L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

BD


Franceinfo - le jeudi 24 octobre 2019

 

 

On vous raconte l'histoire d'Astérix le gaulliste ou comment la droite drague l'irréductible Gaulois depuis soixante ans

 

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Pierre GodonFrance Télévisions

 

 

De Charles de Gaulle à Nicolas Sarkozy, en passant par Georges Pompidou, Jacques Chirac et Michel Debré, la droite française a toujours eu un faible pour le héros moustachu. Sans que cet amour ne soit vraiment assumé, et encore moins réciproque

 

 

 

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Des bulles d'Astérix sur le fronton de l'Assemblée nationale, le 28 octobre 2009. (MIGUEL MEDINA / AFP)

 

 

 

2019 après Jésus-Christ. Tout l'espace culturel – surtout depuis la retraite de Michel Sardou et la mort de Johnny Hallyday – est occupé par la gauche. Tout ? Non, un petit village gaulois résiste encore et toujours à l'envahisseur. Car Astérix et ses compagnons du petit village gaulois font l'objet d'une cour assidue de la droite française depuis six décennies – lui et Obélix soufflent leurs soixante bougies mardi 29 octobre – de par les thèmes traités, la période historique choisie et une certaine ambiguïté politique. Car Astérix n'est pas qu'une BD, c'est une certaine idée de la Gaule.

 

 

 

La Gaule et la France du général de Gaulle 

Forcément, Goscinny et Uderzo ont mâché le boulot aux exégètes de tous poils en choisissant les Gaulois comme thème. A partir de la seconde moitié du XIXe siècle, tous les régimes politiques s'emparent de nos ancêtres de l'Antiquité. C'est Napoléon III (au pouvoir de 1852 à 1870) qui décide de l'emplacement d'Alésia. C'est la IIIe République (qui lui succède de 1870 à 1940) qui fixe les canons de la représentation de la société gauloise, avec le druide comme digne ancêtre de l'instit', VRP de la République aux quatre coins de l'Hexagone.

 

 

Goscinny et Uderzo usent leur fonds de culotte sur les bancs de l'école à ce moment-là, et les personnages qu'ils créent quelques décennies plus tard ne doivent rien au hasard. "Panoramix descend en droite ligne de cette vision laïcarde", souligne ainsi Nicolas Rouvière, maître de conférences en littérature à l'université de Grenoble, auteur d'Astérix ou les lumières de la civilisation (entre autres). "Il incarne la rationalité quand le devin [dans l'album éponyme] symbolise la superstition et la croyance aveugle dans le vaste panthéon des dieux gaulois."

 

 

Nos ancêtres les Gaulois constituent en ces temps un formidable outil de légitimation des régimes. L'idée que la France n'a pas commencé à exister avec Clovis, mais préexiste avant l'arrivée des rois est un argument de poids pour ceux qui ne peuvent pas s'appuyer sur des dynasties à rallonge pour justifier d'exercer le pouvoir. De figure républicaine, le Gaulois devient figure de droite à partir de la fin du XIXe siècle, puis figure de la droite rance quand Vichy prend à son compte leur héritage. "Le maréchal Pétain faisait prêter serment aux légionnaires devant la statue de Vercingétorix, à Clermont", souligne Nicolas Rouvière.

 

 

 

Les auteurs d\'Astérix, Albert Uderzo et René Goscinny, posent avec l\'effigie de leur personnage, le 16 novembre 1967 à Paris.

Les auteurs d'Astérix, Albert Uderzo et René Goscinny, posent avec l'effigie de leur personnage, le 16 novembre 1967 à Paris. (KEYSTONE-FRANCE / GAMMA-KEYSTONE)


 

Le petit Gaulois apparaît dans les pages de Pilote quelques mois après l'arrivée au pouvoir du général de Gaulle et de sa Ve République. Deuxième grille de lecture dictée par l'époque. "On aimait bien le général bien sûr", avance Albert Uderzo dans une interview dans le documentaire Carte blanche à Uderzo. "Mais [les accusations de propagande gaulliste], ça nous gênait un peu quand même." Et pourtant. Astérix véhicule pendant une dizaine d'années l'idée d'une France non alignée face à l'URSS et les Etats-Unis, d'un pays qui a résisté à l'occupant – dans le jargon savant, on appelle ça le résistancialisme et le général de Gaulle en est le principal promoteur – et qui combat toutes les formes d'impérialisme.

 

 

Chaque album est alors passé à la loupe. Ainsi, certains ont décelé un aigle américain sur la voile d'une galère romaine dans Le Tour de Gaule, galère coulée par nos Gaulois gavés de potion magique sans autre forme de procès. "Il y a une dimension gaulliste, sans que ce soit volontaire. C'est davantage le résultat d'une ambiance globale", avance Pascal Ory, auteur d'une biographie de René Goscinny. "Très vite, les médias ont assimilé notre travail à de Gaulle, racontait d'ailleurs Uderzo dans un entretien accordé en 2005 au magazine Lire. Tout simplement parce que nous parlions de la Gaule, et de la résistance d'un petit village contre l'envahisseur."

 

 

Franchement, croyez-vous que de Gaulle avait besoin de nous pour mener sa politique? Albert Uderzodans le magazine "Lire" en 2005

 

 

Une lecture franco-française n'explique pas non plus le succès du personnage en Allemagne – pas spécialement épargnée dans Astérix et les Goths, dénonciation manifeste du nazisme – et encore moins en Indonésie, où la représentation du village autonome face au pouvoir central parle beaucoup aux habitants, souligne Pascal Ory.

 

 

 

La droite est tombée dans la marmite

Si les auteurs n'ont pas réalisé – consciemment au moins – une BD de droite, ce courant politique ne s'est pas fait prier pour s'en emparer. Le général de Gaulle donne aux membres du gouvernement des surnoms finissant en "ix" lors d'un Conseil des ministres (le même général aura la balourdise de gloser : "Mon seul rival international, c'est Tintin"). Georges Pompidou conseille aux auteurs d'envoyer Astérix chez les Helvètes, ce qu'ils feront, mais en laissant passer quelques albums entre deux, on a sa fierté quand même. Michel Debré correspond avec Albert Uderzo du temps où il occupe le ministère de la Défense : "Grâce à [Goscinny et Uderzo], nous redevenons gaulois, et fiers de l'être", écrit ainsi le ministre* qui recevait les albums d'Astérix dédicacés à chaque nouveauté. Une pratique qu'un Hergé ne réservait qu'au roi des Belges, et dont on ignore jusqu'à quand elle s'est prolongée pour le petit Gaulois. "Astérix permet à des gens très différents de se rassembler. Comme le gaullisme, avance Simon Laplace, auteur d'un article intitulé "Astérix est-il de droite ?". Pour reprendre la phrase de Malraux, Astérix, comme l'UDR [un des nombreux noms du parti gaulliste du temps du général], c'est le métro à 5 heures du soir."

 

 

Jacques Chirac, lui, développe une relation particulière avec Albert Uderzo. Le dessinateur lui réalise une affiche et une BD pour soutenir la candidature de Paris aux Jeux olympiques de 1992. Le maire de Paris, Premier ministre un temps, représente un soutien de poids pour débloquer des subventions pour le Parc Astérix (pour lequel l'Etat n'a pas autant déroulé le tapis rouge fiscal que pour Eurodisney). En 1995, le discret Albert Uderzo figurera au sein du comité de soutien au candidat Chirac, quand René Goscinny a toujours entretenu le flou sur ses convictions politiques – selon sa fille, il avait une certaine tendresse pour le Mendès France des années 1950, avant son départ au PSU, ce qui ne nous avance guère.

 

 

 

Une potion magique pour gagner des électeurs ?

Utiliser Astérix à des fins électorales a forcément titillé des deux côtés de l'échiquier politique. René Goscinny confie dans un entretien de 1968 repris dans le livre Goscinny raconte les secrets d'Astérix : "De nombreux candidats aux législatives nous ont demandé l'autorisation d'utiliser Astérix pour leur campagne électorale. Nous avons répondu : 'Tous les candidats, ou aucun.' (...) Un candidat dont j'ai oublié le nom s'est servi d'Astérix sans notre autorisation. Comme je n'ai plus de nouvelles, je pense qu'il a été battu par un candidat qui s'est peut-être servi de Tintin."

 

 

D'un parti séparatiste suisse aux nationalistes jurassiens, Astérix a été mis à toutes les sauces électorales, sans constituer une potion magique pour la victoire. L'exemple le plus fameux remonte à 1998, quand l'ancêtre des actuels Républicains, le RPR, groggy après la dissolution loupée du président Chirac cherche un second souffle. Au sommet du parti, on cogite pour remobiliser les troupes. Emerge alors chez les publicitaires conseillant le parti l'idée d'une affiche représentant une bagarre de Gaulois avec écrit : "Gauloises, Gaulois, vous en avez marre d'avoir la droite la plus bête du monde ? Nous aussi !" "Il nous fallait à la fois une campagne de deuil et de reconstruction. Le message, c'était à la fois 'on a merdé' et 'il ne faut pas se morfondre'", raconte Jérôme Doncieux, alors chez l'agence de pub Euro RSCG. 

 

 

 

Philippe Séguin et Nicolas Sarkozy présentent la nouvelle affiche du RPR au Palais des Congrès, le 14 mai 1998.

Philippe Séguin et Nicolas Sarkozy présentent la nouvelle affiche du RPR au Palais des Congrès, le 14 mai 1998. (PATRICK DURAND / SYGMA)


 

Aucune référence directe à Astérix, même si, de la bagarre devant des huttes au toit de chaume jusqu'à l'inclinaison de la police de caractères, l'allusion est transparente. L'année précédente, l'hebdomadaire Valeurs actuelles ne s'était guère embêté en reprenant directement une bagarre issue des albums où les poissons volent bas.

 

 

Par précaution, Nicolas Sarkozy a tenté de joindre Albert Uderzo. En vain. Dévoilée en fin de congrès du RPR, l'affiche fait un triomphe. "On avait complètement retourné la salle, se souvient le publicitaire. C'était un triomphe, un éclat de rire général, un tonnerre d'applaudissements." Une félicité de courte durée : le lendemain, Europe 1 et France 2 font réagir Uderzo, qui digère mal le fait d'avoir été mis devant le fait accompli : "Ce personnage ne peut pas être mêlé à ça." 

 

 

 

 

 

 

Pour éteindre l'incendie, certains feraient le mort. Pas Nicolas Sarkozy, adepte de la "théorie du cyclone" : "Quand il y a un cyclone, on fonce au cœur de la tornade." Le publicitaire Jérôme Doncieux se retrouve avec son patron le lendemain matin, dans la plus grande discrétion, au siège des éditions Albert-René, qui éditent les albums d'Astérix. Sur le canapé d'en face : Albert Uderzo. "Il nous a dit que notre campagne était géniale, mais qu'on ne pouvait pas utiliser le visuel en l'état. Sarkozy l'a coupé : 'Aidez-nous à l'améliorer'. Et Uderzo a donné son accord." Quelques échanges de fax plus tard, une version édulcorée de l'affiche est finalisée. Et ce qui devait être une campagne limitée à décorer les permanences du RPR s'est transformée en une campagne d'affichage massive.

 

 

 

La figure de Nicolas Sarkozix

L'analogie entre Astérix et Sarkozy – "Ils sont tous les deux bagarreurs, ombrageux, tenaces, courageux, pas très grands aussi", sourit Jérôme Doncieux – sera un des points que chercheront à mettre en avant les publicitaires. Comme dans cette tribune parue dans Libération en 2004. Cinq ans ont passé, le temps au jeune loup de la droite de se remettre d'une gamelle aux européennes de 1999. Le texte, assimilant Jacques Chirac à Abraracourcix et Sarkozy à Astérix, passera relativement inaperçu. Même sort pour une saillie de Luc Chatel sur RTL en 2011 – si Nicolas Sarkozy est comparé à l'irréductible Gaulois, François Hollande s'y fait traiter de Babar, "dont les histoires emmerdent les enfants"

 

 

 

 

 

 

Il n'y a pas que la droite républicaine pour faire les yeux doux à Astérix. Ceux qui ont suivi la campagne des élections européennes 2009 se rappellent peut-être d'un déplacement surréaliste de Jean-Marie Le Pen sur le parking du Parc Astérix, en Picardie, entouré de gardes du corps affublés des casques en plastique vendus dans les boutiques de souvenirs. Celui qu'on surnomme "le Menhir" se voit en Obélix du Parlement européen : "Le président de la République [Nicolas Sarkozy à l'époque] a été à Eurodisney. Lui préfère le parc américain, moi je viens dans le parc gaulois, c'est toute notre différence." Le patriarche de l'extrême droite française n'a sans doute pas connaissance du seul dessin politique d'Uderzo, qui représentait un Astérix donnant un vigoureux coup de pied dans une marmite où est écrit "Potion maréchal", dénonciation claire des remugles de Vichy.

 

 

Vous vous souvenez de Simon Laplace, notre auteur de l'article "Astérix est-il de droite" ? Quand il l'écrit, en 2014, il émarge aux Républicains, derrière son mentor Bruno Le Maire. Et cinq ans plus tard, il est élu LREM à Niort (Deux-Sèvres). Une bonne occasion de lui demander s'il y a du Astérix dans Emmanuel Macron et réciproquement. "Astérix, c'est très 'en même temps'", commence-t-il, en prenant l'exemple de la générosité des Gaulois qui avalent des kilomètres pour aider la veuve et l'orphelin, sans que jamais un nouveau-venu ne s'installe au village. Avant de se raviser. "Astérix n'est pas clivant, et porte des valeurs qui parlent à tout le monde. On peut y chercher à valider ses propres convictions."

 

 

 

Un gilet jaune décoré aux couleurs d\'Astérix, le 2 mars 2019, lors du 16e samedi de mobilisation, à Toulouse (Haute-Garonne).

Un gilet jaune décoré aux couleurs d'Astérix, le 2 mars 2019, lors du 16e samedi de mobilisation, à Toulouse (Haute-Garonne). (ALAIN PITTON / NURPHOTO)


 

D'où le fait que les faucheurs d'OGM comme José Bové aient pu être comparés aux irréductibles Gaulois en 1999, avant d'avaler leur moustache de travers quand ils ont découvert que le banquet du village se tenait dans un McDonald's pour une affiche de l'enseigne de fast-food dix ans plus tard. Des zadistes aux libéraux, en passant les "gilets jaunes", chacun voit Astérix à sa porte. Allez donc voir l'arrière-boutique de l'article de Wikipedia sur la série, où chaque phrase est contestée par les tenants de chaque camp.

 

 

Autre preuve avec ce sondage lors de l'élection présidentielle de 2012, où les sondés étaient invités à dire pour qui votent les héros de BD : si Tintin est un homme d'ordre et Gaston Lagaffe un hippie vendu aux bobos, 42% des sympathisants socialistes pensent qu'Astérix aurait voté Hollande quand 38% des sondés proches de l'UMP mettaient le guerrier gaulois dans leur camp.

 

 

 

  • Source : Centre d'histoire de Sciences Po ; archives de Michel Debré, correspondance (1951-1996), cote Arch. nat., 98AJ/11/212

24/10/2019
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Franceinfo - le lundi 21 octobre 2019

 

 

Pour la première fois une ado, Adrénaline, est l'héroïne d'un Astérix : "La Fille de Vercingétorix" sort le 24 octobre

 

 

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franceinfo Culture avec agencesRédaction CultureFrance Télévisions

 

 

 

Le nouvel album d'Astérix sort jeudi 24 octobre : son héroïne est une adolescente au caractère bien trempé, la fille de Vercingétorix

 

 

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Les ados du village d'Astérix, Adrénaline avec Blinix et Selfix ("La fille de Vercingétorix") (© 2019 Les éditions Albert René / Goscinny -Uderzo)

 

 

 

Par Belenos et Toutatis, les temps changent dans le village d'Astérix ! Pour la première fois, c'est une adolescente, "la fille de Vercingétorix" il est vrai, qui occupe la vedette du 38e album de la saga en librairie jeudi.

 

 

La jeune fille se prénomme Adrénaline et porte bien son nom. Chevelure rousse, caractère bien trempé (comme son père), un petit air de Greta Thunberg, la jeune égérie suédoise de la lutte contre le réchauffement climatique... La Fille de Vercingétorix est assurément la première véritable aventurière de la série. "La jeune adolescente porte l'album comme sans doute aucun personnage féminin ne l'avait fait jusqu'à présent", admet l'éditeur.

 

 

 

 

 

 

Cinq millions d'exemplaires tirés

Depuis 60 ans, année de création de la série par René Goscinny et Albert Uderzo dans le magazine Pilote, la sortie d'un album d'Astérix est un événement. Edité aux éditions Albert-René (Hachette Livre, groupe Lagardère), l'album bénéficie d'un tirage global de cinq millions d'exemplaires (dont deux millions pour le marché francophone) sans équivalent dans l'édition française.

 

 

En France, les lecteurs auront le choix parmi quatre éditions (classique à 9,99 euros, de luxe à 39 euros, en édition Artbook avec cinq ex-libris dont deux signés à 199,95 euros ou en édition numérique à 7,99 euros). Pour l'étranger, l'album sera également disponible jeudi dans quinze traductions dont évidemment en allemand. L'Allemagne est, après la France, le pays où Astérix se lit le plus. Chaque album d'Astérix en allemand s'écoule à environ 1,5 million d'exemplaires.

 

 

Patronne des éditions Albert-René, Isabelle Magnac rappelle que depuis la parution du premier album d'Astérix, Astérix le Gaulois, en 1961, un total de 380 millions d'albums se sont vendus dans le monde. Les albums d'Astérix sont traduits au total dans 111 langues et langues régionales ou minoritaires.

 

 

Crayonnés d\'Adrénaline, la nouvelle héroïne d\'Astérix, dans \"La fille de Vercingétorix\"

Crayonnés d'Adrénaline, la nouvelle héroïne d'Astérix, dans "La fille de Vercingétorix" (© 2019 Les Editions Albert René / Goscinny - Uderzo)


 

Peu de détails révélés sur le contenu de l'album

En prévente sur la plateforme Amazon, le 38e album des aventures d'Astérix était numéro un du classement des meilleures ventes dans la catégorie BD dix jours avant sa sortie. Des librairies ont prévu de rester ouvertes mercredi à minuit pour permettre aux nombreux amateurs de se procurer l'album.

 

 

Fidèle à son habitude, l'éditeur s'est pourtant montré avare de détails sur le contenu de ce nouvel album signé comme les trois précédents par le duo Jean-Yves Ferri (au scénario) et Didier Conrad (au dessin). Le synopsis dévoilé par l'éditeur est succinct : "Effervescence et chamboulements en perspective ! La fille du célèbre chef gaulois Vercingétorix, traquée par les Romains, trouve refuge dans le village des irréductibles gaulois, seul endroit dans la Gaule occupée à pouvoir assurer sa protection. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la présence de cette ado pas comme les autres va provoquer moult bouleversements intergénérationnels...".

 

 

Outre Adrénaline, l'éditeur a consenti à dévoiler les noms de deux autres ados présents dans l'album : Blinix et Selfix, fils respectivement du poissonnier Ordralfabétix et du forgeron Cétautomatix.

 

 

 

René Goscinny aurait presque pu l'inventer, selon sa fille

"A l'exception de Zaza dans Le Cadeau de César, il n'y a pas eu d'adolescente dans Astérix. Après 37 titres, il est essentiel de choisir des sujets et des types de personnages peu abordés dans la série", a indiqué Jean-Yves Ferri.

 

 

Si les personnages féminins ont été si longtemps absents des albums d'Astérix, "Ce n'est pas vraiment lié à Astérix, c'est lié à la BD des années 1960-1970", tempère Didier Conrad. "En général, poursuit-il, il n'y avait pratiquement jamais de personnage féminin pour des raisons purement stratégiques parce qu'il n'y avait pas beaucoup de filles qui lisaient (des bandes dessinées), ou en tout cas ça ne se savait pas, si elles en lisaient."

 

 

Le plus bel hommage à ce nouvel album est venu d'Anne Goscinny, la fille de René Goscinny, lors de la présentation de l'ouvrage au siège d'Hachette Livre lundi dernier. "Je pense qu'Adrénaline est certes dans l'air du temps, mais qu'elle est surtout en adéquation avec l'esprit de l'oeuvre, avec l'humour, avec les aventures d'Astérix en général, et c'est presque un personnage que mon père aurait pu inventer."

 


24/10/2019
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Franceinfo - le vendredi 30 août 2019

 

 

"Le roman des Goscinny, naissance d'un Gaulois" : pourquoi le nouvel album BD de Catel est un bijou

 

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Laurence HouotRédaction CultureFrance Télévisions

 

 

 

René Goscinny devient pour la première fois un personnage de bande dessinée sous la plume de Catel. Précipitez-vous, c'est une régalade

 

 

 

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Couverture de "Le roman des Goscinny, naissance d'un Gaulois", Catel (Catel / Grasset)

 

 

 

Dans Le roman des Goscinny, naissance d'un Gaulois, qui paraît aux éditions Grasset  le 28 août, Catel raconte l'incroyable destin de René Goscinny en faisant du père d'Astérix un personnage de bande dessinée. Ce nouveau roman graphique est un bijou. On vous dit pourquoi.

 

 

 

Parce que la vie de René Goscinny est une véritable aventure

Dans ce passionnant et bouleversant nouveau roman graphique, Catel raconte le destin singulier de René Goscinny. Sa naissance à Paris en 1926, d'Anna Goscinny issue d'une famille juive ayant fui les pogroms ukrainiens, les Beresniak, fondateurs de la célèbre imprimerie, et de Stanislas Goscinny, petit-fils de rabbin polonais, dont le père avait fui en 1906 l'antisémitisme de son pays.

 

 

Stanislas est un ingénieur aventurier. Il embarque toute la famille en Argentine, où René Goscinny passe toute son enfance. René, très bon élève, est un enfant joyeux, qui très tôt se fixe une mission pour la vie : faire rire. Puis ce sera la guerre, la déportation pour une partie de la famille Beresniak, et les premiers dessins de René. "Quand on est jeune, l'humour est une défense… Par la suite, il peut devenir une arme", dit-il.

 

 

 

Parce que Goscinny a toujours choisi l'humour et l'amitié, envers et contre tout

Des débuts difficiles : on suit René à New York, où il décide de s'installer avec sa mère après la mort de son père, pour trouver du travail dans le dessin, animé par sa passion pour Disney, le cinéma, et la bande-dessinée. Le rêve américain se transforme vite en désillusions, dans une vie faite de refus, de petits boulots et de pauvreté. Puis c'est le retour à Paris, en passant par Bruxelles et le début de ses collaborations avec Uderzo, avec Sempé, avec Morris. 

 

 

 

\"Le roman des Goscinny, naissance d\'un gaulois\", page 226, les débuts de la collaboration avec Uderzo
"Le roman des Goscinny, naissance d'un gaulois", page 226, les débuts de la collaboration avec Uderzo (Catel / Grasset)



René Goscinny a enfin trouvé sa voie, qui n'est pas le dessin mais l'écriture. Il devient le grand scénariste que l'on connaît, le père d'Astérix, du Petit Nicolas, et le scénariste de Lucky Luke, d'Iznogoud…  Et on assiste (c'est si  émouvant !) à la naissance d'Astérix.

 

On suit aussi les combats, moins connus, de Goscinny pour défendre les droits des auteurs et dessinateurs de bande dessinée, qui conduisent à la création de Pilote, un magazine qui révolutionne la presse jeunesse. Des projets qui n'auraient pas pu voir le jour sans ces associations profitables, scellées par l'amitié, toujours centrale dans la vie de Goscinny. "Vous savez", disait-il, "on se fait des amis d'enfance jusqu'à un âge très avancé".

 

 

 

\'\"Le roman des Goscinny, naissance d\'un Gaulois\", page 261
'"Le roman des Goscinny, naissance d'un Gaulois", page 261 (Catel / Grasset)


 

On découvre aussi un René Goscinny passionnément attaché à sa mère Anna, sa première lectrice, et son amour pour son épouse, rencontrée tardivement. Il a 41 ans, elle 24, ils deviendront les parents d'Anne… Dans tous les épisodes de sa vie, heureux comme malheureux, l'humour, sa raison de vivre, accompagne Goscinny. "Me marrer et faire marrer les autres a toujours été ma petite contribution à notre bref passage sur cette terre", disait-il.

 

 

 

Parce que sous la plume de Catel, René Goscinny devient un extraordinaire personnage de bande dessinée

Jusqu'ici exclusivement concentrée sur des portraits de femmes pour ses biographies graphiques (Kiki de Montparnasse, en 2007 chez Casterman, Olympe de Gouge, en 2012, ou Ainsi soit Benoîte Groult, chez Grasset, en 2013, ou encore Joséphine Baker, en 2016) Catel a cette fois pris la plume pour dessiner le destin d'un homme, René Goscinny.

 

 

C'est Anne Goscinny, la fille de René qui en a eu l'idée. "Ce n'est pas possible", lui a d'abord répondu la dessinatrice. "Seules les héroïnes m'intéressent. Et ton père n'est qu'un héros !" Mais la fille du père d'Astérix a su trouver les mots. "J'ai parlé de mon père à rebours", confie Anne Goscinny dans la préface. "Dans les yeux de Catel, mon père s'est animé", raconte-t-elle. Et c'est la dessinatrice qui trouve elle-même le dernier argument pour emporter le morceaux : "Je sais ! s'est-elle écriée. Tu vas relayer la parole de ton père. Je voulais une héroïne, je l'ai trouvée".

 

 

 

Parce que l'histoire nous est racontée à deux voix, celle de René et celle d'Anne

Voilà comment le projet est devenu possible, et comment il a trouvé sa forme. L'histoire est en effet racontée à deux voix. Celle de René Goscinny, et celle de sa fille Anne, en forme de chapitres alternés. Catel s'est plongée dans les archives de la télévision et de la radio, pour retranscrire les interviews de René Goscinny, recueillant ainsi sa parole qu'elle met en scène à la première personne. La voix d'Anne est le fruit de conversations entre la dessinatrice et la fille de René Goscinny "pendant des jours, des semaines, des mois à parler de lui", que la dessinatrice met en scène telles quelles.  

 

 

On connaissait déjà l'histoire des Goscinny ans les grandes lignes, encore racontée récemment dans l'exposition qui lui a été consacrée en 2017 au Mahj (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) et celle de la Cinémathèque en 2018

 

 

 

\"Le roman des Goscinny, naissance d\'un Gaulois\", page 300

"Le roman des Goscinny, naissance d'un Gaulois", page 300 (Catel / Grasset)

 

 

 

La narration à deux voix choisie par Catel offre pourtant un regard neuf, avec une double perspective qui donne à la vie et au personnage de René Goscinny un relief inédit. Ce nouveau roman graphique de Catel se raconte en duo : Anne / René et Anne / Catel, s'inscrivant ainsi également dans une pratique de travail en paire qu'affectionnait particulièrement René Goscinny (Avec Uderzo, avec Sempé). Il faut ajouter qu'à travers cette vie singulière, c'est aussi une histoire européenne, et même mondiale du XXe siècle, qui nous est racontée. 

 

 

 

Parce que Catel a l'art de raconter les histoires en textes et en images

A l'intérieur de cette construction narrative, Catel entremêle merveilleusement citations, archives (des lettres, des dessins) et dialogues, et injecte, comme un liant, sa propre patte et son humour. Pas de doute que René Goscinny aurait adoré. 

 

 

Le récit est soutenu par son trait noir appuyé, évoquant les gravures de Frans Masereel, avec des escapades, notamment pour plonger dans le passé, à la plume plus fine ou au crayon de papier. Ces 320 planches sont rehaussées de deux couleurs (la couleur est signée Marie-Anne Didierjean) bleu pour René, jaune pour Anne, qui posent la lumière, et soulignent le parti pris narratif, judicieux et limpide, de Catel.

 

 

 

Parce que derrière l'auteur, on découvre l'homme

Ce roman graphique montre "l'homme intime derrière l'auteur", souligne  Anne Goscinny. On était déjà fan de l'auteur, parce qu'il a enchanté nos enfances avec des personnages hilarants comme le Petit Nicolas,  Lucky Luke, Rantanplan, les Dalton, Astérix et Obélix… On referme le livre avec l'émotion d'avoir découvert l'être humain exceptionnel, tendre, courageux et drôle, qui se cachait derrière nos impérissables héros. 

 

 

 

Couverture de \"Le roman des Goscinny, naissance d\'un Gaulois\", Catel

Couverture de "Le roman des Goscinny, naissance d'un Gaulois", Catel (Catel / Grasset)

 

 

 

Le roman des Goscinny, naissance d'un Gaulois, Catel 
(Grasset - 344 pages - 24 euros)

 


30/08/2019
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Franceinfo - le mercredi 17 juillet 2019

 

 

 

VRAI OU FAKE Hergé avait-il tout prévu ? On a fact-checké "On a marché sur la Lune", la BD où Tintin devance Neil Armstrong de 16 ans

 

 

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Pierre GodonFrance Télévisions

 

 

 

Si la BD est entrée dans la légende autant que la véritable mission Apollo 11, c'est pour ses qualités scénaristiques, le dessin d'Hergé à son sommet ainsi que pour ses solides bases scientifiques. Mais le sont-elles tant que ça ?

 

 

 

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(JESSICA KOMGUEN / FRANCEINFO)

 

 

 

"C'est inouï ! C'est prodigieux ! C'est incroyable ! Dire que dans quelques minutes, ou bien nous marchons sur le sol de la Lune ou bien nous serons tous morts, s'exclame le professeur Tournesol au moment de l'atterrissage de la fusée. C'est merveilleux !" Oubliez la phrase de Tintin au moment où il pose, le premier, le pied sur la Lune, un peu convenue, un peu ratée. Forcément, il n'a pas bénéficié des conseils du tout-Hollywood pour trouver les bons mots, contrairement à Neil Armstrong, le 20 juillet 1969.

 

 

Le jeune reporter descend, lui, le 23 mars 1953 des échelons rétractables de la fusée XFLR 6, au damier rouge et blanc identifiable au premier coup d'œil. L'aboutissement d'une aventure de presque dix ans pour Hergé, l'auteur de l'album. Où le moindre détail n'a pas été laissé au hasard. Avec une rigueur scientifique à toute épreuve ? C'est ce qu'a cherché à savoir franceinfo à l'occasion des 50 ans des premiers pas de l'homme sur la Lune.

 

 

 

La Syldavie était-elle aussi compétente que l'URSS et les Etats-Unis pour lancer une fusée lunaire ?

Rétrospectivement, le choix de la Syldavie, pays imaginaire rural et arriéré où le plat national est à base de chien, découvert dans Le Sceptre d'Ottokar, peut paraître étonnant alors que dans les années 1950 la Guerre froide bat son plein entre les Etats-Unis et l'URSS ; en pleine bourre pour fabriquer des bombes atomiques. Ce serait simplifier le contexte de l'époque, souligne Jacques Hiron, éminent tintinophile et auteur des Carnets de Syldavie et de la préface d'une réédition de l'aventure lunaire. "Dans une première version de l'histoire, scénarisée par d'autres, dont Hergé ne dessinera pas plus que quelques cases, l'action se situe aux Etats-Unis."

 

 

Un choix qui paraît évident aujourd'hui – sans parler des opinions politiques du père de Tintin, guère en odeur de sainteté chez les soviets – mais qui à l'époque ne va pas de soi. "L'URSS comme les Etats-Unis jettent toutes leurs forces pour perfectionner leurs bombes atomiques, en délaissant les fusées, insiste Jacques Hiron. La première fusée 100% américaine digne de ce nom, Redstone, ne verra le jour qu'en 1953, et était à peine meilleure que les V2 nazis." 

 

 

Hergé justifie la soudaine richesse de la Syldavie par la découverte de gisements d'uranium colossaux dans le massif des Zmylpathes. Une joyeuse fantaisie ? Même pas, l'histoire donnera du crédit à la vision d'Hergé une vingtaine d'années plus tard. Le Zaïre du général Mobutu se lancera en effet à son tour dans la conquête spatiale dans les années 70, grâce aux ressources colossales générées par le sous-sol de ce qui est devenu aujourd'hui la République démocratique du Congo... et avec le concours scientifique d'anciennes têtes pensantes du régime du IIIe Reich. Comme on peut le voir sur cette vidéo, ça ne s'est pas vraiment soldé par une réussite.

 

 

 

Une fusée à propulsion nucléaire est-ce bien raisonnable ?

Dans son bureau du Centre des recherches atomiques de Sbrodj – aux faux airs de la base américaine de White Sands –  le professeur Tournesol, assisté d'un aréopage de savants venus du monde entier (le patron du site, Baxter, a un nom à consonance anglo-saxonne, alors que Wolff, le bras droit du professeur, pourrait être allemand) a imaginé une fusée pour rallier la Lune. Avec un mode de propulsion radioactif... qui fait tiquer aujourd'hui quand l'atome et ses effets collatéraux ont mauvaise presse.

 

 

Pourtant, l'idée – qui remonte au début du XXe siècle et aux travaux du Soviétique Constantin Tsiolkovski – tient la route, affirme Roland Lehoucq, astrophysicien au Commissariat à l'énergie atomique et tintinophile invétéré auteur de Mais où est donc le temple du Soleil : "La Nasa a développé un projet de fusée à propulsion nucléaire à partir des années 60. Pour faire très simple, l'idée était de faire chauffer par ce biais une matière qu'on éjecte de la fusée pour la faire avancer."

 

 

La fusée de Tournesol, qui fonctionne en faisant chauffer de l'eau, ne pose aucun problème particulier du point de vue de la physique.Roland Lehoucq, astrophysicien au Commissariat à l'énergie atomique à franceinfo

 

 

Surtout si on ajoute la tournesolite, matériau de l'invention du professeur, qui isole la partie habitée de la fusée du moteur atomique.

 

 

Autre avantage non-négligeable sur les fusées type Apollo qui brûlent des tonnes de pétrole en quelques secondes, le mode de propulsion nucléaire dégage plus d'énergie par kilo de charge. Ce qui permet de boucler le voyage de la Terre à la Lune en quatre heures quand Apollo 11 se traînera en trois jours et un faiblard 40 000 km/h de moyenne. En verra-t-on pour autant apparaître le jour où l'homme tentera de rallier Mars ou Proxima du Centaure ? "L'agence spatiale européenne a explicitement proscrit l'usage du nucléaire dans l'espace, et socialement, c'est une idée qui serait difficile à faire accepter", souligne Roland Lehoucq.

 

 

 

Une fusée de cette forme peut-elle vraiment voler ?

"Pauvre Tournesol. Il doit y avoir du jeu dans ses rivets. Comment voulez-vous qu'un monument pareil puisse s'élever dans les airs ?", s'interroge Haddock la première fois qu'il découvre la majestueuse fusée à damier rouge et blanc. Rassurons le vieux loup de mer, elle n'est pas née que de l'imagination d'Hergé, qui s'est entouré d'un solide panel d'experts pour écrire son album. D'abord son vieux complice, le scientifique Bernard Heuvelmans – avec qui il a collaboré sur L'Etoile mystérieuse et Le Temple du Soleil – lequel l'oriente vers l'astrophysicien Alexandre Ananoff, un surdoué dépourvu du bac auteur reconnu du livre L'Astronautique (1950).

 

 

Ce dernier, qui écrivait aussi bien pour Paris-Match que pour la revue Benjamin destinée aux ados, embarque dans l'aventure lunaire pour que "les enfants connaissent les bases de la science nouvelle avec toute la rigueur qui s'impose". "Un jour, Hergé s'est rendu en personne chez Ananoff avec ses plans et ses maquettes sous le bras, raconte Philippe Varnoteaux, co-auteur du livre Alexandre Ananoff, l'Astronaute méconnu. Le fils du savant, Claude, se souvient d'une longue discussion où Hergé se faisait expliquer chaque manette du poste de pilotage." 

 

 

C'est lui qui dessine la fusée lunaire – fortement inspirée des V2 allemands – et en réalise un plan en coupe ainsi qu'un descriptif détaillé du poste de commande. Ananoff fera un seul reproche à Hergé : les carreaux de la fusée, vestige du V2 allemand, qui servaient à l'époque à constater à la jumelle la rotation du missile et qui accessoirement font joli dans des cases à fond noir. "Pourquoi Hergé a-t-il fait ça, en forme de [boîte de] pâtes Lustucru ?", se désolera le savant, cité dans la revue Les Amis de Hergé.

 

 

 

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Des jouets à l'effigie de Tintin et Haddock vendus lors de la foire du jouet de Nuremberg, le 31 janvier 2018. (PICTURE ALLIANCE / PICTURE ALLIANCE / GETTY IMAGES)

 

 

 

Roland Lehoucq voit même des avantages à cette fusée qui ne se découpe pas en plusieurs étages contrairement au modèle d'Apollo. "Les pattes de la fusée encaissent les frottements de l'entrée dans l'atmosphère, qui s'effectue à vitesse réduite. Car, grâce à sa propulsion interne, la fusée peut se ralentir toute seule contrairement à Apollo 11 qui se freinait en frottant contre l'atmosphère." Le scientifique salue son collègue le professeur Tournesol dont la fusée est tout sauf fantaisiste. "Le personnage du professeur Tournesol a pris une importance considérable dans la série. Hergé l'a parfaitement senti : le héros des années 50, ce n'est plus l'explorateur ou le journaliste, c'est le scientifique", souligne l'hergéologue Benoît Peeters dans son livre Hergé, fils de Tintin

 

 

Hergé frôle le sans-faute sur l'album. L'auteur a même été jusqu'à consulter le chef du service incendie de la Régie des voies aériennes de Bruxelles pour que la scène finale de l'atterrissage de la fusée soit irréprochable. 

 

 

 

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Détail de la couverture de l'album "On a marché sur la Lune", par Hergé, aux éditions Casterman. (HERGE / MOULINSART / CASTERMAN)

 

 

 

Le choix des astronautes pour l'expédition lunaire est-il cohérent ?

Réglons tout de suite la question de Milou, qui se voit proposer un costume spécifique. Autant faire des tests sur des animaux avant d'envoyer des hommes (la chienne Laïka pour l'URSS, des singes pour la Nasa...) a un intérêt scientifique, autant embarquer un chien sur la Lune n'en présente absolument aucun, balaie Roland Lehoucq. Même la présence de Tournesol est sujette à caution. La Nasa a attendu la dernière mission lunaire, Apollo 17, pour expédier un savant 100% pur jus sur notre satellite, le géologue Harrison Schmitt, et encore, sous la pression du lobby scientifique qui tenait à ce qu'un des siens foule le sol lunaire avant l'arrêt du programme.

 

 

"Au revoir capitaine. Je me réjouis de ce qu'il y ait un marin parmi les premiers hommes qui prendront pied sur la Lune", déclare Baxter au moment de l'embarquement. "Oh, vous savez, ça m'aurait été égal si ç'avait été un clarinettiste", lui rétorque le capitaine qui n'en mène pas large. En effet, si on compare le casting d'Hergé (Tintin et Haddock pour la société civile, Tournesol et Wolff pour le côté scientifique, sans parler des invités surprises dont les Dupondt) à la liste des astronautes retenus par la Nasa, on est frappé par l'absence totale de militaires. C'est le professeur Tournesol qui donne la réponse dans les premières pages d'Objectif Lune : "Il va de soi que les recherches sont exclusivement orientées dans un sens humanitaire."

 

 

De la naïveté fleur bleue de la part d'Hergé ? Pas totalement. Le choix de Neil Armstrong comme premier homme à marcher sur la Lune répond aussi à un souci de ne pas faire (trop) passer le programme lunaire comme le premier étage de la colonisation américaine de la Lune. Car si "Mister Cool" est un ancien pilote d'avion lors de la guerre de Corée, il ne fait plus partie de l'armée au moment d'intégrer l'équipage d'Apollo 11 contrairement à son coéquipier Buzz Aldrin. Notez que Tintin, animé d'intentions encore plus nobles, ne plante pas le drapeau syldave dans le sol lunaire.

 

 

 

Les travaux scientifiques de l'expédition tiennent-ils la route ?

Le premier geste de Neil Armstrong après avoir posé le pied sur la Lune a été d'empoigner des cailloux lunaires et de les fourrer dans sa poche. Histoire d'être sûr que, même si le module lunaire devait redécoller en catastrophe dans l'instant, il ne rentrerait pas bredouille de ce long voyage. Au total, les astronautes américains ramèneront 320 kg de cailloux lunaires sur le plancher des vaches.

 

 

Rien de tout ça chez Hergé. "Pour l'époque, le programme scientifique qu'il met en place pour ses héros n'est pas ridicule, insiste Roland Lehoucq. Etudier les rayons cosmiques, ou les flux qu'on reçoit sur la Lune, on a su le faire quelques années après depuis des satellites." De la même façon, le choix du professeur de poser la fusée dans le cirque Hipparque, un des plus grands cratères lunaires, se tient, comme l'écrit le spécialiste Chuck Wood. Reste que son sol est bien moins régulier que la mer de la Tranquillité toute proche (où se poseront trois missions Apollo). 

 

 

 

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Détail de la couverture de l'album "On a marché sur la Lune", par Hergé, aux éditions Casterman. (HERGE / MOULINSART / CASTERMAN)

 

 

 

Roland Lehoucq tique en revanche sur les casques transparents (pour des raisons évidentes de lisibilité de l'histoire), sur la taille du télescope amené par nos héros ainsi que le char lunaire que Tintin manque de crasher dans une crevasse. "Je comprends qu'il faille se protéger des chutes de météorites, mais quand même..."

 

 

Et sur la grotte explorée par nos héros, où Tintin découvre une forêt de stalactites avant de glisser sur une patinoire de glace. "Si vous mettez un glaçon à la surface de la Lune, il va se sublimer [passage de l'état solide à l'état gazeux] très vite, donc il est impossible de trouver de la glace si près de la surface. En revanche, elle pourrait subsister au fond de cratères situés aux pôles de la Lune, qui ne sont jamais éclairés par le Soleil." Hergé a quand même devancé de quatre décennies la Nasa qui n'a établi de façon formelle la présence d'eau sur notre satellite qu'en 1988.

 

 

 

Est-il possible de revenir sur Terre avec si peu d'oxygène ?

Faites le calcul : le séjour prévu par Tournesol sur la Lune devait durer deux semaines, avec quatre passagers (lui-même, Wolff, Tintin et Haddock) en plus de Milou. Sauf que les Dupondt se retrouvent dans la soute en plus du sinistre colonel Jörgen qui tentera de tuer tout le monde pour une puissance étrangère non définie. Si Wolff et Jörgen passent l'arme à gauche au moment du voyage retour, les quantités d'oxygène prévues pour le voyage sont fatalement un peu limitées. Pour Roland Lehoucq, ça passe : "Souvenez-vous qu'Apollo 13 avait perdu la moitié de son dioxygène dans l'incident. Les trois astronautes avaient dû se réfugier dans le LEM, prévu pour n'accueillir que deux personnes. Dans ce genre de mission, on prévoit large niveau oxygène."

 

 

 

Curieusement, l'engouement du public pour le diptyque lunaire ne se fera qu'avec le temps... et c'est au lendemain de l'exploit de Neil Armstrong et consorts qu'On a marché sur la Lune passe en tête du classement des albums de Tintin (et demeure depuis dans le top 3 avec 9 millions d'albums vendus, fait savoir Casterman). Parmi les premiers lecteurs... une partie du staff de la NASA, indique l'agence à franceinfo. Ils avaient dévoré l'album peu après sa parution en anglais, en 1959.

 

 

Franceinfo est partenaire de la consultation "Comment les médias peuvent-ils améliorer la société ?" avec Make.org, Reporters d’Espoirs et plusieurs autres médias.

 


17/07/2019
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Franceinfo - le dimanche 14 avril 2019

 

 

BD bande dessinée. Robot blues

 

 

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franceinfoJean-Christophe OgierRadio France

 

 

 

En réveillant les robots géants sur fond de guerre d'Algérie, la fine fleur de la scène BD nantaise se lance dans une aventure de 600 pages et réussit la synthèse de la BD grand public et de la bande dessinée d'auteur

 

 

 

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 QUAND LE ROBOT SE REVEILLERA... (HERVE TANQUERELLE, FRED BLANCHARD / DUPUIS)

 

 

 

C’est une histoire qui commence aujourd’hui dans le sud algérien et la banlieue de Nantes. Elle se poursuivra quelque temps plus tard en Inde, dans les décharges où atterrissent les épaves rouillées de l’industrie occidentale.

 

 

 

Une douce uchronie

 

Entre-temps, nous aurons compris que ce qui est raconté là trouve son origine au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quand on inventa les premiers robots nucléaires géants.

 

 

Puis, quand Michel Debré succéda au Général de Gaulle à la tête du pays, en 1963. Debré ? Vraiment ? Des robots, où ça ? Le récit est si ancré dans les sables du Sahara, le bitume des quartiers, la boue des chantiers, que découvrir que le passé ne s’est pas passé comme on le sait, arrive tranquillement. On appelle ça une douce uchronie. Et on y croit.

 

 

 

C’est un pas de côté qui nous permet d’aborder avec distance des événements comme la guerre d’Algérie et de revenir sur les Trente glorieuses, qui n’étaient pas si glorieuses que ça.

Le coscénariste Fabien Vehlmann
 

 

 

Un polar mélancolique

Dans Le dernier Atlas, le polar mélancolique se mêle à la science-fiction géopolitique, mais la crédibilité l’emporte sur l’imagination. On croise des bandes de caïds à la petite semaine et des mafias internationales, avec pour enjeu l’avenir du monde, pas moins. Le dessin réaliste réussit à marier la grande aventure et les fêlures intimes, l’émotion et le mystère.

 

 

Pour preuve, les deux personnages principaux : Ismaël, nantais pur beur, gueule et physique méditerranéens avec de faux airs du héros XIII, et qui entre deux coups durs prend une pause lascive, le vague à l’âme. Et la journaliste Françoise Halfort, quinquagénaire baroudeuse, qui n’a pas froid aux yeux, mais qui se retrouve toute émue de tomber enceinte à son âge.

 

 

 

Je trouvais génial de dessiner une femme à la cinquantaine gironde, qui s’assume comme telle, avec un physique de loukoum.

Le dessinateur Hervé Tanquerelle

 

 

 

Pour signer cette BD fleuve qui comptera trois volumes de 200 pages chacun, ils se sont mis à cinq : Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval au scénario, Hervé Tanquerelle et Fred Blanchard au dessin, et la coloriste Laurence Croix.

 

 

Le Dernier Atlas, aux éditions Dupuis.

 


15/04/2019
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Franceinfo - le dimanche 6 janvier 2019

 

 

Le 38e album d'"Astérix" sortira à l'automne et sera imprimé à plus de 5 millions d'exemplaires

 

 

 

Il s'agira de la quatrième bande dessinée de la série du dessinateur Didier Conrad et du scénariste Jean-Yves Ferri, à qui Albert Uderzo à confier la suite des aventures du héros gaulois

 

 

 

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Le scénariste Jean-Yves Ferri pose devant Astérix et Obélix au festival Comicopolis de Buenos Aires (Argentine), le 2 septembre 2017. (JUAN MABROMATA / AFP)

 

 

 

Les irrésistibles Gaulois seront bientôt de retour. Le 38e album d'Astérix paraîtra le 24 octobre et sera tiré à plus de 5 millions d'exemplaires, annoncent dimanche 6 janvier le dessinateur Didier Conrad et le scénariste Jean-Yves Ferri au Journal du dimanche. Il s'agira de la quatrième bande dessinée de la série réalisée par ce duo, qui s'est vu confier la suite des aventures du petit moustachu en 2013 par Albert Uderzo. "On a pratiquement terminé les crayonnés, la partie créative, il ne reste que quelques corrections dans le texte, de petites retouches dans les dessins", explique Didier Conrad.

 

 

 

Une intrigue au sein du village gaulois

"Après La Transitalique, qui faisait voyager Astérix et Obélix à travers l'Italie, nous restons au village" avec ce nouvel album, précise Didier Conrad. "Quand on reste au village, il faut creuser un thème de société, jouer sur la psychologie des personnages..." souligne Jean-Yves Ferri. "Nous avons souhaité prendre pour point de départ le fameux 'nos ancêtres les Gaulois...'. Sauf que bien sûr, on ne sait pas trop qui sont leurs ancêtres !" relève Didier Conrad, qui souligne qu'Albert Uderzo "relit et nous fait part de ses remarques".

 


06/01/2019
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Franceinfo - le dimanche 9 décembre 2018

 

 

"L'Arabe du futur" de Riad Sattouf : comment une BD au trait simpliste est devenue un phénomène littéraire

 

 

 

Début octobre, on apprenait que le quatrième tome de L'Arabe du futur, la dernière bande dessinée signée Riad Sattouf, venait de se hisser à la première place du classement des ventes de livres en France. Comme un ultime pied de nez, ce roman graphique qui raconte l'enfance de l’auteur, à cheval entre la Syrie et la Bretagne, venait de détrôner Destin français d'Eric Zemmour. Si elle peut paraître anecdotique, cette annonce est une preuve supplémentaire de l'incroyable intérêt porté par le public à l'histoire apparemment singulière de ce petit enfant blond, tiraillé entre les cultures antagonistes de ses parents. Alors que se tient en ce moment à la Bibliothèque publique d’information (BPI) du Centre Pompidou, à Paris, la première exposition consacrée à son auteur, franceinfo s'est penché sur L'Arabe du futur, l'œuvre phare de Riad Sattouf, pour tenter de comprendre les raisons de ce succès littéraire.

 

 

 

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Des dizaines de personnes font la queue lors d'une séance de dédicaces de Riad Sattouf (au premier plan) pendant le festival Les Rendez-vous de l'histoire à Blois (Loir-et-Cher), le 7 octobre 2016. (MAXPPP)

 

 

 

Dix ans pour accoucher d’un best-seller mondial

Un chiffre suffit à lui seul à comprendre le phénomène littéraire qu'est devenu L'Arabe du futur. Sorti en librairie en 2014, le premier tome de cet épais roman graphique a déjà été tiré à 575 000 exemplaires, soit beaucoup plus que la moyenne des ventes d'un prix Goncourt (qui s’écoule à environ 398 000 exemplaires, selon l’institut GfK cité par Le Figaro). C’est moins qu'Astérix et la Transitalique, le dernier album des aventures du Gaulois moustachu et champion des ventes de livres en France en 2017 avec 1,6 million d’exemplaires, rappelle Le Point. Mais cela reste un volume exceptionnel pour une bande dessinée hors franchise. Au global, les quatre tomes de L'Arabe du futur cumulent aujourd'hui un tirage de plus d'un million et demi d'exemplaires. "C'est l'une des rares séries où la sortie de chaque nouveau tome relance les tomes précédents. Le premier tome continue de se vendre énormément, et les quatre tomes sont toujours dans le classement hebdomadaire des ventes de Livres Hebdo, ce qui est complètement dingue", ajoute admiratif Le Libraire se cache, gérant d'une librairie spécialisée BD en région parisienne.

 

 

 

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Les deux premiers tomes de "L'Arabe du futur" dans une librairie à Mulhouse (Haut-Rhin), le 29 juin 2015. (MAXPPP)

 

 

 

"Il y a des gens de ma famille qui s'appellent Allary et qui m'ont offert L'Arabe du futur", confie en souriant Guillaume Allary, le fondateur des éditions qui portent son nom et qui publient le best-seller de Riad Sattouf. L'anecdote est effectivement amusante, mais elle est surtout révélatrice de ce qu'est devenu L’Arabe du futur en quatre ans : le cadeau parfait. Idéal autant pour Lucas, le petit-neveu qui entre en sixième, que pour Jacques, le grand-oncle à qui l'on offrait en alternance jusqu'alors le dernier Astérix ou le nouveau Blake et Mortimer. Mais si L'Arabe du futur s'est peu à peu imposé dans les bibliothèques et sur les tables de chevet, ce projet, en apparence simplissime (une autobiographie racontée en bande dessinée), a mis du temps à voir le jour dans la forme qu'on lui connaît aujourd'hui.

 

 

 

En 2005, Riad Sattouf vient d’avoir 27 ans et connaît son premier succès en librairie avec Retour au collège. Il confie alors à Guillaume Allary, son éditeur de l'époque chez Hachette Littératures, son envie un peu floue de faire un album futuriste en rapport avec le monde arabe. Pendant des années, il lui soumet des projets, sans qu’aucun n'aboutisse. "C'était raconté de l’espace, par quelqu'un qui revenait un jour dans le monde arabe des années plus tard, se souvient Guillaume Allary. A l'époque, je savais qu'il avait passé une partie de son enfance et de son adolescence en Syrie mais il ne m'avait pas raconté dans son ampleur ce qu'il avait vécu. Donc je sentais qu'il tournait autour de quelque chose d'important qu'il n'arrivait pas à dire directement."

 

 

 

Mais en 2011 éclate la guerre civile en Syrie, le pays où réside encore une partie de sa famille du côté de son père. Contraint de se battre pour la faire venir en France, il a finalement le déclic. Ce projet, ce sera celui de raconter son histoire, lui qui a passé une partie de sa vie au Moyen-Orient, élevé par un père syrien et une mère bretonne. "Je me suis dit, si j'arrive à me sortir de ces galères, je raconterai toute cette histoire et ça me fera potentiellement une fin. C'est une sorte de point d'orgue dans mon histoire avec la Syrie", raconte Riad Sattouf en 2014 à Slate.

 

 

 

"Je pense qu'il n'était pas mûr pour le faire avant, analyse Guillaume Allary. Et comme il n'assumait pas le côté autobiographique, il essayait de trouver des chemins de traverse pour raconter cette histoire." En 2013, Riad Sattouf élabore en l’espace de deux mois le storyboard de ce qui deviendra le premier tome de L'Arabe du futur. Il le soumet à Guillaume Allary qui vient justement de monter sa propre maison d’édition. "J'ai compris que tout était là, que c'était parti." Après plus de huit années de gestation, le projet prend enfin vie et Sattouf décide d'emblée que l’album s'appellera L'Arabe du futur, une expression employée par son père, adepte (au moins au début du récit) d’un panarabisme progressif, et qui désigne un Arabe lettré et cultivé, moins soumis à l’obscurantisme religieux que par le passé.

 

 

 

 

Sur le moment, ça correspondait tellement à ce qu'il voulait dire que je n’ai eu aucune réflexion marketing sur le titre. Mais à l'imprimerie, on s'est demandé si les gens allaient acheter un livre sur lequel était écrit en gros le mot "arabe".

Guillaume Allary, éditeur de "L’Arabe du futur" à franceinfo

 

 

 

Le 15 mai 2014, les éditions Allary publient L'Arabe du futur, tome 1 : Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984). Trois semaines plus tard, l'éditeur américain Metropolitan Books acquiert les droits de publication de l’ouvrage aux Etats-Unis. Aujourd'hui, la saga est disponible dans 22 langues différentes et cartonne dans le monde entier. On peut lire L'Arabe du futur en espagnol, en italien, en allemand, mais aussi en croate et en coréen. Et s’il n'existe pas encore de traduction en arabe ou en hébreu, c’est uniquement pour des questions d'engagements commerciaux. "Les éditeurs dans le monde arabe sont beaucoup moins solides que dans le reste du monde. Certains vont acheter les droits du tome 1, mais pas forcément ceux du tome 2. Donc, Riad Sattouf préfère attendre d'avoir fini la série pour discuter avec un éditeur pour l'ensemble de la région, prendre des garanties, vérifier que tout est bien fait et suivre ça de façon pointue", précise Jean-Pierre Mercier, historien de la bande dessinée et conseiller scientifique sur l'exposition Riad Sattouf, l'écriture dessinée.

 

 

 

Les lecteurs arabophones devront donc encore patienter. Initialement prévu sur trois tomes, L'Arabe du futur devrait finalement en compter six, un chiffre récemment avancé par Riad Sattouf à l'AFP. Une adaptation est parallèlement envisagée, probablement sous la forme d’une série d'animation, compte tenu de la richesse du matériel. "A peu près tous les studios ont fait des propositions. Mais Riad, qui s’occupera de la réalisation, doit choisir avec qui il veut travailler. Et pour l'instant, il n'a pas encore eu le temps de s'y pencher", précise Guillaume Allary.

 

 

 

Les secrets de fabrication : "Un état de tension ultime"

Si Riad Sattouf n'a pas encore eu le temps de se lancer dans l'adaptation de ses albums, c'est parce que sortir un nouveau tome de L'Arabe du futur prend du temps, beaucoup de temps. Le process de travail singulier, mis en place par le binôme formé par Guillaume Allary et Riad Sattouf, est éprouvé depuis la conception du deuxième tome. "Quand Riad a globalement le livre en tête avec toute son histoire et son déroulé, il me donne rendez-vous dans un bar autour de République", raconte l'éditeur. "Là, pendant toute une soirée ou un après-midi, il me joue tout le livre en mimant ce qui se passe entre les personnages." Durant cette réunion qui ressemble plus à un monologue théâtral qu'à une réunion éditoriale, Guillaume Allary intervient pour se faire préciser quelques scènes, vérifier que les personnages évoluent correctement et qu'il n'y a ni répétition, ni temps mort dans le livre imaginé par son auteur.

 

 

 

La première phase éditoriale se déroule à l'oral, dans un bar, mais c'est finalement la plus importante de notre travail.

Guillaume Allary à franceinfo

 

 

 

Une fois que l'histoire est calée (au besoin, à l'issue d’une seconde session de travail de ce type), "Riad part en sous-marin, c’est-à-dire qu'il s'enferme trois mois pendant lesquels il ne répond plus à rien et se consacre intégralement au storyboard", poursuit l'éditeur. Puis, après quelques ajustements principalement liés à la dramaturgie, la phase de dessin peut commencer. "Riad commence toujours à travailler au dernier moment et il se met dans un état de tension ultime parce que c’est dans cet état qu'il arrive à dessiner ses pages." Deux à trois par jour au début, et jusqu'à quatre lorsque la deadline approche. Les journées de travail s'allongent et durent parfois entre 15 et 18 heures.

 

 

 

Dessiner "L’Arabe du futur", c’est un exploit physique même si ça ne se voit pas quand on regarde le livre.

Guillaume Allary à franceinfo

 

 

Et si les derniers jours de travail sont aussi tendus, c'est parce que Riad Sattouf sait qu’il n'a aucune marge de manœuvre pour la date du rendu définitif des planches. "Normalement, avec un auteur, on prend toujours des marges de sécurité en donnant une date alors qu'on sait qu'on part à l’imprimerie dix jours plus tard. Mais Riad, il voit tout et il sait tout, donc je ne peux pas lui mentir, même là-dessus. Alors, ce que je fais, c’est que je lui donne vraiment la date ultime de rendu", explique Guillaume Allary. Une date qui se matérialise par un billet de train en direction de la première imprimerie. "Il sait que s'il n’est pas là sur le quai avec les fichiers, le livre ne sortira pas", précise l’éditeur. Et jusqu'à présent, Riad Sattouf a toujours été au rendez-vous. Quant à savoir quand sortira le tome 5, difficile à dire. Son éditeur nous confie que Riad Sattouf n'a pas encore précisément le livre en tête, condition indispensable pour qu'une date butoir soit arrêtée. Et malgré une fin d'année chargée, placée sous le signe de la promotion du tome 4 et de son exposition à la BPI, une sortie en 2019 est encore envisagée par le binôme.

 

 

Cette deadline est d'autant plus importante que la fabrication de L'Arabe du futur, relativement complexe, oblige à faire travailler aujourd’hui cinq imprimeries différentes, compte tenu du volume des tirages (le premier tirage du tome 4, sorti le 27 septembre, était de 250 000 exemplaires). "Le livre est fait avec un très beau papier qui est cousu avec des machines à coudre et dans ces quantités-là, personne ne le fait. On doit donc imprimer les exemplaires par tranches de 20 000, ce qui est extraordinairement lent et coûte très cher", poursuit Guillaume Allary.i Riad Sattouf n'a pas encore eu le temps de se lancer dans l'adaptation de ses albums, c'est parce que sortir un nouveau tome de L'Arabe du futur prend du temps, beaucoup de temps. Le process de travail singulier, mis en place par le binôme formé par Guillaume Allary et Riad Sattouf, est éprouvé depuis la conception du deuxième tome. "Quand Riad a globalement le livre en tête avec toute son histoire et son déroulé, il me donne rendez-vous dans un bar autour de République", raconte l'éditeur. "Là, pendant toute une soirée ou un après-midi, il me joue tout le livre en mimant ce qui se passe entre les personnages." Durant cette réunion qui ressemble plus à un monologue théâtral qu'à une réunion éditoriale, Guillaume Allary intervient pour se faire préciser quelques scènes, vérifier que les personnages évoluent correctement et qu'il n'y a ni répétition, ni temps mort dans le livre imaginé par son auteur.

 

 

 

 "Une œuvre universelle" ?

 

 

Si L'Arabe du futur est en partie compliqué à fabriquer du fait de la très grande qualité du support, celle-ci n'explique pas l'incroyable succès rencontré par ces livres. Pourquoi cette histoire autobiographique qui met en scène un petit blondinet qui grandit entre la Syrie et la Bretagne parvient-elle à passionner autant de personnes dans le monde ?

 

 

Pour Jean-Pierre Mercier, c'est avant tout parce que Riad Sattouf est à la fois un excellent dessinateur et un immense narrateur. L'exposition qui lui est actuellement consacrée à la BPI mérite en particulier d'être vue car elle expose quelques-uns de ses dessins de jeunesse, réalisés alors qu’il était au lycée, puis aux Arts appliqués et aux Gobelins. L'occasion de découvrir l'extraordinaire palette de ses talents. "Ce n'est peut-être pas un surdoué, mais il est extrêmement bon graphiquement", analyse l’historien. Et, alors que Riad Sattouf peut tout dessiner ou presque, "il a choisi un style simple, lisible, très dynamique qui emprunte autant à Hergé qu'à l’esthétique de certains mangas, comme les dessins d'Isao Takahata [le cofondateur des studios Ghibli, disparu au printemps dernier]".

 

 

 

 

Ça a l’air jeté sur le papier très simplement, mais il y a une maîtrise derrière qui est absolument remarquable. C'est l'aisance de celui qui va à l’essentiel qui vous fait croire que tout ça est très facile.

Jean-Pierre Mercier, historien de la BD à franceinfo

 

 

 

Avec un style qui se rapproche de celui des meilleurs dessinateurs dits "comiques", comme Claire Bretécher, Reiser ou Wolinski, Sattouf arrive à transmettre des expressions faciales extrêmement justes avec des personnages à gros nez à la limite de la caricature. Une analyse que partage Emmanuèle Payen, commissaire de l'exposition à la BPI. "C'est quelqu'un qui va de plus en plus vers l'épure et la simplicité, y compris la simplicité de trait, pour laisser plus de place au sens", conclut-elle.

 

 

 

Interrogé récemment par Challenges (article payant), Riad Sattouf expliquait d'ailleurs avoir "pensé cette série pour qu'elle soit lisible par des gens qui ne lisent pas de BD, qui n'y connaissent rien. (...) J'ai pensé à ma grand-mère et j'ai essayé de faire une BD pour elle : longue à lire, avec beaucoup de textes et beaucoup de cases, avec une histoire bien construite et une variété de sentiments et d’émotions." Un objectif visiblement atteint. S'il n’existe évidemment pas de statistiques sur le profil sociologique du lecteur de L'Arabe du futur, son éditeur estime, d'après les personnes rencontrées en signature, qu'environ "70% du public n'est pas un public de bande dessinée".

 

 

 

 

Au-delà de ses talents de dessinateur et de narrateur, Riad Sattouf a une autre botte secrète. Il sait se rendre très disponible et passe très bien à la radio ou à la télé. Comme le constate Le Libraire se cache, "Riad Sattouf est très présent là où ça compte, comme dans Télérama ou sur France Inter et France Culture qui sont de vrais médias influenceurs. Et quand il est en prime time sur une émission de radio, on va venir me demander le livre dès le lendemain, et ça, ça m'arrive très très rarement. Quand c'est Manu Larcenet ou Joann Sfar, je n'ai pas de retombées commerciales juste après."

 

 

 

 

Mais les multiples talents de l'auteur ne sauraient expliquer à eux seuls l’énorme succès de L’Arabe du futur, ses œuvres précédentes (Pascal Brutal ou La Vie secrète des jeunes pour les plus connues) et même Les Cahiers d’Esther, que Riad Sattouf publie parallèlement depuis 2016, n’ont jamais atteint de tels tirages. Pour son éditeur, la seule véritable explication, c’est "l'extrême qualité" de l’œuvre. "Pourquoi s’intéresse-t-on toujours aux romans russes du XIXe siècle ? Pourquoi relit-on Tintin ? Parce que les œuvres les plus abouties, les plus réussies, sont par nature universelles", affirme Guillaume Allary, qui prend pour témoin les réactions des lecteurs croisés lors des séances de dédicaces. "Quand Riad est au Brésil ou en Scandinavie, les gens viennent le voir en lui disant que ça parle de leur histoire. Ils ont l’impression que ça parle d’eux. Finalement, comme tout le monde a deux parents, on a tous une double culture." Et plus prosaïquement, comme le relève Jean-Pierre Mercier, "tout le monde s’identifie à un gamin qui est terrorisé à l’idée d’aller à l’école le premier jour".

 

 

 

 

C'est d’ailleurs sûrement ce point de vue à hauteur d'enfant qui explique l'adhésion du public à L'Arabe du futur, lu aujourd'hui autant par des adultes que par des jeunes dès 8 ou 9 ans. Un point de vue qui offre un regard plus naïf que celui d'un adulte et donc plus facilement recevable de la part d'un lecteur quand on lui parle de racisme, de violence à l'école ou de maltraitance animale. "C'était la même chose avec Marjane Satrapi et sa série Persepolis, rappelle Jean-Pierre Mercier. Et ça dit quelque chose sur la situation politique et géopolitique actuelle. On est à la recherche de clés de compréhension de ce monde bizarre dans lequel on évolue aujourd’hui. Et Riad y participe. Il donne à hauteur d’enfant une vision de ce que sont ces sociétés-là." Un regard d'enfant, mais sans complaisance, ni sur le Moyen-Orient, ni sur son père dépeint comme un "Arabe d’extrême droite" et que Sattouf n'hésitait pas à décrire, il y a quelques semaines au micro de France Inter, comme "une sorte de Bruno Gollnisch arabe".

 

 

 

Et si c'était juste que L'Arabe du futur était tout simplement un chef d'œuvre, à ranger aux côtés de l’immense Maus d’Art Spiegelman, seule bande dessinée à ce jour à avoir remporté un prix Pulitzer ? Pour Le Libraire se cache, "Maus ou Vie de Mizuki [du génial mangaka Shigeru Mizuki] sont des œuvres révolutionnaires que l'on avait jamais vu avant. En France, on a eu Persepolis et pour moi, L'Arabe du futur est un digne héritier de tout ça." Un avis que partage également Emmanuèle Payen qui voit la série "comme un héritage". "Riad Sattouf a sa place dans l’espace qui s’est construit ces dernières décennies autour du roman graphique, donc il y a une vraie filiation", poursuit-elle.

 

 

 

Pour l'historien Jean-Pierre Mercier, L'Arabe du futur mérite d'être aux côtés des plus grandes œuvres autobiographiques. Pour preuve, cette année encore, et malgré un Fauve d’or remporté en 2015, le dernier tome de L'Arabe du futur se retrouve dans la sélection officielle du prochain festival international de la bande dessinée qui se déroulera à Angoulême du 24 au 27 janvier 2019. "C'est une discussion qu'on a à chaque fois, avoue le spécialiste qui fait partie du comité qui compose cette liste très attendue. On choisit quarante bouquins parmi les 5 000 bandes dessinées qui paraissent chaque année pour dire aux gens, si vous ne devez n’en lire que quarante, essayez peut-être de lire celles-là. Et à chaque fois, il y a toujours quelqu'un qui rappelle que L'Arabe du futur est quand même un des grands bons livres de l'année. Donc si on doit recommander quarante bouquins, il faut qu'il y soit." Et de conclure, "Maus est un classique, et L'Arabe du futur est parti pour en être un".

 

 

 

Texte : Elodie Drouard

 


11/12/2018
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Tintin et Milou

 

 

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15/11/2018
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Franceinfo - le mercredi 31 octobre 2018

 

 

Jolly Jumper, Joe Dalton... On dégaine les histoires secrètes de Lucky Luke pour la sortie du 80e opus, "Un cow-boy à Paris"

 

 

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Pierre GodonFrance Télévisions
 

 

 

 

Il est pauvre, solitaire et loin de son foyer, comme il le chante à la fin de chacun de ses albums. Et surtout il tire plus vite que son ombre. Mais ça, tout le monde le sait...

 

 

 

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Couverture de l'album "Un cow-boy à Paris", 80e album de Lucky Luke, paru chez Dargaud le 7 novembre 2018. (ACHDE ET JUL / LUCKY COMICS)

 

 

 

On ne vous dira pas s'il chante sa ritournelle "I'm a Poor Lonesome..." devant la tour Eiffel sur fond de soleil couchant dans Un cow-boy à Paris, le 80e album qui sort vendredi 2 novembre. Mais Lucky Luke, le cow-boy-solitaire-loin-de-son-foyer, vous connaissez forcément : ses aventures se sont écoulées à 300 millions d'albums et ont fait l'objet d'une douzaine d'adaptations au cinéma et à la télé. Jolly Jumper, Rantanplan, les Dalton, vous maîtrisez...  Enfin, c'est ce que vous croyez.

 

 

Car bien des éléments iconiques de la série demeurent mystérieux même pour les passionnés. Ces derniers sauront peut-être que les Dalton, les vrais, n'étaient que trois. Mais quand Morris tombe sur l'anecdote dans une bibliothèque de New York en 1947, il préfère faire fi de la réalité historique. Le quatrième n’est devenu mauvais qu’après la mort des premiers, "mais j’ai trouvé plus drôle de les mettre tous les quatre ensemble", explique-t-il aux Cahiers de la BD en 1973.

 

 

 

Jolly Jumper, "c'est définitivement une jument"

Niveau d'érudition supérieur : connaître l'origine de la chanson iconique du poor lonesome cowboy. Il faut attendre 1997 pour que Morris en révèle l'origine, qui remonte aux débuts de sa carrière, à Libération : "J'habitais dans une chambre meublée à Bruxelles. Ma logeuse fumait beaucoup et chantait 'Je suis seule ce soir' [de Lucienne Delyle], un grand succès de l'époque. Et, pour compléter le tableau, elle avait les jambes arquées et des dents de cheval." 

 

 

Après ces broutilles, on passe au niveau difficile : vous êtes-vous déjà interrogé sur le sexe de Jolly Jumper ? Attention, révélation : "J'en ai parlé avec Morris, et c'est définitivement une jument, assure Patrick Nordmann, scénariste de plusieurs albums dans les années 1990 et cavalier à ses heures perdues. Si c'était un étalon, jamais il ne se serait comporté comme ça. Tout en Jolly Jumper – sa débrouillardise, son sens de l'initiative, son intelligence – indique que c'est une jument." Si les spécialistes soulignent que les cow-boys n'utilisaient que des hongres ou des juments pour se déplacer, Morris a laissé passer une case ambiguë dans l'histoire courte Un amour de Jolly Jumper, à retrouver dans La Ballade des Dalton et autres histoires. Le mystère demeure, au point que les contributeurs de Wikipedia ont ôté toute mention du sexe du cheval le plus fort de l'Ouest aux échecs.

 

 

 

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Couverture de l'album "Sept histoires de Lucky Luke" paru chez Dargaud. (MORRIS / DARGAUD)

 

 

 

Le problème, c'est que Morris a passé le colt à gauche en 2001, dans des conditions troubles, alors qu'il avait demandé à ce qu'on lui apporte sa table à dessin à la clinique où il se faisait soigner après une chute. Outre le fait qu'il a laissé inachevé l'album inédit à ce jour Lucky Luke contre Lucky Luke (les tribulations d'un imposteur se faisant passer pour le cowboy qui tire plus vite que son ombre), le créateur du personnage n'a pas eu le temps d'établir un cahier des charges pour les éventuels repreneurs. Ce qui chagrine beaucoup Patrick Nordmann, qui s'est étouffé quand il a vu Jolly Jumper tomber amoureux d'une jument dans La Belle Province, premier album de la nouvelle équipe. "Et maintenant, on le fait venir à Paris alors que Morris ne voulait pas que son héros quitte le continent américain..."

 

 

 

 

Morts, double whisky et danseuses de saloon

 

Patrick Nordmann et les fidèles du cow-boy ont pu tiquer devant la déferlante de jeux de mots dès le premier album post-Morris, La Belle Province. Mais même de son vivant, Morris n'était pas extrêmement carré avec son cahier des charges. En 1973, le dessinateur expliquait aux Cahiers de la BD qu’il arrivait à René Goscinny, le scénariste historique de Lucky Luke pendant vingt ans et une bonne trentaine d'albums, de les glisser dans son texte, mais qu’il les supprimait toujours.

 

 

 

Le problème, c'est que Morris ne s'est pas toujours appliqué la règle qu'il imposait aux autres. "Vous me rappelez qui a intitulé un de ses albums solos Phil Defer ?, sourit Guillaume Podrovnik, auteur d'un documentaire sur le cow-boy et son créateur sur Arte en 2015. Plus sérieusement, c'est parce que c'est Morris qui assurait lui-même la traduction en néerlandais qu'il voulait le moins de jeux de mots possibles [la preuve avec la traduction flamande de l'album Phil Ijzerdraad, littéralement "Phil Fil de fer"]. Car ceux de Goscinny pouvaient s'étendre sur des pages et des pages, comme dans Astérix."

 

 

 

Et s'il n'y avait que les jeux de mots... Celui qui aura le plus brutalement violé les codes de sa propre BD demeure Morris lui-même dans une histoire courte intitulé Lucky Luke se défoule, où on voit le cow-boy tuer à tour de bras, siffler un double whisky et s'encanailler avec des danseuses de saloon. Publiée dans Le Point au début des années 1970, cette drôle d'histoire a été éditée à petit tirage et en petit format.

 

 


31/10/2018
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Tintin

 

 

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04/10/2018
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Tintin

 

 

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30/08/2018
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Etagères Gaston la Gaffe

 

 

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09/08/2018
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Tintin

 

 

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08/03/2018
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