L'AIR DU TEMPS

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Franceinfo - le mardi 30 avril 2019

 

 

Carrière brisée, PMA… La vie tourmentée de la princesse Masako, nouvelle impératrice du Japon

 

 

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Noémie LeclercqfranceinfoFrance Télévisions

 

 

 

 

Jeune femme promise à un brillant avenir professionnel, la princesse Masako, 55 ans, a dû mettre de côté ses ambitions pour se plier au protocole parfois étouffant de la famille impériale japonaise

 

 

 

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La princesse Masako, à Tokyo (Japon), le 7 janvier 2019.  (YOMIURI / AFP)

 

 

 

Au pays du Soleil levant, on s'apprête à changer d’époque : mercredi 1er mai, le Japon bascule dans l’ère Reiwa après l'abdication de l'empereur Akihito en 2017, et l'arrivée sur le trône de son fils aîné Naruhito, 59 ans. La princesse consort Masako va elle aussi changer de titre et devenir impératrice. Un nouveau défi pour cette femme dont les ambitions de jeunesse ont déjà été balayées par l'entrée dans la famille royale.

 

 

Née Masako Owada à Tokyo en 1963, elle n'a que 2 ans quand sa famille s'installe en Russie. Quelques années plus tard, les Owada déménagent aux Etats-Unis : le père de Masako, diplomate, est nommé vice-ambassadeur aux Nations unies. Masako et ses deux sœurs cadettes passent leurs étés en France et en Allemagne, où elles prennent des cours de langue. Polyglotte, ambitieuse et travailleuse, Masako est taillée pour les meilleures universités. Après le lycée, elle intègre le département d’économie d’Harvard en 1981.

 

 

 

"Une brillante carrière l'attendait"

Là-bas, celle qui se voit bien devenir ministre des Affaires étrangères impressionne ses professeurs. "Masako était une excellente élève, se souvient son mentor de l’époque, William Bossert, auprès de franceinfo. Ses devoirs d’économie étaient bien au-delà du niveau attendu. Elle était très sociable et participait fréquemment aux événements organisés pour les étudiants. Une brillante carrière l’attendait."

 

 

Son diplôme validé magna cum laude (mention bien) en 1985, la jeune femme poursuit ses études à la faculté de droit de Tokyo. En parallèle, elle prend des cours du soir où elle apprend la cuisine traditionnelle du Japon. Non pas pour être une épouse modèle, mais en prévision de ses déplacements à l’étranger : une fois ministre, il faudra bien faire la promotion de son pays.

 

 

En 1986, Masako touche son rêve du doigt. Elle fait partie des 28 retenus sur les 800 candidats au concours d’entrée au ministère des Affaires étrangères. Elle devient alors une des plumes du ministre. Mais une enveloppe, scellée d’un chrysanthème royal, bouleverse son destin.

 

 

 

Une thèse abandonnée par amour et tradition

Dans la foulée de son entrée au ministère, Masako est conviée avec sa famille au palais impérial. Officiellement, pour une réception en l’honneur de l’infante Elena d’Espagne. Officieusement, le dîner doit permettre au prince Naruhito, fils de l’empereur Akihito, de trouver une épouse. A presque 27 ans, le célibataire inquiète le kunaicho, l’Agence impériale. L'institution gouvernementale régit la vie de la famille royale japonaise dans ses moindres détails, des déplacements officiels aux menus quotidiens. C'est elle qui doit veiller à ce que le très lourd protocole impérial soit respecté. Le kunaicho est donc intraitable avec la tradition, et la tradition veut que le prince héritier épouse rapidement une femme qui pourra lui donner un fils.

 

 

D’après le journaliste australien Ben Hills, auteur de la biographie controversée Princesse Masako : prisonnière du trône de chrysanthème, le nom de Masako a été ajouté à la dernière minute sur la liste des invités. "Elle aurait été recommandée par Toru Nakagawa, un ex-ambassadeur de l'Union soviétique, qui connaissait les Owada, et qui avait été un des mentors du prince durant ses études à Oxford", écrit-il. Naruhito tombe immédiatement sous le charme. Il imagine cette jeune femme indépendante et pleine d’esprit en impératrice moderne et impliquée dans la diplomatie du pays.

 

 

 

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Nahurito et Masako lors d'une récéption au Japon en 1997.   (KAZUHIRO NOGI / AFP)

 

 

 

Loin des préoccupations impériales et soutenue par le ministre des Affaires étrangères, Masako part étudier les relations internationales à la prestigieuse université d’Oxford en 1988. Mais il en faut davantage pour décourager le prince transi d’amour.

 

 

Deux ans après leur rencontre, Naruhito fait sa demande en mariage. Masako refuse : elle sait les contraintes auxquelles doivent se plier les membres de la famille impériale. Elle ne souhaite pas renoncer à sa liberté et à sa carrière prometteuse. Mais en 1992, elle cède finalement aux avances du prince. Une décision qui la contraint à abandonner sa thèse, portant sur le rachat des avions militaires japonais par les Etats-Unis dans les années 1980. Deux ans de recherches laissées à l’abandon, car le sujet, trop controversé, risque de froisser sa belle-famille.

 

 

 

Obligée de marcher derrière son mari

En 1993 a lieu le mariage qui officialise l'entrée de Masako dans la famille impériale. Il aura fallu près d’un an au prince pour faire accepter l’union par l’Agence impériale, qui juge la nouvelle princesse trop indépendante, trop occidentalisée, trop roturière. Et puis son grand-père est impliqué dans un scandale d'Etat : une sombre histoire de pollution industrielle à l’origine de l’épidémie de maladie de Minamata, dans les années 1950. Bref, Masako n'est pas au goût de l'institution conservatrice.  

 

 

De son côté, le peuple japonais, qui manifeste habituellement très peu d’intérêt pour la famille impériale, s’éprend de Masako. Celle-ci incarne la possibilité d’une modernisation des institutions impériales, et plus globalement de la société japonaise, où le patriarcat a la peau dure. La presse la compare à la princesse Diana ou à Jackie Kennedy : le Japon va enfin être incarné par une figure féminine forte.

 

 

C'était compter sans le poids des traditions. Ensembles pastel et kimonos traditionnels remplacent les tailleurs de la garde-robe de Masako, qui marche désormais les yeux baissés, toujours quelques pas derrière son mari. La diplomate prometteuse devient une ryosai kenbo. En japonais, une "bonne épouse et mère avisée""C’est quelque chose de très important dans la société japonaise, explique à franceinfo Christine Lévy, historienne spécialiste du féminisme au Japon. On explique aux filles que ce n’est pas parce qu’elles ont accès à l’éducation secondaire qu’elles doivent nourrir des ambitions personnelles."

 

 

 

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En intégrant la famille royale, Masako doit se plier aux traditions. (POOL FOR YOMIURI / YOMIURI)

 

 

 

Ses plans de carrière sont laissés au placard : le prince et la princesse du Japon, qui ont un devoir d’impartialité, n’ont pas le droit de s’impliquer dans des œuvres caritatives. Au palais, les faits et gestes de Masako sont contrôlés. Même pour passer un appel, elle doit avoir l’accord de l’Agence impériale. Et durant les premières années de son mariage, elle vit cloîtrée pour concentrer ses forces sur la conception d’un héritier.

 

 

 

Ils se marièrent et n'eurent pas d’enfant mâle

Il faudra près de cinq ans de mariage pour que Masako tombe enceinte. Alors que la presse commence à relayer l’information, la princesse fait une fausse couche, un événement qui amplifie encore la pression et la plonge dans la solitude. "L’opinion publique commence à se retourner contre elle, se souvient Christine Lévy. Le Japon reste une société très conservatrice" où, pour être une femme accomplie, il faut devenir mère.

 

 

Le temps passe et les chances pour le couple princier d’enfanter s'amenuisent. En 2000, Masako a 37 ans, Nahurito 41. Ils se lancent dans un processus de procréation médicalement assistée, sujet tabou au Japon, encore plus pour la famille impériale. "La conception est compliquée pour beaucoup de Japonaises, explique l'historienne. Se faire aider pour avoir des enfants, c’est très mal vu. Ce que la princesse a vécu à ce moment-là fait écho à ce que vivent beaucoup de femmes." 

 

 

Reste que le parcours permet à Masako de tomber une nouvelle fois enceinte et d'accoucher en 2001… d'une fille. C'est le drame au Palais : les femmes ne peuvent pas accéder au trône du Chrysanthème, la dynastie est menacée d'extinction. "Masako, qui n’avait connu que très peu d’échecs dans sa vie, est pointée du doigt pour avoir échoué à son plus grand devoir en tant que princesse : enfanter un héritier", commente Ken Ruoff, directeur du centre d’études japonaises à l’université de Portland, contacté par franceinfo.

 

 

 

Le stress des princesses

Cet échec plonge la princesse dans une profonde dépression, pendant près de trois ans après la naissance de sa fille. En 2004, les médecins du Palais lui diagnostiquent un "trouble de l’adaptation" en raison du stress lié à sa condition de princesse. Inquiet pour sa femme, Naruhito accuse publiquement l’Agence impériale d’avoir provoqué sa maladie.

 

 

C’est la première fois qu’un membre de la famille impériale tient tête à l’institution et provoque de vifs débats, au sein du gouvernement, sur l'inflexibilité du système impérial. En décembre de la même année, le Premier ministre Junichiro Koizumi lance une consultation sur la possibilité d'autoriser ou non les femmes à accéder au trône. La pression qui pesait sur Masako retombe en 2006, quand le frère de Naruhito a un fils. La relève est assurée, mais les ambitions de modernisation de la loi sont abandonnées.

 

 

 

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La princesse Masako au palais impérial à Tokyo, en 2017. (HANDOUT / IMPERIAL HOUSEHOLD AGENCY)

 

 

 

En 2016, l'état de santé de l'empereur Akihito se dégrade. Il exprime son souhait de se retirer du pouvoir. Premier dans l'ordre de sucession au trône, Nahurito deviendra donc empereur au 1er mai 2019 – et Masako impératrice consort. Lors de son 55e anniversaire, Masako s’est exprimée sur ce futur rôle. Même si elle est "mitigée", elle "fera de son mieux" pour assumer son titre, assure-t-elle. Ses fans se réjouissent : elle a retrouvé en partie le sourire, et sa nouvelle fonction devrait lui faire voir du pays. Mais dans le même temps, les médecins de l’Agence impériale la rappellent à l'ordre. Sa santé est encore fragile, estiment-ils dans un communiqué, il faudra limiter les déplacements. 

 



30/04/2019
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