L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

CRISE SYRIENNE


Franceinfo - le vendredi 18 octobre 2019

 

 

Du retrait des troupes américaines aux départs des humanitaires : les huit jours qui ont replongé la Syrie dans le chaos

 

 

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Noémie LeclercqfranceinfoFrance Télévisions
 

 

 

Le pays est de nouveau à feu et à sang depuis le début de l'offensive turque, le 9 octobre. Franceinfo revient sur la chronologie des premiers jours de ce conflit

 

 

 

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Des soldats de la coalition turque à proximité de Manbij, dans le nord est de la Syrie, le 14 octobre 2019. (ZEIN AL RIFAI / AFP)

 

 

 

"Je retire les derniers membres des forces armées américaines du nord-est de la Syrie." Dans la soirée du dimanche 6 octobre, Donald Trump plonge la Syrie dans un nouveau conflit d'ampleur"La Turquie, l'Europe, la Syrie, l'Iran, l'Irak, la Russie et les Kurdes devront maintenant résoudre la situation et déterminer ce qu'ils veulent faire des combattants de l'organisation Etat islamique capturés dans leur 'voisinage'", déclare le président américain sur Twitter.

 

 

Malgré l'avis du Congrès, dont une commission spéciale* s'était prononcée en faveur du maintien des troupes en Syrie, à la frontière turque, à peine un mois avant, les soldats américains vont rentrer au pays. La fin d'une "guerre inutile", selon Donald Trump, qui met le feu aux poudres dans cette région : le président turc, Recep Tayyip Erdogan, souhaite depuis plusieurs mois déjà lancer une offensive en Syrie contre les Kurdes du YPG, qu'il considère comme une organisation terroriste. Retour sur ces huit jours qui ont refait basculer le pays dans le chaos, alors qu'une suspension temporaire des opérations turques a été annoncée jeudi 17 octobre dans la soirée par Ankara.

 

 

 

Du 7 au 10 octobre : les premiers dégâts de la bombe diplomatique de Trump

Avant d'embraser la Syrie, la décision de Donald Trump enflamme son propre camp. Un premier rectificatif de la déclaration du président américain est émis par les autorités compétentes dès le lendemain : seuls 50 à 100 membres des forces spéciales américaines se retireront de la frontière nord de la Syrie, pour être déployés ailleurs dans la région. Même Lindsey Graham, sénateur américain proche de Donald Trump, appelle ce dernier à "revenir" sur sa décision, qu'il estime "porteur de désastre".

 

 

Le chef des républicains, Mitch McConnell, prévient, lui, des risques que représente un "départ anticipé" : une situation favorable à la Russie et l'Iran, et l'assurance d'un retour du groupe l'Etat islamique en Syrie. Mais qu'importe, Donald Trump maintient sa ligne et les troupes américaines quittent la région de l'Euphrate, au nord de la Syrie, dès l'aube. 

 

 

 

 

 

 

L'offensive turque, redoutée depuis des mois, débute mercredi 9 octobre. Objectifs : la mise en place d'une zone tampon dans le nord du pays, entre la Syrie et la Turquie, pour éloigner les milices kurdes de la frontière, et réimplanter une grande partie des réfugiés syriens présents en Turquie. Dès ce premier jour du conflit, Tal Abyad et Ras al-Aïn, deux villes frontalières, sont bombardées par l'aviation turque. Les hôpitaux des deux villes, touchés par les bombes, sont partiellement détruits et hors service. Les bombardements aériens font déjà rage, alors que l'assaut terrestre, avec l'appui des rebelles syriens pro-turcs, est prévu pour le lendemain. Quelque 60 000 personnes sont contraintes de fuir.

 

 

 

Une femme kurde et son fils fuient le village de Ras al-Aïn, le 9 octobre 2019, alors que les premières frappes turques commencent.

Une femme kurde et son fils fuient le village de Ras al-Aïn, le 9 octobre 2019, alors que les premières frappes turques commencent. (DELIL SOULEIMAN / AFP)


 

Un rapport de l'ONG italienne Un Ponte per fait état de dégâts intentionnels des forces armées turques sur les écoles de al-Yabsah. "C'est un conflit d'une rare violence, très intense dès le premier jour", s'alarme Juliette Touma, de l'antenne Moyen-Orient-Afrique du Nord de l'Unicef.

 

 

Nous étions préparés à un conflit armé, mais pas à un tel manque de considération envers les civils.Juliette Touma, de l'Unicef à franceinfo

 

 

La Finlande est le premier pays à prendre des sanctions contre Ankara et annonce dans la journée la suspension des exportations d'armes vers la Turquie, ainsi que vers les autres pays engagés dans la guerre.

 

 

 

Le 11 octobre : l'ombre de l'Etat islamique ressurgit 

La pression militaire turque s'intensifie quelques jours plus tard : à tel point que le secrétaire de la Défense américain, Mark Esper, prend la parole au Pentagone vendredi 11 octobre. "Nous ne sommes pas en train d'abandonner nos alliés kurdes. Nos forces sont déployées ailleurs dans le pays, tente-t-il de justifier. L'invasion de la Turquie au nord de la Syrie a placé les Etats-Unis dans une position très délicate..."

 

 

 

 

 

 

Sur place, la crise humanitaire s'aggrave. "Les équipes sont constamment en insécurité, ça ajoute de la complexité à leur mission, déplore Juliette Touma. Ils font de leur mieux, mais il y a déjà des enfants qui ont été tués. On essaie de leur apporter de l'eau, des soins, des vivres, et de prendre en charge la malnutrition. Mais c'est très difficile."

 

 

Les camps de déplacés syriens, à l'intérieur du pays, sont en difficulté : 5 000 personnes, initialement prises en charge à Mabrouka, dans la région de Ras al-Ain, se dirigent vers un autre campement. La réserve d'eau d'Allouk, qui approvisionne plus de 800 000 personnes, est touchée par les bombes et sévèrement endommagée. 

 

 

 

Des civils syriens et kurdes fuient les bombes turques à Ras al-Aïn, dans le nord-est de la Syrie, le 9 octobre 2019.

Des civils syriens et kurdes fuient les bombes turques à Ras al-Aïn, dans le nord-est de la Syrie, le 9 octobre 2019. (DELIL SOULEIMAN / AFP)


 

Une autre préoccupation émerge : les avocats de familles de jihadistes retenues dans des camps kurdes craignent pour les femmes et les enfants abandonnés à leur sort. Au milieu du chaos, les autorités kurdes ont annoncé qu'il y avait un risque que les camps qu'ils gardent soient repris par le groupe Etat islamique. "Voilà, que ce que l'on annonçait depuis deux ans arrive", se désole Marie Dosé, pénaliste de renom. Depuis le début de l'offensive, elle reçoit des messages des femmes qu'elle défend, l'alertant sur la situation. "J'entends passer des avions au-dessus de la tente. Je ne sais pas quand je vais mourir, peut-être ce soir, peut-être demain. Je voudrais dire à mes proches que je les aime et je suis désolée pour la peine que j'ai pu leur causer. J'aurais aimé me reconstruire, mais la France ne m'a pas autorisé ça", lui écrit l'une d'elles.

 

 

Marie Dosé et d'autres défenseurs des droits de l'Homme alertent depuis des mois sur la situation et militent en faveur d'un rapatriement. Sans succès. Maintenant que la menace turque a été mise à exécution, les autorités craignent une résurgence de l'EI. La prison de Qamishli, contrôlée par les Kurdes et où sont détenus des combattants jihadistes, est d'ailleurs visée par les forces armées turques : au milieu du chaos, cinq détenus parviennent à s'échapper.

 

 

 

12 octobre : les ambulances et les hôpitaux touchés par les bombes

Le New York Times (en anglais) rapporte samedi 12 octobre l'exécution de deux Kurdes par l'Armée nationale syrienne, qui sert d'infanterie à la Turquie, sur le bord de l'autoroute M4, point stratégique du combat. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre l'exécution à la kalachnikov de l'un d'eux : "Allahou akbar ! Bien fait pour ce porc", lance un des soldats. L'ONG Un Ponte per recense déjà neuf exécutions de civils dans cette zone. 

 

 

Le Croissant rouge kurde, équivalent de la Croix-Rouge, déplore le meurtre d'Havrin Khalaf, ingénieure de 35 ans et chef du Mouvement pour l'avenir des Kurdes en Syrie. La jeune femme, qui militait pour le rapprochement entre Arabes et Kurdes, a été capturée puis tuée par des mercenaires islamistes, alliés des forces turques, sur la route entre Qamishli et Manbij. Des témoignages recueillis par Le Monde à Derik, ville d'origine de l'activiste, décrivent une scène de torture : "Elle avait la jambe brisée, chair ouverte, les bras couverts de contusions, le corps et les vêtements couverts de terre comme s'ils l'avaient traînée sur le sol", rapporte la personne chargée de la préparation du corps avant l'enterrement. 

 

 

 

De nombreux civils assistent à l\'enterrement d\'Hevrin Khalaf, chef d\'un parti pro-kurdes exécutée le 12 octobre 2019. 

De nombreux civils assistent à l'enterrement d'Hevrin Khalaf, chef d'un parti pro-kurdes exécutée le 12 octobre 2019.  (DELIL SOULEIMAN / AFP)


 

Plus à l'ouest, la ville de Kobané est également prise pour cible. Là encore, l'hôpital est partiellement touché par les bombes. Tell Abyad est à feu et à sang, les humanitaires peinent de plus en plus à faire leur travail, rapporte le Croissant rouge. L'organisation rapporte que ses ambulances sont visées alors qu'elles tentent d'accéder à Ras al-Aïn. De plus en plus de civils doivent rapidement quitter la zone en conflit. 

 

 

L'escalade des tensions pousse Paris à suspendre "tout projet d'exportation vers la Turquie de matériels de guerre", après des décisions similaires des Pays-Bas et de l'Allemagne. Le dernier rapport du ministère des Armées sur les exportations d'armement faisait état de 45,1 millions d'euros de matériel militaire français commandé par la Turquie en 2018. Mais ces mesures sont surtout symboliques : l'opération ayant été préparée largement en amont, l'armée de Recep Tayyip Erdogan dispose de suffisamment de munitions pour mener l'offensive à son terme.

 

 

 

13 octobre : des journalistes sous le feu de la coalition turque

"Depuis que nous avons lancé notre opération, nous faisons face à des menaces de sanctions économiques ou d'embargos sur les armes. Ceux qui pensent pouvoir nous contraindre à reculer avec ces menaces se trompent", réagit, dès le lendemain, le président turc. 

 

 

Sur le terrain, la violence va crescendo. Un convoi de civils kurdes, accompagnés de plusieurs journalistes étrangers, est bombardé par la coalition turque dans la journée de dimanche 13 octobre, à proximité de Ras al-Aïn. "Notre équipe va bien mais des confrères sont morts", témoigne Stéphanie Perez, reporter de France 2.

 

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Les images rapportées par l'équipe de France Télévisions montrent des "maisons désertées par les civils qui ont fui par centaines" et "des corps sans vie". On entend des bombardements et échanges de tirs. Les journalistes français rejoignent un peu plus tard l'avant du convoi, ciblé par les bombes : l'un des véhicules est en train de brûler, des cadavres gisent au sol, les survivants sont en état de choc. Des dizaines de blessés et au moins 11 morts sont à déplorer. 

 

 

Au total, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) dénombre plus de 130 000 personnes déplacées depuis le début de l'offensive, 76 civils et 105 combattants kurdes tués en cinq jours. Les forces turques et leurs alliés ont pris possession d'une quarantaine de villages, et s'emparent de la ville de Tell Abyad, rapporte l'OSDH.

 

 

Dans le même temps, des familles de jihadistes s'échappent du camp d'Aïn Issa. Selon les forces kurdes, qui indiquent ne pas pouvoir gérer à la fois le front turc et les camps, 785 personnes sont concernées, parmi lesquelles une dizaine de Françaises et leurs enfants. 

 

 

 

Des proches de jihadistes dans le camp d\'Ain Issa, le 17 octobre 2018 (photo d\'illustration). 

Des proches de jihadistes dans le camp d'Ain Issa, le 17 octobre 2018 (photo d'illustration).  (DELIL SOULEIMAN / AFP)


 

Faute de soutien de leurs alliés occidentaux, les Forces démocratiques syriennes (FDS) – coalition kurde et arabes, principalement composée de la milice kurde YGP – se sont résolues à solliciter l'armée syrienne de Bachar al-Assad. Mazloum Abdi, haut commandant des FDS, déclare, sur le site de Foreign Policy*, qu'"entre les compromis et le génocide de notre peuple, nous choisirons la vie".

 

 

Emmanuel Macron convoque à l'Elysée sur les coups de 22 heures un conseil restreint de défense sur la Syrie.

 

 

Notre conviction est que cette offensive prend le risque d'une part, et nous le constatons d'ores et déjà sur le terrain, de créer des situations humanitaires insoutenables et, d'autre part, d'aider Daech à réémerger dans la région.Emmanuel Macron à l'issu d'un conseil restreint de défense

 

 

 

14 octobre : les organisations humanitaires poussent un cri d'alarme 

Le président français s'entretient, lundi 14 octobre, avec Donald Trump, puis Recep Tayyip Erdogan. L'échange avec ce dernier "confirme une profonde divergence de vues sur les conséquences prévisibles de l'offensive turque dans le nord-est syrien", indique l'Elysée. Aucun commentaire n'est fait sur l'appel entre Emmanuel Macron et son homologue américain. Un tweet moqueur de Donald Trump laisse cependant penser qu'il n'a pas été des plus fructueux. 

 

 

 

 

 

 

"J'invite quiconque le souhaite à défendre les Kurdes, que ce soit la Russie, la Chine, ou Napoléon Bonaparte. J'espère qu'ils vont tous bien, nous, nous sommes à 7 000 miles !" 

 

 

Celui-ci annonce dans le même temps une série de mesures, notamment commerciales, contre la Turquie. Les ministres turcs de l'Energie, de la Défense et de l'Intérieur sont personnellement interdits de séjour aux Etats-Unis, les transactions internationales en dollar d'Ankara sont bloquées, les droits de douane sur l'acier turc sont revus à la hausse de 50% et les négociations commerciales entre les deux pays sont bloquées. 

 

 

 

Adnan Ahmad, chef de l\'Armée nationale syrienne, groupe rebelle qui sert d\'infanterie à Ankara, lors d\'une réunion stratégique à propos de Manbij, dans le nord de la Syrie, le 16 octobre 2019.

Adnan Ahmad, chef de l'Armée nationale syrienne, groupe rebelle qui sert d'infanterie à Ankara, lors d'une réunion stratégique à propos de Manbij, dans le nord de la Syrie, le 16 octobre 2019. (AAREF WATAD / AFP)


 

Sur le terrain, les tensions montent autour de Manbij : la reprise de cette ville, nœud entre les zones tenues par les FDS, celles dominées par le régime syrien et celles sous contrôle turc, était un objectif affiché par Ankara depuis 2016. L'exécutif turc a annoncé que Manbij pourrait être le théâtre des affrontements directs entre la Turquie et l'armée officielle syrienne, alors que les FDS seraient secondaires.

 

 

Face à ce déferlement de violence annoncé, les ONG commencent à retirer leurs personnels sur le terrain, jugé trop dangereux. Seule l'ONU et ses agences restent auprès des civils. "On ne va pas retirer nos forces, au contraire, on va sans doute devoir en ajouter, se désole Juliette Touma, de l'Unicef. Même si on craint pour leur sécurité. Ça ne fait qu'une semaine et on est déjà à bout, la violence ne fait que s'amplifier."  

 

 

17 octobre : une trêve inespérée 

Retournement de situation. Jeudi 17 octobre, la Turquie annonce une suspension des combats dans le nord-est de la Syrie. Le vice-président américain, Mike Pence, et le président truc, Recep Tayyip Erdogan, se sont entretenus dans la soirée. A l'issue d'une entrevue de plus de quatre heures, ils parviennent à un accord de trêve temporaire : les Turcs et leurs alliés donnent cinq jours aux forces kurdes pour évacuer les zones de conflit. Ankara espère ainsi la mise en place de la "zone tampon" de 32 km à la frontière entre les deux pays. Le ministre turc des Affaires étrangères prévient que l'offensive cessera totalement à condition que les Kurdes obtempèrent. 

 

 

Sur Twitter, Donald Trump se félicite de cette annonce : "Des millions de vies vont être sauvées", clame-t-il. Un peu plus tôt dans la journée, lors d'un meeting à Dallas, le président américain a comparé le conflit à une cour d'école. "Parfois, il faut les laisser se battre, comme deux enfants, et puis après, il faut les séparer", a-t-il préconisé. Une méthode éducative pour le moins meurtrière : l'OSDH recense près de 500 morts au 17 octobre, parmi lesquels une centaine de civils. Plus de 300 000 personnes ont été déplacées depuis le lancement de l'offensive. 

 

 

  • Liens en anglais

 


18/10/2019
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Franceinfo - le jeudi 17 octobre 2019

 

 

La Turquie annonce la suspension temporaire de son offensive pour que les forces kurdes évacuent le nord de la Syrie

 

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franceinfoFrance Télévisions

 

 

Cette annonce a été faite à l'issue d'une rencontre entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et le vice-président américain Mike Pence

 

 

 

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Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu, le 16 octobre 2019, à Ankara. (ADEM ALTAN / AFP)

 

 

 

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu annonce, jeudi 17 octobre, la "suspension" temporaire de son opération militaire contre les forces kurdes dans le nord de la Syrie. Cette "pause" d'une durée de cinq jours doit permettre l'évacuation des forces kurdes du YPG, sommées par Ankara de quitter une "zone de sécurité" de 32 km de largeur le long de la frontière turque. Sur Twitter, le président des Etats-Unis s'est félicité que "des millions de vies soient sauvées".

 

 

 

 

 

 

Cette annonce a été faite à la suite d'une rencontre de plus de quatre heures entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et le vice-président américain Mike Pence. A l'issue de celle-ci, le bras droit de Donald Trump a affirmé que l'opération turque "s'arrêtera complètement" si les troupes kurdes acceptaient de se retirer.

 

 

 

Pour la Turquie, il ne s'agit pas d'un "cessez-le-feu"

Pendant cette conférence de presse, le vice-président américain Mike Pence a assuré avoir négocié avec la Turquie un accord de "cessez-le-feu". Mais le terme a été immédiatement récusé par le ministre turc des Affaires étrangères, arguant qu'un cessez-le-feu ne peut être négocié qu'entre "deux parties légitimes".

 

 

Les pays occidentaux soutiennent en majorité les Kurdes pour leur rôle crucial dans la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique. Mais Ankara les considère de son côté comme des "terroristes" en raison des liens du YPG avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une guérilla sanglante en Turquie depuis 1984.

 


18/10/2019
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Franceinfo - le mercredi 16 octobre 2019

 

 

Offensive turque en Syrie : le sort des Kurdes était-il joué d'avance ?

 

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Propos recueillis parAnne BrigaudeauFrance Télévisions

 

 

Alors que les Turcs mènent une offensive dans le nord-est de la Syrie, Jordi Tejel, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Neuchâtel, en Suisse, apporte son éclairage sur la situation des Kurdes

 

 

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Des personnes en deuil assistent aux funérailles de cinq combattants des Forces démocratiques syriennes (coalition militaire kurdo-syrienne), le 14 octobre 2019. (DELIL SOULEIMAN / AFP)

 

 

 

Abandonnés par leurs éphémères alliés américains, les Kurdes syriens doivent faire face, depuis le 9 octobre, à l'offensive des Turcs, suppléés sur le terrain par les milices rebelles syriennes. Alors qu'ils avaient conquis lors de la guerre en Syrie une autonomie de fait, ils n'ont eu d'autre choix, pour se défendre, que de faire appel au régime de Bachar al-Assad. Entretien avec Jordi Tejel, professeur titulaire d'histoire contemporaine à l'université de Neuchâtel, en Suisse, et spécialiste de la question kurde.

 

 

 

Franceinfo : Comment les Kurdes syriens ont-ils fait pour obtenir cette région autonome dans le nord-est de la Syrie ?

 

Jordi Tejel : Les origines de ce qu'on appelle le Rojava [trois cantons du nord-est de la Syrie qui forment le Kurdistan occidentalremontent à l'été 2012, quand le régime syrien se retire partiellement du nord de la Syrie parce qu'il doit faire face à une révolte dans l'ensemble du pays. Il quitte la région en laissant au parti kurde hégémonique de la région, le PYD [Parti de l'union démocratique], le soin de prendre en charge cette zone.

En échange de quoi ? De ne pas se tourner contre le régime de Bachar al-Assad. En 2011, quand la révolte a éclaté, le PYD avait plaidé pour une position neutre. Ni contre la révolution, ni contre le régime syrien. C'est pourquoi, en 2012, Bachar al-Assad considère que cette solution est le moindre mal. 

 

 

 

Comment les Kurdes syriens ont-ils géré cette région jusqu'au début de l'offensive turque ?

 

Jusqu'en 2014, les autorités kurdes syriennes développent une police, puis une milice, le YPG [Unités de protection du peuple], pour assurer la sécurité de la région kurde. Ensuite, elles structurent le régime politique. Celui-ci repose sur une organisation par le bas, d'inspiration anarchiste : on commence par les quartiers, on remonte vers les communes, puis vers les cantons et on crée une sorte de coordination entre ces cantons.

 

Ce "confédéralisme démocratique" est un modèle multiethnique, multireligieux, ouvert aux considérations de genre, laïque et compatible avec les frontières telles qu'on les connaît. Mais c'est aussi un modèle partisan. Le point important ne porte pas sur la langue qu'on parle ou la religion qu'on professe, mais sur le fait de savoir si on est d'accord avec les principes du parti, avec cette organisation. La figure d'Abdullah Öcalan [le fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK, emprisonné à vie en Turquie] compte aussi beaucoup. 

 

 

 

L'offensive turque n'était-elle pas prévisible, puisque Ankara a toujours été hostile au sujet du Kurdistan syrien ?

 

Oui, c'était prévisible. L'offensive turque s'explique par l'appui de son allié américain, mais aussi par le contexte intérieur de la Turquie. L'AKP, le parti du président turc Erdogan, est en difficulté depuis les dernières élections municipales, avec la perte d'Istanbul notamment. Avec cette guerre, le chef de l'Etat turc espère aussi récupérer une certaine popularité, en plus d'autres objectifs, comme replacer les réfugiés syriens de Turquie dans cette zone tampon.

 

Quant à l'alliance de Washington avec le PYD, elle n'a été que circonstancielle. Les Etats-Unis n'ont jamais eu une grande sympathie pour ce mouvement, qu'ils ont néanmoins soutenu lors de la lutte contre le groupe Etat islamique [les forces kurdes de l'YPG combattaient au sol contre l'EI]. Mais après la défaite de l'EI, des représentants américains, aux Etats-Unis, ont fait valoir que le PYD avait des liens avec le PKK [classé comme organisation terroriste par la Turquie, les Etats-Unis et l'Union européenne] et qu'il fallait soutenir Ankara.

 

 

 

Il ne restait donc plus aux Kurdes syriens qu'à demander l'aide de Bachar al-Assad ?

 

Oui, après le retrait des Etats-Unis, il n’y avait plus d'alliés possibles. La Turquie est la deuxième armée la plus importante en effectif au sein de l'Otan, après les Etats-Unis. S'y ajoutent les alliés arabes d'Ankara : au sol, ce sont surtout les milices, les rebelles syriens qui sont en train de combattre à la frontière. Sans le soutien du régime d'Assad, les Kurdes syriens ne peuvent pas les affronter.

 

 

 

Comment le soutien de Damas va-t-il modifier la gestion de la région kurde syrienne ? 

 

Il est trop tôt pour le dire puisqu'on ne connaît pas les termes de l'accord entre les autorités du Rojava et le gouvernement syrien. Les représentants kurdes assurent qu'il s'agit juste d'un accord militaire et qu'ils gardent l’autorité politique. Mais il est probable que Damas demandera davantage et qu'ils devront abandonner une partie de leurs prérogatives.

 

Le fait que le gouvernement ait passé l'autorité aux Kurdes syriens, en 2012, laissait entendre que le régime reviendrait, une fois la situation stabilisée. Aujourd'hui, c'est mission accomplie pour Damas. Les Kurdes vont-ils désormais être remplacés comme autorité militaire et politique ? Dans ce cas, le régime prend le dessus et le Rojava est terminé.

 

Dans l'hypothèse d'une cohabitation du régime avec les forces kurdes, une sorte de scénario à la libanaise se dessinerait. Dans le sud du Liban, le Hezbollah a une certaine marge de manœuvre, une certaine autonomie, même si c'est toujours l’Etat libanais qui a l'autorité.

 

 

 

Lors du traité de Sèvres, en 1920, les grandes puissances ne s'engageaient-elles pas déjà à créer un Etat kurde ?

 

Pas exactement. En 1920, le traité de Sèvres promettait la création d’un Etat kurde dans le sud-est de la Turquie actuelle, auquel pourrait éventuellement se rajouter la région de Mossoul (le nord de l'Irak actuel). En revanche, ni les régions kurdes de l'Iran ni celles de la Syrie actuelle n'étaient concernées.

 

 

 

Quelle est la situation des Kurdes dans les autres pays ? Et combien sont-ils exactement ?

 

Leur nombre est difficile à déterminer puisqu'il n'y a guère de recensement de population dans lequel la catégorie kurde a été validée. On appelle Kurdes ceux qui parlent la langue kurde, mais aussi ceux qui s'identifient comme kurdes. En résumé, ceux qui éprouvent un sentiment d'appartenance à cette communauté qui compte des traits culturels ou historiques communs. Disons qu'il y a entre 15 et 20 millions de Kurdes en Turquie, autour de 5 millions en Irak, 8 millions en Iran et entre 1,5 et 2 millions en Syrie.  

 

Depuis l’arrivée d’Erdogan au pouvoir en Turquie, où ils sont les plus nombreux, il y a eu des hauts et des bas, mais les négociations pour arriver à une sorte de paix ont toujours mal tourné. Aujourd'hui, la situation est très difficile, avec beaucoup d’arrestations. Non seulement au sein du PKK, mais aussi dans le parti pro-kurde HDP [Parti démocratique des peuples] – pourtant légal – et parmi les intellectuels. En outre, le parti du président Erdogan n'a pas la majorité au Parlement. Il dépend donc du soutien du parti d'extrême droite MHP [Parti d’action nationaliste]. Cette coalition nationaliste s'oppose à toute négociation.

 

 

En revanche, c'est en Irak que la situation se présente le mieux pour les Kurdes. Même si l'indépendance leur a été refusée alors qu'elle avait été approuvée à une écrasante majorité par le référendum d’autodétermination en 2017, ils ont une région autonome [de fait depuis 1991, de droit depuis 2005] avec des écoles et des universités en langue kurde. Ils contrôlent une partie du pétrole et ils ont aussi des forces de sécurité qui maintiennent plus ou moins la stabilité de la région. C'est la région où les Kurdes vivent le mieux, même si ce n'est pas l'idéal, car le monopole du pouvoir est détenu par quelques familles, notamment le clan Barzani, à la tête du gouvernement régional, et il existe d'importants problèmes de corruption.

 

 

 

Les Kurdes sont-ils donc condamnés à être une variable d'ajustement ?

 

Comme il n'y a pas un Etat derrière qui les soutient, ils doivent prendre toutes les opportunités qui se présentent, comme ils l'ont fait en 2012 en Syrie par exemple. Donc évidemment, tout est instable, tout est fragile. Mais la nécessité de survivre fait qu'on prend les opportunités qui se présentent et que le long terme ne figure pas dans l'agenda. C'est la malédiction des minoritaires. Quand cela se passe mal, ils ont les mauvaises cartes.

 


16/10/2019
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Franceinfo - le mardi 15 octobre 2019

 

 

Offensive turque en Syrie : les Etats-Unis prennent des sanctions contre trois ministres d'Erdogan

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Donald Trump réclame la "fin de l'invasion" et "un cessez-le-feu immédiat"

 

 

 

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Le président américain Donald Trump, le 11 octobre 2019 lors d'un meeting en Louisiane. (SAUL LOEB / AFP)

 

 

 

Donald Trump durcit le ton. Le président américain appelle désormais la Turquie à mettre fin à son opération militaire en Syrie et annonce, lundi 14 octobre, une série de sanctions. "Les Etats-Unis veulent que la Turquie mette fin à l'invasion, mette en œuvre un cessez-le-feu immédiat et commence à négocier avec les forces kurdes en Syrie", a indiqué le vice-président américain Mike Pence, précisant qu'il se rendrait prochainement en Turquie à la demande de Donald Trump.

 

 

Lors d'un échange téléphonique avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, Donald Trump s'est montré "très ferme", a affirmé Mike Pence, qui a assuré que le dirigeant turc s'était engagé à ce qu'il n'y ait "aucune attaque" contre la ville de Kobané.

 

 

Le chef du Pentagone Mark Esper a de son côté déclaré que l'offensive militaire turque avait entraîné la libération de nombreux détenus "dangereux" du groupe jihadiste Etat islamique (EI). "Cette incursion inacceptable a sapé la mission internationale anti-EI, couronnée de succès en Syrie", a-t-il déploré.

 

 

 

Des sanctions insuffisantes, selon les démocrates

Après une semaine d'annonces contradictoires, un responsable américain a indiqué que tous les militaires américains (environ 1 000) déployés depuis quelques années dans le nord de la Syrie pour soutenir les forces kurdes dans leur combat contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) avaient reçu l'ordre de quitter le pays.

 

 

Les sanctions américaines signées lundi par Donald Trump visent les ministres turcs de l'Energie, de la Défense et de l'Intérieur. Leurs éventuels avoirs aux Etats-Unis sont gelés et leurs transactions internationales en dollars sont bloquées.

 

 

Les démocrates, qui ont critiqué le retrait des troupes américaines du nord de la Syrie, n'ont pas non plus été convaincus de ces dernières annonces. "Le président Trump a déclenché une montée du chaos et de l'insécurité en Syrie. Son annonce d'un ensemble de sanctions contre la Turquie n'est vraiment pas suffisante pour renverser ce désastre humanitaire", a déclaré dans un communiqué la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

 


15/10/2019
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Franceinfo - le mardi 15 octobre 2019

 

 

Forces en présence, zone tampon, camps de familles jihadistes... On vous explique l'offensive turque en Syrie

 

 

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Malgré le tollé international, Ankara est décidé à poursuivre son attaque dans le nord-est de la Syrie pour protéger sa frontière

 

 

 

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Les forces en présence et les frappes turques au 14 octobre 2019. (FRANCEINFO)

 

 

 

Les troupes de Damas se rapprochent de la frontière turque. Les forces kurdes ont réclamé un déploiement de l'armée de Bachar al-Assad, lundi 14 octobre. Celui-ci intervient au lendemain de l'annonce d'un accord avec les Kurdes, contraints de se tourner vers le régime syrien pour contenir l'offensive turque dans le nord de la Syrie. Franceinfo fait un point sur les positions respectives des forces en présence

 

 

L'avancée turque en vue d'une zone tampon

Initiée le mercredi 9 octobre, l'offensive d'Ankara a pour objectif la mise en place d'une zone tampon de 32 km de largeur pour protéger sa frontière des territoires contrôlés par les Unités de protection du peuple kurdes (YPG). Cette milice est considérée comme une organisation terroriste par la Turquie. 

 

 

L'armée de Recep Tayyip Erdogan, le président turc, s'est déjà saisie d'une bande territoriale de quelque 120 kilomètres – de la ville de Tal Abyad à Ras al-Aïn. En réponse, l'armée syrienne s'y est déployé, du sud de Ras al-Aïn à la périphérie de Tal Tamr. 

 

 

Ankara aurait également pris le contrôle d'un important axe routier et se serait enfoncée "à 30 à 35 km de profondeur" en Syrie, ont annoncé les officiels turcs lundi. 

 

 

 

Les villes de Manbij et de Ras al-Aïn particulièrement tendues 

La situation est particulièrement tendue dans deux villes. A Manbij, d'abord, un "nœud" au cœur des territoires tenus par les Forces démocratiques syriennes (coalition militaire kurdo-syrienne, dont les YPG sont la principale composante), le régime syrien et la Turquie. L'accord entre les Kurdes et Bachar al-Assad prévoit l'entrée de l'armée à Manbij, selon le quotidien syrien Al-Watan, proche du pouvoir. Recep Tayyip Erdogan a de son côté annoncé lundi avoir pris "une décision au sujet de Manbij", et que cette décision était en phase "d'application"

 

 

A Ras al-Aïn, les combats continuent de faire rage entre les troupes turques et les Forces démocratiques syriennes (FDS). Un "vaste réseau de tunnels" souterrains permettrait au FDS de "se déplacer rapidement et sous terre", a affirmé à l'AFP un commandant syrien pro-turc.

 

 

 

Les camps de proches de jihadistes menacés 

Les Kurdes détiennent dans leurs prisons des milliers de membres du groupe Etat islamique – combattants ou proches, parmi lesquels de nombreux étrangers. Trois camps principaux ont été constitués pour les familles : Aïn Issa, Roj et Al-Hol. Dimanche 13 octobre, les Kurdes ont annoncé que 800 proches de jihadistes avaient fui le camp d'Aïn Issa. 

 

 

Donald Trump, allié des Turcs à l'Otan, a estimé que les Kurdes avaient volontairement relâché les prisonniers pour "nous forcer à nous impliquer" alors que les Etats-Unis ont annoncé le retrait de jusqu'à 1 000 soldats américains de Syrie – soit la quasi-totalité des forces dans le pays –, évoquant une "situation intenable" pour des troupes qui "peuvent se retrouver prises en étau" entre les Kurdes et les Turcs.

 


15/10/2019
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Franceinfo - le lundi 14 octobre 2019

 

 

Syrie : la France demande "la cessation immédiate de l'offensive turque"

 

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Depuis mercredi, 104 combattants kurdes et plus de 60 civils ont été tués dans les violences. Plus de 130 000 personnes ont été déplacées

 

 

 

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Une colonne de fumée s'échappe de la ville syrienne de Tel Abyad, photographiée le 13 octobre 2019 depuis la localité turque d'Akcakale. (STOYAN NENOV / REUTERS)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

L'offensive turque dans le nord de la Syrie entre, lundi 14 octobre, dans son sixième jour. A la tête d'une armée qui progresse dans les territoires tenus par les Kurdes, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a répété sa détermination à poursuivre l'offensive, malgré les protestations de Paris et de Berlin. "Ceux qui pensent pouvoir nous contraindre à reculer avec ces menaces se trompent", a-t-il lancé, tandis que la violence des combats fait rage.

 

 

Les Kurdes s'allient au régime de Damas. Afin de s'opposer à l'avancée rapide des troupes turques et de leurs alliés, les Kurdes de Syrie ont annoncé avoir conclu un accord avec Damas pour le déploiement de l'armée syrienne dans le nord du pays. Le régime de Bachar Al-Assad, qui entretient des rapports tendus avec la minorité kurde mais dénonce l'opération d'Ankara, a annoncé l'envoi de troupes dans le nord pour "affronter" l'"agression" turque.

 

 

Les forces turques progressent. L'offensive d'Ankara devait d'abord se concentrer sur une bande de territoire frontalière, entre les villes de Tal Abyad et Ras Al-Aïn, distantes d'environ 120 km. Dimanche, les forces turques et leurs alliés syriens ont conquis Tal Abyad, selon l'agence turque Anadolu et une ONG, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Ras al-Aïn échappe encore aux forces turques, mais celles-ci se sont emparées de 40 villages depuis mercredi et "ont conquis toute la région frontalière, de Tal Abyad jusqu'à l'ouest de Ras al-Aïn", selon l'ONG.

 

 

Un convoi de civils et de journalistes pris pour cible. Un convoi comprenant des journalistes a été attaqué dimanche à Ras al-Aïn, rapporte une équipe de France 2 qui se trouvait sur place. Dix personnes sont mortes dans ce raid mené par l'aviation turque, selon l'OSDH. Parmi eux figure le correspondant d'une agence locale de presse kurde.

 

 

Plus de 130 000 déplacés. Dimanche, les combats et les bombardements turcs ou de leurs supplétifs ont été violents, tuant au moins 26 civils selon l'OSDH. Depuis mercredi, 104 combattants kurdes et plus de 60 civils ont été tués dans les violences, selon un dernier bilan de l'OSDH. Plus de 130 000 personnes ont été déplacées d'après l'ONU. De son côté, la Turquie a annoncé la mort de quatre soldats en Syrie et de 18 civils dans la chute de roquettes kurdes sur des villes frontalières turques.

 

 

Macron et Merkel réclament la fin de l'opération. Le président français et la chancelière allemande ont appelé la Turquie à cesser son opération, qui "risque de créer une situation humanitaire insoutenable et d'aider" le groupe EI "à réémerger". Dimanche soir, la France a annoncé qu'elle allait intensifier "ses efforts diplomatiques" pour obtenir "la cessation immédiate de l'offensive turque", après une réunion du Conseil de défense et de sécurité nationale présidée par Emmanuel Macron.

 


14/10/2019
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Franceinfo - le samedi 12 octobre 2019

 

 

Offensive turque en Syrie : des troupes américaines prises sous le feu de l'artillerie turque, affirme le Pentagone

 

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Washington affirme que ses soldats se trouvaient pourtant en dehors de la "zone de sécurité" que la Turquie dit vouloir instaurer en menant une offensive contre les Kurdes en Syrie. Aucun n'a été blessé dans l'explosion

 

 

 

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Deux explosions dans la ville syrienne de Ras Al-Ain vues depuis la frontière turque, lors de l'offensive de la Turquie en Syrie, le 12 octobre 2019 (photo d'illustration). (STOYAN NENOV / REUTERS)

 

 

 

L'incident pourrait encore davantage raviver les tensions autour de l'offensive turque contre des positions tenues par les Kurdes en Syrie. Des troupes américaines se sont retrouvées sous le feu de l'artillerie turque, vendredi 11 octobre, a affirmé un porte-parole du Pentagone, le ministère américain de la Défense. Aucun soldat n'a cependant été blessé.

 

 

L'"explosion" dénoncée par le Pentagone s'est produite, affirme son porte-parole dans "une zone où les Turcs sont informés de la présence de forces américaines". Et en dehors de la "zone de sécurité" que la Turquie dit vouloir instaurer le long de sa frontière avec la Syrie, en délogeant les combattants kurdes du YPG, émanation du PKK qu'elle qualifie de "terroriste".

 

 

 

Washington menace de riposter

Les forces américaines "ne se sont pas retirées de Kobané", ville du nord de la Syrie près de laquelle s'est produit cet incident, ajoute le Pentagone. Dans ce qui ressemble à un avertissement, son porte-parole demande à Ankara "d'éviter toute action pouvant conduire à une riposte immédiate".

 

 

Washington souffle le chaud et le froid au sujet de cette offensive turque contre les Kurdes en Syrie. En annonçant retirer des soldats de la zone frontalière du nord de la Syrie, Donald Trump a semblé donner son feu vert, mais il a depuis menacé d'"anéantir" l'économie turque si Ankara "dépassait les bornes". Vendredi, le Pentagone a rappelé que les Etats-Unis "restent opposés à l'intervention militaire turque en Syrie".

 

 

Plus tôt, vendredi, le président turc Recep Tayyip Erdogan a assuré que la Turquie "ne [reviendra] pas en arrière" sur cette offensive, malgré les "menaces".

 


12/10/2019
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Franceinfo - le jeudi 10 octobre 2019 - mis à jour le 11.10.2019

 

 

L'article à lire pour comprendre l'offensive turque contre les forces kurdes en Syrie

 

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L'armée turque et des supplétifs syriens ont lancé mercredi une opération à la frontière. Les frappes aériennes et les tirs d'artillerie ont visé plusieurs secteurs frontaliers dans le nord syrien

 

 

 

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Des membres de l'Armée nationale syrienne, alliée de la Turquie, entrent sur le territoire syrien dans le cadre de l'offensive turque contre les Kurdes en Syrie, le 10 octobre 2019. (HISAM EL HOMSI / ANADOLU AGENCY / AFP)

 

 

 

En France, aux Etats-Unis, en Iran, en Israël, en Arabie saoudite... Partout dans le monde, des voix inquiètes s'élèvent pour dénoncer l'intervention turque dans le nord-est de la Syrie. Le Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni en urgence, jeudi 10 octobre, à la demande de ses membres européens. Une réunion extraordinaire de la Ligue arabe est prévue samedi. 

 

 

>> DIRECT. Suivez la situation après l'offensive de la Turquie contre des forces kurdes dans le nord de la Syrie

 

 

Si Ankara a assuré, dans une lettre adressée au Conseil de sécurité de l'ONU, que son opération serait "proportionnée, mesurée et responsable", ses cinq membres européens ont demandé à "la Turquie d’arrêter [son] action militaire unilatérale" dans le pays en guerre. Car les conséquences de cette offensive pourraient s'avérer graves, à l'intérieur comme à l'extérieur de la région. Franceinfo résume la situation.

 

 

 

Que se passe-t-il en Syrie ? 

La Turquie a lancé une offensive militaire mercredi 9 octobre contre les forces kurdes du nord-est de la Syrie, dans le cadre d'une opération baptisée "Printemps de la paix." En deux jours, au moins 29 combattants des forces kurdes et 10 civils ont été tués par les frappes aériennes et les tirs d'artillerie de l'armée turque, selon le bilan fourni par l'Observatoire syrien des droits de l'homme. Un bilan d'Ankara fait état d'un premier soldat tué

 

 

Selon la presse turque, les troupes ont pénétré en Syrie par quatre points : deux à proximité de la ville syrienne de Tell Abyad et deux autres proches de Ras al-Aïn, plus à l'est.

 

 

 

Le 9 octobre 2019, les troupes turques ont pénétré en Syrie à proximité des villes syriennes de Tell Abyad et de Ras al-Aïn, plus à l\'Est. 

Le 9 octobre 2019, les troupes turques ont pénétré en Syrie à proximité des villes syriennes de Tell Abyad et de Ras al-Aïn, plus à l'Est.  (MY MAPS / GOOGLE MAPS)

 

 

 

Ces frappes aériennes et d'artillerie ont visé les positions des Unités de protection du peuple (YPG), la milice kurde qui constitue la colonne vertébrale des Forces démocratiques syriennes (FDS). Selon un porte-parole de la milice arabo-kurde, les combattants des FDS ont repoussé une attaque au sol des troupes turques à Tell Abyad, mais les forces turques ont toutefois conquis onze villages près de ces deux villes.

 

 

Jeudi, les forces turques ont poursuivies leur progression sur la rive orientale de l'Euphrate, a assuré leur état-major. Selon le ministère de la Défense turc, 181 cibles de la milice kurde ont été touchées par l'aviation et l'artillerie.

 

 

 

Pourquoi cette offensive ? 

En  annonçant le début de l'opération, le président turc Recep Tayyip Erdogan s'est justifié en assurant que l'objectif était d'empêcher, selon ses mots, la création d'un "corridor terroriste" à la frontière méridionale de la Turquie. Les autorités turques assimilent les YPG au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qu'elles considèrent comme une organisation terroriste.

 

 

En menant cette offensive, Erdogan souhaite empêcher l'apparition d'une région autonome kurde non loin de la frontière sud. Les Kurdes sont un peuple apatride, réparti sur les territoires turc, syrien, iranien et irakien. Selon les estimations, entre 2 et 3,6 millions de Kurdes vivraient en Syrie, essentiellement dans le nord du pays. 

 

 

La Turquie redoute qu'un embryon d'Etat kurde galvanise les velléités séparatistes sur son propre territoire. En janvier 2018, le président turc avait d'ailleurs déjà lancé une offensive à Afrin, dans le nord-ouest de la Syrie, avec le même objectif. 

 

 

Enfin, les autorités turques souhaitent créer une zone tampon de 30 km de long et de 500 km de large entre la frontière turque et les zones syriennes contrôlées par les milices kurdes dans la région, afin de "réimplanter 2 des 3,5 millions de réfugiés syriens présents en Turquie", a décrypté Frédéric Pichon, interrogé par franceinfo

 

 

 

Quel rôle les Kurdes jouent-ils dans le conflit syrien ? 

Les Kurdes sont les alliés des Occidentaux dans la lutte antijihadiste. Via les Unités de protection du peuple (YPG), ils forment la majorité des Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance de combattants kurdes et arabes créée dans le nord de la Syrie.

 

 

Seuls sur le terrain, ce sont eux qui ont repris – aidés par la coalition internationale menée par les Etats-Unis – la ville de Kobané des mains du groupe terroriste Etat islamique (EI) en 2015, à l'issue de quatre mois de combats acharnés, puis celles de Raqqa, fief syrien de l'EI, en 2017, et de Baghouz, en 2019. C'est ainsi le porte-parole des FDS qui a annoncé en mars "la victoire militaire sur Daech [l'acronyme arabe de l'EI]". "Le soi-disant califat a été totalement éliminé", a-t-il tweeté.

 

 

 

Des combatants kurdes de la milice YPG posent après avoir repris le centre culturel de Kobané, en Syrie, des mains du groupe Etat islamique, le 22 décembre 2014.  

Des combatants kurdes de la milice YPG posent après avoir repris le centre culturel de Kobané, en Syrie, des mains du groupe Etat islamique, le 22 décembre 2014.   (JONATHAN RAA / NURPHOTO / AFP)

 

 

 

Environ 10 000 combattants de l'EI, ainsi que des familles des jihadistes, sont toujours détenus dans des camps contrôlés par la milice kurde YPG. Parmi les prisonniers figurent près de 2 000 jihadistes étrangers, que leurs pays d'origine refusent de reprendre. Pour juger les crimes de l'EI, les Kurdes de Syrie demandent la création d'un tribunal international spécial, qui serait installé dans le nord-est du pays. 

 

 

 

Les Etats-Unis ont-ils facilité l'offensive turque contre les Kurdes ?

Dans un communiqué publié dimanche, soit trois jours avant l'offensive, la Maison Blanche a annoncé le retrait immédiat de ses troupes en Syrie (environ 2 000 soldats). Pour Frédéric Pichon, interrogé mardi par franceinfo, ce n'était pas une surprise : "Donald Trump avait annoncé qu'il souhaitait que les Etats-Unis se retirent des zones où le pays n'a pas de bénéfice. C'est une réflexion de businessmanL'Amérique ne veut plus s'engager dans des guerres lointaines", a expliqué l'expert. 

 

 

Or, la présence des troupes américaines en Syrie constituait un rempart à une nouvelle offensive de la Turquie qui, rappelons-le, veut imposer sa fameuse "zone tampon" dans la région. La décision de Donald Trump de retirer ses troupes, laissant le champ libre à Erdogan, a ainsi été qualifiée par les FDS de "coup de poignard dans le dos"

 

 

D'anciens combattants de l'armée américaine, laquelle a travaillé avec les combattants kurdes pour venir à bout de l'EI, ont même estimé que les Etats-Unis avaient "abandonné" les Kurdes. Diplomates et autres chefs d'Etat ont en chœur dénoncé la décision américaine. En réponse à cette vague d'indignation, Donald Trump a assuré mercredi ne pas cautionner l'offensive, que Washington considère comme une "mauvaise idée", et a même menacé de "ruiner l'économie turque si la Turquie détruit les Kurdes"

 

 

 

Pourquoi cette offensive turque pourrait-elle ranimer l'Etat islamique ?

Plusieurs pays redoutent que l'offensive turque dans le nord-est de la Syrie contre les forces kurdes ne permette un sursaut du groupe jihadiste Etat islamique. Jeudi, les Kurdes de Syrie ont accusé la Turquie d'avoir bombardé la veille au soir une prison abritant de nombreux jihadistes dans une "tentative évidente" de les aider à s'enfuir. Ils craignent de perdre le contrôle de ces prisons, mais aussi des camps abritant des milliers de familles de jihadistes, et où s'est développée une idéologie radicale, expliquait La Croix dans un reportage réalisé en juillet dans les camps de Al-Hol et de Roj. Selon l'Institute for the Study of War (ISW), "l'EI prépare probablement des opérations plus coordonnées et sophistiquées pour libérer ses membres détenus".

 

 

Libérés, les jihadistes pourraient mener de nouvelles attaques dans la région, voire en Europe pour les membres de l'EI étrangers qui voudraient rejoindre leur pays d'origine. Deux djihadistes britanniques de haut rang, soupçonnés d'avoir exécuté plusieurs Occidentaux en Syrie, ont ainsi été placés sous la garde de l'armée américaine. 

 

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"L'EI constitue toujours une menace, qui pourrait métastaser si les FDS voient leur attention et leurs ressources détournées (...) au profit d'une bataille défensive contre la Turquie", complète Sam Heller, du groupe de réflexion International Crisis Group, cité par l'AFP. 

 

 

 

Et initier une nouvelle crise migratoire ?

Outre bien sûr la recrudescence du terrorisme islamique, la communauté internationale craint que cette offensive n'ouvre la voie à une nouvelle vague migratoire. En réponse à l'indignation de l'Union européenne, Recep Tayyip Erdogan a menacé jeudi d'ouvrir les portes de l'Europe à des millions de réfugiés. "Ô Union européenne, reprenez-vous. (...) Si vous essayez de présenter notre opération comme une invasion, nous ouvrirons les portes et vous enverrons 3,6 millions de migrants", a-t-il déclaré lors d'un discours à Ankara.

 

 

Enfin, selon Frédéric Pichon, le retrait des soldats américains et une offensive turque pourraient entraîner "une vague migratoire kurde vers l'Europe", ces derniers fuyant les combats. 

 

 

 

Est-ce l'ouverture d'un nouveau chapitre de la guerre civile syrienne ?

Pour cette offensive contre les Kurdes syriens, les militaires turcs sont appuyés par l'Armée nationale syrienne. Constituée de rebelles soutenus par Ankara, cette armée émane des anciens de l'Armée syrienne libre, branche armée de l'opposition au régime de Bachal al-Assad. Depuis plusieurs années, ces Syriens, dont de nombreux exilés de Tell Abyad, s'entraînent de l'autre côté de la frontière, en Turquie, "en prévision de leur retour sur leur terre natale", explique Le Monde

 

 

Certains éprouvent un désir de vengeance, explique le quotidien, après que les YPG aient commis en 2013 et 2015 des exactions à Tell Abyad et dans des villages syriens "soupçonnés de sympathies jihadistes". 

 

 

 

Des membres de l\'Armée nationale syrienne posent avec un drapeau syrien en arrivant à Tell Abyad, en Syrie, dans le cadre de l\'offensive menée par la Turquie, le 10 octobre 2019. 

Des membres de l'Armée nationale syrienne posent avec un drapeau syrien en arrivant à Tell Abyad, en Syrie, dans le cadre de l'offensive menée par la Turquie, le 10 octobre 2019.  (EMIN SANSAR / ANADOLU AGENCY / AFP)


 

Combattants syriens anti-Assad armés et financés par la Turquie, Kurdes syriens, armée pro-Assad, cellules dormantes du groupe Etat islamique... Si cette nouvelle offensive inquiète la communauté internationale, c'est aussi parce qu'elle risque de déstabiliser encore une région éprouvée par près de neuf ans de guerre civile.

 

 

 

J'ai la flemme de tout lire, vous me faites un résumé ?

Des militaires turcs et leurs supplétifs syriens ont pénétré, mercredi 9 octobre, dans le nord-est de la Syrie dans le cadre d'une offensive lancée par Ankara contre une milice kurde soutenue par les pays occidentaux. Au moins 15 personnes, dont 8 civils, ont été tuées selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Les Kurdes sont les alliés des Occidentaux dans la lutte antijihadiste. Via les Unités de protection du peuple (YPG), ils forment la majorité des Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance de combattants kurdes et arabes créée dans le nord de la Syrie. L'Union européenne a exigé l'arrêt de l'offensive et le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir en urgence, jeudi.

 

 

Dimanche, soit trois jours avant l'offensive, la Maison Blanche a annoncé le retrait immédiat de ses troupes en Syrie. Or, la présence des troupes américaines en Syrie constituait un rempart pour les FDS, qui ont qualifié la décision de Donald Trump de "coup de poignard dans le dos"

 

 

Plusieurs pays redoutent que l'offensive turque dans le nord-est de la Syrie contre les forces kurdes ne permette un sursaut du groupe terroriste Etat islamique, car elles pourraient perdre le contrôle des prisons où sont enfermés les jihadistes, mais aussi des camps abritant des milliers de familles. Outre la recrudescence du terrorisme islamique, la communauté internationale craint aussi "une vague migratoire kurde vers l'Europe" et que la région soit encore une fois déstabilisée après neuf ans de guerre civile.

 


11/10/2019
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Franceinfo - le vendredi 11 octobre 2019

 

 

Résurgence de l'EI, crise migratoire… Quelles peuvent-être les conséquences de l'offensive turque en Syrie ?

 

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La Turquie a lancé une opération militaire contre les forces kurdes dans le nord-est de la Syrie, mercredi. L'attaque suscite de nombreuses inquiétudes dans la communauté internationale

 

 

 

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La Turquie a lancé une offensive contre les Kurdes dans le nord-est de la Syrie, le 9 octobre 2019. (BULENT KILIC / AFP)

 

 

La décision suscite un tollé international. La Turquie a déclenché une offensive militaire, baptisée "Peace Spring", dans le nord-est de la Syrie, mercredi 9 octobre. Ankara souhaite créer une "zone de sécurité" pour écarter les miliciens kurdes installés dans cette région et considérés par l'Etat turc comme des "terroristes".

 

 

>> Suivez en direct l'offensive militaire menée par la Turquie en Syrie

 

 

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir d'urgence et à huis clos, jeudi, à la demande de ses membres européens. Risque de nouvelle crise migratoire, résurgence du groupe Etat islamique (EI), catastrophe humanitaire… Franceinfo décrypte les conséquences potentielles de cette offensive qui inquiète la communauté internationale.

 

 

 

Un désastre humanitaire

Depuis mercredi, au moins 23 combattants des forces kurdes et 9 civils ont été tués par les frappes aériennes et les tirs d'artillerie de l'armée turque, selon un bilan de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) effectué jeudi. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a quant à lui fait état de 109 morts parmi les miliciens kurdes. Par ailleurs, selon les autorités turques, au moins six civils, dont un bébé et une fillette, ont été tués et plusieurs dizaines blessés jeudi par des projectiles tirés sur des villes frontalières turques par des combattants kurdes syriens. 

 

 

L'offensive turque, la troisième en Syrie depuis 2016, fait craindre un nouveau bain de sang. "Sur le plan humanitaire, ça va être une catastrophe", a alerté mercredi sur franceinfo Claire Cemile Renkliçay, coprésidente du Conseil démocratique kurde en France (CDK-F). 

 

 

Depuis 2011, le conflit syrien a fait 370 000 morts, selon le dernier bilan de l'OSDH, publié à la mi-mars. Parmi eux, on compte 112 623 civils, dont plus de 21 000 enfants et 13 000 femmes.

 

 

Quand il y a une guerre, ce sont les civils, les femmes et les enfants qui en subissent les conséquences.Claire Cemile Renkliçay, coprésidente du Conseil démocratique kurde en France à franceinfo

 

 

La dirigeante du CDK-F est catégorique sur l'objectif de l'offensive turque : "Le but, c’est d’éradiquer la population kurde." Ankara considère les combattants kurdes syriens, les Unités de protection du peuple (YPG), comme des "terroristes", en raison de leurs liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), contre lequel l'Etat turc est en conflit depuis 1984.

 

 

Intégrées au sein des Forces démocratiques syriennes (FDS), les YPG ont combattu l'Etat islamique en Syrie, aux côtés de la coalition internationale. "Les FDS ont libéré des dizaines de milliers de kilomètres carrés et des millions de personnes des griffes de l'EI. Durant les combats, elles ont déploré 11 000 victimes", a rappelé l'ancien chef des forces américaines au Moyen-Orient, le général Joseph Votel. 

 

 

 

Un nouvel afflux migratoire vers l'Europe

Selon l'OSDH, l'offensive turque a déjà fait "60 000 déplacés" fuyant les zones bombardées. Des tirs d'artillerie visent Ras al-Aïn, ville située sur la frontière turco-syrienne, provoquant la fuite de dizaines de civils en voiture ou à moto. Certains sont même partis à pied, chargés de valises et de sacs, a constaté l'AFP. 

 

 

Plusieurs dirigeants européens, réunis mardi à Luxembourg, redoutent que l'attaque turque ne conduise à un nouvel afflux de migrants en Europe. Dans un texte conjoint transmis aux ministres de l'Intérieur de l'Union européenne, la Grèce, Chypre et la Bulgarie ont souligné "la hausse spectaculaire d'arrivées de migrants sur la route de Méditerranée orientale", ajoutant que "les facteurs géopolitiques, notamment les conflits dans la région, en particulier en Syrie, auront très probablement pour conséquence une poursuite de cette tendance inquiétante"

 

 

Depuis 2011, les combats en Syrie ont fait 6,6 millions de déplacés dans le pays et 5,6 millions de réfugiés dans le monde au 19 avril 2018, selon les derniers chiffres communiqués par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés  (HCR). 

 

 

L'enjeu migratoire est central dans la décision d'Ankara d'intervenir dans le nord de la Syrie. Selon Recep Tayyip Erdogan, cette opération militaire doit permettre la création d'une "zone de sécurité", longue de 120 kilomètres et profonde d'une trentaine de kilomètres. Les autorités turques souhaitent y installer 2 des 3,6 millions de Syriens actuellement réfugiés dans le pays. 

 

 

Pour la Turquie, ces réfugiés sont "un moyen de pression sur l'Europe", analyse auprès de Franceinfo Frédéric Pichon, spécialiste du Moyen-Orient et chercheur associé à l'université de Tours. Le flux de migrants depuis la Turquie vers l'Europe s'est considérablement tari à la faveur d'un accord conclu en 2016 entre Ankara et l'Union européenne. Un accord que la Turquie a menacé de rompre à plusieurs reprises. "Nous allons ouvrir les portes et envoyer 3,6 millions de réfugiés chez vous", a ainsi lancé jeudi Recep Tayyip Erdogan en réponse aux critiques européennes contre son offensive. 

 

 

 

Une résurgence du groupe Etat islamique

Les combattants kurdes ont joué un rôle crucial dans la guerre contre le groupe Etat islamique en Syrie. Les FDS, dominées par les YPG, contrôlent une grande partie du territoire auparavant dirigé par l'EI, et 10 000 membres du groupe jihadiste sont détenus dans des camps gérés par la milice kurde. Parmi ces prisonniers figurent près de 2 000 jihadistes étrangers, dont des centaines de Français. Dans ces camps se trouvent aussi 80 000 membres de leurs familles, femmes et enfants. 

 

 

Les Européens craignent que certains des prisonniers jihadistes ne profitent de l'offensive turque pour s'échapper. Selon le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, l'opération "remet en cause les efforts sécuritaires et humanitaires de la coalition contre Daech et risque de porter atteinte à la sécurité des Européens". 

 

 

 

 

Une inquiétude partagée par le gouvernement allemand, pour qui l'offensive risque "de provoquer une résurgence" de l'EI. Le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a quant à lui exhorté la Turquie à "agir avec retenue et veiller à ce que les progrès que nous avons réalisés dans la lutte contre l'Etat islamique ne soient pas compromis". 

 

 

Si l'Europe craint une dispersion des détenus jihadistes, elle ne souhaite pas pour autant les rapatrier et les juger sur son territoire. La France n'a pas changé sa position : les jihadistes français qui ont rejoint les rangs de l'EI doivent être jugés dans le pays où ils ont commis leurs exactions. 

 

 

Deux importants jihadistes de l'EI détenus par les forces kurdes en Syrie ont été placés sous le contrôle de l'armée américaine en raison de l'offensive turque, a déclaré mercredi un responsable américain de la Défense. Il s'agit d'Alexanda Amon Kotey et El Shafee el-Sheikh, deux membres d'un groupe surnommé "les Beatles" en raison de leur accent anglais. 

 

 

 

Un nouveau volet dans le conflit syrien

Les puissances mondiales craignent que l'offensive turque ouvre un nouveau chapitre dans le conflit en Syrie et aggrave les troubles dans la région. Le chef de la diplomatie britannique, Dominic Raab, a exprimé sa "sérieuse préoccupation", ajoutant que l'opération militaire risquait "de déstabiliser la région"

 

 

Les plus de deux millions de Kurdes qui vivent en Syrie ont longtemps été marginalisés et victimes de discriminations de la part du pouvoir central. Depuis 2011, en chassant l'Etat islamique présent dans le nord-est du pays, ils ont réussi à instaurer une autonomie de facto dans cette zone, le Rojava.

 

 

L'offensive turque pourrait bouleverser le complexe jeu d'alliances au sein du conflit syrien. Car les Kurdes de Syrie pourraient demander la protection du régime syrien de Bachar Al-Assad et de son allié russe, rapporte L'Express (article payant)"Face à la menace venant d'Ankara, les Kurdes, encouragés par Moscou, pourraient négocier une réintégration au sein du régime syrien", explique Jean Marcou, spécialiste de la Turquie, dans l'hebdomadaire.

 


11/10/2019
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Franceinfo - le mercredi 9 octobre 2019

 

 

"L'opération unilatérale lancée par la Turquie en Syrie doit cesser", déclare Jean-Yves Le Drian

 

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L'armée turque est entrée dans le nord de la Syrie et les opérations au sol ont commencé, a annoncé le ministère turc de la Défense

 

 

 

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Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian à l'Elysée, le 30 septembre 2019. (BERTRAND GUAY / AFP)

 

 

 

"Je condamne l'opération unilatérale lancée par la Turquie en Syrie", a déclaré mercredi 9 octobre le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, ajoutant, "elle doit cesser".

 

 

>> Offensive turque en Syrie : suivez notre direct

 

 

"Elle remet en cause les efforts sécuritaires et humanitaires de la coalition contre Daech et risque de porter atteinte à la sécurité des Européens", a ajouté dans un tweet sur son compte officiel le chef de la diplomatie française.

 

 

 

 

Des propos aussi émis par la ministre française des Armées Florence Parly. "L’offensive turque dans le Nord-est syrien est dangereuse. Dangereuse pour la sécurité des Kurdes. Dangereuse car elle est propice à Daech, contre qui nous nous battons depuis 5 ans. Elle doit cesser", a-t-elle écrit sur Twitter.

 

 

La Turquie a lancé mercredi, comme elle s'y était engagée, son offensive contre les forces kurdes du nord-est de la Syrie, alliées des Occidentaux dans la lutte antijihadistes, faisant fi des mises en garde internationales. Mercredi, des régions voisines de la Turquie ont été bombardées par l'aviation et l'artillerie turques. Le ministère turc de la Défense a ensuite annoncé que des militaires turcs et leurs supplétifs syriens avaient pénétré en Syrie, marquant le début de la phase terrestre de l'opération.

 


10/10/2019
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Franceinfo - le mercredi 9 octobre 2019

 

 

Syrie : la Turquie lance son offensive en territoire kurde

 

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La Turquie a lancé son offensive contre les forces kurdes mercredi 9 octobre en Syrie, malgré la menace de Washington

 

 

Des bombardements intensifs sur plusieurs villes kurdes. Mercredi 9 octobre, la Turquie a commencé son offensive dans le nord-est de la Syrie. Les premiers habitants du territoire prennent la fuite et selon plusieurs sources, des milliers de civiles tenteraient de fuir les lieux bombardés. L'opération baptisée Source de paix a été justifiée par le président Erdogan sur Twitter : "Il faut empêcher la création d'un couloir de terreur au-delà de nos frontières".

 

 

 

Les Kurdes se sentent trahis par les Occidentaux

La Turquie estime que les Kurdes sont des terroristes et veut donc les repousser loin de ses frontières. Pour le moment, les bombardements sont concentrés entre deux villes. De leurs côtés, les Kurdes, qui ont aidé les Occidentaux dans la lutte contre Daech, se sentent trahis. Deux civils ont été tués lors de ces premiers raids. Les conflits en Syrie ont déjà causé la mort de 370 000 personnes.

 


10/10/2019
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Franceinfo - le mardi 8 octobre 2019

 

 

Syrie : la Turquie se dit "prête" à une opération contre une milice kurde

 

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Lundi soir, l'armée turque a dépêché des renforts, notamment des chars, à sa frontière avec la Syrie, et de nouveaux véhicules blindés y ont été massés mardi

 

 

 

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Un véhicule militaire turc à la frontière turco-syrienne, le 4 octobre 2019. (BADERKHAN AHMAD/AP/SIPA)

 

 

 

Pas de marche arrière en vue. La Turquie a affirmé mardi 8 octobre être prête à lancer une nouvelle offensive en Syrie contre une milice kurde. Le pays a acheminé de nouveaux véhicules blindés à la frontière ainsi que du matériel de construction.

 

 

La Turquie envisage dans un premier temps de prendre le contrôle d'une bande de territoire longue de 120 km et profonde d'une trentaine de km allant des villes de Tal Abyad à Ras al-Aïn, selon le quotidien Hürriyet. Cette zone a pour vocation, selon Ankara, d'accueillir une partie des 3,6 millions de Syriens réfugiés en Turquie et de séparer la frontière turque des territoires conquis par les Unités de protection du peuple (YPG, kurdes). Les Kurdes sont les alliés des Occidentaux dans la lutte contre l'Etat islamique, mais sont considérés comme "terroristes" par Ankara. 

 

 

 

Inquiétude sur le sort des jihadistes

Face à cette situation, le président américain Donald Trump a assuré ne pas lâcher les Kurdes, après avoir laissé entendre le contraire. Accusé jusque dans son propre camp de lâcher des alliés des Etats-Unis, le président a réorienté son discours en affirmant qu'il "anéantirait complètement l'économie de la Turquie" si celle-ci "dépassait les bornes".

 

 

 

 

 

 

Reste que cette confusion inquiète le reste de la communauté internationale, l'ONU indiquant lundi se "préparer au pire" en cas de nouvelle crise humanitaire en Syrie, où le conflit a fait depuis 2011 des millions de déplacés et a coûté la vie à plus de 370 000 personnes.

 

 

Un sujet majeur d'inquiétude en cas d'offensive turque concerne le sort des jihadistes, notamment européens, prisonniers des forces kurdes. Ces dernières ont accusé Washington de "détruire la confiance", et ont averti qu'une opération turque entraînerait un retour de l'EI.

 


09/10/2019
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Franceinfo - le mardi 8 octobre 2019

 

 

Cinq questions sur l'annonce d'un retrait partiel éventuel des troupes américaines dans le nord de la Syrie, qui inquiète les Kurdes

 

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Cette décision pourrait permettre à la Turquie, pays voisin, de mener une offensive militaire dans cette zone où de nombreux combattants kurdes, qualifiés de "terroristes" par Ankara, sont présents

 

 

 

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Des soldats américains et turcs en patrouille dans le nord de la Syrie, le 4 octobre 2019. (MAXPPP)

 

 

 

Une annonce spectaculaire dans le conflit en Syrie. Dans un premier temps, les Etats-Unis ont annoncé, dimanche 6 octobre, le retrait immédiat d'une partie de leurs troupes dans le nord du pays, avant de faire marche arrière lundi. 

 

 

Néanmoins, si Washington appliquait ce retrait, cette décision pourrait permettre à la Turquie, pays voisin, de mener une offensive militaire dans cette zone où de nombreux combattants kurdes, qualifiés de "terroristes" par Ankara, sont présents. De son côté, l'Europe s'inquiète du sort des prisonniers jihadistes du groupe Etat islamique (EI), capturés par les milices kurdes. Conséquences pour les Kurdes, stratégie de la Turquie, réactions au sein du Parti républicain et de la communauté internationale : franceinfo répond à cinq questions autour de cet éventuel retrait.

 

 

 

1 - Quelle est la situation dans le nord de la Syrie ?

Depuis 2011, la Syrie est embourbée dans un conflit aux nombreux protagonistes, qui a fait plus de 370 000 morts, selon le dernier bilan de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), mi-mars. "C'est comme un jeu d'échecs", illustre auprès de franceinfo Frédéric Pichon, spécialiste du Moyen-Orient et chercheur associé à l'université de Tours, pour illustrer la complexité du conflit. Le nord du pays est devenu un point stratégique des affrontements.

 

 

Selon les estimations, la Syrie compterait plus de deux millions de Kurdes, principalement dans les régions nord du pays. "Parmi eux, il y a des combattants, mais aussi des civils", détaille Frédéric Pichon. Dans le cadre du conflit syrien, les forces kurdes locales, appelées Unités de protection du peuple (YPG), ont été intégrées aux Forces démocratiques syriennes (FDS). Les FDS, alliance arabo-kurde, ont joué un rôle crucial dans la bataille contre le groupe Etat islamique. "Les Kurdes sont les principaux alliés de l'Occident dans la lutte contre l'EI", souligne le spécialiste.

 

 

En 2017, les FDS ont repris Raqqa, la capitale autoproclamée de l'organisation terroriste. Avec l'aide des Etats-Unis principalement, l'alliance s'est emparée, en mars dernier, de Baghouz, l'ultime bastion du groupe jihadiste en Syrie, et mis fin à son "califat". Après avoir chassé progressivement l'EI du nord du pays, les Kurdes ont pris le contrôle de cette zone. Une situation que la Turquie ne voit pas d'un bon œil.

 

 

Ankara considère les Kurdes comme des "terroristes" et souhaite empêcher l'apparition d'une région autonome kurde non loin de sa frontière sud. La Turquie redoute qu'un embryon d'Etat kurde ne galvanise les velléités séparatistes sur son propre territoire. En janvier 2018, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, avait lancé une offensive à Afrin (nord-ouest de la Syrie), bastion d'une milice kurde situé aux portes de la Turquie.

 

 

 

2 - Pourquoi les Etats-Unis ont-ils décidé de retirer leurs troupes ?

Jusqu'à présent, 400 soldats américains étaient présents en Syrie, notamment en soutien des milices kurdes au nord du pays. Dans un communiqué, la Maison Blanche a annoncé le retrait immédiat de ces troupes. Ce retrait, qui a débuté lundi 7 octobre, ne concernerait qu'un "tout petit nombre" de soldats, a ensuite tempéré un responsable américain sous couvert d'anonymat.

 

 

"Il est temps pour nous de sortir de ces guerres ridicules et sans fin, dont beaucoup sont tribales", a justifié le président américain, Donald Trump. Dans une série de tweets, il a également déclaré vouloir laisser aux protagonistes, "la Turquie, l'Europe, la Syrie, l'Iran, l'Irak, la Russie et les Kurdes", le soin de "résoudre la situation"

 

 

 

 

 

 

"Cette décision n'est pas surprenante", commente Frédéric Pichon. En 2018, Donald Trump avait déjà annoncé sa volonté de retirer 2 000 soldats de Syrie. Il avait cependant accepté que 400 soldats restent déployés sur le sol syrien, sans toutefois préciser pour combien de temps. "Donald Trump avait déjà annoncé qu'il souhaitait que les Etats-Unis se retirent des zones où le pays n'a pas de bénéfice. C'est une réflexion de businessman, explique Frédéric Pichon. L'Amérique ne veut plus s'engager dans des guerres lointaines." 

 

 

Néanmoins, Donald Trump a du mal à se désengager comme il le souhaite. Il a donc dû rebrousser chemin. "Si la Turquie fait quoi que ce soit dont j'estime, dans ma grande et inégalable sagesse, que cela dépasse les bornes, je détruirai et anéantirai complètement l'économie de la Turquie", a tweeté le président des États-Unis, sous la pression internationale et de son propre camp. Les responsables de son gouvernement se sont de leur côté employés à se démarquer de toute opération militaire d'Ankara et à minimiser le départ des soldats américains déployés près de la frontière turque: il ne s'agit que de 50 à 100 membres des forces spéciales qui sont "redéployés vers d'autres bases à l'intérieur de la Syrie", et en aucun cas d'un "retrait" généralisé.

 

 

 

3 - Que compte faire la Turquie ?

La présence des troupes américaines était vue par les Kurdes comme un rempart à une nouvelle offensive de la Turquie voisine. Le retrait des forces américaines laisse le champ libre à Ankara. "La Turquie va bientôt mettre en œuvre son opération prévue de longue date dans le nord de la Syrie", indique d'ailleurs la Maison Blanche. La semaine dernière, Recep Tayyip Erdogan a affirmé que la Turquie arrivait au bout de sa patience vis-à-vis des Etats-Unis au sujet de la création d'une "zone de sécurité" dans le nord de la Syrie. 

 

 

Une nouvelle offensive permettrait à Ankara de créer une zone tampon de 30 kilomètres de profondeur et de 500 kilomètres de large entre la frontière turque et les zones syriennes contrôlées par les milices kurdes dans la région. "Le président turc veut réimplanter 2 des 3,5 millions de réfugiés syriens présents en Turquie", explique Frédéric Pichon pour détailler les plans d'Ankara.

 

 

 

4 - Ce retrait fait-il l'unanimité aux Etats-Unis ?

Après les déclarations de la Maison Blanche, le Pentagone s'est désolidarisé et a indiqué qu'il "ne cautionn[ait] pas" une potentielle opération turque, s'alarmant des "conséquences déstabilisatrices" d'une telle offensive. Une réaction qui donne l'image d'un président américain isolé sur cette question et qui a dû en moins de 2' heures se démentir lui-même.

 

 

La décision initiale de Donald Trump a suscité de vives réactions au sein même du Parti républicain. Pour le sénateur Lindsey Graham, proche du président américain avec lequel il joue régulièrement au golf, cette décision est "un désastre en puissance" et "l'abandon des Kurdes sera une tache sur l'honneur de l'Amérique". L'influent sénateur conservateur de Caroline du Sud menace même de proposer une résolution au Sénat pour revenir sur cette décision. Et, pour mieux souligner l'isolement du président, il précise s'attendre à un fort soutien des élus des deux bords sur ce dossier emblématique.

 

 

Le sénateur de Floride Marco Rubio a, lui, parlé d'une "grave erreur qui aura des implications bien au-delà de la Syrie". Nikki Haley, ancienne ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU et figure montante du Parti républicain, a jugé utile de rappeler au 45e président des Etats-Unis un principe simple des relations internationales : "Nous devons toujours soutenir nos alliés si nous attendons d'eux qu'ils nous soutiennent." "Les Kurdes ont un rôle crucial dans notre combat couronné de succès contre l'EI en Syrie. Les laisser mourir est une énorme erreur", a-t-elle ajouté.

 

 

Donald Trump a rapidement montré qu'il était sensible aux critiques en promettant, dans de nouveaux tweets, d'"anéantir" l'économie turque si Ankara allait selon lui trop loin en Syrie.

 

 

 

5 - Comment a réagi la communauté internationale?

Dès l'annonce initiale des Etats-Unis, les réactions ont été vives. Sur leur compte Twitter, les FDS mettent en garde contre les conséquences d'une telle décision qui pourrait "mettre en cause le succès obtenu contre l'EI", faire de la Syrie "une zone de conflit permanent" et entraîner un "retour des chefs de l'EI". 

 

 

 

 

 

 

De son côté, la France, dont 200 membres des forces spéciales sont présents sur le sol syrien, a exhorté la Turquie à s'abstenir de toute opération militaire en Syrie qui contribuerait à la résurgence du groupe Etat islamique. La Turquie a assuré qu'elle "ne laissera pas" l'EI ressurgir. 

 

 

Paris plaide d'autre part pour le maintien des jihadistes étrangers dans des camps sous contrôle kurde dans le nord-est du pays et estime qu'ils doivent y être jugés. La gestion des prisonniers jihadistes est la grande question qui occupe les Européens. "Le gouvernement des Etats-Unis a pressé la France, l'Allemagne et d'autres pays européens, d'où viennent beaucoup des combattants de l'EI capturés, de les reprendre, mais ils ne veulent pas et refusent", regrette Washington dans son communiqué. "La Turquie va maintenant être responsable de tous les combattants de l'EI dans la zone, capturés pendant les deux dernières années", ajoute la Maison Blanche.

 

 

Pour sa part, l'ONU avait déclaré lundi "se préparer au pire" et craint une crise humanitaire. Selon Frédéric Pichon, le retrait des soldats américains et une offensive turque pourraient entraîner "une vague migratoire kurde vers l'Europe".

 


08/10/2019
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