L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

ECONOMIE - Démographie

Encore des informations intéressantes - On en apprends tous les jours...


Franceinfo - le jeudi 5 septembre 2019

 

 

TRIBUNE. "Nous ne voulons plus de ce système ennemi de l’intérêt général" : près de 200 personnalités réclament la fin de l'élevage intensif

 

avatar
franceinfoRadio France

 

 

Isabelle Adjani, Pierre Niney et 180 autres personnalités, chercheurs ou citoyens, pointent du doigt "l'immobilisme" des élus, voire leur "soutien actif au lobby de l’élevage intensif"

 

 

 

19980119

 

Des vaches entassées dans une ferme d'élevage industriel, le 14 décembre 2017, à Drucat (Somme). (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

 

 

Ils exigent une "transition agricole et alimentaire". Près de 200 personnalités ou associations interpellent les pouvoirs publics pour mettre fin à l'élevage intensif et industriel. Un système qui détruit la biodiversité, fait fi de la souffrance animale et crée des "déséquilibres sociaux et économiques", selon ces signataires.


Nous, citoyennes, citoyens, organisations, conscients des enjeux éthiques, environnementaux, sanitaires et sociaux, ne voulons plus des élevages intensifs et industriels qui confinent les animaux dans des bâtiments fermés, dans des cages, dans des bassins en béton, les forçant à vivre dans des conditions de promiscuité extrêmes.

Nous ne voulons plus d’élevages intensifs non respectueux de l’environnement, fortement émetteurs de gaz à effet de serre, producteurs d’algues vertes et de pluies acides.



Nous ne voulons plus d’élevages intensifs destructeurs de la biodiversité, acteurs de la déforestation.

 

 

Nous ne voulons plus de ce système, soutenu par l’argent public, ennemi de l’intérêt général. Un système qui impose des conditions de travail éprouvantes, aliénantes et risquées, où les agriculteurs se suicident davantage que dans toute autre catégorie socioprofessionnelle.

 

 

Nous ne voulons plus des élevages intensifs qui favorisent l’antibiorésistance et l’émergence de nouveaux agents pathogènes extrêmement dangereux.

 

 

Nous ne voulons plus d’un système spéculatif créant des déséquilibres sociaux et économiques dans de nombreuses régions du monde.

 

 

Nous ne voulons plus d’un modèle alimentaire fortement carné et lacté qui sous-tend ces modes de production et qui met en danger notre santé.

 

 

Élus, responsables politiques, nous n’en pouvons plus, au mieux de votre immobilisme, au pire – et plus souvent – de votre soutien actif au lobby de l’élevage intensif.

 

 

L’urgence éthique, climatique, environnementale, sanitaire et sociale impose d’engager notre pays dans une transition agricole et alimentaire : nous devons nous diriger rapidement vers une consommation essentiellement végétale, durable, saine, respectueuse de l’environnement, des animaux et des humains.

 

 

Aujourd’hui nous voulons des actes, des mesures fortes et concrètes pour sortir de l’impasse. Nous exigeons :

 

 

• un moratoire immédiat sur l’élevage intensif et l’interdiction de nouvelles constructions destinées à élever des animaux sans accès au plein air ;


• un plan concret de sortie de l’élevage intensif, avec accompagnement des personnes qui en dépendent aujourd’hui vers des productions alternatives ;


• une végétalisation d’ampleur de l’alimentation en restauration collective publique ou privée.

 

 

Élus, responsables politiques, serez-vous au rendez-vous ?

 

 

 

Les signataires : 

 

Idriss J. Aberkane, enseignant et essayiste ; Jeanne Added, autrice-compositrice-interprète ; Isabelle Adjani, actrice ; Manuela Albertone, professeure en histoire moderne, Université de Turin ; Arlette-Laure Alessandri, présidente de la Fondation assistance aux animaux ; Françoise Armengaud, philosophe, ex-MC Université de Paris-Ouest ; Muriel Arnal, présidente de l'association One voice ; Arthur H., chanteur et musicien ; Yann Arthus-Bertrand, photographe, reporter, réalisateur, écologiste français et président de la fondation GoodPlanet ; Lilian Auzas, écrivain ; Laurent Baffie, humoriste et animateur ; Renaud Barbaras, professeur de philosophie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; Muriel Barbery, écrivain ; Brigitte Bardot, actrice et fondatrice de la Fondation Brigitte Bardot ; Aurélien Barrau, astrophysicien ; Philippe Barre, co-fondateur de l'Écosystème Darwin ; Pierre-Emmanuel Barré, humoriste ; Jean-Hugues Barthélémy, professeur agrégé de philosophie, chercheur associé à l'Université Paris-Nanterre ; Lauren Bastide, journaliste et productrice ; Nathalie Baye, actrice ; Laurent Bègue-Shankland, co-inititateur du Lundi vert, professeur des universités et membre de l'Institut Universitaire de France ; Stéphane Bern, présentateur ; Jérémy Bernard, co-fondateur du collectif Les parasites ; Christian Berner, philosophe, professeur, Université Paris Nanterre ; Christine Berrou, humoriste ; Fabienne Berthaud, écrivaine et réalisatrice ; Aline Bertin, chercheuse en éthologie à l’INRA ; Magali Bessone, PR, philosophie, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne ; Marie-Claude Bomsel, vétérinaire, professeure honoraire au Muséum national d'Histoire naturelle ; Christine Bonnard, comédienne ; Allain Bougrain-Dubourg, journaliste et président de la Ligue pour la protection des oiseaux ; Dalia Bovet, éthologue, Université Paris Nanterre ; Leszek Brogowski, professeur de philosophie de l'art à l'université Rennes 2 et vice-président des sciences humaines et sociales et de la politique de site de cette université ; Pierre Brunet, professeur de droit public, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne ; Florence Burgat, philosophe, directeur de recherche, INRA, détachée à l’ENS Paris ; Belinda Cannone, écrivaine ; Jean Carlet, médecin hospitalier en retraite, président de l'association Alliance contre le développement des bactéries multi-résistantes (ACdeBMR) ; Aymeric Caron, journaliste, écrivain, militant antispéciste ; Jérémie Carroy, créateur et directeur de La Relève et La Peste ; Georges Chapouthier, philosophe, directeur de recherche émérite au CNRS ; Léopoldine Charbonneaux, directrice de CIWF France ; Francis Chastagner, président de Novissen ; Sidi Larbi Cherkaoui, chorégraphe et danseur ; Sarah Chiche, écrivaine et psychanalyste ; Hugo Clément, journaliste ; Jean-Pierre Clero, philosophe, professeur à l’université de Rouen ; Yves Cochet, ancien ministre de l’Environnement, président de l’institut Momentum ; Jean-Michel Cohen, nutritionniste ; Valérie Damidot, animatrice TV et actrice ; Emilie Dardenne, maîtresse de conférence en anglais, Université Rennes 2 ; Eva Darlan, actrice, écrivaine, productrice et réalisatrice ; Hélène de Fougerolles, actrice ; Vincent Dedienne, acteur et humoriste ; Jean-Baptiste Del Amo, écrivain ; Vivien Deloge, co-président des Climat'Optimistes ; Mylène Demongeot, actrice ; Jean-Baptiste Descroix-Vernier, homme d'affaires ; Ingrid Desjours, psychologue spécialisée en psychocriminologie et écrivaine ; Hugo Desnoyer, boucher ; Cyril Dion, auteur, réalisateur, poète, militant écologiste ; Sophie Dol, vétérinaire ; Arielle Dombasle, actrice et chanteuse ; Caroline Dubois, co-fondatrice du refuge GroinGroin and co ; Michel Dubromel, président de France nature environnement ; Anny Duperey, actrice ; Annie Ernaux, femme de lettres ; Lamya Essemlali, présidente de l'association Sea Shepherd France ; David Foenkinos, écrivain ; Dalibor Frioux, écrivain et consultant ; Gilles Fumey, professeur de géographie culturelle ; Jean-Marc Gancille, co-fondateur de Darwin ; Hélène Gateau, vétérinaire et animatrice TV ; Julie Gautier, réalisatrice ; Jean-Claude Gens, enseignant-chercheur en philosophie, Université de Bourgogne‌ ; Angelo Giavatto, maître de conférences en philosophie, Université de Nantes ; Franz-Olivier Giesbert, journaliste, écrivain ; Giocante Vahina, actrice ; Sara Giraudeau, actrice ; Brigitte Gauthière, co-fondatrice de l'association L214 ; Jean-Jacques Gouguet, professeur émérite, Université de Limoges ; Colette Goujon, docteur, neurologue - Centre Hospitalier Henri-Mondor ; Dominique Grange, chanteuse engagée-auteure-compositeure ; Jacques-Antoine Granjon, entrepreneur et PDG de Veepee ; Sophie Guérard de Latour, maîtresse de conférences en philosophie politique, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne ; Jean-Luc Guichet, maître de conférences en philosophie, Université de Picardie ; Jules Verne, ESPE de Beauvais ; Sylvie Guillem, danseuse étoile ; Greg Guillotin, comédien ; Nili Hadida, chanteuse ; David Haigron, enseignant-chercheur en civilisation britannique, Université Rennes 2 ; Pierre Hinard, éleveur et agronome ; Stéphanie Hochet, écrivaine ; Reha Hutin, Fondation 30 millions d'amis ; Jean-Michel Jedraszac, président de AIVES ; Monique Jeudy-Ballini, directrice de recherche en anthropologie sociale au CNRS ; Camélia Jordana, chanteuse et actrice ; Jean-François Julliard, président de Greenpeace France ; Jean-Pierre Kieffer, président de l'Œuvre d'assistance aux bêtes d'abattoir (OABA) ; Kim Glow, influenceuse et chanteuse ; Fateh Kimouche, co-fondateur d'Al-Kanz ; Arno Klarsfeld, avocat et écrivain ; Gilles Lacan, ancien magistrat, avocat général à la Cour de cassation ; André Lacaux, maître de conférences honoraire à l'Université Paris-Diderot ; Yves Lahiani, docteur, vétérinaire, lauréat de l'Ecole nationale vétérinaire d'Alfort et de la faculté de médecine de Créteil, diplômé de l'Institut d'immunologie animale et comparée ; Rodolphe Landemaine, chef d'entreprise ; Maxence Lapérouse (Maxenss), auteur-compositeur-interprète et vidéaste web ; Axel Lattuada, réalisateur et acteur ; Mélanie Laurent, actrice et réalisatrice ; Franck Laval, président d'Écologie sans frontière ; Jordan Lellouche, co-fondateur de la société The Good Spoon ; Lolita Lempicka, styliste de mode ; Philippe Léna, géographe, sociologue, directeur de recherches à l’IRD ; Frédéric Lenoir, philosophe, écrivain ; Frédéric Lévy, directeur de recherches à l'INRA ; Ninon Maillard, historienne du droit, Université de Nantes ; Silvia Manonellas, philosophe, professeur de chaire supérieure aux lycées Henri-IV et Louis-le-Grand ; Fabien Marchadier, professeur de droit privé, Université de Poitiers ; Séverine Marcq, médiatrice scientifique ; Jean-Pierre Marguénaud, agrégé des facultés de droit, chercheur à l'Institut de droit européen des droits de l'homme (IDEDH), Université de Montpellier, directeur de la Revue semestrielle de droit animalier ; Marie-Claude Marsolier-Kergoat, geÌÂ�neÌÂ�ticienne, CEA/MuseÌÂ�um national d’histoire naturelle ; Vincent Message, écrivain ; Guillaume Meurice, chroniqueur et humoriste ; Raphaël Mezrahi, humoriste et acteur ; Annie Miller, auteure et créatrice de l'Atelier d'écriture cinéma Claude Miller ; Roger Mirmont, acteur ; Monsieur Poulpe, animateur, humoriste et acteur ; Benjamin Moron-Puech, enseignant-chercheur en droit privé, laboratoire de sociologie juridique, Université Panthéon-Assas ; Nagui, animateur et producteur ; Guillaume Néry, champion du monde d'apnée ; Jean-Marc Neumann, juriste ; Fabrice Nicolino, journaliste ; Pierre Niney, acteur ; Amélie Nothomb, écrivaine ; André Ollivro, président de Halte aux marées vertes ; Michel Onfray, philosophe et essayiste ; Ovidie, réalisatrice et écrivaine ; Martin Page, écrivain ; Tanguy Pastureau, humoriste ; Marie Pavlenko, romancière française, auteure d'ouvrages de littérature d'enfance et de jeunesse ; Corine Pelluchon, philosophe, professeure à l'Université Paris-Est-Marne-la-Vallée ; Sylvie Perceau, maîtresse de conférences en littérature grecque, Université Jules Verne ; Fabien Poulaillon, dirigeant du Groupe Poulaillon ; Paul Quintrand, architecte DPLG honoraire, professeur honoraire, membre de l'Académie d'architecture ; Pierre-Etienne Rault, éleveur ; Philippe Reigné, titulaire de la chaire de droit des affaires, professeur du Conservatoire national des arts et métiers ; Alexandre et Maxime Renahy, co-fondateurs de lanceuralerte.org ; Matthieu Ricard, docteur en génétique cellulaire, moine bouddhiste tibétain, auteur et photographe ; Audrey Rieber, maîtresse de conférences en philosophie à l'ENS de Lyon ; Pierre Rigaux, naturaliste ; Riss, directeur de la publication de Charlie Hebdo ; Sonia Rolland, Miss France 2000 Paul Rondin, directeur délégué du Festival d'Avignon ; Alexandra Rosenfeld, Miss France et Miss Europe 2006 ; Olivia Rosenthal, écrivaine ; François-Xavier Roux-Demare, doyen de la faculté de droit, économie, gestion et AES de l'Université de Brest ; Liliane Rovère, actrice ; Julie Saada, professeure de philosophie, Institut d'études politiques de Paris ; Bruno Salomone, acteur ; Pierre Sang, chef cuisinier ; Véronique Sanson, chanteuse, pianiste, auteure-compositrice-interprète ; Amanda Scott, animatrice et comédienne ; Henry-Jean Servat, journaliste, écrivain ; Pablo Servigne, chercheur in-terre-dépendant et auteur ; Marc Simoncini, chef d'entreprise, fondateur de Meetic ; Nicola Sirkis, auteur-compositeur-interprète, groupe Indochine ; Olivier Steiner, écrivain ; Tardi, auteur-dessinateur de bande dessinée ; Thierry Thomas, réalisateur ; Augustin Trapenard, journaliste ; Nicolas Treich, économiste ; Michel Troper, universitaire ; Henri Trubert, co-fondateur des éditions Les Liens qui libèrent ; Claire Vallée, chef fondatrice du restaurant ONA ; Sophie Verbeeck, actrice ; Claire Vial, professeure de droit public, Université de Montpellier ; Élodie Vieille Blanchard, présidente de l'Association végétarienne de France ; Anne-Lorraine Vigouroux, fondatrice de L'Autre ferme ; Anne Vonesch, docteur et co-fondatrice du collectif Plein-air ; Vanessa Wagner, pianiste ; Gabrièle Wersinger, philosophe, professeure des universités, directrice de recherches, Université de Reims ; Lambert Wilson, acteur ; Samaha, chanteuse du groupe Shaka Ponk ; Sam Zirah, youtubeur

 


05/09/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le jeudi 5 septembre 2019

 

 

Cinq questions pour comprendre la menace d'une crise économique mondiale

 

 

avatar
Noémie LeclercqfranceinfoFrance Télévisions

 

 

 

Un peu plus de dix ans après la crise des subprimes aux Etats-Unis, la perspective d'une récession mondiale dans les mois ou années à venir effraie économistes et investisseurs. Contexte géopolitique instable, course à l'or, taux d'intérêt négatifs... Un nouveau séisme économique est-il imminent ?

 

 

 

19942455

 

Un courtier à la bourse de Wall Street à New York (Etats-Unis), le 15 août 2019. (JOHANNES EISELE / AFP)

 

 

 

A chaque déclaration de Donald Trump sur la guerre commerciale entre Washington et Pékin, Wall Street voit rouge. A tel point qu'en mars dernier, après l'annonce de l'augmentation des droits de douanes sur certains produits chinois, la courbe des taux américains, indicateur le plus fiable sur la santé économique mondiale, s'est inversée pour la première fois depuis 2007 : les obligations du Trésor américain sont devenues plus rentables à court terme que sur dix ans, ce qui signifie que les investisseurs sont pessimistes pour l'avenir.

 

 

Cette inversion, qui est à la fois le symptôme et l'indicateur d'un ralentissement de l'économie, a fait couler beaucoup d'encre : depuis 1955, chaque récession a été précédée d'une inversion de la courbe des taux. Il n'y a qu'un cas recensé, en 1960, où l'inversion de la courbe des taux n'a pas engendré de récession. En 2001, la récession est survenue huit mois après l'inversion de la courbe ; en 2007, c'était 22 mois plus tard. Franceinfo fait le point sur la possibilité d'une crise économique dans les mois et années à venir.

 

 

 

1 - Quelles sont les sources d'inquiétude chez les économistes ?

 

"La crise fait partie du cycle économique traditionnel, assure Bertrand Badré, ex-directeur général de la Banque mondiale. La croissance éternelle n'existe pas, il faut s'habituer à vivre avec des ruptures." Logiquement donc, la première raison de cette inquiétude tient au fait qu'il y a longtemps qu'une crise n'a pas eu lieu. "Les Etats-Unis étant dans la phase d'expansion la plus longue de leur histoire, il y a forcément des interrogations sur le moment où cela va s'arrêter." 

 

 

La croissance des économies dites "avancées" membres du G20 a déjà "fortement ralenti", "passant de 2,1% en 2018 à 1,7% pour 2019 et à 1,4% en 2020", pointe l'agence de notation Moody's dans sa dernière publication des perspectives macroéconomiques, que franceinfo a pu consulter. La stabilité économique est "menacée" par les tensions géopolitiques, et même les taux d'intérêt exceptionnellement bas ne parviennent pas à relancer la consommation. 

 

 

Le principal point d'inquiétude est la guerre commerciale que se livrent Pékin et Washington. Une hausse des tarifs douaniers nuirait fortement à l'économie américaine et mondiale, comme l'indiquait le Fonds monétaire international (FMI) le 21 août dernier. Mais d'autres facteurs géopolitiques viennent s'ajouter à ce conflit. L'Allemagne, moteur de l'économie européenne des dix dernières années, est à deux doigts de la récession, faute d'exportations suffisantes. Au Royaume-Uni, le Brexit n'est toujours pas résolu, et l'Italie est en pleine crise politique

 

 

Sans vouloir "jouer les Cassandre", Jézabel Couppey-Soubeyran, économiste spécialiste d'économie monétaire et financière et professeur à Paris-1, est elle aussi très pessimiste sur l'avenir immédiat de l'économie mondiale. "Alors qu'en 2008, la finance faisait peser un risque sur l'économie réelle, aujourd'hui, c'est plutôt l'économie réelle et la géopolitique qui peuvent avoir des incidences sur la finance", estime-t-elle. Toutes ces tensions commerciales créent un ralentissement des économies avancées et émergentes. "Etant donné la forte intégration des chaînes de production" entre la Chine, les Etats-Unis (20% des importations américaines viennent de Chine) et le reste du monde, les investisseurs se méfient et le système financier se retrouve paralysé.

 

 

Un cercle vicieux se met alors en place : les économies sont interdépendantes, et, comme avec un château de cartes, il suffit qu'un élément flanche pour faire s'écrouler la structure tout entière. S'ensuivraient alors une augmentation généralisée des faillites d'entreprises et du chômage, terreau fertile aux tensions sociales.

 

 

 

2 - Mais des mesures de prévention ont bien été adoptées après la crise de 2008 ?

 

Après la chute de Lehman Brothers, les crises financières, économiques et des dettes souveraines de la dernière décennie, des mesures ont été prises pour éviter que la situation ne se répète à l'avenir.

 

 

Au niveau européen, une trentaine de directives ont été adoptées. La principale instance compétente sur la question, la Banque centrale européenne (BCE), a notamment décidé d'encadrer l'activité bancaire. Une union bancaire a été créée en 2014, entre les 130 plus grosses banques de la zone euro, pour assurer un mécanisme de sûreté et éviter qu'en cas de faillite, une banque n'entraîne son pays d'origine dans sa chute. 

 

 

Un conseil de stabilité financière a également vu le jour, au niveau international, avec pour objectif une meilleure coopération inter-étatique sur les questions financières. Les banques ont été soumises à un encadrement plus strict de leurs activités, avec des obligations de fonds propres plus exigeantes.

 

 

De leur côté, les Etats-Unis ont toujours préféré des systèmes de régulation internes, affaiblissant les traités internationaux. Barack Obama, en 2009, a mis en place un plan de régulation des firmes financières, renforçant notamment le rôle de la Réserve fédérale (Fed) dans le contrôle des instances. En 2010, la loi dite "Dodd-Frank" régulait encore davantage le marché bancaire et protégeait les épargnants en cas de faillite. 

 

 

 

3 - Et ces mesures ne sont pas efficaces ?

 

Ces dispositions ont été assouplies, voire abandonnées, dès lors que la croissance est repartie à la hausse. Donald Trump a pris des mesures pro-finance en mai 2018. Estimant que la finance est un indicateur de bonne santé économique – et donc, d'une politique efficace –, il a considérablement assoupli le contrôle des institutions financières américaines, replongeant les Etats-Unis dans une phase de dérégularisation bancaire et financière. 

 

 

En décembre de la même année, la BCE a entériné l'arrêt du programme de soutien à l'économie en zone UE, le "quantitative easing" (QE) – assouplissement quantitatif –, en mettant fin aux achats nets de dettes privées et publiques. Ce programme, en place depuis 2015, devait soutenir le commerce et était l'un des fers de lance de l'arsenal anti-crise de la zone euro : entre le lancement et la fin du QE, 2 600 milliards d'euros ont été injectés sur le marché européen pour stimuler l'activité économique. 

 

 

Le problème, c'est que faute de plan budgétaire durable, la fin de ces mesures monétaires bouleverse l'équilibre économique. "Les autorités de toutes les économies principales n'ont mis en place qu'une gestion monétaire sans se soucier de l'aspect budgétaire, ce qui a favorisé les investissements à risques", analyse Jézabel Couppey-Soubeyran. "On aurait pu profiter des taux d'intérêt bas pour investir dans l'avenir, avec la transition écologique par exemple. Mais finalement, ils ont surtout profité aux investissements financiers et nourri des bulles d'actifs. Ça n'a pas eu l'effet escompté d'entraînement pour l'économie réelle."

 

 

Avec la possibilité de se financer avec des prêts à taux d'intérêt très bas, les investisseurs peu scrupuleux ont investi dans des actifs plus risqués. L'ancien patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn, expliquait déjà en septembre 2018 qu'il fallait "éponger" : les liquidités créées pour sortir de la crise ont été laissées dans la nature, "dans les poches de certains".

 

 

En somme, souligne Bertrand Badré, "l'interrogation sous-jacente depuis quatre ou cinq ans, c'est de savoir si le système s'est véritablement ajusté après la crise." La croissance est plus faible, les investisseurs sont plus frileux, la transition climatique et le vieillissement de la population posent de nouveaux enjeux. "Il y a beaucoup d'inconnues, qui suscitent des inquiétudes." 

 

 

 

4 - Peut-on empêcher une nouvelle crise ou est-ce vraiment trop tard ?

 

Selon Jézabel Couppey-Soubeyran, il est encore possible "d'éviter la catastrophe", mais le contexte est "très peu propice" à une coordination internationale. Dans son rapport d'août 2019, Moody's estime par exemple à 15% seulement les chances d'une amélioration de la situation entre Washington et Pékin, alors que la probabilité de l'escalade des tensions serait de 40%. 

 

 

Lors du sommet du G7 à Biarritz, du 24 au 26 août, la question de la relance budgétaire pour endiguer une récession mondiale a également été évoquée par Emmanuel Macron. "On doit se poser la question, pour les pays qui en ont la capacité, de la pertinence d'une relance budgétaire. C'est un sujet qui est posé à l'Europe, à la France, à l'Allemagne et à d'autres pays", a soutenu le président français, appelant à davantage de souplesse outre-Rhin.

 

 

A Berlin, la tendance est pourtant à l'austérité : Angela Merkel, la chancelière allemande, tient son cap et refuse toute augmentation des dépenses publiques. Or, une relance ne peut fonctionner que si l'ensemble des pays d'une zone commerciale la mettent en place. Sinon, il y a un risque de créer un déséquilibre et de favoriser encore plus l'endettement des Etats. 

 

 

De manière générale, la situation géopolitique mondiale est un frein aux mesures économiques d'ampleur. "Les Etats-Unis sont bien moins coopératifs, la Chine, plus autonome et Londres, capitale financière de l'Europe, menacée par le Brexit, égrène Bertrand Badré. On arrive dans des situations jamais expérimentées auparavant, comme les taux d'intérêt négatifs, et c'est très difficile d'anticiper les effets sur l'économie." 

 

 

 

5 - Si la crise éclate, quelle en serait l'ampleur ?

 

Difficile à dire. "Certains estiment que ce serait une récession tout ce qu'il y a de plus classique", indique Bertrand Badré. En clair, la croissance continuerait d'augmenter, mais moins rapidement. "D'autres, en revanche, pensent qu'au vu des indicateurs, il faut s'attendre à un choc encore plus violent qu'en 2007-2008. Il y a un consensus sur le fait qu'une crise est attendue, mais ni sur la date, ni sur les modalités, ni sur la brutalité de cette crise."  

 

 

Le financier jauge également qu'il est compliqué de savoir si une récession va se transformer en crise majeure. "Les Etats sont encore en mesure de piloter une récession. Mais un choc brutal serait plus difficile à gérer : il faudrait repousser encore les limites de la politique monétaire." Les dettes souveraines étant déjà à des niveaux jamais atteints, et les taux directeurs historiquement bas, la manœuvre semble compliquée. Et encore une fois, la coopération internationale nécessaire à une sortie de crise est loin d'être garantie.

 

 

"Il y a deux questions auxquelles nous n'avons pas répondu après la crise de 2007, analyse Bertrand Badré. Quelle économie voulons-nous, et comment pouvons-nous la financer ?" Les transitions écologique et démographique sont notamment des pistes vers lesquelles l'économie doit tendre, insiste-t-il. "Le modèle néo-libéral, c'est celui du XXe siècle."

 


05/09/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le jeudi 5 septembre 2019

 

 

Immobilier : le prix du mètre carré à Paris a dépassé les 10 000 euros

 

 

avatar
franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

"Le prix au m2 des appartements anciens, qui s'est établi à 9 890 euros dans la capitale au 2e trimestre 2019, a dépassé le cap des       10 000 euros le mètre carré au mois d'août", annoncent les notaires du Grand Paris

 

 

19982695

 

Un balcon parisien, le 28 septembre 2012. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

 

 

 

Etre propriétaire à Paris : un rêve de plus en plus inaccessible. La barre symbolique des 10 000 euros du mètre carré a été atteinte dans la capitale, ont annoncé jeudi 5 septembre les notaires du Grand Paris. Un chiffre qui couronne des années de flambée sans équivalent dans le reste de la France.

 

 

"Le prix au m2 des appartements anciens, qui s'est établi à 9 890 euros dans la capitale au 2e trimestre 2019, a dépassé le cap des 10 000 euros le mètre carré au mois d'août", annonce le communiqué. Les chiffres donnent le tournis : +7,3% en un an, +66% en dix ans. L'augmentation est encore plus marquée dans l'hypercentre, avec un record pour le quartier Odéon, où le mètre carré se négocie à 15 740 euros en moyenne. 

 

 

Même s'il y a toujours 20% de HLM à Paris, la mixité sociale diminue et fait face à un phénomène d'embourgeoisement des quartiers populaires. La capitale perd également des habitants. Entre 10 000 et 12 000 familles la quittent chaque année, notamment des familles avec enfants, qui n'arrivent plus à se loger.

 


05/09/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le mercredi 4 septembre 2019

 

 

VRAI OU FAKE Le "plus grand choc mondial" sera-t-il démographique plutôt que climatique, comme l'affirme Nicolas Sarkozy ?

 

 

avatar
Benoît ZagdounFrance Télévisions
 

 

 

A l'université d'été du Medef, jeudi, l'ancien chef de l'Etat a jugé que "le plus grand choc mondial" n'était pas le réchauffement climatique mais l'augmentation de la population, "première source de pollution". Les climatologues jugent l'analyse de l'ex-président biaisée

 

 

 

19965127

 

Un carrefour très fréquenté du quartier de Shibuya à Tokyo (Japon), le 17 août 2018. (KAZUHIRO NOGI / AFP)

 

 

 

"Où va le monde ?" Telle était la question sur laquelle Nicolas Sarkozy était invité à disserter pendant une heure, jeudi 29 août, à l'université d'été du Medef, sur le vert gazon de l'hippodrome de Longchamp, aux portes de Paris. Outre quelques piques lancées à Ségolène Royal, Nicolas Hulot ou Greta Thunberg, qui alerte sur l'urgence à lutter contre le dérèglement climatique, l'ancien chef de l'Etat a exposé sa théorie. 

 

 

"Le plus grand choc mondial" n’est pas le "choc climatique", a jugé l'ex-président – même si, a-t-il glissé, "il faut [y] apporter une réponse" – mais "le choc démographique". Un "choc" que le monde n’a "jamais connu" auparavant, et accessoirement "la première source de pollution". Et de trancher : "Vouloir promouvoir le développement durable sans poser la question de l’explosion de la démographie mondiale, ça n'a aucun sens." Mais l'ancien locataire de l'Elysée dit-il vrai ou faux ? "Il y a une part de vérité, mais ce n'est pas si simple", glisse en préambule le climatologue Jean Jouzel.

 

 

FRANCE TELEVISIONS
 
 
 

 

 

 

Un "choc démographique" tout relatif

La Terre était peuplée d'environ 7,3 milliards d'habitants en 2017, selon les Nations unies. Et d'après les prévisions de l'ONU, l'humanité comptera quelque 8,5 milliards d'individus en 2030, puis 9,7 milliards en 2050, et 11,2 milliards en 2100. D'ici à la fin du siècle, l'humanité devrait donc franchir le seuil symbolique des 10 milliards d'individus. La Terre n'aura alors jamais été aussi peuplée. 

 

 

 

 

 

C'est en Afrique que l'augmentation de la population sera la plus forte. Le continent représentera même plus de la moitié de la croissance démographique mondiale, selon les calculs de l'ONU. Le Japon et de nombreux pays européens – en particulier d'Europe de l'Est – connaîtront quant à eux une baisse de leur population, compte tenu de leur faible taux de fécondité. 

 

 

Il y a un emballement exponentiel de la population et la Terre n'est certainement pas faite pour supporter autant d'individus.Gilles Ramstein, climatologue au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement à franceinfo

 

 

Pour autant, ce "choc démographique", pointé par Nicolas Sarkozy, serait plutôt passé que futur. "Le gros de la croissance démographique est derrière nous", assure à franceinfo Gilles Pison, professeur au Muséum national d'histoire naturelle et auteur d'un article sur le sujet pour The Conversation"On était 1 milliard en 1800, on est près de 8 milliards deux siècles plus tard, et on devrait être environ 10 milliards en 2050. Après avoir été multipliée par huit en deux cents ans, la population mondiale devrait donc augmenter de 20% en trente ans. On voit bien que le rythme de la croissance démographique décélère", démontre l'anthropologue et démographe.

 

 

"La croissance démographique mondiale a atteint son maximum il y a cinquante ans, elle était alors de plus de 2% par an. Aujourd'hui, elle a diminué de moitié, à 1,1%. Et elle devrait continuer de baisser, avec la chute du taux de fécondité", poursuit le chercheur. "La fécondité moyenne à l'échelle mondiale est de 2,4 enfants par femme. Elle diminue d'année en année, parce que, partout dans le monde, les humains ont choisi de faire moins d'enfants", ajoute l'expert. Pour autant, "il n'en résulte pas un arrêt de l'augmentation de la population, en raison de l'inertie démographique. La population mondiale est jeune, et donc en âge de faire des enfants. Et les naissances sont toujours supérieures en nombre aux morts." 

 

 

Cette poursuite – même modérée – de l'augmentation de la population mondiale reste un défi de taille. Mais "est-ce que le choc démographique sera plus important que celui des dernières décennies ou du siècle dernier ? Ce n'est pas certain", tempère le climatologue Jean Jouzel. Dans leur rapport, les scientifiques du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) ont élaboré cinq scénarios, en fonction de l'intensité du réchauffement climatique, de l'ampleur des mesures prises pour s'y adapter et de son impact sur les populations. Selon les scénarios, la Terre comptera en 2100 entre 7, 9 et 13 milliards d'occupants.

 

 

Il est plus facile d'assurer l'alimentation de 7 milliards d'humains plutôt que de 10 ou 11 milliards. C'est aussi plus difficile avec 8, 9 ou 11 milliards d'humains sur Terre de limiter le réchauffement climatique.Jean Jouzel, climatologue à franceinfo

 

 

 

Un "raccourci" trompeur entre hausses de la démographie et de la pollution

Commençons par une démonstration simple. La Chine et l'Inde sont les deux pays les plus peuplés de la planète : ils représentaient respectivement 19% et 18% de la population mondiale en 2017, selon l'ONU. Chine et Inde se classent première et troisième au palmarès des plus grandes nations pollueuses, avec 9,8 et 2,5 milliards de tonnes de CO2, le principal gaz à effet de serre, émises en 2017. Les Etats-Unis occupent la deuxième marche du podium, d'après le Global Carbon Atlas. 

 

 

 

 

 

Mais si l'on ramène ces émissions de CO2 au nombre d'habitants, Chinois et Indiens ne sont plus que les 52es et 133es plus gros pollueurs mondiaux. Loin derrière les Qataris, Koweïtiens, Emiratis, Saoudiens, Américains et Australiens, qui monopolisent les premières places du classement, avec entre 49 et 16 tonnes de CO2 émises par individu. 

 

 

 

 

 

Quant aux nations africaines, celles qui connaîtront dans les prochaines décennies une explosion de leur population, elles occupent pour la plupart la seconde moitié du tableau, voire carrément les dernières places du classement. Le Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique, cité comme exemple problématique par Nicolas Sarkozy, est ainsi 173e, avec 0,6 tonne de CO2 émise par habitant. Seule l'Afrique du Sud émerge, au 45e rang, avec 8 tonnes de CO2 par Sud-Africain, soit près de 8 fois moins qu'un Américain et 22 fois moins qu'un Qatari.

 

 

Nicolas Sarkozy fait, à mon sens (...), un raccourci très répandu (y compris dans le milieu scientifique) qui consiste à faire un lien direct et mécanique entre l’augmentation de la population mondiale et les émissions.Benjamin Sultan, climatologue à l'Institut de recherche pour le développement à franceinfo

 

 

Comme le pointe le rapport du Giec, "la démographie est une composante importante de l'empreinte carbone", confirme Gilles Ramstein, climatologue au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement. "La démographie a bien sûr des implications fortes sur les causes du réchauffement climatique – notamment sur les changements d'usage des terres avec la déforestation – et sur ses conséquences, avec la hausse du nombre de personnes vulnérables et les migrations climatiques", précise Benjamin Sultan, directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD).

 

 

Mais "la croissance démographique n'explique qu'une faible partie des émissions globales de carbone", affirme le chercheur, en s'appuyant sur un rapport de la Commission européenne sur les émissions de CO2 dans le monde en 2018. Le climatologue en veut pour preuves trois cas de figure.

 

 

Premier exemple : "La Chine a vu ses émissions fortement augmenter, non pas à cause de l’augmentation de sa population, mais à cause de la croissance économique et de l’expansion des grandes villes qui ont fait exploser les émissions par habitant."

 

 

Deuxième exemple : "Un pays comme le Nigeria, qui a une très forte croissance démographique mais une population très pauvre, a des émissions qui augmentent très peu."

 

 

Troisième exemple : "Des pays comme la France et les Etats-Unis ont une population stabilisée depuis un moment et auraient donc dû connaître un déclin de leurs émissions, ce qui n’est pas le cas."

 

 

En outre, "la hausse de la démographie concerne surtout des pays dont les émissions de gaz à effet de serre sont encore très faibles", relève Céline Guivarch, économiste au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (Cired) et directrice de recherche à l'Ecole des Ponts ParisTech. A l'inverse, "les pays qui ont l'empreinte carbone la plus importante ne sont pas ceux dont la population augmente le plus", note Gilles Ramstein.

 

 

 

Une "manipulation" qui cache la réalité du problème

"Pointer la démographie, c'est se tromper de cible", juge le démographe Gilles Pison, qui formule une première objection. "Il est illusoire de croire qu'on peut arrêter la croissance démographique. Que va-t-on faire ? Déplacer les populations des pays les plus peuplés vers ceux qui le sont le moins ? Envoyer tout le monde sur Mars ? C'est impossible", argumente l'expert.

 

 

"C'est le mode de développement plutôt que la démographie qui est la clé", confirme le climatologue Jean Jouzel. "Jusqu'à aujourd'hui, ce sont bien nos modes de vie occidentaux qui ont été principalement responsables de l'accumulation de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, et non la croissance démographique", souligne Céline Guivarch. "Ce n'est pas la multiplication de la population qui met en danger la planète et l'humanité, c'est le mode de développement d'une minorité de la population, celle des pays riches et développés, qui consomme à outrance", renchérit Gilles Ramstein. Or "il est possible d'agir sur notre mode vie, en le rendant plus économe en ressources", renchérit Gilles Pison, qui l'assure : "La survie de l'espèce en dépend."

 

 

Si tout le monde vit sur le modèle américain, on va droit dans le mur. Et même sans choc démographique, il y aura un choc climatique et environnemental.Jean Jouzel, climatologue à franceinfo

 

 

"Lier le climat à la démographie peut même être dangereux", juge Gilles Ramstein, pour qui cela revient à "dresser les riches contre les pauvres", en propageant l'idée selon laquelle la minorité de la population mondiale issue des pays riches peut ne rien changer à son mode de vie, puisque le fardeau pèse sur les épaules des plus nombreux, les habitants des pays pauvres. 

 

 

C'est un discours venimeux qui sème la confusion dans l'esprit des gens. Ce n'est pas une 'fake news' à proprement parler, mais c'est une énorme manipulation purement idéologique. Gilles Ramstein, climatologue à franceinfo

 

 

Pour autant, "la croissance démographique reste une question à l'intersection entre les enjeux de développement durable et le changement climatique", modère Céline Guivarch, qui liste, s'appuyant sur un article paru dans Science (en anglais) : "Eradiquer la pauvreté, la faim, fournir des infrastructures adaptées, l'accès à la santé, l'éducation, un travail décent – et l'ensemble des objectifs de développement durable – tout en limitant le changement climatique 'bien en dessous de 2 °C d'augmentation par rapport à la période pré-industrielle'.

 


04/09/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le lundi 2 septembre 2019

 

 

En 2019, le salaire médian des cadres continue d'augmenter

 

 

avatar
franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Le salaire médian annuel brut des cadres grimpe à 45 793 euros cette année, selon le baromètre annuel Expectra

 

 

 

19962055

 

Le salaire médian des cadres a augmenté en 2019 de 2,4% selon le baromètre annuel Expectra publié le 2 septembre 2019. (RICCARDO MILANI / HANS LUCAS / AFP)

 

 

 

Bonne nouvelle pour les cadres. Leur salaire médian a augmenté cette année de 2,4%, sa "deuxième plus forte hausse depuis sept ans", derrière celle de 2018 (+2,7%), selon le baromètre annuel Expectra, publié lundi 2 septembre. 

 

 

Le salaire médian annuel brut des cadres (la moitié gagne plus, l'autre moins) grimpe ainsi à 45 793 euros en 2019, selon Expectra, qui a analysé près de 87 500 fiches de paie de cadres et agents de maîtrise, travaillant dans près de 10 500 entreprises, dont les deux tiers sont installées en province et un tiers en Ile-de-France.

 

 

Par métier, ce sont les contrôleurs financiers qui enregistrent la plus forte progression (+8,4%), devant les comptables clients (+7,3%), les souscripteurs (+7%), les analystes de risque (+6,4%), les responsables informatiques (+6,3%) et les ingénieurs système (+6,3%). Parmi les filières, le BTP est en tête (+2,8%), après une année 2018 déjà "très dynamique" (+4,2%). 

 

 

 

Des profils de plus en plus qualifiés 

"Locomotive des salaires", l'évolution numérique des entreprises "dope" la rémunération des cadres car les employeurs "doivent faire appel à des profils de plus en plus qualifiés et encore très rares", explique dans un communiqué Expectra, filiale française d'intérim et de recrutement du groupe néerlandais Randstad.

 

 

Dans les entreprises, la "stratégie digitale se déploie plus vite que les compétences disponibles. En résulte une tension majeure sur le marché de l'emploi qui alimente la spéculation pour capter et fidéliser les talents", alors que "dans un contexte de plein emploi" pour les cadres, ceux-ci "n'hésitent plus à faire valoir leurs prétentions", souligne Christophe Bougeard, directeur général d'Expectra, cité dans le communiqué.

 


02/09/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le vendredi 30 août 2019

 

 

Tout comprendre à la bataille entre Free, Orange et BFMTV

 

 

avatar

franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Le groupe Altice, maison mère des chaînes BFMTV, RMC Découverte et RMC Story ainsi que de l'opérateur SFR, et son concurrent Iliad, maison mère de Free, tout comme l'opérateur Orange, n'ont pas réussi à trouver d'accord concernant la diffusion des trois chaînes sur les box internet

 

 

 

19951751

 

L'opérateur Free, filiale du groupe Iliad, ne diffuse plus la chaîne d'info en continu BFMTV depuis le 27 août 2019. (BENOIT DURAND / HANS LUCAS / AFP)

 

 

 

Cette chaîne devrait être disponible de nouveau ici prochainement" : le message s'affiche dans un carré blanc sur fond noir. Depuis mardi 27 août minuit, BFMTV, RMC Découverte et RMC Story, les chaînes du groupe Altice, ne sont plus disponibles directement sur les Freebox. Elles pourraient bientôt subir le même sort sur les Livebox, les boîtiers internet de l'opérateur Orange. En effet, Stéphane Richard, PDG du groupe, a déclaré, jeudi 29 août sur France 2, qu'il refuserait de rémunérer le groupe Altice pour diffuser les chaînes gratuites du groupe. Il rejoint ainsi la position exprimée par Free, filiale d'Iliad.

 

 

 

BFMTV a-t-elle totalement disparu des Freebox ?

Oui et non. Lorsqu'un abonné reçoit la télévision via sa box internet, le signal transite via la ligne téléphonique ou la fibre optique, selon qu'il s'agit d'un abonnement ADSL ou FttH, et non par l'antenne hertzienne, la célèbre antenne râteau. Depuis l'apparition des box au début des années 2000, plus de la moitié des foyers français qui regardent la télévision le font via ces boîtiers. C'est sur ce moyen de transmission que BFMTV, ainsi que ses petites sœurs RMC Découverte et RMC Story, ne sont plus disponibles pour les abonnés Free.

 

 

Cependant, ces derniers peuvent toujours recevoir ces chaînes s'ils le souhaitent, au prix d'une petite manipulation : brancher leur box sur leur prise d'antenne TV, ce qui leur permet de recevoir l'ensemble des chaînes gratuites françaises via la TNT, la télévision numérique terrestre. Les box sont en effet équipées d'un décodeur TNT. Il faudra également relancer une recherche de chaînes sur le téléviseur, pour recalibrer les bonnes fréquences. Free détaille cette procédure sur un bandeau remplaçant les chaînes concernées.

 

 

 

Que demande le groupe Altice ?

Depuis 2016, les groupes télévisuels tentent de se faire rémunérer pour la diffusion de leurs chaînes via les box des fournisseurs d'accès internet. Car ils estiment que ces derniers font de leurs offres "triple play" (combinant internet, téléphone et télévision) un argument commercial pour attirer les abonnés. Pour Alain Weill, PDG d'Altice France et fondateur de BFMTV, la question de fond est celle du financement des chaînes de télévision classiques, bousculé par les nouveaux modes de consommation et en premier lieu l'arrivée des plateformes de streaming de type Netflix ou Amazon Prime.

 

 

Début août, le tribunal de grande instance a considéré que "Free n'a pas le droit de diffuser sans autorisation" les trois chaînes sur ses réseaux et a ordonné à l'opérateur télécom de "cesser cette diffusion, sous astreinte de 100 000 euros par jour de retard et par chaîne à compter du 27 août". La coupure était donc attendue, d'autant plus qu'elle avait été autorisée cet été par le Conseil supérieur de l'audiovisuel.

 

 

 

Que répondent Illiad et Orange ?

Les opérateurs téléphoniques estiment, pour leur part, qu'il n'y a pas de raison de payer pour des chaînes gratuites et pour lesquelles les groupes télévisuels ne payent pas l'usage des fréquences, à la différence des opérateurs télécoms pour le mobile. Le groupe TF1 a essuyé les plâtres, ferraillant avec les opérateurs et en particulier Orange, avant de finalement signer avec l'opérateur historique puis Bouygues Telecom (filiale du groupe Bouygues, comme TF1), SFR (filiale d'Altice) et Free (groupe Iliad) ainsi que Canal+, également concerné. M6 a fait de même dans la foulée.

 

 

Pour Iliad, s'il est acceptable de payer pour les services à valeur ajoutée, la rémunération de chaînes normalement gratuites est plus difficile à accepter. Par ailleurs, la maison mère de Free souhaiterait conditionner le versement de la rémunération à la qualité de ces services, qu'il estime pour l'heure insuffisante. L'option "replay", en particulier, semble moins pertinente pour une chaîne d'information en continu comme BFMTV que pour des émissions de divertissement.

 

 

Même son de cloche du côté de chez Orange. "Nous considérons qu'il y a un équilibre entre les éditeurs de chaînes et les opérateurs que nous sommes : en transportant gratuitement les chaînes, nous leur assurions une audience, sans demander de rémunération en retour", a ainsi expliqué Stéphane Richard, jeudi matin. Le PDG d'Orange rappelle par exemple que l'accord de diffusion signé avec les groupes TF1 et M6 concerne les "services associés". "Je ne veux pas préjuger des négociations à venir que nous aurons avec Altice mais pour l'heure, [ces services associés] il n'y en a pas", a ajouté Stéphane Richard. "La question n'est pas celle du montant du chèque, nous paierons s'il y a un service supplémentaire apporté au consommateur, pas dans le cas contraire", a-t-il insisté. 

 

 

 

Combien de temps cette bataille peut-elle durer ?

Les groupes vont certainement se reparler rapidement, car l'interruption des chaînes d'Altice sur la Freebox a des conséquences sur les audiences. Surtout pour BFMTV, d'habitude leader des chaînes d'information en continu

 

 

.

Pierre Dezeraud@PierreDzrd
 

chaînes info mercredi 28/08
BFMTV passe sous les 2% (1,9%)
LCI (0,9%)
CNews (0,8%)
franceinfo (0,6%)

26 personnes parlent à ce sujet
 
 

"On peut imaginer que l'audience de BFMTV va mécaniquement baisser", a concédé Alain Weill, PDG d'Altice France, invité à réagir mardi sur franceinfo au conflit qui oppose son groupe à Free. "En pleine rentrée, alors que LCI, CNews et Franceinfo ont musclé leur grille, BFMTV ne résistera pas six mois", parie Le Parisien.

 


01/09/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le samedi 3 août 2019

 

 

"Le profit retiré de cette privatisation est parfaitement scandaleux" : de plus en plus d'élus posent la question de la renationalisation des autoroutes

 

 

avatar

Manon ClaveriefranceinfoRadio France
 

 

 

Si les plus grosses concessions n'arriveront à échéance qu'à partir des années 2030, des élus de tout bord s'engagent en faveur d'une renationalisation

 

 

 

19812535

 

La barrière de péage de Chignin, en Savoie, le 10 février 2018. (JEAN-PIERRE CLATOT / AFP)

 

 

 

Chassé-croisé classé noir par Bison Futé oblige, beaucoup de monde sont sur les routes samedi 3 août. L'occasion pour le vieux débat qu'est la renationalisation des autoroutes de refaire surface. La fin des contrats de concessions approche. "Les plus grosses concessions arrivent à échéance entre 2031 et 2036", rappelle Jean-Baptiste Djebbari, jeudi 1er août sur franceinfo. Le député LREM estime que "l'État stratège est fondé à se poser la question de savoir ce qu'il entend faire avec ses grandes infrastructures".

 

 

Est-ce que vous avez vu, à un moment donné, l'État qui a dit non : 'On n'augmente pas tel tarif sur tel autoroute" ? Moi, je ne l'ai jamais vu. Jean-François Parigi député LR à franceinfo

 

 

Les autoroutes sont privées depuis 2005. La décision avait été prise par le Premier ministre Dominique de Villepin, sous la présidence de Jacques Chirac. Aujourd'hui, les propres membres de sa famille politique regrettent l'opération. Jean-François Parigi "serait plutôt d'avis à ce que l'État reprenne les concessions". Le député Les Républicains "comprend que l'État ne soit pas obligatoirement le pilote des autoroutes. La seule chose, c'est que le montage financier qui a été fait doit être mis en cause".

 

 

Si reprendre le contrôle des autoroutes fait consensus, il ne pourra pas intervenir avant plus d'une dizaine d'année. Le Parti communiste, quant à lui, estime qu'il y a urgence. Pierre Laurent a déjà déposé trois propositions de loi pour renationationaliser les autoroutes. La dernière date du mois de février. Le sénateur estime que "le profit retiré de cette privatisation est parfaitement scandaleux et chaque fois que l'on paye au péage de l'autoroute, une part tout à fait excessive va à des profits indu qui sont servis aux concessionnaires privés".

 

 

 

Utile pour financer les "déplacements alternatifs"

L'avis est partagé par la France insoumise, le Rassemblement national et Europe Écologie-Les Verts. Pour son secrétaire national David Cormand, renationaliser les autoroutes, c'est écolo : "Avec cet argent, l'État pourrait choisir d'investir par exemple sur les transports, les déplacements alternatifs que ce soit le train ou que ce soit en aidant les collectivités locales à développer les transports du quotidien, c'est à dire des transports en commun."

 

 

Mettre fin aux contrats avant leur terme coûterait 25 milliards d'euros. D'après un ancien député socialiste spécialiste du sujet, il faudrait à l'État 15 ans pour commencer à en retirer des bénéfices. L'ex-élu ajoute un chiffre : en 2032 les sociétés d'autoroutes auront versé à leurs actionnaires des dividendes quatre fois plus élevés que le prix auquel ils ont acheté les concessions.

 


03/08/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le mardi 23 juillet 2019

 

 

VRAI OU FAKE Le Ceta va-t-il faire débarquer de la viande aux farines animales, aux hormones et aux antibiotiques dans nos assiettes ?

 

 

avatar
Benoît ZagdounFrance Télévisions

 

 

 

Le traité de libre-échange signé entre l'Union européenne et le Canada interdit l'importation de viande issue d'animaux traités aux hormones de croissance, mais ne se prononce pas sur l'utilisation des farines animales et des antibiotiques dans les élevages. Les experts jugent qu'il faudra renforcer les contrôles, ce que le Ceta ne prévoit pas

 

 

 

19721383

 

Des manifestants hostiles au Ceta avec un cheval de Troie devant le Parlement autrichien, le 20 septembre 2017 à Vienne (Autriche). (JOE KLAMAR / AFP)

 

 

 

Les députés français vont-ils ratifier le Ceta, le traité de libre-échange conclu entre l'Union européenne et le Canada ? Le suspense est à son comble, car le contenu de cet accord commercial, dont le vote a été repoussé à mardi, divise jusque dans les rangs de la majorité. L'un des arguments avancés par les opposants à la ratification est la menace que cette entente transatlantique ferait peser sur la filière française d'élevage et sur les consommateurs français. L'Interbev, l'interprofession du bétail et de la viande, alerte ainsi dans un communiqué sur le risque de voir arriver dans nos assiettes de la viande canadienne issue d'animaux dopés aux farines animales, aux hormones et aux antibiotiques.

 

 

Le gouvernement n'a eu de cesse de le marteler, tout comme le député LREM Jacques Maire, rapporteur du projet de loi de ratification, sur franceinfo : "Le Ceta ne change rien." Et le secrétaire d'Etat Jean-Baptiste Lemoyne d'insister dans Le Monde : "Tous les produits interdits en Europe, comme le bœuf aux hormones, n'y entreront pas." Alors, vrai ou "fake" ?

 

 

 

Qu'est-il prévu pour le bœuf aux hormones ?

Ce que dit l'Union européenne. L'UE "interdit l'administration sans objectif thérapeutique de substances chimiques à des animaux en bonne santé" et donc des hormones de croissance, "compte tenu notamment des doutes relatifs aux effets secondaires pour la santé humaine", rappelle le rapport de la commission indépendante chargée par le Premier ministre d'évaluer le Ceta.

 

 

Ce que dit le Canada. Les hormones de croissance y sont autorisées. Six stimulateurs de croissance hormonaux sont homologués pour être administrés aux bovins de boucherie canadiens. Trois sont naturels : la progestérone, la testostérone, le 17 bêta-œstradiol. Et trois sont synthétiques : l'acétate de trenbolone, le zéranol et l'acétate de mélengestrol. L'utilisation des stimulateurs de croissance n'est autorisée pour aucune espèce animale autre que les bovins de boucherie.

 

 

Ce que dit le Ceta. Le texte prévoit que l'importation de viande issue d'animaux traités aux anabolisants reste interdite.

 

 

 

Comment sont traités les farines animales ?

Ce que dit l'Union européenne. Les farines animales, produites à partir de restes d'animaux et destinées à nourrir les bêtes dans les élevages, sont interdites en Europe depuis la crise sanitaire de la vache folle, l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), dans les années 1990. 

 

 

Leur interdiction en Europe, "en vertu du principe de précaution", est toutefois "une question éthique et non de santé publique", pointe Lionel Fontagné, professeur d'économie à la Paris School of Economics de l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Car, fait-il valoir, "ces farines ne présentent aucun danger sanitaire, dans la mesure où, depuis l'ESB, les processus industriels d'inactivation du prion ont été rendus systématiques". Mais, reconnaît l'économiste, "on peut préférer consommer du bœuf élevé en pâturage ou avec du fourrage bien sûr, ce qui est le cas en choisissant une viande originaire de France. Nous avons obtenu un système dérogatoire de ce point de vue".

 

 

Ce que dit le Canada. Ces farines de sang, de viande, d'os ou de résidus de poisson sont autorisées au Canada. Elles "sont interdites à partir du moment où elles proviennent de bovins qui sont partis à l'équarrissage", c'est-à-dire "des bovins malades", précise Sophie Devienne, agronome à AgroParisTech au cours d'une table ronde à l'Assemblée. "En revanche, les farines animales sont autorisées quand elles proviennent de carcasses de bovins en bonne santé destinés à l'alimentation humaine." 

Ce que dit le Ceta. Le Ceta ne se prononce pas sur le cas des farines animales. Et à ce jour, "rien n'interdit l'importation en Europe d'animaux nourris aux farines animales, en provenance du Canada ou d'ailleurs" dans les textes européens, fait remarquer l'économiste Lionel Fontagné.

 

 

 

Et pour les animaux traités aux antibiotiques ?

Ce que dit l'Union européenne. Au sein de l'UE, les antibiotiques administrés en tant qu'accélérateurs de croissance sont interdits depuis 1996, rappelle le rapport sur l'impact du Ceta remis au Premier ministre.

Ce que dit le Canada. Au Canada, ils sont autorisés. Depuis fin 2018, ils sont toutefois vendus uniquement sur ordonnance. "Les Canadiens sont devenus plus vigilants, observe l'agronome Sophie Devienne. Mais ça n'interdit absolument pas l'usage des antibiotiques dans l'alimentation du bétail."

 

 

Ces antibiotiques sont "incorporés dans l'alimentation de manière systématique pour éviter à moindre coût l'apparition de maladies", indique la commission indépendante sur le Ceta. "Ils permettent en particulier de raccourcir les délais d'engraissement des bovins en économisant une période hivernale."

 

 

Le problème, note la commission, c'est que "ce mode d'utilisation accroît substantiellement le risque d'antibiorésistance". En outre, "le risque est important de voir des résidus de facteurs de croissance ou d'agents microbiens se répandre dans les écosystèmes en modifiant leur équilibre, notamment dans le milieu aquatique".

 

 

Ce que dit le Ceta. Le Ceta reste muet au sujet de ces antibiotiques. "Ils n'ont pas à être mentionnés dans le Ceta, analyse l'économiste Lionel Fontagné, car une nouvelle réglementation proposée par le Parlement européen et adoptée en juin 2018 les interdits pour les importations de toutes provenances." 

 

 

Ce règlement "doit entrer en vigueur au plus tard en 2022, le temps de le traduire en actes juridiques", précise le professeur d'économie. "Cela permettra aussi aux pays tiers de mettre en place des filières spécifiques d'élevage pour l'exportation vers l'UE, comme dans le cas du bœuf sans hormones."

 

 

Mais en attendant que ce règlement s'applique, "cette viande produite avec des antibiotiques facteurs de croissance donnés en préventif, et nourrie éventuellement avec des farines animales, peut arriver sans aucun problème sur le marché européen, sans contrôle, puisque ce n'est pas interdit dans le cadre du Ceta", tranche l'agronome d'AgroParisTech Sophie Devienne.

 

 

 

Les contrôles sont-ils efficaces ?

Ce qui se fait au Canada et dans l'UE. A ce jour, des contrôles sont réalisés à la fois au Canada et en Europe. "Il existe depuis 1998 une collaboration du Canada et de l'UE dans les questions sanitaires", en application d'un accord vétérinaire européo-canadien, expose l'économiste Lionel Fontagné. "Le Canada est tenu de notifier à l'UE – et réciproquement – tout problème sanitaire sur des élevages", ajoute le professeur d'économie.

 

 

"Des audits sanitaires, réalisés par des inspecteurs de la Commission européenne, ont régulièrement lieu au Canada, pour vérifier la fiabilité des certifications canadiennes", précise Cecilia Bellora, économiste au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii), rattaché à Matignon. 

 

 

"L'audit de 2014 avait mis en évidence un problème de traçabilité des bovins", rappelle l'économiste Lionel Fontagné. "Deux systèmes de marquage co-existaient au Canada" qui "s'était engagé à régler le problème", en adoptant "une base de données unique pour 2016""Le dernier audit sanitaire de l'UE au Canada a eu lieu en 2016, écrit la direction générale du Trésor. Les résultats étaient satisfaisants, notamment pour la filière bœuf sans hormone et porc sans ractopamine." Il n'y avait "pas de problème de traçabilité". Les inspecteurs de la Commission sont repartis avec un "grand niveau de confiance". Le Trésor annonce un nouvel audit en 2019, sans préciser la date.

 

 

Des contrôles sont aussi menés sur les produits importés aux points d'entrée de l'UE. L'Inspection générale des finances a dressé le bilan de ceux faits à un poste d'inspection frontalier français en 2017. Elle y a constaté des "lacunes" : aucune recherche d'hormones n'est réalisée sur les viandes importées, la recherche d'antibiotiques n'est réalisée que pour la viande d'agneau et de cheval. La recherche de farines animales, quant à elle, n'est effectuée que dans l'huile de poisson.

 

 

Ce que prévoit le Ceta. "Rien ne figure dans le Ceta sur l'adaptation nécessaire de l'organisation des contrôles", constate la commission indépendante chargée d'évaluer le traité. Pis, le Ceta permet une diminution des contrôles physiques.

 

 

A partir du moment où on signe le Ceta on diminue le taux de contrôles. Sur les viandes, on est à 20% de taux de contrôle des matières en moyenne. Avec l'accord Ceta, on descend à 10%.Sophie Devienne, agronome à AgroParisTechlors d'une table ronde à l'Assemblée nationale

 

 

Les membres de la commission estiment pourtant que les moyens mobilisés pour assurer ces contrôles, au Canada comme dans l'UE, risquent de ne pas être suffisants pour faire face à la probable prochaine augmentation des produits canadiens destinés à l'exportation vers l'UE. 

 

 

Côté canadien, la commission recommande donc qu'une mission de l'Office alimentaire et vétérinaire de la Commission européenne aille au Canada s'assurer de l'efficacité des programmes de certification "sans hormones" et "sans ractopamine" et obtienne des garanties sur les moyens mobilisés. Et côté européen, la commission préconise le renforcement des contrôles et des analyses, notamment la recherche d'hormones, sur les viandes canadiennes à leur arrivée dans les postes d'inspection frontaliers européens.

 

 

 

La viande canadienne va-t-elle inonder le marché européen ? 

Ce qui est importé aujourd'hui. Si le Ceta n'a pas encore été ratifié par la France, il est déjà entré en vigueur provisoirement et partiellement depuis bientôt deux ans, ce qui permet une première analyse. "A ce stade, les quotas ouverts par l'UE pour les exportations canadiennes de viande bovine restent largement sous-utilisés", observe l'économiste du Cepii Cecilia Bellora, citant le rapport de l'Inspection générale des finances.

 

 

Fin 2018, 470 tonnes de viande canadienne ont été importées dans l'UE : 354 tonnes de viande bovine, fraîche comme réfrigérée et 116 tonnes de viande de bison. Le Canada n'a exporté aucune viande bovine congelée. Au niveau européen, cela représentait 2,5% des volumes prévus par les quotas pour la viande bovine fraîche et 3,8% de ceux pour la viande de bison. Et, sur ces 470 tonnes, 14 seulement étaient à destination de la France. "A titre de comparaison, la production de viande bovine en France est de 1,4 million de tonnes et en UE de 7,8 millions de tonnes", relève l'économiste du Cepii Cecilia Bellora. 

 

 

Ce qui pourrait être importé demain. Le Ceta accorde au Canada un quota annuel d'exportations vers l'Europe de 65 000 tonnes de viande bovine. Mais au vu du premier bilan, "l'accord entraînera une augmentation globalement limitée des importations européennes de viandes de porc et de bœuf canadiennes", d'après la commission indépendante sur le Ceta. Le Cepii fait la même hypothèse, dans son évaluation de l'impact du Ceta. Une analyse également partagée par AgroParisTech, l'Institut de l'élevage (Idele) et l'Institut du porc (Ifip) dans leur analyse

 

 

Le Ceta offre certes au Canada "de nouvelles opportunités pour développer une production porcine sans ractopamine et bovine sans hormone". Et cela "ne va pas manquer d'intéresser les exportateurs canadiens très performants", reconnaît AgroParisTech, l'Idele et l'Ifip. Mais "le Canada est bien installé sur des marchés d'intérêt", comme les Etats-Unis, "dont il ne se détournera pas". Et "les filières canadiennes doivent s'organiser pour fournir du porc produit sans ractopamine et des bovins sans hormone".

 

 

AgroParisTech redoute cependant une déstabilisation des prix, notamment au printemps et en été, saisons des barbecues et de la viande grillée, et quand le taux de change sera favorable au dollar canadien face à l'euro. Et la hausse, même limitée, des importations sera "susceptible d'affecter négativement un secteur de l'élevage déjà affaibli dans l'Union européenne", prévoit la commission. 

 

 

En France, comme dans le reste de l'UE, ce sont les élevages bovins allaitants qui seront touchés. Et la France, où la consommation porte essentiellement sur les vaches de réforme, pourrait être particulièrement touchée. La Commission européenne dans un rapport

 

 

Le Ceta fait planer une autre menace sur la filière, pronostique la commission. "Les caractéristiques des modes de production au Canada (...) pourraient contribuer à fragiliser la confiance du consommateur européen vis-à-vis de la viande bovine en général et venir renforcer les difficultés de la filière." La commission conseille donc de mettre l'accent sur l'étiquetage des produits pour mieux distinguer leurs provenances et leurs modes de production.

 

 

Compte tenu de toutes ces observations, l'agronome d'AgroParisTrech Sophie Devienne déplore "un accord de nouvelle génération extrêmement décevant", "très en deçà des exigences qu'on devrait avoir""Le principe de précaution de l'Union européenne risque d'être attaqué devant l'OMC par un certain nombre de pays, dont fait partie le Canada", prévient-elle. Or, comme "les exigences sont moindres" au Canada, "il y a un risque d'harmonisation vers le bas des normes européennes".

 

 

Franceinfo est partenaire de la consultation "Comment les médias peuvent-ils améliorer la société ?" avec Make.org, Reporters d’Espoirs et plusieurs autres médias. Si vous souhaitez y participer, vous pouvez proposer vos idées et voter sur celle des autres participants dans le module ci-dessous

 


23/07/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le jeudi 18 juillet 2019

 

 

Taux plein à 64 ans, système à points... Ce qu'il faut retenir du rapport Delevoye sur la réforme des retraites

 

 

avatar
franceinfoFrance Télévisions

 

 

 

Le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye a rendu son rapport sur le nouveau système de retraites. Celui-ci pourrait entrer en vigueur en 2025. Il sera toujours possible de s'arrêter de travailler à 62 ans, mais avec une décote

 

 

 

19724087

 

Des syndicats et des organisations patronales lors d'une réunion avec la ministre de la Santé Agnès Buzyn et le haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye, jeudi 18 juillet à Paris. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

 

 

 

A l'avenir, les Français vont basculer dans la retraite par points. Le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, a dévoilé jeudi 18 juillet ses recommandations pour un "système universel" qui doit remplacer les 42 régimes existants. Son rapport était très attendu car il doit servir de base pour le futur projet de loi. Le texte pourrait être présenté en Conseil des ministres à l'automne avant d'être examiné au Parlement après les municipales de mars pour une possible entrée en vigueur en 2025. Les assurés nés en 1963 – âgés de 56 ans – seront donc les premiers concernés par la réforme.

 

 

Voici ce qu'il faut retenir de ce rapport controversé.

 

 

 

Un système par points

La réforme doit mettre en place un système de cotisation par points et non plus par annuités. Ce futur "système universel" restera "public et par répartition". Ce dispositif met donc un terme à l'ancien calcul qui retient les 25 meilleures années pour les salariés du privé et les six derniers mois pour ceux du public. L'esprit est le suivant : un euro cotisé devra donner les mêmes droits à tous et dix euros cotisés équivaudront à un point. Le taux de cotisation sera de 28,12% avec une répartition entre l'employeur et le salarié à 60-40%, comme actuellement.

 

 

Certaines exceptions sont toutefois prévues, afin d'éviter un changement trop brusque pour les métiers "régaliens" (policiers, douaniers, pompiers, surveillants pénitentiaires) et certains bénéficiaires qui partent aujourd'hui plus tôt à la retraite. Les aides-soignantes, par exemple, devraient rejoindre les règles du privé avec un accès au "compte pénibilité" pour partir au mieux à 60 ans.

 

 

Les départs anticipés des régimes spéciaux de la fonction publique, notamment ceux assimilés à des emplois classés en catégorie active, seront progressivement fermés. Le compte professionnel de prévention, qui permet d'acquérir jusqu'à deux années de départ anticipé à la suite de l'exposition à un risque professionnel, sera toutefois étendu aux fonctionnaires et aux régimes spéciaux.

 

 

 

Un taux plein à 64 ans

Le gouvernement veut encourager les Français à travailler plus longtemps. L'âge légal de départ sera bien maintenu à 62 ans mais l'âge qui permettra aux actifs de partir à la retraite avec un équivalent du taux plein sera fixé à 64 ans. Cet "âge d'équilibre" – car il permet un équilibre du système de retraites – évoluera en fonction de l'espérance de vie des Français. Des incitations leur seront proposées pour qu'ils partent plus tard, avec notamment un nombre de points plus important. En 2018, l’âge moyen de départ à la retraite était de 62,4 ans pour les hommes et 63 ans pour les femmes. 

 

 

Le rapport maintient donc l'âge légal de départ à 62 ans, une promesse d'Emmanuel Macron. Mais le gouvernement fait également le pari suivant : les assurés recherchent le taux plein et opteront donc pour l'âge d'équilibre. Ceux qui partiront avant cet âge-pivot, vivement contesté par plusieurs syndicats, verront ce rendement diminuer de 5% par année d'écart, quand ceux qui prolongeront leur activité au-delà bénéficieront d'un rendement majoré de 5% par an. Certains syndicats sont hostiles à ce système de décote et de surcote.  Dominique Corona, secrétaire général adjoint de l'Unsa, avait même averti que la "confiance serait rompue" le cas échéant.

 

 

Le dossier de presse prend l'exemple fictif d'un travailleur qui a acquis 30 000 points au cours de sa carrière et qui a cotisé sur la base d'un salaire égal à 1,5 smic. Le montant de la pension sera de 1 375 euros par mois à 64 ans. Il sera en revanche plus faible auparavant : 1 237 euros à 62 ans et 1 306 euros à 63 ans. Il sera plus élevé après :      1 444 euros à 65 ans et 1 512 euros à 66 ans.

 

 

 

Une pension minimum à 85% du smic

Jean-Paul Delevoye propose de garantir dans le futur système de retraites une pension minimum égale à 85% du smic net, contre 81% pour les salariés et 75% pour les agriculteurs actuellement. Ce nouveau minimum "bénéficiera notamment aux exploitants agricoles, aux artisans, aux commerçants et aux personnes, souvent des femmes, qui ont durablement travaillé à temps partiel", précise le haut-commissaire.

 

 

Par ailleurs, les périodes de chômage indemnisé, maternité, invalidité et maladie donneront droit à des points de solidarité qui auront la même valeur que les points attribués au titre de l'activité.

 

 

 

Une majoration dès le premier enfant

Jean-Paul Delevoye suggère de majorer les droits à la retraite de 5% par enfant dès la première naissance, contre 10% actuellement pour les parents de trois enfants et plus, afin d'adapter les droits familiaux "aux évolutions de la société" et de favoriser les femmes, dont la pension moyenne est aujourd'hui "inférieure de 42%" à celle des hommes. Cette majoration des points acquis pourra être partagée entre les deux parents. A défaut, elle sera attribuée à la mère.

 

 

"Les droits familiaux produiront systématiquement une augmentation du montant de la pension, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui pour les mères qui ont des carrières leur permettant d'atteindre par leur seule activité le taux plein", fait valoir le rapport.

 

 

 

Une règle unique de réversion 

Un dispositif de réversion unique remplacera les 13 dispositifs existants. Le haut-commissaire envisage par ailleurs que les pensions de réversion versées aux conjoints survivants, le plus souvent des femmes, leur assurent 70% du total des retraites perçues par le couple, contre 54% pour le régime général. La réversion reste toutefois réservée aux couples mariés.

 

 

 

Un conseil citoyen en garde-fou

Une assemblée générale sera mise en place pour représenter l'ensemble des assurés, des employeurs et des acteurs du système. Le Conseil d'orientation des retraites et le comité de suivi des retraites seront remplacés par un comité d'expertise indépendant. Ce dernier pourra alerter si besoin le gouvernement et le Parlement en cas de non respect de ses objectifs. Enfin, un conseil citoyen rendra chaque année un avis sur la situation du système. Les assurés pourront consulter leur situation et réaliser des simulations grâce à un compte unique, accessible en ligne.

 


19/07/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le mardi 2 juillet 2019

 

 

L'accord Mercosur-UE fait aussi grincer des dents côté brésilien

 

 

avatar
franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Le traité de libre échange entre les deux continents est critiqué des deux côtés de l'Atlantique

 

 

 

19620279.jpg 

Les agriculteurs brésiliens s'inquiètent notamment du "principe de précaution" intégré dans l'accord à la demande de l'Union européenne. (NELSON ALMEIDA / AFP)

 

 

"Inacceptable" pour les agriculteurs et les écologistes français, l'accord entre l'UE et le Mercosur inquiète aussi au Brésil, où l'on craint l'impact sur une industrie moins compétitive que l'européenne et un recours excessif au "principe de précaution" visant les produits agricoles sud-américains. L'accord conclu vendredi soir après 20 ans d'âpres discussions entre l'Union européenne et les quatre pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) "ne profite pas à l'industrie sidérurgique brésilienne", affirme dans un communiqué l'Institut brésilien de l'acier (IAB).

 

 

En raison de la crise économique au Brésil et de l'offre excédentaire mondiale d'acier, cet organisme souligne que le secteur a déjà une marge de capacité inutilisée de 34% et pourrait donc produire un tiers en plus. Par ailleurs, le risque est grand pour la sidérurgie brésilienne de "voir des matériaux provenant de pays extérieurs au bloc de l'Union européenne entrer sur le marché (brésilien), par l'intermédiaire d'entreprises (européennes), déguisés en matériaux européens", ajoute l'IAB qui dénonce une "asymétrie concurrentielle".

 

 

 

Le "principe de précaution" redouté

"La productivité industrielle du Mercosur est inférieure à l'européenne. C'est une des raisons pour lesquelles l'accord n'avait pas été signé jusqu'ici, pour ne pas la pénaliser davantage", décrypte l'analyste indépendant Felipe Queiroz. "Si l'on ne met pas en place des garde-fous, le processus de désindustrialisation (...) et de re-primarisation de l'économie risque de s'accentuer" au Brésil, ajoute-t-il, jugeant que cela pourrait se traduire par une hausse du chômage. "Nous allons finir en n'exportant que des céréales, des poulets et de la viande de boeuf", conclut-il.

 

 

Un autre point de l'accord Mercosur-UE inquiète au Brésil : la référence au "principe de précaution" qui garantit que les autorités publiques pourront "agir pour protéger la santé humaine, animale ou végétale, ou l'environnement, face à un risque perçu, même lorsque l'analyse scientifique n'est pas concluante". "Historiquement, le Brésil a toujours été opposé à l'inclusion du principe de précaution, une revendication de l'UE, tant durant les cycles de négociation au sein de l'Organisation mondiale du commerce que lors des discussions bilatérales", explique à l'AFP Pedro Camargo Neto, ancien président de la Société rurale brésilienne et fin connaisseur des questions agricoles.

 

 

 

Le ministère des Affaires étrangères tente de rassurer

"Selon nous, les règles déjà existantes dans le cadre de l'accord multilatéral de l'OMC ont été et sont toujours suffisantes pour garantir la santé et la sécurité des populations de l'Union européenne", ajoute cet ancien responsable de la production et du commerce au sein du ministère de l'Agriculture (2000-2002). "C'est avec surprise que nous avons appris dans la presse que le Mercosur avait accepté cette forme de protection supplémentaire dans l'accord avec l'UE", conclut-il, traduisant l'inquiétude qui règne au Brésil dans le secteur agricole concernant cette clause. Une inquiétude que le ministère des Affaires étrangères a tenté de dissiper.

 

 

Tout a été négocié pour blinder le Brésil contre un usage inapproprié de cet instrument.Pedro Miguel Costa e Silva, négociateur au quotidien "Valor"

 

 

Selon le texte, les Sud-Américains bénéficient d'un accès accru au marché européen pour leur production agricole, en particulier leur boeuf. D'autres produits comme les chaussures, les vêtements, le jus d'orange, le café, le miel, le bois, le polyéthylène, le cuir ou les pièces détachées automobiles sont également concernés. Ce vaste accord, qui doit encore être validé par les Etats membres, touche près de 770 millions de consommateurs. Il doit permettre d'éliminer de nombreux droits de douane dans les domaines industriel et agricole, mais concerne aussi les services, les marchés publics, les obstacles techniques au commerce, les mesures sanitaires et phytosanitaires et la propriété intellectuelle.

 


02/07/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le jeudi 13 juin 2019

 

 

Réforme des retraites : allez-vous devoir travailler plus longtemps ?

 

 

 

Devant les députés, Edouard Philippe a assuré qu'il n'y aurait pas de report de l'âge légal de départ à la retraite, fixé à 62 ans. Mais le Premier ministre a aussi annoncé que l'exécutif entendait "définir un âge d'équilibre et des incitations à travailler plus longtemps"

 

 

 

19496295.jpg

 

Le Premier ministre, Edouard Philippe, lors de son discours de politique générale devant l'Assemblée nationale, le 12 juin 2019. (ALAIN JOCARD / AFP)

 

 

 

Mesure logique pour le gouvernement, "gros loup" pour la CGT. Lors de son discours de politique générale devant les députés, Edouard Philippe a déclaré que l'exécutif définirait dans le cadre de la future réforme des retraites un "âge d'équilibre et des incitations à travailler plus longtemps". Toutefois, le Premier ministre a assuré que l'âge légal de départ à la retraite, fixé à 62 ans, resterait inchangé, comme l'avait promis Emmanuel Macron. Concrètement, les Français devront-ils travailler plus longtemps ? A quel âge faudra-t-il partir pour toucher une pension complète ? Eléments de réponse.

 

 

 

L'âge légal de départ à la retraite est maintenu
à 62 ans…

"Continuer à partir à la retraite deux ans plus tôt que l’âge moyen des autres pays européens, c’est demander à nos enfants de financer cet écart", a affirmé Edouard Philippe devant les députés, mercredi. Dans le système actuel français, il faut cumuler deux critères pour toucher une retraite complète : avoir cotisé un nombre minimum de trimestres – qui dépend de votre année de naissance – et avoir 62 ans, l'âge légal en vigueur en France.

 

 

Cet âge légal de 62 ans, Emmanuel Macron avait promis, pendant la campagne présidentielle, de ne pas y toucher. Sauf que ce seuil est aujourd'hui une contrainte pour l'exécutif, puisqu'il ne permettrait pas d'assurer le financement des retraites.

 

 

L'enjeu est donc de demander aux Français de travailler plus longtemps, pour pouvoir financer le système de retraites. Mercredi, le rapport annuel du Conseil d'orientation des retraites publié dans la presse a pronostiqué que le déficit du système serait deux fois plus élevé que prévu d'ici à 2022, atteignant 10 milliards d'euros. Si les travailleurs partent trop tôt à la retraite, les comptes du régime vont donc très vite plonger dans le rouge, et les retraités pourraient voir leurs pensions fondre comme neige au soleil.

 

 

 

… mais les pensions seront amputées en cas de départ avant un "âge d'équilibre" 

Pour éviter de se retrouver dans cette situation, le gouvernement entend créer un "âge d'équilibre", qu'il appelait jusqu'ici "âge pivot""Si vous voulez partir avant cet âge d'équilibre, ça sera possible, mais votre pension sera amputée, vous toucherez moins d'argent", résume Fanny Guinochet, journaliste à L'Opinion, sur franceinfo.

 

 

A ce sujet, Edouard Philippe n'a pas précisé quel serait ce fameux "âge d'équilibre", mais il faut s'attendre à ce qu'il soit bien au-delà des 62 ans. "En Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, ils sont plutôt sur des âges de départ entre 64 et 65 ans, l'âge d'équilibre risque donc d'être dans ces eaux-là", poursuit Fanny Guinochet. Dans les faits, les Français travaillent déjà souvent après 62 ans. En moyenne, ils partent à 63 ans.

 

 

Le haut commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, avait avancé en début d'année l'hypothèse d'une surcote à partir de 62 ans. En clair : travailler plus longtemps pour avoir une pension plus élevée. Mais l'hebdomadaire Challenges rapportait la semaine dernière que l'exécutif étudiait plutôt un dispositif de "bonus-malus". Les travailleurs qui partiraient à la retraite avant l'"âge d'équilibre" seraient donc pénalisés par un malus.

 

 

Sans dévoiler l'option retenue, Edouard Philippe a affirmé que "chacun pourra faire son choix, en liberté et en responsabilité", ajoutant toutefois que "la condition pour que ce choix existe, c'est que le chômage recule". Invitée des "4 Vérités" jeudi sur France 2, Sibeth Ndiaye a défendu ce projet : "Aujourd'hui, il faut comprendre que tout le monde devra travailler un peu plus. Pour une bonne raison, parce qu'on vit un peu plus longtemps." 

 

 

 

L'opposition dénonce un "report déguisé" 

Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a dénoncé sur franceinfo un "enfumage". "Oui, il y a un gros loup même. On nous dit 'on ne change pas l'âge légal', mais si vous partez à l'âge légal, vous n'aurez pas de quoi vivre parce que c'est ça la décote", s'est-il insurgé.

 

 

Le syndicaliste conteste la logique de l'exécutif selon laquelle il faudrait travailler plus longtemps pour s'aligner sur l'allongement de l'espérance de vie. "On dit 'on vit plus longtemps aujourd'hui', c'est parce qu'on a baissé le temps de travail hebdomadaire, rappelle-t-il. C'est parce que l'âge de la retraite a été ramené à une époque à 60 ans. Si on fait l'inverse aujourd'hui, on travaille plus longtemps, on va rapprocher l'âge de la retraite de l'âge de la mort. Et ça, c'est proprement scandaleux." 

 

 

Le député LR de l'Ain Damien Abad a quant à lui pointé un report déguisé, sur franceinfo.

 

 

Les Français ont compris qu'on allait contourner le problème et qu'on allait reculer l'âge effectif de départ à la retraite sans le leur dire, pour éviter une crise sociale.Damien Abad, député LR sur franceinfo

 

 

"On voit bien que le gouvernement avance masqué, qu'il ne veut pas dire la vérité aux Français, qu'il n'assume pas un report de l'âge légal de la retraite", a ajouté Damien Abad. De son côté, le député LFI Ugo Bernalicis a estimé que la situation changerait peu. "C'est déjà le cas. Vous avez un âge légal de départ à la retraite et vous avez un âge effectif. On voit aujourd'hui que les gens partent après 63 ans à la retraite", a-t-il commenté.

 


13/06/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le jeudi 30 mai 2019

 

 

Electricité : on vous explique pourquoi la hausse des prix du 1er juin est jugée "injuste"

 

 

 

Les tarifs réglementés de l'électricité doivent augmenter de 5,9% au 1er juin

 

 

 

19407527.jpg

 

 Les tarifs réglementés de l'électricité vont progresser de 5,9% en moyenne, le 1er juin 2019.  (ALAIN JOCARD / AFP)

 

 

 

Coup de chaud sur les factures d'électricité des Français. Les tarifs réglementés vont progresser de 5,9% en moyenne dès samedi, selon une décision publiée jeudi 30 mai au Journal officiel. Cette hausse avait été proposée par la Commission de régulation de l'énergie (CRE) en février, mais le gouvernement avait utilisé le délai légal pour la geler pendant l'hiver, en pleine colère des "gilets jaunes".  

 

 

Une augmentation dénoncée aujourd'hui et qualifiée d'"injuste" et trop brusque par les associations de consommateurs. Franceinfo vous explique pourquoi.

 

 

 

Quels tarifs augmentent exactement 

Ce sont les tarifs réglementés de vente de l'électricité (TRV) qui vont augmenter. Ils correspondent au "tarif bleu" d'EDF, auxquels souscrivent 25 millions de foyers. Or, de nombreuses offres concurrentes (d'Engie, de Total Direct Energie, d'ENI), sont indéxées sur les TRV, et seront donc aussi mécaniquement amenées à augmenter. 

 

 

En moyenne, une hausse de 5,9% des TRV va représenter un coût supplémentaire de 85 euros par an pour les ménages se chauffant à l'électricité. Cette première hausse devrait être suivie d'une seconde début août, autour de 1%, liée aux coûts de transport de l'électricité. 

 

 

 

Qui a décidé de cette hausse 

La hausse de 5,9% avait été proposée par la Commission de régulation de l'énergie (CRE) en février, mais le gouvernement avait ensuite utilisé le délai légal pour la geler pendant l'hiver, en pleine colère des "gilets jaunes". Ce faisant, il a retardé son application pendant la période la plus froide, où l'électricité est la plus utilisée par les particuliers.

 

 

Le gouvernement a ensuite soumis à la mi-mai, au Conseil supérieur de l'énergie (CSE), un projet de décision sur les tarifs des TRV. La date du 1er juin correspond à "la date limite permise par la délibération de la CRE" pour son application, explique le document soumis au CSE.

 

 

 

Quelles sont les raisons de cette augmentation des prix ? 

Jean-François Carenco, le président de la CRE, a justifié la hausse des tarifs par une nécessité d'entretenir les réseaux électriques. "La qualité de notre système électrique fait qu’on était obligé de faire cela", a-t-il fait valoir sur CNews. 

 

 

De son côté, le gouvernement a avancé une autre raison. "En 2018, les prix de gros de l'électricité ont notablement augmenté en France, comme dans toute l'Europe, du fait de l'augmentation des prix des combustibles et du carbone, fait valoir le gouvernement. La hausse proposée par la CRE est du même ordre de grandeur que les hausses répercutées dans les autres pays : 8% en Espagne et en Italie et hausse de 20% du tarif social en Belgique."

 

 

Mais la majeure partie de cette augmentation est liée à la concurrence et au principe de "contestabilité". Les TRV sont conçus non seulement pour refléter les coûts d'EDF, mais aussi pour pouvoir permettre aux fournisseurs alternatifs de le concurrencer, d'être compétitifs et de pouvoir proposer des tarifs inférieurs : c'est le principe de la "contestabilité".

 

 

Or, les concurrents d'EDF, qui ont accès, à un coût fixe, à une partie de l'électricité nucléaire produite par le fournisseur d'énergie, se sont multipliés ces dernières années, réduisant de facto la part du gâteau pour chacun. Ils ont donc dû se fournir sur les marchés, où les prix sont plus élevés. Au total, "40% de l'augmentation prévue ne correspondent pas à une hausse des coûts d'EDF mais ont pour but de permettre à ses concurrents de proposer des prix égaux ou inférieurs aux TRV", pointait ainsi l'Autorité de la concurrence en mars, comme le souligne Le Parisien

 

 

 

Pourquoi cette hausse est-elle contestée ? 

En se pliant au principe de "contestabilité", les TRV augmenteraient ainsi en partie pour protéger la concurrence. "Pratiquement la moitié de l’augmentation à venir n’est donc là que pour permettre à la concurrence d’exister. On fait donc payer les consommateurs pour qu’ils puissent faire des économies en ayant le choix entre plusieurs fournisseurs. Ça n'a aucun sens !", s'indigne auprès du Parisien François Carlier, délégué général de la CLCV, l'association nationale de défense des consommateurs et usagers. 

 

 

Aujourd'hui, le calcul du tarif de l’électricité est défini selon des modalités complexes votées par le Parlement, qui visent à la fois à favoriser la concurrence et à défendre la position d’EDF. Mais face à cette situation insatisfaisante, le gouvernement souhaite réagir pour éviter qu'une telle situation ne se reproduise l'an prochain. "Le mode de calcul actuel ne nous satisfait pas : il ne permet pas de faire profiter les Français notamment du fait qu'il y a l'énergie nucléaire qui, elle, est à coûts relativement constants pour les centrales anciennes, et donc nous allons changer le mode de calcul", avait indiqué François de Rugy, le ministre de la Transition écologique et solidaire, fin avril.

 

 

D'autre part, la polémique a aussi pris de l'ampleur lorsque François de Rugy a dénoncé dans ce dossier la dérive des coûts de production d'électricité en France. "EDF s'endette parce qu'elle n'arrive pas à couvrir ses coûts de production avec ses recettes", a-t-il affirmé sur Europe 1, ciblant les "coûts salariaux" d'EDF (ses salariés ne paient que 10% du prix de l'électricité) et les "dérives sur le parc électro-nucléaire français", notamment le coût de l'EPR de Flamanville, qui est pour l'heure officiellement de 10,9 milliards d'euros.

 

 

 

Quels recours sont possibles pour les consommateurs ? 

Pour contrer la hausse des TRV,  l'association de consommateurs UFC-Que choisir a lancé le 28 mai une opération de commande de gaz et d’électricité groupée. Les offres d'achats groupés consistent à réunir un maximum de clients pour obtenir des prix réduits. Une aubaine pour les participants. "En moyenne, au vu des expériences passées, c'était 200 euros d'économies par souscripteur", indique auprès d'Europe 1 Cédric Musso, de l’UFC-Que choisir. "Mais c'est une moyenne et plus la consommation est importante, plus les économies seront significatives."

 

 

L'inscription peut se faire sur le site Choisirensemble.fr jusqu'au 9 septembre. Des offres personnalisées seront ensuite proposées, avec des tarifs garantis pendant deux ans.

 


30/05/2019
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le mercredi 29 mai 2019

 

 

General Electric : la "responsabilité de l'Etat est doublement engagée", déclare Jean-Pierre Chevènement

 

 

avatar
franceinfoRadio France

 

 

 

Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre et ancien maire de Belfort, était l'invité de franceinfo ce mercredi matin. Il réagit à l'annonce, mardi, de la suppression de 1 050 emplois chez General Electric

 

 

 

 

Alors que General Electric a confirmé la suppression de plus de 1 000 postes en France, principalement sur le site de Belfort, Jean-Pierre Chevènement a estimé sur franceinfo que la "responsabilité de l'Etat est doublement engagée."

 

 

L'ancien ministre dénonce l'accord de 2014 entre General Electric et l'Etat : "Il est apparu que cet accord soi-disant équilibré ne l'était pas. Il n'y avait pas égalité entre Alstom d'une part, General Electric de l'autre", a-t-il déclaré. "La philosophie de l'accord c'est tout pour les actionnaires, rien pour les salariés et haro sur les salariés qui se retrouvent au carreau", a dénoncé l'ancien maire de Belfort.

 

 

 

Après le sauvetage de l'entreprise par Jacques Chirac c'est Bouygues qui a pris la suite avec les conséquences que nous voyons. Ce n'est pas possible d'en rester-là.

Jean-Pierre Chevènement

à franceinfo

 

 

 

Pour régler le problème, selon Jean-Pierre Chevènement, il faudrait "créer une filiale de Safran et de General Electric", créer également "dans des locaux qui existent" des "unités de fabrication de technologies aéronautiques qui sont très voisines". Cela représenterait "200 emplois", selon Jean-Pierre Chevènement. Autre possibilité, "il y a une opération qui consiste à prolonger la durée de vie de nos centrales et cela peut donner du travail à des équipes d'ingénieur à Belfort."

 

 

Jean-Pierre Chevènement attend d'Emmanuel Macron "qu'il aille plus loin que ce qu'il a dit jusqu'à présent". L'ancien maire de Belfort avait accompagné le président de la République sur le site, lorsqu'il était ministre de l'Economie. "Il a pris un certain nombre d'engagements moraux et il faut que l'Etat intervienne puissamment pour maintenir en vie le site industriel de Belfort", a conclu Jean-Pierre Chevènement.

 


29/05/2019
0 Poster un commentaire