L'AIR DU TEMPS

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Franceinfo - le lundi 30 septembre 2019

 

 

Vomissements, vertiges... Des pompiers et les policiers s'inquiètent après leurs interventions sur l'incendie de Lubrizol

 

 

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franceinfoFrance Télévisions

 

 

"On est tous inquiets, car on sait qu'on a respiré quelque chose de pas propre", témoigne un sapeur-pompier sur France 3. Un syndicat de policiers s'interroge également et attend des réponses du ministère de l'Intérieur

 

 

 

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Des pompiers près de l'incendie qui a touché l'usine Lubrizol à Rouen (Seine-Maritime), le 27 septembre 2019. (LOU BENOIST / AFP)

 

 

 

Nausées, diarrhées, vertiges... Un pompier de Rouen (Seine-Maritime), qui affirme porter la parole de dizaines de ses collègues, s'est confié à France 3 sur les symptômes ressentis après leur intervention sur l'incendie survenu à l'usine Lubrizol. La plupart des équipes de terrain affirment que les pompiers ne sont équipés que de masques en papier, affirme ce soldat du feu qui préfère garder l'anonymat. Il aurait préféré des masques respiratoires en plastique.

 

 

 

 

 

"Aujourd'hui on a tous des symptômes qui s'avèrent plus ou moins importants. Cela va des maux de gorge à des diarrhées, nausées, vomissements, à la langue qui pique. Je pense que si la protection avait été efficace on n'aurait pas eu autant de conséquences sur la santé", décrit-il. "Tous ces symptômes sont passagers et durent en général moins de 24 heures", tente de rassurer, de son côté, le médecin des sapeurs-pompiers, face à la caméra de France3.

 

 

 

"En arrêt maladie pour des nausées"

Mais les soldats du feu ne sont pas les seuls à ressentir de tels symptômes. "Plusieurs policiers affectés à la brigade de nuit et à la compagnie départementale d’intervention de Rouen, primo-intervenants sur l’incendie dès 2h30 du matin, sont actuellement en arrêt maladie pour des nausées, vomissements et vertiges. Deux d'entre eux sont actuellement en  traitement jusqu’au 8 octobre", signale Alternative Police dans un communiqué que France télévisions a consulté. Le syndicat s'inquiète et attend des réponses du ministère de l'Intérieur. Pour l'instant, les délégués locaux du syndicat seront reçus à 16 heures par leur direction départementale.

 

 

Par ailleurs, toujours selon ce syndicat de policiers, un certain nombre de CRS, intervenus à 11 heures jeudi sur le site, se plaignent également de malaises.

 


Selon un responsable syndical, qui s'est exprimé auprès de France télévisions, une trentaine de CRS de la CRS 4, et une dizaine de la CRS 3 se sont plaints à leur retour de démangeaisons et de maux de gorges. Ils étaient dans le périmètre autour de l’usine, sans équipement particulier. On leur aurait donné comme consigne d’envoyer leurs tenues au nettoyage. Une prise de sang doit permettre de rechercher des polluants. Des consignes de nettoyage des climatiseurs des véhicules auraient également été données.

 

 

 

Franceinfo - samedi 28 septembre 2019

 

 

 

"Personne ne nous dit rien" : à Rouen, les habitants aimeraient savoir s'ils ont "respiré des choses dégoûtantes"

 

 

 

Après l'incendie à l'usine Lubrizol, de nombreux riverains s'interrogent sur la forte odeur d'hydrocarbures dans la ville et sur les retombées de suie dues au nuage de fumée. Reportage

 

 

 

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Une femme portant un masque de protection devant la cathédrale de Rouen (Seine-Maritime), le 26 septembre 2019, quelques heures après l'incendie d'un site classé Seveso du sud de la ville. (LOU BENOIST / AFP)

 

 

 

"De toute façon, on ne risque rien, hein ?" Au moment d'évoquer l'incendie de l'usine Lubrizol, de nombreux Rouennais manient l'ironie. Cette petite phrase revient souvent dans les discussions, vendredi 27 septembre, au lendemain de l'incendie qui a dévasté ce site classé Seveso et fait voler un épais panache de fumée noire sur plusieurs dizaines de kilomètres.

 

 

>> Suivez les dernières informations sur l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen en direct par ici

 

 

D'après le préfet Pierre-André Durand, qui n'a "plus d'inquiétude sur l'incendie", les analyses de la fumée n'ont pas révélé de "toxicité aiguë". Mais les habitants partagent tout de même quelques doutes. L'odeur d'hydrocarbures, extrêmement désagréable et semblable à celle d'un pot d'échappement, est toujours présente des kilomètres à la ronde. Et les analyses des suies n'ont pas encore été publiées.

 

 

 

"C'était cauchemardesque"

Difficile d'échapper à l'insistante odeur, due à l'échauffement des fûts du site. "Une personne a dû ouvrir la fenêtre", se désole le réceptionniste d'un hôtel confronté aux plaintes d'un client. Dans les rues, certains passants choisissent de porter des masques de protection lors de leurs sorties. "Le nuage était tellement noir ! C'est par précaution et pour éviter des problèmes plus tard", raconte Alex Miñana, abrité sous un parapluie. Ce dentiste espagnol affirme ne "pas être inquiet". Quoique...

 

Quand on voit ce qui s'est passé à Tchernobyl, on ne peut pas s'empêcher à d'éventuelles conséquences dans le futur. Alex Miñana à franceinfo

 

 

 
 

 

"Respirer des choses dégoûtantes, ne pas pouvoir sortir mais être quand même intoxiqués... C'était cauchemardesque." Charline Olivier, mère d'une petite fille de douze mois, a préféré prendre la poudre d'escampette à la campagne dès jeudi soir.

 

Quand la pluie a commencé à tomber, j'ai eu l'impression d'avoir plusieurs pots d'échappement chez moi. Cela sentait encore plus fort ici que dehors.Charline Olivierà franceinfo

Elle a donc pris la route malgré la pluie. "Si j'étais restée encore cette nuit-là, j'aurais été très inquiète", explique-t-elle, tout en songeant à la manière d'assainir son appartement au retour. Comme de nombreux Rouennais, elle affirme ne pas être suffisamment informée sur les risques réels de l'accident. C'est pour ça qu'elle a contacté franceinfo via notre opération #AlertePollution.

 

 

 

"Ça c'est aussi dans nos poumons"

En attendant, les crèches et les écoles sont restées fermées vendredi dans treize communes. Une simple mesure de précaution, assure le préfet, afin de prendre le temps de nettoyer tous les établissements, même si 3 des 55 écoles de Rouen seulement présentaient des traces de suie. "On a ouvert toutes les fenêtres pour aérer. Une équipe a nettoyé les fenêtres et les rebords, et passé un jet d'eau dans la cour", explique le maire d'Isneauville, Pierre Peltier, qui vient de passer 24 heures l'oreille collée au téléphone avec les autorités. "Les habitants se posent des questions. Ils ont parfois des doutes sur l'information : 'On nous dit que ce n'est pas nocif mais est-ce que c'est vrai ?'" Pour autant, l'élu accueille les événements avec flegme.

 

 

Ne parlons pas de psychose. La population a bien réagi.Pierre Peltier à franceinfo

 

 

Après avoir quitté sa combinaison et son masque, un employé municipal montre sur son téléphone les photos du liner maculé de sa piscine. "On voit même que l'eau a changé de couleur en surface. Je ne vais pas me baigner là-dedans, mais qui va payer les 50 m3 d'eau ?" Son collègue pointe les suies qui crottent encore un véhicule. "Et ça, c'est aussi dans les poumons !" Malgré les fortes pluies de la veille, tout le secteur porte encore les discrets stigmates de l'incendie.

 

 

 

Un employé d\'Isneauville montre une trace de suie sur un véhicule de la mairie, vendredi 27 septembre 2019. 

Un employé d'Isneauville montre une trace de suie sur un véhicule de la mairie, vendredi 27 septembre 2019.  (FABIEN MAGNENOU / FRANCEINFO)


 

"Ce sont des moments extrêmement éprouvants"

La colère couve déjà dans les champs. "Le préfet a complètement zappé qu'il y avait des exploitations", dénonce par exemple Frédéric Dutot. Cet agriculteur de Bois-Guillaume a choisi de confiner sa centaine de vaches laitières, lesquelles vivent donc sur les stocks d'hiver faute d'herbe fraîche. Aux alentours, il suffit de se pencher quelques secondes pour apercevoir d'insidieuses traces noires sur les feuilles de maïs et de betteraves. Faudra-t-il tout jeter ? L'exploitant a contacté tous les services agricoles, mais il n'est guère plus avancé.

 

 

On aimerait avoir des réponses mais personne ne nous dit rien.Frédéric Dutot à franceinfo

 

 

Le matin même, un ensilage de maïs a été suspendu par précaution. Les pertes financières éventuelles pourraient être très lourdes. 

 

 

Un champ de betteraves dans les environs de Rouen, vendredi 27 septembre 2019. 

Un champ de betteraves dans les environs de Rouen, vendredi 27 septembre 2019.  (FABIEN MAGNENOU / FRANCEINFO)

 

 

Pour y voir plus clair, encore faudra-t-il disposer de fines analyses. Le préfet expliquait que 78 mesures avaient déjà été réalisées sur 26 points de la ville de Rouen. Le cocktail présent dans la fumée est essentiellement composé de substances carbonées classiques, de produits huileux, d'additifs chimiques et d'hydrocarbures, "ce qui explique la fumée grasse et noire". Le préfet évoque également des traces "très ponctuelles" de soufre et de "légères" valeurs d'oxyde d'azote.

 

 

De son côté, l'association Robin des bois a l'intention de demander au préfet de la Seine-Maritime d'ouvrir une "enquête environnementale dans les champs, dans les cours d'écoles" en suivant la trajectoire du nuage de fumée. "Ce sont des moments extrêmement éprouvants pour tout le monde, résume le maire de Rouen Yvon Robert. Je comprends les inquiétudes. Je comprends les interrogations, mais je fais appel à la raison."

 

 

 

Franceinfo - le vendredi 27 septembre 2019

 

 

 

Incendie à Rouen : "La ville est clairement polluée, mais les premiers prélèvements sont plutôt rassurants", affirme Agnès Buzyn, la ministre de la Santé

 

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franceinfoRadio France

 

 

Après l'incendie d'une usine classée Seveso à Rouen, dans la nuit de mercredi à jeudi, les minstres de la Transition Écologique, de la Santé et de l'Education se sont rendus sur place. Pour Agnès Buzyn, le type de pollution est "sans conséquences à long terme."

 

 

 

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Des hydrocarbures sur le lieu de l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen (Seine-Maritime), le 27 septembre 2019. (LOU BENOIST / AFP)

 

 

 

Après l'incendie qui a touché l'usine Lubrizol, classée Seveso, dans la nuit de mercredi à jeudi à Rouen, les ministres de la Transition Écologique, de la Santé et de l'Education se sont rendus sur place vendredi 27 septembre pour constater l'ampleur des dégâts.

 

 

Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, a tenu à rassurer la population lors d'un point presse, affirmant "qu'il n'y a eu aucun blessé". "Une cinquantaine d'appels au SAMU ont été recensés mais les gens sont restés chez eux." Cinq personnes fragiles, qui souffraient de troubles respiratoires antérieurs, ont été incommodées et hospitalisés, a détaillé la ministre.

 

 

 

"Il faut nettoyer ces suies"

"La ville est clairement polluée par les suies, il faut voir ça comme des galettes de goudrons sur les plages, si on en voit, il faut nettoyer ces suies, très facilement repérables. Il faut faire en sorte que les enfants ne les manipulent pas, si c'est le cas, il faut leur laver les mains. Les écoles qui sont polluées ont déjà commencé à nettoyer et nous demandons aux familles, qui peuvent repérer ces polluants sur leurs balcons, de nettoyer comme on l’a mentionné, à grande eau", a ensuite conseillé la ministre de la Santé sur franceinfo.

 

 

"Les premiers prélèvements des suies sont plutôt rassurants sur le type de pollution subie par les riverains, qui sont surtout des irritants mais sans conséquences à long terme", a-t-elle ajoutée.

 

 

 

"Pas d'inquiètude sur les premiers prélèvements"

"J’ai été très troublée de voir des gens porter des masques, je comprends parfaitement la population, ce sont des odeurs de soufre qui émanent de l’usine, ce ne sont pas des produits qui entraînent des conséquences à long terme mais peuvent être irritants sur le moment et c’est incommodant. Je comprends que l’on s’inquiète mais il faut nettoyer. Nous n’avons pour l’instant pas d’inquiétude sur les premiers prélèvements qui ont été faits par les pompiers, les autres prélèvements envoyés à l’INERIS seront plus précis", a ajouté Agnès Buzyn.

 

 

Les résultats seront publiés ce vendredi soir sur le site de la préfecture, affirme la ministre, rappelant "la transparence totale dans ce type de crise" et c'est ce que "nous allons continuer à faire", a-t-elle conclu.

 



30/09/2019
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