FUTUR - L'AIR DU TEMPS

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FUTUR

Nous sommes en 2016 (juillet), date de création de cette sous-rubrique. Que va-t-on connaître dans les années à venir ? En complément de la sous-rubrique Technologie, un petit voyage dans le futur... 


Franceinfo - le mercredi 31 octobre 2018

 

 

Vous pensez que votre pouvoir d'achat a baissé mais les chiffres disent le contraire ? Un économiste vous explique pourquoi

 

 

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Propos recueillis parClément ParrotFrance Télévisions
 
 

 

Dans un contexte social tendu où des consommateurs dénoncent la hausse des prix des carburants, franceinfo a interrogé l'économiste Pierre Madec pour tenter de comprendre le décalage entre le sentiment des Français et les données sur le pouvoir d'achat

 

 

 

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 En 2017, le pouvoir d'achat des Français a augmenté de 1,3%, selon l'Insee. (image d'illustration) (KLAUS OHLENSCHLAGER / PICTURE ALLIANCE)

 

 

 

Un décalage en forme de casse-tête pour Emmanuel Macron. Selon une enquête Ifop réalisée pour le JDD du dimanche 28 octobre, les Français sont 72% à considérer que leur pouvoir d'achat a baissé depuis mai 2017. Face à la forte augmentation des prix du carburant, un mouvement de protestation a même émergé, allant jusqu'à un appel à bloquer les routes le 17 novembre.

 

 

 

Pourtant, en regardant les chiffres de plus près, les choses ne sont pas si simples. Selon l'Insee, le pouvoir d'achat a augmenté de 1,3% en 2017 et, après une baisse au 1er trimestre 2018 (-0,5%), il est reparti à la hausse au deuxième trimestre (+0,7%). Pour tenter de comprendre cette divergence entre les chiffres avancés par le gouvernement et l'humeur des Français, franceinfo a interrogé Pierre Madec, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). 

 

 

 

Franceinfo : Peut-on mesurer l'impact des mesures prises par le gouvernement sur le pouvoir d'achat des Français ?

 

 

Pierre Madec : Plusieurs choses influent sur le pouvoir d'achat. Il y a les mesures mises en place par le gouvernement, à l'image de la suppression de la taxe d'habitation ou de la baisse des cotisations sociales, mais aussi d'autres évolutions, comme par exemple la situation de l'emploi. Cependant, concernant les mesures lancées par Emmanuel Macron, on constate un effet plutôt neutre sur le pouvoir d'achat en 2018. On prévoit en revanche un effet plutôt positif en 2019, avec notamment la suppression de la deuxième tranche de la taxe d'habitation et la suppression de la seconde et dernière partie des cotisations salariales d'assurance-chômage, intervenue en octobre.

 

 

Toutefois, selon les ménages, on va se retrouver avec des ressentis très différents. Par exemple, si vous êtes un citadin et que vous vous déplacez en métro, vous n'avez pas été touché par la hausse de la fiscalité écologique. A l'inverse, si vous habitez en pleine campagne, vous êtes pénalisé par l'augmentation des prix à la pompe. 

 

 

 

Quels sont les gagnants et les perdants en termes de pouvoir d'achat ?

 

 

Il y a de grands gagnants avec les ménages les plus aisés, qui ont à la fois bénéficié de la transformation de l'ISF [impôt sur la fortune] en impôt sur la fortune immobilière et de la mise en place du prélèvement forfaitaire unique [la fameuse "flat tax" qui s'applique aux revenus du capital]. Il y a d'autres gagnants, comme les ménages qui profitent de la suppression partielle de la taxe d'habitation, s'ils ne sont pas touchés par ailleurs par d'autres mesures comme la hausse de la fiscalité écologique ou l'augmentation du prix du tabac.

 

 

Mais on a aussi des ménages extrêmement perdants. D'abord les retraités, pénalisés par la hausse de la CSG, mais aussi en 2019 le quasi-gel des pensions de retraite. Il existe d'autres perdants, notamment ceux qui subissent la hausse de la fiscalité écologique ou ceux concernés par la baisse des APL [aide personnalisée au logement]. Globalement, les retraités sont perdants et les actifs plutôt gagnants, si l'on prend en compte l'exonération des cotisations sur les heures supplémentaires ou la revalorisation de la prime d'activité.

 

 

 

Comment expliquer le décalage entre les chiffres avancés par l'Insee, et mis en avant par le gouvernement, et le sentiment des Français ?

 

 

Effectivement, d'un côté, le gouvernement communique sur une hausse du pouvoir d'achat de 6 milliards en 2019, qui est en réalité plutôt de 3 milliards d'euros, et, de l'autre, les Français estiment à 80%, dans les sondages, que leur pouvoir d'achat va baisser l'an prochain. 

 

 

D'abord, il y a une question de calendrier dans l'application des mesures. Par exemple, la suppression de la taxe d'habitation, une mesure qui représente quand même 10 milliards d'euros de gains pour les ménages, met du temps à être mise en place avec une baisse en trois fois, sur trois ans, alors même qu'on en a beaucoup parlé pendant la campagne présidentielle. A l'inverse, quand vous allez faire votre plein à la pompe toutes les semaines, vous voyez immédiatement l'augmentation des prix – il faut rappeler que la hausse est également liée à celle du coût du baril de pétrole.

 

 

Ensuite, quand vous baissez les impôts, vous faites payer moins les contribuables, mais ce n'est pas perçu de la même façon que lorsque vous augmentez des prestations sociales. Quand on vous prend un euro de moins, vous n'avez pas forcément l'impression de gagner un euro. Autrement dit, l'euro qu'on ne vous prend pas, vous n'avez pas l'impression de le gagner. Le gouvernement apparaît donc doublement perdant avec ce choix d'une baisse de la fiscalité financée par des baisses de prestations sociales. Il ne parvient pas à capter l'effet positif des baisses et il subit de plein fouet l'effet négatif des Français pénalisés. 

 

 

 

Ces inégalités entre les perdants et les gagnants ne renforcent-elles pas le décalage entre l'impression des Français et les statistiques ?

 

 

C'est un peu le problème. Pour les salariés du secteur privé, vous avez une baisse d'environ 3,15 points des cotisations sociales, pour une hausse de 1,7 point de CSG, donc un gain de 1,45 point au final. En face, vous avez juste la hausse de 1,7 point de CSG pour les retraités, donc le gain pour les actifs est moins important que la hausse pour les retraités, puisque ces derniers sont moins nombreux. Vous allez avoir des actifs qui vont se dire que oui, leur pouvoir d'achat a peut-être un peu augmenté, alors qu'en face les retraités se rendent compte rapidement de leur perte de pouvoir d'achat.

 

 

 

L'économiste Philippe Herlin remet aussi en cause la hausse du pouvoir d'achat, en affirmant que l'inflation est sous-estimée par l'Insee. Les données disponibles sont-elles fiables ?

 

 

Je n'ai pas lu sa démonstration, mais j'accorde plutôt de la confiance à l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), qui a le mérite d'être objectif. Certes, c'est toujours compliqué de raisonner en moyennes, parce qu'il y a de grandes disparités dans la population, notamment entre les catégories aisées et les plus défavorisées. On peut sans doute apporter des améliorations, notamment dans le calcul des prix du logement, mais pour l'instant personne n'a réussi à faire mieux.

 


12/11/2018
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Franceinfo - le jeudi 16 août 2018

 

 

RECIT FRANCEINFO. Nous sommes le 16 août 2050 et voici à quoi ressemble la canicule dans l'Hexagone

 

 

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Cet été 2018, il a fait 40,2 °C à Nîmes (Gard), 37,6 °C à Lille (Nord), 39,1 °C à Leucate (Aude), 37,5 °C à Paris. La canicule a fait suffoquer l'Hexagone, entre fin juillet et début août. Il va falloir s'y habituer : d'ici trente ans, les températures moyennes estivales vont augmenter de 0,6 à 1,3 °C, selon le rapport Jouzel sur le climat futur en France. Et les vagues de chaleur seront plus fréquentes et plus longues.

 

 

Quelles seront les conséquences de ces épisodes de canicule ? Comment nous adapterons-nous à ces étés étouffants ? Franceinfo imagine à quoi ressemblera une journée de canicule en août 2050. Une "fiction spéculative" fondée sur des études scientifiques, notamment les travaux de Météo France et de l'Observatoire national des effets du réchauffement climatique (Onerc). Cette journée caniculaire et imaginaire pourrait aussi être différente. Les politiques publiques, l'évolution des comportements individuels et les éventuels accords internationaux écriront peut-être un autre scénario pour ce 16 août 2050.

 

Marie-Violette Bernard et Camille Caldini

 

 

"Ça me rappelle Madrid en 2018"

 

Six heures et demie, Paris, 18e arrondissement, 27 °C. La pâle lumière de l'aube réveille tout juste une capitale verdoyante. La montre connectée de Chloé affiche un petit triangle orange : "alerte canicule dans 60 départements". "Cet épisode de fortes chaleurs touche à sa fin", a assuré la présentatrice météo, hier soir. "J'espère bien, ça fait trois jours qu'elle me fait des promesses", marmonne la jeune femme. À 6h45, elle ouvre en grand les fenêtres et volets de son deux pièces, en quête d'un petit courant d'air. Dans son salon, il fait toujours 25 °C au petit matin. C'est mieux que chez sa copine Melody, qui lui envoie chaque matin une photo du vieux thermomètre de sa cuisine : entre 30 et 31 °C à 7 heures. Son immeuble des années 1980, toujours pas rénové, est une étuve.

 

 

Chloé a le privilège d'habiter dans un immeuble de 2046 : "bas carbone", "énergie positive"... Elle ne comprend pas tous ces trucs écolos. Son immeuble est aussi raccordé au réseau de froid urbain, un système qui fait circuler de l'eau glacée à 5 °C dans le bâtiment pour le rafraîchir. Plus besoin de supporter le bourdonnement du climatiseur. Mais ce qu'elle préfère, c'est vivre entourée de plantes grasses, mousses, arbustes... Il y a même des potagers verticaux sur certaines façades et toute cette végétation lui fait gagner quelques degrés bienvenus en été. Chloé referme quand même ses volets et se prépare à aller à la piscine.

 

 

7h54, Corbeil-Essonnes (Essonne), 28 °C. Gabriel est en retard au travail. Ses clés de maison à la main, il se demande comment y aller. Il avait récupéré la petite citadine hybride de sa mère exprès pour rejoindre son magasin de jeux vidéo, près de la place de la République, en 55 minutes. Depuis que les véhicules essence et diesel n'ont plus le droit de circuler dans la ville, il trouve que "ça roule mieux".

 

 

Mais la chasse aux voitures entamée par la ville de Paris en 2015 est loin d'être terminée. "Une journée sans voiture, ça allait encore, grogne-t-il. Maintenant, il y a des pistes cyclables partout, des zones piétonnes et la vitesse est limitée à 30 km/h dans la plupart des rues..." liste Gabriel à haute voix. "Même les véhicules hybrides ne sont plus les bienvenus", râle ce passionné d'automobile. S'il y a un nouveau pic de pollution à l'ozone, il y aura sûrement encore des restrictions de circulation. "À tous les coups, je vais devoir me garer à Porte de Charenton et finir en métro", soupire-t-il. Autant prendre le RER puis un bus.

 

 

 

Au moins, il y a la clim' dans tous les transports en commun maintenant.

Gabriel

 

 

8h45, La Rochelle (Charente-Maritime), 23 °C. Sophia et Javi font leur marché dans la halle couverte du centre-ville de La Rochelle, où Javi peut rester 30 minutes devant chaque étal. "J'aime bien savoir ce que je mange", se défend-il. Surtout, il ne comprend plus rien aux saisons. "Il y a du melon dès la fin mai, c'est super, mais en même temps il faut se battre pour trouver trois abricots en juillet", regrette cet ancien commerçant. Les agriculteurs français ont avancé les périodes de semences et de récoltes. Mais la sécheresse et les intempéries n'ont pas épargné la profession. Dans le sud de la France, il y a de moins en moins de vergers. Les parents de Javi, agriculteurs en Corrèze, ont dû abandonner avant l'heure de la retraite leur exploitation et leur cheptel de vaches laitières, dans les années 2030.

 

 

"Tu manges moins, mais tu manges bien !" rappelle Sophia, en lui tendant des courgettes. Depuis quelques années, la plupart des étals n'affichent plus la mention "bio" pour se démarquer des autres : c'est devenu la norme. En France, l'agriculture conventionnelle a presque disparu. Une agriculture "intégrée" a trouvé sa place dans les champs : moins de pesticides chimiques, moins de travail du sol et des cultures plus diversifiées, afin de respecter l'environnement. Même les producteurs réticents y sont venus. Fini les hectares de maïs à perte de vue, place au sorgho, originaire d'Ethiopie, qui demande 40% d'eau en moins et pousse très bien dans le Sud-Ouest. Javi peut même en utiliser la farine dans ses pâtisseries.

 

 

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Un champ de sorgho avant la récolte. (CLAUDIUS THIRIET / BIOSPHOTO / AFP)

 

 

10h57, Lyon, 36 °C. Marcus pose sa soudeuse, retire ses gants et relève son masque. La peau de sa nuque le brûle et l'eau de sa gourde réfrigérante est déjà tiède. "Allez gamin, fais pas de zèle ! Rentre chez toi et reviens demain à 5h30", lui lance son chef de chantier. Marcus, 22 ans, vient de trouver ce travail, alors il veut se faire bien voir. "Si le soleil t'assomme, je fais comment, moi ?" insiste son chef. Canicule oblige, les horaires de travail en extérieur ont été aménagés. Marcus embauche à 5h30 et s'active sur le chantier jusqu'à 10h30, 11 heures tout au plus. Ses collègues qui peuvent travailler à l'ombre restent jusqu'à midi. Mais il n'y a plus aucune équipe d'après-midi, "jusqu'à nouvel ordre".

 

 

Pour rentrer retrouver sa copine, dans le quartier de la Guillotière, Marcus emprunte un des "itinéraires fraîcheurs" de Lyon. Cela rallonge un peu son trajet, mais c'est devenu une habitude. Il y a de l'ombre tout le long, pas trop de circulation et même des zones humides, dans le parc Blandan, où il fait un peu meilleur. "Ça me rappelle Madrid en 2018", radote le père de Marcus. "J'ose même pas imaginer Madrid en ce moment", se dit le jeune homme. Cet été 2050, dans la capitale espagnole, le mercure a atteint 45 °C tous les après-midi, pendant dix jours.

 

 

 

"La plage au mois d'août, mais tu es fou !"

 

 

Midi, Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), 40 °C. Lou cherche une position plus confortable sur sa chaise en plastique. Courbatures, grosse fièvre, nuque raide... En se réveillant ce matin, elle n'était pas très en forme. "Ce n'est peut-être qu'une petite grippe ou un rhume à cause de la climatisation", envisage la quinquagénaire. Mais elle ne peut pas s'empêcher de penser à la dengue. Autrefois, on attrapait cette maladie transmise par les moustiques en Guyane ou en Guadeloupe. La dengue est réapparue dans les villes méditerranéennes depuis une vingtaine d'années, comme le redoutait l'Onerc dès 2007. Et même en Auvergne, on n'en est désormais plus à l'abri.

 

 

C'est ce qui a poussé Lou à faire 20 km pour venir aux urgences de Clermont-Ferrand. Son généraliste, parti à la retraite il y a quinze ans, n'a jamais été remplacé. "Heureusement, la dengue se soigne bien", se rassure l'employée d'un petit pressing. L'entrée d'un jeune homme à l'air paniqué interrompt le fil de ses pensées. "J'ai reçu un appel. Ma femme a été transportée ici, explique-t-il à une infirmière. Apparemment, elle a fait un malaise pendant son jogging." Lou n'en revient pas. "Qui va courir avec cette chaleur ?" s'interroge-t-elle.

 

 

 

 

Il fait déjà 40 °C dehors, tout le monde sait que c'est inconscient !

Lou

 

 

 

Les 20 000 morts dues à la canicule de 2003 ont marqué les esprits. Quarante-sept ans plus tard, les Français se sont adaptés et le système de santé aussi. Un médecin emmène le trentenaire à l'écart. À côté de Lou, un enfant ne cesse d'éternuer. "Encore un qui est irrité par le pollen."  L'OMS l'annonçait dès 2015 : 50% de la population mondiale est aujourd'hui affectée par au moins une allergie.

 

 

 

13h08, Roscoff (Finistère), 26 °C. Noé prépare son déjeuner en écoutant d'une oreille distraite une chaîne d'information. "Cet après-midi, les températures vont encore dépasser les 40 °C dans le Sud-Est, annonce le journaliste. La canicule a déjà fait douze morts depuis le début du mois d'août." La situation est bien plus grave dans d'autres régions du monde. Aux Etats-Unis, des milliers de pompiers californiens luttent cette année encore contre une vingtaine d'incendies. La Suède connaît l'une de ses pires sécheresses depuis 2018. En Inde, plusieurs centaines de personnes sont mortes en quinze jours à cause de la canicule. "Dans les régions tropicales, l'humidité est telle que le corps ne parvient plus à réguler sa température par la transpiration", explique un spécialiste à la télévision.

 

 

 

Heureusement, à Roscoff, la chaleur reste supportable. Pour Noé, le seul problème est qu'il est désormais plus difficile de profiter de la mer. Depuis le début du siècle, le niveau des océans augmente de 3,2 mm par an en moyenne. "Cela fait 15 cm de plus en cinquante ans, calcule le jeune Breton. Pas étonnant qu'il ne reste presque plus un carré de sable où poser sa serviette à marée haute..."

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Les températures moyennes vont connaître une hausse de 0,6°C à 1,3°C d'ici 2050, en particulier dans le Sud-Est. (BENOIST SIMMAT / AURELIE BOISSIERE / EDITIONS AUTREMENT)

 

 

15h19, Montpellier (Hérault), 41 °C. "La clim', c'est bien, mais je préférerais un bon bain de mer." Assis dans le bureau qu'il partage avec deux collègues, Mohamed rêve de vagues et de sable fin. "Aller à la plage en plein mois d'août, mais tu es fou !" rétorque Léa. Mohamed doit admettre qu'elle a raison. Les plages de Méditerranée sont prises d'assaut en mai ou en septembre. Quand la chaleur est moins écrasante.

 

 

Même avec des températures plus clémentes, Mohamed n'est pas certain qu'il pourrait mettre un orteil dans l'eau. Les signalements de méduses se multiplient. Des raies pastenagues violettes, au dard venimeux, se rapprochent elles aussi des côtes pour mettre bas dans une eau plus chaude. La faune du nord de la Méditerranée a bien changé : le réchauffement et l'acidification des mers fait souffrir les moules et les gorgones, alors que les mérous et les barracudas pullulent. Mohamed oublie ses idées de farniente. Léa tente de lui arracher un sourire.

 

 

 

De toute façon, avec de l'eau à 29 °C, on ne peut pas dire que la baignade aurait été rafraîchissante !

 

 

16h36, Soumoulou (Pyrénées-Atlantiques), 39 °C. Ludivine observe son jardin à travers la fenêtre. Comme partout à Soumoulou, l'herbe est desséchée. Les pieds de tomates qu'elle a plantés au printemps sont rabougris, brûlés par le soleil. Depuis les années 2030, les sécheresses sont devenues plus fréquentes et les restrictions d'eau plus contraignantes. "Il n'est plus du tout 'green', le golf d'à côté", s'amuse Ludivine, en regardant par-delà sa haie de thuyas grillés. Elle hésite à arroser son potager qui dépérit, malgré l'interdiction, avant de se raviser. "J'entends déjà le maire : 'la consommation d'eau doit se limiter aux usages essentiels'."

 

 

Ludivine, 76 ans, a également dû dire adieu aux baignades dans sa piscine. Son mari l'avait fait creuser en 2018 et avait même planté un petit palmier. Mais les particuliers n'ont plus le droit de remplir leurs bassins. "Pas assez écologique", selon la préfecture. Impossible aussi d'aller tremper ses pieds dans le gave de Pau : en ce 16 août, le cours d'eau est presque à sec. Tant pis, Ludivine se rabat sur le brumisateur qu'elle garde au frigo. Il est bientôt 17 heures. Comme tous les jours de vigilance orange à la canicule, un employé municipal doit passer la voir pour s'assurer qu'elle est en bonne santé. "À défaut d'avoir des tomates, j'ai de la compagnie..." relativise la retraitée béarnaise.

 

 

"Et si on allait vivre au Royaume-Uni ?"

 

Dix-huit heures, Vierzon (Cher), 40 °C. "On va y passer la nuit." Thomas profite de quelques instants de répit dans le camion. Avec 200 autres pompiers, il lutte contre un feu qui a déjà dévoré 500 hectares dans la forêt de Vierzon. Il y a encore trente ans, la surveillance des feux de forêts se concentrait sur les Landes ou le Sud-Est. L'Ouest et le Centre sont aujourd'hui également concernés et la saison des incendies s'étire du printemps à l'automne.

 

 

 

Un incendie comme ça, en Sologne... Je ne pensais pas connaître ça de mon vivant.

Thomas

 

 

L'Office national des forêts a bien tenté de s'adapter aux changements climatiques. Des chênes verts et des pins maritimes, typiques du Sud, ont été plantés plus au nord pour remplacer les hêtres et les chênes pédonculés décimés par les sécheresses successives. La surveillance des forêts a été accrue, le débroussaillage des sous-bois généralisé, des zones coupe-feu créées un peu partout. Mais des incendies se déclarent encore occasionnellement. Près de Vierzon, les flammes continuent de progresser, malgré les passages des bombardiers d'eau. Thomas essuie la sueur de son front avant de remettre son casque. "Allez les gars, on y retourne. La température va bientôt baisser, il faut en profiter pour fixer ce feu !"

 

 

21h15, Lille (Nord), 28 °C. En poussant la porte du restaurant, Daya imagine qu'Olive et Laëtitia sont déjà lancés dans un débat passionné sur la nourriture. Cela ne manque pas. "Je peine à croire que tu manges toujours de la viande", reproche Olive à Laëtitia. "Je n'ai pas de raison de changer", rétorque-t-elle. Olive est presque né vegan. Ses parents étaient déjà de grands activistes du bien-être animal. Surtout, ils étaient conscients de l'impact de l'élevage sur l'environnement : "14 000 litres d'eau pour élever un bœuf, c'est un scandale !" martelaient-ils aux copains de leur fils. De son côté, Laëtitia a toujours aimé la viande, rouge surtout. "Je mange ce qui me fait plaisir, comme un bon steak de temps en temps", assure-t-elle. "Tu peux manger des insectes, si tu tiens tant à tes protéines animales", réplique Olive, en poussant vers elle un petit bol de criquets grillés.

 

 

"Qu'est-ce qu'on boit ?" interrompt Daya. "J'ai de vagues souvenir d'un atelier œnologie en 2022, mais tout a changé", poursuit-elle. Les vignerons ont dû évoluer : chercher des cépages plus résistants, moins tailler pour protéger le raisin et même irriguer certaines vignes au goutte-à-goutte. Par endroits, il a fallu changer radicalement de culture. Désormais, en Alsace, le chianti côtoie le gewurztraminer. On trouve aussi des vins suédois et même anglais dans les meilleures caves du pays.

 

 

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 D'ici 2050, certains grands crus vont devoir "migrer" vers le nord à cause du réchauffement climatique. (BENOIST SIMMAT / AURELIE BOISSIERE / EDITIONS AUTREMENT)

 

 

 

Sur la carte, 80% des plats sont végétariens. Daya aurait bien mangé du poisson ou des fruits de mer, "c'est devenu si rare". La plupart des espèces marines ont migré à des centaines de kilomètres vers le nord. On ne trouve plus un seul bar dans les eaux françaises. "Les huîtres du bassin d'Arcachon me manquent parfois", regrette aussi Daya. Depuis le début du siècle, elles étaient régulièrement décimées par des bactéries, et on n'en trouve plus du tout dorénavant. Ce dîner de gastronomes nostalgiques n'est décidément pas très gai. "Oh, vous avez vu ça ? bondit Laëtitia. Dans la baie de Somme, les flamants roses commencent vraiment à s'installer ! Il y a même eu des petits cette année." "Ça se mange ?" plaisante Daya.

 

 

 

22h46, Strasbourg (Bas-Rhin), 29 °C. Hugo enfile ses chaussettes, un œil sur l'application météo de son téléphone. Dehors, la température semble enfin vouloir redescendre. "Tu as vraiment envie d'aller courir par cette chaleur ?", interroge son mari Kylian, assis sur le canapé. "Il ne fait 'que' 29 °C, c'est supportable, tempère Hugo. Si je n'y vais pas maintenant, je n'irai jamais !" Le trentenaire s'est habitué à la hausse des températures au fil des ans. Mais tous les organismes ont une limite d'adaptation. "Et si on allait habiter au Royaume-Uni ?" propose une nouvelle fois Kylian, qui rêve d'un climat plus clément.

 

 

 

Hugo enfile ses écouteurs et descend l'escalier de l'immeuble. L'atmosphère des rues de Strasbourg est encore étouffante. Ce n'est pas près de s'arrêter. Selon les projections de chercheurs de Météo France, les températures estivales pourraient continuer de battre des records d'ici la fin du siècle. Hugo ne pensait pas vivre de tels bouleversement climatiques.

 

 

 

 

Et dire qu’on pourrait connaître des pics de chaleur à plus de 50 °C en 2100. Invivable.

Hugo

 

 

 

Texte : Marie-Violette Bernard et Camille Caldini

 


16/08/2018
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Franceinfo - le samedi 2 juin 2018

 

 

Dans la forêt d'Oslo pousse la Bibliothèque du futur et vous ne lirez jamais ses livres : ils "vont sommeiller durant cent ans"

 

 

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Marie-Violette BernardFrance Télévisions

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Pendant un siècle, des auteurs vont enrichir la Bibliothèque du futur, un ensemble d'œuvres inédites qui ne seront publiées qu'en 2114. Franceinfo vous raconte l'histoire de ces auteurs qui "envoient un livre dans le futur"

 

 

 

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Un paneau indique la pinède de la Bibliothèque du futur, dans la forêt de Nordmarka, près d'Olso (Norvège). (VIBEKE HERMANRUD / BJORVIKA UTVIKLING)

 

 

 

David Mitchell crapahute entre de vertigineux épicéas centenaires, sur un sentier de la forêt de Nordmarka. Une petite centaine de personnes, dont de nombreux enfants, s'enfoncent avec le romancier dans les bois, à quelques kilomètres d'Oslo, dans le sud de la Norvège. Ce 28 mai 2016, l'auteur de Cartographie des nuages – best-seller adapté au cinéma en 2012 – est fébrile. Il transporte son dernier ouvrage, soigneusement enfermé dans une boîte en noyer portant son empreinte sur le couvercle.

 

 

L'écrivain britannique a mis le point final à From Me Flows What You Call Time ("De moi coule ce qu'on appelle le temps") seulement quatre jours plus tôt, selon Wired (article en anglais). Après avoir imprimé le court manuscrit, il a supprimé le fichier de son ordinateur et effacé toute copie. Au grand désespoir de ses fans, qui ne pourront sans doute jamais lire cette œuvre unique. Elle restera cachée durant les cent prochaines années.

 

 

 

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L'auteur David Mitchell (à droite) remet son manuscrit à l'artiste Katie Paterson, le 28 mai 2016, dans la forêt de Nordmarka (Norvège). (KRISTIN VON HIRSCH / BJORVIKA UTVIKLING)

 

 

 

Après le poète islandais Sjón en 2017, c'est au tour de la romancière turque Elif Shafak de suivre le même chemin, ce samedi 2 juin 2018, et de confier un mystérieux livre. Et ainsi de suite, avec un nouvel auteur chaque année, jusqu'en 2114. C'est seulement à ce moment-là que les œuvres inédites des cent élus seront révélées et imprimées sur du papier fabriqué à partir de pins de Nordmarka. La forêt norvégienne où pousse la Bibliothèque du futur.

 

 

Des feuilles des arbres aux feuilles des romans

 

L'idée de ce projet un peu fou a germé "il y a de nombreuses années" dans l'esprit de Katie Paterson. "Je dessinais les cercles de croissance d'un arbre et cela m'a fait penser aux chapitres d'un livre, se remémore l'artiste écossaise. J'ai fait le lien entre les feuilles des arbres et les feuilles des romans." Le concept prend vie en 2011. La Britannique est alors invitée en Norvège par la commission chargée du réaménagement de l'ancien quartier portuaire de Bjorvika, au bord du fjord d'Oslo. Le front de mer est en pleine métamorphose : les chantiers navals et les autoroutes doivent laisser place à des musées, des appartements et des parcs. "Nous avons proposé à plusieurs artistes de réfléchir à une œuvre d'art pour le quartier", raconte Anne Beate Hovind, membre de la commission et présidente de la fondation Bibliothèque du futur.

 

 

Katie Paterson la recontacte. Elle s'immerge une semaine dans les bois de Nordmarka, dans une cabane sans eau courante ni électricité, pour "réfléchir à la meilleure façon de concrétiser ce lien entre mots et arbres". La solution : demander à cent auteurs d'écrire des œuvres qui ne seront publiées qu'en 2114, lorsque des arbres plantés spécifiquement à cet effet seront assez grands pour être abattus et transformés en papier.

Dans d'autres pays, ce projet aurait été très laborieux à monter parce qu'il est risqué, original et s'étend sur une durée très longue. En Norvège, on pense différemment à l'avenir. On réfléchit au 'slow time', au temps long. Katie Paterson à franceinfo

 

 

Séduite, la municipalité d'Oslo alloue une zone de la forêt de Nordmarka pour planter mille pins et promet de réserver une salle de la future bibliothèque publique à la conservation des manuscrits. Les curieux pourront la visiter à partir de 2020. Une fondation est créée pour assurer la pérennité du projet et choisir l'auteur qui, chaque année, contribuera à la Bibliothèque. Katie Paterson et Anne Beate Hovind y siègent, aux côtés de représentants de la ville et d'éditeurs (deux Norvégiens et un Britannique). "Les auteurs sont choisis pour leur contribution remarquable à la littérature et à la poésie, autour des thèmes de l'imagination ou du temps", précise l'artiste. La fondation vise tant que possible la parité et cherche surtout à inclure "de nombreux pays et de nombreuses langues".

 

 

 

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Une visualisation de la future bibliotèque publique d'Oslo, où les manuscrits seront exposés dès 2020. (LUND HAGEM / ATELIER OSLO

 

 

"Je me suis dit que c'était fou"

 

Mais vers quel écrivain se tourner en premier ? Pour Katie Paterson, Margaret Atwood est une évidence. La Canadienne, auteure de La Servante écarlate, connue pour ses romans de "fiction spéculative", accepte au bout de cinq jours seulement. "Elle voyait cette proposition comme la demande d'un proche qui a besoin d'une greffe du rein : on doit immédiatement répondre oui ou non", se rappelle Katie Paterson.

 

 

Ce projet séduit la part de nous qui, enfant, enterrait des choses ici et là dans des petits coffres, en espérant que quelqu'un les découvrirait un jour. Margaret Atwood

 

 

D'autres auteurs luttent plus longtemps avec le concept. Il faut "deux ou trois mois" à David Mitchell pour "commencer à croire à l'idéalisme derrière le projet""Au début, je me suis dit que c'était fou", raconte le romancier britannique dans un entretien avec Katie Paterson (en anglais).

 

Les auteurs ne doivent respecter que deux règles : l'œuvre ne peut pas être une photo et elle doit rester secrète. "Ce peut être un seul mot ou autant qu'on peut en écrire dans les quelques mois dont on dispose", détaille l'Islandais Sjón, contributeur pour l'année 2016. Katie Paterson "pensait que les auteurs écriraient des nouvelles, mais [le manuscrit] de Margaret Atwood avait l'air plutôt lourd", selon Wired. David Mitchell n'a en revanche pu rédiger que 90 pages, rapporte le Telegraph (article en anglais).

 

 

D'habitude je peaufine, mais cette fois j'ai écrit jusqu'à la dernière seconde. J'ai eu le temps de fignoler les deux premiers tiers [du livre], mais pas la fin. Et c'était une forme de libération.David Mitchell au "Guardian"

 

 

Pour le reste, les auteurs ont carte blanche. "On peut écrire dans n'importe quelle langue et n'importe quel genre", note Sjón. Le poète islandais (par ailleurs parolier de Björk) a "bien sûr" choisi sa langue natale pour rédiger As my Brow Brushes on the Tunics of Angels or The Drop Tower, the Roller Coaster, the Whirling Cups and Other Instruments of Worship from the Post-Industrial Age ("Quand mon front frôle les tuniques des anges ou La Tour de chute, les montagnes russes, le manège des tasses et autres instruments d'adoration de l'âge post-industriel"). Non sans se poser quelques questions. "Environ 370 000 personnes, au grand maximum, parlent l'islandais dans le monde, rappelle Sjón. Des langues s'éteignent chaque jour. Rien ne dit qu'il y aura toujours quelqu'un qui sait parler et lire l'islandais en 2114 !"

 

 

"Un vote de confiance en l'avenir"

 

Sjón a "parfois été tenté" de briser le secret. "Je pensais être très indépendant dans mon écriture, mais je me suis rendu compte que j'avais l'habitude d'échanger sur tel ou tel passage avec des proches. Heureusement, j'ai quelques techniques empruntées aux surréalistes pour éviter le syndrome de la page blanche", confie l'auteur islandais, qui a finalement tenu le coup.

 

 

Maintenant démarre la partie la plus difficile de ce jeu : garder le secret jusqu'à la fin ! Sjón à franceinfo

 

 

David Mitchell a, lui, déjà révélé un petit détail sur son œuvre. "Pour la première fois, je n'ai pas à me préoccuper des droits d'auteur parce que, dans cent ans, tout sera tombé dans le domaine public, s'amuse l'auteur britannique dans le Telegraph (article en anglais). J'ai donc cité Here Comes the Sun, des Beatles. Mais je n'étais pas censé le dire..." La fondation ne lui reprochera pas cette légère indiscrétion. Elle n'a tout simplement pas envisagé qu'un auteur trahisse le secret de la Bibliothèque du futur. "Ce projet repose sur la confiance", sourit Anne Beate Hovind.

 

 

Au-delà du droit de citation, écrire pour le XXIIe siècle présente certains avantages : pour une fois, les écrivains n'ont pas à se soucier de la critique. Ni de la postérité. "C'est un cocktail d'humilité et de vanité pour les auteurs", résume David Mitchell dans le Telegraph. "D'un côté, il est difficile de ne pas avoir de réaction à une œuvre. De l'autre, c'est le seul livre dont je suis sûr qu'il sera encore lu dans cent ans, ce dont tout écrivain rêve", abonde Sjón. Reste à savoir si les lecteurs seront vraiment au rendez-vous en 2114. "Est-ce qu'il y aura encore des êtres humains attendant de recevoir [ces manuscrits] ?, s'interrogeait Margaret Atwood lors de la cérémonie de remise de Scribbler Moon (littéralement "La lune scribouilleuse"), en 2015, selon le Guardian (article en anglais)Est-ce qu'il y aura une Norvège ? Est-ce qu'il y aura une forêt ?"

 

 

 

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Un épicéa est planté dans la forêt de Nordmarka, en Norvège, en 2014. (KRISTIN VON HIRSCH / BJORVIKA UTVIKLING)

 

 

 

David Mitchell est plus optimiste. La Bibliothèque du futur est "un vote de confiance en l'avenir". "Cela nous fait espérer (...) qu'il y aura des hommes, des arbres, des livres, des lecteurs et une civilisation", martèle-t-il dans le Guardian (article en anglais). A l'heure de la numérisation et de la dématérialisation, les auteurs ont la certitude que cette anthologie sera publiée sur du papier. "C'est un projet mondial qui unit les gens qui aiment les histoires, mais aussi à qui la planète importe", approuve Sjón.

 

 

Aujourd'hui, le monde semble divisé entre ceux qui construisent des murs et ceux qui tissent des liens. La Bibliothèque du futur est un pont avec les prochaines générations.Sjónà franceinfo

 

 

Mettre les manuscrits à l'abri de l'imprévu

 

Ces futures générations sont au cœur du projet : chaque année, des enfants  assistent à la remise rituelle des manuscrits dans la forêt. "J'emmènerai mon bébé à la prochaine cérémonie, confie Katie Paterson. Je ne serai pas là pour voir ce projet se réaliser, mais peut-être que mon enfant lira cette anthologie dans quatre-vingt seize ans, dans une maison de retraite." Du moins si rien ne vient perturber ses plans. "Il y a beaucoup d'imprévus possibles. La forêt pourrait brûler ou être détruite par une tempête ; les manuscrits pourraient être volés..." énumère Anne Beate Hovind, présidente de la fondation. Impossible également de prévoir avec certitude combien d'anthologies pourront être imprimées en 2114. "Cela dépendra de la longueur de chaque manuscrit."

 

 

Des Norvégiens assistent avec leurs enfants à la remise du manuscrit de David Mitchell à la Bibliothèque du futur, le 28 mai 2016.
Des Norvégiens assistent avec leurs enfants à la remise du manuscrit de David Mitchell à la Bibliothèque du futur, le 28 mai 2016. (KRISTIN VON HIRSCH / BJORVIKA UTVIKLING)

 

 

 

N'allez pas croire que la fondation ne fait rien pour anticiper l'avenir. "Nous laisserons les recommandations les plus claires possibles à nos successeurs, pour qu'ils assurent la pérennité du projet, garantit la Norvégienne. Et nous avons déjà paré à certaines éventualités : une copie de chaque manuscrit sera conservée dans les archives de la ville, très sécurisées, pour éviter que les manuscrits ne soient perdus." Les écrivains de la Bibliothèque du futur peuvent donc dormir tranquille. "Il y a quelque chose de magique là-dedans, s'enthousiasmait Margaret Atwood sous un parapluie mauve, en 2015, au milieu des jeunes pousses d'épicéas. J'envoie un livre dans le futur."

 

 

C'est comme la Belle au bois dormant. Ces textes vont sommeiller durant cent ans puis (...) revenir à la vie. Margaret Atwood au "Guardian"

 

 

Que découvriront les lecteurs dans ces anthologies ? Qui s'intéressera encore au projet ? "Comme il est étrange de penser que ma propre voix, alors silencieuse depuis bien longtemps déjà, s'éveillera soudainement dans cent ans, ajoutait l'auteure. J'imagine cette rencontre, entre mon texte et un lecteur qui n'est pas encore né, un peu comme le jour où j'ai vu une empreinte de main sur le mur d'une grotte mexicaine restée fermée pendant plus de trois cents ans. (...) Le message était universel. [Cette empreinte] disait : 'Salutations. Je suis passé par là.'" Et 99 auteurs après Margaret Atwood passeront par la forêt de Nordmarka.

 


26/06/2018
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le Progrès du lundi 13 mars 2017

 

 

 

PROSPECTIVE - SELON LE RENSEIGNEMENT AMÉRICAIN

 

 

À quoi ressemblera le monde en 2037 ?

 

 

Donald Trump a trouvé leur rapport sur son bureau en arrivant à la Maison Blanche. Les analystes du renseignement américain ont imaginé ce que pourrait être le monde dans 20 ans.

 

 

Et si la croissance de l'Afrique dépassait celle de l'Asie ? Qu'une tentative d'assassinat aérien pousse le Mexique à interdire les drones de loisir ? Pour l'instant, tout cela relève de la politique-fiction. Mais dans un monde en crise, le champ des possible est plus que jamais ouvert, avertit le conseil national du renseignement américain (CNI), qui vient de rendre son sixième "rapport des tendances mondiales".

 

 

 

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Repli, compétition internationale ou effacement des États ?

 

Élaborée tous les quatre ans, cette analyse destinée à servir de boussole aux dirigeants américains passe rarement inaperçue. D'abord parce qu'elle est publique. Ensuite car il s'agit probablement de l'étude la plus complète menée sur l'évolution du monde. Pendant deux ans, ses auditeurs ont rencontré plus de 2 500 spécialistes du monde entier, lancé des simulations, épluché des études. L'enjeu ? Brosser le portrait-robot de la planète en 2037. Ou plutôt les portraits-robots, selon que ce dernier penchera vers l'un des trois scénarios envisagés.

 

 

Disons-le d'emblée : aucun ne dépeint un avenir idyllique. Le premier, celui des "îles", peut sembler prophétique sachant que l'étude a été réalisée avant l'élection de Donald Trump. Ses caractéristiques ? Une croissance atone, une montée du populisme et une défiance envers la globalisation qui  pousse les principaux États (dont ceux de l'UE) à l'isolationnisme, au risque de laisser se multiplier les crises en d'autres endroits du globe.

 

 

À moins qu'on assiste au grand retour des rivalités régionales, alimenté par la multiplication des crises et la montée du nationalisme. C'est le second scénario, celui des "orbites" et d'une lutte d'influence entre blocs régionaux qui pourrait culminer par l'utilisation de l'arme nucléaire, par exemple entre l'Inde et le Pakistan.

 

 

Quant au troisième scénario, celui des "communautés", il traduirait une montée en puissance des autorités locales, des entreprises privées, des mouvements sociaux ou religieux au détriment des États - qui pourraient toutefois être tentés en réaction à se laisser aller à des dérives autoritaires.

 

 

"Nos scénarios, avec leurs enjeux et leurs opportunités, ne s'excluent pas les uns des autres. L'avenir comprendra sans doute des éléments de chacun", relèvent les auteurs du rapport, qui s'accordent toutefois sur un certain nombre de caractéristiques communes : une exaspération croissante de la population à l'égard des élites, sur fond d'un partage inégal des richesses provoquant un rejet de la mondialisation, la multiplication des crises migratoires, la poursuite du réchauffement climatique qui pourrait provoquer famines ou pénuries d'eau dans certaines parties du globe, le développement de conflits larvés d'un genre nouveau et des menaces terroristes...

 

 

Sans oublier les progrès technologiques, aux conséquences quasiment imprévisibles. Peut-être le rapport de 2037 sera-t-il d'ailleurs rédigé par une intelligence artificielle ? Jean-Michel Lahire

 

 

 

Édition commentée en français : les vingt prochaines années (Les Arènes, préface de Bruno Tertrais). Rapport original en anglais (245 pages) : bit.ly/2iYh0bh

 


15/03/2017
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Hôtel lunaire

 

 

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Hans-Jurgen Rombaut de l'Académie d'Architecture de Rotherdam et Wimberly Allison Tong ont tous les deux imaginés cet hôtel lunaire. La majorité du bâtiment serait construit avec des matériaux déjà présents sur la lune. Ils ont utilisé la gravité propre à la lune (1/81 de celle de la Terre) pour penser ces deux immenses tours. Si le projet fait rêver, rien n'est prévu avant 2050. ©  The Lunatic Hotel


05/07/2016
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Hôtel

 

 

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Les architectes russes Remistudio sont à l'origine de cette incroyable arche de Noé. Toujours dans une optique de gagner du terrain sur la mer mais aussi en cas d'une montée des eaux à cause du changement climatique, ils ont imaginé cet hôtel en forme de sphère (il se déploie également sous l'eau.) L'Ark Hôtel est auto-suffisant grâce à des panneaux solaires et un système de recueil des eaux de pluie. Au centre de l'île se trouve un grand jardin où pourront pousser des espèces végétales menacées. ©  Remistudio

 


05/07/2016
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