L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

ENVIRONNEMENT et climat

Pourra-t-on empêcher que la planète ne se réchauffe trop ? Encore un pari de plus pour vivre mieux et surtout économiser notre environnement si précieux. Là, on part pour le futur...


Franceinfo - le lundi 29 juin 2020

 

Cliquez sur les liens ci-dessous pour accéder aux informations de Franceinfo

 

 

Convention citoyenne pour le climat : "15 milliards d'euros supplémentaires" seront injectés sur deux ans pour la conversion écologique, promet Emmanuel Macron

 

 

 

Convention citoyenne : Emmanuel Macron se dit prêt à recourir au référendum en 2021 pour introduire dans la Constitution les notions de biodiversité, d'environnement et de lutte contre le réchauffement climatique

 

 

 

Création d'un crime d'écocide : Emmanuel Macron portera ce combat au nom de la France au sein des instances multilatérales et étudie son introduction dans le droit français

 

01/07/2020
0 Poster un commentaire

le mardi 23 juin 2020

 

 

 

Un groupe de Français tirés au sort concernant la Convention citoyenne pour le climat a proposé 149 mesures contre le réchauffement climatique dont une qui vise à réduire la vitesse à 110 km/h sur les autoroutes, ce qui pourrait permettre de réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre sur les trajets autoroutiers.

 
 
What do you want to do ?
New mail

23/06/2020
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le jeudi 18 juin 2020

 

 

Logements, voitures, temps de travail... Découvrez les principales propositions soumises au vote de la Convention citoyenne pour le climat

 

 

avatar
Thomas BaïettoFrance Télévisions

 

 

Les 150 citoyens tirés au sort de la Convention pour le climat se réunissent à partir de vendredi pour voter les propositions élaborées par les groupes de travail. Elles seront ensuite remises au gouvernement et à Emmanuel Macron

 

 

21702519

 

Les membres de la Convention citoyenne sur le climat, le 4 octobre 2019, à Paris. (MAXPPP)

 

 

 

La dernière ligne droite. Après neuf mois de travail, les 150 citoyens de la Convention citoyenne pour le climat se réunissent, vendredi 19 juin, pour un dernier week-end consacré au vote des propositions élaborées par chaque groupe de travail thématique ("Se nourrir", "Produire-travailler", "Consommer", "Se loger", "Se déplacer"). Les propositions adoptées seront remises dimanche au gouvernement et à Emmanuel Macron, qui avaient demandé à l'automne à ces citoyens tirés au sort de "définir une série de mesures en matière de lutte contre le changement climatique permettant d'atteindre une baisse d'au moins 40% des émissions de gaz à effet de serre [GES] d'ici 2030 (par rapport à 1990) dans un esprit de justice sociale".

 

 

Ces mesures ont ensuite vocation à être soumises "sans filtre" au Parlement ou à référendum. "Je prends l'engagement que des décisions fortes seront prises", leur avait promis début janvier le président de la République, que rien n'oblige juridiquement à reprendre les propositions formulées. 

 

 

Ce week-end de vote, durant lequel ils se prononceront également sur l'opportunité de proposer un référendum et sur la manière de financer leurs mesures, sera à suivre en direct sur le site de la Convention. Les propositions retenues seront mises en ligne dimanche soir. En attendant de savoir quelles seront les propositions retenues par la Convention pour être présentée à l'exécutif, franceinfo a pu consulter la liste des mesures soumises au vote. Un tiers sont rédigées sous la forme de proposition de loi ou de règlements, prêtes à l'emploi, les autres relèvent davantage de la déclaration d'intention. Voici les principales.

 

 

 

Sur la Constitution

 

Le Conseil constitutionnel, le 4 juin 2020 à Paris.

Le Conseil constitutionnel, le 4 juin 2020 à Paris. (MANUEL COHEN / AFP)


 

Tout au long du processus, la question de modifier la Constitution, le texte qui régit l'organisation politique de notre pays, a agité les participants. Certains estimaient que la question environnementale était déjà présente dans le texte, via la Charte de l'environnement en 2005. D'autres jugeaient que cela ne suffisait pas. Ce débat a été tranché lors d'un vote électronique fin mai : dans le rapport final de la Convention, quatre propositions de révision de la Constitution ont été adoptées pour acter "la lutte contre le dérèglement climatique comme un objectif de la République".

 

 

• Deux modifications du texte. La première proposition est de compléter le préambule pour ajouter, comme deuxième alinéa, le paragraphe suivant : "La conciliation des droits, libertés et principes qui en résultent ne saurait compromettre la préservation de l'environnement, patrimoine commun de l'humanité". La deuxième modifie l'article 1er, qui dispose entre autres que "la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale". Les membres de la Convention proposent d'ajouter un troisième alinéa, rédigé ainsi : "La République garantit la préservation de la biodiversité, de l'environnement et lutte contre le dérèglement climatique."

 

 

• Deux "axes de réflexion". Les deux autres propositions sont présentées comme des pistes de réflexion pour "renforcer le contrôle des politiques environnementales" – notamment en facilitant les possibilités de recours contre les atteintes portées à l'environnement ou en créant un poste de "défenseur de l'environnement" – et réformer le Conseil économique, social et environnemental en y intégrant une dimension citoyenne, similaire à leur Convention.

 

 

 

Sur le logement

 

Des travaux de rénovation énergétique, le 18 mai 2015 à Pantin (Seine-Saint-Denis).

Des travaux de rénovation énergétique, le 18 mai 2015 à Pantin (Seine-Saint-Denis). (MAXPPP)


 

Partant du constat que "l'habitat et toutes les constructions (dont le logement, les bâtiments et les infrastructures) participent ensemble directement ou indirectement aux deux tiers des émissions de gaz à effet de serre de la France", la Convention propose d'"agir massivement et globalement", en suivant trois objectifs :

 

 

• Rénovation énergétique obligatoire d'ici à 2040. Les membres de la Convention proposent de "contraindre les propriétaires occupants et bailleurs à rénover de manière globale", "d'obliger le changement des chaudières au fioul et à charbon d'ici à 2030 dans les bâtiments neufs et rénovés", mettre en place un "système progressif d'aides à la rénovation, avec prêts et subventions pour les plus démunis", "déployer un réseau harmonisé de guichets uniques" pour accompagner ces demandes d'aides et "former les professionnels du bâtiment pour répondre à la demande de rénovation globale et assurer une transition de tous les corps de métier du BTP vers des pratiques écoresponsables". Toutes ces mesures sont détaillées sous forme de loi.

 

 

• Limiter la consommation d'énergie des bâtiments. Cette deuxième famille de mesures vise à "agir pour la sobriété énergétique", en contraignant par "des mesures fortes les espaces publics et les bâtiments tertiaires à réduire leur consommation d'énergie"*, en "incitant les particuliers à réduire leur consommation d'énergie" et en incitant à limiter "le recours au chauffage et à la climatisation" à respectivement 19°C et 30°C. Cette dernière mesure ne concernerait pas le milieu hospitalier, les Ehpad, les cabinets médicaux et les structures d'accueil petite enfance.

 

 

Lutter contre l'artificialisation des sols et l'étalement urbain. Les participants proposent notamment de "définir une enveloppe restrictive du nombre d'hectares maximum pouvant être artificialisés réduisant par deux l'artificialisation des sols", d'"interdire toute artificialisation des terres tant que des réhabilitations ou friches commerciales, artisanales ou industrielles sont possibles dans l'enveloppe urbaine existante" ou encore de "prendre immédiatement des mesures coercitives pour stopper les aménagements de zones commerciales périurbaines très consommatrices d'espaces". Ces trois propositions bénéficient d'une transcription sous la forme d'un texte de loi.

 

 

 

Sur l'alimentation

 

La Convention citoyenne propose plusieurs mesures pour encourager une alimentation avec moins de viande et plus de fruits et légumes.

La Convention citoyenne propose plusieurs mesures pour encourager une alimentation avec moins de viande et plus de fruits et légumes. (MAXPPP)


 

Ce que nous mettons dans notre assiette représente 24% de l'empreinte carbone d'un ménage français. Forts de ce constat, les citoyens tirés au sort fixent comme objectif de réduire de 20% en 2030 notre consommation de viande et de produits laitiers, tout en augmentant la part des fruits et légumes, de légumes secs et de céréales. "Nous ne voulons pas dicter aux gens ce qu'ils doivent consommer. Nous voulons plutôt nous assurer que tout le monde ait accès aux bonnes informations concernant les impacts sur le climat et la santé, de son choix d'achat ou de consommation", expliquent-ils.

 

 

Garantir une alimentation "moins animale et plus végétale", en renforçant la loi Egalim. Derrière cette formulation se trouvent plusieurs objectifs, comme "engager la restauration collective vers des pratiques plus vertueuses", "rendre les négociations tripartites plus transparentes et plus justes pour les agriculteurs", "développer les circuits courts" ou lutter contre le gaspillage alimentaire. Concrètement, les participants à la Convention proposent de "passer à un choix végétarien quotidien dans les self-services à partir de 2022 et inciter la restauration collective à menu unique à développer des menus végétariens"*, de rédiger un guide d'achats pour inciter les collectivités à acheter "les produits issus de circuits courts, locaux et à faible coût environnemental" ou à "assurer la présence de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) dans les négociations" entre agriculteurs et grandes surfaces.

 

 

Transformer l'agriculture française en réduisant ses émissions de GES et les pesticides. Cette deuxième série de mesures vise à réformer le secteur agricole, qui représente 36% des émissions de gaz à effet de serre de la France. Les participants proposent par exemple l'objectif très ambitieux de 50% des terres en agroécologie – une pratique "beaucoup moins émettrice de GES et plus respectueuse de l'environnement" – en 2040 et de réduire l'usage des pesticides. Sur ce point sensible, leur proposition, qui dispose d'une transcription en texte de loi, vise à diminuer de 50% d'ici à 2025 l'usage des produits phytopharmaceutiques, d'interdire dès maintenant les produits cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction (CMR) et en 2035 les pesticides "les plus dommageables pour l'environnement". Si ces produits ne représentent qu'"une très faible partie des émissions de gaz à effet de serre", les citoyens estiment que "la protection de la biodiversité est importante pour garder intacte la fonction des écosystèmes de stockage du carbone". Ils proposent également d'enseigner l'agroécologie dans les formations agricoles et "d'utiliser les aides de la politique agricole commune comme levier pour développer des pratiques agricoles plus durables".

 

 

Repenser la politique commerciale, notamment le Ceta. Derrière cette formulation se cache un sujet politique sensible : les accords commerciaux comme le Ceta, ce traité de libre-échange avec le Canada, dont les citoyens proposent la renégociation pour y intégrer les objectifs climatiques de l'accord de Paris. Les citoyens veulent également "inscrire le principe de précaution dans les accords commerciaux" ou encore "mettre fin aux tribunaux d'arbitrage privés".

 

 

Mieux former et informer les consommateurs. Les citoyens proposent d'ajouter un volet climatique au Plan national nutrition Santé (PNNS) et d'apposer des messages "incisifs et percutants" sur les produits déconseillés par ce plan, à la manière du "Fumer tue" des paquets de cigarettes. lls donnent quelques exemples, comme : "ce produit nuit à votre santé et à l'environnement" ou "l'huile de palme contribue à la déforestation", qu'ils proposent d'accompagner "de photos représentant des catastrophes naturelles, conséquences du réchauffement climatique". Une réforme des labels, passant par la suppression des labels privés, est également proposée. Enfin, pour permettre aux plus modestes d'accéder à une "alimentation durable", la Convention suggère un système de "chèques alimentaires".

 

 

Instaurer un crime d'écocide. Pour protéger l'environnement, les membres de la Convention proposent la création d'un nouveau crime, celui d'écocide, "dans le cadre des neuf limites planétaires, et qui intègre le devoir de vigilance et le délit d'imprudence, dont la mise en œuvre est garantie par la Haute Autorité des limites planétaires". Ce crime est défini comme "toute action ayant causé un dommage écologique grave en participant au dépassement manifeste et non négligeable des limites planétaires, commise en connaissance des conséquences qui allaient en résulter et qui ne pouvaient être ignorées".

 

 

 

Sur la consommation 

 

La Convention citoyenne propose plusieurs mesures pour réguler la publicité et ne pas inciter à la surconsommation.

La Convention citoyenne propose plusieurs mesures pour réguler la publicité et ne pas inciter à la surconsommation. (THIERRY THOREL / NURPHOTO / AFP)

 

 

Partant du constat que "nos habitudes de consommation, voire de surconsommation, ont un fort impact sur l'environnement", les citoyens estiment qu'il faut "moins consommer pour utiliser moins de ressources naturelles, moins d'énergie et générer moins d'émissions de gaz à effet de serre" et "mieux consommer en ayant le choix de consommer des produits moins émetteurs de gaz à effet de serre en étant mieux informés et en ayant accès à des alternatives accessibles financièrement à toutes et tous".

 

 

Afficher l'empreinte carbone des produits et services. Les participants proposent de créer un score carbone "sur tous les produits de consommation et les services"*, un peu comme le Nutri-score qui juge la qualité nutritionnel des produits.

 

 

"Réguler la publicité pour réduire les incitations à la surconsommation." Les citoyens proposent "une sorte de loi Evin sur le climat", du nom de cette loi qui régule les publicités pour l'alcool et interdit celles pour le tabac. Cette loi permettrait "d'interdire de manière efficace et opérante la publicité des produits les plus émetteurs de GES, sur tous les supports publicitaires"* ou de rendre obligatoire une mention comme : "En avez-vous vraiment besoin ? La surconsommation nuit à la planète".

 

 

"Limiter le suremballage et l'utilisation du plastique à usage unique." Au chapitre du suremballage, les citoyens proposent notamment de ressusciter la consigne du verre ou d'imposer un pourcentage de vrac aux centrales d'achats, deux propositions qui font l'objet d'une transcription en texte de loi.

 

 

 

Sur les transports

 

La Convention citoyenne propose de réguler le marché des véhicules neufs pour interdire les plus polluants (ici, un SUV présenté au Bourget, en 2016).

La Convention citoyenne propose de réguler le marché des véhicules neufs pour interdire les plus polluants (ici, un SUV présenté au Bourget, en 2016). (ERIC PIERMONT / AFP)


 

C'est l'un des gros morceaux du rapport, avec l'alimentation, et sans doute le plus sensible puisque c'est la taxe sur le carburant qui avait provoqué la crise des "gilets jaunes". Les déplacements des personnes et le transport des marchandises pèsent aujourd'hui 31% des émissions de GES de la France. "Ce total est partagé entre les voitures (52% du total), les poids lourds (19%), les véhicules utilitaires (19%) et les vols intérieurs (4%)", rappellent les participants à la Convention, pour qui "il est crucial d'agir pour changer individuellement et collectivement nos comportements".

 

 

Diminuer l'utilisation solitaire de la voiture. La première série de mesures vise à sortir du tout-voiture en développant "les autres modes de transport que la voiture individuelle", en aménageant les voies publiques, en réduisant "les émissions des gaz à effet de serre sur les autoroutes et voies rapides" et en créant "les conditions d'un retour fort à l'usage du train au-delà des voies à grande vitesse". Concrètement, les citoyens proposent notamment de généraliser le forfait mobilité durable*, de réformer le système d'indemnité kilométrique de l'impôt sur le revenu*, d'augmenter le Fonds vélo à 200 millions d'euros par an*, de réduire la vitesse à 110 km/h sur les autoroutes*  ou encore de réduire la TVA sur les billets de train de 10 à 5,5%*.

 

 

Réduire le transport routier. Pour réduire le nombre de poids lourds sur les routes françaises, les conventionnels proposent notamment de "sortir progressivement des avantages fiscaux sur le gazole, en échange de compensations fortes pour les transporteurs sous forme d'aides au financement accrues pour l'achat de poids lourds neufs plus propres en remplacement des poids lourds polluants"* et d'"inciter, par des obligations réglementaires et fiscales, au report partiel vers d'autres moyens de transport de marchandises moins émetteurs"*. Côté bateaux, la Convention veut par exemple "interdire l'usage des moteurs polluants lors des arrêts dans les ports"*.

 

 

Transformer le parc automobile français. Pour "faire évoluer le plus vite possible, et avant 2030" le parc automobile français, les conventionnels veulent augmenter "le bonus pour les véhicules peu polluants" et "renforcer très fortement le malus sur les véhicules polluants", en introduisant "le poids comme un des critères à prendre en compte"*. Ils proposent également de mettre en place "des prêts à taux zéro, avec la garantie de l'État, pour l'achat d'un véhicule peu émetteur (léger et pas trop cher)"* et d'"interdire dès 2025 la commercialisation de véhicules neufs très émetteurs ; les véhicules anciens pouvant continuer de circuler"*. Dans le détail, ils proposent d'interdire dès 2025 les véhicules neufs émettant plus de 110g de CO2/km (ce qui représente près de 50% des immatriculations en 2018) et en 2030 les véhicules émettant plus de 90 g de CO2, ce qui représente la quasi-totalité des immatriculations de 2018.

 

 

"Limiter les effets néfastes du transport aérien." Pour l'avion, l'un des moyens de transport les plus émetteurs de GES, la Convention propose d'interdire les vols intérieurs d'ici 2025 lorsque la destination est accessible par un autre moyen de transport, d'"interdire la construction de nouveaux aéroports et l'extension des aéroports existants"* et d'"adopter une écocontribution kilométrique renforcée, à l'image du Royaume-Uni, avec une modération pour les DOM-TOM"*. Celle-ci oscillerait entre 30 et 1 200 euros par billet, en fonction de l'avion (classe éco, classe affaire, jet privé) et de la distance.

 

 

 

Sur la production et le travail

 

Sur le site d\'Airbus, à Blagnac (Haute-Garonne). La Convention citoyenne propose des mesures pour accompagner la transition professionnelle des personnes travaillant dans les industries les plus polluantes.

Sur le site d'Airbus, à Blagnac (Haute-Garonne). La Convention citoyenne propose des mesures pour accompagner la transition professionnelle des personnes travaillant dans les industries les plus polluantes. (PASCAL PAVANI / AFP)

 

 

 

Pour les membres de la Convention citoyenne, "le passage à une société décarbonée implique de transformer pleinement l'appareil de production ou encore les métiers". "De nombreuses entreprises et personnes vont voir leur activité disparaître ou au moins être fortement touchée. Cette transition peut constituer une opportunité pour l'économie et l'emploi mais sans accompagnement, sans dispositifs adaptés, beaucoup pourraient en souffrir", avertissent-ils.

 

 

"Transformer l'outil de production." Derrière cette volonté, les objectifs sont de "favoriser une production plus responsable, développer les filières de réparation, de recyclage et de gestion des déchets", de "développer et soutenir l'innovation de la transition" et "d'organiser et soutenir le financement de la transformation de l'outil de production des entreprises dans le cadre de la transition écologique". Pour ce faire, les citoyens proposent de "rendre obligatoire la possibilité de réparation des produits manufacturés qui sont vendus en France"*, de "supprimer tous les plastiques à usage unique dès 2023", de conditionner d'ici 2025 tout soutien à l'innovation à une logique de sortie d'un modèle basé sur le carbone* ou encore d'obliger "les entreprises qui distribuent plus de 10 millions d'euros de dividendes annuels" à participer "à l'effort de financement collectif de la transition écologique, à hauteur de 4% du montant des dividendes distribués"*.

 

 

"Transformer l'emploi et les modalités de travail." Avec cette deuxième série de mesures, les citoyens veulent "accompagner la reconversion des entreprises et la transformation des métiers au niveau régional" et "réduire le temps de travail sans perte de salaire dans un objectif de sobriété et de réduction de gaz à effet de serre". Cela passe par le financement de formations professionnelles ou la création d'une "nouvelle gouvernance de la transition des emplois et compétences au niveau national et régional"*.

 

 

Sur le délicat sujet du temps de travail, les citoyens proposent de "passer de 35 heures à 28 heures avec un taux horaire du Smic horaire augmenté de 20% pour maintenir un salaire équivalent, c'est-à-dire pour les travailleurs payés au Smic". "Face à l'urgence climatique, nous souhaitons participer à la définition d'une future société en accord avec les objectifs de sobriété et de réduction des émissions de gaz à effet de serre et où les profits et la croissance ne sont plus les moteurs", justifient-ils, en estimant qu'il faut "consommer moins, produire moins et donc travailler moins".

 

 

Inciter les entreprises à améliorer leur empreinte carbone. Les objectifs de cette famille de mesures sont "d'ajouter un bilan carbone dans le bilan comptable de toutes les structures qui doivent produire un bilan", de "renforcer les clauses environnementales dans les marchés publics, protection des écosystèmes et de la biodiversité", d'intégrer "la protection des écosystèmes et de la biodiversite" et de "mieux prendre en compte les émissions de gaz à effet de serre liées aux importations dans les politiques européennes". Pour ce faire, les citoyens proposent d'obliger les entreprises à réaliser chaque année leur bilan carbone et de sanctionner celles qui refusent*, de "conditionner les aides publiques à l'évolution positive du bilan gaz à effet de serre"*, de créer une notion sur les marchés publics "d'offre écologiquement la plus avantageuse"*, de mettre en place des "cours départementales de l'environnement et des travaux publics et privés" et de porter une taxe carbone – rebaptisé ici "ajustement carbone" – aux frontières de l'Union européenne.

 

 

*Proposition disposant d'une transcription légistique.

 


19/06/2020
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le vendredi 22 mai 2020

 

 

Coronavirus : il y aura d'autres pandémies plus létales "si nous ne changeons pas de comportement", estime un naturaliste

 

avatar

franceinfoRadio France

 

 

Le président du Muséum national d'histoire naturelle, le naturaliste Bruno David, appelle à "changer nos comportements" pour éviter d'autres pandémies. Selon lui, la population humaine sur Terre, la déforestation et l'agriculture intensive nous rapprochent trop des animaux, et nous nous déplaçons trop

 

 

21561303

 

Vue de la "jungle de béton" que constitue l'enchevêtrement des buildings sur l'île de Hong Kong. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

 

 

 

"Si nous ne changeons pas de comportement (…) on va se retrouver de nouveau confrontés à des pandémies qui pourraient être plus létales que celle-ci", prévient le naturaliste Bruno David, président du Muséum national d'histoire naturelle, invité de France Inter, vendredi 22 mai, journée mondiale de la biodiversité. Il pointe du doigt justement la destruction de la biodiversité, à travers la déforestation et l'élevage intensif, comme un facteur de la pandémie. Le naturaliste appelle à réduire la "promiscuité" avec les animaux et conseille de "moins bouger, de moins faire bouger nos marchandises".

 

 

 

franceinfo : Les pandémies ont-elles toujours existé ?

 

Bruno David : Les zoonoses, c'est-à-dire le passage d'une maladie d'un animal à l'homme, ce n'est pas nouveau. Il y a eu un premier pic à un moment donné, au Néolithique, il y a 10 000 ans. Au moment de la domestication, il y a un certain nombre de maladies qui sont passées des animaux aux hommes, comme la rougeole ou les oreillons. Ce qu'on est en train de faire aujourd'hui, c'est qu'on entretient la promiscuité avec des animaux domestiques élevés en très grand nombre ou avec des animaux sauvages, ce qui favorise la transmission de maladies et de nouveaux virus des animaux vers les hommes.

 

 

 

Qu'est-ce qui pose problème exactement ?

 

Il y a trois facteurs. D'abord, le nombre que nous sommes sur Terre. Plus nous sommes nombreux, en termes de probabilité, plus on va apparaître comme l'espèce dominante et donc la cible privilégiée de certains pathogènes. La deuxième chose, c'est qu'on entretient de la promiscuité avec des animaux, que ce soit des animaux domestiques en grand nombre ou avec des animaux sauvages. A travers la déforestation par exemple, on va faire venir ces animaux sauvages vers nous, puisqu'on aura détruit leur environnement, ou on va les consommer, ce qui a pu se passer avec le pangolin. Par ailleurs, on se déplace énormément, ce qui fait que quand un problème survient localement, il devient rapidement global. Avec ces trois facteurs, il y a toutes les chances pour qu'une pandémie arrive. Et il y en aura vraisemblablement d'autres si nous ne changeons pas de comportement.

 

 

 

Par quoi faut-il commencer pour changer nos modes de vie ?

 

Il y a un concept qui s'appelle le "One Health" en anglais, qui signifie "une seule santé". Il dit que la santé humaine, la santé animale et la santé des environnements c'est quelque chose qui forme un tout. Il faut que ce soit abordé de manière globale. La meilleure chose à faire, c'est de respecter mieux les environnements, de moins faire de déforestation, se tenir plus à distance des espèces sauvages, donc ne pas aller sur leurs territoires, ni les faire venir sur nos territoires. Il faut aussi éviter les élevages intensifs, avec des animaux qui sont tous semblables les uns aux autres, et qui sont dans des nombres absolument incroyables. Et aussi moins bouger, moins faire bouger nos marchandises (…) Il faut arriver à infléchir nos modes de vie, parce que sinon, ça va nous revenir dessus comme un boomerang et on va se retrouver de nouveau confrontés à des pandémies qui pourraient être plus létales que celle-ci.

 


30/05/2020
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le vendredi 22 mai 2020

 

 

Baisse des émissions de CO2 : "Il faudra répéter une telle diminution chaque année d'ici 2030 pour respecter l'objectif de 1,5 ou 2 degrés", estime Jean Jouzel

 

avatar

franceinfoRadio France

 

 

 

Du 1er janvier au 30 avril, la mise à l'arrêt de l'économie en raison de l'épidémie de coronavirus a entraîné une baisse de 8,6% des émissions mondiales de CO2 selon une étude publiée dans le Nature Climate Change

 

 

21566583

 

Le climatologue Jean Jouzel à Paris, le 13 janvier 2020 (photo d'illustration). (ALAIN JOCARD / AFP)

 

 

 

"Il faudra répéter une telle diminution chaque année d'ici 2030 pour respecter l'objectif de 1,5 ou 2 degrés", a indiqué sur franceinfo vendredi 22 mai, Jean Jouzel, climatologue, glaciologue, ancien vice-président du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), alors qu'une étude publiée dans Nature Climate Change donne un bilan écologique précis du confinement. Du 1er janvier au 30 avril, la mise à l'arrêt de l'économie a entraîné une baisse de 8,6% des émissions mondiales de CO2. "Il faut complètement modifier notre approche du développement économique et se désintoxiquer des combustibles fossiles", explique Jean Jouzel. Pour le climatologue, "tout doit être mis en œuvre pour changer notre mode de développement. C'est le principal message de cette crise économique associée à la crise sanitaire".

 

 

 

franceinfo : C'est un effet collatéral de la crise du coronavirus, avec la mise en place du confinement, les émissions de CO2 auront baissé dans le monde sur les quatre premiers mois de l'année. Faut-il donc arrêter l'économie mondiale pour sauver la planète ?

 

Non, il ne faut pas arrêter l'économie mondiale, il faut complètement la réorienter. Ce que nous dit cette diminution qui va être de l'ordre de 5 à 6% à l'échelle annuelle, c'est qu'il faudra répéter une telle diminution chaque année d'ici 2030 pour respecter l'objectif de 1,5 ou 2 degrés pour aller ensuite vers une neutralité carbone. Ce n'est pas en repartant sur le même système économique que nous allons réussir. Il faut complètement modifier notre approche du développement économique et se désintoxiquer des combustibles fossiles.Tout doit être mis en œuvre pour changer notre mode de développement. C'est le principal message de cette crise économique associée à la crise sanitaire.

 

Nous sommes, chacun de nous, concernés. Il faut absolument que le monde d'après soit différent de celui que nous avons vécu depuis une cinquantaine d'années. Jean Jouzel, climatologue à franceinfo

 

Nous disons depuis au moins une quinzaine d'années que 2020 sera une année charnière c'est un hasard que cette année 2020 soit celle du Covid-19, avec une crise économique majeure. Ça doit nous faire réfléchir. Il ne suffit pas d'une baisse économique, d'une baisse d'activités pour réussir à lutter contre le réchauffement climatique.

 

 

 

L'organisation de ce sommet annoncé par Emmanuel Macron à Marseille en 2021, le One Planet Summit, c'est une bonne nouvelle ?

 

Oui, c'est une bonne nouvelle. Ce sommet était prévu au mois de juin, c'est donc un déplacement de quelques mois. C'est très important dans son aspect de la biodiversité. Il y a un lien très fort entre la biodiversité, le climat et le réchauffement climatique. Quand on regarde les causes de la perte de la biodiversité au cours des dernières décennies, le réchauffement climatique vient au 3e rang, après nos activités, la déforestation, le remembrement dans nos régions, les produits phytosanitaires, la surpêche, mais aussi l'artificialisation des sols. Le climat joue pour 13 à 15% de la perte de notre biodiversité au niveau mondial depuis une cinquantaine d'années.

 

 

 

Ce genre de sommets peut vraiment faire bouger les choses ?

 

Oui, je le pense pour le climat. On a eu cette convention climat en 1992, la mise en œuvre du GIEC et des réunions annuelles. L'existence de la convention climat a été une bonne chose. La convention biodiversité a été mise en place également en 1992 lors du sommet de la Terre à Rio. C'est très important qu'il y ait cette synergie dans la communauté scientifique. Je pense que je serai à Marseille au mois de janvier prochain.

 


23/05/2020
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le vendredi 22 mai 2020

 

 

La vague de chaleur en Sibérie et la fonte des glaces précoce au Groenland inquiètent les scientifiques

 

avatar

franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Cette année, les glaces du Groenland ont entamé leur fonte avec deux semaines d'avance sur la médiane habituelle. A cela s'ajoute une vague de chaleur inhabituelle en Sibérie

 

 

21565495

 

Des icebergs au large du Groenland, le 3 avril 2020 à Tiniteqilaaq (Danemark). (PHILIPPE ROY / AFP)

 

 

 

Nouvelle alerte climatique. La vague de chaleur en Sibérie conjuguée à une fonte précoce des glaces au Groenland ravivent les préoccupations de la communauté scientifique à l'approche de l'été dans la région arctique. Le début de la saison de la fonte des glaces au Groenland - défini comme le moment où celle-ci s'étend sur au moins 5% de la calotte glaciaire - a été enregistré le 13 mai, selon l'Institut météorologique danois (DMI). Soit avec "près de deux semaines d'avance" par rapport à la date médiane issue de 40 ans de données, a expliqué vendredi 22 mai à l'AFP Martin Stendel, chercheur au DMI.

 

 

En 2019, la saison des fontes avait débuté le 30 avril, mais un début précoce comme cette année reste une source d'inquiétude, selon les scientifiques. Le Groenland va entrer dans la saison dite d'"ablation" - lorsque les chutes de neige ne compenseront plus la fonte, entraînant un rétrécissement général de la calotte glaciaire - avec un niveau de glace déjà faible dû au peu de neige tombé pendant l'hiver.

 

 

 

Inquiétude sur les gaz piégés sous la glace

Les chercheurs du DMI ont également noté une vague record de chaleur en Sibérie occidentale en mai. En utilisant ce qu'on appelle la réanalyse - une méthode qui vise à obtenir une vue comparable des enregistrements météorologiques tout en ajustant le manque de disponibilité et de qualité des observations s'étendant sur des décennies -, Martin Stendel explique que son équipe n'avait pas observé une telle vague de chaleur depuis une soixantaine d'années pour cette période de l'année.

 

 

Durant la dernière décennie, plusieurs vagues de chaleur ont été observées dans certaines parties de l'Arctique et à différentes périodes de l'année. Ce qui se passe aujourd'hui "n'est pas sans précédent, mais c'est quand même assez inhabituel", explique Martin Stendel. Il rappelle l'importance de garder un œil sur la région, où "il y a d'énormes quantités de gaz à effet de serre piégées sous la glace" du permafrost. S'ils étaient relâchés dans l'atmosphère, ils viendraient mécaniquement amplifier le réchauffement climatique. Les températures moyennes dans la région arctique ont augmenté de deux degrés depuis le milieu du XIXe siècle, soit deux fois plus que la moyenne mondiale.

 

 

La fonte des glaciers au Groenland n'est pas non plus sans conséquences sur le niveau mondial des mers et des océans. Selon le DMI, la fonte des glaces dans cette région du monde a contribué à l'augmentation d'un centimètre du niveau des mers depuis 2002. Dans un rapport publié en avril dans la revue The Cryosphere, des chercheurs ont révélé qu'en 2019, la fonte au Groenland représentait 40% de l'augmentation du niveau des eaux.

 


23/05/2020
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le vendredi 8 mai 2020

 

 

Brésil : la déforestation en Amazonie a atteint un niveau record depuis janvier

 

avatar

franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Cette déforestation est de 55% supérieure à celle de la même période de 2019

 

 

21484503

 

Un feu de forêt le 30 octobre 2019 au Brésil. (CHICO RIBEIRO / MATO GROSSO DO SUL STATE GOVERNM / AFP)

 

 

La déforestation a atteint un record entre janvier et avril en Amazonie brésilienne, selon des données officielles publiées vendredi 8 mai. D'après les images satellites de l'Institut brésilien de recherches spatiales, 1 202 km carrés de forêt ont disparu lors des quatre premiers mois de cette année.

 

 

Cette déforestation est de 55% supérieure à celle de la même période de 2019 et la plus élevée sur la période de janvier à avril depuis le début des statistiques mensuelles en 2015.

 

 

Ces chiffres laissent entrevoir une nouvelle année noire pour la plus grande forêt tropicale du monde. La déforestation en Amazonie brésilienne s'était aggravée de 85% l'an dernier, sur 10 123 km carrés, dépassant le seuil symbolique des 10 000 km carrés pour la première fois depuis le début de ces statistiques gouvernementales en 2008.

 

 

 

La stratégie de Bolsonaro toujours contestée

Ces données soulèvent aussi des questions sur l'engagement du président Jair Bolsonaro à protéger l'Amazonie, dont plus de 60% se trouve en territoire brésilien. 2019, la première année au pouvoir du chef de l'Etat d'extrême droite, avait été marquée par un nombre jamais vu d'incendies, qui avaient dévasté d'immenses zones d'Amazonie et attiré un flot de critiques de la communauté internationale sur le Brésil.

 

 

Cette destruction de la forêt est en grande partie imputable aux coupes de bois sauvages, à l'extraction minière ou à l'activité agricole sur des terres normalement protégées. Jair Bolsonaro a autorisé jeudi l'envoi de l'armée pour lutter contre la déforestation et les incendies en Amazonie, entre le 11 mai et le 10 juin.

 

 

Mais pour les défenseurs de l'environnement, il serait plus avisé d'augmenter les budgets et les moyens en personnels des agences environnementales, dont certaines on vu leur moyens fondre depuis son accession au pouvoir.

 


09/05/2020
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le samedi 2 mai 2020

 

 

Pourquoi la baisse des émissions de gaz à effet de serre liée à la crise du coronavirus ne suffira pas à enrayer le réchauffement climatique

 

avatar

Thomas BaïettoFrance Télévisions

 

 

Le confinement et le ralentissement drastique de l'activité économique devraient entraîner une réduction historique des émissions de gaz à effets de serre. Mais cette baisse est insuffisante et trop ponctuelle, explique la climatologue Valérie Masson-Delmotte

 

 

 

La baisse s'annonce historique. En confinant une grande partie de la population mondiale et en freinant l'activité économique, la pandémie du coronavirus va entraîner une nette baisse des émissions de gaz à effet de serre, le moteur du réchauffement climatique qui accélère de façon quasi-ininterrompue depuis la Seconde Guerre mondiale. Selon le site spécialisé Carbon Brief, qui a pris en compte un éventuel rebond de l'économie, cette baisse devrait être de l'ordre de 5,5% en 2020 pour l'ensemble de la planète. En France, le Haut Conseil pour le climat estime cette baisse entre 5 et 15% sur l'année 2020.

 

 

On pourrait se féliciter de cet effet secondaire de la crise sanitaire, qui permet accidentellement de limiter le réchauffement climatique. Mais pour la climatologue Valérie Masson-Delmotte, qui a accordé un long entretien sur cette crise à franceinfo, ce genre de baisse est loin de suffire à enrayer le changement climatique. "Il n'y a rien de réjouissant là-dedans. La baisse d'émissions associée à l'arrêt forcé de toute activité industrielle, économique et de transport, ce n'est pas du tout cela dont nous parlons quand nous parlons de l'action pour réduire les émissions de gaz à effet de serre", explique-t-elle.

 

 

 

La baisse doit être plus forte et s'inscrire dans la durée

Pour elle, cette baisse doit se faire de manière organisée, continue, et plus forte. Afin de respecter l'objectif de l'accord de Paris – un réchauffement contenu largement en dessous de 2°C –, "il faudrait que les émissions mondiales de gaz à effet de serre diminuent d'un quart entre 2010 et 2030, et deviennent zéro net – c'est-à-dire que les émissions résiduelles seraient compensées par une capacité à enlever du CO2 de l'atmosphère et à le stocker – à horizon 2070"

 

 

L'objectif de 1,5°C – qui permettrait d'atténuer de manière significative les conséquences de ce réchauffement – demanderait, lui, de baisser nos émissions de 50% entre 2010 et 2030 et d'atteindre la neutralité carbone en 2050. Pour limiter le réchauffement climatique, il ne faut donc pas -5,5% sur une seule année, mais -25% ou -50% en dix ans. : "Le problème, c'est que plus nous tardons à agir, plus il faudra faire un effort massif, année après année, pour y parvenir", explique Valérie Masson-Delmotte, en rappelant que "des solutions existent".

 


02/05/2020
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le samedi 25 avril 2020

 

 

GRAND ENTRETIEN. Valérie Masson-Delmotte, climatologue, dessine l'après-coronavirus : "Il va falloir du courage politique pour éviter les vieilles ficelles"

 

avatar

 

 

 

#EtAprès. Pour réfléchir à la période qui succédera à la crise du coronavirus, franceinfo donne la parole à des intellectuels, experts et activistes. Premier grand entretien avec Valérie Masson-Delmotte, climatologue et coprésidente du groupe n°1 du Giec

 

 

 

capture d'écran

 

 

 

Depuis quelques semaines, la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte comprend un peu mieux son collègue chinois Panmao Zhai. "Il me disait que ce qui était important dans le confinement, c'était de regarder pousser ses plantes. Sur le coup, cela m'avait fait beaucoup rire, mais je vois parfaitement ce qu'il veut dire", raconte celle qui prend régulièrement des photos des fleurs et insectes de son jardin de l'Essonne depuis le 17 mars.

 

 

Cette figure de la communauté scientifique et climatique mondiale n'a en réalité pas beaucoup de temps pour la contemplation. Le Giec, ce groupe d'experts international sur le changement climatique dont elle copréside le groupe 1, doit rendre un nouveau rapport l'année prochaine et c'est toute une logistique scientifique, répartie sur les cinq continents, qu'il faut continuer de faire tourner malgré l'épidémie. Le Haut Conseil pour le climat, où elle siège également, prépare ses préconisations pour la relance. Entre deux réunions en visioconférence, elle a accordé une heure à franceinfo pour livrer sa vision de l'après-coronavirus. Casque vissé sur la tête, Valérie Masson-Delmotte a abordé les conséquences à court terme de cette crise pour le climat – baisse des émissions de gaz à effet de serre, report de la COP26 – et les manières de sortir de cette crise sans mettre en péril la lutte contre le changement climatique.

 

 

C'est le premier grand entretien d'une série que franceinfo lance sur le "jour d'après" cette crise sanitaire et économique inédite que traverse notre pays.

 

 

 

Franceinfo : Pour commencer, je voulais vous demander comment vous faites en cette période de confinement pour continuer votre travail de climatologue. Comment vous vous organisez ?

 

Valérie Masson-Delmotte : Notre laboratoire est fermé depuis 26 jours. L'université Paris-Saclay, dans laquelle mon équipe pour le Giec est située, est également fermée. C'est télétravail à la maison, comme pour beaucoup de gens. Nous habitons en banlieue parisienne, nous sommes deux adultes en télétravail et deux étudiantes en télé-études. Nous avons donc réorganisé notre séjour en espace de travail commun. Là, je m'isole dans la chambre à coucher-buanderie pour les appels sans déranger les autres. Et puis nous nous serrons les coudes, avec les voisins, la famille, les collègues, je pense comme beaucoup de gens.

 

 

 

Le Giec prépare un gros rapport pour l'année prochaine. Comment fait-on pour travailler avec des scientifiques un peu partout dans le monde dans cette situation de confinement ?

 

Pour le groupe 1 du Giec, celui qui porte sur les bases physiques – ce qui est observé à grande échelle, quelle est la cause des changements observés, quels sont les mécanismes à l'œuvre et quelles sont les implications pour les évolutions futures à court, moyen, long terme, au niveau global comme régional –, nous sommes dans une phase assez avancée de préparation de notre évaluation. Il faut bien expliquer que le Giec ne produit pas de connaissances nouvelles et ne fait pas de recommandations. Il passe en revue les éléments scientifiques de sorte à dégager, sur la base des publications des données et de manière transparente, ce qui est clairement établi, ce qui est émergent, d'expliciter aussi parfois les termes des controverses scientifiques quand les données ne sont pas cohérentes, les modèles imparfaits ou la compréhension des mécanismes imparfaite. Il évalue également les verrous, les limites des connaissances scientifiques.

 

 

Les auteurs de ce rapport sont 230 personnes, de 60 pays différents. Nous avons une petite équipe support, avec mon collègue coprésident chinois et moi-même, d'une dizaine de personnes à Saclay et Pékin. Nous en sommes à la deuxième version de notre projet de rapport. Il est organisé en 12 chapitres et présente un atlas interactif pour naviguer dans l'information climatique en fonction des centres d'intérêt, des régions et des échelles de temps. Le premier jet est passé en relecture. Il a été relu par plus de 700 relecteurs, qui ont fourni de l'ordre de 23 000 commentaires. Ils ont été pris en compte. Cette phase de relecture est vitale pour l'objectivité et pour le fait d'avoir une évaluation rigoureuse et complète.

 

 

Une deuxième version a été préparée, de même que la première version de la synthèse, un résumé technique de quelques dizaines de pages et puis un résumé dit "pour décideurs" d'une trentaine de pages. Nous avons beaucoup travaillé à distance pour préparer ces éléments. Là, ils sont partis en relecture, aussi bien par la communauté scientifique que par des experts nommés par les gouvernements. Nos rapports, nous ne faisons pas des encyclopédies ou des livres de cours, nous faisons le point sur les connaissances, de sorte que ce soit utile pour éclairer des choix.

 

 

Le processus de préparation des rapports du Giec se fait en co-construction avec les représentants de tous les pays du monde. Nous écoutons les points particulièrement importants pour eux et nous les prenons en compte dans l'évaluation qui est faite : qu'est-ce qui est pertinent pour éclairer des choix ? Quelles sont les connaissances nouvelles ? Puis ils participent bien sûr aux processus de relecture, souvent par les Académies des sciences.

 

 

Nous avons des difficultés aujourd'hui puisque beaucoup de personnes dans le monde, à l'exception de la Chine, n'ont plus de conditions de travail habituelles. Nous avons mené trois enquêtes. Une première auprès des représentants de tous les pays, pour savoir s'ils anticipaient des difficultés à contribuer à la relecture. Une deuxième auprès des 230 auteurs de notre rapport, pour savoir quelles étaient leurs conditions de travail, parce que nous avons besoin que eux aussi relisent les autres chapitres par exemple et puis de se projeter pour la suite. Comment va-t-on faire l'étape d'après ? Nous devions avoir une réunion au mois de juin, c'est clair qu'elle ne pourra pas avoir lieu physiquement, donc comment va-t-on organiser la suite des événements ?

 

 

Et puis nous avons fait une troisième enquête, plus large, auprès de la communauté scientifique. Nous avons eu plusieurs centaines de réponses, cela donne une sorte d'instantané de la situation dans le monde entier. C'est assez triste à lire. Nous avons des gens, plutôt en Europe et aux Etats-Unis, qui disent : 'Je continue à travailler comme avant'. C'est une toute petite minorité : la majeure partie des gens disent : 'C'est très difficile''je n'ai plus accès à mon laboratoire', 'je ne peux plus faire de campagne de terrain', 'j'ai beaucoup de mal à récupérer les grandes masses de données sur lesquelles je dois travailler pour faire mes analyses'... Ils nous disent aussi qu'ils ont des proches malades, parfois eux-mêmes sont malades. Ils prennent soin des gens autour d'eux. Ils sont inquiets pour leurs étudiants : beaucoup de jeunes scientifiques sont dans des conditions précaires. Ils ont des contrats relativement courts et s'ils ne peuvent pas produire de connaissances, ils s'inquiètent beaucoup pour la suite. Il y a un besoin aussi de lien plus fort entre les chercheurs plus seniors et les plus jeunes pour les aider dans cette situation difficile.

 

 

Nous observons une difficulté particulière pour ceux qui ont de jeunes enfants. Ils doivent superviser l'école à domicile, vous l'avez peut-être vu et les gens qui nous écoutent l'ont certainement vu, ce n'est pas simple. Beaucoup nous disent qu'ils sont moins efficaces. Ils nous disent également qu'ils sont devant un stress important qui freine leur capacité de concentration, de relecture de ce rapport, de relire d'autres articles...

 

 

 

Toute l'activité de production de connaissances, pas simplement la relecture des rapports du Giec, est ralentie.

Valérie Masson-Delmotte

à franceinfo

 

 

 

Nous sommes dans une incertitude importante : nous ne savons pas combien de temps cette situation va durer. De notre côté, nous sommes en train de revoir complètement l'ensemble du planning jusqu'à la fin de ce rapport. Nous avons repoussé de six semaines la phase de relecture, nous allons planifier des réunions cet été qui ne seront pas des vraies réunions d'auteurs avec 230 personnes ensemble, mais un ensemble de réunions ciblées virtuelles. Là, nous avons aussi d'autres freins. L'accès à internet n'est pas le même partout. En France, j'ai déjà un très mauvais accès à internet chez moi, cela peut être un frein, mais dans des pays en développement, c'est encore plus aigu, même dans les universités. Donc quand les gens sont chez eux, c'est encore plus difficile et en particulier pour les scientifiques africains, compte tenu de la qualité de la bande passante disponible.

 

 

Comment continuer à avoir une approche inclusive et participative ? Nous avons vraiment besoin de l'intelligence collective, nous allons essayer de faire au mieux. Nos collègues d'un autre groupe de travail du Giec innovent également puisque la semaine prochaine, ils font leur réunion d'auteurs de manière virtuelle, avec 250 participants de 70 pays différents. Cela demande beaucoup plus de préparation, de mieux cerner les points de discussion, de mieux préparer, de recueillir les avis à l'avance et de bien mener la discussion pour faire en sorte que tout le monde puisse s'exprimer. Il faut faire en sorte d'être d'accord sur la manière de procéder. Par exemple, dans une réunion avec beaucoup de personnes, pour certains quand on ne dit rien, cela veut dire qu'on est d'accord. Pour d'autres, il faut qu'ils puissent s'exprimer pour dire leur accord, ce n'est pas toujours évident dans toutes les cultures.

 

 

Cela veut dire aussi fournir, pour ceux qui ne peuvent pas se connecter et s'exprimer de manière interactive à cause de l'accès à internet, des notes de réunion. Leur donner la possibilité de lire et fournir par écrit leur commentaire, etc. Nous en sommes là et nous allons probablement repousser beaucoup d'autres étapes. Nous sommes partis sur le fait de décaler de l'ordre de trois mois pour l'instant. Notre point d'interrogation, c'est à quel moment nous allons pouvoir tenir une session plénière, avec tous les représentants de tous les pays du monde, qui se réunissent pour la phase d'approbation de nos rapports. Pour le moment, nous partons sur un calendrier en supposant que cela pourra être possible en juillet 2021.

 

 

 

Nous allons maintenant entrer dans le vif du sujet, en abordant cette épidémie et les conséquences à court terme pour l'environnement. Je voulais commencer par aborder les origines. Il y a quelques jours, vous avez déclaré chez nos camarades de franceinfo TV que "cette pandémie était liée à la destruction des habitats naturels". Pouvez-vous développer ?

 

Je ne suis pas du tout dans mon domaine de compétence. Mais je peux préciser que les rapports précédents du Giec avaient un angle qui portait sur les interactions climat-environnement-santé. Les angles spécifiques pris étaient les suivants : dans le rapport sur le réchauffement planétaire de 1,5 °C, nous abordions la manière dont la qualité de l'air va jouer en termes de santé publique. La dégradation de la qualité de l'air est liée à des composés qui agissent également sur le climat, parfois des coproduits quand on brûle du pétrole, du charbon, du gaz, du bois…

 

 

Par ailleurs, le rapport rendu sur l'océan et les glaces dans un climat qui change mentionnait certains aspects liés à la santé, par rapport aux zones côtières, notamment la sécurité de l'approvisionnement en eau. Enfin, le rapport spécial rendu en 2019 sur le changement climatique et l'utilisation des terres soulignait que la pression que nous exerçons sur la destruction des écosystèmes était à l'origine d'épisodes de zoonoses – des maladies présentes dans des animaux – de plus en plus fréquemment transférées aux sociétés humaines.

 

 

C'est aussi quelque chose qui a émergé d'autres analyses. Cela a d'ailleurs conduit une partie de la communauté scientifique, à l'interface santé-environnement, à explorer de nouvelles approches. Par exemple, la notion de santé planétaire, sur le fait que la santé humaine va aussi dépendre de la santé des écosystèmes et de l'état du climat, ou bien l'angle one health, qui fait le lien entre la santé humaine et la santé animale, y compris des animaux d'élevage, et la santé des écosystèmes.

 

 

 

Cela fait partie des points d'intersection qui interrogent sur notre mode de développement, qui pousse à exercer une pression croissante de destruction d'écosystèmes, pas uniquement chez nous mais aussi à distance, via les importations.

Valérie Masson-Delmotte

à franceinfo

 

 

 

Ce mode de développement contribue à poursuivre les rejets de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique et de l'ensemble de ses conséquences, y compris l'intensification d'événements extrêmes comme les vagues de chaleur dont nous savons très bien qu'elles posent des problèmes en matière de santé humaine.

 

 

 

Ce lien que vous faites entre pression sur les écosystèmes et santé humaine est contesté par certains. Je vais citer le philosophe et ancien ministre Luc Ferry, qui estime dans les colonnes de L'Express que faire ce lien "relève de la récupération politique la plus basique, pas de l'analyse". Qu'est-ce que vous répondez à ce discours ?

 

Moi, je fais référence à un article (en anglais) du journal très reconnu, The Lancet, en 2015, qui justement faisait le point sur les zoonoses liées à Ebola et au SRAS [un coronavirus qui a frappé l'Asie en 2003]. Il montrait que la destruction des habitats naturels, le braconnage de la faune sauvage, mais également l'élevage industriel étaient des facteurs, associés à une densité importante de population à proximité de ces animaux, qui ont amplifié la propagation de zoonoses dans les sociétés humaines.

 

 

Je fais également référence à ce rapport sur le changement climatique et l'utilisation des terres, et enfin au rapport de l'IPBES, l'équivalent du Giec pour la biodiversité, qui le montre également de manière très claire.

 

 

 

Vous parliez à l'instant de qualité de l'air. Depuis le début du confinement, on observe une meilleure qualité de l'air un peu partout en France et dans le monde où le confinement est en place. On observe également le retour de certaines espèces dans les espaces que nous avons abandonnés, comme les rorquals dans le parc des Calanques. Vous racontiez aussi, dans un récent interview, que chez vous, vous entendiez à nouveau le chant des oiseaux avec l'arrêt de l'aéroport qui se trouve non loin. Cette crise est dramatique d'un point de vu sanitaire, social, économique mais est-ce qu'elle a au moins une conséquence positive sur l'environnement ?

 

Je ne veux en rien me réjouir de la situation actuelle. Je répète ce que j'ai déjà dit précédemment : toutes mes pensées vont à ceux qui luttent pour leur propre santé ou celle des autres. Nous sommes devant une crise sanitaire très grave, qui va s'accompagner d'une crise économique, sociale et financière. Il n'y a rien de réjouissant là-dedans. La baisse d'émissions associée à l'arrêt forcé de toute activité industrielle, économique et de transport, ce n'est pas du tout cela dont nous parlons quand nous parlons de l'action pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, renforcer la résilience de nos sociétés ou réduire la pression sur les écosystèmes.

 

 

Nous ne parlons pas du tout d'arrêter les choses de manière forcée. Nous parlons d'utiliser toute l'innovation technologique et sociale, toute l'intelligence collective pour agir sur la manière dont nous produisons les choses et nos choix de consommation, de sorte à réduire, de manière importante, tenace dans la durée, les pressions que nous exerçons sur l'environnement tout en nous permettant de vivre mieux, de vivre dignement. C'est très différent, il ne faut surtout pas faire de confusion par rapport à la situation actuelle.

 

 

Par contre, c'est vrai, je le vois dans le groupe de discussion avec mes voisins que nous avons mis en place sur WhatsApp pour l'entraide et la solidarité, les gens se rendent compte du bien-être qu'apporte moins de bruit, du bien-être qu'apporte une qualité de l'air meilleure, même si cela peut encore s'améliorer en banlieue parisienne. Ils soulignent également le fait d'entendre le bruit des oiseaux et des insectes, masqués par le vrombissement constant, que ce soient des bruits d'avions ou d'automobiles.

 

 

 

Je sais qu'en Inde, certains ont vu pour la première fois de leur vie les contreforts de l'Himalaya, masqués parce que l'air était tellement pollué qu'il y avait une espèce de brouillard constant.

Valérie Masson-Delmotte

à franceinfo

 

 

 

Il faut imaginer quand, pour la première fois de votre vie, vous découvrez que vous avez des montagnes spectaculaires, pas très loin de chez vous, mais invisibles à cause de la pollution de l'air. 

 

 

Cette crise pose aussi d'autres questions. Par exemple, la dégradation de la qualité de l'air, avec un cocktail de produits chimiques et de particules, est aussi quelque chose d'extrêmement dangereux pour la santé cardiaque et respiratoire. Il y a des éléments scientifiques clairement établis et, pourtant, nous n'avons pas une action à la hauteur de cet enjeu-là, parce que c'est plus graduel, plus chronique et moins aigu. 

 

 

Je pense que la situation actuelle pose profondément la question de la manière dont notre société est capable d'anticiper plus, d'agir en amont et d'agir pour éviter des crises de manière graduelle, intelligente et démocratique. La question se pose de la même manière par rapport à l'évolution du climat. Les tendances que nous avons observés, le réchauffement au-dessus des continents et des océans, le réchauffement en profondeur de l'océan, l'augmentation de la fréquence des vagues de chaleur ou bien de l'intensité des pluies torrentielles, l'augmentation de la sévérité des sécheresses autour de la Méditerranée, la montée du niveau des mers, le recul des glaciers, de l'enneigement en moyenne montagne... Tout ce que nous observons avait été correctement anticipé depuis plus de 30 ans par les travaux de ma communauté scientifique. Pendant longtemps, cela n'a pas été perçu comme un risque immédiat.

 

 

 

Nous avons tenu à distance cette information sur le changement climatique comme nous avons ignoré l'information sur le risque de pandémie.

Valérie Masson-Delmotte

à franceinfo

 

 

 

Nous voyons très bien qu'en France comme dans beaucoup d'autres pays, nous n'étions pas prêts. Nous n'avions pas de plan d'action, pas de vision stratégique de comment agir et donc nous improvisons avec les moyens du bord. La question pour moi fondamentale, c'est comment anticiper davantage, comment débattre sur les solutions, comment les mettre en œuvre de sorte à ne pas exacerber toutes les inégalités et toutes les vulnérabilités qui sont là.

 

 

Une de vos collègues me demandait hier quel était le mot que j'associais à la situation de crise actuelle. Je me suis vraiment posé la question et je crois que le mot que je voudrais utiliser est celui de fragilité. C'est délibéré, c'est le contre-pied du vocabulaire guerrier, du mot de résilience, qui veut dire que nous prenons des chocs, que nous nous reconstituons et que nous allons au-delà du choc. Je pense que nous avons aussi besoin de voir la fragilité de nos sociétés. Nous ne sommes pas tous égaux devant cette crise sanitaire, nous ne serons pas égaux devant la crise économique et financière. Il y a des choses qui vont être exacerbées par rapport à la crise actuelle et à ses conséquences.

 

 

C'est le même enjeu par rapport au changement climatique. C'est important de regarder en quoi nous sommes vulnérables et exposés. C'est important de voir comment nous pouvons construire une stratégie ambitieuse d'action pour renforcer la résilience de nos sociétés, pour construire un développement qui permette à tous de vivre dignement, avec des emplois non délocalisables et qui ont un sens, tout en réduisant régulièrement, fortement les émissions de gaz à effet de serre.

 

 

Je pense qu'aujourd'hui, nous avons une réflexion beaucoup trop en silo. Typiquement, vous avez un ministère de l'Environnement, un ministère de l'Agriculture, un ministère de la Santé et puis de l'Economie, alors que ces questions de santé planétaire demandent à avoir une pensée beaucoup plus systémique et hors des silos habituels. Je pense que c'est le bon moment pour avoir cette réflexion-là,  sur la manière dont on voit la sortie de cette crise. Il y a l'urgence immédiate : permettre aux gens de manger, de vivre correctement un minimum dans cette situation très difficile, mais après il y a la question de ce que nous allons favoriser comme secteur d'activités. Quelle est notre vision stratégique sur la création d'emplois en France, sur ce qu'on veut construire et qui va rester pendant des décennies ?

 

 

L'expérience des crises passées n'est pas très encourageante d'un point de vue gaz à effet de serre, que ce soient les chocs pétroliers ou les crises financières des dernières décennies... Les solutions de sortie de crise n'ont fait que renforcer des pans entiers d'activité qui exacerbent le problème plutôt que de contribuer aux solutions.

 

 

 

Vous parliez des réductions de gaz à effet de serre. Je voulais revenir un instant sur les conséquences à court terme de la situation actuelle. Ce matin, le site spécialisé Carbon Brief (en anglais) estimait que les émissions de CO2 vont reculer de 4% [chiffre mis à jour à 5,5% après l'enregistrement de cet entretien] cette année avec cette crise. Pouvez-vous mettre ce chiffre en perspective par rapport aux efforts nécessaires pour rester dans la trajectoire de l'accord de Paris sur le climat ?

 

L'objectif de l'accord de Paris sur le climat est celui que se sont fixés les différents gouvernements du monde sur la base d'une analyse de risques. Cet objectif est de contenir ce réchauffement largement au-dessous de 2 °C d'ici la fin de ce siècle. L'analyse de la réponse du climat montre que si nous voulons le faire, il faudrait que les émissions mondiales de gaz à effet de serre diminuent d'un quart entre 2010 et 2030, et deviennent zéro net – c'est-à-dire que les émissions résiduelles seraient compensées par une capacité à enlever du CO2 de l'atmosphère et à le stocker – à horizon 2070.

 

 

Si nous voulions contenir le réchauffement à un niveau encore plus bas – nous en sommes aujourd'hui à 1 °C –, si nous voulions le limiter à 1,5 °C, ce qui est important pour les écosystèmes et les populations les plus vulnérables, il faudrait diviser par deux nos émissions entre 2010 et 2030 et atteindre cette neutralité carbone en 2050. Le problème, c'est que plus nous tardons à agir, plus il faudrait faire un effort massif, année après année pour y parvenir

 

 

Ce dont nous parlons, ce n'est certainement pas d'arrêter l'activité économique ou d'avoir des privations forcées, ce n'est pas du tout cela.

Valérie Masson-Delmotte

à franceinfo

 

 

Ce dont nous parlons, c'est transformer tous les grands systèmes de production, notamment énergétique, en sortant des énergies fossiles, le charbon puis le pétrole et le gaz, en y substituant d'autres approches. C'est également transformer les villes pour minimiser le recours à l'énergie, utiliser l'économie circulaire et l'efficacité énergétique au maximum. C'est aussi avoir les infrastructures qui permettent ces transformations et puis transformer la manière dont nous produisons notre alimentation. C'est transformer la façon dont nous gérons les forêts dans le monde entier, de sorte à stocker du carbone plutôt que de rajouter des gaz à effet de serre.

 

 

Ce qui est intéressant, c'est que sur tous ces aspects-là, des solutions existent. Nous ne sommes pas dans la situation d'il y a 20 ou 30 ans. Nous avons des solutions qui existent dans tous les domaines, que ce soient pour les énergies décarbonées, les transports. Nous avons des alternatives aux véhicules à moteur thermique, nous avons des solutions d'économie circulaire, de réutilisation, plutôt que d'utilisation de ressources non renouvelables et nous avons des solutions de bon sens, y compris pour la production alimentaire. Nous avons beaucoup d'agriculteurs qui innovent qui développent des méthodes parfois anciennes, parfois nouvelles, pour justement réduire l'impact environnemental tout en produisant suffisamment pour nourrir tout le monde.

 

 

Si nous voulons contenir le réchauffement à un niveau bas, ce ne sont pas seulement ces transformations un peu systématiques qui sont nécessaires. C'est aussi la question des choix de consommation et des styles de vie. Si la demande mondiale ne fait qu'augmenter pour l'énergie, pour les produits non renouvelables ou pour une alimentation qui a une forte empreinte carbone en particulier les produits animaux ou les huiles végétales, dans ce cas-là, nous ne pourrons pas réduire suffisamment vite les émissions de gaz à effet de serre, parce que cela voudra dire toujours produire plus.

 

 

J'ai beaucoup de voisins autour de moi qui s'interrogent dans cette situation un peu forcée, où on fait à manger à la maison, où on développe les circuits courts, qui me disent tant mieux parce que nous nous rendons compte que nous pouvons faire autrement, que nous pouvons vivre correctement avec plus de solidarité et plus d'entraide, nous espérons que cela va rester. Je l'ai entendu parmi mes proches, ma famille et mes collègues, cette aspiration à ce que certaines des choses que nous mettons en place là puissent rester parce qu'elles donnent aussi du sens à la vie en communauté, pas simplement à la vie individuelle.

 

 

 

Il y a une dernière conséquence à court terme sur laquelle je voulais vous interroger, c'est l'annulation de la COP26 qui devait se tenir à Glasgow (Ecosse, Royaume-Uni) à la fin de l'année, c'est aussi l'annulation du Congrès mondial de la nature (UICN), qui est un peu l'équivalent pour la biodiversité. Est-ce que ces reports sont un problème ?

 

Ce n'était pas possible dans la situation actuelle de réunir physiquement des gens de tous les continents. Première chose : qui peut prendre la responsabilité d'organiser une réunion dont les participants risquent leur santé ou celle de leur proche ? Qui peut organiser des réunions d'une ou deux semaines si on a deux semaines de quarantaine après avoir voyagé, avant le début de la réunion puis en sortant ? Ce n'est juste pas possible actuellement et il faut bien le comprendre.

 

 

Cela peut donner aussi plus de temps pour préparer les plans d'action, de sorte à ce qu'ils intègrent la sortie de cette crise dans les réponses nationales que chaque pays va mettre sur la table. Il ne s'agit pas d'annulation, mais de report. Je ne sais pas pour l'UICN, mais je sais que la COP pour la diversité biologique, qui devait avoir lieu en octobre en Chine, qui est importante, parce que l'objectif est d'avoir un accord ambitieux sur la biodiversité, sera reportée à l'année 2021.

 

 

La COP26 aussi va être reportée à l'année 2021. Peut-être pouvons-nous attendre davantage d'ambitions dans ce contexte, compte tenu des enjeux qui sont importants. Nous parlons d'intersections dans tous les sens. J'ai des collègues qui vivent dans différentes régions du monde, les vice-présidents de mon groupe de travail, ceux qui sont au Maghreb aujourd'hui sont inquiets parce qu'ils connaissent une situation de sécheresse importante, avec des pressions pour la sécurité en eau et le besoin d'eau pour la sécurité alimentaire, la sécurité sanitaire. Nous sommes parfois dans des situations de risques conjoints et de risques en cascades qui sont particulièrement préoccupantes.

 

 

 

Avant de parler de l'après-crise, je voudrais que nous prenions quelques minutes pour bien poser les bases du problème qu'est le réchauffement climatique. Aujourd'hui, où en est-on par rapport à ce problème, comment vous résumeriez la situation ?

 

Par rapport au changement climatique, nous émettons massivement des gaz à effet de serre, qui ont des caractéristiques différentes. Certains ont un effet sur le temps long, d'autres ont un effet plus éphémère. En ajoutant ces gaz à effet de serre, nous empêchons une partie de la chaleur de la Terre de partir vers l'espace et le climat lui-même réagit à cette perturbation avec des facteurs amplificateurs. L'évolution actuelle du climat, le réchauffement de 1 °C qui est observé, ne s'explique que par l'influence humaine sur le fonctionnement des grands équilibres planétaires.

 

 

Le premier point qui n'est souvent pas bien compris, c'est que ce changement qui a déjà lieu est irréversible, en particulier parce que l'océan a stocké 90% de cette énergie supplémentaire et le temps de mélange dans l'océan est de l'ordre du millier d'années. Quoi qu'on fasse en termes d'émissions de gaz à effet de serre, nous ne pourrons pas revenir en arrière. Beaucoup de gens pensent que notre action sur le climat, nous pourrions faire une analogie avec une sorte de thermostat, que nous aurions tourné vers le haut, le climat se réchauffe et puis que si nous tournions vers le bas, nous pourrions stabiliser la situation. Cela ne marche pas comme ça, en particulier parce qu'il y a une inertie, à la fois dans le fonctionnement du climat, dans sa réponse et il y a aussi une inertie dans les infrastructures qui sont là : les transports, usines, la façon dont on produit l'énergie.

 

 

 

Quoi qu'on fasse, il faut s'attendre à un réchauffement climatique et ses conséquences au cours des prochaines décennies, ça, c'est inéluctable.

Valérie Masson-Delmotte

à franceinfo

 

 

Il y a donc un enjeu qui est important, c'est justement une vision stratégique d'analyse de risques, dans chaque région, pour chaque secteur d'activité. Qu'est-ce que cela va impliquer et comment est-ce que nous pouvons agir maintenant pour réduire notre vulnérabilité, notre exposition et limiter l'ampleur des risques ? C'est ce qu'on appelle l'adaptation. C'est important par exemple pour le littoral avec la montée du niveau des mers. C'est aussi important pour les stations de moyenne montagne, avec le tourisme d'hiver. C'est important pour le bien-être en été, le confort dans les villes, pour la gestion des risques d'inondation ou de sécheresse, pour la gestion des forêts qui dépérissent suite aux vagues de chaleur et de sécheresse. C'est important pour la gestion des risques d'incendie, nous avons vu il n'y a pas longtemps, en Australie, à quel point cela peut entraîner des dégâts majeurs.

 

 

Il y a donc une partie qui est inéluctable, il va falloir faire avec. Mais l'évolution future du climat va dépendre profondément de deux choses : notre capacité à réduire les émissions de CO2, parce que ce gaz à effet de serre a un effet cumulatif. Ce qui va faire le réchauffement à venir, c'est la somme des émissions de GES passées, actuelles et à venir, c'est quelque chose que nous nous passons entre générations. Si nous voulons que le climat se stabilise par la suite, il faut engager délibérément une baisse de ces émissions de CO2 en agissant sur tous les leviers d'action possible.

 

 

Un plan de relance, par exemple, qui miserait sur une reprise d'une croissance non-stop du trafic aérien, ou bien sur des véhicules type SUV qui ont une grosse consommation de carburant est quelque chose qui va en sens orthogonal à ce que serait une action pour maîtriser l'impact du transport sur les émissions de gaz à effet de serre. Nous pourrions contenir une partie de la demande sur les voyages aériens, nous pourrions aussi avoir des véhicules beaucoup moins consommateurs, plus légers, électriques ou hybrides qui baissent fortement la consommation et les émissions de gaz à effet de serre.

 

 

Donc la stabilisation du climat va dépendre de notre capacité à réduire fortement, jusqu'à la neutralité les émissions de CO2. Il va aussi dépendre de l'effet sur le climat d'un certain nombre d'autres facteurs : des gaz à effet de serre comme le méthane ou l'oxyde nitreux, davantage liés aux activités agricoles, donc à nos choix d'alimentation également, avec des interactions avec la santé, et des composés comme des particules, qu'on appelle des aérosols parfois émis avec le charbon ou dans d'autres contextes, dont l'effet net est refroidissant sur le climat. L'enjeu est aussi de réduire les effets nets sur le climat de l'émission de ces autres facteurs.

 

 

C'est pour cela que ce n'est pas simplement une question d'énergie, c'est beaucoup plus large et vaste. Ce que je peux également dire, c'est que tous les secteurs d'activité peuvent être porteurs de solution. Dans cette dimension-là, c'est aussi cela qui est important, c'est de voir l'ensemble des solutions qui existent, toutes les options d'action, de voir quels sont leur potentiel, leur coût, leur limite, ce qu'elles apportent comme bénéfice annexe, pour la santé par exemple en améliorant la qualité de l'air ou en ayant une alimentation saine et nutritive. A l'inverse, certaines des solutions peuvent avoir des effets indésirables et dans ce cas-là, il faut analyser ces effets de sorte à les compenser ou à les minimiser.

 

 

C'est pour cela que nous avons besoin de cette évaluation qui soit la plus neutre possible et c'est pour cela que les rapports du Giec ne font pas de recommandation. Ils mettent sur la table les différentes options d'action et ils passent en revue ces différentes dimensions de sorte à pouvoir éclairer des choix. Mais ces choix relèvent de la volonté citoyenne et politique, ce n'est pas quelque chose qui relève de ma communauté, la communauté scientifique. C'est vraiment quelque chose qui relève d'un débat profond de société, d'un débat démocratique.

 

 

 

Le réchauffement climatique est un problème assez vaste, dont on peine parfois à saisir l'ampleur. Sur France Inter, il y a quelques jours, le sociologue Bruno Latour estimait que le réchauffement climatique était une catastrophe tellement importante que celle que nous connaissons aujourd'hui avec le coronavirus apparaîtra bientôt "minuscule" par rapport à ce qui nous attend. Est-ce que vous partagez cet ordre de grandeur ?

 

Je ne peux pas partager complètement cet ordre de grandeur, parce que je n'ai pas tous les éléments pour analyser ce que sera l'impact complet de cette pandémie. Par contre, ce que je peux dire, c'est que le changement climatique va être une exacerbation encore une fois des vulnérabilités qui existent, avec une succession de crises qui vont devoir être gérées si nous n'anticipons pas. Vous savez comme moi qui sont les plus vulnérables devant ces crises, ce sont ceux qui ont les revenus les plus bas, qui vivent dans les zones les plus à risque.

 

 

Plus largement, ce sont des enjeux de sécurité humaine. Pour un réchauffement de l'ordre de 2 °C, nous avons déjà des aspects préoccupants en termes de sécurité en eau et de sécurité alimentaire. Après, il y a également des enjeux importants même pour la croissance de l'activité économique mondiale, d'abord dans les pays tropicaux et puis, à plus grande échelle, selon l'ampleur et la vitesse de ce réchauffement.

 

 

 

Pour terminer, je le dis encore une fois : la stabilité de nos sociétés, c'est aussi la stabilité des écosystèmes.

Valérie Masson-Delmotte

à franceinfo

 

 

 

Pour donner un ordre de grandeur, entre un réchauffement de 1,5 °C et de 2 °C, nous doublons le risque de perte d'habitats pour les insectes, les animaux et les plantes sur les continents. De même, dans l'océan, le changement climatique entraîne un certain nombre de conséquences en chaîne : des vagues de chaleur marine plus fréquentes, qui détruisent et font blanchir les récifs de coraux tropicaux, une perte d'oxygène dans les eaux de mer de surface, une acidification de l'océan qui stocke une partie des émissions de CO2.

 

 

Cela exerce une pression déjà visible sur les écosystèmes marins dont nous dépendons aussi pour notre alimentation. Il y a également des choses que nous connaissons très mal, sur les virus dans l'océan. Nous savons en revanche que certaines de ces conditions peuvent conduire à des "blooms" [une efflorescence, c'est-à-dire une augmentation rapide de la concentration d'algues dans l'eau comme les marées vertes en Bretagne] d'algues toxiques. Il y a donc aussi des enjeux en matière de santé humaine importants à prendre en compte.

 

 

 

Passons à l'après-coronavirus. La première question que je voulais vous poser sur cette période sur laquelle tout le monde débat en ce moment, est de savoir si vous faites partie des gens qui pensent que cette épidémie va marquer une rupture, que le "jour d'après ne ressemblera pas au jour d'avant" comme l'a dit le président de la République ?

 

En fait, je ne sais pas. Parce que quand nous regardons ce que les historiens nous apprennent des grandes pandémies passées, il y a souvent eu, après des situations de privation et de crise, une aspiration à revenir à ce qui était avant, l'envie d'une forme d'insouciance, d'indifférence. Je ne peux pas répondre à cette question, je pense que cela va dépendre de la réflexion collective qui va sortir de la situation actuelle.

 

 

Moi j'espère vraiment que cette phase de confinement pour ceux qui ne sont pas en première ligne aujourd'hui – les soignants, ceux qui assurent la logistique, qui travaillent pour permettre l'approvisionnement de tous –, qui ont un peu plus de temps pour sortir du rythme trépidant de la vie habituelle, que ceux-là vont s'interroger sur le type de société qu'ils souhaiteraient. C'est vraiment, comme je redisais tout à l'heure, pour moi la volonté citoyenne qui va être fondamentale dans ce qui va se produire par la suite.

 

 

Pour rebondir sur la question que vous m'avez posée, je voudrais mentionner que la Convention citoyenne pour le climat [150 citoyens tirés au sort pour proposer des solutions contre le réchauffement climatique] a exprimé un certain nombre d'aspirations pour la sortie de crise, par rapport à la réflexion menée sur la façon de concilier justice sociale et baisse d'émissions de gaz à effet de serre, avec leur bon sens et la diversité des perspectives qu'ils apportent, de différentes régions de France.

 

 

 

Une importante crise économique se profile. Est-ce que vous n'avez pas peur que l'environnement passe au second plan ? Nous voyons déjà le gouvernement tchèque, qui demande le retrait du Green New Deal, ce programme d'investissement européen, Donald Trump qui assouplit les règles encadrant les émissions des voitures, le PDG d'Air France qui demande une pause fiscale, l'agence environnementale américaine qui suspend ses contrôles et donne finalement une sorte de "permis de polluer" dans cette période…

 

Vous avez raison. Nous allons vers une situation de très grande tension avec des secteurs d'activité qui sont importants pour l'emploi, qui peuvent être parfois stratégiques, qui vont tout faire pour échapper à la moindre contrainte fiscale ou environnementale. Ils ont déjà exercé des pressions extrêmement fortes. Je précise par exemple que le secteur aérien est celui qui bénéficie le plus de niches fiscales ou d'exemptions fiscales par rapport à tous les autres secteurs d'activité. Cela a été montré en France comme dans tous les pays du monde. Le kérosène par exemple n'est pas taxé.

 

 

Nous avons des tensions croissantes entre ces secteurs d'activité qui se sentent un peu le dos au mur quand ils ne peuvent pas présenter de solutions viables à court terme et puis ceux qui aspirent à autre chose. Utiliser des investissements publics va préempter nos capacités d'action à tous dans les années à venir, puisque les investissements qui vont être mis sur la table sont une dette supplémentaire pour tous. Je pense que nous allons rentrer dans une phase de tension extrêmement forte.

 

 

Cela va demander une vigilance de tous et beaucoup de courage politique pour ne pas utiliser les vieilles ficelles du XXe siècle pour relancer l'activité par les grands chantiers d'autoroutes ou le reste, mais pour avoir vraiment une vision stratégique.

Valérie Masson-Delmotte

à franceinfo

 

 

C'est-à-dire construire une forme de développement qui permettra d'être moins dépendant, pour certains secteurs stratégiques, des importations et qui permettra de créer des emplois qui ont un sens, non délocalisables, avec vraiment une vision en particulier qui se projette sur les jeunes générations.

 

 

Je mets l'accent sur les jeunes générations d'aujourd'hui pour la raison suivante. Il est montré clairement que, dans cette crise sanitaire, les plus jeunes sont touchés de manière, en moyenne, moins violente. Ils peuvent être propagateurs de virus quasiment sans symptômes et nous leur demandons aujourd'hui des efforts disproportionnés. Nous avons la quasi-totalité de la jeunesse mondiale qui ne va plus en classe. Les universités sont fermées, même en Chine, elles continuent à être fermées.

 

 

Cette jeunesse-là, il faut lui permettre de se projeter dans la suite. Il faut donner des conditions qui lui permettent d'accéder à l'emploi avec le moins possible de précarité – elle y est déjà très confrontée. Pour moi, ce qui est essentiel, c'est d'avoir cette solidarité entre générations. Aujourd'hui, nous nous distancions socialement, nous nous confinons pour préserver les plus fragiles, les anciens et les soignants, ce qui est essentiel. Mais par la suite, je pense qu'il y a un effort qui doit être attendu de tous pour agir autrement de sorte à réduire la pression sur les écosystèmes, la biodiversité, lui permettre de récupérer et réduire les émissions de gaz à effet de serre pour que l'évolution du climat ne s'accélère pas pour les jeunes générations d'aujourd'hui. Il faut leur permettre de disposer d'une bonne santé planétaire, condition nécessaire pour avoir une santé humaine correcte.

 

 

 

Vous évoquiez à l'instant les plans de relance pour sortir de la crise. Vous l'avez déjà un peu esquissé, mais je voulais revenir dessus. Selon vous, sur quels secteurs et quels types d'activités faudrait-il mettre ou non l'accent pour que ces plans soient compatibles avec la lutte contre le changement climatique ?

 

Je ne suis pas forcément la personne la plus compétente pour apporter ces éléments : je ne suis pas du tout spécialiste ni de l'économie, ni de plan de relance et de sortie de crise. Mais il me semble que les solutions gagnant-gagnant mériteraient d'être vraiment pensées. Il y a des enjeux de réindustrialisation avec le respect des normes environnementales européennes. Dans le cas de la France, la moitié de l'empreinte carbone d'un Français, de l'ordre de 11 tonnes tout gaz à effet de serre équivalent en dioxyde de carbone par an et par personne, environ la moitié est due à nos importations, en particulier nos importations d'Asie ou d'Europe de l'Est de produits faits à partir du charbon. Je pense qu'il y a un vrai enjeu de réindustrialisation avec notre mix énergétique et son évolution, pour aller vers un mix énergétique toujours très bas carbone [Le mix électrique français comporte 72,3% de nucléaire et à 12% d'hydraulique, des énergies peu émettrices de gaz à effet de serre].

 

 

Après, il y a un enjeu sur tout ce qui porte sur l'efficacité énergétique, en particulier, ce qu'on peine à réaliser, un plan Marshall d'isolation des logements. Ce plan permettrait à terme de faire des économies de chauffage, de donner un peu de flexibilité pour des personnes qui ont des revenus modestes et de créer des emplois pour tout le secteur de l'artisanat, très fortement touché aujourd'hui.

 

 

Je pense aussi à une réflexion de fond sur l'ensemble "alimentation et santé". Nous voyons que le modèle d'alimentation tel qu'il a été construit au cours des dernières décennies n'est pas sain. Nous voyons une augmentation de la prévalence du surpoids et de l'obésité, alors que nous pourrions avoir une politique publique beaucoup plus volontariste pour promouvoir davantage d'exercices physiques et une alimentation saine, avec la transformation des filières agricoles concernées. Une alimentation saine, cela veut dire des céréales complètes, fruits et légumes de saison, de préférence locaux, parce qu'ils ont plus de nutriments. Cela veut dire moins de protéines animales, plus de protéines végétales. Cela veut dire favoriser la production agricole dans les systèmes bas carbone et résilients, qui ont l'empreinte la plus faible sur l'environnement.

 

 

Cela demande de réfléchir sur la politique agricole commune qui sera mise en place et qui joue un rôle déterminant via les subventions apportées et qui peuvent aider à avoir ces modèles agricoles porteurs de solution. Beaucoup d'agriculteurs sont très demandeurs d'avoir cette possibilité d'être aidé pour transformer leurs pratiques et pour apporter ces solutions, dans un contexte où, au cours des prochains mois, dans le monde, nous allons faire face à des risques d'insécurité alimentaire extrêmement importants.

 

 

 

Nous venons de parler de politiques publiques, déterminantes dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais je voulais aussi vous entendre sur ce que nous pouvons faire à l'échelle individuelle pour lutter contre le réchauffement du climat. J'ai lu que vous faisiez le bilan carbone de votre famille. Est-ce que vous pouvez nous expliquer cela et nous donner quelques pistes ?

 

Je calcule mon empreinte carbone depuis que cela existe. Cela doit faire une vingtaine d'années à peu près, je crois que cela a été au départ construit par Jean-Marc Jancovici avec l'Ademe, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie. Depuis, cet outil a été supprimé des ressources mises à disposition par l'Etat français, j'utilise la même version de cet outil disponible par une ONG [le calculateur MicMac, disponible à cette adresse]. C'est un fichier Excel, où nous rentrons les kilowattheures pour notre chauffage correspondant à différentes sources d'énergie, gaz, électricité ou fioul. Nous rentrons également une estimation de notre profil d'alimentation, le nombre de kilomètres que nous faisons avec quel type de véhicules, pour les vacances pour ceux qui partent en avion. Nous donnons également une estimation grossière du reste de la consommation, textile ou autres...

 

 

Cela permet d'estimer quelles sont les émissions de gaz à effet de serre qui relèvent directement de nos choix.

Valérie Masson-Delmotte

à franceinfo

 

 

Une partie relève d'autres choix : les bâtiments publics, ceux qui sont associés à une activité professionnelle... J'ai essayé d'agir à mon échelle, pour réduire l'empreinte environnementale. Cela donne lieu à des discussions parfois vives dans la famille, c'est normal, nous n'avons pas tous les mêmes aspirations, les mêmes choix. Nous avons juste isolé le toit de notre petite maison mitoyenne pour limiter les dépenses énergétiques, nous avons aussi changé les fenêtres, les portes pour faire en sorte de limiter notre consommation d'énergie. Récemment, nous avons changé notre ballon d'eau chaude pour un système thermodynamique très performant. Je regardais l'évolution de la consommation d'électricité, cela n'a pas beaucoup à faire sur nos émissions de GES à cause du mix électrique français, mais sur la consommation d'électricité, c'est intéressant.

 

 

Nous avons changé notre alimentation et puis, pour aller travailler, nous prenons régulièrement un vélo électrique, mon mari et moi. Nous avons 12 km aller et 12 km retour, avec un bon dénivelé de 150 m, sans moteur électrique sur un vélo, ce n'était pas possible. Avec un moteur électrique, c'est un vrai plaisir, une demi-heure régulièrement sans embouteillage. Pour moi, c'est même un moment de détente entre le moment où je vais travailler et le moment où je reviens. C'est une des choses qui me manque le plus en étant confinée chez moi.

 

 

 

Qu'est-ce que vous conseilleriez à quelqu'un qui voudrait commencer à changer son mode de vie pour le rendre plus compatible avec le changement climatique ? Par quoi devrait-il commencer ?

 

Ce qui compte le plus, c'est le chauffage de son logement et puis le transport. Ce sont les deux premiers facteurs. Après, c'est aussi ce que nous mettons dans notre assiette. Pour ne pas être au pifomètre, les outils de bilan carbone [d'autres calculateurs sont disponibles ici et ] ou les outils qui permettent de voir les émissions de gaz à effet de serre cachées derrière les différents types d'alimentation sont vraiment utiles. Et puis, à côté de ça, tout ce qui porte sur la réduction des déchets est aussi pertinent. Essayez d'avoir des façons de consommer qui permettent de réduire tout ce que nous jetons quasiment sans s'en être servi, c'est aussi important.

 

 

 

Nous avons parlé des personnes volontaires pour changer de mode de vie. Mais il y a un principe de réalité : la crise que nous vivons est très difficile pour beaucoup de gens. Cette situation ne facilite pas le changement de comportement. Ne craignez-vous pas qu'il y ait une envie de revenir aux habitudes d'avant ou une impossibilité de modifier son mode de vie avec cette crise qui nous percute de plein fouet ?

 

C'est pour cela qu'à mon sens, il est vraiment important que dans la réflexion sur un plan de relance, il y ait des choses qui s'adressent à l'échelle des citoyens, des particuliers, et qui permettent de favoriser des actions qui soient à multiples bénéfices. C'est pour cela que je parlais de l'isolation des logements, une dépense contrainte importante. Il y a aussi la question de favoriser l'achat de première main ou de deuxième main de véhicules plus légers, moins consommateurs. C'est aussi quelque chose qui est vraiment important.

 

 

Pour moi, en fait, ce qui manque le plus, c'est l'information au consommateur. Beaucoup de gens que je connais sont un peu dans le flou parce que personne ne leur fournit une information claire, transparente, qui leur permet de faire des choix. Beaucoup de gens ont envie d'agir mais ne savent pas nécessairement dans quelle direction commencer, donc un effort de communication simplement, de transparence, sur l'impact environnemental des différents produits serait très utile.

 

 

 

Vous faites partie des scientifiques qui s'expriment sur les réseaux sociaux [Valérie Masson-Delmotte est très active sur Twitter] et vous êtes présente dans le débat public. Selon vous, quel rôle doivent jouer les scientifiques dans l'après-coronavirus ?

 

C'est une question à poser à des scientifiques d'horizons différents. Du point de vue de la partie stratégie d'action par rapport au changement climatique, il est évident que beaucoup de personnes que je connais de ces communautés scientifiques – pas simplement les sciences du climat même, mais aussi toutes les sciences du changement climatique, de l'adaptation et l'action pour réduire les émissions de gaz à effet de serre reposent sur des éléments techniques, socioéconomiques et scientifiques – voudraient mettre à disposition leurs connaissances, leurs compétences, de sorte à ce qu'elles puissent être entendues pour éclairer des plans d'actions pensés dans l'ensemble des dimensions importantes.

 

 

Le cadre d'analyse pertinent est celui des objectifs du développement durable, définis en août 2015 par l'ensemble des pays du monde, comme une aspiration, un plan d'action avec des outils méthodologiques. Il faut simplement utiliser cette trame pour réfléchir à des solutions gagnant-gagnant dans plusieurs dimensions. Pour le court terme et le long terme, il y a des grilles d'analyses très pertinentes. Je sais que les Académies des sciences, de médecine, d'agriculture et de technologie se sont lancées dans une réflexion sur ce qu'il est possible de mettre sur la table comme réflexion collégiale dans ce contexte de sortie de crise.

 

 

Je pense qu'il y a vraiment besoin de décloisonner. Nous avons besoin d'avoir plus de formation sur ce qu'est la démarche scientifique, la situation actuelle nous le montre. Le principe de la relecture critique par les pairs, le principe de la transparence, de la vérification sont fondamentaux pour la démarche scientifique. C'est quelque chose auquel je suis particulièrement attaché. Je pense qu'il y a un besoin par exemple de renforcement de l'éducation sur les questions de santé, de SVT. Cela a été un peu le parent pauvre dans la réforme du lycée. Par exemple, même pour les formations scientifiques, il est aujourd'hui demandé aux lycéens de terminale S de choisir deux parmi les trois spécialités que sont les mathématiques, la physique et la SVT. C'est vraiment dommage. Précédemment, nous avions une culture plus large offerte dans les différents domaines scientifiques.

 

 

Je pense aussi, et beaucoup de mes collègues le font, qu'être disponibles sur les réseaux sociaux, pouvoir répondre aux questions, pouvoir régulièrement apporter notre esprit critique sur la dissémination de fausses informations, est aussi quelque chose d'utile. Tout ce qui permet de tisser des liens plus largement entre la science et la société est vraiment à renforcer. C'est quelque chose qui est gagnant-gagnant aussi. Quand moi je participe à des rencontres et des échanges, les gens me posent souvent des questions tout à fait pertinentes, qui m'amènent à réfléchir à ma propre recherche, à me former. C'est quelque chose qui donne de la profondeur à la recherche quand nous sommes à l'écoute de la société. C'est vrai même quand il s'agit de sujets de recherche complètement fondamentale, pas forcément directement en appui avec la prise de décision.

 

 

 

Vous parliez de la jeunesse tout à l'heure. Vous êtes attachée au militantisme des jeunes pour le climat. Pour vos voeux pour l'année 2020, vous aviez écrit une lettre ouverte "pour une jeune personne de 16 ans". Quel rôle doivent-ils jouer dans cette réflexion sur l'après-crise ?

 

J'aimerais qu'on entende davantage cette jeunesse d'aujourd'hui. Quand on est jeune, les choses qui sont parmi les plus essentielles sont les amitiés, les camarades de classe, de formation, les amis qu'on va avoir. Le confinement est très difficile pour les plus âgés, il y a une solitude terrible, mais il est aussi très difficile pour les plus jeunes, enfants, adolescents. J'aimerais davantage que les médias les donnent à entendre.

 

 

Par rapport à la jeunesse, c'est ce que j'ai en tête quand je supervise les rapports du Giec. Nous faisons le point sur l'état des connaissances, là où nous en sommes aujourd'hui, comment nous en sommes arrivés là, les évolutions possibles à horizon 2030, 2050, 2100.

 

 

 

J'ai toujours en tête le fait que quelqu'un qui a 15 ans aujourd'hui, sa vie entière va se dérouler dans ce contexte de réchauffement climatique.

Valérie Masson-Delmotte

à franceinfo

 

 

 

J'ai toujours en tête cette volonté d'être utile par rapport à la jeunesse d'aujourd'hui. Il y a eu aux cours de ces dernières années un mouvement de jeunesse profond par rapport à la question du changement climatique. J'ai été très frappé en France de voir à quel point beaucoup de jeunes, dans des formations professionnelles ou des écoles d'ingénieurs, ont fait une démarche personnelle, volontaire pour se former sur les éléments scientifiques. J'ai été interrogée sur des questions très techniques, très précises sur ces rapports du Giec que beaucoup de décideurs n'ont pas lu et que pourtant certains étudiants ont pris le temps de lire de manière approfondie.

 

 

Cette jeunesse-là a vraiment envie d'être porteuse de solutions. Il y a une forme d'impatience par rapport à l'inaction passée vis-à-vis des enjeux biodiversité et climat. Il y a une volonté de cohérence, d'être porteur de solutions, de se former et de rapidement pouvoir être en position d'être utile à la société, en innovant. Quand je parle d'innovation, ce n'est pas forcément la technologie, c'est l'innovation sociale, ou une forme d'innovation que j'appelle frugale, bon marché, accessible à tous partout dans le monde, y compris pour ceux qui ont des revenus faibles. Voilà, j'ai toujours en tête, vraiment, la manière dont on prépare les choses pour ces jeunes générations d'aujourd'hui.

 

 

 

En ce moment, dans les milieux environnementaux, il y a des personnes optimistes sur la sortie de cette crise, d'autres très pessimistes. Est-ce que vous êtes optimistes pour l'avenir ?

 

Je ne suis ni optimiste, ni pessimiste. J'essaye d'être lucide et responsable. Je pense que le plus gros du travail reste à faire et que pour cela, il y a besoin d'une mobilisation très large.

 


25/04/2020
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le samedi 11 avril 2020

 

 

Transport, alimentation, logement... Ce qu'il faut retenir des propositions de la convention citoyenne pour le climat

 

avatar

Alice GalopinfranceinfoFrance Télévisions

 

 

 

Les 150 Français sélectionnés ont envoyé jeudi à l'éxécutif cinquante premières propositions pour "un modèle économique et sociétal différent". Elles devront être votées par l'assemblée plénière

 

 

21325687

 

Le président de la République, Emmanuel Macron, à la Convention citoyenne pour le climat à Paris, le 10 janvier 2020. (POOL/STEPHANE LEMOUTON /MAXPPP / MAXPPP)

 

 

 

Ils ont dû rendre leurs travaux dans la précipitation. Les 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat (CCC) devaient finaliser début avril leurs propositions pour lutter contre le changement climatique, avant de les présenter à l'exécutif. Mais la pandémie de coronavirus a bousculé leur agenda et la dernière session a été repoussée sine die. Après une session spéciale à distance, la Convention a transmis au président de la République, jeudi 9 avril, cinquante premières pistes pour "un modèle économique et sociétal différent, plus humain et plus résilient". Ces mesures n'ont pas été rendues publiques mais Le Monde et Alternatives Economiques (articles payants) en publient une partie. La décision de publier une contribution et de transmettre au gouvernement des mesures non finalisées n'a pas fait l'unanimité auprès de ses membres et ces 90 pages devront être votées par l'assemblée plénière. Voici ce qu'il faut en retenir. 

 

 

 

Réduire la place de la voiture

La voiture, qui représente 16% des émissions de gaz à effet de serre sur le territoire français, est au cœur de nombreuses propositions. Les 150 membres de la convention citoyenne se prononcent pour l'interdiction, dès 2025, de la commercialisation des véhicules neufs très polluants (plus de 110 g de CO2/km). Ils plaident également pour le renforcement de la location de longue durée de voitures pour éviter les achats et le renforcement du système existant de bonus-malus. 

 

 

Pour favoriser le recours aux moyens de transports doux ou partagés, les citoyens veulent rendre obligatoire le forfait mobilité durable pour toutes les entreprises de plus de 50 salariés, prévu par la loi d'orientation des mobilités, de décembre 2019. Ce forfait pourrait être augmenté, pour se situer entre 500 et 1 800 euros par an, selon les situations.

 

 

En ville, les propositions visent aussi à limiter l'usage des voitures en interdisant l'accès aux centres-villes des véhicules les plus polluants et en créant des parking-relais dont le ticket permettrait l'accès aux transports en commun. Pour financer des pistes cyclables, ils demandent une augmentation des montants du fonds vélo de 50 à 200 millions d'euros par an. Du côté du ferroviaire, les citoyens souhaitent réduire la TVA sur les billets de train de 10% à 5,5%.

 

 

 

Promouvoir une agriculture durable et les circuits courts

Dans le domaine de l'agroalimentaire, les objectifs sont également ambitieux. Les membres de la Convention veulent avoir converti à l'agroécologie 50% des terres d'ici 2040, réduire de moitié l'usage des engrais azotés en 2030 et éliminer tous les pesticides d'ici 2040.

 

 

Les membres du groupe de travail intitulé "Se nourrir" plaident aussi pour le développement des circuits courts. Une dimension déjà existante dans la loi Egalim, promulguée en octobre 2018, mais insuffisamment mise en œuvre, selon les participants. Ils demandent donc "la création de fermes municipales et de plateformes de regroupement des productions", rapporte Le Monde. Ils se prononcent en faveur d'une valorisation des "produits issus de circuits courts, locaux, durables et à faible coût environnemental""Nous avons besoin de proximité alimentaire. [Avec la crise du coronavirus], ça a sauté aux yeux de la société française de façon dramatique", constate Guy Kulitza, un retraité ayant participé à la convention, contacté par franceinfo.

Enfin, les 150 participants plaident pour une pour renégociation du Ceta, traité de commerce entre l'Union européenne et le Canada, au niveau européen. "Si on parle d'agroécologie, la renégociation de ce traité est inévitable", estime Guy Kulitza.

 

 

 

Endiguer la surconsommation

Le groupe de travail "Consommer" a mis en avant sa volonté d'éduquer les citoyens à une consommation plus saine. "Pour mettre fin à la surconsommation", ils souhaitent interdire dès 2023 la publicité sur les produits les plus émetteurs en gaz à effet de serre, évoquant "une sorte de loi Evin sur le climat". Les panneaux publicitaires seraient interdits dans "les espaces publics extérieurs" et limités à l'information locale et culturelle. Afin de "limiter fortement les incitations quotidiennes et non choisies", ils proposent la création d'une mention dans les publicités du type "En avez-vous vraiment besoin ? La surconsommation nuit à la planète".

 

 

 

Rénover vingt millions de bâtiments

Les citoyens de la Convention souhaitent rendre obligatoire la rénovation énergétique globale des bâtiments d'ici à 2040, et d'ici à 2030 pour les "passoires thermiques", ces logements classés tout en bas de l'échelle de consommation énergétique (F ou G). Une mesure qui s'appliquerait à 20 millions de logements, dont cinq millions de passoires énergétiques, ainsi qu'à des bâtiments tertiaires et publics. Tous devront atteindre une performance énergétique de niveau A, B ou C.

 

 

La rénovation des passoires thermiques a déjà été rendue obligatoire à partir de 2028 par la loi Energie et climat, promulguée en novembre 2019. Mais le texte législatif fixe des objectifs moins ambitieux, visant à atteindre au moins la classe E. 

 

 

Cette rénovation énergétique a été pensée avec un objectif de justice sociale, car ce sont souvent les plus démunis qui habitent dans des passoires thermiques. Guy Kulitza à franceinfo

 

 

Pour financer ces mesures, les citoyens s'appuient sur des mesures incitatives (aides à la rénovation, guichet unique d'accompagnement) mais aussi sur des sanctions. Ainsi, dès 2021, l'augmentation des loyers des passoires thermiques serait interdite en cas de changement de locataire. Et à partir de 2030, les propriétaires qui n'auraient pas rénové seraient soumis à un malus financier, via la taxe foncière notamment. 

 

 

 

Lutter contre l'agrandissement des villes

Dans leur rapport, les citoyens veulent lutter contre l'artificialisation des sols et l'étalement urbain de "manière beaucoup plus efficace", rapporte Le Monde. Le but étant d'agir en faveur de la biodiversité et de réduire les consommations d'énergie liées aux déplacements. Pour cela, entre 2021 et 2030, la Convention citoyenne pour le climat veut limiter le nombre d'hectares artificialisables par commune au quart de ce qui a été artificialisé depuis 2000. Elle se prononce également en faveur d'un arrêt des aménagements de nouvelles zones commerciales périurbaines "très consommatrices d'espaces" et d'une pénalisation de la vacance des logements et des bureaux.

 

 

 

Développer une économie décarbonée

Selon les informations du Monde, la sortie de la crise du coronavirus doit permettre de repenser les modes de production et de travail. Les 150 citoyens sélectionnés défendent ainsi l'accélération de la transition vers une économie décarbonée, un objectif européen et français fixé à 2050. Dans cette optique, les "150" demandent que "d'ici à 2025, tout soutien à l'innovation s'inscrive dans une logique de sortie d'un modèle basé sur le carbone".

 

 

"Il faut sortir de l'innovation pour l'innovation", écrivent les membres de la Convention. Et questionnent ainsi le passage à la 5G, "sans réelle utilité", selon eux. Pour Muriel Raulic, membre du groupe "Produire et travailler", la mise en place de ce nouveau réseau téléphonique constituerait "un carnage""La 5G va entraîner une augmentation du nombre de satellites, générer de la pollution visuelle et pourrir l'atmosphère", estime cette technicienne dans le spectacle.

 

 

Parmi leurs propositions, plusieurs visent à réduire la pollution engendrée par nos modes de production et de fonctionnement. Ils plaident donc en faveur d'une meilleure gestion des déchets, du déploiement de l'écoconception, qui vise à produire en respectant les principes de développement durable, et du développement des filières de réparation et recyclage.

 


12/04/2020
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le vendredi 27 mars 2020

 

 

Coronavirus : le confinement fait baisser la pollution en Europe, selon l'Agence spatiale européenne

 

avatar

franceinfoRadio France

 

 

 

À l'aide du satellite Copernicus Sentinel-5P, l'ESA a observé une baisse de la pollution atmosphérique depuis la mise en place de mesures de quarantaine en Europe

 

 

21230055

 

Les observations de l'ESA montrent une diminution significative des concentrations de dioxyde d'azote depuis le début desmesures de quarantaine en Europe.  (ESA)

 

 

 

Le confinement mis en place pour lutter contre la propagation du Covid-19 fait baisser la pollution en Europe, assure ce vendredi l’Agence spatiale européenne sur son site internet. L’Agence utilise les données du satellite d’observation de l’environnement Sentinel-5 Precursor, qui fait partie du programme Copernicus.

 

 

"Le satellite Copernicus Sentinel-5P a récemment cartographié la pollution atmosphérique à travers l'Europe et la Chine et a révélé une baisse significative des concentrations de dioxyde d'azote - coïncidant avec les strictes mesures de quarantaine", explique l’ESA. Les concentrations chutent partout, même dans les villes de Paris, Rome et Madrid.

 

 

 

ESA France @ESA_fr
 

A lire: De nouvelles données, basées sur les observations du satellite du programme @CopernicusEU et préparées par @KNMI/@esa, montrent de fortes réductions dans les concentrations de dioxyde d’azote au-dessus, notamment, de Paris. http://www.esa.int/Space_in_Member_States/France/Le_confinement_lie_au_coronavirus_entraine_une_chute_de_la_pollution_a_travers_l_Europe 

Vidéo intégrée
317 personnes parlent à ce sujet
 
 

 

Les cartes issues des observations du satellite montrent les concentrations en dioxyde d'azote du 14 au 25 mars 2020, comparées à la moyenne mensuelle des concentrations en 2019.

 

 

Une première estimation de l'impact du coronavirus

"Les concentrations de dioxyde d'azote varient d'un jour à l'autre en raison des changements météorologiques. Il est impossible de tirer des conclusions sur la seule journée de données. En combinant les données pour une période de temps spécifique, 10 jours dans ce cas, la variabilité météorologique s'établit en moyenne et nous commençons à voir l'impact des changements dus à l'activité humaine", précise Henk Eskes, un scientifique spécialiste de l’étude de l’atmosphère à l'institut royal météorologique des Pays-Bas. C’est une des institutions qui étudie les données du satellite Sentinel-5P.

 

 

Les mesures faites par le satellite ne sont qu’une première estimation de la baisse de la pollution en Europe. Les équipes de l’institut royal météorologique des Pays-Bas ont commencé à travailler avec d’autres scientifiques internationaux pour produire une analyse plus détaillée. Ils vont notamment utiliser "des données au sol, des données météorologiques et une modélisation inverse pour interpréter les concentrations observées". L’objectif est aussi "d’estimer l'influence des mesures d'arrêt". Les résultats devraient mettre un peu de temps à arriver selon Henk Eskes.

 

 

 

La météo peut perturber les observations

Les observations se sont surtout concentrées sur la France, l’Espagne et l’Italie. Les Pays-Bas et le Royaume-Uni sont aussi sous surveillance, mais les variations météorologiques sont trop importantes pour tirer des conclusions. D’autres mesures sont en cours pour les pays d’Europe du Nord.

 

 

Le satellite Sentinel-5P a été lancé en 2017 et utilise un instrument d’observation appelé TROPOMI pour Tropospheric Monitoring Instrument, instrument de surveillance de la troposphère. C’est la partie de l’atmosphère entre le sol et la stratosphère qui commence entre 8 et 15 kilomètres d’altitude. 

 


03/04/2020
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le jeudi 5 mars 2020

 

 

L'Europe a enregistré son hiver le plus chaud depuis le début des relevés météorologiques

 

avatar
franceinfoRadio France

 

 

Copernicus, le service de suivi climatique européen, confirme à l'échelle européenne les constatations de Météo France

 

 

21074823

Anomalie de la température de l'air en surface en février 2020 par rapport à la moyenne mensuelle de 1981 à 2010. (COPERNICUS CLIMATE CHANGE SERVICE/ECMW)

 

 

 

L'hiver météorologique (mois de décembre, janvier et février) 2019-2020 a été "le plus chaud" jamais enregistré en Europe, avec une température supérieure de 3,4°C à la moyenne, selon les données du service de suivi climatique européen Copernicus publié mercredi 4 mars au soir.

 

 

 

Le précédent record dépassé de près de 1,5°C

"Les températures de l'hiver 2019-2020 dépassent celles du précédent record en 2015-2016 de près de 1,4°C", affirme Copernicus. Le mois de février 2020 a été le deuxième plus doux en Europe depuis le début des relevés météorologiques, derrière février 1990 : la température a été de +3,9°C par rapport à la moyenne le mois dernier (+4,5°C en février 1990).

 

 

Anomalie de la température de l\'air en surface en décembre 2019 par rapport à la moyenne mensuelle de 1981 à 2010.  

Anomalie de la température de l'air en surface en décembre 2019 par rapport à la moyenne mensuelle de 1981 à 2010.   (COPERNICUS CLIMATE CHANGE SERVICE/ECMW)

 

 

 

Anomalie de la température de l\'air en surface en janvier 2020 par rapport à la moyenne mensuelle de 1981 à 2010.

Anomalie de la température de l'air en surface en janvier 2020 par rapport à la moyenne mensuelle de 1981 à 2010. (COPERNICUS CLIMATE CHANGE SERVICE/ECMW)

 

 

 

Anomalie de la température de l\'air en surface en février 2020 par rapport à la moyenne mensuelle de 1981 à 2010.

Anomalie de la température de l'air en surface en février 2020 par rapport à la moyenne mensuelle de 1981 à 2010. (COPERNICUS CLIMATE CHANGE SERVICE/ECMW)

 

 

 

Vendredi dernier, Météo France avait publié des données préliminaires confirmant cette tendance pour la France métropolitaine, avec une température supérieure de 2,7°C à la moyenne pour l'hiver 2019-2020. Le mois de février 2020 a également été le deuxième mois de février le plus doux dans l'Hexagone, avec "une anomalie de +3,6°C derrière les +4,4°C de février 1990".

 

 

En hiver, la température moyenne (période de référence 1981-2010) est de 5,4°C en France métropolitaine. La saison hivernale qui s'achève a été caractérisée par "une douceur remarquable", écrit Météo France.

 
What do you want to do ?
New mail
 
 
What do you want to do ?
New mail
 
What do you want to do ?
New mail
 
What do you want to do ?
New mail

05/03/2020
0 Poster un commentaire

Franceinfo - le mardi 3 mars 2020

 

 

Tempête Myriam : six départements du Sud-Ouest placés en vigilance orange "vents violents"

 

avatar
franceinfoFrance Télévisions

 

 

 

La vigilance entrera en vigueur à partir de midi, mardi, et devrait durer jusqu'à 20 heures

 

 

21060535

 

Un promeneur fait face au vent lors de la tempête Amélie, le 3 novembre 2019, à Capbreton (Landes). (MAXPPP)

 

 

 

La fin de journée s'annonce agitée dans le Sud-Ouest. Météo France a placé l'Ariège, la Haute-Garonne, le Gers, les Landes, les Pyrénées-Atlantiques et les Hautes-Pyrénées en vigilance orange "vents violents", mardi 3 mars, en raison du passage de la tempête Myriam. La vigilance entrera en vigueur à partir de midi et restera valable jusqu'à au moins 20 heures

 

 

 

 

 

"Entre le début d'après-midi et la soirée, [la tempête] provoquera des vents violents en plaine au nord des Pyrénées et en montagne, écrit Météo France dans son bulletin. Les valeurs attendues sont de l'ordre de 120/130 km/h près des côtes basques et landaises, 100 à 110 km/h très ponctuellement un peu plus en plaine, 120/130 km/h en montagne au niveau des stations de ski, avec 150 km/h ou plus vers les cols et les sommets." Cette tempête pourrait être accompagnée d'orages ponctuels et de neige en altitude.

 

 
What do you want to do ?
New mail
 
What do you want to do ?
New mail
 
What do you want to do ?
New mail
 
What do you want to do ?
New mail

03/03/2020
0 Poster un commentaire