L'AIR DU TEMPS

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MAGHREB


Franceinfo - le lundi 19 août 2019

 

 

A la nouvelle piscine de Rabat, les Marocaines fuient le harcèlement sur les plages

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Une soixantaine de vigiles et de policiers en civil veillent à la tranquillité de chacun - et surtout de chacune, a constaté l'AFP

 

 

 

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Des Marocains se rafraîchissent dans la nouvelle piscine publique de la capitale Rabat, le 7 août 2019. (FADEL SENNA / AFP)

 

 

 

"Ici, il n'y a pas de harcèlement!" Comme des milliers de Marocaines, Sanae est venue chercher à la nouvelle piscine de Rabat la détente qu'elle ne trouve plus sur les plages, mais n'échappe pas aux regards insistants ou désapprobateurs.

 

 

Se baigner à la plage n'est plus un loisir pour une femme: j'ai été harcelée juste parce que je portais un maillot de bain, heureusement que mon mari était làSanae, mère de famille de 36 ans à l'AFP

 

 

Sanae a fait 150 kilomètres pour profiter de la piscine publique inaugurée début juillet.

 

 

"Les plages sont devenues désagréables", renchérit Amal, lunettes noires et paréo gris, venue avec des amies, sans escorte masculine. Cette étudiante de 18 ans espère que "les femmes récupèrent un jour leur place sur le sable et le droit de porter ce qu'elles veulent", comme elle l'a expliqué à l'AFP.

 

 

 

Des garçons marocains regardent des filles bronzer à la nouvelle piscine publique de la capitale Rabat, le 7 août 2019.

Des garçons marocains regardent des filles bronzer à la nouvelle piscine publique de la capitale Rabat, le 7 août 2019. (FADEL SENNA / AFP)


 

"Le phénomène est apparu sur certaines plages de Casablanca dans les années 90 (...), l'opinion publique (...) n'a pas réagi", constate la sociologue Soumaya Naamane Guessous. Pour elle, "c'est une régression principalement liée à la propagation des idées salafistes importées de l'étranger".

 

 

Face à cette évolution, une campagne avait été lancée à l'été 2018 sur les réseaux sociaux sous le hashtag #Soisunefemmelibre. Une salve de photos de "résistantes" en maillot avait répondu à une page Facebook appelant les hommes à "interdire à leurs femmes de sortir en tenue indécente".

 

 

 

 "#Soisunefemmelibre" 

Les femmes interrogées par l'AFP disent avoir choisi la Grande piscine de Rabat car elles s'y sentent plus en sécurité, même si, pour beaucoup, elles renoncent à se baigner. Une soixantaine de vigiles et de policiers en civil veillent à la tranquillité de chacun - et surtout de chacune.

 

 

Image de plus en plus rare au Maroc, des jeunes filles barbotent avec joie au milieu des garçons tandis que les hauts-parleurs diffusent à plein tube une musique populaire.

 

 

Des milliers de personnes ont afflué dans ce nouvel espace de mixité offert par le bassin artificiel creusé dans les falaises rocheuses de la corniche urbaine, dans le cadre d'un vaste projet d'aménagement baptisé "Rabat, ville lumière".

 

 

Si comme Sanae, beaucoup de femmes se sentent "plus libres" ici qu'à la plage, elles préfèrent tout de même rester habillées.

 

 

 

Des Marocains se préparent à sauter dans l\'eau à la nouvelle piscine publique de la capitale Rabat le 7 août 2019.

Des Marocains se préparent à sauter dans l'eau à la nouvelle piscine publique de la capitale Rabat le 7 août 2019. (FADEL SENNA / AFP)


 

Cette mère de famille dit avoir opté pour le short/débardeur "parce qu'il y a beaucoup de voyeurs". Elle réserve son une-pièce "pour les plages sauvages du Maroc ou pour l'étranger".

 

 

Leïla, une fonctionnaire de 36 ans, est restée en jeans. Son amie Khadija, 50 ans, salariée dans un centre commercial en France venue passer ses vacances au Maroc, a gardé sa robe blanche.

 

 

Considérées comme un atout touristique, les innombrables plages du Maroc sont bien moins accueillantes pour la gent féminine. Le maillot de bain, quelle que soit sa surface couvrante, y est fréquemment perçu comme une offense, voire comme un signe de "débauche". Pour se baigner en toute tranquillité, loin de tout harcèlement, il faut ainsi se lever tôt, fréquenter des sites isolés ou payer un droit d'accès à des espaces privés sélectifs.

 

 

 

"Commentaires dégradants"

Venu à la Grande piscine de Rabat avec sa femme voilée et sa fille, Anouar, 32 ans, estime que ce sont les femmes "en tenue irrespectueuse qui harcèlent les hommes et les familles".

 

 

La tendance est devenue si conservatrice et si banale que les femmes en maillot de bain subissent des regards critiques ou même des commentaires dégradants d'autres femmesSoumaya Naamane Guessous, sociologue à l'AFP

 

 

"Ce sont les mentalités qu'il faut changer", estime cette militante féministe en soulignant que ce phénomène "touche l'espace public en général" au Maroc.

 

 

A rebours de sa réputation de tolérance dont le pays jouit au sein du monde arabo-musulman, une étude de l'ONU-Femmes avait montré en 2017 que pour les Marocains, "une femme habillée de façon provocante mérite d'être harcelée", les avis féminins (78%) dépassant ceux des hommes (72%).

 

 

Une loi contre les violences faites aux femmes mentionnant pour la première fois le harcèlement a été adoptée en février 2018 mais les sanctions restent rares.

 

 

Début août, des images de jeunes bénévoles belges travaillant en short dans le sud du pays ont suscité les foudres d'un député du parti islamiste, tandis que la police arrêtait un instituteur ayant appelé à les décapiter sur sa page Facebook.

 


20/08/2019
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Franceinfo - le mercredi 14 août 2019

 

 

Sahara occidental : Washington contre la création d’un nouvel Etat en Afrique

 

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Alain ChémaliRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

A la faveur d’un reportage "sous étroite surveillance" marocaine au Sahara occidental, le Wall Street Journal a lâché une vraie petite bombe diplomatique. Il a révélé que Washington est opposé à l’indépendance de ce territoire contesté

 

 

 

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Le marché de Laayoune, chef-lieu du Sahara occidental sous contrôle marocain, le 3 novembre 2018. (FADEL SENNA / AFP)

 

 

 

Autorisé à se rendre en reportage à Laayoun, chef-lieu du Sahara occidental, annexé par le Maroc et revendiqué par le Front Polisario, le très sérieux quotidien américain Wall Street Journal (WSJ) a mis en lumière un intérêt inhabituel de la Maison Blanche pour ce conflit vieux de 44 ans en révélant que l'administration américaine est opposée à l’indépendance de ce territoire contesté.

 

 

 

Les espérances sahraouies ont peu de chance de se concrétiser

"Ceux qui espèrent voir lever le drapeau sur un Sahara occidental indépendant risquent d’être déçus par l’administration Trump", écrit le journaliste qui s’est rendu dans la région dans l’édition du 11 août 2019.

 

 

Dion Nissenbaum répondait indirectement dans son papier au message qu’un indépendantiste sahraoui rencontré sur place lui avait demandé de faire parvenir à John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale du président américain.

 

 

"S’il vous plaît, donnez à Monsieur Bolton une forte accolade de la part du peuple sahraoui", lui a dit cet activiste de Laayoune. "Nous dépendons de lui, nous apprécions ce qu’il fait pour le peuple du Sahara occidental et nous serons de bons amis des Etats-Unis", a-t-il assuré.

 

 

Dans son reportage, aussitôt repris par de nombreux sites marocains dont le Desk, le journaliste américain explique pourquoi, en dépit des positions du turbulent conseiller de Donald Trump, les espérances sahraouies ont peu de chances de se concrétiser.

 

 

Citant des sources officielles marocaines et occidentales impliquées dans les négociations sur ce conflit, le journaliste rapporte en effet que les Etats-Unis sont opposés à la l’indépendance de ce territoire envahi par le Maroc en 1975, dans la foulée du départ de la puissance coloniale espagnole.

 

 

 

Washington contre la création d'une nouvelle nation en Afrique

"Il est clair que Washington ne soutiendra pas un plan destiné à créer une nouvelle nation africaine", écrit-il, soulignant qu’il s’agit là d’un accord tacite entre Américains et Marocains qui ne peut que déplaire aux indépendantistes.

 

 

Ce sont ces assurances qui auraient contribué à ramener le Maroc dans la négociation, précise le WSJ qui rappelle dans le même temps l’opposition de John Bolton au maintien de la MINURSO, la mission de l’ONU au Sahara occidental.

 

 

Vieux routier du dossier pour lequel il a contribué à rédiger l’accord onusien qui a mis fin aux affrontements entre le Maroc et le Polisario en 1991, Bolton avait même menacé de recourir au véto américain contre la prorogation de la mission de la force de l’ONU en l’absence de progrès dans les pourparlers entre les deux parties.

 

 

"Nous avons besoin de voir de réels progrès dans la résolution du conflit afin de ne pas continuer à dépenser des ressources limitées dans des missions de maintien de la paix sans fin", a déclaré le haut responsable américain qui voit dans la MINURSO l’exemple même des échecs onusiens.

 

 

Avec une Algérie, principal soutien du Front Polisario, en pleine effervescence et après la démission "pour raison personnelle" de Horst Kohler, l’ancien président allemand nommé envoyé spécial des Nations unies pour le Sahara, les avancées sur ce dossier sont à nouveau au point mort.

 

 

 

Le départ de la MINURSO, un appel d'air pour Daech et Al Qaïda

"Des pourparlers sérieux sur le Sahara occidental au milieu de ces incertitudes semblent improbables et le plan américain pour mettre fin à la mission des Nations unies pourrait créer davantage de troubles", prévient le journal.

 

 

En cherchant à retirer quelque 250 observateurs des Nations unies et à faire une économie de 50 millions de dollars par an, la Maison Blanche court le risque, "dans cette dernière poche de stabilité en Afrique du Nord, de créer de nouvelles opportunité d’expansion pour l’Etat islamique ou Al Qaïda", estime encore Dion Nissenbaum.

 

 

La situation risque, selon lui, de s’aggraver en octobre prochain avec l’expiration du mandat de la force de maintien de la paix si l’ONU ne parvient pas à faire progresser le processus politique.

 

 

Le jour même de la publication de l’article du WSJ, le président sahraoui dénonçait une tentative du Maroc de changer le statut quo dans la zone tampon de Guerguerat, selon la publication algérienne en ligne Al Watan.

 

 

Dans une lettre adressée au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, Brahim Ghali estime que l’installation, ces derniers jours, d’agents de sécurité et de renseignement par les autorités marocaines dans cette zone sont une "violation grave" de l’accord de cessez-le-feu de 1991, un acte "provocateur et déstabilisateur qui accroîtrait la menace sur la sécurité dans la région".

 


15/08/2019
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Franceinfo - le mercredi 7 août 2019 - mis à jour le 08.08.2019

 

 

Maroc : un instituteur qui appelait à la décapitation de bénévoles belges en short a été arrêté

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Une vidéo montrant des volontaires travaillant sur un chantier en tenue estivale a suscité une intense polémique dans le pays

 

 

 

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Des bénévoles belges sur un chantier au Maroc, le 3 août 2019. (Capture d'écran Youtube)

 

 

 

De jeunes bénévoles belges travaillant en short sur un chantier dans le sud du Maroc ont provoqué des réactions virulentes dans le pays. A tel point qu'un instituteur a été arrêté, lundi 5 août, après avoir appelé à les décapiter. L'homme, âgé de 26 ans est poursuivi pour "avoir publié sur Facebook un message haineux"  (lien en arabe) contre ce groupe composé majoritairement de jeunes filles travaillant en plein air dans un village près de Taroudant, annonce mardi un communiqué de la Sûreté marocaine (DGSN).

 

 

Publié après la diffusion d'un reportage vidéo montrant ces bénévoles en train de terrasser un chemin en short sous un soleil de plomb, son message appelait à leur décapitation, en écho de l'assassinat de deux touristes scandinaves perpétré en 2018 par des Marocains radicalisés au nom du groupe Etat islamique, expliquent des médias locaux

 

 

Cet homme, qui vivait dans le nord du pays, va être poursuivi pour "incitation à des actes terroristes", selon la DGSN.

 

 

 

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"Tu sais ce qu'il te dit, son short ?"

Le post, supprimé depuis par son auteur mais dont des médias marocainsont fait une capture d'écran, est très largement commenté dans le pays. Ali El Asri, un député du parti islamiste, a ainsi publié un post virulent sur son compte Facebook, dénonçant la tenue vestimentaire des bénévoles belges. 

 

 

Depuis quand les Européens font-ils des travaux en tenue de baignade? Ali El Asri, député du parti islamiste (PJD, à la tête de la coalition gouvernementale) sur son compte Facebook

 

 

Aux internautes qui publient en réponse à son post des réactions indignées, il répond qu'il s'agit de "terrorisme laïc". 

 

 

A l'opposé, de nombreuses personnes ont pris la défense du groupe de volontaires et de leur travail. "Plutôt que de saluer l'abnégation, l'amour de l'autre, le courage, la détermination de ces jeunes femmes venues d'ailleurs qui n'avaient absolument rien à gagner à venir construire une route pour désenclaver un village du sud marocain, Ali El Asri, élu PJD au sein de la Chambre des Conseillers, a préféré s'arrêter sur leur tenue, allant même jusqu'à tenter de jouer la carte de l'ironie. Malheureusement pour celui-ci, le second degré n'a pas plu à tout le monde, tant cela a manqué de finesse d'esprit", réagit Zineb Ibnouzahir, fondatrice du site LeMarocDesFemmes.com, dans une chronique intitulée "Tu sais ce qu'il te dit, son short ?", en référence à la récente polémique de la chanteuse française Jennifer et publiée sur le site Le 360. 

 

 

Le Maroc, qui met volontiers en avant son image de pôle régional de stabilité et sa culture de tolérance, arrive régulièrement en haut de tableau dans les classements consacrés aux pays dangereux pour les femmes faisant du tourisme seules.

 


11/08/2019
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Franceinfo - le jeudi 1er août 2019

 

 

Tunisie : la présidentielle aura bien lieu le 15 septembre 2019

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Le premier tour du scrutin, qui devait initialement se tenir le 10 novembre, a été avancé en raison du décès du président sortant Béji Caïd Essebsi, survenu le 25 juillet. Un scrutin qui s'annonce très ouvert à 50 jours de l'échéance

 

 

 

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Le patron de la chaîne privée Nessma TV et candidat à la présidentielle Nabil Karoui à son bureau de Tunis le 18 juin 2019 (FETHI BELAID / AFP)

 

 

 

L’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) a confirmé la date de 15 septembre pour la présidentielle anticipée. Elle a ainsi rejeté les appels de partis politiques à repousser cette date annoncée dans la foulée du décès du président Béji Caïd Essebsi. Parmi ces partis, la formation d'inspiration islamiste Ennahdha. Selon le calendrier électoral décidé par l'ISIE, les candidatures doivent être déposées entre le 2 et 9 août, la campagne électorale, quant à elle, aura lieu du 2 au 13 septembre et pour finir les résultats préliminaires seront annoncés le 17 septembre. La date du deuxième tour de la présidentielle n'a pas encore été décidée, mais elle ne devra pas dépasser le 3 novembre.

 

 

Quant à la date des législatives, aucun changement n'est prévu : elles restent  programmées pour le 6 octobre.

 

 

 

Vers "une lutte d'ego" chez les "laïcs"

Pour l'instant, les enjeux semblent très ouverts. "Rien n'est fait, ce qui rend le scrutin très intéressant, car cela sera vraiment plein de surprises", pense l'expert Youssef Cherif.

 



D'ores et déjà, le Premier ministre Youssef Chahed, lui, a annoncé son intention de se présenter au nom de son parti Tahya Tounès, fondé en avril et dissident de Nidaa Tounès, la formation de Béji Caïd Essebsi. Problème : sa popularité est au plus bas. 

 



Parmi les principaux prétendants pressentis, aucun n'était en haut de l'affiche en 2014, ce qui rend difficile toute comparaison.

 



Le publicitaire et homme de télévision Nabil Karoui, qui a longtemps été  l'homme de l'ombre de Nidaa Tounes, est le favori des sondages, à la tête d'une formation concurrente misant sur sa réputation de généreux bienfaiteur. Il a été en campagne pendant des mois via une association caritative, ce qui l'a soustrait à toutes les obligations déontologiques imposées aux partis. Le gouvernement a alors tenté, en vain, de l'écarter par une modification du code électoral. En l'occurrence en interdisant a posteriori les candidats ayant distribué des cadeaux aux électeurs.

 



Mais le défunt président n'a pas promulgué ce nouveau code électoral, laissant le champ libre à Nabil Karoui. Quelques poids lourds de Nidaa Tounès l'ont rejoint au lendemain des funérailles. "Derrière lui, le paysage est encore très flou", constate l'expert tunisien Youssef Cherif dans des propos rapportés par l'AFP. "Si la frange qui se dit 'moderniste', anti-islamiste, parvient à se rassembler à nouveau, elle peut reconstituer un poids électoral de taille, mais tous les signaux montrent qu'on va vers une lutte d'ego", estime le politologue Selim Kharrat, également cité par l'AFP.

 

 

 

Et Ennahdha ?

Marqué par l'échec de sa première expérience du pouvoir en solitaire lorsqu'il avait remporté fin 2011 le premier scrutin post-révolution, Ennahdhareste réticent à présenter son propre candidat, préférant la position de faiseur de roi au Parlement. Les islamistes figurent dans le gouvernement de Youssef Chahed. Ils pourraient ainsi chercher à nouveau une alliance avec un groupe "laïc".



Toutes les alliances ou presque semblent envisageables. Sauf avec Abir Moussi, une passionaria de l'ancien régime, qui revendique l'héritage du RCD, parti du dictateur déchu Zine el Abidine Ben Ali, et appelle à exclure les islamistes.

 

Mohamed Abbou, chef de file du Courant démocrate ("Attayar"), issu du parti de l'ancien président par intérim (2011-2014) Moncef Marzouki, est en campagne depuis plusieurs mois. De son côté, ce dernier n'a pas fait part de ses intentions. Selon Reuters, l'ancien Premier ministre Mehdi Jomaa aurait, lui aussi, l'intention de briguer la présidence.



D'autres sont arrivés dans le paysage politique très récemment. Comme l'universitaire indépendant Kaïs Saïed. Ou le ministre de la Défense, Abdelkarim Zbidi, que le président récemment décédé avait fait venir à son chevet en juin, le plaçant ainsi parmi les successeurs potentiels. Mais à 50 jours du scrutin, aucun n'a de machine électorale en place.

 


02/08/2019
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Franceinfo - le mercredi 31 juillet 2019

 

 

Algérie : le général Gaïd Salah hausse le ton et s’attire les foudres des internautes

 

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Alain ChémaliRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

Il a rejeté "catégoriquement" les conditions posées par l’Instance nationale du dialogue telles que la libération des prisonniers d’opinion et l’atténuation du dispositif de sécurité dans le pays. Il s’est attiré une volée de bois vert sur Twitter

 

 

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Les manifestants dans les rues de Bejaïa, le 10 mai 2019, pour le 12e vendredi de contestation pacifique avec des pancartes réclamant un "Etat civil et non militaire", "Une république et non pas une caserne" et "Gaïd Salah dégage !" (SAMIR MAOUCHE / HANS LUCAS)

 

 

 

"Il n’est plus question de perdre davantage de temps", a prévenu vertement le général Ahmed Gaïd Salah dans un discours en l’honneur des cadets de la nation, retransmis à la télévision le 30 juillet 2019. Rejetant "catégoriquement" les conditions posées par l’Instance nationale du dialoguemise sur pied pour sortir le pays de la crise, le chef d’état-major algérien, homme fort du pays depuis la chute du président Bouteflika, exige désormais la tenue d’une élection présidentielle dans les plus brefs délais.

 

 

 

Le chef d'état-major dénonce "des diktats illégaux"

Dans son discours, il a comparé les préalables définis par l’Instance du dialogue, tels que la libération des personnes arrêtées en lien avec la contestation et l’allègement du dispositif policier lors des manifestations, à "des diktats illégaux". Concernant la libération des personnes arrêtées qualifiées, à tort selon lui, de détenus d’opinion, "seule la justice est souveraine", a-t-il dit et "il n’est permis à quiconque d’interférer dans son travail".

 

 

Quant à l’appel à diminuer le dispositif policier, il l’a jugé "suspect", étant donné qu’il s’agit de mesures préventives "prises dans l’intérêt du peuple et non le contraire", a-t-il affirmé. "Les institutions de l'Etat sont une ligne rouge, qui n'admet ni tractation, ni préalable ou encore des diktats illégaux", a-t-il également averti, en réponse aux institutions de transition réclamées par les manifestants pour organiser la présidentielle.

 

 

 

Une première défection dans l'Instance du dialogue

Quelques heures après son discours, le panel des sept personnalités désignées pour le dialogue connaissait sa première défection. "En l'absence d'une réponse positive aux revendications populaires relatives aux mesures d'apaisement nécessaires pour la réussite du processus de dialogue (...) j'ai décidé de démissionner", a écrit l’économiste Smaïl Lalmas sur sa page facebook.

 

 

Il n’est pas le seul à avoir réagi ainsi. Une pluie de commentaires s’est abattue sur twitter lui rappelant que "le seul préalable" était son propre retrait, comme l’a écrit Mohcine Belabbas sur son fil.

 

 

 

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Pour le président du RCD et député d’Alger, "Gaïd Salah n’a pas pu se retenir plus d’une semaine pour rappeler qu’il est le seul à la manœuvre".

 

 

D’autres messages de personnalités moins publiques ou anonymes vont dans le même sens. "Gaïd Salah a été le chef d'état-major de l'armée sous Bouteflika pendant 15 ans. Il fait partie du mal. Il ne peut aucunement apporter une solution", écrit celui-ci. Gaïd Salah, "les Algériens voteront en toute liberté pour le candidat que j'aurai choisi pour eux", ironise cet autre. Un autre encore renvoie la balle dans le camp du pouvoir : "On sait tous que c'est Gaïd Salah qui gouverne donc c'est lui qui bloque le dialogue".

 

 

Les caricatures ne sont pas non plus absentes comme celle publiée par le site Observ’Algérie.

 

 

 

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L'Instance du dialogue emmenée par Karim Younès, ancien président de l’Assemblée et ancien ministre sous Bouteflika, maintient pour sa part les préalables.

 

 

Il n’est pas question de "tergiverser sur les questions de principe, de dignité et de fidélité à la parole donnée aux Algériens. C’est la quintessence de notre démarche au sein du panel", a-t-il dit, annonçant une réunion du panel le 1er août pour "décider des démarches à venir".

 


02/08/2019
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Franceinfo - le vendredi 5 juillet 2019

 

 

"Il n'est plus possible d'arrêter le cours de l'histoire" : rencontre avec Mustapha Bouchachi, figure de la contestation en Algérie

 

 

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Propos recueillis parClément ParrotFrance Télévisions

 

 

 

 

L'avocat et militant des droits de l'homme, ancien député, a livré à franceinfo son regard sur la situation politique dans son pays et sur l'avenir du mouvement de protestation

 

 

 

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Mustapha Bouchachi lors d'une interview, le 14 avril 2019, à Alger. (AFP)

 

 

 

Mustapha Bouchachi ne s'arrête plus de marcher. Devenu l'une des figures tutélaires du mouvement de contestation en Algérie, cet avocat de 64 ans enchaîne les rencontres et les déplacements. La première fois que ce militant des droits de l'homme nous a rencontrés dans ses bureaux fin juin à Alger, il avait du mal à masquer sa fatigue. A peine sorti de la prison d'El-Harrach où il avait rendu visite aux jeunes protestataires placés en détention provisoire pour avoir brandi le drapeau amazigh (berbère) lors d'une manifestation, il se préparait à repartir pour un forum en Tunisie.

 

 

De passage cette semaine à Paris pour rencontrer la communauté franco-algérienne, l'ancien député a répondu aux questions de franceinfo à l'avant-veille d'une manifestation décisive prévue le 5 juillet, jour de la 57e commémoration de l’indépendance et 20e vendredi de mobilisation dans son pays. Résolument engagé auprès des manifestants afin d'obtenir une transition démocratique, Mustapha Bouchachi a confié son optimisme et sa confiance sur l'avenir qui s'ouvre pour son pays.

 

 

 

Franceinfo : Trois mois après le départ d'Abdelaziz Bouteflika du pouvoir, une transition démocratique en Algérie vous semble-t-elle toujours possible ?

 

 

Mustapha Bouchachi : Je suis optimiste parce que les Algériens qui sortent dans la rue depuis le 22 février sont déterminés et patients malgré toutes les manœuvres du pouvoir algérien pour les diviser, les poursuites judiciaires contre des militants, et les dizaines de barrages sur la route le vendredi pour empêcher les Algériens de rentrer à Alger.

 

 

Le régime n'est pas dans la logique d'un vrai changement du système. Il considère que le "Hirak" [le mouvement de contestation] a réussi à éliminer le clan Bouteflika et qu'on doit maintenant aller rapidement vers une élection présidentielle et s'arrêter là. Il souhaite, en plus, aller vers des élections avec les mêmes symboles hérités du système Bouteflika.

 

 

 

Que réclament aujourd'hui les manifestants ?

 

 

Les Algériens sont sortis dans la rue pour changer la façon dont le pays est gouverné, et pas seulement pour changer le président et les figures au pouvoir. Depuis l'indépendance en 1962, les Algériens n'ont jamais pu élire un président par eux-mêmes, ce sont toujours les militaires qui ont décidé. 

 

 

Les gens refusent que l'actuel Premier ministre [Noureddine Bedoui], qui est l'ancien ministre de l'Intérieur derrière la fraude électorale de ces dernières années, organise les élections présidentielles. Et ils refusent aussi que le chef de l'Etat par interim [Abdelkader Bensalah] accompagne cette période de transition. On ne leur fait pas confiance. Si on organise des élections avec le même système, on prend le risque de se retrouver avec un président qui n'aura pas le soutien des Algériens. Et lorsque tu es mal élu, tu ne peux pas être indépendant. Nous aurons alors un président faible, otage des forces internes ou externes, des puissances étrangères.

 

 

L'armée, composante essentielle du pouvoir, semble durcir le ton et s'éloigner de sa promesse d'accompagner la volonté du peuple...

 

 

Les dernières déclarations de l'armée nous rendent un peu pessimistes. Cette institution avait assuré vouloir accompagner les Algériens dans leurs revendications légitimes, donc vers la démocratie. Or ce qui se passe depuis quelques semaines démontre le contraire. Ils ont d'abord tenté, sans réussite, de diviser les Algériens. Il y a désormais des poursuites judiciaires pour terroriser les jeunes et tenter ainsi de casser le "Hirak".

 

 

Mais je pense que vous ne pouvez pas aller contre la volonté de tout un peuple. Il est dans l'intérêt de l'institution militaire d'accompagner les Algériens vers une vraie démocratie. Avec les nouvelles technologies, avec les réseaux sociaux, il n'est plus possible d'arrêter le cours de l'histoire. J'espère que l'institution militaire en est consciente. Dans un pays aussi grand que le nôtre, on a besoin de cette armée face aux problèmes d'insécurité dans les pays voisins. 

 

 

 

Craignez-vous une montée de la violence, notamment lors de la grande mobilisation de ce vendredi ? 

 

 

Non, je pense que les Algériens vont continuer à manifester pacifiquement, à être patients et ne répondront pas aux provocations. J'ai toujours dit que le système avait les moyens de la violence bien plus que le peuple, donc ce n'est pas dans l'intérêt des manifestants de s'engager sur cette voie. De son côté, l'armée algérienne n'a pas d'intérêt à utiliser la violence. 

 

 

On vient d'ailleurs avec des amis de lancer un appel à rester pacifique pour ce vendredi. Il s'agit aussi d'un appel à sortir en masse. On a eu l'indépendance de la terre en 1962, on aimerait que ce 5 juillet 2019 soit le début de la libération de l'être humain par une vraie démocratie en Algérie.

 

 

 

Que proposez-vous sur le plan politique pour sortir de l'impasse actuelle ?

 

 

Nous proposons une période de transition gérée par des gens qui peuvent être acceptés par les Algériens, avec une présidence collégiale ou un président. Quand je dis "nous", il s'agit de la classe politique, de la société civile, des anciens combattants, des gens dans la rue... Le malheur de l'Algérie, cela reste l'administration qui a toujours fraudé au profit du candidat du système. Nous demandons donc la création d'une autorité ou d'une commission indépendante pour organiser les élections. Le ministre de l'Intérieur ne doit plus chapeauter les élections. 

 

 

 

Combien de temps peut durer cette période de transition ?

 

 

Les Algériens ont besoin d'un peu de temps pour s'organiser. C'est une société qui a été interdite d'organisation, de société civile, de vrais partis politiques... Le système et les services de sécurité ont toujours été derrière la création de la société civile. On veut un laps de temps pour que la société s'organise et participe réellement aux prochaines élections. Si les conditions de la transition sont réunies, entre six mois et une année peuvent suffire. Il ne faut pas donner des arguments au système pour qu'il dise : "Attention, on ne peut pas avoir une période de transition trop longue sans président élu démocratiquement."

 

 

 

Quelles sont ces conditions ?

 

 

L'essentiel reste d'avoir les outils pour aller vers une élection transparente. Il faut donner la possibilité aux Algériens de s'organiser, de créer des associations, des partis politiques s'il le faut... Et en même temps, il faut ouvrir l'espace public. Dans notre pays, il est impossible d'organiser une réunion dans un hôtel sans autorisation du ministre de l'Intérieur, ni de conférence dans une université, ni de marche... Même un parti politique constitué a besoin d'une autorisation pour se réunir. 

 

 

Il faut ajouter à ce climat la fermeture du champ médiatique. Les gens qui ont un avis différent du système en place sont pratiquement interdits des chaînes publiques et privées. Avant, les chaînes privées m'invitaient à la télévision, mais ce n'est plus le cas. Par ailleurs, je pouvais faire des conférences à travers le territoire national au début du "Hirak". Mais depuis deux mois, ce n'est plus possible.

 

 

 

 

Quelles sont les étapes nécessaires pour la transition que vous appelez de vos vœux ?

 

 

Les textes qui existent actuellement sont ceux d'un système totalitaire. Après l'élection d'un président, il faudra organiser des législatives pour obtenir un Parlement qui devra commencer par revoir toute la législation algérienne. La loi sur les associations, sur l'audiovisuel, sur l'information, sur les partis politiques... Tout ce qui concerne les droits de l'homme en général. Il faudra également engager une réforme de la justice, qui n'a jamais été indépendante. Actuellement, lorsque les autorités demandent au juge de mettre des gens en prison, ils vont en prison. 

 

 

Dans le même temps, le Parlement aura pour tâche de revoir la Constitution algérienne ou d'en établir une nouvelle. Il s'agit de discuter d'un texte plus démocratique qui ne donne pas tous les pouvoirs au président. 

 

 

 

Quel rôle pourriez-vous jouer demain dans cette future Algérie ?

 

Le seul leader, c'est le peuple. J'espère qu'on va réussir cette période de transition, et c'est à la jeunesse algérienne de faire les choses. Ensuite, si les Algériens ont besoin de moi, que ce soit pour la période de transition ou pour après, je suis là pour aider. Je suis à la disposition du peuple. Mais je reste militant des droits de l'homme, avocat, et pour gérer un pays, tu as besoin d'une classe politique. Tu ne peux pas devenir président comme ça. Moi, même si j'ai accompagné le FFS (Front des forces socialistes) à un moment, je n'ai pas de parti politique. Lorsque l'on va vers une démocratie, il y a des milliers de personnes qui peuvent participer, mais il est sûr que le fait d'être connu donne cette possibilité d'être un arbitre et d'aider à cette période de transition.  

 

 

 

J'essaye d'être un aiguillon, parce que j'estime que c'est une responsabilité de faire réussir cette révolution.Mustapha Bouchachi à franceinfo

 

 

Mais l'essentiel reste d'aller vers une vraie démocratie en Algérie. Et ce n'est pas pour moi, mais pour notre jeunesse, pour nos enfants et pour les centaines de milliers d'Algériens qui vivent ailleurs et veulent rentrer chez eux. Il s'agit d'un pouvoir corrompu, une dictature qui a fait fuir des centaines de milliers de personnes. Ils n'avaient pas besoin d'aller trouver du travail ailleurs. Il y a, par exemple, plus de 10 000 médecins, formés en Algérie, qui travaillent ici en France. Ces cadres, ces médecins, ces enseignants universitaires qui ont quitté leur pays, non en raison de problèmes économiques, mais parce que l'Algérie n'est pas un Etat de droit, pas une démocratie. Il s'agit d'un pays où la dignité humaine n'est pas respectée. 

 

 

 

Est-ce qu'il vous arrive d'avoir peur ?

 

 

Oui. Mais ça fait trente ans que j'ai peur, depuis que j'ai commencé à militer. J'ai défendu les islamistes lorsque personne ne pouvait le faire, j'ai défendu les opposants, j'ai parlé de l'ancien système des années 1990 avec la torture, les assassinats extrajudiciaires commis par le système, les disparus... Donc à chaque étape de ma vie, j'ai eu peur. C'est humain. Aujourd'hui, je suis inquiet. Pas pour moi, mais pour l'Algérie. Je ne voudrais pas qu'une révolution aussi magnifique et pacifique ne parvienne pas à achever cette chose très simple : aller vers une démocratie.

 

 

 

Quelle place doit prendre, selon vous, la religion dans une future Algérie démocratique ?

 

 

Il y a des constantes en Algérie : l'islam, l'arabité et l'amazighité [spécificité berbère]. Tout le monde semble d'accord là-dessus. Mais ce sont aux Algériens, au futur Parlement qui va produire une nouvelle Constitution, de trancher. C'est un débat, et comme tous les débats de société, il doit être abordé par les Algériens. Mais tout le monde est d'accord pour dire que la religion garde une place très importante.

 

 

 

Un retour en force de l'islamisme est-il envisageable ?

 

 

Je n'ai pas peur de ça. Les Algériens ne sont pas dans cette mouvance salafiste. Et le peuple considère quand même les islamistes comme responsables, avec le pouvoir, de la décennie noire. Donc ils sont rejetés. Je vois parfois dans la rue des salafistes chahutés par les Algériens dans les manifestations. Je pense que c'est un peuple qui est mûr pour une vraie démocratie.

 

 

Les islamistes ne sont pas aussi forts que dans les années 1990. Et même dans ces années-là, je pense qu'ils ont été encouragés par le système pour gagner les élections, parce que ce dernier avait besoin d'un ennemi pour arrêter le processus de démocratisation de l'Algérie. Il ne pouvait pas faire de coup d'Etat sans la présence des islamistes, et cela a coûté des milliards et 200 000 morts à l'Algérie. Tout ça pour garder le système.

 

 

 

Quelles peuvent être les futures relations entre la France et l'Algérie ?

 

 

Je pense que la France a une responsabilité depuis l'indépendance jusqu'à aujourd'hui. Elle a toujours favorisé un système non démocratique, car c'est plus simple de le gérer, de mettre la pression sur un régime qui n'est pas issu du peuple. Alors la France a toujours joué gagnant pour elle, et non gagnant-gagnant.

 

 

Lorsque le président français a fait des déclarations concernant la période de transition, j'ai expliqué que le France devait comprendre que ce n'est plus possible d'aider le système totalitaire qui a géré le pays. Ce genre de position peut affecter les relations avec le peuple algérien à long terme. Je suis sûr qu'il est dans l'intérêt de la France, à long terme, d'avoir des relations équilibrées avec une vraie démocratie en Algérie.

 


06/07/2019
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Franceinfo - le jeudi 9 mai 2019

 

 

En Tunisie, la fermeture des cafés et des restaurants pendant le ramadan ravive le débat sur les libertés

 

 

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Pierre MagnanRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

"Chaque année, au mois de ramadan, c’est la même ritournelle : on oblige les non-jeûneurs à raser les murs"... C’est ce qu’affirme un universitaire sur le site d’information en ligne tunisien Kapitalis. Une prise de position qui montre que le débat entre religion et laïcité n’est pas encore réglé et peut parfois se tendre, notamment en cette période

 

 

 

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Une Tunisienne affiche une pancarte sur laquelle on peut lire : "Laïcité pour vivre ensemble" lors d'une manifestation en mai 2018 pour dénoncer la fermeture des cafés et des restaurants pendant le mois de ramadan. (FETHI BELAID / AFP)

 

 

 

La fermeture (obligatoire depuis une circulaire de 1981) des cafés et des restaurants est l’un des signes les plus concrets de la fête religieuse musulmane en Tunisie... et il est contesté par certains.

 

 

La lecture des médias tunisiens donne une idée de la rigueur qui continue à régner : "Les agents de police du district de Sfax ont opéré, hier lundi (le 6 mai, NDLR), le premier jour de ramadan, des rafles sur les cafés ouverts en journée. Le nombre de cafés ouverts et les mesures prises contre leurs propriétaires n’ont pas été annoncés, par contre, la police a annoncé que cette opération a permis l’arrestation de huit personnes", raconte ainsi Tunisie Numérique.

 

 

 

 

 

 

Quelque huit ans après la révolution, le sujet fait toujours débat. Certains politiques défendent cette mesure. "Manger devant les jeûneurs est un manque de respect", a ainsi affirmé le président des parlementaires d’Ennahdha (parti islamiste) Noureddine Bhiri, qui s’est cependant dit contre l’agression des non jeûneurs. 

 

 

 

La campagne #Fater sur les réseaux sociaux

Comme tous les ans, d'autres Tunisiens critiquent cette disposition. Les réseaux sociaux se font l'écho de ceux qui veulent que la possibilité de ne pas jeûner dans certains lieux publics, comme les cafés ou les restaurants, soit autorisée.  Les partisans de cette liberté se donnent des adresses sous le hashtag #Fater.

 

 

L'année dernière, des non-jeûneurs ("fattaras") avaient appelé à un rassemblement devant le ministère du Tourisme. Cette manifestation, baptisée #Mouch bessif (sans contraintes) était organisée par l’Association des libres penseurs (ALP). Elle visait à "faire entendre la voix des non-jeûneurs qui réclament l’ouverture des cafés et des restaurants durant le mois saint pour pouvoir jouir pleinement de leurs libertés individuelles, et ne pas devoir se cacher pour manger ou fumer", expliquait alors Kapitalis.

 

 

Les partisans de cette position qui défendent la laïcité s'appuient sur la Constitution tunisienne de 2014 qui garantit "la liberté de croyance et de conscience" (article 6).

 

 

 

Quand Bourguiba s'interrogeait sur le jeûne du ramadan

Chaque année, l’application de cette circulaire obligeant à la fermeture des cafés et restaurants fait polémique. En 2014 déjà, le site Business News écrivait que "pour le quatrième Ramadan consécutif (2011, 2012, 2013 et 2014), des descentes, parfois musclées, sont enregistrées dans ces lieux (cafés ou restaurants) pour leur signifier l’obligation de s’abstenir de servir conformément, apparemment, à une note circulaire datant de plus de 30 ans, dite 'circulaire Mzali de juillet 1981'".

 

 

Plusieurs sites rappellent qu’en 1981, cette circulaire avait été annulée sur décision du chef de l’Etat, à l’époque Habib Bourguiba, deux jours seulement après sa parution. En 1974, Habib Bourguiba n’avait d'ailleurs pas hésité à s’interroger sur la nécessité du jeûne pendant le ramadan.

 

 

 

 

 

 

Dans l'affaire des restaurants, ce qui dérange les partisans de la fermeture, "c’est de  voir (…) des gens qui n’adhèrent pas à des croyances qu’ils considèrent comme évidentes. ( …) Constater que des gens ne partagent pas leur foi ébranle leurs certitudes, les fait douter et les inquiète. Ainsi, les fermetures, les interdictions (…) deviennent légitimes. Il faut couper court à toute tentative d’insoumission durant le mois de ramadan pour que d’autres ne s’en inspirent pas", estime l'universitaire Mohamed Sadok Lejri dans une tribune au titre explicite intitulée Ramadan 2019, Quand va-t-on cesser d'obliger les non-jeûneurs à raser les murs.

 

 

La question des cafés et restaurants pendant le ramadan n'est que l'un des aspects de la lutte entre les partisans d'une Tunisie plus laïque et ceux qui souhaitent que le pays s'appuient toujours sur les textes religieux. Ainsi, le débat parlementaire sur l'égalité hommes-femmes face à l'héritage le montre.

 


09/05/2019
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Franceinfo - le dimanche 5 mai 2019

 

 

Algérie : Saïd Bouteflika, influent frère du président déchu, arrêté et incarcéré pour "complot contre l'autorité de l'Etat"

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Deux anciens responsables du renseignement ont également été placés en détention

 

 

 

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Un Algérien montre une pancarte "wanted" avec le portrait de Saïd Bouteflika, frère du président déchu, dans une manifestation à Alger, le 19 avril 2019. (AFP)

 

 

 

La chasse au "système" Bouteflika se poursuit, en Algérie. Saïd Bouteflika, frère et puissant ex-conseiller du président algérien déchu, a été arrêté samedi et incarcéré dimanche 5 mai, selon une source sécuritaire citée par l'AFP. Deux anciens hauts responsables du renseignement ont aussi été placés en détention : le général Mohamed Mediène dit "Toufik", patron des services secrets d'Algérie durant vingt-cinq ans, et l'ex-coordinateur des services de renseignements Athmane Tartag, alias "Bachir". Les trois hommes, arrêtés samedi, sont poursuivis pour "atteinte à l'autorité de l'armée" et "complot contre l'autorité de l'Etat", a précisé le parquet dans un communiqué lu à la télévision d'Etat.

 

 

Saïd Bouteflika, 61 ans, était considéré comme le véritable homme fort du palais présidentiel depuis l'accident vasculaire cérébral dont a été victime son frère en avril 2013. A ce titre, il est l'une des figures honnies des manifestants algériens, qui réclament la fin du système Bouteflika depuis le 22 février. Après la démission d'Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril, les protestataires continuent de réclamer le départ de tout son entourage.

 

 

 

La crainte d'une "purge"

Homme fort du pays depuis qu'il a lâché l'ex-président, le chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah, entretient des relations houleuses avec le général Mediène. Mi-avril, il l'avait accusé publiquement de "conspirer" pour entraver les solutions de sortie de crise. Le général Tartag semblait avoir aussi été visé indirectement par des accusations du chef d'état-major qui avait dénoncé une réunion entre des "individus connus (...) en vue de mener une campagne médiatique virulente contre l'armée". Selon la presse, cette rencontre avait réuni le général Mediène, le général Tartag et Saïd Bouteflika.

 

 

Plusieurs personnalités proches du régime Bouteflika ont été entendues ou arrêtées ces dernières semaines. Cinq puissants et richissimes hommes d'affaires, dont quatre proches d'Abdelaziz Bouteflika et de son frère, ont été placés en détention provisoire. Le parquet d'Alger a aussi entendu Ahmed Ouyahia, quatre fois Premier ministre depuis 1995. Le général Gaïd Salah a récemment appelé la justice à "accélérer la cadence" des enquêtes, une demande assimilée à une "injonction" par ses détracteurs. Certains observateurs craignent que, tout en étant une réponse à la contestation qui dénonce les liens entre le pouvoir et les "oligarques", ces enquêtes servent de levier à une "purge" interne.

 


05/05/2019
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Franceinfo - le mardi 30 avril 2019

 

 

Le Maroc bloque des milliers de migrants africains en route vers l’Europe

 

 

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Michel LachkarRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

En 2018, sous la pression de l'UE, le royaume a stoppé 89 000 migrants clandestins qui tentaient de passer en Espagne, devenue la principale porte d’entrée de l’immigration irrégulière en Europe, après la très nette baisse des arrivées en Italie et en Grèce. Au total, 64 298 migrants sont arrivés sur le territoire espagnol

 

 

 

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Des migrants africains tentent de franchir la barrière qui sépare le Maroc à l'Espagne. Des policiers de la garde civile espagnole en tenue anti-émeute forcent les migrants à redescendre coté marocain lors d'une tentative de pénétration dans l'enclave espagnole de Melilla, le 22 octobre 2014. (JESUS BLASCO DE AVELLANEDA / X03586)

 

 

 

 

Drame de l’immigration clandestine au Maroc, 16 personnes sont mortes et 17 autres ont été blessées après la chute de leur car dans un canal d'irrigation le 27 avril 2019. Le véhicule transportait près de 50 migrants subsahariens.

 

 

L'accident a eu lieu sur une route secondaire reliant les villes de Saidia et Nador, non loin de l'enclave espagnole de Melilla. Le conducteur du véhicule, a pris la fuite. "Les trafiquants de la migration mettent la vie des migrants en danger en empruntant des voies difficiles", a dénoncé l'Association marocaine des droits de l’homme AMDH-Nador. Ils sont obligés de se cacher depuis que les autorités marocaines ont décidé, sous la pression de Bruxelles, de bloquer l’immigration africaine.

 

 

 

Le Maroc, pays d'immigration et de transit 

Alors que la voie principale de migrations vers l’Europe passait en 2017 par la Libye et l’Italie, le Maroc et l’Espagne sont redevenus la première porte d’entrée en Europe. Malgré une diplomatie active envers les autres pays africains, les autorités marocaines, prises dans leurs contradictions, ont stoppé en 2018 quelque 89 000 "tentatives d'immigration irrégulière" vers l’Europe, dont 29 000 en mer.

 

 

La route migratoire reliant le Maroc à l'Espagne a repris de la vigueur, depuis que l'Italie a décidé de fermer ses ports aux bateaux de secours humanitaires et que l'Union européenne aide les garde-côtes libyens à contrôler leurs côtes. L’Italie a enregistré 23 371 arrivées, en forte baisse par rapport à 2017 (119 369)

 

 

Si certains migrants tentent d'entrer dans l'enclave espagnole de Melilla et dans le territoire voisin espagnol de Ceuta, la plupart d'entre eux cherche à gagner le continent européen en traversant le détroit de Gibraltar sur des embarcations souvent inadaptées.

 

 

D'après les données du ministère de l'Intérieur, les autorités marocaines ont démantelé 229 réseaux de passeurs en 2018. Près de 20% des migrants interceptés l'année dernière étaient des ressortissants marocains, a précisé le ministère, et 29 715 migrants ont été sauvés en mer.

 

 

 

Le Maroc, nouveau gendarme de l’Europe

Il faut dire que face au flux de migrants, l'Union européenne a débloqué l'an dernier une enveloppe de 140 millions d'euros pour aider le Maroc à faire face à la migration clandestine, démanteler les réseaux de trafiquants et protéger les migrants vulnérables.

 

 

Une politique européenne qui commence à se traduire dans les chiffres. Le nombre d’arrivées sur les côtes de l'UE est en baisse. En 2018, le HCR compte près de 115 000 migrants arrivés à destination, contre plus de 170 000 arrivées en 2017.

 

 

Le Maroc a toutefois une certaine répugnance à jouer le rôle du "gendarme" de l'Europe et à procéder à des expulsions en masse d'immigrés subsahariens: cela pourrait nuire à ses relations diplomatiques stratégiques avec les pays dont ces derniers sont originaires.

 

 

Les autorités du royaume affirment qu'il est impossible d'arrêter la migration tant que ses causes économiques et politiques fondamentales persistent. D’autant que beaucoup de migrants marocains irréguliers aident à récolter la production agricole dans les pays de l'UE.

 

 

 

Accueillir et intégrer les migrants africains au Maroc

Vue de la perspective marocaine, la migration de ses ressortissants constitue une ressource de développement vitale en soulageant la pauvreté, en contribuant à la stabilité politique ainsi qu'en générant des transferts de fonds.

 

 

Les responsables marocains commencent à accepter l’idée que cette migration subsaharienne n’est pas que temporaire et pourrait finir par s'installer de façon plus permanente. Elles commencent à réfléchir à une véritable politique d'accueil et d'intégration mais les migrants africains au Maroc font face à une profonde xénophobie et à une forte marginalisation sociale et économique.

 

 

Le Maroc, devenu un pays de "transition", est pris dans une contradiction. Favorable à une émigration de ses citoyens vers l’Europe, elle doit pour autant bloquer l’immigration subsaharienne.

 


30/04/2019
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Franceinfo -le mardi 30 avril 2019

 

 

Abdelkader Ouazzani, maître du brocart au Maroc et dernier témoin d'une époque révolue

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Abdelkader Ouazzani, le dernier des maîtres du brocart du Maroc, répète les mêmes gestes depuis 63 ans, assis dans son atelier délabré à Fès. Ce tissage est une tradition disparue partout ailleurs en Afrique du Nord

 

 

 

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Abdelkader Ouazzani, le dernier maître du brocart, dans son atelier à Fes le 10 avril 2019 (FADEL SENNA / AFP)

 

 

 

"Ce métier est en train de disparaître. Il y avait beaucoup d'artisans à Fès, tous sont décédés, il ne reste que des souvenirs", regrette ce tisserand âgé de 79 ans, dernier témoin actif d'une époque révolue.

 

 

Sous ses doigts naissent des étoffes de soie chatoyante rehaussées de fil d'or ou d'argent, destinées aux parures nuptiales, aux créations de couturiers ou à l'ameublement haut de gamme.

 

 

 

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Abdelkader Ouazzani, le dernier maître du brocart, montre une étoffe dans son atelier situé à Fes au Maroc le 10 avril 2019. (FADEL SENNA / AFP)

 

 

 

Une journée pour fabriquer un mètre de brocart

Le tissage précieux qui sort de son métier - un mécanisme complexe formé d'un grand châssis de bois surmonté de poutrelles, chevrons, lames, poulies et levier à contrepoids - exige d'engager le corps tout entier. Les pieds appuient sur les pédales de bois, les épaules ploient vers l'avant et les bras s'écartent à chaque lancer de navette. "Tout est question de calcul, chaque fil prend son chemin : c'est comme les mathématiques", explique le vieil homme, qui reste très secret sur les "règles de l'art" apprises dans sa jeunesse, à une époque où "il n'y avait pas de machines" industrielles.

 

 

Son travail, aussi physique que minutieux, requiert l'aide d'un ouvrier "tireur de lacs" attentif, chargé de manipuler les fils de chaîne pour former l'armure du motif à tisser. Il faut une journée entière pour fabriquer un mètre de brocart.

 

 

 

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Abdelkader Ouazzani, le dernier maître du brocart, dans son atelier à Fes le 10 avril 2019 (FADEL SENNA / AFP)

 

 

Un artisanat menacé : c'est le dernier atelier du pays

"Tout le monde n'a pas la chance de voir ça, c'est très spécial : c'est le dernier à travailler comme cela", lance avec fierté le guide-conférencier Mohamed Akhda à un groupe de Thaïlandais venu découvrir ce lieu sur la recommandation d'une cliente. "Dans les années 50, il restait quatre ou cinq ateliers, vous êtes ici dans le dernier du pays", leur précise-t-il.

 

 

Un article de la revue historique "Hespéris", publié en 1950 sous l'autorité de l'Institut des hautes études marocaines, décrit le tissage des brocarts de Fès comme une tradition "disparue partout ailleurs en Afrique du Nord". Selon la revue, ce savoir-faire remonte au moins au 13e siècle, époque des premiers sultans mérinides.

 

 

Abdelkader Ouazzani ne trouve personne pour prendre la relève. "Les gens ne veulent plus apprendre ce métier. Personne ne s'y intéresse", déplore le maître. "L'avenir de cet artisanat raffiné est aujourd'hui menacé", confirme le panneau flambant neuf apposé par l'office du tourisme devant l'atelier.

 

 

 

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Abdelkader Ouazzani, le dernier maître du brocart, dans son atelier à Fes le 10 avril 2019 (FADEL SENNA / AFP)

 

 

 

Sa clientèle : "l'élite de l'élite"

Les larges ceintures colorées qui ont fait pendant des siècles les affaires et la réputation des maîtres tisserands de Fès sont peu à peu passées de mode. Et à l'heure de la mondialisation, la concurrence de l'industrie du textile a porté le coup de grâce.

 

 

A Fès comme ailleurs, certaines boutiques de souvenirs vendent du brocart bas de gamme fabriqué en Asie, tout en vantant l'artisanat local.

 

 

Abdelkader Ouazzani, lui, travaille sur commande pour une clientèle qu'il décrit comme "l'élite de l'élite". Ses étoffes rares coûtent jusqu'à 5.000 dirhams le mètre (450 euros), selon la complexité des motifs.

 

 

 

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Abdelkader Ouazzani, le dernier maître du brocart, dans son atelier à Fes le 10 avril 2019 (FADEL SENNA / AFP)

 

  

Un brocart pour la boutique parisienne Colette

La tablette numérique qu'il utilise pour montrer les photos de ses plus belles créations ou de ses petits-enfants est le seul objet moderne de son atelier. Sur les hauts murs noyés dans la pénombre, on distingue des diplômes encadrés et des images de mode aux couleurs délavées par le temps.

 

 

Le maître cache ses "trésors" dans un petit placard de bois. Il déploie pour les visiteurs son "catalogue", un rouleau de tissu de seize mètres de long alignant des motifs originaux puisés dans la tradition hispano-mauresques, l'art oriental ou le design européen. 



"Celui-là, je l'ai fait pour Colette", explique Abdelkader Ouazzani, désignant un motif géométrique mauve sur fond noir. La photographie d'un caftan exposé dans la vitrine de la boutique, qui fut l'une des adresses les plus courues du Paris chic jusqu'à sa fermeture en 2017, reste une de ses grandes fiertés.

 


30/04/2019
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Franceinfo - le samedi 27 avril 2019

 

 

"Notre premier objectif, c’est qu’ils s’en aillent tous" : en Algérie, la mobilisation contre le régime se poursuit dans la rue

 

 

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Leïla BerattoRadio France
 

 

De nouvelles manifestations ont agité plusieurs villes du pays au dixième vendredi consécutif de protestation pour obtenir le départ du "clan" Bouteflika

 

 

 

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Dixième vendredi consécutif de manifestations contre le régime à Alger, le 26 avril 2019. (RYAD KRAMDI / AFP)

 

 

 

A Alger, pour le dixième vendredi consécutif de manifestations vendredi 26 avril, les slogans visent directement le chef d’état-major, Ahmed Gaid Salah. Les arrestations d’hommes d’affaires et les annonces de lutte contre la corruption ne suffisent pas. "Saïd est toujours au pouvoir, la famille de Bouteflika est toujours au pouvoir. Qu’ils partent, qu’ils partent !" lance Ahmed, 28 ans, qui est venu de Tindouf, ville du grand sud du pays. "Ce pouvoir, reprend-il, a renforcé l’incompétence au niveau national, les conseils communaux ne sont pas élus par le peuple, c’est la mafia."

 

 

L’administration, c’est la mafia !Ahmed, un manifestant à franceinfo

 

 

Sur les pancartes, les manifestants demandent justice. Les noms de ministres et d’anciens responsables y sont inscrits, ainsi que celui du frère de l’ancien président, Saïd Bouteflika. "Quand ils nous montrent qu’ils jugent les gens, ça ne veut pas dire qu’on va oublier nos objectifs. Notre premier objectif, c’est qu’ils s’en aillent tous, c’est ça l’objectif", martèle Ahmed.

 

 

 

Pas de trêve

 

Sur la rue Didouche Mourad, l'une des principales artères de la capitale, la foule est moins compacte que d’habitude. Mais les manifestants chantent que rien ne les arrêtera, même pas le ramadan, qui commencera au mois de mai. "Si on ne sort pas pendant le ramadan, on va passer notre vie chez nous, dans cette situation. On sacrifie un mois et après on vit une vie meilleure", explique un manifestant. Zoubir, lui, habite le quartier de Messonnier. Il est venu avec ses deux très jeunes filles. Il constate qu’il y a moins de monde, mais il veut croire lui aussi que les gens restent mobilisés.

 

 

Les gens ne seront jamais fatigués tant qu’ils (les figures du "système") seront toujours au pouvoir.Zoubir, un manifestant à franceinfo

 

 

Tout le long du parcours, des secouristes bénévoles étaient mobilisés pour que la manifestation se déroule sans incident. Les manifestants se sont dispersés en fin d’après-midi, dans le calme.

 


29/04/2019
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Franceinfo - le vendredi 26 avril 2019

 

 

"Pas de demi-révolution" : en Algérie, un dixième vendredi de colère pour les manifestants

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Près d'un mois après la démission d'Abdelaziz Bouteflika, la mobilisation reste très importante à Alger et dans les principales villes du pays

 

 

 

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Des manifestants dans les rues d'Alger (Algérie), le 26 avril 2019. (AFP)

 

 

 

Les rues du centre d'Alger étaient à nouveau noires de monde, vendredi 26 avril, pour la dixième semaine consécutive de protestation à travers l'Algérie, contre les figures du "système" restées au pouvoir après la démission d'Abdelaziz Bouteflika

 

 

Cette importante mobilisation, impossible à évaluer précisément en l'absence de chiffres officiels, semble montrer que les contestataires restent déterminés à obtenir satisfaction de leurs revendications prioritaires : le départ des figures du régime Bouteflika et la mise en place d'institutions de transition. "Pas de demi-révolution", titrait d'ailleurs en une l'édition week-end du quotidien El Watan.

 

 

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Comme chaque vendredi, le carrefour de la Grande Poste, bâtiment emblématique des manifestations à Alger, était bondé et le cortège s'est étiré sur plusieurs kilomètres le long sur divers axes, selon des journalistes de l'AFP. Des manifestants ont accusé les forces de l'ordre d'avoir mis en place des barrages filtrants afin d'empêcher les contestataires d'accéder à la capitale.

 

 

Le cortège algérois s'est dispersé calmement en fin de journée, selon des journalistes de l'AFP. L'agence de presse officielle APS, qui a fait état des manifestations dans au moins 36 des 48 régions du pays, n'a recensé aucun incident dans le pays. "Vous avez pillé le pays, voleurs!", ont scandé les manifestants, à l'issue d'une semaine marquée par le limogeage de personnalités symboles du pouvoir, l'annonce de poursuites judiciaires dans des affaires de corruption et l'incarcération de riches hommes d'affaires accusés de malversations.

 


29/04/2019
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Franceinfo - le mercredi 10 avril 2019

 

 

Présidentielle en Tunisie : le chef de l’Etat Béji Caïd Essebsi dit jeter l’éponge

 

 

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Laurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

Le président tunisien, 92 ans, a laissé entendre, le 6 avril 2019, qu’il ne se représenterait pas au prochain scrutin présidentiel, prévu le 17 novembre. Dans le même temps, il est mis en cause pour des atteintes aux droits de l’Homme sous Bourguiba

 

 

 

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Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, au congrès de son parti Nidaa Tounès à Monastir (est) le 6 avril 2019.  (FETHI BELAID / AFP)

 

 

 

"En toute honnêteté, je ne pense pas que je vais me représenter", a lancé le chef de l’Etat tunisien devant des partisans rassemblés pour le congrès de Nidaa Tounès à Monastir (est). En précisant qu’il souhaite "ouvrir la porte aux jeunes". L’âge canonique de Béji Caïd Essebsi (alias BCE) faisait planer un sérieux doute sur la perspective d'un second mandat. Dans le même temps, son pouvoir a eu des difficultés à répondre aux attentes économiques et sociales de ses concitoyens touchés par une inflation et un chômage persistants. La Tunisie est le seul pays à continuer sur la voie de la démocratisation, après les soulèvements de 2011 dans plusieurs pays arabes.

 

 

Certains analystes pensent que la situation en Algérie a pu jouer un rôle dans la réflexion du chef de l’Etat. Cela "montre qu'il veut sortir par la grande porte et ne pas avoir à subir le sort de Bouteflika", avance la journaliste politique Assia Atrous. Mais le président a aussi "fait le constat qu’il n’avait quasiment aucune chance d’être réélu", observe Chokri Bahria, du think tank tunisien Joussour. Une nouvelle candidature de sa part aurait constitué un pari risqué au regard de l'émiettement de Nidaa Tounès, parti miné par le choc des ambitions.

 

 

Pour autant, certains pensent que le vieux président, entré en politique il y a plus de 50 ans, pourrait encore créer la surprise… Lors du congrès, il "a donné en 40 minutes toute la mesure de ses talents d’orateur", relève ainsi Jeune Afrique. En faisant son annonce, il a affirmé que "les décisions étaient entre les mains de Dieu" et que la Constitution lui "permettait de briguer un second mandat", note l’hebdomadaire…

 

 

 

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Le Premier ministre tunisien, Youssef Chahed, à Tunis le 4 avril 2019. (FETHI BELAID / AFP)

 

 

Quelle succession ?

Reste maintenant à savoir qui va succéder à BCE… Dans son discours, il a appelé à un rassemblement de "toutes les forces centristes". Et ce, par opposition au parti d'inspiration islamiste Ennahdha, sur la droite, et aux petites formations de gauche.

 

 

Après plusieurs mois de passes d'armes, il a tendu la main à son Premier ministre Youssef Chahed, dont il a plaidé la réintégration au sein de Nidaa Tounès. Jusqu'à son éviction en septembre dernier, le plus jeune chef de gouvernement (43 ans) de l'histoire moderne du pays était au centre d'âpres luttes de pouvoir l'opposant notamment à... Hafedh Caïd Essebsi, fils du chef de l'Etat. A Monastir, Hafedh Caïd Essebsi est resté stoïquement assis, en silence, durant le meeting d'ouverture du congrès, puis a assuré à des médias locaux qu'il était prêt à soutenir un retour de Youssef Chahed au sein du parti.

 



Face aux difficultés créées par les partisans du fils Essebsi, ceux de Youssef Chahed ont lancé fin janvier leur propre formation, Tahia Tounès. Celle-ci est d'ores et déjà devenue la deuxième force au Parlement derrière le parti islamiste.

 

 

 

Vers un rapprochement Essebsi-Chahed ?

Face à Ennahdha, plus structuré et qui a montré sa résilience lors des municipales de 2018, "la nécessité de mettre de côté les querelles d'égo s'impose", argue Chokri Bahria. Un rapprochement avec Nidaa Tounès permettrait au Premier ministre de récupérer la machine électorale de BCE. Et "aussi de se positionner plus clairement en s'affranchissant de la tutelle d'Ennahdha", fait valoir Chokri Bahria. Le soutien des islamistes est actuellement crucial pour son gouvernement, mais il va devenir un paradoxe de plus en plus difficile à gérer à l'approche du scrutin présidentiel, ajoute l’observateur.

 

 

Signe qu’un rapprochement séduit les anciens amis du clan "séculaire" : des photos de Béji Caïd Essebsi et de Youssef Chahed ensemble ont été partagées sur la page Facebook des services du chef du gouvernement, que les Tunisiens appellent joliment le premier ministère.

 



Pour l’instant, ce dernier n’a pas officiellement réagi à l’annonce du chef de l’Etat.

 

 

 

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La présidente de l'Instance Vérité Dignité (IVD), Sihem Ben edrine, à Tunis le 17 juin 2016. (MOHAMED HAMMI/SIPA)

 

 

 

Essebsi mis en cause dans des atteintes aux droits de l’Homme

Hasard du calendrier ? L’annonce du président Essebsi a eu lieu quelques jours après que l'Instance Vérité et Dignité (IVD) a publié un rapport de plusieurs milliers de pages sur les violations des droits de l’Homme en Tunisie entre 1955 et 2011, en dépit de critiques et pressions. Franceinfo Afrique avait interviewé sa présidente, Sihem Ben Sedrine, à Tunis en juin 2018.

 

 

L’IVD met en cause des personnes toujours actives dans le monde de la politique et des médias. A commencer par BCE, pour son rôle lorsqu'il était directeur de la sûreté nationale (1962), puis ministre de l'Intérieur (1965) sous Bourguiba. "Les investigations effectuées par l'instance ont prouvé que la torture était systématique et planifiée par les hauts responsables des affaires sécuritaires qui ont ordonné, incité, accepté et se sont tus sur la torture des victimes durant l'exercice de leurs fonctions", souligne le rapport.



Selon la même source, les ministres de l'Intérieur de Habib Bourguiba, le "père" de l’indépendance tunisienne, dont Béji Caïd Essebsi, "étaient au courant que leur dirigeant avait commis des violations graves". Pour l'IVD, "ils n'ont pas rempli le devoir qui leur incombe, en vertu des traités et conventions internationales, de protéger les détenus, ce qui les rend responsables pénalement au regard de la loi internationale."



La présidence tunisienne, contactée, n'a pas réagi. Il est de notoriété publique que BCE a une relation tendue avec Sihem Ben Sedrine et reproche à l'instance d'attiser l'envie de vengeance. Le rapport final a été rendu public "dans une petite salle d’un restaurant traditionnel à Tunis", observe Le Monde. Donc loin des lieux de pouvoir... Pour autant, comme prévu par la loi, le président tunisien a accepté de recevoir officiellement le rapport de l'IVD. Une loi qui "oblige l’Etat à mettre en œuvre les recommandations du rapport dans un délai d’un an après sa publication", souligne le quotidien français. Un dossier qu’aura à assumer le prochain président, quel qu’il soit.

 


11/04/2019
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