L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

SOCIETE et Consommation

Regards sur la société au travers de différents articles qui permettent une photographie de celle-ci au fil du temps qui passe...


Franceinfo - le mardi 17 juillet 2018

 

 

Paris : 31 personnes toujours en garde à vue après les incidents en marge des célébrations de la victoire des Bleus

 

 

Dans la capitale, des incidents ont eu lieu dimanche soir sur les Champs-Elysées, avec notamment le pillage de plusieurs magasins, dont le Drugstore Publicis

 

 

 

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Des échauffourées ont éclaté à Paris, dimanche 15 juillet 2018, en marge des célébrations du sacre des Bleus en finale de la Coupe du monde de football. (SAMUEL BOIVIN / CROWDS)

 

 

 

Les gardes à vue ont été prolongées pour 31 personnes, dont huit mineurs, soupçonnées d'avoir pris part aux incidents à Paris en marge des célébrations de la victoire des Bleus au Mondial, a indiqué le parquet, lundi 16 juillet dans la soirée. Des incidents avaient éclaté dimanche soir aux abords des Champs-Elysées et plusieurs magasins ont été pillés, dont le Drugstore Publicis, alors que des centaines de milliers de personnes fêtaient la victoire des Bleus en finale de la Coupe du monde à Moscou.

 

 

Alors que la préfecture de police comptabilisait 90 placements en garde à vue dans la matinée de lundi, ce bilan a été révisé à la baisse pour atteindre un total de 57 gardes à vue, dont 13 concernant des mineurs. Selon le parquet, ce différentiel s'explique par le fait que ce comptage ne retient que les "infractions directement liées à la finale de la Coupe du monde de football", telles que des vols, des violences, des dégradations ou des faits d'outrages et rébellion aux forces de l'ordre, excluant par exemple d'autres délits comme certaines infractions routières.

 

 

Dans toute la France, 292 gardes à vue

 

Sur les 44 majeurs placés en garde à vue, neuf ont été libérés lundi sans être poursuivis en raison d'infractions insuffisamment caractérisées, tandis que 23 autres ont vu leur garde à vue prolongée lundi soir, certains soupçonnés d'être impliqués dans des scènes de pillages, d'après une source proche de l'enquête. Onze personnes vont par ailleurs être présentées à la justice en vue d'une éventuelle comparution immédiate devant le tribunal correctionnel. Un autre a enfin été convoqué devant le délégué du procureur qui pourrait lui notifier un stage de citoyenneté.

 

 

Huit mineurs étaient toujours entendus en garde à vue lundi soir. Deux autres vont être présentés au parquet pour d'éventuelles suites judiciaires et un mineur est par ailleurs convoqué devant le juge des enfants. Deux mineurs ont été relâchés pour infractions insuffisamment caractérisées.

 

 

Au total, 292 personnes ont été placées en garde à vue dans toute la France lors de cette nuit festive, émaillée par des échauffourées dans plusieurs grandes villes, comme Paris, Lyon ou Marseille. A Paris, une personne a été grièvement blessée et prise en charge par les secours en urgence absolue après un violent coup de casque reçu dans la tête au cours d'une rixe.

 


18/07/2018
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Franceinfo - le vendredi 6 juillet 2018

 

 

L'auto-stop, ça fonctionne encore ? On a fait le test pour partir en vacances

 

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Ilan Caro France Télévisions

 

 

Face à l'essor du covoiturage, on pourrait penser que la pratique du lever de pouce sur le bord des routes est devenue quasi obsolète. Franceinfo a tenté de traverser la France depuis Paris en auto-stop, pour se rendre au bord de la Méditerranée en une journée

 

 

 

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Photo prise sur Google par Chantalou42

 

 

Vous n'avez pas de voiture, ni de permis de conduire, le train est trop cher (ou en grève), et vous n'avez trouvé personne pour faire du covoiturage... Pour partir en vacances, pourquoi ne pas essayer l'auto-stop ? Malgré le développement du covoiturage (11 millions de longs trajets en 2015, soit 1,6% des déplacements longue distance, selon le ministère de la Transition écologique), la pratique du stop reste relativement répandue. Et même si vous voyez peut-être moins d'auto-stoppeurs qu'il y a quelques années le long des routes françaises, ça marche plutôt bien !

 

 

Pour s'en convaincre, franceinfo a réalisé un test. L'objectif : partir du siège de France Télévisions, à Paris, pour rejoindre en stop la célèbre station balnéaire de La Grande-Motte, près de Montpellier (Hérault). Selon le site Google Maps, environ sept heures et demie sont nécessaires pour parcourir les 753 km de trajet dans des conditions moyennes de trafic. Nous, en stop, on a évidemment mis un peu plus de temps…

 

 

Deux heures trente d'attente à la porte d'Orléans

 

Trouver devant France Télévisions une voiture qui se rendrait dans le sud de la France relèverait du miracle, alors nous avons pris le tramway (oui, on a un peu triché) pour rejoindre la porte d'Orléans, dans le sud de la capitale, d'où part l'autoroute A6. Mais ce "spot" est loin d'être idéal : un vendredi à 8 heures du matin, la voie d'accès à l'Autoroute du soleil est surtout parcourue par des Franciliens, comme en témoignent les plaques d'immatriculation qui défilent sous nos yeux. Puisqu'ils s'apprêtent à rentrer sur une autoroute, les automobilistes ont tendance à accélérer. Dernier inconvénient : pour espérer attirer une voiture allant dans notre direction, il faut se placer du côté gauche de la chaussée. Vraiment pas pratique…

 

 

Bref, trouver notre première voiture est de loin la tâche la plus ardue du périple. Sur certains sites d'entraide, des auto-stoppeurs conseillent d'ailleurs de se rendre en grande banlieue en transports en commun avant de lever le pouce. Pour notre part, on a préféré persévérer. Résultat : deux heures et demie d'attente au milieu des gaz d'échappement avant qu'une voiture ne s'arrête enfin.

 

 

Règle d'or : rester sur l'autoroute

 

Au volant, Jérémie, qui se rend à Bourg-en-Bresse (Ain), nous fait parcourir d'un seul coup 350 km, soit presque la moitié du trajet, et nous dépose sur une aire d'autoroute près de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire). C'est d'ailleurs une règle d'or : pour ce type de long trajet en stop, mieux vaut éviter de quitter l'autoroute, car les aires de services et les péages sont les meilleurs endroits pour trouver des automobilistes prêts à ouvrir leurs portières.

 

 

Pour arriver à La Grande-Motte, nous avons eu besoin de monter dans les voitures de quatre autres automobilistes, tous rencontrés sur des aires d'autoroute après dix à quarante minutes d'attente en moyenne. Tous nous ont dit prendre des auto-stoppeurs lorsqu'ils en voyaient sur le bord de la route… c'est-à-dire assez peu fréquemment.

 

 

Après treize heures de trajet (environ neuf heures de route effective pour quatre heures d'attente sur le bord de la route), nous sommes arrivés à La Grande-Motte à 21 heures. Mission accomplie, donc, pour la modique somme de zéro euro.

 


11/07/2018
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Franceinfo - le mercredi 4 juillet 2018

 

 

"Je suis ni une fille, ni un garçon, juste moi" : prises pour cibles sur internet, des personnes non-binaires témoignent

 

 

Arnaud Gauthier-Fawas est devenu la cible de commentaires homophobes après avoir revendiqué être "non-binaire" dans l'émission "Arrêt sur images". Franceinfo a recueilli les témoignages de personnes non-binaires

 

 

 

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Un logo homme / femme dans un lieu public. (MAXPPP)

 

 

 

"Je ne suis pas un homme, monsieur."  L'intervention d'Arnaud Gauthier-Fawas, administrateur de l'Inter-LGBT, dans l'émission "Arrêt sur images", vendredi 29 juin, a fait le tour du web. Dans cette vidéo, Arnaud Gauthier-Fawas se revendique comme non-binaire : ni homme, ni femme. Ce militant associatif reproche alors à Daniel Schneidermann, présentateur de l'émission, de "confondre identité de genre et expression de genre" à cause de son apparence et de sa barbe.

 

 

Cette séquence a été abondamment parodiée et commentée, notamment par des sites d'extrême droite. A tel point que Daniel Schneidermann a dénoncé, dans un post de blog"la haine" et "le sarcasme" dont Arnaud Gauthier-Fawas a fait l'objet, même s'il estime que ce dernier a été maladroit. Comment ces commentaires ont-ils été perçus par les principaux intéressés ? Franceinfo leur a posé la question.

 

 

"C'est à nous de nous définir"

 

A la lecture des commentaires accompagnant la séquence, le sang de Féli n'a fait qu'un tour. "Ça m'a irrité, rapporte celui qui, à 21 ans, se définit comme non-binaire. On ne prend pas la personne au sérieux. On lui enlève de l'humanité parce qu'elle dit qu'elle n'est ni homme, ni femme." Féli, non-binaire né femme, dénonce aussi le jugement émis par les internautes. "Il faudrait que les gens comprennent que ce n'est pas à eux de définir les autres. C'est à nous de nous définir nous-mêmes et ce n'est pas à remettre en cause."

 

 

Pour Axel, revendiquer être non-binaire dans un média est salutaire. "Beaucoup de personnes n'osent pas dire qu'elles sont non-binaires. C'est intéressant de le dire. Après, il y a des manières de le présenter moins sèchement", reconnaît l'adolescent de 16 ans, né femme, qui incite à la pédagogie. "Il faut répondre aux questions, car il y a un manque d'information" sur le sujet, poursuit ce lycéen de Vernon (Eure). "Au collège et au lycée, on nous parle de l'homosexualité, mais c'est tout. On ne définit pas ce que signifie LGBT [lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres]. On ne parle jamais des transgenres ou des non-binaires", abonde Kyra, 16 ans, non-binaire né homme, qui termine sa scolarité en seconde à Orléans (Loiret). 

 

 

"Ne pas avoir d'étiquette"

 

Pourtant les questions arrivent tôt. "Quand j'avais 12-13 ans, avec la transformation physique du corps, j'ai commencé à ressentir un mal-être", se souvient Axel. C'est au gré de ses recherches sur des forums qu'il découvre la non-binarité et trouve enfin une définition qui lui correspond. 

 

 

Je ne suis ni une fille, ni un garçon. Je suis juste moi et c'est déjà pas mal. Axel à franceinfo

 

 

Pour Féli, le déclic est venu il y a trois ans. "À la base, je pensais être un homme trans, mais ça ne me correspondait pas complètement", développe celui qui revendique en public le pronom "il", à l'opposé de son sexe biologique. "Découvrir la définition de non-binaireété un soulagement pour moi. Je me suis dit que je n'étais pas bizarre", poursuit-il. "Non-binaire est un terme parapluie, illustre KyraC'est une manière de ne pas avoir d'étiquette."

 

 

"M'accepter comme je suis"

 

Outre le fait de ne pas être cantonné à un genre, Kyra revendique le droit à changer au fil des années. "Non-binaire me correspond bien, même si le côté féminin m'attire plus pour le moment. Mais tout cela peut évoluer", confie cet adolescent qui souhaite qu'on lui attribue le pronom "elle". Pour l'heure, seule une poignée de personnes de son entourage est dans la confidence. "Je préfère attendre d'être sûre avant d'en parler à mes parents", explique-t-elle.

 

 

Quand Féli en a parlé à sa famille, cela a provoqué beaucoup d'incompréhension. "Je ne les vois plus, j'envoie juste des messages pour les anniversaires. Mais c'est important pour moi de me revendiquer comme non-binaire, c'est m'accepter comme je suis", raconte-t-il. 

 

 

Axel a aussi sauté le pas d'en parler à ses parents. "Ils font comme si ça n'existait pas. Eux, ils me voient toujours comme leur petite fille. C'est frustrant car je me dis qu'en fait, ils ne me connaissent pas." Il se dit "prêt à leur laisser du temps". En attendant, l'adolescent prend son mal en patience. "Un jour, le regard sur nous changera."

 


10/07/2018
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Franceinfo - le mardi 3 juillet 2018

 

Ils assistent à une agression ou à un accident mais ne font rien : on vous explique le "bystander effect"

 

 

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Lison Verriez franceinfo France Télévisions

 

 

 

 

Une femme accouche dans une rame de RER et seulement deux personnes parmi les nombreuses présentes lui viennent en aide. Une autre se fait sexuellement agresser sur un quai de métro et aucun des dix témoins ne réagit... Etonnant ?

 

 

 

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Des chercheurs en psychologie sociale ont théorisé le "bystander effect", pour expliquer pourquoi certaines personnes ne réagissent pas quand elles sont témoins d'un accident ou d'une agression.   (CRISTIAN BORTES / EYEEM / GETTY IMAGES / AFP)

 

 

 

Il est environ 11 heures, ce lundi 18 juin. Les passagers du RER A arrivent en gare d'Auber, lorsque des gémissements commencent à se faire entendre à l'étage supérieur de la rame. Lamata Karamoko vient de perdre les eaux et s'apprête à accoucher dans le wagon. "Personne n'est allé voir pourquoi cette dame gémissait, ce qu'il se passait, témoigne Eliane, qui a assisté à la scène, dans Le ParisienEt puis tous les gens sont descendus sans apporter de l'aide." Avec une autre passagère, elle tente d'épauler la jeune maman.

 

 

Et vous, qu'auriez-vous fait ? Accidents, malaises, agressions... Ces dernières années, la presse s'est fait l'écho à de nombreuses reprises de la passivité des témoins de certains faits-divers. Ce phénomène a un nom : le "bystander effect".

 

 

 

"Plus on est nombreux, moins on va réagir"

 

Le concept émerge après le meurtre de Kitty Genovese en 1964. Cette New-Yorkaise de 28 ans est agressée, violée et poignardée en pleine rue dans un quartier tranquille du Queens, vers 3 heures du matin, alors qu'elle rentrait du travail. Le lendemain, la presse (en anglais) dénonce le silence des 38 témoins qui auraient assisté, depuis leur domicile, à la lente agonie de la jeune femme. Si le nombre de témoins a par la suite été contesté, des scientifiques se sont emparés de ce cas pour interroger la réaction – ou l'absence de réaction – des témoins.

 

 

Bibb Latané et John Darley, deux chercheurs américains en psychologie sociale, ont mis en lumière l'existence de ce "bystander effet", ou "effet spectateur". En laboratoire, un participant est installé dans un box, avec un système d'interphone. Un complice, présent dans la discussion, simule alors une crise d'épilepsie. Les chercheurs constatent que si le participant pense être le seul interlocuteur de la victime, il aura davantage tendance à intervenir. Par contre, s'il est dans une discussion de groupe et que les autres ne réagissent pas, c'est le contraire.

 

 

"L'effet spectateur, c'est le fait que plus il y a de témoins, moins on est poussé à agir parce que la réaction individuelle est influencée par celle des autres", explique Olivia Mons, porte-parole de la fédération France Victimes, à franceinfo. Lorsqu'un groupe de personnes assiste à une scène de détresse, un phénomène de "dilution de la responsabilité" opère. Ainsi, "plus on est nombreux, moins on va réagir", affirme Martine Batt, professeure de psychologie à l'université de Lorraine. Est-ce que j'interprète bien ce qui est en train de se passer, ou bien peut-être que j'exagère ce que je vois ? Pourquoi réagirais-je, alors que les autres ne le font pas ? Est-ce que je suis légitime à intervenir ou est-ce que je vais être ridicule ? Toutes ces interrogations retardent le temps d'action, voire empêchent toute intervention des témoins.

 

 

Lorsque quelqu'un est le seul spectateur des faits, "il peut y avoir une espèce de calcul qui va se faire", explique Peggy Chekroun, professeure de psychologie sociale à l'université de Paris Nanterre. Il opère alors, "assez automatiquement, rapidement et pas forcément de manière consciente", la balance "coût-bénéfice" de sa propre intervention. Ces facteurs peuvent être personnels ("Vais-je perdre du temps ?") ou collectifs ("Que va-t-on penser de moi si je n'interviens pas ?"). "La réponse va sortir en fonction de ce calcul", conclut l'enseignante.

 

 

Sans compter la peur que peut inspirer une situation surprenante et inhabituelle. "C'est une émotion très puissante qui peut être vraiment inhibitrice d'une aide", rappelle Olivia Mons.

 

 

"J'ai été témoin d'un viol et je n'ai pas bougé"

 

"Je suis coupable de non-assistance à personne en danger", reconnaît Aurélia Bloch, dans son documentaire du même nom, diffusé le 8 décembre 2015 sur France 5. Un dimanche d'avril 2004, elle s'installe dans son train apparemment vide, en direction de Paris. Les voix d'une femme et de plusieurs hommes s'élèvent dans la rame. Elle ne les voit pas, mais entend des bruits de coups, la femme dire non et les hommes, ricaner. L'alarme du train est loin. "Elle ne demande pas d'aide", "elle est sûrement consentante", "j'ai peur de passer pour une folle"..."Je me posais plein de questions", raconte la journaliste à franceinfo. Elle se terre dans son fauteuil, le reste du trajet, "trente minutes figées, comme anesthésiée", commente-t-elle dans son film.

 

 

On est dans la culpabilité sans en parler. [...] C'était quelque chose de très enfoui, ça ne faisait pas l'objet d'une culpabilité quotidienne. Aurélia Bloch, journaliste à franceinfo

 

 

Jusqu'à l'affaire de Cécile P., en 2014. Sur un quai de métro lillois, cette jeune femme est sexuellement agressée par un homme aux alentours de 22h30. Autour d'elle, une dizaine de témoins, mais aucune réaction. L'affaire, très médiatisée, réveille les souvenirs d'Aurélia Bloch.

 

 

C'est une sorte d'exutoire. [...] C'était une façon, en comprenant pourquoi les témoins étaient passifs, de comprendre pourquoi je l'avais été. Aurélia Bloch, journaliste à franceinfo

 

 

Culpabilité, honte... Les témoins passifs vivent avec le poids de leur apathie. "On a parfois des personnes qui viennent nous voir en se sentant quasiment autant victimes que la victime directe", explique Olivia Mons. "Bien sûr que la société condamne la non-réaction, on dit toujours 'Moi j'aurais fait mieux', parce qu'on a le syndrome du sauveur... Mais il faut nuancer !", surenchérit-elle. A cause de ces mécanismes de psychologie sociale et de la peur paralysante d'une telle situation, elle appelle à "relativiser le côté 'je suis témoin et je me sauve parce que je suis lâche'".

 

 

Mais pour les victimes, cette apathie de la part des témoins est désastreuse. Elle peut être ressentie comme une double peine : "La peine d'avoir été agressé et la peine surtout de ne pas avoir de valeur aux yeux des autres et d'être rien", analyse Aurélia Bloch, lors de son passage dans l'émission "C à vous", en décembre 2015.

 

 

L'article 223-6 du Code pénal prévoit une peine de cinq ans de prison et une amende de 75 000 euros pour non-assistance à personne en danger. Mais peu de témoins passifs sont poursuivis en justice : "C'est quelque chose sur lequel on n'a pas beaucoup de jurisprudence", explique Jean-Philippe Vauthier, professeur de droit à l'université de Guyane. Le procureur de Lille avait, dans un premier temps, envisagé des poursuites dans l'affaire de Cécile P., avant d'abandonner, faute d'informations suffisantes sur les témoins.

 

 

La non-assistance à personne en danger existe "pour combattre l'égoïsme sans imposer l'héroïsme", rappelle Jean-Philippe Vauthier. "Il faut que l'intervention soit sans péril pour moi ou pour les autres, décrypte le spécialiste. Tout va dépendre du mode d'action choisi. On ne va pas forcer quelqu'un à intervenir directement, mais si la personne n'appelle pas les secours, ça pourra lui être reproché."

 

 

"Il y a différents degrés d'action"

 

Comment lutter contre notre inclinaison à rester inactifs ? Qu'il s'agisse d'un accident de la route, un malaise dans la rue ou du harcèlement dans les transports, des attitudes peuvent permettre de contrer l'apathie des témoins. "Il y a différents degrés d'action. Tirer une sonnette d'alarme à quai, avoir une intervention active en cas de harcèlement... ça peut être aussi un simple sourire, se lever ou se rapprocher... ça peut aider, le fait de montrer par un moyen ou un autre une sorte d'empathie avec la victime", argue Olivia Mons.

 

 

Il suffit d'une toute petite étincelle et c'est tout le groupe qui s'élève contre l'agresseur. [...] Le but ce n'est pas de faire de chacun d'entre nous un super-héros, mais juste de savoir que l'union fait la force. Aurélia Bloch, journaliste à franceinfo

 

 

La connaissance de "l'effet spectateur" pourrait en limiter les conséquences. "On peut éduquer très tôt contre ses effets, expliquer comment appeler à l'aide et faire des enseignements sur les effets de groupe", prône Martine Batt. Aurélia Bloch en est persuadée, "si c'était à refaire, [elle] ne referai[t] pas du tout de la même façon" : "À l'époque, je ne savais pas du tout quoi faire. [...] En fait, je pense que j'étais comme la plupart des personnes qui sont témoins. Je n'étais pas formée."

 


09/07/2018
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Franceinfo - le samedi 30 juin 2018

 

 

Pourquoi les automobilistes français freinent-ils des quatre fers dès qu'on leur parle de limitation de vitesse ?

 

 

 

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Propos recueillis parVincent DanielFrance Télévisions

 

 

 

La limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires, qui entre en vigueur le 1er juillet, suscite une forte opposition chez une bonne partie des automobilistes et chez certains élus locaux. Pour comprendre cette fronde, franceinfo a interrogé le sociologue Jean-Marie Renouard

 

 

 

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A Thionville (Moselle), sur une portion de route où la vitesse est limitée à 80 km/h, le 31 janvier 2018.  (PIERRE HECKLER / MAXPPP)

 

 

 

Des questionnements, des interrogations, des critiques, peut-être même à certains égards des agacements, voire de la colère." Même s'il affiche sa fermeté sur le sujet, le Premier ministre, Edouard Philippe, a bien conscience des réticences, voire plus, d'une bonne partie des automobilistes au sujet de la limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires. 

 

 

C'est peu dire que la mesure, qui entre en vigueur le dimanche 1er juillet, est impopulaire. Des manifestations de protestation sont organisées partout dans l'Hexagone et les Français étaient 76%, début avril, à s'opposer à l'abaissement de la limitation de vitesse, selon le baromètre annuel AXA Prévention sur le comportement des Français au volant. Une constante quand on se souvient de l'opposition soulevée par d'autres mesures pour la sécurité routière, comme le port de la ceinture obligatoire (1973) ou la généralisation des radars automatiques (2003).

 

 

Pourquoi ces mesures, destinées selon les gouvernements successifs à sauver des vies sur la route, ont autant de mal à être acceptées ? Franceinfo a posé la question à Jean-Marie Renouard, sociologue et auteur de l'ouvrage As du volant et chauffards : sociologie de la circulation routière (éd. L'Harmattan, 2000).

 

 

 

Franceinfo : Pourquoi la décision du gouvernement d'abaisser la limite de la vitesse à 80 km/h suscite-t-elle tant d'opposition ?

 

 

Jean-Marie Renouard : Il y a plusieurs niveaux de compréhension à la colère contre cette mesure. L'abaissement de la vitesse de 90 à 80 km/h concerne le réseau secondaire. De facto, les autoroutes, les villes et leurs agglomérations ne sont pas concernées. Les élus des zones rurales (députés, maires et sénateurs) sont donc montés au front pour exprimer leur mécontentement. Or, depuis un certain temps, ces élus se plaignent d'un Etat trop centralisateur qui ne prend pas en compte leur avis. 

 

 

Cette réduction de la vitesse est l'occasion de mettre en scène le conflit entre la ville et la campagne, entre les élites urbaines et le peuple des périphéries. On s'élève contre ce qui est décidé "d'en haut". Ce conflit se joue aussi sur des questions écologiques : la ville ne veut plus de voitures, elle privilégie les transports en commun, la marche à pied ou le vélo... Or, lorsqu'on habite loin des grands centres périphériques, la voiture est indispensable. Les transports en commun ne sont pas ou peu organisés. Certaines familles ont besoin de deux voitures, il faut transporter ses enfants à l'école, pour leurs activités de loisirs, faire ses courses car il n'y a plus de magasins à proximité... Il y a donc un effet d'accumulation derrière ce mécontentement.

 

 

 

Il y a aussi une colère directement liée à l'objet même de la mesure, c'est-à-dire la réduction de la vitesse... 

 

On sait tous que si on passe de 90 à 80 km/h, il y aura peut-être moins d'accidents, mais surtout qu'ils seront moins violents. Toutefois, ce genre de décisions suscitent toujours une certaine résistance chez les automobilistes, qui reprochent souvent au Code de la route de ne pas tenir compte des situations particulières. 

 

 

Les automobilistes ont l'impression que ces règles sont décidées par des technocrates, des ingénieurs de la sécurité routière qui ne se déplacent pas en voiture.

 

 

Les usagers de la route font une distinction entre vitesse légale et vitesse 'normale'. Jean-Marie Renouard, sociologue à franceinfo

 

 

La vitesse légale est indiquée par le Code de la route, mais ce n'est pas la seule information prise en compte par les automobilistes. La vitesse "normale", quant à elle, est adoptée après qu'ils aient apprécié la situation (topographie des lieux, état de la chaussée, météo, fréquentation de la route...).

 

 

 

Avec cette vitesse "normale", les automobilistes se permettent-ils d'enfreindre les limitations de vitesse ?

 

Sur une route déserte, en ligne droite, on considère parfois que l'on peut s'affranchir des limitations de vitesse. En revanche, sur une route limitée à 50 km/h, où des piétons et des cyclistes partagent la chaussée, l'automobiliste s'adapte et ralentit. Dans ce cas, la règle des 50 km/h est légale, mais pas "normale".

 

 

Tous les automobilistes font cette distinction et interprètent les situations pour adapter leur conduite. Ils considèrent donc qu'en matière de vitesse, il faut leur laisser une certaine marge d'appréciation. Plus que le feu rouge ou le stop, qui sont des règles respectées, la vitesse est quelque chose que l'on adapte.

 

 

 

De nombreuses décisions en matière de sécurité routière (port de la ceinture, alcool au volant, vitesse...) ont suscité des protestations par le passé, avant d'être complètement intégrées. Comment l'expliquez-vous ? 

 

 

Les messages de la sécurité routière se heurtent à un paradoxe. La conduite automobile est à la fois un comportement individuel dans un espace qui est vécu comme privatif – la voiture où l'on ferait "ce que l'on veut" – mais qui se déroule collectivement dans l'espace public. De telle sorte que tout le monde échange. C'est une forme de tension permanente entre activité collective, la conduite sur les routes, et espace que l'on considère de liberté, le véhicule personnel. 

 

 

Toutefois, le cas de l'alcool au volant est intéressant. Quand on conduit, on communique avec les autres usagers de la route (automobilistes, deux-roues, piétons) : chacun envoie des informations sur son comportement et on en recueille également. Untel roule trop vite, circule au milieu de la route, est malhabile dans sa manœuvre, etc. En fonction de ces paramètres, on s'adapte en prenant ses distances par exemple, ou en renforçant son attention. En revanche, on ignore si celui que l'on croise a bu. Cette crainte, liée au manque d'informations sur ce danger potentiel représenté par les autres automobilistes, a permis un changement notable de comportement. On peut aussi citer un exemple : lorsqu'on est seul, sur une autoroute, en pleine nuit, un automobiliste s'attend à en croiser un autre. Il y a bien une conscience de l'autre.

 

 

C'est un paradoxe : nous sommes des automobilistes, mais aussi des piétons et des usagers de deux-roues. Nous avons donc la capacité à nous mettre à la place de l'autre et à le comprendre. Jean-Marie Renouard, sociologueà franceinfo

 

 

 

La vitesse, en particulier, est également souvent associée à la liberté... 

 

Cela prolonge ce paradoxe entre activité individuelle et collective. Certes, on peut prendre du plaisir à rouler vite mais si, dans un souci de liberté, on abolissait toutes les limitations de vitesse, ce serait le chaos, tout le monde aurait peur et protesterait. Les règles sont donc nécessaires et d'ailleurs, tout le monde est finalement d'accord pour qu'il y ait des limitations.

 

 

Il y a un cas intéressant de "liberté restreinte" par les règles : le port obligatoire de la ceinture, qui a suscité une vive opposition en 1973. Contrairement à la vitesse ou à l'alcool, si on ne la met pas, on ne porte pas de tort à l'autre. Mais cela a finalement été adopté petit à petit car les gens se sont dit : "On ne sait jamais, si j'ai un accident, si on me rentre dedans, avec cette ceinture, je suis mieux protégé."

 

 

 

Pensez-vous que l'abaissement de la vitesse limite de 90 à 80 km/h sera respecté ? 

 

Pour y arriver, il faut des contrôles via les gendarmes sur les routes ou avec les radars. Le législateur s'attend toujours à ce que la norme ait un effet pédagogique. Avec les précédentes limitations de vitesse, on a pu constater une baisse moyenne des vitesses pratiquées par les automobilistes. 

 

 

Toutefois, les conducteurs savent très bien qu'à chaque fois qu'ils n'ont pas respecté une règle (marquer un stop, franchir une ligne blanche, rouler trop vite, griller un feu rouge...), cela n'a pas forcément provoqué un accident. Il n'y a pas d'automaticité dans l'effet négatif. C'est toute la difficulté pour le message de la sécurité routière, qui communique sur le fait que si on respecte les règles du Code, on ne provoque pas d'accident.

 

 

 

Toutes ces mesures prises pour améliorer la politique de sécurité routière depuis quarante ans ont-elles été efficaces ? 

 

En 1972, il y avait 18 000 décès par an sur les routes en France. Nous sommes aujourd'hui passés sous les 4 000 morts. C'est donc un énorme succès. Cela est dû aux mesures de sécurité routière, principalement à l'aggravation des sanctions concernant l'alcool au volant. 

 

 

Mais on peut également citer l'amélioration des infrastructures routières. La signalisation est désormais compréhensible par tout le monde, les voitures sont bien sécurisées (carrosserie, composition des matériaux, système anti-dérapant, airbags...). Sans parler de la formation à la conduite, qui fait que les automobilistes sont plus habiles aujourd'hui. C'est donc un phénomène global qui a entraîné cette baisse, mais on peut encore faire un peu mieux.

 


05/07/2018
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Franceinfo - le jeudi 28 juin 2018

 

 

Un ancien évêque d'Orléans sera jugé pour non-dénonciation de pédophilie

 

 

Mis en examen en 2017 pour ne pas avoir signalé des faits de pédophilie dont est soupçonné un prêtre de son diocèse, André Fort est renvoyé devant le tribunal correctionnel

 

 

 

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L'ancien évêque d'Orléans, le 9 juin 2017. (MAXPPP)

 

 

Il sera jugé. André Fort, ancien évêque d'Orléans, mis en examen en 2017 pour ne pas avoir signalé des faits de pédophilie dont est soupçonné l'abbé Pierre de Castelet, un prêtre de son diocèse, est renvoyé en correctionnelle, indique le parquet d'Orléans, jeudi 28 juin. Cette information confirme une révélation de Mediapart

 

 

André Fort a été évêque d'Orléans de 2002 à 2010. "Il avait couvert les agissements d’un curé d"Orléans", affirme Mediapart. Pourtant, "la décision peine à contenter entièrement les plaignants", poursuit le site d'information. Les faits se sont produits il y a vingt-cinq ans. Mais ils n'ont été dénoncés à la justice qu'en 2011. L'ex-évêque d'Orléans avait pourtant été informé de ces faits, d'après Mediapart.

 

 

Le prêtre Pierre de Castelet, 69 ans, vient d'être renvoyé devant le tribunal correctionnel pour atteintes sexuelles sur mineurs de 15 ans par personne ayant autorité.

 


05/07/2018
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Franceinfo - le mercredi 27 juin 2018

 

 

TEMOIGNAGE FRANCEINFO. "Je me sens constamment oppressé" : un jeune homosexuel qui vit à Gennevilliers raconte la violence qu'il subit

 

 
Louise Hemmerlé franceinfoFrance Télévisions

 

 

 

Victime d'agressions et de harcèlement homophobes, le jeune homme a beau avoir signalé les faits à la police à de nombreuses reprises, toutes ses plaintes ont été classées sans suite. "Gennevilliers, pour les LGBT, c'est une no go zone", constate-t-il

 

 

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Lyes Alouane à Paris, le 26 juin 2018. (ELODIE DROUARD / FRANCEINFO)

 

 

Lyes Alouane a 23 ans, et il a déjà déposé une quinzaine de plaintes pour insultes et agressions homophobes. Il fait partie des 53% de personnes LGBT qui déclarent avoir déjà subi au moins une agression homophobe dans leur vie, selon une étude de l'Ifop pour la Dilcrah et la fondation Jean-Jaurès, dévoilée mercredi 27 juin par franceinfo. 

 

 

"Au collège, on me faisait déjà des commentaires parce que j'étais efféminé", se souvient Lyes, rencontré par franceinfo. "Mais depuis que j'assume mon homosexualité, c'est-à-dire depuis un an et demi, c'est un cauchemar", lâche le jeune homme d'origine algérienne. Lyes, qui vit à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), ne compte plus les interpellations homophobes dont il fait l'objet depuis qu'il a rendu son homosexualité publique. "Les insultes homophobes, c'est minimum trois fois par semaine", estime-t-il. La dernière en date ? "Il y a deux jours." 

 

 

Un harcèlement quasi-quotidien 

 

Ces prises à partie, dès qu'il sort de chez lui, rendent son quotidien insoutenable. "C'est du harcèlement. Il y a un groupe de jeunes sur une place qui ne veulent plus que j'y passe alors que c'est le chemin pour rentrer chez moi", explique-t-il. "A chaque fois que je passe, ils m'insultent, ils me lancent des bouteilles de verre. Il y en a un, une fois, qui m'a suivi et qui m'a craché au visage", décrit le jeune homme. Dès que sa situation financière le lui permettra, il assure qu'il va déménager, pour échapper à un environnement où il se sent "constamment oppressé" : "Gennevilliers, pour les LGBT, c'est une 'no go zone'", une zone interdite, affirme-t-il. 

 

 

Parfois, j'ai l'impression de ne pas être en France. On se sent très, très seul. Lyes Alouane franceinfo

 

 

Toutes les plaintes classées sans suite 

 

Ce n'est pas faute de faire appel aux autorités. Lyes se rend régulièrement au poste de police pour porter plainte, dès qu'il a des preuves ou que d'autres personnes peuvent témoigner en sa faveur. Face à la récurrence du problème, il a même pris l'habitude d'allumer la caméra de son téléphone lorsqu'il se fait insulter, voire poursuivre dans la rue, pour documenter ces incidents.

 

 

Mais lorsqu'il se rend au commissariat de police, Lyes n'a pas toujours l'impression d'être pris au sérieux. Terrence Katchadourian, de Stop Homophobie, raconte avoir accompagné Lyes pour porter plainte : "Les policiers lui ont dit : 'Vous en faites trop. Ce ne sont pas vos habits, par hasard ? Vous ne les provoquez pas ?'" 

 

 

Quand je vais porter plainte pour insulte homophobe, j'ai l'impression que c'est moi l'agresseur. Lyes Alouanefranceinfo

 

 

Toutes les plaintes déposées par Lyes ont été classées sans suite. "C'est systématique lorsqu'un individu porte plainte sans le soutien d'une association", regrette Terrence Katchadourian. Stop Homophobie a donc décidé de se porter partie civile auprès de Lyes, pour relancer les poursuites. "Si les plaintes sont abandonnées, les agresseurs prennent confiance en eux, se sentent intouchables, au point de courser les jeunes dans les rues", explique le responsable associatif.

 

 

Des points de suture après un guet-apens 

 

Et parfois, de s'en prendre physiquement à leurs victimes. "J'avais rendez-vous avec un garçon que j'avais rencontré sur Facebook. C'était un jeune Maghrébin, et en fait, c'était un guet-apens", se remémore Lyes. Quand il arrive sur place, un homme l'interpelle, et lui demande "'C'est toi qui veux voir mon ami ?' J'ai répondu 'non' parce que j'ai senti le danger, explique Lyes. Il a sorti une bombe lacrymogène et m'a aspergé. Vu que j'avais l'adrénaline, ça ne m'a même pas piqué les yeux. Mais il m'a écrasé la bonbonne de gaz d'un grand coup sur la tête. Lui s'est arrêté, moi j'ai continué à courir."

 

 

Il y avait du sang qui giclait de ma tête et je suis parti me réfugier dans une auto-école. Lyes Alouanefranceinfo

 

 

"L'auto-école était fermée mais j'ai mis ma main en sang sur leur vitrine, ils m'ont vu, m'ont ouvert et ont appelé les pompiers." Le certificat médical établi par l'hôpital où il a été conduit, que franceinfo a pu consulter, fait état d'une "plaie sur le scalp" et de la "pose de trois agrafes" pour la suturer. 

 

 

Un engagement contre l'homophobie

 

Ses certificats médicaux attestent aussi du stress post-traumatique dont souffre Lyes après ses agressions à répétition. "J'ai développé un TOC, je regarde tout le temps derrière moi quand je marche dans la rue. Et je suis sous anxiolytiques, pour calmer mes crises d'angoisse."

 

 

"Des gens comme Lyes, il y en a beaucoup, mais personne ne s'exprime", explique Terrence Katchadourian. Il en sait quelque chose, puisque Stop Homophobie a reçu plus de 1 500 appels à l'aide depuis le début de l'année, et a même dû ouvrir il y a un an une plateforme en ligne pour apporter une assistance juridique aux victimes d'agressions. 

 

 

Lyes, lui, ne veut plus se taire. Même s'il parvient à déménager, il veut œuvrer à Gennevilliers contre l'homophobie, et y ouvrir une antenne de l'association Stop Homophobie. "Il est extrêmement courageux", dit, admiratif, Terrence Katchadourian. Mais pour Lyes, c'est comme une évidence : "Je n'ai plus jamais envie de me cacher."

 


03/07/2018
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Franceinfo - le lundi 25 juin 2018

 

 

"Je suis foutue, maman" : avant le procès de proxénètes, une mère de famille raconte le cauchemar vécu par sa fille recrutée via les réseaux sociaux

 
 
Mathilde Lemaire Radio France

 

 

Les 11 victimes sont, dans ce dossier jugé à partir de lundi à Paris, en majorité des adolescentes recrutées sur les réseaux sociaux, appâtées par l'argent puis rendues esclaves d'un réseau animé par des hommes d'une vingtaine d'années

 

 

 

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La jeune fille avait commencé à flirter avec un garçon plus âgé qui avait repéré de jolies photos d'elle sur les réseaux sociaux. Photo d’illustration. (PIERRE ROUANET / MAXPPP)

 

 

En 2016, Hawa* a 15 ans. La jolie adolescente coquette et fan de mode est une élève moyenne de seconde. Elle ne fait pas encore partie des 11 victimes - en majorité des adolescentes - de l'affaire de proxénétisme qui s'ouvre, lundi 25 juin, au tribunal correctionnel de Paris et pour laquelle 12 hommes, âgés de 17 à 30 ans, comparaissent. Sur le réseau social Instagram, elle commence à flirter avec un garçon plus âgé qui a repéré de jolies photos d'elle. "Elle était souvent sur internet, mais moi je ne surveillais pas. Je ne me suis pas inquiétée", explique Edwige, sa mère.

 

 

Mais "ils lui ont lavé le cerveau", regrette-t-elle. Le garçon rencontré par Hawa lui propose de gagner de l'argent facilement. "Ils les ont appâtées par la facilité et l'argent gagné vite fait", poursuit la maman. La jeune fille, elle, se laisse tenter, "comme ce sont des filles de cités, pas très fortunées comme nous, et que l'on ne peut pas, en plus des factures, faire plaisir", tente de décrypter Edwige, alors que ce phénomène connaît un essor dans plusieurs cités d'Île-de-France.

 

 

Très vite, elle change de vie

 

Hawa commence par découcher une nuit, puis un week-end entier, une semaine avant de quitter le domicile pour de bon. Après l'avoir "testée", selon les termes utilisés par son proxénète lors de sa garde à vue, il lui achète du maquillage, des vêtements de marques, des chaussures. Il prend des photos d'elle qu'il poste sur des sites d'annonces comme Vivastreet, Wannonce ou EscortSexe.

 

 

Les appels de clients sont nombreux. Hawa enchaîne les rendez-vous dans des appartements loués spécialement à Paris, à Suresnes, ou en Belgique. La jeune lycéenne et ses copines, recrutées elles aussi dans des cités de banlieue parisienne, font jusqu'à dix passes par jour sous la menace. "Ils leur disaient : 'Il nous faut de l'argent, il faut travailler.' Ils les bastonnaient", rapporte Edwige, les yeux humides.

 

 

Ils les prenaient comme leur femme et ils les jetaient en pâture aux clients. Edwige à franceinfo

 

 

Elles sont ainsi exploitées 7 jours sur 7, mais touchent au fil des semaines de moins en moins d'argent. Fini les cadeaux, les livraisons de bons petits plats à domicile comme au début. "C'était des partouzes. Cela allait dans tous les sens, des vieux messieurs, des gens très fortunés paraît-il", relate Edwige.

 

 

Pour faire tenir les jeunes filles qu’ils gardent séquestrées dans des appartements miteux, les proxénètes leur font consommer de la cocaïne. Elles deviennent dépendantes. Hawa attrape des infections sexuellement transmissibles et doit avorter plusieurs fois. Elle tente même de se suicider. Un soir, fatiguée, en rage, elle s'enfuit avec une autre jeune prostituée.

 

 

Cette décision leur coûte cher. "Ces gens-là sont venus les rechercher à la maison. Ils les ont menacées : 'On sait où tu habites, on sait où sont tes parents, on va tout raconter sur le net.'" Hawa est même agressée physiquement. "Ils lui ont cassé l'arête du nez. Ils sont venus jusque dans le lycée les chercher", précise Edwige.

 

 

Dix mois de cauchemar et des séquelles

 

Le mauvais rêve dure dix mois pour Hawa. Les policiers, alertés par des parents en détresse comme Edwige, finissent par enquêter de longues semaines. Des écoutes téléphoniques et des surveillances physiques sont notamment mises en place. Ils finiront par arrêter les proxénètes de ce réseau. Douze hommes d'une vingtaine d'années qui sont à la barre pour ce procès prévu sur 10 jours. Les deux organisateurs du réseau sont toujours en détention provisoire, mais cela n’est pas suffisant pour rassurer Hawa et sa maman.

 

 

"Au début, elle était pour porter plainte. Elle m'a dit : 'Je vais tout dire sur ce que je sais.' Mais, après, elle a eu peur, elle s'est rétractée", explique Edwige. Elles en auraient envie, mais aucune ne viendra témoigner au tribunal. La mère et la fille ressentent trop de honte, elles ont peur de devoir revivre ces jours très sombres de 2015. Surtout, elles sont très angoissées face au risque de représailles de la part d’hommes qui les ont insultées et sont venus jeter des pierres sur leur fenêtre après que l’affaire a été révélée. Hawa "a réalisé à qui elle a affaire donc on risque d'énormes problèmes. Ce sont des gens plus forts que vous, donc vous ne pouvez rien", défend la maman.

 

 

Aujourd'hui, Hawa a 17 ans. "Elle a des problèmes de santé. Heureusement, ce n'est pas le sida. Elle me dit : 'Je suis foutue maman, je ne vaux plus rien.' Ils ont déglingué plein de jeunes filles. Il y en a une qui est en psychiatrie à cause de ce qu'elle a vécu", détaille Edwige. Sa fille, elle, vit comme cachée dans un foyer loin de sa ville d'origine. Des psychologues et des assistantes sociales l'aident à se reconstruire. Elle a tenté de reprendre le lycée, mais elle a beaucoup de mal, car elle n'arrive plus à se concentrer en classe. En 2013, on recensait une petite dizaine de dossiers de ce genre dans la région parisienne. Aujourd'hui, on en compte plus de 70.

 

 

* Les prénoms ont été modifiés.

 


03/07/2018
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Franceinfo - le samedi 23 juin 2018

 

 

"Je me sens épuisée, abusée" : le cri d'alarme du personnel médical des maternités

 

 

Un rassemblement se tient à Paris, samedi, pour lutter notamment contre la fermeture de maternités de proximité. Franceinfo a interrogé des soignants travaillant dans des maternités publiques, afin d'en savoir plus sur leurs conditions de travail

 

 

"On a un manque de personnel, d'infirmiers, d'aides-soignantes, de médecins. Les agents sont appelés sur leur repos. Ils sont fatigués, usés." Sandrine Banderier, aide-soignante de 42 ans, ne cache pas sa colère. Dans l'hôpital de Vierzon (Cher) où elle exerce, plusieurs services, dont la maternité, sont menacés de fermeture du fait de suppressions de postes. Un rassemblement a lieu à Paris, samedi 23 juin, pour dénoncer la fermeture de ces maternités de proximité. 

 

 

Car cette aide-soignante, représentante de l'intersyndicale de l'hôpital, et ses collègues sont loin d'être les seuls concernés. A travers la France, plusieurs établissements, comme les maternités de Guingamp (Côtes-d'Armor) ou de Bernay (Eure), vont bientôt fermer leurs portes. Bien d'autres craignent une même issue. Entre 2016 et 2018, plus de dix petites maternités ont cessé leur activité, selon Le Monde. Et en quarante ans, les deux tiers de ces établissements ont disparu. 

 

 

En parallèle, des lits ferment dans bon nombre de maternités plus grandes, par mesure d'économie. "A la faveur d'une petite baisse d'activité, on nous a fermé des lits", relate Camille Lamboley, sage-femme à la maternité d'Orléans (Loiret). "Ces lits sont rouverts régulièrement, mais sans personnel", dénonce la jeune femme. Du côté de Blois (Loir-et-Cher), la maternité a perdu un tiers de ses lits – et du personnel en conséquence, rapporte Jean-Luc Lebrun, gynécologue obstétricien. 

 

 

"On mange quand on peut, si on peut"

 

Quand des lits ou des maternités entières ferment, certaines grandes maternités voient leur activité augmenter un peu plus. "On fait 5 000 accouchements par an", rappelle Carole Alava, aide-soignante et auxiliaire de puériculture à la maternité du CHU de Toulouse (Haute-Garonne). En raison de la fermeture de maternités "périphériques", celle de Toulouse reçoit "toute la région", assure la soignante, également militante de Sud Santé Sociaux. "Ça amène ce boulet de canon de venues (...) On est surchargés", abonde Magali, aide-soignante, auxiliaire puéricultrice et militante CGT à la maternité de l'hôpital Delafontaine, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). 

 

 

Bon nombre de soignants témoignent, en conséquence, de conditions de travail particulièrement difficiles. En maternité physiologique, "on a moins d'une heure à passer avec chaque patiente", raconte Camille Lamboley, "sans compter toutes les entrées et les sorties". Sur une période de travail de douze heures, "en salle de naissance et aux urgences, on mange quand on peut, si on peut", poursuit-elle.

 

 

Le week-end, la sage-femme se trouve toute seule. Ce n'est pas ce qu'il y a de plus sécurisant.

Jean-Luc Lebrun, gynécologue-obstétricien à la maternité de Blois

à franceinfo

La crainte de soins dégradés

Du fait d'un manque de moyens et d'effectifs, selon ces soignants, les soins qu'ils prodiguent perdent en qualité. "On n'a plus de temps pour faire des dépistages ou des prises en charge de tout ce qui est psycho-social", regrette Camille Lamboley. Carole Alava confirme. L'aide-soignante se dit "terriblement frustrée" de ne pas avoir le temps de "discuter avec les patientes, de leur expliquer comment mettre leur enfant au sein".

 

 

On a des accouchements sans péridurale, alors que ce sont des patientes qui, pendant neuf mois, ont suivi leur grossesse et ont demandé une péridurale.

Magali, aide-soignante et auxiliaire puéricultrice à l'hôpital Delafontaine de Saint-Denis

à franceinfo

 

 

Plusieurs évoquent même des prises de risque pour les patientes et leurs bébés. "Il m'est arrivé de rendre visite à des femmes qui avaient une césarienne récente et qui se trouvaient vraiment à l'endroit le plus éloigné de la salle de soins", reconnaît Jean-Luc Lebrun.  

 

 

A Vierzon, comme dans d'autres maternités menacées, les personnels s'inquiètent des conséquences d'une maternité locale en moins pour les femmes enceintes. "On a énormément de femmes sur Vierzon et alentour qui viennent à pied, qui n'ont pas de moyen de locomotion, affirme Sandrine Banderier. Si on n'a plus notre maternité, ce n'est pas possible", s'indigne-t-elle.

 


02/07/2018
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Franceinfo - le vendredi 22 juin 2018

 

 

TRIBUNE. Supprimer les pensions de réversion des veuves et veufs ? Au contraire : les associations de retraités lancent un appel pour les renforcer

 

 

Aujourd'hui en France, 4,4 millions de veuves ou veufs perçoivent des pensions de réversion. Deux représentants d'associations de défense des retraités – Francisco Garcia, président national de l'Union nationale des retraités et personnes âgées, et Pierre Erbs, président de la Confédération française des retraités – s'inquiètent de leur possible remise en cause

 

 

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 Un homme brandit une pancarte "Retraités en colère" lors d'une manifestation contre la réforme des retraites, le 14 juin 2018 à Paris.  (ZAKARIA ABDELKAFI / AFP)

 

 

 

À la mort d'une personne, son époux ou son épouse qui lui survit peut se voir reverser une partie de la retraite du défunt : c'est ce qu'on appelle les pensions de réversion. Le veuf ou la veuve d'un ou une salarié(e) du privé peut par exemple toucher, sous conditions, 54% de la pension de son ancien conjoint. En tout, 4,4 millions de personnes en bénéficient en France et touchent, en moyenne, 499 euros par mois, selon la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares).

 

 

Le dispositif coûte au total 36 milliards d'euros par an. Mais "doit-on [le] maintenir ?" C'est la question posée dans un document du Haut Commissariat à la réforme des retraites, consulté par l'AFP, puis sous une autre forme sur la plateforme en ligne de "grande consultation citoyenne". Ce "n'est pas la question", a répliqué Agnès Buzyn, mais "il n'y a rien d'exclu". Au Sénat jeudi 21 juin, la ministre des Solidarités et de la Santé a expliqué que les pensions de réversion devaient selon elle être "harmonisées" et "remises à plat". Ce débat inquiète les associations de défense des retraités, qui militent pour une harmonisation par le haut, plutôt que par le bas, des pensions de réversion, essentielles selon eux pour permettre aux veufs et veuves de vivre dignement. Leurs représentants s'expriment ici librement. 

 

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Faut-il maintenir les pensions de réversion ? Dans le cadre de la réforme des retraites qui instaurerait un système par points, Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire en charge du dossier, l'a demandé aux partenaires sociaux. Bien qu’il ait précisé ensuite que la question posée n'avait pas pour objet la suppression de ces droits, il n'en reste pas moins qu'elle n'est pas innocente, qu'il n'y a pas de fumée sans feu et qu'elle pourrait préparer les esprits à leur diminution, si ce n'est, à terme, à leur disparition.

 

 

Les premières victimes seraient les femmes, qui sont 89% à bénéficier des pensions de réversion : pour plus d'un million d'entre elles, c'est même le seul revenu.Les représentants des principales associations de retraités

 

 

D'une façon générale, elles sont moins bien rémunérées que les hommes durant leur carrière. L'âge de la retraite venu, leurs trajectoires professionnelles les conduisent, pour diverses raisons (familiales, temps partiel...), à des pensions inférieures, en moyenne, de 25% à celles des hommes.

 

 

Les droits à la retraite sont ainsi, de fait, inégaux. Or il est admis, à condition d'être marié, que le conjoint survivant a, de facto, droit à une partie de la retraite du défunt ou de la défunte, en considérant qu'il a contribué à la constitution de son montant. Ce retour est légitime. La réversion permet de réduire de 15 points l'écart entre les pensions des hommes et celles des femmes. C'est aussi un complément conséquent et justifié pour les 45% des femmes retraitées et 11% des hommes retraités dont la pension est inférieure au seuil de pauvreté.

 

 

Une harmonisation nécessaire

 

Mais aujourd'hui, les conditions pour bénéficier de la réversion sont différentes selon les régimes de retraite. Leur mode de calcul diffère entre régime de base, régime des fonctionnaires, régime des complémentaires, régime des parlementaires... Certains permettent de la cumuler avec sa propre pension. D'autres l'autorisent mais en mettant en place un plafond ou en la modulant en fonction des ressources personnelles du conjoint survivant. Ces limitations excluent disproportionnellement les veufs, dont le montant des pensions est en moyenne plus élevé que celles des veuves.

 

 

Cette multiplicité de régimes invite à réfléchir sur l'opportunité de travailler à leur harmonisation. Aligner les pensions de réversion ne se fera certes pas sans réticences ni du jour au lendemain, d'autant que quand on parle d'harmonisation, deux perspectives s'opposent.

 

 

La première est comptable. Elle prend en compte l'accroissement du nombre de retraités dans les futures décennies, le ratio retraités/actifs, l'allongement de l'espérance de vie et l'éventuelle réduction de l'écart de salaires entre hommes et femmes, mais aussi le recul possible de l'âge de départ à la retraite. Elle conduit à reconsidérer les pensions de réversion, revoir leur montant à la baisse, geler le montant du plafond de cumul, voire créer des conditions telles que le nombre de bénéficiaires potentiels en serait considérablement diminué.

 

 

Dans son rapport annuel, le Conseil d'orientation des retraites estime que le système de retraite restera dans le rouge au mieux jusqu'en 2036, au pire jusqu'en 2070. Ces projections sont de nature à justifier de nouvelles mesures (hausse de la durée de cotisation pour une retraite pleine, recul formel ou de fait du départ en retraite, changement du mode de calcul des pensions...) qui diminueront le montant des pensions directes et donc celui des pensions de réversion, qui de surcroît seraient versées sur des durées moindres.

 

 

La qualité de la vie construite à deux doit être maintenue pour celui ou celle qui survit à l’autre, et qui a aussi, rappelons-le, contribué au montant de la retraite du défunt ou de la défunte.Les représentants des principales associations de retraités

 

 

La deuxième perspective, c'est de se mettre à la place des retraités concernés : l'essentiel des charges supportées par le conjoint survivant resteront quasiment les mêmes (loyer, entretien des biens, véhicule...).

 

 

Une mesure de justice sociale

 

Si la perspective d'une harmonisation de tous les régimes et modes de calcul des pensions de réversion est envisageable et souhaitable, elle ne peut intervenir en opposant les divers régimes, considérant que certains retraités seraient des privilégiés. Bien au contraire, en vertu du principe d'égalité de traitement des citoyens, un alignement de tous les régimes sur le plus favorable d'entre eux serait à étudier avec une mise en œuvre progressive. Aligner les pensions de réversion sur le régime le plus favorable ne serait qu'une mesure de justice sociale. Les principales bénéficiaires en seraient les veuves, qui verraient leurs conditions améliorées.

 

 

Mais alors, quel pourrait être le régime de référence ? Le plus favorable de tous est sans conteste celui des sénateurs, dont le conjoint survivant perçoit une pension de réversion égale à 60% de la pension du défunt ou de la défunte, sans plafond ni conditions de ressources. Commencer par relever progressivement le plafond pour tous les régimes concernés jusqu'à le supprimer serait déjà une première étape intéressante vers l'harmonisation des régimes. Dans le même temps, relever les pourcentages de réversion compléterait utilement la démarche prenant en compte les besoins des veuves et des veufs.

 

 

Permettre aux veuves et veufs de vivre dignement leur retraite serait une marque de respect envers les plus âgés.Les représentants des principales associations de retraités

 

 

Aussi la requête de Jean-Paul Delevoye, demandant aux partenaires sociaux s'il fallait maintenir les pensions de réversion, ressemble fort à un ballon d'essai qui doit être pris au sérieux. Il nous invite à rester vigilants sur la protection de nos droits.

 

 

Signataires : Francisco Garcia, président national de l'Union nationale des retraités et personnes âgées, Pierre Erbs, président de la CFR (Confédération française des retraités, qui regroupe la Fédération nationale des associations de retraités, L'Union française des retraités, la Confédération nationale des retraités des professions libérales, Générations mouvement, l'Association nationale des retraités de la Poste et d'Orange, et le groupement CNR-UFRB).

 


02/07/2018
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Franceinfo - le jeudi 14 juin 2018

 

 

ENQUETE FRANCEINFO. "C’est pire qu’une drogue" : le combat sans fin d'un pédophile contre ses pulsions

 

 

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    (BATISTE POULIN / FRANCEINFO)

 

 

"Je suis certain que je ne récidiverai pas, si je retouche un seul cheveu d’un gamin, je serai inexcusable." Silence. "Mais, est-ce que j’aurai la force de dire non à un gamin de 15 ans ? C’est sûr que je n’irai pas le chercher. Mais si on me provoque…"  Stéphane*, 58 ans, n’élude rien de ce qui le hante depuis ses 14 ans. Son attirance pour les petits garçons est allée jusqu’au passage à l’acte, à plusieurs reprises, avec des victimes âgées de 12 à 15 ans. Incarcéré dès 2011, il a été condamné en 2013, à cinq ans de prison pour agressions sexuelles sur mineurs. Libéré en 2015, il a retrouvé du travail, s’est réconcilié avec sa famille et respecte son suivi socio-judiciaire. Mais son trouble est toujours là.

 

 

Nous sommes entrés en contact avec lui après l'affaire Angélique, du nom de cette jeune fille de 13 ans, violée et tuée en avril 2018 par un homme déjà condamné vingt-deux ans plus tôt pour "viol avec arme sur une mineure de moins de 15 ans". Après ce meurtre, la question du suivi et de la réinsertion des personnes condamnées pour pédophilie est revenue dans le débat public. Stéphane nous a raconté son expérience, sa vie régulée par son attirance pour de jeunes garçons et son impuissance face à ces pulsions qui le rongent.

 

 

Quand nous le rencontrons, ces dernières se manifestent ouvertement. "Tout en vous parlant, je regarde autour pour voir si personne ne peut me perturber." Quelques minutes plus tard, un couple accompagné d’un petit garçon d’une dizaine d’années traverse la place du palais de justice de Nice (Alpes-Martimes) où il nous a donné rendez-vous. Stéphane interrompt la conversation. Il tire une paire de lunettes de sa chemisette. Grand et mince, il se voûte légèrement pour regarder. "Non, ça va, il est gros, je suis rassuré." Lui préfère les jeunes garçons sveltes et musclés. La scène se répétera plusieurs fois durant la conversation. "C'est pire qu’une drogue, souffle-t-il. Quand je me vois de l’extérieur, je me trouve dégueulasse. Un gros porc qui a touché des enfants."

 

 

 

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    (BATISTE POULIN / FRANCEINFO)

 

 

"Tous ces fantasmes dans la tête, ça rend fou"

 

Stéphane se souvient parfaitement du jour où tout a commencé. "C’était la rentrée de 3e, je n’avais pas encore 15 ans et j’ai été violemment attiré par un petit gamin de 6e, un petit blond avec une coupe à la Mireille Mathieu." En plein cours de maths, il comprend. "J’en suis tombé dans les pommes, j’ai réalisé que je n’étais pas amoureux des filles mais que j’étais attiré par les petits garçons." Stéphane ne vit plus que pour le quart d’heure où, à la cantine, il croise le garçonnet et lui "apprend des tours de cartes". "Je suis encore traumatisé par lui aujourd’hui."

 

 

Ses résultats scolaires en pâtissent et l’adolescent se renferme sur lui-même. "J’aurais dû être repéré dès la 3e, fulmine-t-il. Un jour, la prof d’anglais s’est foutue de moi parce que je parlais à un camarade. Elle a dit devant tout le monde 'regardez, Stéphane parle !' Elle avait vu que je ne parlais pas du tout mais n’a rien signalé." Ses parents, qui évoluent dans un milieu aisé, ne remarquent rien. "Mon père me reprochait de faire pleurer ma mère à cause de mes résultats scolaires. Ils prenaient mon mal-être pour de la fainéantise", relève-t-il.

 

 

L’été de ses 18 ans, il devient animateur dans une colonie de vacances du sud de la France. "Évidemment, ç'a été le terrain de mes expériences." Stéphane encadre une vingtaine d'enfants de 11 ans. L’un d’eux attire immédiatement son attention.

 

 

On était parti camper deux nuits et j’ai trouvé un prétexte pour le faire dormir avec moi et une animatrice. Les chatouilles sont devenues des caresses et j’ai caressé son sexe.

Stéphane

 

 

Le petit garçon a un mouvement de recul, fait "un gémissement d’acceptation, mais contraint et forcé". L’animatrice n’entend rien. Le lendemain, l'enfant se comporte comme la veille. Lui se sent "coupable", a le sentiment d'"avoir trahi" l’enfant. "Ça m’a fait un électrochoc", dit-il.

 

 

Stéphane tente dès lors de se maîtriser comme il peut. "Il était dans une très grande souffrance. Il s’est même adonné à de l’automutilation pour faire passer ses pulsions", explique son avocate Alexandra Granier. Au début des années 2000, il vit dans une villa à Marseille. Dans la maison d’à côté, habite un adolescent âgé "de 14/15 ans". "Ç'a été un enfer pendant un an. J’avais tous ces fantasmes dans la tête, ça rend fou." La culpabilité le ronge. "Adepte de tendances masochistes", il se brûle "atrocement" les fesses sur son barbecue pour se punir. Il en porte encore aujourd’hui la trace.

 

 

 

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   (BATISTE POULIN / FRANCEINFO)

 

 

"Je ne peux rien pour vous"

 

Stéphane cherche alors de l’aide auprès de son entourage. À 29 ans, il tombe en dépression. "Je me suis dit 'ma vie est foutue' et j’ai décidé de faire cadeau de ma vie à quelqu’un." Il se marie avec une non-voyante rencontrée par le biais d’une petite annonce. "Si j’avais été amoureux des femmes, ç'aurait été elle." De cette union naissent quatre enfants : une fille et trois garçons. Le quotidien familial n’apaise pas ses pensées pédophiles et les disputes avec sa femme sont régulières.

 

 

Cette dernière commence à se douter de quelque chose. "Un jour, on était en balade à Paris sur l’ancien chemin de fer à Bastille. On a croisé quatre ados en patins à roulettes dont un torse nu, en pantalon blanc." Stéphane, tout joyeux d’être à Paris, devient immédiatement silencieux et maussade, faute de pouvoir assouvir son fantasme. "Il m’a pourri l’après-midi, en dix secondes, notre week-end était foutu. Ma femme a vu mon changement d’humeur mais elle n’a pas compris pourquoi", raconte-t-il. En 1997, il lui avoue tout. "Elle m’a dit qu’elle s’en doutait, qu’elle me comprenait et que c’était horrible", se souvient-il. Sa femme, qui ne compte pas – à ce moment-là – le dénoncer, lui fait promettre de ne jamais toucher à leurs enfants. Il assure n’éprouver aucune attirance envers sa progéniture. "Je ne ressens rien pour eux, je lui ai dit de n’avoir aucune inquiétude à ce sujet."

 

 

Mais pouvoir en parler à sa femme ne suffit pas. Stéphane s’ouvre également à ses enfants. "Il m’avait raconté – quand j’avais la vingtaine – que c’était dans sa tête, qu’il n’y aurait jamais de passages à l’acte", se souvient sa fille aînée, Marine*, 29 ans aujourd'hui. "Ça m’a perturbée mais j’ai continué à lui faire confiance", ajoute-t-elle. "À moi aussi, il m’avait dit que c’était une souffrance et qu’il ne passerait jamais à l’acte", confirme son fils Marc*.

 

 

C’est dingue, je n’en reviens pas. C’était un secret de polichinelle. Il l’avait dit à son entourage, à ses amis, à ses enfants et ça n’a interpellé personne.

Marc, fils de Stéphane

 

 

Le jeune homme est aujourd’hui âgé de 27 ans. "Je me souviens de l’anniversaire de mon petit-frère, il y avait tous ses copains et leurs parents. Et mon père provoquait les gamins. Il leur a dit 'vous n’êtes pas cap de vous mettre cul nu pour que je fasse une photo'. Il n’y a eu aucune réaction de la part des adultes présents."

 

 

Stéphane se tourne aussi vers le monde médical. Avant son arrestation, il consulte trois psychiatres ainsi qu'un psychologue. Sans effet. L'un de ces praticiens, recommandé par son généraliste, lui assène même : "Je ne peux rien pour vous, je ne suis pas compétent." Il le place sous antidépresseurs. "On peut reprocher plein de choses à mon père mais pas de ne pas avoir cherché de l’aide", déplore sa fille Marine."Il était en demande de soins depuis fort longtemps, il n’a pas été soutenu comme il aurait dû", renchérit son avocate.

 

 

"J’ai des collègues qui ne veulent pas entendre parler de ces problèmes-là", confirme le psychiatre Walter Albardier, responsable du Criavs (Centre ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles) d’Ile-de-France. "En France, on travaille beaucoup sur la récidive et on oublie le premier passage à l’acte", dit-il, pointant également un manque de formation du personnel médical.

 

 

On a tout à faire sur la prévention. Il y a aussi, chez certains soignants, l’idée que le pervers n’est pas traitable.

Mathieu Lacambre, psychiatre et président de la FFCRIAVS

 

 

Hormis ces centres, aucune ressource spécifique n’existe pour les pédophiles qui ne veulent pas passer à l’acte. Aucun numéro vert n’est, pour le moment, à leur disposition pour se confier et trouver de l’aide auprès de professionnels.

 

 

De son côté, Stéphane assure même avoir pensé à la castration chimique. Mais les médecins lui ont expliqué que cela "n'agirait pas sur ses sentiments amoureux, qu’il y avait un risque que ça ne change rien". Pire, assure-t-il, la castration l’empêcherait "de se soulager à la maison", et donc de se masturber. Stéphane assure ne pas consommer de vidéos pédopornographiques. "Ce traitement inhibiteur de la libido peut sécuriser la prise en charge du patient, soulager beaucoup et être utile mais ça ne règle pas tous les problèmes. Il reste la pédophilie, le fait d’aimer les enfants, donc la question de la préférence sexuelle", avance Mathieu Lacambre.

 

 

 

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    (BATISTE POULIN / FRANCEINFO)

 

"Je suis coupable"

 

Sans aide extérieure, Stéphane repasse à l’acte, plusieurs fois. "Quand il a vu que l’encadrement médical n’était pas là, il a relâché ses efforts", soupire son avocate. Il y a d’abord Frédéric*, un ami de ses enfants, dont il devient très proche grâce à leur passion commune pour les trains. "Au début, il ne s’est rien passé, se souvient Frédéric. Au contraire, il était un peu comme un deuxième père pour moi, il était très attentionné." Mais, à ses 15 ans, en 2006, tout "bascule en une nuit". Avec la confiance des parents de Frédéric, Stéphane l'emmène en voyage sur les traces de gares oubliées. Un soir, dans un hôtel, il le caresse. Puis le masturbe.

 

 

J’étais tétanisé, en état de choc, on ne pense plus à rien, on n’a pas de réponse de son corps.

Frédéric, victime de Stéphane

 

 

Son agresseur "va plus loin" et lui "fait une fellation". "Je n’ai aucune stratégie pour sortir de là, raconte Frédéric. Le lendemain, il m’a demandé de ne rien répéter et m’a promis qu’il ne recommencerait pas. Mais dans les mois qui ont suivi, il a recommencé une fois."

 

 

Stéphane ne s’arrête pas au jeune ado. En 2005, il divorce et s’installe dans une grande villa à Aubagne (Bouches-du-Rhône). Cinq ans plus tard, il fait la connaissance de Julien*, 12 ans, le meilleur ami de son troisième enfant."Ç'a été le coup de foudre, sans exagérer. Quand je l’ai vu torse nu, je n’ai plus été maître de moi", dit-il. Un soir d’été, son fils et Julien sont dans son lit et regardent un film. Un Louis de Funès. "J’ai eu une pulsion et j’ai dit 'on va faire des papouilles'." Le scénario est le même. Les "papouilles" se transforment en caresses. "Pendant deux ans, je l’ai caressé presque chaque week-end. C’était devenu le but de ma vie", avoue Stéphane. Les deux gardent le silence.

 

 

Mais, le 15 septembre 2011, tout s’arrête. Les policiers débarquent sur son lieu de travail et saisissent son ordinateur. Son ex-femme l’a dénoncé, persuadée qu’il s’en est pris à leur dernier fils. Il nie catégoriquement mais cite spontanément Frédéric. Julien a déjà été auditionné. Stéphane déballe tout, raconte tout : "Je leur ai dit 'je suis coupable, je vais tout dire, je n’ai pas besoin d’un avocat'."

 

 

Il a tout de suite été conscient de ce qu’il avait fait. C’était une personne en grande souffrance mais aussi intelligente et qui avait un recul sur les choses.

Alexandra Granier, avocate de Stéphane

 

 

Incarcéré aux Baumettes, à Marseille, Stéphane est condamné, en 2013, à cinq ans de prison pour agressions sexuelles sur mineurs pour les faits concernant Julien et Frédéric. Il dit avoir vécu en détention "une étape importante de sa reconstruction" : "J’ai rencontré toutes les semaines un psychiatre et, surtout, j’ai vu que je n’étais pas seul au monde, qu’il y avait d’autres gens atteints du même trouble que moi", explique-t-il.

 

 

En avril 2015, il sort de prison, subvient à ses besoins en louant sa villa d’Aubagne et retrouve "facilement" du travail comme formateur professionnel en électricité. Il renoue avec sa famille et, plus étonnant, avec sa première victime. "J’ai refermé le dossier même s’il y a toujours une part de moi qui ne pourra pas lui pardonner, assure Frédéric. Ce qu’il m’a fait n’efface pas les trois, quatre années avant l’agression où c’était génial." Le jeune homme assure ainsi n’avoir pas oublié "les bons souvenirs" avec Stéphane où "il a été comme un deuxième père" pour lui. "Cela m’a extrêmement soulagé et aussi fait plaisir car il reste un ami indéniable", réagit pour sa part Stéphane.

 

 

 

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    (BATISTE POULIN / FRANCEINFO)

 

 

 

Éviter les enfants pour "éviter de souffrir"

 

Stéphane est désormais suivi par la justice. Il est soumis, pour dix ans, à une injonction de soins : psychologue tous les quinze jours, psychiatre judiciaire tous les trois mois, rendez-vous avec le CPIP (Conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation) tous les mois et pointage au FIJAISV (le Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes) deux fois par an.

 

 

Il est plutôt satisfait de sa psychologue : "Elle connaît le sujet même si, lorsque je l’écoute, j’ai l’impression d’être seul au monde. (...) On parle de ce que je veux, parfois d’autres sujets que la pédophilie", explique Stéphane qui promet de continuer les séances après la fin de l’injonction de soins. Contactée par franceinfo, elle refuse de s'épancher sur le cas de Stéphane : "Les prises en charge sont très individuelles, on les adapte en fonction des personnes", dit-elle simplement. 

 

 

Tous les spécialistes contactés par franceinfo l’assurent : la pédophilie, qui est un trouble psychiatrique de la sexualité, se prend très bien en charge. "On apprend aux patients à gérer leur pédophilie via des thérapies. Par exemple, la majorité des pédophiles est non exclusive, c’est-à-dire qu’à côté de la pédophilie cohabite une sexualité adulte. Il faut donc renforcer cette sexualité adulte", explique le psychiatre Jean-Philippe Cano. "On soigne beaucoup mais on guérit peu", tempère Mathieu Lacambre.

Stéphane juge en revanche bien plus sévèrement ses rendez-vous avec le psychiatre judiciaire. "C’est juste des attestations de passage, ça dure quinze minutes", soupire-t-il.

 

 

Une fois, mon psychiatre m’a demandé 'alors, est-ce que les enfants vous attirent moins ?' Bah non, toujours autant.

Stéphane

 

 

Il a néanmoins trouvé un soutien auprès de Latifa Bennari, la présidente de l’association L’Ange bleu, qui organise des rencontres entre pédophiles et victimes. "Cette expérience de terrain s’est avérée réparatrice pour les victimes et préventives pour les pédophiles", assure-t-elle. "C’est la seule qui m’a écouté, observé… La seule qui m’a dit que ce n’était pas une maladie, que j’étais comme ça et qu’il fallait que j’apprenne à gérer ça. Elle m’apprend à me regarder en face", juge Stéphane. Il participe parfois à des groupes de parole de l'association à Paris. Il les juge utiles et regrette que les pouvoirs publics ne mettent pas en place de telles initiatives, partout en France.

 

 

Malgré sa stabilité actuelle, le quinquagénaire reste prudent sur son état. "J’ai une chance de dingue, j’ai mes enfants, mes petits-enfants, j’ai de l’argent et je peux même reparler à l’une de mes victimes. Et pourtant…", souffle-t-il. Rien à faire. "J’étais dans un train pour Cagnes-sur-Mer. C’était pendant l’été 2016. Deux ou trois jeunes de 12, 13 ans sont montés. Parmi eux, il y en avait un torse nu, avec un petit bandeau rouge", se souvient-il. Ce dernier ressent immédiatement "une grosse attirance", se sent "tétanisé". "C’est la seule fois qui m’a traumatisé depuis ma sortie de prison", dit-il. Pour éviter toute tentation, Stéphane a donc mis au point sa propre "règle".

 

 

Quand je croise un gamin, et bien, tant que je le vois, je le regarde et quand il disparaît, et bah, il disparaît.

Stéphane

 

 

Ce principe s’accompagne de tout un tas de garde-fous pour "éviter de souffrir" et, donc, de croiser des enfants. "Je ne vais pas à la plage avant 18 heures, j’évite les sorties d’école et je ne fais pas mes courses avant 21 heures", détaille-t-il. Des particuliers l'ont sollicité pour donner des cours de maths à domicile auprès d’enfants. Il a décliné.

 

 

"Ces stratégies d’évitement qu’il a mises en place, il ne le faisait pas avant", souligne son avocate. "Il évite les situations à risque, il sait les reconnaître. La dernière fois, on voulait aller à la piscine, il a dit 'non, je ne peux pas'", complète son fils Marc. Et ses proches sont désormais vigilants. "Quand je le vois regarder des enfants avec le désir dans les yeux, je lui dis de se calmer", assure Frédéric. "Si je le mets au milieu d’enfants, je suis sûr qu’il ne se passera rien, estime Latifa Bennari. Mais il restera toujours pédophile. On ne peut rien y faire."

 

 

* Les prénoms ont été changés à la demande des intéressés.

 


29/06/2018
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Franceinfo - le mercredi 13 juin 2018

 

 

Des lunettes totalement remboursées tous les deux ans pour chaque Français dès le 1er janvier 2020

 

 

Emmanuel Macron doit annoncer cette réforme mercredi. En 2020, les opticiens seront obligés de présenter au moins 17 paires de lunettes totalement remboursées, révèle franceinfo

 

 

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Des lunettes chez un opticien de Bordeaux. (MAXPPP)

 

 

C'est un changement qui devrait nettement alléger le budget de millions de porteurs de lunettes : à partir du 1er janvier 2020, ils pourront bénéficier d'une paire totalement remboursée tous les deux ans. Et même tous les ans pour les enfants. C'était une promesse de campagne d'Emmanuel Macron, le président de la République va officiellement l'annoncer mercredi 13 juin au congrès de la Mutualité à Montpellier, selon les informations de franceinfo. Un accord doit être signé aujourd'hui entre le ministère de la Santé et les professionnels du secteur.

 

 

Des lunettes de qualité mais pas de luxe

 

Pour y voir plus clair, au 1er janvier 2020, les opticiens seront obligés de présenter à leurs clients au moins 17 modèles de lunettes totalement remboursées. Des lunettes de qualité, avec du verre incassable, antireflet, et des montures de différentes couleurs. Elles devront également être disponibles pour tous les troubles de la vue. 

 

 

Si les patients préfèrent des montures spécifiques, plus luxueuses, ils pourront toujours se les procurer en les finançant eux-mêmes. La ministre de la Santé Agnès Buzyn avait prévenu, dès l'automne, que toutes les lunettes ne seront pas gratuites.

 

 

On n'est pas là pour offrir des montures Chanel à tout le monde Agnès Buzyn, ministre de la Santéle 21 novembre 2017

 

 

Aujourd'hui, seuls 30% des patients profitent de lunettes totalement prises en charge. Selon les opticiens, ce taux pourra monter à 40% ou 50%.

Un autre accord concernant les prothèses auditives doit être également signé mercredi à Montpellier. À partir de 2021, la Sécurité sociale pourra rembourser intégralement les audioprothèses. Dès 2019, des baisses de tarif de 200 euros par prothèse, pour chaque oreille, seront pratiquées. Elles seront de 250 euros dès 2020.

 


29/06/2018
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Franceinfo - le dimanche 3 juin 2018

 

 

Éducation nationale : le retour de l'uniforme à l'école

 

 

Dans la commune de Provins, en Seine-et-Marne, les parents d'élèves ont voté, lors d'une consultation, pour que soit adopté un uniforme scolaire identique aux six écoles primaires publiques de la commune. Une idée proposée par le maire et applicable d'ici quelques mois

 

 

 

Dimanche 3 juin au matin, à Provins, en Seine-et-Marne, un seul sujet de conversation est sur toutes les lèvres : le retour, très bientôt, de l'uniforme à l'école. Les urnes ont parlé, plus de la moitié des parents sont venus voter, et 62% d'entre eux se sont prononcés pour l'arrivée de l'uniforme à l'école. Un uniforme bleu et blanc pour un peu plus de 700 élèves de la commune qui seront donc habillés de la même façon. L'idée vient du maire de la ville et il est ravi de l'issue du vote. "Les vêtements seront fabriqués et mis en oeuvre à la rentrée des vacances de la Toussaint", a précisé Olivier Lavenka.

 

 

Une première en France métropolitaine

 

"Tout ce qui peut aller dans le sens de rassembler les enfants, de mettre en lumière ce qui les rassemble plutôt que ce qui les différencie, je pense, va dans la bonne direction. C'est le sens de cette proposition", explique l'édile pour justifier sa proposition. "C'est rétro", réagissent certains, "avec les marques, cela fait beaucoup de différences parfois", estiment d'autres. Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation nationale est favorable à l'échelle locale à une telle mesure, et ce dans un souci d'égalité. "C'est un sujet qu'il faut totalement dépassionner, qu'il faut regarder de façon concrète et qui peut être très positif", avait-il expliqué sur BFM TV. Ce sera la première fois en France métropolitaine que l'uniforme sera adopté dans six écoles publiques. Il est plus répandu dans les Antilles françaises et à la Réunion. Coût du trousseau de 10 pièces : 145 euros à la charge des parents.

 


27/06/2018
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