L'AIR DU TEMPS

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Franceinfo - le mercredi 19 juin 2019 - mis à jour le 20.06.19

 

 

Bac de français : "Faire une pétition parce que c'est dur, c'est n'importe quoi", répond une enseignante de français

 

 

 

L'épreuve anticipée de français, qui s'est déroulée lundi pour les élèves de première, a été jugée "trop difficile" par plusieurs lycéens, qui ont lancé une pétition. Une professeure revient, pour franceinfo, sur cette contestation

 

 

 

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 Lors des épreuves du baccalauréat, le 17 juin 2019, au lycée Pasteur, à Strasbourg. (FREDERICK FLORIN / AFP)

 

 

 

"Trop difficile", "Andrée Chedid trop peu connue". Après les épreuves anticipées du baccalauréat de français pour les filières S et ES, des internautes ont lancé, lundi 17 juin, une pétition (signée par près de 26 000 personnes mercredi après-midi) pour alerter sur la difficulté du sujet.

 

 

Les candidats ont été invités à composer sur le thème de la poésie à partir d'un corpus de quatre poèmes d'Alphonse de Lamartine, Anna de Noailles, Yves Bonnefoy et enfin Andrée Chedid. De nombreux jeunes ont ainsi raconté sur les réseaux sociaux leur panique après avoir découvert – après l'examen – qui était Andrée Chedid, et surtout, qu'elle était une femme.

 

 

L'épreuve de français proposée était-elle si difficile ? Franceinfo a interrogé Catherine Boulanger, professeure de français depuis treize ans. Elle enseigne au lycée Sainte-Ursule, dans le 17e arrondissement de Paris. 

 

 

 

Franceinfo : La barre était-elle placée trop haut pour ce sujet de l'épreuve de français ?

 

 

Catherine Boulanger : Pour commencer, j'ai apprécié que ce sujet soit choisi, car la plupart des professeurs de français attendaient le retour de la poésie depuis cinq ans. Et le thème choisi, le lien entre le poète et la nature, est un thème très classique. 

 

 

Par ailleurs, le sujet de dissertation était lui, vraiment bien. "'Avoir l’âme qui rêve, au bord du monde assise…' Pensez-vous que ce vers puisse définir l’attitude du poète face au monde ?" Pour les élèves qui ont travaillé, c'était accessible. Il fallait faire un plan dialectique. Je suis moins convaincue par le texte d'Andrée Chedid. Le texte n'était pas spécialement palpitant, c'est un avis très personnel. Il n'y avait pas non plus beaucoup de procédés stylistiques à analyser. 

 

 

Le sujet d'invention était plus dur car il s'agissait d'un exercice de transposition d'une citation dans un texte poétique, quelque chose que l'on propose plutôt aux sections littéraires. C'est un peu inattendu, c'est peut-être un peu plus dur sur ce point. 

 

 

 

Une pétition a été lancée pour dénoncer le niveau de l'épreuve de français, qu'en pensez-vous ? 

 

 

Le bac de français est un exercice exigeant, le sujet n'était pas le plus facile, mais encore une fois il est complètement dans le programme. Faire une pétition parce que c'est dur, que certains élèves ne savaient pas qu'Andrée Chedid était une femme, c'est n'importe quoi.

 

 

Cela me fait rire car une année, pour un texte d'Anatole France, certains élèves ont cru que France était le prénom de l'auteur et l'ont pris pour une femme. Et on n'avait eu aucune consigne sur le fait de sanctionner les élèves ou pas. 

 

 

 

Beaucoup d'élèves s'inquiétaient d'être sanctionnés pour avoir pris Andrée Chedid pour un homme. Comment vont se passer les corrections ? 

 

 

Je vous assure qu'aucun correcteur ne va les sanctionner pour avoir cru que c'était un homme et je ne vais jamais retirer des points pour ça ! Pour l'épreuve écrite de français, on attend surtout de l'élève qu'il sache lire, analyser un texte, comprendre l'intérêt stylistique. Pour ma part, je note toujours mes copies de bac deux points au-dessus de ce que je donne habituellement. Je ne connais pas les auteurs que l'élève a étudiés dans l'année. Je pense que c'est la posture de la majorité des enseignants. 

 

 

 

 

 

 

Les connaissances d'histoire littéraire sont évaluées lors de l'épreuve orale. L'examinateur a devant lui les textes que l'élève a étudiés dans l'année. Il peut donc se permettre de l'interroger dessus. Les mots d'ordre sont : bienveillance, valoriser l'élève et beaucoup de souplesse.

 



20/06/2019
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