L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

SYRIE


Franceinfo - le mercredi 4 mars 2020

 

 

L'article à lire pour comprendre pourquoi la Turquie frappe la Syrie et ouvre sa frontière avec la Grèce

 

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La situation est explosive dans la province d'Idleb, en Syrie, avec des combats intenses et une catastrophe humanitaire. Des milliers de personnes ont fui en Turquie, qui a ouvert sa frontière avec la Grèce

 

 

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Un convoi militaire turc près de Batabou, en Syrie, le 2 mars 2020. (AAREF WATAD / AFP)

 

 

 

Une crise humanitaire, diplomatique, et militaire. Voilà ce qui se joue en ce moment à la frontière à Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, mais aussi à la frontière greco-turque. "La crise sanitaire qui se déroule sous nos yeux est la plus grave depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale", estime même dans L'Express Hassan El Abdullah, médecin et fondateur de l'association SOS Syrie. Des dizaines de milliers de personnes ont afflué vers la Grèce depuis que le président Erdogan a ordonné l'ouverture des frontières de son pays, après l'offensive du régime de Damas dans la région d'Idleb. Le Conseil des ministres de l'intérieur européens doit aborder, mercredi 4 mars, la question de la gestion de la frontière extérieure de l'Union européenne, de nouveau sous l'angle sécuritaire.

 

 

Franceinfo vous résume les causes et les enjeux de cette crise majeure, qui déstabilise une nouvelle fois la région. 

 

 

 

Quel est le point de départ de cette crise ? 

Le cessez-le-feu n'aura pas duré longtemps. En août 2019, la Syrie accepte de cesser les combats dans la région d'Idleb, dernier bastion rebelle et jihadiste situé dans le nord-ouest du pays. Depuis fin avril, la région était pilonnée par le régime de Damas et son allié russe. Mais la trêve s'arrête brutalement en décembre. Dès le 16 décembre, les forces du régime, soutenues par l'aviation russe, intensifient leurs bombardements dans cette région et de violents combats au sol les opposent aux jihadistes et rebelles. Il s'agit notamment, précise Le Monde, des jihadistes du groupe Hayat Tahrir al-Cham ("Organisation de libération du Levant"), issu du Front al-Nusra, l'ex-branche syrienne d'Al-Qaïda. D'autres groupuscules jihadistes et rebelles sont également présents. 

 

 

"Pour le régime, il est extrêmement important de reprendre cette zone pour pouvoir afficher une victoire de la reprise des forces gouvernementales sur l'ensemble du territoire syrien, analyse pour France Culture Agnès Levallois, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique. Des moyens extrêmement importants sont mis en œuvre pour cela, et ils sont aidés par les Russes. Sans les Russes, les troupes gouvernementales n'ont pas les moyens et la capacité de tenter de pouvoir reprendre cette poche."

 

 

 

Quelles ont été les conséquences de cette offensive syrienne sur la population ?

La région d'Idleb abrite quelque trois millions de personnes, dont la moitié ont été déplacées depuis d'autres parties du pays reconquises par Damas. Cette nouvelle offensive syrienne suscite les craintes de la communauté internationale, alors que la situation humanitaire y est déjà catastrophique. De fait, dix jours après le début des combats, on recense déjà plus de 235 000 déplacés, note Le Monde. Ces déplacements concernent surtout la ville-clé de Maarat Al-Nouman, "quasiment vidée", comme ses environs, de ses habitants qui se dirigent plus au Nord, assure l'ONU. 

 

 

On est dans une impasse totale, on assiste finalement en spectateurs à un drame humanitaire comme on en a rarement vu. Agnès Levallois, maître de recherche à France Culture

 

 

Depuis décembre, la situation s'est aggravée. L'offensive du régime à Idleb a provoqué une grave crise humanitaire, déplaçant près d'un million de personnes en direction de la frontière turque, selon l'ONU. Quelque 470 civils ont également perdu la vie selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). 

 

 

 

Pourquoi la Turquie s'est-elle impliquée et comment a-t-elle répliqué ? 

La Turquie avait déjà multiplié les frappes de drones contre les positions du régime de Bachar Al-Assad à Idleb. Mais là, pour la première fois, Ankara a annoncé officiellement, le 1er mars, que celles-ci s'inscrivent dans le cadre d'une opération plus générale. Le ministre Hulusi Akar a indiqué que le but de l'opération était de "mettre fin aux massacres du régime et empêcher une vague migratoire". Depuis dimanche, l'aviation turque a abattu trois avions de l'armée syrienne. 

 

 

Le 27 février, plus de 30 militaires turcs ont été tués dans des frappes aériennes attribuées par Ankara au régime syrien. "L'opération 'Bouclier du printemps', déclenchée après la vile attaque du 27 février à Idleb, se poursuit avec succès", a déclaré le ministre turc de la Défense Hulusi Akar à la télévision.

 

 
 

 

Par ailleurs, au-delà de l'offensive militaire, Ankara se sert de la question migratoire pour faire pression. "Les menaces d'Erdogan d'ouvrir les vannes des flux migratoires, qui lui permettent depuis cinq ans de souffler le chaud et le froid vis-à-vis de l'Europe, ont été mises à exécution", raconte Libération. Furieux du peu de soutien de l'Occident après la perte de 33 soldats jeudi en Syrie, Erdogan a joué la pression sur le point faible de l'UE." La Turquie a en effet affirmé, le 28 février, qu'elle avait ouvert ses frontières terrestres et maritimes pour laisser passer les migrants. 

 

 

 

Quelle est la situation à la frontière gréco-turque ?

Explosive. Dès le lendemain de l'annonce d'Erdogan, quelque 13 000 migrants ont afflué sur les 212 km de la frontière gréco-turque, selon l'Organisation internationale des migrations (OIM). "Le nombre de migrants venant d'Edirne (nord-ouest de la Turquie) pour traverser la frontière grossit au cours de la journée, à mesure que les voitures, taxis et les bus arrivent à Istanbul", a expliqué le chef de la mission turque de l'OIM Lado Gvilava. "La plupart sont des hommes, mais on voit également des familles avec de jeunes enfants", a-t-il ajouté. 

 

 

Face à cet afflux de migrants, la Grèce a fermé ses frontières, ce qui provoque de vives tensions sur place. "Greece! Greece!" (Grèce ! Grèce !), a crié, dimanche 1er mars, la foule devant la frontière, selon l'AFP. "Nous avons des enfants. Ils n'ont pas de nourriture", expliquait un réfugié alors que certains agitaient des morceaux de tissu blanc et affirmaient "Nous sommes pacifiques".

 

 

 

Des migrants marchent en Turquie vers la frontière avec la Grèce, le 2 mars 2020.

Des migrants marchent en Turquie vers la frontière avec la Grèce, le 2 mars 2020. (HAKAN MEHMET SAHIN / ANADOLU AGENCY / AFP)


 

Des échauffourées ont éclaté la veille entre la police grecque et des migrants au poste-frontière turc de Pazarkule (Kastanies, côté grec). Certains ont jeté des pierres en direction des forces de l'ordre, qui ont riposté avec des grenades lacrymogènes. 

 

 

"Actuellement il y a environ un millier de personnes qui tentent chaque jour de franchir la frontière", a indiqué, le 3 mars à l'AFP, un responsable de la police grecque de la ville de Tychero, située le long de la frontière. "Ce sont essentiellement des Afghans, des Somaliens, des Pakistanais et des Marocains", a assuré ce policier. 

 

 

 

Pourquoi l'île de Lesbos est-elle particulièrement citée ?

C'est une petite île qui concentre tous les regards. Depuis la décision d'Ankara d'ouvrir ses frontières aux exilés en route pour l'Europe, quelque 1 300 migrants sont arrivés en 24 heures sur les cinq îles de la mer Egée, et en particulier à Lesbos, où la grande majorité des embarcations de fortune ont échoué. Dans un contexte déjà particulièrement tendu ces dernières semaines, où les habitants de l'île s'opposent à la construction de nouveaux camps de rétention fermés sur leurs îles, ces nouvelles arrivées ont suscité une explosion de colère dimanche.

 

 
 

 

"Depuis ce week-end, des manifestants bloquent l'accès au camp de Moria, le plus grand camp de réfugiés d'Europe, où croupissent déjà, dans des conditions d'insalubrité inouïes, près de 20 000 personnes", raconte Libération"Les seules personnes qu'on voit, ce sont des réfugiés", a confié le 2 mars à l'AFP Giannis Palassis, un retraité de 76 ans rencontré dans les rues escarpées de Mytilène, le port de Lesbos. Selon lui, la ville ne peut pas se convertir en "refuge" pour tous.

 

 

Ce sont des êtres humains eux aussi, mais l'île n'en peut plus. On souffre.Giannis Palassis, habitant de l'île de Lesbos (Grèce) à l'AFP

 

 

Certains Grecs empêchent eux-mêmes les migrants d'accoster. "Dimanche, dans le nord de l'île, des militants d'Aube dorée [un mouvement d'extrême droite], les visages déformés par la haine, ont empêché une autre embarcation de débarquer. Avec à son bord une quarantaine de réfugiés, dont des bébés", raconte Libération. Un petit garçon est d'ailleurs mort, le 2 mars, au large de l'île grecque lors du naufrage d'une embarcation de fortune chargée d'une cinquantaine de migrants. 

 

 

 

Comment réagit la Grèce ? 

"Notre Conseil de sécurité national a décidé de porter le niveau de protection aux frontières à son maximum", a déclaré, le 1er mars, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis. La Grèce s'est donc placée en état d'alerte "maximum" pour protéger ses frontières face à l'afflux de milliers de migrants aux portes du pays. Les autorités grecques ont décidé de renforcer encore leurs patrouilles aux frontières et de suspendre toute nouvelle demande d'asile pendant un mois. Une décision vivement contestée par le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR). "Ni la convention de 1951 relative au statut des réfugiés ni le droit de l'UE sur les réfugiés ne fournissent de base légale pour la suspension de la réception des demandes d'asile", a indiqué le HCR, le 2 mars, dans un communiqué.

 

 

Le gouvernement grec a également mis en place un système d'envoi automatique de SMS aux téléphones mobiles étrangers approchant la frontière, avec le message suivant : "Personne ne peut traverser les frontières grecques. Ceux qui tentent d'entrer illégalement seront bloqués".

 

 

Dans ce contexte extrêmement tendu, une vidéo a été particulièrement relayée, à la suite de laquelle la Turquie a accusé des garde-côtes grecs d'avoir tenté de couler une embarcation de migrants. Mais selon 20 Minutes, "il est impossible de déterminer si les garde-côtes (s'il s'agit bien de garde-côtes) ont délibèrement visé le bateau pneumatique ou s'il s'agissait de tirs visant à l'éloigner". 

 

 

 

Que disent les Européens ? 

La présidente de l'Union européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré, le 3 mars, être "aux côtés" de la Grèce et a promis à Athènes "toute l'aide nécessaire" pour faire face à l'afflux de milliers de migrants. "Ceux qui cherchent à tester l'unité de l'Europe seront déçus", a déclaré Ursula von der Leyen sur le poste-frontière de Kastanies (nord-est du pays), au côté du Premier ministre grec auquel elle a promis "700 millions d'euros", dont la moitié immédiatement.

 

 

Les pays membres de l'UE ont également confirmé le même jour, à l'agence européenne de contrôle des frontières Frontex, leur accord pour contribuer à une intervention rapide pour aider la Grèce face à l'afflux de milliers de migrants via la Turquie. Frontex avait accepté la veille de lancer une opération rapide de soutien à la Grèce. Elle a déjà déployé des renforts et a relevé son niveau d'alerte dans la zone de la frontière turco-grecque.

 

 

Du côté de l'Hexagone, Emmanuel Macron a souligné, le 2 mars, la "pleine solidarité" de la France avec la Grèce et la Bulgarie. Il a dit sa volonté de "leur prêter une assistance rapide et protéger les frontières" dans le cadre des "efforts européens".

 

 

 

Quel est le rôle de la Russie dans tout ça ? 

La Russie de Vladimir Poutine appuie militairement le régime de Damas, dont il est un allié puissant et incontournable. Problème : Moscou et Ankara ont renforcé leur coopération ces dernières années. Pourtant, cela n'empêche pas Moscou de continer à soutenir son allié syrien. "L'armée turque intervient dans un autre Etat souverain qu'est la Syrie, et surtout un Etat qui est allié à la Russie", explique sur RTL le géopolitologue Frédéric Encel. "L'erreur catastrophique, me semble-t-il, de Erdogan, est de considérer que la Russie pourrait lâcher Bachar Al-Assad. On a bien vu qu'il n'en était rien. On voit bien que la Russie, surtout après dix ans de soutien, ne lâchera pas la Syrie", ajoute-t-il. 

 

France 2
 
 

 

Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan doivent se rencontrer, jeudi 5 mars. Ankara espère arracher une trêve lors de ces discussions. 

 

 

 

J'ai eu la flemme de tout lire, vous me faites un résumé ?

Depuis décembre 2019, la Syrie de Bachar Al-Assad mène une offensive militaire dans la région d'Idleb, dernier bastion rebelle et jihadiste situé dans le nord-ouest du pays. Les combats ont provoqué une grave crise humanitaire, déplaçant près d'un million de personnes en direction de la frontière turque, selon l'ONU. Face à ces combats et après la mort d'une trentaine de ses soldats, la Turquie a répliqué en lançant elle aussi une offensive militaire contre Damas. L'opération s'appelle "Bouclier du printemps".

 

 

Pour faire pression sur l'Union européenne face à l'afflux de réfugiés, le régime d'Erdogan a également ouvert sa frontière avec la Grèce. Des milliers de migrants ont afflué à la frontière gréco-turque, obligeant la Grèce à fermer ses frontières. Le pays a aussi suspendu toute nouvelle demande d'asile pendant un mois. Les tensions entre migrants et habitants, notamment sur l'île de Lesbos, sont extrêmement fortes. 

 

 

La présidente de l'Union européenne Ursula von der Leyen a promis d'aider la Grèce à hauteur de "700 millions d'euros", dont la moitié immédiatement. L'agence européenne de contrôle des frontières Frontex a aussi déployé des renforts et a relevé son niveau d'alerte dans la zone de la frontière turco-grecque. 

 

 
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05/03/2020
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Franceinfo - le vendredi 28 février 2020

 

 

"Le moins cher, c'est 600 dollars" : des passeurs profitent de la montée des tensions à la frontière entre la Turquie et la Syrie

 

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édité par Thomas DestelleAurélien CollyRadio France

 

 

 

En Syrie, de nombreux civils tentent de franchir la frontière avec la Turquie. Les civils cherchent à quitter la province d'Idlib où le régime syrien mène une offensive

 

 

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e la fumée s'échappe de la ville de Saraqib dans la partie orientale de la province d'Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, le 27 février 2020 (photo d'illustration).  (AREF TAMMAWI / AFP)

 

 

 

Regain de tension à Idlib en Syrie, une trentaine de soldats turcs ont été tués jeudi 27 février dans la région par des frappes aériennes attribuées par les autorités turques au régime syrien. La situation est de plus en plus intenable pour les civils coincés dans l'enclave entre l’offensive du régime, soutenue par la Russie, et la frontière turque. Cette dernière reste fermée malgré l'annonce vendredi 28 février par Ankara qu'elle n'empêcherait plus les migrants de se rendre en Europe. Et pendant que les civils syriens cherchent à fuir par tous les moyens, les passeurs se frottent les mains.

 

 

 

3 000 dollars le laissez-passer

À la frontière, à Reyhanli, Omar est arrivé d’Idlib il y a deux jours grâce à un réseau de passeurs. "Ils nous ont amenés à la frontière. On a franchi le mur pendant la pause déjeuner des soldats turcs, raconte le jeune homme de 25 ans. On a couru 200 mètres à découvert. On s'est caché dans un fossé et une voiture est venue nous récupérer."

 

 

Il a payé 600 dollars pour quitter l'enfer d'Idlib. "Le moment où j'ai vraiment eu peur, c'est le passage du mur car c'est le plus dangereux. Les soldats turcs peuvent te voir et tirer", explique Omar en acceptant de donner le contact de son passeur. L'homme refuse catégoriquement de rencontrer un journaliste, mais par téléphone, il donne les tarifs : "Si c'est par le poste frontière, il n'y a pas de danger. On fait un faux laissez-passer, mais c'est 3 000 dollars. Sinon, pour 2 000 dollars, tu passes le mur et on s'arrange pour que les soldats turcs ferment les yeux." 

 

 

Le passeur explique que "le moins cher, c'est 600 dollars", une formule sans complicité, qui est aussi la plus risquée. "S'ils t'attrapent, tu te fais tabasser et tu es renvoyé en Syrie, s'ils ne tirent pas. On ne sait pas ce qui peut arriver parce qu'aujourd'hui, la situation est très tendue et les Turcs sont très stricts", met en garde le passeur, en ajoutant que malgré cela, les candidats au départ ne manquent pas vue la situation désastreuse à Idlib.

 


28/02/2020
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Franceinfo - le vendredi 28 février 2020

 

 

Syrie : au moins 33 soldats turcs tués près d'Idleb, Erdogan annonce des représailles contre le régime de Bachar Al-Assad

 

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franceinfo avec AFP et ReutersFrance Télévisions

 

 

Avec le soutien de l'aviation russe, le régime syrien a déclenché en décembre une offensive pour reprendre le dernier bastion rebelle et jihadiste d'Idleb

 

 

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Des rebelles syriens soutenus par les Turcs tirent des missile anti-aériens, le 24 février 2020, dans la province d'Idleb.  (OMAR HAJ KADOUR / AFP)

 

 

 

Escalade brutale entre la Turquie et le régime syrien. Au moins 33 soldats turcs ont été tués, jeudi 27 février, dans des raids de Damas sur la province d'Idleb (nord-ouest de la Syrie), selon un bilan communiqué dans la nuit par le gouverneur de la province turque de Hatay, frontalière de la Syrie. Outre les 33 morts, une trentaine de militaires turcs ont été blessés dans les frappes aériennes. Ils ont été rapatriés en Turquie pour être hospitalisés. L'armée turque a immédiatement annoncé le bombardement de plusieurs positions du régime de Bachar Al-Assad en représailles.

 

 

"Des militaires turcs, se trouvant au sein d'unités combattantes de groupes terroristes, ont été pris sous le feu des soldats syriens", a affirmé vendredi le ministère russe de la Défense. Celui-ci affirme que la Turquie n'avait pas communiqué la présence de ses troupes dans la zone concernée et qu'elles "n'auraient pas dû s'y trouver". "Les forces aériennes de la Russie n'ont pas été utilisées dans cette zone", poursuit son communiqué. 

 

 

Le ministère assure qu'aussitôt que la Russie a été informée de la présence des militaires turcs dans la zone, elle a pris "toutes les mesures pour un cessez-le-feu total de la partie syrienne, assurant l'évacuation des morts et des blessés en toute sécurité vers le territoire de la Turquie".

 

 

 

La communauté internationale s'inquiète

Le porte-parole des Nations unies, Stephane Dujarric, a appelé "à un cessez-le-feu immédiat"

 

 

A défaut d'agir rapidement, le risque d'une escalade encore plus grande augmente d'heure en heure. Stéphane Dujarric

 

 

Lors d'une conversation téléphonique avec le chef de la diplomatie turque, le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a condamné les frappes aériennes "aveugles du régime syrien et de son allié russe". Il a "exhorté toutes les parties à une désescalade" et "à éviter que ne s'aggrave davantage la situation humanitaire épouvantable dans la région", selon un porte-parole de l'alliance nord-atlantique. Vendredi matin, Jens Stoltenberg a annoncé une réunion en urgence des ambassadeurs des 29 pays membres de l'organisation. 

 

 

"Nous soutenons notre allié de l'Otan, la Turquie, et continuons d'appeler à un arrêt immédiat de cette offensive odieuse du régime d'Al-Assad, de la Russie et des forces soutenues par l'Iran", a déclaré pour sa part un porte-parole du département d'Etat américain.

 

 

 

Des semaines d'escalade à Idleb

Le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a convoqué un conseil de sécurité extraordinaire à Ankara. Signe que la situation risque d'empirer, la présidence a annoncé que l'armée turque bombardait dans la nuit de jeudi à vendredi des positions du régime de Bachar Aal-Assad. "Toutes les positions connues du régime ont été prises sous le feu de nos unités terrestres et aériennes", a affirmé le directeur de la communication de la présidence, Fahrettin Altun, dans un communiqué. Nos valeureux soldats seront vengés. Fahrettin Altun

 

 

Par ailleurs, le président turc a exhorté la communauté internationale – y compris la Russie et l'Iran  – à "prendre [ses] responsabilités" pour "faire cesser les crimes contre l'humanité que commet le régime". Vendredi, Ankara a exhorté la communauté internationale à mettre en place une zone d'exclusion aérienne dans le nord-ouest de la Syrie, pour empêcher les avions du régime syrien et de son allié russe de mener des frappes.

 

 

Ces lourdes pertes essuyées par Ankara interviennent après des semaines d'escalade à Idleb. Avec le soutien de l'aviation de Moscou, le régime syrien a déclenché en décembre une offensive pour reprendre le dernier bastion rebelle et jihadiste d'Idleb. Ces dernières semaines, la Turquie a dépêché plusieurs milliers d'hommes et du matériel lourd dans cette région du nord-ouest de la Syrie pour épauler les rebelles pro-turcs, qui cherchent à repousser l'offensive menée par les forces gouvernementales syriennes.

 

 

 

Menaces de crise migratoire

Si la Turquie s'intéresse d'aussi près à Idleb, c'est notamment parce qu'elle redoute un nouvel afflux de réfugiés sur son sol, où quelque 3,6 millions de Syriens vivent déjà. Dans le cadre d'un accord conclu en 2016 avec l'Union européenne, Ankara s'était engagé à empêcher les passages de migrants vers l'Europe, notamment via la Grèce.

 

 

Mais la Turquie utilise depuis des années la crise migratoire comme un argument de négociations avec Bruxelles. Vendredi, un haut responsable turc a assuré à l'AFP que la Turquie n'empêcherait plus les migrants essayant de se rendre en Europe de franchir la frontière. La décision d'"ouvrir les portes" a été prise lors du conseil de sécurité extraordinaire présidé par Recep Tayyip Erdogan dans la nuit. 

 

 

Selon les médias turcs, des groupes de migrants se dirigeaient vendredi matin en direction de la frontière avec la Grèce dans l'ouest de la Turquie. L'agence de presse DHA a ainsi rapporté qu'environ 300 migrants syriens, irakiens ou encore iraniens étaient arrivés dans la province d'Edirne, à la frontière grecque.

 


28/02/2020
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Franceinfo - le mardi 18 février 2020

 

 

"Quand la bombe arrivera, nous en rirons" : en Syrie, un papa invente un jeu avec sa fille lors des bombardements

 

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Abdullah Mohammad a développé ce stratagème pour que sa fille de 3 ans n'ait pas peur des bombardements subis dans le nord du pays

 

 

 

Deux mois après la reprise de son offensive pour reprendre la région d'Idleb en Syrie, le régime de Bachar Al-Assad bombarde sans cesse ce dernier grand bastion des jihadistes et des rebelles. Si près d'un million de personnes ont fui la zone selon l'ONU, certains sont restés sur place. Parmi eux des enfants qui, d'après l'Unicef, souffrent particulièrement de cette guerre parce qu'ils sont exposés à de graves traumatismes, à des périodes d'anxiété profonde.

 

 

Pour protéger sa fille, Abdullah Mohammad a mis en place une technique touchante et surprenante. A l'image de Roberto Benigni dans le film La vie est belle, il encourage sa fille à rire pour lui épargner l'horreur de la guerre. "Est-ce un jet ou une bombe ?", lui demande-t-il sur une vidéo filmée par ses soins. "Une bombe, répond Salwa, quand elle arrivera, nous en rirons". Et quelques secondes plus tard, une explosion retentit et le rire de la petite fille se fait entendre.

 


19/02/2020
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Franceinfo - le vendredi 27 décembre 2019

 

 

Syrie : trois questions sur la situation dans la province d'Idleb, où des centaines de milliers d'habitants fuient les bombardements

 

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Les forces du régime de Bachar Al-Assad et de Moscou ont intensifié leurs bombardements depuis mi-décembre. Environ 80 civils ont été tués selon une ONG

 

 

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Des habitants de la province d'Idleb fuient la ville de Maaret al-Noomane, visée par des bombardements des armées syrienne et russe, le 24 décembre 2019. (MAHMOUD HASSANO / REUTERSa)

 

 

 

C'est un nouveau chapitre dans l'interminable crise syrienne. Entre le 12 et le 25 décembre, une offensive terrestre et des bombardements du régime syrien et de la Russie dans la province d'Idleb, un territoire du nord-ouest du pays toujours contrôlé par des jihadistes, ont provoqué le déplacement de plus de 235 000 civils syriens, alerte l'ONU vendredi 27 décembre. Les décomptes de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) font état de la mort d'environ 80 civils à la même période.

 

 

Le président américain Donald Trump appelait jeudi sur Twitter à éviter un "carnage" dans cette région. La communauté internationale craint que ces mouvements de population n'aient de graves conséquences humanitaires. Alors que les regards s'étaient un peu détournés de la Syrie depuis la reconquête en mars des derniers morceaux de territoire contrôlés par le groupe Etat islamiquefranceinfo vous explique pourquoi les combats continuent et la situation reste critique.

 

 

 

En quoi la situation s'est-elle dégradée ces dernières semaines ?

Entre fin avril et fin août, une première offensive des aviations syriennes et russes avait fait près d'un millier de morts civils, selon l'OSDH, et plus de 400 000 déplacés. La séquence s'était conclue par un cessez-le-feu, le 31 août. Si l'accord n'a jamais été vraiment respecté par les différentes parties, jamais les combats et bombardements n'avaient repris avec une telle intensité, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha).

 

 

En parallèle d'affrontements au sol entre les soldats du régime et les jihadistes qui contrôlent la région, des frappes aériennes ont été menées par l'aviation syrienne mais aussi russe dans les zones autour de Maaret al-Noomane et Saraqeb, au sud de la province d'Idleb. Certaines ont touché des cibles civiles, notamment des marchés et une école. Selon les décomptes de l'OSDH, environ 80 civils ont été tués dans cette nouvelle vague de bombardements. L'organisation constate cependant que ces frappes ont cessé depuis le 25 décembre (en anglais). Elle recensait par ailleurs 110 morts parmi les forces du régime et 148 chez les combattants jihadistes et rebelles entre le 19 et le 24 décembre.

 

 

Face à cette situation, plus de 235 000 habitants ont fui vers le Nord entre le 12 et le 25 décembre, a affirmé l'ONU vendredi dans un communiqué. Selon ce texte, la ville de Maaret al-Noomane est "quasiment vidée" de ses habitants. Des images montrent d'impressionnantes colonnes de véhicules sur les routes, comme le rapporte France 3. Cet exode inquiète d'autant plus les observateurs qu'il intervient en hiver, une saison où la région est froide et sujette aux inondations. "Tout recommence, c'est le même enchaînement. On se dirige vers l'inconnu, sans maison, sans abri et sans assistance", résumait à l'AFP un père de famille arrivé dans la province deux ans plus tôt, après avoir fui Homs.

 

 

 

 

 

 

Pourquoi y a-t-il encore des combats dans cette région ?

Si les regards occidentaux se sont concentrés sur le combat contre le groupe Etat islamique, dont le dernier territoire est officiellement tombé en mars, le régime de Bachar Al-Assad n'a pas pour autant repris toute la Syrie. Il contrôle aujourd'hui plus de 70% du territoire, mais pas l'ensemble de la région d'Idleb, dominée par les jihadistes du groupe Hayat Tahrir al-Cham (HTS) et où subsistent d'autres groupuscules jihadistes et rebelles. Trois millions de personnes y vivent, dont la moitié sont des déplacés qui ont fui d'autres zones du pays lors de la reconquête de l'armée syrienne.

 

 

En août, le régime avait notamment repris la ville stratégique de Khan Cheikhoun, dans le sud de la province d'Idleb. En octobre, Bachar Al-Assad avait effectué une visite inédite dans la région et avait présenté la bataille qui s'y déroule comme capitale pour mettre fin à la guerre civile débutée en 2011. La nouvelle offensive lancée deux mois plus tard par le régime vise cette fois la ville de Maaret al-Noomane, à 25 km au nord de Khan Cheikhoun. Les deux villes sont situées sur un axe routier stratégique, dont la libération permettrait au régime de relier à nouveau Alep, au nord, à Homs et Damas, plus au sud.

 

 

Dans leur avancée vers Maaret al-Noomane,  Damas et son allié russe ont repris 45 villages depuis le 19 décembre, estime l'OSDH.

 

 

 

Que dit la communauté internationale ?

La réaction de Donald Trump, qui a accusé jeudi la Russie, la Syrie et l'Iran de tuer ou d'être sur le point de tuer "des milliers de civils innocents dans la province d'Idleb" –  "Ne le faites pas !", leur a-t-il lancé – n'est que la dernière en date. Dans son tweet, le président américain salue d'ailleurs l'action de la Turquie, qui "travaille dur pour stopper ce carnage". Mardi, Ankara a appelé à la fin des bombardements et a indiqué mener des pourparlers avec Moscou pour établir un nouveau cessez-le-feu. La question est d'autant plus sensible que l'armée turque est déployée dans la province pour empêcher une offensive de Damas, en vertu d'un accord russo-turc conclu en septembre 2018.

 

 

Mardi, la France, par le biais du ministère des Affaires étrangères, a également appelé à une "désescalade immédiate", estimant que "l'offensive militaire du régime de Damas et de ses alliés aggrave la crise humanitaire".

 

 

A ces condamnations de l'action militaire de Damas s'ajoute une inquiétude concernant la situation humanitaire en Syrie. Le 20 décembre, le Conseil de sécurité de l'ONU se prononçait sur un projet de résolution qui devait prolonger d'un an la possibilité d'acheminer, sans l'autorisation de Damas, une aide humanitaire transfrontalière depuis la Jordanie, l'Irak et la Turquie, un dispositif en vigueur depuis quatre ans. Mais le texte a été rejeté en raison d'un veto de la Russie et de la Chine.

 

 

"Il n'y a aucun moyen réaliste d'atteindre des centaines de milliers de ces familles" en agissant uniquement depuis l'intérieur de la Syrie, s'est notamment alarmé Oxfam au lendemain de cette décision. Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a jugé ce vote "honteux", accusant Moscou et Pékin d'avoir "préféré fournir un soutien à leur partenaire à Damas, plaçant ainsi la vie de millions de civils innocents dans la balance au plus fort de l'hiver". Les déplacements de population n'ont fait qu'empirer depuis.

 


28/12/2019
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Franceinfo - le mardi 29 octobre 2019

 

 

Syrie : des premiers combats entre les forces du régime de Damas et celles de la Turquie ont éclaté

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

C'est la première fois qu'un affrontement armé entre les deux camps se produit depuis le déclenchement, le 9 octobre, d'une offensive turque contre les forces kurdes

 

 

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Un soldat turc sur un char, près de la ville frontalière de Ras al-Ain, dans le nord-est de la Syrie, le 27 octobre 2019. (NAZEER AL-KHATIB / AFP)

 

 

 

De "violents combats" ont opposé, mardi 29 octobre, dans le nord de la Syrie les forces du régime de Damas à celles de la Turquie, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). C'est la première fois qu'un affrontement armé entre les deux camps se produit depuis le déclenchement, le 9 octobre, d'une offensive turque dans la zone frontalière syrienne. Selon l'OSDH, des tirs d'artillerie turcs ont visé les troupes du régime syrien et des "combats à la mitrailleuse" ont eu lieu dans la matinée aux abords du village d'Al-Assadiya. L'organisation fait état de six blessés parmi les forces syriennes.

 

 

 

Une offensive qui profite à Bachar Al-Assad ?

L'offensive turque a contraint les forces kurdes à amorcer un rapprochement avec le régime de Bachar Al-Assad, lui-même soutenu sur le terrain par la Russie. Les derniers développements ont largement profité au dictateur syrien, qui a pu déployer des troupes dans des zones du nord du pays qui lui échappaient depuis des années.

 

 

Ces dernières semaines, des affrontements sporadiques avaient déjà opposé les forces du régime aux supplétifs syriens participant à l'offensive d'Ankara. Ces supplétifs entraînés et financés par la Turquie sont d'anciens rebelles qui se concentraient autrefois dans la lutte contre Bachar Al-Assad. 

 


29/10/2019
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Franceinfo - le mercredi 23 octobre 2019

 

 

Plus de 100 jihadistes du groupe Etat islamique se sont échappés de prison, estime l'émissaire américain pour la Syrie

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Lors d'une allocution télévisée mercredi, le président américain Donald Trump a indiqué pour sa part qu'"un petit nombre" de jihadistes s'étaient échappés

 

 

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De la fumée s'élève de la ville de Ras al-Ain, en Syrie, le 17 octobre 2019. (OZAN KOSE / AFP)

 

 

 

"Nous pensons que leur nombre est maintenant supérieur à 100. Nous ne savons pas où ils se trouvent." James Jeffrey, émissaire américain pour la Syrie, s'est exprimé, mercredi 23 octobre, devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants américaine, au sujet des prisonniers du groupe Etat islamique soupçonnés d'avoir profité de l'offensive turque contre les Kurdes en Syrie pour s'échapper de prison. 

 

 

La Turquie a lancé le 9 octobre une offensive contre les combattants kurdes, alliés de Washington et des Occidentaux dans la lutte contre l'EI, provoquant l'inquiétude de nombreux pays sur le sort des milliers de jihadistes étrangers détenus dans des camps qu'ils contrôlaient. "Presque toutes les prisons que les Forces démocratiques syriennes (FDS) gardaient sont toujours sécurisées", a assuré le haut responsable américain. "Nous surveillons cela du mieux que nous pouvons. Nous avons encore des gens en Syrie qui travaillent avec les Forces démocratiques syriennes et l'une des priorités sont ces prisons", a-t-il expliqué.

 

 

Lors d'une allocution télévisée mercredi, le président américain Donald Trump a indiqué pour sa part qu'"un petit nombre" de jihadistes s'étaient échappés.

 

 

 

Des "crimes de guerre" perpétrés par la Turquie

L'émissaire américain a également déclaré avoir constaté "de multiples incidents que nous considérons comme des crimes de guerre" perpétués par la Turquie ou des groupes pro-Ankara, sans préciser lesquels. Il a en revanche nié tout potentiel "nettoyage ethnique" de la part d'Ankara.

 

 

"Il n'y a pas eu de nettoyage ethnique généralisé dans cette zone depuis que les Turcs sont arrivés. De nombreuses personnes ont fui parce qu'elles étaient, comme nous, préoccupées par les groupes de l'opposition syrienne soutenus par la Turquie", a-t-il déclaré.

 

 

Le responsable américain a précisé que les Etats-Unis enquêtaient sur des allégations des autorités kurdes qui accusent la Turquie d'avoir utilisé des armes non conventionnelles, dont le phosphore blanc (interdit par le droit international), dans leur offensive.

 

 

Mardi soir, la Turquie a annoncé qu'elle ne reprendrait pas son offensive militaire contre les forces kurdes dans le nord de la Syrie car ces dernières se sont retirées des zones frontalières.

 


24/10/2019
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Franceinfo - le lundi 21 octobre 2019 - mis à jour le 22.10.19

 

 

Syrie : le retrait des troupes américaines a débuté

 

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France 2France Télévisions

 

 

Le retrait des soldats américains en Syrie a débuté, une semaine après l'annonce officielle de leur départ. Un immense convoi composé d'une centaine de véhicules a pris la direction de l'Irak

 

 

 

KURDe

 

capture d'écran de l'article sur Franceinfo

 

 

 

Ils essaient de barrer la route à un blindé américain. Les Kurdes vivent le départ des troupes américaines de Syrie comme une trahison. Ils jettent des pommes de terre pour crier leur impuissance face à ceux qu'ils avaient accueillis comme des héros il y a cinq ans pour la lutte commune contre Daech. Les 1 000 soldats américains ont quitté quatre bases dans le nord-est de la Syrie en proie à l'offensive militaire turque.

 

 

 

Seuls quelques soldats resteront en Syrie pour protéger les champs de pétrole

L'abandon des Américains est insupportable pour les Kurdes. Un homme interpelle vivement les soldats. "Vous êtes des menteurs. Nos enfants sont en train de mourir !" Sous la pression, les blindés font marche arrière. Profil bas pour les soldats américains. Quelques heures plus tard, les convois de centaines de véhicules passent la frontière vers l'Irak, où les États-Unis possèdent plusieurs bases.

 


22/10/2019
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Franceinfo - le mardi 22 octobre 2019

 

 

Prolongation de la trêve en Syrie : Erdogan rejette la proposition de Macron

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

"Si les promesses faites par les Américains ne sont pas respectées, l'opération reprendra avec une plus grande détermination", a averti le président turc, mardi, avant de prendre l'avion pour rejoindre son homologue russe

 

 

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d'une conférence de presse, le 22 octobre 2019. (MURAT KULA / ANADOLU AGENCY / AFP)

 

 

 

Après l'offensive turque en Syrie et la trêve négociée entre Washington et Ankara, Emmanuel Macron a fait part à la Russie d'une "prolongation du cessez-le-feu" en Syrie. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a rejeté cette proposition, mardi 22 octobre.

 

 

"Je n'ai pas reçu une telle proposition de Macron. Macron rencontre des terroristes et il a choisi ce moyen pour nous communiquer la proposition des terroristes", a déclaré le président turc, après qu'Emmanuel Macron a souligné lors d'un entretien téléphonique, lundi, avec son homologue russe Vladimir Poutine "l'importance de la prolongation du cessez-le-feu" qui expire mardi soir dans le nord-est de la Syrie.

 

 

 

Menace d'une reprise "avec une plus grande détermination"

"Le processus [de trêve] s'achève aujourd'hui à 22 heures. Si les promesses faites par les Américains ne sont pas respectées, l'opération reprendra avec une plus grande détermination", a déclaré Recep Tayyip Erdogan avant de s'envoler pour la Russie pour une rencontre cruciale avec son homologue russe Vladimir Poutine.

 

 

M. Erdogan a affirmé que "700 à 800" combattants kurdes s'étaient retirés pour le moment, ajoutant qu'entre 1 200 et 1 300 combattants devaient encore quitter la zone. "Nous suivons cela de près. Ce processus ne sera pas achevé sans un retrait complet", a-t-il ajouté.

 

 

 

Franceinfo - le dimanche 20 octobre 2019

 

 

Offensive turque en Syrie : combattants, femmes et enfants de jihadistes... Qui sont les ressortissants français ?

 

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Violaine JaussentFrance Télévisions

 

 

Selon les autorités, entre quatre et cinq cents Français se trouveraient dans le Nord-Est syrien, dont une soixantaine de combattants. Mais les chiffres précis sont difficiles à obtenir. Une seule certitude : les femmes et les enfants sont très nombreux

 

 

 

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Deux femmes ayant appartenu au groupe terroriste Etat islamique sont escortées par une patrouille dans le camp d'al-Hol, dans le nord-est de la Syrie, le 23 juillet 2019. (DELIL SOULEIMAN / AFP)

 

 

 

Que vont devenir les jihadistes français et leurs familles à la suite de l'offensive turque en Syrie ? Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a plaidé, jeudi 17 octobre à Bagdad, pour que soixante d'entre eux soient jugés en Irak, après leur transfèrement depuis les prisons du Kurdistan syrien. Car depuis le début de l'opération militaire d'Ankara dans le nord du pays, Paris redoute que certains ne s'évadent pour redonner corps au groupe Etat islamique (EI), ou revenir dans leur pays d'origine.

 

 

"Il n'est pas question de voir d'un seul coup ces combattants arriver sur le sol français comme ça par miracle", a assuré Emmanuel Macron, mercredi, lors d'une conférence de presse à Toulouse. Il n'empêche que leur sort, ainsi que celui de leurs femmes et enfants, demeure un sujet brûlant. Dans la soirée de jeudi, la Turquie a fini par accepter un cessez-le-feu provisoire et pourrait se retirer de Syrie. Mais cette trêve n'apporte qu'un statu quo à cette situation explosive. 

 

 

 

"Plus de la moitié sont des femmes"

"Dans la zone du nord-est syrien, on considère qu'il y a à peu près 400 à 450 Français, certains dans des camps, d'autres prisonniers, dont des enfants", avait estimé Jean-Yves Le Drian le 28 mai, devant la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale. Quant aux enfants, il en "reste 200 à 300", "retenus au Kurdistan syrien", est-il écrit, selon L'Express, dans les plaintes déposées en septembre contre Jean-Yves le Drian pour "omission de porter secours".

 

 

Une autre plainte devant la Cour de justice de la République (CJR) va par ailleurs être déposée par la famille d'une jihadiste retenue avec ses quatre enfants dans un camp du Kurdistan syrien. Une plainte qui visera également la ministre de la Justice, Nicole Belloubet. Mardi, lors de son intervention au Sénat et à l'Assemblée, le ministre des Affaires étrangères est resté vague sur le nombre de ressortissants français présents en Syrie. De son côté, le Quai d'Orsay, sollicité par franceinfo, se contente de répondre : "On ne peut pas communiquer."

 

 

"Quatre cents à cinq cents Français, ce sont les chiffres qui circulent, indique à franceinfo Stéphanie Perez, grand reporter à France 2 et envoyée spéciale en Syrie. Mais les Kurdes ne veulent pas donner de chiffre par nationalité." "Le référencement de source gouvernementale de mars 2019 relevait 63 femmes et 149 enfants, dont trente de moins de 2 ans. Or, d'autres sont arrivés après la chute de Baghouz, ce qui augmente le chiffre. Puis, il y a les phénomènes de dissimulation ou encore de fuites qui ne permettent pas une quantification exacte", avancent, pour leur part, à franceinfo, Inès Daif et Stéphane Kenech, journalistes freelance travaillant en Irak et Syrie.

 

 

Pour tenter d'y voir plus clair, Thomas Renard, spécialiste belge des matières terroristes à l'Institut Egmont, a publié, mardi, avec d'autres chercheurs, un tableau recensant le nombre d'Européens détenus en Syrie et en Irak, répartis en fonction de leur nationalité. Dans les cases "France", 130 adultes sont répertoriés et, du côté des enfants, ils sont entre 270 et 320 enfants.

 

 

"On avait l'impression que les chiffres qui circulaient ne collaient pas avec ce qu'on observait. On a d'abord exploré les documents officiels. Journalistes, chercheurs... On a ensuite contacté une personne, au minimum, par pays, pour vérifier ces chiffres. On les a croisés. Quand la discordance était minime, on a opté pour une fourchette ; quand elle était plus importante, on a gardé le chiffre le plus bas", décrypte Thomas Renard pour franceinfo. Qui met toutefois en garde : "Ces chiffres sont à prendre avec beaucoup de précaution. Même les gouvernements ont une vue incomplète."

 

 

Aucun Etat ne peut prétendre savoir combien de ses ressortissants sont sur zone.Thomas Renard, chercheur à franceinfo

 

 

Son tableau permet tout de même d'offrir une "image plus détaillée" et de prendre conscience de la proportion d'enfants dans cette région du pays. Car, au total, le chercheur dénombre au moins 432 adultes européens et au moins 697 enfants européens. "Sur ces 432, plus de la moitié sont des femmes. C'est une donnée intéressante. Elle ne figure pas dans notre tableau car on n'avait pas de chiffre précis, seulement une proportion, précise Thomas Renard. Il y avait moins de femmes au départ en Syrie, mais à l'arrivée, le ratio est inversé car elles sont moins nombreuses à avoir été tuées."

 

 

 

"Les plus radicales mènent la danse"

Aujourd'hui, ces femmes vivent principalement dans trois camps du Kurdistan syrien – il y en a d'autres dans le reste du pays – avec leurs enfants, tandis que les hommes sont en prison. Les Européens se trouvent à Hassaké, une ville du nord-est, selon Thomas Renard. "Mais pour les hommes, on n'a beaucoup moins d'informations, c'est beaucoup plus sensible", souligne-t-il. Les combattants kurdes ont fait cette distinction par sexe lorsqu'ils ont capturé les jihadistes. En décembre 2018, Stéphanie Perez avait pu se rendre dans le camp de Roj, à l'extrême nord-est du pays, près de la frontière turque. Y vivaient alors une quinzaine de Françaises, parmi lesquelles Emilie König ou encore Margaux Dubreuil, qui figurent sur la liste noire des terroristes internationaux diffusée par les Etats-Unis.

 

 

 

 

 

 

Y sont-elles encore ? Que vont-elles devenir ? "A ma connaissance, à l'heure actuelle, l'offensive turque et le positionnement des Forces démocratiques syriennes (FDS) n'ont pas abouti à ce que ces camps-là, qui sont essentiellement dans l'est du nord-est syrien, soient menacés dans [leur] sûreté et sécurité indispensables", a déclaré Jean-Yves Le Drian sur BFMTV et RMC, mercredi.

 

 

Plus au sud, se situe Al Hol. Les conditions sanitaires y sont déplorables. C'est le plus grand camp de la région, surpeuplé de milliers de familles de jihadistes et de villageois réfugiés, en particulier depuis la fin du "califat" de l'EI, proclamée après la conquête de leur dernier bastion de Baghouz, fin mars. Quelques jours plus tard, Stéphanie Perez avait pu se rendre dans le camp de Al Hol.

 

 

 

 

 

 

"Toutes celles qu'on a rencontrées n'attendent que la résurrection du groupe Etat islamique. On n'a plus beaucoup les moyens de contenir les femmes et leur colère. Elles ont eu des échanges musclés avec les Kurdes qui dirigent les camps, d'après eux. Ce sont les plus radicalisées d'entre toutes et elles sont encore plus virulentes", confie la reporter de France 2.

 

 

Les camps sont des cocottes-minute, des bombes à retardement. Stéphanie Perez, journaliste à franceinfo

 

 

"Que les plus radicales mènent la danse n'a rien d'exceptionnel. Quand on est entassé, on retrouve des comportements très primitifs", explique à franceinfo Wassim Nasr, journaliste à France 24, auteur de Etat islamique, le fait accompli (éd. Plon). Il rappelle que parmi ces femmes, tous les cas de figures existent : certaines, épuisées, veulent rentrer en France, d'autres restent en Syrie par conviction idéologique ou par peur de la prison française, d'autres encore préfereraient, au contraire, s'y trouver, et la plupart veulent surtout échapper à Bachar Al-Assad et ses troupes...

 

 

 

Le risque de voir apparaître des "enfants soldats"

C'est vraisemblablement ce dernier motif qui a poussé près de 800 femmes et enfants de jihadistes étrangers à s'évader du camp d'Aïn Issa, le troisième du Kurdistan syrien, sur la zone tampon que la Turquie souhaite installer à l'issue de son offensive. "Les dix Françaises sont donc sorties dans la précipitation avec leurs [25] enfants. Toutes sont connues des services de renseignement et sont sous le coup d'un mandat international pour avoir rejoint Daech", précise Le Parisien. Mais leurs proches ont une tout autre version. "Ma fille m'a dit que ce sont les Kurdes qui leur ont demandé de sortir. On les a fait sortir et on a brûlé leurs tentes pour qu'elles ne reviennent pas", témoignait, lundi sur franceinfo, Louisa, dont la fille de 24 ans se trouvait dans le camp de déplacés d'Aïn Issa. "Les Kurdes ont ouvert la porte et elles ont dit : 'Nous, on part'", confirme Wassim Nasr, qui assure tenir l'information de trois sources fiables.

 

 

Désormais, où se trouvent ces femmes et que peuvent-elles faire avec leurs enfants au milieu du désert ? Au moins trois Françaises ont déjà été "récupérées" par des jihadistes de l'EI. "Ça fait des années que l'on dit qu'il faut à tout prix rapatrier les jihadistes français, au risque, sinon, de grossir les rangs de l'Etat islamique, déplorait, dès dimanche, Marie Dosé, avocate d'une cinquantaine de ressortissantes françaises. Le sort réservé aux enfants de ces femmes et aux orphelins la préoccupe. "Plus on tarde à les rapatrier, plus on risque de les traumatiser. Ils n'ont rien demandé à personne et, si on ne fait rien, ils vont être transformés en enfants soldats", prédit la pénaliste, qui a lancé avec des confrères plusieurs actions juridiques en faveur du rapatriement des jihadistes français.

 

 

Pour l'instant, la politique de la France est immuable : elle continue de rapatrier les enfants "au cas par cas" et s'oppose au retour des hommes et des épouses. Or ces dernières jugent impensable, la plupart du temps, de se séparer de leurs enfants. Oncle de deux enfants retenus en Syrie, Amine Elbahi a invité, jeudi sur franceinfo, Jean-Yves Le Drian à faire "juger les jihadistes français dans notre pays" en ne "cédant pas aux caprices et à la pression de l'opinion publique""En sous-traitant la justice française à la justice irakienne, nous savons parfaitement que nous sommes en train, aujourd'hui, de rétablir la peine de mort", a-t-il lancé. 

 

 

 

"On sait qui sont ces jihadistes"

Jusqu'ici, quatorze Français ont été condamnés par des tribunaux irakiens pour avoir rejoint l'EI. Parmi eux, douze avaient été transférés depuis les prisons du Kurdistan syrien vers Bagdad. Onze ont écopé de la peine de mort et trois autres, dont deux femmes, de la perpétuité. Mais aucun n'a été exécuté. Le temps presse face au chaos généré par l'offensive turque. Le Conseil de sécurité de l'ONU a mis en garde mercredi contre le "risque de dispersion" des jihadistes étrangers.

 

 

Certains ont déjà réussi à fuir. Où ces femmes et ces hommes peuvent-ils aller ? "Les seuls endroits où ils peuvent rester c'est Idleb [province du nord-ouest syrien dominée par les jihadistes]. Ou bien, pour les femmes, dans l'immensité du désert syrien, si elles sont prises en charge par l'EI", estime Wassim Nasr. Et pour les hommes ? "Certains vont profiter de trafiquants, d'autres seront exfiltrés. Ceux qui souhaitent rentrer chez eux tenteront d'aller en Turquie", analyse-t-il. Ces scénarios nécessitent néanmoins le soutien de passeurs. "Il faut beaucoup d'argent pour traverser la Turquie. Et on sait qui sont ces jihadistes. Difficile de rentrer en France seul, ce n'est plus du tout comme en 2015", assure le journaliste.

 

 

Thomas Renard estime de son côté que les jihadistes français pourraient tomber dans les mains du président syrien, qui pourrait les utiliser comme un moyen de pression. "Ils pourraient effectivement servir de levier, car Bachar Al-Assad veut redevenir l'interlocuteur privilégié dans la reconstruction de la Syrie, après avoir fait profil bas", décrypte-t-il.

 

 

Bachar Al-Assad peut menacer de relâcher les jihadistes étrangers, de les exécuter sur la place publique ou de les garder en prison indéfiniment.Thomas Renard, chercheur à franceinfo

 

 

Mais ce n'est qu'une hypothèse. Le chercheur confesse qu'il est lui-même dans "l'expectative" : "J'attends de voir si le chaos provoqué par l'offensive turque va provoquer la fin d'un blocage qui est politique." L'idée d'un tribunal international est partagée depuis plusieurs mois par d’autres pays européens (Royaume-Uni, Belgique, Allemagne, Pays-Bas, Suède et Danemark). Le déplacement de Jean-Yves Le Drian à Bagdad doit permettre d'ouvrir les discussions à ce sujet. Une véritable porte de sortie dans cette crise internationale majeure ? Thomas Renard veut croire à un effet domino : "Dès qu'un Etat bougera, les autres suivront."

 


22/10/2019
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Franceinfo - le vendredi 18 octobre 2019

 

 

Du retrait des troupes américaines aux départs des humanitaires : les huit jours qui ont replongé la Syrie dans le chaos

 

 

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Noémie LeclercqfranceinfoFrance Télévisions
 

 

 

Le pays est de nouveau à feu et à sang depuis le début de l'offensive turque, le 9 octobre. Franceinfo revient sur la chronologie des premiers jours de ce conflit

 

 

 

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Des soldats de la coalition turque à proximité de Manbij, dans le nord est de la Syrie, le 14 octobre 2019. (ZEIN AL RIFAI / AFP)

 

 

 

"Je retire les derniers membres des forces armées américaines du nord-est de la Syrie." Dans la soirée du dimanche 6 octobre, Donald Trump plonge la Syrie dans un nouveau conflit d'ampleur"La Turquie, l'Europe, la Syrie, l'Iran, l'Irak, la Russie et les Kurdes devront maintenant résoudre la situation et déterminer ce qu'ils veulent faire des combattants de l'organisation Etat islamique capturés dans leur 'voisinage'", déclare le président américain sur Twitter.

 

 

Malgré l'avis du Congrès, dont une commission spéciale* s'était prononcée en faveur du maintien des troupes en Syrie, à la frontière turque, à peine un mois avant, les soldats américains vont rentrer au pays. La fin d'une "guerre inutile", selon Donald Trump, qui met le feu aux poudres dans cette région : le président turc, Recep Tayyip Erdogan, souhaite depuis plusieurs mois déjà lancer une offensive en Syrie contre les Kurdes du YPG, qu'il considère comme une organisation terroriste. Retour sur ces huit jours qui ont refait basculer le pays dans le chaos, alors qu'une suspension temporaire des opérations turques a été annoncée jeudi 17 octobre dans la soirée par Ankara.

 

 

 

Du 7 au 10 octobre : les premiers dégâts de la bombe diplomatique de Trump

Avant d'embraser la Syrie, la décision de Donald Trump enflamme son propre camp. Un premier rectificatif de la déclaration du président américain est émis par les autorités compétentes dès le lendemain : seuls 50 à 100 membres des forces spéciales américaines se retireront de la frontière nord de la Syrie, pour être déployés ailleurs dans la région. Même Lindsey Graham, sénateur américain proche de Donald Trump, appelle ce dernier à "revenir" sur sa décision, qu'il estime "porteur de désastre".

 

 

Le chef des républicains, Mitch McConnell, prévient, lui, des risques que représente un "départ anticipé" : une situation favorable à la Russie et l'Iran, et l'assurance d'un retour du groupe l'Etat islamique en Syrie. Mais qu'importe, Donald Trump maintient sa ligne et les troupes américaines quittent la région de l'Euphrate, au nord de la Syrie, dès l'aube. 

 

 

 

 

 

 

L'offensive turque, redoutée depuis des mois, débute mercredi 9 octobre. Objectifs : la mise en place d'une zone tampon dans le nord du pays, entre la Syrie et la Turquie, pour éloigner les milices kurdes de la frontière, et réimplanter une grande partie des réfugiés syriens présents en Turquie. Dès ce premier jour du conflit, Tal Abyad et Ras al-Aïn, deux villes frontalières, sont bombardées par l'aviation turque. Les hôpitaux des deux villes, touchés par les bombes, sont partiellement détruits et hors service. Les bombardements aériens font déjà rage, alors que l'assaut terrestre, avec l'appui des rebelles syriens pro-turcs, est prévu pour le lendemain. Quelque 60 000 personnes sont contraintes de fuir.

 

 

 

Une femme kurde et son fils fuient le village de Ras al-Aïn, le 9 octobre 2019, alors que les premières frappes turques commencent.

Une femme kurde et son fils fuient le village de Ras al-Aïn, le 9 octobre 2019, alors que les premières frappes turques commencent. (DELIL SOULEIMAN / AFP)


 

Un rapport de l'ONG italienne Un Ponte per fait état de dégâts intentionnels des forces armées turques sur les écoles de al-Yabsah. "C'est un conflit d'une rare violence, très intense dès le premier jour", s'alarme Juliette Touma, de l'antenne Moyen-Orient-Afrique du Nord de l'Unicef.

 

 

Nous étions préparés à un conflit armé, mais pas à un tel manque de considération envers les civils.Juliette Touma, de l'Unicef à franceinfo

 

 

La Finlande est le premier pays à prendre des sanctions contre Ankara et annonce dans la journée la suspension des exportations d'armes vers la Turquie, ainsi que vers les autres pays engagés dans la guerre.

 

 

 

Le 11 octobre : l'ombre de l'Etat islamique ressurgit 

La pression militaire turque s'intensifie quelques jours plus tard : à tel point que le secrétaire de la Défense américain, Mark Esper, prend la parole au Pentagone vendredi 11 octobre. "Nous ne sommes pas en train d'abandonner nos alliés kurdes. Nos forces sont déployées ailleurs dans le pays, tente-t-il de justifier. L'invasion de la Turquie au nord de la Syrie a placé les Etats-Unis dans une position très délicate..."

 

 

 

 

 

 

Sur place, la crise humanitaire s'aggrave. "Les équipes sont constamment en insécurité, ça ajoute de la complexité à leur mission, déplore Juliette Touma. Ils font de leur mieux, mais il y a déjà des enfants qui ont été tués. On essaie de leur apporter de l'eau, des soins, des vivres, et de prendre en charge la malnutrition. Mais c'est très difficile."

 

 

Les camps de déplacés syriens, à l'intérieur du pays, sont en difficulté : 5 000 personnes, initialement prises en charge à Mabrouka, dans la région de Ras al-Ain, se dirigent vers un autre campement. La réserve d'eau d'Allouk, qui approvisionne plus de 800 000 personnes, est touchée par les bombes et sévèrement endommagée. 

 

 

 

Des civils syriens et kurdes fuient les bombes turques à Ras al-Aïn, dans le nord-est de la Syrie, le 9 octobre 2019.

Des civils syriens et kurdes fuient les bombes turques à Ras al-Aïn, dans le nord-est de la Syrie, le 9 octobre 2019. (DELIL SOULEIMAN / AFP)


 

Une autre préoccupation émerge : les avocats de familles de jihadistes retenues dans des camps kurdes craignent pour les femmes et les enfants abandonnés à leur sort. Au milieu du chaos, les autorités kurdes ont annoncé qu'il y avait un risque que les camps qu'ils gardent soient repris par le groupe Etat islamique. "Voilà, que ce que l'on annonçait depuis deux ans arrive", se désole Marie Dosé, pénaliste de renom. Depuis le début de l'offensive, elle reçoit des messages des femmes qu'elle défend, l'alertant sur la situation. "J'entends passer des avions au-dessus de la tente. Je ne sais pas quand je vais mourir, peut-être ce soir, peut-être demain. Je voudrais dire à mes proches que je les aime et je suis désolée pour la peine que j'ai pu leur causer. J'aurais aimé me reconstruire, mais la France ne m'a pas autorisé ça", lui écrit l'une d'elles.

 

 

Marie Dosé et d'autres défenseurs des droits de l'Homme alertent depuis des mois sur la situation et militent en faveur d'un rapatriement. Sans succès. Maintenant que la menace turque a été mise à exécution, les autorités craignent une résurgence de l'EI. La prison de Qamishli, contrôlée par les Kurdes et où sont détenus des combattants jihadistes, est d'ailleurs visée par les forces armées turques : au milieu du chaos, cinq détenus parviennent à s'échapper.

 

 

 

12 octobre : les ambulances et les hôpitaux touchés par les bombes

Le New York Times (en anglais) rapporte samedi 12 octobre l'exécution de deux Kurdes par l'Armée nationale syrienne, qui sert d'infanterie à la Turquie, sur le bord de l'autoroute M4, point stratégique du combat. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre l'exécution à la kalachnikov de l'un d'eux : "Allahou akbar ! Bien fait pour ce porc", lance un des soldats. L'ONG Un Ponte per recense déjà neuf exécutions de civils dans cette zone. 

 

 

Le Croissant rouge kurde, équivalent de la Croix-Rouge, déplore le meurtre d'Havrin Khalaf, ingénieure de 35 ans et chef du Mouvement pour l'avenir des Kurdes en Syrie. La jeune femme, qui militait pour le rapprochement entre Arabes et Kurdes, a été capturée puis tuée par des mercenaires islamistes, alliés des forces turques, sur la route entre Qamishli et Manbij. Des témoignages recueillis par Le Monde à Derik, ville d'origine de l'activiste, décrivent une scène de torture : "Elle avait la jambe brisée, chair ouverte, les bras couverts de contusions, le corps et les vêtements couverts de terre comme s'ils l'avaient traînée sur le sol", rapporte la personne chargée de la préparation du corps avant l'enterrement. 

 

 

 

De nombreux civils assistent à l\'enterrement d\'Hevrin Khalaf, chef d\'un parti pro-kurdes exécutée le 12 octobre 2019. 

De nombreux civils assistent à l'enterrement d'Hevrin Khalaf, chef d'un parti pro-kurdes exécutée le 12 octobre 2019.  (DELIL SOULEIMAN / AFP)


 

Plus à l'ouest, la ville de Kobané est également prise pour cible. Là encore, l'hôpital est partiellement touché par les bombes. Tell Abyad est à feu et à sang, les humanitaires peinent de plus en plus à faire leur travail, rapporte le Croissant rouge. L'organisation rapporte que ses ambulances sont visées alors qu'elles tentent d'accéder à Ras al-Aïn. De plus en plus de civils doivent rapidement quitter la zone en conflit. 

 

 

L'escalade des tensions pousse Paris à suspendre "tout projet d'exportation vers la Turquie de matériels de guerre", après des décisions similaires des Pays-Bas et de l'Allemagne. Le dernier rapport du ministère des Armées sur les exportations d'armement faisait état de 45,1 millions d'euros de matériel militaire français commandé par la Turquie en 2018. Mais ces mesures sont surtout symboliques : l'opération ayant été préparée largement en amont, l'armée de Recep Tayyip Erdogan dispose de suffisamment de munitions pour mener l'offensive à son terme.

 

 

 

13 octobre : des journalistes sous le feu de la coalition turque

"Depuis que nous avons lancé notre opération, nous faisons face à des menaces de sanctions économiques ou d'embargos sur les armes. Ceux qui pensent pouvoir nous contraindre à reculer avec ces menaces se trompent", réagit, dès le lendemain, le président turc. 

 

 

Sur le terrain, la violence va crescendo. Un convoi de civils kurdes, accompagnés de plusieurs journalistes étrangers, est bombardé par la coalition turque dans la journée de dimanche 13 octobre, à proximité de Ras al-Aïn. "Notre équipe va bien mais des confrères sont morts", témoigne Stéphanie Perez, reporter de France 2.

 

FRANCEINFO
 
 

 

Les images rapportées par l'équipe de France Télévisions montrent des "maisons désertées par les civils qui ont fui par centaines" et "des corps sans vie". On entend des bombardements et échanges de tirs. Les journalistes français rejoignent un peu plus tard l'avant du convoi, ciblé par les bombes : l'un des véhicules est en train de brûler, des cadavres gisent au sol, les survivants sont en état de choc. Des dizaines de blessés et au moins 11 morts sont à déplorer. 

 

 

Au total, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) dénombre plus de 130 000 personnes déplacées depuis le début de l'offensive, 76 civils et 105 combattants kurdes tués en cinq jours. Les forces turques et leurs alliés ont pris possession d'une quarantaine de villages, et s'emparent de la ville de Tell Abyad, rapporte l'OSDH.

 

 

Dans le même temps, des familles de jihadistes s'échappent du camp d'Aïn Issa. Selon les forces kurdes, qui indiquent ne pas pouvoir gérer à la fois le front turc et les camps, 785 personnes sont concernées, parmi lesquelles une dizaine de Françaises et leurs enfants. 

 

 

 

Des proches de jihadistes dans le camp d\'Ain Issa, le 17 octobre 2018 (photo d\'illustration). 

Des proches de jihadistes dans le camp d'Ain Issa, le 17 octobre 2018 (photo d'illustration).  (DELIL SOULEIMAN / AFP)


 

Faute de soutien de leurs alliés occidentaux, les Forces démocratiques syriennes (FDS) – coalition kurde et arabes, principalement composée de la milice kurde YGP – se sont résolues à solliciter l'armée syrienne de Bachar al-Assad. Mazloum Abdi, haut commandant des FDS, déclare, sur le site de Foreign Policy*, qu'"entre les compromis et le génocide de notre peuple, nous choisirons la vie".

 

 

Emmanuel Macron convoque à l'Elysée sur les coups de 22 heures un conseil restreint de défense sur la Syrie.

 

 

Notre conviction est que cette offensive prend le risque d'une part, et nous le constatons d'ores et déjà sur le terrain, de créer des situations humanitaires insoutenables et, d'autre part, d'aider Daech à réémerger dans la région.Emmanuel Macron à l'issu d'un conseil restreint de défense

 

 

 

14 octobre : les organisations humanitaires poussent un cri d'alarme 

Le président français s'entretient, lundi 14 octobre, avec Donald Trump, puis Recep Tayyip Erdogan. L'échange avec ce dernier "confirme une profonde divergence de vues sur les conséquences prévisibles de l'offensive turque dans le nord-est syrien", indique l'Elysée. Aucun commentaire n'est fait sur l'appel entre Emmanuel Macron et son homologue américain. Un tweet moqueur de Donald Trump laisse cependant penser qu'il n'a pas été des plus fructueux. 

 

 

 

 

 

 

"J'invite quiconque le souhaite à défendre les Kurdes, que ce soit la Russie, la Chine, ou Napoléon Bonaparte. J'espère qu'ils vont tous bien, nous, nous sommes à 7 000 miles !" 

 

 

Celui-ci annonce dans le même temps une série de mesures, notamment commerciales, contre la Turquie. Les ministres turcs de l'Energie, de la Défense et de l'Intérieur sont personnellement interdits de séjour aux Etats-Unis, les transactions internationales en dollar d'Ankara sont bloquées, les droits de douane sur l'acier turc sont revus à la hausse de 50% et les négociations commerciales entre les deux pays sont bloquées. 

 

 

 

Adnan Ahmad, chef de l\'Armée nationale syrienne, groupe rebelle qui sert d\'infanterie à Ankara, lors d\'une réunion stratégique à propos de Manbij, dans le nord de la Syrie, le 16 octobre 2019.

Adnan Ahmad, chef de l'Armée nationale syrienne, groupe rebelle qui sert d'infanterie à Ankara, lors d'une réunion stratégique à propos de Manbij, dans le nord de la Syrie, le 16 octobre 2019. (AAREF WATAD / AFP)


 

Sur le terrain, les tensions montent autour de Manbij : la reprise de cette ville, nœud entre les zones tenues par les FDS, celles dominées par le régime syrien et celles sous contrôle turc, était un objectif affiché par Ankara depuis 2016. L'exécutif turc a annoncé que Manbij pourrait être le théâtre des affrontements directs entre la Turquie et l'armée officielle syrienne, alors que les FDS seraient secondaires.

 

 

Face à ce déferlement de violence annoncé, les ONG commencent à retirer leurs personnels sur le terrain, jugé trop dangereux. Seule l'ONU et ses agences restent auprès des civils. "On ne va pas retirer nos forces, au contraire, on va sans doute devoir en ajouter, se désole Juliette Touma, de l'Unicef. Même si on craint pour leur sécurité. Ça ne fait qu'une semaine et on est déjà à bout, la violence ne fait que s'amplifier."  

 

 

17 octobre : une trêve inespérée 

Retournement de situation. Jeudi 17 octobre, la Turquie annonce une suspension des combats dans le nord-est de la Syrie. Le vice-président américain, Mike Pence, et le président truc, Recep Tayyip Erdogan, se sont entretenus dans la soirée. A l'issue d'une entrevue de plus de quatre heures, ils parviennent à un accord de trêve temporaire : les Turcs et leurs alliés donnent cinq jours aux forces kurdes pour évacuer les zones de conflit. Ankara espère ainsi la mise en place de la "zone tampon" de 32 km à la frontière entre les deux pays. Le ministre turc des Affaires étrangères prévient que l'offensive cessera totalement à condition que les Kurdes obtempèrent. 

 

 

Sur Twitter, Donald Trump se félicite de cette annonce : "Des millions de vies vont être sauvées", clame-t-il. Un peu plus tôt dans la journée, lors d'un meeting à Dallas, le président américain a comparé le conflit à une cour d'école. "Parfois, il faut les laisser se battre, comme deux enfants, et puis après, il faut les séparer", a-t-il préconisé. Une méthode éducative pour le moins meurtrière : l'OSDH recense près de 500 morts au 17 octobre, parmi lesquels une centaine de civils. Plus de 300 000 personnes ont été déplacées depuis le lancement de l'offensive. 

 

 

  • Liens en anglais

 


18/10/2019
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Franceinfo - le jeudi 17 octobre 2019

 

 

La Turquie annonce la suspension temporaire de son offensive pour que les forces kurdes évacuent le nord de la Syrie

 

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Cette annonce a été faite à l'issue d'une rencontre entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et le vice-président américain Mike Pence

 

 

 

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Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu, le 16 octobre 2019, à Ankara. (ADEM ALTAN / AFP)

 

 

 

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu annonce, jeudi 17 octobre, la "suspension" temporaire de son opération militaire contre les forces kurdes dans le nord de la Syrie. Cette "pause" d'une durée de cinq jours doit permettre l'évacuation des forces kurdes du YPG, sommées par Ankara de quitter une "zone de sécurité" de 32 km de largeur le long de la frontière turque. Sur Twitter, le président des Etats-Unis s'est félicité que "des millions de vies soient sauvées".

 

 

 

 

 

 

Cette annonce a été faite à la suite d'une rencontre de plus de quatre heures entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et le vice-président américain Mike Pence. A l'issue de celle-ci, le bras droit de Donald Trump a affirmé que l'opération turque "s'arrêtera complètement" si les troupes kurdes acceptaient de se retirer.

 

 

 

Pour la Turquie, il ne s'agit pas d'un "cessez-le-feu"

Pendant cette conférence de presse, le vice-président américain Mike Pence a assuré avoir négocié avec la Turquie un accord de "cessez-le-feu". Mais le terme a été immédiatement récusé par le ministre turc des Affaires étrangères, arguant qu'un cessez-le-feu ne peut être négocié qu'entre "deux parties légitimes".

 

 

Les pays occidentaux soutiennent en majorité les Kurdes pour leur rôle crucial dans la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique. Mais Ankara les considère de son côté comme des "terroristes" en raison des liens du YPG avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une guérilla sanglante en Turquie depuis 1984.

 


18/10/2019
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Franceinfo - le mercredi 16 octobre 2019

 

 

Offensive turque en Syrie : le sort des Kurdes était-il joué d'avance ?

 

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Propos recueillis parAnne BrigaudeauFrance Télévisions

 

 

Alors que les Turcs mènent une offensive dans le nord-est de la Syrie, Jordi Tejel, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Neuchâtel, en Suisse, apporte son éclairage sur la situation des Kurdes

 

 

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Des personnes en deuil assistent aux funérailles de cinq combattants des Forces démocratiques syriennes (coalition militaire kurdo-syrienne), le 14 octobre 2019. (DELIL SOULEIMAN / AFP)

 

 

 

Abandonnés par leurs éphémères alliés américains, les Kurdes syriens doivent faire face, depuis le 9 octobre, à l'offensive des Turcs, suppléés sur le terrain par les milices rebelles syriennes. Alors qu'ils avaient conquis lors de la guerre en Syrie une autonomie de fait, ils n'ont eu d'autre choix, pour se défendre, que de faire appel au régime de Bachar al-Assad. Entretien avec Jordi Tejel, professeur titulaire d'histoire contemporaine à l'université de Neuchâtel, en Suisse, et spécialiste de la question kurde.

 

 

 

Franceinfo : Comment les Kurdes syriens ont-ils fait pour obtenir cette région autonome dans le nord-est de la Syrie ?

 

Jordi Tejel : Les origines de ce qu'on appelle le Rojava [trois cantons du nord-est de la Syrie qui forment le Kurdistan occidentalremontent à l'été 2012, quand le régime syrien se retire partiellement du nord de la Syrie parce qu'il doit faire face à une révolte dans l'ensemble du pays. Il quitte la région en laissant au parti kurde hégémonique de la région, le PYD [Parti de l'union démocratique], le soin de prendre en charge cette zone.

En échange de quoi ? De ne pas se tourner contre le régime de Bachar al-Assad. En 2011, quand la révolte a éclaté, le PYD avait plaidé pour une position neutre. Ni contre la révolution, ni contre le régime syrien. C'est pourquoi, en 2012, Bachar al-Assad considère que cette solution est le moindre mal. 

 

 

 

Comment les Kurdes syriens ont-ils géré cette région jusqu'au début de l'offensive turque ?

 

Jusqu'en 2014, les autorités kurdes syriennes développent une police, puis une milice, le YPG [Unités de protection du peuple], pour assurer la sécurité de la région kurde. Ensuite, elles structurent le régime politique. Celui-ci repose sur une organisation par le bas, d'inspiration anarchiste : on commence par les quartiers, on remonte vers les communes, puis vers les cantons et on crée une sorte de coordination entre ces cantons.

 

Ce "confédéralisme démocratique" est un modèle multiethnique, multireligieux, ouvert aux considérations de genre, laïque et compatible avec les frontières telles qu'on les connaît. Mais c'est aussi un modèle partisan. Le point important ne porte pas sur la langue qu'on parle ou la religion qu'on professe, mais sur le fait de savoir si on est d'accord avec les principes du parti, avec cette organisation. La figure d'Abdullah Öcalan [le fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK, emprisonné à vie en Turquie] compte aussi beaucoup. 

 

 

 

L'offensive turque n'était-elle pas prévisible, puisque Ankara a toujours été hostile au sujet du Kurdistan syrien ?

 

Oui, c'était prévisible. L'offensive turque s'explique par l'appui de son allié américain, mais aussi par le contexte intérieur de la Turquie. L'AKP, le parti du président turc Erdogan, est en difficulté depuis les dernières élections municipales, avec la perte d'Istanbul notamment. Avec cette guerre, le chef de l'Etat turc espère aussi récupérer une certaine popularité, en plus d'autres objectifs, comme replacer les réfugiés syriens de Turquie dans cette zone tampon.

 

Quant à l'alliance de Washington avec le PYD, elle n'a été que circonstancielle. Les Etats-Unis n'ont jamais eu une grande sympathie pour ce mouvement, qu'ils ont néanmoins soutenu lors de la lutte contre le groupe Etat islamique [les forces kurdes de l'YPG combattaient au sol contre l'EI]. Mais après la défaite de l'EI, des représentants américains, aux Etats-Unis, ont fait valoir que le PYD avait des liens avec le PKK [classé comme organisation terroriste par la Turquie, les Etats-Unis et l'Union européenne] et qu'il fallait soutenir Ankara.

 

 

 

Il ne restait donc plus aux Kurdes syriens qu'à demander l'aide de Bachar al-Assad ?

 

Oui, après le retrait des Etats-Unis, il n’y avait plus d'alliés possibles. La Turquie est la deuxième armée la plus importante en effectif au sein de l'Otan, après les Etats-Unis. S'y ajoutent les alliés arabes d'Ankara : au sol, ce sont surtout les milices, les rebelles syriens qui sont en train de combattre à la frontière. Sans le soutien du régime d'Assad, les Kurdes syriens ne peuvent pas les affronter.

 

 

 

Comment le soutien de Damas va-t-il modifier la gestion de la région kurde syrienne ? 

 

Il est trop tôt pour le dire puisqu'on ne connaît pas les termes de l'accord entre les autorités du Rojava et le gouvernement syrien. Les représentants kurdes assurent qu'il s'agit juste d'un accord militaire et qu'ils gardent l’autorité politique. Mais il est probable que Damas demandera davantage et qu'ils devront abandonner une partie de leurs prérogatives.

 

Le fait que le gouvernement ait passé l'autorité aux Kurdes syriens, en 2012, laissait entendre que le régime reviendrait, une fois la situation stabilisée. Aujourd'hui, c'est mission accomplie pour Damas. Les Kurdes vont-ils désormais être remplacés comme autorité militaire et politique ? Dans ce cas, le régime prend le dessus et le Rojava est terminé.

 

Dans l'hypothèse d'une cohabitation du régime avec les forces kurdes, une sorte de scénario à la libanaise se dessinerait. Dans le sud du Liban, le Hezbollah a une certaine marge de manœuvre, une certaine autonomie, même si c'est toujours l’Etat libanais qui a l'autorité.

 

 

 

Lors du traité de Sèvres, en 1920, les grandes puissances ne s'engageaient-elles pas déjà à créer un Etat kurde ?

 

Pas exactement. En 1920, le traité de Sèvres promettait la création d’un Etat kurde dans le sud-est de la Turquie actuelle, auquel pourrait éventuellement se rajouter la région de Mossoul (le nord de l'Irak actuel). En revanche, ni les régions kurdes de l'Iran ni celles de la Syrie actuelle n'étaient concernées.

 

 

 

Quelle est la situation des Kurdes dans les autres pays ? Et combien sont-ils exactement ?

 

Leur nombre est difficile à déterminer puisqu'il n'y a guère de recensement de population dans lequel la catégorie kurde a été validée. On appelle Kurdes ceux qui parlent la langue kurde, mais aussi ceux qui s'identifient comme kurdes. En résumé, ceux qui éprouvent un sentiment d'appartenance à cette communauté qui compte des traits culturels ou historiques communs. Disons qu'il y a entre 15 et 20 millions de Kurdes en Turquie, autour de 5 millions en Irak, 8 millions en Iran et entre 1,5 et 2 millions en Syrie.  

 

Depuis l’arrivée d’Erdogan au pouvoir en Turquie, où ils sont les plus nombreux, il y a eu des hauts et des bas, mais les négociations pour arriver à une sorte de paix ont toujours mal tourné. Aujourd'hui, la situation est très difficile, avec beaucoup d’arrestations. Non seulement au sein du PKK, mais aussi dans le parti pro-kurde HDP [Parti démocratique des peuples] – pourtant légal – et parmi les intellectuels. En outre, le parti du président Erdogan n'a pas la majorité au Parlement. Il dépend donc du soutien du parti d'extrême droite MHP [Parti d’action nationaliste]. Cette coalition nationaliste s'oppose à toute négociation.

 

 

En revanche, c'est en Irak que la situation se présente le mieux pour les Kurdes. Même si l'indépendance leur a été refusée alors qu'elle avait été approuvée à une écrasante majorité par le référendum d’autodétermination en 2017, ils ont une région autonome [de fait depuis 1991, de droit depuis 2005] avec des écoles et des universités en langue kurde. Ils contrôlent une partie du pétrole et ils ont aussi des forces de sécurité qui maintiennent plus ou moins la stabilité de la région. C'est la région où les Kurdes vivent le mieux, même si ce n'est pas l'idéal, car le monopole du pouvoir est détenu par quelques familles, notamment le clan Barzani, à la tête du gouvernement régional, et il existe d'importants problèmes de corruption.

 

 

 

Les Kurdes sont-ils donc condamnés à être une variable d'ajustement ?

 

Comme il n'y a pas un Etat derrière qui les soutient, ils doivent prendre toutes les opportunités qui se présentent, comme ils l'ont fait en 2012 en Syrie par exemple. Donc évidemment, tout est instable, tout est fragile. Mais la nécessité de survivre fait qu'on prend les opportunités qui se présentent et que le long terme ne figure pas dans l'agenda. C'est la malédiction des minoritaires. Quand cela se passe mal, ils ont les mauvaises cartes.

 


16/10/2019
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Franceinfo - le mardi 15 octobre 2019

 

 

Offensive turque en Syrie : les Etats-Unis prennent des sanctions contre trois ministres d'Erdogan

 

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Donald Trump réclame la "fin de l'invasion" et "un cessez-le-feu immédiat"

 

 

 

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Le président américain Donald Trump, le 11 octobre 2019 lors d'un meeting en Louisiane. (SAUL LOEB / AFP)

 

 

 

Donald Trump durcit le ton. Le président américain appelle désormais la Turquie à mettre fin à son opération militaire en Syrie et annonce, lundi 14 octobre, une série de sanctions. "Les Etats-Unis veulent que la Turquie mette fin à l'invasion, mette en œuvre un cessez-le-feu immédiat et commence à négocier avec les forces kurdes en Syrie", a indiqué le vice-président américain Mike Pence, précisant qu'il se rendrait prochainement en Turquie à la demande de Donald Trump.

 

 

Lors d'un échange téléphonique avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, Donald Trump s'est montré "très ferme", a affirmé Mike Pence, qui a assuré que le dirigeant turc s'était engagé à ce qu'il n'y ait "aucune attaque" contre la ville de Kobané.

 

 

Le chef du Pentagone Mark Esper a de son côté déclaré que l'offensive militaire turque avait entraîné la libération de nombreux détenus "dangereux" du groupe jihadiste Etat islamique (EI). "Cette incursion inacceptable a sapé la mission internationale anti-EI, couronnée de succès en Syrie", a-t-il déploré.

 

 

 

Des sanctions insuffisantes, selon les démocrates

Après une semaine d'annonces contradictoires, un responsable américain a indiqué que tous les militaires américains (environ 1 000) déployés depuis quelques années dans le nord de la Syrie pour soutenir les forces kurdes dans leur combat contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) avaient reçu l'ordre de quitter le pays.

 

 

Les sanctions américaines signées lundi par Donald Trump visent les ministres turcs de l'Energie, de la Défense et de l'Intérieur. Leurs éventuels avoirs aux Etats-Unis sont gelés et leurs transactions internationales en dollars sont bloquées.

 

 

Les démocrates, qui ont critiqué le retrait des troupes américaines du nord de la Syrie, n'ont pas non plus été convaincus de ces dernières annonces. "Le président Trump a déclenché une montée du chaos et de l'insécurité en Syrie. Son annonce d'un ensemble de sanctions contre la Turquie n'est vraiment pas suffisante pour renverser ce désastre humanitaire", a déclaré dans un communiqué la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

 


15/10/2019
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