L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

Franceinfo - le jeudi 13 juin 2019

 

 

70 ans du JT : Ockrent, PPDA, Pernaut, Bilalian et Sérillon nous racontent des moments marquants de leur carrière

 

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Guillemette JeannotFrance Télévisions

 

 

 

A l'occasion de la soirée spéciale célébrant sur France 2, jeudi, l'anniversaire du premier journal télévisé, cinq présentateurs stars ont livré leurs souvenirs à franceinfo

 

 

 

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Laurent Delahousse et Anne-Sophie Lapix lors de l'émission spéciale "Mesdames, messieurs, bonsoir" célebrant les 70 ans du journal télévisé, le 12 juin 2019, dans les studios de France Télévisions, à Paris. (GUILLEMETTE JEANNOT / FRANCEINFO)

 

 

 

"Mesdames, messieurs, bonsoir." Le 29 juin 1949, à 21 heures, est diffusé sur la RTF le premier journal télévisé français. A l'époque, les images sont en noir et blanc et c'est Pierre Sabbagh qui les commente sans apparaître à l'écran.

 

 

>> Regardez en direct la soirée spéciale de France 2 consacrée aux 70 ans du journal télévisé

 

 

Il faut attendre 1954 pour voir arriver, devant les caméras, les premiers journalistes chargés de présenter cette grand-messe cathodique qui se fait l'écho de l'actualité deux fois par jour. A l'occasion d'une soirée spéciale organisée par France 2 pour les 70 ans du JT, jeudi 13 juin, cinq journalistes, anciens présentateurs du "20 heures" ou du "13 heures", confient à franceinfo leurs meilleures anecdotes. 

 

 

 

Christine Ockrent au pied du mur en 1989

"La scène, ici, est étonnante."  Christine Ockrent, micro à la main, décrit l'ambiance incroyable devant le mur de Berlin qui vient de tomber, le 10 novembre 1989. En direct pour le JT sur Antenne 2, elle commente un moment historique. Pourtant, ce direct a failli ne pas avoir lieu.

 

 

"Ce fut un moment historique et douloureux", relate la journaliste qui a eu la chance de vivre sur place ce moment charnière de la seconde moitié du XXe siècle. "Quand on a compris le 7 au soir que le mur commençait à vaciller, avec Yves Devillers, l'ingénieur qui était le champion de la diffusion par satellite, nous avons affrété un avion pour l'Allemagne de l'Ouest avec une tonne et demie de matériel. Ça ne s'était jamais fait." Le 10 novembre, en tout début de soirée, tout est prêt. Le matériel est installé près de Checkpoint Charlie, à la frontière entre Berlin Ouest et Berlin Est. 

 

 

"A 20 heures moins une, au moment où je dois prendre l'antenne, Helmut Kohl, chancelier d'Allemagne de l'Ouest, les yeux embués, passe à côté de moi. Je lui pose une question, il a l'amabilité de me répondre. Un scoop mondial !" s'illumine la présentatrice, qui fut la première femme à présenter régulièrement le journal de 20 heures en 1981. 

 

 

Confiante, elle commence alors son plateau, persuadée d'être à l'antenne. "Et au bout de quelques minutes, je vois Yves Devillers me faire des grands signes avec les bras. La liaison avec Paris n'était pas établie." La cause ? Dans le mur de Berlin, il y avait des moellons en fer et cela avait apparemment faussé les calculs pour établir la liaison via le satellite. A Paris, c'est la panique générale, Daniel Billalian improvise alors un plateau de secours. "On n'a pu reprendre que vers 20h25 pour trois heures de direct", sourit Christine Ockrent. 

 

 

 

Le coup de chaud de Patrick Poivre d'Arvor en 1978

"Pardon pour cette très longue interruption qui est due à un problème technique qui ne nous est jamais arrivé : un début d'incendie dans le studio."

 

 

Le présentateur-vedette du JT de 20 heures d'Antenne 2 de 1976 à 1983, Patrick Poivre d'Arvor, n'a pas oublié l'édition du 13 mars 1978. Alors qu'il présentait le journal, "au moment où l'on va discuter avec René Rémond, notre commentateur attitré pour les élections législatives, on me dit : 'On ne va pas pouvoir continuer, il y a le feu'. Je ne le voyais pas vraiment, mais on nous a évacués à toute vitesse de notre studio, à Cognacq-Jay, vers le tout petit studio des speakerines." 

 

 

Durant une dizaine de minutes, le temps d'évacuer les deux hommes, les téléspectateurs doivent se contenter d'un simple message à l'écran : "Nous espérons reprendre le cours de notre journal dans quelques instants." Patrick Poivre d'Arvor reprend l'antenne, un peu "hirsute après avoir couru", sourit-il. Mais le présentateur tient à être honnête : si "les gens ont pensé que c'était un truc dramatique, je n'ai jamais vu ne serait-ce qu'une flammèche". 

 

 

Ce n'est pas le seul coup de chaud que Patrick Poivre d'Arvor a connu dans sa carrière. Le 26 mai 1983, une cinquantaine d'étudiants en médecine envahissent le plateau du "20 heures" d'Antenne 2. "Inutile de vous dire que ce journal a été difficile à présenter", souffle alors le présentateur, entouré de jeunes scandant "Etudiants en colère !" depuis le début du JT.

 

 

"Je crois me souvenir, glisse Patrick Poivre d'Arvor, que les étudiants avaient voulu envahir le plateau de Roger Gicquel sur TF1, mais il était mieux fermé que le nôtre. Ils se sont donc rabattus sur le mien." A l'époque, les plateaux de la Une et de la Deux étaient côte à côte et assez souvent, les deux présentateurs y descendaient ensemble. Le journaliste évoque ce jour-là une édition "assez sportive" : "J'ai quand même réussi à tenir une bonne quinzaine de minutes en discutant avec eux pendant les sujets, en lançant les sujets plus ou moins bien, puis à un moment donné il fallait que cela s'arrête, ils sont arrivés de partout et pour moi, on ne travaille pas sous la menace." 

 

 

L'antenne est rendue vers 20h25 sur une dernière image où le journaliste repousse vaillamment deux jeunes hommes tentant de parler dans son micro. 

 

 

 

Jean-Pierre Pernaut fait la pluie et le beau temps en 1979

"Avec de la pluie encore en Corse..." Le temps d'un journal télévisé, Jean-Pierre Pernaut s'est improvisé présentateur météo, le 17 août 1979.

 

 

Un exercice difficile selon le présentateur du JT de 13 heures sur TF1 depuis trente-et-un ans aujourd'hui."J'ai remplacé au pied levé l'ingénieur qui faisait la météo à l'époque. Il devait être coincé dans un embouteillage ou un truc comme ça, se souvient celui qui, à l'époque, coprésentait le JT en compagnie d'Yves Mourousi. J'ai donc pris la météo... et je me suis planté." En 1979, l'animation des cartes se fait en collant des aimants représentant des nuages ou des soleils. "J'avais une dépêche AFP avec les prévisions météo d'un côté, sourit le présentateur, et de l'autre main je disais 'oh là il y aura du soleil, de la pluie'"

 

 

Tel un homme-orchestre, Jean-Pierre Pernaut termine ses prévisions météorologiques et revient vers son bureau afin d'enchaîner le sujet suivant. "Ce n'est pas un bon souvenir", rit-il aujourd'hui.    

 

 

 

Daniel Bilalian et son "combat" face à Bernard Tapie en 1984

"Moi, je vous invite, alors si vous me faites un procès, on arrête tout de suite !" Le ton est donné entre Daniel Bilalian et Bernard Tapie, le 27 octobre 1984 sur le plateau du "13 heures" d'Antenne 2. L'échange, en pleine affaire du Crédit lyonnais, porte sur l'article de Libération, cité dans un sujet qui précède l'interview, qui affirme que la société de l'homme d'affaires est pratiquement en cessation de paiement. De quoi mettre en fureur Bernard Tapie, qui menace d'intenter un procès à Antenne 2. "Laissez-moi en placer une, si on attaque comme ça, on ne va pas aller loin", coupe Daniel Bilalian, qui présenta l'édition de 13 heures jusqu'en 1986 avant un bref passage au journal de 20 heures en 1987.

 

 

Un échange houleux dont se souvient encore le journaliste. "Bernard Tapie, c'est quelqu'un qui cherche à vous intimider, glisse-t-il. Il va commencer par deux ou trois réflexions pour essayer de vous déstabiliser de façon à ce que, même si c'est un sujet difficile pour lui, il soit le leader." Mais en ce 27 octobre 1984, Daniel Bilalian, un peu malmené par l'ascendant de Bernard Tapie, parvient à faire plier l'homme d'affaires. "Je n'ai pas cédé et il a fini par répondre à mes questions", avance-t-il.

 

 

 

Claude Sérillon et son arrivée sur les chapeaux de roues en 1987

Le 1er mai 1987, en ouverture du "20 heures" sur Antenne 2, la Formule 1 du pilote René Arnoux se gare au stand de l'écurie française Ligier sur le circuit italien d'Imola. Le conducteur ôte son casque : c'est Claude Sérillon, à l'époque présentateur du journal télévisé du soir en alternance avec Bernard Rapp qui lance une édition spéciale, à la veille du Grand Prix d'Imola.

 

 

"A l'époque, on faisait le journal à droite, à gauche, sans arrêt, et c'était formidable car on sortait beaucoup, à l'étranger mais aussi en France", s'amuse Claude Sérillon. Sur le ton de la confidence, le présentateur raconte les coulisses de ce moment. "Les baquets des sièges de Formule 1 sont spécialement faits pour les pilotes, se remémore-t-il. Et René Arnoux était plus petit que moi donc j'ai eu beaucoup de mal à rentrer dedans." Un souci moins gênant que l'autre problème que Claude Sérillon rencontra ce jour-là. "Comme j'avais calé, on a dû un peu truquer l'arrivée, rigole-t-il. J'ai dû faire à peine 80 mètres en Formule 1.

 



14/06/2019
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