L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

TEMOIGNAGES


Franceinfo - le mercredi 6 novembre 2019

 

 

"Il ne reverra jamais sa Lozère" : Augustin Trébuchon, le dernier mort de la "der des ders"

 

avatar

Simon GourmelletFrance Télévisions

 

 

 

Ce soldat de première classe et agent de liaison au sein du 415e régiment d'infanterie a pris une balle en plein front, 10 minutes avant l'armistice du 11 novembre 1918. Il est considéré comme le dernier poilu tué au combat sur le territoire français lors de la Grande Guerre

 

 

16068391

 

Augustin Trébuchon est tombé lors de la bataille de Vrigne-Meuse, le 11 novembre 1918 à 10h50. (GEORGES DOMMELIER / AFP)

 

 

 

10h50, lundi 11 novembre 1918. Le monde attend fébrilement 11 heures et l’entrée en vigueur de l’armistice, signé à 5h15 le matin même. A cet instant, le staccato d’une mitrailleuse allemande retentit une dernière fois à Vrigne-Meuse (Ardennes). Un poilu s’effondre, seul, le crâne fracassé par une balle. Serré dans sa main, un morceau de papier, sur lequel est inscrit l’ultime message que cet agent de liaison devait transmettre. Il n'entendra jamais le clairon sonner la fin des combats. De la bataille de la Marne à celle de la Somme en passant par Verdun, Augustin Trébuchon a survécu aux plus sanglantes batailles. Mais pas à la dernière. Franceinfo revient sur le destin de ce soldat fauché sur le territoire français à quelques minutes de la délivrance.

 

 

 

Franchir la Meuse "à tout prix"

En ce mois de novembre brumeux et glacial, la Grande Guerre vit ses dernières heures, sauf à Vrigne-Meuse. Ce petit village situé sur la rive droite de la Meuse est occupé par les Allemands. C’est en face, à Dom-le-Mesnil, que les troupes françaises sont stationnées, prêtes à un ultime assaut. Le 415e régiment d’infanterie a pour mission de franchir le fleuve "à tout prix", selon les ordres. Pour l’état-major, il ne faut pas relâcher la pression sur l’ennemi, alors que se négocient au même moment les conditions de l’armistice. "L’ennemi hésite à signer l’armistice. Il se croit à l’abri derrière la Meuse. Il faut frapper son moral par un acte d’audace. Passez comme vous pourrez : au besoin sur les voitures de vos convois, mises en travers du fleuve", ordonne, le 9 novembre, le général Marjoulet, qui commande le 14e corps d’armée.

 

 

 

Le champ de bataille de Vrigne-Meuse, dans les Ardennes. 

Le champ de bataille de Vrigne-Meuse, dans les Ardennes.  (FRANCOIS NASCIMBENI / AFP)

 

 

 

Les Allemands sont retranchés sur le Signal de l’Epine, la crête d’une colline dominant le fleuve. Mais impossible de savoir où précisément. L’aviation est en effet clouée au sol en raison du brouillard. Qu’importe, les ordres sont les ordres. Dans la nuit du samedi 9 au dimanche 10 novembre, Augustin Trébuchon et ses camarades s’élancent au-dessus de la Meuse sur les planches d’une passerelle de fortune. Sous une pluie battante et le feu ennemi, les soldats glissent, trébuchent, certains tombent dans le fleuve qui bouillonne et s’y noient. 700 hommes parviennent sur l’autre rive. Augustin Trébuchon est l’un d’eux.

 

 

 

Bon soldat, "bel exemple" et joueur d’accordéon

Né le 30 mai 1878 à Montchabrier, petit hameau de Lozère, cet homme trapu d'1,61 m, au front dégarni et au visage ovale, est le fils d'un cultivateur et berger. "Très réputé pour ses airs de bourrée et de brise-pied, il animait toutes les soirées et les veillées du canton", explique Léon Bourrier, le fils d'un ami proche d'Augustin, qui l'a honoré en 2017 dans un recueil de poèmes.

 

 

Depuis ses 16 ans, il a la charge de ses cinq frères et sœurs après la mort de leurs parents. Une situation qui l’exemptait de mobilisation. Pourtant, le 4 août 1914, au lendemain de la déclaration de guerre de l’Allemagne, il quitte sa famille, dit au revoir à sa fiancée Hortense et descend à Mende, à une cinquantaine de kilomètres de là, pour s’engager. Il ne reverra le Gévaudan que lors d’une unique permission.

 

 

En 1918, à 40 ans, le matricule 13 002 est un homme d’expérience, qui a usé ses brodequins sur les pires champs de bataille : la Somme, la Marne, Verdun, le Chemin des Dames… Il n’a été blessé que deux fois en quatre ans. Récemment élevé au rang de première classe, il fait partie de ces miraculés encore en vie qui se sont engagés en 1914. Pour ses supérieurs, c’est un "bon soldat ayant toujours accompli son devoir (...) d’un calme remarquable donnant à ses jeunes camarades le plus bel exemple avec une brillante attitude au cours des combats du 15 au 18 juillet 1918."

 

 

 

Un trompe-la-mort en première ligne

Devenu l'une des estafettes de la 9e compagnie, ce trompe-la-mort est pourtant en première ligne, sautant de trous en abris pour délivrer les messages qui lui sont confiés. Pour cette offensive de Vrigne-Meuse, il fait des allers-retours entre le poste de commandement, installé dans la cave du bureau des PTT à Dom-le-Mesnil, jusqu’aux soldats à quelques centaines de mètres de là, au pied du Signal de l’Epine. Mais après la traversée meutrière et l'avancée de la nuit, les Allemands contre-attaquent. Vers 10h30, ce dimanche 10 novembre, le brouillard se dissipe pour laisser place à une pluie d’obus. Les canons allemands tirent rageusement et l’assaut repousse le 415e régiment derrière un talus de voie ferrée longeant la Meuse. 

 

 

Les mitrailleuses se déchaînent : au tac-tac sec et saccadé des Hotchkiss, les Maxim répondent avec un pouf-pouf sourd et lent. Et les fusils mitrailleurs mêlaient leur teuf-teuf à ce concert meurtrier.sous-lieutenant Rémi Froutédans ses mémoires. Ce qu’il reste du 415e tient bon. Dans la nuit du 10 au 11 novembre, chacun reste sur ses positions, l’œil aux aguets et le doigt sur la détente.

 

 

A 5h15, ce 11 novembre, la nouvelle tombe. Le message du maréchal Foch annonçant la fin de la guerre est transmis par télégraphe aux commandants en chef des différentes armées alliées. "Les hostilités sont arrêtées sur tout le front, à partir du 11 novembre, 11 heures (heure française). Les troupes alliées ne dépasseront pas, jusqu’à nouvel ordre, la ligne atteinte à cette date et à cette heure." Le message parvient au 415e à 8h30. Pourtant, les obus continuent de pleuvoir, et Augustin de courir. "Rassemblement à 11h30 à Dom-le-Mesnil pour le ravitaillement", c’est l’ordre qu’il doit transmettre à son capitaine sur la ligne de front. Pourquoi l’envoyer sous les balles alors que la guerre doit prendre fin à 11 heures ? Mystère. Il franchit une nouvelle fois la passerelle du barrage sur la Meuse, bondit en direction de la voie de chemin de fer où s’est stabilisée la ligne de front. Mais la bonne étoile de ce trompe-la-mort s’éteint à 10h50. Sur les hauteurs, les Allemands arrosent les lignes françaises à la mitrailleuse. Augustin Trébuchon s’effondre dans la boue, touché par une balle en pleine tête.

 

 

 

"Oh le pauvre Augustin ! Il ne reverra jamais sa Lozère"

Au poste de commandement, on ignore le triste sort de l'estafette. On cherche désespérément un clairon pour sonner le cessez-le-feu. Le soldat Octave Delaluque qui en possède un est convoqué. Cet ouvrier agricole de la Beauce est perplexe et sans doute aussi ému par la solennité de l’instant. En cherchant son instrument dans ses affaires, il essaye de se rappeler de la mélodie. "La dernière fois que je l’ai joué, c’était en 1911, au champ de tir (…)", confesse-t-il à son capitaine. Ce dernier lui siffle l’air avant de l’envoyer en première ligne. La peur au ventre, le soldat Delaluque se met debout et joue. Les tirs cessent, les canons se taisent et quelques "vive la France" fusent des tranchées. En face, les soldats impériaux sortent eux aussi de leurs trous. On improvise une Marseillaise que même les Allemands auraient entonné, rapporte le général Alain Fauveau pour la Revue historique des armées.

 

 

Quelques minutes plus tard, l’estafette Georges Gazareth tombe sur un corps encore chaud. C’est Augustin Trébuchon. "Oh le pauvre Augustin ! Il ne reverra jamais sa Lozère", écrira-t-il dans ses mémoires qu’a pu consulter le JDD. L’histoire a retenu que ce berger de Lozère fut le dernier soldat français tué au combat. Pourtant, des recherches menées par des lycéens belges et une association bretonne ont révélé qu’un autre poilu, Auguste Renault, serait mort 8 minutes plus tard en Belgique, fauché par un obus français tiré par erreur. Mais Augustin Trébuchon reste le dernier soldat français tué au combat sur le territoire français.

 

 

Dans le silence qui suit l’armistice, on compte les morts tombés depuis le 9 novembre : 68 poilus du 415e ont été fauchés et 97 blessés. Ils sont enterrés dans un carré du cimetière de Vrigne-Meuse, mais sur leurs tombes on peut curieusement lire "mort le 10 novembre 1918". C’est également le cas sur la fiche individuelle d’Augustin Trébuchon.

 

 

 

Le fiche individuelle d\'Augustin Trébuchon dans son livret militaire. 

La fiche individuelle d'Augustin Trébuchon dans son livret militaire.  (FRANCEINFO)

 

 

 

Pourquoi avoir antidaté sa mort ? "Pour un certain nombre de soldats qui ont été tués le 11 novembre, leur décès a été retranscrit sur les fiches matricules pour le 10 novembre parce qu'il était trop difficile d'avouer et de dire aux familles que leur fils, leur mari, leur frère avait été tué le jour même de l'armistice", estime l'historien Jean-Yves Le Naour. La date de la mort des blessés qui moururent les jours suivants a également été modifiée pour permettre à leurs épouses de toucher les pensions accordées aux veuves de guerre et ainsi s’éviter de longues contestations. Heureusement, le travail des historiens a fait son œuvre. Dans le hameau lozérien de Montchabrier, Augustin Trébuchon est désormais le héros local de la Grande Guerre, auquel Edouard Philippe a rendu hommage lors d'une visite exceptionnelle, le 26 octobre dernier

 

 

Le berger de Lozère a même été honoré d'un poème de Léon Bourrier : "Les combats furent longs, la guerre faisait rage/ Pour le pâtre d'antan c'était toujours l'orage/ En ce onze novembre, il ne se doutait point/qu'il allait devenir le tout dernier atteint."

 


11/11/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le lundi 28 octobre 2019

 

 

Égypte ancienne : le mystère Nefertiti s'éclaircit

 

 

avatar
franceinfoFrance Télévisions

 

 

 

Nefertiti fait partie des grands mythes de l'Égypte ancienne. L'épouse égyptienne du pharaon Akhenaton est le sujet du dernier livre de Violaine Vanoyeke, incitée du 23h de franceinfo

 

 

 

Dans son livre Nefertiti, Violaine Vanoyeke s'est intéressée à la vie de l'épouse du pharaon Akhenaton. "Autour de Nefertiti, il y avait tout à découvrir. On partait de zéro. À la fin du XXe siècle, nous ne savions rien. J'ai reconstitué petit à petit sa vie dans le royaume qu'elle a fondé avec son mari et où elle a vécu durant sept ans", explique Violaine Vanoyeke.

 

 

"Nefertiti a eu six filles. Jamais de fils, mais elle a influencé pour que Toutankhamon se retrouve sur le trône. Elle a favorisé son arrivée au pouvoir", assure la spécialiste de l'Antiquité.

 

 

Les origines de Nefertiti font débat. "Elle aurait pu être une princesse asiatique, mais au regard des dernières découvertes, j'affirme non seulement qu'elle était égyptienne, mais qu'elle appartenait à la famille royale".



"La particularité de Nefertiti est d'avoir été quasiment déifiée de son vivant. Akhenaton a voulu en faire la femme du dieu soleil Aton. Ça lui donne un pouvoir politique et elle régnait presque à la place de son époux qui était un poète et un homme très tendre", conclut Violaine Vanoyeke.

 


30/10/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le jeudi 1er août 2019

 

 

Les grandes pyramides d'Egypte ont-elles été construites par des tyrans ?

 

avatar

Christian-Georges SchwentzelThe ConversationFrance Télévisions

 

 

 

Les principaux textes évoquant la personnalité des souverains de la IVe dynastie, ont été écrits des siècles après leur mort. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne correspondent pas à la réalité, mais le doute est tel qu’on ne peut en tirer aucune information absolument certaine

 

 

 

19802759

 

Les pyramides de Khéops, Khéphren et Mikérinos sur le plateau de Gizeh, au caire (Egypte). (JACQUES SIERPINSKI / JACQUES SIERPINSKI)

 

 

 

Christian-Georges Schwentzel, auteur de cet article, est professeur d'histoire ancienne à l'Université de Lorraine. La version originale de cet article a été publiée sur le site The Conversation, dont franceinfo est partenaire.


Alors que les techniques de construction des grandes pyramides d’Egypte suscitent toujours de vifs débats, que savons-nous de la personnalité des pharaons qui firent édifier ces extraordinaires montagnes de pierres ?

 

 

Les textes contemporains des pharaons de la IVe dynastie (vers 2 620-2 500 av. J.-C.), bâtisseurs des grandes pyramides, sont peu nombreux. De plus, ils expriment l’idéologie officielle. Il en est de même des représentations des souverains dans la sculpture : il ne s’agit pas de portraits à proprement parler, mais d’images idéalisées.

 

 

Nous ne disposons pas de textes écrits par des opposants au régime pharaonique, ni de documents extérieurs nous décrivant l’Egypte au IIIe millénaire av. J.-C. Aucune confrontation des sources, pourtant essentielle pour le travail de l’historien, n’est donc possible. On ne peut entrer "dans la tête de Khéops" afin de décrypter ses motivations intimes, comme des chercheurs tentent de le faire aujourd’hui pour Donald Trump, Xi Jinping ou Vladimir Poutine.

 

 

Le sympathique pharaon Snéfrou

Les principaux textes, qu’ils soient égyptiens ou grecs, évoquant la personnalité des souverains de la IVe dynastie, ont été écrits des siècles après leur mort. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne correspondent pas à la réalité, mais le doute est tel qu’on ne peut en tirer aucune information absolument certaine. Ces œuvres nous renseignent néanmoins sur la manière dont la postérité a perçu, dès l’Antiquité, les pharaons bâtisseurs des grandes pyramides.

 

 

 

file-20190528-42588-1igl326 (1)

 

Snéfrou assis sur son trône, Musée du Caire. Wikipédia

 

 

 

Snéfrou, fondateur de la IVe dynastie et constructeur, à lui seul, de trois pyramides, apparaît dans la littérature égyptienne comme un souverain débonnaire et bon vivant, un peu à la manière du roi Henri IV en France.

 

 

Dans La Prophétie de Néferti, alors qu’il s’ennuie, le pharaon fait convoquer ses conseillers : ils lui recommandent de faire appel à Néferti, un prêtre talentueux qui sait raconter de belles histoires. Arrivé au palais, Néferti demande à Snéfrou ce qu’il préfère : des récits du passé ou bien des prophéties révélant ce qui se produira en Egypte après sa mort. Snéfrou opte pour le futur. Néferti lui annonce alors de graves troubles, heureusement suivis par l’arrivée d’un roi sauveur qui rétablira l’ordre pharaonique : Amenemhat Ier, fondateur de la XIIe dynastie, vers 1 960 av. J.-C.

 

 

Bien sûr, il s’agit d’une prophétie écrite après coup pour justifier le pouvoir de la dynastie d’Amenemhat. Il est néanmoins intéressant de remarquer que c’est Snéfrou qui, dans la propagande ultérieure, fera figure de référence, légitimant par avance ses lointains successeurs.

 

 

On voit aussi que Snéfrou est un monarque tout puissant : ses visiteurs se mettent à plat ventre devant lui ; ce qui ne l’empêche pas, ensuite, de sympathiser avec Néferti qu’il appelle son "ami".

 

 

Dans une autre histoire, transmise par le célèbre papyrus Westcar, comportant un ensemble de contes composés entre 1 800 et 1 600 av. J.-C., on retrouve le même Snéfrou qui s’ennuie à nouveau. Il est même un peu déprimé, jusqu’à ce que son entourage lui donne l’idée d’équiper une barque et d’y installer vingt jolies concubines peu vêtues.

 

 

Qu’on amène vingt filles, dont le corps soit des plus beaux, que soit belle aussi leur poitrine, et bien tressée leur chevelure.Snéfrou

 

 

Les filles, à moitié nues, se mettent à ramer sous les yeux de leur maître, ravi par ce spectacle. Mais un accident survient : en relevant sa chevelure, une jeune beauté fait tomber dans l’eau l’un de ses bijoux. Le pharaon propose de lui en offrir un autre, mais elle répond que c’est le sien qu’elle veut. Alors Snéfrou fait appel à un magicien qui écarte les eaux, repêche le bijou et le rend à la fille. Puis la charmante promenade reprend et Snéfrou passe "un heureux jour en compagnie de toute la maison royale".

 

 

 

Khéops, cruel et despotique

Le fondateur de la IVe dynastie paraît donc bien sympathique : il ne se fâche pas contre la fille qu’il aurait pourtant pu traiter de capricieuse.

 

 

 

file-20190528-42584-py3511

 

Statuette de Khéops, Musée du Caire. Wikimedia

 

 

 

Parmi les contes du papyrus Westcar se trouve également l’histoire du magicien Djédi, capable de recoller des têtes d’animaux décapités. Cette fois, c’est Khéops, successeur de Snéfrou et bâtisseur de la plus grande pyramide de Gizeh, qui fait appel au magicien. Djédi décapite devant lui une oie, une grue et un bœuf dont il remet ensuite la tête en place. Mais, alors que le pharaon lui demande de réaliser son tour sur un prisonnier, le magicien refuse car, dit-il, "il n’est pas permis de faire cela" sur des êtres humains. Khéops ne se montre pas irrité pour autant, même s’il apparaît comme potentiellement un peu cruel, puisqu’il aurait bien aimé faire l’expérience sur un homme.

 

 

Il faut attendre les récits de l’historien grec Hérodote, qui visita l’Egypte au Ve siècle av. J.-C., pour voir s’exprimer une vision résolument négative du règne de Khéops, tandis que Snéfrou paraît oublié.

 

 

 

"La fille de Khéops est une putain"

Hérodote dépeint Khéops comme un despote mégalomane qui aurait épuisé son peuple en le mobilisant de force pour la construction de sa pyramide, symbole de démesure absolue. Il aurait aussi fait fermer "tous les temples". Les prêtres interrogés par l’historien lors de son séjour en Égypte faisaient-il référence à un conflit qui opposa le pharaon au clergé, ou bien ne s’agissait-il pour eux que d’un stéréotype du mauvais roi, forcément vu comme un hérétique ? Il est malheureusement impossible de trancher en l’absence d’autres sources.

 

 

 

file-20190528-42588-1tn1my

 

La princesse Néfertiabet, sans doute fille de Khéops, vêtue d’une robe en léopard. Musée du Louvre, Paris. Wikimedia

 

 

 

Hérodote raconte aussi que Khéops aurait prostitué sa fille, car il n’aurait pas eu assez d’argent pour financer sa grande pyramide ! Il aurait ainsi placé la princesse dans un bordel. Forte de son succès, elle aurait ensuite travaillé pour son propre compte en demandant à chacun de ses clients de payer ses charmes par une pierre de construction.

 

 

 

file-20190528-42588-15kpfzp

 

Statue de Khéphren, musée du Caire. José-Manuel Benito Álvarez/WikipediaCC BY-SA

 

 

 

"Khéops, épuisé par ces dépenses, en vint au point d’infamie de prostituer sa fille dans un lieu de débauche, et de lui ordonner de tirer de ses amants une certaine somme d’argent. […] Non seulement elle exécuta les ordres de son père, mais elle voulut aussi laisser elle-même un monument. Elle pria tous ceux qui venaient la voir de lui donner chacun une pierre pour les constructions qu’elle projetait. Ce fut de ces pierres, me dirent les prêtres, qu’on bâtit sa pyramide […]."

 

 

Il est intéressant de remarquer que des prêtres diffusaient ce genre de calomnies à l’époque d’Hérodote. Khéops était alors vu comme un despote doublé d’un maquereau. Il y a aussi une part de plaisanterie salace dans cette histoire : le lecteur ne peut s’empêcher d’imaginer le nombre très élevé de passes qui permirent à la princesse de se faire construire sa pyramide, au rythme d’une pierre par client !

 

 

 

Mykérinos, incestueux et alcoolique

Alors que Khéphren, bâtisseur de la deuxième pyramide de Gizeh, fait lui aussi figure de tyran, son fils et successeur Mykérinos est plus modérément décrit, du moins au début de son règne : il rouvre les temples et rend la justice de manière équilibrée. Sa pyramide est aussi plus petite que celles de ses prédécesseurs.

 

 

Mais son image se ternit dans un second temps : pris d’une passion incestueuse pour sa fille, il la viole. "Folle de chagrin, elle se suicida par pendaison", écrit l’historien grec.

 

 

 

file-20190529-192440-15vitxm

 

Mykérinos entre la déesse Hathor, à gauche, et une autre déesse, à droite. Musée du Caire.Wikimedia

 

 

 

Cette histoire pourrait être en lien avec le mythe de la déesse Hathor, divinité aguichante, au point d’exciter son propre père, le dieu solaire Rê. Hathor fut honorée par Mykérinos qui la fit représenter à ses côtés, sur une sculpture aujourd’hui au Musée du Caire, vêtue d’une robe tellement moulante qu’elle paraît presque invisible.

 

 

Après le suicide de sa fille, un oracle lui ayant annoncé sa propre mort six ans plus tard, Mykérinos sombra dans l’alcool et la débauche. Encore un règne bien sombre.

 

 

L’image tyrannique de Khéops, Khéphren et Mykérinos s’est donc progressivement constituée à travers les siècles, atteignant son paroxysme dans l’œuvre d’Hérodote, avant que Diodore de Sicile ne la relaie, à son tour, au Ier siècle av. J.-C.

 

 

Cette image noire alimente aujourd’hui encore notre fascination pour les pyramides et leurs commanditaires, le gigantisme architectural étant volontiers associé, dans notre imaginaire, à l’affirmation d’un pouvoir despotique et cruel.


À lire aussi : Les prêtresses de l’Égypte ancienne : entre érotisme et religionThe Conversation


Christian-Georges Schwentzel, Professeur d'histoire ancienne, Université de Lorraine

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 


03/08/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le samedi 20 avril 2019

 

 

Royaume-Uni : plusieurs centaines de pièces d'or et d'argent datant du Moyen-Age déterrées par des chercheurs amateurs

 

 

 

 

Le butin a une valeur de plus de 170 000 euros

 

 

 

19142903.jpg

 

Photo d'illustration. Des pièces d'or et d'argent ont été trouvées près de Londres (Royaume-Uni) début 2019. (PHOTO JOSSE / AFP)

 

 

 

La chasse au trésor en valait la peine. Des britanniques équipés de détecteurs de métaux ont fait une heureuse trouvaille, relate Metro (lien anglais) vendredi 19 avril. Dans un champs du Buckinghamshire, à l'ouest de Londres (Royaume-Uni), quatre chanceux ont en effet trouvé plus de 550 pièces en or et en argent datant du Moyen-Age. La valeur totale du butin est estimée à 150 000 livres, soit plus de 170 000 euros. 

 

 

 

Le butin gardé en sécurité dans un musée

"Le butin est gardé en sécurité dans un musée et va être évaluer de manière indépendante", précise le site de Metro. Les pièces seront ensuite vendues et les gains seront partagés entre les quatre chanceux à l'origine de la trouvaille et le propriétaire du champs. "Cette trouvaille est la plus importante collection d'or et d'argent déterrée au Royaume-Uni depuis près d'une décennie", précise Metro. 

 


21/04/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le vendredi 29 mars 2019

 

 

Ardèche : la vie d'un ermite au cœur du bois de Païolive

 

 

 

 

En Ardèche, dans le bois de Païolive, un ermite vit seul au sommet d'une falaise depuis vingt-cinq ans

 

 

 

8c82bde4-523e-11e9-8618-000d3a2437a2_1553876447.jpeg

 

Franceinfo

 

 

 

 

Au cœur de l'Ardèche, l'ermitage Saint-Eugène existe depuis le Moyen Âge et domine le bois de Païolive. Un moine vit ici depuis vingt-cinq ans, il ne craint ni le vent du nord ni les précipices qui sculptent la falaise. Jean-François Holthof respecte la règle de saint Benoît. À 70 ans, sans quotidien sans eau courante et électricité peut paraître rude, mais l'ermite assure ne pas ressentir l'isolement. "Dans la nature, il existe une partie visible et une partie invisible. Par la partie invisible, on est en relation avec tout, que ce soit les saints, les anges, les démons, et puis les autres hommes, qu'ils soient vivants ou morts", raconte Jean-François Holthof.

 

 

 

Sauvegarder ce site

Le religieux se recueille nuit et jour dans sa chapelle pour mener un défi spirituel : préserver le bois de Païolive. L'ermite redoute la dégradation de son environnement. Pour sauvegarder cet écrin rocheux, une association a été créée par le moine et des chercheurs.

 


01/04/2019
0 Poster un commentaire

la tribune du mardi 27 janvier 2015

 

 

HISTOIRE – Auschwitz : 70 ans après, mémoire à vif. Le camp découvert le 27 janvier 1945, est devenu le symbole de l’holocauste juif. En Janvier 1945, les soldats soviétiques arrivaient dans les camps d’Auschwitz-Birkenau.

  

 

Le Choc

 

« C’est par hasard que des avant-gardes de l’Armée rouge découvrent les camps d’Auschwitz-Birkenau, dans la campagne polonaise, alors qu’il n’y avait quasiment plus personne. Plus tôt, les nazis avaient embarqué avec eux la plupart des prisonniers dans la « marche de la mort ». Sur place, le 27 janvier 1945, les soviétiques découvrent donc que 7 000 survivants à bout de force, des baraques, des monceaux d’objets, vêtements, valises, prothèses, etc… les ruines des crématoires dans les chambres à gaz. Personne ne prend la mesure de ce qui se passe », explique Annette Wieviorka.

 

 

« Symbole du mal »

 

Avec plus de 1 100 000 personnes déportées et mortes à Auschwitz entre 1940 et 1945, le camp est devenu le « symbole du mal », comme le qualifie l’historienne. « On a utilisé Auschwitz pour le mal. Jamais on n’avait vu une telle industrialisation de la mort. Et à la différence des autres lieux de crime, les nazis ont déporté à Auschwitz des juifs de toute l’Europe », raconte Annette Wieviorka.

 

 

Se souvenir

 

Pour l’historienne, « certes, l’histoire de la Shoah est bien enseignée par les professeurs d’histoire. Il faut se garder du pathos, d’une émotion excessive, et faire appel à l’intelligence des faits » Elle appelle à « une réflexion sur une refondation de l’école et aussi des programmes d’histoire ».

 

 

Les survivants de la Shoah et les contemporains de l’histoire vivent dans la même époque. Ce qui ne sera plus le cas dans 5 ou 10 ans. « Ce sera alors au tour des enseignants de faire passer le message ». En Israël, où 180 000 rescapés vivent aujourd’hui, la mémoire de la Shoah a pris une place centrale. Son enseignement est obligatoire. En France, beaucoup se demandent ce qui restera une fois qu’il n’y aura plus de témoins pour dire l’horreur.

 

 

Janvier 2015 : l’écho

 

Annette Wieviorka s’interroge après les récents attentats de Paris : « Ces drames amènent à réfléchir vivement. (…) A l’Hyper Cacher, des juifs ont été tués parce qu’ils étaient juifs. Ce n’est pas l’image qu’ont certains des juifs qui a été tuée, mais de vraies personnes. C’est un réel écho à ce qui s’est passé dans les camps de la mort ». Coralie Morelle – Annette Wieviorka, 1945, la découverte (éd. Seuil)

 

 

 

auschwitz-750x410.jpg


31/01/2015
0 Poster un commentaire