L'AIR DU TEMPS

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Franceinfo - le jeudi 2 mai 2019

 

 

RECIT. "UNE BELLE PRISE DE GUERRE" : L'ARRIVÉE DE LÉONARD DE VINCI EN FRANCE, L'ÉNORME COUP DU MERCATO ARTISTIQUE DE LA RENAISSANCE

 

 

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 Léonard de Vinci fignole sa "sainte-anne" dans son atelier du Clos Lucé (Indre-et-Loire), entre 1516 et 1519, où se trouvait également "La Joconde" CESAR HADDAD / FRANCEINFO

 

 

 

Qu'est-ce qui se cache au milieu d'une forêt de bras, juste en dessous des perches à selfies, protégée par un cordon de sécurité, une barrière en bois et un cube de Plexiglas, salle 711 du Louvre ? Vous avez deviné : La Joconde, le tableau le plus connu au monde malgré ses dimensions modestes (77 cm de haut sur 53 de large). Si Monna Lisa exhibe son sourire énigmatique dans l'Hexagone, c'est à son auteur, Léonard de Vinci, qu'on le doit. Quelques années avant sa mort, dont le 500e anniversaire est célébré le 2 mai de cette année, l'artiste italien avait mis le tableau dans une charrette au moment de rejoindre la cour du roi François Ier. Et offert, ou plus exactement vendu, à la France, avec plusieurs chefs-d'œuvre inestimables. Récit d'un transfert hors norme.

 

 

 

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Léonard de Vinci et Michel-Ange peignent leur côté du mur du Palazzo Vecchio de Florence (Italie), au début du XVIe siècle. (JESSICA KOMGUEN / FRANCEINFO) 

 

 

 

 

LÉONARD DE VINCI, L'HOMME DU PASSÉ

 

 

Pas un regard. Personne n'était là pour coucher ce moment sur le papier, mais il est tentant d'imaginer que Léonard de Vinci ne s'est pas retourné une dernière fois pour contempler Rome, l'orgueilleuse cité des papes, quand il est parti, au plus chaud de l'été 1516. Autour de lui, un imposant convoi. L'ambassadeur de France, qui a mené les négociations, ses assistants Melzi et Salai, quelques artistes de passage, quelques serviteurs, une escorte armée et surtout, des chariots pour le matériel. Lors d'un précédent voyage entre Milan et Rome, l'artiste a noté dans ses carnets qu'il y en avait pour 225 kg de bagages. Comptez quelque 15 000 pages de notes, qu'il compte bien mettre en ordre et publier une fois en France, et 250 livres, une bibliothèque inédite pour l'époque. Et trois tableaux encore inachevés pour Léonard, qui ne cache pas son côté perfectionniste : La JocondeLa Vierge, l'Enfant Jésus et sainte-Anne (peinte sur bois, donc impossible à transporter roulée) et le Saint Jean-Baptiste. Trois sur la quinzaine que Léonard a réalisés tout au long de sa vie, ce n'est pas négligeable. 

 

 

 

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Double page d'un des carnets de Léonard de Vinci, acquis par Bill Gates en 2016. (LEEMAGE / AFP)

 

 

 

Son passage à Rome n'a pas laissé un grand souvenir à Léonard. Son dernier mécène, Julien de Médicis, neveu du pape, est mort après une longue agonie. Pire, ses finances avaient commencé à rendre l'âme bien avant son corps. Pour tout logement de fonction, le mécène n'a dégoté à l'artiste qu'un boui-boui dans le bâtiment des artisans du Vatican. Voilà le génie du XVe siècle relégué avec les menuisiers et les miroitiers. "Léonard était considéré comme un vieux peintre un peu fou, un peu vaurien, qui ne peignait plus pour se consacrer à des études bizarres ou interdites, comme l'anatomie", souligne Carlo Vecce, biographe de l'artiste. Ce professeur de littérature à l'université de Naples enfonce le clou : 

 

 

 

Le grand Léonard de Vinci était marginalisé. Oublié.

Carlo Vecce, biographe de Léonard

 

 

 

L'artiste a beau se donner des airs de druide ou de philosophe grec, en laissant largement pousser sa barbe et ses cheveux, il conserve une dent contre les mécènes italiens. Tous. "Les Médicis m'ont créé, les Médicis m'ont détruit", peut-on lire dans ses notes

 

 

 

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Reconstitution de Léonard de Vinci en androïde lors de la Japan Robot Week, le 17 octobre 2018, à Tokyo (Japon). (OLEKSANDR RUPETA / NURPHOTO / AFP)

 

 

 

Prenez aussi les maîtres de Florence au tournant du XVIe siècle, Savonarole et Machiavel, qui proposent à Léonard de décorer un mur du Palazzo Vecchio. Sur le papier, l'offre est alléchante. En réalité, c'est un traquenard. Première tuile : "C'est un boulot assez mal payé", souligne Pascal Brioist, auteur de Léonard de Vinci, homme de guerre (éditions Alma) ou Les Audaces de Léonard de Vinci (chez Stock). Deuxième hic, on lui a collé son ennemi juré, ce crâneur de Michel-Ange, en face de lui. Et le jeunot, de 25 ans son cadet, avance, lui, et ne lésine pas sur la peinture quand Léonard s'entête à tester des enduits de préparation pour le mur. Son travail n'avance pas d'un pouce, et ça se voit. Le camouflet fera le tour des cours italiennes. "On lui préfère une nouvelle génération d'artistes, qu'on installe à des postes importants", poursuit Pascal Brioist. A Rome par exemple, où Léonard retrouve ce poseur de Michel-Ange, auréolé de l'achèvement du plafond de la chapelle Sixtine. Léonard n'a pas voix au chapitre au Vatican depuis l'épisode florentin. Le pape a eu ce mot cruel, rapporté par Vasari, le chroniqueur artistique de l'époque : "Hélas, cet homme ne terminera jamais rien, parce qu'il pense déjà à la fin avant le commencement". 

 

 

Son départ ne cause pas plus d'émoi que ça dans la Botte, à une époque où l'artiste italien s'exporte aussi bien que le footballeur brésilien de nos jours"Les artistes circulaient beaucoup plus facilement qu'on ne le pense, souligne Florence Alazard, maîtresse de conférence à l'université de Tours. On trouve des peintres, des sculpteurs ou des architectes italiens dans les confins de l'Europe, en Pologne, en Hongrie ou en Moscovie. Ça n'est pas du tout lié aux guerres d'Italie, simplement ils vont là où on leur propose un contrat ou un chantier." 

 

 

 

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Léonard de Vinci et François Ier devisant au Clos Lucé (Indre-et-Loire), pendant le séjour de l'artiste en France, entre 1516 et 1519. (CESAR HADDAD, VINCENT WINTER ET AWA SANE / FRANCEINFO)

 

 

 

UN CONTRAT EN OR MASSIF

 

Première halte à Milan, ville sous domination française depuis quelques décennies. Léonard s'y est déjà rendu, attiré par les deniers français, abandonnant au passage le fameux chantier de Florence de 1503. Son séjour devait durer trois mois, il s'éternisera, au grand dam de ses mécènes italiens. Cela fait vingt ans que la France courtise l'artiste. Charles VIII et Louis XII ont tenté de le débaucher. Le premier a même tenté de faire déménager un mur d'un palais milanais sur lequel Léonard avait peint une fresque. En vain, sous peine de voir s'effondrer le bâtiment ou de perdre la fresque. Le second aurait demandé à Léonard de faire un peu d'espionnage pour le compte de la France, l'air de rien. La troisième tentative sera la bonne. Comment ne pas succomber au charme de François Ier, tombé dans la marmite de l'art quand il n'était qu'un marmot promis au trône de France (bien que ne descendant pas directement du roi) ? "Davantage que ma couronne, tu seras le joyau de mon royaume", le flatte le roi dans sa lettre.

 

 

 

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Bas-relief représentant la bataille de Marignan dans la basilique de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), sur le tombeau de François Ier. (PHILIPPE LISSAC / GODONG / AFP)

 

 

 

 

Couronné en 1515, ce géant de près de deux mètres connaît un véritable état de grâce au début de son règne. Principal coup d'éclat : une victoire militaire face aux Suisses à Marignan, dont on oublie qu'elle fut la bataille la plus meurtrière depuis l'Antiquité. François a dans un coin de sa tête l'ambition de se faire élire à la tête du Saint-Empire romain germanique, dont le titulaire du poste, Maximilien Ier, agonise à petit feu. Pour cela, il lui faut engranger les succès militaires et se tailler une image de patron de l'Europe. "François Ier est l'un des premiers rois à avoir une communication véritable sur son image, insiste Pierre-Gilles Girault, actuel conservateur du monastère royal de Brou (Ain), qui a organisé l'exposition François Ier, images d'un roi, de l'histoire à la légende.

 

 

 

Il avait clairement l'intention d'utiliser la culture pour renforcer son 'soft power', et de faire du royaume de France la nouvelle Rome.

Pierre-Gilles Girault, spécialiste de François Ier

 

 

 

Cela passe par un objectif, et un seul : attirer Léonard de Vinci dans ce qui n'est pas encore un hexagone.

 

 

Léonard a tapé dans l'œil de François Ier sans le faire exprès. Jan Sammer, auteur du livre Leonardo da Vinci: The Untold Story of His Final Years, suppose que c'est en tombant sous le charme de sa fameuse tapisserie représentant La Cène, exposée dans le réfectoire d'un couvent dominicain de Milan, qu'il aurait donné carte blanche à ses ambassadeurs pour débaucher l'artiste. "Si cela s'est produit comme lorsqu'il a tenté de débaucher Fra Bartolomeo, il a joint à son invitation une forte somme d'argent pour le voyage. C'était comme ça qu'on procédait à l'époque", abonde l'universitaire. D'autres évoquent une rencontre directe, lors de négociations entre le pape – Léonard faisait partie de sa suite – et le roi près de Bologne, en décembre 1515.

 

 

Aucune source ne retrace ce qui se passe jusqu'en mars 1516, quand une lettre de Bonnivet, favori du roi, somme l'ambassadeur de mettre Léonard sur un cheval et de l'accompagner en France. Sur un cheval ? Tout sexagénaire qu'il est, Léonard est encore capable de monter en selle, comme en attestent les reçus laissés aux écuries du roi quand il empruntait une monture.

 

 

 

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Statue du roi François Ier, par un sculpteur inconnu du XIXe siècle, exposée au château de Chambord (Loir-et-Cher). (MANUEL COHEN / AFP)

 

 

 

Pour son dernier contrat, Léonard a fait exploser la grille des salaires du royaume de France, probablement sans avoir pu faire jouer la concurrence et peut-être même sans avoir négocié. Il obtient une confortable rente de 2 000 livres tournois, soit l'équivalent de la rente annuelle versée aux généraux d'élite de l'armée. "A titre de comparaison, le peintre officiel de la cour, Jean Clouet, touche dix fois moins", souligne Laure Fagnart, chercheuse belge à qui on doit l'ouvrage Léonard de Vinci en France (éd. L'Erma Di Bretschneider, 2009). Si les domestiques restent à sa charge, son assistant Melzi se voit offrir 400 livres annuelles. Deux fois plus que ce malheureux Clouet, décidément pas si bien en cour. Cerise sur le gâteau, François Ier lui offre le gîte, en lui prêtant le manoir du Cloux (qui deviendra Clos Lucé par la suite), situé juste à côté d'Amboise (Indre-et-Loire), épicentre d'une cour itinérante le long de la Loire, qui va de château en château. Ou plus exactement d'auberge dans la vieille ville à des tentes sur un pré, les châteaux royaux de l'époque étant sous-dimensionnés pour recevoir la cour. A Amboise, le vieillard sera ainsi bien au chaud devant sa cheminée quand il regardera par la fenêtre les moins bien lotis grelotter sous leur tente.

 

 

Un coup d'œil à la liste des locataires des lieux suffit pour mesurer l'honneur qui est fait au vieil Italien : "Le château appartient à Louise de Savoie, la mère du roi, et après la mort de Léonard, c'est la sœur du roi qui viendra s'y installer", précise Laure Fagnart. On pourrait avancer que Léonard débarque en qualité de premier peintre et d'ingénieur en chef du royaume, et que sa tâche ne consiste pas simplement à barbouiller quelques toiles. Ça, c'est sur le papier

 

 

 

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Léonard de Vinci et son escorte lors de leur traversée des Alpes pour se rendre en France, à l'été 1516. (CESAR HADDAD ET AWA SANE / FRANCEINFO)

 

 

 

LA GRANDE TRAVERSÉE

Traverser les Alpes quand on a 60 ans passés, suivi d'un chargement qui vaut une petite fortune, le tout dans un XVIe siècle tumultueux, n'a rien d'une sinécure. L'équipage de Léonard a probablement différé son départ, initialement prévu en mars, à cause d'une offensive de mercenaires en Lombardie au printemps. Sous-payés par le Saint-Empire romain germanique, les traîne-rapière se transforment bien vite en bandits de grand chemin. La région n'est pas sûre. Il va pourtant falloir la traverser. C'est début septembre qu'est donné le signal du départ. Le temps presse pour franchir les sommets avant les premiers grands froids.

 

 

 

 

Un messager, qui changeait régulièrement de chevaux à chaque relais de poste, mettait environ une semaine à couvrir la distance entre Amboise et Rome. Léonard va mettre deux mois et demi.

Jan Sommer, auteur de Leonardo da Vinci : The Untold Story of His Final Years

 

 

 

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Hors de question d'emprunter la route la plus directe, qui passe par Chambéry. Léonard et sa troupe choisissent un chemin plus lent, mais balisé de nombreux refuges tous les dix kilomètres, qui les emmène à 3 000 mètres d'altitude. "Le voyage a probablement été fait à travers les Alpes, la Vallée d'Ossola, le col du Simplon et la vallée du Rhône, jusqu'à Genève", décrit Carlo Vecce. Dans ses jeunes années, Léonard a été l'un des premiers alpinistes, gravissant le Mont-Rose (à la frontière italo-suisse) pour en dessiner la vue. A l'époque, le climat à haute altitude est moins rude qu'aujourd'hui, décrit Angelo Recalcati dans la revue spécialisée Raccolta Vinciana : "Jusqu'à la fin du XVe siècle, les Alpes se trouvaient dans une situation climatique caractérisée par des températures moyennes élevées, avec pour conséquence une forte réduction des surfaces glaciaires."

 

 

Les historiens estiment l'équipage de Léonard à une vingtaine de personnes, soit environ la moitié de l'escorte du cardinal Luigi d'Aragona (Louis d'Aragon), qui a fait le même voyage un an plus tard. Estimation encore, car il n'existe nul récit des soirées dans les refuges de la troupe. Imagine-t-on Léonard, qui a par le passé été embauché pour amuser les princes, se livrer à des one-man-show de mots d'esprit au coin du feu ? Le musicien qui l'accompagne, taquiner les cordes de sa guitare, alors que les palefreniers soignent les chevaux, que sa fidèle cuisinière Mathurine prépare le potage et que d'autres domestiques étendent le linge pour qu'il sèche ? On trouve ensuite trace du passage de l'équipée à Genève, puis à Roanne, où le barda de Léonard a probablement été embarqué sur un bateau afin de remonter vers Amboise, via la Loire.

 

 

 

 

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Le château d'Amboise (Indre-et-Loire), principal siège de la cour de France du temps de François Ier. (LEROY FRANCIS / HEMIS.FR / HEMIS.FR / AFP)

 

 

 

Voilà pour l'hypothèse la plus probable. Ce qui ne convainc pas tout le monde, à commencer par le chef de file des "léonardologues" en France, Pascal Brioist : "C'était quand même plus simple d'embarquer sur un bateau à Rome, puis de changer d'embarcation à Marseille pour remonter le Rhône, non ? Il y aurait bien eu quelques problèmes de rupture de charge dans la partie finale, mais c'était quand même beaucoup moins dangereux que de traverser à cheval. C'est certes plus cinématographique, mais bien moins pratique." 

 

 

Aucun historien n'a encore tranché la question. Ce qui est certain, en revanche, c'est que Léonard de Vinci arrive à Ambroise à l'automne.

 

 

 

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Le château du Clos Lucé (Indre-et-Loire), alors appelé manoir du Cloux, dernière demeure de Léonard de Vinci, lors de son séjour en France entre 1516 et 1519. (CESAR HADDAD ET AWA SANE / FRANCEINFO)

 

 

 

UNE LÉGENDE TROP BELLE POUR ÊTRE VRAIE

Oubliez le tapis rouge, les cotillons, les plus hauts dignitaires du royaume en rang d'oignons pour accueillir le maître. Quand Léonard de Vinci arrive au Clos Lucé pour prendre possession de sa dernière demeure, le roi est dans la région, mais pour la naissance de sa deuxième fille, Charlotte. "Selon la tradition orale, il s'est rendu à la rencontre de Léonard en compagnie de sa mère pour l'accompagner sur les derniers kilomètres", avance Catherine Simon Marion, déléguée générale du château du Clos Lucé. "Une marque d'égard très importante." Le roi a beau être pressé, il n'acquiert pas aussitôt les toiles que Léonard a transportées dans son périple. Il attendra la mort du maître pour les acheter à ses assistants. De toute façon, pour Léonard, un tableau n'est jamais vraiment terminé : il peaufine encore les bleus de sa Sainte-Anne (commencée en 1500 !) au Clos Lucé, alors qu'il souffre d'une paralysie de la main droite, probablement la séquelle d'un AVC. On lui prête cet aphorisme révélateur : "Les détails font la perfection, mais la perfection n'est jamais un détail."

 

 

 

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Le château du Clos Lucé (Indre-et-Loire), où Léonard de Vinci a passé les trois dernières années de sa vie. (A.J.CASSAIGNE / PHOTONONSTOP / AFP)

 

 

 

 

Même réduit, son emploi du temps ne lui permet guère de mondanités. "Son insertion dans le milieu culturel français de l'époque est assez imprécise", abonde Laure Fagnart. Agé et disposant d'un confortable atelier à domicile, il ne se mélange que peu avec ses collègues, même si Amboise abrite une forte colonie italienne. "Léonard n'a pas pris une place telle qu'il a empêché les autres artistes de travailler, appuie Florence Alazard. C'était avant tout une prise de guerre, il n'était pas là pour s'occuper du quotidien artistique de la cour."

 

 

 

"Ici, Léonard, tu seras libre de penser et de travailler", lui aurait laissé en guise de consigne François Ier, dont la réputation de laisser la bride sur le cou aux artistes a beaucoup fait pour l'attractivité du royaume. De fait, Léonard n'est pas assailli de commandes sitôt arrivé en France. "Il ne croulait pas sous le travail", euphémise Laure Fagnart. Le grand œuvre pour lequel Louise de Savoie l'a fait venir, construire un château immense à Romorantin, est retardé pour cause de peste dans le fief de la reine mère. C'est probablement sur ce projet-là que François Ier a attiré Léonard. Un défi à la mesure de l'ingénieur-architecte spécialiste d'hydraulique : bâtir un château de 400 mètres de large, capable d'accueillir toute la cour, comme Louis XIV le fera avec Versailles plus d'un siècle plus tard. A titre de comparaison, le plus grand château que François Ier fera sortir de terre, Chambord, ne mesure que 100 mètres. 

 

 

 

Mais on se méprend sur les relations entre l'artiste et le roi. Si les spécialistes s'accordent à dire que François Ier, qui a perdu son père très jeune, a vu dans Léonard "une figure paternelle ou même grand-paternelle"(Pascal Brioist), il serait faux d'imaginer le roi empruntant quotidiennement le tunnel qui unit en secret les deux maisonnées. "Il était courant que des tunnels relient les châteaux royaux à des manoirs avoisinants. Celui-ci n'a pas été spécialement creusé pour Léonard", précise Catherine Simon-Marion, qui n'ouvre le fameux tunnel qu'à des visiteurs triés sur le volet au Clos-Lucé. Témoignage de première main du sculpteur Benvenuto Cellini à Vasari, le fameux biographe des stars de l'époque : "Le roi était tombé amoureux de ses vertus et prenait un si grand plaisir à l'entendre converser qu'il passait chez lui plusieurs jours de l'année." Guère plus, à en croire le spécialiste, historien de l'art, Eugène Müntz : le roi ne séjourne à Amboise que six semaines fin 1516, quinze jours en 1517 et deux gros mois en 1518.

 

 

 

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Le tableau "François Ier reçoit les derniers soupirs de Léonard de Vinci" (1818), de Jean-Auguste-Dominique Ingres, exposé au Petit Palais de Paris. (AFP / LEEMAGE)

 

 

 

"Leurs rencontres n'étaient pas si fréquentes que la légende le prétend", insiste Laure Fagnart. Et le roi n'a pratiquement pas vu Léonard durant la dernière année de sa vie, tout occupé qu'il était à faire la tournée des châteaux de France. Quand Léonard rend son dernier soupir, il se trouve en région parisienne. La scène d'un François Ier au chevet du génie quand il passe de vie à trépas, immortalisée notamment par Ingres, relève de la légende urbaine"On trouve trace de cette légende, fabriquée a posteriori, assez vite, avance Pierre-Gilles Girault. Peut-être même a-t-elle été diffusée par François Ier et son entourage, pour montrer la connivence qu'il entretenait avec Léonard."

 

 

Texte : Pierre Godon

 


02/05/2019
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Franceinfo - le lundi 25 mars 2019

 

 

VRAI OU FAKEJack l'Eventreur enfin identifié ? On vous explique pourquoi cette nouvelle étude ne prouve rien

 

 

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Camille CaldiniFrance Télévisions
 

 

 

Publiée mi-mars, une étude menée par deux chercheurs prétend révéler l'identité du tueur en série grâce à une trace ADN. Mais leur méthodologie est très contestée

 

 

 

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Sur cette illustration, la police découvre le cadavre d'une femme, probablement Catherine Eddowes, à Londres, en septembre 1888. (HULTON ARCHIVE / HULTON ARCHIVE / GETTY IMAGES)

 

 

 

 

C'est l'un des meurtriers les plus célèbres et, pourtant, on ne connaît toujours pas son identité. Le mystérieux Jack l'Eventreur, tueur en série qui a sévi à Londres, à la fin du XIXe siècle, continue d'obséder quelques historiens, généticiens et généalogistes, persuadés de pouvoir élucider ce mythique cold case.

 

 

Une nouvelle étude, publiée mardi 12 mars dans le Journal of Forensic Sciences (en anglais), prétend confirmer, analyses ADN à l'appui, l'une des principales pistes de la police de l'époque : Aaron Kosminski, un barbier polonais, serait bien Jack l'Eventreur. Mais ces travaux, qui relancent une théorie déjà publiée en 2014, doivent être pris avec la plus grande précaution.

 

 

 

C'est quoi, déjà, l'histoire de Jack l'Eventreur ?

Bienvenue à Londres, en 1888, dans l'Angleterre victorienne. La capitale est la ville la plus peuplée du monde, la révolution industrielle bat son plein. D'immenses quartiers ont poussé très vite pour loger une population grandissante en quête de travail. Dans l'est de Londres, Whitechapel voit s'entasser des dizaines de milliers de personnes "dans la misère et la crasse", comme le résume notre blogueur féru d'histoire Jean-Christophe Piot. La vie y est plus que précaire, la violence est partout, comme la maladie.

 

 

Dans cette atmosphère déjà difficilement respirable, une série de meurtres vient ajouter la terreur au dénuement. En trois mois, cinq femmes sont victimes d'assassinats barbares : Mary Ann Nichols, Annie Chapman, Elizabeth Stride, Catherine Eddowes (également appelée Kate Conway), Mary "Ginger" Kelly. Les corps sont retrouvés presque décapités, certains organes sont retirés, les visages et les organes sexuels tailladés. Les victimes ont toutes une quarantaine d'années, sauf la dernière qui a tout juste 25 ans. Contrairement à ce qui est souvent écrit, il n'y a aucune preuve qu'elles aient eu en commun d'être des prostituées. Mais elles étaient pauvres, certaines étaient sans abri, d'autres mariées et employées (de maison, par exemple), comme l'explique Hallie Rubenhold, qui leur a consacré un livre, au site HistoriaExtra (en anglais). A ces assassinats commis en 1888 à quelques rues de distance sont parfois ajoutés six autres, sans que personne puisse les relier aux cinq crimes dits "canoniques".

 

 

Pendant ces trois mois, des lettres sont adressées à la presse, signées "Jack" ou "Jack the Ripper". L'un de ces courriers est accompagné d'un morceau de rein humain. "L'autre morceau, je l'ai frit et mangé, c'était très bon", écrit l'auteur. La pression médiatique et populaire sur Scotland Yard est écrasante, l'enquête difficile. Car les indices sont maigres. Un témoin pense avoir aperçu une silhouette en chapeau et long manteau. Et un message accusant des juifs est inscrit à la craie sur un mur du quartier de Whitechapel. Pour éviter des violences contre la communauté juive, la police efface l'inscription. Les crimes ne seront jamais élucidés. Sont-ils le fait d'un seul tueur en série ? Ou bien de plusieurs meurtriers qui se seraient copiés entre eux ? A l'époque, la police identifie sept suspects, mais ne trouve aucun coupable.

 

 

 

Il y a une nouvelle théorie sur son identité ?

Dans un article publié par le Journal of Forensic Sciences (en anglais), le biochimiste Jari Louhelainen, de l'université John Moores de Liverpool, et son confrère David Miller, expert en reproduction et fertilité masculine à l'université de Leeds, examinent ce qu'ils pensent être "la seule preuve physique liée à ces meurtres, prélevée sur l'une des scènes de crime". En l'occurrence, un châle en soie retrouvé à côté du corps de Catherine Eddowes, la quatrième victime, taché de ce qui pourrait être du sang et du sperme.

 

 

Les deux scientifiques estiment que d'après leurs tests sur ces taches, "les séquences ADN complétées correspondent à la victime et au suspect". Ils affirment avoir mené "l'analyse ADN la plus systématique et la plus avancée à ce jour concernant les meurtres de Jack l'Eventreur". Leur étude conclut que "toutes les données collectées soutiennent l'hypothèse selon laquelle le châle porte le matériel biologique de Catherine Eddowes et que les séquences d'ADN mitochondrial obtenues à partir des taches de sperme correspondent aux séquences de l'un des principaux suspects de la police de l'époque, Aaron Kosminski".

 

 

Aaron Kosminski était un barbier, juif polonais, qui a vécu à Whitechapel. Né en 1865, il est arrivé en Angleterre en 1882 avec des membres de sa famille, probablement pour fuir les pogroms dans l'Empire russe. Scotland Yard l'a interrogé, comme d'autres suspects, à l'époque des faits, après des accusations portées par un autre juif polonais. Mais le témoin s'est rétracté et, faute de preuves, la police l'a relâché. Aaron Kosminski a par la suite été interné de longues années pour des troubles schizophréniques. Il est mort en 1919.

 

 

 

C'est scientifique, alors c'est crédible, non ?

Même en admettant que les chercheurs aient bien trouvé le sperme d'Aaron Kosminski sur un châle ayant appartenu à Catherine Eddowes, cela ne prouve pas le meurtre. Tout au plus une relation sexuelle entre ces deux personnes. Une relation qu'on ne peut pas prouver, ni exclure, les deux ayant fréquenté Whitechapel et la victime s'étant occasionnellement prostituée.

 

 

L'étude est par ailleurs truffée d'incertitudes, soulevées par de nombreux experts depuis la publication.

 

 

Un échantillon d'origine incertaine. Le généticien Adam Rutherford a rappelé en quelques tweets l'origine douteuse du châle sur lequel a été prélevé le "matériel biologique" utilisé par les auteurs de l'étude. Ce serait le seul vêtement de Catherine Eddowes encore conservé, selon lui. Et depuis 130 ans, il est passé de mains en mains, gardant peut-être au passage le matériel biologique d'un nombre indéfini de personnes. "Non seulement son propriétaire a été photographié tenant le châle à mains nues, mais il a en plus, apparemment, été en présence des descendants [de Catherine Eddowes] qui ont servi à comparer l'ADN", déplore Turi King, généticienne, sur Twitter (en anglais).

 

 

Un ADN mitochondrial peu bavard. Les deux chercheurs ont utilisé de l'ADN mitochondrial pour lier les taches au suspect. Pour faire très simple, les mitochondries sont les piles de nos cellules. Ces piles produisent, stockent et distribuent l'énergie nécessaire à leur fonctionnement et leur survie. Elles ont leur propre ADN, assez simple à décoder et qui peut être conservé pendant des milliers d'années.

 

 

Mais cet ADN mitochondrial n'est transmis que par la mère. Il est impossible qu'un suspect masculin l'ait transmis à des descendants, comme l'explique encore Turi King (connue pour avoir identifié Richard III grâce à son ADN) sur Twitter. Dans le meilleur des cas, l'ADN mitochondrial peut relier ces descendants à la mère du suspect, pas à lui directement.

 

 

En outre, en criminologie, l'ADN mitochondrial n'est fiable que pour exclure un lien entre deux personnes. Car des séquences identiques peuvent être portées par un très grand nombre de personnes. Conséquence : si un suspect ne porte pas de séquence commune avec un échantillon de référence (une trace de sperme sur un châle, par exemple), on peut l'écarter totalement. Mais s'il y a des points communs, cela ne peut pas suffire à l'incriminer (contrairement à l'ADN nucléaire, propre à chacun).

 

 

Un article peu précis. Les auteurs ne donnent que peu d'éléments précis quant à leur méthodologie : les séquences ADN de référence (prélevées sur des descendants) ne sont pas publiées. "A la place, il y a un graphique avec des séries de carrés de couleur", regrette le magazine Science (en anglais)"Comment cela a-t-il pu être publié ?" s'interroge Turi King face à cette absence de données précises. Les chercheurs arguent que leur publication est ainsi plus accessible aux non scientifiques.

 

 

 

Il y en a beaucoup, des théories comme ça ?

La théorie soutenue par Jari Louhelainen et David Miller n'est pas nouvelle. En 2014 déjà, Russell Edwards, homme d'affaires passionné par l'enquête sur les meurtres de Jack l'Eventreur, défendait cette version des faits dans son livre Jack l'Eventreur démasqué. Le détective amateur avait commandé une étude génétique au même Jari Louhelainen. Et, déjà, le généticien Adam Rutherford avait démonté cette hypothèse, dans une émission de la BBC, estimant que cette histoire de châle ne tiendrait pas longtemps devant un tribunal aujourd'hui.

 

 

Au fil des ans, la liste des suspects, plus ou moins sérieux, s'est allongée pour compter une centaine de noms et autant de théories, dont aucune n'est solide. On y trouve même Lewis Carroll, auteur des Aventures d'Alice au pays des merveilles, depuis qu'un de ses biographes a affirmé que certains textes de l'écrivain seraient en fait des aveux dissimulés sous forme d'anagrammes.

 

 

 

Mais alors, est-ce qu'on saura un jour qui était Jack l'Eventreur ?

Non, et peut-être faut-il arrêter d'essayer. "Il y a une industrie colossale autour des meurtres de cinq femmes par un homme connu sous le nom de Jack l'Eventreur. La question de son identité, j'en suis sûr, ne sera jamais réglée", affirme Adam Rutherford. Pour lui, ces publications constituent de "la science désastreuse et de l'histoire désastreuse" fondées sur "une vision fantasmée des meurtres brutaux de cinq femmes. Et nous devrions tous essayer d'être meilleurs que cela.

 


25/03/2019
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Franceinfo - le vendredi 22 mars 2019

 

 

GRAND FORMAT. En 1922, la rocambolesque découverte du tombeau de Toutankhamon, le pharaon oublié

 

 

 

Texte : Camille Caldini

 

 

 

 

De l'or pur, des pierres précieuses et un visage reconnaissable entre mille. Le masque funéraire de Toutankhamon est aussi emblématique de l'Egypte antique que les grandes pyramides. Il n'est pourtant qu'un petit roi oublié, écrasé par d'autres figures pharaoniques, lorsque l’archéologue Howard Carter ouvre son tombeau en 1922. Cléopâtre est déjà une star de cinéma, mais seule une poignée d'érudits connaît l'existence de Toutankhamon.

 

 

Rangez Les Cigares du pharaon dans la bibliothèque et oubliez un moment Indiana Jones. Avant l'ouverture, à la Grande Halle de la Villette, à Paris, d'une vaste exposition d'objets du trésor de Toutankhamon, samedi 23 mars, franceinfo vous transporte dans les années 1920, aux confins du désert égyptien, à la découverte du tombeau de l'enfant roi.

 

 

ans un désert de calcaire encaissé, sur la rive ouest du Nil, se cache la Vallée des Rois. C'est là, à 600 kilomètres au sud des ostentatoires pyramides de Gizeh, que les derniers pharaons ont tenté de cacher leurs sépultures, pour s'assurer un peu de quiétude dans leur vie après la mort. Cela n'a pas suffi : presque toutes leurs tombes ont été visitées et vidées par des pilleurs, dès l'Antiquité.

 

 

Presque toutes. Un roi, oublié de l'histoire, pourrait bien y avoir échappé. Il s'appelle Toutankhamon et on sait peu de choses de sa vie et de son règne. "King Tut" (comme l'appellent les Anglo-Saxons) est le fils d'Akhenaton. Celui-ci a marqué son temps avec une réforme religieuse controversée. Sa tentative d'imposer le culte d'Aton, en interdisant les autres dieux et en fermant leurs temples, a plongé l'empire égyptien dans la crise.

 

 

 

Quand Toutankhamon accède au trône, vers l'âge de 9 ans, ses puissants conseillers s'efforcent de rétablir le polythéisme mis à mal par son père et d'apaiser la colère du clergé. Mais dans les registres officiels, les successeurs d'Akhenaton seront quand même effacés comme de mauvais souvenirs, punis pour leur lien avec le "pharaon hérétique". Toutankhamon sera oublié, son tombeau et son trésor, cachés dans la Vallée des Rois, aussi.

 

 

 

Des siècles après les pillards, les archéologues occidentaux ratissent à leur tour le secteur, en quête d'indices qui permettraient de comprendre cette civilisation encore mystérieuse, qui fascine l'Occident. Au début du XXe siècle, la Vallée est accessible aux touristes fortunés, qui se pressent pour visiter des tombeaux souterrains – les hypogées – éclairés à l'électricité. Celui de Ramsès VI, richement décoré, est une attraction.

 

 

 

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 Chambre funéraire de Ramsès VI, photographiée en 1890, dans la Vallée des Rois, en Egypte. (PRINT COLLECTOR / HULTON FINE ART COLLECTION / GETTY IMAGES)

 

 

 

Depuis plusieurs décennies, Français et Britanniques jouent des coudes pour l'occupation de l'Egypte, et l'archéologie n'est pas exempte de ces luttes de pouvoir. "Il y a d'un côté un protectorat britannique qui ne dit pas son nom, et de l'autre des Français, qui ont déchiffré les hiéroglyphes, fondé le service des antiquités égyptiennes et considèrent officieusement l'Egypte comme une possession", explique à franceinfo Eric Gady, historien et auteur d'une thèse sur l'archéologie de l'Egypte antique pendant la période coloniale.

 

 

 

Les Britanniques mènent des fouilles privées avec le soutien de musées en échange du partage des découvertes ; les Français affirment leur présence avec une démarche plus scientifique.

Eric Gady, historien

 

 

 

Le traité d'entente cordiale signé en 1904 officialise cette répartition. L'égyptologie est si importante qu'elle est mentionnée dès le premier article : "La direction générale des antiquités en Egypte continuera d'être, comme par le passé, confiée à un savant français." Dix ans plus tard, les Britanniques instaurent "un vrai protectorat", mais "les Egyptiens ne supportent plus cette situation", explique encore Eric Gady. "La révolution égyptienne de 1919 mettra en place un gouvernement nationaliste, qui chassera progressivement les Britanniques", poursuit-il.

 

 

Peu intéressé par la géopolitique, un égyptologue entêté a la conviction que le désert n'a pas tout dit. Howard Carter est arrivé en Egypte à 17 ans, comme illustrateur. Et ce jeune Britannique a gagné progressivement ses galons et le respect de ce petit milieu, y compris chez les Français. Ce fouilleur méticuleux est prêt à retourner chaque pierre de la Vallée pour traquer les pharaons oubliés par ses collègues, en particulier l'obscur Toutankhamon.

 

 

Son potentiel n'échappe pas à l'influent Gaston Maspero, chef du service des antiquités égyptiennes. En 1899, à l'âge de 24 ans, Howard Carter devient inspecteur général des monuments de Haute-Egypte puis, en 1904, inspecteur des antiquités de Basse-Egypte, avec sous sa responsabilité les grandes pyramides.

 

 

Un an plus tard, en 1905, un groupe de touristes français éméchés tente de forcer l'entrée de la nécropole de Saqqarah et d'un camp d'archéologues. Prévenu, Howard Carter autorise les gardes égyptiens à se défendre. Si les touristes donnent une autre version des faits, le résultat est là : des chaises sont cassées, des gardes blessés. Les Français réclament des excuses, Carter refuse. La bagarre vire à l'incident diplomatique entre Paris et Londres. Quelques mois plus tard, l’archéologue est contraint de démissionner. Il reste en Egypte, où il survit en vendant des aquarelles aux touristes.

 

 

C'est à nouveau Gaston Maspero qui le tire d'affaire, en lui présentant, en 1908, George Herbert, dit Lord Carnarvon. Sur les conseils de son médecin, cet aristocrate anglais se remet lentement d'un grave accident de la route sous le soleil d'Egypte. Il trompe l'ennui en s'intéressant aux fouilles archéologiques. L'improbable duo a peu d'atomes crochus, mais se découvre une envie commune : trouver Toutankhamon. Lord Carnarvon a de l'argent, Howard Carter, du savoir et de la persévérance.

 

 

Mais la concession qui les intéresse, dans la Vallée des Rois, appartient à Theodore Davis. Cet avocat d'affaires new-yorkais et égyptologue chevronné, pour qui Carter a déjà travaillé, pense avoir tout exploré. Après plus de vingt ans dans la nécropole, il a découvert les tombeaux d'Hatchepsout, de Thoutmosis IV, d'Akhenaton…

 

 

 

Je crains que la Vallée ne soit maintenant épuisée.

Theodore Davis (1912)

 

 

 

Ce n'est qu'en 1915 que Lord Carnarvon récupère la concession de Davis. Mais la Première Guerre mondiale met aussitôt un coup d'arrêt aux travaux archéologiques. Howard Carter ne débute réellement les fouilles qu'en 1917 et, pendant les cinq années qui suivent, ses trouvailles sont bien maigres. De quoi décourager son mécène, dont la santé se dégrade.

 

 

 

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A gauche, l'aristocrate Lord Carnarvon, à droite, l'égyptologue Howard Carter, dans la Vallée des Rois (Egypte), en 1922. (HULTON ARCHIVE / ARCHIVE PHOTOS / GETTY IMAGES)

 

 

 

L'arrivée d'un nouveau directeur au service des antiquités égyptiennes, le Français Pierre Lacau, n'arrange rien. "Il a l'intention de mettre fin à un système de partage qui consistait à diviser en deux lots égaux le résultat des fouilles, puis à les partager entre le fouilleur et l'Etat égyptien", explique l'historien Eric Gady. Plus question pour les riches Anglo-Saxons d'emporter chez eux des souvenirs de fouilles, Pierre Lacau souhaite que les trésors dénichés restent en Egypte. Pour Lord Carnarvon, la recherche de Toutankhamon ne serait alors plus qu'un gouffre financier.

 

 

 

Frustré et découragé, l’aristocrate convoque Howard Carter dans son château anglais de Highclere, à l'été 1922. Il veut tout arrêter. Mais l'archéologue tente un coup de poker. Il prétend pouvoir poursuivre les fouilles sur ses propres fonds. En a-t-il vraiment les moyens ? Bluffe-t-il ?

 

 

Ou bien a-t-il déjà pris contact avec un autre mécène ? L'histoire ne le dit pas, mais, à l'issue du rendez-vous, Lord Carnarvon accorde une dernière chance à l'égyptologue : une ultime saison de fouilles. Il ne le regrettera pas. Peu après la reprise des chantiers, le 5 novembre 1922, l'aristocrate reçoit un télégramme d'Howard Carter. "Avons enfin fait une merveilleuse découverte dans la Vallée : une magnifique tombe avec sceaux intacts. Tout recouvert en attendant votre arrivée. Félicitations."

 

 

 

"Partout, le scintillement de l'or"

 

La veille de ce télégramme, au matin du 4 novembre 1922, Howard Carter arrive sur un chantier d'un calme inhabituel. Les ouvriers égyptiens s'échinent depuis plusieurs jours à déblayer des gravats, en contrebas de l'entrée de la tombe de Ramsès VI. L'archéologue et son équipe y ont retrouvé des alignements de pierres, vestiges d'antiques abris de chantier provisoires. Plus d'un mètre de décombres a déjà été dégagé. Surprise, sous les remblais d'une des cabanes, un ouvrier a repéré un angle droit. Une marche creusée dans la roche.

 

 

Il faut deux journées complètes pour libérer l'escalier, en bas duquel Howard Carter identifie une porte scellée. "Devant nous apparut la preuve qu'il s'agissait de l'entrée d'une tombe et, d'après les sceaux, qu'elle était intacte", écrit-il le lendemain. Mais qui repose ici ? Pour l'égyptologue, tout indique qu'il s'agit "d'une personne haut placée".

 

 

S'il avait dégagé deux marches de plus, Howard Carter aurait tout de suite compris à quelle "personne haut placée" il avait affaire : le pharaon tant espéré, Toutankhamon. Mais il attend l'arrivée de Lord Carnarvon et sa fille Lady Evelyn, fin novembre, pour reprendre le travail. Quand l’égyptologue dégage enfin le seuil de la porte, il comprend que la tombe n'est en fait pas intacte. Elle a subi au moins deux tentatives de pillage, dans l'Antiquité, avant d'être refermée du sceau officiel de la nécropole.

 

 

De quoi doucher l'enthousiasme de Carter. Et à l'inquiétude s'ajoute la confusion. Certes, il a bien lu le nom de Toutankhamon sur le bas de la porte. Mais il a aussi retrouvé, sur des débris, ceux d'Akhenaton, d'Amenhotep III, de Thoutmosis… L'explorateur redoute d'avoir mis au jour une simple cache, comme cela s'est déjà produit dans le passé.

 

 

 

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L'égyptologue Howard Carter (à gauche) et son mécène Lord Carnarvon posent lors de l'ouverture officielle de la tombe de Toutankhamon, le 26 novembre 1922, dans la Vallée des Rois (Egypte). (GRAPHICAARTIS / HULTON ARCHIVE / GETTY IMAGES)

 

 

 

Un corridor de près de 10 mètres met sa patience à l'épreuve. Le long de cet étroit couloir, d'autres décombres trahissent le passage de pilleurs. C’est avec anxiété qu'Howard Carter se trouve à nouveau face à une porte scellée, visiblement refermée à plusieurs reprises dans l'Antiquité. Avec une barre à mine, l'égyptologue perce un coin de la porte et y glisse une bougie.

 

 

 

 

L'air chaud, en s'échappant, fit vaciller la flamme, mais dès que mes yeux s'accommodèrent à l'obscurité, l'intérieur de la chambre se dessina, avec son étrange mélange d'objets merveilleux et magnifiques empilés les uns sur les autres.

Howard Carter

 

 

 

 

"Voyez-vous quelque chose ?" s'impatiente Lord Carnarvon. "Oui, c'est merveilleux", bafouille Carter, avant d'élargir l'ouverture pour faire une place à son mécène. Dans son journal, l'archéologue liste une "collection de trésors" et "partout le scintillement de l'or" : deux statues noir ébène d'un roi aux sandales dorées, des lits à têtes de lion, des coffres délicatement peints, des fleurs, des vases d'albâtre…

 

 

Si l'on en croit les notes d'Howard Carter, l'exploration s'arrête là, le 26 novembre 1922. La brèche est colmatée, des ouvriers sont chargés de monter la garde pour la nuit et les Britanniques retrouvent leur hôtel pour échanger leurs impressions confuses. Officiellement, le premier objet ne sort du tombeau que le 27 décembre et la chambre funéraire n'est ouverte, en grande pompe, que le 16 février de l'année suivante.

 

 

Carter fait mine de respecter les règles d'usage, qui lui interdisent d'aller plus loin sans la présence d'un inspecteur du service des antiquités égyptiennes. Il ne faudrait pas s'attirer les foudres de Pierre Lacau. Mais "on sait aujourd'hui qu'il a beaucoup menti", affirme l'égyptologue Dominique Farout, enseignant à l'école du Louvre et à l'institut Khéops.

 

 

 

 

Carter est entré en douce, deux fois même, dans l'antichambre, avant d'y revenir avec les autorités compétentes.

Dominique Farout, égyptologue

 

 

 

En réalité donc, Carter n'a pas pu résister à l'envie d'aller plus loin. Entre les deux statues noires aux yeux soulignés d'or, une surface lissée grossièrement à la main a irrémédiablement attiré son regard. Cette troisième porte ne pouvait que dissimuler la chambre funéraire, avec son sarcophage et ses vases canopes contenant les viscères embaumés, absents de l'antichambre. "Toutes les études récentes s'accordent pour affirmer que la chambre funéraire et le trésor furent visités par Carter et ses compagnons avant l'ouverture officielle du 16 février 1923", assure l’égyptologue Marc Gabolde, dans son ouvrage Toutankhamon. Cette exploration s'est déroulée dès la fin novembre, selon les récits et lettres échangées entre les protagonistes. "Merci de m'avoir permis de pénétrer dans l'enceinte sacrée", écrit très tôt Lady Evelyn à Howard Carter, trahissant leur secret.

 

 

 

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Deux statues royales encadrent la porte qui sépare l'antichambre de la chambre funéraire de Toutankhamon, dans la Vallée des Rois (photo de 1934). (PRINT COLLECTOR / HULTON ARCHIVE / GETTY IMAGES)

 

 

 

 

Marc Gabolde reconstitue ainsi les événements de la fin novembre : l'archéologue perce cette troisième porte et les visiteurs rampent par une étroite ouverture. Devant eux s'élève "une paroi verticale dorée incrustée d'éléments de faïence bleue". C'est un immense coffre doré, une chapelle, qu'il faut contourner pour découvrir les parois peintes de la chambre funéraire. Carter se permet de rompre le sceau de cette chapelle. Il affirmera plus tard qu'elle n'était pas scellée. Mais l'équipe doit à présent ressortir et effacer ses traces. L’explorateur avait-il prémédité son coup ? Opportunément, il dispose en effet de plâtre frais pour reboucher les ouvertures et de copies des sceaux antiques de la nécropole pour imprimer dans l'enduit la fausse preuve que l'endroit est intact.

 

 

 

Howard Carter et Lord Carnarvon cèdent également à la tentation d'emporter avec eux quelques objets. Parmi ceux-ci, une tête de Toutankhamon enfant sortant d'un lotus. Pierre Lacau la retrouvera lors d'une inspection de routine un an et demi plus tard, ni enregistrée ni numérotée, dans une caisse en bois.

 

 

 

Lord Carnarvon ne profite pas longtemps de son bout de trésor. Sept semaines après l'ouverture officielle du tombeau, le 5 avril 1923, il meurt. Le mécène est emporté en trois semaines par une pneumonie et une septicémie, provoquées par une piqûre d'insecte qui s’est infectée après un rasage maladroit. Ainsi va naître la "malédiction de Toutankhamon", rumeur largement alimentée par la presse à sensation, en mal d'informations sur le déroulement des fouilles.

 

 

 

ous la chaleur des grosses lampes électriques installées dans la tombe de Séthi II, transformée en laboratoire, Douglas Derry pose un regard solennel sur son patient. Nom : Toutankhamon. Age : indéterminé. Cause de la mort : à découvrir. Ce 11 novembre 1925, l'anatomiste s'apprête à pratiquer une autopsie dont peu de légistes peuvent se vanter. Sur une sommaire table d'opération, Toutankhamon, emmailloté dans ses bandelettes de lin, la tête enfermée dans son masque et le corps lesté de bijoux, attend l'ultime supplice du scalpel.

 

 

 

La momie en morceaux

 

 

Dans son journal, Howard Carter décrit longuement et précisément toutes les précautions prises pour extirper le pharaon de son triple sarcophage. Car le corps du roi est englué par les huiles et les onguents dans ces cercueils, collés les uns aux autres par cette mélasse solidifiée. Les siècles ont achevé de sceller ces poupées russes à taille humaine. Lampes chauffant à 200 degrés, marteau, ciseaux, tournevis… Des heures de ténacité et de système D sont nécessaires pour révéler le masque d'or et le corps qui baignent encore dans cette matière poisseuse.

 

 

Howard Carter découvre alors une momie carbonisée, qui risque d'être réduite en poussière au moindre faux mouvement. Toutankhamon ne se laissera pas déshabiller comme une vulgaire momie de dessin animé. On sait désormais que le corps a pu être victime d'un phénomène de combustion spontanée. Mort brutalement, le roi a été embaumé à la hâte et enterré dans un caveau qui n'était pas prévu pour lui. Le jeune pharaon n'a pas eu le temps de préparer sa sépulture. Il voyage dans l'au-delà dans un petit tombeau, pas digne d'un roi. Et les peintures, qui n'étaient pas sèches quand les portes ont été scellées, portent des taches brunes, traces d'organismes morts depuis longtemps. La momie a aussi souffert de ces conditions difficiles.

 

 

 

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Les pieds de la momie de Toutankhamon, le 4 novembre 2007. (BEN CURTIS / AP / SIPA)

 

 

 

Le docteur Derry plonge son scalpel de quelques millimètres dans les bandelettes qu'il a solidifiées à la paraffine, entre les pieds du souverain, pour remonter jusqu'au masque qui cache le haut de sa poitrine. Reste à éplucher pas moins de 16 couches de tissu. Chaque orteil, chaque doigt est individuellement enrobé de lin et enfermé dans un fourreau d'or. Chaque épaisseur retirée révèle à l'égyptologue des dizaines de joyaux, ainsi que deux dagues, l'une en fer, l'autre en or, dévoilant les rituels pratiqués pour accompagner le roi dans sa tombe. Amulettes et symboles sacrés le protègent et le guident dans l'au-delà.

 

 

L'opération est lente et précautionneuse, comme pour ne pas troubler le repos du pharaon, paisiblement allongé sur la table. Mais il est décidé de "rompre les connexions anatomiques" de la momie, écrit Marc Gabolde. Manière pudique d'expliquer que le roi est entièrement désarticulé et démembré. L'opération est racontée en détail dans le rapport d'autopsie du docteur Derry, épluché et retranscrit par la journaliste scientifique Jo Marchant, dans The Shadow King. Sans cela, il serait impossible de libérer les bijoux et manchons qui enserrent ses poignets. Le démontage du fragile squelette révèle un premier indice qui permet de confirmer que Toutankhamon est mort jeune, à 18 ou 19 ans. En témoigne, au niveau de sa rotule gauche, la croissance inachevée d'un fémur adolescent.

 

 

Après quatre jours d'examen minutieux du corps, dont même le pénis momifié a été mesuré (environ 5 centimètres), il est temps de retirer le casque de plus de 10 kilos d'or pur "vissé" sur le crâne du souverain. Douglas Derry découpe la momie sous la dernière vertèbre cervicale, avant de glisser des lames chauffées sous le masque, pour faire fondre la résine qui emprisonne la tête royale. Sous une couronne ornée d'un cobra et d'un vautour, symboles de la Basse et de la Haute-Egypte, le pharaon dévoile son vrai visage, calciné et craquelé lui aussi.

 

 

 

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La tête de la momie de Toutankhamon, dans son nouvel écrin de verre, dans la Vallée des Rois, à Louxor (Egypte), le 4 novembre 2007. (BEN CURTIS /AP / SIPA)

 

 

 

Howard Carter décrit "la contenance sereine du jeune homme" et trouve dans "ses traits bien formés et ses lèvres dessinées" la marque "d'un type excessivement raffiné". "La tête porte une forte ressemblance structurelle avec Akhenaton", note aussi l'égyptologue. Il ignore encore que le pharaon hérétique est justement le père de Toutankhamon. Carter est aussi émerveillé qu'il est déçu. La momie ne lui révèle pas comment le jeune roi est mort.

 

 

Un dernier détail retient l'attention de Douglas Derry. Sur la joue gauche du souverain, une croûte ronde laisse deviner un bouton jamais cicatrisé. Une piqûre d'insecte ? Cette trace semble être la jumelle de la piqûre qui a entraîné la mort de Lord Carnarvon. Une coïncidence qui réjouit encore ceux qui veulent croire à la "malédiction de Toutankhamon".

 

 

 

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Le masque d'or de Toutankhamon, exposé dans l'ancien musée égyptien du Caire, le 24 janvier 2015. (SHADI BUSHRA / REUTERS)

 

 

 

Après avoir été tant malmenée, la momie a aujourd'hui trouvé le repos, sous vide. De nos jours, elle est ainsi exposée dans un caisson de verre, dans sa tombe, où des conservateurs sont récemment intervenus pour mieux protéger les lieux du temps et du tourisme de masse. Cette année, certaines des plus belles pièces de son trésor vont faire le tour du monde, en passant par Paris. Elles rejoindront ensuite le masque d'or de Toutankhamon dans la collection du grand musée égyptien du Caire, dont le chantier pharaonique n'est pas encore achevé.

 


22/03/2019
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Franceinfo - le jeudi 21 mars 2019

 

 

D'où vient la "malédiction de Toutankhamon" ?

 

 

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Camille CaldiniFrance Télévisions

 

 

 

 

La légende, qui a inspiré romanciers et réalisateurs, a contribué à la renommée mondiale du pharaon. Pourtant, aucun indice laissant présager une terrible prophétie n'a été retrouvé dans le tombeau du roi

 

 

 

 

Malchance, cauchemars, maladies, morts soudaines… Bien des maux ont été attribués à la "malédiction des pharaons", en particulier à celle de Toutankhamon, à qui est consacré une grande exposition du 23 mars au 15 septembre à Paris. Elle frapperait ainsi sans distinction celles et ceux, voleurs comme archéologues, qui pertuberaient le repos des anciens rois d'Egypte.

 

 

Mais d'où vient-elle vraiment ? Des formules magiques et menaçantes sont-elles gravées dans les tombeaux antiques ? Ou sont-elles seulement inscrites dans l'imaginaire fertile de romanciers occidentaux ? La légende tenace de la malédiction de Toutankhamon repose-t-elle sur le moindre fondement scientifique ? Franceinfo vous raconte l'histoire de cette légende et de ses présumées victimes.

 

 

>> Lettres de fans, malédiction et expos blockbusters : Toutankhamon, le pharaon qui n'en finit pas de conquérir le monde

 

 

Avant que Champollion ne déchiffre les hiéroglyphes, au début du XIXe siècle, on trouve déjà des récits de voyageurs troublés par les momies. Des histoires, rarement racontées par leurs principaux protagonistes qui, par exemple, vont jusqu'à établir des liens hasardeux entre une momie jetée à la mer et une tempête en plein océan. Cette si mystérieuse Egypte antique, avec ses rituels d'embaumement et ses dieux aux têtes d'animaux, nourrit aussi la créativité de plusieurs romancières occidentales.

 

 

Après l'invasion de l'Egypte par Napoléon et les premières grandes fouilles archéologiques, des séances publiques de "déballage" de momies sont organisées à Londres (Royaume-Uni). Elles inspirent autant Mary Shelley, autrice de Frankenstein, que Jane Webb Loudon, qui publie The Mummy !, une œuvre mêlant horreur et science fiction. L'Américaine Louisa May Alcott serait la première à évoquer littéralement un maléfice lié aux momies, en 1869, dans Lost in a Pyramid, or the Mummy's Curse (en anglais).

 

 

 

Le canari et le cobra

La passion pour l'Egypte ancienne est donc déjà très à la mode quand Howard Carter ouvre pour la première fois le tombeau de Toutankhamon, le 4 novembre 1922. Un événement qui baigne aussi dans cette mystique. Howard Carter n'en écrit pas une ligne dans ses carnets, mais l'un de ses proches, James Henry Breasted, raconte en détail comment un messager envoyé chez Carter a découvert son canari de compagnie dans la gueule d'un cobra. L'oiseau était-il sorti de sa cage ? Le cobra s'y est-il faufilé ? Personne ne sait, mais quelques semaines plus tard, même le New York Times (pdf en anglais) colporte sa propre fable.

 

 

 

Pendant le dîner, les invités ont entendu du vacarme dehors (...) Ils ont découvert qu'un serpent du même type que celui représenté sur les couronnes royales avait attrapé le canari. Ils ont tué le serpent, mais le canari était mort, probablement de peur.

auteur inconnu

The New York Times, 22 décembre 1922

 

 

 

Pour comprendre ce type d'élucubrations, il faut se rappeler que les journaux internationaux n'ont pas grand chose à se mettre sous la dent sur la découverte du fameux tombeau. L'entreprise d'exploration du trésor de Toutankhamon est laborieuse. Pour ne pas être gêné par les curieux, le mécène des fouilles, Lord Carnarvon, tient la presse à l'écart grâce à un accord d'exclusivité passé avec le quotidien britannique The Times. Le journal paie cher la primeur des informations et accepte même de reverser une partie des bénéfices de ses ventes à Lord Carnarvon. Les journalistes étrangers, forcés de reprendre les informations du Times, le lendemain de leur publication, rongent leur frein.

 

 

 

L'insecte et le rasoir

Certains sont alors tentés d'inventer des histoires rocambolesques et de donner la parole à n'importe qui. Parmi les "experts" cités dans la presse internationale, on trouve ainsi le romancier Sir Arthur Conan Doyle. Le père du détective Sherlock Holmes, grand adepte de spiritisme, commente généreusement les dernières nouvelles d'Egypte, et notamment la mort, en avril 1923, de Lord Carnarvon.

 

 

 

Je ne dis pas qu'un esprit égyptien a tué Lord Carnarvon. Je dis que c'est possible.

Sir Arthur Conan Doyle

 

 

 

La romancière britannique Marie Corelli avait préparé le terrain, en adressant une lettre à la presse, quelques semaines plus tôt. L'état de santé de Lord Carnarvon était alors très mauvais. "Je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il y a des risques à pénétrer dans la dernière demeure d'un roi d'Egypte (...) et de lui dérober des possessions", écrivait-elle. Elle invente aussi de toute pièce une formule magique inscrite dans un tombeau, menaçant quiconque y pénètre d'être emporté par "les ailes de la mort".

 

 

Les causes de la maladie de Lord Carnarvon sont pourtant bien connues. Une piqûre d'insecte et une coupure au rasoir ont provoqué une série d'infections : pneumonie, érysipèle (infection de la peau)… Les bactéries se sont propagées à tous ses organes. Le 5 avril 1923 au Caire, Lord Carnarvon meurt, sans aucun doute possible, d'une septicémie, selon la revue scientifique The Lancet (en anglais), qui écarte tout lien avec ses passages dans la tombe de Toutankhamon.

 

 

Mais la rumeur est tenace et les coïncidences trop nombreuses. Au moment précis de la mort du Lord, Le Caire est plongé dans le noir par une vaste coupure d'électricité, un phénomène courant à cette époque. Et comment expliquer que sa chienne Susie laisse échapper un hurlement avant de s'effondrer, quelques heures plus tard, en Angleterre ? "Enfin, la presse avait une histoire à publier sans avoir besoin de The Times, une tragédie humaine bien plus captivante que la lente exploration de la tombe", analyse l'égyptologue britannique Joyce Tyldesley dans son livre Tutankhamun's Curse.

 

 

 

Des champignons et des meurtres

Toute la presse de l'époque ne peut s'empêcher de mentionner dans ses articles "la vengeance de la momie". Jusqu'à 30 décès, en fonction des sources, seront associés à la malédiction. Des proches de Howard Carter et Lord Carnarvon, entrés ou non dans le tombeau, se retrouvent à leur tour, prétendument "maudits". Suicides, meurtres, maladies… La plupart de ces morts ont pourtant une explication rationnelle. Le British Medical Journal a même publié une étude détaillée de 44 décès, pour démontrer "qu'il n'y avait aucun lien significatif avec une exposition à la malédiction de la momie et donc aucune preuve de l'existence d'une telle malédiction".

 

 

Aujourd'hui, l'immense majorité des égyptologues s'agacent de cette légende qu'ils jugent "absurde". Dominique Farout, enseignant à l'école du Louvre et conseiller scientifique de l'exposition "Le trésor du pharaon" à Paris, s'en amuse. "Passer ses journées dans la poussière de momie peut provoquer de violents mots de ventre, ça, c'est vrai", reconnaît-il. "S'il y a une malédiction de la momie, c'est peut-être la tourista", plaisante-t-il encore, auprès de franceinfo.

 

 

De nombreux scientifiques ont justement cherché des réponses du côté de la biologie. Les anciens Egyptiens ont-ils vraiment laissé des poisons dans les tombeaux ? Reste-t-il des champignons et micro-organismes encore toxiques plus de 3 000 ans après ? Aucune étude scientifique n'a pu étayer ces théories non plus, comme l'explique l'égyptologue Marc Gabolde dans son ouvrage Toutankhamon, qui s'étonne du petit nombre de victimes, comparé aux centaines de visiteurs entrés dans le tombeau dans les années 1920.

 

 

 

Il reste d'ailleurs difficile d'expliquer les décès attribués à la malédiction par ces germes pathogènes, notamment en raison de la très grande sélectivité dont aurait fait preuve l'agent contaminant.

Marc Gabolde

"Toutankhamon"

 

 

 

Quant à Howard Carter qui a ouvert le tombeau, sorti la momie de ses sarcophages emboîtés, volé des objets, participé à l'autopsie… Ce profanateur en chef a mystérieusement échappé au mauvais sort. L'égyptologue est mort en mars 1939, 17 ans après l'ouverture du tombeau, à 64 ans, un âge avancé pour un homme du début du XXe siècle. Il a succombé à un lymphome, sans avoir jamais cru à la malédiction.

 


21/03/2019
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Franceinfo - le vendredi 23 novembre 2018

 

 

Emmanuel Macron décide de restituer 26 œuvres d'art réclamées par le Bénin

 

 

 

Il y a près d'un an, le chef de l'Etat avait fait part de sa volonté de restituer au continent africain des œuvres d'art aujourd'hui conservées en France

 

 

 

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Des statues royales du Dahomey datées de 1890-1892 sont présentées au musée du quai Branly à Paris, en juin 2018. (GERARD JULIEN / AFP)

 

 

 

Emmanuel Macron a décidé de restituer "sans tarder"  26 œuvres réclamées par les autorités du Bénin, des prises de guerre de l'armée française en 1892. L'Elysée l'a annoncé, vendredi 23 novembre, après la remise d'un rapport sur la restitution par la France d'œuvres d'art africain.

 

 

Le chef de l'Etat, qui s'était engagé l'an dernier à étudier ces restitutions, propose aussi de "réunir à Paris au premier trimestre 2019 l'ensemble des partenaires africains et européens" pour définir le cadre d'une "politique d'échanges" d'œuvres d'art.

 

 

Le musée parisien du quai Branly est particulièrement concerné, lui qui abrite plusieurs œuvres emblématiques de l'art classique du royaume du Dahomey, situé dans l'actuel Bénin. "Les Béninois connaissent surtout leur patrimoine à travers des catalogues d'expositions, ce qui est très frustrant", a expliqué à franceinfo l'artiste béninois Dominique Zinkpè, qui rejette l'idée d'une réparation par rapport à l'époque coloniale. Pour lui, ce "serait une bataille puérile de dire qu'on nous a pillés, mais j'apprécie le retour des œuvres".

 


28/11/2018
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la Gaule

 

 

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09/10/2017
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Grandes périodes de la Gaule

 

 

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25/09/2017
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Le monde avant la Seconde Guerre mondiale

 

 

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21/09/2017
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La vie dans les villes gallo-romaines

 

 

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15/09/2017
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le Progrès du jeudi 16 février 2017

 

 

 

ARCHÉOLOGIE - DÉCOUVERTE. LA BIODIVERSITÉ N'A JAMAIS DISPARU DE LA SURFACE DE LA TERRE

 

 

La découverte de fossiles exceptionnels, dans l'Idaho (États-Unis) vient contredire la thèse de disparition prolongée de la biodiversité après un grand bouleversement climatique survenu il y a 252 millions d'années.

 

 

Une équipe internationale de paléontologues, sédimentologues et géochimistes, dont plusieurs laboratoires du CNRS localisés en région Auvergne-Rhône-Alpes et en Bourgogne ont établi la présence d'un écosystème marin complexe. "Seulement un ou deux millions d'années" après d'immenses éruptions volcaniques en Sibérie, il y a 252 millions d'années. On pensait jusqu'à présent que cette biodiversité avait disparu pendant au moins 5 millions d'années.

 

 

 

La plus grande crise de la vie sur terre

 

Le sort des animaux et végétaux de cette époque charnière intéresse particulièrement les scientifiques. "Il s'agit de la plus grande crise de l'histoire de la vie" souligne Gilles Escarguel, paléontologue spécialisé dans l'étude de la biodiversité (Université Claude Bernard Lyon 1). "Il y a 252 millions d'années, d'immenses éruptions volcaniques éradiquaient 90 % des espèces, alors que pour la disparition des dinosaures, il y a 65 millions d'années, c'est 60 % des espèces qui ont disparu". Physiquement et chimiquement, la planète est très perturbée. "La moyenne annuelle de température alors 40° à l'équateur, ce qui empêchait certaines protéines de fonctionner à l'intérieur des cellules" précise par exemple le scientifique.

 

 

 

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De nouvelles découvertes à prévoir

 

Les fossiles étudiés de l'Idaho contredisent la théorie d'une longue période de survie post-crise en faisant apparaître un écosystème complet. Le calendrier est également bousculé en ce qui concerne certaines espèces. "Par exemple une sorte d'éponge qu'on croyait définitivement disparu il y a 450 millions d'années ou des calmars qu'on croyait nés au début du jurassique, 50 millions d'années plus tard", indique Gilles Escarguel.

 

 

De manière générale, cette découverte ouvre une nouvelle hypothèse : on a peut-être conclu à une faible biodiversité en raison de la difficulté de retrouver des fossiles de cette période et celle-ci n'a sans doute pas fini de livrer tous ces secrets. Muriel Florin

 


18/02/2017
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Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais

 

 

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A travers ses sites d'exploitation et ses quartiers d'habitat traditionnels, le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais présente un paysage culturel unique qui nous raconte trois siècles d'exploitation du charbon. Paysage composé de terrils, de fosses d'extraction, de voies ferrées et de cités minières avec leurs écoles, salles des fêtes ou dispensaires… ce patrimoine nous fait revivre le quotidien des mineurs et de leurs familles du XIXe siècle à nos jours. ©  Esther Westerveld - flickr


10/01/2017
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Albi

 

 

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Surnommée la "ville rouge" grâce aux briques qui composent son centre historique, la Cité épiscopale d'Albi fut au Moyen-âge le puissant siège du pouvoir de l'évêque. Inscrite depuis 2010 au Patrimoine mondial de l'UNESCO, la Cité épiscopale est structurée en différents quartiers dominés par la cathédrale Sainte-Cécile, édifiée par les catholiques pour lutter contre les cathares lors de la croisade des Albigeois, ou le palais de la Berbie, ancien palais des archevêques d'Albi qui accueille aujourd'hui le musée Toulouse-Lautrec. ©  topdeq - 123RF


10/01/2017
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Chouannerie

 

 

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Pendant la Révolution française, l'Ouest de la France, notamment la Vendée et la Bretagne, fut le théâtre d'une guerre civile qui opposa partisans de la royauté et armées révolutionnaires. L'histoire des guerres de Vendée, ou Chouannerie au Nord de la Loire, qui prend un tournant romanesque sous la plume d'Honoré de Balzac et Victor Hugo, se découvre à travers les nombreux sites qui jalonnent la Route des Chouans ou la Musée de la Chouannerie à Plouharnel. ©  Daniel Jolivet - flickr


10/01/2017
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