L'AIR DU TEMPS

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MAGHREB

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Franceinfo - le vendredi 13 décembre 2019

 

 

Algérie : pourquoi l'élection du nouveau président a peu de chances de calmer la contestation

 

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Clément ParrotFrance Télévisions

 

 

Abdelmadjid Tebboune, ancien Premier ministre d'Abdelaziz Bouteflika, a été élu jeudi dès le premier tour du scrutin, avec 58,15% des suffrages

 

 

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Des manifestants algériens protestent contre l'organisation de l'élection présidentielle, le 12 décembre 2019, à Alger. (FAROUK BATICHE / DPA / AFP)

 

 

 

Les Algériens ont un nouveau président. Abdelmadjid Tebboune, un ex-fidèle du président déchu Abdelaziz Bouteflika, a été élu pour lui succéder à la tête de l'Algérie. L'ancien Premier ministre a recueilli 58,15% des suffrages au premier tour de l'élection présidentielle, a annoncé, vendredi 13 décembre, l'Autorité nationale indépendante des élections (Anie), au lendemain d'un scrutin massivement boudé par la population.

 

 

>> Présidentielle en Algérie : résultats, réactions, mobilisations... Retrouvez les dernières informations après l'élection

 

 

Franceinfo vous explique pourquoi ce résultat ne règle pas la crise politique en Algérie.

 

 

 

Parce que la participation est faible

Seuls 39,83% des inscrits ont voté au premier tour pour cette présidentielle, selon le président de l'Anie. Ce taux est le plus faible de toutes les présidentielles pluralistes de l'histoire du pays. Il est inférieur de plus de dix points à celui du précédent scrutin (le plus faible jusqu'ici) qui, en 2014, avait vu la quatrième victoire d'Abdelaziz Bouteflika.

 

 

Cette faible participation serait même surestimée, selon certains observateurs. "Ils ont donné le chiffre de 40%, qui est pour moi très gonflé par rapport à la réalité… On parle de 10 à 15%, selon les retours de certains des bureaux de vote", confie à franceinfo Habib Brahmia, du parti d'opposition Jil Jadid. "Personne ne pourra jamais dire si les résultats sont justes ou pas, proches de la réalité...", ajoute Kader Abderrahim, historien et maître de conférences à Sciences Po, joint par franceinfo.

 

 

"Les résultats sont un peu biaisés, car il y a plusieurs millions de personnes qui n'ont pas de carte électorale en Algérie. Le corps électoral représente seulement 24 millions sur 42 millions d'habitants", ajoute Pierre Vermeren, professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et spécialiste du Maghreb, contacté par franceinfo. "Les gens ne veulent pas forcément s'inscrire, parce qu'ils ne croient pas au système ou parce qu'ils sont dépolitisés."

 

 

 

Parce que la sincérité du scrutin est mise en doute 

"La fiabilité de ce résultat dépend de la confiance qu'on veut bien accorder à l'administration algérienne", souligne Pierre Vermeren, non sans ironie. L'expression de "mascarade électorale" revient souvent dans la bouche des manifestants, comme de certains observateurs, à l'image de Kader Abderrahim. "C'est une mascarade, mais dès l'instant qu'ils contrôlent les structures de l'Etat, qu'ils ont avec eux la force, la puissance étatique et que la France et l'Europe sont particulièrement silencieuses... Ils font ce qu'ils veulent."

 

 

Le politologue rappelle également que des troubles ont émaillé le déroulement des opérations électorales, jeudi, dans la région traditionnellement frondeuse de Kabylie et dans la capitale. Dans les rues du centre d'Alger, la police est intervenue pour empêcher tout rassemblement, les manifestants sont parvenus à briser un cordon de police leur barrant l'accès au carrefour de la Grande Poste, lieu symbolique de rassemblement du "Hirak". Le vote a été arrêté dès la matinée, selon l'Autorité nationale indépendante des élections (Anie), à Bejaïa, Tizi Ouzou et Bouira, principales localités de Kabylie à majorité berbérophone. A Béjaïa, un centre de vote a notamment été saccagé et à Bouira, une antenne locale de l'Anie a été incendiée. "On ne peut pas dire en tout cas que le climat soit à la sérenité", note Kader Abderrahim.

 

 

 

Parce qu'aucun candidat ne représentait les manifestants

Pour les manifestants, le résultat de l'élection importait de toute manière assez peu. Qu'il s'agisse d'Abdelmadjid Tebboune ou d'un autre, ils n'ont pas souhaité participer au scrutin pour ne pas cautionner le régime. "J'ai manifesté hier à Alger et j'y ai passé la nuit pour remanifester aujourd'hui et dire qu'on ne reconnaît pas leur vote et leur président", a ainsi expliqué à l'AFP Saïd, un ingénieur de 32 ans, pour qui le nom du nouveau président n'a aucune importance. "On va manifester jusqu'à obtenir la démocratie", assure-t-il. "Les candidats font partie du même système que les deux anciens Premiers ministres qui viennent d'être condamnés à de la prison. Tout le régime est pourri de l'intérieur", confiait également Lina à franceinfo, avant l'annonce des résultats. 

 

 

"De toute façon, celui qui a été désigné ne gouvernera pas, ne fera pas ses propres choix. Il devra appliquer ce qu'on lui dit de faire", prévient Kader Abderrahim. Les observateurs s'accordent pour dire que les militaires tirent les ficelles. "L'armée contrôle l'Etat, et l'Etat contrôle la rente pétrolière, estime Pierre Vermeren. La force du régime algérien, c'est qu'il distribue la manne venue des hydrocarbures, et comme l'économie algérienne ne produit rien d'autre, la manifestation ne bloque rien et le régime s'en fiche."

 

 

"La majorité des Algériens était contre ces élections, et n'y a pas participé, poursuit Habib Brahmia. Cela prouve que le 'hirak' [nom donné au mouvement de contestation] est très fort et qu'il faut aller vers un changement radical du système." Ce cadre du parti Jil Jadid estime que la contestation va se poursuivre. "Le hirak va continuer aujourd'hui et les vendredis suivants. Maintenant, il va devoir se structurer politiquement."

 

 

 

Parce que le nouveau président va souffrir d'un manque de légitimité

La faible participation, les doutes sur la sincérité du scrutin, le fossé creusé avec les manifestants... sont autant de difficultés à venir pour Abdelmadjid Tebboune, le nouveau président. "Quelle légitimité va avoir le président désigné ? Aucune, il va aller devant les organisations internationales et tout le monde va rire dans son dos. Cette mascarade électorale va se retourner contre eux", estime Kader Abderrahim.

 

 

Ils ont voulu le retour à la légalité, mais ils n'auront pas la légitimité.Kader Abderrahim, politologue à franceinfo

 

 

Pour l'historien Pierre Vermeren, le nouveau chef d'Etat et le régime vont quand même pouvoir s'appuyer sur les 40% de participation. "Ils ont peut-être un peu gonflé les chiffres pour arriver à 40%, mais même si on est à 30% c'est une victoire pour le régime. Il a réussi à faire voter l'armée, les familles du FLN, les familles des moudjahidines [combattants pour l'indépendance], peut-être aussi des personnes âgées à qui on a fait peur avec un chaos hypothétique..."

 

 

La légitimité du nouveau chef de l'Etat risque surtout de se construire avec le temps. "Le nouveau président algérien ne va pas pouvoir gouverner contre les élites, contre la rue. Maintenant que le pouvoir est rassuré, qu'il a réussi à remettre un homme à lui à la tête du pays, un verrou pour cadenasser le régime, il va peut-être faire des concessions, donner des gages à la rue", se demande Pierre Vermeren. Selon lui, l'Algérie est actuellement divisée en trois : "Un tiers qui soutient tacitement le régime, un tiers dépolitisé et le dernier tiers qu'on voit dans les manifestations."

 

 

Le nouveau chef de l'Etat aura donc la lourde tâche de reconstruire l'unité du pays. "Le président sera obligé de faire des concessions. Il faut qu'il libère les détenus d'opinion et qu'il engage une période de transition, de dialogue avec toutes les factions de la société, tous les partis pour trouver une sortie de crise", réclame  Habib Brahmia. Mais pour Kader Abderrahim, l'heure n'est pas à l'optimisme. "Ils ont mené ce pays dans l'impasse et je ne vois vraiment pas ce qui peut les conduire à entrer dans un dialogue fructueux pour trouver un compromis. Le régime se retrouve isolé et massivement rejeté par son propre peuple."

 


14/12/2019
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Franceinfo - le vendredi 13 décembre 2019

 

 

Présidentielle en Algérie : Abdelmadjid Tebboune, ancien Premier ministre de Bouteflika, élu avec 58,15% des voix

 

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Jean-Loup AdénorJuliette CampionFrance Télévisions

 

 

Présenté comme le candidat préféré de l'armée, le septuagénaire s'est imposé à l'issue d'un vote marqué par une abstention record.

 

 

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Abdelmadjid Tebboune, le 9 novembre 2019, à Alger. (AFP)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Il n'y aura pas de second tour en Algérie. Abdelmadjid Tebboune, ancien bref Premier ministre d'Abdelaziz Bouteflika en 2017, a remporté le premier tour de la présidentielle, a annoncé, vendredi 13 décembre, l'Autorité nationale indépendante des élections. Favori du scrutin, il a recueilli 58,15% des suffrages.

 

 

Un président de 74 ans. Abdelmadjid Tebboune était présenté par la presse algérienne comme le favori et le candidat préféré de l’armée. Mais l'ancien Premier ministre cherchait à se défaire de cette image et se présentait comme le "candidat du peuple".

 

 

Une participation historiquement basse. Le taux de participation a été de 41,13%, soit le plus faible de toutes les présidentielles pluralistes de l'histoire du pays. Il est inférieur de plus de dix points à celui du précédent scrutin, le plus faible jusqu'ici, qui avait vu la quatrième victoire de Bouteflika en 2014.

 

 

L'armée à la baguette. Après une première tentative d'élection avortée en juillet, le haut commandement de l'armée, pilier du régime, avait tenu coûte que coûte à organiser ce scrutin pour sortir de la crise politico-institutionnelle, qui a aggravé la situation économique. Le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée, assurait depuis des semaines que la participation serait "massive".

 


13/12/2019
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Franceinfo - le jeudi 12 décembre - mis à jour le

 

 

Manifestation, troubles, vote interrompu... L'élection présidentielle s'est déroulée sous tension en Algérie

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Les manifestants ont souhaité dénoncer la tenue du premier tour de cette élection, vue comme une manoeuvre de survie du régime

 

 

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Des manifestants opposés à l'élection présidentielle sont réunis à Alger (Algérie), le 12 décembre 2019. (STRINGER / DPA / AFP)

 

 

 

Après presque dix mois d'une contestation populaire inédite ayant emporté le président Abdelaziz Bouteflika, les Algériens ont voté jeudi 12 décembre lors d'un scrutin marqué des tensions. Le "Hirak", "mouvement" de contestation inédit qui ébranle l'Algérie depuis février, était farouchement opposé à ce scrutin cher au pouvoir. Il exige la fin du "système" aux manettes depuis l'indépendance en 1962 et le départ de tous les anciens soutiens ou collaborateurs des 20 ans de présidence d'Abdelaziz Bouteflika.

 

 

 

Une manifestation massive à Alger

Pour dénoncer la tenue de cette élection, des dizaines de milliers de manifestants ont notamment envahi les rues du centre d'Alger. Si la police est brutalement intervenue pour empêcher tout rassemblement, les manifestants sont parvenus à faire nombre, jusqu'à briser un cordon de police leur barrant l'accès au carrefour de la Grande Poste, lieu symbolique de rassemblement du "Hirak".

 

 

 

 

 

 

Une petit groupe de manifestants s'est ensuite introduit dans un centre électoral du centre-ville, entraînant une brève suspension du vote. "Makache l'vote" (pas de vote !), a scandé la foule qui s'est séparée en fin d'après-midi, avant que la police ne disperse à coups de matraques la centaine de protestataires restants. Plusieurs autres marches ont été recensées à travers l'Algérie.

 

 

 

Le vote interrompu en Kabylie 

Le vote a aussi été arrêté dès la matinée, selon l'Autorité nationale indépendante des élections (Anie), à Bejaïa, Tizi-Ouzou et Bouira, principales localités de la région frondeuse de Kabylie à majorité berbérophone. A Béjaïa, un centre de vote a notamment été saccagé et à Bouira, une antenne locale de l'Anie a été incendiée.

 

 

A Tizi-Ouzou, les gendarmes ont tiré des grenades lacrymogènes pour repousser des manifestants tentant d'entrer au siège de la préfecture. Des affrontements entre forces de l'ordre et manifestants, qui ont fait plusieurs blessés dans les deux rangs, se sont poursuivi en fin de soirée près du bâtiment, a indiqué un élu local.

 


13/12/2019
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Franceinfo - le jeudi 12 décembre 2019

 

 

Présidentielle en Algérie : des dizaines de milliers de personnes opposées au scrutin manifestent dans les rues d'Alger

 

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Jean-Loup AdénorJuliette CampionRobin PrudentFrance Télévisions

 

 

Massivement rejetée par le mouvement populaire de contestation du régime qui agite le pays, l'élection présidentielle s'est ouverte jeudi matin

 

 

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Un manifestant face à la police, dans les rues d'Alger, le 12 décembre 2019.  (STRINGER / AFP)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Le scrutin pour élire le successeur du président déchu Abdelaziz Bouteflika en Algérie, massivement rejeté par le mouvement populaire de contestation du régime qui agite le pays, s'est ouvert officiellement jeudi 12 décembre. Selon l'agence de presse officielle APS, les quelque 61 000 bureaux de vote du pays ont ouvert comme prévu à 8 heures. Deux d'entre eux, situés en Kabylie, ont été saccagés par des manifestants, rapportent des témoins cités par l'AFP. Une dizaine de milliers de personnes ont manifesté en début d'après-midi à Alger malgré un large dispositif policier. Suivez la situation en direct.

 

 

Forte abstention prévu. Aucun sondage n'a été publié mais les observateurs s'attendent à une abstention très importante, alors que la contestation populaire dénonce un vote visant à permettre au régime de se régénérer. "Je ne vais pas voter et j'aimerais que personne n'aille voter", a expliqué un Algérois à franceinfo.

 

 

Une "mascarde électorale". Le "Hirak", mouvement antirégime né le 22 février qui a obtenu la démission en avril de Bouteflika, n'a montré aucun signe d'essoufflement et reste farouchement opposé à ce scrutin. Il critique une "mascarade électorale", exige plus que jamais la fin du "système" au pouvoir depuis l'indépendance en 1962 et le départ de tous ceux qui ont soutenu ou pris part aux 20 ans de présidence de Bouteflika.

 

 

Cinq candidats en lice. Azzedine Mihoubi, Abdelmadjid Tebboune, Abdelkader Bengrina, Ali Benflis et Abdelaziz Belaïd sont candidats. Comme l'explique franceinfo dans cet article, ils ont tous été, à un moment ou un autre, des fervents supporters du président déchu Abdelaziz Bouteflika. Parmi les cinq, deux ont été ministres et deux autres Premiers ministres. Ils sont tous considérés par la contestation comme des enfants de ce "système".

 


12/12/2019
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Franceinfo - le jeudi 12 décembre 2019

 

 

L'article à lire pour comprendre les enjeux de l’élection présidentielle en Algérie

 

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franceinfo AfriqueRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

Depuis près d'un an, l'Algérie vit une révolution qui remet en cause le sytème politique. Après le renvoi du président sortant, Abdelaziz Bouteflika, le pouvoir compte sur la présidentielle du 12 décembre 2019 pour sortir de la crise. Une élection largement contestée par une partie de la population

 

 

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18 octobre 2019 à Alger. Une Algérienne dans la foule des manifestants qui défilent pour la 35e fois contre le pouvoir.  (RYAD KRAMDI / AFP)

 

 

 

Le 12 décembre 2019, les Algériens sont appelés à élire leur nouveau président de la République, neuf mois après la démission d'Abdelaziz Bouteflika, et alors qu'une partie de la population manifeste régulièrement contre ce scrutin. Franceinfo fait le point et vous résume les enjeux de ce scrutin.

 

 

 

Pour quelle élection les Algériens sont-ils appelés aux urnes ?

L'Algérie n’a plus, officiellement, de président depuis le 2 avril et la démission du président sortant, Abdelaziz Bouteflika. Ce dernier a été poussé dehors par la rue et la direction de l’armée, après avoir tenté de se présenter à un cinquième mandat. La présidentielle était théoriquement programmée pour le 18 avril, mais les manifestations contre sa candidature ont entraîné le report, puis l’annulation de l’élection.

 

 

Depuis la démission de Bouteflika, l'intérim est assuré par Abdelkader Bensalah, le président de la chambre haute algérienne. Mais tout le monde s'accorde à dire que le véritable pouvoir est entre les mains du général Ahmed Gaïd Salah.

 

 

 

Le chef d\'état-major de l\'armée algérienne, Ahmed Gaïd Salah, lors d\'une cérémonie de remise des diplômes de l\'Académie militaire de Cherchell, à 112 kilomètres à l\'ouest d\'Alger, en 2013.

Le chef d'état-major de l'armée algérienne, Ahmed Gaïd Salah, lors d'une cérémonie de remise des diplômes de l'Académie militaire de Cherchell, à 112 kilomètres à l'ouest d'Alger, en 2013. (MOHAMED BASHER ZAMRY / ANADOLU AGENCY)


 

Si, sur le papier, l'Algérie offre toutes les garanties d’une démocratie élective – officiellement, le régime algérien ressemble beaucoup à celui de la France, avec un président élu au suffrage universel et un Premier ministre responsable devant l'Assemblée –, dans les faits, l'Algérie est doté d'un système politique qui a été jusqu’à présent totalement présidentiel avec des élections sans aucun enjeu.

 

 

La Constitution précise que "le Président de la République est élu au suffrage universel, direct et secret" que "la durée du mandat présidentiel est de cinq ans" et qu’il est "rééligible". Le texte stipule qu'"il préside le Conseil des ministres" et "nomme le Premier ministre et met fin à ses fonctions".

 

 

Les prochaines élections de l’Assemblée sont prévues en 2022, les dernières ayant eu lieu en 2017, avec une participation officielle de 35,3% de votants.

 

 

 

Pourquoi la présidentielle a-t-elle été reportée ?

Tout a commencé avec l’annonce, le 10 février, d’une nouvelle candidature Bouteflika à la présidentielle. La cinquième pour cet homme qui ne semblait déjà plus en état de gouverner depuis un accident vasculaire cérébral en 2013. Les cercles dirigeants, ayant été incapables de trouver une autre personnalité, ont donc décidé de représenter le président sortant. La première manifestation d'ampleur contre le cinquième mandat a eu lieu le 16 février 2019 à Kherrata en petite Kabylie. 

 

 

A partir du 22 février, Alger découvre le rituel de la manifestation du vendredi. Toutes les semaines, depuis cette date, des centaines de milliers d’Algériens descendent dans les rues de la capitale et de toutes les villes du pays. Les manifestations pacifiques et pleines de créativité ont déstabilisé le pouvoir qui a été obligé d’abandonner la candidature Bouteflika. 

 

 

L’humour signe souvent ces manifestations à l’image de ce tweet du Gorafi algérien. 

 

 

 

 

 

 

Le 2 avril, Bouteflika renonce au pouvoir, ouvrant la voie à une nouvelle élection. Celle prévue pour le 4 juillet est annulée faute de candidats "sérieux".  Le Conseil constitutionnel déclare en effet l’impossibilité de tenir ce scrutin en rejetant les candidatures de deux postulants quasi inconnus sur la scène de la politique algérienne.

 

 

Avec le scrutin du 12 décembre, le pouvoir tente de reprendre la main mais se heurte à une défiance populaire.

 

 

 

Pourquoi la tenue de cette élection est-elle contestée ?

Malgré la chute de Bouteflika, les manifestations continuent. Le cinéaste algérien Karim Moussaoui résumait, le 25 novembre dans Le Monde (réservé au abonnés), l'opinion d'une partie de la population algérienne : "Le pouvoir qui organise ces élections truquées avec cinq candidats à sa solde n'a visiblement d’autre ambition que de se maintenir."

 

 

 

 

 

 

Le Hirak (Mouvement, en arabe), nom donné à la contestation du régime, appelle même à manifester le jour du vote, le 12 décembre. 

 

 

Le journal algérien Liberté a résumé l’ambiance de la campagne en quelques lignes : "Des meetings sous haute surveillance policière, des rassemblements et des sit-in pour exprimer le refus de l’élection présidentielle et des arrestations parmi les contestataires." 

 

 

 

 

 

 

Pour El Watan, "les meetings, censés être des opportunités pour les candidats en vue de convaincre les électeurs potentiels à voter pour eux, se déroulent dans des salles fermées et devant des invités triés sur le volet. (…) Des cordons de sécurité sont formés à proximité des salles réservées aux meetings, de crainte d'un envahissement par des citoyens pro-Hirak, même si, jusqu’à présent, ces derniers ne font preuve d’aucune violence."

 

 

Selon les journaux, quelque 300 protestataires avaient été arrêtés à la date du 25 novembre. Le quotidien gouvernemental El Moudjahid en a évidemment une autre lecture et accuse les opposants d'empêcher toute avancée : "Au moment où l'Algérie s’apprête à élire son président de la République, dans la transparence et l'équité, à rompre avec une préjudiciable précarité institutionnelle, on observe, de guerre lasse, des cercles tendancieux et hostiles qui émergent, tel un serpent de mer, tentant d’annihiler toute perspective de sortie de crise."

 

 

Au-delà de l'élection présidentielle, c'est tout un régime qui est contesté. Ce que résumaient, déjà en 2016, Luis Martinez et Rasmus Alenius Boserup, auteurs d’Algéria Modern : "Depuis l’indépendance, l'Etat en Algérie est resté sous le contrôle et l’influence de l'institution militaire et de ses services qui ont investi une grande partie de l'appareil d’Etat et des institutions politiques dès la fin de la présidence de Boumédiene (1965-1979). Ils se considèrent à cette époque comme le mur porteur de l'édifice algérien". Face à cette situation, le Hirak n'a pas de position définie, de leaders ou de porte-parole clairs. 

 

 

 

De gauche à droite : Azzedine Mihoubi, Abdelmadjid Tebboune, Abdelkader Bengrina, Ali Benflis et Abdelaziz Belaïd, le 16 novembre 2019.

De gauche à droite : Azzedine Mihoubi, Abdelmadjid Tebboune, Abdelkader Bengrina, Ali Benflis et Abdelaziz Belaïd, le 16 novembre 2019. (AFP)


 

Qui sont les cinq candidats en lice ? 

Ils ont tous été, à un moment ou un autre, des fervents supporters du président déchu Abdelaziz Bouteflika. Parmi les cinq, deux ont été ministres et deux autres Premiers ministres.

 

 

Azzedine Mihoubi, 60 ans, ministre de la Culture jusqu’à la chute de Bouteflika, secrétaire général par intérim du Rassemblement national démocratique (RND), en remplacement de son patron en prison, tient un discours libéral.

 

 

Abdelmadjid Tebboune, 74 ans, présenté par la presse algérienne comme favori et le candidat préféré de l’armée, l’ancien Premier ministre de Bouteflika cherche à se défaire de cette image. Diplômé de l'Ecole nationale d'administration (ENA), il se veut "candidat du peuple".

 

 

Abdelkader Bengrina, 57 ans, président du Mouvement El-Bina, ancien ministre du Tourisme, est la première personnalité politique à s'être déclarée candidate à la présidentielle.

 

 

Ali Benflis, 75 ans, Premier ministre de 2000 à 2003, se présente comme opposant. Après deux échecs aux élections présidentielles de 2004 et de 2014, Ali Benflis, président du parti Talaie El Hourriyet, brigue à nouveau la magistrature suprême. Il voit dans cette présidentielle "la voie la moins longue, la moins risquée et la moins coûteuse pour le pays" pour sortir de la crise.

 

 

Abdelaziz Belaïd, 56 ans, plus jeune postulant, concourt pour la seconde fois après un premier échec en 2014. Médecin de formation, il a été député du FLN avant de fonder son propre parti, le Front El Moustakbal.

 

 

 

Y a-t-il un candidat favori ?

Qui se dégage parmi ces cinq prétendants ? Il y a quelques semaines, Abdelmadjid Tebboune passait pour le favori. Tout a changé depuis quelques jours, Azzedine Mihoubi engrange des soutiens et semble le présidentiable qui répond le mieux aux intérêts du "système". Il offre tous les gages : enfant du sérail et ministre jusqu'à la veille de la démission forcée de Bouteflika. Il n'a jamais remis en cause le "pouvoir", ainsi dénommé par les Algériens pour désigner un cercle occulte, composé de hauts officiers de l'armée et du renseignement. 

 

 

Les sondages n'existant pas en Algérie, personne ne peut avancer un pronostic sur le résultat de cette élection présidentielle. Le taux de participation est également inconnu.

 

 

 

La presse peut-elle couvrir librement cette élection ?

"Dans un contexte politique assez instable, la liberté de l’information en Algérie demeure fortement menacée. Les autorités continuent à verrouiller le paysage médiatique avec de nombreux procès intentés contre des journalistes", note Reporters sans Frontières (RSF), qui classe le pays à la 141e place, en recul de cinq places par rapport à 2018. 

 

 

La presse écrite vit une situation difficile depuis quelques années, à cause de la crise économique et des pressions politiques. La publicité, principale source de revenus, est réservée aux "médias amis", proches du pouvoir. Les journaux à grands tirages, au ton très libre, notamment El Watan, Liberté et El Khabar (arabophone), en sont les premières victimes.

 

 

Quid des chaînes de télévision ? A l’exception notable de BRTV, les chaînes publiques et privées, au statut précaire, appelées ironiquement "télés offshore", parlent peu, voire pas du tout, du Hirak, mais couvrent les activités des candidats à la présidentielle. Qu'est-ce une télé offshore ? C’est une chaîne de télévision algérienne de droit étranger dont la rédaction est en Algérie, le siège à l’étranger et qui émet depuis les pays du Moyen-Orient, principalement de Jordanie à cause des coûts relativement bas.

 

 

 

Pendant les manifestations des vendredis, les supporters du club de foot dUSMA se rassemblent sur cette place au centre d\'Alger. 

Pendant les manifestations des vendredis, les supporters du club de foot dUSMA se rassemblent sur cette place au centre d'Alger.  (NADIA FERROUKHI / HANS LUCAS)

 

 

Quels comptes suivre sur les réseaux sociaux ?

De nombreux Algériens filment en direct les manifestations et les diffusent sur les réseaux sociaux. La presse écrite, par choix éditorial, est peu présente sur le Net, laissant la place aux médias en ligne. Tout sur l’Algérie, Maghreb émergent, HuffPost Algérie ou encore Interlignes suivent de près les événements. Les journalistes Khaled Drareni, Bouzid Ichalalène, Akram Kharief (spécialisé dans les affaires de sécurité),  ou encore Mahrez Rabia, licencié parce que "trop gros" par la télévision publique, sont parmi les plus actifs sur les réseaux sociaux. 

 

 

Une vidéo sur une manifestation ou marche dans n'importe quelle ville ou village d’Algérie ? Il suffit de se rendre sur le compte Facebook de Mohamed Ali Allalou. L'ancien animateur radio fait une veille tous les vendredis et mardis. Aucune image ne lui échappe. Il a lui-même parcouru l’Algérie pendant des mois avec son téléphone portable comme caméra pour aller à la rencontre de ses concitoyens.

 

 

Le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) alerte quotidiennement sur sa page Facebook sur les arrestations des "détenus d’opinion".

 

 

Ammar Bouras, auteur du livre Algérie, chronique photographique 1990-1995, aux éditions Barzakh, poste régulièrement des photos saisissant l’effervescence que traverse l’Algérie depuis dix mois.

 

 

Pour les caricatures, les comptes Facebook et Twitter du Hic et de Dilem (page non gérée par lui-même) résument l’actualité d’un trait de crayon corrosif, acerbe et… plein d’humour.

 

 

 

Désolé, j'ai eu la flemme de tout lire et j'ai scrollé direct en bas. Un petit résumé ?

Les Algériens sont appelés aux urnes le 12 décembre pour élire leur président. Des millions de personnes descendent dans la rue tous les vendredis et mardis (les étudiants rejoints par d'autres), depuis le 22 février, pour refuser des élections tant qu'ils n'ont pas obtenu le départ de "tout le système", ce que l’armée, principal centre de pouvoir, refuse catégoriquement. 

 

 

Depuis la démission forcée de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril, un bras de fer oppose régime et manifestants. Les élections auront-elles lieu ? Aucun doute pour le pouvoir, qui préfère un président mal élu à une annulation ou un report, et sûrement pas pour les opposants qui entendent continuer à manifester.

 

 

Pour le spécialiste de l'Algérie à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) Brahim Oumansour, la question peut se résumer ainsi : "Est-ce que les dirigeants algériens veulent une transition démocratique réelle ou veulent-ils poursuivre avec le même système en changeant simplement quelques personnes, au risque de provoquer une future crise politique encore plus profonde et plus dramatique pour le pays ?" 

 

 

Les Algériens vont-ils refuser de "douzedouzer" en nombre ? Ce verbe, qui se conjugue au présent et au futur et toujours dans une forme négative – "ne pas douzedouzer" –, veut dire empêcher l'élection. Il est né au lendemain de la fixation de la présidentielle au 12 décembre 2019.

 


12/12/2019
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Franceinfo - le lundi 9 décembre 2019

 

 

Présidentielle en Algérie : pourquoi le pays doit changer de logiciel économique

 

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Michel LachkarRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

Après des décennies de dirigisme, l'Algérie a raté sa libéralisation et sa diversification économiques. Elle reste très dépendante des hydrocarbures. La baisse des prix du pétrole et du gaz n’arrange rien

 

 

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Complexe gazier d'In Amenas dans le sud-est algérien. L'Algérie se classe dans le top 10 des producteurs mondiaux de gaz et est le 3e producteur africain de pétrole. Photo prise le 16 juin 2018. (RYAD KRAMDI / AFP)

 

 

 

A la crise politique en Algérie s’ajoute une situation économique préoccupante. Toujours très dépendant des aléas des prix du gaz et du pétrole, le modèle algérien est au bout du rouleau. L’économie algérienne est malade de sa mono-industrie, presque exclusivement tournée vers l'exploitation des réserves gazières et pétrolières. Malade également de sa nomenklatura politico-militaire corrompue qui confisque une partie de cette rente pétrolière. L’Algérie se classe pourtant dans le top 10 des producteurs mondiaux de gaz et est le 3e producteur africain de pétrole. Les hydrocarbures représentent aujourd’hui encore 95% des recettes d’exportation et 65% du budget de l’Etat.

 

 

 

Captation de la rente pétrolière

Au lendemain de l'indépendance (1962), avec l’aide de Moscou, Alger se lance dans l'édification d’une économie "socialiste" dirigiste, basée sur l’industrie lourde (sidérurgie, cimenteries, pétrole, gaz). Avec les mêmes travers que l’Union soviétique : économie bureaucratique, caractérisée par une faible efficacité, une faible innovation technologique et un secteur public hypertrophié. En 1984, celui-ci représentait 73% de l'emploi total.

 

 

Au nom de l'industrialisation, le pays a sacrifié au passage son agriculture, collectivisant les terres, avec pour conséquences une chute de la production et une forte dépendance alimentaire. Laquelle se poursuit aujourd’hui, puisque le pays importe la moitié de ses besoins en la matière.

 

 

Une économie spécialisée dans les seules matières premières se heurte à des variations importantes des cours. Si les revenus du gaz sont hauts, ils permettent de subventionner les produits de base, les logements, l'école et la santé (gratuite), les routes et les trains avec un certain succès. Mais lorsque la conjoncture se retourne, comme c’est le cas depuis 2015, alors rien ne va plus. C'est la malédiction qui a frappé le Venezuela, pays gangréné par la mauvaise gestion et la corruption, qui touche également l'Algérie où une oligarchie issue de l’armée et du Front de libération nationale (FLN) capte une grande partie de la rente pétrolière. Une partie de la population pense que les dignitaires algériens cachent leur argent à l'étranger.

 

 

 

Une libéralisation de façade

Face aux limites de l'économie étatisée, le régime a amorcé un timide tournant dans les années 80 en libéralisant et en diversifiant l'activité. 700 000 hectares de terres sont ainsi repassés au secteur privé, mais tout cela a été très insuffisant.

 

 

La "fausse" libéralisation des années 1980-90, après l’échec du socialisme, n’a pas permis l’émergence d'une véritable diversité économique. Ainsi, cette ouverture n’a profité qu’à quelques oligarques, proches du pouvoir, qui se sont partagés les secteurs d’importation, au détriment d’une véritable concurrence. En d’autres termes, on a remplacé des monopoles publics par des monopoles privés. Ces arrangements empêchent l'émergence d’entreprises privées réellement indépendantes, en dehors des milieux d'affaires liés au pouvoir.

 

 

Le Conseil national des investissements (CNI) exige, par exemple, que 51% du capital des sociétés créées soient détenus par l'Etat algérien, ce qui a refroidi les investisseurs. D'autant que l’Etat peut s’opposer à une transaction en se positionnant prioritairement sur le rachat. Ces mesures anéantissent les flux d’investissements étrangers, déjà affectés par un taux de change (dinar/euro) chaotique.

 

 

L’Algérie pourrait également s’ouvrir au tourisme, mais cela voudrait dire plus de transparence et de liberté. Le tourisme est souvent un vecteur d'ouverture aux idées nouvelles.

 

 

 

Une pseudo opération anti-corruption

La situation économique est encore aggravée par l'actuelle paralysie politique et par les dizaines de patrons emprisonnés, en raison d’une campagne anti-corruption menée à la va-vite pour calmer l’opinion. Avec, pour conséquence, une baisse d’activité d’au moins 30% dans les secteurs clés du bâtiment et des travaux publics. Les commandes publiques tournent au ralenti avec des risques importants de faillites et des milliers d’emplois menacés. 

 

 

Longtemps, la rente pétrolière et gazière a permis de masquer les problèmes et de calmer l’opinion par une certaine redistribution sociale. Mais pour combien de temps encore ? Avec un pétrole à 60 dollars, les caisses de l’Etat algérien se vident à grande vitesse. Le gaz russe, qui monte en puissance en Europe, représente une menace pour le gaz algérien. Sans parler de l'après-pétrole, qui arrivera nécessairement... 58 ans après l’indépendance du pays, l'Algérie a besoin de changer de logiciel politique et économique.

 


11/12/2019
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Franceinfo - le lundi 9 décembre 2019

 

 

Algérie : le soutien discret mais profond de la Russie à l’institution militaire

 

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Alain ChémaliRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

Si l’idée d’un soutien de Moscou au général Gaïd Salah ne semble pas acquise pour tous, l’intérêt que la Russie porte à l’armée algérienne ne fait, lui, aucun doute

 

 

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Le chef d'état-major de l'armée algérienne, Gaïd Salah, lors d'une cérémonie de remise de diplôme à l'académie militaire de Cherchel, à 180 km à l'ouest d'Alger, le 27 juin 2013. (MOHAMED BASHER ZAMRY / ANADOLU AGENCY)

 

 

 

A quelques jours de l’élection présidentielle du 12 d"cembre en Algérie, largement rejetée par le soulèvement en cours dans le pays, l’énigme persiste sur l’attitude de la Russie à l’égard de son vieil allié en Afrique du Nord et du général Gaïd Salah, l’homme fort au pouvoir en ce moment.

 

 

Concernant ce dernier, diplômé de l’Académie militaire d’artillerie Vystrel (en ex-URSS) et qui cumule les deux fonctions de chef d’état major de l’armée et de vice-ministre de la Défense, il bénéficierait de l’appui du Kremlin tout comme de nombreux autres généraux de sa génération.

 

 

 

"Le pari de Poutine sur les généraux algériens"

Dans un long entretien accordé au quotidien Libération, l’historien et politologue Jean Pierre Filiu estime en effet que si ingérence il y a en Algérie, "même si elle est discrète, c’est celle de Poutine"

 

 

"Les Russes sont les seuls à pouvoir encore parler aux Décideurs", explique cet ancien diplomate, arabisant, reprenant le terme de "Décideurs" à l’ancien président assassiné, Mohamed Boudiaf, qui l'avait créé pour parler de ceux qui lui avaient demandé de prendre la présidence. "Car cette poignée d’hommes décide à la place de 42 millions d’Algériens, sans jamais leur demander leur avis", précise encore Filiu.

 

 

Pour lui, c’est sur les liens profonds avec cette caste de militaires algériens au premier rang desquels figurent le général Gaïd Salah et son camarade de promotion, le général Benali Ben Ali, commandant de la garde présidentielle depuis 2015, que le pouvoir russe s’appuie pour mettre en œuvre sa "stratégie d’implantation sur la rive Sud de la Méditerranée".

 

 

Un engagement "cohérent avec l’appui de Moscou à l’Armée Nationale libyenne, la milice du soi-disant Maréchal Haftar, dont l’offensive toujours en cours sur Tripoli a débuté deux jours après la démission de Bouteflika", souligne au passage l’historien dans un texte sur son blog intitulé Le pari de Poutine sur les généraux algériens.

 

 

Officiellement, telle qu’exprimée par le chef de la diplomatie russe dès le 19 mars 2019, c'est-à-dire près d’un mois après le soulèvement algérien, l’attitude de Moscou consiste à refuser "toute ingérence dans les affaires internes de l’Algérie". "Le peuple algérien doit décider lui-même de son avenir et de son destin sur la base de sa Constitution et dans le respect du droit international", avait déclaré Sergueï Lavrov lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue algérien Ramtane Lamamra.

 

 

Six mois et de multiples vendredis de contestation plus tard, à l’issue d’une rencontre le 28 août entre le secrétaire général du FLN, Mohamed Djemaï, et l’ambassadeur russe à Alger, Igor Beliaïev, le FLN affirmait que "la Russie estime que la solution à la crise politique réside dans l’organisation d’une élection présidentielle dans les plus brefs délais".

 

 

 

Le flou entretenu par Moscou

Des propos "rapportés" qui correspondaient mot pour mot à ceux du général Gaïd Salah deux jours auparavant depuis Oran. Ignorant les revendications populaires en faveur d’une transition démocratique, le général octogénaire avait réitéré son appel à "l’organisation d’une élection présidentielle transparente dans les plus brefs délais".

 

 

En dépit d’un démenti de l’ambassadeur Beliaïev qui dit s'être contenté de rappeler des "relations fortes entre l'Algérie et la Russie" et de dénégations russes rapportées par TV5, Jean Pierre Filiu y a vu un dévoilement de la position du Kremlin. "La Russie a bel et bien choisi son camp dans la crise algérienne, misant sur l’étranglement, par les généraux au pouvoir, du vaste mouvement de contestation populaire lancé en février dernier", écrivait-il le 8 septembre sur son blog.

 

 

Même si la polémique entretient un flou sur le soutien de Moscou au chef d’état-major en poste depuis 2004, le renforcement des liens entre les deux institutions militaires ne se dément pas.

 

 

Selon le site officiel russe Sputnik, citant le site algérien MENAdefense, l’armée algérienne a signé début septembre, au salon MAKS 2019 de l’aéronautique et de l’espace de Moscou, deux contrats portant sur l’acquisition d’un escadron de Mig 29 M/M2 et une flotte de Su-30.

 

 

Plus récemment encore, sous le titre La Russie veut renforcer ses ventes d’armes à l’Algérie, le site ObservAlgérie révélait le 1er décembre 2019 que la Russie proposait à l’armée algérienne "un système multicouche de défense contre les drones de petite taille qui pourraient constituer une menace pour les installations vitales" du pays.

 


11/12/2019
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Franceinfo - le samedi 7 décembre 2019 - mis à jour le 08.12.19

 

 

Présidentielle en Algérie : que sont devenus les islamistes, grands gagnants des élections municipales et législatives des années 90 ?

 

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franceinfo AfriqueRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

Les élections municipales et le premier tour des législatives du début des années 90 ont vu une large victoire du Front islamique du Salut (FIS). S’en est suivie une terrible guerre civile. Aujourd'hui, la menace islamiste semble contenue

 

 

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Contestation du Hirak pour l'élection présidentielle en Algérie. Un manifestant brandit une photo d'Abassi Madani, l'ancien leader du Front Islamique du Salut (FIS) mort en exil au Qatar. Photo prise le 27 avril 2019.   (RYAD KRAMDI / AFP)

 

 

 

EDIT. Une formulation hâtive et ne réflétant pas l'angle de notre article a été supprimée. Nous présentons nos excuses à nos lecteurs.


L’Algérie connaît sa première véritable élection démocratique et pluraliste le 12 juin 1990. Il s'agit d’élections locales : municipales et départementales (wilayas). Mais devant le risque que représente le Front islamiste du Salut (FIS), le pouvoir arrête le processus électoral et la répression s’abat contre ses membres qui entrent dans la clandestinité. Dès lors, Le pays connaîtra près de dix ans de guerre civile entre l’armée et les divers groupes islamistes armés. Un conflit qui fera plus de 100 000 morts. Aujourd'hui, les mouvements islamistes, laminés par vingt années de répression policière et militaire, ne semblent plus aussi menaçants, même s'ils restent certainement tapis dans l’ombre.

 

 

 

Le FLN, un parti unique usé 

En 1990, pour la première fois depuis l’indépendance du pays en 1962, 13 millions d’électeurs algériens ont le choix entre 13 600 candidats appartenant à une pluralité de partis politiques. Cette "transition démocratique" voulue à l'époque par le président Chadli Bendjedid, fait suite à la répression des manifestations contre la hausse des prix des produits de base, qui avait fait plus de 200 morts, le 5 octobre 1988. Le FIS, emmené par Abassi Madani et Ali Belhadj, remporte très largement les élections locales en obtenant 54,25% des voix aux municipales et en prenant 32 wilaya sur 48.

 

 

Sans qu'on l'ait vraiment vu arriver, il devient la première force politique du pays et contrôle, à l’exception de la Kabylie, toutes les grandes villes. Là, le Front islamiste du Salut commence à dérouler son programme : fin généralisée de la mixité, obligation du port du voile, fermeture des débits d'alcool...

 

 

Seul le Sud saharien reste fidèle au FLN. Le parti au pouvoir, avec seulement 31,4% des voix, a perdu tous ses fiefs et ne détient plus que 14 wilayas.

 

 

L’appel au boycott lancé avant le scrutin par Aït Ahmed, leader du Front des forces socialistes (FFS), a certes un impact sur le résultat de l'élection, mais n’explique pas cette victoire islamiste. Le courant socialiste et laïc ne peut être crédité que d’une petite partie des 45,75% d’abstention. Ce courant incarné par le FFS et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) de Saïd Sadi n’avaient pas, en dehors de la Kabylie, une véritable assise électorale d’après l’étude menée par l’historien François Burgat.

 

 

 

Ali Belhadj et Abassi Madani, chefs historiques du Front Islamique du Salut (FIS) dans les rues d\'Alger. Photo prise en mai 1991, 6 mois avant la large victoire du FIS au premier tour de l\'élection législative.

Ali Belhadj et Abassi Madani, chefs historiques du Front Islamique du Salut (FIS) dans les rues d'Alger. Photo prise en mai 1991, 6 mois avant la large victoire du FIS au premier tour de l'élection législative. (STR / AFP)


 

D’ailleurs, les islamistes vont largement confirmer leur forte influence lors du premier tour des législatives du 26 décembre 1991. Le FIS obtient 47,3% des suffrages, devant le FLN 23,4% et le FFS 7,4%. Le Front islamique du Salut est en passe de remporter les deux tiers des sièges au parlement. Ce qui lui permettrait de modifier la Constitution algérienne et d’instaurer, comme il le veut, son califat. Avec un programme d'une simplicité biblique : "L'islam est la solution, la Charia est notre constitution." 

 

 

Le second tour n’aura jamais lieu. Devant le risque qu'il représente, les généraux algériens interrompent le processus électoral, décrètent l’état d’urgence et dissolvent le Parlement. Une violente répression s’abat contre le FIS qui entre dans la clandestinité. Le pays connaîtra près de dix ans de guerre civile entre l’armée et les divers groupes islamistes armés. Un conflit qui fera plus de 100 000 morts.

 

 

 

La menace islamiste justifie le pouvoir absolu de l'armée

Résultat édifiant et tragique : alors que les Algériens ont eu pour la première fois l’occasion de s’exprimer librement depuis l’indépendance du pays, ils ont choisi l’islam politique.

 

 

Les généraux, gardiens des intérêts de la nation (et des leurs en particulier), ont retenu la leçon. Ils ont totalement verrouillé toutes les élections suivantes y compris le scrutin du 12 décembre 2019, avec cinq candidats triés sur le volet, empêchant la répétition d'un tel scénario. Même si la situation semble très différente aujourd’hui, échaudés,ils ne semblent pas vouloir revivre une élection incontrôlée.

 

 

Les mouvements islamistes, laminés par vingt années de répression policière et militaire, ne paraissent plus aussi menaçants, même s'ils restent certainement tapis dans l’ombre.

 

 

 

Des islamistes hors jeu aujourd'hui ?

Que sont les islamistes devenus ? De l’avis des observateurs, ils sont très peu présents dans les manifestations qui se déroulent depuis neuf mois en Algérie. Les Algériens semblent avoir été vaccinés par l’islam politique. Les expériences égyptienne, soudanaise et surtout du "califat syrien" (Daech) ont peut-être ramené à la réalité bon nombre d'idéologues. Même si l'islam politique reste le plus souvent souterrain et clandestin, on le voit mal récupérer le Hirak (mouvement de protestation) algérien.

 

 

Aujourd'hui, les islamistes sont représentés principalement par le Mouvement de la société pour la paix (MSP), qui se réclame des Frères musulmans. Ce parti avait obtenu 38 députés aux législatives de 2002. Un parti islamiste officiel qui a même soutenu le gouvernement Bouteflika avant de rompre avec lui en 2012. 

 

 

Le MSP a appuyé le projet de "réconciliation nationale" prônée par l'ancien président Bouteflika, prévoyant une amnistie pour les terroristes non condamnés pour des crimes de meurtre ou de viol. Le MSP s'est également fortement opposé au changement du Code de la famille, largement inspiré de la tradition islamique.

 

 

Le Mouvement de la société pour la paix a finalement décidé de ne pas déposer de candidature à la présidentielle du 12 décembre 2019, jugeant "que les préalables requis, notamment la tranparence de l'élection, ne sont pas réunis". "Nous ne soutiendrons aucun candidat", a affirmé le président du MSP Abderrazak Makri. 

 

 

Même si la menace islamiste semble aujourd'hui contenue, le régime reste dans un dilemme : soit il organisait une élection libre et transparente au risque d'être chassé du pouvoir et jeté en prison, soit il verrouillait le processus électoral au risque de se retrouver avec un chef de l'Etat, à la faible légitimité.

 


10/12/2019
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Franceinfo - le mardi 10 décembre 2019

 

 

Tunisie : "La drogue est une échappatoire face à la crise économique et au carcan familial"

 

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Judith AndréThe ConversationFrance Télévisions

 

 

 

La chercheuse Judith André a travaillé sur la consommation de drogue chez les jeunes, notamment les filles, dans une Tunisie post-révolution. Elle revient dans The Conversation sur cette question

 

 

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Les contours de la carte de la Tunisie apparaîssent dans ce cendrier.  (Per Bengtsson/Shutterstock, CC BY)

 

 

 

Salwa, 22 ans, est étudiante en cinéma à la faculté de Tunis. Elève modèle depuis l’école élémentaire, jeune femme dynamique, elle se rêve réalisatrice. Elle n’avait jamais bu, fumé ou sniffé quoi que ce soit avant son entrée à l’université. En trois ans, la drogue a changé sa vie.

 

 

"A l’université, les drogues sont partout, en accès libre", confie-t-elle. La jeune femme essaie un peu tout, ecstasy, kétamine, et tombe dans l’alcool : jusqu’à deux à trois bouteilles de vin et une dizaine de demis de bière par jour jusqu’à son dernier black-out. Elle développe un diabète.

 

 

L’étudiante déboussolée lutte contre ses addictions. Elle souhaite décrocher, mais ne sait pas vers qui se tourner. Son généraliste lui prescrit finalement des anxiolytiques. Elle s’enferme chez elle pour se sevrer, tout arrêter, seule, coupée de sa famille. "Ce n’est qu’une question de volonté", lui assure son médecin… Salwa appartient à la jeunesse tunisienne engagée qui vit de plein fouet les bouleversements de la Tunisie post-révolutionnaire. Modernisation, liberté d’expression… la société tunisienne repousse les tabous religieux et sociétaux. Symbole d’une liberté nouvellement acquise, l’usage des drogues se répand, mettant un terme à la politique répressive de l’ère Ben Ali.

 

 

Abordé de façon alarmante par les médias, le sujet arrive en force sur la place publique. Les associations inquiètes interpellent le ministère de la Santé sur ce nouveau défi : sortir du spectre de la répression et redéfinir les prises en charge pour enrayer le fléau annoncé.

 

 

 

La directrice du bureau tunisien de Human Rights Watch, Amna Guellali, présente un document de 33 pages rédigé par son ONG pour dénoncer les effets de la loi draconienne de répression de la consommation de drogue. 2 février 2016, Tunis.

La directrice du bureau tunisien de Human Rights Watch, Amna Guellali, présente un document de 33 pages rédigé par son ONG pour dénoncer les effets de la loi draconienne de répression de la consommation de drogue. 2 février 2016, Tunis. (Fathi Belaid/AFP)


 

Des consommations en augmentation

Avant 2011, le discours officiel dépeint une société civile sans drogue, reléguant leur usage aux détenus incarcérés. Les premières études épidémiologiques n’apparaissent qu’après la révolution. De 2013 à 2017, l’usage de cannabis a été multiplié par 2,5, celui d’ecstasy par 7. Les consommations se font au grand jour.

 

 

Mohammed est étudiant en mécanique. Après avoir lui-même connu les dangers de la drogue, il a choisi de faire de la prévention auprès des écoliers de la médina. "Avant, on se cachait dans les appartements pour fumer un joint, confie-t-il. Aujourd’hui, on peut trouver ce que l’on veut facilement dans la rue." Dès l’école élémentaire, des enfants sniffent de la colle et fument, avant de goûter au cannabis et à l’alcool au collège. Les consommations s’accélèrent à l’université : kétamine, ecstasy ou héroïne et cocaïne pour les plus aisés. Les drogues sont partout. Elles bénéficient de la porosité des frontières depuis le début du conflit en Libye, de la multiplication des réseaux de trafic de drogues et de l’augmentation de la contrebande. En 2017, les lycéens sont 25% de plus qu’en 2013 à considérer l’accès à la drogue comme "très facile".

 

 

 

Repousser les limites, échapper à l’ennui

Les nouvelles générations sont les premières victimes d’une économie en berne : une inflation à 7%, un dinar qui perd 20% de sa valeur en 2017 face à l’euro et un taux de chômage de 30% qui touche un tiers de la jeunesse.

 

 

Alors que les jeunes Occidentaux consomment le plus souvent pour des raisons sociales et festives, les Tunisiens expriment leur volonté d’échapper à la mélancolie ambiante et à l’ennui. La drogue est une échappatoire face à la crise économique et au carcan familial.

 

 

 

Pour les filles, conquérir un autre rapport au corps

La prise de drogue est historiquement une habitude majoritairement masculine mais elle se répand considérablement chez les filles. "Les filles consomment beaucoup mais si cela se sait, cela entache leur réputation et leur valeur sur le marchéÌÂ� marital. Elles ne sont plus considérées comme des femmes correctes et fiables et se font insulter", nous confie encore Salwa. Elles participent aux mêmes fêtes que les garçons mais, pour éviter leur regard réprobateur, préfèrent consommer entre copines.

 

 

Pour les adolescentes, c’est une façon de défier une société patriarcale et sexiste, et de contrer la vision de la féminité que véhicule le parti islamiste Ennahda, de plus en plus influent sur l’échiquier politique tunisien, confirme Sameh Hairi, Maître-assistante à l’Institut supérieur de l’Education et de la Formation continue de Tunis. Elles se lancent dans les consommations pour affirmer une nouvelle liberté, agir contre le système, repousser les limites sociales. Par la drogue, les jeunes femmes affirment un autre rapport au corps, se le réapproprient et revendiquent leur liberté.

 

 

 

Sortir de la répression

Face à ce fléau qui menace la jeunesse, la société civile et les associations s’emparent du problème, font bouger les mentalités et poussent le gouvernement à intervenir.

 

 

La première évolution symboliquement remarquable est celle de la très répressive "loi 52" (loi n°92-52 du 18 mai 1992) qui rendait passible d’un an de prison et de 1 000 dinars (380 €) d’amende le simple fait de détenir ou de fumer du cannabis. Une législation souvent utilisée pour bâillonner les opposants au régime.

 

 

Jusqu’en 2016, près du tiers de la population carcérale est constitué de personnes condamnées pour consommation ou détention de produits psychoactifs. Depuis 1992, 120 000 personnes ont connu la prison pour un joint. Ces sanctions représentent un coût humain et financier démesuré pour la société (38 millions de dinars par an selon un rapport de Human Rights Watch), sans qu’une prise en charge adaptée soit proposée, pendant ou après l’incarcération.

 

 

Confronté aux revendications insistantes de la société civile qui dénonce depuis des années son coût social "exorbitant" et son usage abusif, le Parlement tunisien adopte le 25 avril 2017 un amendement à la "loi 52" qui permet aux magistrats de prendre en compte les circonstances atténuantes : ils peuvent désormais prononcer des peines plus courtes, des sursis ou s’en tenir à une simple amende.

 

 

 

Le ministre tunisien de la Justice, Ghazi Jeribi, s’entretient avec des parlementaires lors d’une session parlementaire portant sur la révision de la controversée \"Loi 52\", le 25 avril 2017.

Le ministre tunisien de la Justice, Ghazi Jeribi, s’entretient avec des parlementaires lors d’une session parlementaire portant sur la révision de la controversée "Loi 52", le 25 avril 2017. (Fethi Belaid/AFP)


 

Des centres de soins adaptés

Le deuxième volet significatif dans l’évolution des soins est la réhabilitation des centres de prise en charge de Sfax et de Djebel el Oust (gouvernorat de Zaghouan). Historiquement influencés par une idéologie répressive, ces centres étaient gérés jusqu’en 2011 par les administrations pénitentiaires et destinés en grande partie aux patients détenus, précise Salma Derouiche, Maître-assistante en psychologie clinique et psychopathologie à l’Université de Tunis. Les centres sont dorénavant pris en charge par le ministère de la Santé, soutenu par les associations.

 

 

La Société tunisienne d’addictologie (STADD) met également l’accent sur le secteur privé grâce à la création de nouveaux diplômes universitaires en addictologie et le développement de son activité scientifique (premier colloque d’addictologie en 2017, collaborations avec la Belgique). Ces nouvelles formations permettent la spécialisation en addictologie de médecins travaillant dans le secteur libéral. Se développe progressivement un réseau d’addictologues compétents qui proposent des prises en charge pluridisciplinaires en accord avec les recommandations internationales et la politique de réduction des risques.

 

 

 

Affiche annonçant la tenue du premier congrès de la Société tunisienne d’addictologie, les 14-15 décembre 2017.

Affiche annonçant la tenue du premier congrès de la Société tunisienne d’addictologie, les 14-15 décembre 2017. (Compte Facebook de la Société tunisienne d’addictologie)

 

 

 

L’urgence des soins et de la prévention

Malgré ces évolutions dans l’offre de soins, les deux tiers des patients, à l’image de Salwa, restent seuls face à leurs difficultés et tentent de se sevrer sans aide médicale.

 

 

Avec une population jeune qui plonge vers les consommations et une capacité de soin encore insuffisante, la Tunisie doit faire face à un défi majeur. Les tabous ne sont plus à l’ordre du jour. Pour protéger les jeunes générations, les chercheurs soulignent le rôle primordial de l’école et l’importance de développer de nouvelles politiques de prévention à l’attention du très jeune public en milieu scolaire. La STADD réclame aujourd’hui une législation bienveillante et non punitive, plus d’espaces adaptés et des moyens thérapeutiques adéquats. Les demandes de la STADD peuvent-elles être entendues par le Parlement actuel et par le nouveau président Kaïs Saïed ? Les prochains mois le diront.The Conversation

 

 

Judith André, Maître de conférences, enseignante-chercheuse en neurosciences (addiction), Université de Picardie Jules Verne, Groupe de Recherche sur l'Alcool et les Pharmacodépendances UMR1247, Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm)

 

 

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 


10/12/2019
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Franceinfo - le dimanche 8 décembre 2019

 

 

Malgré le poids de l’Histoire, France et Algérie ont une relation "très dense", observe Kader Abderrahim

 

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Laurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

Où en sont les relations entre la France et l’Algérie, alors qu’une élection présidentielle, prévue le 12 décembre 2019, doit trouver un successeur à Abdelaziz Bouteflika ? La réponse de l’universitaire Kader Abderrahim

 

 

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Le président français, Emmanuel Macron, entouré de gardes de sécurité, dans une rue d'Alger le 6 décembre 2017. (LUDOVIC MARIN / AFP)

 

 

 

Une élection présidentielle se tient en Algérie le 12 décembre 2019, dans un pays secoué par les manifestations contre le régime actuel. Face à cette crise, la France fait preuve de la plus grande prudence. Pourquoi ? Et au-delà, où en sont aujourd’hui les relations entre les deux pays ? L'analyse de Kader Abderrahim, maître de conférences à Sciences Po. 

 



Franceinfo Afrique : depuis 1962, les relations entre la France et l'Algérie ont toujours évolué en dents de scie. Quel est l'état de ces relations en 2019 ?

 

Kader Abderrahim : il y a eu des gestes d’apaisement côté français, à l’époque des présidents Chirac, Sarkozy et Hollande. Il y a eu des propos, des voyages qui ont permis d’atténuer les tensions. Par exemple le déplacement, en 2005, de l’ambassadeur de France à Sétif, Hubert Colin de Verdière, qui a reconnu la réalité des massacres qui y ont été commis le 8 mai 1945. Par la suite, il y a eu plusieurs voyages officiels et visites d’Etat qui ont abordé les pages sombres de l’histoire entre les deux pays. Notamment la visite, en 2003, de Jacques Chirac, très populaire dans le monde arabe après son refus de participer à la guerre en Irak avec les Etats-Unis.

 

 



Lequel Jacques Chirac avait alors prôné un traité d’amitié entre les deux pays, toujours pas signé à ce jour…

 

Les vieilles gardes des deux pays ne voyaient pas cela d’un très bon œil. En France, certains n’ont alors pas hésité à parler des "bienfaits" de la colonisation (une loi évoquant "le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord" avait même été adoptée en 2005 avant que l’article comprenant cette phrase soit abrogé, NDLR). En Algérie, la période était difficile, notamment en raison de la tenue d’un référendum pour "restaurer la paix civile" (après la "décennie noire" des années 1990, NDLR).

 

 

 

Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika (à droite), accueille son homologue français, Jacques Chirac, à son arrivée à l\'aéroport d\'Alger le 15 avril 2004.

Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika (à droite), accueille son homologue français, Jacques Chirac, à son arrivée à l'aéroport d'Alger le 15 avril 2004. (THOMAS COEX / AFP)

 

 

 

Par la suite, en 2007, Nicolas Sarkozy avait qualifié le système colonial de "profondément injuste". Quant à François Hollande (qui a reconnu la répression "sanglante", le 17 octobre 1961, de la manifestation d’Algériens à Paris, NDLR), il avait noué des relations très étroites avec le personnel politique algérien. Tout cela a permis de fluidifier les choses. Et aujourd’hui, il est important de souligner la densité de la relation entre Alger et Paris, même si l’on ne peut pas faire comme si l’Histoire n’existait pas.

 

 

Il n’y a qu’à voir l’importance des allers-retours des deux côtés de la Méditerranée. Le mot aller-retour étant une métaphore. Il y a des contacts à tous les instants, à tous les moments. Ne serait-ce qu’en raison de l’importance, sur le sol français, de la communauté binationale franco-algérienne, qui comprend plusieurs millions de personnes. Une communauté très sensible à tout ce qui touche aux relations entre les deux pays.

 

 


En Algérie, la question du passé et de la guerre coloniale reste très présente et pesante. Certains vont jusqu’à dire qu’elle est instrumentalisée…

 

Il y a évidemment le poids de l’Histoire. Mais il faut aussi voir qu’en Algérie, la nature du système politique n’a pas beaucoup évolué. Dépourvu de légitimité populaire, celui-ci a besoin de se relégitimer en puisant dans le souvenir de la guerre de libération. Il lui faut mythifier une légitimité historique. On crée ainsi des freins pour éviter à tout prix une normalisation des relations.

 

 

Côté français, je ne méconnais pas le poids du lobby de l’Algérie française. Mais que ce soit à droite avec Chirac et Sarkozy, ou à gauche avec Hollande, il y a une volonté d’aller dans le sens d’une reconnaissance du passé et d’une amélioration des relations. C’est l’Etat qui a voulu cette reconnaissance des crimes de la colonisation et de la guerre.

 

 

Les faits ont maintenant presque 60 ans, ce qui représente presque trois générations. Les jeunes dirigeants comme Macron n’ont pas vécu cette période. Ils connaissent l’Histoire, mais ils ont compris qu’aujourd’hui, la France a besoin de l’Algérie, comme l’Algérie de la France. Ils ont compris que la relation doit se normaliser. Normalisation qui a déjà eu lieu dans les sociétés des deux pays.

 

 

L’histoire reste douloureuse pour ceux qui l’ont vécue. Mais de son côté, en neuf mois de mobilisation en Algérie comme en France, la jeunesse, hyper connectée, a diversifié ses sources d’information et croisé les éléments sur la nature du régime. Je suis persuadé que l’accès à l’information permet ainsi d’éviter des tensions inutiles.

 

 

 

Manifestants arborant le drapeau national à Alger le 22 novembre 2019

Manifestants arborant le drapeau national à Alger le 22 novembre 2019 (REUTERS - RAMZI BOUDINA / X03844)

 

 

 

Mais au-delà, dans le contexte des relations entre les deux pays, la question est de savoir pourquoi, en neuf mois de mobilisation (Hirak), la France ne s’est pas exprimée.

 

 

 

Comment l’expliquez-vous ?

 

Que la France se taise, elle est accusée de complicité ! Qu’elle parle, on va dire qu’il y a ingérence ! C’est donc un peu le grand écart. Mais en raison de ses valeurs et de ses principes, peut-elle rester à l’écart ? La France reste très prudente pour éviter une crispation. Mais à mon sens, elle doit parler. Même si c’est effectivement très compliqué, le fait qu’elle ne dise rien est perçu par la population comme un soutien tacite apporté au régime. D’autres prennent moins de gants, comme le département d’Etat américain.

 

 

 

Quel est le poids de l’économie dans l'attitude de la France ?

Il joue évidemment un rôle important. Paris cherche à conserver ses positions en Algérie, plus grand pays d’Afrique avec d’importantes ressources. D’autant que son influence est battue en brèche par des puissances émergentes. Il faut voir que la France a beaucoup reculé au détriment de la Chine, devenue le premier partenaire économique d’Alger. Pékin est notamment très implanté dans le BTP.

 

 

Dans l’attitude française vis-à-vis des manifestations, il y a donc de la réalpolitique. De ce point de vue, la période Bouteflika (1999-2019) a bien arrangé Paris, comme elle a arrangé l’Union européenne. Une période caractérisée par la corruption et le statu quo. De fait, ce statu quo offrait de la lisibilité sur le long terme ainsi qu’une stabilité du personnel d’Etat, ce qui a permis aux Français d’apprendre à connaître leurs homologues algériens. Résultat : personne dans les élites politiques n’a envie d’une alternance en Algérie !

 

 

Pour autant, la position française rappelle un peu celle vis-à-vis de l’Arabie, un des principaux financeurs du wahhabisme, voire du terrorisme. Les très importantes relations commerciales empêchent les milieux officiels de dénoncer la situation.

 

 

 

Concrètement, où en est aujourd’hui la coopération entre la France et l’Algérie ?

 

 

 

Le président Chadli Bendjedid annonce sa démission en direct à la télévision le 11 janvier 1992. 


Le président Chadli Bendjedid annonce sa démission en direct à la télévision le 11 janvier 1992.  (STR / AFP)


Elle a toujours la même intensité. En matière de soft power, la France a une position importante. Le français reste la langue principale du monde des affaires algérien. Et la France est le pays vers lequel on se tourne quand on veut faire des études ou quand on veut s’installer ailleurs. Comme le soulignait le président Chadli Bendjedid, la relation entre les deux pays peut être tendue ou détendue, elle ne sera jamais banale.

 

 

 

Spécialiste du Maghreb et de l’islamisme, Kader A. Abderrahim vient d’écrire Géopolitique de l’Etat islamique (Eyrolles).

 


10/12/2019
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Franceinfo - le mercrdi 20 novembre 2019

 

 

Pourquoi les Algériens rejettent massivement l’élection présidentielle du 12 décembre

 

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Michel LachkarRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

Depuis le lancement officiel de la campagne présidentielle, des manifestants opposés au scrutin perturbent les meetings électoraux des cinq candidats en lice

 

 

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Manifestation à Alger contre l'élection présidentielle du 12 décembre organisée par le régime. Une partie de la population ne veut plus d'un simulacre d'élections et réclame une véritable démocratie. (RYAD KRAMDI / AFP)

 

 

 

La campagne électorale qui a débuté le 17 novembre 2019 en Algérie se déroule dans une ambiance quelque peu agitée. Les meetings des cinq candidats en lice sont perturbés par les opposants malgré une importante protection policière.

 

 

Une réunion électorale d'Ali Benflis, 75 ans, ancien Premier ministre d'Abdelaziz Bouteflika entre 2000 et 2003, a été interrompue le 18 novembre à Souk Ahras par quatre personnes qui se sont levées à tour de rôle pour crier : "Vous avez pillé le pays, voleurs !" Elles "ont immédiatement été interpellées par des policiers en civil présents dans la salle", a précisé un journaliste local selon l'AFP. Les quatre manifestants ont été immédiatement condamnés par le tribunal de Tlemcen à 18 mois de prison, a annoncé le Comité national pour la libération des détenus (CNLD). Non loin de là, à Guelma, les slogans "Pas de vote", scandés par une centaine de manifestants massés à l'extérieur du meeting organisé le même jour par M.Benflis, ont résonné jusque dans la salle.

 

 

 

Un printemps algérien inédit

La présidentielle du 12 décembre est donc massivement rejetée par le Hirak, le mouvement de contestation qui agite l'Algérie depuis neuf mois. Le régime, c’est-à-dire essentiellement la hiérarchie militaire et le parti au pouvoir (FLN), veut à tout prix imposer son agenda électoral, alors que les manifestants refusent des élections qu'ils considèrent ni libres, ni honnêtes. Une partie de la population estime que ce scrutin ne servira qu'à recycler le régime en place. C’est pourquoi, les manifestants exigent au préalable un départ de la "clique au pouvoir".

 

 

Il faut dire que depuis l’indépendance du pays en 1962, la haute hiérarchie militaire et les apparatchiks du FLN ont confisqué le pouvoir. Un régime à la soviétique, aux mains d’une caste bureaucratique, autoritaire et corrompue qui impose ses vues à la justice et à la société civile. Sans parler de choix économiques et industriels maladroits ayant débouché sur une économie dirigiste et un Etat hypertrophié.

 

 

Longtemps la rente pétrolière et gazière, qui représente 95% des recettes d’exportation du pays, a permis de masquer les problèmes et de calmer l'opinion par une certaine redistribution sociale. Cet argent a également permis d’entretenir une clientèle électorale, voire d’acheter les votes dans les villages reculés du pays.

 

 

 

Les Algériens aspirent à une vraie démocratie

Un modèle mis à mal lorsque les cours du pétrole et du gaz passent de 115 à 60 dollars, comme c’est le cas depuis cinq ans. Aujourd’hui, les réserves de change de l'Etat algérien sont estimées à 60 milliards de dollars, soit l’équivalent d’à peine trois années de déficit de la balance des paiements. Rappelons que l’Algérie importe près de la moitié de ses besoins alimentaires.

 

 

Une situation encore aggravée par la paralysie de l’économie, provoquée par l’actuel blocage politique et les dizaines de patrons emprisonnés, en raison d’une campagne anti-corruption menée à la va-vite pour calmer l’opinion. Avec, pour conséquence, une baisse d’activité d'au moins 30% dans les secteurs clés du bâtiment et des travaux publics. Les commandes publiques tournent au ralenti avec déjà des milliers d’emplois perdus.

 

 

Cinquante-sept ans après l’indépendance du pays, les Algériens ne veulent plus d’un simulacre d’élection mais aspirent à une véritable démocratie. Une solution politique s’impose pour relancer rapidement l’économie du pays.

 


22/11/2019
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Franceinfo - le mardi 19 novembre 2019 - mis à jour le 20.11.2019

 

 

Maroc : des propos chocs relancent la question du sort des milliers d'enfants abandonnés à la naissance chaque année

 

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Pierre MagnanRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

La présidente de l’association marocaine Solidarité féminine a affirmé que "24 bébés sont jetés à la poubelle par jour". Ce chiffre choc met en lumière les difficultés rencontrées par les mères célibataires dans le royaume

 

 

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Aicha Ech-Channa, tenant deux bébés dans le jardin de son association pour mères en difficulté, à Casablanca, en mai 2000. (ABDELHAK SENNA / AFP)

 

 

 

"Cinquante mille enfants naissent hors-mariage chaque année, dont plus de 8 000 sont abandonnés immédiatement. En moyenne, 24 bébés sont jetés à la poubelle par jour. ll n'y a pas de nombre officiel de mères célibataires, mais il y a 10 ans, elles étaient déjà plus d’un demi-million", a déclaré, en Espagne,  Aïcha Ech-Chenna, présidente de l’association marocaine Solidarité féminine créée en 1985. Ces propos écrits dans le journal espagnol Mujer Hoy (Femme d’aujourd’hui) ont été largement repris par les médias marocains.

 

 

Le site Facebook de l’association a quelque peu modéré la formulation, ne parlant plus de poubelles, mais d'"enfants abandonnés immédiatement". Cependant, l'idée reste la même : de nombreuses Marocaines se retrouvent dans la situation de devoir abandonner leur enfant, y compris des nourrissons.

 

 

Pourtant, le terme de "poubelle" avait déjà été employé. "Par crainte des autorités, mais aussi par peur des représailles de leur propre famille, beaucoup de jeunes mères finissent par se débarrasser de leur enfant. Selon les associations, 24 nourrissons sont abandonnés chaque jour dans le royaume et 300 cadavres de bébés sont retrouvés tous les ans dans les poubelles de Casablanca", écrivait Le Monde en 2018.

 

 

La déclaration d'Aïcha Ech-Chenna "renseigne sur l’état de fragilité des enfants. L’autre aspect tout aussi préoccupant de cette situation reste l’absence totale de chiffres officiels concernant les mères célibataires au Maroc", réagit le site Bladi. Il faut dire que ses propos ont du poids du fait de sa personnalité. Elle est en effet très connue au Maroc et son combat a dépassé les frontières du royaume. Aïcha Ech-Chenna a été récompensé par plusieurs prix internationaux (Prix des droits de l’Homme de la République française, Opus Prize…). "Elle mérite le Nobel de la paix", a même déclaré le Nobel de littérature J.M.G. Le Clézio dans une interview au Monde, rappelle le journal français Elle.

 

 

Cette militante, âgée aujourd’hui de 78 ans, infirmière de profession, a découvert très tôt le sort des femmes célibataires dans son pays. "L'article 490 du code pénal marocain puni d'un an de prison les relations sexuelles hors mariage et l'avortement est interdit", rappelle le journal espagnol Mujer Hoy. La récente affaire Hajar Raissouni a rappelé les difficultés rencontrées par ces femmes "dont on dit qu’elles sont des "fassedate" (prostituées), et de leurs enfants "oulad lehram", (les enfants du péché)", selon les mots de la sociologue Abderrahim Anbi.

 

 

 

Elles n’ont pas l’autorité parentale sur leurs enfants

Relancée par les propos choc d'Aïcha Ech-Chenna, cette question des abandons d’enfants n’est pas vraiment nouvelle au Maroc. En 2013, le journal marocain Aujourd’hui écrivait déjà : "27 200 mères célibataires, c'est le chiffre recensé en 2009 par l’association Insaf. (...) Ce chiffre est en croissance de 2,3% tous les ans." Il décrivait les discriminations subies par ces femmes et leurs enfants : "'Enfants du péché', c’est en ces termes révoltants qu’on les traite à tort. Ces petits nés hors mariage bien qu’ils n’aient fait aucun mal, sont stigmatisés non seulement socialement, mais juridiquement également. A commencer par la liste des prénoms qu’on impose aux mères célibataires lors de l’inscription de leurs enfants au registre de l’état civil. Ce qu’on inflige à ces dernières n’est pas moins clément, elles n’ont pas d’autorité parentale sur leurs enfants et sont sujettes à toutes sortes de maltraitance, d’exclusion sociale et de pression psychologique." Selon ce journal, "des 8 760 enfants abandonnés, 80% sont le fruit de relations extraconjugales." 

 

 

 

 

 

 

Les chiffres officiels sont moins importants :"En 2014, le ministère de la Justice marocain donnait le chiffre de 5 377 affaires d'enfants abandonnés en 2013, contre 5 274 en 2009", rappelait le site medias24 en 2016.L'ampleur du phénomène témoigne aussi des problèmes sociaux rencontrés par de nombreuses Marocaines issues de milieux pauvres. Souvent envoyées travailler en ville comme "petites bonnes", elles sont vulnérables et parfois soumises à des hommes violents qui abusent de leur faiblesse. Une fois enceintes, elles sont livrées à elles-mêmes. Incapables d'assurer leur survie et celle de le leur enfant.

 

 

Une situation qui met aussi en lumière la question de l'avortement. Les possibilités d'avorter restent très limitées et les tentatives d'élargissement des conditions légales de l'interruption volontaire de grossesse sont toujours en panne. Lors de l'affaire Raissouni, un collectif auteur d'un manifeste de "hors-la-loi" signé par plus de 10 000 personnes demandait au parquet marocain de suspendre l'application de "lois liberticides" punissant de prison le sexe hors-mariage, l'adultère et l'avortement. La réponse à l'horreur des chiffres lancés par Aïcha Ech-Chenna se trouve peut-être en partie là.

 


22/11/2019
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Franceinfo - le vendredi 15 novembre 2019

 

 

Tunisie : Habib Jemli, candidat du parti Ennahdha, choisi pour être Premier ministre

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions
 

 

 

Cet ancien secrétaire d'Etat est proposé pour former le prochain gouvernement

 

 

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Habib Jemli, lorsqu'il était secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Agriculture, le 24 décembre 2011 à Tunis. (FETHI BELAID / AFP)

 

 

 

Le parti islamo-conservateur Ennahdha, arrivé en tête des législatives en Tunisie, a proposé l'ancien secrétaire d'Etat Habib Jemli pour former le prochain gouvernement, a indiqué, vendredi 15 novembre, à l'AFP, Imed Khemiri, porte-parole de ce mouvement.

 

 

Ingénieur agricole de formation, Habib Jemli, 60 ans, est un ancien secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Agriculture (de 2011 à 2014), dans les deux gouvernements de Hamadi Jebali et Ali Larayedh, du mouvement islamo-conservateur. Dans son CV, il précise qu'il n'a "aucune appartenance politique".

 

 

Habib Jemli doit être chargé formellement par le président de la République, Kaïs Saïed, un universitaire sans parti élu le 13 octobre, de former le gouvernement. Il a un mois, renouvelable une fois, pour mener à bien cette tâche, et le gouvernement doit ensuite être approuvé par une majorité de députés. A défaut de majorité à l'issue de ce délai, le nouveau chef de l'Etat pourra proposer un autre chef de gouvernement.

 


16/11/2019
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