L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

MEDECINE - Santé

Chaque époque apporte son lot d'évolution. Il en est un, tout particulièrement intéressant, qui concerne la médecine. Que d'améliorations au fil de l'histoire ! Voilà où nous en somme aujourd'hui, en plein XXIème siècle...

 


Franceinfo - le mardi 16 juillet 2019

 

 

L’arrivée d’Ebola dans le nord-est de la RDC suscite de très vives inquiétudes

 

 

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Laurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

En République démocratique du Congo, les autorités locales multiplient les mesures de prévention et les appels au calme depuis la découverte d’un cas de fièvre hémorragique Ebola, le 14 juillet à Goma

 

 

 

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Un agent de santé asperge de désinfectant l'un de ses collègues dans un centre de traitement d'Ebola le 9 septembre 2018. (AL-HADJI KUDRA MALIRO/AP/SIPA / AP)

 

 

 

La confirmation d'un premier cas d'Ebola, le 14 juillet à Goma, grande ville du Nord-Kivu (nord-est de la RDC) d'un million d’habitants, constitue "un avertissement" sur les dangers de cette épidémie et "change potentiellement toute la donne". Telle est la mise en garde faite le 15 juillet 2019 par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). 

 

 

En République démocratique du Congo, les autorités locales multiplient les mesures de prévention depuis cette découverte. Le malade, un pasteur évangélique, est le premier cas confirmé de la fièvre hémorragique dans la région depuis le début de l'épidémie le 1er août 2018. Laquelle a fait plus de 1600 morts. Les équipes chargées de répondre à l'épidémie ont identifié 60 contacts du pasteur jusqu'à présent. "Nous en avons retrouvé et vacciné 30 et, avec un peu de chance, nous aurons vacciné les 30 autres dans les 24 heures à venir", a précisé le responsable des situations d’urgence à l’OMS, Mike Ryan.

 

 

Première mesure : le patient a été évacué le 15 juillet au matin vers Butembo. Motif : le centre de traitement d'Ebola (CTE) de Butembo, épicentre de l'épidémie, est mieux préparé que celui de Goma qui n'a encore traité aucun cas jusqu'à présent, a affirmé le gouverneur, Carly Nzanzu Kasivita. "Le cas a été non seulement détecté précocement, mais aussi isolé immédiatement évitant toute contamination additionnelle", a-t-il poursuivi.

 

 

 

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Des acteurs de santé, munis de combinaisons de protection, s'occupent d'une personne atteinte d'Ebola, placée dans un cube d'isolation à Beni (nord-est de la RDC) le 13 juillet 2019. (JEROME DELAY/AP/SIPA / SIPA)

 

 

 

Jusqu’à présent, l'épidémie était cantonnée dans le nord de la province, dans les zones de Beni-Butembo, depuis qu'elle a été officiellement dépistée le 1er août 2018 près de Beni.

 

 

 

Itinéraire

L'itinéraire du patient a de quoi nourrir les inquiétudes plus ou moins rationnelles qui entourent chaque maladie contagieuse et mortelle. Originaire du Sud-Kivu, le pasteur était arrivé début juillet à Butembo, où il a présenté les premiers symptômes dès le 9 juillet. "Durant son séjour à Butembo, le pasteur a prêché dans sept églises", où il touchait de ses mains régulièrement les fidèles, "y compris les malades", précise le ministère de la Santé. Le pasteur, qui serait membre d'une Eglise évangélique dite du "réveil", a ensuite pris la route pour Goma le 12 juillet à bord d'un bus avec 18 autres passagers et le chauffeur.

"Le bus est passé par trois points de contrôle sanitaire. Lors des contrôles, il ne semblait pas présenter des signes de la maladie. Par ailleurs, à chaque point de contrôle, il a écrit des noms et prénoms différents sur les listes de voyageurs, (ce qui indique) probablement sa volonté de cacher son identité et son état de santé", rapporte le ministère de la Santé.

"Dès son arrivée à Goma (le 14 juillet , NDLR), il s'est rendu dans un centre de santé car il ne se sentait pas bien et avait commencé à faire de la fièvre. Aucun autre patient ne se trouvait dans le centre de santé, réduisant le risque d'infections nosocomiales d'autres personnes", affirme-t-on. Selon une autre source, anonyme, citée par l’agence France Presse (AFP), l'homme avait utilisé un taxi-moto pour se rendre au préalable chez un de ses amis.

 

 

 

"L'épidémie n'est toujours pas sous contrôle"

L'inquiétude est palpable à Goma, ville partagée entre ses villas avec vues magnifiques sur le lac Kivu, siège des Nations unies et des ONG, et ses quartiers densément peuplés avec une activité commerciale importante. "Goma est très peuplée, je crains que la propagation ne soit rapide. (Il faut, NDLR) que les autorités fassent tout pour retrouver toutes ces personnes car Goma est un grand carrefour vers plusieurs destinations", s'inquiète un moto-taxi, Jean-Pierre, 30 ans, citée par l’AFP.

 

 

 

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Scènes de rue à Kiwanja (60 km au nord de Goma en RDC) le 16 février 2015 (STEPHANIE AGLIETTI / AFP)

 

 

La cité se trouve en effet à la frontière du Rwanda, avec un port d'où les bateaux partent pour Bukavu et le Sud-Kivu, et un aéroport avec des vols civils ou onusiens à destination de Kinshasa (capitale de la RDC), Entebbe (ancienne capitale de l’Ouganda) et Addis Abeba (capitale de l’Ethiopie). "Nous avons travaillé intensément pour que n'importe quel cas à Goma soit identifié et pour y apporter une réponse immédiate", a commenté le directeur général de l'OMS, Tedros Adahom Ghebreseyus.

 

"Ce cas confirmé d'Ebola à Goma montre que la situation demeure inquiétante et que l'épidémie n'est toujours pas sous contrôle", a commenté Médecins sans Frontière (MSF) qui a cessé ses interventions à Beni-Butembo en raison de l'insécurité. Une insécurité qui a d'ailleurs encore frappé à Beni où deux notables locaux, enrôlés dans des actions de prévention, ont été assassinés dans la nuit du 13 au 14 juillet 2019.

 

 

 

Les résistances des populations

L'intervention des responsables communautaires dans ces actions est destinée à lever les résistances des populations contre la vaccination et l'hospitalisation ainsi que contre des modes d'enterrement qui évitent les contacts avec les fluides contagieux des défunts. "Selon plusieurs sources, les assaillants seraient des personnes du même quartier que les deux victimes. (Ces assaillants enviaient les victimes car elles) avaient trouvé un emploi dans la riposte contre Ebola", a indiqué le ministère de la Santé. Un épidémiologiste de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait été tué le 20 avril à Butembo, où deux centres de traitement d'Ebola (CTE) avaient été attaqués fin février-début mars.

Le monde n'a pas entendu "les avertissements", écrivait le site de l’OMS dès… janvier 2015. Avant d’ajouter : "Une évaluation officielle de la riposte à la pandémie de grippe H1N1 en 2009 avait abouti à la conclusion que le monde l’avait échappé belle à cette occasion, car le virus avait été peu agressif, mais qu'il était mal préparé à faire face à des urgences graves et durables à l'avenir, comme en témoigne cette épidémie d'Ebola"… Laquelle est la deuxième la plus importante de l'histoire après celle qui a tué près de 11 000 personnes en Afrique de l'Ouest (Guinée, Liberia, Sierra Leone) en 2013-2014.

 


17/07/2019
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Franceinfo - le mardi 9 juillet 2019 - mis à jour le 10.07.19

 

 

On vous explique pourquoi le gouvernement a donné son feu vert pour le déremboursement total de l'homéopathie en 2021

 

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France 2France Télévisions

 

 

Emmanuel Macron a finalement décidé de suivre l'avis rendu par la Haute autorité de santé, mardi 9 juillet. La fin du remboursement de l'homéopathie pourrait se faire en deux temps, en deux ans

 

 

 

Le camp du déremboursement de l'homéopathie l'a finalement emporté. Le taux de remboursement aujourd'hui à 30% devrait passer en janvier prochain à 15% puis à 0% en 2021. C'est l'épilogue d'un bras de fer. Fin juin, la Haute autorité de santé prône le déremboursement, faute d'efficacité scientifique prouvée. Les défenseurs de l'homéopathie demandent eux le maintien du remboursement.

 

 

 

Une décision "incompréhensible" pour Boiron

L'homéopathie a coûté l'an dernier presque 127 millions d'euros à l'Assurance maladie sur un total d'environ 20 milliards d'euros de médicaments. Mais pour Olivier Véran, député LREM de l'Isère, l'objectif n'est pas de faire faire des économies à la Sécurité sociale. "Cet argent va servir à rembourser des médicaments efficaces, qui peuvent coûter parfois très cher, pour guérir des cancers, soigner des infections, donner de l'argent à l'hôpital qui en a besoin...", détaille l'élu au micro de France 2. Mardi 9 juillet, les laboratoires Boiron dénoncent une décision "incompréhensible et incohérente" et demandent à être reçus en urgence par Emmanuel Macron.

 

 


11/07/2019
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Franceinfo - le jeudi 11 juillet 2019

 

 

Vincent Lambert est mort à Reims : les cinq dates à retenir de cette affaire hors du commun

 

Par Florence Morel

 

 

Vincent Lambert est décédé ce 11 juillet 2019, au CHU Sébastopol de Reims à 8 h 24. Neuf jours après un nouvel arrêt des traitements débuté le mardi 2 juillet.

 

 

 

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 Vincent Lambert était hospitalisé depuis 2008 au CHU Sébastopol de Reims. / © Christophe Damiens D'Hebecourt - France 3 Champagne-Ardenne

 

 

 

Hospitalisé à Reims depuis qu'un accident de la route l'avait plongé dans un état végétatif en septembre 2008, Vincent Lambert est décédé ce 11 juillet 2019, à 8h24 à l'âge de 42 ans, a confié son neveu François. Quelques jours plus tôt, le mardi 2 juillet, le médecin du CHU Vincent Sanchez annonçait à la famille de cet ancien infirmier psychiatrique un nouvel arrêt des traitements, à la suite d'un jugement de la Cour de cassation.

Au delà de la mort d'un homme, marié et père d'une fille âgée de dix ans, c'est l'épilogue d'une polémique et d'une bataille judiciaire de plusieurs années. Malgré les procédures qui se sont enchaînées les dix dernières années, voici les cinq dates qu'il faut retenir pour comprendre cette affaire hors du commun.

 


 

1 - Septembre 2008, l'accident

L'infirmier en psychiatrie, alors âgé de 31 ans, est victime d'un accident de voiture près de Châlons-en-Champagne (Marne). Vincent Lambert s'était installé quelques temps auparavant avec Rachel Lambert, son épouse, dans le village de Vadenay au Sud Est de Reims. Ils venaient d'avoir une petite fille.

Pendant trois ans, le Marnais d'adoption reste dans un état de conscience minimale. En juin 2011, il est reçu par le Coma Science Group, en Belgique, où son cas est étudié par les plus grands spécialistes. Ils concluent que Vincent se trouve dans un état de conscience minimale, sans espoir d'amélioration.

 

 

"Ce qui m'interpelle, c'est qu'à un moment donné, on puisse attaquer sans fin une décision de justice. On est sur une décision qui est hors norme". Eric Kariger, ancien médecin de Vincent Lambert, en février 2018.

 

 

2 - En 2013, premier arrêt des traitements

Après plus de quatre années passées dans un état végétatif, le docteur Eric Kariger décide pour la première fois d'interrompre les traitements qui maintiennent en vie Vincent Lambert. Une décision qui fait suite à une longue série d'examens, menés par les plus grands experts européens, dont le diagnostic est sans appel. Vincent restera dans un état de conscience minimale sans espoir d'amélioration.



"On avait mis tous les moyens pour consolider cette décision. C'est le seul patient de l'unité pour cérébrolésé qu'on a envoyé au centre européen chez le professeur Lorenz", déclarait Eric Kariger à France 3 Champagne-Ardenne en février 2018, cinq ans après les faits. Seulement, le 11 mai 2013, le juge des référés du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne enjoint le docteur et son équipe à reprendre l'alimentation du patient (stoppée pendant 31 jours), au motif que ses parents n'ont pas été suffisament informés. 



Les pressions se font de plus en plus lourdes sur les épaules du médecin, qui décide finalement de se retirer du dossier fin 2014. "À un moment, il faut se protéger et savoir se retirer. Je suis allé jusqu'à défendre l'honneur d'une équipe. Mais le jour où le Conseil d'Etat est venu confirmer que la décision était conforme, on avait atteint l'objectif", racontait-il, encore ému. Malgré la décision de la plus haute juridiction administrative, les parents de Vincent Lambert n'en restent pas là.

 

 

 

3 - 2015, la Cour européenne des droits de l'homme se prononce en faveur de l'arrêt des traitements


Le 5 juin 2015, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), saisie par les parents favorables au maintien en vie de leur fils, juge que l'arrêt des traitements ne violerait pas "le droit à la vie" de Vincent Lambert. L'arrêt de la CEDH tombe un an après que le Conseil d'Etat s'est lui aussi prononcé en faveur de l'arrêt des traitements.

Le CHU de Reims saisit le parquet pour définir un tuteur légal pour Vincent Lambert. Un an plus tard, c'est sa femme Rachel, favorable à l'arrêt des traitements, qui est choisie par le juge des tutelles.

 

 

 

4 - Le 9 avril 2018, le CHU de Reims se prononce pour un arrêt des traitements

Après une quatrième décision collégiale, le CHU de Reims s'est prononcé en faveur d'un arrêt des traitements. Le docteur Sanchez, arrivé à Reims en 2017, conclut alors à une "obstination déraisonnable" envers le patient tétraplégique. Décrit comme "discret" par ses pairs et "très déterminé" selon François Lambert, (neveu de Vincent), le docteur Sanchez a cessé l'alimentation et l'hydratation artificielles de Vincent Lambert le 20 mai 2019, avant que la cour d'appel de Paris demande au CHU de reprendre les traitements le même jour.

 

 

 

5 - Le 28 juin 2019, la Cour de cassation casse la décision de la cour d'appel de Paris

Un peu plus d'un mois après l'arrêt de la cour d'appel de Paris ordonnant la reprise des traitements de Vincent Lambert, c'est au tour de la Cour de cassation de se prononcer sur l'affaire. Les juges de la juridiction suprême n'ont que quelques jours pour rendre leur décision, le président prenant sa retraite le 30 juin.



Ils décident finalement de casser l'arrêt de la cour d'appel. Le CHU de Reims s'est alors retrouvé dans la même situation que le 19 mai dernier, pouvant relancer une procédure d'arrêt des traitements à tout moment ; ce qu'il a fait le mardi 2 juillet. Dans un dernier espoir, les parents de Vincent Lambert, toujours opposés à l'arrêt des traitements de leur fils, tentent de lancer une ultime procédure judiciaire, avant de se résigner. Après neuf jours sans hydratation, ni alimentation, Vincent Lambert est finalement décédé ce jeudi 11 juillet, après onze ans de conflits judiciaires et familiaux.

 


11/07/2019
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Franceinfo - le mardi 2 juillet 2019

 

 

Grève aux urgences : portrait d'une infirmière à bout

 

 

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Solenne Le HenfranceinfoRadio France

 

 

 

Carmen Blasco, infirmière depuis 35 ans, a vu ses conditions de travail se dégrader d'année en année

 

 

 

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Une femme avec l'inscription "urgences en colère" sur le dos, le 20 juin 2019, pendant un rassemblement à Nantes (photo d'illustration). (JÉRÉMIE LUSSEAU / HANS LUCAS)

 

 

 

"On n'est pas des robots-soignants !" Voilà le mot d'ordre des personnels hospitaliers, et notamment des urgentistes, qui prévoient une nouvelle journée nationale d'actions et de manifestations mardi 2 juillet. Depuis la mi-mars, les urgentistes de toute la France sont en grève.

 

 

Malgré les 70 millions d'euros annoncés par la ministre de la Santé pour calmer leur colère, les personnels hospitaliers continuent de réclamer des embauches et des hausses de salaire. Pour beaucoup d'entre eux, la qualité des soins s'est considérablement dégradée ces 15 dernières années.

 

 

 

Un hôpital transformé en usine

Carmen Blasco est infirmière depuis 35 ans, et il ne lui reste plus qu'une poignée d'années avant de prendre sa retraite. Elle a vu son métier évoluer d'année en année, et aujourd'hui, elle s'inquiète pour tout ceux qui débutent: "Je plains énormément les jeunes diplômés qui arrivent sur le marché du travail. J'ai beaucoup travaillé, mais je me suis, aussi, beaucoup épanouie dans mon travail. J'ai eu des relations passionnantes avec des patients. Aujourd'hui, on ne laisse plus cette possibilité aux jeunes diplômés. On leur laisse juste l'occasion d'être dans une usine de soins."

 

 

 

10 minutes maximum par patient

Pour Carmen Blasco , la dégradation des urgences a commencé il y a une dizaine d'années, avec ce que les pouvoirs publics ont appelé le "virage ambulatoire". Présenté comme un progrès, il permet aujourd'hui aux patients d'être opérés et de ressortir de l'hôpital le jour même. Cela économise donc des équipes de nuit, mais en contrepartie, le jour, le travail des infirmières est devenu plus dense... Et les cadences, impossibles.

 

 

"En ambulatoire, dernièrement, ils recoivent 70 patients par jour. Et on leur dit qu'ils ne sont pas assez rapides, parce qu'il faut compter, maximum, dix minutes par patient. C'est ce qu'on nous dit !", se désole Carmen. "Sauf que dix minutes par patient, c'est méconnaître complètement la pathologie. Ce sont des personnes âgées. Imaginez un peu, déshabiller une personne de 80 ans en dix minutes, tout en prenant ses constantes, tout en le rassurant, tout en le préparant...".

 

 

Si vous réussissez à faire les 70 personnes en dix minutes chacune, moi j'appelle ça un exploit. Carmen Blasco

 

 

Carmen gagne aujourd'hui 2 500€ nets par mois, après 35 ans d'activité. Et malgré tout, elle aime encore son métier. "Ce qu'il y a de terrible, c'est qu'il s'agit d'un métier passionnant, sourit l'infirmière. Parce que quand le vernis social tombe, que les gens sont dans la souffrance, qu'ils ont besoin d'aide, la relation entre eux et vous est tout simplement extraordinaire."

 

 

Si on nous laisse travailler dans de bonnes conditions, c'est un métier absolument fascinant. Carmen Blasco

 

 

Et pour toutes ces raisons, Carmen Blasco est partagée : elle avoue qu'elle redoute la retraite, qui arrive bientôt... Mais elle reconnait aussi l'attendre, au fond d'elle, avec impatience.

 


02/07/2019
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Franceinfo - le mardi 2 juillet 2019

 

 

"Le vécu, ça vaut tous les rapports" : un député raconte sa nuit incognito aux urgences de Douai

 

 

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Le député communiste du Nord Alain Bruneel a voulu se rendre compte par lui-même de la situation aux urgences, alors qu'une nouvelle manifestation est organisée mardi et que la grève dure toujours dans de nombreux hôpitaux

 

 

 

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Le service des urgences du centre hospitalier de Douai (Nord), le 16 janvier 2014 (illustration). (THIERRY THOREL / MAXPPP / MAXPPP)

 

 

 

"On a l'impression qu'on ne va pas arriver jusqu'au médecin. En deux heures de temps, mon brancard a fait dix mètres", témoigne mardi 2 juillet le député communiste du Nord Alain Bruneel. L'élu s'est rendu vendredi 28 juin incognito dans le service des urgences à l'hôpital de Douai, pour constater le malaise aux urgences par lui-même. La grève dans ce secteur, qui dure depuis quatre mois, s'étend désormais à 150 services. Une manifestation est organisée mardi à Paris par l'intersyndicale et le collectif Inter Urgences. Alain Bruneel invite Agnès Buzyn, ministre de la Santé, à faire comme lui, "sans caméra, sans collaborateur, dans un service d'urgence, incognitoça vaut tous rapports que l'on peut écrire".

 

 

 

franceinfo : Vous avez décidé de faire une expérience et de passer une nuit aux urgences, incognito. Pourquoi cette démarche ?

 

 

Alain Bruneel : Je suis sensible à toutes les questions de la santé. Avec mes collègues communistes, on a commencé en janvier 2018 à faire le tour de France des hôpitaux, d'abord pour écouter ce qui se passe, mais aussi pour écrire une loi. Dans le secteur où je suis, je suis déjà passé dans les hôpitaux, mais à l'époque, le chef de l'établissement avait connaissance de ma venue, donc tout était installé, le tapis rouge était déroulé. Le personnel m'a dit : écoutez, M. le député, ce serait bien que vous veniez sans que personne ne soit au courant. Chose faite, j'y suis allé vendredi et j'ai constaté une situation dramatique, un personnel qui est en mouvement tout le temps.

 

 

 

Vous vous êtes présenté comme un patient lambda ?

 

 

Je me présente comme un patient lambda. Je passe à l'administration, on me demande pourquoi je suis là. Je dis que j'ai des maux de ventre. C'était le prétexte. Les portes des urgences s'ouvrent, je suis pris en charge par une infirmière qui est chargée de réguler, d'orienter selon l'état des patients, selon l'urgence vitale. Je me rends compte qu'il y a déjà des brancards qui sont installés dans cette salle et l'infirmière les oriente dans tel ou tel service. On prend ma tension, ma température. Puis, de 21h30, j'arrive à 22h56 dans la zone "semi-lourds" : ce sont des patients qui ont des symptômes mais qui ne sont pas jugés graves. Quand je suis arrivé, il y avait huit brancards de chaque côté et en file indienne pour voir le médecin et aller dans les box. Je me retrouve là et quelques heures, après on est 14 brancards. On a l'impression qu'on ne va pas arriver jusqu'au médecin. En deux heures de temps, mon brancard a fait dix mètres. Le personnel n'a pas le temps de discuter. Il est toujours en mouvement, toujours actif. Dans la zone où je suis, il n'y a qu'une infirmière, y compris dans la zone qu'on appelle le "transit', c'est-à-dire ceux qui ont déjà fait des examens, qui sont passés par le médecin. J'attends six heures et une infirmière que je connais m'a dit : "T'as eu de la chance".

 

 

 

Qu'est-ce que votre témoignage, en tant que député, va changer ?

 

 

C'est déjà important, il y a plus de 150 services qui sont en mouvement de grève. Il y a une manifestation à Paris et je serai avec eux pour les accompagner, pour en être l'écho à l'Assemblée nationale, en interpellant la ministre de la Santé [Agnès Buzyn] qui nous dit qu'elle n'est pas inquiète et que tout va bien. Je l'invite à faire comme moi, sans caméras, sans collaborateur, aller dans un service d'urgence, incognito. Le vécu, ça vaut tous les rapports qu'on peut écrire. En l'an 2000, il y avait cinq millions de passages aux urgences, aujourd'hui, on en est à 21 millions de passages et on a supprimé 100 000 lits en 20 ans, c'est ça le drame. On a toujours plus de patients qui passent aux urgences, mais on a toujours moins de personnels, toujours moins de lits pour les accueillir. Ce n'est pas normal, il faut qu'on prenne les moyens aujourd'hui et les 70 millions d'euros de Mme Buzyn, c'est vraiment une goutte d'eau.

 


02/07/2019
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Franceinfo - le jeudi 30 mai 2019

 

 

Cinq mois après sa naissance, le plus petit bébé du monde est sorti de l'hôpital : "Derrière l'exploit technique, il y a quand même des êtres humains"

 

 

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Jacques Sizun, pédiatre néonatalogiste, salue le travail des équipes médicales de l'hôpital californien, aux-États-Unis, où est né en décembre dernier ce grand prématuré, qui ne pesait alors que 245 grammes

 

 

 

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Aux États-Unis, un bébé est né en décembre après seulement 23 semaines de grossesse et pesait 245 grammes à la naissance. Jeudi 30 mai, il a pu sortir de l'hôpital. Photo d'illustration. (TINA STALLARD / HULTON ARCHIVE)

 

 

 

Le plus petit bébé du monde est né en décembre dernier en Californie à seulement 23 semaines et trois jours de grossesse. La fillette ne pesait pas plus qu'une grosse pomme, à peine 245 grammes. Après cinq mois de soins intensifs, la petite fille, surnomée Saybie par le personnel de santé a atteint 2,3 kg et a pu sortir de l'hôpital jeudi 30 mai, en bonne santé. "Mais derrière l'exploit technique, il y a quand même des êtres humains", a souligné sur franceinfo Jacques Sizun, pédiatre néonatalogiste, chef du service de néonatalogie et réanimation pédiatrique du CHU de Brest. 

 

 

 

franceinfo : la survie de ce bébé, est-ce un miracle, ou une prouesse médicale ?

 

 

Jacques Sizun : Ce n'est pas un miracle puisque, derrière cette survie, il y a beaucoup de technologie et beaucoup de pratique médicale avec des équipes forcément excellentes. Mais derrière l'exploit technique, il y a quand même des êtres humains, il y a ce bébé, des parents, une fratrie. Il est impossible de réduire le débat aux seuls aspects techniques. Il est absolument nécessaire d'avoir une réflexion éthique.

 

 

Un bébé aussi jeune en âge gestationnel ressemble plus à un fœtus qu'à un nouveau-né à terme de trois kilos. C'est un bébé qui a des organes insuffisamment préparés et donc chaque organe va défaillir sauf si on apporte un soutien pour la respiration, pour le cœur, pour la digestion. C'est de la médecine de haute précision pour laquelle on a besoin de technique et de matériel adaptés à ce tout petit poids, mais on a surtout besoin d'équipes médicales et d'infirmières qui soient très rodées à la prise en charge de ces enfants.

 

 

 

Avez-vous déjà eu des doutes sur l'opportunité de faire naître un tel bébé ?

 

 

Le doute est permanent dans le travail de néonatalogie, c'est-à-dire que devant chaque situation individuelle, il est absolument nécessaire d'avoir une discussion loyale et fréquente avec les parents pour que l'on ait une vision commune de ce que l'on va proposer à ce bébé particulier.

 

 

Il est très difficile de faire des généralités. C'est un travail un peu difficile puisqu'on veut d'un côté rassurer les parents en leur donnant des garanties sur ce que l'on va mettre en œuvre, sans être capable de préciser l'avenir de ce bébé. On est toujours dans une incertitude très difficile pour les parents qui rend nécessaire cette discussion permanente, quotidienne, pour mesurer les progrès du bébé mais aussi les dangers qui le guettent.

 

 

 

C'est quoi l'avenir d'un bébé prématuré ? Va-t-il souffrir toute sa vie ?

 

 

On ne peut pas parler de souffrance. Ce que l'on sait c'est que l'on a amélioré la survie des bébés prématurés, on a diminué les séquelles lourdes mais on se retrouve avec beaucoup d'enfants qui peuvent avoir des difficultés dans leur développement, en particulier au moment de l'intégration scolaire. On a beaucoup diminué les séquelles lourdes comme la paralysie cérébrale mais par contre, on a de plus en plus d'enfants qui atteignent l'âge scolaire, qui rentrent en CP et où on s'aperçoit à ce moment-là que des difficultés visuelles, auditives, de concentration, d'agitation, rendent difficiles leur intégration scolaire et donc forcément leur intégration dans la société. Il y a une disparité sociale importante. Il y a plus de prématurités dans les couches défavorisées de la population. Le développement des enfants y est moins bon.

 

 

 

Comment accompagne-t-on un enfant prématuré ?

 

 

Dans les facteurs de risques, il y a essentiellement le niveau socio-économique. Travailler sur la prématurité, sur la naissance c'est avoir une vision sociale, égalitaire de la population. Il est absolument indispensable d'aider les parents, pas simplement pendant la durée de l'hospitalisation mais après. On sait que ce suivi des enfants prématurés est très variable d'une région à l'autre. Il existe des programmes qui ont fait leurs preuves en efficacité, qui montrent un meilleur développement des bébés quand ils sont pris en charge après leur sortie du service. Le problème c'est que nous n'avons pas les moyens de diffuser ces programmes sur tous les territoires. Et c'est pour ça qu'un "plan prématurités" serait intéressant en France. Le concept de chambre familiale se développe en unité de néonatologie. La vision qu'on a de la prématurité, c'est le bébé dans un incubateur. La vision future c'est les parents dans la chambre et le bébé en peau à peau. On sait que scientifiquement, ça améliore la durée du séjour et le développement.

 

 

L'intérêt sur l'environnement précoce du bébé prématuré, c'est-à-dire l'impact que peut avoir la présence de ses parents au quotidien à son chevet, est un sujet sur lequel on s'est penchés depuis assez peu et l'architecture de nos hôpitaux ne permettent pas tout le temps d'accueillir les parents dans de bonnes conditions pendant des semaines et des semaines. Il faut vraiment envisager que ce traumatisme de la naissance pour les parents peut entraîner un stress post traumatique à distance, un an après la naissance, et l'une des façons de travailler sur ce stress c'est que les parents soient acteurs dès le départ et non pas spectateurs de quelque chose qui leur échappe.

 

 

 

Avec ce bébé californien, on a atteint le seuil minimal de prématurité ?

 

 

Il est probable que la limite de 22-23 semaines de gestation est une limite qu'on ne peut pas franchir avec les technologies que nous avons actuellement, puisque les poumons du bébé prématuré, du fœtus, ne sont pas développés suffisamment pour que le bébé puisse respirer même avec l'aide d'une machine. Il faudrait envisager d'autres stratégies mais qui sont pour l'instant de la science-fiction. Il faut bien concevoir que l'exploit médical que l'on va faire pour quelques cas très particuliers et qui sont assez rares, ne peut se concevoir que dans un système de santé qui est performant pour l'ensemble des nouveau-nés.

 

 

Le problème, c'est que nous savons qu'en France, nos indicateurs pour l'ensemble des nouveau-nés ne sont pas bons puisque, par exemple pour la mortalité néo-natale, la France est en 23e position sur 28 pays. Et ce qui est inquiétant c'est que cette mortalité est diminuée dans tous les autres pays européens mais pas en France. Si nous avons des progrès à faire, il faut surtout investir dans l'organisation de la prise en charge de l'ensemble des nouveau-nés et pour ça, on peut s'inspirer des pays scandinaves qui ont les meilleurs résultats pour l'ensemble des nouveau-nés et, ce n'est pas un hasard, de meilleurs résultats pour la prématurité.

 

 


30/05/2019
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Franceinfo - le mardi 28 mai 2019

 

 

Candida auris, le "champignon tueur des hôpitaux", mérite-t-il vraiment son terrifiant surnom ?

 

 

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Louis BoyFrance Télévisions

 

 

 

Il se distingue par sa résistance aux traitements les plus répandus et affole la presse internationale depuis quelques semaines. Les spécialistes appellent à la vigilance, mais rappellent qu'en France, seules trois personnes ont été touchées par ce champignon

 

 

 

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Une des particularités de Candida auris est sa résistance dans l'environnement, notamment face aux produits d'entretien utilisés par les hôpitaux. Un facteur qui favorise les épidémies si des précautions ne sont pas prises. (AWA SANE / FRANCEINFO)

 

 

 

Surgie de nulle part, la crainte a contaminé une partie de la presse française : depuis début avril, les articles se multiplient au sujet de Candida auris, décrit comme un "champignon tueur" sévissant dans les hôpitaux du monde entier. On y apprend qu'il "menace la santé publique", que "les hôpitaux refusent d'en parler", et qu'il va "forcément arriver en France". Peut-être avez vous lu ces titres, et frissonné.

 

 

Ce champignon, qui se transmet pour l'instant essentiellement dans les hôpitaux, a des caractéristiques inquiétantes : il résiste à certains des traitements les plus utilisés, est très difficile à déloger quand il se répand dans un établissement, et touche aujourd'hui une trentaine de pays et des milliers de patients, dont un certain nombre sont morts. Mais, loin de l'image d'une menace sortie de nulle part, il s'agit d'une espèce connue depuis dix ans par les spécialistes, qui se disent vigilants mais pas alarmés. On vous explique pourquoi, en répondant aux questions que vous vous posez sûrement sur ce phénomène.

 

 

 

Candida auris, qu'est-ce que c'est exactement ?

Pour une fois, l'objet de cette crainte sanitaire n'est ni un virus, ni une bactérie, mais un champignon, plus exactement une levure. Il appartient à une famille, les Candida, qui compte des dizaines d'espèces différentes, dont certaines sont connues pour provoquer des infections dangereuses et parfois mortelles, les candidémies. 

 

 

Candida auris n'a fait son entrée dans cette famille qu'en 2009, année où il a été décrit pour la première fois par des médecins qui l'ont découvert dans l'oreille d'un patient au Japon. D'où le mot "auris", oreille en latin. Ce qui ne veut pas dire qu'il est apparu il y a dix ans : il était simplement, jusque-là, confondu avec d'autres espèces de Candida. 

 

 

Il existe plusieurs souches différentes de Candida auris, dont les caractéristiques varient : le CDC – l'agence américaine de surveillance des maladies – en a identifié quatre distinctes, à partir de prélèvements dans des pays éloignés les uns des autres. Elle recense aujourd'hui 32 pays dans lesquels un ou plusieurs cas ont déjà été découverts, et a décompté plus de 1 700 patients porteurs du champignon ou infectés rien qu'aux Etats-Unis. Une épidémie a touché des dizaines de patients hospitalisés à Londres, une autre plusieurs centaines à Valence (Espagne).

 

 

 

Est-ce que je risque de l'attraper ?

Tout d'abord, jusqu'ici, personne n'a attrapé Candida auris en France. Les seuls patients connus ont tous pour point commun d'avoir été hospitalisés à l'étranger, notamment en Inde, et d'être rentrés en France avec ce champignon.

 

 

Par ailleurs, Candida auris "concerne vraiment des patients très fragilisés, pas le grand public", rassure Anne Berger-Carbonne, responsable de l'unité Infections associées aux soins et Résistance aux antibiotiques de Santé publique France. Ainsi, à La Réunion un patient porteur du champignon, tenu isolé des autres malades à l'hôpital, a pourtant été autorisé à rentrer chez lui. 

 

 

"Ce n'était pas un problème, car il n'était pas en contact avec des gens malades", assure Nathalie Lugagne-Delpon, responsable du service de gestion du risque infectieux au CHU de Saint-Denis de La Réunion. Si on est en bonne santé, croiser une personne porteuse de Candida auris n'est "pas pire que de mettre la main sur la barre du chariot au supermarché", assure-t-elle. Elle pense que ce patient lui-même n'aurait pas été "colonisé" par le champignon "s'il n'avait pas été matraqué d'antifongiques et d'antibiotiques en Inde", ce qui a réduit ses défenses immunitaires.

 

 

Une personne porteuse de Candida auris ne risque rien pour sa santé tant que le champignon n'est pas entré dans son sang, seule façon de développer une infection. Il le fait souvent par l'intermédiaire des cathéters, des plaies et de "toutes les ouvertures de la peau en général", explique Stéphane Bretagne, directeur adjoint du Centre national de référence des mycoses invasives et antifongiques à l'institut Pasteur. Ce qui explique qu'il prospère surtout en milieu hospitalier, particulièrement dans des services de réanimation.

 

 

 

Peut-il être mortel ?

Une fois dans le sang, Candida auris provoque des infections dont les symptômes sont similaires à ceux d'autres infections par des champignons de la famille des Candida : fièvre, douleurs, brûlures,... Elles peuvent être mortelles. Le CDC américain, qui insiste sur le fait que les estimations se basent sur un échantillon de malades limité, évoque une fourchette entre 30 et 60% de mortalité pour les patients infectés. Un taux important, mais pas si éloigné de la mortalité provoquée par ses cousins de la famille des Candida. "Cela varie selon les espèces mais, grossièrement, si vous êtes en réanimation et que vous avez une candidémie, vous avez une chance sur deux de mourir dans les 30 jours", acquiesce Stéphane Bretagne, de l'institut Pasteur.

 

 

Mais le danger doit être nuancé par le fait que ce champignon touche "des patients en réanimation, ou très immunodéprimés", dont la santé est fragile et "qui ont déjà une mortalité importante" quand ils subissent une infection plus simple à traiter, poursuit Jean-Christophe Lucet, directeur du service Bactériologie, hygiène, virologie, parasitologie de l'hôpital Bichat, à Paris. C'est d'ailleurs un obstacle pour établir la mortalité réelle liée à Candida auris : on ne sait pas toujours déterminer ce qui a provoqué la mort d'un patient touché par plusieurs problèmes de santé graves simultanément.

 

 

 

Pourquoi en parle-t-on beaucoup ces dernières semaines ?

Découvert en 2009, Candida auris n'a pas alarmé la communauté médicale. "Le premier article scientifique qui a marqué les esprits, c'était en 2016", se souvient Jean-Christophe Lucet : alors que ce champignon était vu comme cantonné aux pays en développement, les scientifiques décrivent une épidémie qui a touché 50 patients dans un hôpital de Londres. L'ECDC, une agence de l'Union européenne destinée à prévention des épidémies, envoie une première alerte au sujet de Candida auris cette même année, et une seconde en 2018. 

 

 

Les spécialistes n'ont donc pas découvert Candida auris et ses dangers ces dernières semaines. Mais la presse française avait très peu évoqué le sujet avant le début du mois d'avril 2019. "On a vu passer plusieurs articles sans qu'on sache vraiment pourquoi, comme c'est déjà arrivé sur d'autres nouvelles médicales", observe Jean-Christophe Lucet, perplexe. 

 

 

L'événement qui semble avoir déclenché cette vague d'intérêt n'est pas une nouvelle épidémie ni une découverte scientifique, mais la publication par le New York Times (article en anglais), le 6 avril, d'un article fouillé et inquiétant sur le sujet. De quoi intéresser les médias français, quand bien même le nombre de cas connus est bien moins important qu'aux Etats-Unis.

 

 

 

Y a-t-il déjà eu des cas en France ?

Dans l'Hexagone et en outre-mer, les hôpitaux ont pour consigne de faire remonter les cas à Santé publique France. Sa responsable, Anne Berger-Carbonne, recense trois patients touchés par Candida auris en France depuis 2015 : un à Tours (Indre-et-Loire) et les deux autres sur l'île de La Réunion. Un seul de ces trois cas a donné lieu à une infection, contractée avant l'arrivée du malade dans un hôpital français, et "à ma connaissance, ce patient n'est pas décédé", affirme Anne Berger-Carbonne. Les deux autres n'étaient que porteurs du champignon. On ne connaît pas non plus de cas de transmission sur le territoire français : ces trois personnes l'auraient attrapé à l'étranger. "Je ne pense vraiment pas qu'un autre cas, et encore moins une épidémie, ait pu passer à la trappe", estime Anne Berger-Carbonne.

 

 

Joint par franceinfo, Guillaume Desoubeaux, mycologue au CHU de Tours, explique que Candida auris a été découvert dans cet hôpital à l'été 2017, sur "un patient libanais, qui avait séjourné en Inde et en Iran pour du tourisme médical". Hospitalisé dans au moins un de ces pays pour une transplantation du foie, il était finalement rentré en France pour l'opération, et c'est à sa sortie du bloc opératoire qu'un champignon inhabituel avait été découvert. Mais il n'a jamais été infecté par le champignon, restant uniquement porteur. Il a finalement succombé à sa maladie, un mois et demi plus tard.

 

 

Un autre cas est survenu en janvier 2019 à Saint-Denis de La Réunion. Le patient, une personne âgée originaire de l'île, avait été hospitalisé dans une grande métropole indienne après une chute, avant d'être rapatrié en France, explique Nathalie Lugagne-Delpon, la responsable de la gestion du risque infectieux de ce CHU. "On pense qu'il a dû être 'sondé' en Inde, et que c'est comme ça que Candida auris a colonisé sa vessie", explique-t-elle. Mais là encore, le patient n'a présenté aucun des signes cliniques d'une infection, et il a pu sortir rapidement de l'hôpital.

 

 

Nathalie Lugagne-Delpon explique qu'un autre cas avait été identifié au CHU de La Réunion "il y a deux ou trois ans", mais qu'il s'agissait là encore d'un patient qui n'était que porteur du champignon. On ne sait pas si ce cas est le troisième évoqué par Santé publique France, qui parlait pourtant d'une infection.

 

 

 

Résiste-t-il vraiment aux traitements ?

C'est une des principales raisons de l'inquiétude autour de Candida auris : il est résistant à deux des trois principaux types d'antifongiques, compliquant le traitement des patients une fois infectés. "Plus de 90% des souches de Candida auris ont une résistance naturelle au fluconazole, et entre 35 et 50% des souches ont une résistance à l'amphotéricine B, dont ne sait pas si elle est naturelle ou acquise", détaille Guillaume Desoubeaux, le mycologue du CHU de Tours. Pour ne rien arranger, utiliser la mauvaise molécule au début de traitement "peut élargir et renforcer la résistance", et "on se retrouve vite dans une impasse thérapeutique", prévient le spécialiste.

 

 

Mais ce qui distingue ce champignon de ses cousins, aux yeux des spécialistes, c'est sa résistance dans l'environnement. Candida auris est insensible aux principaux produits d'entretien utilisés dans les hôpitaux. Le New York Times raconte qu'un hôpital de New York a dû "arracher une partie des dalles qui couvraient le sol et le plafond" de la chambre d'un patient décédé pour s'en débarrasser.

 

 

Cette résistance favorise la propagation de Candida auris dans les hôpitaux, et "rend ce champignon plus dangereux", aux yeux de Nathalie Lugagne-Delpon, "que les bactéries multirésistantes", qui sont difficiles à traiter, mais se transmettent moins facilement. Ces caractéristiques ont fait de Candida auris un nouvel emblème du danger de l'abus d'antifongiques et d'antibiotiques, responsable de l'émergence de champignons et de bactéries résistants.

 

 

 

Mais alors, on ne peut pas lutter contre Candida auris ?

Les cas français montrent que l'on peut éviter une épidémie. Quand le CHU de Tours a été touché, en 2017, "il n'y avait pas de recommandations claires" sur la façon de contenir le champignon, explique le mycologue Guillaume Desoubeaux (des recommandations officielles sont en cours d'élaboration, indique Santé publique France). Mais l'hôpital s'est inspiré du procédé utilisé pour les patients touchés par un type de bactéries résistantes aux antibiotiques, proche sur certains points de Candida auris. L'établissement a donc pris des précautions extrêmes pour que le champignon ne quitte pas la chambre du malade.

 

 

"Les soignants devaient se changer entièrement avant d'entrer, explique-t-il. Ils étaient vraiment sous une forme de scaphandre." Le matériel de soin restait en permanence dans la pièce – à Londres, les soignants ont fini par comprendre que c'est en réutilisant le même thermomètre pour plusieurs patients que l'épidémie s'était déclenchée. A La Réunion, le CHU a employé la même technique, et a même détaché deux soignants pour s'occuper du seul patient porteur de Candida auris. Le nettoyage de l'hôpital a dû être repensé, les substances classiques étant inefficaces.

Outre l'importance de l'hygiène, les spécialistes insistent sur la nécessité de détecter au plus vite Candida auris. A Tours, Guillaume Desoubeaux reconnaît être "tombé dessus par hasard", et il a fallu une semaine pour apprendre que le patient en était porteur. Depuis, les fabricants des machines permettant d'identifier les champignons dans les CHU ont mis à jour leurs données pour mieux le reconnaître.

 

 

Certains spécialistes plaident pour qu'on recherche ce champignon chez tous les patients revenant de pays à risques. "Clairement, on aimerait mettre en place un dépistage systématique sur les patients qui reviennent d'Inde", plaide l'hygièniste du CHU de La Réunion. L'île, proche de l'Asie du Sud et du Sud-Est, est en première ligne.

 

 

 

Faut-il craindre une crise sanitaire ?

"C'est un problème qu'il faut prendre en compte, concède Anne Berger-Carbonne, de Santé publique France, et il faut que nos hôpitaux soient en capacité d'assumer des prises en charge très précautionneuses au niveau de l'hygiène", parfois coûteuses. Pour autant, tous les scientifiques interrogés par franceinfo jugent qu'il ne faut pas surestimer le risque posé par Candida auris. "Il faut inciter à la vigilance, mais la réalité ne correspond pas du tout à l'image de raz-de-marée qu'on lit dans quelques médias", prévient Guillaume Desoubeaux, quand son confrère Jean-Christophe Lucet rappelle qu'en France, "Candida auris, c'est trois malades", pas plus.

 

 

L'intérêt soudain des médias "nous énerve un peu, parce que c'est excessif", poursuit Guillaume Desoubeaux, qui rappelle "qu'il y a beaucoup plus de morts du paludisme, de la grippe ou de la rougeole, qu'on pourrait endiguer avec la vaccination"

 

 

 

Je n'ai pas eu le temps de tout lire, vous pouvez résumer ?

Candida auris, un champignon identifié en 2009, a été retrouvé sur des malades dans 32 pays du monde. Il n'est pas dangereux tant qu'il n'entre pas dans le sang, mais quand il y parvient, il provoque des infections qui peuvent être mortelles. Et sa résistance aux traitements et aux mesures d'hygiène et d'entretien les plus courants l'aide à se répandre. Mais ce sont principalement les personnes malades qui sont vulnérables, et il se propage dans les hôpitaux.

 

 

En France, on ne compte que trois cas, dont aucun mortel, et aucune transmission d'un patient à un autre : les soignants ont toujours réussi à contenir ce champignon pour éviter une épidémie. Il est donc possible de lutter contre sa propagation. Ce qui explique que les spécialistes français appellent à la vigilance de la communauté médicale, mais estiment qu'il ne s'agit pas d'un problème grave de santé publique.

 


28/05/2019
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Franceinfo - le lundi 6 mai 2019

 

 

Le Conseil d'Etat valide les 11 vaccins obligatoires et rejette le retrait de ceux qui contiennent de l'aluminium

 

 

 

La plus haute juridiction administrative avait été saisie par des militants antivaccins

 

 

 

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Un bébé est vacciné à Lyon, le 4 janvier 2018. (MARIE BIENAIM / AFP)

 

 

 

Les antivaccins ont subi deux revers devant le Conseil d'Etat. Lundi 6 mai, l'institution a validé le passage de 3 à 11 vaccins obligatoires pour les enfants. La plus haute juridiction administrative a ainsi estimé que l'extension du nombre de vaccins obligatoires n'était pas contraire au "droit à l'intégrité physique et au respect de la vie privée", car elle était justifiée "par la protection de la santé publique". Elle a ainsi débouté la Ligue nationale pour la liberté des vaccinations, qui l'avait saisie pour contester cette extension.

 

 

Le Conseil d'Etat a rejeté les arguments de cette association "compte tenu de la gravité des maladies, de l'efficacité de ces vaccins et de la nécessité de les rendre obligatoires pour atteindre une couverture vaccinale satisfaisante pour l'ensemble de la population". Le passage de trois à onze vaccins obligatoires, voulu par la ministre de la Santé Agnès Buzyn, s'applique donc aux enfants nés à partir du 1er janvier 2018.

 

 

 

Un rapport bénéfice-risque favorable

Dans une décision distincte, le Conseil d'Etat a jugé que le gouvernement avait légalement le droit de refuser de retirer les vaccins obligatoires contenant de l'aluminium. "Le rapport entre les bénéfices et les risques des vaccins contenant des sels d'aluminium est favorable et les autorités sanitaires ont donc pu légalement refuser leur retrait", a-t-il estimé. Il avait été saisi sur cette question par quelque 3 000 personnes. Elles contestaient le refus de la ministre de la Santé d'obliger les fabricants de vaccins à ne pas utiliser de sels d'aluminium comme adjuvants.

 

 

Les sels d'aluminium sont le plus ancien adjuvant utilisé, depuis les années 1920, et sont présents dans de nombreux vaccins. Mais certaines associations estiment que l'aluminium des vaccins peut provoquer des maladies, ce qui n'est pas prouvé scientifiquement.

 


07/05/2019
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Franceinfo - le jeudi 25 avril 2019

 

 

"Enfants sans bras" : l'eau du robinet qu'ont bue les mamans pendant leur grossesse était-elle polluée ?

 

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France 2France Télévisions

 

 

Pourquoi, en dix ans, autant d'enfants sont-ils nés avec une malformation rare sur des périmètres très restreints de l’Ain, du Morbihan et de la Loire-Atlantique ? "Envoyé spécial" a suivi des femmes et des hommes qui enquêtent sur la mystérieuse affaire des "enfants sans bras". Certains travaillent sur la piste des pesticides. D’autres, comme Géraud Bournet, sur celle des réseaux d’eau potable

 

 

 

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Des bébés nés avec un seul bras, un seul avant-bras ou une seule main : cette malformation très rare frappe environ 150 nourrissons en France chaque année. Pourtant, depuis 2008, 15 enfants sont nés avec ce handicap sur des périmètres très restreints de l’Ain, du Morbihan et de la Loire-Atlantique. Peut-il s'agir d'une coïncidence ? Pour Emmanuelle Amar, l'épidémiologiste qui a lancé l'alerte sur l'affaire des "enfants nés sans bras", la probabilité qu'une telle concentration de cas soit due au hasard est très faible.

 

 

Ces malformations auraient-elles pu être causées par une exposition des mamans à des produits tératogènes, qui perturbent le développement du fœtus, durant les premiers mois de leur grossesse ? "Envoyé spécial" a suivi des femmes et des hommes qui enquêtent sur la mystérieuse affaire des "enfants sans bras". Certains travaillent sur la piste des pesticides (les mamans résidaient toutes, au début de leur grossesse, dans un milieu agricole), d’autres sur celle des réseaux d’eau potable.

 

 

L'eau du robinet qu'ont bue ces femmes pendant les premiers mois de leur grossesse était-elle polluée ? A-t-elle pu causer le handicap des enfants ? C'est une question qui hante Géraud Bournet. Cet ingénieur en sciences de l'eau étudie depuis quinze ans les différentes pollutions dans les rivières et les nappes phréatiques. Depuis qu'il a entendu parler des cas d'enfants nés sans bras, il mène l'enquête. Il a commencé par rechercher dans une base de données spécialisée les polluants connus pour leurs effets tératogènes, passant au crible une dizaine de molécules.

 

 

 

Des ressources en eau ont-elles pu être contaminées par un ou plusieurs polluants ?

En ce moment, il analyse le périmètre de l'Ain : sur un rayon de 17 kilomètres, huit enfants sont nés malformés en cinq ans. Les communes où leurs mères ont débuté leur grossesse sont-elles alimentées par la même eau potable ? Géraud Bournet a recensé une vingtaine de puits d'approvisionnement pour ces huit communes. Des provenances a priori différentes, ce qui tendrait à montrer que ces mamans n'ont pas bu la même eau du robinet. Est-ce suffisant pour exclure cette piste ?

 

 

"Pas forcément", répond Géraud Bournet. Il reste la possibilité que ces différentes ressources en eau aient été "contaminées par un ou plusieurs polluants similaires". Par exemple, "des pesticides utilisés sur l'ensemble du bassin où on va retrouver tous ces puits, et qui auraient pu contaminer la ressource". Géraud Bournet n'en est qu'au début de ses recherches. Il lui faudra de longs mois pour retrouver toutes les analyses d'eau de la région et retracer les éventuelles pollutions de l'époque.

 

 

Extrait de "Le mystère des enfants sans bras", une enquête à voir dans "Envoyé spécial" le 25 avril 2019.

 


30/04/2019
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Franceinfo - le jeudi 18 avril 2019

 

 

Le cannabis reste le stupéfiant le plus consommé en France, les drogues de synthèses de plus en plus présentes

 

 

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Édité par Thomas PontillonfranceinfoRadio France

 

 

 

Selon un rapport de l’Observatoire français des drogues et toxicomanies, près d'un Français sur deux a déjà consommé du cannabis

 

 

 

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Du cannabis dans une boite. (Illustration).  (JENS KALAENE / ZB)

 

 

 

"Parmi les drogues illicites, le cannabis demeure la première substance consommée", constate l’Observatoire français des drogues et toxicomanies dans un rapport publié jeudi 18 avril que franceinfo a pu consulter. L’organisme publie tous les cinq ans un grand rapport sur l’évolution de la consommation des substances licites comme illicites en France.

 

 

45% des Français ont déjà fumé du cannabis, affirme le rapport. Parmi eux, 11% en ont consommé dans l’année et 6% au cours du dernier mois. L’observatoire constate par ailleurs un net vieillissement des consommateurs d’herbe et de résine.

 

 

"C'est une drogue qui est consommée par les jeunes, mais du fait de sa disponibilité et du fait des modes de consommation, les gens continuent à fumer en vieillissant", analyse Julien Morel d’Arleux, directeur de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies.

 

 

Un des points d'inquiétude des enquêteurs concerne les problèmes liés à la consommation de cannabis chez les jeunes. "On a 7% des jeunes de 17 ans qui ont un usage problématique du cannabis, précise Julien Morel d’Arleux, or, aujourd'hui on sait que les effets du cannabis sont très importants sur le cerveau et que le cerveau est en pleine maturation jusqu'à 22-25 ans." 

 

 

 

L'alcool et le tabac restent les plus consommés 

Parmi les produits créant une dépendance, le tabac et l'alcool restent de loin les plus consommés. "Si le tabac est bien moins expérimenté que l’alcool, il est plus souvent associé à un usage quotidien : les adultes qui fument tous les jours (27 %) sont presque trois fois plus nombreux que les buveurs quotidiens (10 %)", précise le rapport.

 

 

L’observatoire constate toutefois une tendance à la baisse pour ces deux substances. Tendance amorcée dans les années 1950 et qui ne fait que s'accentuer ces dernières années. Pour le tabac, le paquet neutre et les hausses de prix sont à l'origine de cette baisse, affirme l’étude.

 

 

 

Record de consommation de cocaïne 

La consommation de cocaïne atteint, elle, un chiffre record : plus d'1,5% des Français déclarent en avoir pris au cours de l'année. Une hausse qui s’explique notamment par "une disponibilité accrue de ces produits et l’image positive dont ils bénéficient".

 

 

Autre tendance, la diversification des drogues de synthèse : 68 substances différentes ont été recensées dans l'hexagone entre 2008 et 2017. MDMA, ecstasy, héroïne sont de plus en plus présentes sur le marché de la drogue et de plus en plus prisées par les mineurs.

 

 

Le rapport constate également une évolution de l’offre. Toutes les drogues illicites bénéficient d'un accès de plus en plus simplifié ces cinq dernières années. De plus en plus de consommateurs achètent sur internet. Depuis cinq ans, les livraisons par voie postale ou directement à domicile se sont banalisées avec commande par sms ou sur les réseaux sociaux.

 

 

Mais l'évolution des analyses de l’Observatoire français des drogues, publiées tous les cinq ans, "ne permettent toutefois pas de parler d'une banalisation de la consommation de drogues", affirme Julien Morel d’Arleux. "Les Français continuent de penser que l'héroïne et la cocaïne sont extrêmement dangereux dès la première prise, mais ils sont aussi de plus en plus conscients des dommages sociaux créés par le tabac et l'alcool."

 


18/04/2019
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Franceinfo - le vendredi 12 avril 2019

 

 

Allergènes, cancérogènes… "60 millions de consommateurs" dénonce la toxicité des principaux produits ménagers

 

 

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Thomas BaïettoFrance Télévisions

 

 

 

Dans un numéro hors série consacré à la pollution de l'air intérieur, le magazine décortique la composition de 60 produits ménagers. Et le verdict est inquiétant

 

 

 

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Les produits ménagers utilisés au quotidien contribuent à la pollution de l'air intérieur de nos habitations. (PATRICK LEFEVRE / BELGA MAG / AFP)

 

 

 

 

Ils vous promettent un intérieur impeccable, aux douces senteurs florales et à la propreté éclatante. Mais la plupart des produits ménagers que nous utilisons au quotidien sont en réalité dangereux pour notre santé ou notre environnement, dénonce 60 millions de consommateurs dans un hors-série en vente vendredi 12 avril et consacré à la pollution de l'air intérieur. "C'est le paradoxe de ces produits : on les utilise pour assainir sa maison et on obtient l’effet inverse", commente Christelle Pangrazzi, rédactrice en chef adjointe du magazine. 

 

 

> VIDEO. Pendant une semaine, j'ai mesuré la qualité de l'air que je respire (et le résultat n'est pas rassurant)

 

 

Pour dresser ce constat, le magazine a décortiqué la composition de 60 produits ménagers, en scrutant leurs étiquettes mais aussi les fiches de données de sécurité que doivent remplir les fabricants. Le résultat est édifiant : "la très grande majorité" de ces "stars du ménage" "n'a pas trouvé grâce" aux yeux de 60 millions de consommateurs. "Beaucoup contiennent une ou plusieurs substances toxiques, nuisibles à notre santé ou à l’environnement", écrit le magazine. Voici les grandes lignes de cette enquête.

 

 

 

Quels sont les ingrédients problématiques ?

Parmi les composés problématiques figurent les isothiazolinones, des conservateurs toxiques retrouvés dans 67% des produits examinés, des parfums "extrêmement" allergisants et des ammoniums quaternaires notamment présents dans les produits censés "tuer 99,9% des bactéries" ou "détruire tous les virus, champignons et bactéries". Ces biocides utilisés jusqu'ici à l'hôpital sont "reconnus comme l'une des premières causes d'asthme professionnel chez le personnel soignant" et sont soupçonnés de favoriser la résistance bactérienne, à l'instar des antibiotiques, explique 60 millions de consommateurs

 

 

Acaricides, désodorisants, liquides vaisselle, lessives, tablettes pour lave-vaisselle, arbres magiques pour voiture, encens ou bougies parfumées… Aucune catégorie de produit n'est épargnée. Le spray Febrèze antitabac contient par exemple du benzisothiazolinone, un conservateur toxique et allergisant, le nettoyant désinfectant en spray de Briochin est fabriqué avec trois allergènes et deux solvants et on trouve du benzalkonium, un ammonium quaternaire, dans les lingettes désinfectantes Saint-Marc. L'eau de Javel, que l'on retrouve dans de nombreux produits, est pointée du doigt pour ses propriétés irritantes pour la peau et les poumons.

 

 

Le magazine épingle enfin des produits présentés comme fabriqués avec des produits naturels, mais dont les "ingrédients vertueux" sont souvent présents en très petite quantité, aux côtés de conservateurs toxiques. "Dans cette catégorie 'greenwashing', vous avez onze produits à proscrire et un passable sur douze", résume Christelle Pangrazzi.

 

 

Dans les publicités, il suffit d'un pschitt pour que tout brille. Monsieur Propre ne vous dit pas tout ce que vous mettez dans vos poumons, dans ceux de vos enfants et de la planète.Christelle Pangrazzi, rédactrice en chef adjointe de "60 millions de consommateurs" à franceinfo

 

 

 

Quel impact sur l'air de votre maison ?

Comme les meubles, les vernis ou les peintures, les produits ménagers émettent en outre des COV, des composés organiques volatils qui peuvent provoquer des maladies respiratoires et déclencher des allergies. "Le premier de ces polluants est la fumée de tabac, puis viennent les produits ménagers, en particulier ceux en sprays, ou les liquides de rinçage pour lave-vaisselle", détaille dans le magazine le docteur Jean-Philippe Santoni, pneumologue à la Fondation du souffle.

 

 

Notre but n’est pas d’alarmer à tout prix, mais de faire prendre conscience du danger de ces substances que l’on juge encore trop souvent inoffensives."60 millions de consommateurs"

 

 

Derrière le sigle COV se cachent pas moins de 150 substances différentes, plus ou moins dangereuses. L'une d'entre elles, le formaldéhyde (notamment émis par des bougies ou de l'encens), est classée substance cancérogène avérée depuis 2004. D'autres, les phtalates, sont classées cancérogènes possibles et sont également considérées comme reprotoxiques et perturbateurs endocriniens.

 

 

 

Que faire pour "nettoyer sans polluer" ?

• Scruter la liste des ingrédients. "Plus la composition est simple, mieux c’est, comme pour les aliments", résume Christelle Pangrazzi. Le magazine milite pour la mise en place d'un "Ménag'Score", qui classerait les produits ménagers de A ("aucune substance indésirable pour la santé") à E ("quantité importante de substances irritantes") sur le modèle du Nutri-Score pour les produits alimentaires. "Il faut un système lisible et clair pour le consommateur, pour qu'il achète en rayon en toute connaissance de cause", estime Christelle Pangrazzi. Si ce dispositif existait, aucun des produits testés par 60 millions de consommateurs ne serait classé A.

 

 

• Fabriquer vos propres produits ménagers. "Il faut utiliser des solutions naturelles, comme le savon noir ou le bicarbonate", recommande la rédactrice en chef adjointe. On peut également citer le vinaigre blanc, qui lutte contre le calcaire, la terre de Sommières pour absorber liquides, graisses ou même odeurs, ou encore les cristaux de soude et le percarbonate, détartrants, dégraissants et blanchissants.

 

 

• Aérer. L'air de nos maisons est aujourd'hui "sept fois plus pollué que l'air extérieur", explique 60 millions de consommateurs. Le magazine recommande donc d'aérer son intérieur dix minutes par jour, été comme hiver, de veiller à la ventilation des pièces humides, où peuvent se développer des moisissures, d'entretenir son système de chauffage (pour éviter l'intoxication au monoxyde de carbone) et d'activer la hotte aspirante lorsque l'on cuisine.

 


12/04/2019
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Franceinfo - le mercredi 10 avril 2019

 

 

Mediator : près de 115 millions d'euros ont déjà été versés aux malades par Servier

 

 

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franceinfoRadio France

 

 

 

Six mois avant un procès au pénal, les laboratoires Servier ont déjà indemnisé plus de 3 000 malades, qui ont utilisé le médicament

 

 

 

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Prescrit pendant plus de 30 ans à cinq millions de personnes en France, le Mediator, est tenu pour responsable de centaines de morts (JEAN FRANCOIS FREY / MAXPPP)

 

 

 

Le laboratoire pharmaceutique Servier a déjà versé 114,7 millions d'euros à plus de 3000 malades, à la suite de problèmes cardiaques consécutifs à la prise du Mediator. Il s'agit d'un bilan au 29 mars 2019. Ces chiffres sont consultables sur le site internet de Servier. C'est très rare en France en matière médicale. En tout 3 593 patients ont reçu une offre d'indemnisation.

 

 

Prescrit pendant plus de 30 ans à cinq millions de personnes en France, le Mediator, un antidiabétique largement utilisé comme coupe-faim, est tenu pour responsable de centaines de morts. Il a été retiré du marché en novembre 2009.

 

 

 

4 000 patients constitués partie civile

"C'est un chiffre qui montre d'abord l'ampleur du scandale de santé publique du Mediator : il y a beaucoup de victimes, avec des dossiers importants", a réagi Me Charles Joseph-Oudin, avocat de plusieurs victimes, joint par franceinfo ce mercredi 10 avril. Mais cela "montre aussi qu'on peut y arriver et il faut que les victimes du Mediator, mais aussi des autres médicaments, y voient un encouragement : on peut y arriver" même face à des laboratoires pharmaceutiques "puissants" et "protégés", a-t-il ajouté.

 

 

Ce scandale sanitaire, révélé en 2007 par le médecin Irène Frachon, fait l'objet de multiples procédures, au pénal comme au civil. Le procès au pénal s'ouvrira le 23 septembre prochain devant le tribunal de grande instance de Paris. Quelque 4 000 personnes ayant pris ce médicament doivent se constituer partie civile pour ce procès, mais en acceptant l'offre de Servier d'une indemnisation à l'amiable, les victimes s'engagent à renoncer à leur action pénale.

 


11/04/2019
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Franceinfo - le samedi 6 avril 2019

 

 

Quatre questions sur la nouvelle étude sur le Levothyrox qui donne raison aux malades

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Une nouvelle étude réalisée par des chercheurs et publiée jeudi 4 avril révèle que la nouvelle formule du médicament ne présentait pas de garanties suffisantes pour les patients

 

 

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Des boîtes de Levothyrox, un traitement contre l'hypothyroïdie. (CHRISTIAN BÖHMER / DPA / AFP)

 

 

 

Une équipe de scientifiques de l'université de Toulouse a épluché les données fournies par le laboratoire Merck, qui fabrique le Levothyrox, lors de la validation de la nouvelle formule de ce médicament en mars 2017. Et leur étude, publiée dans la revue Clinical Pharmacokinetics (en anglais) jeudi 4 avril, sonne comme une victoire pour les malades qui pointent du doigt la nouvelle formule. Les résultats des chercheurs permettent en effet d'affirmer qu'il existe bien des différences entre l'ancien et le nouveau Levothyrox, prescrit contre l’hypothyroïdie. Franceinfo fait le point sur ce que changent ces travaux scientifiques.

 

 

 

1 - Que dit cette étude ?

 

Elle a été réalisée conjointement par des chercheurs en biostatistique et en pharmacologie de l’université de Toulouse, de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de l’université de Londres. Les cinq scientifiques ont repris l'analyse des essais de bioéquivalence, réalisés par le laboratoire allemand Merck et mis en ligne par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) en 2017 par souci de transparence. Ces tests, recommandés par l'Union européenne, sont conçus au départ pour pouvoir commercialiser des génériques en vérifiant qu'ils produisent les mêmes effets que les médicaments de référence. 

 

 

Sur les 204 personnes volontaires qui ont testé cliniquement les deux versions du Levothyrox, 40% ont subi des variations hormonales dans la norme et 60% étaient hors limite, soit hors de la norme acceptée, selon les moyennes statistiques. "C'est un signal qui aurait dû alerter", estime Pierre-Louis Toutain, pharmacologue et coauteur de l'étude. "Les gens ne sont pas des moyennes et quand on impose à plus de 2millions de personnes une substitution, on doit mieux étudier les variations individuelles" propres à chacun, ajoute-t-il.

 

 

Malgré ces résultats, la nouvelle formule a été validée et les reproches de patients souffrant d'effets secondaires ont commencé à affluer : une très grande fatigue, des maux de tête, des crampes, voire un état dépressif. 

J'ai commencé à être de plus en plus épuisée. Au point de ne même plus pouvoir me lever de mon lit. J'avais la tête qui tournait. Je ne savais pas ce qu'il m'arrivait.Lucienne, une patiente de 76 ans à franceinfo

 

 

Pour expliquer ces effets secondaires, les chercheurs évoquent le changement d'excipients, des substances sans effet thérapeutique. Dans la nouvelle formule, le lactose a été remplacé par le mannitol et l'acide citrique, ce qui serait susceptible d'altérer l'absorption du médicament chez certains patients, relèvent-ils.

 

 

 

 

2 - Qu'est-ce que cela change pour les patients ?

 

Selon un rapport de pharmacovigilance dévoilé en juillet 2018 par l'ANSM, 31 411 patients subissaient ces effets indésirables. Un chiffre impressionnant qui représente en réalité 1,43% des quelque 2,2 millions de patients traités avec le Levothyrox. Pour ceux qui déclarent souffrir de ces effets secondaires, cette nouvelle étude change tout, car ils ont enfin le sentiment d'être entendus et compris. "On a été en souffrance, on a été méprisés, on a été malmenés, on n'a pas été accompagnés", souffle Sylvie Chéreau, présidente du collectif Victimes du Levothyrox Occitanie, à France 3"Pour toutes les victimes, c'est une porte qui s'ouvre enfin", ajoute-t-elle.

 

 

Même soulagement chez Beate Bartès, présidente de l'association Vivre sans thyroïde (VST) : "Forcément, après avoir entendu pendant deux ans qu'on est hystériques, que c'est dans notre tête, que c'est l'effet nocebo [apparition d'effets indésirables d'origine psychologique)… Voir écrit qu'on n'affabule pas, ça chamboule", assure-t-elle dans Le Parisien.

 

 

 

 

3 - Comment réagit le laboratoire Merck ?

 

Cette nouvelle étude met en cause les méthodes d'analyse du labotaroire Merck, le fabriquant du Levothyrox. "Etudier la substitution [le remplacement du lactose par de l'acide citrique et du mannitol], ce n'est pas la même chose sur le plan scientifique que d'étudier un médicament générique", détaille Pierre-Louis Toutain, coauteur de la nouvelle étude. Le pharmacologue regrette que la France n'ait pas mis en place des tests de bioéquivalence individuels adaptés. C'est ce qu'ont fait par exemple les Etats-Unis pour la Ritaline (un psychoanaleptique pour les enfants hyperactifs) ou la Belgique pour la Gabapentine (un antiépileptique). Toutefois, "il n'y a pas de faute réglementaire de la part du laboratoire"Merck, assure le pharmacologue dans Le Parisien.

 

 

Le laboratoire a critiqué la parution de cet article, évoquant "une extrapolation scientifiquement contestable". Merck indique ainsi que dans les autres pays, "les lancements de la nouvelle formule de Levothyrox, en Suisse et en Turquie, se sont très bien déroulés, sans problématique d'effets secondaires particuliers et sans changement de traitements pour les patients". La firme ajoute que "des experts indépendants se sont penchés sur ces études (de 'bioéquivalence moyenne') et ont conclu à la pertinence et à la rigueur scientifique de l'approche". Elle ajoute que "la nouvelle formule satisfait plus de 2,5 millions de patients en France (sur 3 millions de patients sous traitement de produit à base de lévothyroxine)."

 

 

"On ne pense pas qu'il y ait de complot, on ne pense pas qu'il y ait de malveillance, on pense que peut-être qu'il y a eu une rupture d'expertise dans la chaîne de décisions", précise Pierre-Louis Toutain à France 3. L'ANSM, elle, n'a pas réagi à cette nouvelle étude.

 

 

 

 

4 - L'étude peut-elle avoir des conséquences judiciaires ?

 

En septembre 2017, une enquête avait été ouverte pour "tromperie aggravée, atteintes involontaires à l'intégrité physique et mise en danger d'autrui". Le parquet avait pris le 30 novembre des réquisitions supplétives pour "homicide involontaire", après que le magazine Ebdo eut révélé la mort de 13 patients prenant du Levothyrox. L'ANSM avait réagi en parlant de 14 décès sans qu'un lien soit établi avec la prise du médicament.

 

 

Une procédure civile a tout de même été ouverte à Lyon en décembre 2018. Le 5 mars dernier, les 4 113 plaignants ont été déboutés de leur actioncontre Merck. A l'époque, l'avocat des plaignants, Christophe Lèguevaques, avait évoqué "une grosse déception". "[Les malades] attendaient une reconnaissance par la justice de leurs souffrances. Et on leur dit aujourd'hui que c'est simplement un problème sociologique et non pas juridique. Ces termes ne sont pas acceptables", avait-il martelé.

 

 

Les plaignants avaient fait appel et l'étude publiée jeudi leur offre de nouvelles perspectives. "Ce rapport sera très utile dans le cadre de la procédure d'appel qui réunit, à ce jour, plus de 3 000 participants", a prévenu Christophe Lèguevaques, interrogé vendredi par l'AFP.

 


07/04/2019
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