L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

BD


Franceinfo - le vendredi 19 juin 2020

 

 

"Les Cahiers d'Esther, Histoires de mes 14 ans", Riad Sattouf : "Les garçons se prennent toujours pour des caïds"

 

 

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Laurence HouotRédaction CultureFrance Télévisions

 

 

 

Riad Sattouf nous dit tout sur les dessous du tome 5 des "Cahiers d'Esther", dans les librairies depuis le 11 juin et déjà un carton

 

 

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L'auteur de bandes dessinées Riad Sattouf et les couvertures des 5 tomes des "Cahiers d'Esther" (Renaud Monfourn / Allary Editions)

 

 

 

Le tome 5 des Cahiers d'Esther est arrivé. Riad Sattouf raconte la vie de cette jeune parisienne chaque semaine en une planche dans L'Obs depuis cinq ans. Elles sont rassemblées chaque année dans un album et ont également été adaptées en dessin animé. Dans ce cinquième opus, Esther a quatorze ans. Le dessinateur a prévu de suivre Esther jusqu'à ses 18 ans.  "Ah dis donc, j'ai déjà fait plus de la moitié !" remarque en passant Riad Sattouf, que nous avons rencontré à Paris dans les locaux d'Allary, son éditeur.

 

 

Les quatre premiers albums se sont vendus à 650.000 exemplaires et ce tome 5, dont la publication a été retardée d'un mois pour cause de confinement, fait déjà un carton dans les librairies (dans le Top 10 des meilleures ventes du classement exclusif GFK/Livres Hebdo) depuis sa sortie le 11 juin. 

 

 

On y retrouve la jeune fille, ses rêves, ses "délires" et ses inquiétudes. On lui découvre aussi une nouvelle conscience politique. Si elle dort toujours avec son doudou, Esther fait maintenant du baby-sitting, s'intéresse aux grandes causes, des "gilets jaunes" à la condition des SDF. Elle crâme les pères libidineux de ses copines et débat de l'orientation politique de "Heuss l'enfoiré". Langage toujours fleuri, elle pleure devant le spectacle de Notre-Dame en feu et nous raconte ses premières soirées alcoolisées… Sourire radieux enfin débarrassé de ses bagues, elle commence même à parler avec nostalgie de sa "jeunesse". Quand on la quitte elle est prête pour la troisième, et un certain Abdelkrim est entré dans sa vie...

 

 

Une fois encore on se régale de la tendresse du trait de Riad Sattouf et de son art de capter l'air du temps à travers les toutes petites choses du quotidien.  

 

 

Comment décririez-vous Esther, en deux mots ?

 

Volubile et positive !

 

 

Comment Esther a-t-elle évolué depuis le dernier tome ?

 

Esther commence à s'intéresser au monde extérieur. Et son sens de l'injustice vis-à-vis des autres se développe. Les enfants ont naturellement le sens de l'injustice, mais surtout quand cela les concerne eux. En grandissant, Esther observe le monde extérieur et elle est de plus en plus choquée par ce qu'elle voit. Elle est choquée par exemple de voir des SDF dans la rue, et de constater que personne ne réagit, que la police ne fait rien pour les aider. Esther se pose des questions naïves, innocentes mais fondamentales. Des questions qui demandent des réponses concrètes commencent à l'intéresser.

 

 

 

\"Les Cahiers d\'Esther, histoire de mes 14 ans\", extrait de la page 28

"Les Cahiers d'Esther, histoire de mes 14 ans", extrait de la page 28 (Riad Sattouf / Allary Editions)


 

Vous avez suivi Esther depuis ses 10 ans, est-ce qu'il y a des choses qui vous surprennent encore ?

 

Ce qui me surprend toujours, c'est le comportement des garçons avec les filles. Des garçons souvent sexistes, qui disent des horreurs aux filles en toute impunité. Il y a quelques jours, avec des journalistes, j'ai rencontré deux filles ados pour parler des Cahiers d'Esther. Le journaliste leur a demandé si elles avaient l'impression que les garçons se sentent supérieurs. Elles ont toutes les deux répondu oui immédiatement, sans hésiter. On pourrait penser que les choses évoluent, mais en écoutant Esther, on se rend compte que ce n'est pas le cas. Des jeunes filles se battent, il y a des luttes, mais les garçons se prennent toujours pour des caïds. Et cela me surprend d'autant plus qu'Esther est dans un collège privilégié. Cela n'empêche pas les garçons de se comporter comme s'ils avaient grandi dans des quartiers terribles...

 

 

Esther n'a pas d'amis garçons ?

 

Si, elle a des copains garçons, mais ce sont des garçons un peu à part, un peu particuliers. Sinon avec les autres, elle se sent obligée de faire des choses un peu interdites, comme boire des bières. Les garçons qu'elle côtoie ne sont pas des délinquants quand même… Juste des semi-voyous (rires)  

 

 

Qu'est-ce qui a changé depuis la publication du premier tome, il y a cinq ans ?

 

Quand j'ai commencé les Cahiers d'Esther, la majorité des lecteurs étaient des adultes. C'était assez logique puisque les planches sont d'abord publiées chaque semaine dans L'Obs, un magazine pour adultes. Et puis au fur et à mesure qu'Esther a grandi, les jeunes lecteurs ont commencé à se reconnaître, à s'identifier, et même à lire la BD dans le sens inverse. Ils commencent par la fin et remontent les tomes pour voir "comment elle était folle dans sa jeunesse".  Cela m'a vraiment surpris.

 

 

Votre histoire préférée du tome 5 ?

 

Il y en a deux peut-être. Celle où Esther marche dans la rue et où elle croise une handicapée et lui sourit, car Esther n'aurait pas fait ça dans le tome 1.

 

 

 

\"Les Cahiers d\'Esther, histoire de mes 14 ans\", extrait de la page 45

"Les Cahiers d'Esther, histoire de mes 14 ans", extrait de la page 45 (Riad Sattouf / Allary Editions)


 

La deuxième, c'est celle où elle retrouve Mitchell dans les rayons d'un supermarché. Un garçon que sa classe harcelait à l'école primaire. A l'époque beaucoup de lecteurs avaient été choqués, ils avaient dit qu'Esther était une harceleuse, qu'elle était méchante... Et quand Esther retrouve le garçon, il a l'air d'aller bien, elle le trouve même beau. J'aime bien cette note positive.

 

 

\"Les Cahiers d\'Esther, histoire de mes 14 ans\", extrait de la page 44

"Les Cahiers d'Esther, histoire de mes 14 ans", extrait de la page 44 (Riad Sattouf / Allary Editions)


 

Quelle est la différence entre la vraie Esther et le personnage de votre bande dessinée?

 

Je dissimule la réalité dans des personnages fictionnels. Je change les noms, les lieux, je fais tout pour que l'on ne puisse pas identifier Esther et son entourage. Mais au cœur de chaque histoire, il y a un vrai événement. La dessinatrice de bandes dessinées anglaise Posy Simmonds s'inspire de romans pour chacune de ses bandes dessinées, les réécrit à sa sauce si bien qu'à la fin, le roman n'existe plus. Si on ne le sait pas, on ne peut même plus voir que l'histoire en est inspirée. Elle utilise cette formule : "A novel burried in my story". Je fais la même chose mais avec la réalité. Il y a une histoire vraie enterrée dans chaque planche d'Esther. 

 

 

C'est important qu'Esther reste anonyme ?

 

Oui c'est important. Esther, elle, dit qu'elle s'en fiche. Je pense que pour elle il peut y avoir un peu de frustration. Parce que c'est elle, mais en même temps, ce n'est pas elle à 100%. Parfois le personnage est plus intelligent que la vraie Esther, parfois il est plus stupide. Elle ne peut pas se dire que c'est un portrait d'elle. Parfois elle aimerait bien qu'on reconnaisse des personnages, notamment ceux qu'elle n'aime pas ! (rires). Elle l'a même dit à une ou deux copines qui ont d'ailleurs proposé de me livrer leurs histoires pour que je les raconte ! Mais je tiens vraiment à cet anonymat. C'est ma vision personnelle d'une réalité, celle d'Esther. Cette vision n'appartient qu'à moi. Je n'aimerais pas que cette réalité soit "enterrée" par quelqu'un d'autre. Cela arrive que des gens me disent qu'ils se sont reconnus, quand je fais des dédicaces par exemple dans les librairies. Mais évidemment ils se trompent !

 

 

Comment naissent les histoires ? D'abord des mots ou d'abord des images ?

 

Les deux en même temps. Ma préoccupation principale est la clarté, que ce soit lisible, facile à lire. Et c'est une articulation entre les dessins et les textes.

 

 

Les mots et le langage ont une place importante ?

 

J'adore retranscrire la langue parlée. Les mots, le rythme, les expressions nouvelles, et les plus anciennes, qui reviennent. Parfois je crois utiliser un mot de jeune, et je me rends compte qu'il n'est plus utilisé. Alors que d'autres expressions que je croyais complètement dépassées reviennent. En tous cas, Esther et ses copines les utilisent.

 

 

Comme quoi par exemple ?

 

Faire du "lèche-vitrine" ! Pour moi c'était une expression datée, qu'on utilise plus depuis les années 80… En tous cas je n'invente pas les mots. J'essaie le plus possible d'utiliser les mots qu'Esther emploie. Cela montre aussi comment la langue est vivante, comment elle évolue et en même temps se perpétue. Quand j'entends une expression je me dis ça, il ne faut pas que je l'oublie. Quand elle me raconte ses histoires, je prends pas mal de notes !

 

 

Qu'est-ce que les Cahiers d'Esther nous disent de la société d'aujourd'hui ?

 

Je crois que ce n'est pas à moi de le dire. Quand je relis le premier tome de La vie secrète des jeunes par exemple, il n'y a pas un seul portable. Ils apparaissent dans le troisième tome. Et dans les Cahiers d'Esther, le téléphone, les réseaux sociaux sont devenus omniprésents. Donc en effet il y a sûrement des trucs qui se voient avec le recul. Mais je ne les mets pas consciemment. Ce qui m'intéresse c'est de raconter le quotidien, le banal, le léger, le plus honnêtement possible, avec les gros mots (rires). Par exemple parfois j'ai peur qu'il lui arrive quelque chose d'extraordinaire, je ne sais pas comment je ferais !

 

 

 

\"Les Cahiers d\'Esther, histoire de mes 14 ans\", extrait de la page 49

"Les Cahiers d'Esther, histoire de mes 14 ans", extrait de la page 49 (Riad Sattouf / Allary Editions)

 

 

 

Qu'y a-t-il de vous dans Esther ?

 

Beaucoup de choses ! C'est mon personnage. C'est moi qui l'ai façonné. Je pourrais la faire parler sans appeler la vraie Esther. Mais je n'aurais pas pu me passer du réel. Je suis toujours surpris de la puissance supérieure du réel dans ce genre d'histoires. On peut essayer d'inventer, ça peut marcher, mais ça a un goût chimique, comme un goût de fraises. Il peut y avoir de très bons goûts chimiques, mais moi j'aime bien le réel.

 

 

Vous menez deux projets de récits d'enfance en parallèle, celui d'Esther et celui autobiographique de L'Arabe du futur, comment ces deux projets cohabitent-ils ?

 

Je consacre deux jours par semaine à la planche des Cahiers d'Esther, et le reste à L'Arabe du futur. Il y a des choses surprenantes. Par exemple ce qui se passe c'est que dans le 5e volume de L'Arabe du futur sur lequel je travaille en ce moment, et qui paraîtra en novembre, j'ai le même âge qu'Esther. Je n'avais pas prévu que ça se rejoigne comme ça. C'est ce qui est beau dans l'écriture d'ailleurs, c'est qu'il y a des choses que l'on ne maîtrise pas, des choses qui se mettent dans les histoires, et que l'on n'avait pas prévues. Et là, il y a des scènes qui se rejoignent, à trente ans d'écart, dans des mondes complètement différents.

 

 

Et si Esther vous lâche, que ferez-vous ?

 

Je prendrai une autre fille comme source d'inspiration et je ne le dirai à personne (rires). Non sérieusement, je crois que ça n'arrivera pas. Son travail reste mince, je ne lui en demande pas trop !

 

 

Comment Esther a-t-elle vécu le confinement ?

 

Elle n'a pas eu peur du virus, parce qu'elle avait entendu que les jeunes étaient peu touchés. Par contre ça lui a fait un drôle d'effet de rester enfermée dans son appartement toute la journée avec sa famille. Je pense qu'elle a vraiment eu conscience de vivre un moment historique.

 

 

 

 

 

Et vous, comment l'avez-vous vécu ?

 

Pour moi cela n'a pas vraiment eu d'impact sur ma vie quotidienne. Un auteur de BD vit déjà confiné en temps normal. Je passe déjà mes journées enfermé, à dessiner. Et puis comme j'ai la phobie des virus, j'étais paré. J'avais du stock de gel hydroalcoolique d'avance. J'ai même dépanné des copains ! (rires)

 

 

Vous avez des relations privilégiées avec vos lecteurs, qui sont nourries par les réseaux sociaux, comment vivez-vous cela ?

 

Je suis un méga fan d'Instagram. J'adore ce réseau social, qui est moins une "grande poubelle" que Facebook, et moins un "égout" que Twitter. Un réseau social plus apaisé je trouve. On peut mieux sélectionner ce que l'on voit.

 

 

 

 

 

Pour le rapport avec les lecteurs c'est vraiment bien. Ils peuvent s'abonner, commenter, je peux leur répondre. J'ai même pris l'habitude de publier chaque semaine un ou deux dessins rapides. Pour moi c'est un challenge. Je ne sais pas très bien faire ces dessins rapides, avec une idée en une page, à la manière des dessins de presse. Et je trouve que le réseau social est un lieu qui se prête bien à cet exercice.

 

 

Vous avez aussi lancé "Les Impressions du Futur", qui permettent à vos lecteurs de s'offrir des impressions de vos dessins, pourquoi ?

 

C'est un peu comme tout ce que je fais dans la vie. J'aime refaire pour les autres les choses que j'adore ou que j'aimais quand j'étais enfant ou plus jeune.  J'aime par exemple les auteurs complets, qui font tout, dessins textes, couleurs, et c'est ce que je fais pour mes BD. J'adore les éditions originales aussi. Quand j'étais jeune, j'achetais des lithographies de Moebius, de Loisel, et je les affichais dans ma chambre. J'ai voulu faire la même chose !

 

 

 

 

Et puis c'est une autre manière de faire vivre les planches ou les cases. Dans la BD, chaque case est faite pour être lue en quelques secondes. Quand j'étais petit, j'avais un poster de Tintin dans ma chambre, une case extraite de Tintin en Amérique. Il est sur son cheval, un lasso à la main. Cette case dans la BD, on passe dessus en 5 secondes. Mais agrandie, isolée, en poster, elle émet autre chose. On voit un mouvement arrêté, on sent le coup de crayon, ça devient comme un tableau.

 

 

Est-ce que vous avez des idées sur ce que vous ferez quand vous aurez terminé "Les Cahiers d'Esther" et "L'Arabe du Futur" ?

 

Oui, j'ai déjà des idées, mais c'est secret défense !      

 

 

 

\"Les Cahiers d\'Esther, histoire de mes 14 ans\", Couverture, juin 2020

"Les Cahiers d'Esther, histoire de mes 14 ans", Couverture, juin 2020 (Riad Sattouf / Allary Editions)

 

Les Cahiers d'Esther, Histoires de mes 14 ans, Riad Sattouf
(Allary Editions - 56 pages - 16,50 €)

 


19/06/2020
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Franceinfo - le vendredi 31 janvier 2020

 

 

Festival d'Angoulême : voici les 100 BD du siècle à lire absolument

 

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Elodie DrouardPierre GodonFrance Télévisions

 

 

Vous êtes perdu parmi les milliers de bandes dessinées qui sortent chaque année ? Franceinfo a fait le tri et vous dévoile sa sélection des titres indispensables sortis ces 20 dernières années

 

 

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(JESSICA KOMGUEN / FRANCEINFO)

 

 

 

Entre 2000 et 2020, plus de 80 000 albums de BD sont sortis des presses. Sans prétendre à l'exhaustivité, ni résumer la crème de la production aux seuls chiffres de vente, nous vous proposons une sélection des cent meilleurs albums du début du siècle (selon la date de parution en France, pardon pour les puristes qui lisent le japonais dans le texte). L'idée est plus de vous donner envie d'en lire à l'occasion du Festival international de la bande dessinée, qui se tient à Angoulême du 30 janvier au 2 février, que de graver dans le marbre un top 100 immuable.

 

 

100"Elmer" de Gerry Alanguilan

 

   
    (CA ET LA)

 

Depuis 1979, tous les gallinacés ont désormais la possibilité de parler et donc de mener une existence normale, en cohabitant avec les humains. Cela n'a pas été sans mal, et c'est l'histoire que raconte le coq Jake Gallo à travers la vie de son père qui vient de mourir. Une album drôle, émouvant et incroyablement pertinent.

 

Elmer, de Gerry Alanguilan, éd. Ça et là, 2010, 14 euros.

 

 

99"Roi Ours", de Mobidic

 

   
    (DELCOURT)

 

 

La courte vie de Xipil va s'achever dès les premières pages de ce récit. La jeune fille du chef a été choisie par son père pour être sacrifiée au dieu Caïman. On n'est jamais trop prudent pour délivrer la tribu de la malédiction qui pèse sur son village. Mais au lieu d'un saurien affamé, c'est un ours qui se présente devant la jeune fille. Le Roi des ours, même, qui la prend pour épouse, et va devoir négocier la vie de sa promise avec le caïman. Un formidable conte initiatique porté par le trait lumineux de Mobidic, jeune dessinatrice dont c'était le premier album. Le second est attendu pour le printemps 2020.

 

Roi Ours, par Mobidic, éd. Delcourt, 2015, environ 19 euros.

 

 

 

98"Moi, ce que j'aime, c'est les monstres", d'Emil Ferris

 

   
    (MONSIEUR TOUSSAINT LOUVERTURE)

 

 

La révélation de l'année 2018, c'est elle. Emil Ferris a livré 400 pages d'une expérience graphique incroyable, presque entièrement réalisée avec un stylo à bille scotché à son poignet en raison de problèmes articulaires. On peut émettre des réserves sur les histoires qu'elle nous raconte, mais l'objet reste fou.

 

Moi, ce que j'aime, c'est les monstres, d'Emil Ferris, un tome publié depuis 2018, éd. Monsieur Toussaint Louverture, environ 35 euros.

 

 

97"Après la pluie", de Jun Mayuzuki

 

   
    (KANA)

 

Une histoire d'amour entre une adolescente de 17 ans et son patron quadragénaire ? Ne fuyez pas ! Ce n'est pas du tout ce que vous imaginez déjà. Point de Lolita ici, mais plutôt une relation qui va permettre à ces deux êtres brisés que tout oppose de puiser la force de traverser la période difficile dans laquelle ils se trouvent. C'est extrêmement touchant, souvent drôle et très rafraîchissant. 

Après la pluie, de Jun Mayuzuki, série terminée en dix tomes publiés entre 2017 et 2019, éd. Kana, 7 euros le tome.

 

96"Les Cavaliers de l'apocadispe", de Libon

 

   
    (DUPUIS)

 

Dans la Bible, ils étaient quatre. Dans la BD de Libon, ils ne sont que trois, mais c'est à se demander s'ils ne provoquent pas plus de dégâts. Les trois zozos en question, c'est une bande de trois cancres, Jé, Olive et Ludo, qui préfèrent par exemple bricoler une fusée à propulsion nucléaire dans la forêt en se servant dans une base militaire plutôt que d'étudier leurs tables de multiplication à l'école. Une sorte d'alliage improbable entre Le Petit Nicolas, "C'est pas sorcier" et Gaston Lagaffe, porté par des dialogues à hurler de rire.

Les Cavaliers de l'apocadispe, par Libon, série en cours avec deux tomes parus depuis 2018, éd. Dupuis, 2018, environ 12 euros le tome.

 

95"Beastars", de Paru Itagaki

 

   
    (KI-OON)

 

Quand une très jeune mangaka imagine un campus rempli d'animaux anthropomorphiques pour parler de manière astucieuse et intelligente de nos pulsions et de nos préjugés sur les rapports entre les hommes et les femmes, cela donne Beastars. Un remarquable manga pertinent et audacieux.

Beastars, de Paru Itagaki, série en cours avec huit tomes publiés depuis 2019, éd. Ki-oon, 7 euros le tome.

 

94"Superman Red Son", de Mark Millar et Dave Johnson

 

   
    (URBAN COMICS)

 

Superman arrive souvent assez loin au classement des super-héros préférés des bédéphiles. Ceux qui ne jurent que par Batman, les Avengers ou Spiderman gardent un petit faible pour cette courte uchronie signée Mark Millar et Dave Johnson, qui modifient l'histoire canonique en imaginant Superman tombé de Krypton, non pas dans la cambrousse américaine, mais dans la taïga soviétique. Une relecture décoiffante du super-héros au slip rouge, devenu un Stakhanov puissance mille.

Superman Red Son, de Mark Millar et Dave Johnson, éd. Urban Comics, 2014, environ 15 euros.

 

93"Gung Ho", de Benjamin von Eckartsberg et Thomas von Kummant

 

   
    (PAQUET)

 

Une excellente BD post-apocalyptique qui vaut surtout pour les dessins somptueux de Thomas von Kummant, entièrement réalisés à l'ordinateur, mais sans encrage, en laissant exploser les couleurs à chaque page, et pour les personnages d'ados très bien campés par Benjamin von Eckartsberg. Les plus anciens diront que ça leur rappelle Jérémiah (de Hermann), les plus jeunes que c'est une version un peu plus trash et adulte de Seuls (chroniqué par ailleurs). Quatre albums qui ne s'oublient pas sitôt refermés.

Gung Ho, de Benjamin von Eckartsberg et Thomas von Kummant, éd. Paquet, série en cours avec quatre tomes publiés depuis 2013, 17 euros par tome et intégrale à 35 euros.

 

92"Le Décalogue", de Franck Giroud

 

   
    (GLENAT)

 

Dix livres, dix auteurs, et une quête passionnante sur les traces d'un mystérieux manuscrit, qui contiendrait, dit-on, les dernières volontés de Mahomet. De quoi bouleverser les fondements des religions monothéistes... Si le scénario fleuve de Franck Giroud (600 pages au total) a lancé la mode des BD ésotériques (Le Légataire, Le Triangle secret, INRI, L'histoire secrète…), cette série a aussi le mérite de se lire indifféremment dans les deux sens, offrant un éclairage nouveau sur l'histoire. Précurseur, et toujours d'actualité.

Le Décalogue, par Franck Giroud et collectif,  éd. Glénat, dix tomes publiés de 2001 à 2003 et réunis dans une intégrale à 59 euros.

 

91"Bride Stories" de Kaoru Mori

 

   
    (KI-OON)

 

Karluk n'a que 12 ans lorsqu'on lui confie une épouse. Surtout qu'Amir est de huit ans son aînée et vient d'un village voisin, avec d'autres us et coutumes. Les deux jeunes gens vont devoir peu à peu s'apprivoiser, et apprendre à s'aimer. Bienvenue en Asie centrale, près de la mer d'Aral, pour y découvrir la vie des peuples de ces contrées au cœur du XIXe siècle. Une immersion magique et passionnante portée par un dessin sublime.

Bride Stories, de Kaoru Mori, éd. Ki-oon, série en cours avec 11 tomes publiés depuis 2011, environ 8 euros le tome.

 

90"Daredevil, l'homme sans peur", de Brian Michael Bendis et Alex Maleev

 

   
    (PANINI COMICS)

 

Le run à lire pour en apprendre davantage sur le personnage de Daredevil, alias Matt Murdock, le justicier aveugle. Un classique Marvel, indémodable et parfait pour mettre un pied dans la porte du l'univers foisonnant des comics de super-héros.

Daredevil, l'homme sans peur, de Brian Michael Bendis et Alex Maleev, série terminée en quatre tomes publiés entre 2008 et 2013, éd. Panini Comics, 22 euros le tome.

 

89"Holmes", de Luc Brunschwig et Cecil

 

   
    (FUTUROPOLIS)

 

Version officielle : Sherlock Holmes est mort, lors d'un énième combat à mort contre le professeur Moriarty, aux Chutes de Reichenbach. Version officieuse, colportée par son frère Mycroft : Sherlock a mis fin à ses jours devant son impuissance à détruire son fantastique cerveau à coups de cocaïne ou de morphine. Le docteur Watson ne croit ni à l'une, ni à l'autre et décide de mener l'enquête sur cette soudaine disparition. Il découvre alors la véritable personnalité de son ami. Une relecture rafraîchissante du mythe Sherlock Holmes, servie par les dessins superbes de Cecil.

Holmes, de Luc Brunschwig et Cecil, éd. Futuropolis, cinq tomes parus entre 2006 et 2019, environ 13 euros pièce.

 

88"Ted, drôle de Coco", d'Emilie Gleason

 

   
    (ATRABILE)

 

Ted est un grand échalas qui ne supporte aucun accroc à sa routine quotidienne. Sinon, c'est le drame. Ted est un autiste Asperger. C'est aussi le cas du petit frère de l'autrice de cet album très autobiographique, dans lequel Emilie Gleason tente de comprendre ce qui se passe dans la tête des personnes atteintes de ce syndrome. C'est coloré, joyeux, tout le contraire de ce qu'on imagine de ce trouble finalement assez méconnu. Indispensable.

Ted, drôle de Coco, d'Emilie Gleason, éd. Atrabile, 2018, 17 euros.

 

87"La Colère de Fantômas", d'Olivier Bocquet et Julie Rocheleau

 

   
    (DARGAUD)

 

Oubliez les gesticulations de Louis de Funès et le masque en latex bleu de Jean Marais, ce n'était pas du tout comme ça que les auteurs originels de Fantômas, Pierre Souvestre et Marcel Allain, avaient imaginé leur criminel. Olivier Bocquet et Julie Rocheleau reviennent aux racines du personnage – le début du XXe siècle, un vrai polar sans éléments comiques, de la violence – dans une trilogie dont l'esthétique détonne par sa palette de couleurs tranchées et une vitalité proche de celle des comics.

La Colère de Fantômas, d'Olivier Bocquet et Julie Rocheleau, éd. Dargaud, série terminée en trois tomes parus entre 2013 et 2015, environ 14 euros pièce.

 

86"Ms. Marvel", de G. Willow Wilson et Adrian Alphona

 

   
    (PANINI COMICS)

 

Soyons clairs. Ms. Marvel n'a rien à voir avec Captain Marvel, dont vous avez pu voir récemment les aventures au cinéma. Ici, il est question d'une ado d'origine pakistanaise, capable de modifier la taille de tout ou partie de son corps. Kamala Khan est donc une super-héroïne, mais elle est aussi une jeune fille d'aujourd'hui, prise en étau entre son désir de liberté et sa famille, dans laquelle la culture et la religion musulmanes occupent une grande place. Des aventures fraîches et drôles qui parlent autant aux ados qu'aux adultes.

Ms. Marvel, de G. Willow Wilson et Adrian Alphona, série en cours avec neuf tomes publiés depuis 2015, éd. Panini Comics, 17 euros le tome.

 

85"Abélard", de Régis Hautière et Renaud Dillies

 

   
    (DARGAUD)

 

Abélard, petit oiseau sensible et d'une naïveté confondante, accompagné de Gaston, gros ours bougon, quittent leur village. Le premier est tombé amoureux de la belle Epilie et s'est mis en quête d'un bouquet d'étoiles pour la conquérir. Le second, du genre misanthrope, prend le petit jeune sous son aile dans sa quête chimérique. C'est absurde, c'est beau, c'est chaleureux et c'est surtout très poétique. Une bouffée d'air frais.

Abélard, de Régis Hautière et Renaud Dillies, éd. Dargaud, série terminée en deux tomes parus en 2011, environ 14 euros pièce.

 

84"Descender", de Jeff Lemire et Dustin Nguyen

 

   
    (URBAN COMICS)

 

Vous êtes allergique à Star Wars ? Les Gardiens de la Galaxie vous ont laissé de marbre ? Vous adorerez pourtant probablement la science-fiction sensible de Jeff Lemire et de Dustin Nguyen qui met en vedette Tim-21, un androïde à l'apparence enfantine, seul témoin de l'apparition des "Moissonneurs", des robots qui ont décimé la galaxie. Des couleurs chaudes, du dessin à la main (les nervures du papier sont visibles dans l'album), bref, l'anti-SF métallique et bleutée des classiques du genre. 

Descender, de Jeff Lemire et Dustin Nguyen, éd. Urban Comics, série terminée en six tomes parus entre 2016 et 2019, à environ 15 euros pièce.

 

83"Bouncer", par Alejandro Jodorowsky et François Boucq

 

   
    (LES HUMANOÏDES ASSOCIES)

 

Le western demeure une valeur sûre de la BD franco-belge. On aurait pu citer la récente série Stern, remarquée pour son utilisation en toile de fond du genre, mais notre choix s'est porté sur une série au long cours (11 tomes à ce jour) en reprenant tous les codes. Lesquels sont agencés par l'esprit démoniaque d'Alejandro Jodorowsky et illustrés de façon virtuose par François Boucq. Une double dose de gueules cassées, d'esprits tordus et d'intrigues machiavéliques, le tout dans une ambiance poisseuse à souhait.

Bouncer, par Alejandro Jodorowsky et François Boucq, éd. Les Humanoïdes associés puis Glénat, série en cours avec onze tomes parus depuis 2001, entre 14 et 18 euros pièce.

 

82"Chiisakobé", de Minetarô Mochizuki

 

   
    (LE LEZARD NOIR)

 

Après la mort de ses parents dans un incendie qui ravage la menuiserie familiale, Shigeji, jeune charpentier inexpérimenté, entreprend la reconstruction de l'entreprise. Un projet long et fastidieux que ce jeune homme à l'allure de hipster ne pourra mener à bien qu'en parvenant à se construire en parallèle. Jamais le deuil n'a été traité avec autant de poésie que dans ce manga chargé d'émotion au trait épuré.

Chiisakobé, de Minetarô Mochizuki, série terminée en quatre tomes publiés entre 2015 et 2016, éd. Le Lézard noir, 15 euros le tome.

 

81"Lazarus", de Greg Rucka et Michael Lark

 

   
    (GLENAT COMICS)

 

Le monde tel que nous le connaissons n'existe plus. Exit les Etats, place aux multinationales, une dizaine de familles tout au plus, qui se partagent le monde. Des dynasties de stratèges avisés, au sein desquelles on trouve toujours un Lazarus, du type guerrier invincible exécuteur des basses œuvres. Dans la famille Carlyle, c'est Forever, une des filles du patriarche, qui s'en charge. Mais elle éprouve des doutes sur sa réelle identité. Un thriller formidablement construit qui vous tiendra en haleine jusqu'au bout.

Lazarus, de Greg Rucka et Michael Lark, éd. Glénat, série en cours avec six tomes parus depuis 2015, 15 euros pièce.

 

80"Notre mère la guerre", de Kris et Maël

 

   
    (FUTUROPOLIS)

 

Un cadavre dans les tranchées. Un de plus, non ? Sauf que Joséphine Taillandier, jeune serveuse, a été retrouvée la gorge tranchée. L'armée dégotte fissa un coupable, fusillé séance tenante. Quelques jours plus tard, deux autres victimes sont retrouvées. La Grande Muette dépêche alors le lieutenant de gendarmerie Roland Vialatte pour investiguer au milieu des poilus. Une enquête policière captivante, dans un décor qu'on croit connaître, qui fait de cette tétralogie un incontournable de la BD historique.

Notre mère la guerre, par Kris et Maël, éd. Futuropolis, série terminée en quatre tomes parus entre 2009 et 2012, 16 euros pièce ou bien en intégrale à environ 34 euros.

 

79"Sous les bouclettes", de Gudule et Mélaka

 

   
    (DELCOURT)

 

L'album s'ouvre sur un décès, et se termine de la même façon. Mais, on vous le promet, sa lecture est un beau voyage où il est, certes, question de maladie, mais surtout d'amour. Sous les bouclettes est un roman (autobio)graphique poignant auquel vous penserez longtemps après l'avoir refermé.

Sous les bouclettes, de Gudule et Mélaka, éd. Delcourt, 2018, 19 euros.

 

78"Walking Dead", de Robert Kirkman et Charlie Adlard

 

   
    (DELCOURT)

 

C'est le comic-book le plus vendu en France et il a consacré son auteur, Robert Kirkman, comme un des meilleurs scénaristes de sa génération. Son histoire d'invasion de zombies dans une Amérique désemparée a depuis été adaptée, entre autres, en plusieurs séries télé et jeux vidéo. Le 33e et dernier tome vient de paraître, l'occasion parfaite pour s'y (re)plonger.

Walking Dead, de Robert Kirkman et Charlie Adlard, série terminée en 33 tomes publiés entre 2005 et 2020, éd. Delcourt, environ 14 euros le tome.

 

77"Pyongyang", de Guy Delisle

 

   
    (L'ASSOCIATION)

 

Bienvenue en Corée du Nord ! Voilà ce qu'a dû se dire Guy Delisle en descendant de l'avion pour superviser un dessin animé sous-traité à une boîte locale. Sans jugement de valeur ni prétention journalistique, le dessinateur canadien nous propose un récit à hauteur d'homme de son séjour là-bas, saisissant l'absurdité du quotidien, mais aussi le stoïcisme des habitants ou le décor gris monochrome de la ville. Ça vaut tous les guides touristiques et les films de propagande sur le régime.

Pyongyang, de Guy Delisle, éd. L'Association, 2003, 24 euros.

 

76"Demon", de Jason Shiga

 

   
    (CAMBOURAKIS)

 

Vous aimez qu'un auteur vous surprenne sans cesse ? Plongez-vous dans l'œuvre de Jason Shiga, le petit génie des comics alternatifs, qui signe avec Demon une histoire qui combine énigmes et rebondissements sur près de 800 pages : les tribulations d'un prof de maths désespéré qui cherche à mourir… sans succès. Macabre ? En vrai, totalement hilarant, et sacrément tordu.

Demon, de Jason Shiga, série terminée en quatre tomes publiés entre 2016 et 2018, éd. Cambourakis, 22 euros le tome.

 

75"L'Assassin qu'elle mérite", de Wilfrid Lupano et Yannick Corboz

 

   
    (VENTS D'OUEST)

 

Wilfrid Lupano place trois séries dans ce top 100 (on vous laisse scroller pour trouver les autres), et c'est mérité pour cet auteur majeur de la BD récente. L'Assassin qu'elle mérite, c'est l'histoire d'un fils de bonne famille viennoise, qui manipule un jeune défavorisé pour en faire un "ennemi de la société" du début du XXe siècle. Tout ça pour gagner un pari. La force de cette série en quatre tomes est d'aller plus loin que son postulat, et de surprendre encore à la fin. 

L'Assassin qu'elle mérite, de Wilfrid Lupano et Yannick Corboz, coll. Vents d'Ouest aux éd. Glénat, série terminée en quatre tomes parus entre 2010 et 2016, environ 14 euros pièce.

 

74"Les Liens du sang", de Shuzo Oshimi

 

   
    (KI-OON)

 

Comment continuer à vivre normalement lorsque l'on découvre que ce que l'on prend pour de l'amour maternel masque un déséquilibre psychiatrique ? Virtuose du dessin, Shuzo Oshimi continue d'explorer le mal-être adolescent comme personne. Les Liens du sang, sa série toujours en cours au Japon, est sans conteste son chef-d'œuvre. Le texte s'y efface pour laisser toute sa place à des planches muettes suintant le désarroi des personnages.

Les Liens du sang, de Shuzo Oshimi, série en cours avec cinq tomes publiés depuis 2019, éd. Ki-oon, 8 euros le tome.

 

73"3 secondes", de Marc-Antoine Mathieu

 

   
    (DELCOURT)

 

Attention, objet unique. Soixante-sept pages de neuf cases, toujours muettes, qui se déroulent à la manière d'un zoom, en suivant la trajectoire de la lumière pendant un temps extrêmement réduit. Il peut s'en passer des choses et un simple regard dans la bonne direction peut permettre de résoudre un terrible complot. C'est une expérience sensorielle à laquelle nous invite Marc-Antoine Mathieu, qui fait de chaque album une expérimentation. Bluffant.

3 secondes, de Marc-Antoine Mathieu, éd. Delcourt, 2011, environ 15 euros.

 

72"C'est un oiseau...", de Steven T. Seagle et Teddy H. Kristiansen

 

   
    (URBAN COMICS)

 

De quoi rêve un auteur de comics ? Généralement de se voir confier une histoire sur Superman, "le plus iconique et le plus connu" des super-héros. Pourtant, lorsque son éditeur le lui propose, Steve préfère refuser cette proposition : il déteste Superman, trop caricatural à ses yeux. Pour le prouver à la terre entière, Steve va devoir le décrypter. Et nous pondre une intéressante réflexion sur le mythe du héros et son influence moderne. Une autobiographie pertinente, tout en délicatesse.

C'est un oiseau..., de Steven T. Seagle et Teddy H. Kristiansen, éd. Urban Comics, 2016, environ 15 euros.

 

71"Yotsuba & !" par Kiyohiko Azuma

 

   
    (KUROKAWA)

 

Koiwai Yotsuba est une petite fille aux cheveux verts, qui, du haut de ses 5 ans, découvre le monde à chaque coin de rue. Chacune de ses aventures fait l'objet d'un chapitre thématique, façon Martine (Yotsuba & la chasse aux cigales, Yotsuba & la piscine, etc.). Ultra-choupi (kawaii comme disent les Japonais), Yotsuba & ! est une ode à l'innocence bourrée d'humour. A mettre entre toutes les mains.

Yotsuba & !, par Kiyohiko Azuma, série en cours avec quatorze tomes publiés depuis 2006, éd. Kurokawa, environ 8 euros le tome.

 

70"Médée", de Blandine Le Callet et Nancy Peña

 

   
    (CASTERMAN)

 

La mythologie grecque a beau avoir quelques millénaires au compteur, elle continue d'inspirer les artistes. Et comme la BD franco-belge traite beaucoup mieux les histoires de ce bon vieux Homère que le cinéma hollywoodien, on vous conseille vivement Médée, signé Nancy Peña et Blandine Le Callet (prof de latin et spécialiste de l'Antiquité dans le civil). Une relecture passionnante d'une des figures les plus clivantes de la mythologie, traîtresse sanguinaire pour les uns, victime en légitime défense pour les autres.

Médée, de Blandine Le Callet et Nancy Peña, éd. Casterman, série terminée en quatre tomes parus entre 2013 et 2019, 15 euros pièce.

 

69"L'Encyclopédie des débuts de la Terre", d'Isabel Greenberg

 

   
    (CASTERMAN)

 

Il y a plusieurs façons de commencer une carrière d'autrice de BD. La jeune Londonienne Isabel Greenberg a décidé de commencer par le commencement en s'attaquant (ni plus ni moins) à l'histoire de l'humanité. Une relecture originale des mythes fondateurs (l'Arche de Noé, les géants, les monstres marins…) qui imbrique les histoires les unes dans les autres pour former un tout cohérent. 

L'Encyclopédie des débuts de la Terre, par Isabel Greenberg, éd. Casterman, 2015, 24 euros.

 

68"Le Roy des Ribauds", de Vincent Brugeas et Ronan Toulhouat

 

   
    (AKILEOS)

 

Paris, fin du XIIe siècle. Sur le papier, le roi de France est maître en son royaume, surtout dans la capitale. Dans la réalité, même Philippe Auguste doit composer avec le vrai patron de Paris, le grand Coësre, le Roy des Ribauds, le patron de la cour des Miracles. Direction les culs-de-basse-fosse de la capitale, où Tristan, dit le "triste sire", va devoir reprendre la main sur tout ce que Paname compte de malandrins et de brigands, en ces temps troublés où l'Anglais menace. Les fans de Maurice Druon, comme ceux de Game of Thrones, trouveront leur compte dans ce thriller médiéval superbement mis en images. 

Le Roy des Ribauds, par Vincent Brugeas et Ronan Toulhouat, éd. Akileos, série en cours avec trois tomes parus depuis 2015, 19 euros pièce.

 

67"Carnet de santé foireuse", de Pozla

 

   
    (DELCOURT)

 

Atteint de la maladie de Crohn, inflammation chronique de l'intestin, Pozla enchaîne erreurs de diagnostic, hospitalisations et opérations à répétition. Aujourd'hui en rémission, il revient sur son douloureux parcours de santé. Hanté par ses tripes (il se représente en intestin géant), l'auteur raconte non sans humour une vie de chiottes (au sens propre) où la merde tient le second rôle. Ça pourrait être scabreux, mais c'est compter sans la dérision dont fait preuve Pozla. Un récit qui force le respect et l'empathie.

Carnet de santé foireuse, de Pozla, 2015, éd. Delcourt, 35 euros.

 

66"Zombillénium", d'Arthur de Pins

 

   
    (DUPUIS)

 

Les apparences sont trompeuses. Sur le papier, c'est l'histoire d'un parc d'attractions spécialisé dans l'épouvante, implanté près de Valenciennes. Les salariés sont de vrais zombies et vampires, employés à vie dans l'unique branche qui recrute dans leur secteur. Résultat : une BD très fun – Twilight en prend pour son grade – et des réflexions bien vues sur l'actualité sociale. Même les allergiques au dessin numérique ne pourront que s'incliner devant la minutie du travail d'Arthur de Pins. 

Zombillénium, d'Arthur de Pins, éd. Dupuis, série en cours avec cinq albums parus depuis 2010, environ 14 euros pièce.

 

65"Notes", de Boulet

 

   
    (SHAMPOOING / DELCOURT)

 

Les blogs, c'est tellement 2008… Sauf pour l'auteur Boulet, qui en a fait sa marque de fabrique. Son incroyable compilation de tranches de vie et de délires à base de dinosaures ou de raclette moisie se transformant en deux cases en monstre en putréfaction touche 50 000 personnes par jour. Soit un lectorat débordant largement du spectre des rats de bibliothèque. L'édition papier permet de retrouver toute sa fantaisie sans s'exposer à la lumière bleue des écrans qui empêche de dormir la nuit #astuce.

Notes, de Boulet, éd. Delcourt, série en cours avec douze tomes parus depuis 2008, environ 15 euros pièce.

 

64"Maria" de Kazuo Kamimura

 

   
    (KANA)

 

Il aura fallu attendre près de quarante ans pour découvrir enfin l'œuvre de Kazuo Kamimura en France. Un génie du manga qui, dans les années 1970, s'est attaché à raconter des destins de femmes libres, dans un pays qui ne leur permettait pas de l'être. Maître incontesté d'une poésie narrative inégalée, il tutoie les sommets avec Maria, l'histoire d'une adolescente rebelle. Une œuvre de jeunesse imparfaite, mais idéale pour découvrir le maître.

Maria, de Kazuo Kamimura, série terminée en deux tomes publiés entre 2012 et 2013, éd. Kana, 15 euros.

 

63"Les Aventures de Philip et Francis", de Pierre Veys et Nicolas Barral

 

   
    (DARGAUD)

 

Les meilleurs albums de la reprise de Blake et Mortimer ayant été publiés avant 2000, on vous propose à la place la parodie officielle de la célèbre série d'Edgar P. Jacobs, autrement plus inventive que la série-mère. Les auteurs Pierre Veys et Nicolas Barral ayant pris le parti de ne reculer devant aucun tabou, vous saurez enfin tout sur les relations compliquées entre Mortimer et la gent féminine, et les liens troubles entre Blake et sa môman. On rêverait de voir Tintin ou Astérix passés ainsi à la moulinette.

Les Aventures de Philip et Francis, par Pierre Veys et Nicolas Barral, éd. Dargaud, série en cours avec trois tomes parus depuis 2005, environ 14 euros pièce.

 

62"Lastman", de Balak, Bastien Vivès et Michaël Sanlaville

 

   
    (CASTERMAN)

 

Ce n'est pas vraiment "un manga à la française", comme on se plaît à le qualifier, ce n'est pas non plus un comic-book, puisque ce sont trois Français aux commandes. Ce qui est sûr, c'est que Lastman est un concentré de toute la pop culture ingurgitée par ses trois auteurs, et ce, dans sa forme la plus jouissive. 

Lastman, de Balak, Bastien Vivès et Michaël Sanlaville, série terminée en douze tomes publiés entre 2013 et 2019, éd. Casterman, 12 euros le tome.

 

61"Pilules bleues", de Frederik Peeters

 

   
    (ATRABILE)

 

Un amour de jeunesse contrarié qui finit par se concrétiser. Sauf que voilà, rien ne sera jamais simple entre Frederik et Cati, séropositive. Comment s'aimer quand le virus s'insinue au sein d'un couple ? C'est ce que nous raconte l'auteur dans ce récit autobiographique poignant. 

Pilules bleues, de Frederik Peeters, éd. Atrabile, 2001, 22 euros.

 

60"Puta Madre", de Run et Neyef

 

   
    (LABEL 619 / ANKAMA)

 

Niland, Californie. Accusé à tort d'avoir tué son petit frère, Jesus, 12 ans, se retrouve en taule, condamné à passer les sept prochaines années au milieu des gangs les plus sanguinaires des Etats-Unis. Inspiré d'une histoire vraie, ce récit nous plonge dans un des pans les plus obscurs de la société américaine, celui d'un agneau devenu loup, après avoir passé sa jeunesse entre quatre murs. Un destin qui interroge le lecteur sur la prédestination sociale de chaque individu. Et une grosse claque.

Puta Madre, de Run et Neyef, série terminée en six petits volumes publiés en édition limitée en 2017 réunis en une intégrale, éd. Ankama, environ 20 euros.

 

59"Apocalypse sur Carson City", de Guillaume Griffon

 

   
    (AKILEOS)

 

Il y a les scénaristes qui repompent intégralement des scènes de films célèbres, sous couvert de leur rendre hommage. Il y a aussi ceux qui magnifient toute une cinéphilie un peu déconsidérée, en livrant une saga flamboyante et improbable à la fois. Guillaume Griffon a dû regarder Delta Force ou Piège en haute mer une fois de trop et, du coup, a concocté une incroyable histoire d'invasion de zombies jugulée par Chuck Norris et Steven Seagal, qui mériterait une place d'honneur sur le célèbre site Nanarland. Jubilatoire.

Apocalypse sur Carson City, de Guillaume Griffon, éd. Akileos, série terminée en sept tomes parus entre 2010 et 2018, environ 15 euros pièce.

 

58"La Saga de Grimr", de Jérémie Moreau

 

   
    (DELCOURT)

 

Il n'y a aucune fausse note dans la carrière de Jérémie Moreau, le petit prodige de la BD franco-belge. Il a fallu choisir dans sa production, et c'est logiquement La Saga de Grimr, primée au festival d'Angoulême, qui s'est détachée. Une aventure nordique qui met en scène Grimr, orphelin islandais, qui se lance dans une quête d'identité pour laisser son nom dans l'histoire. Ce conte, beau et âpre comme cette île pleine de contrastes, pourrait bien vous tirer les larmes.

La Saga de Grimr, de Jérémie Moreau, éd. Delcourt, 2017, environ 25 euros.

 

57"Les Grands Espaces", de Catherine Meurisse

 

   
    (DARGAUD)

 

Si son nom est entré dans l'inconscient collectif lors de l'attentat qui a frappé la rédaction de Charlie Hebdo, cela fait près de quinze ans que Catherine Meurisse tombe des planches de BD. Son thème de prédilection n'est pas la politique, mais l'art. Dans Les Grands Espaces, elle revient à ce qui fait son amour de la littérature, pendant son enfance, dans une maison perdue dans la campagne. Un album rafraîchissant, qui donne envie de se replonger dans ce pavé de Pierre Loti abandonné pour une partie de Fifa en août 1998.

Les Grands Espaces, de Catherine Meurisse, éd. Dargaud, 2018, 20 euros.

 

56"Catharsis", de Luz

 

   
    (FUTUROPOLIS)

 

De tous les albums publiés post-attentats, c'est incontestablement Catharsis, celui de Luz, qui nous a le plus bouleversés. Avec son trait tremblotant, conséquence d'une main droite qu'il ne contrôlait plus vraiment à l'époque, l'ancien dessinateur à Charlie Hebdo raconte ce 7 janvier 2015 qui a changé sa vie, dans un album dédié "à ceux qui sont partis". Un témoignage drôle et émouvant où Luz se met à nu, dévoilant son amour éternel pour sa femme Camille, quand il ne fait pas preuve de son cynisme légendaire pour se moquer des intégristes. Indispensable.

Catharsis, de Luz, éd. Futuropolis, 2015, 14 euros.

 

55"Malaterre", de Pierre-Henry Gomont

 

   
    (DARGAUD)

 

S'il ne place qu'un album dans ce top 100 (on a beaucoup hésité pour inclure aussi Pereira prétend), nul doute que dans la version 2030 de ce classement, on en trouvera plusieurs de Pierre-Henry Gomont, l'auteur qui progresse à chaque publication. Comme Malaterre n'est pas loin d'être un chef-d'œuvre, avec des couleurs immersives, des récitatifs aux petits oignons et une histoire (partiellement autobiographique) poignante, on imagine déjà le meilleur pour la suite.

Malaterre, de Pierre-Henry Gomont, éd. Dargaud, 2018, 24 euros.

 

54"Préférence système", d'Ugo Bienvenu

 

   
    (DENOËL GRAPHIC)

 

L'humanité n'a plus de place dans sa mémoire. Les disques durs rassemblant les données considérées comme essentielles par un aréopage de fonctionnaires sont saturés par la production débordante de vidéos. Pour faire de la place à une youtubeuse, le couperet tombe : exit 2001, l'Odyssée de l'espace. Le fonctionnaire chargé d'effacer le film, fan de Stanley Kubrick, contrevient au système et se retrouve dans un engrenage sans issue contre l'administration. Une fable totalitaire qui laisse songeur quand on pense aux 700 000 heures de vidéos mises en ligne chaque jour sur YouTube… 

Préférence système, d'Ugo Bienvenu, éd. Denoël Graphic, 2019, 23 euros.

 

53"Seuls", de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti

 

   
    (DUPUIS)

 

En ce XXIe siècle où le one-shot est roi, une série jeunesse à l'ancienne, au sacro-saint format de 48 pages, en couleur, à couverture cartonnée, fait de la résistance : Seuls. C'est l'histoire d'enfants qui se réveillent un beau matin dans une ville déserte. Tous les adultes ont disparu. Si nous ne sommes qu'à la moitié du grand-œuvre de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti, l'entreprise titanesque (22 tomes prévus) impressionne par sa maîtrise narrative. On se prendrait presque à souhaiter être plus vieux d'une vingtaine d'années pour pouvoir déjà tout lire. Presque…

Seuls, de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti, éd. Dupuis, série en cours avec douze volumes parus depuis 2006, à 11 euros pièce.

 

52"Le Photographe", de Didier Lefèvre, Frédéric Lemercier et Emmanuel Guibert

 

   
    (AIRE LIBRE / DUPUIS)

 

La BD de reportage est à la mode. Les algues vertes, les coulisses de l'Elysée, la vie dans la bande de Gaza… Tout bédéphile compte plusieurs albums de ce genre dans sa bibliothèque. A leurs côtés, toujours, Le Photographe, référence du genre, qui raconte le périple de deux photographes embarqués dans une mission de Médecins sans frontières dans l'Afghanistan des années 1980. Aux dessins d'Emmanuel Guibert, au récit autobiographique de Didier Lefèvre, se mêlent de nombreuses photos prises lors de leur voyage. Jamais voyeur, jamais gore.

Le Photographe, de Didier Lefèvre, Frédéric Lemercier et Emmanuel Guibert, éd. Dupuis, série terminée en trois tomes parus entre 2003 et 2006 disponibles à environ 16 euros pièce (une intégrale à 38 euros existe également).

 

51"20th Century Boys", de Naoki Urasawa

 

   
    (PANINI MANGA)

 

Pas facile de résumer les quelque 4 500 pages de la saga monstre de Naoki Urasawa (Pluto, Monster), un des mangakas les plus influents de ce siècle. Génie narratif, maître du thriller et dessinateur hors pair, avec 20th Century Boys, Naoki Urasawa nous entraîne avec une bande de copains sauver l'humanité face à une secte apocalyptique. Accrochez-vous, ça vaut le coup.

20th Century Boys, de Naoki Urasawa, série terminée en onze tomes, publiés entre 2014 et 2016, éd. Panini Manga, 15 euros le tome.

 

50"L'Arabe du futur", de Riad Sattouf

 

   
    (ALLARY EDITIONS)

 

On ne vous fera pas l'affront de vous résumer L'Arabe du futur, la saga autobiographique signée Riad Sattouf, qui nous entraîne de la Syrie à la Bretagne. Ecoulés en France à plus d'un million d'exemplaires et traduit en 22 langues, les quatre tomes sont devenus de véritables phénomènes littéraires. C'est (très) drôle, (vraiment) touchant, et très instructif. Déjà presque un classique.

L'Arabe du futur, de Riad Sattouf, série en cours depuis 2014, quatre tomes publiés, éd. Allary, environ 21 euros le tome.

 

49"Héraklès", d'Edouard Cour

 

   
    (AKILEOS)

 

Comment vous représentez-vous Hercule ? Pour Edouard Cour, c'est avant tout une brute épaisse, lointain cousin d'Obélix, entraîné dans un jeu malsain entre divinités de l'Olympe et rongé par la culpabilité d'avoir expédié tant de gens chez Hadès. Un syndrome post-traumatique façon Rambo (du premier film), en somme. L'auteur a digéré les influences du manga et propose une aventure survitaminée (Hercule expédie 8 des 12 travaux dès le premier tome) mais qui s'appuie sur une solide base mythologique. Une relecture d'un mythe vieux comme le monde, plus efficace que tous les péplums hollywoodiens avec Brad Pitt en jupette.

Héraklès, d'Edouard Cour, éd. Akileos, série terminée en trois tomes parus entre 2012 et 2015 et rassemblés dans une intégrale à 39 euros.

 

48"Azimut", de Wilfrid Lupano et Jean-Baptiste Andréae

 

   
    (VENTS D'OUEST)

 

Une trouvaille par page, un bon mot toutes les deux lignes, c'est peu de chose de dire qu'Azimut est l'une des BD les plus inventives de ces deux dernières décennies. Pour vous convaincre de sauter à pieds joints dans ce joyeux délire à la Lewis Caroll, le début du pitch : le lapin qui indique le Nord a déserté pour trouver l'amour. Le reste du monde va s'en trouver irrémédiablement chamboulé.

Azimut, par Wilfrid Lupano et Jean-Baptiste Andréae, coll. Vents d'ouest aux éd. Glénat, série complète en cinq tomes parus de 2012 à 2019, environ 14 euros pièce.

 

47"Le Loup", de Jean-Marc Rochette

 

   
    (CASTERMAN)

 

Une histoire au goût de conte, la rencontre entre un berger et un loup, dans la nuit bleue du massif des Ecrins. L'un a son fusil et son chien pour défendre son troupeau, le second est mû par un instinct millénaire. Il ne peut en rester qu'un. Le lecteur sortira secoué de cette BD naturaliste, avare de mots, qui s'insère avec intelligence dans le débat passionné sur la place de ce carnivore dans l'Hexagone.

Le Loup, par Jean-Marc Rochette, éd. Casterman, 2019, 18 euros.

 

46"L'Aigle sans orteils", de Christian Lax

 

   
    (AIRE LIBRE / DUPUIS)

 

Dans 99% des cas, la BD et le sport, ça fait deux. Restent quelques exceptions notables, comme ce merveilleux album, ode au cyclisme. Christian Lax choisit de s'intéresser au destin d'Amédée Fario, qui pédale d'abord pour monter au sommet du pic du Midi les matériaux nécessaires à la construction de l'observatoire. Quelques années plus tard, le gamin s'imposera comme l'un des premiers grimpeurs de la Grande Boucle naissante. Une BD somptueuse, devant laquelle même les allergiques aux après-midi de juillet ne bouderont pas leur plaisir.

L'Aigle sans orteils, par Christian Lax, éd. Dupuis, 2005, 17 euros.

 

45"Quartier lointain", de Jirô Taniguchi

 

   
    (CASTERMAN)

 

Jirô Taniguchi a tracé son sillon loin des canons des mangas populaires comme Naruto ou Dragon Ball Z. Un format plus grand, des problématiques plus adultes, un ton empreint de poésie. Son grand œuvre, c'est le diptyque Quartier lointain, l'histoire d'un homme venu se recueillir sur la tombe de sa mère et qui se retrouve projeté dans le passé. Il a alors l'occasion de revivre une journée de son enfance avec son regard d'adulte. Un chef-d'œuvre de manga que les allergiques à la BD japonaise ont quand même dans leur bibliothèque.

Quartier lointain, de Jirô Taniguchi, éd. Casterman, deux tomes parus en 2004, aujourd'hui rassemblés dans une intégrale à 25 euros.

 

44"Fondu au noir", d'Ed Brubaker et Sean Phillips

 

 

   
    (DELCOURT)

 

Vous voyez les noms d'Ed Brubaker et Sean Phillips sur la couverture d'un livre ? Ne vous posez pas de questions, achetez-le ! Fondu au noir n'est qu'un des chefs-d'œuvre parmi tant d'autres de ces maîtres du polar (lisez aussi Sleeper, Criminal, Fatale, Kill or Be Killed…). Pour une chronique plus détaillée de cet album, c'est par là.

Fondu au noir, d'Ed Brubaker et Sean Phillips, éd. Delcourt, 2017, 40 euros.

 

43"Blast" de Manu Larcenet

 

   
    (DARGAUD)

 

"Je le sens pas ce type (...) Toute cette graisse qu'il se trimballe (...) Je suis sûr qu'il a des seins, tiens !" Nous sommes en 2009, personne ou presque n'emploie encore le terme "grossophobie", mais Manu Larcenet entreprend de nous raconter l'histoire d'un homme, Polza Mancini, forcément coupable, puisque gros. Sur plus de 800 pages, l'auteur du Combat ordinaire fait l'"éloge de ceux qui ne marchent pas droit". Une œuvre visionnaire et violente comme un coup de poing dans le ventre.

Blast, de Manu Larcenet, série terminée en quatre tomes publiés entre 2009 et 2014, éd. Dargaud, 23 euros le tome. Il existe également une intégrale publiée en 2017.

 

42"La Vierge et la Putain", de Nicolas Juncker

 

   
    (GLENAT)

 

Vous aimez l'histoire ? Ce livre est pour vous. Vous aimez les BD qui expérimentent sur la forme ? Ce livre est pour vous. Vous aimez la BD, tout simplement ? Ce livre est pour vous. La couverture annonce la couleur : Nicolas Juncker nous propose la lecture, en deux tomes, des destins croisés d'Elizabeth I et de Marie Stuart à la conquête du trône d'Angleterre. Là où c'est très fort, c'est que ces deux albums sont symétriques : la fin de l'un répond en miroir au début de l'autre. Une prouesse.

La Vierge et la Putain, par Nicolas Juncker, coll. Treize étrange aux éd. Glénat, 2015, coffret à 35 euros.

 

41"From Hell", d'Alan Moore et Eddie Campbell

 

   
    (DELCOURT)

 

Tout le monde sera d'accord, la meilleure décennie d'Alan Moore, c'est plutôt les années 1980 (Watchmen, V pour Vendetta). N'empêche que cette adaptation du mythe de Jack l'Eventreur sur fond de complot visant à déstabiliser la famille royale mérite sa place dans toutes les bibliothèques. N'y voyez pas qu'une œuvre de fiction, l'auteur adjoint à la fin de l'ouvrage soixante pages de notes pour aider le lecteur à démêler l'authentique de l'imaginaire.

From Hell, d'Alan Moore et Eddie Campbell, éd. Delcourt, 2000, 50 euros.

 

40"Parker", de Darwyn Cooke et Richard Stark

 

   
    (DARGAUD)

 

Au scénario, le célèbre auteur de polars Donald Westlake, sous le nom d'emprunt de Richard Stark. Aux pinceaux, Darwyn Cooke, l'artiste canadien au trait sixties reconnaissable entre mille. Sur le papier, de solides histoires policières hard-boiled à l'ancienne, avec des personnages taiseux et des trouvailles que le plus attentif des lecteurs n'aura pas forcément vu venir.

Parker, de Darwyn Cooke et Richard Stark, éd. Urban Comics, série en cours avec quatre tomes parus depuis 2010, environ 16 euros pièce.

 

39"Mon ami Dahmer", de Derf Backderf

 

    
     (ÇA ET LA)

 

Il vous arrive peut-être de regarder vos anciennes photos de classe, aux coins cornés et au papier jauni, avec nostalgie. Derf Backderf, lui, retrouve au troisième rang son ami Jeffrey Dahmer lors des années collège à Richfield, dans l'Ohio. Dahmer est devenu quelques années plus tard l'un des serial-killers les plus craints des Etats-Unis, surnommé "le cannibale de Milwaukee" et auteur d'une cavale sanglante longue de quatorze ans. Ce qui rend d'autant plus incroyable le récit de leur jeunesse commune, entre blagues potaches et devoirs de maths…

Mon ami Dahmer, par Derf Backderf, éd. Ça et là, 2013, 20 euros.

 

38"California Dreamin'", de Pénélope Bagieu

 

   
    (GALLIMARD BANDE DESSINEE)

 

Comment Ellen Cohen, adolescente boulotte et petite-fille d'immigrés juifs de Russie, s'est-elle métamorphosée en Cass Elliott, figure charismatique de The Mamas & The Papas, le groupe à l'origine du tube de l'année 1966, California Dreamin' ? A travers les voix des proches de Mama Cass, Pénélope Bagieu construit une "biographie fictionnelle" drôle et attachante, réalisée intégralement aux crayons. Un album touchant, majestueux de spontanéité et de justesse.

California Dreamin', de Pénélope Bagieu, éd. Gallimard, 2015, 25 euros.

 

37"Mauvais genre", de Chloé Cruchaudet

 

   
    (DELCOURT)

 

Paul et Louise s'aiment. Ils se sont mariés. Mais le voyage de noces tourne court pour le jeune couple. Nous sommes en 1914, Paul est appelé sous les drapeaux pour son service militaire, puis envoyé au front. L'enfer des tranchées devient vite insupportable pour le jeune homme, qui déserte et se cache dans une chambre d'hôtel. La guerre n'en finit pas, et pour sortir, Paul devient Suzanne. Une histoire vraie, narrée avec pudeur par Chloé Cruchaudet.

Mauvais genre, de Chloé Cruchaudet, éd. Delcourt, 2016, 25 euros.

 

36"Solanin", d'Inio Asano

 

   
    (KANA)

 

Auteur culte, porte-parole d'une jeunesse désabusée et doté d'un coup de crayon somptueux, Inio Asano fascine ou agace. Si Bonne nuit Punpun est souvent l'œuvre que l'on cite en exemple, Solanin, réalisée juste avant, est sûrement la plus accessible. L'histoire de Meiko et Taneda, un jeune couple qui apprend en grandissant à faire des concessions avec ses rêves de vie. Une histoire bouleversante et une jolie porte d'entrée dans le manga, si ce genre vous est peu familier.

Solanin, par Inio Asano, série terminée en deux tomes publiés entre 2007 et 2008, éd. Kana, environ 10 euros le tome. Il existe également une intégrale publiée en 2019.

 

35"Sweet Tooth", de Jeff Lemire

 

   
    (URBAN COMICS)

 

A 9 ans, Gus est un enfant mi-humain, mi-animal qui n'a jamais quitté la forêt du Nebraska dans laquelle l'élève son père en secret. Quand ce dernier meurt, Gus découvre enfin le monde, et il n'est pas très reluisant. Traqué, confronté à la perversité des hommes, Gus va beaucoup morfler et beaucoup pleurer. Vous aussi, n'en soyez pas surpris. Si tel est le cas, vous êtes juste l'humain que Gus attend de rencontrer.

Sweet Tooth, de Jeff Lemire, série terminée en trois tomes publiés entre 2015 et 2016, coll. Vertigo aux éd. Urban Comics, 23 euros le tome.

 

34"Big Foot", de Nicolas Dumontheuil

 

   
    (FUTUROPOLIS)

 

Il fallait forcément un album de Nicolas Dumontheuil dans cette liste. Cet auteur singulier, aux histoires déjantées et au trait lâché partage une bonne humeur communicative dans tous ses albums. Celui-ci, une réinterprétation très irrévérencieuse des codes du western, fera peut-être avaler leur scotch de travers à ceux qui ne jurent que par Blueberry. On reconnaîtra ainsi un John Wayne fatigué en second rôle d'une intrigue mettant en scène deux bras cassés de cowboys en quête du fameux Big Foot, le yéti des montagnes américaines.

Big Foot, par Nicolas Dumontheuil, éd. Futuropolis, quatre albums parus entre 2007 et 2008. Une intégrale est disponible à 30 euros.

 

33"Levius", de Haruhisa Nakata

 

   
    (KANA)

 

Publié avec un sens de lecture à l'occidentale et doté d'un trait qui tutoie parfois l'art abstrait, Levius n'a jamais trouvé son public en France. Pourtant, vous auriez tort de passer à côté de cette œuvre poignante au graphisme éblouissant. Une histoire de combat mécanique dans un univers "steampunk" qui n'est qu'un prétexte pour parler du jeune Levius, prêt à tout endurer pour revoir le sourire de sa mère. Sublime et déchirant.

Levius, de Haruhisa Nakata, série en trois tomes publiée chez Kana entre 2015 et 2016, 13 euros le tome. La série se poursuit ensuite sous le titre Levius / Est.

 

32"Gotham Central", d'Ed Brubaker, Greg Rucka et Michael Lark

 

   
    (URBAN COMICS)

 

"Madâââââââme, ils ont oublié Batman dans leur top 100 !" Sans faire injure au brio de Greg Capullo et Scott Snyder, les auteurs des dernières aventures marquantes du chevalier noir, on assume notre coup de cœur pour cette chronique dans la vie du commissariat de Gotham City, où les policiers sont tiraillés entre la traque des criminels et l'interférence de Batman, qui ne leur rend pas la vie facile.

Gotham Central, par Ed Brubaker, Greg Rucka et Michael Lark, éd. Urban Comics, série terminée en quatre tomes parus entre 2014 et 2015, environ 22 euros.

 

31"Dans la combi de Thomas Pesquet", de Marion Montaigne

 

   
    (DARGAUD)

 

Succès critique et de librairie mérité pour cette BD narrant le périple de l'astronaute français Thomas Pesquet dans la Station spatiale internationale. Autrement plus instructif que le recueil de ses plus belles photos aériennes, et garanti 0% hagiographique. Aux pinceaux, la meilleure vulgarisatrice scientifique du neuvième art, Marion Montaigne, ne cache aucun détail, même trivial, de ce parcours du combattant, depuis la galère que constitue un repas en apesanteur à la propension aux flatulences une fois la combinaison spatiale enfilée.

Dans la combi de Thomas Pesquet, par Marion Montaigne, éd. Dargaud, 2017, environ 22 euros.

 

30"Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée", de Sonny Liew

 

 

   
    (URBAN COMICS)

 

Du haut de ses 72 ans, Charlie Chan Hock Chye se demande s'il n'était pas destiné à devenir "le plus grand dessinateur de BD" de Singapour. Pour nous en convaincre, il va raconter sa vie, entièrement dédiée à la BD, ponctuant son récit de photos, croquis, peintures originales ou planches. Sauf que… Charlie Chan Hock Chye n'existe pas. Ce personnage est le fruit de l'imagination de Sonny Liew, auteur malaisien qui a créé cette impressionnante biographie totalement fictionnelle, prétexte à raconter son pays d'adoption, Singapour, et à témoigner de son amour pour la bande dessinée. Magistral.

Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée, de Sonny Liew, éd. Urban Comics, 2017, environ 22 euros.

 

29"Les Enfants de la Résistance", de Vincent Dugomier et Benoît Ers

 

   
    (LE LOMBARD)

 

Vous pensiez qu'on avait fait le tour des BD sur la Seconde Guerre mondiale ? Eh bien non ! Benoît Ers et Vincent Dugomier racontent l'histoire d'un groupe d'enfants d'un village du centre de la France, qui décident de prendre en main les opérations de résistance, les adultes ayant trop vite baissé les bras à leur goût. N'allez pas y voir un délire de scénariste, les groupes d'enfants résistants ont vraiment existé. Une BD qui a séduit jusqu'au ministère de l'Education nationale.

Les Enfants de la Résistance, de Vincent Dugomier et Benoît Ers, éd. du Lombard, série en cours, six tomes parus depuis 2015, 11 euros pièce.

 

28"La Vision", de Tom King, Gabriel Hernandez Walta et Michael Walsh

 

   
    (PANINI COMICS)

 

Pas besoin de connaître parfaitement son petit Marvel illustré pour se plonger dans cette courte histoire qui s'attache au personnage de Vision. Imaginez un synthézoïde (sorte de robot très complexe qui ressemble parfois à un humain) rougeaud, qui n'aspire qu'à une chose : mener une vie tranquille et rangée avec femme et enfants. Fraîchement installée dans la banlieue d'Arlington (en Virginie), la famille va tenter de se fondre dans ce paysage aseptisé où règne le conformisme. Plus qu'une BD de super-héros, La Vision est une critique acerbe de l'American Way of Life.

La Vision, de Tom King, Gabriel Hernandez Walta et Michael Walsh, série terminée en deux tomes entre 2016 et 2017, éd. Panini Comics, 17 euros le tome.

 

27"A bord de L'Etoile Matutine", de Riff Reb's

 

   
    (NOCTAMBULE / SOLEIL)

 

Si vous cherchez une BD où les embruns vous arrosent entre les pages, où chaque personnage, même à l'arrière-plan d'une case sombre, arbore une vraie trogne et où l'énergie du roulis se sent à chaque dessin, vous feriez bien de découvrir les dernières œuvres de Riff Reb's, dessinateur virtuose, et adaptateur de génie de Jack London ou de Pierre Mac Orlan. Son Etoile Matutine constitue la chronique de la (rude) vie à bord d'un navire pirate narrée par le mousse. Le moussaillon qui sommeille en chaque lecteur en aura pour son argent.

A bord de L'Etoile Matutine, de Riff Reb's, d'après le roman de Pierre Mac Orlan, éd. Soleil, 19 euros.

 

26"Love in Vain", de Jean-Michel Dupont et Mezzo

 

   
    (GLENAT)

 

Mouillez-vous la nuque pour vous préparer au choc graphique à l'ouverture de l'album si vous n'êtes pas familier du travail de Mezzo. Ambiance petites hachures du style underground américain pour illuminer le destin tragique de Robert Johnson, bluesman génial du Mississippi dans les années 1930. L'artiste maudit qui a influencé des Rolling Stones à Bob Dylan en passant par Eric Clapton méritait bien un aussi bel écrin pour lui rendre hommage.

Love in Vain, de Jean-Michel Dupont et Mezzo, éd. Glénat, 2014, environ 19 euros.

 

25"Zaï Zaï Zaï Zaï", de Fabcaro

 

   
    (SIX PIEDS SOUS TERRE)

 

A la caisse d'un supermarché, Fabrice réalise qu'il a oublié dans la poche de son autre pantalon la carte de fidélité du magasin. Questionné par le vigile, il panique, le menace avec un poireau et s'enfuit. Il devient alors le fugitif le plus recherché de France, traqué par la police et les médias. Avec cet album, Fabcaro, devenu depuis "l'auteur de Zaï Zaï Zaï Zaï", fait ce qu'il sait faire de mieux : pointer du doigt le ridicule caché dans tous les pans de notre société. C'est évidemment à mourir de rire (si l'on aime l'humour absurde).

Zaï Zaï Zaï Zaï, de Fabcaro, éd. Six pieds sous terre, 2015, 13 euros.

 

24"Persepolis", de Marjane Satrapi

 

   
    (L'ASSOCIATION)

 

Une série fondatrice pour la BD indépendante, qui a permis à la petite maison d'édition L'Association de lancer des titres toujours plus audacieux. Son succès est amplement mérité par le récit de Marjane Satrapi, qui dépeint avec humour, et sans pathos, son enfance en Iran (entre règne du Chah et révolution islamique), un pays sur lequel les préjugés ont la vie dure. Une lecture toujours d'actualité dans le contexte géopolitique de 2020. Et, c'est suffisamment rare pour être signalé, le film d'animation adapté de la BD est remarquable. Il a été primé à Cannes.

Persepolis, de Marjane Satrapi, éd. L'Association, série terminée en quatre tomes parus entre 2000 et 2003, rassemblés dans une intégrale à 36 euros.

 

23"Ces jours qui disparaissent", de Timothé Le Boucher

 

   
    (GLENAT)

 

Comment conserver une vie sociale, amoureuse et professionnelle lorsqu'on est présent un jour sur deux et qu'un autre s'emploie à défaire ce que vous tentez désespérément de construire ? C'est la question qui occupe Lubin, contraint à une vie en pointillés après une mauvaise chute qui l'a laissé endormi pendant une journée entière. D'autant qu'un autre Lubin, plus méticuleux et mature, phagocyte peu à peu sa vie. A seulement 28 ans, Timothé Le Boucher signe un récit fantastique remarquablement maîtrisé, prétexte à une réflexion sur l'identité et le difficile passage à l'âge adulte.

Ces jours qui disparaissent, de Timothé Le Boucher, éd. Glénat, 2017, environ 22 euros.

 

22"Green Manor", de Fabien Vehlmann et Denis Bodart

 

   
    (DUPUIS)

 

Le Green Manor's club. Ses fauteuils club en cuir. Le whisky de 18 ans d'âge que vous apporte le majordome. Le feu qui crépite dans la cheminée. En face de vous, un autre gentleman qui imagine à voix haute le crime parfait. Réfléchit-il au fur et à mesure qu'il parle, ou est-il simplement en train de raconter son dernier forfait ? A chaque fois, le scénariste Fabien Vehlmann se sort de ses histoires courtes (une dizaine de pages) par un incroyable twist. Une lecture jubilatoire, aussi grâce aux pinceaux de Denis Bodart, qui se fait trop rare en BD.

Green Manor, par Fabien Vehlmann et Denis Bodart, éd. Dupuis, série terminée en trois tomes parus entre 2001 et 2005 à environ 12 euros pièce, une jolie intégrale à 39 euros est disponible.

 

21"Le Grand Méchant Renard", de Benjamin Renner

 

   
    (SHAMPOOING / DELCOURT)

 

Tous les jours, un renard chétif et malchanceux tente, en vain, de pénétrer dans un poulailler. Devenu la risée des animaux de la ferme, il décide de changer de technique sur les conseils du loup. La solution : subtiliser des œufs plutôt que des poules, et élever lui-même son futur repas. Sauf que, dès leur naissance, les poussins adoptent le renard, qui se découvre un instinct paternel incompatible avec ses plans… On vous le garantit, la lecture des mésaventures de ce "Grand Méchant Renard" va vous tordre de rire. A mettre dans toutes les mains.

Le Grand Méchant Renard, de Benjamin Renner, éd. Delcourt, 2015, 17 euros.

 

20"Berlin", de Jason Lutes

 

   
    (DELCOURT)

 

Jason Lutes a mis presque vingt ans à conclure son monumental Berlin, et ça se voit. Une pagination copieuse, mais un dessin éthéré racontent par petites touches la montée du nazisme dans le Berlin du début des années 1930. Nul besoin d'un doctorat en géopolitique pour apprécier ce comic-book majeur du début du siècle. Il vous faudra juste un peu de temps : l'histoire se déguste de façon optimale en une traite.

Berlin, de Jason Lutes, éd. Delcourt, série terminée en trois tomes parus entre 2002 et 2019 à 20 euros pièce, un coffret rassemblant les trois volumes à 60 euros est également disponible.

 

19"The Grocery" d'Aurélien Ducoudray et Guillaume Singelin

 

 

   
    (LABEL 619 / ANKAMA)

 

Fraîchement débarqué à Baltimore parce que son père reprend une épicerie de quartier (grocery en anglais), le jeune Elliott intègre les bandes de corner boys locaux. Il devient rapidement un acteur incontournable de ce quartier pris en étau entre le trafic de drogue, la crise des subprimes et les suprémacistes blancs. Sombre et coloré, réaliste et cartoonesque, tout et son contraire peut être dit à propos de The Grocery. Les amateurs de séries télé retiendront que c'est surtout un sublime hommage à la série The Wire.

The Grocery, d'Aurélien Ducoudray et Guillaume Singelin, série terminée en quatre tomes publiés entre 2011 et 2016, éd. Ankama, 15 euros le tome.

 

18"Preacher", de Garth Ennis et Steve Dillon

 

   
    (URBAN COMICS)

 

Comic-book aussi culte que controversé, Preacher narre les aventures d'un pasteur parti à la recherche de Dieu, qui vient de démissionner du paradis. Lancé dans un road-trip sanguinolent, il est aidé par son ex, Tulip, désormais tueuse à gages, par Cassidy, un vampire alcoolique d'origine irlandaise, et par le fantôme de John Wayne. C'est dingo, totalement irrévérencieux, et on y parle aussi bien de consanguinité que de torture ou de zoophilie. Une série sans tabou ultra-jouissive devenue un monument.

Preacher, de Garth Ennis et Steve Dillon, série terminée en six tomes publiés entre 2015 et 2018, éd. Urban Comics, 28 euros le tome.

 

17"Fun Home", d'Alison Bechdel

 

   
    (DENOËL GRAPHIC)

 

"Parfois, quand tout allait bien, je crois que mon père aimait vraiment avoir une famille." Fun Home est une plongée en apnée dans les souvenirs d'enfance de l'autrice, à l'ombre d'un père tyrannique et distant. Un père qui se suicide, quelques mois après le coming-out de sa fille (qui apprend par la même occasion qu'il avait des relations homosexuelles). Commence alors un long travail introspectif pour évaluer l'influence de cet homme dans la vie de la jeune fille. Remarquablement écrit, et considéré comme un monument de la bande dessinée américaine, Fun Home fut un album pionnier dans la vague autobiographique. Il a depuis été rarement égalé.

Fun Home, d'Alison Bechdel, éd. Denoël Graphic, 2006, 24 euros.

 

16"Ghost Money", de Thierry Smolderen et Dominique Bertail

 

   
    (DARGAUD)

 

S'il y a bien, dans ce classement, une série ancrée dans le début de ce siècle, c'est celle-là. Thierry Smolderen et Dominique Bertail nous parlent financement du jihadisme, voitures autonomes et écrans omniprésents, dans ce thriller technologique rondement mené, documenté sans être indigeste, et somptueusement mis en images. Un ouvrage qui ne se démodera (malheureusement) pas de sitôt.

Ghost Money, de Thierry Smolderen et Dominique Bertail, éd. Dargaud, série terminée en quatre tomes parus entre 2008 et 2016 à 15 euros pièce. Une intégrale à 39 euros est également disponible.

 

15"Ce n'est pas toi que j'attendais", de Fabien Toulmé

 

   
    (DELCOURT / ENCRAGES)

 

Fabien Toulmé est un grand angoissé. Parmi ses peurs profondes, il y avait celle d'avoir un jour un enfant trisomique. Alors, au moment de passer la première échographie de la petite Julia, qui doit naître dans quelques mois, il n'en mène pas large. Et lorsqu'elle vient au monde, malgré tous les tests et contrôles rassurants pendant la grossesse de sa femme, on découvre que Julia est porteuse d'une trisomie non dépistée. Commence un long chemin d'acceptation pour l'auteur, qui partage, sans fausse pudeur, ses pensées les plus intimes. Un témoignage autobiographique bouleversant qui apporte un regard différent sur ce syndrome.

Ce n'est pas toi que j'attendais, de Fabien Toulmé, éd. Delcourt, 2014, environ 22 euros.

 

14"Sunny", de Taiyou Matsumoto

 

   
    (KANA)

 

On ne présente plus Taiyou Matsumoto, auteur acclamé d'Amer béton, dont le style graphique est sûrement l'un des plus singuliers parmi les mangakas en activité. Avec Sunny, il nous offre sa série la plus aboutie et la plus mature. Inspiré par sa propre histoire, il raconte le quotidien d'une douzaine d'orphelins placés dans un foyer dans les années 1970 au Japon. A la fois dur et touchant comme peuvent l'être les enfants, Sunny est le magnifique portrait d'un âge pas vraiment tendre, sans misérabilisme ou sensiblerie. Un chef-d'œuvre.

Sunny, de Taiyou Matsumoto, série terminée en six tomes publiés entre 2014 et 2016, éd. Kana, environ 13 euros le tome.

 

13"Spirou, le Journal d'un ingénu", d'Emile Bravo

 

   
    (DUPUIS)

 

Un vieux héros de l'après-guerre dans un top 100 des BD du XXIe siècle ? Vraiment ? Oui, et franceinfo assume parfaitement. Emile Bravo a dépoussiéré le genre en revenant aux racines du personnage de Spirou – qui était groom au Moustic Hotel à l'origine – dans une Bruxelles où se font entendre les bruits de bottes de la guerre toute proche. Comme toujours avec Emile Bravo, c'est documenté, drôle et accessible aux plus jeunes, sans paraître niais aux historiens chevronnés. La suite, Spirou ou l'Espoir malgré tout, est du même tonneau.

Le Journal d'un ingénu, par Emile Bravo, éd. Dupuis, 2008, environ 16 euros.

 

12"Ma révérence", de Wilfrid Lupano et Rodguen

 

   
    (DELCOURT)

 

"Bernard, c'est mon ticket pour les tropiques." Bernard, c'est le convoyeur de fonds à côté duquel Vincent boit son café tous les matins. Avec cet argent, Vincent pourrait mettre fin au cercle infernal "petits boulots de merde-chômage-regard inquisiteur des parents le dimanche midi". Peut-être aussi retrouver la mère de son gosse, qu'il a plantée au Sénégal. Mais toutes les chances ne sont pas de son côté. Il s'est associé avec un sosie (en jeune) de Dick Rivers, Gaby, pour monter ce coup. Une BD étonnante, qui commence comme un film de braquage et ne se termine pas du tout comme on l'avait prévu. Un petit bijou méconnu.

Ma révérence, de Wilfrid Lupano et Rodguen, éd. Delcourt, 2013, 18 euros.

 

11"Daytripper", de Gabriel Bà et Fàbio Moon

 

   
    (URBAN COMICS)

 

Brás de Oliva Domingos est un journaliste bien particulier. Son travail consiste à rédiger les nécrologies pour un journal de Sao Paulo. Le soir, assis sur un banc, il rêve de toutes les vies qu'il n'a pas eues et de toutes les morts auxquelles il a pu échapper. Une réflexion sur le sens de la vie qui sonne juste, doublée d'une BD terriblement addictive. Après avoir lu Daytripper, vous n'entendrez plus Carpe diem comme avant.

Daytripper, de Gabriel Bà et Fàbio Moon, éd. Urban Comics, 2012, environ 22 euros.

 

10"Shangri-La", de Mathieu Bablet

 

   
    (LABEL 619 / ANKAMA)

 

On commence par une situation classique du monde de la SF : les hommes ont bousillé pour de bon la planète Terre et ont dû s'exiler dans des stations spatiales en orbite. Le pouvoir politique est resté sur le plancher des vaches, et ce sont désormais des multinationales qui régentent la vie des survivants, de la naissance au cercueil. Tous les survivants ? Non. Une poignée d'entre eux résiste encore et toujours à l'envahisseur capitaliste. Et se prépare à passer à l'action. Outre sa trame narrative maîtrisée, cette BD a marqué les esprits par la maturité graphique de son jeune dessinateur (29 ans à l'époque), qui en met plein les mirettes aux lecteurs pendant 220 pages.

Shangri-La, par Mathieu Bablet, éd. Ankama, 2016, environ 20 euros.

 

9"A travers", de Tom Haugomat

 

   
    (EDITIONS THIERRY MAGNIER)

 

Attention, ovni ! Si, pour vous, la BD, c'est un héros à la Tintin dans un gaufrier sage avec des phylactères remplis de texte, vous pourriez être dérouté. Tom Haugomat propose un récit muet, mettant en scène, d'un côté, un homme qui rêve de devenir astronaute et son environnement, et de l'autre, ce qu'il voit à travers différents prismes (une fenêtre, un télescope, une loupe…). Une double-page par année de vie résumée par cet unique biais. Un petit chef-d'œuvre narratif, au dessin pastel et poétique.

A travers, de Tom Haugomat, éd. Thierry Magnier, 2018, 20 euros.

 

8"Les Ignorants", d'Etienne Davodeau

 

   
    (FUTUROPOLIS)

 

S'il fallait ne retenir qu'une BD sur le vin, ce serait celle-là (et pourtant le genre a produit quelques belles planches ces dernières années) : la rencontre entre un auteur de BD reconnu et un vigneron adepte de biodynamie qui pisse sur ses vignes. Une fois que vous aurez dévoré Les Ignorants, vous pourrez vous jeter sans réserve sur le reste de la production d'Etienne Davodeau, le boss de la BD documentaire.

Les Ignorants, d'Etienne Davodeau, éd. Futuropolis, 2011, 26 euros.

 

7"L'Atelier Mastodonte", collectif

 

   
    (DUPUIS)

 

Version courte : la BD la plus drôle du XXIe siècle. 

Version (un peu plus) longue : la crème de la BD d'humour s'est lancée dans un cadavre exquis qui a enchanté les pages du journal Spirou, pendant six longues années. C'est drôle et incroyablement cohérent, malgré la vingtaine d'auteurs différents (sans compter Enki Bilal qui a illustré une couverture).

L'Atelier Mastodonte, collectif, publié dans le journal Spirou de 2011 à 2018, et aux éd. Dupuis. Six tomes publiés entre 2013 et 2019, environ 14 euros pièce.

 

6"Fables", de Bill Willingham et Mark Buckingham

 

   
    (URBAN COMICS)

 

Résumer en quelques lignes une série qui frôle les 4 000 pages est impossible. Imaginez les personnages des principaux contes de notre folklore (Blanche-Neige, le Grand Méchant Loup, La Belle au bois dormant…) rassemblés dans un pâté de maisons new-yorkais, après avoir dû fuir le Vieux Continent. Ambitions, crimes et histoires d'amour au programme de cette série de comics, qui joue avec brio sur les codes des contes de fées.

Fables, série créée par Bill Willingham et publiée entre 2003 et 2015, éd. Urban Comics, 28 euros pièce.

 

5"Juliette", de Camille Jourdy

 

   
    (ACTES SUD BD)

 

Sous-titré "Les Fantômes reviennent au printemps", Juliette aurait aussi bien pu s'intituler "Une affaire de famille", mais ça aurait été beaucoup moins poétique. Or, la poésie, c'est la spécialité de Camille Jourdy, autrice de Rosalie Blum, adapté au cinéma avec Noémie Lvovsky. Impossible de ne pas tomber amoureux de ses petits dessins au feutre, aquarelle et crayons de couleurs ultra-minutieux et délicats. Une histoire d'êtres cabossés par la vie, sur la difficulté de s'entendre avec ses parents, sa sœur… Bref, notre histoire à tous. Juliette, c'est vous, c'est moi, c'est nous, et c'est pour cela que cet album nous touche autant.

Juliette, de Camille Jourdy, éd. Actes Sud, 2016, 26 euros.

 

4"Saga", de Brian K. Vaughan et Fiona Staples

 

   
    (URBAN COMICS)

 

Marko et Alana s'aiment comme des fous, mais comme leurs planètes respectives sont en guerre depuis la nuit des temps, ce n'est pas du goût de tout le monde. Surtout depuis qu'ils ont donné naissance à une petite Hazel. Aidés par une moitié de baby-sitter fantôme (qui se balade les tripes à l'air), ils débutent alors un road-trip intergalactique à bord d'une fusée-arbre. Objectif : éviter toutes les créatures à leurs trousses, comme ce prince avec un écran de télé à la place de la tête ou cette tueuse mi-femme mi-araignée. Saga est le space opera le plus dingue (et drôle) de la bande dessinée mondiale, déjà récompensé par quatre Eisner Awards (les Oscars de la BD). Un record absolu, pour une œuvre indispensable, au ton et au dessin inclassables.

Saga, de Brian K. Vaughan et Fiona Staples, éd. Urban Comics. Dix tomes en cours depuis 2013, environ 15 euros le tome.

 

3"Undercurrent", de Tetsuya Toyoda

 

   
    (KANA)

 

Un jour, le mari de Kanae disparaît. Sans un mot, sans un soupçon. Comme près de 100 000 Japonais chaque année, Satoru s'est évaporé. A-t-il eu un accident ou choisi délibérément de fuir ? En tout cas, la nouvelle fait jaser, dans la ville où le couple tient un établissement de bains publics. Tourmentée, Kanae finit par faire appel à un détective privé pour tenter de découvrir la vérité… Avec une délicatesse qui rappelle les œuvres de Jirô Taniguchi (Quartier lointain), Undercurrent est un manga introspectif centré autour d'une question : connaît-on jamais vraiment la personne qui partage notre vie ? Quelle que soit la réponse que vous y trouverez, ce cheminement vous aura permis de faire un joli voyage au cœur d'un Japon populaire.

Undercurrent, de Tetsuya Toyoda, éd. Kana, 2008, 13 euros.

 

2"Est-ce qu'on pourrait parler d'autre chose ?", de Roz Chast

 

   
    (GALLIMARD)

 

Illustratrice pour le New Yorker, Roz Chast est un jour confrontée à ce que tout le monde redoute : ses parents vieillissent. Pour cette fille unique de juifs new-yorkais aux caractères bien trempés commence un long périple à travers la perte d'indépendance. Roz Chast entame alors un journal de bord, dans lequel elle raconte leur déchéance. Sur près de 250 pages, cet inclassable roman graphique nous emmène visiter la décrépitude dans ce qu'elle a de plus concret et le questionnement qu'elle soulève. Ça aurait pu être sordide, mais c'était compter sans l'humour à la Woody Allen totalement décomplexé de l'autrice. Un manuel de (sur)vie aussi macabre que génial sur ce sujet universel, mais tabou.

Est-ce qu'on pourrait parler d'autre chose ?, de Roz Chast, éd. Gallimard, 2015, 25 euros.

 

1"Il était une fois en France", de Fabien Nury et Sylvain Vallée

 

   
    (GLENAT)

 

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il n'a pas été si difficile de choisir la première place de ce classement. Il était une fois en France coche toutes les cases du chef-d'œuvre impérissable. L'histoire, incroyable mais vraie, est celle de Joseph Joanovici. Le pitch imprimé sur la quatrième de couverture résume toute la complexité du personnage : "Orphelin. Immigré. Ferrailleur. Milliardaire. Collabo. Résistant. Criminel pour certains, héros pour d'autres, Joseph Joanovici fut cela. Et bien plus encore." Ces six tomes rythmés, servis par un dessin qui explose, évitent soigneusement tout manichéisme. Au menu : des personnages, des gueules, des répliques fortes – "Mon pays, c'est ma famille, les autres peuvent crever", balance "Monsieur Joseph", dès le premier tome. A se demander ce qu'attendent Hollywood ou le cinéma français pour transposer cette saga sur grand écran. Et lui faire toucher le large public qu'elle mérite.

Il était une fois en France, de Fabien Nury et Sylvain Vallée, éd. Glénat. Série terminée en six tomes publiés entre 2007 et 2012, 15 euros pièce, une intégrale existe à 59 euros.

 


31/01/2020
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Franceinfo - le vendredi 22 novembre 2019

 

 

Enchères : prix record pour la toute première bande dessinée Marvel de 1939

 

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franceinfo Culture avec agencesRédaction CultureFrance Télévisions

 

 

Le comics le plus cher de l'histoire reste le premier numéro d'Action Comics (1938), vendu 3,2 millions de dollars en 2014. Il s'agit de la première apparition de Superman

 

 

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La toute première bande dessinée produite par l'éditeur américain de comics Marvel vendue aux enchères le 21 novembre 2019 (HO / HERITAGE AUCTIONS)

 

 

 

La toute première bande dessinée produite par l'éditeur américain de comics Marvel a été vendue aux enchères le 21 novembre pour 1,26 million de dollars, un record pour la maison d'édition derrière les personnages de Spider-Man, des X-Men ou des Avengers, a indiqué la maison de vente Heritage Auctions.

 

 

Il s'agit du premier épisode, sorti en 1939, de la série Marvel Comics, publiée par l'éditeur Timely Comics devenu par la suite Marvel.

 

 

 

 

 

 

"C'est le grand-père de tous les comics Marvel"

"C'est une version historique d'un comics historique", a déclaré Ed Jaster, vice-président d'Heritage Auctions. "Sans hésitation, c'est le grand-père de tous les comics Marvel, sans qui nous n'aurions pas eu toutes ces histoires et tous ces personnages", a-t-il ajouté.

 

 

Dans les années 1960, sous l'impulsion du scénariste Stan Lee, Marvel a créé des super-héros devenus aujourd'hui iconiques et dont les adaptations au cinéma trustent les box-offices du monde entier.

 

 

Cet exemplaire du N°1 de Marvel Comics, qui est en très bon état, coûtait 10 cents en 1939. Il devient le comics Marvel le plus cher à être vendu aux enchères, devant un Amazing Fantasy N°15 (la première apparition de Spider-Man) vendu 1,1 million de dollars en 2011.

 


22/11/2019
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Franceinfo - le jeudi 24 octobre 2019

 

 

On vous raconte l'histoire d'Astérix le gaulliste ou comment la droite drague l'irréductible Gaulois depuis soixante ans

 

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Pierre GodonFrance Télévisions

 

 

De Charles de Gaulle à Nicolas Sarkozy, en passant par Georges Pompidou, Jacques Chirac et Michel Debré, la droite française a toujours eu un faible pour le héros moustachu. Sans que cet amour ne soit vraiment assumé, et encore moins réciproque

 

 

 

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Des bulles d'Astérix sur le fronton de l'Assemblée nationale, le 28 octobre 2009. (MIGUEL MEDINA / AFP)

 

 

 

2019 après Jésus-Christ. Tout l'espace culturel – surtout depuis la retraite de Michel Sardou et la mort de Johnny Hallyday – est occupé par la gauche. Tout ? Non, un petit village gaulois résiste encore et toujours à l'envahisseur. Car Astérix et ses compagnons du petit village gaulois font l'objet d'une cour assidue de la droite française depuis six décennies – lui et Obélix soufflent leurs soixante bougies mardi 29 octobre – de par les thèmes traités, la période historique choisie et une certaine ambiguïté politique. Car Astérix n'est pas qu'une BD, c'est une certaine idée de la Gaule.

 

 

 

La Gaule et la France du général de Gaulle 

Forcément, Goscinny et Uderzo ont mâché le boulot aux exégètes de tous poils en choisissant les Gaulois comme thème. A partir de la seconde moitié du XIXe siècle, tous les régimes politiques s'emparent de nos ancêtres de l'Antiquité. C'est Napoléon III (au pouvoir de 1852 à 1870) qui décide de l'emplacement d'Alésia. C'est la IIIe République (qui lui succède de 1870 à 1940) qui fixe les canons de la représentation de la société gauloise, avec le druide comme digne ancêtre de l'instit', VRP de la République aux quatre coins de l'Hexagone.

 

 

Goscinny et Uderzo usent leur fonds de culotte sur les bancs de l'école à ce moment-là, et les personnages qu'ils créent quelques décennies plus tard ne doivent rien au hasard. "Panoramix descend en droite ligne de cette vision laïcarde", souligne ainsi Nicolas Rouvière, maître de conférences en littérature à l'université de Grenoble, auteur d'Astérix ou les lumières de la civilisation (entre autres). "Il incarne la rationalité quand le devin [dans l'album éponyme] symbolise la superstition et la croyance aveugle dans le vaste panthéon des dieux gaulois."

 

 

Nos ancêtres les Gaulois constituent en ces temps un formidable outil de légitimation des régimes. L'idée que la France n'a pas commencé à exister avec Clovis, mais préexiste avant l'arrivée des rois est un argument de poids pour ceux qui ne peuvent pas s'appuyer sur des dynasties à rallonge pour justifier d'exercer le pouvoir. De figure républicaine, le Gaulois devient figure de droite à partir de la fin du XIXe siècle, puis figure de la droite rance quand Vichy prend à son compte leur héritage. "Le maréchal Pétain faisait prêter serment aux légionnaires devant la statue de Vercingétorix, à Clermont", souligne Nicolas Rouvière.

 

 

 

Les auteurs d\'Astérix, Albert Uderzo et René Goscinny, posent avec l\'effigie de leur personnage, le 16 novembre 1967 à Paris.

Les auteurs d'Astérix, Albert Uderzo et René Goscinny, posent avec l'effigie de leur personnage, le 16 novembre 1967 à Paris. (KEYSTONE-FRANCE / GAMMA-KEYSTONE)


 

Le petit Gaulois apparaît dans les pages de Pilote quelques mois après l'arrivée au pouvoir du général de Gaulle et de sa Ve République. Deuxième grille de lecture dictée par l'époque. "On aimait bien le général bien sûr", avance Albert Uderzo dans une interview dans le documentaire Carte blanche à Uderzo. "Mais [les accusations de propagande gaulliste], ça nous gênait un peu quand même." Et pourtant. Astérix véhicule pendant une dizaine d'années l'idée d'une France non alignée face à l'URSS et les Etats-Unis, d'un pays qui a résisté à l'occupant – dans le jargon savant, on appelle ça le résistancialisme et le général de Gaulle en est le principal promoteur – et qui combat toutes les formes d'impérialisme.

 

 

Chaque album est alors passé à la loupe. Ainsi, certains ont décelé un aigle américain sur la voile d'une galère romaine dans Le Tour de Gaule, galère coulée par nos Gaulois gavés de potion magique sans autre forme de procès. "Il y a une dimension gaulliste, sans que ce soit volontaire. C'est davantage le résultat d'une ambiance globale", avance Pascal Ory, auteur d'une biographie de René Goscinny. "Très vite, les médias ont assimilé notre travail à de Gaulle, racontait d'ailleurs Uderzo dans un entretien accordé en 2005 au magazine Lire. Tout simplement parce que nous parlions de la Gaule, et de la résistance d'un petit village contre l'envahisseur."

 

 

Franchement, croyez-vous que de Gaulle avait besoin de nous pour mener sa politique? Albert Uderzodans le magazine "Lire" en 2005

 

 

Une lecture franco-française n'explique pas non plus le succès du personnage en Allemagne – pas spécialement épargnée dans Astérix et les Goths, dénonciation manifeste du nazisme – et encore moins en Indonésie, où la représentation du village autonome face au pouvoir central parle beaucoup aux habitants, souligne Pascal Ory.

 

 

 

La droite est tombée dans la marmite

Si les auteurs n'ont pas réalisé – consciemment au moins – une BD de droite, ce courant politique ne s'est pas fait prier pour s'en emparer. Le général de Gaulle donne aux membres du gouvernement des surnoms finissant en "ix" lors d'un Conseil des ministres (le même général aura la balourdise de gloser : "Mon seul rival international, c'est Tintin"). Georges Pompidou conseille aux auteurs d'envoyer Astérix chez les Helvètes, ce qu'ils feront, mais en laissant passer quelques albums entre deux, on a sa fierté quand même. Michel Debré correspond avec Albert Uderzo du temps où il occupe le ministère de la Défense : "Grâce à [Goscinny et Uderzo], nous redevenons gaulois, et fiers de l'être", écrit ainsi le ministre* qui recevait les albums d'Astérix dédicacés à chaque nouveauté. Une pratique qu'un Hergé ne réservait qu'au roi des Belges, et dont on ignore jusqu'à quand elle s'est prolongée pour le petit Gaulois. "Astérix permet à des gens très différents de se rassembler. Comme le gaullisme, avance Simon Laplace, auteur d'un article intitulé "Astérix est-il de droite ?". Pour reprendre la phrase de Malraux, Astérix, comme l'UDR [un des nombreux noms du parti gaulliste du temps du général], c'est le métro à 5 heures du soir."

 

 

Jacques Chirac, lui, développe une relation particulière avec Albert Uderzo. Le dessinateur lui réalise une affiche et une BD pour soutenir la candidature de Paris aux Jeux olympiques de 1992. Le maire de Paris, Premier ministre un temps, représente un soutien de poids pour débloquer des subventions pour le Parc Astérix (pour lequel l'Etat n'a pas autant déroulé le tapis rouge fiscal que pour Eurodisney). En 1995, le discret Albert Uderzo figurera au sein du comité de soutien au candidat Chirac, quand René Goscinny a toujours entretenu le flou sur ses convictions politiques – selon sa fille, il avait une certaine tendresse pour le Mendès France des années 1950, avant son départ au PSU, ce qui ne nous avance guère.

 

 

 

Une potion magique pour gagner des électeurs ?

Utiliser Astérix à des fins électorales a forcément titillé des deux côtés de l'échiquier politique. René Goscinny confie dans un entretien de 1968 repris dans le livre Goscinny raconte les secrets d'Astérix : "De nombreux candidats aux législatives nous ont demandé l'autorisation d'utiliser Astérix pour leur campagne électorale. Nous avons répondu : 'Tous les candidats, ou aucun.' (...) Un candidat dont j'ai oublié le nom s'est servi d'Astérix sans notre autorisation. Comme je n'ai plus de nouvelles, je pense qu'il a été battu par un candidat qui s'est peut-être servi de Tintin."

 

 

D'un parti séparatiste suisse aux nationalistes jurassiens, Astérix a été mis à toutes les sauces électorales, sans constituer une potion magique pour la victoire. L'exemple le plus fameux remonte à 1998, quand l'ancêtre des actuels Républicains, le RPR, groggy après la dissolution loupée du président Chirac cherche un second souffle. Au sommet du parti, on cogite pour remobiliser les troupes. Emerge alors chez les publicitaires conseillant le parti l'idée d'une affiche représentant une bagarre de Gaulois avec écrit : "Gauloises, Gaulois, vous en avez marre d'avoir la droite la plus bête du monde ? Nous aussi !" "Il nous fallait à la fois une campagne de deuil et de reconstruction. Le message, c'était à la fois 'on a merdé' et 'il ne faut pas se morfondre'", raconte Jérôme Doncieux, alors chez l'agence de pub Euro RSCG. 

 

 

 

Philippe Séguin et Nicolas Sarkozy présentent la nouvelle affiche du RPR au Palais des Congrès, le 14 mai 1998.

Philippe Séguin et Nicolas Sarkozy présentent la nouvelle affiche du RPR au Palais des Congrès, le 14 mai 1998. (PATRICK DURAND / SYGMA)


 

Aucune référence directe à Astérix, même si, de la bagarre devant des huttes au toit de chaume jusqu'à l'inclinaison de la police de caractères, l'allusion est transparente. L'année précédente, l'hebdomadaire Valeurs actuelles ne s'était guère embêté en reprenant directement une bagarre issue des albums où les poissons volent bas.

 

 

Par précaution, Nicolas Sarkozy a tenté de joindre Albert Uderzo. En vain. Dévoilée en fin de congrès du RPR, l'affiche fait un triomphe. "On avait complètement retourné la salle, se souvient le publicitaire. C'était un triomphe, un éclat de rire général, un tonnerre d'applaudissements." Une félicité de courte durée : le lendemain, Europe 1 et France 2 font réagir Uderzo, qui digère mal le fait d'avoir été mis devant le fait accompli : "Ce personnage ne peut pas être mêlé à ça." 

 

 

 

 

 

 

Pour éteindre l'incendie, certains feraient le mort. Pas Nicolas Sarkozy, adepte de la "théorie du cyclone" : "Quand il y a un cyclone, on fonce au cœur de la tornade." Le publicitaire Jérôme Doncieux se retrouve avec son patron le lendemain matin, dans la plus grande discrétion, au siège des éditions Albert-René, qui éditent les albums d'Astérix. Sur le canapé d'en face : Albert Uderzo. "Il nous a dit que notre campagne était géniale, mais qu'on ne pouvait pas utiliser le visuel en l'état. Sarkozy l'a coupé : 'Aidez-nous à l'améliorer'. Et Uderzo a donné son accord." Quelques échanges de fax plus tard, une version édulcorée de l'affiche est finalisée. Et ce qui devait être une campagne limitée à décorer les permanences du RPR s'est transformée en une campagne d'affichage massive.

 

 

 

La figure de Nicolas Sarkozix

L'analogie entre Astérix et Sarkozy – "Ils sont tous les deux bagarreurs, ombrageux, tenaces, courageux, pas très grands aussi", sourit Jérôme Doncieux – sera un des points que chercheront à mettre en avant les publicitaires. Comme dans cette tribune parue dans Libération en 2004. Cinq ans ont passé, le temps au jeune loup de la droite de se remettre d'une gamelle aux européennes de 1999. Le texte, assimilant Jacques Chirac à Abraracourcix et Sarkozy à Astérix, passera relativement inaperçu. Même sort pour une saillie de Luc Chatel sur RTL en 2011 – si Nicolas Sarkozy est comparé à l'irréductible Gaulois, François Hollande s'y fait traiter de Babar, "dont les histoires emmerdent les enfants"

 

 

 

 

 

 

Il n'y a pas que la droite républicaine pour faire les yeux doux à Astérix. Ceux qui ont suivi la campagne des élections européennes 2009 se rappellent peut-être d'un déplacement surréaliste de Jean-Marie Le Pen sur le parking du Parc Astérix, en Picardie, entouré de gardes du corps affublés des casques en plastique vendus dans les boutiques de souvenirs. Celui qu'on surnomme "le Menhir" se voit en Obélix du Parlement européen : "Le président de la République [Nicolas Sarkozy à l'époque] a été à Eurodisney. Lui préfère le parc américain, moi je viens dans le parc gaulois, c'est toute notre différence." Le patriarche de l'extrême droite française n'a sans doute pas connaissance du seul dessin politique d'Uderzo, qui représentait un Astérix donnant un vigoureux coup de pied dans une marmite où est écrit "Potion maréchal", dénonciation claire des remugles de Vichy.

 

 

Vous vous souvenez de Simon Laplace, notre auteur de l'article "Astérix est-il de droite" ? Quand il l'écrit, en 2014, il émarge aux Républicains, derrière son mentor Bruno Le Maire. Et cinq ans plus tard, il est élu LREM à Niort (Deux-Sèvres). Une bonne occasion de lui demander s'il y a du Astérix dans Emmanuel Macron et réciproquement. "Astérix, c'est très 'en même temps'", commence-t-il, en prenant l'exemple de la générosité des Gaulois qui avalent des kilomètres pour aider la veuve et l'orphelin, sans que jamais un nouveau-venu ne s'installe au village. Avant de se raviser. "Astérix n'est pas clivant, et porte des valeurs qui parlent à tout le monde. On peut y chercher à valider ses propres convictions."

 

 

 

Un gilet jaune décoré aux couleurs d\'Astérix, le 2 mars 2019, lors du 16e samedi de mobilisation, à Toulouse (Haute-Garonne).

Un gilet jaune décoré aux couleurs d'Astérix, le 2 mars 2019, lors du 16e samedi de mobilisation, à Toulouse (Haute-Garonne). (ALAIN PITTON / NURPHOTO)


 

D'où le fait que les faucheurs d'OGM comme José Bové aient pu être comparés aux irréductibles Gaulois en 1999, avant d'avaler leur moustache de travers quand ils ont découvert que le banquet du village se tenait dans un McDonald's pour une affiche de l'enseigne de fast-food dix ans plus tard. Des zadistes aux libéraux, en passant les "gilets jaunes", chacun voit Astérix à sa porte. Allez donc voir l'arrière-boutique de l'article de Wikipedia sur la série, où chaque phrase est contestée par les tenants de chaque camp.

 

 

Autre preuve avec ce sondage lors de l'élection présidentielle de 2012, où les sondés étaient invités à dire pour qui votent les héros de BD : si Tintin est un homme d'ordre et Gaston Lagaffe un hippie vendu aux bobos, 42% des sympathisants socialistes pensent qu'Astérix aurait voté Hollande quand 38% des sondés proches de l'UMP mettaient le guerrier gaulois dans leur camp.

 

 

 

  • Source : Centre d'histoire de Sciences Po ; archives de Michel Debré, correspondance (1951-1996), cote Arch. nat., 98AJ/11/212

24/10/2019
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Franceinfo - le lundi 21 octobre 2019

 

 

Pour la première fois une ado, Adrénaline, est l'héroïne d'un Astérix : "La Fille de Vercingétorix" sort le 24 octobre

 

 

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franceinfo Culture avec agencesRédaction CultureFrance Télévisions

 

 

 

Le nouvel album d'Astérix sort jeudi 24 octobre : son héroïne est une adolescente au caractère bien trempé, la fille de Vercingétorix

 

 

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Les ados du village d'Astérix, Adrénaline avec Blinix et Selfix ("La fille de Vercingétorix") (© 2019 Les éditions Albert René / Goscinny -Uderzo)

 

 

 

Par Belenos et Toutatis, les temps changent dans le village d'Astérix ! Pour la première fois, c'est une adolescente, "la fille de Vercingétorix" il est vrai, qui occupe la vedette du 38e album de la saga en librairie jeudi.

 

 

La jeune fille se prénomme Adrénaline et porte bien son nom. Chevelure rousse, caractère bien trempé (comme son père), un petit air de Greta Thunberg, la jeune égérie suédoise de la lutte contre le réchauffement climatique... La Fille de Vercingétorix est assurément la première véritable aventurière de la série. "La jeune adolescente porte l'album comme sans doute aucun personnage féminin ne l'avait fait jusqu'à présent", admet l'éditeur.

 

 

 

 

 

 

Cinq millions d'exemplaires tirés

Depuis 60 ans, année de création de la série par René Goscinny et Albert Uderzo dans le magazine Pilote, la sortie d'un album d'Astérix est un événement. Edité aux éditions Albert-René (Hachette Livre, groupe Lagardère), l'album bénéficie d'un tirage global de cinq millions d'exemplaires (dont deux millions pour le marché francophone) sans équivalent dans l'édition française.

 

 

En France, les lecteurs auront le choix parmi quatre éditions (classique à 9,99 euros, de luxe à 39 euros, en édition Artbook avec cinq ex-libris dont deux signés à 199,95 euros ou en édition numérique à 7,99 euros). Pour l'étranger, l'album sera également disponible jeudi dans quinze traductions dont évidemment en allemand. L'Allemagne est, après la France, le pays où Astérix se lit le plus. Chaque album d'Astérix en allemand s'écoule à environ 1,5 million d'exemplaires.

 

 

Patronne des éditions Albert-René, Isabelle Magnac rappelle que depuis la parution du premier album d'Astérix, Astérix le Gaulois, en 1961, un total de 380 millions d'albums se sont vendus dans le monde. Les albums d'Astérix sont traduits au total dans 111 langues et langues régionales ou minoritaires.

 

 

Crayonnés d\'Adrénaline, la nouvelle héroïne d\'Astérix, dans \"La fille de Vercingétorix\"

Crayonnés d'Adrénaline, la nouvelle héroïne d'Astérix, dans "La fille de Vercingétorix" (© 2019 Les Editions Albert René / Goscinny - Uderzo)


 

Peu de détails révélés sur le contenu de l'album

En prévente sur la plateforme Amazon, le 38e album des aventures d'Astérix était numéro un du classement des meilleures ventes dans la catégorie BD dix jours avant sa sortie. Des librairies ont prévu de rester ouvertes mercredi à minuit pour permettre aux nombreux amateurs de se procurer l'album.

 

 

Fidèle à son habitude, l'éditeur s'est pourtant montré avare de détails sur le contenu de ce nouvel album signé comme les trois précédents par le duo Jean-Yves Ferri (au scénario) et Didier Conrad (au dessin). Le synopsis dévoilé par l'éditeur est succinct : "Effervescence et chamboulements en perspective ! La fille du célèbre chef gaulois Vercingétorix, traquée par les Romains, trouve refuge dans le village des irréductibles gaulois, seul endroit dans la Gaule occupée à pouvoir assurer sa protection. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la présence de cette ado pas comme les autres va provoquer moult bouleversements intergénérationnels...".

 

 

Outre Adrénaline, l'éditeur a consenti à dévoiler les noms de deux autres ados présents dans l'album : Blinix et Selfix, fils respectivement du poissonnier Ordralfabétix et du forgeron Cétautomatix.

 

 

 

René Goscinny aurait presque pu l'inventer, selon sa fille

"A l'exception de Zaza dans Le Cadeau de César, il n'y a pas eu d'adolescente dans Astérix. Après 37 titres, il est essentiel de choisir des sujets et des types de personnages peu abordés dans la série", a indiqué Jean-Yves Ferri.

 

 

Si les personnages féminins ont été si longtemps absents des albums d'Astérix, "Ce n'est pas vraiment lié à Astérix, c'est lié à la BD des années 1960-1970", tempère Didier Conrad. "En général, poursuit-il, il n'y avait pratiquement jamais de personnage féminin pour des raisons purement stratégiques parce qu'il n'y avait pas beaucoup de filles qui lisaient (des bandes dessinées), ou en tout cas ça ne se savait pas, si elles en lisaient."

 

 

Le plus bel hommage à ce nouvel album est venu d'Anne Goscinny, la fille de René Goscinny, lors de la présentation de l'ouvrage au siège d'Hachette Livre lundi dernier. "Je pense qu'Adrénaline est certes dans l'air du temps, mais qu'elle est surtout en adéquation avec l'esprit de l'oeuvre, avec l'humour, avec les aventures d'Astérix en général, et c'est presque un personnage que mon père aurait pu inventer."

 


24/10/2019
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Franceinfo - le vendredi 30 août 2019

 

 

"Le roman des Goscinny, naissance d'un Gaulois" : pourquoi le nouvel album BD de Catel est un bijou

 

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Laurence HouotRédaction CultureFrance Télévisions

 

 

 

René Goscinny devient pour la première fois un personnage de bande dessinée sous la plume de Catel. Précipitez-vous, c'est une régalade

 

 

 

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Couverture de "Le roman des Goscinny, naissance d'un Gaulois", Catel (Catel / Grasset)

 

 

 

Dans Le roman des Goscinny, naissance d'un Gaulois, qui paraît aux éditions Grasset  le 28 août, Catel raconte l'incroyable destin de René Goscinny en faisant du père d'Astérix un personnage de bande dessinée. Ce nouveau roman graphique est un bijou. On vous dit pourquoi.

 

 

 

Parce que la vie de René Goscinny est une véritable aventure

Dans ce passionnant et bouleversant nouveau roman graphique, Catel raconte le destin singulier de René Goscinny. Sa naissance à Paris en 1926, d'Anna Goscinny issue d'une famille juive ayant fui les pogroms ukrainiens, les Beresniak, fondateurs de la célèbre imprimerie, et de Stanislas Goscinny, petit-fils de rabbin polonais, dont le père avait fui en 1906 l'antisémitisme de son pays.

 

 

Stanislas est un ingénieur aventurier. Il embarque toute la famille en Argentine, où René Goscinny passe toute son enfance. René, très bon élève, est un enfant joyeux, qui très tôt se fixe une mission pour la vie : faire rire. Puis ce sera la guerre, la déportation pour une partie de la famille Beresniak, et les premiers dessins de René. "Quand on est jeune, l'humour est une défense… Par la suite, il peut devenir une arme", dit-il.

 

 

 

Parce que Goscinny a toujours choisi l'humour et l'amitié, envers et contre tout

Des débuts difficiles : on suit René à New York, où il décide de s'installer avec sa mère après la mort de son père, pour trouver du travail dans le dessin, animé par sa passion pour Disney, le cinéma, et la bande-dessinée. Le rêve américain se transforme vite en désillusions, dans une vie faite de refus, de petits boulots et de pauvreté. Puis c'est le retour à Paris, en passant par Bruxelles et le début de ses collaborations avec Uderzo, avec Sempé, avec Morris. 

 

 

 

\"Le roman des Goscinny, naissance d\'un gaulois\", page 226, les débuts de la collaboration avec Uderzo
"Le roman des Goscinny, naissance d'un gaulois", page 226, les débuts de la collaboration avec Uderzo (Catel / Grasset)



René Goscinny a enfin trouvé sa voie, qui n'est pas le dessin mais l'écriture. Il devient le grand scénariste que l'on connaît, le père d'Astérix, du Petit Nicolas, et le scénariste de Lucky Luke, d'Iznogoud…  Et on assiste (c'est si  émouvant !) à la naissance d'Astérix.

 

On suit aussi les combats, moins connus, de Goscinny pour défendre les droits des auteurs et dessinateurs de bande dessinée, qui conduisent à la création de Pilote, un magazine qui révolutionne la presse jeunesse. Des projets qui n'auraient pas pu voir le jour sans ces associations profitables, scellées par l'amitié, toujours centrale dans la vie de Goscinny. "Vous savez", disait-il, "on se fait des amis d'enfance jusqu'à un âge très avancé".

 

 

 

\'\"Le roman des Goscinny, naissance d\'un Gaulois\", page 261
'"Le roman des Goscinny, naissance d'un Gaulois", page 261 (Catel / Grasset)


 

On découvre aussi un René Goscinny passionnément attaché à sa mère Anna, sa première lectrice, et son amour pour son épouse, rencontrée tardivement. Il a 41 ans, elle 24, ils deviendront les parents d'Anne… Dans tous les épisodes de sa vie, heureux comme malheureux, l'humour, sa raison de vivre, accompagne Goscinny. "Me marrer et faire marrer les autres a toujours été ma petite contribution à notre bref passage sur cette terre", disait-il.

 

 

 

Parce que sous la plume de Catel, René Goscinny devient un extraordinaire personnage de bande dessinée

Jusqu'ici exclusivement concentrée sur des portraits de femmes pour ses biographies graphiques (Kiki de Montparnasse, en 2007 chez Casterman, Olympe de Gouge, en 2012, ou Ainsi soit Benoîte Groult, chez Grasset, en 2013, ou encore Joséphine Baker, en 2016) Catel a cette fois pris la plume pour dessiner le destin d'un homme, René Goscinny.

 

 

C'est Anne Goscinny, la fille de René qui en a eu l'idée. "Ce n'est pas possible", lui a d'abord répondu la dessinatrice. "Seules les héroïnes m'intéressent. Et ton père n'est qu'un héros !" Mais la fille du père d'Astérix a su trouver les mots. "J'ai parlé de mon père à rebours", confie Anne Goscinny dans la préface. "Dans les yeux de Catel, mon père s'est animé", raconte-t-elle. Et c'est la dessinatrice qui trouve elle-même le dernier argument pour emporter le morceaux : "Je sais ! s'est-elle écriée. Tu vas relayer la parole de ton père. Je voulais une héroïne, je l'ai trouvée".

 

 

 

Parce que l'histoire nous est racontée à deux voix, celle de René et celle d'Anne

Voilà comment le projet est devenu possible, et comment il a trouvé sa forme. L'histoire est en effet racontée à deux voix. Celle de René Goscinny, et celle de sa fille Anne, en forme de chapitres alternés. Catel s'est plongée dans les archives de la télévision et de la radio, pour retranscrire les interviews de René Goscinny, recueillant ainsi sa parole qu'elle met en scène à la première personne. La voix d'Anne est le fruit de conversations entre la dessinatrice et la fille de René Goscinny "pendant des jours, des semaines, des mois à parler de lui", que la dessinatrice met en scène telles quelles.  

 

 

On connaissait déjà l'histoire des Goscinny ans les grandes lignes, encore racontée récemment dans l'exposition qui lui a été consacrée en 2017 au Mahj (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) et celle de la Cinémathèque en 2018

 

 

 

\"Le roman des Goscinny, naissance d\'un Gaulois\", page 300

"Le roman des Goscinny, naissance d'un Gaulois", page 300 (Catel / Grasset)

 

 

 

La narration à deux voix choisie par Catel offre pourtant un regard neuf, avec une double perspective qui donne à la vie et au personnage de René Goscinny un relief inédit. Ce nouveau roman graphique de Catel se raconte en duo : Anne / René et Anne / Catel, s'inscrivant ainsi également dans une pratique de travail en paire qu'affectionnait particulièrement René Goscinny (Avec Uderzo, avec Sempé). Il faut ajouter qu'à travers cette vie singulière, c'est aussi une histoire européenne, et même mondiale du XXe siècle, qui nous est racontée. 

 

 

 

Parce que Catel a l'art de raconter les histoires en textes et en images

A l'intérieur de cette construction narrative, Catel entremêle merveilleusement citations, archives (des lettres, des dessins) et dialogues, et injecte, comme un liant, sa propre patte et son humour. Pas de doute que René Goscinny aurait adoré. 

 

 

Le récit est soutenu par son trait noir appuyé, évoquant les gravures de Frans Masereel, avec des escapades, notamment pour plonger dans le passé, à la plume plus fine ou au crayon de papier. Ces 320 planches sont rehaussées de deux couleurs (la couleur est signée Marie-Anne Didierjean) bleu pour René, jaune pour Anne, qui posent la lumière, et soulignent le parti pris narratif, judicieux et limpide, de Catel.

 

 

 

Parce que derrière l'auteur, on découvre l'homme

Ce roman graphique montre "l'homme intime derrière l'auteur", souligne  Anne Goscinny. On était déjà fan de l'auteur, parce qu'il a enchanté nos enfances avec des personnages hilarants comme le Petit Nicolas,  Lucky Luke, Rantanplan, les Dalton, Astérix et Obélix… On referme le livre avec l'émotion d'avoir découvert l'être humain exceptionnel, tendre, courageux et drôle, qui se cachait derrière nos impérissables héros. 

 

 

 

Couverture de \"Le roman des Goscinny, naissance d\'un Gaulois\", Catel

Couverture de "Le roman des Goscinny, naissance d'un Gaulois", Catel (Catel / Grasset)

 

 

 

Le roman des Goscinny, naissance d'un Gaulois, Catel 
(Grasset - 344 pages - 24 euros)

 


30/08/2019
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Franceinfo - le mercredi 17 juillet 2019

 

 

 

VRAI OU FAKE Hergé avait-il tout prévu ? On a fact-checké "On a marché sur la Lune", la BD où Tintin devance Neil Armstrong de 16 ans

 

 

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Pierre GodonFrance Télévisions

 

 

 

Si la BD est entrée dans la légende autant que la véritable mission Apollo 11, c'est pour ses qualités scénaristiques, le dessin d'Hergé à son sommet ainsi que pour ses solides bases scientifiques. Mais le sont-elles tant que ça ?

 

 

 

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(JESSICA KOMGUEN / FRANCEINFO)

 

 

 

"C'est inouï ! C'est prodigieux ! C'est incroyable ! Dire que dans quelques minutes, ou bien nous marchons sur le sol de la Lune ou bien nous serons tous morts, s'exclame le professeur Tournesol au moment de l'atterrissage de la fusée. C'est merveilleux !" Oubliez la phrase de Tintin au moment où il pose, le premier, le pied sur la Lune, un peu convenue, un peu ratée. Forcément, il n'a pas bénéficié des conseils du tout-Hollywood pour trouver les bons mots, contrairement à Neil Armstrong, le 20 juillet 1969.

 

 

Le jeune reporter descend, lui, le 23 mars 1953 des échelons rétractables de la fusée XFLR 6, au damier rouge et blanc identifiable au premier coup d'œil. L'aboutissement d'une aventure de presque dix ans pour Hergé, l'auteur de l'album. Où le moindre détail n'a pas été laissé au hasard. Avec une rigueur scientifique à toute épreuve ? C'est ce qu'a cherché à savoir franceinfo à l'occasion des 50 ans des premiers pas de l'homme sur la Lune.

 

 

 

La Syldavie était-elle aussi compétente que l'URSS et les Etats-Unis pour lancer une fusée lunaire ?

Rétrospectivement, le choix de la Syldavie, pays imaginaire rural et arriéré où le plat national est à base de chien, découvert dans Le Sceptre d'Ottokar, peut paraître étonnant alors que dans les années 1950 la Guerre froide bat son plein entre les Etats-Unis et l'URSS ; en pleine bourre pour fabriquer des bombes atomiques. Ce serait simplifier le contexte de l'époque, souligne Jacques Hiron, éminent tintinophile et auteur des Carnets de Syldavie et de la préface d'une réédition de l'aventure lunaire. "Dans une première version de l'histoire, scénarisée par d'autres, dont Hergé ne dessinera pas plus que quelques cases, l'action se situe aux Etats-Unis."

 

 

Un choix qui paraît évident aujourd'hui – sans parler des opinions politiques du père de Tintin, guère en odeur de sainteté chez les soviets – mais qui à l'époque ne va pas de soi. "L'URSS comme les Etats-Unis jettent toutes leurs forces pour perfectionner leurs bombes atomiques, en délaissant les fusées, insiste Jacques Hiron. La première fusée 100% américaine digne de ce nom, Redstone, ne verra le jour qu'en 1953, et était à peine meilleure que les V2 nazis." 

 

 

Hergé justifie la soudaine richesse de la Syldavie par la découverte de gisements d'uranium colossaux dans le massif des Zmylpathes. Une joyeuse fantaisie ? Même pas, l'histoire donnera du crédit à la vision d'Hergé une vingtaine d'années plus tard. Le Zaïre du général Mobutu se lancera en effet à son tour dans la conquête spatiale dans les années 70, grâce aux ressources colossales générées par le sous-sol de ce qui est devenu aujourd'hui la République démocratique du Congo... et avec le concours scientifique d'anciennes têtes pensantes du régime du IIIe Reich. Comme on peut le voir sur cette vidéo, ça ne s'est pas vraiment soldé par une réussite.

 

 

 

Une fusée à propulsion nucléaire est-ce bien raisonnable ?

Dans son bureau du Centre des recherches atomiques de Sbrodj – aux faux airs de la base américaine de White Sands –  le professeur Tournesol, assisté d'un aréopage de savants venus du monde entier (le patron du site, Baxter, a un nom à consonance anglo-saxonne, alors que Wolff, le bras droit du professeur, pourrait être allemand) a imaginé une fusée pour rallier la Lune. Avec un mode de propulsion radioactif... qui fait tiquer aujourd'hui quand l'atome et ses effets collatéraux ont mauvaise presse.

 

 

Pourtant, l'idée – qui remonte au début du XXe siècle et aux travaux du Soviétique Constantin Tsiolkovski – tient la route, affirme Roland Lehoucq, astrophysicien au Commissariat à l'énergie atomique et tintinophile invétéré auteur de Mais où est donc le temple du Soleil : "La Nasa a développé un projet de fusée à propulsion nucléaire à partir des années 60. Pour faire très simple, l'idée était de faire chauffer par ce biais une matière qu'on éjecte de la fusée pour la faire avancer."

 

 

La fusée de Tournesol, qui fonctionne en faisant chauffer de l'eau, ne pose aucun problème particulier du point de vue de la physique.Roland Lehoucq, astrophysicien au Commissariat à l'énergie atomique à franceinfo

 

 

Surtout si on ajoute la tournesolite, matériau de l'invention du professeur, qui isole la partie habitée de la fusée du moteur atomique.

 

 

Autre avantage non-négligeable sur les fusées type Apollo qui brûlent des tonnes de pétrole en quelques secondes, le mode de propulsion nucléaire dégage plus d'énergie par kilo de charge. Ce qui permet de boucler le voyage de la Terre à la Lune en quatre heures quand Apollo 11 se traînera en trois jours et un faiblard 40 000 km/h de moyenne. En verra-t-on pour autant apparaître le jour où l'homme tentera de rallier Mars ou Proxima du Centaure ? "L'agence spatiale européenne a explicitement proscrit l'usage du nucléaire dans l'espace, et socialement, c'est une idée qui serait difficile à faire accepter", souligne Roland Lehoucq.

 

 

 

Une fusée de cette forme peut-elle vraiment voler ?

"Pauvre Tournesol. Il doit y avoir du jeu dans ses rivets. Comment voulez-vous qu'un monument pareil puisse s'élever dans les airs ?", s'interroge Haddock la première fois qu'il découvre la majestueuse fusée à damier rouge et blanc. Rassurons le vieux loup de mer, elle n'est pas née que de l'imagination d'Hergé, qui s'est entouré d'un solide panel d'experts pour écrire son album. D'abord son vieux complice, le scientifique Bernard Heuvelmans – avec qui il a collaboré sur L'Etoile mystérieuse et Le Temple du Soleil – lequel l'oriente vers l'astrophysicien Alexandre Ananoff, un surdoué dépourvu du bac auteur reconnu du livre L'Astronautique (1950).

 

 

Ce dernier, qui écrivait aussi bien pour Paris-Match que pour la revue Benjamin destinée aux ados, embarque dans l'aventure lunaire pour que "les enfants connaissent les bases de la science nouvelle avec toute la rigueur qui s'impose". "Un jour, Hergé s'est rendu en personne chez Ananoff avec ses plans et ses maquettes sous le bras, raconte Philippe Varnoteaux, co-auteur du livre Alexandre Ananoff, l'Astronaute méconnu. Le fils du savant, Claude, se souvient d'une longue discussion où Hergé se faisait expliquer chaque manette du poste de pilotage." 

 

 

C'est lui qui dessine la fusée lunaire – fortement inspirée des V2 allemands – et en réalise un plan en coupe ainsi qu'un descriptif détaillé du poste de commande. Ananoff fera un seul reproche à Hergé : les carreaux de la fusée, vestige du V2 allemand, qui servaient à l'époque à constater à la jumelle la rotation du missile et qui accessoirement font joli dans des cases à fond noir. "Pourquoi Hergé a-t-il fait ça, en forme de [boîte de] pâtes Lustucru ?", se désolera le savant, cité dans la revue Les Amis de Hergé.

 

 

 

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Des jouets à l'effigie de Tintin et Haddock vendus lors de la foire du jouet de Nuremberg, le 31 janvier 2018. (PICTURE ALLIANCE / PICTURE ALLIANCE / GETTY IMAGES)

 

 

 

Roland Lehoucq voit même des avantages à cette fusée qui ne se découpe pas en plusieurs étages contrairement au modèle d'Apollo. "Les pattes de la fusée encaissent les frottements de l'entrée dans l'atmosphère, qui s'effectue à vitesse réduite. Car, grâce à sa propulsion interne, la fusée peut se ralentir toute seule contrairement à Apollo 11 qui se freinait en frottant contre l'atmosphère." Le scientifique salue son collègue le professeur Tournesol dont la fusée est tout sauf fantaisiste. "Le personnage du professeur Tournesol a pris une importance considérable dans la série. Hergé l'a parfaitement senti : le héros des années 50, ce n'est plus l'explorateur ou le journaliste, c'est le scientifique", souligne l'hergéologue Benoît Peeters dans son livre Hergé, fils de Tintin

 

 

Hergé frôle le sans-faute sur l'album. L'auteur a même été jusqu'à consulter le chef du service incendie de la Régie des voies aériennes de Bruxelles pour que la scène finale de l'atterrissage de la fusée soit irréprochable. 

 

 

 

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Détail de la couverture de l'album "On a marché sur la Lune", par Hergé, aux éditions Casterman. (HERGE / MOULINSART / CASTERMAN)

 

 

 

Le choix des astronautes pour l'expédition lunaire est-il cohérent ?

Réglons tout de suite la question de Milou, qui se voit proposer un costume spécifique. Autant faire des tests sur des animaux avant d'envoyer des hommes (la chienne Laïka pour l'URSS, des singes pour la Nasa...) a un intérêt scientifique, autant embarquer un chien sur la Lune n'en présente absolument aucun, balaie Roland Lehoucq. Même la présence de Tournesol est sujette à caution. La Nasa a attendu la dernière mission lunaire, Apollo 17, pour expédier un savant 100% pur jus sur notre satellite, le géologue Harrison Schmitt, et encore, sous la pression du lobby scientifique qui tenait à ce qu'un des siens foule le sol lunaire avant l'arrêt du programme.

 

 

"Au revoir capitaine. Je me réjouis de ce qu'il y ait un marin parmi les premiers hommes qui prendront pied sur la Lune", déclare Baxter au moment de l'embarquement. "Oh, vous savez, ça m'aurait été égal si ç'avait été un clarinettiste", lui rétorque le capitaine qui n'en mène pas large. En effet, si on compare le casting d'Hergé (Tintin et Haddock pour la société civile, Tournesol et Wolff pour le côté scientifique, sans parler des invités surprises dont les Dupondt) à la liste des astronautes retenus par la Nasa, on est frappé par l'absence totale de militaires. C'est le professeur Tournesol qui donne la réponse dans les premières pages d'Objectif Lune : "Il va de soi que les recherches sont exclusivement orientées dans un sens humanitaire."

 

 

De la naïveté fleur bleue de la part d'Hergé ? Pas totalement. Le choix de Neil Armstrong comme premier homme à marcher sur la Lune répond aussi à un souci de ne pas faire (trop) passer le programme lunaire comme le premier étage de la colonisation américaine de la Lune. Car si "Mister Cool" est un ancien pilote d'avion lors de la guerre de Corée, il ne fait plus partie de l'armée au moment d'intégrer l'équipage d'Apollo 11 contrairement à son coéquipier Buzz Aldrin. Notez que Tintin, animé d'intentions encore plus nobles, ne plante pas le drapeau syldave dans le sol lunaire.

 

 

 

Les travaux scientifiques de l'expédition tiennent-ils la route ?

Le premier geste de Neil Armstrong après avoir posé le pied sur la Lune a été d'empoigner des cailloux lunaires et de les fourrer dans sa poche. Histoire d'être sûr que, même si le module lunaire devait redécoller en catastrophe dans l'instant, il ne rentrerait pas bredouille de ce long voyage. Au total, les astronautes américains ramèneront 320 kg de cailloux lunaires sur le plancher des vaches.

 

 

Rien de tout ça chez Hergé. "Pour l'époque, le programme scientifique qu'il met en place pour ses héros n'est pas ridicule, insiste Roland Lehoucq. Etudier les rayons cosmiques, ou les flux qu'on reçoit sur la Lune, on a su le faire quelques années après depuis des satellites." De la même façon, le choix du professeur de poser la fusée dans le cirque Hipparque, un des plus grands cratères lunaires, se tient, comme l'écrit le spécialiste Chuck Wood. Reste que son sol est bien moins régulier que la mer de la Tranquillité toute proche (où se poseront trois missions Apollo). 

 

 

 

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Détail de la couverture de l'album "On a marché sur la Lune", par Hergé, aux éditions Casterman. (HERGE / MOULINSART / CASTERMAN)

 

 

 

Roland Lehoucq tique en revanche sur les casques transparents (pour des raisons évidentes de lisibilité de l'histoire), sur la taille du télescope amené par nos héros ainsi que le char lunaire que Tintin manque de crasher dans une crevasse. "Je comprends qu'il faille se protéger des chutes de météorites, mais quand même..."

 

 

Et sur la grotte explorée par nos héros, où Tintin découvre une forêt de stalactites avant de glisser sur une patinoire de glace. "Si vous mettez un glaçon à la surface de la Lune, il va se sublimer [passage de l'état solide à l'état gazeux] très vite, donc il est impossible de trouver de la glace si près de la surface. En revanche, elle pourrait subsister au fond de cratères situés aux pôles de la Lune, qui ne sont jamais éclairés par le Soleil." Hergé a quand même devancé de quatre décennies la Nasa qui n'a établi de façon formelle la présence d'eau sur notre satellite qu'en 1988.

 

 

 

Est-il possible de revenir sur Terre avec si peu d'oxygène ?

Faites le calcul : le séjour prévu par Tournesol sur la Lune devait durer deux semaines, avec quatre passagers (lui-même, Wolff, Tintin et Haddock) en plus de Milou. Sauf que les Dupondt se retrouvent dans la soute en plus du sinistre colonel Jörgen qui tentera de tuer tout le monde pour une puissance étrangère non définie. Si Wolff et Jörgen passent l'arme à gauche au moment du voyage retour, les quantités d'oxygène prévues pour le voyage sont fatalement un peu limitées. Pour Roland Lehoucq, ça passe : "Souvenez-vous qu'Apollo 13 avait perdu la moitié de son dioxygène dans l'incident. Les trois astronautes avaient dû se réfugier dans le LEM, prévu pour n'accueillir que deux personnes. Dans ce genre de mission, on prévoit large niveau oxygène."

 

 

 

Curieusement, l'engouement du public pour le diptyque lunaire ne se fera qu'avec le temps... et c'est au lendemain de l'exploit de Neil Armstrong et consorts qu'On a marché sur la Lune passe en tête du classement des albums de Tintin (et demeure depuis dans le top 3 avec 9 millions d'albums vendus, fait savoir Casterman). Parmi les premiers lecteurs... une partie du staff de la NASA, indique l'agence à franceinfo. Ils avaient dévoré l'album peu après sa parution en anglais, en 1959.

 

 

Franceinfo est partenaire de la consultation "Comment les médias peuvent-ils améliorer la société ?" avec Make.org, Reporters d’Espoirs et plusieurs autres médias.

 


17/07/2019
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Franceinfo - le dimanche 14 avril 2019

 

 

BD bande dessinée. Robot blues

 

 

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franceinfoJean-Christophe OgierRadio France

 

 

 

En réveillant les robots géants sur fond de guerre d'Algérie, la fine fleur de la scène BD nantaise se lance dans une aventure de 600 pages et réussit la synthèse de la BD grand public et de la bande dessinée d'auteur

 

 

 

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 QUAND LE ROBOT SE REVEILLERA... (HERVE TANQUERELLE, FRED BLANCHARD / DUPUIS)

 

 

 

C’est une histoire qui commence aujourd’hui dans le sud algérien et la banlieue de Nantes. Elle se poursuivra quelque temps plus tard en Inde, dans les décharges où atterrissent les épaves rouillées de l’industrie occidentale.

 

 

 

Une douce uchronie

 

Entre-temps, nous aurons compris que ce qui est raconté là trouve son origine au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quand on inventa les premiers robots nucléaires géants.

 

 

Puis, quand Michel Debré succéda au Général de Gaulle à la tête du pays, en 1963. Debré ? Vraiment ? Des robots, où ça ? Le récit est si ancré dans les sables du Sahara, le bitume des quartiers, la boue des chantiers, que découvrir que le passé ne s’est pas passé comme on le sait, arrive tranquillement. On appelle ça une douce uchronie. Et on y croit.

 

 

 

C’est un pas de côté qui nous permet d’aborder avec distance des événements comme la guerre d’Algérie et de revenir sur les Trente glorieuses, qui n’étaient pas si glorieuses que ça.

Le coscénariste Fabien Vehlmann
 

 

 

Un polar mélancolique

Dans Le dernier Atlas, le polar mélancolique se mêle à la science-fiction géopolitique, mais la crédibilité l’emporte sur l’imagination. On croise des bandes de caïds à la petite semaine et des mafias internationales, avec pour enjeu l’avenir du monde, pas moins. Le dessin réaliste réussit à marier la grande aventure et les fêlures intimes, l’émotion et le mystère.

 

 

Pour preuve, les deux personnages principaux : Ismaël, nantais pur beur, gueule et physique méditerranéens avec de faux airs du héros XIII, et qui entre deux coups durs prend une pause lascive, le vague à l’âme. Et la journaliste Françoise Halfort, quinquagénaire baroudeuse, qui n’a pas froid aux yeux, mais qui se retrouve toute émue de tomber enceinte à son âge.

 

 

 

Je trouvais génial de dessiner une femme à la cinquantaine gironde, qui s’assume comme telle, avec un physique de loukoum.

Le dessinateur Hervé Tanquerelle

 

 

 

Pour signer cette BD fleuve qui comptera trois volumes de 200 pages chacun, ils se sont mis à cinq : Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval au scénario, Hervé Tanquerelle et Fred Blanchard au dessin, et la coloriste Laurence Croix.

 

 

Le Dernier Atlas, aux éditions Dupuis.

 


15/04/2019
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Franceinfo - le dimanche 6 janvier 2019

 

 

Le 38e album d'"Astérix" sortira à l'automne et sera imprimé à plus de 5 millions d'exemplaires

 

 

 

Il s'agira de la quatrième bande dessinée de la série du dessinateur Didier Conrad et du scénariste Jean-Yves Ferri, à qui Albert Uderzo à confier la suite des aventures du héros gaulois

 

 

 

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Le scénariste Jean-Yves Ferri pose devant Astérix et Obélix au festival Comicopolis de Buenos Aires (Argentine), le 2 septembre 2017. (JUAN MABROMATA / AFP)

 

 

 

Les irrésistibles Gaulois seront bientôt de retour. Le 38e album d'Astérix paraîtra le 24 octobre et sera tiré à plus de 5 millions d'exemplaires, annoncent dimanche 6 janvier le dessinateur Didier Conrad et le scénariste Jean-Yves Ferri au Journal du dimanche. Il s'agira de la quatrième bande dessinée de la série réalisée par ce duo, qui s'est vu confier la suite des aventures du petit moustachu en 2013 par Albert Uderzo. "On a pratiquement terminé les crayonnés, la partie créative, il ne reste que quelques corrections dans le texte, de petites retouches dans les dessins", explique Didier Conrad.

 

 

 

Une intrigue au sein du village gaulois

"Après La Transitalique, qui faisait voyager Astérix et Obélix à travers l'Italie, nous restons au village" avec ce nouvel album, précise Didier Conrad. "Quand on reste au village, il faut creuser un thème de société, jouer sur la psychologie des personnages..." souligne Jean-Yves Ferri. "Nous avons souhaité prendre pour point de départ le fameux 'nos ancêtres les Gaulois...'. Sauf que bien sûr, on ne sait pas trop qui sont leurs ancêtres !" relève Didier Conrad, qui souligne qu'Albert Uderzo "relit et nous fait part de ses remarques".

 


06/01/2019
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Franceinfo - le dimanche 9 décembre 2018

 

 

"L'Arabe du futur" de Riad Sattouf : comment une BD au trait simpliste est devenue un phénomène littéraire

 

 

 

Début octobre, on apprenait que le quatrième tome de L'Arabe du futur, la dernière bande dessinée signée Riad Sattouf, venait de se hisser à la première place du classement des ventes de livres en France. Comme un ultime pied de nez, ce roman graphique qui raconte l'enfance de l’auteur, à cheval entre la Syrie et la Bretagne, venait de détrôner Destin français d'Eric Zemmour. Si elle peut paraître anecdotique, cette annonce est une preuve supplémentaire de l'incroyable intérêt porté par le public à l'histoire apparemment singulière de ce petit enfant blond, tiraillé entre les cultures antagonistes de ses parents. Alors que se tient en ce moment à la Bibliothèque publique d’information (BPI) du Centre Pompidou, à Paris, la première exposition consacrée à son auteur, franceinfo s'est penché sur L'Arabe du futur, l'œuvre phare de Riad Sattouf, pour tenter de comprendre les raisons de ce succès littéraire.

 

 

 

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Des dizaines de personnes font la queue lors d'une séance de dédicaces de Riad Sattouf (au premier plan) pendant le festival Les Rendez-vous de l'histoire à Blois (Loir-et-Cher), le 7 octobre 2016. (MAXPPP)

 

 

 

Dix ans pour accoucher d’un best-seller mondial

Un chiffre suffit à lui seul à comprendre le phénomène littéraire qu'est devenu L'Arabe du futur. Sorti en librairie en 2014, le premier tome de cet épais roman graphique a déjà été tiré à 575 000 exemplaires, soit beaucoup plus que la moyenne des ventes d'un prix Goncourt (qui s’écoule à environ 398 000 exemplaires, selon l’institut GfK cité par Le Figaro). C’est moins qu'Astérix et la Transitalique, le dernier album des aventures du Gaulois moustachu et champion des ventes de livres en France en 2017 avec 1,6 million d’exemplaires, rappelle Le Point. Mais cela reste un volume exceptionnel pour une bande dessinée hors franchise. Au global, les quatre tomes de L'Arabe du futur cumulent aujourd'hui un tirage de plus d'un million et demi d'exemplaires. "C'est l'une des rares séries où la sortie de chaque nouveau tome relance les tomes précédents. Le premier tome continue de se vendre énormément, et les quatre tomes sont toujours dans le classement hebdomadaire des ventes de Livres Hebdo, ce qui est complètement dingue", ajoute admiratif Le Libraire se cache, gérant d'une librairie spécialisée BD en région parisienne.

 

 

 

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Les deux premiers tomes de "L'Arabe du futur" dans une librairie à Mulhouse (Haut-Rhin), le 29 juin 2015. (MAXPPP)

 

 

 

"Il y a des gens de ma famille qui s'appellent Allary et qui m'ont offert L'Arabe du futur", confie en souriant Guillaume Allary, le fondateur des éditions qui portent son nom et qui publient le best-seller de Riad Sattouf. L'anecdote est effectivement amusante, mais elle est surtout révélatrice de ce qu'est devenu L’Arabe du futur en quatre ans : le cadeau parfait. Idéal autant pour Lucas, le petit-neveu qui entre en sixième, que pour Jacques, le grand-oncle à qui l'on offrait en alternance jusqu'alors le dernier Astérix ou le nouveau Blake et Mortimer. Mais si L'Arabe du futur s'est peu à peu imposé dans les bibliothèques et sur les tables de chevet, ce projet, en apparence simplissime (une autobiographie racontée en bande dessinée), a mis du temps à voir le jour dans la forme qu'on lui connaît aujourd'hui.

 

 

 

En 2005, Riad Sattouf vient d’avoir 27 ans et connaît son premier succès en librairie avec Retour au collège. Il confie alors à Guillaume Allary, son éditeur de l'époque chez Hachette Littératures, son envie un peu floue de faire un album futuriste en rapport avec le monde arabe. Pendant des années, il lui soumet des projets, sans qu’aucun n'aboutisse. "C'était raconté de l’espace, par quelqu'un qui revenait un jour dans le monde arabe des années plus tard, se souvient Guillaume Allary. A l'époque, je savais qu'il avait passé une partie de son enfance et de son adolescence en Syrie mais il ne m'avait pas raconté dans son ampleur ce qu'il avait vécu. Donc je sentais qu'il tournait autour de quelque chose d'important qu'il n'arrivait pas à dire directement."

 

 

 

Mais en 2011 éclate la guerre civile en Syrie, le pays où réside encore une partie de sa famille du côté de son père. Contraint de se battre pour la faire venir en France, il a finalement le déclic. Ce projet, ce sera celui de raconter son histoire, lui qui a passé une partie de sa vie au Moyen-Orient, élevé par un père syrien et une mère bretonne. "Je me suis dit, si j'arrive à me sortir de ces galères, je raconterai toute cette histoire et ça me fera potentiellement une fin. C'est une sorte de point d'orgue dans mon histoire avec la Syrie", raconte Riad Sattouf en 2014 à Slate.

 

 

 

"Je pense qu'il n'était pas mûr pour le faire avant, analyse Guillaume Allary. Et comme il n'assumait pas le côté autobiographique, il essayait de trouver des chemins de traverse pour raconter cette histoire." En 2013, Riad Sattouf élabore en l’espace de deux mois le storyboard de ce qui deviendra le premier tome de L'Arabe du futur. Il le soumet à Guillaume Allary qui vient justement de monter sa propre maison d’édition. "J'ai compris que tout était là, que c'était parti." Après plus de huit années de gestation, le projet prend enfin vie et Sattouf décide d'emblée que l’album s'appellera L'Arabe du futur, une expression employée par son père, adepte (au moins au début du récit) d’un panarabisme progressif, et qui désigne un Arabe lettré et cultivé, moins soumis à l’obscurantisme religieux que par le passé.

 

 

 

 

Sur le moment, ça correspondait tellement à ce qu'il voulait dire que je n’ai eu aucune réflexion marketing sur le titre. Mais à l'imprimerie, on s'est demandé si les gens allaient acheter un livre sur lequel était écrit en gros le mot "arabe".

Guillaume Allary, éditeur de "L’Arabe du futur" à franceinfo

 

 

 

Le 15 mai 2014, les éditions Allary publient L'Arabe du futur, tome 1 : Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984). Trois semaines plus tard, l'éditeur américain Metropolitan Books acquiert les droits de publication de l’ouvrage aux Etats-Unis. Aujourd'hui, la saga est disponible dans 22 langues différentes et cartonne dans le monde entier. On peut lire L'Arabe du futur en espagnol, en italien, en allemand, mais aussi en croate et en coréen. Et s’il n'existe pas encore de traduction en arabe ou en hébreu, c’est uniquement pour des questions d'engagements commerciaux. "Les éditeurs dans le monde arabe sont beaucoup moins solides que dans le reste du monde. Certains vont acheter les droits du tome 1, mais pas forcément ceux du tome 2. Donc, Riad Sattouf préfère attendre d'avoir fini la série pour discuter avec un éditeur pour l'ensemble de la région, prendre des garanties, vérifier que tout est bien fait et suivre ça de façon pointue", précise Jean-Pierre Mercier, historien de la bande dessinée et conseiller scientifique sur l'exposition Riad Sattouf, l'écriture dessinée.

 

 

 

Les lecteurs arabophones devront donc encore patienter. Initialement prévu sur trois tomes, L'Arabe du futur devrait finalement en compter six, un chiffre récemment avancé par Riad Sattouf à l'AFP. Une adaptation est parallèlement envisagée, probablement sous la forme d’une série d'animation, compte tenu de la richesse du matériel. "A peu près tous les studios ont fait des propositions. Mais Riad, qui s’occupera de la réalisation, doit choisir avec qui il veut travailler. Et pour l'instant, il n'a pas encore eu le temps de s'y pencher", précise Guillaume Allary.

 

 

 

Les secrets de fabrication : "Un état de tension ultime"

Si Riad Sattouf n'a pas encore eu le temps de se lancer dans l'adaptation de ses albums, c'est parce que sortir un nouveau tome de L'Arabe du futur prend du temps, beaucoup de temps. Le process de travail singulier, mis en place par le binôme formé par Guillaume Allary et Riad Sattouf, est éprouvé depuis la conception du deuxième tome. "Quand Riad a globalement le livre en tête avec toute son histoire et son déroulé, il me donne rendez-vous dans un bar autour de République", raconte l'éditeur. "Là, pendant toute une soirée ou un après-midi, il me joue tout le livre en mimant ce qui se passe entre les personnages." Durant cette réunion qui ressemble plus à un monologue théâtral qu'à une réunion éditoriale, Guillaume Allary intervient pour se faire préciser quelques scènes, vérifier que les personnages évoluent correctement et qu'il n'y a ni répétition, ni temps mort dans le livre imaginé par son auteur.

 

 

 

La première phase éditoriale se déroule à l'oral, dans un bar, mais c'est finalement la plus importante de notre travail.

Guillaume Allary à franceinfo

 

 

 

Une fois que l'histoire est calée (au besoin, à l'issue d’une seconde session de travail de ce type), "Riad part en sous-marin, c’est-à-dire qu'il s'enferme trois mois pendant lesquels il ne répond plus à rien et se consacre intégralement au storyboard", poursuit l'éditeur. Puis, après quelques ajustements principalement liés à la dramaturgie, la phase de dessin peut commencer. "Riad commence toujours à travailler au dernier moment et il se met dans un état de tension ultime parce que c’est dans cet état qu'il arrive à dessiner ses pages." Deux à trois par jour au début, et jusqu'à quatre lorsque la deadline approche. Les journées de travail s'allongent et durent parfois entre 15 et 18 heures.

 

 

 

Dessiner "L’Arabe du futur", c’est un exploit physique même si ça ne se voit pas quand on regarde le livre.

Guillaume Allary à franceinfo

 

 

Et si les derniers jours de travail sont aussi tendus, c'est parce que Riad Sattouf sait qu’il n'a aucune marge de manœuvre pour la date du rendu définitif des planches. "Normalement, avec un auteur, on prend toujours des marges de sécurité en donnant une date alors qu'on sait qu'on part à l’imprimerie dix jours plus tard. Mais Riad, il voit tout et il sait tout, donc je ne peux pas lui mentir, même là-dessus. Alors, ce que je fais, c’est que je lui donne vraiment la date ultime de rendu", explique Guillaume Allary. Une date qui se matérialise par un billet de train en direction de la première imprimerie. "Il sait que s'il n’est pas là sur le quai avec les fichiers, le livre ne sortira pas", précise l’éditeur. Et jusqu'à présent, Riad Sattouf a toujours été au rendez-vous. Quant à savoir quand sortira le tome 5, difficile à dire. Son éditeur nous confie que Riad Sattouf n'a pas encore précisément le livre en tête, condition indispensable pour qu'une date butoir soit arrêtée. Et malgré une fin d'année chargée, placée sous le signe de la promotion du tome 4 et de son exposition à la BPI, une sortie en 2019 est encore envisagée par le binôme.

 

 

Cette deadline est d'autant plus importante que la fabrication de L'Arabe du futur, relativement complexe, oblige à faire travailler aujourd’hui cinq imprimeries différentes, compte tenu du volume des tirages (le premier tirage du tome 4, sorti le 27 septembre, était de 250 000 exemplaires). "Le livre est fait avec un très beau papier qui est cousu avec des machines à coudre et dans ces quantités-là, personne ne le fait. On doit donc imprimer les exemplaires par tranches de 20 000, ce qui est extraordinairement lent et coûte très cher", poursuit Guillaume Allary.i Riad Sattouf n'a pas encore eu le temps de se lancer dans l'adaptation de ses albums, c'est parce que sortir un nouveau tome de L'Arabe du futur prend du temps, beaucoup de temps. Le process de travail singulier, mis en place par le binôme formé par Guillaume Allary et Riad Sattouf, est éprouvé depuis la conception du deuxième tome. "Quand Riad a globalement le livre en tête avec toute son histoire et son déroulé, il me donne rendez-vous dans un bar autour de République", raconte l'éditeur. "Là, pendant toute une soirée ou un après-midi, il me joue tout le livre en mimant ce qui se passe entre les personnages." Durant cette réunion qui ressemble plus à un monologue théâtral qu'à une réunion éditoriale, Guillaume Allary intervient pour se faire préciser quelques scènes, vérifier que les personnages évoluent correctement et qu'il n'y a ni répétition, ni temps mort dans le livre imaginé par son auteur.

 

 

 

 "Une œuvre universelle" ?

 

 

Si L'Arabe du futur est en partie compliqué à fabriquer du fait de la très grande qualité du support, celle-ci n'explique pas l'incroyable succès rencontré par ces livres. Pourquoi cette histoire autobiographique qui met en scène un petit blondinet qui grandit entre la Syrie et la Bretagne parvient-elle à passionner autant de personnes dans le monde ?

 

 

Pour Jean-Pierre Mercier, c'est avant tout parce que Riad Sattouf est à la fois un excellent dessinateur et un immense narrateur. L'exposition qui lui est actuellement consacrée à la BPI mérite en particulier d'être vue car elle expose quelques-uns de ses dessins de jeunesse, réalisés alors qu’il était au lycée, puis aux Arts appliqués et aux Gobelins. L'occasion de découvrir l'extraordinaire palette de ses talents. "Ce n'est peut-être pas un surdoué, mais il est extrêmement bon graphiquement", analyse l’historien. Et, alors que Riad Sattouf peut tout dessiner ou presque, "il a choisi un style simple, lisible, très dynamique qui emprunte autant à Hergé qu'à l’esthétique de certains mangas, comme les dessins d'Isao Takahata [le cofondateur des studios Ghibli, disparu au printemps dernier]".

 

 

 

 

Ça a l’air jeté sur le papier très simplement, mais il y a une maîtrise derrière qui est absolument remarquable. C'est l'aisance de celui qui va à l’essentiel qui vous fait croire que tout ça est très facile.

Jean-Pierre Mercier, historien de la BD à franceinfo

 

 

 

Avec un style qui se rapproche de celui des meilleurs dessinateurs dits "comiques", comme Claire Bretécher, Reiser ou Wolinski, Sattouf arrive à transmettre des expressions faciales extrêmement justes avec des personnages à gros nez à la limite de la caricature. Une analyse que partage Emmanuèle Payen, commissaire de l'exposition à la BPI. "C'est quelqu'un qui va de plus en plus vers l'épure et la simplicité, y compris la simplicité de trait, pour laisser plus de place au sens", conclut-elle.

 

 

 

Interrogé récemment par Challenges (article payant), Riad Sattouf expliquait d'ailleurs avoir "pensé cette série pour qu'elle soit lisible par des gens qui ne lisent pas de BD, qui n'y connaissent rien. (...) J'ai pensé à ma grand-mère et j'ai essayé de faire une BD pour elle : longue à lire, avec beaucoup de textes et beaucoup de cases, avec une histoire bien construite et une variété de sentiments et d’émotions." Un objectif visiblement atteint. S'il n’existe évidemment pas de statistiques sur le profil sociologique du lecteur de L'Arabe du futur, son éditeur estime, d'après les personnes rencontrées en signature, qu'environ "70% du public n'est pas un public de bande dessinée".

 

 

 

 

Au-delà de ses talents de dessinateur et de narrateur, Riad Sattouf a une autre botte secrète. Il sait se rendre très disponible et passe très bien à la radio ou à la télé. Comme le constate Le Libraire se cache, "Riad Sattouf est très présent là où ça compte, comme dans Télérama ou sur France Inter et France Culture qui sont de vrais médias influenceurs. Et quand il est en prime time sur une émission de radio, on va venir me demander le livre dès le lendemain, et ça, ça m'arrive très très rarement. Quand c'est Manu Larcenet ou Joann Sfar, je n'ai pas de retombées commerciales juste après."

 

 

 

 

Mais les multiples talents de l'auteur ne sauraient expliquer à eux seuls l’énorme succès de L’Arabe du futur, ses œuvres précédentes (Pascal Brutal ou La Vie secrète des jeunes pour les plus connues) et même Les Cahiers d’Esther, que Riad Sattouf publie parallèlement depuis 2016, n’ont jamais atteint de tels tirages. Pour son éditeur, la seule véritable explication, c’est "l'extrême qualité" de l’œuvre. "Pourquoi s’intéresse-t-on toujours aux romans russes du XIXe siècle ? Pourquoi relit-on Tintin ? Parce que les œuvres les plus abouties, les plus réussies, sont par nature universelles", affirme Guillaume Allary, qui prend pour témoin les réactions des lecteurs croisés lors des séances de dédicaces. "Quand Riad est au Brésil ou en Scandinavie, les gens viennent le voir en lui disant que ça parle de leur histoire. Ils ont l’impression que ça parle d’eux. Finalement, comme tout le monde a deux parents, on a tous une double culture." Et plus prosaïquement, comme le relève Jean-Pierre Mercier, "tout le monde s’identifie à un gamin qui est terrorisé à l’idée d’aller à l’école le premier jour".

 

 

 

 

C'est d’ailleurs sûrement ce point de vue à hauteur d'enfant qui explique l'adhésion du public à L'Arabe du futur, lu aujourd'hui autant par des adultes que par des jeunes dès 8 ou 9 ans. Un point de vue qui offre un regard plus naïf que celui d'un adulte et donc plus facilement recevable de la part d'un lecteur quand on lui parle de racisme, de violence à l'école ou de maltraitance animale. "C'était la même chose avec Marjane Satrapi et sa série Persepolis, rappelle Jean-Pierre Mercier. Et ça dit quelque chose sur la situation politique et géopolitique actuelle. On est à la recherche de clés de compréhension de ce monde bizarre dans lequel on évolue aujourd’hui. Et Riad y participe. Il donne à hauteur d’enfant une vision de ce que sont ces sociétés-là." Un regard d'enfant, mais sans complaisance, ni sur le Moyen-Orient, ni sur son père dépeint comme un "Arabe d’extrême droite" et que Sattouf n'hésitait pas à décrire, il y a quelques semaines au micro de France Inter, comme "une sorte de Bruno Gollnisch arabe".

 

 

 

Et si c'était juste que L'Arabe du futur était tout simplement un chef d'œuvre, à ranger aux côtés de l’immense Maus d’Art Spiegelman, seule bande dessinée à ce jour à avoir remporté un prix Pulitzer ? Pour Le Libraire se cache, "Maus ou Vie de Mizuki [du génial mangaka Shigeru Mizuki] sont des œuvres révolutionnaires que l'on avait jamais vu avant. En France, on a eu Persepolis et pour moi, L'Arabe du futur est un digne héritier de tout ça." Un avis que partage également Emmanuèle Payen qui voit la série "comme un héritage". "Riad Sattouf a sa place dans l’espace qui s’est construit ces dernières décennies autour du roman graphique, donc il y a une vraie filiation", poursuit-elle.

 

 

 

Pour l'historien Jean-Pierre Mercier, L'Arabe du futur mérite d'être aux côtés des plus grandes œuvres autobiographiques. Pour preuve, cette année encore, et malgré un Fauve d’or remporté en 2015, le dernier tome de L'Arabe du futur se retrouve dans la sélection officielle du prochain festival international de la bande dessinée qui se déroulera à Angoulême du 24 au 27 janvier 2019. "C'est une discussion qu'on a à chaque fois, avoue le spécialiste qui fait partie du comité qui compose cette liste très attendue. On choisit quarante bouquins parmi les 5 000 bandes dessinées qui paraissent chaque année pour dire aux gens, si vous ne devez n’en lire que quarante, essayez peut-être de lire celles-là. Et à chaque fois, il y a toujours quelqu'un qui rappelle que L'Arabe du futur est quand même un des grands bons livres de l'année. Donc si on doit recommander quarante bouquins, il faut qu'il y soit." Et de conclure, "Maus est un classique, et L'Arabe du futur est parti pour en être un".

 

 

 

Texte : Elodie Drouard

 


11/12/2018
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Tintin et Milou

 

 

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15/11/2018
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Franceinfo - le mercredi 31 octobre 2018

 

 

Jolly Jumper, Joe Dalton... On dégaine les histoires secrètes de Lucky Luke pour la sortie du 80e opus, "Un cow-boy à Paris"

 

 

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Pierre GodonFrance Télévisions
 

 

 

 

Il est pauvre, solitaire et loin de son foyer, comme il le chante à la fin de chacun de ses albums. Et surtout il tire plus vite que son ombre. Mais ça, tout le monde le sait...

 

 

 

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Couverture de l'album "Un cow-boy à Paris", 80e album de Lucky Luke, paru chez Dargaud le 7 novembre 2018. (ACHDE ET JUL / LUCKY COMICS)

 

 

 

On ne vous dira pas s'il chante sa ritournelle "I'm a Poor Lonesome..." devant la tour Eiffel sur fond de soleil couchant dans Un cow-boy à Paris, le 80e album qui sort vendredi 2 novembre. Mais Lucky Luke, le cow-boy-solitaire-loin-de-son-foyer, vous connaissez forcément : ses aventures se sont écoulées à 300 millions d'albums et ont fait l'objet d'une douzaine d'adaptations au cinéma et à la télé. Jolly Jumper, Rantanplan, les Dalton, vous maîtrisez...  Enfin, c'est ce que vous croyez.

 

 

Car bien des éléments iconiques de la série demeurent mystérieux même pour les passionnés. Ces derniers sauront peut-être que les Dalton, les vrais, n'étaient que trois. Mais quand Morris tombe sur l'anecdote dans une bibliothèque de New York en 1947, il préfère faire fi de la réalité historique. Le quatrième n’est devenu mauvais qu’après la mort des premiers, "mais j’ai trouvé plus drôle de les mettre tous les quatre ensemble", explique-t-il aux Cahiers de la BD en 1973.

 

 

 

Jolly Jumper, "c'est définitivement une jument"

Niveau d'érudition supérieur : connaître l'origine de la chanson iconique du poor lonesome cowboy. Il faut attendre 1997 pour que Morris en révèle l'origine, qui remonte aux débuts de sa carrière, à Libération : "J'habitais dans une chambre meublée à Bruxelles. Ma logeuse fumait beaucoup et chantait 'Je suis seule ce soir' [de Lucienne Delyle], un grand succès de l'époque. Et, pour compléter le tableau, elle avait les jambes arquées et des dents de cheval." 

 

 

Après ces broutilles, on passe au niveau difficile : vous êtes-vous déjà interrogé sur le sexe de Jolly Jumper ? Attention, révélation : "J'en ai parlé avec Morris, et c'est définitivement une jument, assure Patrick Nordmann, scénariste de plusieurs albums dans les années 1990 et cavalier à ses heures perdues. Si c'était un étalon, jamais il ne se serait comporté comme ça. Tout en Jolly Jumper – sa débrouillardise, son sens de l'initiative, son intelligence – indique que c'est une jument." Si les spécialistes soulignent que les cow-boys n'utilisaient que des hongres ou des juments pour se déplacer, Morris a laissé passer une case ambiguë dans l'histoire courte Un amour de Jolly Jumper, à retrouver dans La Ballade des Dalton et autres histoires. Le mystère demeure, au point que les contributeurs de Wikipedia ont ôté toute mention du sexe du cheval le plus fort de l'Ouest aux échecs.

 

 

 

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Couverture de l'album "Sept histoires de Lucky Luke" paru chez Dargaud. (MORRIS / DARGAUD)

 

 

 

Le problème, c'est que Morris a passé le colt à gauche en 2001, dans des conditions troubles, alors qu'il avait demandé à ce qu'on lui apporte sa table à dessin à la clinique où il se faisait soigner après une chute. Outre le fait qu'il a laissé inachevé l'album inédit à ce jour Lucky Luke contre Lucky Luke (les tribulations d'un imposteur se faisant passer pour le cowboy qui tire plus vite que son ombre), le créateur du personnage n'a pas eu le temps d'établir un cahier des charges pour les éventuels repreneurs. Ce qui chagrine beaucoup Patrick Nordmann, qui s'est étouffé quand il a vu Jolly Jumper tomber amoureux d'une jument dans La Belle Province, premier album de la nouvelle équipe. "Et maintenant, on le fait venir à Paris alors que Morris ne voulait pas que son héros quitte le continent américain..."

 

 

 

 

Morts, double whisky et danseuses de saloon

 

Patrick Nordmann et les fidèles du cow-boy ont pu tiquer devant la déferlante de jeux de mots dès le premier album post-Morris, La Belle Province. Mais même de son vivant, Morris n'était pas extrêmement carré avec son cahier des charges. En 1973, le dessinateur expliquait aux Cahiers de la BD qu’il arrivait à René Goscinny, le scénariste historique de Lucky Luke pendant vingt ans et une bonne trentaine d'albums, de les glisser dans son texte, mais qu’il les supprimait toujours.

 

 

 

Le problème, c'est que Morris ne s'est pas toujours appliqué la règle qu'il imposait aux autres. "Vous me rappelez qui a intitulé un de ses albums solos Phil Defer ?, sourit Guillaume Podrovnik, auteur d'un documentaire sur le cow-boy et son créateur sur Arte en 2015. Plus sérieusement, c'est parce que c'est Morris qui assurait lui-même la traduction en néerlandais qu'il voulait le moins de jeux de mots possibles [la preuve avec la traduction flamande de l'album Phil Ijzerdraad, littéralement "Phil Fil de fer"]. Car ceux de Goscinny pouvaient s'étendre sur des pages et des pages, comme dans Astérix."

 

 

 

Et s'il n'y avait que les jeux de mots... Celui qui aura le plus brutalement violé les codes de sa propre BD demeure Morris lui-même dans une histoire courte intitulé Lucky Luke se défoule, où on voit le cow-boy tuer à tour de bras, siffler un double whisky et s'encanailler avec des danseuses de saloon. Publiée dans Le Point au début des années 1970, cette drôle d'histoire a été éditée à petit tirage et en petit format.

 

 


31/10/2018
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Tintin

 

 

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04/10/2018
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