L'AIR DU TEMPS

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Franceinfo - le mardi 25 décembre 2018

 

 

"Ces assassins nous font honte" : cinq questions après la mort de deux randonneuses scandinaves au Maroc

 

 

 

Rapidement arrêtés, les quatre suspects avaient prêté allégeance au groupe terroriste Etat islamique dans une vidéo enregistrée quatre jours avant le double meurtre. L'une des deux jeunes femmes a été décapitée à l'arme blanche

 

 

 

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Plusieurs personnes rassemblées en hommage à Louisa et Maren samedi 22 décembre devant l'ambassade du Danemark à Rabat (Maroc).  (FADEL SENNA / AFP)

 

 

 

"Les habitants d’Imlil sont toujours sous le choc et se sentent trahis par ce crime odieux", témoigne un guide de la région du mont Toubkal, au Maroc, sur le site Yabiladi. C'est là, au cœur du massif de l'Atlas, que deux jeunes randonneuses, l'une danoise, l'autre norvégienne, ont été assassinées, dans la nuit du dimanche 16 au lundi 17 décembre.

 

 

Quatre suspects se revendiquant du groupe Etat islamique  (EI) ont été arrêtés. Franceinfo revient sur ce double meurtre qui ébranle le Maroc, alors que le royaume n'avait pas été touché par un attentat islamiste depuis l'attaque de Marrakech en 2011. 

 

 

 

1 - Que s'est-il passé ? 

Amoureuses de la nature, deux amies, étudiantes de l'université de Bø (Norvège), la Danoise Louisa Vesterager Jespersen et la Norvégienne Maren Ueland, avaient décidé de randonner dans le Haut Atlas pour Noël. Sportives aguerries, elles étaient parvenues à gravir le mont Toubkal, le plus haut sommet d'Afrique du Nord et entamaient leur descente, dimanche 16 décembre. Elles décident alors de s'arrêter camper pour la nuit, le long d'un petit sentier de randonnée, situé "à 2100 mètres" précise Le Parisien. Elles se trouvaient à deux heures de marche du village d'Imlil.  

 

 

Le lendemain matin, lundi 17 décembre, leurs corps sont retrouvés mutilés par des alpinistes français, indique le site Yabiladi. Elles ont été surprises durant leur sommeil par les quatre tueurs. L'une d'elles a été tuée à l'intérieur de la tente, tandis que l'autre a tenté de s'en extraire avant de mourir sous les coups des assaillants. Une des deux jeunes femmes a été décapitée, selon une source proche du dossier. Les dépouilles des deux amies ont quitté le Maroc vendredi 21 décembre à destination tout d'abord de Copenhague, capitale du Danemark. Le corps de Maren Ueland a ensuite été rapatrié à Oslo, en Norvège, samedi.

 

 

 

2 - Qui étaient les victimes ? 

Les deux amies sont décrites par leur entourage comme "sociables" et "aventurières". Louisa Vesterager Jespersen, 24 ans, était "toujours heureuse et positive. Tout le monde l'aimait et elle voyait le meilleur en chacun", a témoigné sa mère au journal danois B.T. Sur sa photo de profil Facebook, la jeune femme blonde pose souriante au milieu des montagnes. Elle était titulaire d'une licence de rafting et voulait tenter un nouveau défi avec son amie Maren Ueland.

 

 

Cette dernière "adorait se promener avec l'immense Leonberger familial, Alf Herman, sur la plage Orrestranda près de Stavanger" dans le sud-ouest de la Norvège. Maren avait 28 ans et "détestait Noël, le stress, l'hystérie des cadeaux, cette mentalité du tout jetable. Mais c'était en même temps quelqu'un de très famille", a raconté sa mère au journal norvégien Aftenbladet.

 

 

Les deux jeunes femmes avaient donc décidé de partir au Maroc pour Noël. Elles qui avaient déjà beaucoup vadrouillé à l'étranger "avaient pris toutes les précautions nécessaires avant de partir pour ce voyage", a assuré la mère de Maren à la télévision norvégienne. De leur côté, les parents de Louisa Vesterager Jespersen avaient – en vain – déconseillé à leur fille de partir au Maroc, un pays qu'ils jugeaient "chaotique".

 

 

 

3 - Comment ont été interpellés les suspects ? 

Quatre hommes ont été rapidement interpellés grâce à la mise en place d'un important dispositif policier. Dès le lundi matin, les forces de l'ordre repèrent la tente des suspects et découvrent à l'intérieur, selon plusieurs sources citées par Le Parisien : "Des couvertures, des armes blanches, et surtout la pièce d’identité de l’un des suspects."

 

 

Le premier suspect est arrêté dès mardi matin par le Bureau central d'investigation judiciaire (BCIJ) "dans la banlieue de Marrakech" relate le site marocain Médias24. Le site précise que les "trois autres individus ont été identifiés peu après en se basant d'une part sur les données recueillies sur place et d'autre part, sur les déclarations du premier suspect". Ils sont appréhendés jeudi, lorsqu'un "vendeur ambulant repère l'arme blanche que porte l'un d'entre eux" indique Le Parisien. La police marocaine a depuis procédé à neuf nouvelles arrestations en lien avec le meurtre "terroriste" des deux randonneuses. 

 

 

 

4 - Qui sont ces hommes ? 

Agés de 25 à 33 ans, les quatre hommes, tous marocains, s'étaient rendus dans la région d'Imlil dans le but d'y commettre un crime, mais sans avoir "décidé préalablement de cible précise" a indiqué le porte-parole de la sûreté nationale, Boubker Sabik sur la chaîne marocaine 2M.

 

 

Les quatre hommes vivaient de petits métiers et avaient quitté leurs foyers sous de faux prétextes. "A ses parents, l’un d’eux a ainsi assuré qu’il partait chercher du travail à Dakhla, une ville non loin du Sahara" est-il précisé dans le Parisien.

 

 

Dans une vidéo enregistrée jeudi 13 décembre, ils ont prêté allégeance au groupe terroriste Etat islamique et à son chef, Abou-Bakr Al-Baghdadi. D'après Boubker Sabik, "seul un des quatre suspects arrêtés a des antécédents d’extrémisme et fut arrêté en 2013 pour son rôle dans le recrutement et l’embrigadement de jeunes pour des organisations extrémistes". Le crime n'a toutefois pas été coordonné par l'EI, il s'agit de "loups solitaires", affirme Boubker Sabik. 

 

 

Selon le journal danois BT, qui cite un enquêteur marocain, l'un des suspects arrêtés, Abdessamad Ejjoud, 25 ans, serait "l'émir du groupe", celui qui a inspiré et dirigé les trois autres. 

 

 

 

5 - Quelles ont été les réactions ? 

Le double meurtre a provoqué une vive émotion en Norvège, au Danemark mais aussi au Maroc. "Ces assassins nous font honte" a ainsi écrit le quotidien marocain L'Economiste, vendredi 21 décembre. Le lendemain, des centaines de personnes se sont rassemblées à Rabat, capitale du pays, devant les ambassades du Danemark et de Norvège. Une minute de silence a été observée par les anonymes et les représentants diplomatiques des deux pays. 

 

 

Depuis l'attentat de Marrakech perpétré en avril 2011 et qui avait fait 17 morts, le Maroc n'avait connu aucun acte terroriste islamiste. La sécurité avait considérablement été renforcée autour des sites sensibles du pays. 

 

 

Les médias nationaux s'inquiètent des répercussions que ce double meurtre pourrait avoir sur le tourisme, secteur clé de l'économie, puisqu'il représente 10% de la richesse du pays. Le mont Toukbal attirerait chaque année des dizaines de milliers de randonneurs. Son ascension figure parmi les destinations phares des tour-opérateurs. "Près de 90% de la population locale à Imlil vit directement ou indirectement du tourisme local" affirme le site Internet Yabiladi. Pour un guide local à Imlil, joint par l'AFP, "c'est très mauvais pour la région, il va sans doute y avoir des annulations" de séjours.

 

 



25/12/2018
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