L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

SOCIETE et Consommation

Regards sur la société au travers de différents articles qui permettent une photographie de celle-ci au fil du temps qui passe...


Franceinfo - le lundi 18 mars 2019

 

 

Réforme des retraites : Agnès Buzyn évoque un "allongement de la durée de travail"

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

La ministre des Solidarités et de la Santé a fait cette proposition dimanche. La réforme des retraites est l'un des prochains dossiers brûlants de l'exécutif

 

 

 

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La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, le 6 mars 2019 à Paris. (LUDOVIC MARIN / AFP)

 

 

 

Le gouvernement va-t-il repousser l'âge de départ à la retraite ? La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a envisagé, dimanche 17 mars, de "proposer un allongement de la durée de travail" lors des discussions avec les partenaires sociaux "dans le cadre de la réforme générale" des retraites. "La question de l'âge du départ à la retraite est sans arrêt sur la table, à gauche comme à droite", a relevé la ministre lors du Grand jury RTL-Le Figaro-LCI.

 

 

"Moi j'entends ces débats. Le président de la République avait pris lors de sa campagne (présidentielle) l'engagement, devant les Français, de ne pas toucher à l'âge de départ à la retraite. Après, nous allons mener une réforme des retraites pour rendre les retraites plus universelles, plus compréhensibles pour les Français et avoir un système qui pérennise notre système par répartition, peut-être que cela, ça sera en discussion avec les partenaires sociaux dans le cadre de la réforme générale", a-t-elle indiqué.

 

 

 

Une position exprimée "à titre personnel"

"Je n'y suis pas hostile", a poursuivi la ministre, interrogée sur l'enjeu de retarder l'âge de départ à la retraite. "Je suis médecin, je vois que la durée de vie augmente d'année en année, elle augmente moins vite ces dernières années mais elle a considérablement augmenté", a-t-elle fait valoir. "Est-ce que, alors que le nombre d'actifs diminue, nous allons pouvoir maintenir sur les actifs le poids des retraites qui vont augmenter en nombre et en durée ? Nous savons que cet équilibre-là va être de plus en plus difficile à tenir", a-t-elle estimé.

 

 

Pour le numéro un du syndicat Force ouvrière, "les masques tombent un peu plus sur les retraites". "Après l'incitation à partir plus tard, c'est maintenant le recul de l'âge à nouveau qu'évoque Agnès Buzyn", a déploré sur Twitter Yves Veyrier, alors que "d'ores et déjà la moyenne est de 63,3 ans" hors départ anticipé.

 

 

 

 

 

Comme on lui rapportait, en fin d'émission, les réactions hostiles suscitées sur les réseaux sociaux par ses déclarations, la ministre a souligné qu'elle s'exprimait "à titre personnel".

 


19/03/2019
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Franceinfo - le samedi 9 mars 2019

 

 

Marche blanche en hommage à Julie Douib : "Elle avait alerté", ce "n'est pas seulement triste, c'est inadmissible"

 

 

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franceinfoRadio France
 

 

 

Invitée de franceinfo samedi, Cécile Duflot, directrice générale d'Oxfam France a réagi à la marche blanche organisée pour rendre hommage à Julie Douib, morte sous les coups de son ex-conjoint

 

 

 

Julie Douib, trentième victime de féminicide depuis le début de l'année 2019, "avait alerté, elle avait expliqué qu'elle était menacée, son ex-conjoint s'en était presque vanté. Donc là, ce n'est pas seulement triste, c'est inadmissible", déclare la directrice générale d'Oxfam France Cécile Duflot, invitée de franceinfo samedi 9 mars, alors que trois marches blanches sont organisées en hommage à cette femme.

 

 

En matière de lutte contre les violences faites aux femmes, "les choses progressent et heureusement mais il y a encore du chemin à faire", déplore l'ancienne députée écologiste. "Du chemin de formation, du chemin de prise de conscience, du chemin financier, budgétaire pour trouver des moyens pour accueillir ces femmes et puis aussi peut-être donner des techniques aux entourages. Qu'est-ce qu'on fait quand on sait que quelqu'un de proche est victime de violences, à qui on s'adresse ?" s'inquiète Cécile Duflot.

 

 

"Je pense qu'il faut aussi que ça soit un chantier collectif de toute la société", revendique-t-elle, "que ça soit pour le harcèlement, les violences sexistes ou les violences conjugales, il y a des politiques publiques possibles et, en plus d'aider les victimes, il faut aussi libérer des moyens pour soigner et pour prendre en charge les hommes violents". La directrice générale d'Oxfam France regrette que "les budgets aient baissés" et estime que "la question sur ces sujets-là, c'est vraiment une question de passage à l'acte."

 


11/03/2019
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Franceinfo - le mercredi 6 février 2019

 

 

Burn-out parental : "C'est hyper stressant d'entendre des gamins hurler à longueur de temps"

 

 

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France 2France Télévisions

 

 

 

Que faire quand vos propres enfants vous rendent la vie impossible ? Quand leurs accès de colère incontrôlables vous isolent socialement ? "Envoyé spécial" a enquêté sur un mal resté longtemps tabou : le burn-out parental. Certains de ces parents en souffrance ont accepté de partager leur quotidien avec l'équipe du magazine

 

 

 

Etre parent serait-il déprimant ? En France, 90% d'entre eux se plaignent de fatigue, 10% sont même en situation d'épuisement. "Envoyé spécial" a enquêté sur un phénomène resté longtemps tabou : le burn-out parental. Certains parents débordés ont accepté de partager leur quotidien avec l'équipe du magazine.

 

 

Karine et Simon sont aux prises avec leurs trois filles (7 ans et demi, 6 ans et 3 ans), qui ne s'entendent pas. Leur quotidien est rythmé par les cris et les accès de colère. Les disputes sont quotidiennes – et violentes. Mina, l'aînée, ne gère pas sa contrariété. Au moindre désaccord avec l'une de ses sœurs, la fillette explose, et sa mère est impuissante à la calmer. Simon, le papa, s'avoue désarmé : "On n'a pas de solution, parce qu'il n'y a rien qui fonctionne en vrai. Ça peut fonctionner sur le coup, ce jour-là, mais le lendemain elles vont t'envoyer paître. Rien n'est acquis."

 

 

 

Quand le coucher se transforme en bataille rangée

Karine et Simon reconnaissent qu'ils sont dépassés. Chaque moment de la journée peut dégénérer. Comme le coucher, qui se transforme systématiquement en bataille rangée. Après un bref répit, les cris reprennent dès le matin. "Elles hurlent, on a l'impression qu'elles se sont fait hyper mal... C'est hyper stressant d'entendre des gamins hurler à longueur de temps (...) y compris quand il y a des amis. Les gens ne comprennent pas (...)", se plaint leur père.

 

 

Karine et Simon disent avoir tout essayé, mais ne parviennent pas à asseoir leur autorité. Pourtant, les crises de leurs filles les isolent socialement, et menacent leur vie de couple.

 

 

Extrait de "Quand les parents craquent", un reportage à voir dans "Envoyé spécial" le 7 mars 2019.

 


07/03/2019
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Franceinfo

 

 

Agression à Condé-sur-Sarthe : les surveillants pénitentiaires à nouveau mobilisés devant les prisons

 

 

 

Pour la deuxième journée consécutive, le personnel pénitentiaire se mobilise devant plusieurs prisons, après l'agression de deux surveillants par un détenu radicalisé à Condé-sur-Sarthe mardi

 

 

 

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Des surveillants manifestent devant la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne), le 6 mars 2019.  (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

 

 

 

Les surveillants pénitentiaires se mobilisent à nouveau jeudi 7 mars à l'appel de plusieurs syndicats pénitentiaires, deux jours après l'agression de deux surveillants par un détenu dans la prison de Condé-sur-Sarthe, dans l'Orne, selon les syndicats Force ouvrière (FO) et la CGT

 

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Intervention des forces de l'ordre à Fleury-Mérogis

Les personnels pénitentiaires bloquent notamment toujours ce jeudi matin la prison de Condé-sur-Sarthe, devant laquelle ils ont passé la nuit, empêchant toute entrée et sortie, selon France Bleu Basse Normandie.

 

 

A Fleury-Mérogis, où les surveillants étaient mobilisés tôt ce jeudi matin, les forces de l'ordre sont intervenus pour faire évacuer le personnel pénitentiaire présent devant l'établissement.

 

 

 

 

 

Ils "se sont fait gazer et évacuer comme des malpropres" par les forces de l'ordre, dénonce le syndicat FO Pénitentiaire sur Twitter, en regrettant que ce soit "la seule réponse du ministère de la Justice et de l'administration pénitentiaire face à la détresse de [leurs] personnels".

 

 

 

Une vingtaine d'établissements concernés

Des mobilisations ont également lieu devant les prisons des Baumettes à Marseille dans les Bouches-du-Rhône, de Beauvais dans l'Oise, de Draguignan dans le Var, de Lille dans le Nord, de Rennes en Ille-et-Vilaine et de Saint-Denis de la Réunion.

 

 

D'autres actions ont été signalées devant les prisons d'Amiens dans la Somme, de Douai dans le Nord, de Grasse dans les Alpes-Maritimes, de Salon de Provence dans les Bouches-du-Rhône, de Seysses en Haute-Garonne, de Val-de-Reuil dans l'Eure, de Béthune et Vendin-le-Vieil dans le Pas-de-Calais.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les prisons d'Orléans-Saran dans le Loiret, de Réau en Seine-et-Marne, de Riom dans le Puy-de-Dôme, de Roanne et de La Talaudière dans la Loire selon France Bleu Saint-Etienne Loire, de Sequefin dans le Nord sont aussi touchées par le mouvement.

 

 

 

 

 

 

Dans l'Indre, la maison d'arrêt du Craquelin à Châteauroux et la centrale de Saint-Maur sont bloquées ce jeudi matin par plusieurs dizaines de surveillants, une soixantaine au total, qui se mobilisent pour la première fois après l'agression de Condé, selon France Bleu Berry.

 

 

 


07/03/2019
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Franceinfo - le mardi 26 février 2019

 

 

La polémique autour du hijab de running de Decathlon en sept actes

 

 

 

 

Critiqué, Decathlon a annoncé renoncer "à l'heure qu'il est" à la commercialisation de son hijab de running en France

 

 

 

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 Decathlon a fait face à une polémique sur la commercialisation d'un hijab de sport, le 26 février 2019. (CHRISTOPHE LEHENAFF / AFP)

 

 

 

Le groupe français Decathlon a affirmé, mardi 26 février, "assumer complètement"  la commercialisation prochaine d'un hijab destiné aux coureuses, puis, quelques heures plus tard, a renoncé à le vendre en France. Entre les hésitations de l'entreprise et l'embrasement de la sphère politique, franceinfo revient en sept actes sur la polémique autour de la vente de ce hijab de running. 

 

 

 

1 - Le blog Al-Kanz repère la vente du hijab sur le site de Decathlon France 

Le 21 février, le blogueur Al-Kanz, qui traite principalement l'économie du marché des consommateurs musulmans en France et dans le monde, repère sur le site de Decathlon France l'article "hijab running" de la marque propre de Decathlon, Kalenji. Un produit "respirant" et "conçu pour la coureuse qui souhaite se couvrir la tête et le cou pendant la course", indique le site internet. Contactée par Al-Kanz, l’enseigne fait savoir que le hijab running Kalenji, déjà commercialisé au Maroc, n’est disponible dans aucune des centrales d’achat du groupe en France, même s'il figure sur le site officiel.

 

 

 

2 - Une polémique naît sur les réseaux sociaux

Quelques jours plus tard, des personnalités politiques s'émeuvent de la commercialisation de ce voile pour sportives, certaines appelant même à un boycott de la marque. Dans un tweet posté dimanche 24 février, Lydia Guirous, porte-parole des Républicains, estime que Decathlon "renie les valeurs de notre civilisation sur l'autel du marché et du marketing communautaire".

 

 

 

 

 

 

"La publicité est affligeante", jugent de leur côté la Ligue du droit international des femmes et le Comité laïcité république, dans un communiqué publié sur Twitter. "Oubliée la mission éducatrice et émancipatrice du sport. (...) Le monde du sport veut-il vraiment être le fossoyeur des libertés des femmes ?"

 

 

 

 

 

Valérie Boyer, députée LR des Bouches-du-Rhône, se dit "écœurée" et "révoltée de voir que cette entreprise française fait le choix de 'prolonger l'apartheid sexuel imposé aux femmes dans l'espace public'". Députée du Tarn, Valérie Rabault (PS) suggère même de boycotter l'équipementier sportif.

 

 

 

3 - Decathlon affirme que le hijab ne devrait pas être proposé à la vente en France 

Contacté le 25 février par Le Figaro, le responsable de la communication externe de Decathlon United, Xavier Rivoire, indique que le hijab de Kalenji ne devrait pas être proposé à la vente en France pour le moment, et que sa mise en ligne sur le site français serait une erreur. D'ailleurs, le produit n'est plus accessible via la page d'accueil du site Decathlon, notent les journalistes du Figaro, même si l'URL est encore active.

 

 

Le responsable de la communication de Decathlon United explique que ce produit a été créé en réponse aux besoins des coureuses marocaines. "A chaque fois que nous serons sollicités par des sportifs locaux, à Jakarta, à Montréal ou à Tunis, nous aurons la même réponse, en proposant une offre internationale et des produits locaux complémentaires" adaptés aux réalités locales, fait-il valoir.

 

 

Sur Twitter, la marque répond à Lydia Guirous en expliquant la nécessité de l'article par le souhait de "rendre la pratique du sport plus accessible, partout dans le monde. Ce hijab était un besoin de certaines pratiquantes de course à pied, et nous répondons donc à ce besoin sportif."

 

 

 

4 - La polémique enfle dans la sphère politique 

Invité sur France 2 mardi 26 février, Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, trace un parallèle avec la situation des femmes en Arabie saoudite. 

 

 

 

 

 

 

"Le sport émancipe, écrit de son côté Aurore Bergé, porte-parole de La République en marche, sur Twitter. Il ne soumet pas. Mon choix de femme et de citoyenne sera de ne plus faire confiance à une marque qui rompt avec nos valeurs."  

 

 

Interrogée mardi sur RTL, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, souligne qu'un tel produit n'est "pas interdit par la loi". Mais "c'est une vision de la femme que je ne partage pas. En tant que femme, c'est comme ça que je le vis. Tout ce qui peut amener à une différenciation me gêne. J'aurais préféré qu'une marque française ne promeuve pas le voile, ajoute-t-elle. Personnellement, je n'ai pas envie qu'on favorise la différenciation entre les femmes et les hommes."

 

 

 

5 - Decathlon assume la commercialisation en France 

Dans l'après-midi du 26 février, l'enseigne change d'avis. Dans les prochaines semaines, cet "accessoire initialement développé et commercialisé au Maroc, à la demande de pratiquantes locales de course à pied", sera "rendu disponible en France et partout dans le monde dans les magasins" Decathlon qui en feront la demande, indique Xavier Rivoire.

 

 

"Nous assumons complètement le choix de rendre le sport accessible pour toutes les femmes dans le monde. C'est presque un engagement sociétal, si cela permet à des coureuses de pratiquer la course à pied, nous l'assumons avec sérénité", poursuit-il. Responsable du jogging chez Kalenji, Angélique Thibault, qui a conçu le produit, se dit "mue par la volonté que chaque femme puisse courir dans chaque quartier, dans chaque ville, dans chaque pays, indépendamment de son niveau sportif, de son état de forme, de sa morphologie, de son budget. Et indépendamment de sa culture."

 

 

 

6 - Des menaces sont adressées à Decathlon

Mardi après-midi, Decathlon rapporte que ses équipes font face à "une vague d'insultes et de menaces sans précédent"

 

 

 

 

 

"Bande d'islamistes", "honte à vous", "est-ce que vous vendez des ceintures explosives ?" font partie des messages reçus par Decathlon. L'enseigne, qui encourage les internautes à "conserver une forme respecteuse" dans les échanges avec ses équipes, appelle "au calme et à la mesure"

 

 

 

7 - Decathlon renonce à la vente du hijab en France

Mardi soir, Decathlon fait marche arrière. "Nous prenons effectivement décision en toute responsabilité, en ce mardi soir, de ne pas commercialiser à l'heure qu'il est ce produit en France", déclare Xavier Rivoire, directeur de la communication de Decathlon, sur RTL.

 


27/02/2019
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Franceinfo - le lundi 25 février 2019

 

 

Un migrant "fraîchement débarqué" peut-il toucher plus qu'un "retraité français qui a travaillé toute sa vie", comme le dit Marine Le Pen ?

 

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Mathilde GoupilFrance Télévisions
 

 

 

Non, un demandeur d'asile allocataire touche entre deux et quatre fois moins qu'un retraité précaire

 

 

 

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Marine Le Pen à sa sortie de l'Elysée à Paris, le 6 février 2019. (LUDOVIC MARIN / AFP)

 

 

 

Les demandeurs d'asile sont-ils logés à meilleure enseigne que les retraités ? Lors de son cinquième "meeting de proximité" en vue des élections européennes, dimanche 24 février à Caudry (Nord), Marine Le Pen a évoqué des "micro-injustices du quotidien", citant entre autres l'accueil réservé par l'Etat français aux migrants.

 

 

 

 

 

"Est-il normal qu'un migrant fraîchement débarqué puisse toucher davantage qu'un retraité modeste qui a travaillé et cotisé toute sa vie ?" a déclaré la présidente du Rassemblement national (RN) (à partir de 52'20 sur cette vidéo). En réalité, c'est impossible : on vous explique pourquoi.

 

 

 

Une allocation de 210 à 440 euros mensuels

En France, les demandeurs d'asile ne sont pas autorisés à travailler avant un délai de neuf mois. En attendant, la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d’asile a créé pour eux l’allocation pour demandeur d’asile (ADA), conformément à la directive européenne du 26 juin 2013 qui demande aux Etats membres "d’adopter des normes pour l’accueil des demandeurs qui suffisent à leur garantir un niveau de vie digne".

 

 

Cette allocation s'élève à 6,80 euros par jour pour une personne seule, soit 210,80 euros pour un mois complet. Son versement est assorti de nombreuses conditions : être majeur, avoir des ressources inférieures au RSA (550,93 euros par mois), être en possession d'une attestation de demande d'asile (une démarche nécessitant plusieurs semaines) et avoir demandé un hébergement auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii).

 

 

Si l'Etat n'est pas en mesure de fournir au demandeur d'asile une place en Centre d'accueil de demandeurs d'asile (Cada), l'allocation est majorée de 7,40 euros par jour (229,40 euros pour un mois complet). Un cas récurrent. Au 1er janvier 2019, le dispositif national d’accueil comptait environ 42 000 places, selon la Cimade, une association d'aide aux migrants. C'est peu compte tenu du nombre de demandeurs d'asile (122 743 demandes en 2018) et du temps de traitement des demandes (trois mois en moyenne en 2018).

 

 

"Cette allocation est unique, c'est-à-dire qu'elle est la seule à laquelle peuvent prétendre les demandeurs d'asile", qui ne peuvent pas toucher le RSA ou les prestations familiales, souligne Lisa Faron, directrice des pôles thématiques de la Cimade. Au maximum, un demandeur d'asile seul peut donc bénéficier de 440,20 euros par mois pour se nourrir, s'habiller et se loger.

 

 

 

Un minimum vieillesse de 868 euros mensuels

L'allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa), qui a remplacé le minimum vieillesse, garantit quant à elle, sous conditions de ressources et en fonction de la situation familiale de l'allocataire, un revenu minimum à tous les retraités de 65 ans ou plus, dont la résidence principale est en France, et qui disposent de ressources inférieures à 868,20 euros mensuels. Si ces conditions sont remplies, le montant de l'Aspa se porte à 868,20 euros mensuels pour une personne sans ressources et seule, et 1 347,88 euros pour un couple sans ressources.

 

 

Si l'allocataire dispose déjà de revenus, le montant accordé est égal à la différence entre le montant maximum de l'Aspa (868,20 euros) et le montant des ressources. Certains revenus n'entrent cependant pas dans le calcul : c'est le cas de la pension d'invalidité, de l'allocation aux adultes handicapés, des prestations familiales, de la retraite des anciens combattants…

 

 

L'Aspa est également ouverte aux personnes étrangères, mais sous des critères très précis. Pour la toucher, les étrangers hors espace économique européen doivent être en situation régulière depuis dix ans ou bénéficier du statut de réfugié, d'apatride ou de la protection subsidiaire. Des statuts dont la reconnaissance est soumise à des conditions strictes, et qui ne sont accordés qu'après un processus long de plusieurs mois. Il n'est donc pas question ici de "migrants fraîchement débarqués", comme le dit Marine Le Pen.

 

 

Dans tous les cas, le demandeur d'asile allocataire touche donc entre deux et quatre fois moins qu'un retraité précaire. "Le fait que les migrants viennent en France pour les allocations est un préjugé qu’on entend régulièrement mais qui est faux", soupire Lise Faron.

 


26/02/2019
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Franceinfo - le dimanche 24 février 2019 - mis à jour le 25.02.19

 

 

Ce qu'il faut retenir du sommet du Vatican consacré à la pédophilie dans l'Eglise

 

 

 

Au dernier jour de la conférence du Vatican sur les abus sexuels perpétrés sur des mineurs par des membres du clergé, le pape a appelé à une "bataille totale" contre ces crimes. Mais peu de mesures concrètes ont émergé

 

 

 

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Le pape François, lors d'une célébration religieuse pénitentielle, le 23 février 2019, au Vatican. (VINCENZO PINTO / AFP)

 

 

 

Quatre jours intenses, des témoignages forts, des mots durs mais peu de mesures concrètes. Au terme du sommet historique sur la pédophilie dans l'Eglise, le pape a livré ses conclusions aux 190 participants de tous les continents (présidents de conférences épiscopales, chefs des Eglises catholiques orientales, supérieurs de congrégations religieuses et prélats de la Curie romaine). 

 

 

Les défenseurs des victimes n'ont pas caché leur déception après le discours conclusif du pape François. Ce dernier a comparé les abus sexuels sur mineurs par le clergé à des "sacrifices humains" des rites païens qui ne doivent plus jamais être "couverts", mais son discours est resté vague quant aux mesures à prendre pour lutter contre ce fléau. Voici ce qu'il faut retenir de ces rencontres.

 

 

Des témoignages bouleversants

La parole des victimes a ponctué ce "sommet sur la protection des mineurs dans l'Eglise" par le biais de témoignages enregistrés ou de vive voix. "Quel que soit l'abus, c'est l'humiliation la plus grande qu'un être humain subit", a ainsi expliqué un jeune homme chilien victime d'abus sexuels, devant les prélats.  

 

 

Quand on vit l'abus, on voudrait mettre fin à tout. Mais ce n'est pas possible. On voudrait fuir, c'est ce qui se passe car on n'est plus soi-même. On voudrait s'échapper en cherchant à sortir de soi. Donc, avec le temps, on devient complètement seul. Un jeune Chilien victime d'abus sexuelslors du sommet

 

 

Après avoir raconté son parcours, samedi,  lors d'une célébration religieuse pénitentielle organisée avec la hiérarchie de l'Eglise et le pape, le jeune homme a joué un morceau de Bach, saisissant l'assemblée.

 

 

Vendredi soir, une femme, elle aussi anonyme, avait particulièrement bouleversé les prélats en racontant son calvaire. "Lorsque j'avais 11 ans, un prêtre de ma paroisse a détruit ma vie. Dès lors, moi qui adorais les couleurs et faisais des pirouettes dans les prés, insouciante, j'ai cessé d'exister", a-t-elle dit, selon le texte de son témoignage publié samedi. "Toutes les fois où, enfant, il me bloquait avec une force surhumaine restent, en revanche, gravées dans mes yeux, mes oreilles, mon nez, dans mon corps, dans l'âme", a-t-elle raconté. 

 

 

Je sentais que désormais je ne valais plus rien, que je n'avais même pas le droit d'exister. Je voulais juste mourir. J'ai essayé... Je n'ai pas réussi. L'abus a duré cinq ans. Personne ne l'a remarqué. Une victime d'abus sexuelslors du sommet

 

 

"Cela semble à peine croyable", écrit Le Monde (article abonnés), mais ces témoignages ont contribué à une "prise de conscience" de certains prélats : "Une partie de la hiérarchie catholique a semblé découvrir le problème des violences sexuelles sur mineurs et la responsabilité de la hiérarchie au cours de ce sommet", explique le quotidien. Les travaux du sommet se sont déroulés à huis clos (neuf discours seulement ont été retransmis), mais, selon un participant cité par Le Monde, "de nombreux prélats ont montré, par leurs questions, qu’ils ignoraient presque tout du sujet et plus encore des façons d’y faire face".

 

 

 

Des prises de parole fortes

Clôturant cette conférence inédite avant le pape François, Mark Coleridge, le président de la conférence épiscopale d'Australie, secouée par d'énormes scandales, a déclaré dimanche que l'Eglise catholique était devenue sa "pire ennemie" pour avoir dissimulé les abus sexuels perpétrés par le clergé et n'avoir pas écouté les victimes. "Nous ne resterons pas impunis", a ajouté Mark Coleridge. Samedi, une religieuse a fustigé "l'hypocrisie" de l'Eglise tandis qu'un cardinal allemand, proche du pape, a lâché une bombe en admettant que l'institution avait parfois détruit des dossiers sur des cas de pédocriminalité.

 

 

Des dossiers qui auraient pu documenter ces actes terribles et indiquer le nom des responsables ont été détruits ou n'ont pas même été constitués. Le cardinal Reinhard Marxlors du sommet

 

 

"Au lieu des coupables, ce sont les victimes qui ont été réprimandées et on leur a imposé le silence", a-t-il martelé. "Des procédures et des processus établis pour poursuivre les délits ont été délibérément non respectés, plutôt rayés et ignorés. Les droits des victimes ont été, de fait, foulés aux pieds et laissés aux caprices de personnes individuelles", a souligné le cardinal Marx. Il a ajouté que le "secret pontifical", souvent mis en avant par l'Eglise pour ne pas communiquer, n'avait aucune justification convaincante à ses yeux face à des cas d'abus sexuels.

 

 

Autre fait notable, la prise de parole de femmes et de laïques qui ont secoué l'assemblée de prélats. Ainsi, Valentina Alazraki, journaliste qui couvre le Vatican depuis 1974, a vivement interpellé les hommes d'Eglise. "Si vous n’êtes pas radicalement du côté des enfants, nous serons vos pires ennemis", a déclaré la Mexicaine, selon La Croix

 

 

Vous devriez prendre conscience que plus vous couvrirez, plus vous ferez les autruches, moins vous informerez les médias et, donc, les fidèles et l’opinion publique, et plus le scandale sera grand.Valentina Alazraki, journaliste spécialiste du Vaticanaux prélats

 

 

 

Des pistes, mais peu de mesures concrètes

Si les organisateurs avaient promis des plans d'action, voire des changements législatifs, il faudra encore attendre. Dimanche, le pape a promis de "donner des directives uniformes pour l'Eglise", mais sans se soumettre à "la pression médiatique", évoquant avant tout des normes déjà en vigueur au niveau international et au niveau ecclésiastique.  

 

 

Un vade-mecum spécifiant les démarches à entreprendre en cas d'abus sexuel devrait sortir d'ici deux mois. Le pape souhaite aussi la création d'équipes mobiles d'experts compétents pour aider certaines conférences épiscopales et diocèses "sans moyens et sans personnel formé", ont indiqué dimanche les organisateurs à la presse. Vendredi, le cardinal américain Blase Cupich a présenté "un cadre" détaillé "pour la construction de nouvelles structures juridiques de responsabilisation dans l'Eglise". Certaines propositions s'inspirent de ce qui existe aux Etats-Unis, comme une "ligne téléphonique dédiée" ou un "portail web" permettant aux victimes de signaler leur cas à une haute autorité indépendante.

 

 

 

Le Vatican a aussi promis de dévoiler prochainement une législation pour encadrer la lutte contre d'éventuels cas d'abus sexuels au sein de la Curie et de la Cité du Vatican, qui se trouvent dans un vide juridique en la matière. Trois membres de la Curie ont également évoqué la possible levée du secret pontifical pour des cas avérés d'abus sexuels. Ils veulent de la transparence sur les procédures judiciaires de l'Eglise, qui entendent les victimes comme témoins puis ne les informent jamais de l'état d'avancement du dossier.

 

 

 

Le Monde évoque enfin l'idée de renforcer la participation des laïcs "à tous les niveaux" de l'Eglise pour prévenir les abus, ou encore la collégialité entre évêques. Objectif : éviter qu'ils ne se retrouvent seuls face à des cas. Mais toutes ces pistes restent à l'état d'ébauche. 

 

 

 

La déception des victimes

"Beaucoup attendaient une annonce rapide de mesures concrètes", écrit La Croix. Or, dans son discours conclusif, le pape François s'est livré "à une réflexion générale sur les abus sexuels dans l’Eglise, les replaçant dans un contexte plus large, à la fois mondial et spirituel", résume le quotidien catholique. "On n'est pas surpris, mais on est déçus", a commenté auprès de l'AFP le Suisse Jean-Marie Fürbringer, présent comme beaucoup d'autres victimes sur la place Saint-Pierre. "Honnêtement, c'est un blabla pastoral, la faute du diable. Ils noient le poisson, ça permet de ne pas aborder directement les problèmes de l'Eglise", a-t-il asséné.

 

 

Pour l'Italien Francesco Zanardi, "le Vatican n'est plus crédible" et "l'Eglise continue à se sentir comme une victime" car "les victimes réclament des mesures""C'est très décevant", a aussi lâché le Britannique Peter Saunders, anciennement membre d'une commission antipédophilie du Vatican.

 

 

Le discours parle du diable, du mal. Il n'y a rien sur la tolérance zéro, l'exclusion définitive des violeurs d'enfants et des agresseurs sexuels employés par l'Eglise !Peter Saunders, ex-membre d'une commission antipédophilie du Vatican à l'AFP

 

 

Et de souligner : "Le pape fait habilement diversion en regardant ailleurs. Nous savons tous que c'est un problème global." De fait, François a consacré un très long développement aux statistiques disponibles sur les abus sexuels perpétrés dans le monde dans toutes les sphères de la société, notamment dans les familles, les écoles et les milieux sportifs. 

 

 

"Je crois que le pape et l'Eglise avaient rendez-vous avec leur conscience et je crois qu’ils viennent de rater le rendez-vous, devant l'humanité tout entière : je crois que cela aura des conséquences désastreuses", a réagi sur franceinfo François Devaux, président de l'association La Parole libérée, qui rassemble les victimes du prêtre Bernard Preynat. "Quatre jours de travail pour accoucher d’aussi peu de concret, tout ça pour dire ce qu’on sait déjà depuis vingt ans, c’est quand même assez incroyable."

 

 

 

 

 

 

Pédophilie dans l'Eglise : un cardinal admet la destruction de dossiers sur des cas d'abus sexuels

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le 23/02/2019 | 17:0

 

 

 

 

Il s'agit de "dossiers qui auraient pu documenter ces actes terribles et indiquer le nom des responsables", a regretté le cardinal Reinhard Marx, lors d'un sommet au Vatican visant à lutter contre les abus sexuels de mineurs

 

 

 

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 La pape François s'adresse aux cardinaux, le 23 février 2019, lors d'un sommet au Vatican pour "prévenir les abus contre les mineurs et les adultes vulnérables". (HANDOUT / VATICAN MEDIA / AFP)

 

 

 

L'Eglise rompt le silence. Un cardinal allemand, proche du pape, a admis, samedi 23 février, que l'institution avait parfois détruit des dossiers sur des cas de pédocriminalité. Les preuves ainsi dissimulées concernaient des ecclésiastiques coupables, à l'évidence, d'avoir agressé sexuellement des mineurs. Il a ainsi appelé à une nouvelle culture de transparence pour répondre aux scandales.

 

 

 

"Des dossiers qui auraient pu documenter ces actes terribles et indiquer le nom des responsables ont été détruits ou n'ont pas même été constitués", a déploré le cardinal Reinhard Marx dans un discours devant 190 participants, lors de la conférence inédite sur le sujet qui se tient au Vatican. Ce sommet aborde sans fard, depuis jeudi, des pratiques au sein de l'Eglise catholique qui ont pu mener à perpétrer ou taire des abus sexuels sur mineurs.

 

 

 

"Les droits des victimes ont été foulés aux pieds"

 

Le président de la conférence épiscopale allemande, connu pour ses prises de position plutôt libérales et sans langue de bois, fait partie d'un conseil restreint de cardinaux ("C9") conseillant le pape François sur les réformes des institutions du Vatican. "Les abus sexuels à l'égard d'enfants et de jeunes sont, dans une mesure non négligeable, dus à l'abus de pouvoir dans le cadre de l'administration" qui a "discrédité" la mission de l'Eglise, a argué le cardinal allemand.

 

 

 

"Au lieu des coupables, ce sont les victimes qui ont été réprimandées et on leur a imposé le silence", a-t-il martelé. "Des procédures et des processus établis pour poursuivre les délits ont été délibérément non respectés, plutôt rayés et ignorés. Les droits des victimes ont été, de fait, foulés aux pieds et laissés aux caprices de personnes individuelles", a souligné le cardinal Marx.

 

 

 

 

Aucune justification au "secret pontifical"

 

Sa remarque n'a pas échappé à une centaine de victimes d'abus sexuels du clergé, qui ont organisé samedi une marche dans le centre de Rome. "C'est illégal" de détruire des dossiers, a commenté l'Américain Peter Isely, membre fondateur de l'organisation internationale End Clergy Abuse, qui avait rencontré vendredi le cardinal Marx. Selon lui, les déclarations du prélat allemand devraient fortement intéresser la justice civile.

 

 

 

Le cardinal Marx avait présenté à l'automne les excuses de l'Eglise catholique allemande en rendant public un rapport révélant des abus sexuels sur plus de 3 600 mineurs pendant des décennies. Ce rapport universitaire avait été commandé par l'épiscopat allemand. Samedi, le prélat a en outre estimé devant ses pairs que le "secret pontifical", souvent mis en avant par l'Eglise pour ne pas communiquer, n'avait aucune justification convaincante à ses yeux face à des cas d'abus sexuels.

 


25/02/2019
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Franceinfo - le jeudi 21 février 2019

 

 

Pédophilie dans l'Eglise : comment les questions de sexualité sont abordées dans la formation des futurs prêtres

 

 

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Clément ParrotFrance Télévisions

 

 

 

Les scandales récents au sein de l'Eglise ont poussé les autorités religieuses à développer la sensibilisation tout au long de la formation des prêtres au sein des séminaires

 

 

 

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Une messe à l'église San Filippo Neri, le 13 mai 2010, à Turin, en Italie. (PHILIPPE LISSAC / GODONG / LEEMAGE)

 

 

 

Un sommet crucial pour l'Eglise. Le pape François a convoqué au Vatican, jeudi 21 février, les présidents des conférences épiscopales du monde entier pour travailler pendant quatre jours sur la lutte et la prévention des abus sexuels sur mineurs. Après une année 2018 marquée par de nouvelles révélations sur des agressions sexuelles commises par des hommes d'Eglise, une réaction forte de l'institution catholique est attendue notamment par les victimes de prêtres pédophiles.

 

 

"L'Eglise traverse une crise aussi grave que celle qui a précédé la Réforme protestante au XVIe siècle. Si elle veut s'en sortir, elle va devoir affronter les questions de pouvoir, de genre et de sexualité", prévient Josselin Tricou, doctorant en sciences politiques et études de genre à l'Université Paris 8, spécialiste des masculinités au sein de l'Eglise catholique. Et cette réflexion se mène notamment au sein des séminaires, le lieu de fabrique des futurs prêtres.

 

 

 

La fin d'un tabou

Il existe une vingtaine de séminaires en France de taille variable – d'une vingtaine à environ 80 étudiants, détaille La Croix. Le parcours de formation dure au minimum six ans, avec en préambule une propédeutique – une année de réflexion préalable à l'entrée au séminaire. Au fil de leur formation, les apprentis se confrontent vite aux questions liées à la sexualité et à ses dérives.

 

 

"Il s'agit de comprendre ce qui est en jeu dans la sexualité d'un individu. Qu'est-ce qu'un être habité de pulsions sexuelles ? Tout cela a été tabou pendant longtemps dans les séminaires, mais ça ne l'est plus depuis les années 1970–1980", témoigne Luc Crépy, évêque du Puy–en–Velay (Haute–Loire), responsable de la commission permanente de lutte contre la pédophilie. "A partir des années 1980–1990, il y a eu une prise en compte plus importante des sciences humaines (psychologie, sociologie...) pour comprendre la sexualité", ajoute celui qui a dirigé pendant plus de dix ans le séminaire d'Orléans.

 

 

"Le célibat et la chasteté posent des questions qu'aucun séminariste ne peut ignorer", complète Laurent Tournier, l'actuel recteur du séminaire interdiocésain d'Orléans. Concrètement, dès la première année, les aspirants prêtres suivent un module de 28 heures au premier semestre pour apprendre à mieux se connaître. "Deux heures par semaine, il s'agit d'un travail de relecture de son parcours avec des psychologues et des coachs personnels pour évoquer les failles, les fragilités, les douleurs", poursuit Laurent Tournier.

 

 

 

Une génération "confrontée" à la pornographie

Le cours est complété par une session de deux jours en janvier sur la dimension affective et sexuelle, "afin de parler de la chasteté sous toutes ses dimensions". Cédric Anastase, jeune prêtre de 32 ans au sein du diocèse de Paris, s'en souvient bien : "Toutes les questions de sexualité étaient abordées. Cela nous permettait de nous demander si l'on se sentait prêt à vivre le célibat. Ca nous remuait beaucoup."

 

 

Il s'agit pour nous de former des individus mûrs et équilibrés.Luc Crépy, évêque du Puy–en–Velay  à franceinfo

 

 

Lors de leur deuxième année, les séminaristes suivent ensuite un module consacré aux addictions. "On évoque aussi bien les addictions aux jeux vidéos, à l'alcool, mais aussi à la pornographie", explique Laurent Tournier, qui estime que la totalité des aspirants y a déjà été "confronté". Une réalité qui oblige à changer l'approche de la formation au sein des séminaires. "On nous a parlé très clairement des méfaits de la pornographie d'un point de vue psychologique, cela peut être destructeur", se souvient ainsi Cédric Anastase, qui a été ordonné prêtre il y a moins de quatre ans. Pour lui, un excès de pornographie peut avoir des incidences néfastes sur la sexualité.

 

 

Par ailleurs, tout au long de leur parcours, les séminaristes échangent avec un "père spirituel", notamment au sujet du célibat et de la sexualité. "La fréquence des rencontres est assez élevée lors du 1er cycle, de l'ordre de 45 minutes tous les 15 jours", indique Laurent Tournier. A travers ces entretiens, certains séminaristes se rendent compte qu'ils ne pourront pas aller au bout du cursus. "A Orléans, 40% environ arrêtent au bout du 1er cycle, et 15 à 20% lors du deuxième cycle. C'est généralement eux qui décident de partir, mais il peut arriver que l'on prenne la décision pour eux", détaille le recteur du séminaire d'Orléans.

 

 

 

Bientôt des interventions de victimes d'actes pédophiles ?

Un cours de morale sexuelle est également dispensée en 3e et 4e année sur 90 heures. Comme l'indique le plan de cours disponible (lien PDF, pages 16 à 20), les questions liées à l'homosexualité, à la théorie du genre ou encore à la pédophilie sont largement discutées. "Avec l'intervention de pédopsychiatres, de juristes, on s'interroge sur la structure psychologique d'un pédophile, on détaille les conséquences sur les victimes et on souhaite qu'ils connaissent la loi", détaille Luc Crépy.

 

 

Je ne considère pas les séminaristes comme des pédophiles en puissance, mais il est aussi important de leur apprendre à déceler des comportements chez des jeunes qui pourraient indiquer qu'ils sont victimes d'abus.Laurent Tournier, recteur du séminaire d'Orléansà franceinfo

Depuis 2016, de nouvelles directives venues de Rome insistent sur la place à donner aux victimes. "L'an prochain, on a le projet de faire venir des victimes aux séminaires pour ne pas aborder la question uniquement de manière théorique", précise Laurent Tournier. La question de la pédophilie est également abordée de manière claire à d'autres reprises dans la formation, notamment lors de la formation obligatoire au Bafa (Brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur). Enfin, lors d'un cours de théologie pastorale, les futurs prêtres travaillent sur la brochure Lutter contre la pédophilie éditée depuis 2003 par la Conférence des évêques de France.

 

 

 

"Il y a toujours des brebis galeuses"

Les responsables de formation interrogés l'assurent : de nombreux rappels sont faits au fil des années sur ces questions centrales touchant au célibat, à la sexualité et à la pédophilie. "Cela permet aux formateurs de voir si ce sont des gens capables d'avoir du recul sur leur sexualité ou pas, affirme Luc Crépy. Les séminaristes font également des stages, lors desquels il y a une vigilance exercée de la part des formateurs pour vérifier si la maturité est suffisante, si l'attitude est compatible notamment avec les jeunes."

 

 

"Désormais, il n'y pas de séminariste qui sorte de sa formation sans avoir entendu parler de ces questions-là", assure Luc Crépy à franceinfo. Malgré cela, l'évêque du Puy–en–Velay reconnaît que le risque zéro n'existe pas : "Quand on a des candidats qui sont vraiment pervers, ils passent à travers le système. Comme chez les profs de sport, comme chez les animateurs… Il y a toujours des brebis galeuses – d'où la nécessité d'avoir également des mesures de vigilance et de prévention au sein des paroisses."

 

 

Je ne peux pas promettre qu'un malheur ne se produira plus jamais.Luc Crépy, évêque du Puy–en–Velay à franceinfo

 

 

Mais selon le chercheur Josselin Tricou, qui a également passé dix ans à se préparer à devenir religieux avant de renoncer, l'Eglise a encore beaucoup de travail devant elle. "Je pense que le sujet est systématiquement abordé sur le mode prudentiel, 'faites attention à ne pas rester seul avec un jeune'… Mais les questions de sexualité restent difficiles à aborder."

 

 

 

"Une imposition institutionnelle du silence"

Ce spécialiste de la masculinité au sein de l'Eglise regrette notamment les directives de 2005 qui refusent l'accès à l'ordination à des séminaristes assumant des tendances homosexuelles "enracinées", comme le détaille La Vie. "Ce contexte augmente la réticence des séminaristes à s'exprimer sur leur sexualité, regrette Josselin Tricou. Il dénonce ainsi une hypocrisie étant donné la part importante, selon lui, de prêtres homosexuels au sein de l'Eglise, et s'inquiète de l'amalgame opéré par une partie du clergé entre homosexualité et pédophilie.

 

 

Cette imposition institutionnelle du silence crée une incapacité de l'Eglise à déceler des gens qui auraient des tentations problématiques.Josselin Tricou, spécialiste de la masculinité au sein de l'Eglise à franceinfo

 

 

Et en créant un amalgame sur tous les types de sexualités considérées comme déviantes, difficile pour l'Eglise de repérer les problèmes : "Au sein de l'Eglise, le critère de la 'mauvaise sexualité' n'est pas le consentement. Pour l'institution 'une bonne sexualité', c'est uniquement un acte au sein d'un couple marié et hétérosexuel", analyse le chercheur.

 

 

Il invite enfin l'Eglise catholique à prendre en compte les enjeux de pouvoir dans la formation du clergé : "Le pouvoir du prêtre est toujours verbalisé en 'service'. Le prêtre est celui qui sacrifie sa sexualité et sa vie conjugale pour se mettre au service de sa communauté. Cela vient euphémiser les rapports de pouvoir, car on a du mal à imaginer qu'il puisse y avoir des 'abus de service'." Or, selon lui, "il faut penser les abus sexuels comme des abus de pouvoir. C'est souvent une emprise psychologique, comme le montre le prochain grand scandale au sein de l'Eglise avec la révélation des abus sexuels et psychologiques sur des religieuses".

 

 

Les autorités religieuses reconnaissent qu'il reste du chemin, mais préfèrent insister sur les progrès déjà effectués. "Je pense quand même qu'il y a une prise de conscience. Tout n'est pas réussi, tout n'est pas abouti, mais on avance, assure Luc Crépy. On peut encore être plus à l'écoute des victimes. Il faut encore avancer notamment sur la formation de nos candidats", ajoute-t-il. Une parole optimiste partagée par Laurent Tournier : "On parle toujours des trains qui n'arrivent pas à l'heure, mais pour la grande majorité des prêtres les choses se passent bien. L'Eglise, ce n'est pas que les prêtres pédophiles."

 


21/02/2019
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Franceinfo - le mardi 19 février 2019

 

 

"Je ne peux pas finir les mois" : la précarité touche 72% des Français "assignés" à leur territoire

 

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franceinfoAudrey MorellatoRadio France

 

 

La situation de cette Parisienne de 60 ans illustre le quotidien, à l'euro près, que vivent une partie des Français au faible capital économique, social et culturel

 

 

 

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Un resto du coeur dans le Doubs le 1er décembre 2012 (illustration). (SIMON DAVAL / MAXPPP)

 

 

 

"C’est une situation très précaire", confie Noura, 60 ans, qui vit à Paris avec de faibles ressources. Sa situation éclaire les constats de l'étude révélée mardi par franceinfo, menée par Elabe et l'Institut Montaigne. Elle montre que 48% des Français ont du mal à boucler le mois. La moyenne monte même à 72% dans le profil des Français "assignés", c'est à dire bloqués géographiquement et socialement par un faible capital économique, social et culturel. 

 

 

>>  Une "France en morceaux" : une enquête détaille le regard que portent les Français sur leur territoire et leur cadre de vie

 

 

Avec un peu moins de 500 euros de RSA par mois et 206 euros d'APL, Noura fait ses comptes très régulièrement. "Je n’arrive pas à finir les mois", souffle-t-elle, confiant qu'elle passe son temps dans la rue pour quitter son logement de 15 mètres carrés le plus souvent possible. Sous son bonnet, elle garde la tête baissée. "Je ne peux pas m’habiller, je ne peux pas manger correctement. Il faut que j’aille dans des associations caritatives pour pouvoir manger, sinon je ne pourrais pas m’acheter de la nourriture tous les jours", ajoute-elle. Noura se considère comme une délaissée de la République, obligée à la dépendance. 

 

 

Noura laisse derrière elle des années de travail dans la restauration, mais jamais déclarées. Ses moyens sont maigres : "J’aurais aimé manger du poisson pour ma santé, des légumes. Mais ce n’est pas possible. Quand vous allez dans les Restaurants du coeur ou l’Armée du salut, il y a plus de féculents que de légumes."

 

 

Des légumes frais, qui n’en rêve pas ? Noura, 60 ans à franceinfo

 

 

"M’acheter une paire de chaussures, même si elle est en solde, c’est un budget", poursuit Noura, à propos d'une dépense qu'elle ne s'autorise qu'une fois par an, "une petite folie", dit-elle, et qui correspond à un besoin.

 

 

Au quotidien, elle choisit avec soin les magasins dans lesquels elle entre. Et il n'y en a pas tant que ça. Quand elle ne fait pas appel à des associations, elle ne peut se permettre que des enseignes à très petits prix : "Il y a des magasins où je peux m’acheter du savon, des choses pour l’hygiène". Pour la nourriture, "je peux manger des yaourts natures. On n’a pas beaucoup de choix, pas dans les beaux magasins. C’est trop cher, pas accessible."

 

 

La seule dépense qui lui est indispensable, c'est celle de l'abonnement à son téléphone portable, un incontournable à 20 euros par mois. "Ça me permet de garder le contact de temps en temps avec mes fils", dit Noura, mais c'est surtout difficile de faire autrement, ajoute-t-elle puisqu'elle doit laisser un numéro à toutes les administrations.

 


19/02/2019
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Franceinfo - le jeudi 14 février 2019

 

 

"Ligue du LOL" : "Il y a des usages sur lesquels on ne peut plus continuer à fonctionner de façon anonyme", estime Mounir Mahjoubi

 

 

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franceinfoRadio France

 

 

 

Le secrétaire d'État au Numérique et la secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, présentent un plan d'action contre le harcèlement en ligne pour, notamment, responsabiliser les plate-formes qui hébergent des contenus malveillants

 

 

 

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Marlène Schiappa et Mounir Mahjoubi, sur les marches du palais de l'Elysée, le 26 novembre 2018. (LUDOVIC MARIN / AFP)

 

 

 

Mounir Mahjoubi, secrétaire d'État au Numérique, et Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes, présentent jeudi 14 février un plan d'action contre le harcèlement en ligne, après le scandale de la "ligue du LOL". Il s'agit d'accélérer le retrait des contenus haineux qui circulent sur les plateformes, et de responsabiliser ces dernières, qui pourraient être dotées d'un nouveau statut.

 

 

 

"Aujourd'hui Twitter n'est pas à la hauteur"

"La solution ne passe pas seulement par le retrait de ces contenus par ces plateformes sous peine d'amende, il faut aussi aller à la base, commencer par l'éducation et la formation, ensuite faciliter la façon de signaler et de détecter ces contenus, et enfin il faut surveiller", a expliqué Mounir Mahjoubi, jeudi sur France Inter. "Si on veut lutter contre le harcèlement, les plateformes doivent mettre les moyens. Aujourd'hui, Twitter n'est pas à la hauteur", a-t-il estimé.

 

 

Le 18 janvier dernier, Emmanuel Macron s'était dit favorable à la levée de l'anonymat sur Internet. Sur France Inter, le secrétaire d'État a expliqué qu'il n'était pas question de mettre fin à l'anonymat sur internet, mais seulement le restreindre pour certains usages spécifiques : "Il y a des usages sur lesquels on ne peut plus continuer à fonctionner de façon anonyme. Par exemple, on ne va pas continuer à avoir des pétitions signées par des comptes anonymes (...), il faut qu'on puisse mettre en place un dispositif qui oblige les gens à s'authentifier, ça va donner plus de force aux consultations citoyennes."

 

 

 

 

 

Concernant le plan d'action qu'il présente aujourd'hui, le secrétaire d'État l'assure : "Il n'y a pas d'anonymat absolu [sur Internet] ! Et c'est ça qu'il faut qu'on facilite et qu'on protège [avec notre plan d'action] : la capacité à retrouver quand il y a l'action d'un juge ou d'une enquête et la capacité à protéger le reste du temps."

 

 

"Dans la loi [contre les propos haineux que Mounir Mahjoubi veut proposer en 2019], il y aura les dispositifs pour accélérer la levée de l'anonymat à chaque fois qu'une enquête est lancée et chaque fois qu'une enquête le demande." Pour Mounir Mahjoubi, puisque tout le monde est sur Internet, il faudra que ce dernier "ressemble à la vraie vie" : "Beaucoup de libertés mais aussi beaucoup de règles".

 

 

 


14/02/2019
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Franceinfo - le samedi 9 février 2019 - mis à jour le 12.02.19

 

 

On vous explique ce qu'est "La Ligue du LOL", ce groupe de journalistes accusés de cyberharcèlement

 

 

 

 

"Libération" a publié un article sur ce groupe Facebook privé, regroupant une trentaine de journalistes parisiens, aujourd'hui pointés du doigt pour avoir pris pour cible de nombreuses personnes sur les réseaux sociaux.

 

 

 

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Ce groupe de journalistes est accusé d'avoir harcelé de nombreuses femmes sur Twitter entre la fin des années 2000 et le début des années 2010.  (MAXPPP)

 

 

 

Ils ne font plus rire personne. Ils étaient tous influents sur les réseaux sociaux et certains auraient profité de cette notoriété pour harceler des femmes. Checknews, le projet de vérification des faits de Libération, a publié un article, vendredi 8 février, ayant pour sujet "La Ligue du LOL", un groupe de journalistes accusés d'avoir moqué et insulté de nombreuses personnes sur les réseaux sociaux entre la fin des années 2000 et le début des années 2010. Cet article a été écrit après que plusieurs femmes ont raconté sur les réseaux sociaux avoir été victimes de "raids" de ces journalistes sur Twitter. De nombreuses autres personnes ont depuis témoigné.

 

 

 

Qu'est-ce que cette "Ligue du LOL" ? 

La "Ligue du LOL" est le nom d'un groupe Facebook privé, créé par le journaliste Vincent Glad – qui écrit notamment pour Libération – à la fin des années 2000, explique le journal. Il a regroupé une trentaine de personnes, essentiellement des hommes, journalistes, blogueurs, ou issus du monde de la publicité ou de la communication. Tous étaient à l'époque identifiés comme des "influenceurs" sur Twitter – des "caïds", estime aujourd'hui Vincent Glad –, à un moment où le réseau social n'avait pas la popularité qu'il connaît à présent. 

 

 

"Au début des années 2010, j'ai été invité dans un groupe privé comme il y en avait beaucoup à l'époque, dans lequel plein de twittos tenaient un véritable observatoire des trucs drôles de Twitter", raconte sur sa page Facebook Henry Michel, l'un de ses membres. D'après le podcaster, qui a aussi répondu aux questions de Libération, les membres de "La Ligue du LOL" faisaient "surtout des blagues, qu’on ne pouvait pas faire en public. C’était brillant, c’était bête, il y avait ce côté observatoire des personnages de Twitter, on s’échangeait des liens, des photos, on se moquait des gens."

 

 

 

Pourquoi cette histoire est-elle ressortie ?

Le Monde évoque un premier tweet évasif de Thomas Messias, journaliste à Slate. Mardi, sans mentionner spécifiquement "La Ligue du LOL", il évoque le cas d'un "journaliste modèle qui joue les exemples après s’être bien amusé au sein de meutes de harceleurs de féministes". En réponse, Alexandre Hervaud, journaliste à Libération, voit dans ce message l'illustration de "l'aigreur paradoxale de certains militants zélés : ils veulent changer la société, mais ne digèrent pas qu'une personne en particulier puisse vraiment changer".

 

 

 

 

 

 

 

Dans la foulée, Iris KV, une journaliste spécialisée dans le suivi des séries télévisées, réplique à Alexandre Hervaud : "Changer c'est bien. S'excuser auprès des personnes que vous avez harcelées, ce serait mieux." Elle s'adresse ensuite à "tous les membres de 'La Ligue du LOL' de l'époque, qui s'en prenaient aux féministes, aux neuroatypiques, etc." "Vous avez peut-être oublié, mais les personnes à qui vous avez fait du mal ont une meilleure mémoire", écrit-elle.

 

 

 

 

De quoi sont accusés ses membres ? 

Plusieurs femmes ont ensuite – comme Iris KV – témoigné sur les réseaux sociaux, affirmant avoir été harcelées par les membres de ce groupe Facebook. De nombreux autres messages suivent, comme celui de l'auteure Daria Marx, militante contre la grossophobie. "Pendant plusieurs années sur Twitter, moi et d’autres copines féministes, on a été la cible de ces petits mecs parisiens qui se foutaient de notre gueule, continue Daria Marx auprès de LibérationJ’étais grosse, donc je n’avais pas le droit à la parole."

 

 

Un jour, l’un des membres de cette ligue a pris une image porno d’une nana grosse et blonde qui pouvait vaguement me ressembler et a commencé à faire tourner l’image sur Twitter en disant qu’il avait trouvé ma sextape.Daria Marx à "Libération"

 

 

De nombreuses femmes décrivent les mêmes méthodes de cyberharcèlement. "Ils étaient absolument infâmes sur Twitter, raconte Nora Bouazzouni, ancienne journaliste de franceinfo.fr, qui collabore encore ponctuellement au site. C’était de l’acharnement, je me suis aussi faite harceler, avec des insultes, des photomontages, des gifs animés avec des trucs pornos avec ma tête dessus, des mails d’insulte anonyme", confie-t-elle à Libération.

 

 

Après la publication de l'article, d'autres femmes ont témoigné sur Twitter. "'La Ligue du LOL' m’a repérée et a commencé son travail de sape petit à petit : montages photos, vidéos visant à se moquer de moi (...), critiques récurrentes sur mon apparence..., raconte la journaliste Capucine Piot. Tout ça de façon régulière, gratuite, et entraînant tout un tas de twittos dans leur sillage malsain et dévastateur." D'après son témoignage, les faits dépassaient le cadre du harcèlement sur internet.

 

 

 

 

 

Mélanie Wanga, cofondatrice du podcast Le Tchip sur Arte radio, reproche à certains membres de la "Ligue du LOL" de s'en être pris, outre à des féministes, à des "personnes LGBTQ" (lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres et queers) et "racisées".

Dans un long article publié sur Medium, Benjamin LeReilly évoque spécifiquement la question de "l'homophobie" et affirme avoir été, "pendant plusieurs années", "harcelé par 'La Ligue du LOL'". Parmi les différents épisodes listés, il raconte notamment qu'un photomontage de lui pratiquant une fellation a été "envoyé en masse à des mineurs, jusqu'à 12-14 ans". Il recevait en retour des notifications de ces derniers, "choqués d’être exposés à de la pornographie et me disant d’aller crever (pour rester poli)".

 

 

 

 

Que répondent les mis en cause ? 

De nombreux membres de ce groupe sont restés silencieux après la publication de l'article de Libération. Le journaliste de Libération Alexandre Hervaud est l'un des premiers à avoir répondu publiquement. "Mes conneries, je les assume. Celles des autres, non merci", a-t-il expliqué, avant de finalement s'excuser sur Twitter. Dans un nouveau message publié dimanche, il évoque les "horreurs" publiées par ses soins, mais prend ses distances avec les "faits graves évoqués par certains" (usurpation d'identité, canulars, menaces...) et déplore "les actions de certains (...) membres plus borderline" du groupe.

 

 

 

 

 

D'autres membres ont par la suite publié des messages similaires. Henry Michel, sur Facebook, a demandé "pardon à toutes celles et tous ceux que j'ai pu blesser directement ou indirectement en ayant contribué à la culture de ce groupe". Mais selon lui, au sein de "La Ligue du LOL", "il y avait de tout" : "des gens incapables d'être antiféministes", "des connards", "des gens drôles et des gens pas drôles ou qui essayaient de l'être". 

 

 

Le podcasteur Sylvain Paley dit avoir "découvert des choses abominables" dont il n'avait "aucune idée" et évoque la présence de "membres toxiques" au sein du groupe. Olivier Tesquet, journaliste à Télérama, assure n'avoir "jamais harcelé quiconque" et se décrit comme un "témoin passif" de ces agissements, à une époque où "le clash était le régime en vigueur pour les échanges en ligne". "Il était de bon ton sur Twitter de faire de l’humour noir, a expliqué le podcasteur Guilhem Malissen. J’adorais le stand-up et frustré de ne pas le pratiquer, je tuais mon envie de blagues sur les réseaux. Sans réaliser que ce que j’écrivais pouvait être sexiste, grossophobe, homophobe et constituer du harcèlement."

 

 

David Doucet, actuel rédacteur en chef web des Inrocks, a reconnu avoir "réalisé deux canulars téléphoniques", dont l'un a visé la youtubeuse Florence Porcel. "Je mesure aujourd'hui la déguelasserie de ces actes", écrit-il, tout en niant avoir jamais "réalisé de photomontages" ou "pratiqué de raids".

 

 

 

 

 

Quant au créateur de "La Ligue du LOL", Vincent Glad, il a de son côté nié avoir été à l’origine de ces actes de harcèlement, ou même en avoir eu connaissance. "Nous étions influents, et c’est vrai que si on critiquait quelqu’un, ça pouvait prendre beaucoup d’ampleur, affirme-t-il. Il y a une part de vrai là-dedans, une part de gens qui ont pu se sentir légitimement harcelés. Mais il y a aussi une grosse part de fantasme."

 

 

On nous a un peu attribué tous les malheurs d’Internet. (...) A l’époque, j’en prenais plein la gueule aussi. On se disait que c’était un grand jeu. C’était une grande cour de récré, un grand bac à sable. C’était du trolling, on trouvait ça cool. Aujourd’hui, on considérerait ça comme du harcèlement.Vincent Glad à Libération

 

 

Le créateur de "La Ligue du LOL" s'est excusé dimanche dans un long message publié sur Twitter. 

 

 

 

Que risquent-ils ?

"Etre harcelée en 2012 ou en 2018, c'est PAREIL", a rétorqué la journaliste Nadia Daam sur Twitter. Juridiquement, le harcèlement moral est défini à l'article 222-33-2-2 du Code pénal. Ce texte prévoit que le harcèlement en ligne est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende, peine portée à trois ans de prison et 45 000 euros d'amende si la victime est mineure ou vulnérable, ou si les faits ont causé une incapacité totale de travail supérieure à huit jours.

 

 

Reste que les faits allégués aux membres de "La Ligue du LOL", pour la plupart commis avant 2013, sont prescrits puisque le délai en matière de cyberharcèlement est actuellement de six ans. Interpellée sur ce point, la secrétaire d'Etat Marlène Schiappa a indiqué sur Twitter qu'elle comptait évoquer le sujet avec son homologue de la Justice, Nicole Belloubet, sur un possible un allongement de ce délai.

 

 

Si la justice ne peut intervenir, l'affaire a revanche eu des conséquences professionnelles directes pour plusieurs des personnes mis en cause. La direction de Libération a mis à pied Alexandre Hervaud et Vincent Glad. Ce dernier a également vu sa collaboration avec Brain Magazine suspendue. Christophe Carron, rédacteur en chef de Slate, après avoir à son tour présenté des excuses sur Twitter, a été écarté du traitement de ce sujet par la rédaction du site. Le studio de podcast Nouvelles Ecoutes a de son côté mis fin à sa collaboration avec Guilhem Malissen.

 


12/02/2019
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Franceinfo - le mardi 12 février 2019

 

 

Pour une youtubeuse victime de la "Ligue du LOL", "voir qu'il y a des sanctions, c'est un signal pour dire qu'il n'y a plus d'impunité"

 

 

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La youtubeuse scientifique Florence Porcel  a témoigné, mardi sur franceinfo, du harcèlement dont elle a été victime par certains membres de la "Ligue du LOL"

 

 

 

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La youtubeuse scientifique Florence Porcel, le 7 janvier 2014. (MARTIN BUREAU / AFP)

 

 

 

 

Plusieurs membres de la "Ligue du LOL", un groupe d'hommes ayant depuis accédé à des postes à responsabilité dans les médias, ont été suspendus par leur rédaction pour l'avoir harcelée, elle et des dizaines d'autres personnes sur internet. La youtubeuse scientifique Florence Porcel a témoigné, mardi 12 février sur franceinfo.

 

 

>>> On vous explique ce qu'est "La Ligue du LOL", ce groupe de journalistes accusés de cyberharcèlement

 

 

 

franceinfo : Comment s'est concrétisé le harcèlement ?

 

 

Florence Porcel : C'était au tout début de mon arrivée sur Twitter, fin 2009 début 2010. Ça a commencé par des tweets malveillants, injurieux, insultants, de manière ciblée et répétée. Ensuite il y a eu des photomontages à caractère pornographique. Puis quelques-uns d'entre eux sont venus m'intimider physiquement, dans la vraie vie. Ça s'est terminé par un canular téléphonique qui a été mis en ligne.

 

 

 

Quel était ce canular ?

 

C'est quelqu'un qui s'est fait passer pour Laurent Bon, le producteur du "Petit Journal", qui me proposait une place à la saison suivante. Je travaillais sur France 5, j'étais co-animatrice d'une émission et intermittente. Je ne savais donc pas du tout si j'allais avoir du travail l'année suivante. Forcément, c'est une situation délicate. J'ai voulu y croire un petit peu. Puis ce canular a été mis en ligne et là j'ai compris que c'était un piège. Ce n'est pas très agréable.

 

 

 

Pourquoi vous en voulaient-ils ?

 

 

Il n'y a pas que moi. Il y a des dizaines de personnes. Et c'est à eux qu'il faut demander, parce que nous n'avons pas la réponse. Je savais que je n'étais pas la seule. Il y avait quelques personnes que j'avais parfaitement bien identifiées. Par contre, je n'imaginais pas l'ampleur du phénomène, parce qu'on est plusieurs dizaines. J'ai découvert ça ce week-end, c'est assez ahurissant.

 

 

 

Comment avez-vous vécu et traversé cette période ?

 

 

Je l'ai mal vécu, forcément. Ça nous met dans un état de tension permanent avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Chaque jour, on se demande quand est-ce que ça va tomber, sous quelle forme. C'est très éprouvant nerveusement, c'est éprouvant moralement, psychologiquement, ça fatigue. C'est vraiment une tension qui ne s'arrête jamais. On se demande jusqu'où ça va aller et quand ça va s'arrêter.

 

 

 

L'homme qui a réalisé ce canular a fini par le reconnaître et vous a demandé pardon. Acceptez-vous ses excuses ?

 

 

Il m'a envoyé un mail d'excuses. J'ai accepté ses excuses en lui demandant de faire des excuses publiques, ce qu'il a fini par faire. Je ne lui ai pas parlé, c'est physiquement impossible. Déjà par mail, c'était assez éprouvant, mais je suis contente qu'on ait échangé.

 

 

 

Cet homme a été suspendu par son journal, comme quatre autres membres ou anciens membres de cette "Ligue". Est-ce que cela vient réparer un peu ce que vous avez vécu ?

 

 

Oui, je pense que c'est un bon signal. Ce qui est insupportable dans ce genre de situation, c'est l'impunité totale que ressentent les harceleurs et les agresseurs. Voir qu'il y a des sanctions, ou en tout cas des actes concrets, c'est un message, un signal envoyé aux futurs agresseurs ou harceleurs pour dire qu'il n'y a plus d'impunité.

 

 

 

Pourquoi à l'époque n'avez-vous pas porté plainte ?

 

 

Je ne savais pas qui était derrière le canular. La plupart des gens étaient sous pseudonyme ou anonymes. Porter plainte contre plusieurs personnes dont on n'a pas les noms de famille, c'est très compliqué. Encore une fois on est quand même assez isolé. Je n'avais pas les épaules pour supporter un cyber-harcèlement qui ne manquerait pas d'arriver après une éventuelle plainte. C'est une double peine, ce n'est pas possible.

 

 

 

Marlène Schiappa, la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, a dit qu'elle était prête à changer la loi sur la prescription de ces affaires de harcèlement. Y êtes-vous favorable ?

 

 

Oui, c'est même moi qui l'ai interpellée. Elle m'a répondu, je l'en remercie. J'espère qu'elle va effectivement en parler à la ministre de la Justice comme elle me l'a proposé.

 


12/02/2019
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Franceinfo - le mardi 12 février 2019

 

 

L'Assemblée vote la mise en place de drapeaux français et européen dans les classe, de la maternelle au lycée

 

 

 

 

Les débats sur cet amendement examiné tardivement ont donné lieu à de vives protestations des élus de gauche, frustrés de ne pas avoir pu s'exprimer sur cette question

 

 

 

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Les drapeaux français et européen sur le fronton de l'école Saint-Exupéry à Hellemmes (Nord), le 2 septembre 2014. (DENIS CHARLET / AFP)

 

 

 

Du bleu, du blanc, du rouge et des étoiles. L'Assemblée nationale a prévu, dans la nuit du lundi 11 au mardi 12 février, la présence obligatoire dans les salles de classe du drapeau tricolore et du drapeau européen, ainsi que des paroles de l'hymne national, dans le cadre de l'examen du projet de loi sur "l'école de la confiance".

 

 

>> A lire aussi : Les cinq points de friction du projet de loi pour une "école de la confiance"

 

 

Les députés ont adopté, après l'avoir complété, un amendement en ce sens présenté par le député LR Eric Ciotti, et qui concernerait "chacune des salles de classe des établissements du premier et du second degré, publics ou privés sous contrat".  Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, favorable à la disposition, a assuré que la mesure pourrait s'appliquer "de façon très simple", avec une affiche "à des coûts tout à fait assumables par le ministère".

 

 

Eric Ciotti, qui avait proposé la présence du seul drapeau français initialement, a salué "une avancée importante". Mais les débats sur cet amendement examiné tardivement ont donné lieu à de vives protestations des élus de gauche, frustrés de ne pas avoir pu s'exprimer sur cette question.

 

 

 

"Les écoles ne sont pas des casernes"

La députée George Pau-Langevin (PS) a ainsi dénoncé une mesure "pour se faire plaisir", qui peut être perçue comme une "défiance" envers les enseignants qui ont en charge leur salle de classe. Michel Larive (La France insoumise) a de son côté jugé "suffisant" la présence des drapeaux aux frontons des établissements, invoquant "le respect de la patrie sans aller vers le nationalisme" et estimant que "les écoles ne sont pas des casernes".

 

 

Au vu de l'émoi suscité, le président de la commission des affaires culturelles et de l'éducation, Bruno Studer (LREM), a demandé une seconde délibération sur cet amendement. Celle-ci n'interviendra qu'à la fin de l'examen du texte, d'ici à vendredi.

 


12/02/2019
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