L'AIR DU TEMPS

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Franceinfo - le jeudi 17 octobre 2019

 

 

Tunisie : Kaïs Saïed est "conservateur sur le plan des convictions personnelles. Mais pour le reste, c'est un révolutionnaire !"

 

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Envoyé spécial en TunisieLaurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions
 

 

Le nouveau président tunisien apparaît souvent comme un mystère. Qui est-il et quel est son programme ? Rachida Ennaifer, qui a travaillé durant 20 ans à ses côtés à la faculté des sciences juridiques de Tunis, dévoile une partie de l'énigme à franceinfo Afrique

 

 

 

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La professeure de droit Rachida Ennaifer dans les jardins de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis, le 16 octobre 2019. (FTV - Laurent Ribadeau Dumas)

 

 

 

En ce 16 octobre 2019, à la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis, où Kaïs Saïed a enseigné comme professeur de droit constitutionnel, tous ses anciens collègues se congratulent. "C'est un moment heureux, plein d'espoir, magnifique !", dit une enseignante. Même si elle n'est "pas d'accord avec lui sur de nombreux points". Un enthousiasme partagé par Rachida Ennaifer, elle-même professeure. Cette ancienne journaliste au journal francophone La Presse, écartée par la dictature Ben Ali pour des raisons politiques au début des années 1990, a repris des études de droit avant d'entrer en 1999 dans l'équipe de Kaïs Saïed à la faculté. Tous deux travaillent en binôme. Lui donne les cours magistraux, elle est chargée des travaux dirigés. Leur collaboration va durer 20 ans. Dans cette interview accordée à franceinfo Afrique, elle précise qu'elle ne parle pas au nom du nouveau président. Et qu'elle "donne juste (son) point de vue".

 

 

L\'entrée de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis, où Kaïs Saïed a été professeur de droit constitutionnel. Photo prise le 16 octobre 2019.

L'entrée de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis, où Kaïs Saïed a été professeur de droit constitutionnel. Photo prise le 16 octobre 2019. (FTV - Laurent Ribadeau Dumas)



franceinfo Afrique : vous êtes très proche de Kaïs Saïed. Le conseillez-vous ?

 

Rachida Enneifer : 

 

je ne suis pas une conseillère, je suis une amie. J'ai participé à la longue gestation de son projet sur lequel nous avons beaucoup échangé. Aujourd'hui, je le soutiens.

 



Comment Kaïs Saïed s’est-il fait connaître  ?

Ben Ali s'est enfui le 14 janvier 2011. Le 15, il y a eu une réunion des professeurs de droit de la faculté pour débattre de la transition juridique et constitutionnelle. Il y avait deux tendances : ceux qui voulaient réformer la Constitution de 1959 et ceux qui voulaient rompre avec ce texte en faisant élire une Assemblée constituante. J'étais dans ce deuxième camp animé par Kaïs Saïed. Nous avons expliqué ce projet aux juristes et à l'opinion publique. Et nous avons été entendus. Nous avons alors créé le Centre de Tunis de droit constitutionnel pour la démocratie. Il en était le président, moi la vice-présidente. Ce centre est un peu un think-tank. Nous avons fait du lobbying auprès de la constituante et rencontré de nombreuses personnes. Cette action a été assez médiatisée. Nous avons été très sollicités. Kaïs Saïed a aussi proposé de nombreux autres projets en matière éducative, économique...

 



Et son projet présidentiel ?

Jusqu'en 2018, il n'y a pas eu de projet. Mais il s'est décidé au vu de l'échec des gouvernements et la déliquescence du pouvoir. Au départ, on ne l'a pas pris au sérieux. Tout le monde avait oublié qu'il était à l'origine de l'actuelle Constitution !

 



Aujourd'hui, l'homme n'en reste pas moins une énigme. Il est souvent jugé rigide, sans émotion...

 

C'est une rigidité de façade. A la faculté, il avait une grande proximité avec les étudiants et il en était très aimé. Il est peut-être un peu timide. Il est très modeste, très humble. Et sous cet aspect se cache une grande sensibilité. C'est quelqu'un qui sait écouter. Résultat : tout en étant ferme, il arrive parfois à concilier les inconciliables.

 

 

 

C'est-à-dire ?

Par exemple, au moment où les forces politiques se sont installées dans un climat identitaire inextricable entre religieux et laïcs (sous le gouvernement dirigé par le parti d'inspiration islamiste Ennahdha entre 2012 et 2014, NDLR), Kaïs Saïed a alors conseillé de se référer à l'article I de la constitution de 1959. Lequel stipule que "La Tunisie est un Etat libre, indépendant et souverain ; sa religion est l'Islam, sa langue l'arabe et son régime la République". Kaïs Saïed a fait un grand développement sur l'impossibilité de l'Etat d'avoir une religion, sur le fait qu'il s'agissait de la religion du peuple. Il a alors réussi à convaincre aussi bien les progressistes qu'Ennahdha. Et la Constitution de 2014 a repris cette conception.

 



Aujourd'hui, certains des partisans de Kaïs Saïed veulent rompre avec la France. Qu'en pense le nouveau président ?

Ce ne sont pas des partisans, comme vous dites. Il faut faire la différence entre ceux qui le soutiennent et font partie du projet, les jeunes notamment, et ceux qui ont voté pour lui au second tour. Ces derniers sont très nombreux et l'on y trouve de tout.

 

 

 

L\'entrée de l\'université Tunis El Manar, le 14 octobre 2019. Les jeunes ont voté massivement en faveur de la candidature de Kaïs Shaïed, élu la veille à la présidence de la Tunisie.

L'entrée de l'université Tunis El Manar, le 14 octobre 2019. Les jeunes ont voté massivement en faveur de la candidature de Kaïs Shaïed, élu la veille à la présidence de la Tunisie. (REUTERS - ZOUBEIR SOUISSI / X02856)



Pour le reste, je ne peux pas parler en son nom. Je vous donne juste mon point de vue. Il a déclaré qu'il respecterait les accords internationaux de la Tunisie tout en veillant à préserver les intérêts réciproques. Quand il y a déséquilibre, il faudra rééquilibrer.

 



Est-ce par exemple le cas avec le contrat privilégié accordé depuis 1949 à la Compagnie générale des salines de Tunisie (Cotusal), filiale du groupe français Salins ? Un contrat souvent évoqué dans votre pays.

Oui. Dans certaines régions, comme à Zarzis (région du sud-est où l'on produit du sel, NDLR), la population tunisienne voit les richesses lui passer sous le nez. Il est donc temps de penser à des rééquilibrages. Mais pour autant, les relations entre la Tunisie et la France seront maintenues. La France est notre vis-à-vis au nord de la Méditerranée, comme l'Algérie à l'Ouest et la Libye à l'Est. On peut imaginer de nouveaux types de projets. Par exemple des investisseurs français venant s'installer dans des régions défavorisées, dont le sous-sol est riche. Je le répète : Kaïs Saïed entend se conformer à la légalité internationale, mais avec le souci que les intérêts réciproques soient respectés.

 

 

 

Certains de ses propos peuvent inquiéter. Ainsi dans l'entretien qu'il a réalisé avec vous, le journal "La Presse de Tunisie" rapporte que son discours sur le soutien à la cause palestinienne "a été mal interprété". En conséquence "nos concitoyens juifs tunisiens ne se sentent plus en sécurité, certains s'apprêtent à partir." Certains membres de sa mouvance "traitent René Trabelsi, le ministre (juif, NDLR) du Tourisme, de sioniste"... 

Je ne sais pas d'où viennent ces informations. Ce sont de fausses informations. René Trabelsi est Tunisien, il a le droit d'avoir sa religion. Kaïs Saïed l'a rappelé pendant le débat (face à son adversaire Nabil Karoui, NDLR). Les juifs tunisiens sont nos compatriotes. Kaïs Saïed a raconté comment son propre père, pendant l'occupation allemande de la Tunisie (entre novembre 1942 et mai 1943, NDLR), prenait tous les jours Gisèle Halimi (la future avocate, NDLR) sur sa bicyclette pour la protéger des persécutions nazies. Gisèle Halimi, que je connais personnellement et avec qui j'ai mené des combats féministes. Nous avons, lui comme moi, vécu dans le multiconfessionnalisme. Ma mère avait beaucoup d'amis juifs qui sont partis en 1967 (au moment de la guerre des Six-Jours, NDLR).

 



Le problème, c'est le sionisme. Si Kaïs Saïed a fait la distinction entre les juifs et les sionistes, il a pris position en faveur de la cause palestinienne. On n'acceptera jamais que quelqu'un rentre en Tunisie avec un passeport israélien. 

 

 

 

Kaïs Saïed, entouré de gardes du corps, près de son QG électoral à Tunis le 11 octobre 2019, à deux jours du 2e tour de l\'élection présidentielle

Kaïs Saïed, entouré de gardes du corps, près de son QG électoral à Tunis le 11 octobre 2019, à deux jours du 2e tour de l'élection présidentielle (REUTERS - ZOUBEIR SOUISSI / X02856)

 

 

 

L'homme inquiète aussi parce qu'il est conservateur...

Sa particularité est d'être conservateur sur le plan des convictions personnelles. Mais pour le reste, c'est un révolutionnaire ! En ce qui me concerne, je ne suis pas d'accord avec ses positions pour la peine de mort, contre l'égalité homme-femme dans l'héritage. 

 



Il est aussi opposé à la dépénalisation de l'homosexualité...

 

Chacun est libre à condition de ne pas porter atteinte à la morale dans l'enceinte de l'espace public.

 



Et sa position vis-à-vis des droits des femmes ?

Il est favorable à la consolidation des acquis. S'y attaquer, c'est pour lui une ligne rouge. 

 



Il n'y aurait donc pas lieu d'être inquiet...

 

Au contraire ! Kaïs Saïed est une chance pour la Tunisie. C'est quelqu'un qui peut apporter beaucoup. C'est un intellectuel qui cherche un nouveau modèle pour le pays et qui interpelle le monde entier. Une nouvelle conception politique pensée par le peuple et qui doit être reprise par l'élite intellectuelle.

 

 

 

Est-il favorable à la poursuite des procédures judiciaires contre le clan Ben Ali-Trabelsi ?

 

Kaïs Saïed est conscient qu'on ne peut assurer la poursuite de ce type de processus que si l'on développe l'indépendance de la justice.

 



A vous écouter, on se dit que vous auriez peut-être envie de devenir ministre...

Jamais ! Pour moi, un ministre, c'est un fonctionnaire. Et être fonctionnaire, ce n'est pas mon fort ! Moi, j'ai envie de continuer à rêver et à enrichir le projet présidentiel. Je souhaite travailler sur des projets pour ma Tunisie (Certains interlocuteurs ont expliqué à franceinfo Afrique que Mme Ennaifer serait tout à fait désignée pour devenir membre de la future Cour constitutionnelle).

 


17/10/2019
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Franceinfo - le mardi 15 octobre 2019

 

 

En Tunisie, on s'achemine vers "une transformation radicale du paysage politique"

 

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Envoyé spécial en TunisieLaurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

Les Tunisiens viennent de porter Kaïs Saïed à la présidence de la République. Comme le rappelle l'universitaire Larbi Chouikha, cela risque de bouleverser le paysage politique

 

 

 

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Kaïs Saïed embrasse le drapeau de son pays à Tunis juste après l'annonce de son élection à la présidence tunisienne le 13 octobre 2019. (REUTERS - ZOUBEIR SOUISSI / X02856)

 

 

 

Tous les observateurs le reconnaissent : les jeunes ont voté en masse pour Kaïs Saïed, lors de l'élection présidentielle du 13 octobre en Tunisie. "Ils sont porteurs d'une autre lecture de la situation de la Tunisie et entendent dépasser la polarisation islamistes/anti-islamistes", analyse dans un entretien avec franceinfo Afrique Larbi Chouikha, professeur à l'Institut de presse et des sciences de l'information (IPSI) de l'université de la Manouba à Tunis. Spécialiste des médias, il est aussi politologue.

 

franceinfo Afrique : comment jugez-vous la situation politique aujourd'hui dans votre pays ?

Larbi Chouikha : on assiste à une transformation radicale du paysage politique. La classe dirigeante de 2011 est en perte de vitesse. Elle paye le prix de l'absence de réformes ou l'échec des réformes, face à la fracture sociale et territoriale (les disparités entre régions littorales et de l'intérieur), à la pauvreté, à la corruption endémique. De la même façon, les gouvernements successifs n'ont pas su ou pu initier de véritables réformes dans les secteurs des médias, de la justice, de l'éducation.

 



Qu'en est-il, par exemple, dans votre secteur, celui des médias ?

Avant la révolution de 2011, on se trouvait dans une situation de verrouillage remontant à l'indépendance en 1956. En 2011, on est passé à une liberté totale. Une liberté à laquelle les journalistes n'étaient préparés ni professionnellement, ni politiquement. Les gouvernements ont alors plutôt élaboré des normes juridiques : réglementation des médias. A mon sens, il aurait fallu initier des réformes au sein des entreprises, transparence, ligne éditoriale, séparation administration-rédaction...

Il y aussi d'autres problèmes, comme celui du marché publicitaire qui ne permet de soutenir que quatre ou cinq chaînes de télévision. Et ce, alors que le paysage audiovisuel est constitué de 13 chaînes : 11 privées, deux publiques. Du temps de Ben Ali, il y avait deux télévisions privées : Hannibal et Nessma (dont le dirigeant est Nabil Karoui, candidat malheureux au 2e tour de la présidentielle face à Kaïs Saïed, NDLR) et deux ou trois radios, dont Mosaïque (très écoutée par les jeunes, NDLR).

 

 

L'instance de régulation, la Haute autorité indépendante pour la communication audiovisuelle, la HAICA (créée en 2013, NDLR), a alors demandé à toutes ces entreprises de se mettre en conformité avec la nouvelle réglementation. Deux chaînes ont refusé : Nessma TV et Zitouna TV, proche d'Ennahdha. Les autorités ont fermé les yeux.

 



Nessma appartient à Nabil Karoui, candidat au second tour...

Il faut savoir qui est Nabil Karoui. Il est arrivé à construire son média, son association caritative, son parti Qalb Tounes (Cœur de la Tunisie), en jouant sur toutes les contradictions qu'offre le système. Il a en quelque sorte construit sa carrière anti-système à l'intérieur du système. Il est l'un des fondateurs de l'ancien parti majoritaire Nidaa Tounès. Il a initié la fameuse rencontre de l'hôtel Bristol à Paris en 2013 entre (l'ancien président) Béji Caïd Essebsi et le leader d'Ennahdha Rached Ghannouchi.



Dans le même temps, il a su utiliser la pauvreté. Il a joué sur la fibre sensible en essayant de combler les carences de l'Etat dans les régions défavorisées. Il est donc en quelque sorte un révélateur des problèmes. On en revient à l'absence de réformes, il aurait fallu un pouvoir audacieux pour les mener. Ces élections sont donc une sanction populaire adressée à toute la classe politique. 

 

 

Et Kaïs Saïed ?

C'est un professeur qui n'avait jamais brillé jusque-là. Lui n'est pas issu du système. Il a suivi un autre itinéraire. Il s'est construit lui-même. Il a joué sur le volontariat, le militantisme politique. Il est plus anti-système que Karoui. Dans son projet, il insiste sur le rôle des régions. Pour lui, le véritable pouvoir doit être exercé par des conseils locaux.

 

 

 

La foule laisse éclater sa joie à Tunis le 13 octobre 2019, après l\'annonce de l\'élection de Kaïs Saïed au 2e tour de la présidentielle.

La foule laisse éclater sa joie à Tunis le 13 octobre 2019, après l'annonce de l'élection de Kaïs Saïed au 2e tour de la présidentielle. (REUTERS - ZOUBEIR SOUISSI / X02856)



Il est particulièrement suivi par les jeunes...


Oui. Les jeunes s'intéressent à lui car Kaïs Saïed apporte des réponses à certaines questions qu'ils se posent. Ils ont une autre lecture de la Tunisie et entendent dépasser la polarisation islamistes/anti-islamistes. Pour mieux le connaître, il faut s'intéresser à ceux qui le conseillent. Ils n'ont rien à voir avec la classe politique traditionnelle. Parmi eux, on trouve notamment des identitaires et des souverainistes qui prétendent, par exemple, qu'il y aurait eu un accord secret (entre la Tunisie et la France, NDLR) sur le sel avant la colonisation (maintenant par la suite Tunis dans la dépendance de Paris, NDLR). On trouve aussi beaucoup de jeunes issus des mouvements nationalistes arabes. De son côté, il prône la souveraineté nationale. Il est conservateur en matière religieuse.



Lors du débat d'avant le second tour, le 10 octobre, il était beaucoup plus à l'aise que Karoui. Celui-ci donnait l'impression d'être très faible, un peu frivole, de manquer de consistance, de pouvoir dire quelque chose et son contraire. Face à des journalistes et à des questions précises, il perdait a boussole. Pour moi, ce débat a été le coup de grâce. 



Comment voyez-vous la suite ?


Je suis un peu dubitatif. Le nouveau président n'est pas certain d'obtenir une majorité parlementaire. C'est la Constitution qui décidera. Et s'il y a un conflit entre le Parlement et le président, il y aura de nouvelles élections. Nous sommes dans une situation totalement inédite. Avec comme, je viens de le dire, la sanction adressée à la classe politique, le probable avènement d'une nouvelle élite porteuse d'autres valeurs. C'est le choix populaire, c'est la démocratie. Il faut voir que le 14 janvier 2011, on est sorti d'une phase d'autoritarisme avec l'absence d'une véritable culture démocratique. Pour que celle-ci puisse se généraliser, il faut du temps et de la stabilité.

 


16/10/2019
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Franceinfo - le lundi 16 septembre 2019

 

 

Présidentielle en Tunisie : deux candidats "anti-système" revendiquent leur victoire au premier tour

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions
 
 

 

Aucun résultat officiel n'a été pour l'instant communiqué par l'instance en charge du scrutin

 

 

 

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Des électeurs tunisiens font la queue devant un bureau de vote à Marsa, au nord-est de Tunis, le 15 septembre 2019. (CHEDLY BEN IBRAHIM / NURPHOTO)

 

 

 

La Tunisie se réveille dans l'incertitude. Alors que les deux premières places du premier tour de l'élection présidentielle ont été revendiquées par deux candidats "anti-système", dimanche 15 septembre, les résultats officiels n'ont, pour l'heure, pas été communiqués par les autorités compétentes lundi matin.

 

 

Parmi les 26 candidats en lice, deux outsiders revendiquent leur qualification pour le deuxième tour sur la foi de deux sondages d'instituts privés : Nabil Karoui, homme d'affaires en prison sous le coup d'une enquête pour blanchiment et fraude fiscale, et Kais Saied, commentateur politique et constitutionnaliste. Ce dernier serait arrivé en tête avec quelque 19% des voix, contre 15% pour son rival. Le candidat du parti islamo-conservateur Ennahdha, Abdelfattah Mourou, est donné troisième avec 11 à 12,5% des voix.

 

 

Si les estimations s'avèrent exactes, ces résultats seraient un véritable coup de tonnerre en même temps qu'un coup de balai pour la classe politique tunisienne au pouvoir depuis la révolution de 2011. Le scrutin s'est déroulé dans une atmosphère de rejet des élites politiques et sur fond de grave crise sociale et économique.

 

 

 

Faible participation 

L'instance en charge des élections en Tunisie (Isie) n'a pas encore donné de chiffres officiels. Ces résultats sont attendus au plus tard mardi. Elle n'a fourni que la participation des sept millions de Tunisiens qui étaient appelés aux urnes : 45,02%. Un faible taux au regard des 64% du premier tour de la présidentielle en 2014. "C'est le signe d'une désaffection très profonde vis-à-vis d'une classe politique qui n'a pas répondu aux attentes économiques et sociales", a déclaré à l'AFP le politologue Hamza Meddeb. Ces premières estimations en faveur des "outsiders" traduirait, selon le spécialiste, "le dégoût de la classe politique".

 

 

Le Premier ministre, Youssef Chahed, candidat pour ce scrutin présidentiel, s'est inquiété de cette faible participation, "mauvaise pour la transition démocratique." Celui qui s'annonce comme l'un des grands perdants de l'élection a mis en cause la fragmentation de son camp libéral et centriste. 

 

 

Ce premier tour semble avoir été particulièrement marqué par une désaffection des jeunes. Le président de l'Isie, Nabil Baffoun, avait exhorté cet électorat crucial à se rendre aux urnes, une heure avant la fin des opérations. Le scrutin s'est déroulé dans le calme. Les milliers d'observateurs, déployés par les partis et des institutions internationales dans les bureaux de vote, n'ont pas fait état d'infractions majeures dimanche soir.

 


17/09/2019
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Franceinfo - le dimanche 15 septembre 2019

 

 

Tunisie : pourquoi les résultats de la présidentielle s'annoncent très incertains

 

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Laurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

Le premier tour du scrutin a lieu dimanche. La campagne a largement porté sur les thèmes économiques et sociaux dans un pays miné par une grave crise. Va-t-on assister à un "grand chambardement" populiste ?

 

 

 

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Un gamin tient une affiche du candidat Nabil Karoui lors d'une manifestation de soutien à l'homme d'affaires emprisonné pour "blanchiment", le 3 septembre 2019 à Tunis. (ZOUBEIR SOUISSI / X02856)

 

 

 

Journée décisive en Tunisie. Sept millions d’électeurs inscrits doivent choisir leur président au suffrage universel parmi 26 candidats, dimanche 15 septembre. Le scrutin a été anticipé par le décès du président Béji Caïd Essebsi, le 25 juillet. La date du second tour n'a pas encore été fixée. Ce scrutin sera suivi par les législatives, prévues le 6 octobre. Initialement, celles-ci auraient dû précéder la présidentielle. Mais le calendrier a été inversé par la disparition du chef de l’Etat sortant.



Aux dires des observateurs, le scrutin est très ouvert. Il pourrait inaugurer un "grand chambardement politique", comme l’explique l’association Nachaz Dissonances. Celle-ci n’hésite pas à dramatiser les enjeux en affirmant : "Les élections de 2019 sont à tous égards fatidiques. Seront-elles le tremplin vers le pire ou un tournant salutaire pour nos institutions et notre vie commune ?"

 

 

 

Parce que le populisme gagne du terrain

Nachaz Dissonances évoque ainsi "la menace populiste". Menace populiste ? En l’occurrence, celle que représenterait l’un des principaux candidats, l’homme d’affaires Nabil Karoui, propriétaire de la chaîne de télévision Nessma TV, donné en tête dans certains sondages, désormais interdits. Poursuivi depuis longtemps pour "blanchiment d’argent", l’homme a été emprisonné 10 jours avant la campagne. Même si sa candidature a été validée, il n’a pu se rendre auprès des électeurs et la justice lui a interdit de s’exprimer depuis sa cellule. Il s’est plaint de la privation de ses droits constitutionnels. Et a accusé le Premier ministre, Youssef Chahed, d’avoir instrumentalisé la justice, ce que celui-ci dément. Un Premier ministre lui aussi candidat.

 

 

 

Affiche électorale du Premier ministre et candidat à la présidentielle, Youssef Chahed, dans une rue de Tunis Le 10 septembre 2019.

Affiche électorale du Premier ministre et candidat à la présidentielle, Youssef Chahed, dans une rue de Tunis
Le 10 septembre 2019. (HASSENE DRIDI/AP/SIPA / SIPA)

 

 

 

Ces dernières années, Nabil Karoui a assis sa popularité sur des distributions d’aide alimentaire dans les régions défavorisées. Autant d’opérations relayées par… Nessma TV. "Il ne faut pas se leurrer. Ennahdha achetait les électeurs en 2011 (lors des premières élections libres du pays, NDLR), Karoui fait la même chose aujourd'hui. Même s'il marque beaucoup de points, il y a ce ras-le-bol, ce rejet de toute la classe politique", analyse le politologue Hatem Mrad, cité par l’Agence France-Presse (AFP). "Je n'ai pas entendu beaucoup de discours pertinents sur la pauvreté pendant cette campagne", ajoute-t-il. Alors que l’économie y a tenu une place importante.

 

 

 

L’instabilité liée à la transition démocratique, suite de la révolution de 2011, a aggravé la situation socio-économique du pays et la déliquescence des services publics. Suivi de près par le FMI, le pays s’est considérablement endetté pour assurer le fonctionnement de l’Etat. Les régions de l’intérieur défavorisées sont particulièrement touchées. Notamment celle de Gafsa… qui possède pourtant l’une des principales richesses naturelles de la Tunisie, le phosphate, dont la production a presque doublé entre le premier trimestre 2018 et la période équivalente de 2019.

 

 

Parce que le taux de chômage est élevé

Officiellement, le taux de chômage en Tunisie tourne autour de 15%. Mais celui des jeunes, notamment des jeunes diplômés, est encore plus élevé : il serait de 34,4%. Des éléments qui ne tiennent pas forcément compte du poids considérable de l’économie informelle (et de ses emplois précaires), qui représenterait 54% du PIB tunisien !

 

 

Des infrastructures déficientes. Le chômage. Pas une seule maison culturelle. Des programmes en attente jamais réalisés. Il me faut des moyens, des moyens, des moyens.Le maire d’Ettadhamen, Ridha Chihi (élu sur une liste du parti d’inspiration islamiste Ennahdha) à l'AFP

 

 

Interrogé en 2018 lors des municipales, un chauffeur de taxi tunisois expliquait à franceinfo Afrique : "Tous ces politiciens, c’est 0 ! Ils nous volent. Regardez les prix qui augmentent : l’eau, le gaz, l’électricité… La démocratie, c’est quoi ? En tous les cas, ce n'est pas ce que je vis. Regardez, j’ai deux fils, ils sont diplômés, professeurs de sport. Ils travaillent tous les deux chez Décathlon, de 9h du matin à 9h du soir pour 400 dinars (130 euros) par mois. Ils vivent chez moi, ils ne peuvent même pas se marier. Et pourtant, ils sont bien : ils ne fument pas, ils ne vont pas au café." Une situation qui peut servir de carburant aux violentes manifestations comme à Kasserine (centre-ouest) en janvier 2016. Et a pu aider à grossir les rangs de l’organisation Etat islamique

 

 

 

Parce que de nombreux électeurs ne sont pas inscrits

La campagne électorale n’a pas forcément répondu aux attentes de l’électorat. "Je n'ai pas entendu de projets sur les moyens de réduire l'inégalité entre régions... Une inégalité qui a quand même été la cause de l'explosion en 2011" et a conduit à la chute de la dictature, observe l’universitaire Hatem Mrad. Certains ne manqueront pas de faire un rapprochement avec l’apparent désintérêt de nombre d’électeurs : 3,48 millions de personnes ne seraient pas inscrites sur les listes, soit près de 40% de l’électorat.

 

 

Conséquence : la campagne de 2019 a été radicalement différente de celle de 2014, lors de la première élection présidentielle démocratique du pays. A l’époque, le clivage "islamiste-laïc" (à "laïc", les Tunisiens préfèrent souvent le terme "séculaire") occupait les esprits après le passage au pouvoir du parti Ennahdha entre 2011 et 2014. Une période marquée par la montée du salafisme, les meurtres politiques, la dégradation de la situation économique et sociale : autant d’éléments qui ont conduit le pays au bord du gouffre.

 

 

Quatre organisations de la société civile, la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, l’Ordre des avocats, le syndicat UGTT, l’union patronale UTICA, regroupées au sein d’un "quartet", avaient alors lancé un "dialogue national de sortie de crise". Initiative récompensée par un prix Nobel de la paix et qui avait amené Ennahdha à quitter le pouvoir. Le président élu en 2014, Béji Caïd Essebsi, avait par la suite gouverné en coalition avec la formation islamiste. Après avoir affirmé le contraire pendant la campagne…

 

 

 

Le candidat d\'Ennahdha, Abdelfattah Mourou, lors d\'une conférence de presse à Tunis, le 9 septembre 2019

Le candidat d'Ennahdha, Abdelfattah Mourou, lors d'une conférence de presse à Tunis, le 9 septembre 2019 (AFP - YASSINE GAIDI / ANADOLU AGENCY)



Parce qu'Ennahdha traverse une crise 

Depuis, le parti Ennahda a dit entamer une mue politique et entend se définir comme "musulman démocrate". Résultat : aujourd’hui, il traverse une "crise d’identité" et craint la fuite d’une partie de ses électeurs vers un candidat comme Nabil Karoui. Pour autant, il reste puissant. Et présente un candidat, Abdelfattah Mourou, "figure atypique au sein des islamistes, portant l’habit traditionnel tout en prônant l’ouverture du parti" (AFP).

 

 

Si Abdelfattah Mourou est au second tour, "il est possible que la question du terrorisme" réapparaisse "pour mettre Ennahdha en difficulté. Comme à chaque fois qu'il y a polarisation, les sujets sécuritaires reviennent", pense Michaël Ayari, chercheur pour l'International Crisis Group (ICG). D’autant que l’état d’urgence, instauré suite aux attentats de 2015, est toujours en vigueur. Ennahdha a longtemps été accusé de laxisme face au jihadisme. Une accusation qu’il rejette.

 

 

De son côté, Youssef Chahed, arrivé au pouvoir en 2015, a fait notamment campagne sur l’amélioration de la situation sécuritaire (tout en étant obligé de reconnaître l’augmentation de la criminalité quotidienne). Outre la lutte contre le jihadisme, on peut aussi mettre au compte du pouvoir sortant et du président Essebsi, aiguillonnés par une société civile restée très active, des mesures sociétales. Notamment un texte autorisant les Tunisiennes à épouser un non-musulman et une loi pour réprimer les violences contre les femmes. Ce n’est pas pour rien que l’ancien président, vieux compagnon de route de Habib Bourguiba, se targuait, paraît-il, d’avoir été élu grâce au vote de ces dernières... 

 


16/09/2019
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Franceinfo - le samedi 14 septembre 2019

 

 

"Ils n'aiment pas la démocratie" : quel est le poids des islamistes en Tunisie ?

 

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Maurine MercierfranceinfoRadio France

 

 

Les Tunisiens vont élire leur président au suffrage universel pour la deuxième fois depuis la chute de Ben Ali. Au premier tour de cette élection, dimanche, 26 prétendants s'affronteront. Parmi eux, Abdelfattah Mourou, président par intérim du Parlement, et candidat du parti islamiste Ennahdha

 

 

 

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Abdelfattah Mourou, candidat du parti Ennahdha à l'élection présidentielle du 15 septembre 2019. (FETHI BELAID / AFP)

 

 

 

Les islamistes tunisiens présentent pour la première fois un candidat aux élections présidentielles du dimanche 15 septembre : Abdelfattah Mourou. Cependant, l'objectif principal du parti Ennahdha, le parti issu des Frères musulmans, ce sont les élections législatives, qui se tiendront dans la foulée.

 

 

 

Le parti le plus organisé

Mais pour une très large partie des Tunisiens, Ennahdha est indésirable, tout simplement. La première motivation de cet homme pour se diriger demain jusqu'au bureau de vote, c'est de bloquer le candidat islamiste. "Je les déteste, affirme-t-il. Les islamistes n'aiment pas la démocratie."

 

 

Ennahdha reste toutefois le parti le plus organisé, le plus discipliné du paysage politique tunisien. Face à lui, les partis séculiers se sont divisés. Aujourd'hui le parti islamiste est déjà le bloc le plus important à l'Assemblée. Il ne faut pas pour autant s'attendre à un raz-de-marée, soutient Alia Gana, spécialiste de la Tunisie et directrice de recherche au CNRS. "Le parti Ennahdha a connu une érosion importante de son électorat, rappelle-t-elle. On est passé d'à peu près 1,5 million de voix en 2011 à 500 000 aux élections municipales."

 

 

 

Le pouvoir législatif comme objectif

Le parti islamiste subit les mêmes critiques que les autres partis avec lesquels il exerce le pouvoir depuis quelques années. Les Tunisiens les estiment tous responsables de leur niveau de vie, qui ne cesse de se déteriorer. Malgré cela, Ennhada devrait rester le premier parti à l'Assemblée, sans pour autant détenir la majorité. Le pouvoir législatif est d'ailleurs le principal objectif des islamistes. Depuis la révolution, le véritable pouvoir se situe entre les mains du parlement, bien plus que dans celles du président.

 


14/09/2019
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Franceinfo - le lundi 19 août 2019

 

 

A la nouvelle piscine de Rabat, les Marocaines fuient le harcèlement sur les plages

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Une soixantaine de vigiles et de policiers en civil veillent à la tranquillité de chacun - et surtout de chacune, a constaté l'AFP

 

 

 

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Des Marocains se rafraîchissent dans la nouvelle piscine publique de la capitale Rabat, le 7 août 2019. (FADEL SENNA / AFP)

 

 

 

"Ici, il n'y a pas de harcèlement!" Comme des milliers de Marocaines, Sanae est venue chercher à la nouvelle piscine de Rabat la détente qu'elle ne trouve plus sur les plages, mais n'échappe pas aux regards insistants ou désapprobateurs.

 

 

Se baigner à la plage n'est plus un loisir pour une femme: j'ai été harcelée juste parce que je portais un maillot de bain, heureusement que mon mari était làSanae, mère de famille de 36 ans à l'AFP

 

 

Sanae a fait 150 kilomètres pour profiter de la piscine publique inaugurée début juillet.

 

 

"Les plages sont devenues désagréables", renchérit Amal, lunettes noires et paréo gris, venue avec des amies, sans escorte masculine. Cette étudiante de 18 ans espère que "les femmes récupèrent un jour leur place sur le sable et le droit de porter ce qu'elles veulent", comme elle l'a expliqué à l'AFP.

 

 

 

Des garçons marocains regardent des filles bronzer à la nouvelle piscine publique de la capitale Rabat, le 7 août 2019.

Des garçons marocains regardent des filles bronzer à la nouvelle piscine publique de la capitale Rabat, le 7 août 2019. (FADEL SENNA / AFP)


 

"Le phénomène est apparu sur certaines plages de Casablanca dans les années 90 (...), l'opinion publique (...) n'a pas réagi", constate la sociologue Soumaya Naamane Guessous. Pour elle, "c'est une régression principalement liée à la propagation des idées salafistes importées de l'étranger".

 

 

Face à cette évolution, une campagne avait été lancée à l'été 2018 sur les réseaux sociaux sous le hashtag #Soisunefemmelibre. Une salve de photos de "résistantes" en maillot avait répondu à une page Facebook appelant les hommes à "interdire à leurs femmes de sortir en tenue indécente".

 

 

 

 "#Soisunefemmelibre" 

Les femmes interrogées par l'AFP disent avoir choisi la Grande piscine de Rabat car elles s'y sentent plus en sécurité, même si, pour beaucoup, elles renoncent à se baigner. Une soixantaine de vigiles et de policiers en civil veillent à la tranquillité de chacun - et surtout de chacune.

 

 

Image de plus en plus rare au Maroc, des jeunes filles barbotent avec joie au milieu des garçons tandis que les hauts-parleurs diffusent à plein tube une musique populaire.

 

 

Des milliers de personnes ont afflué dans ce nouvel espace de mixité offert par le bassin artificiel creusé dans les falaises rocheuses de la corniche urbaine, dans le cadre d'un vaste projet d'aménagement baptisé "Rabat, ville lumière".

 

 

Si comme Sanae, beaucoup de femmes se sentent "plus libres" ici qu'à la plage, elles préfèrent tout de même rester habillées.

 

 

 

Des Marocains se préparent à sauter dans l\'eau à la nouvelle piscine publique de la capitale Rabat le 7 août 2019.

Des Marocains se préparent à sauter dans l'eau à la nouvelle piscine publique de la capitale Rabat le 7 août 2019. (FADEL SENNA / AFP)


 

Cette mère de famille dit avoir opté pour le short/débardeur "parce qu'il y a beaucoup de voyeurs". Elle réserve son une-pièce "pour les plages sauvages du Maroc ou pour l'étranger".

 

 

Leïla, une fonctionnaire de 36 ans, est restée en jeans. Son amie Khadija, 50 ans, salariée dans un centre commercial en France venue passer ses vacances au Maroc, a gardé sa robe blanche.

 

 

Considérées comme un atout touristique, les innombrables plages du Maroc sont bien moins accueillantes pour la gent féminine. Le maillot de bain, quelle que soit sa surface couvrante, y est fréquemment perçu comme une offense, voire comme un signe de "débauche". Pour se baigner en toute tranquillité, loin de tout harcèlement, il faut ainsi se lever tôt, fréquenter des sites isolés ou payer un droit d'accès à des espaces privés sélectifs.

 

 

 

"Commentaires dégradants"

Venu à la Grande piscine de Rabat avec sa femme voilée et sa fille, Anouar, 32 ans, estime que ce sont les femmes "en tenue irrespectueuse qui harcèlent les hommes et les familles".

 

 

La tendance est devenue si conservatrice et si banale que les femmes en maillot de bain subissent des regards critiques ou même des commentaires dégradants d'autres femmesSoumaya Naamane Guessous, sociologue à l'AFP

 

 

"Ce sont les mentalités qu'il faut changer", estime cette militante féministe en soulignant que ce phénomène "touche l'espace public en général" au Maroc.

 

 

A rebours de sa réputation de tolérance dont le pays jouit au sein du monde arabo-musulman, une étude de l'ONU-Femmes avait montré en 2017 que pour les Marocains, "une femme habillée de façon provocante mérite d'être harcelée", les avis féminins (78%) dépassant ceux des hommes (72%).

 

 

Une loi contre les violences faites aux femmes mentionnant pour la première fois le harcèlement a été adoptée en février 2018 mais les sanctions restent rares.

 

 

Début août, des images de jeunes bénévoles belges travaillant en short dans le sud du pays ont suscité les foudres d'un député du parti islamiste, tandis que la police arrêtait un instituteur ayant appelé à les décapiter sur sa page Facebook.

 


20/08/2019
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Franceinfo - le mercredi 14 août 2019

 

 

Sahara occidental : Washington contre la création d’un nouvel Etat en Afrique

 

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Alain ChémaliRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

A la faveur d’un reportage "sous étroite surveillance" marocaine au Sahara occidental, le Wall Street Journal a lâché une vraie petite bombe diplomatique. Il a révélé que Washington est opposé à l’indépendance de ce territoire contesté

 

 

 

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Le marché de Laayoune, chef-lieu du Sahara occidental sous contrôle marocain, le 3 novembre 2018. (FADEL SENNA / AFP)

 

 

 

Autorisé à se rendre en reportage à Laayoun, chef-lieu du Sahara occidental, annexé par le Maroc et revendiqué par le Front Polisario, le très sérieux quotidien américain Wall Street Journal (WSJ) a mis en lumière un intérêt inhabituel de la Maison Blanche pour ce conflit vieux de 44 ans en révélant que l'administration américaine est opposée à l’indépendance de ce territoire contesté.

 

 

 

Les espérances sahraouies ont peu de chance de se concrétiser

"Ceux qui espèrent voir lever le drapeau sur un Sahara occidental indépendant risquent d’être déçus par l’administration Trump", écrit le journaliste qui s’est rendu dans la région dans l’édition du 11 août 2019.

 

 

Dion Nissenbaum répondait indirectement dans son papier au message qu’un indépendantiste sahraoui rencontré sur place lui avait demandé de faire parvenir à John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale du président américain.

 

 

"S’il vous plaît, donnez à Monsieur Bolton une forte accolade de la part du peuple sahraoui", lui a dit cet activiste de Laayoune. "Nous dépendons de lui, nous apprécions ce qu’il fait pour le peuple du Sahara occidental et nous serons de bons amis des Etats-Unis", a-t-il assuré.

 

 

Dans son reportage, aussitôt repris par de nombreux sites marocains dont le Desk, le journaliste américain explique pourquoi, en dépit des positions du turbulent conseiller de Donald Trump, les espérances sahraouies ont peu de chances de se concrétiser.

 

 

Citant des sources officielles marocaines et occidentales impliquées dans les négociations sur ce conflit, le journaliste rapporte en effet que les Etats-Unis sont opposés à la l’indépendance de ce territoire envahi par le Maroc en 1975, dans la foulée du départ de la puissance coloniale espagnole.

 

 

 

Washington contre la création d'une nouvelle nation en Afrique

"Il est clair que Washington ne soutiendra pas un plan destiné à créer une nouvelle nation africaine", écrit-il, soulignant qu’il s’agit là d’un accord tacite entre Américains et Marocains qui ne peut que déplaire aux indépendantistes.

 

 

Ce sont ces assurances qui auraient contribué à ramener le Maroc dans la négociation, précise le WSJ qui rappelle dans le même temps l’opposition de John Bolton au maintien de la MINURSO, la mission de l’ONU au Sahara occidental.

 

 

Vieux routier du dossier pour lequel il a contribué à rédiger l’accord onusien qui a mis fin aux affrontements entre le Maroc et le Polisario en 1991, Bolton avait même menacé de recourir au véto américain contre la prorogation de la mission de la force de l’ONU en l’absence de progrès dans les pourparlers entre les deux parties.

 

 

"Nous avons besoin de voir de réels progrès dans la résolution du conflit afin de ne pas continuer à dépenser des ressources limitées dans des missions de maintien de la paix sans fin", a déclaré le haut responsable américain qui voit dans la MINURSO l’exemple même des échecs onusiens.

 

 

Avec une Algérie, principal soutien du Front Polisario, en pleine effervescence et après la démission "pour raison personnelle" de Horst Kohler, l’ancien président allemand nommé envoyé spécial des Nations unies pour le Sahara, les avancées sur ce dossier sont à nouveau au point mort.

 

 

 

Le départ de la MINURSO, un appel d'air pour Daech et Al Qaïda

"Des pourparlers sérieux sur le Sahara occidental au milieu de ces incertitudes semblent improbables et le plan américain pour mettre fin à la mission des Nations unies pourrait créer davantage de troubles", prévient le journal.

 

 

En cherchant à retirer quelque 250 observateurs des Nations unies et à faire une économie de 50 millions de dollars par an, la Maison Blanche court le risque, "dans cette dernière poche de stabilité en Afrique du Nord, de créer de nouvelles opportunité d’expansion pour l’Etat islamique ou Al Qaïda", estime encore Dion Nissenbaum.

 

 

La situation risque, selon lui, de s’aggraver en octobre prochain avec l’expiration du mandat de la force de maintien de la paix si l’ONU ne parvient pas à faire progresser le processus politique.

 

 

Le jour même de la publication de l’article du WSJ, le président sahraoui dénonçait une tentative du Maroc de changer le statut quo dans la zone tampon de Guerguerat, selon la publication algérienne en ligne Al Watan.

 

 

Dans une lettre adressée au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, Brahim Ghali estime que l’installation, ces derniers jours, d’agents de sécurité et de renseignement par les autorités marocaines dans cette zone sont une "violation grave" de l’accord de cessez-le-feu de 1991, un acte "provocateur et déstabilisateur qui accroîtrait la menace sur la sécurité dans la région".

 


15/08/2019
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Franceinfo - le mercredi 7 août 2019 - mis à jour le 08.08.2019

 

 

Maroc : un instituteur qui appelait à la décapitation de bénévoles belges en short a été arrêté

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Une vidéo montrant des volontaires travaillant sur un chantier en tenue estivale a suscité une intense polémique dans le pays

 

 

 

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Des bénévoles belges sur un chantier au Maroc, le 3 août 2019. (Capture d'écran Youtube)

 

 

 

De jeunes bénévoles belges travaillant en short sur un chantier dans le sud du Maroc ont provoqué des réactions virulentes dans le pays. A tel point qu'un instituteur a été arrêté, lundi 5 août, après avoir appelé à les décapiter. L'homme, âgé de 26 ans est poursuivi pour "avoir publié sur Facebook un message haineux"  (lien en arabe) contre ce groupe composé majoritairement de jeunes filles travaillant en plein air dans un village près de Taroudant, annonce mardi un communiqué de la Sûreté marocaine (DGSN).

 

 

Publié après la diffusion d'un reportage vidéo montrant ces bénévoles en train de terrasser un chemin en short sous un soleil de plomb, son message appelait à leur décapitation, en écho de l'assassinat de deux touristes scandinaves perpétré en 2018 par des Marocains radicalisés au nom du groupe Etat islamique, expliquent des médias locaux

 

 

Cet homme, qui vivait dans le nord du pays, va être poursuivi pour "incitation à des actes terroristes", selon la DGSN.

 

 

 

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"Tu sais ce qu'il te dit, son short ?"

Le post, supprimé depuis par son auteur mais dont des médias marocainsont fait une capture d'écran, est très largement commenté dans le pays. Ali El Asri, un député du parti islamiste, a ainsi publié un post virulent sur son compte Facebook, dénonçant la tenue vestimentaire des bénévoles belges. 

 

 

Depuis quand les Européens font-ils des travaux en tenue de baignade? Ali El Asri, député du parti islamiste (PJD, à la tête de la coalition gouvernementale) sur son compte Facebook

 

 

Aux internautes qui publient en réponse à son post des réactions indignées, il répond qu'il s'agit de "terrorisme laïc". 

 

 

A l'opposé, de nombreuses personnes ont pris la défense du groupe de volontaires et de leur travail. "Plutôt que de saluer l'abnégation, l'amour de l'autre, le courage, la détermination de ces jeunes femmes venues d'ailleurs qui n'avaient absolument rien à gagner à venir construire une route pour désenclaver un village du sud marocain, Ali El Asri, élu PJD au sein de la Chambre des Conseillers, a préféré s'arrêter sur leur tenue, allant même jusqu'à tenter de jouer la carte de l'ironie. Malheureusement pour celui-ci, le second degré n'a pas plu à tout le monde, tant cela a manqué de finesse d'esprit", réagit Zineb Ibnouzahir, fondatrice du site LeMarocDesFemmes.com, dans une chronique intitulée "Tu sais ce qu'il te dit, son short ?", en référence à la récente polémique de la chanteuse française Jennifer et publiée sur le site Le 360. 

 

 

Le Maroc, qui met volontiers en avant son image de pôle régional de stabilité et sa culture de tolérance, arrive régulièrement en haut de tableau dans les classements consacrés aux pays dangereux pour les femmes faisant du tourisme seules.

 


11/08/2019
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Franceinfo - le jeudi 1er août 2019

 

 

Tunisie : la présidentielle aura bien lieu le 15 septembre 2019

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Le premier tour du scrutin, qui devait initialement se tenir le 10 novembre, a été avancé en raison du décès du président sortant Béji Caïd Essebsi, survenu le 25 juillet. Un scrutin qui s'annonce très ouvert à 50 jours de l'échéance

 

 

 

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Le patron de la chaîne privée Nessma TV et candidat à la présidentielle Nabil Karoui à son bureau de Tunis le 18 juin 2019 (FETHI BELAID / AFP)

 

 

 

L’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) a confirmé la date de 15 septembre pour la présidentielle anticipée. Elle a ainsi rejeté les appels de partis politiques à repousser cette date annoncée dans la foulée du décès du président Béji Caïd Essebsi. Parmi ces partis, la formation d'inspiration islamiste Ennahdha. Selon le calendrier électoral décidé par l'ISIE, les candidatures doivent être déposées entre le 2 et 9 août, la campagne électorale, quant à elle, aura lieu du 2 au 13 septembre et pour finir les résultats préliminaires seront annoncés le 17 septembre. La date du deuxième tour de la présidentielle n'a pas encore été décidée, mais elle ne devra pas dépasser le 3 novembre.

 

 

Quant à la date des législatives, aucun changement n'est prévu : elles restent  programmées pour le 6 octobre.

 

 

 

Vers "une lutte d'ego" chez les "laïcs"

Pour l'instant, les enjeux semblent très ouverts. "Rien n'est fait, ce qui rend le scrutin très intéressant, car cela sera vraiment plein de surprises", pense l'expert Youssef Cherif.

 



D'ores et déjà, le Premier ministre Youssef Chahed, lui, a annoncé son intention de se présenter au nom de son parti Tahya Tounès, fondé en avril et dissident de Nidaa Tounès, la formation de Béji Caïd Essebsi. Problème : sa popularité est au plus bas. 

 



Parmi les principaux prétendants pressentis, aucun n'était en haut de l'affiche en 2014, ce qui rend difficile toute comparaison.

 



Le publicitaire et homme de télévision Nabil Karoui, qui a longtemps été  l'homme de l'ombre de Nidaa Tounes, est le favori des sondages, à la tête d'une formation concurrente misant sur sa réputation de généreux bienfaiteur. Il a été en campagne pendant des mois via une association caritative, ce qui l'a soustrait à toutes les obligations déontologiques imposées aux partis. Le gouvernement a alors tenté, en vain, de l'écarter par une modification du code électoral. En l'occurrence en interdisant a posteriori les candidats ayant distribué des cadeaux aux électeurs.

 



Mais le défunt président n'a pas promulgué ce nouveau code électoral, laissant le champ libre à Nabil Karoui. Quelques poids lourds de Nidaa Tounès l'ont rejoint au lendemain des funérailles. "Derrière lui, le paysage est encore très flou", constate l'expert tunisien Youssef Cherif dans des propos rapportés par l'AFP. "Si la frange qui se dit 'moderniste', anti-islamiste, parvient à se rassembler à nouveau, elle peut reconstituer un poids électoral de taille, mais tous les signaux montrent qu'on va vers une lutte d'ego", estime le politologue Selim Kharrat, également cité par l'AFP.

 

 

 

Et Ennahdha ?

Marqué par l'échec de sa première expérience du pouvoir en solitaire lorsqu'il avait remporté fin 2011 le premier scrutin post-révolution, Ennahdhareste réticent à présenter son propre candidat, préférant la position de faiseur de roi au Parlement. Les islamistes figurent dans le gouvernement de Youssef Chahed. Ils pourraient ainsi chercher à nouveau une alliance avec un groupe "laïc".



Toutes les alliances ou presque semblent envisageables. Sauf avec Abir Moussi, une passionaria de l'ancien régime, qui revendique l'héritage du RCD, parti du dictateur déchu Zine el Abidine Ben Ali, et appelle à exclure les islamistes.

 

Mohamed Abbou, chef de file du Courant démocrate ("Attayar"), issu du parti de l'ancien président par intérim (2011-2014) Moncef Marzouki, est en campagne depuis plusieurs mois. De son côté, ce dernier n'a pas fait part de ses intentions. Selon Reuters, l'ancien Premier ministre Mehdi Jomaa aurait, lui aussi, l'intention de briguer la présidence.



D'autres sont arrivés dans le paysage politique très récemment. Comme l'universitaire indépendant Kaïs Saïed. Ou le ministre de la Défense, Abdelkarim Zbidi, que le président récemment décédé avait fait venir à son chevet en juin, le plaçant ainsi parmi les successeurs potentiels. Mais à 50 jours du scrutin, aucun n'a de machine électorale en place.

 


02/08/2019
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Franceinfo - le mercredi 31 juillet 2019

 

 

Algérie : le général Gaïd Salah hausse le ton et s’attire les foudres des internautes

 

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Alain ChémaliRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

Il a rejeté "catégoriquement" les conditions posées par l’Instance nationale du dialogue telles que la libération des prisonniers d’opinion et l’atténuation du dispositif de sécurité dans le pays. Il s’est attiré une volée de bois vert sur Twitter

 

 

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Les manifestants dans les rues de Bejaïa, le 10 mai 2019, pour le 12e vendredi de contestation pacifique avec des pancartes réclamant un "Etat civil et non militaire", "Une république et non pas une caserne" et "Gaïd Salah dégage !" (SAMIR MAOUCHE / HANS LUCAS)

 

 

 

"Il n’est plus question de perdre davantage de temps", a prévenu vertement le général Ahmed Gaïd Salah dans un discours en l’honneur des cadets de la nation, retransmis à la télévision le 30 juillet 2019. Rejetant "catégoriquement" les conditions posées par l’Instance nationale du dialoguemise sur pied pour sortir le pays de la crise, le chef d’état-major algérien, homme fort du pays depuis la chute du président Bouteflika, exige désormais la tenue d’une élection présidentielle dans les plus brefs délais.

 

 

 

Le chef d'état-major dénonce "des diktats illégaux"

Dans son discours, il a comparé les préalables définis par l’Instance du dialogue, tels que la libération des personnes arrêtées en lien avec la contestation et l’allègement du dispositif policier lors des manifestations, à "des diktats illégaux". Concernant la libération des personnes arrêtées qualifiées, à tort selon lui, de détenus d’opinion, "seule la justice est souveraine", a-t-il dit et "il n’est permis à quiconque d’interférer dans son travail".

 

 

Quant à l’appel à diminuer le dispositif policier, il l’a jugé "suspect", étant donné qu’il s’agit de mesures préventives "prises dans l’intérêt du peuple et non le contraire", a-t-il affirmé. "Les institutions de l'Etat sont une ligne rouge, qui n'admet ni tractation, ni préalable ou encore des diktats illégaux", a-t-il également averti, en réponse aux institutions de transition réclamées par les manifestants pour organiser la présidentielle.

 

 

 

Une première défection dans l'Instance du dialogue

Quelques heures après son discours, le panel des sept personnalités désignées pour le dialogue connaissait sa première défection. "En l'absence d'une réponse positive aux revendications populaires relatives aux mesures d'apaisement nécessaires pour la réussite du processus de dialogue (...) j'ai décidé de démissionner", a écrit l’économiste Smaïl Lalmas sur sa page facebook.

 

 

Il n’est pas le seul à avoir réagi ainsi. Une pluie de commentaires s’est abattue sur twitter lui rappelant que "le seul préalable" était son propre retrait, comme l’a écrit Mohcine Belabbas sur son fil.

 

 

 

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Pour le président du RCD et député d’Alger, "Gaïd Salah n’a pas pu se retenir plus d’une semaine pour rappeler qu’il est le seul à la manœuvre".

 

 

D’autres messages de personnalités moins publiques ou anonymes vont dans le même sens. "Gaïd Salah a été le chef d'état-major de l'armée sous Bouteflika pendant 15 ans. Il fait partie du mal. Il ne peut aucunement apporter une solution", écrit celui-ci. Gaïd Salah, "les Algériens voteront en toute liberté pour le candidat que j'aurai choisi pour eux", ironise cet autre. Un autre encore renvoie la balle dans le camp du pouvoir : "On sait tous que c'est Gaïd Salah qui gouverne donc c'est lui qui bloque le dialogue".

 

 

Les caricatures ne sont pas non plus absentes comme celle publiée par le site Observ’Algérie.

 

 

 

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L'Instance du dialogue emmenée par Karim Younès, ancien président de l’Assemblée et ancien ministre sous Bouteflika, maintient pour sa part les préalables.

 

 

Il n’est pas question de "tergiverser sur les questions de principe, de dignité et de fidélité à la parole donnée aux Algériens. C’est la quintessence de notre démarche au sein du panel", a-t-il dit, annonçant une réunion du panel le 1er août pour "décider des démarches à venir".

 


02/08/2019
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Franceinfo - le vendredi 5 juillet 2019

 

 

"Il n'est plus possible d'arrêter le cours de l'histoire" : rencontre avec Mustapha Bouchachi, figure de la contestation en Algérie

 

 

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Propos recueillis parClément ParrotFrance Télévisions

 

 

 

 

L'avocat et militant des droits de l'homme, ancien député, a livré à franceinfo son regard sur la situation politique dans son pays et sur l'avenir du mouvement de protestation

 

 

 

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Mustapha Bouchachi lors d'une interview, le 14 avril 2019, à Alger. (AFP)

 

 

 

Mustapha Bouchachi ne s'arrête plus de marcher. Devenu l'une des figures tutélaires du mouvement de contestation en Algérie, cet avocat de 64 ans enchaîne les rencontres et les déplacements. La première fois que ce militant des droits de l'homme nous a rencontrés dans ses bureaux fin juin à Alger, il avait du mal à masquer sa fatigue. A peine sorti de la prison d'El-Harrach où il avait rendu visite aux jeunes protestataires placés en détention provisoire pour avoir brandi le drapeau amazigh (berbère) lors d'une manifestation, il se préparait à repartir pour un forum en Tunisie.

 

 

De passage cette semaine à Paris pour rencontrer la communauté franco-algérienne, l'ancien député a répondu aux questions de franceinfo à l'avant-veille d'une manifestation décisive prévue le 5 juillet, jour de la 57e commémoration de l’indépendance et 20e vendredi de mobilisation dans son pays. Résolument engagé auprès des manifestants afin d'obtenir une transition démocratique, Mustapha Bouchachi a confié son optimisme et sa confiance sur l'avenir qui s'ouvre pour son pays.

 

 

 

Franceinfo : Trois mois après le départ d'Abdelaziz Bouteflika du pouvoir, une transition démocratique en Algérie vous semble-t-elle toujours possible ?

 

 

Mustapha Bouchachi : Je suis optimiste parce que les Algériens qui sortent dans la rue depuis le 22 février sont déterminés et patients malgré toutes les manœuvres du pouvoir algérien pour les diviser, les poursuites judiciaires contre des militants, et les dizaines de barrages sur la route le vendredi pour empêcher les Algériens de rentrer à Alger.

 

 

Le régime n'est pas dans la logique d'un vrai changement du système. Il considère que le "Hirak" [le mouvement de contestation] a réussi à éliminer le clan Bouteflika et qu'on doit maintenant aller rapidement vers une élection présidentielle et s'arrêter là. Il souhaite, en plus, aller vers des élections avec les mêmes symboles hérités du système Bouteflika.

 

 

 

Que réclament aujourd'hui les manifestants ?

 

 

Les Algériens sont sortis dans la rue pour changer la façon dont le pays est gouverné, et pas seulement pour changer le président et les figures au pouvoir. Depuis l'indépendance en 1962, les Algériens n'ont jamais pu élire un président par eux-mêmes, ce sont toujours les militaires qui ont décidé. 

 

 

Les gens refusent que l'actuel Premier ministre [Noureddine Bedoui], qui est l'ancien ministre de l'Intérieur derrière la fraude électorale de ces dernières années, organise les élections présidentielles. Et ils refusent aussi que le chef de l'Etat par interim [Abdelkader Bensalah] accompagne cette période de transition. On ne leur fait pas confiance. Si on organise des élections avec le même système, on prend le risque de se retrouver avec un président qui n'aura pas le soutien des Algériens. Et lorsque tu es mal élu, tu ne peux pas être indépendant. Nous aurons alors un président faible, otage des forces internes ou externes, des puissances étrangères.

 

 

L'armée, composante essentielle du pouvoir, semble durcir le ton et s'éloigner de sa promesse d'accompagner la volonté du peuple...

 

 

Les dernières déclarations de l'armée nous rendent un peu pessimistes. Cette institution avait assuré vouloir accompagner les Algériens dans leurs revendications légitimes, donc vers la démocratie. Or ce qui se passe depuis quelques semaines démontre le contraire. Ils ont d'abord tenté, sans réussite, de diviser les Algériens. Il y a désormais des poursuites judiciaires pour terroriser les jeunes et tenter ainsi de casser le "Hirak".

 

 

Mais je pense que vous ne pouvez pas aller contre la volonté de tout un peuple. Il est dans l'intérêt de l'institution militaire d'accompagner les Algériens vers une vraie démocratie. Avec les nouvelles technologies, avec les réseaux sociaux, il n'est plus possible d'arrêter le cours de l'histoire. J'espère que l'institution militaire en est consciente. Dans un pays aussi grand que le nôtre, on a besoin de cette armée face aux problèmes d'insécurité dans les pays voisins. 

 

 

 

Craignez-vous une montée de la violence, notamment lors de la grande mobilisation de ce vendredi ? 

 

 

Non, je pense que les Algériens vont continuer à manifester pacifiquement, à être patients et ne répondront pas aux provocations. J'ai toujours dit que le système avait les moyens de la violence bien plus que le peuple, donc ce n'est pas dans l'intérêt des manifestants de s'engager sur cette voie. De son côté, l'armée algérienne n'a pas d'intérêt à utiliser la violence. 

 

 

On vient d'ailleurs avec des amis de lancer un appel à rester pacifique pour ce vendredi. Il s'agit aussi d'un appel à sortir en masse. On a eu l'indépendance de la terre en 1962, on aimerait que ce 5 juillet 2019 soit le début de la libération de l'être humain par une vraie démocratie en Algérie.

 

 

 

Que proposez-vous sur le plan politique pour sortir de l'impasse actuelle ?

 

 

Nous proposons une période de transition gérée par des gens qui peuvent être acceptés par les Algériens, avec une présidence collégiale ou un président. Quand je dis "nous", il s'agit de la classe politique, de la société civile, des anciens combattants, des gens dans la rue... Le malheur de l'Algérie, cela reste l'administration qui a toujours fraudé au profit du candidat du système. Nous demandons donc la création d'une autorité ou d'une commission indépendante pour organiser les élections. Le ministre de l'Intérieur ne doit plus chapeauter les élections. 

 

 

 

Combien de temps peut durer cette période de transition ?

 

 

Les Algériens ont besoin d'un peu de temps pour s'organiser. C'est une société qui a été interdite d'organisation, de société civile, de vrais partis politiques... Le système et les services de sécurité ont toujours été derrière la création de la société civile. On veut un laps de temps pour que la société s'organise et participe réellement aux prochaines élections. Si les conditions de la transition sont réunies, entre six mois et une année peuvent suffire. Il ne faut pas donner des arguments au système pour qu'il dise : "Attention, on ne peut pas avoir une période de transition trop longue sans président élu démocratiquement."

 

 

 

Quelles sont ces conditions ?

 

 

L'essentiel reste d'avoir les outils pour aller vers une élection transparente. Il faut donner la possibilité aux Algériens de s'organiser, de créer des associations, des partis politiques s'il le faut... Et en même temps, il faut ouvrir l'espace public. Dans notre pays, il est impossible d'organiser une réunion dans un hôtel sans autorisation du ministre de l'Intérieur, ni de conférence dans une université, ni de marche... Même un parti politique constitué a besoin d'une autorisation pour se réunir. 

 

 

Il faut ajouter à ce climat la fermeture du champ médiatique. Les gens qui ont un avis différent du système en place sont pratiquement interdits des chaînes publiques et privées. Avant, les chaînes privées m'invitaient à la télévision, mais ce n'est plus le cas. Par ailleurs, je pouvais faire des conférences à travers le territoire national au début du "Hirak". Mais depuis deux mois, ce n'est plus possible.

 

 

 

 

Quelles sont les étapes nécessaires pour la transition que vous appelez de vos vœux ?

 

 

Les textes qui existent actuellement sont ceux d'un système totalitaire. Après l'élection d'un président, il faudra organiser des législatives pour obtenir un Parlement qui devra commencer par revoir toute la législation algérienne. La loi sur les associations, sur l'audiovisuel, sur l'information, sur les partis politiques... Tout ce qui concerne les droits de l'homme en général. Il faudra également engager une réforme de la justice, qui n'a jamais été indépendante. Actuellement, lorsque les autorités demandent au juge de mettre des gens en prison, ils vont en prison. 

 

 

Dans le même temps, le Parlement aura pour tâche de revoir la Constitution algérienne ou d'en établir une nouvelle. Il s'agit de discuter d'un texte plus démocratique qui ne donne pas tous les pouvoirs au président. 

 

 

 

Quel rôle pourriez-vous jouer demain dans cette future Algérie ?

 

Le seul leader, c'est le peuple. J'espère qu'on va réussir cette période de transition, et c'est à la jeunesse algérienne de faire les choses. Ensuite, si les Algériens ont besoin de moi, que ce soit pour la période de transition ou pour après, je suis là pour aider. Je suis à la disposition du peuple. Mais je reste militant des droits de l'homme, avocat, et pour gérer un pays, tu as besoin d'une classe politique. Tu ne peux pas devenir président comme ça. Moi, même si j'ai accompagné le FFS (Front des forces socialistes) à un moment, je n'ai pas de parti politique. Lorsque l'on va vers une démocratie, il y a des milliers de personnes qui peuvent participer, mais il est sûr que le fait d'être connu donne cette possibilité d'être un arbitre et d'aider à cette période de transition.  

 

 

 

J'essaye d'être un aiguillon, parce que j'estime que c'est une responsabilité de faire réussir cette révolution.Mustapha Bouchachi à franceinfo

 

 

Mais l'essentiel reste d'aller vers une vraie démocratie en Algérie. Et ce n'est pas pour moi, mais pour notre jeunesse, pour nos enfants et pour les centaines de milliers d'Algériens qui vivent ailleurs et veulent rentrer chez eux. Il s'agit d'un pouvoir corrompu, une dictature qui a fait fuir des centaines de milliers de personnes. Ils n'avaient pas besoin d'aller trouver du travail ailleurs. Il y a, par exemple, plus de 10 000 médecins, formés en Algérie, qui travaillent ici en France. Ces cadres, ces médecins, ces enseignants universitaires qui ont quitté leur pays, non en raison de problèmes économiques, mais parce que l'Algérie n'est pas un Etat de droit, pas une démocratie. Il s'agit d'un pays où la dignité humaine n'est pas respectée. 

 

 

 

Est-ce qu'il vous arrive d'avoir peur ?

 

 

Oui. Mais ça fait trente ans que j'ai peur, depuis que j'ai commencé à militer. J'ai défendu les islamistes lorsque personne ne pouvait le faire, j'ai défendu les opposants, j'ai parlé de l'ancien système des années 1990 avec la torture, les assassinats extrajudiciaires commis par le système, les disparus... Donc à chaque étape de ma vie, j'ai eu peur. C'est humain. Aujourd'hui, je suis inquiet. Pas pour moi, mais pour l'Algérie. Je ne voudrais pas qu'une révolution aussi magnifique et pacifique ne parvienne pas à achever cette chose très simple : aller vers une démocratie.

 

 

 

Quelle place doit prendre, selon vous, la religion dans une future Algérie démocratique ?

 

 

Il y a des constantes en Algérie : l'islam, l'arabité et l'amazighité [spécificité berbère]. Tout le monde semble d'accord là-dessus. Mais ce sont aux Algériens, au futur Parlement qui va produire une nouvelle Constitution, de trancher. C'est un débat, et comme tous les débats de société, il doit être abordé par les Algériens. Mais tout le monde est d'accord pour dire que la religion garde une place très importante.

 

 

 

Un retour en force de l'islamisme est-il envisageable ?

 

 

Je n'ai pas peur de ça. Les Algériens ne sont pas dans cette mouvance salafiste. Et le peuple considère quand même les islamistes comme responsables, avec le pouvoir, de la décennie noire. Donc ils sont rejetés. Je vois parfois dans la rue des salafistes chahutés par les Algériens dans les manifestations. Je pense que c'est un peuple qui est mûr pour une vraie démocratie.

 

 

Les islamistes ne sont pas aussi forts que dans les années 1990. Et même dans ces années-là, je pense qu'ils ont été encouragés par le système pour gagner les élections, parce que ce dernier avait besoin d'un ennemi pour arrêter le processus de démocratisation de l'Algérie. Il ne pouvait pas faire de coup d'Etat sans la présence des islamistes, et cela a coûté des milliards et 200 000 morts à l'Algérie. Tout ça pour garder le système.

 

 

 

Quelles peuvent être les futures relations entre la France et l'Algérie ?

 

 

Je pense que la France a une responsabilité depuis l'indépendance jusqu'à aujourd'hui. Elle a toujours favorisé un système non démocratique, car c'est plus simple de le gérer, de mettre la pression sur un régime qui n'est pas issu du peuple. Alors la France a toujours joué gagnant pour elle, et non gagnant-gagnant.

 

 

Lorsque le président français a fait des déclarations concernant la période de transition, j'ai expliqué que le France devait comprendre que ce n'est plus possible d'aider le système totalitaire qui a géré le pays. Ce genre de position peut affecter les relations avec le peuple algérien à long terme. Je suis sûr qu'il est dans l'intérêt de la France, à long terme, d'avoir des relations équilibrées avec une vraie démocratie en Algérie.

 


06/07/2019
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Franceinfo - le jeudi 9 mai 2019

 

 

En Tunisie, la fermeture des cafés et des restaurants pendant le ramadan ravive le débat sur les libertés

 

 

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Pierre MagnanRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

"Chaque année, au mois de ramadan, c’est la même ritournelle : on oblige les non-jeûneurs à raser les murs"... C’est ce qu’affirme un universitaire sur le site d’information en ligne tunisien Kapitalis. Une prise de position qui montre que le débat entre religion et laïcité n’est pas encore réglé et peut parfois se tendre, notamment en cette période

 

 

 

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Une Tunisienne affiche une pancarte sur laquelle on peut lire : "Laïcité pour vivre ensemble" lors d'une manifestation en mai 2018 pour dénoncer la fermeture des cafés et des restaurants pendant le mois de ramadan. (FETHI BELAID / AFP)

 

 

 

La fermeture (obligatoire depuis une circulaire de 1981) des cafés et des restaurants est l’un des signes les plus concrets de la fête religieuse musulmane en Tunisie... et il est contesté par certains.

 

 

La lecture des médias tunisiens donne une idée de la rigueur qui continue à régner : "Les agents de police du district de Sfax ont opéré, hier lundi (le 6 mai, NDLR), le premier jour de ramadan, des rafles sur les cafés ouverts en journée. Le nombre de cafés ouverts et les mesures prises contre leurs propriétaires n’ont pas été annoncés, par contre, la police a annoncé que cette opération a permis l’arrestation de huit personnes", raconte ainsi Tunisie Numérique.

 

 

 

 

 

 

Quelque huit ans après la révolution, le sujet fait toujours débat. Certains politiques défendent cette mesure. "Manger devant les jeûneurs est un manque de respect", a ainsi affirmé le président des parlementaires d’Ennahdha (parti islamiste) Noureddine Bhiri, qui s’est cependant dit contre l’agression des non jeûneurs. 

 

 

 

La campagne #Fater sur les réseaux sociaux

Comme tous les ans, d'autres Tunisiens critiquent cette disposition. Les réseaux sociaux se font l'écho de ceux qui veulent que la possibilité de ne pas jeûner dans certains lieux publics, comme les cafés ou les restaurants, soit autorisée.  Les partisans de cette liberté se donnent des adresses sous le hashtag #Fater.

 

 

L'année dernière, des non-jeûneurs ("fattaras") avaient appelé à un rassemblement devant le ministère du Tourisme. Cette manifestation, baptisée #Mouch bessif (sans contraintes) était organisée par l’Association des libres penseurs (ALP). Elle visait à "faire entendre la voix des non-jeûneurs qui réclament l’ouverture des cafés et des restaurants durant le mois saint pour pouvoir jouir pleinement de leurs libertés individuelles, et ne pas devoir se cacher pour manger ou fumer", expliquait alors Kapitalis.

 

 

Les partisans de cette position qui défendent la laïcité s'appuient sur la Constitution tunisienne de 2014 qui garantit "la liberté de croyance et de conscience" (article 6).

 

 

 

Quand Bourguiba s'interrogeait sur le jeûne du ramadan

Chaque année, l’application de cette circulaire obligeant à la fermeture des cafés et restaurants fait polémique. En 2014 déjà, le site Business News écrivait que "pour le quatrième Ramadan consécutif (2011, 2012, 2013 et 2014), des descentes, parfois musclées, sont enregistrées dans ces lieux (cafés ou restaurants) pour leur signifier l’obligation de s’abstenir de servir conformément, apparemment, à une note circulaire datant de plus de 30 ans, dite 'circulaire Mzali de juillet 1981'".

 

 

Plusieurs sites rappellent qu’en 1981, cette circulaire avait été annulée sur décision du chef de l’Etat, à l’époque Habib Bourguiba, deux jours seulement après sa parution. En 1974, Habib Bourguiba n’avait d'ailleurs pas hésité à s’interroger sur la nécessité du jeûne pendant le ramadan.

 

 

 

 

 

 

Dans l'affaire des restaurants, ce qui dérange les partisans de la fermeture, "c’est de  voir (…) des gens qui n’adhèrent pas à des croyances qu’ils considèrent comme évidentes. ( …) Constater que des gens ne partagent pas leur foi ébranle leurs certitudes, les fait douter et les inquiète. Ainsi, les fermetures, les interdictions (…) deviennent légitimes. Il faut couper court à toute tentative d’insoumission durant le mois de ramadan pour que d’autres ne s’en inspirent pas", estime l'universitaire Mohamed Sadok Lejri dans une tribune au titre explicite intitulée Ramadan 2019, Quand va-t-on cesser d'obliger les non-jeûneurs à raser les murs.

 

 

La question des cafés et restaurants pendant le ramadan n'est que l'un des aspects de la lutte entre les partisans d'une Tunisie plus laïque et ceux qui souhaitent que le pays s'appuient toujours sur les textes religieux. Ainsi, le débat parlementaire sur l'égalité hommes-femmes face à l'héritage le montre.

 


09/05/2019
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Franceinfo - le dimanche 5 mai 2019

 

 

Algérie : Saïd Bouteflika, influent frère du président déchu, arrêté et incarcéré pour "complot contre l'autorité de l'Etat"

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Deux anciens responsables du renseignement ont également été placés en détention

 

 

 

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Un Algérien montre une pancarte "wanted" avec le portrait de Saïd Bouteflika, frère du président déchu, dans une manifestation à Alger, le 19 avril 2019. (AFP)

 

 

 

La chasse au "système" Bouteflika se poursuit, en Algérie. Saïd Bouteflika, frère et puissant ex-conseiller du président algérien déchu, a été arrêté samedi et incarcéré dimanche 5 mai, selon une source sécuritaire citée par l'AFP. Deux anciens hauts responsables du renseignement ont aussi été placés en détention : le général Mohamed Mediène dit "Toufik", patron des services secrets d'Algérie durant vingt-cinq ans, et l'ex-coordinateur des services de renseignements Athmane Tartag, alias "Bachir". Les trois hommes, arrêtés samedi, sont poursuivis pour "atteinte à l'autorité de l'armée" et "complot contre l'autorité de l'Etat", a précisé le parquet dans un communiqué lu à la télévision d'Etat.

 

 

Saïd Bouteflika, 61 ans, était considéré comme le véritable homme fort du palais présidentiel depuis l'accident vasculaire cérébral dont a été victime son frère en avril 2013. A ce titre, il est l'une des figures honnies des manifestants algériens, qui réclament la fin du système Bouteflika depuis le 22 février. Après la démission d'Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril, les protestataires continuent de réclamer le départ de tout son entourage.

 

 

 

La crainte d'une "purge"

Homme fort du pays depuis qu'il a lâché l'ex-président, le chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah, entretient des relations houleuses avec le général Mediène. Mi-avril, il l'avait accusé publiquement de "conspirer" pour entraver les solutions de sortie de crise. Le général Tartag semblait avoir aussi été visé indirectement par des accusations du chef d'état-major qui avait dénoncé une réunion entre des "individus connus (...) en vue de mener une campagne médiatique virulente contre l'armée". Selon la presse, cette rencontre avait réuni le général Mediène, le général Tartag et Saïd Bouteflika.

 

 

Plusieurs personnalités proches du régime Bouteflika ont été entendues ou arrêtées ces dernières semaines. Cinq puissants et richissimes hommes d'affaires, dont quatre proches d'Abdelaziz Bouteflika et de son frère, ont été placés en détention provisoire. Le parquet d'Alger a aussi entendu Ahmed Ouyahia, quatre fois Premier ministre depuis 1995. Le général Gaïd Salah a récemment appelé la justice à "accélérer la cadence" des enquêtes, une demande assimilée à une "injonction" par ses détracteurs. Certains observateurs craignent que, tout en étant une réponse à la contestation qui dénonce les liens entre le pouvoir et les "oligarques", ces enquêtes servent de levier à une "purge" interne.

 


05/05/2019
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