SOCIETE et Consommation - L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

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SOCIETE et Consommation

Regards sur la société au travers de différents articles qui permettent une photographie de celle-ci au fil du temps qui passe...


Franceinfo - le mercredi 14 novembre 2018

 

 

Emmanuel Macron appelle à "respecter la colère" des "gilets jaunes", ainsi que "ceux qui ne participent pas à ce mouvement"

 

 

 

Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a rapporté les propos du chef de l'Etat, lors du compte rendu du Conseil des ministres

 

 

 

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Le président de la République Emmanuel Macron le 11 novembre 2018 à Paris. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

A trois jours du mouvement des "gilets jaunes", prévu samedi, l'exécutif tente de calmer la colère. Le Premier ministre, Edouard Philippe, a détaillé sur RTL mercredi 14 novembre les mesures "d'accompagnement" préparées par le gouvernement face à la hausse des prix des carburants. Puis, Emmanuel Macron a appelé à respecter à la fois la colère exprimée par le mouvement des "gilets jaunes" contre les prix des carburants, ainsi que les Français qui n'y participent pas et doivent pouvoir circuler. "Le président de la République a appelé à respecter la colère des personnes qui participeront à ces événements, parce qu'il faut savoir entendre ces colères et les écouter", a dit Benjamin Griveaux lors du compte rendu du conseil des ministres à la mi-journée.

 

 

La prime à la conversion augmentée. Parmi les mesures annoncées par Edouard Philippe : le doublement de l'objectif des primes à la conversion pour changer de voiture. "On passe à un million, on était déjà à 280 000" personnes qui en bénéficient, assure le Premier ministre. "Pour les 20% des Français les plus modestes", cette prime montera "à 4 000 euros, pour des véhicules d'occasion, moins consommateurs". Les indemnités kilométriques "pour les petites cylindrés" vont également être élargies "pour les gros rouleurs, ceux qui font 60 ou 70 km par jour". 

 

 

L'élargissement du chèque énergie et la fin du chauffage du fioul. Edouard Philippe a aussi annoncé que son gouvernement "va encore élargir le chèque énergie". Il concernera désormais 5,6 millions de foyers, contre 3,6 actuellement. Autre objectif du gouvernement : la disparition des chaudières au fioul d'ici à dix ans.  

 

 

Macron au journal de  20 heures de TF1 ce soir. Le chef du gouvernement a donc dévoilé les arbitrages sur ces mesures demandées par Emmanuel Macron, avant l'intervention du chef de l'Etat sur TF1 mercredi soir.

 


16/11/2018
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Franceinfo - le mardi 13 novembre 2018

 

 

Mouvement des "gilets jaunes" : le gouvernement n'acceptera "aucun blocage total" le 17 novembre, affirme Castaner

 

 

 

Invité mardi de BFMTV, le ministre de l'Intérieur a assuré que le mouvement du 17 novembre contre la hausse des carburants "est irrationnel"

 

 

 

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Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le 6 novembre 2018. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

 

 

 

Le ministre de l'Intérieur hausse le ton. "Je demande qu'il n'y ait, le 17 novembre, aucun blocage total", a affirmé, mardi 13 novembre, Christophe Castaner sur BFMTV, à propos du mouvement des "gilets jaunes" contre la hausse des carburants. Il a par ailleurs qualifié ce mouvement d'"irrationnel".

 

 

"Partout où il y aura un blocage, et donc un risque pour les interventions de sécurité et aussi la libre circulation, nous interviendrons", a-t-il affirmé, demandant également aux organisateurs de déclarer leurs manifestations en préfecture. Le locataire de la Place Beauvau a également précisé que si le périphérique parisien était bloqué, les forces de l'ordre interviendraient.

 

 

Lundi, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, disait par ailleurs "craindre" pour "la sécurité des personnes" lors des mobilisations du 17 novembre. Elle avait estimé que les "gilets jaunes" n'étaient pas une organisation "structurée".

 


16/11/2018
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Franceinfo - le lundi 12 novembre 2018

 

 

Les véhicules diesel immatriculés avant 2001 seront interdits à partir de juillet prochain dans 79 communes du Grand Paris

 

 

 

Cette décision concerne 79 communes sur les 131 de la métropole, soit 5,61 millions d'habitants

 

 

 

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Une rame du Transilien enjambe l'autoroute A86 à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), le 15 juin 2016. (MAXPPP)

 

 

 

Exit les véhicules les plus polluants. Les élus de la métropole du Grand Paris ont voté, lundi 12 novembre, l'interdiction des véhicules diesel immatriculés avant le 31 décembre 2000. Ainsi, la métropole du Grand Paris deviendra à l'été 2019 une "zone à faibles émissions".

 

 

Cette zone sera installée "à l'intérieur de l'A86 à compter du 1er juillet 2019 pour les véhicules classés Crit'Air 5 et non classés", a annoncé la métropole sur Twitter. Ce périmètre concernera 79 communes sur les 131 de la métropole du Grand Paris, soit 5,61 millions d'habitants.

 

 

"Concrètement, on demande à tous ces particuliers de changer de voiture dans les mois qui viennent s’ils veulent continuer à rouler dans la proche banlieue parisienne", synthétise Le Parisien. Les élus misent sur l'interdiction de toutes les motorisations diesel en 2024 dans le Grand Paris. A l'horizon 2030, la métropole espère même élargir cette restriction à tous les véhicules thermiques (essence + diesel), pour réduire drastiquement la pollution en Ile-de-France.

 


15/11/2018
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Franceinfo - le vendredi 9 novembre 2018

 

 

"On est en train de crever" : des manifestants tentent d'interpeller Emmanuel Macron dans la Somme

 

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Édité par Noémie BonninJulie Marie-LeconteRadio France
 

 

 

Quelques manifestants ont essayé de parler au chef de l'État avant son rendez-vous avec Theresa May à Albert, dans la Somme, mais ils ont été repoussés avant l'arrivée des officiels

 

 

 

Ils sont une bonne trentaine à avoir réussi à approcher la place de la mairie d'Albert (Somme), avant l'arrivée d'Emmanuel Macron et de Theresa May, vendredi 9 novembre. Aux cris de "Macron démission", ils veulent faire entendre leur détresse. "Quand je fais des courses, j’ai peur que ma carte ne passe pas, qu’elle soit refusée. Je suis veuve. On nous a piqué la demi-part des impôts. On est en train de crever !", interpelle une dame.

 

 

 

Manifestants chassés

Le président de la République n’est même pas encore arrivé que les gendarmes repoussent les manifestants. Gilet jaune sur le dos, une quinquagénaire fond en larmes quand elle prend l’un d’entre eux à partie. "Un jour, ce sera peut-être votre fille ou votre fils qui sera là. Vous le pousserez aussi à partir ? Vous arrivez à finir vos fins de mois, vous ? Vous faîtes aussi des prêts conso pour remplir votre cuve de fioul ? Après, vous êtes surendetté. Et puis on n’arrive plus à s’en sortir."

 

 

La dame est forcée à partir. Elle explique pourquoi elle voulait s’adresser au président : "Pour manifester contre la politique générale de Macron. Je me rends compte que je parlais de lui comme quelqu’un de dédaigneux, de méprisant, mais c’est encore pire que ça. C’est du totalitarisme, c’est du royalisme."

 

 

 

Le peuple doit s’écraser et partir.

Une manifestante

 

 

Interrogé un peu plus tôt lors de sa visite d'un centre social à Lens, Emmanuel Macron se disait pourtant une nouvelle fois attentif : "Faut savoir entendre tout ça, être au côté du peuple avec respect et tenir un cap. Donc s’il y a une chose que je veux que chacun de nos concitoyens comprenne profondément, c'est que je n’en abandonnerai aucun et que nous serons aux côtés de chacun, en particulier dans les territoires qui souffrent le plus."

 

 

"Il faut aller au contact de la colère et ne pas chercher à l’éviter", a ajouté Emmanuel Macron. Pas vraiment la doctrine appliquée à Albert, où les forces de l’ordre avaient visiblement reçu d’autres consignes.

 


15/11/2018
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Franceinfo - le vendredi 9 novembre 2018

 

 

Emmanuel Macron annonce que le coût du permis de conduire "va drastiquement baisser"

 

 

 

Le président de la République a notamment annoncé sa volonté d'intégrer l'apprentissage du code de la route "à la partie scolaire"

 

 

 

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Le président de la République Emmanuel Macron lors d'un déplacement à Lens (Pas-de-Calais), le 9 novembre 2018. (ETIENNE LAURENT / AFP)

 

 

 

Emmanuel Macron a annoncé, vendredi 9 novembre, une réforme du permis de conduire, dans le cadre de la loi mobilité qui doit être présentée d'ici la fin de l'année. Le président de la République "veut aider à avoir le permis plus vite et moins cher", et promet une baisse '"drastique" de son coût, a-t-il annoncé lors d'un déplacement à Lens (Pas-de-Calais).

 

 

"On ne peut pas avoir l’obtention du permis qui dure des mois et qui coûte 1 500 ou 1 800 euros", a déploré Emmanuel Macron. "On va drastiquement baisser le coût du permis de conduire", a-t-il promis, alors qu'il visitait un centre social, "et accompagner les jeunes, en particulier les jeunes qui entrent dans l'emploi, à l'acquérir plus vite et à moindre coût".

 

 

"Le code, on va l'intégrer à la partie scolaire de manière systématique", a affirmé également le chef de l'Etat. Il a, enfin, annoncé son intention d'"aider à l'acquisition du premier véhicule".

 


13/11/2018
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Franceinfo - le samedi 20 octobre 2018 - mis à jour le dimanche 21 octobre 2018

 

 

Alimentation : la tendance des protéines végétales plaît de plus en plus

 

 

Pour limiter l'impact du réchauffement climatique, nous allons devoir diminuer notre consommation de viande. Les protéines végétales sont une alternative qui séduit de plus en plus

 

 

 

Dans les restaurants comme dans les supermarchés, les protéines végétales sont de plus en plus présentes. Ces aliments sont issus de légumineuses et de céréales comme le soja, les lentilles, l'épeautre ou encore le blé. Les clients se tournent de plus en plus vers ce type de produits. "On est passé d'une vingtaine de produits à 80 produits en trois ans", explique Marie Dubray, la manager du rayon traiteur au Auchan de Vélizy (Yvelines). La croissance dans ce supermarché est de 20%.

 

 

Des produits alléchants


Le marché mondial des protéines végétales est estimé à 9 milliards d'euros en 2018. Il pourrait atteindre les 11 milliards en 2020. À Lyon (Rhône), une jeune start-up, Hari&Co, mise sur quatre légumineuses : les haricots rouges, les flageolets, les pois chiches et les lentilles. L'entreprise met en vente des recettes simples, sous forme de steaks ou de boulettes.

 

 

Côté santé, Ysabelle Levaseur, diététicienne-nutritionniste constate que tous les produits du marché, proposés par différentes marques, ne se valent pas : certains contiennent du sucre ou encore des gélifiants. Elle recommande de bien lire des étiquettes pour faire le tri et de ne pas consommer uniquement ces plats, mais d’alterner protéines animales et protéines végétales. Aujourd'hui, 9 Français sur 10 déclarent avoir diminué leur consommation de viande.

 


29/10/2018
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Franceinfo - le dimanche 21 octobre 2018

 

 

"Ce qui compte, c'est l'énergie et l'envie" : à 70 ans ou plus, ils ont dépassé l'âge de la retraite mais refusent d'arrêter de travailler

 

 

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Juliette Campion et Auriane GuerithaultfranceinfoFrance Télévisions

 

 

 

Après une vie de travail bien remplie, des sexagénaires, ou plus âgés encore, veulent rester dans le coup. Par passion pour leur métier, ils choisissent de se maintenir actifs dans la société. Qui sont ces drogués du boulot qui n'arrivent pas à raccrocher ?

 

 

 

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En France, ils sont peu nombreux à travailler encore après 70 ans. Mais certains ne se verraient pas faire autre chose... (WESTEND61 / GETTY IMAGES)

 

 

 

"Je veux chanter à 100 ans",  affirmait Charles Aznavour quelques jours avant de mourir. Comme le chanteur, mort cet automne à 94 ans, d'autres, en âge de partir à la retraite, se voient travailler encore longtemps. Sur les 16,1 millions de retraités recensés en France en 2016, 3,3% déclarent exercer une activité professionnelle. Parmi ces derniers, 2,5% ont plus de 70 ans, selon une enquête de la Dress (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques). Si certains sont obligés de poursuivre leur activité pour des raisons économiques, d'autres ne s'imaginent simplement pas lâcher leur quotidien d'actifs et travaillent par passion. 

 

 

"J'ai du mal à m'arrêter"

"Arrêter c'est mourir, pour le journaliste Philippe Labro, 82 ans. Les dates limites pour travailler, ça n'a aucun sens, ce qui compte c'est l'énergie et l'envie." Après une vie passée entre les livres, le petit écran ou encore le micro de RTL, il se dit en très bonne forme. Avec soixante ans de carrière derrière lui, il présente encore l'émission "Langue de bois s'abstenir" sur CNews. Réduire ses activités ? Pour l'instant, ce n'est pas dans ses plans. A 81 ans et demi, Philippe Lévy n'est pas prêt non plus à lâcher son cabinet de dentiste. "J'ai du mal à m'arrêter", avoue-t-il. Avec cinquante ans de métier derrière lui, il se sent angoissé à l'idée de mettre un point final à toute activité.

 

 

En France, le problème majeur est de faire rimer âge de la retraite avec repos. "Cette vision à trois temps, où on devrait lâcher à un moment donné, est complètement révolue, plus du tout adaptée au temps présent", analyse Anne-Marie Guillemard, sociologue du vieillissement et de la retraite. Et sur ce point, nos voisins européens sont, comme souvent, bien en avance. En Finlande ou en Suède, il est possible de choisir de continuer à travailler ou non, même après un âge plancher qui peut aller jusqu'à 70 ans.

 

 

 

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Le journaliste, écrivain et réalisateur Philippe Labro, le 21 avril 2017 à Paris. (JOEL SAGET / AFP)

 

 

 

Pour certains de ces passionnés, être en activité est d'abord une question de maintien de la forme physique et intellectuelle. "Ce qui est drôle, c'est que les gens à la retraite se plaignent en disant 'Tu ne te rends pas compte, on n'a rien le temps de faire'. Je crois qu'ils ne savent pas ce que c'est que de tenir un magasin !", s'amuse Georges Audigier. Celui qui se définit comme un "marchand de vieilles choses", installé à Saulieu (Côte-d'Or), est un ancien contrôleur de la Sécurité sociale. A 72 ans, la voix vive et le trait d'humour encore bien aiguisé, il se dit passionné par son activité qui l'amène à voyager dans le temps, au milieu d'objets anciens.

 

 

Remonter le temps, c'est aussi le métier de Michelle Perrot, historienne, spécialiste de l'histoire des femmes. Mais ne lui parlez pas de son âge ! "C'est parce que les gens me le rappellent que j'y pense", explique-t-elle. A 90 ans, elle aime encore aller à la bibliothèque ou flâner dans les expositions de peinture, sa "meilleure détente".

 

 

Ma vie, c'est l'écriture, la recherche.Michelle Perrot, historienneà franceinfo

 

 

Et pas question de chômer : elle vient de terminer un ouvrage, George Sand à Nohant – Une maison d'artiste, qui retrace la vie de la romancière du XIXe siècle à travers sa maison. Il vient à peine de paraître qu'elle se lance déjà dans l'écriture d'un prochain ouvrage, entre deux colloques littéraires comme Les Rendez-vous de l'histoire de Blois, dont elle est membre du conseil scientifique. Mais elle le reconnaît : "Avoir ce type de vieillesse-là, c'est un privilège de la bonne santé personnelle."

 

 

 

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Michelle Perrot, historienne et professeure émérite, en 2009.  (ULF ANDERSEN / AURIMAGES / AFP)

 

 

 

Etre accro à son travail est aussi une manière, pour certains, de ne pas tomber dans le vide de "l'après". "Se lever et se dire 'Qu'est-ce que je vais faire aujourd'hui ?' et construire sa journée sous une autre forme qu'avant", c'est ce que redoute le dentiste Philippe Lévy. 

 

 

Il n'y a aucune raison de lâcher, pourquoi il n'y aurait pas de l'activité tout au long de la vie ? Anne-Marie Guillemard, sociologue à franceinfo

 

 

"Je détesterais me lever le matin avec rien à faire", confirme aussi Guy Roux, 80 ans, ancien entraîneur emblématique du club de football de l'AJ Auxerre. Assurances, football, consultant pour des médias, l'homme aux multiples vies n'imagine pas son quotidien sans travailler. L'octogénaire est encore dans le coup : "Il faut la pêche pour aller à Paris toutes les semaines pour enregistrer l'émission de 10h30 à minuit pour L'EquipeTV", se félicite le Bourguignon. 

 

 

Etre dans l'air du temps

En plus de ses allers-retours à Paris, sa routine de travail est plutôt chargée. "Pour me tenir au courant, je regarde au moins 7 matchs par semaine, ça fait 11 heures de télé, explique Guy Roux. Ça demande un vrai effort de mémoire pour retenir la composition des équipes. Mais je le fais, tous les jours." Surtout, le consultant sportif veut rester dans le tempo de son époque ultra connectée : "Toutes les semaines, on me donne des cours de tablette. Quand je serai affûté, j'aurai même un smartphone. C'est moi qui ai demandé à apprendre à m'en servir : c'est une merveille", se réjouit-il. Preuve de plus que l'ancien entraîneur s'accroche et s'assure d'être encore dans la tendance. 

 

 

On m'a demandé de rester. C'est que je plais. Je ne vais pas me vanter. Mais si je ne plaisais plus, on me le dirait.Guy Roux à franceinfo

 

 

 

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Guy Roux en invité prestige de "La Minute vieille", sur Arte en juillet 2018, Coupe du monde de foot oblige. ((c) Bakea Prod / Arte)

 

 

 

En plus de répondre à une envie de rester actif, travailler après 70 ans est aussi un moyen de garder une certaine place dans la société. "Ça permet de garder un lien social privilégié, plus important que dans les associations", confirme le dentiste Philippe Lévy, lui-même membre du Lions Club, une organisation philanthropique.

 

 

Ne pas être sur la touche

"Je crois que ce qui me manquerait le plus, c'est le contact avec les clients", enchaîne Georges Audigier. Son magasin d'antiquités est un lieu de passage qui brasse différents visiteurs. Autant d'occasions d'échanger. Il pense aussi à ses enfants, à qui il veut montrer que tout ne s'arrête pas passé 70 ans : "Je n’avais pas envie qu'ils aient l'image d'un père à la retraite, passif", confie Georges Audigier. 

 

 

Selon Anne-Marie Guillemard, passer au-dessus d'une vision "passéiste", comme elle le décrit, est une nécessité aujourd'hui. En 1950, on travaillait presque cinquante ans, avec une espérance de vie autour de 65 ans. En 1995, c'est trente-huit ans de vie active, sur soixante-seize ans de vie. "On n'a pas mis en place les retraites pour ne rien faire pendant vingt-cinq ans", s'exaspère-t-elle. 

 

 

C'est absurde de condamner les retraités aux loisirs.Anne-Marie Guillemard, sociologue à franceinfo

 

 

 A 84 ans, Maurice* ne veut rien lâcher non plus. Architecte hyperactif, il "s'ennuie quand il n'est pas au bureau", explique sa femme Gisèle*. "Quand tu ne fais pas ton métier, ça manque", affirme-t-il. Mais malgré son envie et sa passion, les affres de l'âge sont parfois difficiles à masquer.

 

 

Stop ou encore ?

Dans son entourage, on s'inquiète des alertes du vieillissement : les petites siestes en plein milieu d'une réunion, ou encore, plus inquiétants, les écarts de route lorsqu'il est au volant en déplacement. Lever le pied est parfois nécessaire pour ceux qui craignent de ne plus pouvoir tenir le rythme. Après cinquante-deux ans de radio et des années à arpenter les couloirs de TF1, l'animateur Jean-Pierre Foucault a ainsi décidé de ralentir la cadence en quittant officiellement la chaîne, en mars dernier. A tout juste 70 ans, celui qui a animé "Qui veut gagner des millions ?" et "Sacrée soirée" a fait le choix de se retirer petit à petit, pour "faire des choses qu'[il n'a] pas eu le temps de faire, comme des voyages, récemment la Polynésie".

 

 

 

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Jean-Pierre Foucault présente la soirée d'élection de Miss France 2018, à Châteauroux (Indre), le 16 décembre 2017. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

 

 

 

Mais la télévision n'est jamais bien loin. En décembre, il reprendra les commandes de l'élection de Miss France. "C'est une émission emblématique, ça fait vingt-cinq ans que je la présente", explique-t-il. Mais pas question pour autant d'imiter son confrère Michel Drucker, qui "s'accroche jusqu'au bout". "Lorsque je suis entré à la télévision (...), je n'ai eu qu'une seule obsession : durer", déclarait l'animateur de "Vivement dimanche" au Figaro, le 10 octobre 2018. "C'est ce qui me différencie de lui, explique Jean-Pierre Foucault. Pour son passage dans 'C à vous" [vendredi 19 octobre 2018,sur France 5], on m'a demandé de faire une petite vidéo où je lui demande 'quand est-ce que tu vas prendre le temps ?'" 

 

 

L'animateur-vedette de France 2 semble bien décidé à s'accrocher à son canapé rouge. Des trajectoires de vie un peu à part ? Ce n'est pas l'avis d'Anne-Marie Guillemard : "Ces personnalités sont des avant-gardistes. Il faut repenser notre relation à l'allongement de la vie et mieux répartir le travail dans la société." 

 

 

* Les prénoms ont été modifiés à la demande des personnes interrogées.

 


26/10/2018
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Franceinfo - le dimanche 14 octobre 2018

 

 

"Symbole d'autorité", contrainte "ridicule"... Pourquoi la cravate n'est plus dans le coup

 

avatarVincent DanielFrance Télévisio

 

 

Longtemps considérée comme un accessoire indispensable dans de nombreux secteurs professionnels afin d'incarner le sérieux et l'élégance, la cravate est de plus en plus laissée au placard

 

 

 

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Le port de la cravate reste la norme, notamment dans les secteurs de la banque et de la finance. (TAWAN BOONNAK / EYEEM / GETTY IMAGES)

 

 

 

En 2010, la révélation d'un dress code strict dans la banque UBS avait fait scandale. Parmi les instructions destinées aux salariés contenues dans ce "document proprement hallucinant", selon Rue89, le port "absolument impératif" de la cravate pour les hommes. Près de dix ans plus tard, la cravate s'efface petit à petit du monde du travail, sans fracas. 

 

 

Depuis juillet 2017, le port de la cravate et de la veste n'est plus obligatoire pour les députés français. En juillet 2018, c'est le cabinet d'audit PwC (PricewaterhouseCoopers), spécialisé dans les missions d'audit, d'expertise comptable et de conseil, qui a aboli tout code vestimentaire pour ses salariés. Une contrainte que de plus en plus d'entreprises et d'administrations, en France, ont décidé d'abandonner.

 

 

"Un symbole d'autorité et de respect"

Inexorablement, la cravate perd de sa superbe. Un "abandon progressif" constaté par Serge Carreira, maître de conférences à Sciences Po Paris et spécialiste du luxe et de la mode : "On l'impose de moins en moins de manière systématique à tout le monde au sein d'une entreprise." Toutefois, il existe des secteurs qui résistent à la tendance. "Dans le monde de la finance, dans la haute administration, la cravate reste quelque chose de statutaire, estime Serge Carreira. C'est un symbole d'autorité et de respect vis-à-vis de ses interlocuteurs, de ses clients..."

 

 

 

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"Bienséance", "respect", "autorité"... sont autant de justifications invoquées pour expliquer le port obligatoire de la cravate. (WESTEND61 / WESTEND61 / SIPA)

 

 

 

Un formalisme qui n'est pas toujours très bien compris par les principaux intéressés. Josselin travaille pour une banque d'entreprise, il est analyste crédit, il n'est pas en contact avec les clients et, pourtant, il doit se plier à une règle qu'il juge "ridicule".

 

 

Il faudrait m'expliquer en quoi le costume-cravate est nécessaire pour passer sa journée devant des tableaux Excel.Josselin, employé d'une banque d'entreprise à franceinfo

 

 

Cet été, en raison des fortes chaleurs et "après négociations", le jeune homme a obtenu le droit de tomber veste et cravate. "Mais avant la rentrée de septembre, mon supérieur m'a rappelé qu'il fallait les remettre en m'expliquant qu'il s'agissait d'une question de bienséance..." poursuit Josselin, dubitatif. Une "contrainte" aussi pour Aymeric, fiscaliste qui n'est pas non plus en contact avec des clients. "Le costume-cravate représente un budget, mais dans le secteur financier, on s'y conforme. C'est un mélange entre obligation et mimétisme", décrit-il.

 

 

"Etre en costume-cravate, c'est un peu comme le bleu de travail, ça rend les gens neutres", souligne aussi Aymeric, qui évolue dans un univers professionnel essentiellement masculin. C'est justement pour "casser les codes" et montrer qu'on peut être "bien habillé et professionnel sans tous se ressembler en costume-cravate gris ou bleu" que Nicolas, collaborateur parlementaire, a décidé de s'émanciper. "Ça a été remarqué, mais je suis soutenu par ma hiérarchie, c'est une petite liberté qui compte beaucoup au quotidien", poursuit-il. 

 

 

"La fin de l'uniforme professionnel"

Mais pour lâcher la cravate, il a fallu "de l'assurance et de la légitimité" à Nicolas. Au début de sa carrière, lors d'un stage dans un ministère, il respectait strictement le costume-cravate "pour être pris au sérieux malgré l'âge" et "pour ne pas offrir une fenêtre de tir sur sa crédibilité." 

 

 

Si vous venez d'arriver dans un ministère, que vous êtes jeune et qu'en plus, vous vous faites remarquer pour votre façon de vous habiller, le risque est grand qu'on juge moins votre travail que votre personne. Donc je mettais tout le temps une cravate.Nicolas, collaborateur parlementaire à franceinfo

 

 

Même si elle "tend à s'estomper", la cravate reste donc "un signe extérieur de sérieux, d'autorité et de compétence", explique Thomas Chardin, fondateur et dirigeant de l'agence Parlons RH (ressources humaines). Il pointe un paradoxe : "Vous ne ferez pas confiance à votre banquier s'il vous reçoit en T-shirt, short et tongs. Pour autant, ce n'est pas parce qu'il porte une cravate, qu'il sera compétent." Toutefois, Thomas Chardin constate un "recul de ces normes, du standard et de tout ce qui se rapporte à une forme d'uniforme professionnel. L'entreprise s'ouvre pour être en résonance avec la société."

 

 

Dans le monde du travail aujourd'hui, on va privilégier l'autonomie et la responsabilité en matière vestimentaire.Thomas Chardin, dirigeant de Parlons RH à franceinfo

 

 

Et lors de l'entretien d'embauche ? "La cravate est certes moins incontournable, mais il faut garder à l'esprit que l'obligation de la porter ou non est liée à la culture de l'entreprise, elle peut incarner une forme de respect de l'autre, par exemple", explique Guillaume Pestier, directeur commercial de CCLD Recrutement, cabinet de recrutement commercial et distribution. "Dans le doute, il vaut mieux en mettre une, quitte à l'enlever ultérieurement", conseille-t-il. 

 

 

"La dictature du cool"

Et lorsqu'ils sont libres de leur choix, les salariés laissent leur cravate au placard. Deux raisons principales : l'abandon d'une contrainte et l'image vieillotte de l'accessoire. "Porter une cravate, cela demande un effort : il faut faire un nœud, ça impose de mettre une chemise, avec le bon col, c'est une coordination de plus en couleurs, en matières..." énumère Marc Beaugé, journaliste mode de M Le Monde et directeur de L'Etiquette, nouveau magazine consacré à la mode masculine. Davantage de confort et de simplicité donc, et l'abandon d'un accessoire "qui n'est plus synonyme de succès, mais de ringardise", souligne Marc Beaugé.

 

 

On est dans une époque où les grands puissants, ceux qui entreprennent, à la tête des Gafa (Google, Apple, Facebook et Amazon), portent des T-shirts.Marc Beaugé, journaliste mode à franceinfo

 

 

 

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Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, lors d'une conférence à San José (Californie, Etats-Unis), le 18 avril 2017. (ANDREJ SOKOLOW / DPA / AFP)

 

 

 

Dans certains secteurs, on assiste même à une surenchère. On ne doit pas paraître sérieux, car ce terme est synonyme d'austérité et de manque de créativité, on doit faire preuve d'audace. C'est ce que Thierry, directeur conseil dans une grosse agence de communication parisienne, appelle "la dictature du cool". "Dans mon milieu professionnel, les baskets ont une symbolique bien plus puissante que la cravate", note le trentenaire.

 

 

 

Résultat : s'il fait parfois le choix d'en porter une, c'est "par plaisir, pour l'élégance et le chic, et, parfois face à des clients importants". Mais la situation est assez rare pour que "cela devienne un sujet de conversation à l'agence", s'amuse Thierry.

 

 

 

Dans l'univers des start-ups ou dans les milieux créatifs, la cravate peut clairement apparaître antinomique.Guillaume Pestier, directeur commercial de CCLD Recrutement à franceinfo

 

 

 

Journaliste, Jérôme fait lui aussi figure d'intrus avec une cravate au sein de sa rédaction. Un choix qu'il a effectué au début de sa carrière pour se démarquer de ses confrères, notamment lors des conférences de presse. "Les journalistes sont habillés de la même façon, jeans-T-shirt ou chemise et baskets. Au moins, si on oubliait mon nom ou mon média, mes interlocuteurs pouvaient se dire : 'Ah oui, le mec avec la cravate'", raconte-t-il.

 

 

 

La cravate n'a donc pas tout à fait dit son dernier mot. "Elle est sortie de la sphère de l'uniforme pour devenir un accessoire de mode à part entière", estime Serge Carreira, maître de conférences à Sciences Po Paris. "Les nouvelle générations portent des cravates très fines qui sortent du schéma classique avec un costume. Elle est plus rock, comme le fait par exemple le créateur Hedi Slimane", note le spécialiste de la mode.

 

 

 

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Lors du défilé Saint Laurent par Hedi Slimane, le 19 janvier 2014, à Paris. (CHRISTOPHE ENA / AP / SIPA)

 

 

 

Marc Beaugé refuse également d'enterrer la cravate. "J'aimerais qu'on la porte par plaisir, qu'on se rende compte que c'est cool d'être bien habillé", espère le "monsieur mode" du Monde. S'il regrette l'effacement progressif de la cravate, le journaliste estime "qu'il vaut mieux pas de cravate qu'une cravate mal portée" : "Quand elle est mise sous la contrainte, elle est souvent très mal portée." Lyrique, Marc Beaugé assure que le costume-cravate reste "le vêtement ultime, l'absolu du vêtement". "Cela fait 300 ans qu'il existe en l'état, très peu de vêtements traversent les époques à ce point, constate-t-il. Même s'il y a des hauts et des bas, il y aura toujours des hommes en costard-cravate."

 


19/10/2018
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Franceinfo - Mis à jour du vendredi 12 octobre 2018

 

 

E5, B7, LPG... Les carburants changent de noms à la pompe dans les stations-service en Europe, voici comment vous y retrouver

 

 

A partir de ce vendredi, chaque type de carburant sera représenté par une figure géométrique, une lettre et un chiffre

 

 

 

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Une femme fait le plein dans une station-service, le 6 juillet 2013. (HOUIN / BSIP / AFP)

 

 

 

Du changement s'annonce à la pompe. A partir du vendredi 12 octobre, le "sans plomb 95" devient le E5, le "diesel" le B7... Les carburants changent de noms sur toutes les pompes de l'Union européenne, ainsi que sur celles de sept pays voisins (Islande, Liechtenstein, Norvège, Macédoine, Serbie, Suisse et Turquie), conformément à une directive européenne datant de 2014. Chaque type de carburant sera désormais représenté par une figure géométrique, une lettre et un chiffre.

 

 

"L'ensemble des codes couleurs connus aujourd'hui va rester, précise Francis Pousse, président national des propriétaires exploitants de stations-services au CNPA (Conseil national des professions de l'automobile), sur franceinfo. On rajoute juste une petite étiquette d'un format de 4 cm par à peu près 14 cm qui mentionnera le taux de produits bio dans les carburants." Pour ne pas être déroutés si vous allez faire le plein ce vendredi, voici à quoi correspond ce nouvel étiquetage.

 

 

• L'essence. Elle sera représentée par la lettre "E", entourée d'un cercle. A côté, figurera un chiffre (5, 10 ou 85) qui indique la teneur en éthanol (E) en pourcentage. Le SP98 et le SP95 seront donc dénommés E5. Le SP95-E10 deviendra l'E10. Enfin, le super-éthanol portera le nom de E85.

 

 

• Le diesel. Il sera figuré par la lettre "B" dans un carré. Le chiffre à côté représentera la teneur, en pourcentage, de biocarburant : B7 ou B10. Le diesel synthétique, qui n'est donc pas dérivé du pétrole, sera disponible sous le sigle XTL.

 

 

• Les carburants gazeux. Ils seront représentés par un losange qui fera figurer les mentions H2 (hydrogène), CNG (gaz naturel), LPG (gaz de pétrole liquéfié) ou LNG (gaz naturel liquéfié).

 

 

 

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18/10/2018
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Franceinfo - le jeudi 11 octobre 2018

 

 

TRIBUNE. "Ne vous inquiétez pas pour nos enfants, ils sont aimés" : lesbiennes ou célibataires, elles ont eu recours à la PMA et veulent peser dans le débat

 

 

 

Quatre-vingt-dix femmes qui ont dû se rendre à l'étranger pour faire des enfants interpellent les médias qui tendent régulièrement le micro aux opposants à la PMA pour toutes. Elles dénoncent l'invisibilisation des lesbiennes et des célibataires, premières concernées par le projet de loi du gouvernement

 

 

 

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"Nos familles n'ont pas moins de valeur que les vôtres", écrivent les signataires de cette tribune sur l'absence des lesbiennes et célibataires des débats sur la PMA. (MINT IMAGES / AFP)

 

 

 

"Pourquoi sommes-nous si peu visibles dans les médias, même quand il s'agit de sujets qui nous concernent directement ?" Le gouvernement prépare un projet de loi bioéthique, qui prévoit notamment d'étendre l'accès à la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes. Les couples de lesbiennes et les femmes célibataires sont les premières concernées par cette évolution. Pourtant, rares sont celles qui ont été consultées ou invitées sur les plateaux de télévision pour s'exprimer. Quatre-vingt-dix femmes, qui ont dû se rendre à l'étranger pour concevoir des enfants grâce à la PMA, dénoncent cette invisibilisation dans une tribune publiée sur franceinfo, jeudi 11 octobre. Elles veulent faire entendre leurs voix dans ce débat.

 

 

Parmi les signataires*, la journaliste d'Arte Marie Labory, l'ancienne capitaine de l'équipe de France féminine de football Marinette Pichon, la députée LREM de l'Allier Laurence Vanceunebrock-Mialon, la réalisatrice Emilie Jouvet, la DJ Rag, la présidente de l'association Les Enfants d'arc en ciel Céline Cester, l'association Collectif BAMP!, l'association Gaylib, l'APGL, le groupe Icimamasolo… Les signataires s'expriment ici librement.


Voilà que ça recommence.

 

 

Les débats sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe, en 2013, nous avaient laissées exsangues. Nous, les lesbiennes qui voulions fonder une famille. Nous, les femmes qui avons dû recourir à la PMA, à l'étranger, pour y parvenir. Exsangues, parce que ces débats ont permis à un flot de paroles haineuses de se déverser… sur nous.

 

 

Et voilà que ça recommence. Le gouvernement a beau dire qu'il veut un "débat serein, apaisé, et calme" sur la PMA, nous savons que la paix ne se décrète pas. Il n'y aura rien de constructif apporté par ceux qui s'opposent à son extension aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Depuis la rentrée et jusqu'à la proclamation de la loi, nous subissons et allons devoir subir leurs arguments, répétés ad nauseam. Ils ne transigeront sur rien, il n'y aura pas de négociations.

 

 

Et qui parle ? L'Eglise, La Manif pour tous, des philosophes, des "intellectuels" autoproclamés… Personne qui ne soit directement concerné. Personne qui n'ait la science infuse sur la question.Les signataires de la tribune

 

 

Tous parlent au nom de dogmes, de craintes, d'inquiétudes, de ressentis. Rien qui ne soit validé par la science ou des précédents historiques. Mais leur avis prévaut, s'étale, s'invite jusque dans les Etats généraux de la bioéthique. Ils promettent l'effondrement de la société et de ses valeurs, des générations d'enfants traumatisés. Les uns s'appuyant sur des valeurs religieuses, qui n'ont aucune validité objectivement établie. Les autres faisant mine de se cacher derrière de vagues notions de psychanalyse, qui là non plus n'ont rien d'universel ou d'incontestable.

 

 

Nous ne demandons évidemment pas que les désaccords soient tus et muselés. Mais 75% des Français sont favorables à l'ouverture de la PMA, selon un sondage Ipsos-Sopra réalisé pour France Télévisions en juin 2018. Pourtant, à lire ou regarder les infos, on pourrait avoir l'impression que c'est tout le contraire. C'est ici que les médias sont responsables.

 

 

Chers journalistes et rédacteurs en chef, pour cinq opposants à la PMA, combien de lesbiennes avez-vous interrogées ? Le décalage est criant et le combat médiatique, inégal, dès le départ. Car, quand bien même vous nous donneriez la parole équitablement, nous ne viendrions qu'avec nos vécus, nos émotions, nos familles, auxquels vous n'accordez pas le dixième de l'attention que vous portez aux "spécialistes", "analystes" ou "éditorialistes" qui glosent sur nos situations de vie.

 

 

Il nous faudrait rester de marbre, dérouler un argumentaire infaillible. Mais nous sommes à vif. Face à leur dégoût, nous souffrons. Face à leur haine, nous sommes blessées. Or la haine, la peur, ça vend bien, n'est-ce pas ? Les petites phrases assassines, les "punchlines" apocalyptiques font les meilleurs titres. C'est moche à dire, et à reconnaître, mais vous êtes nombreux, dans les rédactions, à utiliser la force de frappe des haineux sans avoir l'air d'y toucher. Il n'y a qu'à lire les commentaires sous vos articles en ligne. De l'homophobie crasse au kilomètre. Mais ça fait du trafic sur vos pages. Alors… Tant pis pour nos enfants.

 

 

Pourquoi sommes-nous si peu visibles dans les médias, même quand il s'agit de sujets qui nous concernent directement ? Les signataires de la tribune

 

 

N'y a-t-il pas là une forme de lesbophobie, plus soft, peut-être moins consciente, qu'il serait bon de questionner ? L'idée préconçue, sans doute même pas exprimée, mais qui s'impose à de nombreuses rédactions, qu'une lesbienne, ce n'est pas très "sexy" médiatiquement ? Qu'elle n'est pas, a priori, "une bonne cliente" ? Que ce n'est pas "concernant" pour "les gens" ? Que celles qui prennent la parole sont "trop militantes" ?

 

 

Par ailleurs, le traitement de ces plateaux, où les anti-PMA sont majoritaires, semble aussi problématique : pourquoi personne ne souligne la lesbophobie de la plupart des opposants ? Parce qu'eux-mêmes ont décrété que leur combat n'était pas homophobe ? C’est donc acté. Pas de remise en question de leur véritable positionnement. Or, cette haine des femmes homosexuelles est évidente. En substance, on nous dit que si nous voulons des enfants, n'étant pas stériles, il nous suffit de coucher avec un homme. On n'oserait pas si ouvertement suggérer à une femme hétérosexuelle, dont le conjoint est stérile, d'avoir des rapports sexuels avec un inconnu. Cette femme-là aura droit à une PMA en France, sans que jamais quiconque, jusqu'ici, n'y ait rien trouvé à redire sur les plateaux de télévision.

 

 

Non, c'est bien le fait que des femmes, lesbiennes ou célibataires, puissent se passer d'un pénis dans leur vie qui pose problème. Ces femmes-là doivent quelque part en payer le prix et ce prix, quelques traditionalistes ont décrété que ce serait de ne pas avoir d'enfant.Les signataires de la tribune

 

 

Nous insistons : quelques traditionalistes. Ils ne représentent pas grand-chose, mais ils ont pignon sur rue, parce qu'ils sont structurés, parce qu'ils savent se mobiliser et qu'ils maîtrisent le temps médiatique : celui du coup et de la surenchère. Et nous voilà, nous, lesbiennes, mères, tentant de rappeler que la grande majorité des enquêtes concluent que les enfants nés par PMA dans des couples lesbiens ne vont ni moins bien ni mieux que les enfants nés dans des couples traditionnels. C'est un fait. Le reste n'est qu'opinion personnelle.

 

 

Ouvrir la PMA aux couples lesbiens et aux femmes célibataires, c'est d'abord reconnaître nos familles, qui existent déjà, depuis des décennies. Le désir d'enfant est profondément humain.

 

 

Qui peut vraiment croire que les femmes qui, comme nous, ont affronté un véritable parcours du combattant pour concevoir leur enfant à l'étranger, ont fait un "caprice" ?Les signataires de la tribune

 

 

Ne vous inquiétez pas pour nos enfants. Ils ont été désirés. Ils ont été attendus, parfois longtemps. Ils sont aimés. Nos familles n'ont pas moins de valeur que les vôtres. Il est insupportable qu'elles soient ainsi scrutées et jugées. Et si nos enfants souffrent de quelque chose aujourd'hui, c'est d'être ainsi rejetés, montrés du doigt par des soi-disant détenteurs de vérité. Ce que nous craignons pour eux, c'est qu'ils croisent un jour, en bas de chez nous, ces manifestants pleins de haine.

 

 

Et pendant qu'on leur crache à la figure dans tous les médias ou presque, eux vont à la crèche, à l'école. Ils y rencontrent des enfants dont les parcours de vie ne correspondent pas aux standards de l'idéal familial véhiculé par l'Eglise ou La Manif pour tous. Ils y côtoient des enfants de couples divorcés, des enfants dont un ou les deux parents sont absents, des enfants adoptés. Ils partagent leur quotidien avec des enfants qui ont faim le matin, d'autres qui portent des marques suspectes sur le corps, ou encore des enfants logés dans des hôtels sociaux. Des enfants dont tout le monde se fout, pour qui personne ne descend dans la rue.

 

 

Vraiment, ne vous inquiétez pas pour nos enfants. Ou plutôt, si, inquiétez-vous, médias, journalistes, politiques, inquiétez-vous et protégez-les des discours de haine.

 

 

* Liste des premières signataires :

 

 

Marie Labory, journaliste/présentatrice d'Arte, mère de jumeaux nés après une PMA en Espagne - Marinette Pichon, ancienne capitaine de l'équipe de France féminine de football - Emilie Jouvet, réalisatrice - Florence Mary, réalisatrice du documentaire Les carpes remontent les fleuves avec courage et persévérance, primé en festivals - Rag, DJ - Muriel Douru, auteure-illustratrice-blogueuse, Out d'or du dessin engagé 2018 - Laurence Vanceunebrock-Mialon, députée LREM de l'Allier - Véronique Godet, vice-présidente de SOS Homophobie -  Stéphanie et Marie-Charlotte, auteures du blog "Demande à tes mères" - Natacha et Sara, du blog "love makes a family", mères de Sacha, 8 ans - Mathilde Guermonprez et Magali Hirn, mères de Gustave, 6 ans - Céline Cester, présidente des Enfants d'Arc en Ciel l'asso ! - Eloïne Thevenet Fouilloux, vice-présidente des Enfants d'Arc en Ciel l'asso ! - Eva-Sophie Dupont d'Ohid, femme seule en PMA depuis trois ans en Espagne -Céline, maman solo de Thomas, 8 mois, conçu en Espagne - Anne-Laure S., coauteure du livre Je ne suis plus celle que je suis - Amélie et Annick Georgin, parents de Garance, 2 ans (Toulouse) -  Stéphanie Suby-Lesy (Corse) - Marie Béjannin, mère de Louise, 3 ans - Sindy Delaistre, mère de trois enfants - Noémie et Marjorie Prost-Picazo, mères d'un enfant (Lyon) - Emilie et Audrey Cegalerba Schier, mères de deux enfants (Bordeaux) - Edwige Tréfoux, mère d'un enfant (Toulouse) - Céline Boulanger, secrétaire d'agence, mère d'un enfant de 9 ans né après une PMA en Belgique - Nathalie Lacoye, chargée de recouvrement dans une entreprise de transport (Amiens) - Fanny Debraine Crépin, mère d'un enfant (Paris) - Anne Pedrajas, mère d'un garçon de 7 ans et demi - Julie Millet de Croix et Pascale Soprano de Croix, mères de deux enfants nés d'une PMA en Belgique (Nord) - Christel Freund, parent social ou encore "tiers" devant la loi française, de deux petites filles de 4 ans et demi - Virginie Martinez, enseignante, mère de deux enfants de 9 et 11 ans conçus par PMA en Belgique - Claire Blandin, professeure des Universités, lesbienne et mère de famille - Marie-Pierre Escriva, enseignante et mère - Amélie Perrier, 32 ans, mère d'une petite fille de 2 ans et cadre - Clarence et Gloria Lelièvre Mendes, mariées, lesbiennes féministes, mères de jumeaux (Bordeaux) - Stéphanie Ly, mère de deux enfants - Maud et Pauline Goasmat, mères de deux enfants (Rennes) - Claire Simon, consultante, mère d'un enfant - Tatiana Marot, responsable formation, mère d'un enfant - Blandine Peeters, orthophoniste, mère d'un garçon - Gabrielle Richard, chercheuse, enceinte et mère d'un enfant (Paris) - Magalie Delhoume, mère de Maddie, née d'une PMA en Espagne - Alice Gondelle, mère d'un enfant de 9 mois - Nadège Ferrier - Juliette Domenach Senecat, mère de deux enfants conçus par PMA - Sophie et Lucie Locqueneux Bourdon, mères de deux enfants de 3 ans et 2 mois - Christine et Baya, parents de Yuna Yasmina, 8 ans - Eléonore Gachet, mère de Victor, 9 ans - Mathilde, employée au ministère de l'Economie et des finances, mère lesbienne de deux enfants nés par PMA - Marie-Charlotte Letang, architecte et mère d'un enfant né après une PMA - Pénélope Fuentes-Bender, mère de Victoire, 5 mois et demi, née grâce à une PMA en Espagne - Elodie G., mère de deux enfants de 6 et 3 ans et demi - Angélique Levoye, maître de conférences, mère de deux enfants nés par PMA en Belgique - Jennifer, médecin, 33 ans, et Elina, infirmière, 30 ans, mère d'une petite fille de 3 mois (Gironde) - Saâdia et Delphine Moriached, mères de Emrys, 6 ans (Paris) - Emilie Duret, avocate - Florence, 48 ans, lesbienne, mère d'une enfant de 12 ans née par PMA en Belgique - Laurene Chesnel, mère de deux filles de 3 ans et 3 mois - Emmanuelle Revolon, mère d'une fille de 13 ans, France Savelli, mère d'un enfant de 3 ans - Delphine Rebillard, enceinte après une PMA réalisée en Espagne - Celia Cotinaud, mère d'un enfant né par PMA - Amandine et Cyrille Billet, mères d'une petite fille à naître après une PMA en Belgique - Elodie Gintz et Marie Menia, futures mères après une PMA en Belgique - Virginie, mère d'un garçon de 7 ans, né après une PMA en Belgique - Delphine et Stéphanie Ferré, mères d'une petite fille née par PMA - Aude et Mélanie, mères de Maelle, 3 ans - Sabine Cousseau-Glorieux, responsable communication, mère de jumeaux de 7 ans, né d'une PMA en Belgique - Annelise et Stéphanie, mères de Henri, né d'une PMA en Espagne - Nathalie Debono, mère d'un enfant né par PMA en Espagne - Stéphanie et Delphine A., mère de Romane, née grâce à une PMA en Belgique - Cléo Albert, directrice de projets. Le groupe Icimamasolo, l'association Collectif BAMP!, l'APGL et l'association Gaylib ont également signé cette tribune.

 


18/10/2018
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Franceinfo - le mercredi 10 octobre 2018

 

 

Automobile : l'électrique revient moins cher que l'essence, selon une étude de l'UFC-Que Choisir

 

 

Les voitures électriques profitent "surtout d'un bonus de 6 000 euros à l'achat, sans lequel l'électrique ne serait pas rentable", précise l'association

 

 

 

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Les véhicules électriques représentent un coût en énergie de 188 euros par an contre 1 181 euros pour un véhicule diesel et 1 461 euros pour une voiture essence, selon l'UFC-Que Choisir.  (ALLILI MOURAD / SIPA)

 

 

 

Malgré un prix d'achat plus élevé, la voiture électrique revient moins cher que son équivalent essence ou diesel si l'on intègre l'ensemble des coûts du véhicule, selon une étude publiée mercredi 10 octobre par l'association de consommateurs UFC-Que Choisir.

 

 

"Le coût total d'un véhicule électrique est plus faible que celui d'un diesel (coût total de propriété inférieur de 3%) ou d'une essence (5%) dès quatre ans de possession", grâce à la prime à l'achat en vigueur en France et à un coût en énergie largement inférieur, affirme l'association.

 

 

"L'électrique ne serait pas rentable" sans le bonus

Ces données sont calculées pour une berline moyenne (type Renault Mégane, Peugeot 308, etc.). L'étude a été réalisée par le cabinet Elementary Energy et financée par la European Climate Foundation. Elle intègre tous les coûts supportés par les consommateurs durant la détention du véhicule : assurance, carburant, financement, entretien et coûts de dépréciation.

 

 

L'avantage de l'électrique est encore plus important quand il s'agit d'un véhicule d'occasion. "Le gain de pouvoir d'achat, par rapport au diesel, atteint 940 euros par an, soit un coût total de propriété inférieur de 28% pour une seconde main, et 1 017 euros par an, soit -37% pour une troisième main", affirme l'UFC-Que Choisir.

 

 

Ce résultat s'explique par le fait que les véhicules électriques représentent un coût en énergie de 188 euros par an, bien inférieur à celui d'un véhicule diesel (1 181 euros par an) ou essence (1 461 euros par an), note l'association. Mais les voitures électriques profitent "surtout d'un bonus de 6 000 euros à l'achat, sans lequel l'électrique ne serait pas rentable".

 

 

Un gain plus important en zone rurale

L'étude souligne que le gain procuré par une voiture électrique est plus important en zone rurale, car la distance moyenne parcourue par les automobilistes y est plus élevée.

 

 

Enfin, les véhicules hybrides rechargeables (essence-électrique) sont actuellement plus coûteux que les motorisations thermiques lorsqu'ils sont achetés neufs, mais deviennent "rentables à partir de la deuxième main".

 


17/10/2018
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Franceinfo - le lundi 8 octobre 2018

 

 

ENQUETE FRANCEINFO. Additifs, pesticides... Le vin que vous buvez ne contient pas que du raisin : découvrez le résultat de nos analyses

 

 

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Robin PrudentFrance Télévisions

 

 

Jusqu'à quinze résidus de pesticides différents ont été retrouvés dans certaines bouteilles de bordeaux, selon les conclusions d'un laboratoire que nous avons mandaté

 

 

 

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 Franceinfo a fait analyser dix bouteilles de vin différentes, afin d'en connaître la composition. (PASCAL PAVANI / AFP)

 

 

Les grilles d'un ancien château, des vignes à perte de vue, une barrique en chêne... Lorsque vous achetez une bouteille de bordeaux, l'étiquette vous plonge dans le monde merveilleux du terroir viticole. Mais que vous dit-elle de la composition du vin que vous allez boire ? Pas grand-chose. A part le taux d'alcool et une vague indication concernant la présence de sulfites, vous n'aurez pas la possibilité, en la lisant, de connaître la liste complète des ingrédients ni les valeurs nutritionnelles du vin. Pourtant, ce doux nectar, à consommer avec modération, ne contient pas seulement du raisin... loin de là.

 

 

Pour en savoir plus, nous avons fait analyser dix bouteilles de vin, en choisissant une même zone géographique – elles sont toutes produites dans un rayon de 50 km autour de Bordeaux – et une même année de production, 2016. Dans notre panier : du blanc, du rouge. Du conventionnel, du bio et du "vin naturel", une démarche informelle qui a pour but de se passer au maximum de pesticides de synthèse et d'additifs. L'addition, elle, est comprise entre 4 et 17 euros par bouteille. Quelques jours après nos emplettes, le laboratoire Dubernet, spécialisé dans l'œnologie et situé dans l'Aude, nous a envoyé les résultats des analyses. Voici ce que nous avons découvert.

 

 

 

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La quantité de sulfites détectée. (VINCENT WINTER / FRANCEINFO)

 

 

"Des doses de sulfites potentiellement problématiques"

Premier constat, sans surprise : toutes nos bouteilles contiennent du dioxyde de soufre, parfois en grande quantité. Ce composé, plus connu sous le nom de sulfites, permet d'empêcher l'oxydation des vins et le développement de bactéries. Sans lui, la conservation du vin est très compliquée. Sa présence est indiquée sur l'étiquette, au-delà d'un certain seuil. "C'est tout sauf négligeable, explique Christophe Lavelle, biophysicien, chercheur au CNRS et spécialiste de l'alimentation, à franceinfo. Une consommation élevée de soufre peut être un problème. Mais ses effets sont totalement liés à l'individu, ça va du mal de crâne aux réactions allergiques."

 

 

Dans le vin, on atteint des doses de sulfites potentiellement problématiques pour des consommateurs.Christophe Lavelle, chercheur au CNRS à franceinfo

 

 

Tous les producteurs des dix bouteilles testées s'accordent sur la nécessité de ces sulfites, à des niveaux différents. "Faire du zéro soufre, ce n'est pas possible, tranche Thibault Despagne, vigneron dans l'Entre-deux-Mers. En revanche, baisser sa quantité, c'est très intéressant. On réfléchit justement à la façon de la diminuer encore." Son vin blanc "Biface" de 2016 en contient un peu plus de 100 mg par litre. Une dose certes importante, mais bien au-dessous de la limite autorisée pour ce type de vin (250 mg/L).

 

 

Des doses de 10 à... 202 mg/L

Même les producteurs de "vins naturels" défendent une utilisation raisonnable de ces sulfites. "Je rajoute parfois un peu de soufre pour qu'un consommateur qui paye ma bouteille 15 euros ne se retrouve pas avec un truc imbuvable dans quatre ans", reconnaît Vincent Quirac, vigneron, à franceinfo. Selon nos analyses, son vin "naturel" contient seulement 10 mg/L de sulfites, alors que la législation en autorise jusqu'à 150 mg/L pour le vin rouge conventionnel. Ce vin est d'ailleurs le moins chargé en sulfites de toutes nos analyses.

 

 

 

Tout est donc une question de dosage : sur nos dix vins analysés, les quantités de sulfites varient de 10 mg/L à 202 mg/L. Seul hic : il est impossible de le savoir en regardant l'étiquette de votre bouteille. La législation impose simplement d'indiquer "contient des sulfites" à partir de 10 mg/L. "Ce serait intelligent d'avoir le dosage en soufre, estime Christophe Lavelle, chercheur au CNRS. C'est une vraie information que les gens pourraient juger."

 

 

 

Une cinquantaine de produits autorisés dans la fabrication

 

Nos analyses en laboratoire mettent aussi en évidence la présence de deux autres additifs. Parmi nos dix vins, quatre contiennent de l'acide ascorbique et un, de l'acide métatartrique. Deux ingrédients qui permettent d'éviter l'effervescence des vins et les dépôts. Leur utilisation est autorisée et sans danger pour la santé, selon le chercheur, mais là encore, pas de transparence sur le sujet.

 

 

 

Ces résultats ne sont que la face immergée de l'iceberg des intrants dans le vin. Au total, pas moins d'une cinquantaine de produits sont autorisés dans la viticulture conventionnelle. Parmi eux, on retrouve des "auxiliaires technologiques", utilisés lors de la transformation du produit, comme de la colle de poisson ou des protéines de lait et d'œuf. Il y a aussi des additifs pour la conservation, comme le soufre, pour le goût, comme le bois de chêne, ou encore pour la couleur, comme le polyvinylpolypyrrolidone ou crospovidone.

 

 

 

Une liste à rallonge, qui n'est pas forcément synonyme de nocivité. "La colle de poisson, le blanc d'œuf, la caséine [protéine de lait] sont utilisés par tout le monde depuis la nuit des temps. Ils sont inoffensifs. C'est ce qu'on fait en cuisine pour clarifier un bouillon, précise le biophysicien Christophe Lavelle à franceinfo. En termes de santé, il faut toujours se méfier des discours simplistes." Mais au-delà de la question de l'innocuité, reste celle de l'information : sur le vin, comme pour les autres aliments, "on réclame la transparence totale sur l'étiquette", lance Foodwatch, association de défense des consommateurs, contactée par franceinfo.

 

 

 

Le vin, dispensé des règles d'étiquetage

 

Pour le moment, impossible de savoir quels sont les produits vraiment utilisés dans l'élaboration de votre vin et en quelle quantité. "Une grande partie de ces intrants ne laissent aucun résidu dans le vin après filtration, ou certaines molécules sont déjà présentes naturellement", explique Vincent Bouazza, expert du laboratoire Dubernet, à franceinfo. On ne peut donc pas les détecter ni déterminer si leur présence était due à l'utilisation d'un additif ou bien naturelle. 

 

 

 

La plupart des vignerons de notre panel ont refusé de nous dévoiler une "recette" précise. "Nous utilisons quasiment zéro additif", indique Laurent Abba, directeur général du vignoble Raymond, sans plus de détails. Olivier Techer, gérant d'un domaine bio à Pomerol, précise, lui, avoir exceptionnellement recours à des compléments d'azote ou des levures : "Ça arrive sur une cuve tous les trois ans." La composition exacte des autres vins demeurera mystérieuse tant que la législation n'imposera pas aux vignerons d'indiquer les ingrédients utilisés. Pour le moment, les vins et les alcools profitent d'une dérogation au règlement de l'Union européenne concernant l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires. 

 

 

De la transparence... mais pas trop

 

"Il est crucial que la Commission européenne aligne les règles d'étiquetage des boissons alcooliques sur celles en vigueur pour les autres produits alimentaires", demande l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie.

 

 

 

Tous les autres secteurs alimentaires sont parvenus à se conformer aux standards de l'Union européenne, tout en conservant des emballages esthétiques. L'industrie de l'alcool, bien implantée, devrait pouvoir faire de même.L'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie à franceinfo

 

 

 

Certains vignerons, engagés sur la réduction des intrants, réfléchissent déjà à des solutions pour améliorer l'information. "Moi ça m'arrangerait que tout soit écrit sur l'étiquette, c'est vendeur, ajoute le vigneron bio, Olivier Techer. Mais pour certains domaines, ça peut être compliqué à gérer..." En effet, les vignerons conventionnels, plus gourmands en additifs, se montrent plus réticents à cette idée. "On ne peut pas tout écrire sur l'étiquette", justifie Christophe Château, directeur de la communication du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux. Le syndicat propose plutôt de mettre en place un QR code sur les bouteilles, qui renverrait vers un site proposant une information générique.

 

 

 

Des résidus de pesticides

 

Cette longue liste d'intrants ne doit pas occulter la présence d'autres éléments controversés dans le vin : les résidus de pesticides. D'après nos analyses, de nombreuses traces de produits phytosanitaires sont détectables jusque dans vos verres. Le cocktail peut atteindre 15 molécules différentes dans une même bouteille.

 

 

 

"Ce ne sont pas des produits anodins, réagit l'association Générations futures, engagée contre l'agriculture intensive utilisant des pesticides. Ce qui est affolant, c'est la dépendance de la viticulture à des produits dangereux. En France, 20% de tous les pesticides utilisés dans l'agriculture le sont dans les vignes, alors qu'elles ne représentent qu'un peu plus de 3% de la surface agricole."

 

 

 

Des produits classés cancérogènes

 

L'association de défense de l'environnement s'inquiète particulièrement des substances classées CMR. Des agents chimiques qui ont, à moyen ou long terme, "des effets cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction", selon l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS).

 

 

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Les vins où l'on a détecté des résidus de pesticides CMR (VINCENT WINTER / FRANCEINFO)

 

 

 

Il s'agit notamment de la carbendazime, une substance interdite depuis une dizaine d'années, mais que l'on retrouve à l'état de traces dans quatre de nos bouteilles. Elle est liée à l'utilisation du thiophanate-methyl, un fongicide assez répandu dans la viticulture. Une autre molécule, la phtalimide, est aussi "susceptible de provoquer le cancer", selon l'INRS. On la retrouve pourtant dans la moitié de nos bouteilles, comme marqueur de l'utilisation d'un pesticide, le folpel.

 

 

 

Deux autres pesticides, récemment interdits en France, se retrouvent aussi dans certains de nos échantillons. Quatre bouteilles contiennent de l'iprodione, un fongicide classé CMR, et le même nombre, du thiaméthoxame, un insecticide neurotoxique "tueur d'abeilles". Ces deux molécules, aujourd'hui retirées du marché, étaient encore autorisées au moment de la fabrication de nos bouteilles tests, en 2016.

 

 

 

"Aucune non-conformité au règlement européen"

 

Ces molécules potentiellement dangereuses sont présentes en très faible quantité, voire à l'état de traces, dans nos analyses. "Sur les 10 vins analysés, aucune non-conformité au règlement européen régissant les résidus de pesticides dans les aliments n'est relevée, explique Vincent Bouaaza, analyste au laboratoire Dubernet. Pour la majorité des composés détectés, les teneurs retrouvées ne représentent pas plus de 1% à 2% des teneurs globalement autorisées sur les fruits et légumes."

 

 

 

Des taux apparemment très faibles, qui alertent tout de même certaines associations. "Il y a possiblement des risques d'effet cocktail", explique Générations futures, qui s'inquiète de l'impact de ces molécules lorsqu'elles sont associées. "Et il n'y a pas seulement les résidus de ces bouteilles, mais aussi tous les autres que vous trouvez dans les céréales, les fruits, poursuit l'ONG. A la fin de la journée, ça fait un mélange assez inquiétant."

 

 

 

Le principal syndicat des vignerons du Bordelais, le CIVB, assure travailler à la réduction de ces pesticides controversés. "On conseille à nos vignerons d'éviter les CMR, ou avec des doses plus faibles. Mais ce n'est pas nous qui faisons la législation !" Contactée à ce sujet, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) nous indique qu'elle contrôle bien la présence des phytosanitaires dans les vins : "En 2016, sur 143 vins analysés, 26 contenaient des résidus de quantifiables."

 

 

 

"C’est une révolution lente"

 

Le sujet reste sensible pour les vignerons qui produisent les bouteilles contenant le plus de résidus de pesticides. "Les seuils limites sont respectés, nous n'avons pas d'autre avis à donner", coupe une responsable d'Yvon Mau, le groupe qui possède la marque Yvecourt, dont l'une des bouteilles analysées contient 15 molécules de pesticides. "Nous ne pouvons vous apporter d'autres éléments de réponse que ceux qui vous ont été fournis par Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux", répond de son côté l'entreprise qui commercialise le bordeaux Bas-Rocher. Pas très loquaces.

 

 

 

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 Les vins dans lesquels on a détecté le plus de résidus de pesticides. (VINCENT WINTER / FRANCEINFO)

 

 

 

Un seul vigneron, Thibault Despagne, a accepté d'être plus transparent sur sa démarche en vin conventionnel. Dans le vin blanc de sa production que nous avons analysé, on retrouve quelques traces de produits anti-botrytis et anti-mildiou, deux maladies qui attaquent les vignes certaines années. "Les anti-botrytis, sur l'année 2018, il n'y en aura plus du tout, promet le gérant du domaine Despagne à franceinfo. Mais je ne peux pas vous dire 'demain je n'aurai pas de pesticides dans mon vin', parce que je n'ai pas de solution contre le mildiou à Bordeaux. C'est une révolution lente, qui prend du temps. Il n'y a pas de solution miracle."

 

 

 

On habite sur la propriété. On y est tous les jours. Mes filles de 2 ou 3 ans mangent mes raisins. On n'a pas envie de s'empoisonner.Thibault Despagne, gérant des vignoles Despagne à franceinfo

 

 

 

D'autres vignerons ont, eux, réussi à se passer entièrement de pesticides de synthèse. Nous n'avons retrouvé aucune molécule de produits phytosanitaires dans trois de nos dix bouteilles – deux vins "naturels" et un vin bio. "Ça montre que c'est possible", se réjouit l'association Générations futures, contactée par franceinfo. "On était parmi les premiers dans une région pas très propice au bio", se félicite Laurent Abba, directeur général du vignoble Raymond. Seulement 7% de la surface viticole bordelaise était certifiée bio en 2017, deux fois moins qu'en Alsace, par exemple.

 

 

 

Des vins sans aucun pesticide de synthèse

 

Quelques vignerons ont même poussé la démarche encore plus loin, avec des vins "naturels". Cette démarche n'est pas labellisée officiellement mais elle correspond à des vins sans pesticides de synthèse, ni intrant (à l'exception du soufre). "On utilise des méthodes naturelles comme un peu de cuivre, explique Olivier Techer, qui s'occupe du vin blanc Satellite, qui ne présente aucune trace de pesticide dans nos analyses. On travaille sans filet. Ça demande beaucoup plus d'attention." Pas anodin pour autant : l'utilisation de cuivre, à hautes doses, peut aussi être toxique pour les sols.

 

 

 

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Les vins où l'on a détecté le moins de résidus de pesticides. (VINCENT WINTER / FRANCEINFO)

 

 

Un risque économique que Vincent Quirac, vigneron "naturel" exerçant à quelques kilomètres, a aussi décidé de prendre. "J'ai eu des années difficiles. J'ai déjà carrément rien ramassé, mais j'essaie d'être droit dans mes bottes", explique-t-il. Si sa démarche est radicale, il ne jette pas pour autant la pierre aux autres vignerons. "Quand tu as dix employés et une année de merde, je peux comprendre que tu utilises des intrants une fois de temps en temps", reconnaît-il.

 

 

Ce qui m'ennuie, c'est le décalage entre ce que les gens pensent du vin, un produit très naturel, et la réalité.Vincent Quirac, vigneron "naturel" à franceinfo

 

 

La révolution du vignoble viendra-t-elle des consommateurs ? Ces derniers sont en demande. Selon une étude réalisée en octobre 2017 par l'Ifop pour le WWF France, 89% des Français déclaraient vouloir être informés de la présence de pesticides dans les produits alimentaires à l'aide d'un étiquetage.

 

 

Reste un élément particulièrement dangereux pour la santé dans le vin : l'alcool. "Il faut quand même le rappeler, il y a au moins 12% d'alcool dans le vin, insiste le chercheur Christophe Lavelle. Et l'alcool est cancérogène, sous n'importe quelle forme. C'est démontré de manière beaucoup plus solide que pour le reste." Certains vignerons le rappellent aussi. "Le plus gros poison présent dans le vin, c'est l'alcool, lance Olivier Techer. Moi, je milite pour qu'on boive moins... et mieux."

 


16/10/2018
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Franceinfo - le dimanche 7 octobre 2018

 

 

Un an après #MeToo, "la parole des femmes est toujours mise en doute"

 

 

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Recueilli par Juliette CampionfranceinfoFrance Télévisions

 

 

 

 

Spécialiste des questions de genre et de territoires, Chris Blache dresse un bilan mitigé de l'impact du mouvement sur la France. "Il y a encore des résistances sociétales énormes", affirme-t-elle à franceinfo

 

 

 

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Un rassemblement 'die-in' organisé Place de la République à l'appel du mouvement #NousToutes contre les violences sexuelles, le 29 septembre 2018 à Paris.  (DENIS MEYER / HANS LUCAS)

 

 

Une révolution s'est-elle enclenchée ? Un an après les révélations du New York Times sur le producteur américain Harvey Weinstein, des milliers de femmes, célèbres et anonymes, ont témoigné des violences qu'elles avaient subies. Derrière les hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc, leur parole s'est libérée et le nombre de plaintes pour violences sexuelles a augmenté.

 

 

Quelques semaines après les débuts du mouvement, nous avions interrogé Chris Blache, consultante en socio-ethnographie et cofondatrice de l'association Genre et ville, qui se demandait si le "soufflé" n'allait pas "retomber". Un an plus tard, elle se félicite que les femmes s'expriment davantage, mais déplore le "système de domination masculine très fort et particulièrement verrouillé" en France. 

 

 

 

Franceinfo : Un an après le début de la vague #MeToo, peut-on parler d'une révolution pour les droits des femmes ?

 

 

Chris Blache : Ça dépend si l'on parle à l'échelle internationale ou nationale. A l'international, oui, il y a des choses qui ont émergé partout. En Inde, une actrice très célèbre comme Padma Lakshmi peut enfin s'exprimer et parler du viol qu'elle a subi.

 

 

En France, le mouvement a eu un impact très fort mais il y a encore des résistances sociétales énormes. Dès qu'on parle des hommes, il y a des contre-feux qui se mettent immédiatement en place pour dire "attention à ce que vous dites, ça pourrait ternir leur image".

 

 

La parole des femmes est toujours mise en doute et la position des hommes est posée comme quelque chose à ne pas abîmer.Chris Blache à franceinfo

 

 

Dans les cas de Gérald Darmanin [accusé de viol, le ministre de l'Action et des Comptes publics a obtenu un non-lieu en août], Luc Besson [le réalisateur est visé par une plainte pour viols déposée par une comédienne] ou Roman Polanski [plusieurs femmes accusent le cinéaste d'agressions sexuelles, pour des faits remontant aux années 1970], on voit qu'à chaque fois qu'une femme porte plainte, on se demande si c'est bien vrai, on cherche toujours à minimiser. Elles doivent se justifier, argumenter. On demande toujours : pourquoi n'ont-elles pas dit les choses avant ? On les soupçonne de vouloir se venger de quelque chose : il y a une mise en doute systématique de leur témoignage.

 

 

 

Avez-vous l'impression que certains pays sont plus en avance que nous ?

 

 

Dans les pays anglo-saxons, les réactions ont été assez immédiates : beaucoup d'hommes sont tombés de leur piédestal rapidement ! Que ce soit Harvey Weinstein ou d'autres, ils ont immédiatement dégagé de l'espace public. En France, c'est plus compliqué. Dominique Strauss-Khan, par exemple, a certes été écarté de l'espace politique, mais il continue à œuvrer en tant qu'économiste et gagne des sommes faramineuses.

Heureusement, en France, les associations font un travail magnifique : le rassemblement de samedi à Paris [répondant à un appel lancé par la comédienne Muriel Robin, des milliers de femmes ont prévu de se réunir devant le palais de justice pour dénoncer les violences conjugales] montre qu'on est aussi capable de faire avancer les choses.

 

 

 

Des actrices comme Rose McGowan ou Alyssa Milano sont devenues l'incarnation du mouvement aux Etats-Unis. A-t-on des figures comparables en France ?

 

 

Non, pas vraiment. Aussi parce que, dès qu'on en voit une apparaître, comme l'actrice Asia Argento, elle est très vite disqualifiée. Et quand on voit la souffrance de la journaliste Nadia Daam [victime de menaces de mort sur les réseaux sociaux] et le degré de persécution qu'elle subit pour s'être exprimée contre le harcèlement, on se dit que ce n'est pas simple de devenir une figure de proue en France. Elle hésite même à répondre à des invitations tellement le climat est lourd.

 

 

 

La parole des femmes vous semble-t-elle tout de même plus libérée depuis un an ?

 

 

Oui, les choses ont bougé. Les associations qui accompagnent les victimes de violences sont submergées par les appels. La libération de la parole a bien lieu mais la légitimité de cette parole n'est pas toujours évidente. On le voit avec l'affaire Jacqueline Sauvage : cette femme reste un étendard de la cause féminine, mais on rappelle toujours qu'elle a quand même tué. Jacqueline Sauvage s'est pris dix ans d'emblée : le contexte de violence qu'elle subissait n'a pas été pris en compte.

 

 

 

Selon vous, le mouvement #MeToo a-t-il réussi à s'extraire des seuls cercles féministes pour toucher toutes les femmes ?

 

 

Je pense que les femmes en général s'en sont emparées, pas uniquement les féministes. On le voit avec le grand nombre de déclarations, d'appels ou de plaintes pour se faire aider. Cela a touché toutes les strates de la société, y compris des personnes qui ne sont pas politisées. Elles se taisaient jusqu'ici car elles avaient toutes les difficultés du monde à porter leur parole.

 

 

Les mouvements féministes étaient déjà sur ces questions-là. #MeToo les a re-légitimés car les questions féministes étaient jusqu'ici considérées comme secondaires. On a réussi à infuser auprès de milliers de femmes en détresse qui n'osaient pas parler, même si ça reste encore compliqué.

 

 

Une majorité de femmes continuent de perdre leur job quand elles osent témoigner, contrairement à leurs agresseurs.Chris Blacheà franceinfo

Pour des raisons économiques, parce qu'elles gagnent souvent moins que lui, c'est toujours difficile pour les femmes de quitter leur conjoint violent. Il y a extrêmement peu de plaintes pour viols qui vont au bout et, quand c'est le cas, les peines ne sont pas très lourdes. Et on continue à leur demander pourquoi elles n'ont pas parlé avant... C'est pour toutes ces raisons-là ! Elles ne peuvent jamais avoir raison : le système de domination fait que c'est difficile pour elles de sortir gagnantes.

 

 

 

Avez-vous été surprise par l'ampleur de ce mouvement ?

 

 

Non parce qu'en tant que féministe, je connaissais l'étendue des dégâts. Ce qui est intéressant, c'est que ça tienne dans la durée. Ça, c'est positif et très rassurant. Il y a suffisamment de relais qui ont été posés et qui font que le soufflé ne retombe pas. Maintenant, le problème est que ce sujet continue de passer en arrière-plan. C'est toujours plus facile de faire condamner quelqu'un pour fraude fiscale que pour une agression sexuelle.

 

 

On a un système de domination masculine très fort et particulièrement verrouillé en France. On invoque toujours la "gauloiserie française" ou le "romantisme latin" pour masquer les agressions. On considère que c'est un jeu, que l'on ramène à la notion de séduction. On a encore du mal à sortir du "les femmes l'ont bien cherché". C'est très fortement inscrit dans notre culture. Certains pays latins sont plus en avance que nous.

 

 

 

Avez-vous l'impression que dans certains secteurs d'activité, il est plus difficile pour les femmes de témoigner ?

 

 

Complètement. Dans le cinéma, c'est flagrant. Je fais partie du collectif féministe La Barbe. On est intervenues en 2011 au Festival de Cannes. On a contacté des actrices en leur proposant d'intervenir avec nous sur les questions du harcèlement dans le milieu du cinéma. Mais très peu osaient s'impliquer. Depuis, Juliette Binoche et d'autres ont créé leur mouvement mais elles sont toujours peu nombreuses à s'exprimer sur le sujet. On fait comme s'il ne se passe rien.

 

 

On se réfugie derrière l'image soi-disant vertueuse du cinéma pour masquer les inégalités. 

 

 

On entend toujours qu'on ne peut pas calculer la parité dans l'art. Que s'il n'y a pas assez de femmes réalisatrices, c'est parce qu'elles ne sont pas assez créatives.Chris Blache à franceinfo

 

Et puis dans les médias, le temps de parole donné aux femmes est toujours ridicule. Combien de lesbiennes sont invitées sur les plateaux télé pour parler de la PMA ? Aucune ou presque. Pourtant, il y en a des lesbiennes connues qui y ont eu recours, comme la journaliste Marie Labory ou l'ancienne joueuse de tennis Amélie Mauresmo. Mais elles ne sont jamais contactées. Par contre, combien voit-on de représentants de l'Eglise et des lois conservatrices ? Et combien d'hommes en général sur les plateaux télé qui s'expriment sur cette question ? Il y a toujours le souci de faire de la polémique pour faire des audiences mais la vraie parole n'est pas là. Il faut qu'on progresse là-dessus pour faire entendre les personnes vraiment concernées.

 

 

Avez-vous été surprise par la tribune publiée en janvier pour défendre la "liberté d'importuner", et de manière générale par les réticences de certaines femmes à s'inclure dans le mouvement ?

 

 

La tribune ne m'a pas surprise. Mais il faut préciser que quelques-unes, comme Catherine Deneuve, ont regretté d'avoir signé. Heureusement que chaque femme peut porter sa voix. On est 52% de la population : on n'attend pas que tout le monde soit d'accord.

 

 

Je ne suis pas étonnée que des femmes se mettent à distance du mouvement. Les femmes sont conditionnées pour maintenir l'ordre social. On leur a imposé le maintien de l'ordre, de la famille. C'est tout un système normatif qui fait que les femmes sont, d'une certaine manière, plus conservatrices. Elles se posent plus facilement en tant que mères qu'en tant que femmes.

 

 

Avec des associations féministes, on intervient auprès d'elles pour qu'elles proposent des aménagements dans l'espace urbain. Mais elles pensent toujours d'abord à ce que l'on pourrait mettre en place pour leurs enfants, plutôt que pour elles directement. C'est le résultat de tout un formatage. Le fait de se mettre en retrait, de ne pas prendre la parole, de s'excuser de ne pas être assez performantes... Il y a une forme d'autocensure qu'on s'applique à nous-même.

 


15/10/2018
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