L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

Moyen-Orient


Franceinfo - le mercredi 31 octobre 2018

 

 

Le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi était "prémédité", annonce le procureur turc chargé de l'enquête

 

 

Jamal Khashoggi a été tué par "strangulation" au consulat de son pays à Istanbul et son corps "démembré", précise aussi le procureur d'Istanbul

 

 

 

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Des manifestants decant l'ambassade saoudienne, à Washington (Etats-Unis), le 8 octobre 2018.  (JIM WATSON / AFP)

 

 

 

Le journaliste Jamal Khashoggi a été tué par "strangulation" à son arrivée au consulat saoudien en Turquie, le 2 octobre, avant d'être "démembré". C'est ce qu'a annoncé le procureur d'Istanbul, mercredi 31 octobre, soulignant le caractère "prémédité" de ce meurtre. Expliquant que la visite à Istanbul du procureur général saoudien dans le cadre de l'enquête "n'a pas donné de résultat concret", le bureau du procureur d'Istanbul se dit dans un communiqué "obligé" de partager certains éléments révélés par son enquête.

 

 

Conformément à un plan prémédité, la victime Jamal Khashoggi a été étranglée à mort dès son entrée au consulat. Le corps de la victime a été démembré et on s'en est débarrassé suite à sa mort par strangulation.communiqué du bureau du procureur d'Istanbul

 

 

Selon le texte du bureau du procureur, les autorités turques ont de nouveau demandé au procureur saoudien et la délégation l'accompagnant l'extradition de 18 suspects arrêtés en Arabie saoudite dans le cadre de l'enquête sur la mort du journaliste, tué dans le consulat de son pays où il s'est rendu le 2 octobre pour des démarches administratives.

 

 

 

Ryad évoque une opération "non autorisée"

Elles ont également exigé de savoir où se trouvait le corps de Khashoggi, toujours pas retrouvé, et l'identité du "collaborateur local" mentionné par Ryad et si des éléments confirmant le caractère prémédité du meurtre avaient été mis au jour par Ryad. En guise de réponse, toujours selon le communiqué, le procureur d'Istanbul a été invité à se rendre en Arabie saoudite avec les éléments de l'enquête en sa possession. Le communiqué n'a pas précisé si le procureur turc entend donner suite à cette invitation.

 

 

Ryad a estimé, selon le texte, que seule une enquête conjointe entre les deux pays pourra permettre de déterminer ce qu'il est advenu du corps de Khashoggi et si son meurtre a été prémédité. Sous la pression internationale, Ryad a fini par reconnaître, après plusieurs jours de dénégations, le meurtre du journaliste dans son consulat lors d'une opération "non autorisée", mais a avancé plusieurs versions contradictoires qui ont suscité le scepticisme.

 

 

Plusieurs responsables et médias turcs ont directement incriminé le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dit MBS, dans ce meurtre, alors que Ryad s'efforce de le dédouaner en insistant sur le caractère "non autorisé" de l'opération.

 


12/11/2018
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Franceinfo - le mercredi 24 octobre 2018

 

 

Affaire Khashoggi : le prince héritier d'Arabie saoudite assure que "la justice prévaudra" après le meurtre du journaliste

 

 

Mohammed ben Salmane s'est exprimé pour la première fois sur l'affaire Kashoggi lors d'un forum international sur l'investissement à Riyad

 

 

 

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Le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane à Riyad, le 23 octobre 2018. (AMR NABIL/AP/SIPA / AP)

 

 

 

Le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane a qualifié mercredi 24 octobre de "crime haineux" le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat d'Istanbul (Turquie), affirmant que Riyad coopérait avec Ankara et que "la justice prévaudra". S'exprimant lors d'un forum international sur l'investissement à Riyad, le prince a estimé qu'il n'y aurait "pas de rupture des liens avec la Turquie", dans ses premières déclarations publiques depuis la disparition de Khashoggi le 2 octobre.

 

 

Ceux qui sont derrière ce crime devront rendre des comptes (...) et, à la fin, la justice prévaudra.Mohammed ben Salmanelors d'un forum à Riyad

Plus tôt, la présidence turque avait indiqué que le président Recep Tayyip Erdogan et Mohammed ben Salmane avaient discuté mercredi des "efforts communs" à mettre en œuvre pour élucider le meurtre de Khashoggi, un journaliste critique du prince héritier. L'Arabie saoudite avait d'abord affirmé que Khashoggi était parti librement après s'être rendu au consulat pour des démarches administratives en vue de son mariage avec une Turque.

 

 

Cependant, alors que la pression internationale montait, le royaume a admis samedi dernier qu'il était mort dans le consulat, évoquant un décès à la suite d'une "rixe". Riyad a annoncé des arrestations et des limogeages, notamment à la tête des services de renseignement. Des responsables saoudiens ont affirmé que le prince Mohammed n'avait "pas été informé" de l'opération contre Khashoggi.

 


29/10/2018
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Franceinfo - le mardi 23 octobre 2018 - mis à jour le mercredi 24 octobre 2018

 

 

Meurtre de Jamal Khashoggi : "tous ceux qui ont joué un rôle" doivent être punis, déclare Recep Tayyip Erdogan

 

 

 

Le président turc s'est exprimé mardi devant les parlementaires de son parti à Ankara, trois semaines après la mort du journaliste saoudien

 

 

 

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Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, le 23 octobre 2018 à Ankara (Turquie). (ERCIN TOP / ANADOLU AGENCY / AFP)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé mardi 23 octobre que toutes les personnes impliquées dans le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, y compris les commanditaires, devaient être punies. "La conscience internationale ne sera apaisée que lorsque toutes les personnes impliquées, des exécutants aux commanditaires, auront été punies", a-t-il déclaré, proposant que 18 suspects arrêtés en Arabie "soient jugés à Istanbul".

 

 

Un "meurtre planifié". Dans ce discours prononcé devant le groupe parlementaire de son parti à Ankara, Erdogan a affirmé que le meurtre de Khashoggi le 2 octobre avait été "planifié" plusieurs jours à l'avance, contredisant la version saoudienne faisant état d'une rixe ayant mal tourné.

 

 

Trois agents saoudiens arrivés en Turquie la veille de la disparition. Le président turc a révélé que trois agents saoudiens étaient arrivés en Turquie la veille de la disparition du journaliste. Le trio s'est rendu dans une forêt proche d'Istanbul ainsi qu'à Yalova, une ville située sur la mer de Marmara, à 90 km au sud d'Istanbul, deux sites où la police turque a procédé à des fouilles.

 

 

La vidéosurveillance du consulat désactivée le matin même. Le président turc n'a pas donné d'éléments sur ce qui a pu se produire à l'intérieur du consulat saoudien, avant et après la mort du journaliste. Il affirme que le circuit de vidéosurveillance du consulat a été "désactivé" le matin de la disparition du journaliste et que l'enquête ne sera pas terminée tant que "toutes les questions n'auront pas de réponse".

 


29/10/2018
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Franceinfo - le samedi 20 octobre 2018

 

 

Mort du journaliste Jamal Khashoggi : la France "condamne ce meurtre" et réclame "une enquête exhaustive"

 

 

Le même jour, l'Arabie saoudite a fini par reconnaître la mort du journaliste, après dix-sept jours de dénégations

 

 

 

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Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, le 6 septembre 2018 à Athènes. (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

 

 

 

"La France condamne ce meurtre avec la plus grande fermeté." Samedi 20 octobre, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian a réagi à la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Le même jour, l'Arabie saoudite a fini par reconnaître sa mort, après dix-sept jours de dénégations. "De nombreuses questions restent toutefois sans réponse. Elles nécessitent une enquête exhaustive", réclame le ministre, dans un communiqué.

 

 

Le procureur général Saoud Al-Mojeb a publié un communiqué sur le déroulement des faits. "Les discussions qui ont eu lieu entre lui et les personnes qui l'ont reçu au consulat saoudien à Istanbul ont débouché sur une rixe à coups de poing avec le citoyen Jamal Khashoggi, ce qui a conduit à sa mort, que son âme repose en paix", écrit-il. Il n'a, en revanche, pas précisé où se trouvait le corps de Jamal Khashoggi, alors que les enquêteurs turcs poursuivent leurs investigations.

 

 

"La France exprime une nouvelle fois ses attentes à l’égard des autorités saoudiennes pour qu’elles agissent en ce sens. Ces attentes sont d’autant plus fortes que nos deux pays sont liés par un partenariat stratégique qui implique franchise, exigence et transparence", détaille le ministre français dans son communiqué.

 


26/10/2018
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Franceinfo - le samedi 20 octobre 2018 - mis à jour le mardi 23.10.18

 

 

Complots, purges, guerre… Mohammed ben Salmane, l'itinéraire d'un prince à la main de fer

 

 

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Camille CaldiniFrance Télévisions

 

 

 

Le prince-héritier d'Arabie saoudite a montré au monde un visage de réformateur, tout en faisant preuve de brutalité dans sa gestion des affaires du pays

 

 

 

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 Le prince héritier Mohammed ben Salmane (à droite), et son père le roi Salmane d'Arabie saoudite, lors d'une réunion à La Mecque, le 11 juin 2018. (BANDAR AL-JALOUD / SAUDI ROYAL PALACE / AFP)

 

 

 

Il voulait "faire entrer l'Arabie saoudite dans le XXIe siècle". Jeune, dynamique, réformateur, prônant "un islam du juste milieu"… Mohammed ben Salmane, prince-héritier du trône saoudien, a dépensé beaucoup d'énergie et de pétrodollars, pour tisser et renforcer ses relations économiques et diplomatiques avec les alliés du royaume, Etats-Unis en tête, ces dernières années. Mais l'affaire Jamal Khashoggi, journaliste saoudien dont l'Arabie saoudite a confirmé, samedi 20 octobre, la mort lors d'une "rixe" au consulat de son pays à d'Istanbul, début octobre, jette une lumière crue sur la face sombre de "MBS".

 

 

>> DIRECT. Affaire Khashoggi : le président turc Recep Tayyip Erdogan s'exprime devant le Parlement, trois semaines après la mort du journaliste

 

 

Dans les rues de Riyad, on l'appelle parfois "Abu Rasasa", littéralement "le père de la balle". Le surnom lui vient d'une anecdote, murmurée jusque dans les couloirs des ambassades. Lorsqu'il était âgé d'à peine plus de 20 ans, MBS aurait forcé la main d'un juge saoudien qui refusait de signer un document, en déposant une balle de pistolet sur son bureau, raconte The Atlantic*. "Signez ou ceci est pour vous", aurait-il ajouté. Véridique ou non, "l'histoire de la balle" révèle la crainte qu'inspire déjà le jeune MBS, qui n'a pas encore entamé sa fulgurante ascension des marches du pouvoir.

 

 

 

Passage en force au royaume

Son père, Salmane ben Abdel Aziz Al-Saoud, succède à Abdallah sur le trône, en 2015, et MBS est nommé ministre de la Défense. A tout juste 30 ans, il déclenche, par son intervention militaire au Yémen, ce qui est aujourd'hui considéré comme la pire catastrophe humanitaire du XXIe siècle, qui a fait plus de 10 000 morts, affamé des millions de Yéménites et entraîné une terrible épidémie de choléra. Trois ans plus tard, MBS refuse toujours de se retirer du conflit, au risque de céder le terrain à son ennemi juré, l'Iran, avec lequel il se dispute le statut de chef de file des Etats musulmans.

 

 

Quelques semaines avant ses 32 ans, Mohammed ben Salmane est propulsé héritier du trône, à la place de son respecté cousin Mohammed ben Nayef, alors ministre de l'Intérieur. Salmane offre ainsi les clés du royaume à son "fils préféré", "né de son épouse préférée", précise la presse internationale. Mais pour convaincre le Conseil d'allégeance, qui détermine la succession au trône, MBS a joué des coudes. Son entourage a mené une efficace campagne de dénigrement, en décrivant Mohammed ben Nayef, dépendant aux antidouleurs depuis une tentative d'assassinat d'Al-Qaïda, comme un drogué inapte à gouverner, raconte le New York Times*. Ne reste alors qu'à convoquer "MBN" pour le pousser à faire allégeance à son cousin.

 

 

Contrairement à celle de Mohammed ben Nayef, la légitimité du nouveau dauphin n'a rien d'évidente. "Même s'il est de plus en plus présent auprès de son père, il reste inconnu sur la scène internationale", rappelle Camille Lons, chercheuse et coordinatrice au Conseil européen des relations internationales (ECFR), à franceinfo. Très vite se dessine "une hypercentralisation des pouvoirs entre ses mains, peut-être justement pour compenser son manque de légitimité", poursuit cette spécialiste de la péninsule arabique. En plus de la Défense, MBS hérite des Affaires économiques et du Développement et devient président du Conseil suprême de la compagnie pétrolière Saudi Aramco.

 

 

 

Une "Vision 2030" qui séduit le monde

Dans ce pays où des centaines de princes vivent grassement de la rente pétrolière, "cela lui permet d'avoir la mainmise sur les différentes factions", explique Camille Lons, en particulier celles qui pourraient se rebeller. MBS a alors les mains libres pour présenter au monde, en octobre 2017, son projet pour l'Arabie saoudite du futur, baptisé "Vision 2030". MBS invite le gotha international des affaires et met des étoiles dans les yeux des investisseurs en affichant ses ambitions : faire sortir l'Arabie saoudite de sa dépendance au pétrole, "renouer avec un islam modéré" en "éradiquant les idées extrémistes" et répondre, sur le plan social, aux demandes d'une population jeune et hyper-connectée, qui parfois étouffe dans cette société sclérosée.

 

 

Riyad mise beaucoup sur une mesure pragmatique et symbolique : les femmes ont désormais le droit de conduire. Economiquement, c'est une nécessité. "La moitié de la population qui ne travaille pas, c'est un problème", résume la chercheuse Camille Lons. A l'international, c'est un progrès très remarqué et applaudi. MBS veut aussi rouvrir des cinémas, bannis depuis plus de trente ans, et bâtir Neom, une ville orientée vers le loisir et le divertissement, où les femmes pourraient apparaître en public non voilées. De quoi montrer aux religieux les plus conservateurs que MBS n'a que faire de leur avis. "C'est aussi une façon d'ouvrir le pays au tourisme et, là encore, c'est profitable à l'économie du pays", poursuit Camille Lons. Sans compter que "dans un régime autocratique, accorder une certaine souplesse sociétale, c'est s'assurer une mainmise politique", selon elle.

 

 

Mais le réformateur MBS envoie des signaux contradictoires. Tandis qu'il lève l'interdiction faites aux Saoudiennes de conduire, il fait arrêter des militantes féministes qui ont lutté pour cette ouverture. "Tout en ayant accordé aux habitantes du royaume plus de droits qu'aucun souverain avant lui, MBS s'oppose d'une main de fer à l'émergence d'un mouvement de défense des droits des femmes à part entière", analyse Le Monde. Son image de réformateur s'écorne un peu plus au fil de ses décisions. En septembre 2017, il fait jeter en prison des intellectuels, des religieux, des militants des droits de l'homme. "C'est là que Jamal Khashoggi décide de s'exiler aux Etats-Unis", rappelle l'ancienne correspondante de Radio France à Riyad, Clarence Rodriguez, à franceinfo.

 

 

 

Une purge "pour plaire aux Occidentaux"

Deux mois plus tard, MBS organise une purge, "appelée anticorruption pour plaire aux Occidentaux", selon la journaliste. Plus de 380 princes, ministres et anciens ministres, hommes d'affaires, sont embastillés dans le luxueux hôtel Ritz-Carlton de Riyad, tandis que les puissants chefs de la Garde nationale saoudienne et de la marine sont limogés. La plupart ne sont relâchés qu'après avoir ouvert leur portefeuille ou rendu des biens considérés par MBS comme "mal acquis". Les caisses du royaume sont renflouées de 100 milliards de dollars. Près d'un an plus tard, "de nombreux hommes d'affaires et princes saoudiens portent un bracelet électronique et ont interdiction de quitter le royaume", selon Clarence Rodriguez.

 

 

Mohammed ben Salmane se fait beaucoup d'ennemis au sein des élites, y compris dans sa propre famille. "Mais tout est arrivé tellement vite, les réformes comme les purges, qu'il y a eu comme un effet de sidération", estime Camille Lons. Y compris hors des frontières. En août 2018, seul le Canada se dit "gravement préoccupé" par une vague d'arrestations de militants des droits de l'homme. Un tweet de l'ambassade canadienne à Riyad appelant à "les libérer immédiatement" déclenche une crise diplomatique. L'ambassadeur Dennis Horak est expulsé, Riyad rappelle son représentant à Ottawa et gèle les relations commerciales entre les deux pays. 

 

 

Pourquoi ce "silence assourdissant", dénoncé par nombre d'ONG ? "Le problème pour les Etats-Unis, c'est que Donald Trump a mis tous ses œufs dans le même panier", analyse Camille Lons, "en organisant toute sa politique au Proche-Orient autour de sa relation avec l'Arabie saoudite""Quant à la France, elle a un impact très limité : si elle arrête de vendre des armes à l'Arabie saoudite, un autre pays prendra sa place", assure la chercheuse Camille Lons à franceinfo.

 

 

 

La "goutte d'eau qui fait déborder le vase"

La mort suspecte de Jamal Khashoggi, Saoudien exilé aux Etats-Unis, éditorialiste au Washington Post, va-t-elle rebattre les cartes ? Tandis que les premiers éléments de l'enquête pointent l'implication de l'entourage direct de Mohammed ben Salmane, le vent tourne. Le "Davos du désert", conférence économique organisée à Riyad, qui devait accueillir des centaines d'investisseurs étrangers, est boycotté par ses têtes d'affiche, repoussées par cette image d'autocrate.

 

 

C'est un "mauvais coup pour le jeune prince", dont le pays a "un besoin vital de se diversifier", explique Didier Billion, directeur adjoint de l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), à franceinfo. Ces absences sont "un indicateur du fait que cet assassinat d'un journaliste est véritablement la goutte d'eau qui fait déborder le vase", affirme-t-il, tout en ne croyant pas à "des ruptures diplomatiques en chaîne". L'Arabie saoudite reste "un partenaire trop important".

 

 

Mohammed ben Salmane pourrait quand même servir de fusible. Selon les informations du New York Times*, en privé, le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a "sévèrement dit à MBS qu'il devrait endosser la responsabilité de l'affaire Khashoggi pour aider le royaume à éviter un retour de bâton international".

 

 

"Les Sages de la famille régnante se penchent" sur son cas, selon les informations du Figaro. Réunis "dans la plus grande discrétion", les représentants des différents clans de la famille royale, dont certains n'ont toujours pas digéré l'épisode du Ritz-Carlton, pourraient proposer au roi de nommer un vice-prince héritier. "Le retour des Etats-Unis du frère de MBS, le prince Khaled ben Salmane, 30 ans, qui y servait comme ambassadeur, alimente nombre d'interrogations", selon le quotidien. "Si Khaled ben Salmane est nommé vice-prince héritier, cela pourrait signifier que MBS sera sur le départ, mais pas tout de suite", explique une source saoudienne au Figaro.

 

 

*Les liens suivis d'un astérisque sont en anglais

 


24/10/2018
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Franceinfo - le samedi 20 octobre 2018

 

 

L'Arabie saoudite confirme que le journaliste Jamal Khashoggi a été tué au consulat d'Istanbul

 

 

 

Riyad se fonde sur les résultats préliminaires de son enquête interne. Les autorités ajoutent que 18 Saoudiens ont été arrêtés dans le cadre des investigations

 

 

 

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Des manifestants brandissent le portrait du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 9 octobre 2018 à Istanbul (Turquie). (OZAN KOSE / AFP)

 

 

 

Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi est bel et bien mort au consulat d'Istanbul (Turquie), estime l'Arabie saoudite, vendredi 19 octobre, en se basant sur les résultats préliminaires de son enquête interne. Cette prise de position attendue a été relayée par la télévision publique Al Ekhbariya. Le journaliste, qui s'opposait dans ses chroniques publiées dans le Washington Post au prince héritier Mohammed ben Salmane, n'avait plus donné signe de vie après s'être rendu, le 2 octobre, au consulat de son pays à Istanbul.

 

 

Une bagarre qui a mal tourné, selon Riyad

Selon la version saoudienne, une bagarre a éclaté entre Jamal Khashoggi et les personnes qui l'ont rencontré au consulat. "Les discussions (...) ont débouché sur une rixe, ce qui a conduit à sa mort", écrit l'agence de presse officielle SPA, en citant le parquet. De son côté, la police turque avait reconstitué le trajet des quinze Saoudiens qui sont entrés dans le consulat en même temps que le journaliste et en sont ressortis peu de temps après. Ces hommes étaient arrivés quelques heures plus tôt de Riyad, la plupart par avion privé, ont précisé des responsables turcs.

 

 

Le média Middle East Eye, qui couvre l'actualité du Proche-Orient, affirme par ailleurs que le personnel du consulat était sorti une demi-heure avant le rendez-vous et qu'il lui avait été demandé de prendre congé l'après-midi.

 

 

>> Révélations sordides, pressions diplomatiques… Comment l'enquête sur l'affaire Khashoggi embarrasse Riyad

 

 

Riyad annonce que 18 ressortissants saoudiens ont été arrêtés dans le cadre de cette affaire et que les investigations se poursuivent. L'Arabie saoudite a également annoncé le limogeage du vice-président du service général de renseignement, Ahmad Al-Assir, et d'un conseiller de haut rang à la cour royale. Avant cette annonce, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, et le roi Salmane d'Arabie saoudite s'étaient entretenus pour la deuxième fois au téléphone.

 


24/10/2018
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Franceinfo - le jeudi 18 octobre 2018 Mis à jour le mardi 23 octobre 2018

 

 

Qui est Jamal Khashoggi, le journaliste saoudien disparu en Turquie ?

 

 

L'opposant au prince héritier d'Arabie saoudite, qui avait fui son pays pour les Etats-Unis, n'a plus été vu depuis début octobre

 

 

 

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Des manifestants à Istanbul, le 8 octobre 2018, brandissent des portraits de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien porté disparu depuis le 2 octobre 2018. (OZAN KOSE / AFP)

 

 

 

Son nom ne vous dit peut-être rien, mais sa disparition a déjà des conséquences économiques et diplomatiques. Le journaliste Jamal Khashoggi, qui s'opposait dans ses chroniques publiées dans le Washington Post au prince héritier Mohammed Ben Salmane ("MBS"), n'a plus donné signe de vie après s'être rendu, mardi 2 octobre, au consulat de son pays à Istanbul, en Turquie. Depuis, des médias turcs et américains livrent des détails terrifiants sur les circonstances de sa mort présumée. Qui était ce journaliste, dont l'influence menaçait l'homme fort de l'Arabie saoudite ?

 

 

>> DIRECT. Affaire Khashoggi : le président turc Recep Tayyip Erdogan s'exprime devant le Parlement, trois semaines après la mort du journaliste

 

 

Homme de grande taille, portant des lunettes, une moustache et un bouc grisonnant, Jamal Khashoggi est né en 1958 à Médine, en Arabie saoudite, dans une famille originaire de Turquie. Son grand-père "était le médecin personnel du grand-père de MBS, le roi Ibn Saoud", rapporte Christine Ockrent, auteure d'un livre sur le prince saoudien, dans Le Point. Comme d'autres jeunes de l'élite saoudienne, il part faire ses études aux Etats-Unis et obtient, en 1982, un bachelor en administration des affaires, à l'université d'Indiana.

 

 

Une carrière brillante en Arabie saoudite

Au cours des années 1980, il travaille comme journaliste en Arabie saoudite – pour des rédactions comme Saudi Gazette ou Okaz – et devient ensuite correspondant à l'étranger (Algérie, Koweït, Soudan...). Il couvre notamment la guerre en Afghanistan, durant laquelle il interviewe (en anglais) le jeune Oussama Ben Laden, et se fait prendre en photo (en anglais) parmi les moudjahidines, tenant un fusil d'assaut. Ces deux épisodes contribuent à le rendre célèbre – même si le second lui vaut la désapprobation de sa hiérarchie.

 

 

 

 

 

 

Au début des années 2000, il prend la direction de deux grands journaux saoudiens, Arab News, puis El Watan. Jugé trop progressiste, il est licencié à deux reprises de cette dernière rédaction (en 2003 puis en 2007) par le ministère de l'Information. Le pouvoir lui reproche d'avoir autorisé la diffusion d'articles critiquant des extrémistes religieux, rappelle Bloomberg (en anglais).

 

 

A la veille de sa disparition, le journaliste de 59 ans est l'un des reporters les plus connus en Arabie saoudite, suivi par plus d'1,7 million d'internautes sur Twitter. Il est aussi régulièrement invité sur les plateaux des chaînes anglo-saxonnes, comme en octobre à la BBC. Sa carrière lui a permis de développer des liens avec les puissants du monde arabe, dont le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui réclame des comptes à l'Arabie saoudite depuis sa disparition à Istanbul, relève le New York Times (en anglais).

 

 

Longtemps proche de l'élite saoudienne

Malgré ses licenciements successifs, le journaliste est longtemps resté proche du sérail saoudien. En 2003, après avoir été évincé d'El Watan, il rejoint l'ambassadeur saoudien à Londres et ex-patron du renseignement saoudien, le prince Tourki Al-Faisal, dont il devient un "proche conseiller", poursuit Christine Ockrent. Il le suit, deux ans plus tard, dans sa nouvelle affectation à Washington, relève aussi Bloomberg (en anglais). Parmi ses amis haut placés, Jamal Khashoggi compte aussi le prince milliardaire Al-Walid Ben Talal, qui lui confie en 2015 la direction d'une chaîne de télévision nommée Al Arab. L'antenne, basée au Bahreïn pour contourner la main-mise du pouvoir saoudien sur les médias, fonctionne durant quelques heures, avant d'être coupée par les autorités du Bahreïn.

 

 

Malgré ces soubresauts, Jamal Khashoggi soutient la montée en puissance, puis l'arrivée au pouvoir, du prince héritier Mohammed Ben Salmane. Favorable à un virage progressiste du royaume, le journaliste se réjouit des premières décisions de "MBS", telle la levée de l'interdiction de conduire pour les femmes. Le 6 mars, il explique dans un éditorial du quotidien britannique The Guardian (en anglais) : "Pour son programme de réformes intérieures, le prince héritier mérite des éloges." Mais il ajoute immédiatement : "Ce jeune et impétueux innovateur n'a ni encouragé, ni permis, le moindre débat en Arabie saoudite sur la nature de ses nombreux changements."

 

 

Critique de l'héritier "MBS"

L'idylle entre "MBS" et Jamal Khaghossi ne dure pas, en effet. Le journaliste, qui n'a jamais eu sa langue dans sa poche, critique les méthodes du prince, et notamment la répression des opposants politiques. Sous l'impulsion de ce dernier, son ami milliardaire Al-Walid Ben Talal sera d'ailleurs arrêté en septembre 2017, et détenu plusieurs mois, avec 10 autres princes, à l'hôtel de luxe Ritz-Carlton de Riyad. Le journaliste dénonce aussi l'engagement militaire du royaume au Yémen et prend la défense des Frères musulmans (en anglais), considérés comme des terroristes par l'Arabie saoudite. 

 

 

Après une campagne d'arrestation de dissidents, dont des prédicateurs et des intellectuels, Jamal Khaghossi s'exile donc aux Etats-Unis, à l'été 2017, et démarre une contribution aux pages d'opinions du Washington Post. Dans ses chroniques (en anglais), traduites en arabe, il continue de traiter les thèmes qui lui sont chers : critique du régime, liberté de la presse et géopolitique. En septembre, le journaliste écrit (en anglais) par exemple : "Quand je parle de peur, d'intimidation, d'arrestations et d'humiliations publiques d'intellectuels et de dirigeants religieux et que je vous dis que je suis d'Arabie saoudite, êtes-vous surpris ?" 

 

 

Exilé aux Etats-Unis, il continue de craindre pour sa vie

Au pays de Donald Trump, "Khashoggi apporte aux médias américains (...) des clés de compréhension" de son pays, analyse Christine Ockrent. "Et cela, dans une ville [Washington] où l'Arabie saoudite paie des millions des sociétés de relations publiques pour construire l'image de 'MBS'." L'influence du journaliste semble d'ailleurs déranger le prince : les mois précédant sa disparition, Jamal Khashoggi prévient à plusieurs reprises ses collègues qu'il craint pour sa vie (en anglais). En août, il confie ainsi à l'une d'elles : "Bien sûr qu'ils [les dirigeants de l'Arabie saoudite] aimeraient me voir hors jeu."

 

 

Une crainte dont témoigne aussi sa fiancée turque, Hatice Cengiz, une doctorante de 36 ans avec qui il avait acheté un appartement à Istanbul. Alors que Jamal Khagghosi entre dans le consulat saoudien à Istanbul, mardi 2 octobre, il lui a dit "d'alerter les autorités turques si [elle] n'avai[t] pas de nouvelles de lui", raconte-t-elle au New York Times (en anglais). Et poursuit : "Le reste est désormais connu : il n'est jamais ressorti de ce bâtiment".

 


23/10/2018
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le Progrès du samedi 10 juin 2017

 

 
 
    CRISE QATAR/ARABIE SAOUDITE - GUERRE FROIDE ET CYBERGUERRE

 

 

 

L'Arabie Saoudite et ses alliés publient une liste de "terroristes" qui seraient soutenus par le Qatar. Dans le même temps, la chaîne qatarie Al Jazeera a été la cible de cyberattaques. Mais le régime de Doha semble moins isolé depuis que la Turquie lui a apporté son soutien.

 

 

La tension est encore montée d'un cran hier dans le Golfe. La crise entre le Qatar et ses puissants voisins est toujours très vive, cinq jour après la rupture des relations diplomatiques et le blocus routier imposé à l'Émirat gazier. L'Arabie Saoudite et ses alliés accusent le Qatar de soutenir 59 terroristes et 12 organisations djihadistes. Leurs noms figurent sur une liste noire publiée par le royaume wahhabite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et l'Égypte. Le Qatar dénonce des accusations sans fondement.

 

 

 

Le pouvoir d'influence d'Al Jazeera

 

La guerre froide dans le Golfe a pris aussi l'allure d'une cyberguerre avec les attaques informatiques lancées contre les sites internet et les comptes sur les réseaux sociaux de la chaîne Al Jazeera, un des symboles du "soft power" du Qatar.

 

 

Ce pays de 2,7 millions d'habitants, dont 80 % de travailleurs immigrés, plus petit que la région Île-de-France, dispose d'un énorme pouvoir d'influence grâce à sa chaîne d'informations regardée par plus de 45 millions d'arabophones dans le monde. Lundi dernier, l'Arabie Saoudite a fermé les bureaux d'Al Jazeera dans la pays. Les Émirats arabes unis exigent même du Qatar la fermeture de la chaîne avant toute négociation.

 

 

Ce n'est pas la première fois qu'Al Jazeera est pris pour cible par les principales puissances sunnites du Golfe. Les monarchies pétrolières avaient vu d'un mauvais oeil la couverture de la chaîne favorable aux révolutions arabes. Al Jazeera avait aussi été accusée d'avoir soutenu les Frères musulmans et le président Mohamed Morsi en Égypte.

 

 

Le Qatar, qui se paye le luxe d'accueillir la Coupe du monde de football en 2022, avait aussi donné une leçon de modernité aux régimes sclérosés du Golfe en juin 2013 lorsque l'émir Sheikh Hamad bin Khalifa al-Thani avait abdiqué en faveur de son fils Tamim, alors âgé de 33 ans.

 

 

La rupture était devenue inévitable lorsque l'émirat qui possède les troisièmes réserves mondiales de gaz naturel s'est un peu rapproché de l'Iran chiite, l'ennemi juré de l'Arabie Saoudite.

 

 

 

La guerre informatique joue un rôle important dans cette crise, la plus grave dans le Golfe depuis l'invasion du Koweït en 1990. Le Qatar a accusé des hackers d'avoir piraté l'agence de presse officielle du pays et diffusé une fausse déclaration de l'émir qatari dans laquelle il recommandait un rapprochement avec l'Iran et se félicitait de ses bonnes relations avec Israël et le Hamas. Le FBI américain a confirmé l'hypothèse d'un piratage. C'est en utilisant le prétexte de ces propos incendiaires que l'Arabie Saoudite a décidé la brutale mise au ban du Qatar.

 

 

 

Hier, le régime de Doha semblait toutefois un peu moins isolé. La Turquie, l'autre grande puissance sunnite du Moyen-Orient, a renouvelé son soutien à son allié qatari, proposant une aide pour des approvisionnements. Le président Erdogan est prêt à envoyer d'autres soldats turcs au Qatar où Ankara possède une base militaire. La crise actuelle pourrait finalement déboucher sur une alliance entre les deux régimes sunnites du Qatar et de Turquie, voire même un rapprochement de circonstance avec l'Iran chiite. Luc Chaillot

 

 

 

 

TRUMP OUBLIE LA BASE AMÉRICAINE AU QATAR

 

Donald Trump savait-i que le Qatar abrite la plus grande base militaire américaine au Moyen-Orient ? Le président américain semblait l'ignorer lorsqu'il a félicité l'Arabie saoudite et ses alliés du Golfe pour avoir rompu leurs relations diplomatiques avec l'émirat dans le but de mettre fin au financement du terrorisme.

 

 

Donald Trump a même vu dans l'isolement du Qatar un succès diplomatique, estimant que sa visite en Arabie saoudite commençait à porter ses fruits. Pourtant, les États-Unis entretiennent au Qatar une base aérienne dont le rôle est essentiel dans la lutte contre Daech. Près de 11 000 soldats américains y sont positionnés. C'est de cette base Al Udeid que décolle une partie des avions américains qui partent bombarder les combattants de Daech en Syrie et en Irak.

 

 

Donald Trump semble avoir pris conscience de sa gaffe. Mercredi, il a téléphoné à l'émir du Qatar pour lui proposer la médiation des États-Unis afin de régler le conflit avec ses voisins du Golfe. L.C

 


13/06/2017
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le Progrès du mercredi 7 juin 2017

 

 
 
    CRISE DANS LE GOLFE - QATAR : SUSPENSION DE VOLS ET TENTATIVES DE
      MÉDIATION

 

 

 

La suspension des vols aériens vers ou depuis Doha décidée par plusieurs pays arabes a pris effet hier, alors que des tentatives de médiation se poursuivent pour désamorcer la crise sans précédent autour d'un Qatar isolé et accusé de "soutenir le terrorisme".

 

 

Le Qatar a vu lundi l'Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats Arabes Unis, le Yémen, l'Égypte et les Maldives rompre toute relation diplomatique avec lui. Se sont ajoutées des mesures économiques comme la fermeture des frontières terrestres et maritimes entre ces pays et le Qatar.

 


11/06/2017
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le Progrès du mardi 6 juin 2017

 

 
 
    LE QATAR EST, DEPUIS HIER,  MIS AU BAN PAR L'ARABIE SAOUDITE ET SES
      VOISINS

 

 

 

GOLFE PERSIQUE : L'HEURE EST À LA GUERRE FROIDE

 

 

L'Arabie saoudite et ses alliés ont rompu leurs relations avec le Qatar, accusé de financer le terrorisme. Une crise qui cache surtout une reprise en main par Riyad du petit émirat ami de la France, trop indépendant.

 

 

Frontières fermées, avions cloués au sol, ambassadeurs rappelés, ruée sur les produits de première nécessité dans les magasins... Si cela n'est pas encore la guerre, cela ressemble à ses préparatifs. L'Arabie Saoudite, Bahreïn, les Émirats Arabes Unis, l'Égypte et le Yémen ont rompu hier avec le Qatar, isolant le richissime émirat qu'ils accusent de financer des groupes terroristes.

 

 

Dénonçant la volonté de l'Arabie saoudite et de ses proches alliés de le placer sous tutelle, le Qatar qualifié d'"injustifiée" et "sans fondement" cette décision.

 

 

La crise couvait depuis une dizaine de jours, et la publication par l'agence de presse qatarie de déclarations attribuées à l'émir Tamim ben Hamad Al Thani.  Ce dernier y louait notamment le rôle stabilisateur de l'Iran dans la région : un véritable chiffon rouge pour le régime saoudien qui n'a guère écouté les démentis des autorités de Doha expliquant avoir été victimes d'un piratage. Alimenté par les médias saoudiens et émiratis, l'incendie diplomatique a gonflé pendant des jours. Jusqu'au coup de tonnerre d'hier.

 

 

 

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Le Qatar, franc tireur du Golfe

 

Sur l'échiquier régional, Doha a souvent joué se propre partition. Soutien historique du Hamas palestinien, classé organisation terroriste par Washington, l'émirat héberge pourtant la plus grande base aérienne américaine de la région. Et au contraire de son puissant voisin saoudien, le Qatar a souvent ménagé l'Iran avec lequel il exploite les champs gaziers du Golfe. Il s'est aussi rapproché ces dernières années de la Turquie d'Erdogan. Téhéran et Ankara ont d'ailleurs apporté hier leur soutien au Qatar en appelant au dialogue.

 

 

Mais l'émir de Doha est aussi régulièrement soupçonné de laxisme dans la lutte contre le financement par des fonds privés d'organisations terroristes. Les Saoudiens n'ont fait que reprendre ces critiques.

 

 

 

Un précédent en 2014

 

Paradoxalement, des soupçons identiques pèsent d'encore plus longue date sur l'Arabie saoudite. La rétention par le gouvernement britannique d'un rapport sur la question défrayait encre la chronique ces derniers jours Outre-Manche... Mais dans l'écheveau complexe du Moyen-Orient, le qualificatif d'organisation terroriste varie selon les pays. Soutenus depuis longtemps par le Qatar, les Frères musulmans ont ainsi droit de cité en Turquie... mis sont une des bêtes noires de la monarchie saoudienne, qui voit dans son idéologie ne menace existentielle. Idem pour l'Égypte du général Al-Sissi, qui avait destitué en juillet 2013 le président Morsi, pourtant élu démocratiquement.

 

 

À l'époque, le soutien du Qatar aux Frères musulmans avait d'ailleurs entraîné une première crise. En 2014, l'Arabie saoudite, les Émirats Arabes Unis et Bahreïn avaient rappelé leurs ambassadeurs durant huit mois. Bis repetita ? À ceci près que cette fois l'Iran, ennemi mortel de Riyad, fait aussi partie de l'équation, et que se multiplient dans la presse arabe les rumeurs d'un coup d'État visant à renverser l'émir Tamim. Jean-Michel Lahire

 

 

 

46 ans : c'est l'âge de l'émirat du Qatar. Ancien protectorat britannique, ce dernier avait refusé en 1971 de rejoindre les Émirats Arabes Unis. Depuis sa création, il est dominé par la famille Al Thani, ce qui n'empêche pas les coups d'États : cinq au total

 

 

 

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REPÈRES

 

 

■ Un petit pays enclavé

 

À peine plus grand que la Gironde, le Qatar forme une péninsule d'environ 11 500 km2 s'avançant au milieu du Golfe persique. Il partage son unique frontière terrestre, au sud, avec l'Arabie saoudite. Hormis cette dernière, ses plus proches voisins sont le royaume du Bahreïn à l'ouest, et les Émirats Arabes Unis à l'est.

 

 

 

■ Les expatriés majoritaires

 

Des 2,6 millions d'habitants du pays, seuls 313 000 sont Qataris. Tous les autres sont des expatriés, principalement du sous-continent indien ou d'Égypte

 

 

 

■ Un patchwork religieux

 

Autre conséquence : la population du pays est un patchwork de nationalités et de religions. Seuls 67 % des habitants sont musulmans, près de 14 % sont chrétiens et 14 % hindouistes. L'islam est religion d'État.

 

 

 

UN AMI GÉNÉREUX DE LA FRANCE

 

 

Vu de la France, le Qatar est associé au PSG, ses dépenses faramineuses en achats de joueurs, ses salaires pharaoniques. Même si l'ancien tennisman professionnel Nasser Al Khelaïfi est le président du PSG, le vrai propriétaire, via le fonds Qatar Sports Invest (QSI), n'est autre que le cheik Al Thani, émir actuel.

 

 

La chaîne de télévision BeIn sports s'inscrit aussi dans cette visibilité donnée par le football au petit émirat organisateur controversé de la coupe du monde de 2022. L'achat du Grand Prix de l'Arc de Triomphe, à Longchamp, véritable championnat du monde du galop rebaptisé du nom de l'Émirat, participe d'une "tradition et de liens anciens du monde arabe pour les courses de chevaux" selon France-Galop. QSI a mis 20 M€ sur la table pour sauver l'épreuve.

 

 

 

Cadeau fiscal

 

Dans les trois dossiers, sous les présidences Chirac puis surtout Sarkozy, les chefs d'État sont personnellement intervenus. La proximité entre les émirs et les présidents français agaçait l'Arabie saoudite voire les alliés de la France.

 

 

Car le Qatar, partenaire commercial de la France depuis 1974, pèse lourd dans l'économie française. Hôtels de luxe et murs de grands magasins ou de sièges de banques à Paris, casinos et hôtels (Carlton et Martinez) à Cannes, centres commerciaux : le patrimoine immobilier du fonds Qatar hospitality, géré par la famille de l'émir, est évalué à 12 milliards d'euros. Cadeau de bienvenu : une convention fiscale de 2009 qui exonère les investissements qataris de toute fiscalité sur les droits de mutations, les plus-values, les dividendes et les impôts fonciers.

 

 

Par le biais de ses parts dans le groupe Lagardère (2,8 %) et d'un fonds souverain d'investissement l'émirat détient 11 % du capital d'Airbus. Ce fonds a acquis 3,5 % des parts de Total, 5 % de Veolia et 4,5 % de Suez environnement, les deux leaders mondiaux de la gestion de l'eau et des déchets et 4 % du constructeur Vinci. Les Qatariens sont majoritaires dans le groupe des Magasins le Printemps, actionnaires du site Ventreprivée, possèdent via une épouse du cheik, le groupe Le Tanneur & cie.

 

 

Surtout, les fonds souverains qataris ont soutenu le programme "Future french champions" à hauteur de 150 m€. Il a permis l'émergence de nombreuses strart-up dans la santé, le numérique, l'agroalimentaire et a remplacé avantageusement l'enveloppe de 50 m€ dévolue aux banlieues jusqu'en 2014.

 

 

Enfin, pas moins de 60 entreprises françaises travaillent au Qatar de façon permanente et 80 % de l'armée de l'émirat est équipée de matériel français. On comprend pourquoi François Hollande, plutôt proche des Saoudiens et informé des liens entre Qatar et groupes fondamentalistes, a ménagé cet ami controversé. Pas évident de rompre.

 


08/06/2017
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le Progrès du lundi 16 janvier 2017

 

 

 

ISRAËL - TECHNOLOGIES. TEL-AVIV, PARADIS POUR LES START-UP

 

 

La capitale économique d'Israël offre un environnement propice à l'innovation et aux nouvelles technologies. Beaucoup de jeunes créent leur start-up grâce à l'expérience acquise pendant leur service militaire.

 

 

Tel-Aviv est un eldorado pour les nouvelles technologies, dans un pays où l'économie est florissante et où le taux de chômage est tombé à 5,3 %. La capitale économique d'Israël compte plus de 1 450 start-up, soit la plus forte concentration au monde. Google, Coca-Cola, Microsoft, Apple et Facebook ont aussi choisi Tel-Aviv pour y installer un de leurs centres de recherche.

 

 

"Israël a peu de ressources naturelles. La moitié du pays est désertique. Les israéliens ont donc toujours dû innover dans l'agriculture, la dessalinisation ou les nouvelles technologies", explique Nili Shalev, responsable des relations avec l'Europe au ministère de l'industrie.

 

 

Pour encourager les créateurs de start-up, la municipalité de Tel-Aviv met à leur disposition un espace de co-travail au sommet de la Shalom Tower, l'ancien gratte-ciel le plus haut du Proche-Orient. La ville compte 84 pépinières similaires, deux fois plus qu'à Paris.

 

 

 

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Une ville très ouverte, à l'opposé de Jérusalem

 

"Les futurs entrepreneurs doivent avoir un projet sérieux et un business plan. Ils ont six mois pour voler de leurs propres ailes avant de laisser la place aux suivants", explique Mira Marcus, porte-parole de la mairie de Tel-Aviv. Plus de 200 sociétés de capital-risque sont implantées à Tel-Aviv. L'une d'elles, dotée de 150 millions de dollars, a été créée par Eden Shochat, l'Israélien qui a vendu son application de reconnaissance faciale Face.com au géant de l'Internet Facebook. Les sommes sont si importantes que certains craignent un risque d'éclatement de la bulle financière.

 

 

Avec 318 jours de soleil par an et une population très jeune, Tel-Aviv offre une atmosphère propice à l'innovation. "C'est une ville très ouverte, avec la plus importante Gay Pride du Proche-Orient, à l'opposé de Jérusalem qui cristallise les tensions inter-religieuses", souligne Richard Benhamou, un ancien Marseillais qui vit en Israël.

 

 

La militarisation de la société est un autre facteur favorisant l'éclosion des start-up, dans un pays où chaque citoyen doit effectuer un service militaire de trois ans (deux ans pour les femmes). "L'armée leur donne du courage, le sens des responsabilités et une grande maturité. Après, ils peuvent conquérir le monde", souligne Mira Marcus.

 

 

"La high-tech, l'agriculture, la recherche appliquée, toutes les innovations viennent de l'armée, qui est une véritable pépinière de talents", confirme Elie Elalouf, député centriste à la Knesset.

 

 

 

L'unité 8 200 de Tshal, école d'excellence

 

L'unité 8 200 est l'un de ces viviers montrés en exemple. "Cette division spécialisée dans le renseignement est une école d'excellence", observe Nili Shalev. Checkpoint, le leader mondial de la sécurité sur internet, a été créé par un israélien qui a fait son service militaire dans cette unité de Tsahal.

 

 

En Israël, un entrepreneur a le droit de se tromper. "Dans notre société, on accepte l'échec plus facilement. Il y a moins de freins qu'ailleurs", souligne Mira Marcus.

 

 

Moins de 2 % des start-up israéliennes appartiennent à des étrangers. "La faute à une politique d'immigration très restrictive, qui favorise surtout les juifs qui viennent faire leur "alya en Israël", explique Mira Marcus. Pour attirer davantage d'entrepreneurs étrangers, le gouvernement devrait lancer en 2017 un visa "spécial start-up" d'une durée de deux ans. Luc Chaillot

 

 

 

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L'appli qui a localisé Abdeslam

 

Près de 200 000 Israéliens ont déjà téléchargé Reporty, une application qui permet de communiquer plus efficacement avec la police, les sapeurs-pompiers et le SAMU. Grâce à la géolocalisation et à la caméra du smartphone, les services de secours peuvent localiser précisément le lieu de l'appel et suivre la situation sur place en vidéo. "Les images valent souvent plus de 100 mots", explique Eric Banoun, un des créateurs de la start-up qui a levé huit millions de dollars auprès d'actionnaires, dont l'ancien premier ministre Ehud Barak.

 

 

Eric Barnoun n'en est pas à son coup d'essai. Son ancienne société revendue à des Américains a développé un système d'écoute et de géolocalisation qui a permis de retrouver Salah Abdeslam lors de sa cavale en Belgique après les attentats du 13 novembre à Paris.

 

 

L'application Reporty est utilisée à Singapour et dans douze villes israéliennes. La police de New York s'y intéresse et Uber l'a adoptée pour la sécurité de ses chauffeurs aux États-Unis. "En France, nous sommes en contact avec les villes de Marseille et de Nice qui réfléchissent à équiper leurs employés municipaux avec Reporty. L'idée c'est de réagir rapidement face à un incident, par exemple en cas de conduite d'eau percée. La vidéo permettra de prendre la bonne décision en fonction des priorités", explique Éric Banoun. Reporty est aussi en discussion avec des assureurs français dont Allianz et Axa et avec un syndicat de policiers. L.C.

 


17/01/2017
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le Progrès du lundi 16 janvier 2017

 

 

 

BAHREÏN - TROIS CHIITES EXÉCUTÉS

 

 

Trois Bahreinis de confession chiite, condamnés à mort pour un attentat à la bombe commis en 2014 et ayant coûté la vie à des policiers, ont été exécutés hier à Bahreïn. Ces mises à mort ont entraîné de violentes manifestations et ravivé les tensions entre la majorité chiite et le pouvoir sunnite. Quatre organisations de défense des droits de l'Homme ont condamné des "procès injustes".

 

 

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16/01/2017
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le Progrès du vendredi 23 décembre 2016

 

 

 

MOYEN-ORIENT - BEYROUTH. CRISE DES RÉFUGIÉS : LA FRANCE SOUTIENT LE LIBAN

 

 

"Le Liban doit rester à l'écart du conflit syrien". En visite hier à Beyrouth, Jean-Marc Ayrault a répété ce leitmotiv à chacune de ses rencontres. Le ministre des Affaires étrangères venait saluer la fin du vide institutionnel qui paralysait le pays du Cèdre depuis deux ans et demi. "Le Liban est sur la bonne voie et la France va continuer son rôle de facilitateur", explique Jean-Marc Ayrault après un entretien avec Michel Aoun, élu président fin octobre. Le général chrétien a retrouvé le palais présidentiel de Baabda d'où il avait été chassé en 1990 par les bombes syriennes. Il s'est paradoxalement allié à ses ennemis d'hier, en recevant le soutien du Hezbollah, qui combat Bachar al-Assad en Syrie.

 

 

Le ministre des Affaires étrangères français a rencontré le Premier ministre Saad Hariri, quatre jours après la formation de son gouvernement "d'entente nationale", où siègent deux ministres du Hezbollah, le parti chiite accusé de l'attentat qui a coûté la vie à son frère Rafic Hariri en 2005.

 

 

S'il reste à distance du désastre syrien, le Liban (4,5 millions d'habitants) doit supporter un lourd fardeau en accueillant 1,5 million de réfugiés. Comme l'a rappelé Jean-Marc Ayrault, la France a promis au Liban une aide de 200 millions d'euros pour faire face à cet afflux.

 

 

Le ministre des Affaires étrangères français a également évoqué le conflit israélo-palestinien lors de son séjour au Liban. Jean-Marc Ayrault a annoncé la tenue d'une conférence sur la paix le 15 janvier à Paris. Elle réunira 70 pays, mais sans Israël qui refuse d'y participer. L.C.

 

 

 

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24/12/2016
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