L'AIR DU TEMPS

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Franceinfo - le dimanche 22 septembre 2019

 

 

Pour le président iranien, la présence de forces étrangères dans le Golfe accroît l'"insécurité"

 

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C'est ce qu'a déclaré le président iranien Hassan Rohani, dimanche, après l'annonce de l'envoi de renforts de troupes américaines dans la région

 

 

 

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Le président iranien Hassan Rohani, à Téhéran, la capitale iranienne, le 18 septembre 2019. (IRANIAN PRESIDENCY / AFP)

 

 

 

Téhéran et Washington poursuivent leur joute verbale. Le président iranien Hassan Rohani a estimé, dimanche 22 septembre, que la présence de force étrangères dans le Golfe accroissait l'"insécurité" dans la régionIl réagissait après l'annonce de l'envoi de renforts de troupes américaines dans la région.

 

 

Parlant à l'ouverture d'un défilé militaire à Téhéran, Hassan Rohani a annoncé que l'Iran présenterait "dans les prochains jours" à l'ONU un plan de coopération destiné à assurer la sécurité "du golfe Persique, du détroit d'Ormuz et de la mer d'Oman" entre pays riverains.

 

 

Vendredi, le ministre américain de la Défense a estimé que l'attaque du 14 septembre contre des installations pétrolières saoudiennes représentait "une escalade spectaculaire de l'agression iranienne". Le nombre exact des troupes et le type d'équipement envoyés en renfort n'ont pas encore été décidés. Mais il s'agira d'un déploiement "modéré", qui ne se comptera pas en milliers, avait précisé le chef d'état-major américain.

 


22/09/2019
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Franceinfo - le vendredi 2 août 2019

 

 

L'article à lire pour comprendre les tensions entre l'Iran et les Etats-Unis dans le détroit d'Ormuz

 

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Leela BadrinathfranceinfoFrance Télévisions

 

 

 

Depuis le début du mois de mai, les altercations diplomatiques se multiplient dans le secteur. Mais quels sont les enjeux dans cette zone historique de conflits ? Et sommes-nous à l'abri de l'éclatement d'une nouvelle guerre au Moyen-Orient ?

 

 

 

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Un pétrolier traverse le détroit d'Ormuz, le 21 décembre 2018 (HAMAD I MOHAMMED / REUTERS)

 

 

 

Bateaux arraisonnés, saisies de navires britanniques et communauté internationale sur les dents : depuis plusieurs semaines, la tension ne cesse de monter entre l'Iran et les Etats-Unis dans le détroit d'Ormuz, passage stratégique du pétrole mondial. Une crise des tankers a également émergé entre Londres et Téhéran, dans la foulée de plusieurs incidents survenus depuis mai dernier et la décision de Washington de rétablir de lourdes sanctions contre l'Iran. Franceinfo reprend le fil. 

 

 

 

Où se trouve le détroit d'Ormuz ?

Le détroit d'Ormuz, qui relie le golfe Persique au golfe d'Oman, est un passage maritime débouchant sur la mer d'Arabie, situé entre l'Iran et le sultanat d'Oman. Long de 63 kilomètres, il est particulièrement vulnérable à cause de sa faible largeur (à peine 40 kilomètres) et de sa profondeur qui n'excède pas les 60 mètres.

 

 

Cette chicane est parsemée de territoires désertiques ou peu habités, mais d'une grande importance stratégique : les îles iraniennes d'Ormuz, et celles de Qeshm et de Larak, face à la rive iranienne de Bandar Abbas. Les navires doivent circuler à travers un fin couloir entre des îles appartenant à Oman, avant de transiter par un chenal entre trois îles contrôlées depuis 1971 par l'Iran. La liberté de navigation y est en théorie garantie par le droit international, via la convention des Nations unies sur le droit de la mer.

 

 

 

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Carte pointant le détroit d'Ormuz.  (GOOGLE MAPS)

 

 

 

Pourquoi est-ce un endroit stratégique ?

Le détroit d'Ormuz permet d'accéder aux plus grands pays producteurs d'hydrocarbures. En plus de l'Iran et des Emirats arabes unis, le golfe Persique borde en effet l'Arabie saoudite, le Qatar, Bahreïn, le Koweït et l'Irak. "Si l'on regarde une carte géographique, on voit que c'est une zone de contact directe entre la République islamique d'Iran d'un côté et les monarchies arabes du Golfe de l'autre", souligne Didier Billion, spécialiste de la Turquie et du Moyen-Orient et directeur adjoint de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). 

 

 

Surtout, le détroit reste la voie de navigation quasi-exclusive reliant les producteurs d'hydrocarbures du Moyen-Orient aux marchés d'Asie, d'Europe et d'Amérique du Nord. Selon l'agence américaine d'information sur l'énergie(en anglais), environ 21 millions de barils ont transité chaque jour par le détroit d'Ormuz en 2018. Cela représente environ 21% de la consommation mondiale de pétrole et un tiers du brut transitant par voie maritime dans le monde. A titre d'exemple, les Etats-Unis, premier producteur mondial et exportateur net de pétrole, ont importé quotidiennement environ 1,4 million de barils de brut passés par le détroit l'année dernière.

 

 

Un quart du commerce mondial de gaz naturel liquéfié y transite également."Si ces eaux devenaient dangereuses, l'approvisionnement de l'ensemble du monde occidental pourrait être menacé", prévient le président d'une association de pétroliers.

 

 

 

Est-ce la première fois que des tensions apparaissent dans cette zone ?

Non, les tensions dans le détroit ne datent pas d'hier. "Depuis 1979, chacun veut l'hégémonie dans la région, se traitant mutuellement d'imposteurs", explique Didier Billion à franceinfo. "Les pays du Golfe accusent les Iraniens d’avoir une velléité hégémonique sur la région et l'Iran les accuse d’être à la solde des Américains." Le Golfe est d'ailleurs l’une des régions les plus militarisées au monde. L'Iran, qui se considère comme le gardien de cette zone, dénonce régulièrement la présence de forces étrangères dans la région, notamment la Cinquième flotte américaine stationnée à Bahreïn. Téhéran a menacé à plusieurs reprises de bloquer le détroit d'Ormuz en cas d'action militaire des Etats-Unis dans la zone. 

 

 

De nombreux incidents se sont ainsi produits au cours des dernières décennies et "la liberté de navigation dans le détroit est régulièrement menacée", souligne Le Figaro. L'une des perturbations majeures du transport pétrolier remonte à 1984, en plein conflit Iran-Irak, durant la "guerre des pétroliers". Plus de cinq cents navires avaient été détruits ou endommagés. C'est aussi à cette période qu'un avion de ligne iranien avait été abattu par la frégate américaine USS Vincennes qui patrouillait dans le détroit. Au total, 290 personnes avaient été tuées. L'équipage du croiseur avait affirmé avoir pris l'Airbus pour un chasseur iranien animé d'intentions hostiles.

 

 

Plus récemment, en avril 2015, des bateaux des Gardiens de la révolution y ont arraisonné un porte-conteneurs des îles Marshall. Le mois suivant, des patrouilleurs iraniens tiraient des coups de semonce en vue d'intercepter un navire commercial singapourien.

 

 

 

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Un pétrolier saoudien brûle dans le golfe ersique, durant la guerre Iran-Irak, en 1984. (SIPA)

 

 

 

Comment a débuté cette crise ?

Les tensions actuelles ont été ravivées il y a un plus d'un an, en mai 2018, par le retrait américain de l'accord international sur le nucléaire iranien. Mais aussi après le rétablissement de lourdes sanctions de Washington contre Téhéran. Cet accord, signé en 2015 par les cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Chine et Russie) ainsi que l'Allemagne, l'Union européenne et l'Iran, avait pour but de contrôler le programme nucléaire iranien et de mettre fin à une série d'embargos mis en place contre la République islamique depuis 1995. Donald Trump avait qualifié de "désastreux" cet accord signé sous la présidence de son prédécesseur, Barack Obama. Il accusait aussi l'Iran, sans preuve empirique, de poursuivre une construction nucléaire malgré l'accord.

 

 

 

 

Le 2 mai dernier, le président américain a décidé d'alourdir un peu plus les sanctions sur l’interdiction faite à l'Iran d’exporter son pétrole. Il a annulé les dérogations accordées à huit pays qui continuaient à acheter du pétrole à Téhéran. Les Etats-Unis ont aussi annoncé le déploiement d'un porte-avions et d'une force de bombardiers au Moyen-Orient, prétextant une"menace" du régime iranien. Le régime iranien a immédiatement riposté en annonçant qu'il allait commencer à enrichir de l'uranium à un niveau interdit par l'accord de 2015.

 

 

Depuis, les tensions n'ont cessé de s'accentuer, avec une série de sabotages et d'attaques visant des pétroliers dans la région. Tous ont été imputés par Washington à Téhéran, qui a démenti en dénonçant la volonté des Etats-Unis de "provoquer un choc" sur le marché pétrolier. Sur le terrain, c'est "plus que jamais la stratégie œil pour œil, dent pour dent [qui a été] enclenchée entre l'Iran et ses adversaires occidentaux", analyse Le FigaroLe 20 juin, des forces iraniennes ont ainsi détruit un drone de surveillance américain qui avait, selon eux, pénétré leur espace aérien. En représailles, Donald Trump a approuvé des frappes contre des radars et des batteries de missiles iraniens... avant de se raviser à seulement dix minutes des tirs. 

 

 

Le 18 juillet, les Etats-Unis ont à leur tour affirmé avoir abattu un drone iranien au-dessus du détroit. La perte de l'appareil a toutefois été démentie par l'Iran. Difficile de démêler le vrai du faux dans ces affrontements diplomatiques. "Ce sont les services de renseignement des différents pays qui sont à la manœuvre. Ce sont des situations délétères où il devient difficile de déterminer qui a fait quoi", précise Didier Billion.

 

 

 

Des navires ont-ils été saisis ?

Oui. Début juillet, le Royaume-Uni est entré dans le jeu en arraisonnant un tanker iranien, le Grace 1, au niveau du détroit de Gibraltar. Le pétrolier acheminait du pétrole vers le port syrien de Banias, en violation des sanctions européennes contre le régime de Damas. "Là, c'est une dynamique différente, on sait que les Britanniques ont fait ça sous forte pression des Etats-Unis", décrypte Didier Billion. 

 

 

Signe que la tension n'est pas retombée, les autorités iraniennes ont à leur tour saisi un pétrolier britannique, le Stena Impero, dans le golfe d'Oman. Une confiscation intervenue quinze jours après l'arraisonnement du Grace 1 par le Royaume-Uni et au lendemain de l'annonce américaine de la destruction d'un drone iranien dans le golfe Persique.

 

 

 

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Capture d'écran de la chaîne officielle iranienne montrant un Gardien de la Révolution patrouiller autour du Stena Impero, le 22 juillet 2019. (IRIB / AFP)

 

 

 

Les tensions peuvent-elles déboucher sur une guerre?

Un conflit ouvert n'est souhaité ni par les Etats-Unis ni par l'Iran. Cependant, il existe un déploiement américain et occidental important dans la région. Les Américains contrôlent ainsi des dizaines de bases militaires en Arabie saoudite, dans les Emirats arabes unis, à Bahreïn et en Irak, selon le site de l'organisation American Security Project. Ali Rastbeen, président de l'académie de géopolitique de Paris, se veut rassurant : "Nous ne sommes pas dans une situation qui débouche sur une guerre. Il n'y a pas assez d'intérêts en jeu." Mais Didier Billion n'est pas de cet avis : "S'il y a une exacerbation des tensions, une étincelle peut mettre le feu aux poudres."  

 

 

Trump n'est pas en faveur de la guerre, mais il a des va-t-en-guerre dans son entourage. Et il est dur de suivre les méandres de son raisonnement...Didier Billion à Franceinfo

 

 

En effet, l'administration Trump compte dans ses rangs des figures telles que Mike Pompeo, ministre des Affaires étrangères, ou John Bolton, conseiller à la Sécurité nationale, connus pour être des partisans des solutions musclées. Pour le spécialiste de la région, la perspective de la campagne présidentielle de 2020 peut toutefois jouer sur la ligne suivie par Washington. "Il serait peu souhaitable pour Donald Trump d'entrer en guerre maintenant", analyse ainsi Didier Billion.

 

 

En outre, d'autres puissances de la région pourraient décider de prendre part à un éventuel conflit. "Certains veulent en découdre", assure Didier Billion, en citant notamment le cas des Saoudiens qui "se sentent invincibles, à tort, car ils sont protégés par les Etats-Unis." Selon lui, Israël montre aussi "une posture guerrière depuis plusieurs années et considère la puissance nucléaire iranienne comme une menace existentielle". De quoi redouter de potentielles escarmouches : "D'ici à l'élection présidentielle américaine, il peut potentiellement y avoir des affrontements à court terme, mais on n'en est pas encore là." 

 

 

 

Comment réagit la communauté internationale ?

Les récents incidents dans le détroit d'Ormuz ont jeté un froid sur la scène internationale. Après la saisie par l'Iran du pétrolier britannique, l'Union européenne a exprimé sa "profonde préoccupation". Vladimir Poutine a, lui, mis en garde contre une "catastrophe" en cas de recours à la force par les Etats-Unis. "Cela provoquerait une flambée des violences et la hausse du nombre des réfugiés", a déclaré le président russe.

 

 

Mais le retour au calme semble compromis. En effet, Washington cherche à mettre sur pied une coalition internationale pour escorter les navires de commerce dans le détroit d'Ormuz. Londres, qui a demandé à ses bateaux d'éviter le détroit,  pousse aussi pour la mise en place d'une "mission de protection maritime dirigée par les Européens" dans le Golfe. Paris, Londres et Berlin prévoient ainsi de "coordonner" leurs moyens et "partager (leurs) informations" dans le Golfe pour y renforcer la sécurité maritime, sans pour autant y déployer des moyens militaires supplémentaires.

 

 

De son côté, la France tente de se poser en médiatrice. Début juillet, Emmanuel Macron a envoyé à Téhéran son conseiller diplomatique Emmanuel Bonne, dans le but de rétablir les négociations. Le chef de l'Etat s'est aussi entretenu à plusieurs reprises avec le président iranien, Hassan Rohani, pour appeler à une "désescalade". Mais cette mission navale européenne n'est pas vue d'un bon œil par l'Iran. Le porte-parole du gouvernement iranien a ainsi dénoncé un "message hostile" et un acte "provocateur" qui va "accentuer les tensions". Il a réitéré la position iranienne selon laquelle la sécurité dans le Golfe doit être assurée par les pays de la région. "La présence de forces étrangères n'aidera pas à (assurer) la sécurité de la région et sera la principale source de tensions", affirme Hassan Rohani.

 

 

 

J'ai eu la flemme de tout lire ;) Vous pouvez me faire un résumé rapide ?

Depuis début mai, les escarmouches entre les Etats-Unis et l'Iran se multiplient dans le détroit d'Ormuz, premier point de passage du pétrole mondial. Entre arraisonnements de pétroliers, drones abattus et accusations mutuelles, la tension n'en finit plus de monter. La crise diplomatique trouve son origine dans la décision unilatérale des Etats-Unis de se retirer de l'accord international sur le nucléaire iranien signé en 2015. Les tensions ont connu un pic fin juin, après que les forces iraniennes ont abattu un drone de surveillance américain qui avait, selon eux, pénétré leur espace aérien. En guise de riposte, Donald Trump a approuvé des frappes de représailles... avant de se raviser.

 

 

Inquiète, la communauté internationale tente d'œuvrer sur le terrain diplomatique pour apaiser les tensions et trouver des solutions. La France essaie de se poser en médiatrice et Emmanuel Macron s'est entretenu plusieurs fois avec son homologue iranien, Hassan Rohani. De son côté, Londres pousse pour la mise en place d'une "mission de protection maritime dirigée par les Européens" dans le Golfe. Une initiative qui ne plaît guère à Téhéran, pour qui "la présence de forces étrangères n'aidera pas à (assurer) la sécurité de la région". La crise dans le détroit d'Ormuz sera l'un des sujets mis sur la table du prochain G7, fin août, à Biarritz.

 


02/08/2019
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Franceinfo - le vendredi 19 juillet 2019

 

 

L'Iran affirme que les Etats-Unis ont abattu un de leurs drones par erreur

 

 

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Contrairement à ce qu'avait annoncé Donald Trump, "aucun drone" iranien n'a été détruit dans le détroit d'Ormuz

 

 

 

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Un drone américain survole l'Iran le 20 juin 2019. (HANDOUT / US AIR FORCE / AFP)

 

 

 

L'incident vire à l'imbroglio diplomatique. Alors que Donald Trump affirmait avoir abattu un drone iranien au-dessus du détroit d'Ormuz, jeudi 18 juillet, car celui-ci s'approchait dangereusement d'un navire américain, le gouvernement iranien annonce une autre version des faits. 

 

 

"J'ai peur que l'USS Boxer ait abattu un de leurs propres [drones] par erreur", annonce vendredi le ministre des Affaires étrangères adjoint iranien, Abbas Araghchi, dans un message écrit en anglais sur Twitter. Il dément ainsi que la République islamique ait perdu, la veille, un appareil sans pilote

 

 

 

 

 

 

"Nous n'avons perdu aucun drone dans le détroit d'Ormuz ou ailleurs", a ajouté Abbas Araghchi. 

 

 

 

Un regain de tension

Les incidents se multiplient entre des navires iraniens et occidentaux dans le détroit d'Ormuz, limitrophe de l'Iran et où transite une grande partie du pétrole mondial. Ces incidents se produisent sur fond de tensions concernant notamment l'accord sur le nucléaire iranien, dont l'Iran a renoncé à appliquer plusieurs engagements en réponse au rétablissement des sanctions américaines.

 

 

 

 

 

Franceinfo - le jeudi 18 juillet 2019 - mis à jour le 19.07.19

 

 

Les Etats-Unis affirment avoir abattu un drone iranien qui s'approchait d'un de leurs navires dans le détroit d'Ormuz

 

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En juin, c'est un drone américain qui avait été détruit par l'Iran. Donald Trump avait affirmé avoir renoncé à la dernière minute à des frappes aériennes en représailles

 

 

 

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L'USS Boxer, navire américain qui a abattu un drone iranien le 18 juillet 2019, ici lors d'un ravitaillement en mer quatre jours plus tôt, sur une photo de la marine américaine qui n'a pas dévoilé sa localisation. (KEYPHER STROMBECK / NAVY OFFICE OF INFORMATION / AFP)

 

 

 

La tension entre Washington et Téhéran va-t-elle encore monter d'un cran ? Les Etats-Unis ont abattu un drone iranien au-dessus du détroit d'Ormuz, a annoncé Donald Trump, jeudi 18 juillet. L'engin s'était approché à moins d'un kilomètre d'un navire américain, l'USS Boxer, qui a entrepris "une action défensive", a affirmé le président américain.

 

 

"C'est le dernier de nombreux actes de provocation et d'hostilité de la part de l'Iran contre des navires opérant dans les eaux internationales", a estimé Donald Trump. Il a affirmé que les Etats-Unis "se réservent le droit de défendre [leur] personnel, [leurs] installations et intérêts", et appelé le reste du monde à "condamner l'Iran".

 

 

Interrogé peu après lors de son arrivée au siège de l'ONU à New York, le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, a affirmé n'avoir "aucune information sur la perte d'un drone".

 

 

 

De nombreux incidents dans le détroit d'Ormuz

Le 20 juin, les Gardiens de la Révolution iraniens avaient annoncé avoir abattu un drone américain qui avait "violé l'espace aérien iranien", ce que Washington conteste. Donald Trump avait affirmé avoir ordonné des frappes aériennes contre l'Iran en réponse, mais avoir décidé à la dernière minute de les annuler pour éviter un lourd bilan humain.

 

 

Les incidents se multiplient entre des navires iraniens et occidentaux dans le détroit d'Ormuz, limitrophe de l'Iran et où transite une grande partie du pétrole mondial. Jeudi, les Gardiens de la révolution ont annoncé qu'ils détenaient un tanker "étranger" qui avait été arraisonné dimanche et se livrait, selon eux, à de la "contrebande" de carburant.

 

 

Ces incidents se produisent sur fond de tensions concernant notamment l'accord sur le nucléaire iranien, dont l'Iran a renoncé à appliquer plusieurs engagements en réponse au rétablissement des sanctions américaines.

 

 


19/07/2019
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Franceinfo - le vendredi 14 juin 2019

 

 

Les Etats-Unis accusent l'Iran d'avoir attaqué des pétroliers dans le Golfe, Téhéran dément

 

 

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L'armée américaine a publié une vidéo censée montrer une patrouille des Gardiens de la révolution retirant une mine-ventouse qui n'avait pas explosé sur une paroi de l'un des deux tankers attaqués

 

 

 

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Capture d'écran d'une vidéo diffusée par l'armée américaine, le 13 juin 2019, censée démontrer la responsabilité de l'Iran dans l'attaque du "Kokuka Courageous". (U.S. MILITARY / REUTERS)

 

 

Les Etats-Unis accusent l'Iran d'être responsable des attaques menées contre deux pétroliers dans le Golfe. "Cette conclusion s'appuie sur des renseignements, sur les armes utilisées, sur le niveau de savoir-faire nécessaire pour mener à bien l'opération", a expliqué Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine, jeudi 13 juin.

 

 

Aucune organisation à la solde d'une puissance, dans la région, ne dispose des ressources et de l'efficacité requises pour passer à l'acte avec un tel degré de complexité.Mike Pompeolors d'une allocution solennelle

 

 

L'armée américaine a en outre publié une vidéo censée accabler l'Iran. La vidéo montrerait une patrouille des Gardiens de la révolution islamique, le corps d'élite de l'armée iranienne, retirant une mine-ventouse qui n'avait pas explosé sur une paroi de l'un des deux tankers attaqués jeudi dans le golfe d'Oman.

 

 

Téhéran a aussitôt répliqué en dénonçant des "affirmations incendiaires" et une "campagne anti-iranienne". "L'Iran rejette catégoriquement les accusations infondées des Etats-Unis et les condamne dans les termes les plus forts", a déclaré la mission iranienne auprès de l'ONU dans un communiqué jeudi soir. Sur Twitter, le ministre des Affaires étrangères iranien a accusé Washington de "sabotage diplomatique".

 

 

 

 

 

 

Deux pétroliers, norvégien et japonais, ont été la cible jeudi d'attaques d'origine indéterminée, un mois après le sabotage de quatre navires, dont trois pétroliers, au large des Emirats arabes unis. Washington avait alors déjà pointé l'Iran du doigt.

 


14/06/2019
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Franceinfo - le mercredi 8 mai 2019

 

 

Accord sur le nucléaire iranien : six questions sur la nouvelle crise diplomatique qui inquiète le monde

 

 

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Les dirigeants iraniens ont suspendu une partie de leurs engagements et donné soixante jours aux Européens, Chinois et Russes pour mettre en œuvre leurs promesses de protéger Téhéran contre les sanctions économiques de Washington

 

 

 

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 Le bâtiment du réacteur nucléaire de Bushehr, dans le sud de l'Iran, le 26 février 2006. (BEHROUZ MEHRI / AFP)

 

 

 

La menace planait depuis des mois. Un an jour pour jour après l'annonce du retrait américain de l'accord sur le nucléaire iranien, l'Iran a suspendu, mercredi 8 mai, une partie de ses engagements. Le pouvoir iranien a donné soixante jours aux cinq autres pays signataires restants (France, Allemagne, Royaume-Uni, Russie et Chine) pour tenir leurs promesses de protéger Téhéran contre les sanctions de Washington. Ce nouveau regain de tensions internationales soulève de nombreuses questions.

 

 

 

1 - Que prévoit l'accord sur le nucléaire iranien ?

L'accord sur le nucléaire iranien a été conclu à Vienne le 14 juillet 2015 et validé par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. Il a été paraphé par l'Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni), plus l'Allemagne. Il a permis de réintégrer l'Iran dans le concert des nations. Il a surtout mis fin à des années d'isolement du pays, en levant une partie des sanctions économiques internationales qui pesaient sur lui. En échange, la République islamique a accepté de brider son programme nucléaire. L'objectif est de rendre quasiment impossible pour l'Iran la fabrication d'une bombe atomique, tout en assurant à Téhéran – qui dément toute visée militaire – le droit de développer une filière nucléaire civile.

 

 

 

2 - Quels étaient les engagements précis de Téhéran ?

L'Iran s'est engagé à revoir à la baisse ses capacités nucléaires. Le pays a ainsi réduit à 5 060 le nombre de ses centrifugeuses en activité servant à enrichir l'uranium – contre plus de 19 000 au moment de la signature de l'accord – et s'est engagé à ne pas dépasser ce nombre pendant dix ans. Téhéran a également accepté de modifier son réacteur à eau lourde d'Arak, de manière à rendre impossible la production de plutonium à usage militaire dans cette installation. Le pouvoir iranien a ainsi limité son stock d'eau lourde à 130 tonnes maximum, et ses réserves d'uranium enrichi (UF6) à 300 kilos, et a renoncé à enrichir l'uranium à un taux supérieur à 3,67%. 

 

 

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui est chargée de vérifier sur le terrain l'application de l'accord, a jusqu'à présent toujours attesté que Téhéran respectait ses engagements, comme en atteste le dernier rapport trimestriel dévoilé le 22 février 2019. L'agence onusienne a notamment attesté que l'Iran n'avait pas enrichi d'uranium à des degrés prohibés, ni constitué de stocks illégaux. Mais en revenant sur ses engagements, mercredi, la République islamique a annoncé qu'elle allait s'affranchir de deux de ses engagements : limiter ses réserves d'eau lourde et celles d'uranium enrichi.

 

 

 

3 - Dans quel contexte survient cette décision du pouvoir iranien ?

L'annonce de Téhéran survient dans un climat de tensions exacerbées entre l'Iran et les Etats-Unis, alimentées par le durcissement constant de la position de l'administration américaine à l'égard du régime iranien depuis le début de l'année 2018.

 

 

En janvier de l'année dernière, Donald Trump a dénoncé les "terribles lacunes" de l'accord et exigé un nouveau pacte avec Téhéran. Il a laissé jusqu'au 12 mai 2018 aux Européens pour le conclure. Mais le 8 mai, sans attendre l'expiration de son ultimatum, le président américain a annoncé le retrait unilatéral des Etats-Unis de l'accord et le rétablissement des sanctions vis-à-vis de Téhéran, en rupture avec l'engagement de son prédécesseur démocrate, Barack Obama.

 

 

Le 7 août, un premier train de sanctions est rétabli, avec le blocage des transactions financières et des importations de matières premières. Des mesures qui pénalisent les achats dans les secteurs de l'automobile et de l'aviation commerciale. Le 5 novembre, le deuxième train de sanctions touche cette fois les secteurs pétrolier et financier. Le 7 mars 2019, Washington hausse encore un peu plus le ton et réclame des sanctions internationales contre l'Iran, accusé par les Etats-Unis de violer la résolution de l'ONU et de déstabiliser le Moyen-Orient par ses essais de missiles.

 

 

Le 8 avril, les Etats-Unis prennent un décision symbolique en plaçant les Gardiens de la révolution, armée idéologique du régime, sur leur liste des "organisations terroristes étrangères", de même que la force al-Qods, chargée des opérations extérieures des Gardiens. Et le 22 avril, Donald Trump décide de mettre fin, à partir de début mai, aux exemptions permettant à huit pays (Chine, Inde, Turquie, Japon, Corée du Sud, Taïwan, Italie et Grèce) d'acheter du pétrole iranien.

 

 

Et la crise a pris une tournure militaire ces derniers jours. Le 5 mai, le conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton, annonce le déploiement dans le Golfe d'un porte-avions accompagné de son groupe aéronaval, et d'une force de bombardiers. Le 7 mai, le Pentagone annonce dépêcher plusieurs bombardiers B-52 dans le Golfe. Et le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, en visite surprise à Bagdad, accuse alors Téhéran de préparer des "attaques imminentes" contre les forces américaines.

 

 

 

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Le porte-avions américain "USS Abraham Lincoln" entrant en mer Méditerranée par le détroit de Gibraltar, le 13 avril 2019, dans le cadre du déploiement d'une force militaire américaine au Moyen-Orient. (US NAVY / REUTERS)

 

 

 

La campagne contre l'Iran vise, selon Washington, à mettre fin aux "activités déstabilisatrices" de Téhéran au Moyen-Orient, notamment au Liban via le mouvement chiite Hezbollah, au Yémen à travers les rebelles Houthis et en Syrie par son soutien au régime de Bachar Al-Assad. Donald Trump a fait de l'Iran son ennemi numéro un au Moyen-Orient, car elle est "sa porte de sortie", explique le géopolitologue Dominique Moïsi dans Les Echos. "L'Amérique a échoué face aux talibans en Afghanistan, elle n'a pas su s'imposer en Syrie, et son plan de paix israélo-palestinien n'a aucune chance d'aboutir. Reste l'Iran, où la ligne dure de Donald Trump peut l'aider à se faire réélire en 2020."

 

 

 

4 - Pourquoi la République islamique lance-t-elle son ultimatum maintenant ?

Le retour des sanctions américaines mine l'économie iranienne. Fin janvier 2018, Paris, Berlin et Londres ont bien tenté de mettre en place le mécanisme de troc Instex – une sorte de chambre de compensation – pour permettre aux entreprises de l'Union européenne de commercer avec l'Iran en contournant les sanctions américaines. En vain. Européens, Chinois et Russes ont été jusqu'à présent incapables de respecter leur promesse de permettre à l'Iran de bénéficier des avantages économiques que le pays escomptait de l'accord. L'allemand Daimler, numéro un mondial de la voiture haut de gamme, a ainsi cessé ses activités en Iran. Les constructeurs français Renault et PSA ont eux aussi mis fin à leurs activités ou projets de production de voitures en Iran. De même, le géant pétrolier français Total s'est désengagé de ses projets de plusieurs milliards de dollars. D'autres grandes entreprises étrangères ont fait de même.

 

 

 

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Des Iraniens manifestent autour d'un masque du président américain Donald Trump, le 12 avril 2019 à Téhéran (Iran), après l'inscription par l'administration américaine des Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes. (ROUZBEH FOULADI / NURPHOTO / AFP)

 

 

 

La crise actuelle semble partie pour être pire que la récession de 2012-2013, lorsque les sanctions internationales contre le programme nucléaire de Téhéran et ses projets de développement balistique avaient produit leur effet maximal. Depuis le 8 mai 2018, le rial iranien s'est déprécié de plus de 57% par rapport au dollar sur le marché libre, engendrant une forte poussée de l'inflation. Celle-ci atteint désormais 51% en glissement annuel, contre 8% il y a un an, selon le taux officiel.

 

 

Selon le Fonds monétaire international, le PIB de la République islamique va chuter de 6% en 2019, après un recul de 3,9% en 2018. La chute pourrait être plus brutale encore, puisque cette prévision a été formulée avant les annonces américaines de fin avril. La hausse des prix touche tout particulièrement la nourriture. Dans certains magasins de la capitale, la viande rouge devient même difficile à trouver. L'Iran est pris à la gorge économiquement.

 

 

 

5 - Qu'espère obtenir Téhéran avec cet ultimatum ?

Téhéran a donné deux mois aux Européens pour trouver une solution permettant de sortir réellement les secteurs pétrolier et bancaire iraniens de leur isolement provoqué par les sanctions économiques américaines. Faute de quoi la République islamique renoncera à d'autres engagements.

 

 

 

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Le président iranien Hassan Rohani, lors de la réunion de son cabinet, le 8 mai 2019 à Téhéran (Iran). (PRESIDENCE IRANIENNE / AFP)

 

 

 

Pour Robert Kelley, expert à l'Institut international de Stockholm pour la recherche sur la paix (Sipri) interrogé par l'AFP, "il s'agit pour [le pouvoir iranien] de sauver la face". Les dirigeants iraniens, juge cet ancien inspecteur de l'AIEA, "sont entre le marteau et l'enclume". "Ils ont conclu un accord qui n'est pas respecté par l'autre partie. En fait, ils sont tombés dans le piège que leur ont tendu les Américains." "Y a-t-il un enjeu stratégique ? Font-ils ces annonces parce qu'ils veulent construire des armes ? Certainement pas", estime cet ex-haut responsable du programme nucléaire américain. "Ils estiment devoir continuer de produire de l'uranium pour sauver la face, même si, en réalité, ils n'en ont pas vraiment besoin."

 

 

 

6 - L'Iran va-t-il relancer son programme nucléaire militaire ?

 

"Ce n'est pas parce qu'ils produisent des matériaux nucléaires et dépassent les limites [de stocks] autorisées qu'ils vont construire une arme nucléaire. Le chemin est extrêmement long", assure l'expert du Sipri. "Quand les gens entendent 'uranium', ils pensent à la bombe. Mais il y a peu de rapport entre de l'uranium enrichi [à 3,67%] et la bombe. Idem pour l'eau lourde : ils n'ont plus de réacteur utilisant de l'eau lourde. Ils la produisent juste pour dire : 'Nous pouvons le faire et vous n'avez pas à nous dire ce qu'on a le droit de faire ou pas'. Il n'y a aucune portée stratégique. Le vrai enjeu, ce sont les sanctions sur le pétrole." Et Robert Kelley de conclure : "Tant que tout est sous le régime de vérification de l'AIEA et soumis à des inspections quotidiennes, tout le monde saura exactement ce qui se passe."

 


09/05/2019
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Franceinfo - le mercredi 8 mai 2019

 

 

Accord sur le nucléaire iranien : Téhéran suspend certains de ses engagements et lance un ultimatum aux signataires

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

L'Iran a pour l'instant fait le choix de ne plus limiter ses réserves d'eau lourde et d'uranium enrichi, comme il s'y était engagé au titre de l'accord international de 2015 sur son programme nucléaire

 

 

 

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Une photo prise par la présidence iranienne montrant le président iranien, Hassan Rouhani, avec le directeur de l'organisation de technologie nucléaire iranienne, Ali Akbar Salehi, le 9 avril 2019 à Téhéran (Iran).  (HO / IRANIAN PRESIDENCY / AFP)

 

 

 

 

L'Iran décide de revenir sur certains points de l'accord de Vienne, de non-prolifération nucléaire. Téhéran a fait le choix de cesser d'appliquer "certains" de "ses engagements" pris dans le cadre de cet accord international sur son programme nucléaire en 2015, indique le ministère des Affaires étrangères iranien dans un communiqué, mercredi 8 mai.

 

 

Selon le ministère, la décision a été notifiée officiellement en début de matinée, à Téhéran (Iran), aux ambassadeurs des pays restant parties dans cet accord : l'Allemagne, la Chine, la France, la Grande-Bretagne et la Russie. Il y a exactement un an, les Etats-Unis se sont retirés de ce pacte, rétablissant des sanctions économiques envers l'Iran suspendues avec l'application de l'accord. 

 

 

Les mesures prises par les Etats-Unis, en particulier depuis un an mais aussi avant (...) leur retrait (de l'accord), avaient clairement pour but de causer une interruption de l'application (de cet accord).Mohammad Javad Zarif, ministre des Affaires étrangères iranien

 

 

L'Iran a fait preuve jusque-là de "patience", mais la République islamique juge désormais "approprié de cesser d'appliquer certains des engagements et mesures volontaires" qu'elle a prise dans le cadre de cet accord, a ajouté le ministre des Affaires étrangères iranien, dans des propos retransmis par la télévision d'Etat.

 

 

 

L'Iran cesse de limiter son stock d'uranium enrichi

Néanmoins, "l'Iran ne se retirera pas" de cet accord, a insisté Mohammad Javad Zarif. Téhéran a pour l'instant décidé de ne plus limiter ses réserves d'eau lourde et d'uranium enrichi, comme il s'y était engagé au titre de l'accord international de 2015, a indiqué le Conseil suprême de la sécurité nationale iranien. Téhéran donne également "60 jours" aux pays restant parties à ce pacte pour "rendre opérationnels leurs engagements, en particulier dans les secteurs pétrolier et bancaire", sous peine de voir l'Iran renoncer à appliquer d'autres de ses engagements, a ajouté le Conseil.

 

 

Conclu à Vienne en juillet 2015, et validé par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, l'accord sur le nucléaire iranien a permis à Téhéran d'obtenir une levée d'une partie des sanctions internationales visant l'Iran. En échange, le pays avait accepté de limiter drastiquement son programme nucléaire, et s'est engagé à ne jamais chercher à se doter de l'arme atomique. 

 

 

L'annonce iranienne intervient dans un climat de tensions exacerbées avec les Etats-Unis. Le Pentagone a annoncé dépêcher plusieurs bombardiers B-52 dans la région du Golfe. Le secrétaire d'Etat américain, Mike Pompeo, a fait mardi une visite surprise à Bagdad, affirmant disposer d'informations indiquant "une escalade des activités de l'Iran". Ce dernier a accusé Téhéran de préparer des "attaques imminentes" contre les forces américaines dans la région.

 


08/05/2019
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Franceinfo - le mercredi 31 octobre 2018

 

 

Le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi était "prémédité", annonce le procureur turc chargé de l'enquête

 

 

Jamal Khashoggi a été tué par "strangulation" au consulat de son pays à Istanbul et son corps "démembré", précise aussi le procureur d'Istanbul

 

 

 

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Des manifestants decant l'ambassade saoudienne, à Washington (Etats-Unis), le 8 octobre 2018.  (JIM WATSON / AFP)

 

 

 

Le journaliste Jamal Khashoggi a été tué par "strangulation" à son arrivée au consulat saoudien en Turquie, le 2 octobre, avant d'être "démembré". C'est ce qu'a annoncé le procureur d'Istanbul, mercredi 31 octobre, soulignant le caractère "prémédité" de ce meurtre. Expliquant que la visite à Istanbul du procureur général saoudien dans le cadre de l'enquête "n'a pas donné de résultat concret", le bureau du procureur d'Istanbul se dit dans un communiqué "obligé" de partager certains éléments révélés par son enquête.

 

 

Conformément à un plan prémédité, la victime Jamal Khashoggi a été étranglée à mort dès son entrée au consulat. Le corps de la victime a été démembré et on s'en est débarrassé suite à sa mort par strangulation.communiqué du bureau du procureur d'Istanbul

 

 

Selon le texte du bureau du procureur, les autorités turques ont de nouveau demandé au procureur saoudien et la délégation l'accompagnant l'extradition de 18 suspects arrêtés en Arabie saoudite dans le cadre de l'enquête sur la mort du journaliste, tué dans le consulat de son pays où il s'est rendu le 2 octobre pour des démarches administratives.

 

 

 

Ryad évoque une opération "non autorisée"

Elles ont également exigé de savoir où se trouvait le corps de Khashoggi, toujours pas retrouvé, et l'identité du "collaborateur local" mentionné par Ryad et si des éléments confirmant le caractère prémédité du meurtre avaient été mis au jour par Ryad. En guise de réponse, toujours selon le communiqué, le procureur d'Istanbul a été invité à se rendre en Arabie saoudite avec les éléments de l'enquête en sa possession. Le communiqué n'a pas précisé si le procureur turc entend donner suite à cette invitation.

 

 

Ryad a estimé, selon le texte, que seule une enquête conjointe entre les deux pays pourra permettre de déterminer ce qu'il est advenu du corps de Khashoggi et si son meurtre a été prémédité. Sous la pression internationale, Ryad a fini par reconnaître, après plusieurs jours de dénégations, le meurtre du journaliste dans son consulat lors d'une opération "non autorisée", mais a avancé plusieurs versions contradictoires qui ont suscité le scepticisme.

 

 

Plusieurs responsables et médias turcs ont directement incriminé le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dit MBS, dans ce meurtre, alors que Ryad s'efforce de le dédouaner en insistant sur le caractère "non autorisé" de l'opération.

 


12/11/2018
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Franceinfo - le mercredi 24 octobre 2018

 

 

Affaire Khashoggi : le prince héritier d'Arabie saoudite assure que "la justice prévaudra" après le meurtre du journaliste

 

 

Mohammed ben Salmane s'est exprimé pour la première fois sur l'affaire Kashoggi lors d'un forum international sur l'investissement à Riyad

 

 

 

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Le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane à Riyad, le 23 octobre 2018. (AMR NABIL/AP/SIPA / AP)

 

 

 

Le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane a qualifié mercredi 24 octobre de "crime haineux" le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat d'Istanbul (Turquie), affirmant que Riyad coopérait avec Ankara et que "la justice prévaudra". S'exprimant lors d'un forum international sur l'investissement à Riyad, le prince a estimé qu'il n'y aurait "pas de rupture des liens avec la Turquie", dans ses premières déclarations publiques depuis la disparition de Khashoggi le 2 octobre.

 

 

Ceux qui sont derrière ce crime devront rendre des comptes (...) et, à la fin, la justice prévaudra.Mohammed ben Salmanelors d'un forum à Riyad

Plus tôt, la présidence turque avait indiqué que le président Recep Tayyip Erdogan et Mohammed ben Salmane avaient discuté mercredi des "efforts communs" à mettre en œuvre pour élucider le meurtre de Khashoggi, un journaliste critique du prince héritier. L'Arabie saoudite avait d'abord affirmé que Khashoggi était parti librement après s'être rendu au consulat pour des démarches administratives en vue de son mariage avec une Turque.

 

 

Cependant, alors que la pression internationale montait, le royaume a admis samedi dernier qu'il était mort dans le consulat, évoquant un décès à la suite d'une "rixe". Riyad a annoncé des arrestations et des limogeages, notamment à la tête des services de renseignement. Des responsables saoudiens ont affirmé que le prince Mohammed n'avait "pas été informé" de l'opération contre Khashoggi.

 


29/10/2018
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Franceinfo - le mardi 23 octobre 2018 - mis à jour le mercredi 24 octobre 2018

 

 

Meurtre de Jamal Khashoggi : "tous ceux qui ont joué un rôle" doivent être punis, déclare Recep Tayyip Erdogan

 

 

 

Le président turc s'est exprimé mardi devant les parlementaires de son parti à Ankara, trois semaines après la mort du journaliste saoudien

 

 

 

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Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, le 23 octobre 2018 à Ankara (Turquie). (ERCIN TOP / ANADOLU AGENCY / AFP)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé mardi 23 octobre que toutes les personnes impliquées dans le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, y compris les commanditaires, devaient être punies. "La conscience internationale ne sera apaisée que lorsque toutes les personnes impliquées, des exécutants aux commanditaires, auront été punies", a-t-il déclaré, proposant que 18 suspects arrêtés en Arabie "soient jugés à Istanbul".

 

 

Un "meurtre planifié". Dans ce discours prononcé devant le groupe parlementaire de son parti à Ankara, Erdogan a affirmé que le meurtre de Khashoggi le 2 octobre avait été "planifié" plusieurs jours à l'avance, contredisant la version saoudienne faisant état d'une rixe ayant mal tourné.

 

 

Trois agents saoudiens arrivés en Turquie la veille de la disparition. Le président turc a révélé que trois agents saoudiens étaient arrivés en Turquie la veille de la disparition du journaliste. Le trio s'est rendu dans une forêt proche d'Istanbul ainsi qu'à Yalova, une ville située sur la mer de Marmara, à 90 km au sud d'Istanbul, deux sites où la police turque a procédé à des fouilles.

 

 

La vidéosurveillance du consulat désactivée le matin même. Le président turc n'a pas donné d'éléments sur ce qui a pu se produire à l'intérieur du consulat saoudien, avant et après la mort du journaliste. Il affirme que le circuit de vidéosurveillance du consulat a été "désactivé" le matin de la disparition du journaliste et que l'enquête ne sera pas terminée tant que "toutes les questions n'auront pas de réponse".

 


29/10/2018
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Franceinfo - le samedi 20 octobre 2018

 

 

Mort du journaliste Jamal Khashoggi : la France "condamne ce meurtre" et réclame "une enquête exhaustive"

 

 

Le même jour, l'Arabie saoudite a fini par reconnaître la mort du journaliste, après dix-sept jours de dénégations

 

 

 

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Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, le 6 septembre 2018 à Athènes. (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

 

 

 

"La France condamne ce meurtre avec la plus grande fermeté." Samedi 20 octobre, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian a réagi à la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Le même jour, l'Arabie saoudite a fini par reconnaître sa mort, après dix-sept jours de dénégations. "De nombreuses questions restent toutefois sans réponse. Elles nécessitent une enquête exhaustive", réclame le ministre, dans un communiqué.

 

 

Le procureur général Saoud Al-Mojeb a publié un communiqué sur le déroulement des faits. "Les discussions qui ont eu lieu entre lui et les personnes qui l'ont reçu au consulat saoudien à Istanbul ont débouché sur une rixe à coups de poing avec le citoyen Jamal Khashoggi, ce qui a conduit à sa mort, que son âme repose en paix", écrit-il. Il n'a, en revanche, pas précisé où se trouvait le corps de Jamal Khashoggi, alors que les enquêteurs turcs poursuivent leurs investigations.

 

 

"La France exprime une nouvelle fois ses attentes à l’égard des autorités saoudiennes pour qu’elles agissent en ce sens. Ces attentes sont d’autant plus fortes que nos deux pays sont liés par un partenariat stratégique qui implique franchise, exigence et transparence", détaille le ministre français dans son communiqué.

 


26/10/2018
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Franceinfo - le samedi 20 octobre 2018 - mis à jour le mardi 23.10.18

 

 

Complots, purges, guerre… Mohammed ben Salmane, l'itinéraire d'un prince à la main de fer

 

 

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Camille CaldiniFrance Télévisions

 

 

 

Le prince-héritier d'Arabie saoudite a montré au monde un visage de réformateur, tout en faisant preuve de brutalité dans sa gestion des affaires du pays

 

 

 

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 Le prince héritier Mohammed ben Salmane (à droite), et son père le roi Salmane d'Arabie saoudite, lors d'une réunion à La Mecque, le 11 juin 2018. (BANDAR AL-JALOUD / SAUDI ROYAL PALACE / AFP)

 

 

 

Il voulait "faire entrer l'Arabie saoudite dans le XXIe siècle". Jeune, dynamique, réformateur, prônant "un islam du juste milieu"… Mohammed ben Salmane, prince-héritier du trône saoudien, a dépensé beaucoup d'énergie et de pétrodollars, pour tisser et renforcer ses relations économiques et diplomatiques avec les alliés du royaume, Etats-Unis en tête, ces dernières années. Mais l'affaire Jamal Khashoggi, journaliste saoudien dont l'Arabie saoudite a confirmé, samedi 20 octobre, la mort lors d'une "rixe" au consulat de son pays à d'Istanbul, début octobre, jette une lumière crue sur la face sombre de "MBS".

 

 

>> DIRECT. Affaire Khashoggi : le président turc Recep Tayyip Erdogan s'exprime devant le Parlement, trois semaines après la mort du journaliste

 

 

Dans les rues de Riyad, on l'appelle parfois "Abu Rasasa", littéralement "le père de la balle". Le surnom lui vient d'une anecdote, murmurée jusque dans les couloirs des ambassades. Lorsqu'il était âgé d'à peine plus de 20 ans, MBS aurait forcé la main d'un juge saoudien qui refusait de signer un document, en déposant une balle de pistolet sur son bureau, raconte The Atlantic*. "Signez ou ceci est pour vous", aurait-il ajouté. Véridique ou non, "l'histoire de la balle" révèle la crainte qu'inspire déjà le jeune MBS, qui n'a pas encore entamé sa fulgurante ascension des marches du pouvoir.

 

 

 

Passage en force au royaume

Son père, Salmane ben Abdel Aziz Al-Saoud, succède à Abdallah sur le trône, en 2015, et MBS est nommé ministre de la Défense. A tout juste 30 ans, il déclenche, par son intervention militaire au Yémen, ce qui est aujourd'hui considéré comme la pire catastrophe humanitaire du XXIe siècle, qui a fait plus de 10 000 morts, affamé des millions de Yéménites et entraîné une terrible épidémie de choléra. Trois ans plus tard, MBS refuse toujours de se retirer du conflit, au risque de céder le terrain à son ennemi juré, l'Iran, avec lequel il se dispute le statut de chef de file des Etats musulmans.

 

 

Quelques semaines avant ses 32 ans, Mohammed ben Salmane est propulsé héritier du trône, à la place de son respecté cousin Mohammed ben Nayef, alors ministre de l'Intérieur. Salmane offre ainsi les clés du royaume à son "fils préféré", "né de son épouse préférée", précise la presse internationale. Mais pour convaincre le Conseil d'allégeance, qui détermine la succession au trône, MBS a joué des coudes. Son entourage a mené une efficace campagne de dénigrement, en décrivant Mohammed ben Nayef, dépendant aux antidouleurs depuis une tentative d'assassinat d'Al-Qaïda, comme un drogué inapte à gouverner, raconte le New York Times*. Ne reste alors qu'à convoquer "MBN" pour le pousser à faire allégeance à son cousin.

 

 

Contrairement à celle de Mohammed ben Nayef, la légitimité du nouveau dauphin n'a rien d'évidente. "Même s'il est de plus en plus présent auprès de son père, il reste inconnu sur la scène internationale", rappelle Camille Lons, chercheuse et coordinatrice au Conseil européen des relations internationales (ECFR), à franceinfo. Très vite se dessine "une hypercentralisation des pouvoirs entre ses mains, peut-être justement pour compenser son manque de légitimité", poursuit cette spécialiste de la péninsule arabique. En plus de la Défense, MBS hérite des Affaires économiques et du Développement et devient président du Conseil suprême de la compagnie pétrolière Saudi Aramco.

 

 

 

Une "Vision 2030" qui séduit le monde

Dans ce pays où des centaines de princes vivent grassement de la rente pétrolière, "cela lui permet d'avoir la mainmise sur les différentes factions", explique Camille Lons, en particulier celles qui pourraient se rebeller. MBS a alors les mains libres pour présenter au monde, en octobre 2017, son projet pour l'Arabie saoudite du futur, baptisé "Vision 2030". MBS invite le gotha international des affaires et met des étoiles dans les yeux des investisseurs en affichant ses ambitions : faire sortir l'Arabie saoudite de sa dépendance au pétrole, "renouer avec un islam modéré" en "éradiquant les idées extrémistes" et répondre, sur le plan social, aux demandes d'une population jeune et hyper-connectée, qui parfois étouffe dans cette société sclérosée.

 

 

Riyad mise beaucoup sur une mesure pragmatique et symbolique : les femmes ont désormais le droit de conduire. Economiquement, c'est une nécessité. "La moitié de la population qui ne travaille pas, c'est un problème", résume la chercheuse Camille Lons. A l'international, c'est un progrès très remarqué et applaudi. MBS veut aussi rouvrir des cinémas, bannis depuis plus de trente ans, et bâtir Neom, une ville orientée vers le loisir et le divertissement, où les femmes pourraient apparaître en public non voilées. De quoi montrer aux religieux les plus conservateurs que MBS n'a que faire de leur avis. "C'est aussi une façon d'ouvrir le pays au tourisme et, là encore, c'est profitable à l'économie du pays", poursuit Camille Lons. Sans compter que "dans un régime autocratique, accorder une certaine souplesse sociétale, c'est s'assurer une mainmise politique", selon elle.

 

 

Mais le réformateur MBS envoie des signaux contradictoires. Tandis qu'il lève l'interdiction faites aux Saoudiennes de conduire, il fait arrêter des militantes féministes qui ont lutté pour cette ouverture. "Tout en ayant accordé aux habitantes du royaume plus de droits qu'aucun souverain avant lui, MBS s'oppose d'une main de fer à l'émergence d'un mouvement de défense des droits des femmes à part entière", analyse Le Monde. Son image de réformateur s'écorne un peu plus au fil de ses décisions. En septembre 2017, il fait jeter en prison des intellectuels, des religieux, des militants des droits de l'homme. "C'est là que Jamal Khashoggi décide de s'exiler aux Etats-Unis", rappelle l'ancienne correspondante de Radio France à Riyad, Clarence Rodriguez, à franceinfo.

 

 

 

Une purge "pour plaire aux Occidentaux"

Deux mois plus tard, MBS organise une purge, "appelée anticorruption pour plaire aux Occidentaux", selon la journaliste. Plus de 380 princes, ministres et anciens ministres, hommes d'affaires, sont embastillés dans le luxueux hôtel Ritz-Carlton de Riyad, tandis que les puissants chefs de la Garde nationale saoudienne et de la marine sont limogés. La plupart ne sont relâchés qu'après avoir ouvert leur portefeuille ou rendu des biens considérés par MBS comme "mal acquis". Les caisses du royaume sont renflouées de 100 milliards de dollars. Près d'un an plus tard, "de nombreux hommes d'affaires et princes saoudiens portent un bracelet électronique et ont interdiction de quitter le royaume", selon Clarence Rodriguez.

 

 

Mohammed ben Salmane se fait beaucoup d'ennemis au sein des élites, y compris dans sa propre famille. "Mais tout est arrivé tellement vite, les réformes comme les purges, qu'il y a eu comme un effet de sidération", estime Camille Lons. Y compris hors des frontières. En août 2018, seul le Canada se dit "gravement préoccupé" par une vague d'arrestations de militants des droits de l'homme. Un tweet de l'ambassade canadienne à Riyad appelant à "les libérer immédiatement" déclenche une crise diplomatique. L'ambassadeur Dennis Horak est expulsé, Riyad rappelle son représentant à Ottawa et gèle les relations commerciales entre les deux pays. 

 

 

Pourquoi ce "silence assourdissant", dénoncé par nombre d'ONG ? "Le problème pour les Etats-Unis, c'est que Donald Trump a mis tous ses œufs dans le même panier", analyse Camille Lons, "en organisant toute sa politique au Proche-Orient autour de sa relation avec l'Arabie saoudite""Quant à la France, elle a un impact très limité : si elle arrête de vendre des armes à l'Arabie saoudite, un autre pays prendra sa place", assure la chercheuse Camille Lons à franceinfo.

 

 

 

La "goutte d'eau qui fait déborder le vase"

La mort suspecte de Jamal Khashoggi, Saoudien exilé aux Etats-Unis, éditorialiste au Washington Post, va-t-elle rebattre les cartes ? Tandis que les premiers éléments de l'enquête pointent l'implication de l'entourage direct de Mohammed ben Salmane, le vent tourne. Le "Davos du désert", conférence économique organisée à Riyad, qui devait accueillir des centaines d'investisseurs étrangers, est boycotté par ses têtes d'affiche, repoussées par cette image d'autocrate.

 

 

C'est un "mauvais coup pour le jeune prince", dont le pays a "un besoin vital de se diversifier", explique Didier Billion, directeur adjoint de l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), à franceinfo. Ces absences sont "un indicateur du fait que cet assassinat d'un journaliste est véritablement la goutte d'eau qui fait déborder le vase", affirme-t-il, tout en ne croyant pas à "des ruptures diplomatiques en chaîne". L'Arabie saoudite reste "un partenaire trop important".

 

 

Mohammed ben Salmane pourrait quand même servir de fusible. Selon les informations du New York Times*, en privé, le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a "sévèrement dit à MBS qu'il devrait endosser la responsabilité de l'affaire Khashoggi pour aider le royaume à éviter un retour de bâton international".

 

 

"Les Sages de la famille régnante se penchent" sur son cas, selon les informations du Figaro. Réunis "dans la plus grande discrétion", les représentants des différents clans de la famille royale, dont certains n'ont toujours pas digéré l'épisode du Ritz-Carlton, pourraient proposer au roi de nommer un vice-prince héritier. "Le retour des Etats-Unis du frère de MBS, le prince Khaled ben Salmane, 30 ans, qui y servait comme ambassadeur, alimente nombre d'interrogations", selon le quotidien. "Si Khaled ben Salmane est nommé vice-prince héritier, cela pourrait signifier que MBS sera sur le départ, mais pas tout de suite", explique une source saoudienne au Figaro.

 

 

*Les liens suivis d'un astérisque sont en anglais

 


24/10/2018
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Franceinfo - le samedi 20 octobre 2018

 

 

L'Arabie saoudite confirme que le journaliste Jamal Khashoggi a été tué au consulat d'Istanbul

 

 

 

Riyad se fonde sur les résultats préliminaires de son enquête interne. Les autorités ajoutent que 18 Saoudiens ont été arrêtés dans le cadre des investigations

 

 

 

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Des manifestants brandissent le portrait du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 9 octobre 2018 à Istanbul (Turquie). (OZAN KOSE / AFP)

 

 

 

Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi est bel et bien mort au consulat d'Istanbul (Turquie), estime l'Arabie saoudite, vendredi 19 octobre, en se basant sur les résultats préliminaires de son enquête interne. Cette prise de position attendue a été relayée par la télévision publique Al Ekhbariya. Le journaliste, qui s'opposait dans ses chroniques publiées dans le Washington Post au prince héritier Mohammed ben Salmane, n'avait plus donné signe de vie après s'être rendu, le 2 octobre, au consulat de son pays à Istanbul.

 

 

Une bagarre qui a mal tourné, selon Riyad

Selon la version saoudienne, une bagarre a éclaté entre Jamal Khashoggi et les personnes qui l'ont rencontré au consulat. "Les discussions (...) ont débouché sur une rixe, ce qui a conduit à sa mort", écrit l'agence de presse officielle SPA, en citant le parquet. De son côté, la police turque avait reconstitué le trajet des quinze Saoudiens qui sont entrés dans le consulat en même temps que le journaliste et en sont ressortis peu de temps après. Ces hommes étaient arrivés quelques heures plus tôt de Riyad, la plupart par avion privé, ont précisé des responsables turcs.

 

 

Le média Middle East Eye, qui couvre l'actualité du Proche-Orient, affirme par ailleurs que le personnel du consulat était sorti une demi-heure avant le rendez-vous et qu'il lui avait été demandé de prendre congé l'après-midi.

 

 

>> Révélations sordides, pressions diplomatiques… Comment l'enquête sur l'affaire Khashoggi embarrasse Riyad

 

 

Riyad annonce que 18 ressortissants saoudiens ont été arrêtés dans le cadre de cette affaire et que les investigations se poursuivent. L'Arabie saoudite a également annoncé le limogeage du vice-président du service général de renseignement, Ahmad Al-Assir, et d'un conseiller de haut rang à la cour royale. Avant cette annonce, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, et le roi Salmane d'Arabie saoudite s'étaient entretenus pour la deuxième fois au téléphone.

 


24/10/2018
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Franceinfo - le jeudi 18 octobre 2018 Mis à jour le mardi 23 octobre 2018

 

 

Qui est Jamal Khashoggi, le journaliste saoudien disparu en Turquie ?

 

 

L'opposant au prince héritier d'Arabie saoudite, qui avait fui son pays pour les Etats-Unis, n'a plus été vu depuis début octobre

 

 

 

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Des manifestants à Istanbul, le 8 octobre 2018, brandissent des portraits de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien porté disparu depuis le 2 octobre 2018. (OZAN KOSE / AFP)

 

 

 

Son nom ne vous dit peut-être rien, mais sa disparition a déjà des conséquences économiques et diplomatiques. Le journaliste Jamal Khashoggi, qui s'opposait dans ses chroniques publiées dans le Washington Post au prince héritier Mohammed Ben Salmane ("MBS"), n'a plus donné signe de vie après s'être rendu, mardi 2 octobre, au consulat de son pays à Istanbul, en Turquie. Depuis, des médias turcs et américains livrent des détails terrifiants sur les circonstances de sa mort présumée. Qui était ce journaliste, dont l'influence menaçait l'homme fort de l'Arabie saoudite ?

 

 

>> DIRECT. Affaire Khashoggi : le président turc Recep Tayyip Erdogan s'exprime devant le Parlement, trois semaines après la mort du journaliste

 

 

Homme de grande taille, portant des lunettes, une moustache et un bouc grisonnant, Jamal Khashoggi est né en 1958 à Médine, en Arabie saoudite, dans une famille originaire de Turquie. Son grand-père "était le médecin personnel du grand-père de MBS, le roi Ibn Saoud", rapporte Christine Ockrent, auteure d'un livre sur le prince saoudien, dans Le Point. Comme d'autres jeunes de l'élite saoudienne, il part faire ses études aux Etats-Unis et obtient, en 1982, un bachelor en administration des affaires, à l'université d'Indiana.

 

 

Une carrière brillante en Arabie saoudite

Au cours des années 1980, il travaille comme journaliste en Arabie saoudite – pour des rédactions comme Saudi Gazette ou Okaz – et devient ensuite correspondant à l'étranger (Algérie, Koweït, Soudan...). Il couvre notamment la guerre en Afghanistan, durant laquelle il interviewe (en anglais) le jeune Oussama Ben Laden, et se fait prendre en photo (en anglais) parmi les moudjahidines, tenant un fusil d'assaut. Ces deux épisodes contribuent à le rendre célèbre – même si le second lui vaut la désapprobation de sa hiérarchie.

 

 

 

 

 

 

Au début des années 2000, il prend la direction de deux grands journaux saoudiens, Arab News, puis El Watan. Jugé trop progressiste, il est licencié à deux reprises de cette dernière rédaction (en 2003 puis en 2007) par le ministère de l'Information. Le pouvoir lui reproche d'avoir autorisé la diffusion d'articles critiquant des extrémistes religieux, rappelle Bloomberg (en anglais).

 

 

A la veille de sa disparition, le journaliste de 59 ans est l'un des reporters les plus connus en Arabie saoudite, suivi par plus d'1,7 million d'internautes sur Twitter. Il est aussi régulièrement invité sur les plateaux des chaînes anglo-saxonnes, comme en octobre à la BBC. Sa carrière lui a permis de développer des liens avec les puissants du monde arabe, dont le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui réclame des comptes à l'Arabie saoudite depuis sa disparition à Istanbul, relève le New York Times (en anglais).

 

 

Longtemps proche de l'élite saoudienne

Malgré ses licenciements successifs, le journaliste est longtemps resté proche du sérail saoudien. En 2003, après avoir été évincé d'El Watan, il rejoint l'ambassadeur saoudien à Londres et ex-patron du renseignement saoudien, le prince Tourki Al-Faisal, dont il devient un "proche conseiller", poursuit Christine Ockrent. Il le suit, deux ans plus tard, dans sa nouvelle affectation à Washington, relève aussi Bloomberg (en anglais). Parmi ses amis haut placés, Jamal Khashoggi compte aussi le prince milliardaire Al-Walid Ben Talal, qui lui confie en 2015 la direction d'une chaîne de télévision nommée Al Arab. L'antenne, basée au Bahreïn pour contourner la main-mise du pouvoir saoudien sur les médias, fonctionne durant quelques heures, avant d'être coupée par les autorités du Bahreïn.

 

 

Malgré ces soubresauts, Jamal Khashoggi soutient la montée en puissance, puis l'arrivée au pouvoir, du prince héritier Mohammed Ben Salmane. Favorable à un virage progressiste du royaume, le journaliste se réjouit des premières décisions de "MBS", telle la levée de l'interdiction de conduire pour les femmes. Le 6 mars, il explique dans un éditorial du quotidien britannique The Guardian (en anglais) : "Pour son programme de réformes intérieures, le prince héritier mérite des éloges." Mais il ajoute immédiatement : "Ce jeune et impétueux innovateur n'a ni encouragé, ni permis, le moindre débat en Arabie saoudite sur la nature de ses nombreux changements."

 

 

Critique de l'héritier "MBS"

L'idylle entre "MBS" et Jamal Khaghossi ne dure pas, en effet. Le journaliste, qui n'a jamais eu sa langue dans sa poche, critique les méthodes du prince, et notamment la répression des opposants politiques. Sous l'impulsion de ce dernier, son ami milliardaire Al-Walid Ben Talal sera d'ailleurs arrêté en septembre 2017, et détenu plusieurs mois, avec 10 autres princes, à l'hôtel de luxe Ritz-Carlton de Riyad. Le journaliste dénonce aussi l'engagement militaire du royaume au Yémen et prend la défense des Frères musulmans (en anglais), considérés comme des terroristes par l'Arabie saoudite. 

 

 

Après une campagne d'arrestation de dissidents, dont des prédicateurs et des intellectuels, Jamal Khaghossi s'exile donc aux Etats-Unis, à l'été 2017, et démarre une contribution aux pages d'opinions du Washington Post. Dans ses chroniques (en anglais), traduites en arabe, il continue de traiter les thèmes qui lui sont chers : critique du régime, liberté de la presse et géopolitique. En septembre, le journaliste écrit (en anglais) par exemple : "Quand je parle de peur, d'intimidation, d'arrestations et d'humiliations publiques d'intellectuels et de dirigeants religieux et que je vous dis que je suis d'Arabie saoudite, êtes-vous surpris ?" 

 

 

Exilé aux Etats-Unis, il continue de craindre pour sa vie

Au pays de Donald Trump, "Khashoggi apporte aux médias américains (...) des clés de compréhension" de son pays, analyse Christine Ockrent. "Et cela, dans une ville [Washington] où l'Arabie saoudite paie des millions des sociétés de relations publiques pour construire l'image de 'MBS'." L'influence du journaliste semble d'ailleurs déranger le prince : les mois précédant sa disparition, Jamal Khashoggi prévient à plusieurs reprises ses collègues qu'il craint pour sa vie (en anglais). En août, il confie ainsi à l'une d'elles : "Bien sûr qu'ils [les dirigeants de l'Arabie saoudite] aimeraient me voir hors jeu."

 

 

Une crainte dont témoigne aussi sa fiancée turque, Hatice Cengiz, une doctorante de 36 ans avec qui il avait acheté un appartement à Istanbul. Alors que Jamal Khagghosi entre dans le consulat saoudien à Istanbul, mardi 2 octobre, il lui a dit "d'alerter les autorités turques si [elle] n'avai[t] pas de nouvelles de lui", raconte-t-elle au New York Times (en anglais). Et poursuit : "Le reste est désormais connu : il n'est jamais ressorti de ce bâtiment".

 


23/10/2018
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