L'AIR DU TEMPS

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SYRIE


Franceinfo - le mardi 18 février 2020

 

 

"Quand la bombe arrivera, nous en rirons" : en Syrie, un papa invente un jeu avec sa fille lors des bombardements

 

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Abdullah Mohammad a développé ce stratagème pour que sa fille de 3 ans n'ait pas peur des bombardements subis dans le nord du pays

 

 

 

Deux mois après la reprise de son offensive pour reprendre la région d'Idleb en Syrie, le régime de Bachar Al-Assad bombarde sans cesse ce dernier grand bastion des jihadistes et des rebelles. Si près d'un million de personnes ont fui la zone selon l'ONU, certains sont restés sur place. Parmi eux des enfants qui, d'après l'Unicef, souffrent particulièrement de cette guerre parce qu'ils sont exposés à de graves traumatismes, à des périodes d'anxiété profonde.

 

 

Pour protéger sa fille, Abdullah Mohammad a mis en place une technique touchante et surprenante. A l'image de Roberto Benigni dans le film La vie est belle, il encourage sa fille à rire pour lui épargner l'horreur de la guerre. "Est-ce un jet ou une bombe ?", lui demande-t-il sur une vidéo filmée par ses soins. "Une bombe, répond Salwa, quand elle arrivera, nous en rirons". Et quelques secondes plus tard, une explosion retentit et le rire de la petite fille se fait entendre.

 


19/02/2020
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Franceinfo - le vendredi 27 décembre 2019

 

 

Syrie : trois questions sur la situation dans la province d'Idleb, où des centaines de milliers d'habitants fuient les bombardements

 

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Les forces du régime de Bachar Al-Assad et de Moscou ont intensifié leurs bombardements depuis mi-décembre. Environ 80 civils ont été tués selon une ONG

 

 

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Des habitants de la province d'Idleb fuient la ville de Maaret al-Noomane, visée par des bombardements des armées syrienne et russe, le 24 décembre 2019. (MAHMOUD HASSANO / REUTERSa)

 

 

 

C'est un nouveau chapitre dans l'interminable crise syrienne. Entre le 12 et le 25 décembre, une offensive terrestre et des bombardements du régime syrien et de la Russie dans la province d'Idleb, un territoire du nord-ouest du pays toujours contrôlé par des jihadistes, ont provoqué le déplacement de plus de 235 000 civils syriens, alerte l'ONU vendredi 27 décembre. Les décomptes de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) font état de la mort d'environ 80 civils à la même période.

 

 

Le président américain Donald Trump appelait jeudi sur Twitter à éviter un "carnage" dans cette région. La communauté internationale craint que ces mouvements de population n'aient de graves conséquences humanitaires. Alors que les regards s'étaient un peu détournés de la Syrie depuis la reconquête en mars des derniers morceaux de territoire contrôlés par le groupe Etat islamiquefranceinfo vous explique pourquoi les combats continuent et la situation reste critique.

 

 

 

En quoi la situation s'est-elle dégradée ces dernières semaines ?

Entre fin avril et fin août, une première offensive des aviations syriennes et russes avait fait près d'un millier de morts civils, selon l'OSDH, et plus de 400 000 déplacés. La séquence s'était conclue par un cessez-le-feu, le 31 août. Si l'accord n'a jamais été vraiment respecté par les différentes parties, jamais les combats et bombardements n'avaient repris avec une telle intensité, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha).

 

 

En parallèle d'affrontements au sol entre les soldats du régime et les jihadistes qui contrôlent la région, des frappes aériennes ont été menées par l'aviation syrienne mais aussi russe dans les zones autour de Maaret al-Noomane et Saraqeb, au sud de la province d'Idleb. Certaines ont touché des cibles civiles, notamment des marchés et une école. Selon les décomptes de l'OSDH, environ 80 civils ont été tués dans cette nouvelle vague de bombardements. L'organisation constate cependant que ces frappes ont cessé depuis le 25 décembre (en anglais). Elle recensait par ailleurs 110 morts parmi les forces du régime et 148 chez les combattants jihadistes et rebelles entre le 19 et le 24 décembre.

 

 

Face à cette situation, plus de 235 000 habitants ont fui vers le Nord entre le 12 et le 25 décembre, a affirmé l'ONU vendredi dans un communiqué. Selon ce texte, la ville de Maaret al-Noomane est "quasiment vidée" de ses habitants. Des images montrent d'impressionnantes colonnes de véhicules sur les routes, comme le rapporte France 3. Cet exode inquiète d'autant plus les observateurs qu'il intervient en hiver, une saison où la région est froide et sujette aux inondations. "Tout recommence, c'est le même enchaînement. On se dirige vers l'inconnu, sans maison, sans abri et sans assistance", résumait à l'AFP un père de famille arrivé dans la province deux ans plus tôt, après avoir fui Homs.

 

 

 

 

 

 

Pourquoi y a-t-il encore des combats dans cette région ?

Si les regards occidentaux se sont concentrés sur le combat contre le groupe Etat islamique, dont le dernier territoire est officiellement tombé en mars, le régime de Bachar Al-Assad n'a pas pour autant repris toute la Syrie. Il contrôle aujourd'hui plus de 70% du territoire, mais pas l'ensemble de la région d'Idleb, dominée par les jihadistes du groupe Hayat Tahrir al-Cham (HTS) et où subsistent d'autres groupuscules jihadistes et rebelles. Trois millions de personnes y vivent, dont la moitié sont des déplacés qui ont fui d'autres zones du pays lors de la reconquête de l'armée syrienne.

 

 

En août, le régime avait notamment repris la ville stratégique de Khan Cheikhoun, dans le sud de la province d'Idleb. En octobre, Bachar Al-Assad avait effectué une visite inédite dans la région et avait présenté la bataille qui s'y déroule comme capitale pour mettre fin à la guerre civile débutée en 2011. La nouvelle offensive lancée deux mois plus tard par le régime vise cette fois la ville de Maaret al-Noomane, à 25 km au nord de Khan Cheikhoun. Les deux villes sont situées sur un axe routier stratégique, dont la libération permettrait au régime de relier à nouveau Alep, au nord, à Homs et Damas, plus au sud.

 

 

Dans leur avancée vers Maaret al-Noomane,  Damas et son allié russe ont repris 45 villages depuis le 19 décembre, estime l'OSDH.

 

 

 

Que dit la communauté internationale ?

La réaction de Donald Trump, qui a accusé jeudi la Russie, la Syrie et l'Iran de tuer ou d'être sur le point de tuer "des milliers de civils innocents dans la province d'Idleb" –  "Ne le faites pas !", leur a-t-il lancé – n'est que la dernière en date. Dans son tweet, le président américain salue d'ailleurs l'action de la Turquie, qui "travaille dur pour stopper ce carnage". Mardi, Ankara a appelé à la fin des bombardements et a indiqué mener des pourparlers avec Moscou pour établir un nouveau cessez-le-feu. La question est d'autant plus sensible que l'armée turque est déployée dans la province pour empêcher une offensive de Damas, en vertu d'un accord russo-turc conclu en septembre 2018.

 

 

Mardi, la France, par le biais du ministère des Affaires étrangères, a également appelé à une "désescalade immédiate", estimant que "l'offensive militaire du régime de Damas et de ses alliés aggrave la crise humanitaire".

 

 

A ces condamnations de l'action militaire de Damas s'ajoute une inquiétude concernant la situation humanitaire en Syrie. Le 20 décembre, le Conseil de sécurité de l'ONU se prononçait sur un projet de résolution qui devait prolonger d'un an la possibilité d'acheminer, sans l'autorisation de Damas, une aide humanitaire transfrontalière depuis la Jordanie, l'Irak et la Turquie, un dispositif en vigueur depuis quatre ans. Mais le texte a été rejeté en raison d'un veto de la Russie et de la Chine.

 

 

"Il n'y a aucun moyen réaliste d'atteindre des centaines de milliers de ces familles" en agissant uniquement depuis l'intérieur de la Syrie, s'est notamment alarmé Oxfam au lendemain de cette décision. Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a jugé ce vote "honteux", accusant Moscou et Pékin d'avoir "préféré fournir un soutien à leur partenaire à Damas, plaçant ainsi la vie de millions de civils innocents dans la balance au plus fort de l'hiver". Les déplacements de population n'ont fait qu'empirer depuis.

 


28/12/2019
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Franceinfo - le mardi 29 octobre 2019

 

 

Syrie : des premiers combats entre les forces du régime de Damas et celles de la Turquie ont éclaté

 

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C'est la première fois qu'un affrontement armé entre les deux camps se produit depuis le déclenchement, le 9 octobre, d'une offensive turque contre les forces kurdes

 

 

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Un soldat turc sur un char, près de la ville frontalière de Ras al-Ain, dans le nord-est de la Syrie, le 27 octobre 2019. (NAZEER AL-KHATIB / AFP)

 

 

 

De "violents combats" ont opposé, mardi 29 octobre, dans le nord de la Syrie les forces du régime de Damas à celles de la Turquie, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). C'est la première fois qu'un affrontement armé entre les deux camps se produit depuis le déclenchement, le 9 octobre, d'une offensive turque dans la zone frontalière syrienne. Selon l'OSDH, des tirs d'artillerie turcs ont visé les troupes du régime syrien et des "combats à la mitrailleuse" ont eu lieu dans la matinée aux abords du village d'Al-Assadiya. L'organisation fait état de six blessés parmi les forces syriennes.

 

 

 

Une offensive qui profite à Bachar Al-Assad ?

L'offensive turque a contraint les forces kurdes à amorcer un rapprochement avec le régime de Bachar Al-Assad, lui-même soutenu sur le terrain par la Russie. Les derniers développements ont largement profité au dictateur syrien, qui a pu déployer des troupes dans des zones du nord du pays qui lui échappaient depuis des années.

 

 

Ces dernières semaines, des affrontements sporadiques avaient déjà opposé les forces du régime aux supplétifs syriens participant à l'offensive d'Ankara. Ces supplétifs entraînés et financés par la Turquie sont d'anciens rebelles qui se concentraient autrefois dans la lutte contre Bachar Al-Assad. 

 


29/10/2019
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Franceinfo - le mercredi 23 octobre 2019

 

 

Plus de 100 jihadistes du groupe Etat islamique se sont échappés de prison, estime l'émissaire américain pour la Syrie

 

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Lors d'une allocution télévisée mercredi, le président américain Donald Trump a indiqué pour sa part qu'"un petit nombre" de jihadistes s'étaient échappés

 

 

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De la fumée s'élève de la ville de Ras al-Ain, en Syrie, le 17 octobre 2019. (OZAN KOSE / AFP)

 

 

 

"Nous pensons que leur nombre est maintenant supérieur à 100. Nous ne savons pas où ils se trouvent." James Jeffrey, émissaire américain pour la Syrie, s'est exprimé, mercredi 23 octobre, devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants américaine, au sujet des prisonniers du groupe Etat islamique soupçonnés d'avoir profité de l'offensive turque contre les Kurdes en Syrie pour s'échapper de prison. 

 

 

La Turquie a lancé le 9 octobre une offensive contre les combattants kurdes, alliés de Washington et des Occidentaux dans la lutte contre l'EI, provoquant l'inquiétude de nombreux pays sur le sort des milliers de jihadistes étrangers détenus dans des camps qu'ils contrôlaient. "Presque toutes les prisons que les Forces démocratiques syriennes (FDS) gardaient sont toujours sécurisées", a assuré le haut responsable américain. "Nous surveillons cela du mieux que nous pouvons. Nous avons encore des gens en Syrie qui travaillent avec les Forces démocratiques syriennes et l'une des priorités sont ces prisons", a-t-il expliqué.

 

 

Lors d'une allocution télévisée mercredi, le président américain Donald Trump a indiqué pour sa part qu'"un petit nombre" de jihadistes s'étaient échappés.

 

 

 

Des "crimes de guerre" perpétrés par la Turquie

L'émissaire américain a également déclaré avoir constaté "de multiples incidents que nous considérons comme des crimes de guerre" perpétués par la Turquie ou des groupes pro-Ankara, sans préciser lesquels. Il a en revanche nié tout potentiel "nettoyage ethnique" de la part d'Ankara.

 

 

"Il n'y a pas eu de nettoyage ethnique généralisé dans cette zone depuis que les Turcs sont arrivés. De nombreuses personnes ont fui parce qu'elles étaient, comme nous, préoccupées par les groupes de l'opposition syrienne soutenus par la Turquie", a-t-il déclaré.

 

 

Le responsable américain a précisé que les Etats-Unis enquêtaient sur des allégations des autorités kurdes qui accusent la Turquie d'avoir utilisé des armes non conventionnelles, dont le phosphore blanc (interdit par le droit international), dans leur offensive.

 

 

Mardi soir, la Turquie a annoncé qu'elle ne reprendrait pas son offensive militaire contre les forces kurdes dans le nord de la Syrie car ces dernières se sont retirées des zones frontalières.

 


24/10/2019
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Franceinfo - le lundi 21 octobre 2019 - mis à jour le 22.10.19

 

 

Syrie : le retrait des troupes américaines a débuté

 

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France 2France Télévisions

 

 

Le retrait des soldats américains en Syrie a débuté, une semaine après l'annonce officielle de leur départ. Un immense convoi composé d'une centaine de véhicules a pris la direction de l'Irak

 

 

 

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capture d'écran de l'article sur Franceinfo

 

 

 

Ils essaient de barrer la route à un blindé américain. Les Kurdes vivent le départ des troupes américaines de Syrie comme une trahison. Ils jettent des pommes de terre pour crier leur impuissance face à ceux qu'ils avaient accueillis comme des héros il y a cinq ans pour la lutte commune contre Daech. Les 1 000 soldats américains ont quitté quatre bases dans le nord-est de la Syrie en proie à l'offensive militaire turque.

 

 

 

Seuls quelques soldats resteront en Syrie pour protéger les champs de pétrole

L'abandon des Américains est insupportable pour les Kurdes. Un homme interpelle vivement les soldats. "Vous êtes des menteurs. Nos enfants sont en train de mourir !" Sous la pression, les blindés font marche arrière. Profil bas pour les soldats américains. Quelques heures plus tard, les convois de centaines de véhicules passent la frontière vers l'Irak, où les États-Unis possèdent plusieurs bases.

 


22/10/2019
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Franceinfo - le mardi 22 octobre 2019

 

 

Prolongation de la trêve en Syrie : Erdogan rejette la proposition de Macron

 

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"Si les promesses faites par les Américains ne sont pas respectées, l'opération reprendra avec une plus grande détermination", a averti le président turc, mardi, avant de prendre l'avion pour rejoindre son homologue russe

 

 

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d'une conférence de presse, le 22 octobre 2019. (MURAT KULA / ANADOLU AGENCY / AFP)

 

 

 

Après l'offensive turque en Syrie et la trêve négociée entre Washington et Ankara, Emmanuel Macron a fait part à la Russie d'une "prolongation du cessez-le-feu" en Syrie. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a rejeté cette proposition, mardi 22 octobre.

 

 

"Je n'ai pas reçu une telle proposition de Macron. Macron rencontre des terroristes et il a choisi ce moyen pour nous communiquer la proposition des terroristes", a déclaré le président turc, après qu'Emmanuel Macron a souligné lors d'un entretien téléphonique, lundi, avec son homologue russe Vladimir Poutine "l'importance de la prolongation du cessez-le-feu" qui expire mardi soir dans le nord-est de la Syrie.

 

 

 

Menace d'une reprise "avec une plus grande détermination"

"Le processus [de trêve] s'achève aujourd'hui à 22 heures. Si les promesses faites par les Américains ne sont pas respectées, l'opération reprendra avec une plus grande détermination", a déclaré Recep Tayyip Erdogan avant de s'envoler pour la Russie pour une rencontre cruciale avec son homologue russe Vladimir Poutine.

 

 

M. Erdogan a affirmé que "700 à 800" combattants kurdes s'étaient retirés pour le moment, ajoutant qu'entre 1 200 et 1 300 combattants devaient encore quitter la zone. "Nous suivons cela de près. Ce processus ne sera pas achevé sans un retrait complet", a-t-il ajouté.

 

 

 

Franceinfo - le dimanche 20 octobre 2019

 

 

Offensive turque en Syrie : combattants, femmes et enfants de jihadistes... Qui sont les ressortissants français ?

 

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Violaine JaussentFrance Télévisions

 

 

Selon les autorités, entre quatre et cinq cents Français se trouveraient dans le Nord-Est syrien, dont une soixantaine de combattants. Mais les chiffres précis sont difficiles à obtenir. Une seule certitude : les femmes et les enfants sont très nombreux

 

 

 

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Deux femmes ayant appartenu au groupe terroriste Etat islamique sont escortées par une patrouille dans le camp d'al-Hol, dans le nord-est de la Syrie, le 23 juillet 2019. (DELIL SOULEIMAN / AFP)

 

 

 

Que vont devenir les jihadistes français et leurs familles à la suite de l'offensive turque en Syrie ? Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a plaidé, jeudi 17 octobre à Bagdad, pour que soixante d'entre eux soient jugés en Irak, après leur transfèrement depuis les prisons du Kurdistan syrien. Car depuis le début de l'opération militaire d'Ankara dans le nord du pays, Paris redoute que certains ne s'évadent pour redonner corps au groupe Etat islamique (EI), ou revenir dans leur pays d'origine.

 

 

"Il n'est pas question de voir d'un seul coup ces combattants arriver sur le sol français comme ça par miracle", a assuré Emmanuel Macron, mercredi, lors d'une conférence de presse à Toulouse. Il n'empêche que leur sort, ainsi que celui de leurs femmes et enfants, demeure un sujet brûlant. Dans la soirée de jeudi, la Turquie a fini par accepter un cessez-le-feu provisoire et pourrait se retirer de Syrie. Mais cette trêve n'apporte qu'un statu quo à cette situation explosive. 

 

 

 

"Plus de la moitié sont des femmes"

"Dans la zone du nord-est syrien, on considère qu'il y a à peu près 400 à 450 Français, certains dans des camps, d'autres prisonniers, dont des enfants", avait estimé Jean-Yves Le Drian le 28 mai, devant la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale. Quant aux enfants, il en "reste 200 à 300", "retenus au Kurdistan syrien", est-il écrit, selon L'Express, dans les plaintes déposées en septembre contre Jean-Yves le Drian pour "omission de porter secours".

 

 

Une autre plainte devant la Cour de justice de la République (CJR) va par ailleurs être déposée par la famille d'une jihadiste retenue avec ses quatre enfants dans un camp du Kurdistan syrien. Une plainte qui visera également la ministre de la Justice, Nicole Belloubet. Mardi, lors de son intervention au Sénat et à l'Assemblée, le ministre des Affaires étrangères est resté vague sur le nombre de ressortissants français présents en Syrie. De son côté, le Quai d'Orsay, sollicité par franceinfo, se contente de répondre : "On ne peut pas communiquer."

 

 

"Quatre cents à cinq cents Français, ce sont les chiffres qui circulent, indique à franceinfo Stéphanie Perez, grand reporter à France 2 et envoyée spéciale en Syrie. Mais les Kurdes ne veulent pas donner de chiffre par nationalité." "Le référencement de source gouvernementale de mars 2019 relevait 63 femmes et 149 enfants, dont trente de moins de 2 ans. Or, d'autres sont arrivés après la chute de Baghouz, ce qui augmente le chiffre. Puis, il y a les phénomènes de dissimulation ou encore de fuites qui ne permettent pas une quantification exacte", avancent, pour leur part, à franceinfo, Inès Daif et Stéphane Kenech, journalistes freelance travaillant en Irak et Syrie.

 

 

Pour tenter d'y voir plus clair, Thomas Renard, spécialiste belge des matières terroristes à l'Institut Egmont, a publié, mardi, avec d'autres chercheurs, un tableau recensant le nombre d'Européens détenus en Syrie et en Irak, répartis en fonction de leur nationalité. Dans les cases "France", 130 adultes sont répertoriés et, du côté des enfants, ils sont entre 270 et 320 enfants.

 

 

"On avait l'impression que les chiffres qui circulaient ne collaient pas avec ce qu'on observait. On a d'abord exploré les documents officiels. Journalistes, chercheurs... On a ensuite contacté une personne, au minimum, par pays, pour vérifier ces chiffres. On les a croisés. Quand la discordance était minime, on a opté pour une fourchette ; quand elle était plus importante, on a gardé le chiffre le plus bas", décrypte Thomas Renard pour franceinfo. Qui met toutefois en garde : "Ces chiffres sont à prendre avec beaucoup de précaution. Même les gouvernements ont une vue incomplète."

 

 

Aucun Etat ne peut prétendre savoir combien de ses ressortissants sont sur zone.Thomas Renard, chercheur à franceinfo

 

 

Son tableau permet tout de même d'offrir une "image plus détaillée" et de prendre conscience de la proportion d'enfants dans cette région du pays. Car, au total, le chercheur dénombre au moins 432 adultes européens et au moins 697 enfants européens. "Sur ces 432, plus de la moitié sont des femmes. C'est une donnée intéressante. Elle ne figure pas dans notre tableau car on n'avait pas de chiffre précis, seulement une proportion, précise Thomas Renard. Il y avait moins de femmes au départ en Syrie, mais à l'arrivée, le ratio est inversé car elles sont moins nombreuses à avoir été tuées."

 

 

 

"Les plus radicales mènent la danse"

Aujourd'hui, ces femmes vivent principalement dans trois camps du Kurdistan syrien – il y en a d'autres dans le reste du pays – avec leurs enfants, tandis que les hommes sont en prison. Les Européens se trouvent à Hassaké, une ville du nord-est, selon Thomas Renard. "Mais pour les hommes, on n'a beaucoup moins d'informations, c'est beaucoup plus sensible", souligne-t-il. Les combattants kurdes ont fait cette distinction par sexe lorsqu'ils ont capturé les jihadistes. En décembre 2018, Stéphanie Perez avait pu se rendre dans le camp de Roj, à l'extrême nord-est du pays, près de la frontière turque. Y vivaient alors une quinzaine de Françaises, parmi lesquelles Emilie König ou encore Margaux Dubreuil, qui figurent sur la liste noire des terroristes internationaux diffusée par les Etats-Unis.

 

 

 

 

 

 

Y sont-elles encore ? Que vont-elles devenir ? "A ma connaissance, à l'heure actuelle, l'offensive turque et le positionnement des Forces démocratiques syriennes (FDS) n'ont pas abouti à ce que ces camps-là, qui sont essentiellement dans l'est du nord-est syrien, soient menacés dans [leur] sûreté et sécurité indispensables", a déclaré Jean-Yves Le Drian sur BFMTV et RMC, mercredi.

 

 

Plus au sud, se situe Al Hol. Les conditions sanitaires y sont déplorables. C'est le plus grand camp de la région, surpeuplé de milliers de familles de jihadistes et de villageois réfugiés, en particulier depuis la fin du "califat" de l'EI, proclamée après la conquête de leur dernier bastion de Baghouz, fin mars. Quelques jours plus tard, Stéphanie Perez avait pu se rendre dans le camp de Al Hol.

 

 

 

 

 

 

"Toutes celles qu'on a rencontrées n'attendent que la résurrection du groupe Etat islamique. On n'a plus beaucoup les moyens de contenir les femmes et leur colère. Elles ont eu des échanges musclés avec les Kurdes qui dirigent les camps, d'après eux. Ce sont les plus radicalisées d'entre toutes et elles sont encore plus virulentes", confie la reporter de France 2.

 

 

Les camps sont des cocottes-minute, des bombes à retardement. Stéphanie Perez, journaliste à franceinfo

 

 

"Que les plus radicales mènent la danse n'a rien d'exceptionnel. Quand on est entassé, on retrouve des comportements très primitifs", explique à franceinfo Wassim Nasr, journaliste à France 24, auteur de Etat islamique, le fait accompli (éd. Plon). Il rappelle que parmi ces femmes, tous les cas de figures existent : certaines, épuisées, veulent rentrer en France, d'autres restent en Syrie par conviction idéologique ou par peur de la prison française, d'autres encore préfereraient, au contraire, s'y trouver, et la plupart veulent surtout échapper à Bachar Al-Assad et ses troupes...

 

 

 

Le risque de voir apparaître des "enfants soldats"

C'est vraisemblablement ce dernier motif qui a poussé près de 800 femmes et enfants de jihadistes étrangers à s'évader du camp d'Aïn Issa, le troisième du Kurdistan syrien, sur la zone tampon que la Turquie souhaite installer à l'issue de son offensive. "Les dix Françaises sont donc sorties dans la précipitation avec leurs [25] enfants. Toutes sont connues des services de renseignement et sont sous le coup d'un mandat international pour avoir rejoint Daech", précise Le Parisien. Mais leurs proches ont une tout autre version. "Ma fille m'a dit que ce sont les Kurdes qui leur ont demandé de sortir. On les a fait sortir et on a brûlé leurs tentes pour qu'elles ne reviennent pas", témoignait, lundi sur franceinfo, Louisa, dont la fille de 24 ans se trouvait dans le camp de déplacés d'Aïn Issa. "Les Kurdes ont ouvert la porte et elles ont dit : 'Nous, on part'", confirme Wassim Nasr, qui assure tenir l'information de trois sources fiables.

 

 

Désormais, où se trouvent ces femmes et que peuvent-elles faire avec leurs enfants au milieu du désert ? Au moins trois Françaises ont déjà été "récupérées" par des jihadistes de l'EI. "Ça fait des années que l'on dit qu'il faut à tout prix rapatrier les jihadistes français, au risque, sinon, de grossir les rangs de l'Etat islamique, déplorait, dès dimanche, Marie Dosé, avocate d'une cinquantaine de ressortissantes françaises. Le sort réservé aux enfants de ces femmes et aux orphelins la préoccupe. "Plus on tarde à les rapatrier, plus on risque de les traumatiser. Ils n'ont rien demandé à personne et, si on ne fait rien, ils vont être transformés en enfants soldats", prédit la pénaliste, qui a lancé avec des confrères plusieurs actions juridiques en faveur du rapatriement des jihadistes français.

 

 

Pour l'instant, la politique de la France est immuable : elle continue de rapatrier les enfants "au cas par cas" et s'oppose au retour des hommes et des épouses. Or ces dernières jugent impensable, la plupart du temps, de se séparer de leurs enfants. Oncle de deux enfants retenus en Syrie, Amine Elbahi a invité, jeudi sur franceinfo, Jean-Yves Le Drian à faire "juger les jihadistes français dans notre pays" en ne "cédant pas aux caprices et à la pression de l'opinion publique""En sous-traitant la justice française à la justice irakienne, nous savons parfaitement que nous sommes en train, aujourd'hui, de rétablir la peine de mort", a-t-il lancé. 

 

 

 

"On sait qui sont ces jihadistes"

Jusqu'ici, quatorze Français ont été condamnés par des tribunaux irakiens pour avoir rejoint l'EI. Parmi eux, douze avaient été transférés depuis les prisons du Kurdistan syrien vers Bagdad. Onze ont écopé de la peine de mort et trois autres, dont deux femmes, de la perpétuité. Mais aucun n'a été exécuté. Le temps presse face au chaos généré par l'offensive turque. Le Conseil de sécurité de l'ONU a mis en garde mercredi contre le "risque de dispersion" des jihadistes étrangers.

 

 

Certains ont déjà réussi à fuir. Où ces femmes et ces hommes peuvent-ils aller ? "Les seuls endroits où ils peuvent rester c'est Idleb [province du nord-ouest syrien dominée par les jihadistes]. Ou bien, pour les femmes, dans l'immensité du désert syrien, si elles sont prises en charge par l'EI", estime Wassim Nasr. Et pour les hommes ? "Certains vont profiter de trafiquants, d'autres seront exfiltrés. Ceux qui souhaitent rentrer chez eux tenteront d'aller en Turquie", analyse-t-il. Ces scénarios nécessitent néanmoins le soutien de passeurs. "Il faut beaucoup d'argent pour traverser la Turquie. Et on sait qui sont ces jihadistes. Difficile de rentrer en France seul, ce n'est plus du tout comme en 2015", assure le journaliste.

 

 

Thomas Renard estime de son côté que les jihadistes français pourraient tomber dans les mains du président syrien, qui pourrait les utiliser comme un moyen de pression. "Ils pourraient effectivement servir de levier, car Bachar Al-Assad veut redevenir l'interlocuteur privilégié dans la reconstruction de la Syrie, après avoir fait profil bas", décrypte-t-il.

 

 

Bachar Al-Assad peut menacer de relâcher les jihadistes étrangers, de les exécuter sur la place publique ou de les garder en prison indéfiniment.Thomas Renard, chercheur à franceinfo

 

 

Mais ce n'est qu'une hypothèse. Le chercheur confesse qu'il est lui-même dans "l'expectative" : "J'attends de voir si le chaos provoqué par l'offensive turque va provoquer la fin d'un blocage qui est politique." L'idée d'un tribunal international est partagée depuis plusieurs mois par d’autres pays européens (Royaume-Uni, Belgique, Allemagne, Pays-Bas, Suède et Danemark). Le déplacement de Jean-Yves Le Drian à Bagdad doit permettre d'ouvrir les discussions à ce sujet. Une véritable porte de sortie dans cette crise internationale majeure ? Thomas Renard veut croire à un effet domino : "Dès qu'un Etat bougera, les autres suivront."

 


22/10/2019
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Franceinfo - le vendredi 18 octobre 2019

 

 

Du retrait des troupes américaines aux départs des humanitaires : les huit jours qui ont replongé la Syrie dans le chaos

 

 

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Noémie LeclercqfranceinfoFrance Télévisions
 

 

 

Le pays est de nouveau à feu et à sang depuis le début de l'offensive turque, le 9 octobre. Franceinfo revient sur la chronologie des premiers jours de ce conflit

 

 

 

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Des soldats de la coalition turque à proximité de Manbij, dans le nord est de la Syrie, le 14 octobre 2019. (ZEIN AL RIFAI / AFP)

 

 

 

"Je retire les derniers membres des forces armées américaines du nord-est de la Syrie." Dans la soirée du dimanche 6 octobre, Donald Trump plonge la Syrie dans un nouveau conflit d'ampleur"La Turquie, l'Europe, la Syrie, l'Iran, l'Irak, la Russie et les Kurdes devront maintenant résoudre la situation et déterminer ce qu'ils veulent faire des combattants de l'organisation Etat islamique capturés dans leur 'voisinage'", déclare le président américain sur Twitter.

 

 

Malgré l'avis du Congrès, dont une commission spéciale* s'était prononcée en faveur du maintien des troupes en Syrie, à la frontière turque, à peine un mois avant, les soldats américains vont rentrer au pays. La fin d'une "guerre inutile", selon Donald Trump, qui met le feu aux poudres dans cette région : le président turc, Recep Tayyip Erdogan, souhaite depuis plusieurs mois déjà lancer une offensive en Syrie contre les Kurdes du YPG, qu'il considère comme une organisation terroriste. Retour sur ces huit jours qui ont refait basculer le pays dans le chaos, alors qu'une suspension temporaire des opérations turques a été annoncée jeudi 17 octobre dans la soirée par Ankara.

 

 

 

Du 7 au 10 octobre : les premiers dégâts de la bombe diplomatique de Trump

Avant d'embraser la Syrie, la décision de Donald Trump enflamme son propre camp. Un premier rectificatif de la déclaration du président américain est émis par les autorités compétentes dès le lendemain : seuls 50 à 100 membres des forces spéciales américaines se retireront de la frontière nord de la Syrie, pour être déployés ailleurs dans la région. Même Lindsey Graham, sénateur américain proche de Donald Trump, appelle ce dernier à "revenir" sur sa décision, qu'il estime "porteur de désastre".

 

 

Le chef des républicains, Mitch McConnell, prévient, lui, des risques que représente un "départ anticipé" : une situation favorable à la Russie et l'Iran, et l'assurance d'un retour du groupe l'Etat islamique en Syrie. Mais qu'importe, Donald Trump maintient sa ligne et les troupes américaines quittent la région de l'Euphrate, au nord de la Syrie, dès l'aube. 

 

 

 

 

 

 

L'offensive turque, redoutée depuis des mois, débute mercredi 9 octobre. Objectifs : la mise en place d'une zone tampon dans le nord du pays, entre la Syrie et la Turquie, pour éloigner les milices kurdes de la frontière, et réimplanter une grande partie des réfugiés syriens présents en Turquie. Dès ce premier jour du conflit, Tal Abyad et Ras al-Aïn, deux villes frontalières, sont bombardées par l'aviation turque. Les hôpitaux des deux villes, touchés par les bombes, sont partiellement détruits et hors service. Les bombardements aériens font déjà rage, alors que l'assaut terrestre, avec l'appui des rebelles syriens pro-turcs, est prévu pour le lendemain. Quelque 60 000 personnes sont contraintes de fuir.

 

 

 

Une femme kurde et son fils fuient le village de Ras al-Aïn, le 9 octobre 2019, alors que les premières frappes turques commencent.

Une femme kurde et son fils fuient le village de Ras al-Aïn, le 9 octobre 2019, alors que les premières frappes turques commencent. (DELIL SOULEIMAN / AFP)


 

Un rapport de l'ONG italienne Un Ponte per fait état de dégâts intentionnels des forces armées turques sur les écoles de al-Yabsah. "C'est un conflit d'une rare violence, très intense dès le premier jour", s'alarme Juliette Touma, de l'antenne Moyen-Orient-Afrique du Nord de l'Unicef.

 

 

Nous étions préparés à un conflit armé, mais pas à un tel manque de considération envers les civils.Juliette Touma, de l'Unicef à franceinfo

 

 

La Finlande est le premier pays à prendre des sanctions contre Ankara et annonce dans la journée la suspension des exportations d'armes vers la Turquie, ainsi que vers les autres pays engagés dans la guerre.

 

 

 

Le 11 octobre : l'ombre de l'Etat islamique ressurgit 

La pression militaire turque s'intensifie quelques jours plus tard : à tel point que le secrétaire de la Défense américain, Mark Esper, prend la parole au Pentagone vendredi 11 octobre. "Nous ne sommes pas en train d'abandonner nos alliés kurdes. Nos forces sont déployées ailleurs dans le pays, tente-t-il de justifier. L'invasion de la Turquie au nord de la Syrie a placé les Etats-Unis dans une position très délicate..."

 

 

 

 

 

 

Sur place, la crise humanitaire s'aggrave. "Les équipes sont constamment en insécurité, ça ajoute de la complexité à leur mission, déplore Juliette Touma. Ils font de leur mieux, mais il y a déjà des enfants qui ont été tués. On essaie de leur apporter de l'eau, des soins, des vivres, et de prendre en charge la malnutrition. Mais c'est très difficile."

 

 

Les camps de déplacés syriens, à l'intérieur du pays, sont en difficulté : 5 000 personnes, initialement prises en charge à Mabrouka, dans la région de Ras al-Ain, se dirigent vers un autre campement. La réserve d'eau d'Allouk, qui approvisionne plus de 800 000 personnes, est touchée par les bombes et sévèrement endommagée. 

 

 

 

Des civils syriens et kurdes fuient les bombes turques à Ras al-Aïn, dans le nord-est de la Syrie, le 9 octobre 2019.

Des civils syriens et kurdes fuient les bombes turques à Ras al-Aïn, dans le nord-est de la Syrie, le 9 octobre 2019. (DELIL SOULEIMAN / AFP)


 

Une autre préoccupation émerge : les avocats de familles de jihadistes retenues dans des camps kurdes craignent pour les femmes et les enfants abandonnés à leur sort. Au milieu du chaos, les autorités kurdes ont annoncé qu'il y avait un risque que les camps qu'ils gardent soient repris par le groupe Etat islamique. "Voilà, que ce que l'on annonçait depuis deux ans arrive", se désole Marie Dosé, pénaliste de renom. Depuis le début de l'offensive, elle reçoit des messages des femmes qu'elle défend, l'alertant sur la situation. "J'entends passer des avions au-dessus de la tente. Je ne sais pas quand je vais mourir, peut-être ce soir, peut-être demain. Je voudrais dire à mes proches que je les aime et je suis désolée pour la peine que j'ai pu leur causer. J'aurais aimé me reconstruire, mais la France ne m'a pas autorisé ça", lui écrit l'une d'elles.

 

 

Marie Dosé et d'autres défenseurs des droits de l'Homme alertent depuis des mois sur la situation et militent en faveur d'un rapatriement. Sans succès. Maintenant que la menace turque a été mise à exécution, les autorités craignent une résurgence de l'EI. La prison de Qamishli, contrôlée par les Kurdes et où sont détenus des combattants jihadistes, est d'ailleurs visée par les forces armées turques : au milieu du chaos, cinq détenus parviennent à s'échapper.

 

 

 

12 octobre : les ambulances et les hôpitaux touchés par les bombes

Le New York Times (en anglais) rapporte samedi 12 octobre l'exécution de deux Kurdes par l'Armée nationale syrienne, qui sert d'infanterie à la Turquie, sur le bord de l'autoroute M4, point stratégique du combat. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre l'exécution à la kalachnikov de l'un d'eux : "Allahou akbar ! Bien fait pour ce porc", lance un des soldats. L'ONG Un Ponte per recense déjà neuf exécutions de civils dans cette zone. 

 

 

Le Croissant rouge kurde, équivalent de la Croix-Rouge, déplore le meurtre d'Havrin Khalaf, ingénieure de 35 ans et chef du Mouvement pour l'avenir des Kurdes en Syrie. La jeune femme, qui militait pour le rapprochement entre Arabes et Kurdes, a été capturée puis tuée par des mercenaires islamistes, alliés des forces turques, sur la route entre Qamishli et Manbij. Des témoignages recueillis par Le Monde à Derik, ville d'origine de l'activiste, décrivent une scène de torture : "Elle avait la jambe brisée, chair ouverte, les bras couverts de contusions, le corps et les vêtements couverts de terre comme s'ils l'avaient traînée sur le sol", rapporte la personne chargée de la préparation du corps avant l'enterrement. 

 

 

 

De nombreux civils assistent à l\'enterrement d\'Hevrin Khalaf, chef d\'un parti pro-kurdes exécutée le 12 octobre 2019. 

De nombreux civils assistent à l'enterrement d'Hevrin Khalaf, chef d'un parti pro-kurdes exécutée le 12 octobre 2019.  (DELIL SOULEIMAN / AFP)


 

Plus à l'ouest, la ville de Kobané est également prise pour cible. Là encore, l'hôpital est partiellement touché par les bombes. Tell Abyad est à feu et à sang, les humanitaires peinent de plus en plus à faire leur travail, rapporte le Croissant rouge. L'organisation rapporte que ses ambulances sont visées alors qu'elles tentent d'accéder à Ras al-Aïn. De plus en plus de civils doivent rapidement quitter la zone en conflit. 

 

 

L'escalade des tensions pousse Paris à suspendre "tout projet d'exportation vers la Turquie de matériels de guerre", après des décisions similaires des Pays-Bas et de l'Allemagne. Le dernier rapport du ministère des Armées sur les exportations d'armement faisait état de 45,1 millions d'euros de matériel militaire français commandé par la Turquie en 2018. Mais ces mesures sont surtout symboliques : l'opération ayant été préparée largement en amont, l'armée de Recep Tayyip Erdogan dispose de suffisamment de munitions pour mener l'offensive à son terme.

 

 

 

13 octobre : des journalistes sous le feu de la coalition turque

"Depuis que nous avons lancé notre opération, nous faisons face à des menaces de sanctions économiques ou d'embargos sur les armes. Ceux qui pensent pouvoir nous contraindre à reculer avec ces menaces se trompent", réagit, dès le lendemain, le président turc. 

 

 

Sur le terrain, la violence va crescendo. Un convoi de civils kurdes, accompagnés de plusieurs journalistes étrangers, est bombardé par la coalition turque dans la journée de dimanche 13 octobre, à proximité de Ras al-Aïn. "Notre équipe va bien mais des confrères sont morts", témoigne Stéphanie Perez, reporter de France 2.

 

FRANCEINFO
 
 

 

Les images rapportées par l'équipe de France Télévisions montrent des "maisons désertées par les civils qui ont fui par centaines" et "des corps sans vie". On entend des bombardements et échanges de tirs. Les journalistes français rejoignent un peu plus tard l'avant du convoi, ciblé par les bombes : l'un des véhicules est en train de brûler, des cadavres gisent au sol, les survivants sont en état de choc. Des dizaines de blessés et au moins 11 morts sont à déplorer. 

 

 

Au total, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) dénombre plus de 130 000 personnes déplacées depuis le début de l'offensive, 76 civils et 105 combattants kurdes tués en cinq jours. Les forces turques et leurs alliés ont pris possession d'une quarantaine de villages, et s'emparent de la ville de Tell Abyad, rapporte l'OSDH.

 

 

Dans le même temps, des familles de jihadistes s'échappent du camp d'Aïn Issa. Selon les forces kurdes, qui indiquent ne pas pouvoir gérer à la fois le front turc et les camps, 785 personnes sont concernées, parmi lesquelles une dizaine de Françaises et leurs enfants. 

 

 

 

Des proches de jihadistes dans le camp d\'Ain Issa, le 17 octobre 2018 (photo d\'illustration). 

Des proches de jihadistes dans le camp d'Ain Issa, le 17 octobre 2018 (photo d'illustration).  (DELIL SOULEIMAN / AFP)


 

Faute de soutien de leurs alliés occidentaux, les Forces démocratiques syriennes (FDS) – coalition kurde et arabes, principalement composée de la milice kurde YGP – se sont résolues à solliciter l'armée syrienne de Bachar al-Assad. Mazloum Abdi, haut commandant des FDS, déclare, sur le site de Foreign Policy*, qu'"entre les compromis et le génocide de notre peuple, nous choisirons la vie".

 

 

Emmanuel Macron convoque à l'Elysée sur les coups de 22 heures un conseil restreint de défense sur la Syrie.

 

 

Notre conviction est que cette offensive prend le risque d'une part, et nous le constatons d'ores et déjà sur le terrain, de créer des situations humanitaires insoutenables et, d'autre part, d'aider Daech à réémerger dans la région.Emmanuel Macron à l'issu d'un conseil restreint de défense

 

 

 

14 octobre : les organisations humanitaires poussent un cri d'alarme 

Le président français s'entretient, lundi 14 octobre, avec Donald Trump, puis Recep Tayyip Erdogan. L'échange avec ce dernier "confirme une profonde divergence de vues sur les conséquences prévisibles de l'offensive turque dans le nord-est syrien", indique l'Elysée. Aucun commentaire n'est fait sur l'appel entre Emmanuel Macron et son homologue américain. Un tweet moqueur de Donald Trump laisse cependant penser qu'il n'a pas été des plus fructueux. 

 

 

 

 

 

 

"J'invite quiconque le souhaite à défendre les Kurdes, que ce soit la Russie, la Chine, ou Napoléon Bonaparte. J'espère qu'ils vont tous bien, nous, nous sommes à 7 000 miles !" 

 

 

Celui-ci annonce dans le même temps une série de mesures, notamment commerciales, contre la Turquie. Les ministres turcs de l'Energie, de la Défense et de l'Intérieur sont personnellement interdits de séjour aux Etats-Unis, les transactions internationales en dollar d'Ankara sont bloquées, les droits de douane sur l'acier turc sont revus à la hausse de 50% et les négociations commerciales entre les deux pays sont bloquées. 

 

 

 

Adnan Ahmad, chef de l\'Armée nationale syrienne, groupe rebelle qui sert d\'infanterie à Ankara, lors d\'une réunion stratégique à propos de Manbij, dans le nord de la Syrie, le 16 octobre 2019.

Adnan Ahmad, chef de l'Armée nationale syrienne, groupe rebelle qui sert d'infanterie à Ankara, lors d'une réunion stratégique à propos de Manbij, dans le nord de la Syrie, le 16 octobre 2019. (AAREF WATAD / AFP)


 

Sur le terrain, les tensions montent autour de Manbij : la reprise de cette ville, nœud entre les zones tenues par les FDS, celles dominées par le régime syrien et celles sous contrôle turc, était un objectif affiché par Ankara depuis 2016. L'exécutif turc a annoncé que Manbij pourrait être le théâtre des affrontements directs entre la Turquie et l'armée officielle syrienne, alors que les FDS seraient secondaires.

 

 

Face à ce déferlement de violence annoncé, les ONG commencent à retirer leurs personnels sur le terrain, jugé trop dangereux. Seule l'ONU et ses agences restent auprès des civils. "On ne va pas retirer nos forces, au contraire, on va sans doute devoir en ajouter, se désole Juliette Touma, de l'Unicef. Même si on craint pour leur sécurité. Ça ne fait qu'une semaine et on est déjà à bout, la violence ne fait que s'amplifier."  

 

 

17 octobre : une trêve inespérée 

Retournement de situation. Jeudi 17 octobre, la Turquie annonce une suspension des combats dans le nord-est de la Syrie. Le vice-président américain, Mike Pence, et le président truc, Recep Tayyip Erdogan, se sont entretenus dans la soirée. A l'issue d'une entrevue de plus de quatre heures, ils parviennent à un accord de trêve temporaire : les Turcs et leurs alliés donnent cinq jours aux forces kurdes pour évacuer les zones de conflit. Ankara espère ainsi la mise en place de la "zone tampon" de 32 km à la frontière entre les deux pays. Le ministre turc des Affaires étrangères prévient que l'offensive cessera totalement à condition que les Kurdes obtempèrent. 

 

 

Sur Twitter, Donald Trump se félicite de cette annonce : "Des millions de vies vont être sauvées", clame-t-il. Un peu plus tôt dans la journée, lors d'un meeting à Dallas, le président américain a comparé le conflit à une cour d'école. "Parfois, il faut les laisser se battre, comme deux enfants, et puis après, il faut les séparer", a-t-il préconisé. Une méthode éducative pour le moins meurtrière : l'OSDH recense près de 500 morts au 17 octobre, parmi lesquels une centaine de civils. Plus de 300 000 personnes ont été déplacées depuis le lancement de l'offensive. 

 

 

  • Liens en anglais

 


18/10/2019
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Franceinfo - le jeudi 17 octobre 2019

 

 

La Turquie annonce la suspension temporaire de son offensive pour que les forces kurdes évacuent le nord de la Syrie

 

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Cette annonce a été faite à l'issue d'une rencontre entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et le vice-président américain Mike Pence

 

 

 

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Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu, le 16 octobre 2019, à Ankara. (ADEM ALTAN / AFP)

 

 

 

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu annonce, jeudi 17 octobre, la "suspension" temporaire de son opération militaire contre les forces kurdes dans le nord de la Syrie. Cette "pause" d'une durée de cinq jours doit permettre l'évacuation des forces kurdes du YPG, sommées par Ankara de quitter une "zone de sécurité" de 32 km de largeur le long de la frontière turque. Sur Twitter, le président des Etats-Unis s'est félicité que "des millions de vies soient sauvées".

 

 

 

 

 

 

Cette annonce a été faite à la suite d'une rencontre de plus de quatre heures entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et le vice-président américain Mike Pence. A l'issue de celle-ci, le bras droit de Donald Trump a affirmé que l'opération turque "s'arrêtera complètement" si les troupes kurdes acceptaient de se retirer.

 

 

 

Pour la Turquie, il ne s'agit pas d'un "cessez-le-feu"

Pendant cette conférence de presse, le vice-président américain Mike Pence a assuré avoir négocié avec la Turquie un accord de "cessez-le-feu". Mais le terme a été immédiatement récusé par le ministre turc des Affaires étrangères, arguant qu'un cessez-le-feu ne peut être négocié qu'entre "deux parties légitimes".

 

 

Les pays occidentaux soutiennent en majorité les Kurdes pour leur rôle crucial dans la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique. Mais Ankara les considère de son côté comme des "terroristes" en raison des liens du YPG avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une guérilla sanglante en Turquie depuis 1984.

 


18/10/2019
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Franceinfo - le mercredi 16 octobre 2019

 

 

Offensive turque en Syrie : le sort des Kurdes était-il joué d'avance ?

 

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Propos recueillis parAnne BrigaudeauFrance Télévisions

 

 

Alors que les Turcs mènent une offensive dans le nord-est de la Syrie, Jordi Tejel, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Neuchâtel, en Suisse, apporte son éclairage sur la situation des Kurdes

 

 

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Des personnes en deuil assistent aux funérailles de cinq combattants des Forces démocratiques syriennes (coalition militaire kurdo-syrienne), le 14 octobre 2019. (DELIL SOULEIMAN / AFP)

 

 

 

Abandonnés par leurs éphémères alliés américains, les Kurdes syriens doivent faire face, depuis le 9 octobre, à l'offensive des Turcs, suppléés sur le terrain par les milices rebelles syriennes. Alors qu'ils avaient conquis lors de la guerre en Syrie une autonomie de fait, ils n'ont eu d'autre choix, pour se défendre, que de faire appel au régime de Bachar al-Assad. Entretien avec Jordi Tejel, professeur titulaire d'histoire contemporaine à l'université de Neuchâtel, en Suisse, et spécialiste de la question kurde.

 

 

 

Franceinfo : Comment les Kurdes syriens ont-ils fait pour obtenir cette région autonome dans le nord-est de la Syrie ?

 

Jordi Tejel : Les origines de ce qu'on appelle le Rojava [trois cantons du nord-est de la Syrie qui forment le Kurdistan occidentalremontent à l'été 2012, quand le régime syrien se retire partiellement du nord de la Syrie parce qu'il doit faire face à une révolte dans l'ensemble du pays. Il quitte la région en laissant au parti kurde hégémonique de la région, le PYD [Parti de l'union démocratique], le soin de prendre en charge cette zone.

En échange de quoi ? De ne pas se tourner contre le régime de Bachar al-Assad. En 2011, quand la révolte a éclaté, le PYD avait plaidé pour une position neutre. Ni contre la révolution, ni contre le régime syrien. C'est pourquoi, en 2012, Bachar al-Assad considère que cette solution est le moindre mal. 

 

 

 

Comment les Kurdes syriens ont-ils géré cette région jusqu'au début de l'offensive turque ?

 

Jusqu'en 2014, les autorités kurdes syriennes développent une police, puis une milice, le YPG [Unités de protection du peuple], pour assurer la sécurité de la région kurde. Ensuite, elles structurent le régime politique. Celui-ci repose sur une organisation par le bas, d'inspiration anarchiste : on commence par les quartiers, on remonte vers les communes, puis vers les cantons et on crée une sorte de coordination entre ces cantons.

 

Ce "confédéralisme démocratique" est un modèle multiethnique, multireligieux, ouvert aux considérations de genre, laïque et compatible avec les frontières telles qu'on les connaît. Mais c'est aussi un modèle partisan. Le point important ne porte pas sur la langue qu'on parle ou la religion qu'on professe, mais sur le fait de savoir si on est d'accord avec les principes du parti, avec cette organisation. La figure d'Abdullah Öcalan [le fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK, emprisonné à vie en Turquie] compte aussi beaucoup. 

 

 

 

L'offensive turque n'était-elle pas prévisible, puisque Ankara a toujours été hostile au sujet du Kurdistan syrien ?

 

Oui, c'était prévisible. L'offensive turque s'explique par l'appui de son allié américain, mais aussi par le contexte intérieur de la Turquie. L'AKP, le parti du président turc Erdogan, est en difficulté depuis les dernières élections municipales, avec la perte d'Istanbul notamment. Avec cette guerre, le chef de l'Etat turc espère aussi récupérer une certaine popularité, en plus d'autres objectifs, comme replacer les réfugiés syriens de Turquie dans cette zone tampon.

 

Quant à l'alliance de Washington avec le PYD, elle n'a été que circonstancielle. Les Etats-Unis n'ont jamais eu une grande sympathie pour ce mouvement, qu'ils ont néanmoins soutenu lors de la lutte contre le groupe Etat islamique [les forces kurdes de l'YPG combattaient au sol contre l'EI]. Mais après la défaite de l'EI, des représentants américains, aux Etats-Unis, ont fait valoir que le PYD avait des liens avec le PKK [classé comme organisation terroriste par la Turquie, les Etats-Unis et l'Union européenne] et qu'il fallait soutenir Ankara.

 

 

 

Il ne restait donc plus aux Kurdes syriens qu'à demander l'aide de Bachar al-Assad ?

 

Oui, après le retrait des Etats-Unis, il n’y avait plus d'alliés possibles. La Turquie est la deuxième armée la plus importante en effectif au sein de l'Otan, après les Etats-Unis. S'y ajoutent les alliés arabes d'Ankara : au sol, ce sont surtout les milices, les rebelles syriens qui sont en train de combattre à la frontière. Sans le soutien du régime d'Assad, les Kurdes syriens ne peuvent pas les affronter.

 

 

 

Comment le soutien de Damas va-t-il modifier la gestion de la région kurde syrienne ? 

 

Il est trop tôt pour le dire puisqu'on ne connaît pas les termes de l'accord entre les autorités du Rojava et le gouvernement syrien. Les représentants kurdes assurent qu'il s'agit juste d'un accord militaire et qu'ils gardent l’autorité politique. Mais il est probable que Damas demandera davantage et qu'ils devront abandonner une partie de leurs prérogatives.

 

Le fait que le gouvernement ait passé l'autorité aux Kurdes syriens, en 2012, laissait entendre que le régime reviendrait, une fois la situation stabilisée. Aujourd'hui, c'est mission accomplie pour Damas. Les Kurdes vont-ils désormais être remplacés comme autorité militaire et politique ? Dans ce cas, le régime prend le dessus et le Rojava est terminé.

 

Dans l'hypothèse d'une cohabitation du régime avec les forces kurdes, une sorte de scénario à la libanaise se dessinerait. Dans le sud du Liban, le Hezbollah a une certaine marge de manœuvre, une certaine autonomie, même si c'est toujours l’Etat libanais qui a l'autorité.

 

 

 

Lors du traité de Sèvres, en 1920, les grandes puissances ne s'engageaient-elles pas déjà à créer un Etat kurde ?

 

Pas exactement. En 1920, le traité de Sèvres promettait la création d’un Etat kurde dans le sud-est de la Turquie actuelle, auquel pourrait éventuellement se rajouter la région de Mossoul (le nord de l'Irak actuel). En revanche, ni les régions kurdes de l'Iran ni celles de la Syrie actuelle n'étaient concernées.

 

 

 

Quelle est la situation des Kurdes dans les autres pays ? Et combien sont-ils exactement ?

 

Leur nombre est difficile à déterminer puisqu'il n'y a guère de recensement de population dans lequel la catégorie kurde a été validée. On appelle Kurdes ceux qui parlent la langue kurde, mais aussi ceux qui s'identifient comme kurdes. En résumé, ceux qui éprouvent un sentiment d'appartenance à cette communauté qui compte des traits culturels ou historiques communs. Disons qu'il y a entre 15 et 20 millions de Kurdes en Turquie, autour de 5 millions en Irak, 8 millions en Iran et entre 1,5 et 2 millions en Syrie.  

 

Depuis l’arrivée d’Erdogan au pouvoir en Turquie, où ils sont les plus nombreux, il y a eu des hauts et des bas, mais les négociations pour arriver à une sorte de paix ont toujours mal tourné. Aujourd'hui, la situation est très difficile, avec beaucoup d’arrestations. Non seulement au sein du PKK, mais aussi dans le parti pro-kurde HDP [Parti démocratique des peuples] – pourtant légal – et parmi les intellectuels. En outre, le parti du président Erdogan n'a pas la majorité au Parlement. Il dépend donc du soutien du parti d'extrême droite MHP [Parti d’action nationaliste]. Cette coalition nationaliste s'oppose à toute négociation.

 

 

En revanche, c'est en Irak que la situation se présente le mieux pour les Kurdes. Même si l'indépendance leur a été refusée alors qu'elle avait été approuvée à une écrasante majorité par le référendum d’autodétermination en 2017, ils ont une région autonome [de fait depuis 1991, de droit depuis 2005] avec des écoles et des universités en langue kurde. Ils contrôlent une partie du pétrole et ils ont aussi des forces de sécurité qui maintiennent plus ou moins la stabilité de la région. C'est la région où les Kurdes vivent le mieux, même si ce n'est pas l'idéal, car le monopole du pouvoir est détenu par quelques familles, notamment le clan Barzani, à la tête du gouvernement régional, et il existe d'importants problèmes de corruption.

 

 

 

Les Kurdes sont-ils donc condamnés à être une variable d'ajustement ?

 

Comme il n'y a pas un Etat derrière qui les soutient, ils doivent prendre toutes les opportunités qui se présentent, comme ils l'ont fait en 2012 en Syrie par exemple. Donc évidemment, tout est instable, tout est fragile. Mais la nécessité de survivre fait qu'on prend les opportunités qui se présentent et que le long terme ne figure pas dans l'agenda. C'est la malédiction des minoritaires. Quand cela se passe mal, ils ont les mauvaises cartes.

 


16/10/2019
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Franceinfo - le mardi 15 octobre 2019

 

 

Offensive turque en Syrie : les Etats-Unis prennent des sanctions contre trois ministres d'Erdogan

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Donald Trump réclame la "fin de l'invasion" et "un cessez-le-feu immédiat"

 

 

 

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Le président américain Donald Trump, le 11 octobre 2019 lors d'un meeting en Louisiane. (SAUL LOEB / AFP)

 

 

 

Donald Trump durcit le ton. Le président américain appelle désormais la Turquie à mettre fin à son opération militaire en Syrie et annonce, lundi 14 octobre, une série de sanctions. "Les Etats-Unis veulent que la Turquie mette fin à l'invasion, mette en œuvre un cessez-le-feu immédiat et commence à négocier avec les forces kurdes en Syrie", a indiqué le vice-président américain Mike Pence, précisant qu'il se rendrait prochainement en Turquie à la demande de Donald Trump.

 

 

Lors d'un échange téléphonique avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, Donald Trump s'est montré "très ferme", a affirmé Mike Pence, qui a assuré que le dirigeant turc s'était engagé à ce qu'il n'y ait "aucune attaque" contre la ville de Kobané.

 

 

Le chef du Pentagone Mark Esper a de son côté déclaré que l'offensive militaire turque avait entraîné la libération de nombreux détenus "dangereux" du groupe jihadiste Etat islamique (EI). "Cette incursion inacceptable a sapé la mission internationale anti-EI, couronnée de succès en Syrie", a-t-il déploré.

 

 

 

Des sanctions insuffisantes, selon les démocrates

Après une semaine d'annonces contradictoires, un responsable américain a indiqué que tous les militaires américains (environ 1 000) déployés depuis quelques années dans le nord de la Syrie pour soutenir les forces kurdes dans leur combat contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) avaient reçu l'ordre de quitter le pays.

 

 

Les sanctions américaines signées lundi par Donald Trump visent les ministres turcs de l'Energie, de la Défense et de l'Intérieur. Leurs éventuels avoirs aux Etats-Unis sont gelés et leurs transactions internationales en dollars sont bloquées.

 

 

Les démocrates, qui ont critiqué le retrait des troupes américaines du nord de la Syrie, n'ont pas non plus été convaincus de ces dernières annonces. "Le président Trump a déclenché une montée du chaos et de l'insécurité en Syrie. Son annonce d'un ensemble de sanctions contre la Turquie n'est vraiment pas suffisante pour renverser ce désastre humanitaire", a déclaré dans un communiqué la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

 


15/10/2019
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Franceinfo - le mardi 15 octobre 2019

 

 

Forces en présence, zone tampon, camps de familles jihadistes... On vous explique l'offensive turque en Syrie

 

 

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Malgré le tollé international, Ankara est décidé à poursuivre son attaque dans le nord-est de la Syrie pour protéger sa frontière

 

 

 

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Les forces en présence et les frappes turques au 14 octobre 2019. (FRANCEINFO)

 

 

 

Les troupes de Damas se rapprochent de la frontière turque. Les forces kurdes ont réclamé un déploiement de l'armée de Bachar al-Assad, lundi 14 octobre. Celui-ci intervient au lendemain de l'annonce d'un accord avec les Kurdes, contraints de se tourner vers le régime syrien pour contenir l'offensive turque dans le nord de la Syrie. Franceinfo fait un point sur les positions respectives des forces en présence

 

 

L'avancée turque en vue d'une zone tampon

Initiée le mercredi 9 octobre, l'offensive d'Ankara a pour objectif la mise en place d'une zone tampon de 32 km de largeur pour protéger sa frontière des territoires contrôlés par les Unités de protection du peuple kurdes (YPG). Cette milice est considérée comme une organisation terroriste par la Turquie. 

 

 

L'armée de Recep Tayyip Erdogan, le président turc, s'est déjà saisie d'une bande territoriale de quelque 120 kilomètres – de la ville de Tal Abyad à Ras al-Aïn. En réponse, l'armée syrienne s'y est déployé, du sud de Ras al-Aïn à la périphérie de Tal Tamr. 

 

 

Ankara aurait également pris le contrôle d'un important axe routier et se serait enfoncée "à 30 à 35 km de profondeur" en Syrie, ont annoncé les officiels turcs lundi. 

 

 

 

Les villes de Manbij et de Ras al-Aïn particulièrement tendues 

La situation est particulièrement tendue dans deux villes. A Manbij, d'abord, un "nœud" au cœur des territoires tenus par les Forces démocratiques syriennes (coalition militaire kurdo-syrienne, dont les YPG sont la principale composante), le régime syrien et la Turquie. L'accord entre les Kurdes et Bachar al-Assad prévoit l'entrée de l'armée à Manbij, selon le quotidien syrien Al-Watan, proche du pouvoir. Recep Tayyip Erdogan a de son côté annoncé lundi avoir pris "une décision au sujet de Manbij", et que cette décision était en phase "d'application"

 

 

A Ras al-Aïn, les combats continuent de faire rage entre les troupes turques et les Forces démocratiques syriennes (FDS). Un "vaste réseau de tunnels" souterrains permettrait au FDS de "se déplacer rapidement et sous terre", a affirmé à l'AFP un commandant syrien pro-turc.

 

 

 

Les camps de proches de jihadistes menacés 

Les Kurdes détiennent dans leurs prisons des milliers de membres du groupe Etat islamique – combattants ou proches, parmi lesquels de nombreux étrangers. Trois camps principaux ont été constitués pour les familles : Aïn Issa, Roj et Al-Hol. Dimanche 13 octobre, les Kurdes ont annoncé que 800 proches de jihadistes avaient fui le camp d'Aïn Issa. 

 

 

Donald Trump, allié des Turcs à l'Otan, a estimé que les Kurdes avaient volontairement relâché les prisonniers pour "nous forcer à nous impliquer" alors que les Etats-Unis ont annoncé le retrait de jusqu'à 1 000 soldats américains de Syrie – soit la quasi-totalité des forces dans le pays –, évoquant une "situation intenable" pour des troupes qui "peuvent se retrouver prises en étau" entre les Kurdes et les Turcs.

 


15/10/2019
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Franceinfo - le lundi 14 octobre 2019

 

 

Syrie : la France demande "la cessation immédiate de l'offensive turque"

 

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Depuis mercredi, 104 combattants kurdes et plus de 60 civils ont été tués dans les violences. Plus de 130 000 personnes ont été déplacées

 

 

 

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Une colonne de fumée s'échappe de la ville syrienne de Tel Abyad, photographiée le 13 octobre 2019 depuis la localité turque d'Akcakale. (STOYAN NENOV / REUTERS)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

L'offensive turque dans le nord de la Syrie entre, lundi 14 octobre, dans son sixième jour. A la tête d'une armée qui progresse dans les territoires tenus par les Kurdes, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a répété sa détermination à poursuivre l'offensive, malgré les protestations de Paris et de Berlin. "Ceux qui pensent pouvoir nous contraindre à reculer avec ces menaces se trompent", a-t-il lancé, tandis que la violence des combats fait rage.

 

 

Les Kurdes s'allient au régime de Damas. Afin de s'opposer à l'avancée rapide des troupes turques et de leurs alliés, les Kurdes de Syrie ont annoncé avoir conclu un accord avec Damas pour le déploiement de l'armée syrienne dans le nord du pays. Le régime de Bachar Al-Assad, qui entretient des rapports tendus avec la minorité kurde mais dénonce l'opération d'Ankara, a annoncé l'envoi de troupes dans le nord pour "affronter" l'"agression" turque.

 

 

Les forces turques progressent. L'offensive d'Ankara devait d'abord se concentrer sur une bande de territoire frontalière, entre les villes de Tal Abyad et Ras Al-Aïn, distantes d'environ 120 km. Dimanche, les forces turques et leurs alliés syriens ont conquis Tal Abyad, selon l'agence turque Anadolu et une ONG, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Ras al-Aïn échappe encore aux forces turques, mais celles-ci se sont emparées de 40 villages depuis mercredi et "ont conquis toute la région frontalière, de Tal Abyad jusqu'à l'ouest de Ras al-Aïn", selon l'ONG.

 

 

Un convoi de civils et de journalistes pris pour cible. Un convoi comprenant des journalistes a été attaqué dimanche à Ras al-Aïn, rapporte une équipe de France 2 qui se trouvait sur place. Dix personnes sont mortes dans ce raid mené par l'aviation turque, selon l'OSDH. Parmi eux figure le correspondant d'une agence locale de presse kurde.

 

 

Plus de 130 000 déplacés. Dimanche, les combats et les bombardements turcs ou de leurs supplétifs ont été violents, tuant au moins 26 civils selon l'OSDH. Depuis mercredi, 104 combattants kurdes et plus de 60 civils ont été tués dans les violences, selon un dernier bilan de l'OSDH. Plus de 130 000 personnes ont été déplacées d'après l'ONU. De son côté, la Turquie a annoncé la mort de quatre soldats en Syrie et de 18 civils dans la chute de roquettes kurdes sur des villes frontalières turques.

 

 

Macron et Merkel réclament la fin de l'opération. Le président français et la chancelière allemande ont appelé la Turquie à cesser son opération, qui "risque de créer une situation humanitaire insoutenable et d'aider" le groupe EI "à réémerger". Dimanche soir, la France a annoncé qu'elle allait intensifier "ses efforts diplomatiques" pour obtenir "la cessation immédiate de l'offensive turque", après une réunion du Conseil de défense et de sécurité nationale présidée par Emmanuel Macron.

 


14/10/2019
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Franceinfo - le samedi 12 octobre 2019

 

 

Offensive turque en Syrie : des troupes américaines prises sous le feu de l'artillerie turque, affirme le Pentagone

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Washington affirme que ses soldats se trouvaient pourtant en dehors de la "zone de sécurité" que la Turquie dit vouloir instaurer en menant une offensive contre les Kurdes en Syrie. Aucun n'a été blessé dans l'explosion

 

 

 

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Deux explosions dans la ville syrienne de Ras Al-Ain vues depuis la frontière turque, lors de l'offensive de la Turquie en Syrie, le 12 octobre 2019 (photo d'illustration). (STOYAN NENOV / REUTERS)

 

 

 

L'incident pourrait encore davantage raviver les tensions autour de l'offensive turque contre des positions tenues par les Kurdes en Syrie. Des troupes américaines se sont retrouvées sous le feu de l'artillerie turque, vendredi 11 octobre, a affirmé un porte-parole du Pentagone, le ministère américain de la Défense. Aucun soldat n'a cependant été blessé.

 

 

L'"explosion" dénoncée par le Pentagone s'est produite, affirme son porte-parole dans "une zone où les Turcs sont informés de la présence de forces américaines". Et en dehors de la "zone de sécurité" que la Turquie dit vouloir instaurer le long de sa frontière avec la Syrie, en délogeant les combattants kurdes du YPG, émanation du PKK qu'elle qualifie de "terroriste".

 

 

 

Washington menace de riposter

Les forces américaines "ne se sont pas retirées de Kobané", ville du nord de la Syrie près de laquelle s'est produit cet incident, ajoute le Pentagone. Dans ce qui ressemble à un avertissement, son porte-parole demande à Ankara "d'éviter toute action pouvant conduire à une riposte immédiate".

 

 

Washington souffle le chaud et le froid au sujet de cette offensive turque contre les Kurdes en Syrie. En annonçant retirer des soldats de la zone frontalière du nord de la Syrie, Donald Trump a semblé donner son feu vert, mais il a depuis menacé d'"anéantir" l'économie turque si Ankara "dépassait les bornes". Vendredi, le Pentagone a rappelé que les Etats-Unis "restent opposés à l'intervention militaire turque en Syrie".

 

 

Plus tôt, vendredi, le président turc Recep Tayyip Erdogan a assuré que la Turquie "ne [reviendra] pas en arrière" sur cette offensive, malgré les "menaces".

 


12/10/2019
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