneuse, Brigitte Vernay, la présidente du tribunal, ne s'en laisse pas conter pour tenter de déterminer ce que savait le cardinal, et depuis quelle date. Elle n'hésite pas à explorer les zones d'ombre laissées par les explications parfois trop imprécises. "Lorsque vous êtes arrivé à Lyon en 2002, avez-vous été informé de rumeurs, d'informations, de courriers ?" Non, répond le cardinal qui s'est pourtant rendu dans la paroisse du père Preynat, dans la Loire, deux semaines après sa prise de fonctions comme archevêque. Alors à quand remontent ces "rumeurs" qui lui seraient revenues aux oreilles ? Une colle pour le cardinal, incapable de les dater. "C'est quelque chose de flou, personne ne vous dit rien", s'explique-t-il.

 

 

La présidente continue à creuser méthodiquement toutes les occasions au cours desquelles l'archevêque de Lyon aurait pu prendre conscience que son diocèse abritait le bourreau de dizaines de victimes. Un aparté avec la journaliste Isabelle de Gaulmyn, un entretien avec le père Preynat lui-même, une rencontre organisée entre son évêque auxiliaire et une victime du prêtre…

 

 

Vous voici plusieurs fois informé par des personnes différentes. A quoi pensez-vous à ce moment-là ?Brigitte Vernaydevant le tribunal correctionnel de Lyon

 

 

 

Le Vatican veut éviter un "scandale public"

On arrive à la date-clé de 2014, le moment où Alexandre, 40 ans, victime du père Preynat trente ans plus tôt, choisit de se libérer de sa chape de plomb. Après plusieurs échanges d'e-mails et une rencontre avec son agresseur sous l'égide d'une responsable du diocèse, Alexandre est reçu par le cardinal, auprès duquel il se confie. Cette fois, c'est incontestable : Philippe Barbarin sait que l'un des prêtres placés aujourd'hui sous son autorité a commis par le passé des actes abjects sur des enfants. Alors, pourquoi n'en avoir pas, à ce stade non plus, informé les autorités judiciaires ?

 

 

Alexandre me dit lui-même que les faits sont prescrits, qu'on ne peut plus rien faire avec la justice française. Ça ne me vient donc même pas à l'esprit que je puisse faire quelque chose.Philippe Barbarin devant le tribunal correctionnel de Lyon

 

 

"Et quand je ne sais pas quoi faire, explique le cardinal, je me tourne vers Rome." Début février 2015, il reçoit les instructions du Vatican, par le biais du secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi. "Dans ces conditions", il ne peut être confié au père Preynat "un autre ministère pastoral incluant le possible contact avec des mineurs", tranche le Vatican, qui lui ordonne de "prescrire toutes les mesures disciplinaires adéquates tout en évitant le scandale public".

 

 

 

Un courrier qui "appelle un chat un chat"

"C'est exactement ce que j'ai fait !" clame-t-il à plusieurs reprises. Pourtant, Bernard Preynat reste en fonctions jusqu'à l'été. Pourquoi ne pas l'avoir démis sur-le-champ ? "On me dit de le faire sans scandale public, explique l'archevêque sans sourciller. C'est-à-dire sans scandaliser sa paroisse. Alors il terminera le 31 août, un an plus tôt que prévu, personne n'y verra rien et il n'y aura pas de scandale." La présidente note pourtant que le cardinal a reçu une relance de la part de Rome, car il n'avait pas pris les mesures exactement demandées par le Vatican. Cette fois, il invoque sa "méconnaissance du droit, aussi bien français que canonique" pour justifier ses hésitations.

 

 

Franchement, je ne vois pas de quoi je suis coupable. Philippe Barbarindevant le tribunal correctionnel de Lyon

 

 

Un frisson parcourt la salle. En face, du côté des parties civiles, les avocats écarquillent les yeux. Plus tard, l'un d'eux lui demandera si sa demande de pardon, formulée agenouillé lors d'une messe en 2016 à la cathédrale Saint-Jean, était bien sincère. A cette messe, "j'avais repris les textes préparés par les évêques de France à Lourdes", explique-t-il, prétendant avoir parlé en tant que représentant de l'Eglise plutôt qu'en son nom propre.

 

 

Cela fait bientôt trois heures que le cardinal Barbarin répond, debout, aux questions qui fusent. Avant de renvoyer tout le monde chez soi, la présidente du tribunal prend l'initiative de lire une lettre envoyée en 1991 par les parents d'une victime, François Devaux, à l'archevêque de l'époque, Albert Decourtray. Le courrier, sans équivoque sur la nature des agressions perpétrées par le père Preynat, "appelle un chat un chat", commente-t-elle, tout en rappelant qu'il a été trouvé par les enquêteurs lors d'une perquisition à l'évêché : "Sur le bureau de Monsieur Barbarin"

 


08/01/2019
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Franceinfo - le dimanche 6 janvier 2019

 

 

A la veille de son procès, Barbarin demande "au seigneur que s'accomplisse" la justice

 

 

 

Le cardinal, accusé d'avoir caché à la justice le passé pédophile d'un prêtre, doit comparaître à partir de lundi aux côtés de cinq anciens responsables du diocèse pour non dénonciation d'agressions sexuelles

 

 

 

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Le cardinal Barbarin lors d'une cérémonie à Vénissieux (Rhône), le 30 septembre 2018.  (EMMANUEL FOUDROT / REUTERS)

 

 

 

Il en appelle à Dieu. A la veille de son procès, le cardinal Barbarin a demandé dimanche au "seigneur que s'accomplisse le travail de la justice" et "qu'il guérisse (...) le coeur des victimes d'actes de pédophilie", dans un message transmis lors des vœux du diocèse de Lyon.

 

 

Philippe Barbarin, accusé d'avoir caché à la justice le passé pédophile d'un prêtre, doit comparaître à partir de lundi aux côtés de cinq anciens responsables du diocèse pour non dénonciation d'agressions sexuelles.

 

 

 

 "Je pense plus juste de rester aujourd'hui dans la réserve"

"Pour la première fois, je ne viens pas vivre avec vous cet après-midi de joie au milieu de notre fraternité dicocésaine. Il m'a semblé plus juste de ne pas prendre part à une manifestation de cette ampleur à la veille de journées graves que je confie à votre prière", a-t-il expliqué dans ce courrier présenté lors de la cérémonie des vœux diocésains à laquelle une journaliste de l'AFP assistait.

 

 

"Demain en effet, avec cinq autres prévenus, nous devons nous présenter au tribunal et je pense plus juste de rester aujourd'hui dans la réserve et le silence", a-t-il justifié.

 

 

Peu avant, en présentant des vœux plus généraux au nom de l'archevêque Barbarin, Mgr Gobilliard avait déjà évoqué le sujet indiquant que la priorité était donné aux "petits" mais aussi "victimes" et notamment aux "victimes d'abus sexuels", des "crimes honteux".

"Le Pape nous dit que l'Eglise n'est pas d'abord une hiérarchie, une institution (...) elle est d'abord une famille, un corps et un corps au sein duquel les membres les plus éminents sont les plus pauvres et les plus petits", avait-il aussi expliqué.

 


07/01/2019
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Franceinfo - le vendredi 28 décembre 2018

 

 

Orthographe : les Français font de plus en plus de fautes

 

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France 2France Télévisions

 

 

Les Français écrivent beaucoup, mais font de plus en plus de fautes d'orthographe. Certains choisissent alors de revoir leurs fondamentaux

 

 

 

Réseaux sociaux, chats, emails... Ces dernières années, le digital a placé l'écrit au cœur des échanges professionnels. Les Français écrivent de plus en plus, mais de moins en moins bien. Un paradoxe et un tabou que les entreprises ont décidé de briser. Thierno Ba est gardien d'immeuble, un métier où aujourd'hui, on écrit beaucoup. Pour assurer l'intendance de 120 logements, il envoie en moyenne une trentaine de mails par jour. Pour s'éviter des moqueries potentielles, il suit depuis sa loge une formation de perfectionnement en orthographe. Il s'exerce ainsi quotidiennement sur internet et a droit à un cours personnalisé par téléphone une fois par semaine. "On revient au CE1, CE2, les règles", s'amuse-t-il.

 

 

 

Un tabou bien français

Patricia Carreras, agente d'accueil, bénéficie aussi de cette formation. Bien que grande lectrice et amoureuse du français, elle ressentait le besoin de se perfectionner. Le correcteur d'orthographe de son ordinateur a en effet ses limites. La formation de trois mois coûte près de 1 000 euros. Elle est financée par l'employeur qui y voit un investissement indispensable. Selon Bernard Fripiat, un expert qui intervient dans des entreprises pour donner des cours à des cadres hauts placés, la faute d'orthographe est un tabou bien français. Mais les statistiques rassurent : l'orthographe se bonifie avec l'âge.

 


30/12/2018
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Franceinfo - le mardi 25 décembre 2018

 

 

Dioxyde de titane utilisé dans l'alimentaire : "Il faut retirer le produit du marché"

 

 

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franceinfoRadio France
 

 

 

François Veillerette, directeur de Générations futures, déplore mardi sur franceinfo  "l'attitude incompréhensible" du gouvernement, qui ne suspend pas cet additif notamment utilisé dans les bonbons

 

 

 

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Une cliente devant un rayon de confiseries le 28 octobre 2016, en Alsace (illustration).  (JEAN-FRAN?OIS FREY / MAXPPP)

 

 

 

"Il faut accroître les connaissances et, dans l'attente, retirer le produit du marché", a estimé mardi 25 décembre sur franceinfo, François Veillerette, directeur et porte-parole de Générations futures, à propos du dioxyde de titane, connu sous l'appellation E171.

 

 

Plusieurs associations ont demandé au gouvernement, dans une tribune publiée la veille dans le quotidien Le Monde (sur abonnement), de suspendre cet additif alimentaire controversé, utilisé notamment dans les bonbons.

 

 

 

Un arrêté ministériel exigé pour appliquer la loi 

Alors qu'en juin dernier, les confiseurs français qui utilisent l'E171 se sont engagés à bannir son usage et qu'à l'automne une loi a été votée par les parlementaires, l'arrêté ministériel n'est toujours pas pris. "Apparemment, le ministre s'y refuse au motif qu'il y aurait une incertitude sur la dangerosité du produit mais c'est justement parce qu'il y a une incertitude sur la dangerosité du dioxyde de titane que cette suspension a été votée", s'est désolé François Veillerette, jugeant "l'attitude" du gouvernement "incompréhensible" et "inacceptable".

 

 

 

Un produit suspect toujours sur le marché

D'après le directeur de Générations futures, le retrait du produit, par précaution, s'impose, "d'autant plus qu'il n'a aucune utilité pour la conservation des aliments, c'est juste pour l'esthétique". "On ne peut pas aujourd'hui garder un produit sur le marché qui est suspect, l'attitude du ministère est totalement incompréhensible", a-t-il affirmé.

 

 

S'il y a du côté des industriels "un mouvement de retrait volontaire", on "ne peut pas s'en remettre à leur bonne volonté éventuelle", a estimé le militant qui reste pantois face à l'attitude du gouvernement. "La loi peut permettre de régler le problème globalement. D'ailleurs la loi a été votée, c'est complètement ubuesque, on a un ministère qui refuse qu'elle soit appliquée, c'est complètement inacceptable", a conclu François Veillerette.

 


25/12/2018
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Franceinfo - le vendredi 21 décembre 2018

 

 

"L'islam c'est quelque chose que l'on doit pouvoir critiquer" : menacée, Zineb El Rhazoui persiste et signe

 

 

 

Invitée jeudi sur le plateau de l'émission "C à vous", sur France 5, l'ancienne journaliste de "Charlie Hebdo" a répondu fermement à ceux qui la critiquent ou la menacent

 

 

 

"Elle mérite une balle entre les deux yeux, il faut l'égorger, il faut la violer." Sur le plateau de "C à vous", sur France 5, jeudi 20 décembre, Zineb El Rhazoui a énuméré les menaces qu'elle a reçues après ses propos sur CNews, vendredi 14 décembre. "Il faut que l'islam se soumette à la critique, qu'il se soumette à l'humour, qu'il se soumette aux lois de la République", avait-elle lancé. Des paroles qui ont engendré, selon elle, "une déferlante" de haine.

 

 

Plutôt que de reculer, l'ancienne journaliste de Charlie Hebdo a enfoncé le clou : "Les religions sont des idées qu'on peut critiquer. Ce lieu commun qui consiste à dire 'Non, non, attention, il faut respecter l'islam', mais pourquoi le respecterais-je ? Moi je respecte les musulmans, les individus qui sont dignes de respect."

 

 

 

Elle vit sous protection depuis quatre ans

Pour Zineb El Rhazoui, ces menaces ne sont pas une nouveauté. Elle vit sous protection depuis l'attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015. Sur le plateau de "C à vous", elle a envoyé un message à ceux "qui se cachent derrière des pseudos, derrière leur écran, dans la lâcheté absolue".

 

 

"Je suis extrêmement triste de voir que quatre ans après, on en est encore là, a-t-elle soufflé. Enfin, nous sommes des millions à penser que la religion islamique, comme l'ensemble des religions et des idées, doivent être soumises à la critique, aux lois et à l'humour pourquoi pas." Vendredi 21 décembre, son avocat Thibault de Montbrial a indiqué au Figaro que sa cliente portait plainte pour "menaces de mort".

 


21/12/2018
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Franceinfo - le jeudi 20 décembre 2018

 

 

Fin des séries, spécialités, contrôle continu... Ce que prévoit la réforme du lycée et du baccalauréat

 

 

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Valentine PasquesooneFrance Télévisions

 

 

 

 

Les lycées français dévoilent depuis mardi les spécialités qu'ils proposeront à leurs élèves dès la rentrée 2019, en vue de préparer le nouveau baccalauréat. La première session aura lieu en 2021

 

 

 

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Des lycéens passent l'épreuve de philosophie du baccalauréat, le 17 juin 2013 à Paris.  (FRED DUFOUR / AFP)

 

 

Le lycée est en pleine mutation en France. Les établissements dévoilent depuis mardi 18 décembre les spécialités qu'ils pourront proposer à leurs élèves de première et de terminale dès la rentrée 2019, dans le cadre d'une réforme profonde du lycée et du baccalauréat. La première session du nouvel examen aura lieu en juin 2021. 

 

 

Si des changements interviennent à la marge en classe de seconde, les programmes de première et de terminale – et l'organisation du bac – sont quant à eux largement modifiés. Nouveau tronc commun, fin des séries L, ES et S, bac allégé... Quelles sont les grandes lignes de cette réforme ? Franceinfo fait le point. 

 

 

 

Un nouveau tronc commun

La réforme du lycée menée par le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, prévoit la fin des séries actuelles de la voie générale, c'est-à-dire les séries littéraire, économique et sociale et scientifique. Un nouveau tronc commun émergera pour les classes de première et de terminale, à partir de la rentrée 2019. Les premiers élèves à se confronter à ces changements seront donc ceux entrés en seconde à la rentrée 2018

 

 

Les enseignements communs décidés par le ministère sont les suivants : français en première puis philosophie en terminale, histoire-géographie, enseignement scientifique, enseignement moral et civique, deux langues vivantes, et l'éducation physique et sportive. Les élèves consacreront quatre heures au français ou à la philosophie, trois heures à l'histoire-géographie, quatre heures et demie en première puis quatre heures en terminale aux deux langues vivantes, deux heures à l'enseignement scientifique et deux heures à l'éducation physique et sportive.

 

 

L'enseignement moral et civique sera réparti sur 18 heures au cours de l'année scolaire, précise le ministère de l'Education nationale dans un bulletin officiel. Les élèves de la voie technologique suivront ces mêmes enseignements du tronc commun, mais sur une durée de 13 à 14 heures. 

 

 

Plusieurs voix se sont élevées pour s'alarmer de l'absence des mathématiques parmi les enseignements communs. Le ministère de l'Education nationale assure, de son côté, que la matière fera en réalité partie de l'enseignement scientifique commun à tous les élèves. "Vous avez quand même un peu de maths dans le tronc commun, car vous avez un enseignement scientifique, qui inclut deux heures de mathématiques par semaine", a assuré Jean-Michel Blanquer, mardi, sur BFMTV. Et comme le rappelle le ministère, tous les élèves suivront cet enseignement scientifique jusqu'en terminale, ce qui n'est pas le cas actuellement pour ceux de la série L. 

 

 

 

Des enseignements de spécialité

Pour remplacer les voies littéraire, économique et sociale et scientifique, cette réforme du lycée et du bac met en place des matières dites de spécialité en première et en terminale. En première, les élèves devront choisir trois spécialités, de quatre heures hebdomadaires chacune, et les élèves de terminale suivront deux spécialités, de six heures par semaine chacune. 

Au total, 12 spécialités sont proposées : arts ; biologie-écologie ; histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques ; humanités, littérature et philosophie ; langues, littératures et cultures étrangères ; littérature et langues et culture de l'antiquité ; mathématiques ; numérique et sciences informatiques ; physique-chimie ; sciences de la vie et de la Terre ; sciences de l'ingénieur ; sciences économiques et sociales. 

 

 

Sur ces 12 spécialités, sept seront garantis "dans la plupart" des lycées proposant les séries générales. Il s'agit de l'histoire-géographie, de la géopolitique et des sciences politiques, de la spécialité humanités, littérature et philosophie, des langues, littératures et cultures étrangères, des mathématiques et de la physique-chimie, des sciences de la vie et de la Terre et des sciences économiques et sociales. Quid des cinq autres spécialités, moins classiques ? Elles "feront l’objet d’une carte académique qui garantit l'accès des élèves à ces enseignements dans un périmètre géographique raisonnable", précise le ministère. Autrement dit, des élèves devront se déplacer dans d'autres lycées pour pouvoir les suivre. Cette situation pourra s'avérer difficile en milieu rural : comme le rappelle France Inter, certains lycées dans ces zones sont parfois à 30 ou 40 kilomètres l'un de l'autre. 

 

 

Quant aux séries technologiques, elles "ne sont pas modifiées car certaines ont été rénovées récemment", explique le ministère. Mais les spécialités concernent aussi ces élèves : "Ils suivent trois enseignements de spécialité en première puis deux en terminale qui sont déterminés en fonction de leur série", précise-t-il. Des enseignements optionnels sont également proposés en première et en terminale.

 

 

 

Un bac allégé et du contrôle continu

Le bac 2021 sera radicalement différent du bac actuel, qui comprend, en fonction des filières, entre 12 et 16 épreuves. Cette nouvelle version de l'examen comptera toujours l'épreuve de français (écrit et oral) en première, mais seulement quatre épreuves en terminale : un examen de philosophie, un grand oral de 20 minutes, portant sur un projet lié à une ou deux spécialités, et deux épreuves sur ces enseignements de spécialité. 

 

 

Ces épreuves compteront pour 60% de la note finale. Pour le reste, il s'agira de contrôle continu. Les bulletins scolaires de première et de terminale compteront pour 10% du résultat final, et des examens de type bac blanc (deux en première et un en terminale) pour 30%. L'histoire-géographie, les langues vivantes et l'enseignement scientifique seront ainsi évalués en contrôle continu. L’enseignement de spécialité qui n'est plus suivi en terminale donnera également lieu à une évaluation en fin de première. 

 

 

 

Une orientation mieux accompagnée ?

Dans un document résumant les grands principes de la réforme, le ministère de l'Education nationale assure que cette réforme "accompagnera mieux les lycéens dans la conception de leur projet d’orientation". 54 heures par an seront consacrées à l'orientation des élèves en seconde, en première et en terminale, avec deux semaines dédiées, en novembre et en février de chaque année. 

 

 

En seconde, les élèves exprimeront leurs premiers vœux dès le mois de janvier, puis choisiront les trois enseignements de spécialité au troisième trimestre. En première, ils devront se positionner au cours du deuxième trimestre pour les deux enseignements de spécialité qu'ils souhaitent garder en terminale. Ils bénéficieront, au cours de cette dernière année au lycée, de deux professeurs principaux pour les aider dans leur orientation.

 


21/12/2018
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Franceinfo - le vendredi 14 décembre 2018

 

 

"Ici, on crie depuis vingt ans" : à Roubaix, les "gilets jaunes" peinent à mobiliser

 

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Elise LambertFrance Télévisions

 

 

 

Près d'un mois après le début du mouvement des "gilets jaunes", seule une dizaine de personnes sont mobilisées à Roubaix, une des villes les plus pauvres de France. Pourquoi la contestation est-elle si faible ? Reportage

 

 

 

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Une rue de Roubaix (Nord), le 14 juillet 2015. (MAXPPP)

 

 

Il y a trois ans, lorsque Jacky et Stéphanie Delescluse se rendaient au centre commercial de Villeneuve-d'Ascq (Nord) pour faire le plein, leur chariot était "bourré, il débordait". "On avait deux glacières, et on les remplissait à ras bord de barquettes de viande, raconte Stéphanie d'une voix défaite, assise dans son salon à peine éclairé par la lumière du jour. On enlevait les emballages pour gagner de la place et en mettre plus. Mais là on ne peut plus, c'est trop cher. On ne remplit même plus la moitié du chariot."

 

 

En ce début décembre, le couple de Roubaisiens observe les préparatifs des fêtes de fin d'année avec amertume. Dans leur appartement situé au troisième étage d'un immeuble défraîchi du quartier de l'Alma, au nord de Roubaix, les reportages du JT de 13 heures de TF1 se succèdent en fond sonore à la télévision. Aucune décoration de Noël n'a été accrochée aux murs, mais la famille aurait bien aimé. "Samedi, on est allés à Auchan, mais on a zappé les rayons de Noël. Ça fait mal au cœur, mais on ne peut pas faire d'écart. Un découvert de 10 euros et c'est l'engrenage pour le mois prochain. On dépenserait l'argent que l'on n'a pas", déplore Jacky, la silhouette frêle, le pied droit posé sur un tabouret marron.

 

 

L'un des plus forts taux de pauvreté de France

Comme beaucoup de "gilets jaunes", les Delescluse en ont "ras-le-bol" du gouvernement, de "la misère qui grandit de plus en plus", de "l'arrogance" d'Emmanuel Macron, des taxes "toujours en hausse" et de leur niveau de vie "toujours plus bas". Parents de deux filles âgées de 15 et 21 ans, dont l'une est handicapée, ils vivent avec 19,32 euros par jour, soit "4,83 euros par personne", détaille Jacky, en montrant un tableau de leurs dépenses. "C'est ce qu'il nous reste pour la nourriture, les vêtements, les produits d'entretien et corporels", dit-il en rehaussant ses lunettes.

 

 

Quand les filles sont à la maison, on ne mange pas le matin et le midi.Stéphanie et Jacky Delescluse à franceinfo

 

 

Stéphanie, 41 ans, touche 558 euros par mois comme agent d'entretien, Jacky, 61 ans, invalide depuis un accident de voiture en 1988, reçoit une aide de 400 euros à laquelle s'ajoutent 285 euros de pension. Comme 44,3% des Roubaisiens, les Delescluse vivent sous le seuil de pauvreté. La première fois qu'ils ont entendu parler du mouvement des "gilets jaunes" à la télévision et sur Facebook, ils y ont vu une lueur inespérée.

 

 

 

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Jacky Delescluse devant son immeuble à Roubaix (Nord), le 10 décembre 2018. (ELISE LAMBERT/FRANCEINFO)

 

 

 

"On est complètement d'accord avec eux. Dès le 17 novembre, comme rien ne se préparait à Roubaix, on est allés manifester à Lille, raconte Stéphanie, en replaçant une mèche blonde derrière son oreille. Puis on est allés devant McArthur Glen [une galerie marchande], mais il n'y avait quasiment personne. On était dégoûtés, on est partis", reprend-elle, dépitée. "C'est toujours pareil ici, les gens ont peur de se faire remarquer ou de perdre leur prime de Noël."

 

 

 

"L'habitude que rien ne change"

Pour autant, les Delescluse sont une exception à Roubaix. Depuis le début du mouvement des "gilets jaunes", rien n'a changé. Dans cette commune de 96 000 habitants, dont l'histoire est pourtant marquée par les luttes sociales, difficile de trouver des signes de la protestation. Quelques habitants ont bien déposé un gilet fluorescent sur le tableau de bord de leur voiture ou affiché le vêtement à leur fenêtre, mais pour les blocages et les barrages, il faut se rendre à Leers, à 6 kilomètres de là, où à Lille, située à une vingtaine de kilomètres.

 

 

 

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Un gilet jaune suspendu à la fenêtre d'un appartement à Roubaix (Nord), le 10 décembre 2018. (ELISE LAMBERT/FRANCEINFO)

 

 

 

"Personne n'ose s'investir à Roubaix, c'est une ville pauvre et les habitants ont l'habitude que rien ne change, que personne ne les écoute", soupire Nora, Roubaisienne de 36 ans à l'initiative du mouvement balbutiant des "gilets jaunes" dans la ville. Avec son amie Shéhérazade, elles ont décidé de se mobiliser après l'acte 2 du mouvement, le 24 novembre. "J'élève seule deux garçons de 9 et 11 ans, je n'arrive pas à joindre les deux bouts. Presque tous mes revenus passent dans les activités des enfants, la cantine, le club de sport... Et la vie est toujours plus chère", déplore-t-elle, attablée à la table d'un café de la Grand-Place. "J'ai quatre garçons âgés de 16 à 24 ans que j'élève seule. Je ne travaille plus depuis longtemps à cause de ma santé", renchérit Shéhérazade, 48 ans, fatiguée.

 

 

Mes garçons ont des boulots en intérim, l'un gagne à peine 700 euros par mois et doit prendre la voiture pour se déplacer. Avec la hausse du carburant, on ne s'en sort plus.Shéhérazade à franceinfo

 

Avec une dizaine de Roubaisiens, elles ont organisé le 28 novembre un rassemblement "non politisé" devant McArthur Glen, la galerie de boutiques haut de gamme. "C'était symbolique, car les Roubaisiens ne vont jamais là-bas. C'est pour les personnes aisées ou les touristes. Pour nous, c'est un lieu de passage", sourit Nora. Le petit groupe est ensuite allé devant la mairie pour faire signer une pétition, intitulée "Macron démission !". "On a eu 103 signatures en une heure, les gens étaient intéressés", assure Nora, même si leur groupe peine à grossir ses rangs.

 

 

 

"Une ville très riche avec beaucoup de pauvres" 

Comment expliquer un tel silence dans une ville où le taux de chômage atteint 31,5% et où la moitié de la population vivait avec moins de 13 205 euros par an en 2015, selon l'Insee ? Pour Ali Rahni, éducateur spécialisé et Roubaisien depuis 25 ans, les raisons sont aussi hétérogènes que l'est le mouvement des "gilets jaunes". "Roubaix, c'est une ville très riche avec beaucoup de pauvres", explique-t-il au volant de sa voiture. "Comme disait notre ancien maire André Diligent, 'c'est à la fois Harlem et la cinquième avenue'."

 

 

Jusque dans les années 1970, la commune ouvrière était désignée comme la "capitale mondiale du textile", la ville "aux 1 000 cheminées" avec sa bourse de la laine, ses usines aux centaines d'employés, dont la plupart avaient quitté le Portugal, l'Algérie ou l'Italie pour venir travailler en France. Et puis ces usines ont fermé ou ont été délocalisées à la suite de la crise de l'industrie du textile dans les années 1980. De nombreux ouvriers se sont retrouvés au chômage, et dans l'incapacité de retrouver un emploi faute de qualifications.

 

 

 

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Une rue du quartier du Pile à Roubaix, le 3 avril 2017. (MAXPPP)

 

 

Beaucoup de Roubaisiens vivent des minima sociaux, alors même si les revendications des 'gilets jaunes' sont légitimes – augmenter le smic, baisser le prix de l'essence – c'est au-delà de leurs préoccupations. Eux pensent d'abord à finir leur fin de mois", analyse Ali Rahni, en tirant sur son écharpe grise. Ce militant associatif a déjà entendu un habitant raconter qu'il mettait des plombs sur son compteur de gaz pour faire ralentir le décompte. Un autre bricoler ses fils pour essayer de se brancher au réseau d'électricité public. "Nous, on crie depuis vingt ans", lâche-t-il.

 

 

Les gens sont des 'gilets jaunes' depuis longtemps mais personne ne les écoute. Ali Rahni, éducateur spécialisé à franceinfo

 

 

 

La ville de Roubaix, "un quartier populaire à elle toute seule"

Un point de vue partagé par Samir Hadjdoudou, 45 ans, qui a toujours habité à Roubaix. "Roubaix est un quartier populaire à elle toute seule, et avec tout ce que cela engendre", explique-t-il, assis derrière le bureau de son association Nouveau regard sur la jeunesse, dont le but est d'accompagner et d'insérer les jeunes Roubaisiens. Dans la commune, 26% des habitants avaient moins de 14 ans en 2015 selon l'Insee.

 

 

 

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Ali Rahni et Samir Hadjdoudou à Roubaix (Nord), le 11 décembre 2018. (ELISE LAMBERT/FRANCEINFO)

 

 

"A chaque fois qu'on a essayé de prendre la parole, de parler de nos situations, on nous a dit de nous taire, qu'on était des casseurs", explique-t-il, en référence aux révoltes de 2005. "On parlait de nous comme des 'émeutiers' alors que la violence était la même que celle que l'on voit lors des manifestations de 'gilets jaunes'", dénonce-t-il. La veille, lors de son allocution sur la crise des "gilets jaunes", Emmanuel Macron n'a évoqué aucune mesure concernant la jeunesse et les quartiers. "C'est ahurissant ! En fait, les 'gilets jaunes' revendiquent ce qu'on demande depuis 2005, mais eux ne sont pas méprisés comme nous", reprend-il.

 

 

La mobilisation dans les quartiers populaires est toujours compliquée car elle est pleine de stigmates.Samir Hadjdoudou, président de l'association Nouveau regard sur la jeunesse à franceinfo

 

 

"Pour manifester, il faut se reconnaître une affiliation politique, une cause, et peut-être une couleur de peau aussi", ajoute Julien Pitinome, photoreporter de 36 ans. Dans son atelier photo situé à La Condition publique, une ancienne lainerie reconvertie en centre artistique, le Roubaisien observe sa ville depuis de longues années et a couvert les rassemblements de "gilets jaunes". "La manifestation des 'gilets jaunes' est très blanche, et ici la majorité des habitants descend de Maghrébins, Portugais, Italiens... Peut-être que les habitants ne se reconnaissent pas."

 

 

Et puis, "manifester a un coût". Les images des violences lors des rassemblements, y compris policières, peuvent freiner les envies de manifester. "Quand tu es jeune, de quartier populaire, pas habillé pareil, pas la même couleur, tu sais très bien que si tu te fais arrêter, tu vas rester plus longtemps que les autres au commissariat", remarque-t-il. 

 

 

 

Une crise de la représentation

Face à cette situation, la désaffection pour la vie politique traditionnelle est criante. Le taux d'abstention était de 39,83%, lors de l'élection présidentielle en 2017. "Le niveau de défiance est encore plus important par rapport à ce qui se passe dans les villes périurbaines, d'où la plupart des 'gilets jaunes' sont originaires, explique le sociologue Julien Talpin, spécialiste de la politisation des classes populaires, qui vit à Roubaix"Cette défiance se traduit par de la résignation, les habitants se sentent victimes d’un système injuste, analyse-t-il. La capacité de mobilisation est faible et les partis politiques et associations peinent à prendre en charge leur colère."

 

 

L'une des conditions essentielles de la mobilisation est de penser que ça peut servir à quelque chose. La colère seule ne suffit pas.Julien Talpin, sociologue à franceinfo

 

 

La politisation des habitants passe donc par d'autres actions, comme le soutien à une personne expulsée de son logement ou la reconstruction d'une maison incendiée. "La défiance à l’égard de l’action politique ne signifie pas dépolitisation", souligne Julien Talpin. 

 

 

A la mairie, on explique l'absence de mobilisation des "gilets jaunes" en partie par "la grande densité du réseau de transports en commun", exprime le premier adjoint, Max-André Pick. "L'élément de départ, c'était la hausse des carburants, mais ici les gens n'ont pas tous des véhicules et la ville est bien desservie". Si la question des "gilets jaunes" n'est pas à l'ordre du jour, l'élu se dit prêt à écouter leurs revendications. Une proposition que Stéphanie Delescluse balaye d'une main : "A force de ne jamais être entendus, on a appris à se reposer sur ce qu'on a déjà. Je n'attends plus rien de Roubaix."

 


14/12/2018
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Franceinfo - le jeudi 13 décembre 2018 - mis à jour le 14.12.18

 

 

Gilets jaunes, la révolte des femmes

 

 

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France 2France Télévisions

 

 

 

Elles font partie des "gilets jaunes" : Ingrid, aide-soignante, Florence, femme de ménage, Dominique, retraitée, Sylvie, éleveuse de poulets… Pour elles, ce mouvement ressemble à un nouveau départ... Un reportage d'"Envoyé spécial"

 

 

 

Elles sont l’un des fers de lance des "gilets jaunes". Ingrid, aide-soignante dans l’Eure, est une figure du mouvement : tous ses amis la poussent à devenir porte-parole. Et pourquoi pas un jour députée ?

 

 

Florence, femme de ménage, est installée sur son rond-point près de Clermont-Ferrand depuis le premier jour. Jusqu’où est-elle prête à aller ? Dominique, retraitée près de Lille, a manifesté pour la première fois de sa vie à Paris. Les gaz lacrymogènes ne l’ont pas découragée. 

 

 

 

Et maintenant ?

Sylvie, éleveuse de poulets dans le Sud-Ouest, s’est longtemps sentie à l’écart du mouvement : trop de soucis quotidiens à gérer. Désormais, elle participe et peut enfin, elle aussi, dire ce qu’elle souhaite pour l’avenir.

 

 

Pour elles, le mouvement des "gilets jaunes" ressemble à un nouveau départ. Et maintenant, que vont-elle faire ?

 

 

Un reportage de Leslie Benzaquen, Paul Labrosse, Marc Garmirian, diffusé dans "Envoyé spécial" le 13 décembre 2018.

 


14/12/2018
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Franceinfo - le vendredi 14 décembre 2018

 

 

POINT DE VUE. "Gilets jaunes" : et les pauvres dans tout ça ?

 

 

 

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Olivier GallandTelos France Télévisions

 

 

 

 

Non seulement les Français les plus pauvres sont loin d'être les plus mobilisés dans le mouvement, constate le sociologue Olivier Galland, mais ils pourraient en plus être les victimes collatérales des mesures réclamées par les "gilets jaunes"

 

 

 

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Une barre HLM de la cité des Bosquets à Montfermeil (Seine-Saint-Denis), dans le département le plus pauvre de France.  (ERIC FEFERBERG / AFP)

 

 

 

Le sociologue Olivier Galland, auteur de cet article, est directeur de recherche au CNRS. La version originale de cet article a été publiée sur le site Telos, dont franceinfo est partenaire.


De nombreux commentateurs l'ont souligné, le mouvement des "gilets jaunes" a mobilisé les "classes moyennes" si l'on donne à cette notion une acception assez large, qui englobe les personnes aux revenus modestes ou moyens. Les premières analyses des profils sociaux des personnes interpelées après les émeutes parisiennes du 1er décembre montrent qu'il s'agit plutôt de personnes insérées, souvent en CDI, parfois propriétaires d'un petit pavillon, certainement pas majoritairement de personnes marginalisées et touchées par une extrême précarité.

 

 

 

Les plus pauvres peu mobilisés

Il est évidemment très difficile aujourd'hui d'avoir une vue objective et fondée sur des données fiables et exhaustives de la composition sociale du mouvement des "gilets jaunes". Mais on a le sentiment que les personnes comptées comme pauvres par la statistique publique – selon l'Insee, le seuil de pauvreté monétaire en France s'élevait à 1 026 euros par mois en 2016 – n'en constituent pas le cœur, même si bien sûr certaines d'entre elles en font partie et témoignent d'ailleurs dans les médias. De façon significative, aucun blocage n'était signalé en Seine-Saint-Denis – le département le plus pauvre de France métropolitaine – sur la carte les répertoriant le 17 novembre. Il en va de même dans le recensement plus récent du 3 décembre.

 

 

Vraisemblablement, les personnes vivant sous le seuil de pauvreté ne sont pas les plus impliquées dans le mouvement.Olivier Galland, sociologue

 

 

On se rappelle de la remarque de Marx sur les paysans comme "un sac de pommes de terre" (une remarque qui serait taxée de "mépris social" aujourd'hui !), ou sur le "lumpenprolétariat" qui peut "se vendre à la réaction", les uns et les autres incapables de s'unir pour une lutte commune, trop dispersés, trop isolés, à l'inverse des ouvriers rassemblés par la grande industrie en une masse qui prend conscience de ses intérêts communs.

 

 

Les pauvres aujourd'hui ne sont pas des paysans (bien qu'il y ait des paysans pauvres bien sûr), mais pour une large part des chômeurs. Le dernier rapport du groupe d'experts sur le smic rappelait que "les deux principaux facteurs de pauvreté sont une durée travaillée trop faible et la taille du foyer et non le niveau de salaire horaire". De fait, les chômeurs sont les plus touchés par la pauvreté : leur taux de pauvreté est de 38% contre 14,5% pour l'ensemble des Français, selon l'Insee. Eux aussi, comme les paysans de Marx, sont isolés et parfois désocialisés. Le chômage de longue durée est associé également à un faible niveau d'étude et à un faible niveau de participation sociale qu'il s'agisse de la participation associative, du vote, de l'intérêt pour la politique. Les pauvres et les chômeurs sont donc peu armés pour participer activement à un mouvement social.

 

 

 

Pauvres et classes moyennes ont-ils des intérêts convergents ?

Pour autant, bien sûr, le sentiment de pauvreté ne s'arrête pas au seuil de pauvreté (qui est très bas, rappelons-le, un peu plus de 1 000 euros par mois pour une personne au seuil de 60% du niveau de vie médian), et de nombreuses personnes non comptées comme pauvres ont de bonnes raisons de se sentir pauvres. En eux-mêmes les seuils statistiques sont un artifice comptable et n'ont pas de véritable sens sociologique. Mais, au-delà, la question centrale est la suivante : les intérêts des plus pauvres des Français convergent-ils avec ceux des "gilets jaunes" qui représentent plutôt une France des classes moyennes telle que nous l'avons définie au début ? On peut en douter pour plusieurs raisons.

 

 

Tout d'abord, ce mouvement a pris une forte teinte antifiscale. On le comprend d'ailleurs dans un pays où le montant des prélèvements obligatoires est le plus élevé de tous les pays européens. Baisser la pression socio-fiscale est donc certainement nécessaire. Mais attention. N'oublions pas que cet argent public permet de financer des prestations sociales qui, en France plus qu'ailleurs, constituent une part importante des ressources des personnes aux revenus modestes et plus encore des personnes sans activité professionnelle. 35% du revenu disponible des ménages dont la personne de référence est sans activité professionnelle provient de prestations sociales (6% pour l'ensemble des ménages). 

 

 

Baisser le niveau de prélèvements obligatoires, objectif louable, conduira à faire des arbitrages inévitablement douloureux, car contrairement à ce que pensent sans doute beaucoup de "gilets jaunes", il n'y a pas en France de trésor caché dans lequel on pourrait puiser. Olivier Galland, sociologue

 

 

Alors bien sûr revient la question lancinante de l'ISF et l'idée simple de "faire payer les riches". L'abandon de l'ISF a certainement alimenté le sentiment d'injustice (le "président des riches"), mais son importance macroéconomique en termes redistributifs est totalement surévaluée quand on met en rapport le coût de son retrait (un peu plus de 3 milliards) et la masse de l'ensemble des prestations sociales (775 milliards en 2016, selon un rapport de la Drees). La question demeure donc : qui seront les gagnants et les perdants d'une refonte massive des prélèvements socio-fiscaux ?

 

 

Il est bien possible par ailleurs qu'une partie des "gilets jaunes" pense que des Français pauvres ou des étrangers (qui font largement partie des pauvres) bénéficient de façon indue de ces prestations. Nous avions vu ce mouvement d'opinion dans l'enquête que nous avions consacrée aux représentations des inégalités et à la justice fiscale (La France des inégalités. Réalités et perceptions, Presses universitaires de Paris Sorbonne, 2016), que certains de mes collègues avaient appelé le populisme économique. Le sentiment d'injustice fiscale s'y révélait très élevé, surtout chez les Français proches de l'extrême droite, et lié à l'idée que certains bénéficient d'avantages indus et pas seulement les riches. Plusieurs observateurs ont noté la présence, dans le mouvement actuel, du thème du rejet de l'assistanat, qui n'est pas sans faire écho aux propos déjà anciens de Laurent Wauquiez sur le "cancer de l'assistanat"

 

 

En tout état de cause, nombre de "gilets jaunes" expriment ne pas être assez pauvres pour bénéficier d'aides sociales, ni assez aisés pour bénéficier via les fameuses niches fiscales, de diverses formes d'évitement de l'impôt. Ils se trouvent dans cet entre-deux socio-fiscal qui caractérise de fait assez bien la classe moyenne.Olivier Galland, sociologue

 

 

 

Qui pour défendre les pauvres ?

Aujourd'hui en France, qui politiquement défend les pauvres, ou s'en fait le porte-voix ? Ni les partenaires sociaux dont les mandants sont des insiders, ni les partis politiques peu concernés par des catégories largement abstentionnistes. Si la cause des pauvres est défendue depuis longtemps par des associations, ils demeurent les grands absents du débat politique qui s'engage avec ce mouvement. 

 

 

Tous les partis d'opposition ont pris fait et cause pour les "gilets jaunes", cette France des petites classes moyennes. Certaines des revendications avancées par ces derniers et soutenues par quelques partis, si elles étaient satisfaites, porteraient pourtant un tort certain aux Français les plus pauvres et d'abord aux chômeurs et aux jeunes peu qualifiés.Olivier Galland, sociologue

 

 

Beaucoup d'économistes nous rappellent (et au premier rang desquels le comité d'experts indépendants sur le smic) qu'augmenter le salaire minimum conduirait à la croissance du chômage surtout pour les peu ou pas qualifiés. Le même groupe d'experts rappelle qu'augmenter la prime d'activité est une mesure plus efficace pour lutter contre la pauvreté.

 

 

Sans qu'elle soit affichée de manière aussi claire, la politique d'Emmanuel Macron vise les causes structurelles du chômage et donc de la précarité et de l'exclusion sociale qui touche la partie la plus fragile de la population : réforme du marché du travail, plan pauvreté, plan compétences, dédoublement des classes et renforcement des compétences de base, toutes ces politiques ont pour objectif de traiter à la racine ce qu'on a appelé la fracture sociale. Y parviendront-elles et sont-elles suffisantes ? Il est trop tôt pour le dire et leurs résultats ne seront de toute façon perceptibles qu'à moyen terme. Mais il est vrai que cette politique a laissé de côté la question des classes moyennes dont, on l'a dit, le pouvoir d'achat stagne depuis dix ans. Comment donner satisfaction à cette partie de la population, sans renoncer à porter remède à l'inégalité structurelle qui touche les plus pauvres ? Telle est une partie de l'équation à plusieurs inconnues que doit tenter de résoudre l'équipe au pouvoir.

 


14/12/2018
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Franceinfo - le vendredi 14 décembre 2018

 

 

La crise des "gilets jaunes" expliquée aux enfants

 

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Guillemette JeannotFrance Télévisions

 

 

 

Un article que tu peux aussi conseiller à tes parents...

 

 

 

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Les "gilets jaunes" manifestent, partout en France, depuis le 17 novembre 2018. (GUILLEMETTE JEANNOT / FRANCEINFO)

 

 

 

Depuis le 17 novembre 2018, tu peux voir à la télévision des images, parfois violentes, d'hommes et de femmes portant un gilet jaune manifester dans toute la France. Ils bloquent les ronds-points et défilent dans les villes (Bordeaux, Nantes, Toulouse, Paris...) chaque week-end depuis quatre semaines. Mais pourquoi les "gilets jaunes" manifestent-ils ? Que demandent-ils ? Ont-ils un comportement dangereux ? Franceinfo t'explique qui sont les "gilets jaunes" pour mieux comprendre une actualité dont tous les grands parlent.  

 

 

 

Qui sont les "gilets jaunes" ?

Ce sont des hommes et des femmes de tous les âges. Ils habitent dans des villes ou des villages, partout en France. Certains travaillent, d'autres sont au chômage. Il y a aussi des retraités. Leur point commun est d'être en colère contre le gouvernement.

 

 

 

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Les "gilets jaunes" ont commencé à bloquer des ronds-points le samedi 17 novembre 2018. Ce sont des hommes et des femmes de tous les âges, des actifs et des retraités habitant partout en France. (GUILLEMETTE JEANNOT / FRANCEINFO)

 

 

 

 

Leur colère a été déclenchée par l'annonce, en octobre, d'une nouvelle augmentation du prix des carburants. C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase pour ceux qui vont rapidement s'appeler les "gilets jaunes". 

 

 

 

Pourquoi sont-ils en colère ?

Les "gilets jaunes" sont en colère parce qu'ils estiment acheter de plus en plus cher des choses dont ils ne peuvent pas se passer, comme le carburant. Ils ont le sentiment que leur pouvoir d'achat diminue et qu'ils payent de plus en plus de taxes et d'impôts.

 

 

Il y a une forte inquiétude chez les Français de voir se creuser le fossé entre riches et pauvres. C'est notamment le cas pour les gens qui habitent loin des grandes villes. 

 

 

 

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Policiers et CRS sont présents constamment sur les points de rassemblement des "gilets jaunes" pour assurer le maintien de l'ordre. (GUILLEMETTE JEANNOT / FRANCEINFO)

 

 

Pourquoi portent-ils un gilet jaune ?

Un gilet jaune, c'est facile à trouver. Tout le monde en a un dans sa voiture, c'est même obligatoire depuis 2008. Ici, les gens l'utilisent comme un symbole, un objet qui fait penser à quelque chose de précis : leur révolte contre la hausse du prix des carburants.

 

 

 

Pourquoi sont-ils sur les ronds-points ?

Quant aux ronds-points, il y en a partout en France. C'est même le pays où il y en a le plus au monde. En ville comme à la campagne, les ronds-points sont faciles à occuper. Les "gilets jaunes" y mettent en place des barrages filtrants, laissant passer les véhicules prioritaires, comme les ambulances ou les pompiers. Ils bloquent également, en position levée, les barrières de certains péages, rendant les autoroutes gratuites. Ils barrent aussi la sortie de certains sites de production comme des raffineries.

 

 

 

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Les "gilets jaunes" bloquent en priorité les ronds-points, depuis le 17 novembre 2018, en mettant en place des barrages filtrants. (GUILLEMETTE JEANNOT / FRANCEINFO)

 

 

Comment le mouvement est-il né ?

Deux personnes, principalement, sont à l'origine du mouvement de contestation. D'un côté, une gérante de boutique en ligne de cosmétiques, Priscilla Ludosky, âgée de 32 ans. De l'autre, un chauffeur routier de 33 ans, Eric Drouet. La première a lancé une pétition, en mai, pour dénoncer le fait que les deux tiers du prix des carburants sont dus aux taxes de l'Etat. En octobre, un article dans le journal La République de Seine-et-Marne a mis en lumière cette pétition, qui comptabilise 1 139 760 signatures à la date du 12 décembre.

 

 

Le second, furieux contre l'augmentation du prix à la pompe, décide, au même moment, de lancer un rassemblement sur le périphérique parisien, avec son association d'automobilistes, le Muster Crew. Eric Drouet prend connaissance de la pétition de Priscilla Ludosky. Ils conviennent alors de faire cause commune sur les réseaux sociaux.

 

 

 

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Jacline Mouraud est devenue l'une des porte-parole des "gilets jaunes, à la suite d'une vidéo postée le 18 octobre 2018 sur Facebook, vue plus de 6 millions de fois. (GUILLEMETTE JEANNOT / FRANCEINFO)

 

 

 

Dans le même temps, Jacline Mouraud, hypnothérapeute de 51 ans, publie, le 18 octobre, une vidéo dénonçant "la traque des conducteurs". Cette vidéo a été vue plus de 6 millions de fois et la propulse comme l'une des porte-parole des "gilets jaunes". Des groupes, partout en France, s'organisent alors, notamment sur Facebook, pour le blocage du 17 novembre. Le mouvement est lancé et depuis il s'amplifie en s'appuyant sur les réseaux sociaux.

 

 

 

Que demandent-ils ?

Tu as sûrement entendu des "gilets jaunes" crier "Macron démission". Une façon pour eux de dire qu'ils ne sont pas contents et qu'ils veulent qu'on les entende. Mais pour être plus efficaces, ils ont écrit une liste de revendications. Ce sont des choses qu'ils demandent au président, Emmanuel Macron.

 

 

 

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Les "gilets jaunes" expriment leur colère contre le gouvernement avec de nombreux slogans. (GUILLEMETTE JEANNOT / FRANCEINFO)

 

 

 

Parmi toutes leurs demandes, ils veulent que plus personne ne dorme dans la rue ; que le prix du carburant baisse ; que si le coût de la vie augmente, les salaires doivent également augmenter ; qu'il n'y ait plus de retraite en-dessous de 1 200 euros par mois ou encore qu'il n'y ait pas plus de 25 élèves par classe, de la maternelle au lycée.

 

 

 

Pourquoi certains "gilets jaunes" cassent des magasins ?

En France, on a le droit de manifester. C'est même inscrit dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. De nombreux "gilets jaunes", qui utilisent ce droit, le font dans le calme et sans casser.

 

 

 

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Des casseurs sont régulièrement présents dans les manifestations des "gilets jaunes", détruisant ou détériorant du mobilier urbain, des voitures et des magasins. (GUILLEMETTE JEANNOT / FRANCEINFO)

 

 

 

Mais des casseurs viennent dans les rassemblements pour détruire. Violents, ils brisent des vitrines de magasins, brûlent des voitures, détruisent du mobilier urbain, comme des abris de bus, notamment à Paris, mais aussi à Bordeaux ou à Toulouse. 1 385 personnes ont été interpellées et 974 placées en garde à vue pour la seule journée du samedi 8 décembre. 

 

 

Des mouvements politiques ont également rejoint les rangs des "gilets jaunes" où ils ne sont pas toujours bien acceptés. Certains en profitent pour diffuser leurs idées extrêmes. 

 

 

 

Ça va durer encore longtemps ?

Le soir même de la première journée de mobilisation, le 17 novembre, des "gilets jaunes" ont mis en place des roulements pour assurer une présence continuelle sur les lieux de blocage, notamment sur les rond-points. Depuis, ils enchaînent les manifestations le samedi dans les rues de nombreuses villes. Le 24 novembre devient l'acte 2, le 1er décembre l'acte 3 et le 8 décembre l'acte 4.

 

 

 

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 Le président, Emmanuel Macron, s'est adressé aux "gilets jaunes", lundi 10 décembre, à 20 heures. (GUILLEMETTE JEANNOT / FRANCEINFO)

 

 

 

 Après être resté silencieux depuis le 27 novembre, le président a fait quatre annonces aux "gilets jaunes", lundi 10 décembre. Tous n'ont pas été convaincus par les mots d'Emmanuel Macron. Certains préparent un acte 5 pour le samedi 15 décembre, comme l'indiquent différentes pages Facebook de "gilets jaunes". Mais l'attentat perpétré mardi 11 décembre à Strasbourg pourrait changer la donne. Face à la menace terroriste, le gouvernement appelle les "gilets jaunes" à être "raisonnables" et à "ne pas manifester".

 


14/12/2018
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Franceinfo - le lundi 10 décembre 2018

 

 

POINT DE VUE. "Gilets jaunes" : peut-on encore gouverner à l’heure des réseaux sociaux ?

 

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Olivier CostaThe ConversationFrance Télévisions

 

 

 

A l'heure des réseaux sociaux, "celui qui crie le plus fort aura le dessus, quelles que soient ses revendications", regrette le politologue Olivier Costa

 

 

 

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Une "gilet jaune" lors d'une manifestation à Paris, le 17 novembre 2018. (LUC NOBOUT / MAXPPP)

 

 

 

Le politologue Olivier Costa, auteur de cet article, est directeur de recherche au CNRS, et enseigne à Sciences Po Bordeaux. La version originale de cet article a été publiée sur le site The Conversation, dont franceinfo est partenaire. Il s'exprime ici librement.


Les autorités de l'Etat et les élus (et pas seulement ceux de la majorité, ne nous leurrons pas) font face à une défiance d'une ampleur inédite, à laquelle il est bien difficile de trouver une réponse, tant les revendications sont à la fois hétérogènes et individualistes (une par sous-catégorie de la population), irréalistes et contradictoires (davantage de services publics, mais moins d'impôts ; plus de croissance, mais moins de concurrence ; plus de sécurité, mais moins de règles), et déconnectées d'enjeux aussi fondamentaux que le réchauffement climatique ou l'endettement du pays.

 

 

Comment expliquer qu'on en soit arrivé là aussi vite ? Le premier constat, c'est que un mal plus profond, celui qui a conduit au Brexit, à l'élection de Viktor Orban, Donald Trump, Matteo Salvini et Jair Bolsonaro, et qui garantit l'inamovibilité de Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan.

 

 

Les causes de ce syndrome sont connues : déclin des idéologies, affaiblissement des corps intermédiaires, pessimisme généralisé, peur du déclin (social, économique, industriel, environnemental, culturel, religieux…), crainte des grands changements (mondialisation, migrations, concurrence internationale, terrorisme, métropolisation…) et opportunisme des marchands de peur et de rêve, qui attisent l'angoisse et la haine, fonds de commerce de leurs prospères PME populistes et médiatiques.

A cela s'ajoutent la toute-puissance des réseaux sociaux, qui bousculent les logiques traditionnelles des mobilisations, de la communication, de l'information et du fonctionnement de l'espace public.

 

 

 

Mobilisation et action

D'abord, ils permettent, sans le moindre moyen financier, humain ou logistique, d'organiser à large échelle l'action de citoyens qui ne se connaissent pas. Sans les réseaux sociaux, il aurait été impossible à des quidams de coordonner si rapidement une protestation de cette ampleur. Le mouvement des "gilets jaunes", parti de mobilisations très limitées et dépourvu de toute ressource, a pu acquérir en l'espace d'un mois une ampleur considérable, laissant penser à certains qu'il a désormais vocation à se substituer aux partis, aux syndicats, et même à la représentation nationale.

 

 

C'est le sens des un discours de protestation et de révolte. Chacun a pu s'en apercevoir : il est presque impossible d'y entamer un dialogue serein et argumenté. Facebook ou Twitter, c'est émotion contre émotion, colère contre colère, indignation contre indignation, outrance contre outrance. Il s'ensuit, soit un dialogue de sourds entre des gens peu capables d'écoute, sans cesse aiguillonnés par des trolls ; soit la constitution de sphères qui s'autonomisent, peuplées de gens qui partagent les mêmes convictions, ici des citoyens qui pensent que le gouvernement fait une politique pour le seul bénéfice des banquiers, là d'autres qui estiment que les "gilets jaunes" sont tous des ahuris.

 

 

 

Primat de l'émotion sur les faits

Ce primat de l'émotion a gagné la sphère publique et médiatique. Ce qu'on entend, ce ne sont pas des arguments ou des idées, mais des émotions ("je suis en colère", "y en a marre") et des perceptions ("je pense que je gagne moins", "on se moque de nous"). Les faits n'ont plus grande importance. C'est le règne de la croyance sur la connaissance : croyance religieuse ou croyance sociale, il en va de même.

 

 

Que 2 et 2 fassent 4 importe peu si certains pensent que c'est 5 ou 7. Insister sur le fait que l'arithmétique établit clairement que c'est 4 sera perçu comme du mépris ou de la condescendance…Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS

 

 

La légitimité d'un mouvement semblant se mesurer au degré d'émotion de ses protagonistes, ils sont incités à l'outrance et à la surenchère dans les arguments, jusqu'à légitimer la violence : "Monsieur le juge, j'ai lancé un pavé sur le CRS, mais, faut comprendre, j'étais très, très en colère."

Ce qui frappe aussi, outre les CRS et les casseurs, c'est un dévoiement de la logique démocratique. Celle-ci ne doit, en principe, s'appliquer qu'à des choix politiques : le peuple décide de faire ceci ou cela. Mais, de plus en plus, elle s'applique aussi à bien d'autres domaines : à l'art ("Maître Gims est le meilleur chanteur, car le plus écouté") ou même à la science ("les Américains pensent que le réchauffement climatique n'est pas d'origine humaine ou que la Terre a 5 000 ans, et il faut respecter cela").

 

 

Qu'une majorité de citoyens viennent à croire que l'on peut s'abstenir de rembourser la dette de la France et que cela n'aura aucune conséquence, et cela devient une vérité. Que l'idée de doubler le smic soit largement soutenue, et ça devient option réaliste. La faisabilité des réformes n'est plus un paramètre pertinent.

 

 

 

Au nom d'une démocratie caricaturée

Au nom d'une démocratie mal comprise et des impératifs de l'audimat, sur quelque sujet que ce soit, les médias consultent d'ailleurs l'homme de la rue ou le chroniqueur atrabilaire, plutôt que le savant. Sur le réchauffement climatique, la dangerosité du glyphosate ou la croissance économique, l'avis du citoyen vaut bien celui du prix Nobel. Prétendre le contraire, c'est mépriser le peuple.

 

 

Au nom d'une démocratie caricaturée, on estime ainsi que l'avis de chaque citoyen, en toute chose, a la même valeur. On considère aussi qu'une foule vociférante est le peuple souverain. Que les "gilets jaunes" aient voté à plus de 60% pour le Rassemblement national et la France Insoumise, selon un sondage, et ne représentent donc qu'une partie minoritaire de l'électorat, importe peu.

 

 

S'ajoute à cela la diffusion sans cesse plus grande des fake news par les réseaux sociaux : on aura rarement vu autant d'affirmations péremptoires et d'informations farfelues alimenter un mouvement social. Il est quasiment impossible d'endiguer ce flot, en raison du caractère émotionnel de la mobilisation, de l'hermétisme des sphères des réseaux sociaux qui ne diffusent que des informations conformes à la pensée qui y domine, et du temps nécessaire à la dénonciation d'une fake news.

 

 

S'il faut dix secondes pour affirmer (comme on l'a beaucoup entendu) que la France n'a plus de Constitution ou qu'elle va être "vendue" à l'ONU, il faut dix minutes pour expliquer d'où viennent ces idées grotesques et pourquoi elles sont fausses.Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS

 

 

En outre, la croyance prenant le pas sur la vérité, et la fin justifiant les moyens, quand bien même on démontrerait que, non, la police n'a pas tué 15 personnes lors de telle manifestation, le mobilisé n'en démordra pas, au nom du "ça pourrait être vrai, alors on peut le dire" ou du "les experts et les journalistes sont aux ordres du pouvoir et des banques".

 

 

Ce rapport élastique à la vérité, qui est une constante du discours des populistes, se diffuse désormais à grande vitesse, y compris parmi des citoyens a priori accessibles à la raison.

 

 

 

Un terrain de jeu idéal pour manipuler l'opinion

Les réseaux sociaux sont aussi un terrain de jeu idéal pour les organisations ou officines qui cherchent à manipuler l'opinion. On sait aujourd'hui le rôle qu'elles ont joué dans la campagne du Brexit ou l'élection de Donald Trump. On connaît le soutien indirect apporté par la Russie à des candidats pendant la campagne présidentielle de 2017 en France.

 

 

On en saura sans doute plus d'ici quelques semaines sur le rôle des réseaux antirépublicains d'extrême gauche ou droite, royalistes, anarchistes ou ultra-catholiques, dans la mobilisation des "gilets jaunes" (ce qui n'implique pas, bien entendu, qu'ils souscrivent à leurs idées).

 

 

Il ne serait guère surprenant d'apprendre que des pays qui voient d'un mauvais œil l'existence d'un pays stable et progressiste comme la France – et d'un ensemble pacifique comme l'Union – se sont mobilisés sur le sujet aussi, pour favoriser la diffusion des revendications des "gilets jaunes" et soutenir leur mobilisation.

 

 

 

Effets de contamination et de surenchère

Les réseaux sociaux, comme certains médias à leur remorque, favorisent aussi les effets de contamination et la surenchère : les "gilets jaunes" protestent contre la hausse du gazole et obtiennent un moratoire ? Qu'à cela ne tienne, lançons-nous (lycéens, étudiants, agriculteurs, ambulanciers…) dans la bataille pour obtenir nous aussi la prise en compte de nos revendications, ou du moins éviter d'être les victimes collatérales des concessions obtenues par les autres – car chacun sait qu'il faut que quelqu'un paie.

 

 

 

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Des "gilets jaunes" mobilisés à Toulouse, le 1er décembre 2018. (PASCAL PAVANI / AFP)

 

 

 

Les partis d'opposition et les syndicats sont déconcertés par un mouvement qui leur échappe ? A défaut de pouvoir en prendre le contrôle, mobilisons nos troupes pour surfer sur la vague du mécontentement et profiter de la faiblesse d'un gouvernement aux abois.

 

 

La logique d'argumentation qui domine les réseaux sociaux, et les médias d'information continue à travers ces plateaux où des chroniqueurs viennent mesurer leur capacité respective d'outrance et de démagogie, conduit à un relativisme du savoir et de la compétence qu'on a vu poindre aux États-Unis dès les années 1990. Les experts ne savent rien. Les (bons) journalistes sont des menteurs. Les élus des voleurs. Les ministres des incompétents…

 

 

On reconnaît, pour un temps encore, la compétence de l'électricien, du pilote d'avion ou du chirurgien (personne ne souhaitant qu'un citoyen lambda s'occupe de son installation électrique, prenne les commandes de l'Airbus où il est installé ou l'opère du genou), mais le haut fonctionnaire est un sot, le professeur un farfelu, le parlementaire un imposteur.

 

 

On méprise tout autant l'engagement associatif, partisan, syndical, et l'on nie la compétence et la légitimité de ceux qui donnent de leur temps, toute l'année durant, pour faire avancer des idées et des causes, et savent comment mener une mobilisation et une négociation.

Aujourd'hui, celui qui crie le plus fort aura le dessus, quelles que soient ses revendications.Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS

L'idée est que, puisque tous les responsables et élus sont réputés avoir échoué à régler les problèmes (réels ou fantasmés) de la France, Jacline Mouraud ou n'importe quel porteur de "gilet jaune" ne peut pas faire pire. Ils sont le peuple.

 

 

Face à tout cela, que pèsent la raison et l'argumentation ? Rien, ou si peu.

 

 

Le gouvernement a commencé à faire des concessions aux "gilets jaunes", mais les agriculteurs et les routiers, qui vont subir par ricochet les conséquences de ces décisions, se mobilisent à leur tour. Les lycéens et les étudiants en profitent pour lancer leur révolution quinquennale, avec une certaine fascination pour les méthodes extrêmes de certains "gilets jaunes".

 

 

 

Le chacun pour soi, plutôt que l'intérêt général

Comment gérer une société dans laquelle chacun veut plus sans se soucier du fait que toute dépense publique doit être financée et que toute décision a des conséquences négatives ? Une société dans laquelle le sens de l'intérêt général a cédé la place au chacun pour soi ? Une société où l'on ne se soucie plus de la cohérence des discours et des revendications ? Une société où les citoyens s'en remettent au premier vendeur d'huile de serpent venu ?

 

 

L'optimiste pensera que les apprentis révolutionnaires vont tôt ou tard être confrontés à la réalité, aux difficultés bien concrètes de l'art de gouverner et de faire des arbitrages. Mais c'est oublier que, dans un système où priment émotions, impressions et semi-vérités, il est facile de renvoyer la responsabilité de ses échecs sur d'autres. Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS

 

 

Observons les populistes de tout poil partout dans le monde : leur impuissance est toujours imputée aux technocrates qui les empêchent de mettre en œuvre leur programme, aux journalistes qui déforment la réalité, ou à des groupes précis de la population qui nuisent aux intérêts du peuple (Mexicains, Polonais, réfugiés ou banquiers, peu importe).

 

 

Il faut garder à l'esprit qu'un nombre croissant de citoyens, en France comme ailleurs, pensent qu'il existe des systèmes politiques préférables à la démocratie (on ne dit jamais lesquels) et sont fascinés par les leaders autoritaires ou populistes. Les responsables qui persistent à attiser le conflit ont tort d'estimer que la démocratie est un acquis définitif et qu'ils seront capables de ramasser la mise électorale au terme de la crise. Les premiers sondages montrent qu'ils n'en tirent aucun profit. Ils ne font que le jeu des groupuscules antirépublicains qui ont compris très tôt le parti qu'ils pouvait tirer de ce mouvement social.

 


12/12/2018
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Franceinfo - le lundi 26 novembre 2018

 

 

En France, 109 femmes ont été tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint en 2017

 

 

 

A ces 109 femmes victimes, il faut ajouter 16 hommes tués par leur partenaire ou ex-partenaire, et 25 enfants tués dans le cadre de violences conjugales

 

 

 

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Des femmes s'allongent sur le sol pour dénoncer les violences subies par les femmes de la part de leur conjoint, lors d'une manifestation à Paris en novembre 2012. (THOMAS SAMSON / AFP)

 

 

 

Tous les trois ou quatre jours, une femme meurt tuée par son compagnon ou ex-compagnon. En 2017, en France, elles sont 109 (contre 138 en 2016 et 136 en 2015) à avoir perdu la vie, selon l'étude nationale relative aux morts violentes au sein du couple pour l’année 2017, établie par la police, la gendarmerie et la Délégation aux victimes et publiée par le gouvernement.

 

 

Seize hommes ont en outre été tués au cours de l'année 2017, ce qui porte à 125 le nombre de personnes mortes de la violence de leur partenaire ou de leur ex-partenaire de vie. Onze enfants sont morts en même temps que leur mère ou leur père et 14 enfants ont été tués dans le cadre de violences conjugales, sans qu'un parent ne soit tué. En incluant les suicides et les homicides de victimes collatérales, le nombre total de décès résultant de ces violences s'élève à 247 personnes.

 

 

 

Un portail de signalement inauguré mardi

Dans un communiqué, le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner et la secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations se disent "particulièrement mobilisés pour combattre ces violences intrafamiliales totalement inacceptables", et assurent mettre "tout en œuvre pour multiplier les canaux de prise en compte de la parole des victimes".

 

 

Mardi, le gouvernement doit ainsi lancer un portail de signalement en ligne des violences sexuelles et sexistes, disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, accessible via le site internet service-public.fr depuis un ordinateur, une tablette ou un smartphone. "Cet accès facilité, sans obligation de déclarer son identité, permettra à toutes les victimes d’entrer en contact avec les 37 policiers et gendarmes du portail qui pourront les accompagner au plan de la procédure, les orienter vers les partenaires institutionnels et faciliter ainsi leur prise en charge sociale et psychologique", indique le communiqué.

 


29/11/2018
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