L'AIR DU TEMPS

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MAGHREB


Franceinfo - le vendredi 16 février 2019

 

 

Algérie: des femmes en campagne contre le port du voile

 

 

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Alain ChémaliRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

 

Sous le hashtag "Les prisonnières du voile en Algérie", des femmes de ce pays dénoncent, sur les réseaux sociaux, le port du hijab comme instrument d'oppression. Elles ont le soutien de l’écrivaine et conférencière Djemila Benhabib qui explique à franceinfo Afrique la genèse de cette campagne

 

 

 

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Un groupe de femmes en vêtement traditionnel, le haïk, dans les rues de la Casbah d'Alger, le 21 novembre 2015. (BILLAL BENSALEM / NURPHOTO)

 

 

 

Depuis début février 2019, une campagne a fait son apparition sur les réseaux sociaux attestant de la montée d’un nouveau mécontentement dans la société algérienne.

 

 

Sous le hashtag "Les prisonnières du voile en Algérie", des femmes ont lancé une campagne d’émancipation vestimentaire rappelant celle en cours depuis quelques mois en Iran ou qui couve en Arabie Saoudite.

 

 

 

"Notre société opprime les femmes... et les hommes"

Même si en Algérie, le port du voile relève, en principe, d’un choix personnel, elles dénoncent désormais un diktat social qui les contraint à porter ce qu’elles estiment être un instrument d’oppression.

 

 

"Je soutiens cette campagne contre le port du hijab en Algérie. Lève mon chapeau à toutes celles qui osent exister de par elles-mêmes et revendiquer leur liberté. Je vous aime", a écrit le 10 février 2019 Djemila Benhabib sur son compte Twitter.

 

 

 

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A 47 ans, cette journaliste, écrivaine et conférencière algéro-canadienne est également "marraine de l’observatoire de la laïcité de Saint-Denis" en France, d’après son profil qui affiche plus de 30 000 abonnés.

 

 

Jointe par franceinfo Afrique au Canada, elle précise qu’elle est aussi vice-présidente de la Fondation Raïf Badawi, du nom du blogueur saoudien condamné à 10 ans de prison et 1 000 coups de fouets pour "insulte à l’islam", dont la femme Ensaf, réfugiée à Québec, est devenue une amie.

 

 

"Notre société est en fait une société qui opprime les femmes, mais elle opprime  aussi les hommes. Et ce hijab fait partie d’un processus de déshumanisation de la société, parce qu’il fait des femmes des masses et des hommes des frustrés. Je refuse que ma société, celle dans laquelle j’ai grandi, puisse arriver à ce degrés de déshumanisation", explique Djemila.

 

 

Certes, reconnaît-elle, "le hijab n’est pas obligatoire dans les lois, mais en réalité la pression sociale est telle ! Les femmes finissent par le porter sous la pression de la rue, de la famille et de la société".

 

 

 

Des dizaines de femmes suicidées avec leur foulard

Selon elle, c’est "le travail de sape de l’islamisme, ces trente dernières années, qui a fait en sorte que malgré l’absence de loi, le port du hijab s’est généralisé", dit-elle. "Pour moi c’est un enjeu politique de premier ordre", commente-t-elle

 

 

Ce qui l’a convaincue d’adhérer à ce mouvement et le soutenir, c’est un reportage diffusé par la chaîne algérienne al-Chourouk, plutôt islamiste, relatant le suicide de dizaines de femmes algériennes avec leur hijab.

 

 

"La mixité est tellement diabolisée et la ségrégation des sexes est quelque chose qui fait son chemin, explique-t-elle. Résultat, "il y a de l’inceste dans les familles. Il y a des relations sexuelles qui peuvent être consentantes, mais l’homme s’en va après et la femme se retrouve seule. Et comme le tabou de la virginité reste très présent, les femmes finissent par se suicider".

 

 

Active sur les réseaux sociaux, Djemila Benhabib a posté une photo d’elle flanquée du drapeau algérien et arborant un panneau sur lequel il est écrit : "Moi, Algérienne, contre le hijab" en trois langues, arabe, anglais et français. Elle relaye méthodiquement les messages de personnes ou groupes s’exprimant sur la question.

 

 

Celui d’une certaine Celia qui écrit: "Ca n’existe pas une femme qui se voile par choix. Même si personne ne l’oblige, il y a tout un environnement social ou familial qui la pousse à ça. Aucune femme au monde n’a envie de s’enterrer sous des mètres de tissu, quoi qu’elle dise". Ou encore celui de Sarah qui s'est vue imposer le hijab par son père.

 

 

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Elle relaie aussi un tweet des Femmes insoumises qui s’insurgent contre les incohérences : "Vous criez que porter le voile est une liberté, mais vous faites vivre l’enfer à celles qui le retirent".

"Je me sens partie prenante de la libération des femmes" et "en harmonie avec une revendication légitime qui me touche", dit-elle, faisant la jonction avec les mouvements similaires en Iran et en Arabie Saoudite.

 

 

 

Sortir les femmes de leur isolement et de l'indifférence

Sur le mouvement en Algérie, elle estime que "ce qui compte, c’est qu’il existe, à un moment particulier de notre histoire. Parce que si je fais un parallèle avec ce qui se passe en Iran : au début, elles n'étaient qu'une poignée, mais après deux années de ce mouvement anti-hijab, la chape de plomb commence à éclater petit à petit", assure-t-elle.

 

 

"On sait ce qui se passe en Iran, en Arabie Saoudite et dans le golfe. On surveille tous ces mouvements qui sont latents, qui sont comme des volcans, mais qui en même temps nous disent beaucoup sur les rapports de forces dans notre société", ajoute-t-elle. L’objectif est de "sortir les femmes de leur isolement et de l’indifférence qui les tuent".

 

 

"Il y a beaucoup de femmes qui se sentent seules, explique-t-elle. En fait, elles vivent leurs histoires comme des histoires individuelles, or la liberté des femmes n’est jamais individuelle, elle est un mouvement collectif".

 

 

Pour Djemila Benhabib, toutes ces femmes, en Algérie, au Moyen-Orient et en Iran sont mobilisées pour "une libération de leur corps et la liberté d’aller tête nue". "Si elles se sentent rattachées à quelque chose de collectif, je me dis que ça va leur donner de l’espoir, de la force pour tenir tête au frère, à l’oncle et même à la mère, parce qu’on sait dans ces pays combien les mères peuvent être aussi dans le camp des oppresseurs", déplore Djemila.

 

 

 

 

 

Pour l’heure, cette amorce de révolte contre l’avancée du voile en Algérie a reçu un début de soutien d’hommes. Des Algériens ont en effet posté sur les réseaux sociaux des photos de leur tête couverte du hijab, en signe de solidarité.

 


17/02/2019
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Franceinfo - le jeudi 14 février 2019

 

 

Bouteflika candidat à un cinquième mandat : "En Algérie, personne ne sait qui fait quoi et qui décide"

 

 

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Propos recueillis parLouis SanFrance Télévisions

 

 

 

Le président algérien est très affaibli depuis un accident vasculaire cérébral survenu en 2013. Pour comprendre le sens de sa candidature à un nouveau mandat et la façon dont le pays est dirigé, franceinfo a interrogé la politologue Dalia Ghanem-Yazbeck

 

 

 

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 Le président algérien Abdelaziz Bouteflika dans un bureau de vote, à Alger, la capitale du pays, le 23 novembre 2017. (BILLAL BENSALEM / NURPHOTO / AFP)

 

 

 

Il s’accroche. Abdelaziz Bouteflika, qui dirige l’Algérie depuis 1999, est candidat à la présidentielle du 18 avril pour un cinquième mandat. L'agence de presse officielle APS l’a annoncé dimanche 10 février. Pour les observateurs avisés, ce n’est pas une surprise. Pourtant, à 81 ans, le président algérien est considérablement diminué par les séquelles d'un accident vasculaire cérébral survenu en 2013. Ses apparitions publiques sont rarissimes et son dernier discours date de 2012.

 

 

Pour mieux comprendre la façon dont Abdelaziz Bouteflika dirige l’un des plus grands pays du monde arabe et les raisons de cette candidature, franceinfo a interrogé la politologue Dalia Ghanem-Yazbeck, chercheuse associée au programme Turquie et Moyen-Orient de l'Institut français des relations internationales. Pour cette spécialiste de l’Algérie, le fonctionnement au sommet de l’Etat est si opaque que même les acteurs au cœur du pouvoir ignorent qui décide vraiment.

 

 

 

Franceinfo : Abdelaziz Bouteflika est très affaibli depuis 2013. Comment fait-il pour diriger le pays ?

 

 

Dalia Ghanem-Yazbeck : J’ai l’habitude de dire aux journalistes que je ne suis pas le médecin personnel d’Abdelaziz Bouteflika et que je ne sais pas comment il procède au quotidien. En Algérie, il n'y a pas un régime présidentiel qui concentre les pouvoirs. Abdelaziz Bouteflika est entouré de quelques personnes qui l’aident et le conseillent.

 

 

La présidence a un rôle important mais elle n’est pas seule à décider. Il y a également des cercles de pouvoir issus du renseignement, de l’armée et de la bourgeoisie algérienne.Dalia Ghanem-Yazbeck, spécialiste de l’Algérie à franceinfo

 

 

Une source au sein du régime m’a dit que même les personnes les plus proches de ces cercles ne savent pas exactement qui fait quoi et qui décide, que le fonctionnement est très opaque et très complexe, même pour les acteurs directement impliqués.

 

 

 

Quelle est cette bourgeoisie influente que vous avez évoquée ?

 

 

Ce sont des hommes d'affaires, les nouveaux magnats de l'économie. En contrepartie de leur allégeance politique, ils ont bénéficié des largesses du régime et de la libéralisation économique hautement contrôlée du pays. Cette libéralisation a été faite de manière à ce qu’elle ne bénéficie qu’aux plus riches, avec des privilèges, des monopoles ou des arrangements sur mesure pour eux, à condition qu’ils rendent la pareille, qu'ils soutiennent Abdelaziz Bouteflika et fournissent les fonds nécessaires.

 

 

Impossible de savoir exactement combien de personnes cela inclut. On peut citer le nom de Ali Haddad [à la tête de l’Entreprise des travaux routiers, hydrauliques et bâtiments, l’une des plus grandes sociétés privées d’Algérie]. De nombreuses autres personnes sont concernées et elles ne cachent pas leurs activités et leur soutien à Abdelaziz Bouteflika.

 

 

 

Le dernier discours d’Abdelaziz Bouteflika date de mai 2012. N’est-il pas difficile, pour un chef d’Etat, de gouverner sans s’adresser à la population de temps en temps ?

 

 

Il y a au sein de la population algérienne une certaine lassitude politique. En 2017, pour une étude intitulée Arab Barometer  [PDF en anglais], des Algériens et Algériennes issus de toutes les couches de la société et de tous les territoires ont été interrogés. Les résultats montrent que seulement 14% de la population fait confiance aux partis politiques et 17% fait confiance au Parlement.

 

 

A l’opposé, 75% des personnes sondées disent faire confiance à l’armée et 60% ont confiance en la police. L’armée a une grande utilité aux yeux de la population : après la guerre civile des années 1990, la décennie noire, elle est vue comme celle qui a sauvé le pays des mains des islamistes. Elle a une légitimité assez forte. Le retour à la paix a restauré son image. Elle ne gouverne pas directement, mais elle est incontournable dans le processus décisionnel. 

 

 

Les responsables militaires sont au cœur du politique. Il n’y a pas un candidat qui arrive à la présidence sans leur aval.Dalia Ghanem-Yazbeck à franceinfo

 

 

 

Ce n’est donc pas un problème, pour l’opinion algérienne, que l’armée tire les ficelles ?

 

 

Un ancien militaire algérien m’a dit une fois : "Quand vous voyez des gens descendre dans les rues lors des manifestations, voyez-vous des slogans demandant le départ de l’armée ? Non." Et c’est vrai, ce n’est pas le cas. Les manifestants demandent de meilleures conditions de vie, de meilleurs salaires… On parle rarement de l’armée lors des mouvements de protestation, justement parce qu’elle est derrière le rideau. Elle maintient une distance de sécurité grâce à laquelle la population ne la tient pas responsable de la situation lorsque les choses vont mal.

 

 

 

Alors pourquoi les militaires ne présentent-ils pas leur propre candidat ?

 

 

On a dépassé cela. Depuis le retour au constitutionnalisme, en 1995, et les premières élections libres en Algérie, où le Front de libération nationale (FLN, le parti d’Abdelaziz Bouteflika) a présenté Liamine Zeroual, il y a un certain schéma : les militaires appuient un candidat qui est présidentiable et qui est un civil. Dès 1999, Abdelaziz Bouteflika s’est présenté à l’élection présidentielle. Il avait une légitimité et il a fait partie de l’armée mais lorsqu’il était très jeune. Je ne vois pas l'armée revenir à un modèle où elle présenterait un candidat militaire. Il faut que la façade reste civile, même si les coulisses sont militaires.

 

 

 

Une puissante figure historique des renseignements algériens, le général Mohamed Mediene, a tout de même été écarté en 2015. Quelles ont été les conséquences de son départ ?

 

 

Il a été écarté au bout de vingt-cinq ans et a été remplacé par quelqu’un [son ancien adjoint, le général Athmane Tartag] qui est également fidèle au régime. Cela n’a donc eu aucune incidence. Comme l’a écrit Giuseppe Tomasi di Lampedusa dans Le Guépard, "il faut que tout change pour que rien ne change". Ce départ était le résultat de luttes entre différents clans, mais les cercles de pouvoir remplacent des personnes influentes par d’autres individus qui ne vont pas mettre en péril leurs intérêts.

 

 

La corruption systématisée et généralisée soude ces petits cercles.Dalia Ghanem-Yazbeck à franceinfo

 

 

Le politologue algérien Mohammed Hachemaoui a montré que la corruption était un système de gouvernance qui aidait à la résolution des conflits entre les différents acteurs.

 

 

 

Abdelaziz Bouteflika a toujours été élu dès le premier tour et de façon très confortable (74% en 1999, 85% en 2004, 90% en 2009 et 81% en 2014). Les élections en Algérie sont-elles transparentes ?

 

 

Il y a, à chaque élection, des polémiques sur des fraudes ou des problèmes dans certains bureaux de vote. En 2012, un an après le "printemps arabe", une délégation de l’Union européenne était venue observer le déroulement des élections législatives. Elle avait émis des réserves sur la transparence dans certains endroits, sans remettre en cause la légitimité de l’ensemble du scrutin.

 

 

L'Algérie est un hybride de démocratie et de régime autoritaire. Il y a des élections, des opposants politiques, une certaine liberté de la presse… Mais rien de tout cela n’est en mesure d'ébranler le régime.

 

 

 

Comment expliquer le fait qu’Abdelaziz Bouteflika soit resté au pouvoir malgré le "printemps arabe" ?

 

 

Le régime a appris des erreurs des années 1990, il a un grand niveau d’adaptabilité. Lorsque les décideurs ont vu ce qu’il se passait en Tunisie et dans les pays voisins, ils ont compris qu’il fallait distiller des ressources économiques et politiques. Sur le plan économique, ils ont accordé des prêts, des aides au logement, ils ont quelque peu redistribué les richesses et sont parvenus, d’une certaine façon, à acheter la paix sociale.

 

 

Sur le plan politique, il y a eu, en 2011, la levée de l’état d’urgence [instauré en 1992], puis une révision de la Constitution, adoptée en 2016, avec notamment une meilleure représentation politique, un objectif de promotion des femmes dans les institutions et administrations, la reconnaissance comme langue officielle du tamazight [une langue berbère].

 

 

A chaque fois que le régime s’est trouvé en difficulté, il a su répondre pour pouvoir absorber la colère sociale.Dalia Ghanem-Yazbeck à franceinfo

 

 

 

L'Algérie ignore l'alternance politique : le FLN est au pouvoir depuis l'indépendance du pays. Quel est le vrai poids de l’opposition ?

 

 

Le géopoliticien Yahia Zoubir dit qu’il n’y a pas de multipartisme en Algérie, mais un système politique composé de plusieurs partis uniques. Et il a raison. Les partis d’opposition ont repris les modes de fonctionnement du FLN. Regardez le Front des forces socialistes : Hocine Aït Ahmed a dirigé ce parti pendant cinq décennies, même quand il était en exil en Suisse. Louisa Hanoune est secrétaire générale du Parti des travailleurs depuis 2003. Ces partis qui réclament la démocratie, l’alternance et la transparence n'acceptent même pas ces principes en leur sein. Telle qu’elle est aujourd’hui, l’opposition ne représente pas un danger pour le pouvoir.

 


14/02/2019
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Franceinfo - le vendredi 8 février 2019

 

 

Maroc : nouvelle crispation entre le roi Mohammed VI et le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salmane

 

 

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Alain ChémaliRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

 

Palpable depuis plusieurs mois, la tension entre Rabat et Riyad est montée d’un cran avec le rappel par le Maroc de son ambassadeur en Arabie Saoudite et la suspension de ses actions militaires au Yémen, au sein de la coalition arabe

 

 

 

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Le roi du Maroc Mohammed VI à l'inauguration de la gare de l'Agdal dans la capitale Rabat pour la nouvelle ligne LGV (ligne à grande vitesse), le 17 novembre 2018. (FADEL SENNA / AFP)

 

 

 

C’est l’agence américaine AP qui a révélé l’affaire, rapportée par des responsables marocains sous couvert d’anonymat et aussitôt relayée par des publications marocaines en ligne.

 

 

 

Une crise passagère dans des relations solides

"Des responsables gouvernementaux ont déclaré que le Maroc avait cessé de prendre part à une action militaire avec la coalition menée par le gouvernement saoudien dans la guerre au Yémen et avait rappelé son ambassadeur en Arabie Saoudite", écrit l’agence AP.



Contacté par le 360, l’ambassadeur du royaume chérifien accrédité auprès du royaume wahhabite a confirmé l’information, tout en précisant qu’une telle pratique est courante dans les relations diplomatiques entre pays.

 

 

"Les relations entre le Maroc et l’Arabie Saoudite sont historiques et solides. Et entre les pays, il est normal que des divergences ou des différends éclatent de temps en temps. Je suis sûr qu’il ne s’agit pas plus que d’une crise passagère et que les relations entre nos deux pays retrouveront leur cours normal", a tempéré Moustapha Mansouri.

 

 

"Il y a de l’eau dans le gaz entre les deux pays depuis plusieurs mois, plus précisément depuis que le prince héritier Mohamed Ben Salmane a pris les commandes à Riyad", écrit toutefois 360.

 

 

 

La prise de distance du roi Mohammed VI

Le royaume avait déjà boycotté le 23 juin 2018, une réunion des ministres de la communication de la coalition arabe à Jeddah consacrée au moyen de soutenir la "légitimité au Yémen", rappelle de son côté le Desk. Absence remarquée également fin décembre 2018 de la marine royale lors de l’exercice naval "Red Wave One" en mer Rouge.

 

 

Une prise de distance du roi Mohammed VI avec la guerre menée par Mohamed Ben Salmane contre les rebelles Houthis au Yémen, dont les premiers signes étaient apparus dès avril 2018 avec le retrait des chasseurs F16 marocains engagés dans le conflit.

 

 

Ce changement d’attitude a été confirmé en janvir 2019 par le ministre marocain des Affaires étrangères. Dans un entretien accordé à la chaîne Al-Jazeera, Nasser Bourita a expliqué que la participation du Maroc au Yémen avait changé.

 

 

 

Le dossier épineux du Sahara Occidental

Il a également laissé entendre que Rabat avait de sérieuses réserves sur la récente tournée du prince héritier saoudien, après l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans l’enceinte de l’ambassade saoudienne à Istanbul.

 

 

Selon le Desk, le Maroc avait même renoncé à l’accueillir, prétextant un "programme chargé" de Mohammed VI.

 

 

En représailles à cet entretien diffusé par la chaîne de télévision du Qatar, en délicatesse avec Riyad, la chaîne de télévision saoudienne a diffusé un documentaire sur le Sahara occidental, un sujet très sensible pour Rabat.

 

 

Le commentaire accompagnant le document sur ce territoire contesté explique que "le Maroc l’avait envahi après le départ des colonisateurs espagnols en 1975". Il n’en fallait pas plus pour déclencher la crise diplomatique en cours.

 


11/02/2019
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Franceinfo - le lundi 11 février 2019

 

 

Algérie: la nouvelle candidature d'Abdelaziz Bouteflika

 

 

 

Le président sortant, âgé de 81 ans et au pouvoir en Algérie depuis deux décennies, a mis fin à des mois de spéculation en annonçant le 10 février 2019 qu'il briguerait un cinquième mandat en avril. Et ce malgré des problèmes de santé qui l'ont considérablement affaibli. Il sera le grandissime favori du scrutin

 

 

 

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 Le président Abdelaziz Bouteflika recevant la chancelière Angela Merkel à Alger le 17 septembre 2018 (HANDOUT / APS)

 

 

 

Systématiquement réélu au 1er tour avec plus de 80% des voix, le chef de l'Etat algérien a rendu publique sa candidature à la présidentielle du 18 avril 2018 dans un "message à la Nation" diffusé par l'agence officielle APS. Il y devance les critiques sur son état de santé. Lequel le rend inapte à gouverner, selon certains de ses opposants.



"Je n'ai plus les mêmes forces physiques qu'avant, chose que je n’ai jamais occultée à notre peuple, mais la volonté inébranlable de servir la Patrie ne m'a jamais quitté et elle me permet de transcender les contraintes liées aux ennuis de santé auxquels chacun peut être un jour confronté", explique-t-il dans ce message. 



Cloué dans un fauteuil roulant par un accident vasculaire cérébral (AVC) depuis 2013, Abdelaziz Bouteflika n'apparaît plus que rarement en public -la dernière fois le 1er novembre 2018- et ne s'exprime plus publiquement. En 2014, c'est son Premier ministre Abdelmalek Sellal qui avait annoncé sa candidature.



Le 2 février, le Premier ministre Ahmed Ouyahia, chef du Rassemblement national démocratique (RND), principal allié du FLN, avait déjà estimé que l'état de santé de chef de l'Etat n'empêchait "pas sa candidature". "Il a remporté la présidentielle en avril 2014 dans ce même état", avait-il souligné, prévenant que ce dernier n'animerait pas sa campagne. "Sa santé ne le lui permet pas et il n'en a pas besoin car le peuple le connaît", avait-il plaidé.

 

"Vaste chantier"

Elu pour la première fois en 1999, le président algérien explique qu'il s'est d'abord "consacré (...) à rassembler de nouveau une nation meurtrie par la tragédie nationale et à engager la reconstruction d'un pays ébranlé par une crise multiforme". Une allusion à la sanglante guerre civile qui a meurtri l'Algérie dans les années 1990. 

 

 

"Dans la paix restaurée, le pays est devenu un vaste chantier, après une période difficile d'ajustement structurel économique et social douloureux. Les réformes se sont succédé dans de nombreux domaines, notamment ceux de la justice, de l'éducation, de l'administration et de l'économie. La démocratie ainsi que les droits et les libertés des citoyens ont enregistré de grandes avancées", affirme encore Abdelaziz Bouteflika.

 

 

"Conférence nationale"

Dans le même temps, il désamorce les critiques de ceux qui l'accusent de vouloir accaparer le pouvoir à son profit ou celui de son clan. S'il est réélu, il promet la convocation d'une "Conférence nationale" regroupant "toutes les forces politiques, économiques et sociales de la Nation". Objectif: faire émerger un "consensus sur les réformes et les changements" que devra engager l'Algérie.



Parmi les thèmes qui seront abordés figurent "une présence plus forte des jeunes" au sein des institutions politiques, la volonté de "vaincre le fléau de la bureaucratie", la "mise en place de mécanismes de démocratie participative". Ou encore des réformes économiques "sans dogmatisme".

 

 

L'ultra-dépendance aux hydrocarbures

Artisan du retour à la paix en Algérie après une décennie de guerre civile, Abdelaziz Bouteflika a profité de la hausse du prix du pétrole entre 2004 et 2014 pour lancer de vastes programmes d'infrastructures et désendetter le pays. Mais l'économie algérienne reste ultra-dépendante des hydrocarbures.



Plus grand pays d'Afrique par la superficie (2.381.741 km2), l' Algérie est le 3e producteur de brut d'Afrique et le 9e producteur de gaz mondial. Les hydrocarbures rapportent plus de 95% des recettes extérieures et contribuent pour 60% au budget de l'Etat.



Le 4e mandat du président sortant a été marqué par la chute des cours qui ont durement touché l'économie du pays, où un tiers des jeunes Algériens de moins de 25 ans est au chômage. D'une manière générale, les moins de 30 ans représentent 54% d'une population estimée en 2018 à 42,1 million d'habitants.

 


11/02/2019
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Franceinfo - le jeudi 24 janvier 2019

 

 

Le déficit record de la balance commerciale tunisienne pèse sur son économie

 

 

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Pierre MagnanRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

Le déficit commercial de la Tunisie a atteint en 2018 un niveau record de 19,04 milliards de dinars (5,6 milliards d'euros environ), contre 15,59 milliards en 2017 et 12,6 milliards en 2016. Cette dégradation des échanges est notamment due à l’augmentation de la facture énergétique du pays

 

 

 

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Conteneurs dans le port de Rades, port commercial de Tunis, en 2018. (FETHI BELAID / AFP)

 

 

 

Concrètement, les importations ont augmenté de 20% alors que les exportations n’ont progressé que de 19,1%. Les plus importants déficits ont été enregistrés avec la Chine (-5,42 milliards de dinars, soit 1,6 milliard d'euros), l’Italie (-2,88 milliards), la Turquie (-2,30 milliards), l’Algérie (-1,45 milliard) et la Russie (-1,39 milliard). Le solde de la balance commerciale a cependant enregistré un excédent avec d’autres partenaires commerciaux de la Tunisie, dont la France (+3,45 milliards de dinars, soit environ un milliard d'euros ), la Libye (1,17 milliard) et le Maroc (324,7 millions de dinars).  

 

 

En cause, le prix de l’énergie. “Le déficit énergétique représente le un tiers du volume global du déficit commercial de la Tunisie”... C’est ce qu’a déclaré le directeur général du commerce extérieur au ministère du Commerce, Khaled Ben Abdallah. Selon ce dernier, trois facteurs expliquent ce déficit énergétique : la hausse des prix de l’énergie sur le marché mondial, l’accroissement de la consommation nationale (due notamment à l’utilisation de la climatisation) et enfin un recul de la production nationale (en raison d'une baisse de la prospection). 

 



La dépréciation de la valeur de la monnaie nationale explique aussi la hausse du coup des importations en valeur. A prix constants, fin novembre 2018, on constate "une hausse en volume des exportations de 3,7% et des importations de 1,1%". Sur un an, la valeur du dinar aurait baissé de plus de 20% par rapport au dollar et de plus de 16% par rapport à l’euro.

 

 

 

Déficit des comptes publics

Ces différents éléments s’ajoutent à d’autres difficultés économiques, comme notamment le déficit des comptes publics. Le pays est pourtant engagé dans un certain nombre de "réformes" difficiles sous l’impulsion du FMI qui a finalement validé la quatrième tranche de son prêt à Tunis, décidé en 2016. Pour cela, "les autorités tunisiennes ont souligné leur intention de continuer à agir de manière décisive pour contenir le déficit budgétaire", a précisé le FMI. La banque internationale a ainsi noté que "rester sur la voie de la réduction du déficit budgétaire cette année et l'année prochaine est essentiel pour stabiliser la dette et réduire la demande excessive d'importations, étant donné l'augmentation importante des prix internationaux du pétrole".  

 

 

Tous les indices ne sont cependant pas dans le rouge pour l’économie tunisienne. Le pays a ainsi enregistré un nombre record de touristes depuis 2010 et le pays a connu une croissance de 2,6% en rythme annuel au premier semestre. Reste que la situation sociale est tendue. Une grève générale de tous les services publics a paralysé le pays le 17 janvier alors que les salariés sont touchés par une inflation de plus de 7,5% (en 2018) et qu’un chômage de plus de 15% persiste.

 


25/01/2019
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Franceinfo - le dimanche 17 janvier 2019

 

 

Tunisie : les raisons de la crise

 

 

 

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France 2France Télévisions

 

 

 

 

Grande grève générale en Tunisie. Les écoles sont fermées, les transports sont paralysés et les services publics perturbés. Le principal syndicat a appelé à cesser le travail pour demander des augmentations de salaire, dans un pays où l'inflation atteint 7,5%.

 

 

 

 

Loin de la côte touristique et de la Tunisie des plages se trouve Kasserine, un des berceaux les plus actifs de la révolution. Un symbole des villes oubliées par le pouvoir et minées par le chômage. Huit ans après, les mêmes boulots de rue pour les jeunes et le même désespoir. Des sandwichs brochette-harissa pour gagner quelque 5 euros par jour. "Si tu ne fais pas un petit boulot comme ça, tu crèves de faim. L'État est aveugle, il ne s'occupe toujours pas de nous", confie un des vendeurs de rues. "La révolution, on en attendait tellement, on n’a rien eu", ajoute un autre vendeur.

 

 

 

Une dégradation des conditions de vie

Un pouvoir sourd et méprisant, des privilégiés qui s'enrichiraient davantage sur le littoral, ce sentiment est toujours très fort chez les habitants de Kasserine. Voilà un an que des dizaines de diplômés chômeurs campent devant le siège du gouverneur pour réclamer un travail. Aucun d'entre eux n'a jamais réussi à travailler dans son domaine de formation. La désillusion est totale. Plus de 30% des diplômés tunisiens sont au chômage. C'est aujourd'hui l'ensemble de la population tunisienne qui est touchée par le coût de la vie, l'inflation a dépassé les 7%. La dégradation des conditions de vie reste, huit ans après la révolution, la préoccupation majeure des Tunisiens.

 


20/01/2019
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Franceinfo - le samedi 19 janvier 2019

 

 

En Tunisie, la question de la dette est une affaire sensible, car elle fut en partie à l'origine de la colonisation

 

 

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franceinfo AfriqueRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

La dette publique tunisienne est passée d’environ 40% du PIB en 2010 à 60% en 2016 et à 70% en 2018. Un chiffre raisonnable au vu des dettes de grands pays de l'OCDE. A titre de comparaison, la dette publique française tourne autour de 100% du PIB. Mais l'évolution des chiffres tunisiens montre une pente dangereuse pour l'économie tunisienne... et pourrait rappeler de mauvais souvenirs à un pays dans lequel les questions de dette ont marqué le passé

 

 

 

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Habib Bourguiba (à gauche), en présence de Muhammad al-Amin Bey, le 22 juillet 1957 à Tunis. Le leader indépendantiste Habib Bourguiba mit fin au protectorat français imposé à la Tunisie en 1881. (AFP)

 

 

 

De fait, l'histoire de la Tunisie a été très fortement marquée par une affaire de dette... C'est en effet en s'appuyant en partie sur un problème de créance que la France s'est emparée de la Tunisie au XIXe siècle. "Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, la Tunisie a expérimenté à son détriment le mécanisme de la dette extérieure comme instrument de domination et d'aliénation de la souveraineré d'un Etat", rappelle Eric Toussaint, universitaire belge, membre d'Attac.

 

 

Le territoire tunisien faisait théoriquement partie de l’empire ottoman, mais bénéficiait dans les faits d’une quasi-totale autonomie. Les beys qui dirigeaient le pays au nom du sultan avaient carte blanche. "Sous le règne de Mahmud Bey (1814-1824) et de son fils Hussein, les intrigues de palais et l’avidité des nobles conduisent le pays au marasme. L’interdiction de la guerre de course (piraterie, NDLR) par la France et la Grande-Bretagne en 1824 prive la Tunisie de ressources financières. Elle souffre des excès de fiscalité, de la concurrence étrangère (industrie artisanale, huiles...) et se trouve décimée par les épidémies et la famine", peut-on lire sur le site de l’ambassade de France en Tunisie. 

 

 

Jusqu’à la fin du règne de Bey Mustapha (1835-1837), il n’existait pourtant aucune dette publique. La situation change après. Notamment sous la gestion du Bey Mohammed es-Sadok (1859-1883) qui mène une réforme des structures étatiques et une politique dispendieuse. C’est le moment où la Tunisie se lance sur les marchés internationaux pour combler sa dette intérieure.

 

 

 

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Le tableau est présenté lors d'une exposition en 2016. (FETHI BELAID / AFP)

 

 

Les valeurs à turban

Cela tombe bien. Car justement "les banquiers parisiens, comme leurs homologues londoniens, disposent de liquidités abondantes et cherchent des placements à l'étranger plus rémunérateurs que chez eux. Quand, début 1863, le bey fait savoir qu'il souhaite emprunter 25 millions de francs, plusieurs banquiers de Londres et Paris proposent leurs services", raconte Eric Toussaint dans Orient XXI.

 

 

Sur fond de mauvaise gestion et de corruption, la dette du pays explose brutalement vis-à-vis de l'étranger. Les emprunts nouveaux visent à rembourser les précédents et cela à des taux de plus en plus scandaleux. A Paris, c'est la fête des boursicoteurs qui misent sur les "valeurs à turban" (les dettes tunisienne, ottomane ou égyptienne). Les obligations à haut risque font la fortune de banquiers audacieux. Ces "valeurs à turban, bientôt tristement célèbres, n'allaient pas tarder à provoquer la ruine et la mise en tutelle des souverains orientaux, trop avides et trop imprudents", précise Jean Ganiage, auteur des Origines du protectorat français en Tunisie

 

 

Dans la Tunisie de l'époque, Mustapha Khaznadar, le "ministre" des Finances du Bey Mohammed es-Sadok, profite largement de ce système. "Les Tunisiens fortunés et les résidents étrangers tiraient profit d’une politique d’endettement interne qui leur fournissait un rendement élevé, les hauts dirigeants de l’Etat en profitaient car ils détournaient une partie de l’argent emprunté (s’ajoute à cela qu’ils se portaient eux-mêmes acquéreurs de la dette), les fournisseurs étrangers en tiraient également un bénéfice. Par contre, le peuple devait supporter une charge croissante d’impôts", note M. Toussaint.

 

 

 

Révolte en 1864 : Ali ben Ghedhahem, bey du peuple

L'explosion sociale de 1864 est liée à l'augmentation d'un impôt, créé en 1856, dû par chaque citoyen tunisien. En 1861, cet impôt, la Mejba, représente ainsi 42% des rentrées fiscales. Mais cet impôt ne suffit pas à combler le remboursement de la dette extérieure. Il est doublé. La révolte éclate. "Les premières populations à se révolter furent les tribus de l'intérieur du pays : les Mathelith d'El Aradh, les Zlass du Kairouannais, les Ouled Ayar, Majer, Frechiche. Ces mouvements qui étaient désordonnés au début se coordonnèrent et portèrent Ali Ben Ghedhahem cheikh des 'Majer' à la tête des révoltés. Bientôt, les grandes villes côtières du pays (Sousse, Sfax...) se joignirent au mouvement. En avril 1864, constatant l'ampleur de la révolte, le Bey es-Sadok annonça qu'il renonçait au doublement de la mejba. Cependant, en raison du grand mécontentement de la population, la révolte s'étendit plus encore sur le territoire de la Régence de sorte qu'en juin 1864, le Bey ne contrôlait que Tunis et ses environs immédiats", précise Hamdi Raissi.

 

 

La révolte, personnalisée par Ali ben Ghedhahem de la tribu des Majer de la région de Kasserine, fut finalement vaincu. "Les conséquences de cette révolte furent dramatiques puisque le déséquilibre des finances de l'Etat fut aggravé par les dépenses relatives aux opérations menées pendant la révolte", note l'auteur.

 

 

Le calme est revenu, mais la dette perdure, obligeant la Tunisie à négocier avec ses créanciers qui ne perdent pas une miette du gâteau. Afin de garantir le remboursement des sommes, une opération militaire est envisagée, mais finalement le choix d'une commission est fait.

 

 

Cette commission internationale financière est mise sur pied pour placer les finances tunisiennes sous une tutelle sévère et tatillonne. "Le texte du décret (français, NDLR) du 5 juillet 1869 constitue un véritable acte de soumission de la Tunisie aux créanciers. L’article 9 est particulièrement important car il indique très clairement que la commission percevra tous les revenus de l’Etat sans la moindre exception. Il ajoute qu’aucun emprunt ne pourra être réalisé sans son accord. L’article 3 précise, en termes diplomatiques il est vrai, que le représentant de la France est le personnage le plus important dans cette commission et est désigné par l’Empereur des Français. Le Bey ne fait en réalité que ratifier", rappelle le Comité pour l'abolition des dettes illégitimes.

 

 

 

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 Juillet 1881 : prise de la ville de Stax par les troupes francaises suite à la révolte des habitants contre la mise en place du protectorat francais sur la Tunisie. (Gravure de De Haenen in "Le Monde Illustre" N°1273 du 20 août 1881 / AFP)

 

 

 

Le traité du Bardo fait de la Tunisie un protectorat français

Sur un plan international, l'heure est à la colonisation et au partage du monde entre les puissances européennes sur fond de recul de l'Empire ottoman. En 1878, avec l'approbation de Berlin (qui vient de prendre l'Alsace-Lorraine) et de Londres (qui vise l'Egypte), la Tunisie entre dans l'orbite de la France (au grand dam de l'Italie) qui n'a jamais caché ses visées expansionnistes sur ce territoire voisin de l'Algérie, colonisée depuis 1830... 

 

 

La Tunisie subit la pression des forces coloniales françaises qui finissent par arriver à Tunis en exploitant un incident frontalier. "Nous allons en Tunisie pour châtier les méfaits que vous connaissez ; nous y allons en même temps pour prendre toutes les mesures qui pourront être nécessaires pour en empêcher le renouvellement. Le gouvernement de la République ne cherche pas de conquêtes, il n’en a pas besoin (vifs applaudissements à gauche et au centre) ; mais il a reçu en dépôt des gouvernements qui l’ont précédé cette magnifique possession algérienne que la France a glorifiée de son sang et fécondée de ses trésors. Il ira dans la répression militaire qui commence, jusqu’au point où il faut qu’il aille pour mettre à l’abri, d’une façon sérieuse et durable la sécurité et l’avenir de cette France africaine (Nouveaux applaudissements)", lance pompeusement Ferry à l'Assemblée. "La Tunisie était tombée comme un fruit mûr sous la domination des forces colonialistes", note Fathi Chamkhi, élu de la gauche tunisienne.

 

 

En 1881, le traité du Bardo est imposé au bey. Le protectorat est créé. La question de la dette tunisienne n'est certes pas la seule cause à la création du protectorat français sur la Tunisie, mais la faiblesse de l'Etat tunisien d'alors l'empêche d'avoir une politique indépendante. "En Tunisie, le processus du protectorat a été apparemment pacifique. Il concerne un pays déjà homogène, mais affaibli (...) surtout par un gros déficit des finances", confirme l'historien Hubert Bonin, auteur d'une histoire de L'Empire colonial français

 

 

En 1883, la France impose un nouveau texte à la Tunisie. Beaucoup plus précis celui-la : "Afin de faciliter au gouvernement français l’accomplissement de son protectorat, son altesse le bey de Tunis s’engage à procéder aux réformes administratives, judiciaires et financières que le gouvernement français jugera utiles". Le protectorat est aboli en 1956.

 


20/01/2019
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Franceinfo - le mardi 15 janvier 2019

 

 

En direct du monde. A Tunis, un arrêté municipal polémique impose l'usage de l'arabe sur les enseignes des magasins

 

 

 

La maire de Tunis a pris la décision d'utiliser prioritairement l'arabe sur les enseignes des commerces. Une décision qui suscite une vague d'indignation sur les réseaux sociaux

 

 

 

Au moment où la Tunisie commémorait les huit ans de la révolution de Jasmin, un arrêté municipal, qui devait passer quasiment inaperçu, a ébranlé la capitale Tunis. La municipalité oblige désormais les commerçants et les restaurateurs à utiliser prioritairement l’arabe sur leurs enseignes, sous peine de sanction financière. Une mesure qui a déclenché une vive polémique. 

 

 

 

La place de l'Islam en question 

Derrière l’affaire de la langue, il y a une question encore plus fondamentale : celle de la place de l’islam dans la société tunisienne. Cette polémique montre combien la Tunisie est divisée sur le sujet. Il y a d’un côté ceux qui estiment que cette mesure défend l’identité arabe et, de l’autre, il y a tous ceux qui militent pour une Tunisie ouverte sur le monde et qui voient cette nouvelle mesure comme une menace, celle de l’islamisation de la société tunisienne. 

 

 

Cette polémique a démarré par un post Facebook d'Ahmed Bouazzi, membre du conseil municipal de Tunis, qui annonce fièrement sur son mur que l’assemblée municipale a voté à la quasi-unanimité que l’arabe devra être utilisé pour toutes les enseignes commerciales de la capitale, alors qu'aujourd'hui le français est encore très présent. Ce que déclenche Ahmed Bouazzi, c’est une déferlante de réactions outrées sur les réseaux sociaux. "La charia est la nouvelle dictature islamiste", dénonce un internauteUn autre choisit l’ironie : "Je vous trouve trop conciliant avec 'la pourriture francophone' : une simple amende pour les punir est trop clémente. Je suggère que l'on fouette publiquement les contrevenants".

 

 

 

Une mesure votée démocratiquement 

Cette indignation face à la mesure, votée démocratiquement, est aussi liée au maire de Tunis. Souad Abderrahim a été élue à la tête de la capitale en mai dernier. Elle est la première élue démocratiquement de l’histoire de la Tunisie. Membre du parti islamiste Ennahda, elle ne porte pas le voile. Tous ceux qui se méfient comme de la "peste islamiste" avaient déjà alors avalé de travers.

 

 

Ce décret est selon eux, la preuve que Souad Abderrahim joue un double-jeu et démontre qu'elle n’est pas progressiste, comme elle le prétend. Ces détracteurs estiment qu’elle veut transformer la Tunisie en bastion des Frères musulmans. Une internaute résume : "Cette mesure, votée au parlement municipal monopolisé par les islamistes, montre les limites de la démocratie". La maire, elle, reste ferme. Elle s’appuie sur l’article 39 de la Constitution, où il est inscrit que l’État doit "veiller à la consolidation de la langue arabe". 

 

 

 

Polémique sur fond de campagnes électorales

L'année 2019 en Tunisie est marquée par des élections législatives et présidentielle, ce qui ne calme en rien les esprits. La campagne a déjà démarré et le parti conservateur Ennahda est celui qui est le mieux positionné pour l’emporter. Surtout, il n'a pour l'instant presque pas d'adversaire. Le parti Nida Tounès qui a remporté la dernière présidentielle est en lambeau, dévoré par des querelles internes.

 

 

D’ici la fin de l’année, les enseignes de la capitale auront donc été modifiées, c’est l’arabe qui dominera. Reste à voir si le parti Ennahda fera le raz-de-marée que bon nombre d’observateurs anticipent déjà.

 


15/01/2019
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Franceinfo - le lundi 7 janvier 2019

 

 

Miss Algérie noire : une première qui provoque un déferlement de racisme sur les réseaux sociaux

 

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Mohamed BerkaniRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

Elue Miss Algérie 2019, Khadidja Benhamou ne s’attendait pas à un tel torrent de haine sur les réseaux sociaux. Son tort pour certains internautes ? Avoir la peau mate

 

 

 

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Khadidja Benhamou élue Miss Algérie 2019. (Capture d'écran Youtube)

 

 

 

 

C’est la première fois qu’une Miss Algérie est originaire du sud du pays. Khadidja Benhamou, noire de peau, a eu les faveurs du jury et… les insultes de certains internautes. "L’indignation ne suffira pas. Ces comportements doivent trouver une réponse des pouvoirs publics qui nous renvoient sans cesse à l’identité nationale. L’Algérie est diverse. Mais cette diversité n’est pas incarnée dans la représentation politique, dans les médias et dans la production audiovisuelle", analyse Nidal Aloui dans TSA.

 

 

Cette polémique remet en exergue l’identité africaine de l’Algérie. Bien qu'originaire d’Adrar, à 1 400 km au sud-ouest d’Alger, Khadidja Benhamou ne peut représenter l’Algérie à cause de sa couleur de peau "trop foncée", pour certains Algériens.

 

 

Un élan de solidarité s’est formé spontanément pour défendre la nouvelle Miss Algérie.

 

 

 

Invitée sur un plateau de télévision pour réagir, Khadidja Benhamou a préféré ignorer ses détracteurs (lien en arabe).

 

 

Je ne regarde pas les réseaux sociaux. Que Dieu montre le chemin à ceux qui me critiquent et préserve ceux qui m’encouragent Khadidja Benhamou, Miss Algérie 2019

 

 

Mise entre parenthèses durant la guerre civile qui avait fait près de 200 000 morts, l’élection de Miss Algérie a repris en 2013

 


08/01/2019
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Franceinfo - le vendredi 4 janvier 2019

 

 

"Rassurez-vous, on va quitter la Tunisie" : la peur des Subsahariens victimes d’agressions racistes à Tunis

 

 

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Martin MatesoRédaction AfriqueFrance Télévisions
 
 

 

 

La communauté subsaharienne résidant en Tunisie sollicite la protection des autorités de ce pays. Elle dénonce des agressions racistes répétées, des violences physiques et verbales devenues leur lot quotidien. Dans l’indifférence générale et malgré l’adoption d’une loi pénalisant les discriminations

 

 

 

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Un migrant subsaharien recueilli par le Croissant rouge tunisien dans le port de Zarzis (sud-est), le 4 mai 2015. (FETHI BELAID / AFP)

 

 

En arrivant en Tunisie, Anthony Gianni, un jeune Subsaharien était excité de découvrir ce nouveau pays et sa culture. Il a très vite déchanté. C’est triste à dire, témoigne-t-il sur sa page Facebook, mais ça m’a pris à peine un mois pour réaliser que ma couleur de peau posait problème.

 

 

"J’ai arrêté de compter les insultes, les moqueries et les gestes de discrimination dus à ma peau. Mais c’est rien, comparé à mes amis qui se sont fait gifler dans le métro sans que personne ne réagisse, ou comparé à ceux qui se sont fait égorger un 25 décembre ou qui ont pris des coups et blessures… Rassurez-vous, on va quitter votre beau pays", écrit-il sur sa page Facebook.

 

 

Jeune père de deux enfants poignardé à mort 

Anthony Gianni est en deuil, comme l’ensemble de la communauté subsaharienne de Tunis, après l’agression qui a coûté la vie au président de l’association des Ivoiriens en Tunisie, Falikou Coulibaly. Agé de 33 ans, ce jeune père de deux enfants a été poignardé à mort le 23 décembre 2018 dans la capitale tunisienne.

 

 

"Il y a derrière cet acte, une connotation raciste et barbare… L’Etat doit garantir notre sécurité en Tunisie, car ce beau pays doit être une terre d’accueil et non un tombeau pour les étrangers", plaide Mack Arthur Yopasho, président de l’Association des étudiants et stagiaires africains en Tunisie.

 

 

 

Les agressions à connotation raciste se sont multipliées    

Dans certains quartiers de Tunis, la communauté subsaharienne vit la peur au ventre. Les agressions à connotation raciste se sont multipliées ces dernières années, comme le rappelle Saadia Mosba, militante antiraciste tunisienne.

 

 

"Le 7 décembre 2016, à Tunis, une jeune Ivoirienne échappe in extremis à une tentative d’égorgement. Dix-sept jours plus tard, à la veille de Noël, deux étudiantes congolaises sont poignardées en plein centre-ville à 11 heures du matin…Ces victimes ont survécu mais elles ont gardé de douloureuses séquelles physiques et psychologiques. Quant à l’agresseur, il avouera ne pas supporter de voir des Noirs parler une autre langue entre eux. Il ne sera pas inquiété par la justice car considéré comme malade", se rappelle-t-elle dans une tribune publiée dans le journal Le Monde.

 

 

Le racisme anti-noir, un sujet tabou dans la société

Mais le sujet reste tabou dans une société qui a du mal à reconnaître l’existence du racisme. Alors que les Tunisiens noirs peinent, eux aussi, à retrouver leur juste place dans la société. Dans la mémoire collective, constate la militante antiraciste tunisienne Saadia Mosba, le Noir est arrivé en Afrique du Nord asservi, les chaînes aux pieds. Chose que certains Tunisiens ne manquent pas de leur cracher à la figure.

 

 

«Quoi que vous fassiez, n’oubliez surtout pas que vous êtes arrivés ici en tant qu’esclaves, que nous achetions pour quelques pièces», leur lancent-ils.

 

 

Saadia Mosba raconte la mésaventure d’un douanier tunisien noir, en vacances avec sa famille dans le centre du pays, où il a été agressé dans son hôtel par un serveur qui refusait de le servir à cause de la couleur de sa peau. Le douanier a terminé ses congés à l’hôpital. 

 

 

Pour combattre la bête immonde, il faut un travail en profondeur, dès le plus jeune âge à l'école, afin que le Tunisien noir ne soit plus cette tache de naissance que l'on porte sur le visage ou qu'on veut oublier ou faire disparaître Saadia Mosba, militante antiraciste tunisienne dans une tribune publiée par Le Monde

 

 

Dans cette Tunisie, pourtant réputée naguère pour son hospitalité, sa tolérance et son ouverture, le nombre d'étudiants subsahariens a considérablement baissé ces dernières années. Ils sont passés de 12 000 en 2010 à seulement 4000 lors de la rentrée 2016-2017. Le racisme, désormais banalisé dont ils seraient victimes, avec son lot de violences physiques et verbales, serait l’une des causes de ce désenchantement.

 


05/01/2019
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Franceinfo - le jeudi 27 décembre 2018

 

 

Tunisie : de nouvelles émeutes sociales

 

 

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France 2France Télévisions

 

 

 

Pour la troisième nuit consécutive, des violences ont éclaté dans plusieurs villes suite à l'immolation d'un journaliste lundi 24 décembre

 

 

 

 

La ville de Kasserine en Tunisie est sous tension. La population et les forces de l'ordre se sont fait face toute la nuit de mercredi 26 à jeudi 27 décembre. C'est le troisième jour d'émeute provoquée par le geste désespéré d'Abderrazak Zorgui, 32 ans, qui s'est immolé en public pour dénoncer la misère. "Si quelqu'un arrive à décrocher un emploi grâce à moi, j'en serai ravi", a-t-il déclaré dans une vidéo avant de s'ôter la vie. L'homme était un journaliste cameraman au chômage.

 

 

 

15% de chômage

En réaction, des jeunes de Kasserine sont descendus dans la rue. Des violences ont également éclaté à Sfax et dans la banlieue de Tunis, la capitale. Désœuvrement, manque de perspectives pour l'avenir, cherté de la vie... Tous ont les mêmes revendications. Kasserine dans l'ouest du pays est l'une des premières villes où avait éclaté la révolution en 2011, avec déjà, l'immolation d'un vendeur ambulant. En Tunisie, le chômage atteint aujourd'hui 15%. Les habitants disent se sentir abandonnés par le pouvoir central.

 


29/12/2018
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Franceinfo - le mercredi 26 décembre 2018

 

 

Randonneuses tuées au Maroc : "Un réveil brutal" pour les habitants, mais le pays "était menacé depuis très longtemps"

 

 

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franceinfoRadio France

 

 

 

Le chercheur Kader Abderrahim a commenté mercredi sur franceinfo la réaction des Marocains après le meurtre la semaine dernière de deux jeunes randonneuses scandinaves dans le sud du pays

 

 

 

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Un rassemblement à Rabat (Maroc), le 22 décembre 2018, en hommage aux deux touristes scandinaves dont les corps ont été découverts la veille dans le Haut-Atlas.  (FADEL SENNA / AFP)

 

 

 

Au Maroc, des manifestations ont été organisées après le meurtre de deux touristes scandinaves. Cela montre "à quel point les Marocains ont été eux-mêmes choqués par ce qui est arrivé dans une région particulièrement touristique", a déclaré sur franceinfo mercredi 26 décembre Kader Abderrahim. Le chercheur, maître de conférences à Sciences Po et auteur de Géopolitique du Maroc aux éditions Bibliomonde, a jugé que le pays "était menacé depuis longtemps" par le jihadisme.

 

 

franceinfo : Ce retour du jihadisme en pleine lumière est-il une surprise pour les Marocains ?

 

 

Kader Abderrahim : Oui c'est une surprise, évidemment, un réveil brutal. Mais le Maroc était menacé depuis très longtemps et il le savait. Et cela fait maintenant des années qu'il démantèle régulièrement des cellules qui étaient présentes sur son territoire avec une certaine efficacité puisque aucune d'entre elles, depuis 2011, n'avaient réussi à passer à l'acte. Et puis aujourd'hui, on est dans une situation où c'est très compliqué parce qu'il suffit d'une personne isolée qui prenne une initiative tragique pour déstabiliser l'économie d'un pays comme le Maroc.

 

 

 

Que traduisent les manifestations au Maroc, après les meurtres ?

 

 

Il y a eu beaucoup de manifestations pour dire 'non' au terrorisme. Ce sont des manifestations à tout le moins humanistes et légitimes qui prouvent aussi à quel point les Marocains ont été eux-mêmes choqués par ce qui est arrivé dans une région particulièrement touristique. Une ville comme Marrakech reçoit à peu près 10 à 12 millions de touristes chaque année, c'est considérable, et par conséquent, le choc est terrible. Et il est vrai que pour combattre efficacement le terrorisme, il faut aussi avoir le soutien de sa population. Ce qui semble être le cas au Maroc.

 

 

 

La lutte contre le terrorisme est d'autant plus cruciale au Maroc que beaucoup de jeunes Marocains sont partis rejoindre l'Etat islamique en Syrie et en Irak...

 

 

Beaucoup de Marocains et beaucoup de Tunisiens ont effectivement rejoint les rangs de Daech. Le Maroc doit représenter le premier contingent de combattants arabes dans ses rangs. Aujourd'hui, l'organisation terroriste est considérablement affaiblie et ses capacités militaires ont été réduites. Daech n'a plus les mêmes moyens que ceux dont elle disposait autour des années 2014 jusqu'à 2016 mais elle garde une capacité de nuisance, c'est indéniable, incontestable, et le travail n'est pas terminé, cela prendra du temps. Si militairement Daech a été battu et vaincu politiquement son projet reste et demeure. Et il semble qu'il soit encore suffisamment attractif pour un certain nombre de desperados.

 


27/12/2018
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Franceinfo - le mardi 25 décembre 2018

 

 

"Ces assassins nous font honte" : cinq questions après la mort de deux randonneuses scandinaves au Maroc

 

 

 

Rapidement arrêtés, les quatre suspects avaient prêté allégeance au groupe terroriste Etat islamique dans une vidéo enregistrée quatre jours avant le double meurtre. L'une des deux jeunes femmes a été décapitée à l'arme blanche

 

 

 

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Plusieurs personnes rassemblées en hommage à Louisa et Maren samedi 22 décembre devant l'ambassade du Danemark à Rabat (Maroc).  (FADEL SENNA / AFP)

 

 

 

"Les habitants d’Imlil sont toujours sous le choc et se sentent trahis par ce crime odieux", témoigne un guide de la région du mont Toubkal, au Maroc, sur le site Yabiladi. C'est là, au cœur du massif de l'Atlas, que deux jeunes randonneuses, l'une danoise, l'autre norvégienne, ont été assassinées, dans la nuit du dimanche 16 au lundi 17 décembre.

 

 

Quatre suspects se revendiquant du groupe Etat islamique  (EI) ont été arrêtés. Franceinfo revient sur ce double meurtre qui ébranle le Maroc, alors que le royaume n'avait pas été touché par un attentat islamiste depuis l'attaque de Marrakech en 2011. 

 

 

 

1 - Que s'est-il passé ? 

Amoureuses de la nature, deux amies, étudiantes de l'université de Bø (Norvège), la Danoise Louisa Vesterager Jespersen et la Norvégienne Maren Ueland, avaient décidé de randonner dans le Haut Atlas pour Noël. Sportives aguerries, elles étaient parvenues à gravir le mont Toubkal, le plus haut sommet d'Afrique du Nord et entamaient leur descente, dimanche 16 décembre. Elles décident alors de s'arrêter camper pour la nuit, le long d'un petit sentier de randonnée, situé "à 2100 mètres" précise Le Parisien. Elles se trouvaient à deux heures de marche du village d'Imlil.  

 

 

Le lendemain matin, lundi 17 décembre, leurs corps sont retrouvés mutilés par des alpinistes français, indique le site Yabiladi. Elles ont été surprises durant leur sommeil par les quatre tueurs. L'une d'elles a été tuée à l'intérieur de la tente, tandis que l'autre a tenté de s'en extraire avant de mourir sous les coups des assaillants. Une des deux jeunes femmes a été décapitée, selon une source proche du dossier. Les dépouilles des deux amies ont quitté le Maroc vendredi 21 décembre à destination tout d'abord de Copenhague, capitale du Danemark. Le corps de Maren Ueland a ensuite été rapatrié à Oslo, en Norvège, samedi.

 

 

 

2 - Qui étaient les victimes ? 

Les deux amies sont décrites par leur entourage comme "sociables" et "aventurières". Louisa Vesterager Jespersen, 24 ans, était "toujours heureuse et positive. Tout le monde l'aimait et elle voyait le meilleur en chacun", a témoigné sa mère au journal danois B.T. Sur sa photo de profil Facebook, la jeune femme blonde pose souriante au milieu des montagnes. Elle était titulaire d'une licence de rafting et voulait tenter un nouveau défi avec son amie Maren Ueland.

 

 

Cette dernière "adorait se promener avec l'immense Leonberger familial, Alf Herman, sur la plage Orrestranda près de Stavanger" dans le sud-ouest de la Norvège. Maren avait 28 ans et "détestait Noël, le stress, l'hystérie des cadeaux, cette mentalité du tout jetable. Mais c'était en même temps quelqu'un de très famille", a raconté sa mère au journal norvégien Aftenbladet.

 

 

Les deux jeunes femmes avaient donc décidé de partir au Maroc pour Noël. Elles qui avaient déjà beaucoup vadrouillé à l'étranger "avaient pris toutes les précautions nécessaires avant de partir pour ce voyage", a assuré la mère de Maren à la télévision norvégienne. De leur côté, les parents de Louisa Vesterager Jespersen avaient – en vain – déconseillé à leur fille de partir au Maroc, un pays qu'ils jugeaient "chaotique".

 

 

 

3 - Comment ont été interpellés les suspects ? 

Quatre hommes ont été rapidement interpellés grâce à la mise en place d'un important dispositif policier. Dès le lundi matin, les forces de l'ordre repèrent la tente des suspects et découvrent à l'intérieur, selon plusieurs sources citées par Le Parisien : "Des couvertures, des armes blanches, et surtout la pièce d’identité de l’un des suspects."

 

 

Le premier suspect est arrêté dès mardi matin par le Bureau central d'investigation judiciaire (BCIJ) "dans la banlieue de Marrakech" relate le site marocain Médias24. Le site précise que les "trois autres individus ont été identifiés peu après en se basant d'une part sur les données recueillies sur place et d'autre part, sur les déclarations du premier suspect". Ils sont appréhendés jeudi, lorsqu'un "vendeur ambulant repère l'arme blanche que porte l'un d'entre eux" indique Le Parisien. La police marocaine a depuis procédé à neuf nouvelles arrestations en lien avec le meurtre "terroriste" des deux randonneuses. 

 

 

 

4 - Qui sont ces hommes ? 

Agés de 25 à 33 ans, les quatre hommes, tous marocains, s'étaient rendus dans la région d'Imlil dans le but d'y commettre un crime, mais sans avoir "décidé préalablement de cible précise" a indiqué le porte-parole de la sûreté nationale, Boubker Sabik sur la chaîne marocaine 2M.

 

 

Les quatre hommes vivaient de petits métiers et avaient quitté leurs foyers sous de faux prétextes. "A ses parents, l’un d’eux a ainsi assuré qu’il partait chercher du travail à Dakhla, une ville non loin du Sahara" est-il précisé dans le Parisien.

 

 

Dans une vidéo enregistrée jeudi 13 décembre, ils ont prêté allégeance au groupe terroriste Etat islamique et à son chef, Abou-Bakr Al-Baghdadi. D'après Boubker Sabik, "seul un des quatre suspects arrêtés a des antécédents d’extrémisme et fut arrêté en 2013 pour son rôle dans le recrutement et l’embrigadement de jeunes pour des organisations extrémistes". Le crime n'a toutefois pas été coordonné par l'EI, il s'agit de "loups solitaires", affirme Boubker Sabik. 

 

 

Selon le journal danois BT, qui cite un enquêteur marocain, l'un des suspects arrêtés, Abdessamad Ejjoud, 25 ans, serait "l'émir du groupe", celui qui a inspiré et dirigé les trois autres. 

 

 

 

5 - Quelles ont été les réactions ? 

Le double meurtre a provoqué une vive émotion en Norvège, au Danemark mais aussi au Maroc. "Ces assassins nous font honte" a ainsi écrit le quotidien marocain L'Economiste, vendredi 21 décembre. Le lendemain, des centaines de personnes se sont rassemblées à Rabat, capitale du pays, devant les ambassades du Danemark et de Norvège. Une minute de silence a été observée par les anonymes et les représentants diplomatiques des deux pays. 

 

 

Depuis l'attentat de Marrakech perpétré en avril 2011 et qui avait fait 17 morts, le Maroc n'avait connu aucun acte terroriste islamiste. La sécurité avait considérablement été renforcée autour des sites sensibles du pays. 

 

 

Les médias nationaux s'inquiètent des répercussions que ce double meurtre pourrait avoir sur le tourisme, secteur clé de l'économie, puisqu'il représente 10% de la richesse du pays. Le mont Toukbal attirerait chaque année des dizaines de milliers de randonneurs. Son ascension figure parmi les destinations phares des tour-opérateurs. "Près de 90% de la population locale à Imlil vit directement ou indirectement du tourisme local" affirme le site Internet Yabiladi. Pour un guide local à Imlil, joint par l'AFP, "c'est très mauvais pour la région, il va sans doute y avoir des annulations" de séjours.

 

 


25/12/2018
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