L'AIR DU TEMPS

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Franceinfo - le mercredi 14 août 2019

 

 

Sahara occidental : Washington contre la création d’un nouvel Etat en Afrique

 

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Alain ChémaliRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

A la faveur d’un reportage "sous étroite surveillance" marocaine au Sahara occidental, le Wall Street Journal a lâché une vraie petite bombe diplomatique. Il a révélé que Washington est opposé à l’indépendance de ce territoire contesté

 

 

 

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Le marché de Laayoune, chef-lieu du Sahara occidental sous contrôle marocain, le 3 novembre 2018. (FADEL SENNA / AFP)

 

 

 

Autorisé à se rendre en reportage à Laayoun, chef-lieu du Sahara occidental, annexé par le Maroc et revendiqué par le Front Polisario, le très sérieux quotidien américain Wall Street Journal (WSJ) a mis en lumière un intérêt inhabituel de la Maison Blanche pour ce conflit vieux de 44 ans en révélant que l'administration américaine est opposée à l’indépendance de ce territoire contesté.

 

 

 

Les espérances sahraouies ont peu de chance de se concrétiser

"Ceux qui espèrent voir lever le drapeau sur un Sahara occidental indépendant risquent d’être déçus par l’administration Trump", écrit le journaliste qui s’est rendu dans la région dans l’édition du 11 août 2019.

 

 

Dion Nissenbaum répondait indirectement dans son papier au message qu’un indépendantiste sahraoui rencontré sur place lui avait demandé de faire parvenir à John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale du président américain.

 

 

"S’il vous plaît, donnez à Monsieur Bolton une forte accolade de la part du peuple sahraoui", lui a dit cet activiste de Laayoune. "Nous dépendons de lui, nous apprécions ce qu’il fait pour le peuple du Sahara occidental et nous serons de bons amis des Etats-Unis", a-t-il assuré.

 

 

Dans son reportage, aussitôt repris par de nombreux sites marocains dont le Desk, le journaliste américain explique pourquoi, en dépit des positions du turbulent conseiller de Donald Trump, les espérances sahraouies ont peu de chances de se concrétiser.

 

 

Citant des sources officielles marocaines et occidentales impliquées dans les négociations sur ce conflit, le journaliste rapporte en effet que les Etats-Unis sont opposés à la l’indépendance de ce territoire envahi par le Maroc en 1975, dans la foulée du départ de la puissance coloniale espagnole.

 

 

 

Washington contre la création d'une nouvelle nation en Afrique

"Il est clair que Washington ne soutiendra pas un plan destiné à créer une nouvelle nation africaine", écrit-il, soulignant qu’il s’agit là d’un accord tacite entre Américains et Marocains qui ne peut que déplaire aux indépendantistes.

 

 

Ce sont ces assurances qui auraient contribué à ramener le Maroc dans la négociation, précise le WSJ qui rappelle dans le même temps l’opposition de John Bolton au maintien de la MINURSO, la mission de l’ONU au Sahara occidental.

 

 

Vieux routier du dossier pour lequel il a contribué à rédiger l’accord onusien qui a mis fin aux affrontements entre le Maroc et le Polisario en 1991, Bolton avait même menacé de recourir au véto américain contre la prorogation de la mission de la force de l’ONU en l’absence de progrès dans les pourparlers entre les deux parties.

 

 

"Nous avons besoin de voir de réels progrès dans la résolution du conflit afin de ne pas continuer à dépenser des ressources limitées dans des missions de maintien de la paix sans fin", a déclaré le haut responsable américain qui voit dans la MINURSO l’exemple même des échecs onusiens.

 

 

Avec une Algérie, principal soutien du Front Polisario, en pleine effervescence et après la démission "pour raison personnelle" de Horst Kohler, l’ancien président allemand nommé envoyé spécial des Nations unies pour le Sahara, les avancées sur ce dossier sont à nouveau au point mort.

 

 

 

Le départ de la MINURSO, un appel d'air pour Daech et Al Qaïda

"Des pourparlers sérieux sur le Sahara occidental au milieu de ces incertitudes semblent improbables et le plan américain pour mettre fin à la mission des Nations unies pourrait créer davantage de troubles", prévient le journal.

 

 

En cherchant à retirer quelque 250 observateurs des Nations unies et à faire une économie de 50 millions de dollars par an, la Maison Blanche court le risque, "dans cette dernière poche de stabilité en Afrique du Nord, de créer de nouvelles opportunité d’expansion pour l’Etat islamique ou Al Qaïda", estime encore Dion Nissenbaum.

 

 

La situation risque, selon lui, de s’aggraver en octobre prochain avec l’expiration du mandat de la force de maintien de la paix si l’ONU ne parvient pas à faire progresser le processus politique.

 

 

Le jour même de la publication de l’article du WSJ, le président sahraoui dénonçait une tentative du Maroc de changer le statut quo dans la zone tampon de Guerguerat, selon la publication algérienne en ligne Al Watan.

 

 

Dans une lettre adressée au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, Brahim Ghali estime que l’installation, ces derniers jours, d’agents de sécurité et de renseignement par les autorités marocaines dans cette zone sont une "violation grave" de l’accord de cessez-le-feu de 1991, un acte "provocateur et déstabilisateur qui accroîtrait la menace sur la sécurité dans la région".

 



15/08/2019
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