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Liban : la contestation entre dans son quatrième mois, des manifestants bloquent les routes

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Après une période d'essoufflement, la contestation a repris dans le pays. Des dizaines d'arrestations ont eu lieu ces derniers jours

 

 

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Des manifestants libanais protestent contre le gouvernement, le 14 janvier 2020. (ANWAR AMRO / AFP)

 

 

 

Des manifestants ont bloqué, vendredi 17 janvier, plusieurs routes au Liban, un pays en proie à un mouvement de contestation qui entre dans son quatrième mois contre la classe politique, accusée de corruption et d'incompétence. Des voitures ont été installées dès les premières heures du matin en travers de la chaussée sur un pont autoroutier surplombant le centre-ville de Beyrouth.

 

 

"Nous avons bloqué la route avec des voitures parce que c'est quelque chose qu'ils ne peuvent pas enlever", décrit un manifestant à l'Agence France Presse. "Nous ne voulons pas d'un gouvernement de politiciens 'masqués'" en technocrates, ajoute-t-il.

 

 

 

Attente d'un nouveau gouvernement

Le mouvement, déclenché le 17 octobre, a connu un regain cette semaine après une période d'essoufflement pour dénoncer le retard pris par le nouveau Premier ministre, Hassan Diab, dans la formation d'un nouveau gouvernement. Hassan Diab a été désigné le 19 décembre après la démission de Saad Hariri fin octobre, sous la pression de la rue.

 

 

La contestation réclame un cabinet de spécialistes indépendants du sérail politique, une revendication défendue par le nouveau Premier ministre, qui a toutefois avoué subir des "pressions" de la part des partis qui ont soutenu sa nomination. Ailleurs dans le pays, des routes ont été bloquées dans plusieurs régions, notamment à Tripoli et dans la banlieue nord de Beyrouth, dont certaines ont été rouvertes par les forces de l'ordre.

 

 

La capitale libanaise a été marquée mardi et mercredi par des actes de vandalisme contre plusieurs banques et des heurts entre manifestants et forces de l'ordre. En 48 heures, au moins cent manifestants ont été arrêtés, ont indiqué des avocats. Jeudi, quelques centaines de personnes se sont rassemblées devant le siège du Parlement, la Banque centrale du Liban et le ministère de l'Intérieur, tandis que la grande majorité des personnes arrêtées ont été relâchées.

 


17/01/2020
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Franceinfo - le mercredi 15 janvier 2020

 

 

L'âge pivot a-t-il vraiment été retiré de l'avant-projet de réforme des retraites ?

 

 

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Anne BrigaudeauFrance Télévisions

 

 

Le système que le gouvernement appelle "âge d'équilibre" n'est pas retiré du projet. Son application est juste provisoirement suspendue à partir de 2022

 

 

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Le Premier ministre Edouard Philippe avant un entretien au "20 heures" de France 2, le 12 janvier 2020. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

 

 

 

L'âge pivot est-il réellement retiré de l'avant-projet de loi sur les retraites ? La réponse est simple : non. L'"âge d'équilibre", comme l'appelle l'exécutif, figure toujours dans le texte. Le Premier ministre Edouard Philippe a seulement annoncé, samedi 11 janvier, aux syndicats le retrait à titre provisoire de la mesure de court terme, destinée à renflouer l'équilibre des caisses de retraite à l'horizon 2027. Cette mesure devait commencer à s'appliquer en 2022 et portait progressivement à 64 ans l'âge du départ à taux plein en 2027. Temporairement suspendue, elle pourrait être rétablie et l'âge d'équilibre doit de toute manière être mis en œuvre en 2037. Vous avez du mal à suivre ? C'est normal. On vous explique, étape par étape.

 

 

 

Age pivot, âge d'équilibre, âge du taux plein

Premier élément de compréhension : les journalistes parlent d'"âge pivot", mais l'exécutif préfère les termes d'"âge d'équilibre" ou d'"âge du taux plein". Ces expressions sont synonymes. Cet âge pivot doit remplacer la durée de cotisation, dans le futur système de retraites voulu par le gouvernement. Dans son rapport rendu en juillet 2019 sur le système universel à points, l'ancien Haut-Commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye préconisait de fixer cet âge "à 64 ans au démarrage de la réforme, en 2025".

 

 

Sauf exceptions (carrières longues, métiers régaliens…), tout départ à la retraite avant d'avoir atteint l'âge requis entraînera une décote, qui serait de 5% a priori. Si un assuré part à l'âge légal minimal de 62 ans, alors que l'âge pivot est de 64 ans, sa pension sera amputée de 10% (il part deux ans plus tôt, donc il a un malus de 2 x 5% =10%).

 

 

 

L'âge pivot ne sera peut-être pas mis en place dès 2022…

Qu'a annoncé le Premier ministre Edouard Philippe dans sa lettre aux syndicats publiée samedi 11 janvier ? Il s'est dit prêt, comme l'avait demandé le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger, à renoncer à la mesure d'âge pivot à court terme. En clair : il ne renonce pas à l'"âge d'équilibre" inscrit dans la réforme et prévu dans le futur système. Il suspend provisoirement son application dès 2022, mais il faut garder à l'esprit que cette mesure a la préférence de l'exécutif, qui garde la main sur l'ensemble de la réforme.

 

 

Jusque-là, l'âge pivot devait toucher des personnes qui ne seront pas concernées par le système par points : celles partant à la retraite entre 2022 et 2027, dont la pension aurait donc dû être calculée en combinant l'âge pivot et le système actuel. Cette mise en place progressive est sortie de l'avant-projet de loi.

 

 

 

Mais la conférence de financement a peu de solutions de rechange

Edouard Philippe a toutefois posé une condition. A l'occasion d'une conférence de financement, proposée par la CFDT, les partenaires sociaux doivent proposer, d'ici fin avril, des moyens de renflouer les caisses de retraite à l'horizon 2027 (environ 12 milliards d'euros). Pour cela, ils ne doivent recourir "ni à la baisse des pensions, ni à la hausse du coût du travail". Impossible de proposer une hausse des cotisations, donc.

 

 

Les partenaires sociaux pourront recourir à un arsenal de mesures, à combiner à leur façon. L'âge pivot reste une des solutions en lice, avec d'autres dont la possibilité de modifier "l'âge d'ouverture des droits" à la retraite pour certains salariés. En dernier lieu, le gouvernement tranchera par ordonnance. Si les partenaires échouent à trouver un accord, "le gouvernement, éclairé par les travaux de la conférence, prendra par ordonnance les mesures nécessaires". L'âge pivot n'est par conséquent pas totalement écarté pour 2022.

 

 

 

L'âge pivot prévu pour 2037, au plus tard

A long terme, le futur système universel à points comportera bien "un âge d'équilibre", a rappelé Edouard Philippe. Il constituera "un des leviers de pilotage du système collectif dans la durée". La future Caisse nationale de retraite universelle, qui gérera le système, décidera des bonus-malus appliqués. "A défaut, lors de l'entrée en application du système universel de retraite, ils seront fixés par décret à 5% par an", précise le texte de loi.

 

 

Cet âge d'équilibre concernera les générations nées à partir de 1975, qui basculent dans le système à points. Si l'âge légal minimal de départ à la retraite est maintenu à 62 ans, elles pourront partir en 2037 au plus tôt. Mais l'"âge d'équilibre" les incitera financièrement à partir plus tard, en 2039 (à 64 ans), voire en 2040 (à 65 ans). 

 

 

Mais cette mesure peut aussi intervenir plus tôt. Car la Caisse nationale de retraite universelle, qui doit être créée en décembre 2020, aura un rôle de veille et d'alerte sur l'équilibre financier du système. En cas de risque, le gouvernement peut parfaitement décider, avant 2037, de réimposer l'âge pivot, au nom de la règle d'or exigeant l'équilibre du système de retraite sur cinq ans.

 


15/01/2020
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Franceinfo - le lundi 13 janvier 2020 - mis à jour le mardi 14 janvier 2020

 

 

Qui était l’enfant ivoirien de 14 ans retrouvé mort dans un train d’atterrissage à Paris ?

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Laurent Barthélémy a été retrouvé mort mercredi 8 janvier au matin, dans le train d'atterrissage d'un avion reliant Abidjan à Paris. L'Agence France Presse retrace sa courte vie

 

 

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Une salle de classe du lycée Simone Gbagbo d'Abidjan. C'est ici que Laurent Barthélémy était scolarisé. (SIA KAMBOU / AFP)

 

 

Comme des milliers d'Ivoiriens qui tentent l'émigration clandestine chaque année, Laurent Barthélémy a voulu rejoindre l'Europe sans prévenir ses parents. Aveuglé par ce rêve d'Eldorado, il est mort à l'âge de 14 ans, n'imaginant pas que le froid et l'altitude le tueraient à coup sûr.

 

 

A l'énorme lycée Simone Gbagbo de Yopougon, grand quartier populaire d'Abidjan, l'équipe pédagogique est sous le choc après la révélation de l'identité de l'enfant trouvé mort à Roissy.

 

 

Ici, 7 000 élèves s'entassent dans des salles bondées. 115 élèves par classe. Trois ou quatre enfants par banc prévu pour deux... Le lycée pratique en outre la "double vacation" : la moitié des élèves viennent le matin, l'autre l'après-midi. Laurent Barthelemy était en 4e2, le matin. En ce vendredi après-midi, la salle 29 qu'il fréquentait est occupée par une autre 4e. Ses camarades de classe ont quitté l'école sans avoir appris la nouvelle. Les derniers à l'avoir vu étaient avec lui dimanche, selon une surveillante qui a parlé à ses "camarades de quartier".

 

 

 

Avis de disparition le 6 janvier

Laurent Barthélémy a disparu lundi, le 6 janvier. "Lundi, l'enfant a pris ses affaires. Il était censé venir au cours. Ce n'est que le soir que les parents ont constaté l'absence de l'élève", se souvient Liliane NGoran, la censeure du lycée. "Le mardi matin, ils sont venus à l'école parce qu'il n'a pas dormi à la maison. Nous avons constaté avec eux qu'il n'était pas en cours et c'est ainsi qu'ils ont fait l'avis de disparition que nous avons affiché partout dans et autour de l'établissement", raconte-t-elle.

 

 

"Je suis affolé. Je me sens perdu. Le choc est brutal. On pensait à une fugue... C'est terrible à supporter !", assure Antoine Mel Gnangne, éducateur, qui encadrait régulièrement le jeune Laurent Barthélémy Ani Guibahi,

 

 
 

 

 

L'affiche montre un jeune homme frêle et pensif en tenue traditionnelle. Bon en maths et physique, mais très faible en sciences humaines et français, il a écopé d'un avertissement "pour travail insuffisant" sur son bulletin du premier trimestre avec la mention "Travail insuffisant. Concentrez-vous davantage".

 

 

Toutefois, M. Mel comme l'équipe pédagogique notent que il se comportait bien : "Ce n'était pas un enfant à problèmes. Il n'est pas mauvais. Il n'y a pas de grief d'un professeur ou d'un autre élève à son égard. Sur le plan disciplinaire, je ne lui reproche rien", souligne M. Mel.

 

 

 

Une responsable du lycée Simone Gbagbo d\'Abidjan présente l\'avis de recherche publié lors de la disparition de Laurent Barthelemy.

Une responsable du lycée Simone Gbagbo d'Abidjan présente l'avis de recherche publié lors de la disparition de Laurent Barthelemy. (SIA KAMBOU / AFP)

 

 


Après avoir traversé toute la ville, (l'aéroport se trouve à une trentaine de km de son quartier), le jeune homme a " accédé au train d'atterrissage de l'aéronef en s'agrippant à celui-ci au moment où l’avion s'apprêtait à s'élancer pour son décollage", selon le communiqué du ministère des Transports.

 

Le ministre Amadou Koné a précisé que "sur la vidéo de surveillance on aperçoit un individu vêtu d'un tee-shirt. Nous pensons qu'il a eu accès à l'espace aéroportuaire en escaladant le mur. Ensuite, il s'est caché dans les espaces verts".

 

 

 

"On n'imaginait pas que c'était lui"

"Quand on a appris la mort d'un jeune à Paris, on n'imaginait pas que c'était lui", souligne M.Mel. Mais, "jeudi, la gendarmerie de l'aéroport est venue avec une sacoche (trouvée près du tarmac) où il y avait des affaires d'un enfant. Ils nous ont demandé si on reconnaissait le T-shirt. C'était le tricot pour le sport qui porte l'effigie de l'établissement... Il s'agit du T-shirt des élèves de 4e. On a fait le rapprochement", explique Mme N'Goran qui a eu confirmation de l'identité vendredi après-midi.

 

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"Nous allons annoncer ça aux élèves lundi à la montée des couleurs. A cette occasion, habituellement nous donnons des informations et consignes aux élèves", explique la censeure qui veut mettre en place "des séances de sensibilisation pour expliquer que c'est dangereux".



Parmi les 25 millions d'Ivoiriens, des milliers tentent d'émigrer clandestinement chaque année. Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), en nombre de migrants clandestins, la Côte d'Ivoire se situe en 3e position des pays d'Afrique de l'Ouest. En 2017, 8 753 migrants ivoiriens arrivés en Italie étaient âgés de 14 à 24 ans, selon les chiffres du Centre de volontariat international (CEVI), une ONG italienne.

 

 

"Je n'ai jamais imaginé prendre l'avion pour fuir. Je suis triste pour lui", affirme Yasmine Gnekebo, élève de 4e, qui a appris la nouvelle par un gardien du lycée. "Je ne le connaissais pas, mais ça me fait mal parce qu'il est en 4e. Il n'a rien vu de 2020 et il est mort."

 


14/01/2020
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Franceinfo - le lundi 13 janvier 2020

 

 

En Irak, au Yémen, en Syrie... Comment le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis risque de s'exporter

 

 

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Kocila MakdecheFrance Télévisions
 

 

 

Téhéran et Washington jouent la carte de l'apaisement pour éviter un conflit armé de plus grande ampleur. Pourtant, de nombreux observateurs craignent que les deux puissances règlent leur comptes sur d'autres terrains dans des "guerres par procuration"

 

 

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Des manifestants iraniens brûlant des drapeaux américain et israélien, le 6 janvier 2020, à Téhéran.  (ATTA KENARE / AFP)

 

 

Le conflit entre les Etats-Unis et l'Iran va-t-il mettre le feu au Moyen-Orient ? La mort du général Qassem Soleimani, tué par un tir de drone américain, et la riposte iranienne contre des bases irakiennes abritant l'US Army ont laissé craindre une escalade militaire. Mais après une semaine sous tension, Téhéran et Washington ont joué la carte de l'apaisement.

 

 

Lors d'une conférence de presse, Donald Trump a finalement opté, mercredi 8 janvier, pour de nouvelles sanctions économiques contre l'Iran plutôt que pour une intervention militaire. Et malgré des déclarations belliqueuses quasi-quotidiennes, le pouvoir iranien a pris soin de ne pas tuer de soldats américains dans sa riposte. 

 

 

Pourtant, de nombreux observateurs s'attendent à ce que les deux puissances n'en restent pas là et exportent leur conflit dans les pays alentours. Dans un message diffusé à la télévision iranienne, le 6 janvier, la fille du général Soleimani a sommé le Syrien Bachar Al-Assad ainsi que les chefs du Hezbollah, du Hamas et de la rébellion houtie de venger la mort de son père en s'attaquant aux Américains ou à leurs deux alliés historiques dans la région, Israël et l'Arabie saoudite. Franceinfo fait le point sur les risques de guerres par procuration entre Téhéran et Washington en Irak, en Syrie, au Liban, au Yémen et en Palestine. 

 

 

 

En Irak : le conflit "le plus probable" 

• Qui sont les acteurs ? Après avoir quitté le pays en 2011 sous le mandat de Barack Obama, les forces américaines se sont massivement redéployées en Irak dans le cadre de la coalition internationale contre les jihadistes de l'Etat islamique. Elles en forment le principal contingent avec 5 200 soldats, selon le magazine Time (en anglais). L'administration Trump a laissé planer le doute sur un éventuel retrait de ses troupes, avant de démentir l'information. 

 

 

Historiquement, l'Iran a toujours exercé une influence forte sur son voisin, que ce soit en noyautant le gouvernement, comme l'ont révélé les "Iran Cables", ou en soutenant financièrement et militairement des milices chiites. Cette influence s'est accentuée en 2014, lorsque Téhéran a volé à la rescousse de Bagdad après la conquête d'un tiers du pays par les jihadistes de l'Etat islamique. Aujourd'hui, une myriade de groupes paramilitaires pro-Iran évoluent en Irak. Réunis sous la bannière du Hachd al-Chaabi, ils ont été en grande partie intégrés aux forces de sécurité irakiennes. 

 

 

• Quelles sont les réactions ? L'assassinat du général Qassem Soleimani, commandant de la force Al-Qods des Gardiens de la Révolution et principal émissaire de Téhéran en Irak, a provoqué l'ire de ces groupes armés. D'autant plus que lors du bombardement américain, Abou Mehdi Al-Mouhandis, le chef militaire du Hachd al-Chaabi, a aussi perdu la vie.

 

 

 

 

 

 

Toutes ces forces, divisées par le passé, ont promis de s'unir contre Washington. "Nous allons regrouper les factions de la résistance en une seule entité, a déclaré, le 7 janvier, Nasser Al-Chemmari, numéro 2 de Noujaba, l'une des factions pro-Iran les plus radicales de cette coalition, s'engageant à mener une "guerre contre la présence américaine dans tous les endroits de la région que nous pouvons toucher." Moqtada Al-Sadr a aussi appelé à l'union des "factions irakiennes de la résistance". Ce leader militaire chiite a réactivé son Armée du Mahdi, une milice islamiste qui avait tué des dizaines de soldats américains pendant la seconde guerre du Golfe, avant d'être démantelée en 2008.

 

 

• Que peut-il se passer ? Le chaos irakien constitue "l'option la plus probable", selon Bernard Hourcade, géographe spécialiste de l'Iran et directeur de recherche émérite au CNRS. "Il s'agit du seul terrain où Téhéran peut avoir les troupes américaines dans son viseur sans s'engager directement dans un conflit armé." L'Iran peut s'y appuyer sur "une myriade de milices, qui lui sont totalement dévouées", continue Wassim Nasr, journaliste à France 24 et observateur du conflit irakien.

 

 

Hormis les frappes iraniennes sur deux bases américaines en Irak en représailles à la mort de Soleimani, plusieurs roquettes se sont abattues sur la "zone verte" de Bagdad où se trouve l'ambassade américaine. "En réalité, les intérêts américains sont déjà ciblés depuis plusieurs mois", remarque Thierry Coville, chercheur à l'Iris et spécialiste de l'Iran

 

 

En Syrie : un conflit risqué pour Al-Assad

Qui sont les acteurs ? Depuis le début de la révolte contre le régime de Bachar Al-Assad en 2011, le conflit est devenu extrêmement complexe. Officiellement mobilisées pour lutter contre les jihadistes de l'Etat islamique qui avaient pris le contrôle de l'est du pays, une multitude de puissances étrangères interviennent désormais sur le terrain syrien. Le régime sanguinaire d'Al-Assad est soutenu militairement par la Russie et l'Iran. Au sol, le Hezbollah libanais et des dizaines de milliers de miliciens pro-Iran combattent aux côtés de Damas. Une coalition occidentale, menée par les Etats-Unis et dont la France fait partie, est alliée aux combattants kurdes et à des factions arabes rebelles autrefois unies sous la bannière de l'Armée syrienne libre. Mais cette dernière a explosé, laissant place à un jeu d'alliances sans fin et à des combats fratricides entre groupes islamistes et jihadistes plus ou moins proches d'Al-Qaïda.

 

 

Après l'annonce par les combattants kurdes de la dissolution du califat de l'Etat islamique, en mars 2019, l'engagement occidental a considérablement reculé. Les Etats-Unis ont annoncé un retrait partiel de leurs troupes, laissant les Kurdes en proie à la Turquie dans le nord du pays. En octobre, après une offensive turque contre les positions kurdes dans le nord de la Syrie, Ankara et Moscou ont signé un accord décisif. Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan s'imposent depuis comme les deux hommes forts du conflit syrien. 

 

 

Quelles ont été les réactions ? En tant que responsable des affaires extérieures des Gardiens de la Révolution, Qassem Soleimani a joué un rôle déterminant pour soutenir le régime syrien. Après la mort du général iranien, Bachar Al-Assad a dénoncé un "crime perpétré par les Etats-Unis" qui "ne fera qu’embraser la détermination de la Syrie et de l’Iran à faire face à la politique américaine subversive au Moyen-Orient".

 

 

 

Des manifestants pro-régime à Alep (Syrie), le 7 janvier 2020, devant une affiche montrant le portrait de Qassem Soleimani et Bachar Al-Assad embrassant l\'ayatollah Ali Khamenei.

Des manifestants pro-régime à Alep (Syrie), le 7 janvier 2020, devant une affiche montrant le portrait de Qassem Soleimani et Bachar Al-Assad embrassant l'ayatollah Ali Khamenei. (AFP)

 

 

 

Erdogan et Poutine ont fait une déclaration commune après les frappes iraniennes. "Nous affirmons notre engagement à désamorcer les tensions dans la région et appelons toutes les parties à agir avec retenue et bon sens et à donner la priorité à la diplomatie", qualifiant au passage l'assassinat de Soleimani "d'acte qui sape la sécurité et la stabilité de la région".

 

 

Que peut-il se passer ? Par le passé, l'armée américaine et les groupes armés fidèles à Téhéran évitaient tout affrontement pour se concentrer sur leur ennemi commun : le groupe Etat islamique. Maintenant que les jihadistes ont perdu leur emprise territoriale, ce statu quo est fragilisé. Fin décembre, des chasseurs F-15 américains ont visé deux installations, en Syrie, des Brigades Hezbollah, une milice chiite irakienne liée à l’Iran que Washington accuse d'être responsable d'attaques à la roquette contre ses soldats. Le groupe armé a aussi été la cible de frappes attribuées à Israël.

 

 

Un embrasement en Syrie semble cependant "très peu probable, du moins à court terme", selon Didier Billion, directeur adjoint à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). "Pour les Iraniens, le véritable enjeu du terrain syrien est de consolider le régime afin de s'assurer un accès à la Méditerranée et à Israël, explique le spécialiste de la région. Pour cela, leur intérêt est de voir les troupes américaines partir rapidement. Les attaquer aurait l'effet contraire." 

 

 

 

Dans les territoires palestiniens : le Hamas a trop à perdre 

• Qui sont les acteurs ? "Grand ennemi" d'Israël, Téhéran a soutenu financièrement de nombreux groupes armés palestiniens. C'est le cas du Jihad islamique palestinien et du Hamas, qui a livré trois guerres à Israël dans la bande de Gaza. Distantes pendant un temps, les relations entre le mouvement islamiste et l'Iran se sont réchauffées en début d'année, Qassem Soleimani qualifiant de nouveau le Hamas "d'ami de Téhéran", selon Al-Monitor (en anglais). D'après le journal palestinien Al-Quds (en arabe), l'Iran a même recommencé à financer le groupe armé à hauteur de 15 millions de dollars par an.  

 

 

• Quelles ont été les réactions ? Ismaïl Haniyeh, le chef du Hamas, s'est rendu à Téhéran pour rendre hommage à Qassem Soleimani. Le parti islamiste a salué la mémoire d'un homme ayant "joué un rôle de soutien majeur à la résistance palestinienne". Il a dénoncé une "orgie de violence américaine" sans toutefois appeler à la vengeance. De son côté, le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas – qui n'est pas en bons termes avec l'Iran – a gardé le silence.

 

 

 

Dans la bande de Gaza, des manifestants palestiniens mettent le feu à des drapeaux américains et israéliens, le 8 janvier 2020.

Dans la bande de Gaza, des manifestants palestiniens mettent le feu à des drapeaux américains et israéliens, le 8 janvier 2020. (SAID KHATIB / AFP)

 

 

• Que peut-il se passer ? En novembre, le leader du Jihad islamique palestinien, Bahaa Abou El-Atta, a été tué lors d'une frappe israélienne. Le groupe armé palestinien a répondu en tirant des centaines de roquettes depuis Gaza sur le sud d'Israël. 

 

 

 

 

 

 

"L'Iran soutient par principe le Jihad islamique, mais n'a pas les moyens de se lancer dans un conflit armé à travers eux. Quant aux rapports entre Téhéran et le Hamas, ils ne sont plus ce qu'ils étaient", estime Bernard Hourcade, spécialiste de l'Iran. Le parti islamiste qui contrôle la bande de Gaza bénéficie d'un accord de trêve avec Israël et aurait trop à perdre à se lancer dans une nouvelle guerre.

 

 

Interrogées par le journal panarabe Asharq Al-Awsat (en anglais), des sources sécuritaires palestiniennes indiquent que le Hamas refusait "que Gaza soit transformée en arène pour des conflits extérieurs ou soit utilisée pour régler des comptes". Herzi Halevi, chef militaire israélien, a de son côté affirmé dans le journal Yedioth Ahronoth (en hébreu) qu'il se tenait prêt à répondre à toute offensive. 

 

 

 

Au Liban : l'option "la moins probable"

• Qui sont les acteurs ? Au Liban, l'Iran bénéficie du soutien de son principal allié dans la région : le Hezbollah. Ce puissant mouvement chiite a d'ailleurs été créé grâce aux financements de Téhéran, en 1982, après l'invasion du Liban par Israël. Il prône depuis "l'élimination" de l'Etat hébreu. 

 

 

Israël considère le Hezbollah comme une organisation terroriste, tout comme les Etats-Unis, principal allié de l'Etat hébreu dans la région, et l'Union européenne. Tsahal et le Hezbollah se sont affrontés lors de plusieurs conflits armés, dont la seconde guerre du Liban en 2006, et les tensions sont très fortes à la frontière.

 

 

• Quelles ont été les réactions ? Le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, comptait parmi les proches de Qassem Soleimani. En octobre, le général iranien avait raconté avoir sauvé lui-même Nasrallah alors qu'il était pris sous un bombardement israélien pendant la seconde guerre du Liban. Quelques jours avant sa mort, il se serait d'ailleurs rendu à Beyrouth pour échanger avec le chef du Hezbollah.

 

 

Lors d'un discours télévisé retransmis sur des écrans géants dans la banlieue sud de Beyrouth, Hassan Nasrallah a appelé à "venger" l'assassinat de Qassem Soleimani, qui "concerne (...)  l'ensemble de la nation musulmane". Il a cependant appelé à viser uniquement les intérêts militaires américains dans la région, sans menacer directement Israël.

 

 

De son côté, le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, s'est félicité de la mort de Qassem Soleimani, le qualifiant de "terroriste en chef". Tel Aviv accusait le général iranien d'être l'éminence grise d'un projet visant à convertir des roquettes du Hezbollah en missiles de précision pouvant causer d'importants dommages sur Israël.

 

 

 

Des militants du Hezbollah suivent un discours de leur leader, Hassan Nasrallah, qui réagit à la mort de Qassem Soleimani, le 5 janvier 2020, à Beyrouth (Liban).

Des militants du Hezbollah suivent un discours de leur leader, Hassan Nasrallah, qui réagit à la mort de Qassem Soleimani, le 5 janvier 2020, à Beyrouth (Liban). (ANWAR AMRO / AFP)


 

• Que peut-il se passer ? Pour Bernard Hourcade, du CNRS, un conflit armé entre le Hezbollah et Israël est "très peu probable au vu de la situation interne au Liban". Ces derniers mois, le pays a fait face à un mouvement de contestation populaire inédit qui a provoqué la démission du gouvernement de Saad Hariri, remplacé par Hassan Diab, un universitaire proche du mouvement chiite. "Politiquement, le Hezbollah est en position de force et n'a pas intérêt à s'engager dans un nouveau conflit avec Israël", analyse Bernard Hourcade. 

 

 

"Si Téhéran s'appuie sur le Hezbollah pour viser les Américains, il est plus probable que cela se fasse sur le terrain syrien où ils sont très présents, même si cela semble peu envisageable, complète Thierry Coville, chercheur à l'Iris et spécialiste de l'Iran. Téhéran a bien conscience que des représailles non contrôlées contre Israël via ses soutiens auraient l'effet d'une déflagration immédiate", continue Didier Billion, directeur adjoint de l'Iris. 

 

 

 

Le Yémen : déjà une guerre par procuration

• Qui sont les acteurs ? Depuis cinq ans, une guerre sanglante se déroule au Yémen où deux camps s'affrontent : le gouvernement, soutenu par une coalition arabe menée par l'Arabie saoudite, et les rebelles houtis, appuyés par l'Iran. Sur le plan religieux, les Houtis sont zaydites, un courant chiite différent du chiisme iranien, alors que la majorité du pays est sunnite. 

 

 

Ce conflit, qui engendre une terrible catastrophe humanitaire, est déjà considéré par beaucoup d'observateurs comme "une guerre par procuration". Les Etats-Unis, alliés historiques de Riyad dans le Golfe, fournissent armements et renseignements militaires à l'Arabie saoudite, qui mène la coalition pro-gouvernement. En face, les Houthis ont utilisé des drones et des missiles fabriqués en Iran pour bombarder des aéroports saoudiens. 

 

 

• Quelles ont été les réactions ? Au Yémen, les rebelles houthis ont réclamé des "représailles rapides et directes" après l'assassinat de Qassem Soleimani. "L'agression ne restera pas sans réponse", a promis Mohammed Al-Bukhaiti, membre du bureau politique des rebelles interrogé par l'AFP. Quand, comment et où la riposte aura lieu seront déterminés par l'Irak et l'Iran et nous serons avec eux car nous sommes un centre de résistance." 

 

 

 

Un Houti embrassant un portrait de Qassem Soleimani, tué en Irak par l\'armée américaine, le 6 janvier 2020, à Sanaa (Yémen). 

Un Houti embrassant un portrait de Qassem Soleimani, tué en Irak par l'armée américaine, le 6 janvier 2020, à Sanaa (Yémen).  (MOHAMMED HAMOUD / ANADOLU AGENCY)


 

Après les représailles iraniennes qui ont visé les positions américaines en Irak, l'Arabie saoudite a "dénoncé et condamné les violations iraniennes de la souveraineté de l'Irak". Riyad a cependant pris ses distances avec Washington : un responsable saoudien a affirmé à l'AFP que son pays "n'a pas été consulté" avant la frappe américaine. Lundi 6 janvier, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Fayçal Ben Farhane, a qualifié la situation de "très dangereuse".

 

 

• Que peut-il se passer ? "En soutenant les Houtis, l'Iran pouvait s'en prendre à son ennemi juré, l'Arabie saoudite, sans avoir à l'assumer diplomatiquement. Aujourd'hui, ce n'est plus la priorité", estime Thierry Coville, spécialiste de l'Iran. "Les choses sont en train de se calmer entre Téhéran et Riyad. Dans ce contexte de conflit avec les Etats-Unis, l'Iran n'a guère intérêt à ouvrir un nouveau front, mais plutôt à maintenir la sécurité dans le golfe Persique", continue Bernard Hourcade.

 

 

De son côté, Riyad a annoncé vouloir maintenir le canal de discussions avec les rebelles houthis, récemment établi. "Il est assez clair que les Saoudiens ne se réjouissent pas de cette crise, même s'ils doivent se réjouir du meurtre de Soleimani, analyse auprès de l'AFP Hussein Ibish, de l'Arab Gulf Institute, basé à Washington. Ils savent qu'ils seraient pris dans un feu croisé si la guerre éclate et ils font tout pour faire baisser la température."

 


13/01/2020
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Franceinfo - le mardi 7 janvier 2020

 

 

Attaque au couteau de Villejuif : la compagne de l'assaillant a été interpellée par la police

 

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franceinfoRadio France

 

 

Cette jeune femme de 22 ans a été placée en garde à vue mardi suite à des écoutes téléphoniques dans lequelles elle déclare vouloir mourrir sous les balles des policers

 

 

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Un homme a agressé plusieurs personnes au couteau à Villejuif (Val-de-Marne), le 3 janvier 2020. (LAURINE BENJEBRIA / FRANCE-INFO)

 

 

 

La compagne de Nathan C. a été interpellée par la police à Palaiseau (Essonne) mardi 7 janvier, a appris franceinfo de source judiciaire, confirmant une information du Parisien. Nathan C. est l'auteur de l'attaque aux coups de couteau de Villejuif vendredi. Elle a été placée en garde à vue après des écoutes téléphoniques. Dans une conversation avec une amie, cette femme de 22 ans avait déclaré vouloir mourir sous les balles des policers.

 

 

 

Placée en garde à vue

Cette interpellation intervient quatre jours après l'attaque à l'arme blanche qui avait fait un mort et deux blessés. Le meurtrier, un jeune homme converti à l'islam et présentant de lourds antécédents psychiatriques, a été abattu par la police. Nathan C. a d'abord attaqué à un couple, blessant mortellement l'homme, âgé de 56 ans, au niveau du coeur et blessant grièvement sa femme de 47 ans. Puis il a ensuite blessé au dos une joggeuse de 30 ans. Ces deux femmes sont aujourd'hui sorties de l'hôpital. 

 

 

Une enquête est en cours notamment pour "assassinat en relation avec une entreprise terroriste", menée conjointement par la police judiciaire et le renseignement intérieur (DGSI) sous l'autorité du Parquet national antiterrioriste.

 


10/01/2020
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Franceinfo - le jeudi 9 janvier 2020

 

 

Libye : Ankara et Moscou, opposés sur le sol libyen, appellent à un cessez-le-feu de tous les belligérants

 

 

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Michel LachkarRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

Lors de l'inauguration du gazoduc TurkStream, le 8 janvier 2020, les présidents turc Recep Tayyip Erdogan et russe Vladimir Poutine ont mis en avant leur spectaculaire rapprochement diplomatique sur le dossier libyen

 

 

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Inauguration du gazoduc TurkStream entre la Russie et la Turquie, en présence de (de gauche à droite), Alexander Novak (ministre russe de l'Energie), Alexei Miller (PDG de la société gazière russe Gazprom), Boyko Borisov (Premier ministre bulgare), Vladimir Poutine ministre (président russe), Recep Tayyip Erdogan (président turc) , Aleksandar Vucic (président serbe), le 8 janvier 2020, à Istanbul. (ALEXEI DRUZHININ / SPUTNIK)

 

 

 

A l'issue d'une rencontre à Istanbul le 8 janvier 2020, à l'occasion de l'inauguration du nouveau gazoduc TurkStream qui relie désormais la Turquie à la Russie, MM. Erdogan et Poutine ont exhorté tous les belligérants en Libye à s’asseoir à la table des négociations. Les deux pays ont appelé au cessez-le-feu en Libye, où ils se trouvent pourtant face-à-face, puisque Ankara soutient le gouvernement de Tripoli reconnu par l’ONU, alors que Moscou épaule le maréchal Haftar, l’homme fort de l’est libyen.

 

 

C’est sans doute pour éviter un affrontement direct sur le terrain, que Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan ont appelé tous les belligérants à cesser leurs hostilités, le 12 janvier, à minuit.  

 

 

La Turquie a commencé à déployer officiellement des militaires en Libye pour défendre son allié le Gouvernement d'union nationale (GNA), face à l'offensive des forces de son rival, le maréchal Khalifa Haftar, notamment soutenues selon Ankara par des mercenaires russes.

 

 

Des centaines de conseillers turcs seraient déjà présents dans le pays. Côté russe, il y aurait quelque 1500 paramilitaires du groupe Wagner en Libye, dont 300 directement engagés dans les combats au sol au côté du maréchal Haftar. Même si, officiellement, le groupe Wagner n’est par reconnu par Moscou, il y évidemment des intérêts russes derrière ce groupe de mercenaires très actif en Syrie et en Libye.

 

 

 

Que le chaos libyen ne devienne pas une "seconde Syrie"

Le conflit libyen "met à mal la sécurité régionale et provoque une migration irrégulière, une propagation accrue des armes, du terrorisme et d'autres activités criminelles, dont le trafic illicite", peut-on lire dans le communiqué commun diffusé à l'issue de l'entretien entre les deux hommes.

 

 

Dans leur déclaration commune, MM. Erdogan et Poutine expriment en outre leur soutien à une conférence internationale prévue en janvier à Berlin afin de trouver une solution politique sous l'égide des Nations unies.

 

 

Cette conférence à pour objectif, selon l’émissaire de l’ONU Ghassan Salamé, de mettre fin aux interférences étrangères en Libye. A Bruxelles, l’Union européenne à promis au chef du GNA, Fayez al-Sarraj, d’intensifier ses efforts pour une solution pacifique en Libye, le chef de la diplomatie allemande s’inquiétant que ce pays en proie au chaos puisse devenir "une seconde Syrie".

 

 

  

Tous se disent favorables à une solution politique

L’Allemagne, la France et la Grèce, inquiètes de la poussée turque au sud de la Méditerranée, ont exprimé leur soutien aux efforts de Ghassan Salamé pour parvenir à une solution pacifique au conflit libyen.

 

 

Même son de cloche du côté de l’Egypte : "Nous soutenons unanimement la conférence de Berlin, qui sera peut-être la dernière occasion de parvenir à un accord politique entre les différentes parties libyennes", a déclaré le chef de la diplomatie égyptienne, Sameh Choukry. L’Egypte, qui soutient le maréchal Haftar, redoute l’instabilité de son voisin.

 

 

Si tous les acteurs de la région s’activent pour un solution diplomatique en Libye, il semble qu’Ankara et Moscou rêvent de jouer les premiers rôles en s’imposant comme "faiseurs de paix", tout en espérant en tirer chacun quelques bénéfices.

 


10/01/2020
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Franceinfo - le mercredi 8 janvier 2020

 

 

Libye : la "valse" entre la Russie et la Turquie expliquée par le chercheur Jalel Harchaoui

 

 

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Michel LachkarRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

L’inauguration le 8 janvier 2020 du gazoduc TurkStream, qui relie la Russie et la Turquie, illustre les bonnes relations qu’entretiennent les deux pays. Des relations pour le moins complexes, puisque Moscou et Ankara s’opposent sur les terrains syriens et libyens

 

 

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Le président russe Valdimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan ont inauguré le 8 janvier 2020 le gazoduc TurkStream qui relie les deux pays. Moscou et Ankara, qui s'opposent sur les terrains syrien et libyen, entretiennent des relations complexes. Photo prise le 8 janvier 2020 à Istanbul. (UMIT BEKTAS / X90076)

 

 

 

Jalel Harchaoui, chercheur au Clingendael Institute de La Haye et spécialiste de la Libye, apporte son éclairage sur la situation dans ce pays où Russes et Turcs se retrouvent face-à-face en soutenant les deux camps opposés.

 

 

 

Franceinfo Afrique : l’inauguration le 8 janvier 2020 du gazoduc TurkishStream montre-t-elle que, malgré leurs divergences sur les terrains syrien et libyen, les deux pays gardent de bonnes relations ?

 

Jalel Harchaoui : Ce sont deux Etats qui pratiquent une défense pragmatique de leurs intérêts respectifs. En Syrie, il ne s’agit pas d’affrontements directs, ils sont dans deux camps opposés, mais quand il le faut, Ankara et Moscou cherchent un arrangement et avancent par tâtonnements. L’un défend le régime de Damas, l’autre cherche à contenir les Kurdes et, dans une certaine mesure, les opposants syriens sunnites, mais ils évitent les affrontements directs. Pour la population locale, tous ces va-et-vient et ajustements provoquent beaucoup de souffrance, mais Ankara et Moscou se préoccupent peu des droits humains ou des exactions sur la population civile.

 

Entre la Russie et la Turquie, je parlerais plutôt d’une sorte de valse, qui converge lentement vers un certain équilibre. Depuis 2015, les deux pays savaient qu’ils allaient trouver une forme d’entente sur le théâtre syrien.

 

 

 

Et en Libye, ils se retrouvent aussi face-à-face ?

 

La Russie a, pour l'instant, une petite préférence pour le maréchal Haftar, mais son soutien est conjoncturel. Elle ne soutient guère Haftar comme elle a soutenu le président Assad, c’est-à-dire depuis toujours.

 

La Russie a su se rendre utile en Libye, elle sait que le camp Haftar a un talon d’Achille : sa faiblesse au sol. Mais le véritable soutien du maréchal Haftar, ce sont les Emirats arabes unis, qui fournissent des drones, et assurent les frappes aériennes.

Mais pour la Russie, il n’y rien de stratégique, elle n’est pas mariée avec le maréchal Haftar et sa faction. Elle a gardé des liens actifs avec le camp adverse. On peut tout à fait concevoir que Moscou soutienne Haftar dans l’est du pays et s'accommode d'une présence turque dans l'ouest libyen en soutien au gouvernement internationalement reconnu à Tripoli.

 

Au Moyen-Orient d'une manière générale, la Russie s’est fixé pour règle de ne jamais s’enfermer dans des amitiés exclusives. Elle tient à garder l'option de jouer plusieurs cartes en même temps, si elle le souhaite.

 

 

 

Y a-t-il une envie de la Russie de revenir en Afrique ?

 

La Libye est le ventre mou qui permet à la Russie de pousser ses pions en Afrique. On parle de 1400 mercenaires russes en Libye, appartenant au groupe Wagner, dont environ 300 sont actifs au front, au sud de Tripoli. En envoyant les groupes privés, comme le groupe Wagner, d'ailleurs illégaux en Russie et dont celle-ci nie l’existence, elle ne prend pas beaucoup de risques. Elle ramasse les bénéfices si le groupe Wagner réussit, sinon elle le lâche et nie tout en bloc.

 

Le groupe Wagner n’est pas payé directement par la Russie, mais par les promesses de partage des richesses locales. Il est très possible également que les Emirats arabes unis se chargent de la facture en Libye, car ils sont les vrais soutiens du maréchal Haftar. Ils ont dépensé beaucoup d'argent dans la guerre civile libyenne ces dernières années.

 

 

 

Et que vient faire la Turquie en Libye ?

 

La Turquie est déjà présente de manière clandestine en Libye du côté du gouvernement internationalement reconnu de Tripoli depuis un moment. Ce qui est nouveau, c’est qu’elle dit faire son entrée officielle, espérant récupérer un morceau plus ou moins gros du territoire libyen et de ses richesses.

 

 

 

Et l’Egypte, est-elle prête à entrer dans le conflit au côté du maréchal Haftar ?

 

L’Egypte ne souhaite pas intervenir en Libye. Le Caire a très peur d’être happé par le conflit libyen. Sa dernière intervention au Yémen ne lui a pas réussi. Elle y a perdu plus de 30 000 hommes dans les années 1960. Aujourd'hui, elle a trop de problèmes en interne pour s’affronter à la Turquie dans l'ouest libyen.

 

 

 

Est-ce que les Américains vont laisser la Russie et la Turquie pousser leurs pions en Libye sans réagir ?

 

La Maison Blanche ne va pas réagir de manière ferme. Sur une période longue (15 ou 20 ans), les Etats-Unis sont dans un processus de retrait du Proche-Orient. L’administration Trump va poursuivre une sortie lente et ambivalente qui a déjà commencé sous Obama. Même si entre temps il y a une guerre avec l’Iran, c’est une tendance historique commencée sous Obama.

 

 

Aux yeux de Donald Trump et de son entourage immédiat, Vladimir Poutine n’est pas un problème. Cela ne les gêne pas de voir la Russie étendre son influence dans cette région difficile. Pour l'instant, la Maison-Blanche de Donald Trump n'est pas du tout alarmée, ni révoltée, à l'idée que la Turquie se lance dans une nouvelle aventure en Libye occidentale.

 


10/01/2020
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Franceinfo - le mercredi 8 janvier 2020

 

 

Iran : les tirs de missile sont une "gifle au visage" des Américains, déclare l'ayatollah Khamenei

 

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franceinfoFrance Télévisions

 

 

Les Gardiens de la Révolution disent avoir frappé les bases d'Al-Assad et d'Erbil, dans la nuit de mardi à mercredi, pour venger la mort du général Qassem Soleimani, dont les funérailles avaient eu lieu quelques heures plus tôt

 

 

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Le guide suprême de la République islamique d'Iran, Ali Khamenei, le 8 janvier 2020 à Téhéran (Iran). (IRANIAN SUPREME LEADER PRESS OFF / ANADOLU AGENCY / AFP)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Téhéran avait promis des représailles après l'assassinat du général Qassem Soleimani, laissant craindre une escalade dans la région et un conflit armé avec les Etats-Unis. C'est chose faite : dans la nuit du mardi 7 au mercredi 8 janvier, l'Iran a mené des frappes contre des bases en Irak abritant des forces américaines. Selon le Pentagone, une douzaine de missiles ont été lancés depuis l'Iran contre les bases d'Al-Assad et d'Erbil. "Aucun militaire français déployé en Irak n'a été touché par les frappes déclenchées cette nuit", précise à franceinfo l'état-major des armées françaises mercredi matin. L'armée française compte 200 soldats sur place.

 

 

Le commandement militaire irakien fait, de son côté, état de vingt-deux de missiles tirés sur son sol, sans faire de "victime parmi les forces irakiennes""Entre 1h45 et 2h15 (23h45 et 0h15 en France), l'Irak a été bombardé par 22 missiles – dix-sept sur la base aérienne d'Aïn al-Assad (...) et cinq sur la ville d'Erbil – qui ont tous touché des installations de la coalition" antijihadistes menée par les Etats-Unis. Aucun soldat irakien n'a été touché, selon l'armée irakienne.

 

 

Une "gifle au visage" des Américains. Le guide suprême de la République islamique d'Iran a affirmé mercredi que les tirs nocturnes de missiles iraniens sur des bases abritant des soldats américains en Irak sont "une gifle au visage" des Etats-Unis. Le N°1 iranien avait appelé à venger la mort du puissant général iranien Qassem Soleimani, assassiné le 3 janvier, avec l'homme de l'Iran à Bagdad et huit autres personnes, par une frappe de drone américain dans la capitale irakienne.

 

 

L'Iran parle de victimes, des sources diplomatiques américaines démentent. Les tirs menés par l'Iran contre des bases américaines en Irak auraient fait 80 morts, affirme la télévision publique iranienne. Mais selon les informations du correspondant de France Télévisions à Washington, cette annonce a été immédiatement démentie. Londres, pour sa part, condamne les attaques sur les bases de la coalition en Irak et évoque des blessés. Berlin aussi a condamné "le plus fermement" les tirs de missiles iraniens.

 

 

Des raids revendiqués par Téhéran. De son côté, Mohammad Javad Zarif, chef de la diplomatie iranienne, a affirmé que son pays avait mené et "terminé" dans la nuit des représailles "proportionnées". "Nous ne cherchons pas l'escalade ou la guerre", a-t-il insisté. Ces tirs de missiles font cependant redouter une escalade régionale ou un conflit ouvert, même si les dirigeants américains et iraniens ont rapidement semblé vouloir calmer le jeu.

 

 

Une déclaration de Donald Trump mercredi matin. Dans un tweet au ton particulièrement léger, le président américain, Donald Trump, a indiqué qu'il ferait une déclaration mercredi matin et laissé entendre que le bilan n'était pas très lourd. "L'évaluation des dégâts et des victimes est en cours. Jusqu'ici, tout va bien !", a-t-il lancé.

 

 

Air France suspend "tout survol des espaces aériens iranien et irakien". "Par mesure de précaution et dès l'annonce de frappes aériennes en cours, Air France a décidé de suspendre jusqu'à nouvel ordre tout survol des espaces aériens iranien et irakien", a indiqué un porte-parole de la compagnie aérienne, contacté par l'AFP. En Allemagne, Lufthansa a de son côté annoncé avoir annulé son vol quotidien à destination de Téhéran. L'agence fédérale de l'aviation américaine (FAA) a interdit dès mardi soir aux avions civils américains le survol de l'Irak, de l'Iran et du Golfe, dans la foulée des attaques.

 


08/01/2020
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Franceinfo - le mardi 7 janvier 2020

 

 

"Ce n'était que du cinéma" : les syndicats racontent deux ans de "concertation" sur la réforme des retraites

 

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Anne BrigaudeauFrance Télévisions

 

 

Interrogés par franceinfo, la plupart des syndicats estiment s'être heurtés à un "mur" lors des discussions sur la réforme des retraites, qui ont débuté au printemps 2018

 

 

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Le Premier ministre, Edouard Philippe, ouvre une réunion sur la réforme des retraites, avec notamment le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, le 18 décembre 2019 à l'hôtel Matignon, à Paris. (THOMAS SAMSON / AFP)

 

 

 

Un écran de fumée ? Le 9 décembre 2019, l'ex-haut-commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye dressait un bilan plutôt flatteur de deux années d'échange sur la réforme des retraites. Et se félicitait des "50 réunions" qui s'étaient tenues avec les syndicats, sans compter "130 réunions avec les différentes professions" , pour élaborer le futur "système universel" à points voulu par l'exécutif.

 

 

Une satisfaction qui, aujourd'hui, tranche avec la durée d'un conflit social qui s'éternise. Mardi 7 janvier 2020, la grève contre la réforme des retraites à la SNCF est entrée dans son 33e jour,  battant ainsi largement le record du conflit social de l'hiver 1986-1987, qui avait duré 28 jours. La CGT, FO, FSU, CFE-CGC et Solidaires appellent à une nouvelle grève interprofessionnelle, jeudi 9 janvier, et à une nouvelle manifestation, samedi 11 janvier. Les rencontres gouvernement-syndicats reprennent ce mardi 7 janvier. Pour un même résultat ?

 

 

 

"Donner le sentiment  qu’il y avait concertation"

Interrogés, la plupart des syndicats disent s'être heurtés à un mur depuis le début des discussions, au printemps 2018. "Nous avons expliqué en quoi le système à points n'était pas une bonne idée, mais en vain",  explique le secrétaire général de FO, Yves Veyrier, qui a participé à des rencontres "bilatérales" avec l'équipe Delevoye. "Les 18 mois de 'concertation', c’était pour changer les virgules et les points" dans le texte du projet, abonde Fabrice Michaud, secrétaire général de la CGT Transports. 

 

 

"A l’arrivée, le projet Delevoye est quasiment à 100% le texte d’origine. Cette concertation, ce n'était que du cinéma ! Il s'agissait simplement de donner le sentiment aux Français qu’il y en avait une", lance enfin le secrétaire national chargé des retraites à la CFE-CGC, Pierre Roger, qui a assisté à une "trentaine de réunions". Particulièrement remonté, le président du syndicat des cadres, François Hommeril, confirme.

 

 

La méthode de 'concertation' du gouvernement n’est rien d’autre qu’un enfumage permanent. On arrive à l’évidence d’un projet qui était figé dès le départ, avec des paramètres qui sont restés les mêmes du début à la fin. François Hommeril, président de la CFE-CGC à franceinfo

 

 

Surtout, les dirigeants de la CGC se disent interloqués par l'absence de tout chiffrage donné par le gouvernement sur le passage d'un système à l'autre. Dans le futur système, les cadres ne pourront cotiser pour leur retraite qu'à hauteur de 10 000 euros bruts mensuels, contre 27 000 euros actuellement. "Réduire les cotisations retraites de 8 à 3 plafonds de Sécurité sociale, ça occasionne un manque à gagner de 65 milliards sur une vingtaine d’années. Comment on va les compenser ?" interroge Pierre Roger.

 

 

Et le syndicaliste d'égrener : "On a demandé à l'équipe Delevoye et au gouvernement comment ils allaient compenser ce trou : pas de réponseC'était pareil pour le reste. On les interrogeait : 'Quelles avancées sur la retraite progressive ?' Pas de réponse. 'Est-ce qu’on peut discuter des critères de pénibilité ?' Pas de réponse. On nous disait : 'On verra plus tard.' Ça donnait le sentiment que les sujets étaient vus. Mais pas du tout. C'était frustrant."

 

 

 

Un automne 2019 "sans résultat"

Après ce premier round "d'échanges", Jean-Paul Delevoye rend, en juillet 2019, ses 132 pages de "préconisations" pour un "système universel de retraites". A cette date, on n'est toujours pas entré dans le dur des discussions explicitant le passage des 42 régimes existants au futur système à points. "C'est normal que les négociations sectorielles n’aient démarré qu’à partir de juillet 2019, une fois le rapport rendu, s'agace-t-on au secrétariat d'Etat aux retraites. Jean-Paul Delevoye a toujours dit que système universel ne veut pas dire unique, mais commun avec des spécificités. Il fallait d'abord définir les grandes lignes. C'est pareil avec les chiffrages : c'est infaisable tant que tous les paramètres ne sont pas fixés."

 

 

Des avancées ont-elles, néanmoins, eu lieu à l'automne ? Oui, "chez les policiers, parce que nous avons décidé d'agir par de multiples moyens, qui sont allés de la grève du zèle à des mouvements d'absence importants, lâche le secrétaire général de l'Unsa-Police, Philippe Capon. A partir d'octobre, nous avons fini par obtenir des premières assurances du ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner." 

 

 

Les autres syndicalistes questionnés, eux, n'ont rien vu venir. Pour Roger Dillenseger, de l'Unsa-ferroviaire, "il y a eu des échanges certes cordiaux avec l'équipe de Jean-Paul Delevoye sur le cas des cheminots à partir de fin octobre. Mais sans résultat." De l'avis général, les discussions, et surtout les concessions n'ont commencé qu'après la grève "reconductible" lancée le 5 décembre contre la réforme des retraites.

 

 

 

Certains décrochent "la timbale"

Six jours plus tard, le Premier ministre, Edouard Philippe, lâche du lest. Le 11 décembre, il annonce que le nouveau système à points ne s'appliquera qu'à partir des personnes nées en 1975 et non en 1963, comme prévu initialement dans le rapport Delevoye.  Pour les agents roulants de la RATP et de la SNCF (qui, de toute façon, n'embauche plus au statut cheminot depuis le 1er janvier), l'entrée en vigueur est renvoyée à la génération née à partir de 1985.

 

 

Parallèlement, le gouvernement fait miroiter à l'Unsa-ferroviaire (minoritaire à la SNCF) une retraite au montant plus avantageux pour les cheminots concernés par les deux systèmes de retraite. Plus discrètement, "pilotes, hôtesses de l'air et stewards décrochent la timbale", selon Les EchosLes navigants obtiennent le maintien "d'un régime complémentaire légal obligatoire par répartition" où ils peuvent cotiser, pour leur retraite, jusqu'à huit fois le plafond de la Sécurité sociale... Soit exactement ce que réclame en vain la CGC pour tous les salariés concernés. "Oui, depuis le 5 décembre, le gouvernement fait beaucoup de concessions", constate Yves Veyrier. Mais bien tard, selon lui. 

 

 

L'exécutif a attendu jusqu’au dernier moment pour se rendre compte que sa réforme ne passait pas comme une lettre à la poste. Yves Veyrier, secrétaire général de FO à franceinfo

 

 

"Les marins, les danseurs... Tout ça n’avait jamais été vu dans le détail", ajoute-t-il. De la CGT à l'Unsa, beaucoup jugent que le gouvernement parie surtout sur le pourrissement du mouvement, et sur la division syndicale. Roger Dillenseger s'en désole. "J’ai connu, déplore-t-il, un autre niveau de dialogue social qu’aujourd’hui. Ne pas faire confiance au corps social est une erreur qui se paie. Tôt ou tard."

 

 

 

"La réforme en Conseil des ministres le 22 janvier" 

Qu'attendre des nouvelles rencontres qui débutent mardi entre les syndicats et le gouvernement, sommé par Emmanuel Macron de trouver un "compromis rapide" ? La CGC se le demande. "Je ne sais pas de quoi on va parler. De toute façon, le champ des négociations est restreint puisque le projet sur la réforme des retraites passe en Conseil des ministres pendant la semaine du 20 janvier. Je ne vois pas comment avoir un calendrier où l'on pourra discuter des points techniques", observe Pierre Roger. Avant d'asséner : "Je n’ai jamais vu ça." 

 

 

Le secrétariat d'Etat aux Retraites assure néanmoins que le projet est "encore en cours de rédaction", et qu'on peut ensuite "inclure des amendements s'il le faut". A la CFDT, pourtant défenseuse du système à points, le secrétaire national chargé des retraites, Frédéric Sève, semble tout aussi désabusé que ses homologues : "Nous, la CFDT, avions trois grandes revendications afin que le système à points comprenne des droits nouveaux : une pension minimale à 100% du smic, la retraite progressive et le retour aux dix critères de pénibilité de 2017."  Aucune n'a été satisfaite pour l'instant.

 

 

 

Blocage sur la pénibilité

Sur la pension minimale, le gouvernement s'est contenté de mentionner comme objectif "85% du smic". Le dossier de la retraite progressive est au point mort et la porte semble étroite sur la pénibilité. "La loi Pénicaud a éliminé les quatre critères de pénibilité qui concernent le plus de monde [manutention de charges lourdes, postures pénibles, vibrations mécaniques et risques chimiques], regrette Frédéric Sève. Et là-dessus, il y a blocage total. On devait discuter de ces sujets à l’automne, on n’a rien vu venir. C’est invraisemblable, presque pathologique." 

 

 

Il n’y a pas eu d’avancée sur ce qui pourrait donner un sens social au système à points, alors que c’était le cœur du sujet. Frédéric Sève, secrétaire national de la CFDT à franceinfo

 

 

Reste, pour le syndicat, la "ligne rouge" de l'âge pivot, fixé à 64 ans en 2027 (si la retraite est prise plus tôt qu'à 64 ans, la pension est amputée d'un malus). Dimanche, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a demandé sur France 2 que cet  "âge d'équilibre" ne figure pas dans le projet de loi, et que l'exécutif "convoque une conférence de financement des retraites" pour "travailler à des propositions sur l'équilibre du régime à moyen et long terme".

 

 

En attendant de savoir si le gouvernement s'empare de cette proposition émise par la seule CFDT, la semaine sera rythmée par les grèves et les manifestations auxquelles appellent les syndicats opposés à la réforme. Du côté de la CGC, François Hommeril dit "n’attendre plus rien" des négociations qui reprennent mardi, ni de "ce gouvernement qui est parti dans une vaste manœuvre de manipulation de l’opinion. La seule motivation, c'est de faire baisser, en tendance et sur le long terme, la retraite par répartition."

 


07/01/2020
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Franceinfo - le mardi 7 janvier 2020

 

 

"On nage en pleine ambiguïté" : à quoi joue Emmanuel Macron avec Edouard Philippe sur les retraites ?

 

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Margaux DuguetFrance Télévisions

 

 

Chargé par le président de trouver "un compromis rapide" avec les syndicats, le chef du gouvernement a la pression. De quoi alimenter les rumeurs en cas d'échec des négociations

 

 

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Le Premier ministre, Edouard Philippe, lors d'un entretien avec les partenaires sociaux à Matignon, le 18 décembre 2019. (MAXPPP)

 

 

 

"On le sait, il a le job le plus compliqué de la République", confie un député de la majorité. Depuis quelques semaines, Edouard Philippe n'a pas seulement "le job le plus compliqué", il est surtout en première ligne sur l'explosive réforme des retraites. Le Premier ministre, plutôt épargné lors de la crise des "gilets jaunes" il y a un an, se retrouve cette fois très exposé. La grève dans les transports est sans doute la manifestation la plus éclatante à cette opposition au projet du gouvernement, elle est désormais plus longue que celles de 1995 et de l'hiver 1986-1987. De quoi peser sur les épaules d'Edouard Philippe qui a repris, mardi 7 janvier, les négociations avec les partenaires sociaux, alors que de nouvelles journées de mobilisation sont prévues à la fin de cette semaine. "Je suis ouvert à la discussion : le plus tôt sera le mieux", a déclaré le chef du gouvernement sur RTL mardi matin. 

 

 

>> Trafic SNCF, RATP, avancée dans les négociations... Suivez l'actualité de la grève et de la réforme des retraites dans notre direct

 

 

La pression était déjà montée le 31 décembre. Et cette fois, elle est directement venue du plus haut sommet de l'Etat. "J'attends du gouvernement d'Edouard Philippe qu'il trouve la voie d'un compromis rapide", a glissé Emmanuel Macron lors de ses vœux aux Français. Une petite phrase qui n'est pas passée inaperçue et a relancé la machine à spéculations : Edouard Philippe est-il en danger en cas d'échec ? "Le Premier ministre doit certainement savoir que si cette réforme ne se fait pas, la suite de son action sera très difficile à mettre en œuvre", décrypte Sereine Mauborgne, députée LREM du Var.

 

 

 

"Il laisse le Premier ministre piloter"

Nouveauté dans la gestion de cette crise, le chef de l'Etat revient à une lecture beaucoup plus traditionnelle des institutions de la Ve République : au Premier ministre les affaires intérieures ; au président le régalien et l'international. Stanislas Guerini, patron de La République en marche, analyse ainsi la séquence comme "un positionnement très 'Ve' où le président laisse le Premier ministre piloter et en responsabilité". Un avis partagé par la majorité comme l'opposition.

 

 

C'est une lecture nouvelle pour Macron, à savoir qu'il délègue à son Premier ministre la marche du gouvernement. Pierre-Henri Dumont, député LR du Pas-de-Calais à franceinfo

 

 

"Emmanuel Macron retrouve une posture plus traditionnelle. Il était dans une forme de néo-bonapartisme et il rompt avec cela", soutient de son côté le politologue Stéphane Rozès, président de la société de conseil CAP et enseignant à Sciences Po et HEC.

 

 

Jusque là en effet, Emmanuel Macron était plus connu pour son hyperprésidence que pour sa capacité à déléguer. Lors de la crise des "gilets jaunes", c'était lui qui était monté au créneau, lui qui s'était adressé directement aux protestataires en annonçant une série de mesures pour répondre à la crise. Cette fois, sur les retraites, le président ne se mouille pas et charge son Premier ministre de trouver "un compromis rapide". "C'est très différent de l'année dernière, tient à nuancer Aurélien Taché, député LREM du Val-d'Oise. Dans le mouvement des 'gilets jaunes', il y avait une forme d'incompréhension entre le chef de l'Etat et le peuple. Il y avait quelque chose de très personnel et le président a pris ses responsabilités. Aujourd'hui, c'est autre chose. Le président a été élu sur cette réforme et il y a des propositions du gouvernement."

 

 

 

"Il se tient prêt à le déboulonner"

Mais, il y a une chose sur laquelle Emmanuel Macron n'avait pas fait campagne et qui jette aujourd'hui le trouble jusque dans les rangs des députés LREM : l'âge d'équilibre à 64 ans. Un point crucial que l'on doit à Edouard Philippe, très à cheval sur la question budgétaire. En introduisant cette mesure, le chef du gouvernement a fait basculer du côté des contestataires les syndicats réformistes, et en particulier la CFDT. Ils sont pourtant considérés comme des "alliés" indispensables de la majorité pour faire passer sa réforme. Lors de ses vœux, le chef de l'Etat a soigneusement évité le sujet de l'âge pivot. "On nage en pleine ambiguïté. Alors qu'Emmanuel Macron voit bien l'état du pays, il ne fixe pas de lui-même les contours et limites du compromis qu'il demande à Edouard Philippe, comme le fait de renoncer ou pas à l'âge pivot", pointe Stéphane Rozès. 

 

 

Que faut-il comprendre derrière ce silence du président ? "Macron s'est ouvert une porte en mettant la pression sur Edouard Philippe au cas où, mais rien ne dit qu'il l'utilisera. Mais s'il en a besoin, elle est là et il pourra dire : 'Il a échoué à trouver un compromis'", assure Pierre-Henri Dumont.

 

 

Le président n'a aucun intérêt à affaiblir son Premier ministre, mais il l'utilise comme un écran voire un fusible si les choses allaient mal. Stéphane Rozès, politologue à franceinfo

 

 

Gaspard Gantzer, l'ancien conseiller en communication de François Hollande, dit la même chose : "Macron fait le choix du pourrissement. Il se met dans la position de celui qui maintient le cap sur la réforme, mais laisse le Premier ministre gérer l'intendance et il se tient prêt à le déboulonner si la situation s'envenime." Désormais candidat à la mairie de Paris, il fait même cette prédiction : "D'ici trois mois, Edouard Philippe ne sera plus Premier ministre. Soit Macron s'en séparera avant les municipales si le gouvernement ne parvient pas à trouver un compromis, soit après les municipales car il aura vidé Philippe de toute son énergie."

 

 

 

"Edouard Philippe est indispensable"

Ce scénario d'un Edouard Philippe fusible d'Emmanuel Macron fait bondir la majorité parlementaire. "Je n'y crois pas", nous ont répondu plusieurs députés interrogés. "Emmanuel Macron est dans son rôle de demander au Premier ministre et aux syndicats de trouver un compromis rapide", balaye Philippe Chassaing, député LREM de Dordogne. "L'idée du Premier ministre fusible, ça n'existe plus dans la Ve République, plus depuis que la révision constitutionnelle a réduit le mandat du président à cinq ans, que la majorité est élue dans la foulée du président", estime Damien Adam, député LREM de Seine-Maritime.

 

 

Même si c'est le Premier ministre qui négocie la réforme et gère le dossier, tout le monde a conscience que c'est concerté avec le président et qu'aucune décision n'est prise sans sa validation. Damien Adam, député LREM de Seine-Maritime à franceinfo

 

 

De plus, souligne un macroniste, "le président sait bien que même si le Premier ministre part, cela ne changera pas le fait que la réforme restera à faire". Mais, pour la majorité, Edouard Philippe est surtout devenu "absolument incontournable dans la macronie", souligne ce député qui le connaît bien. "Il a une aura très forte et il est d'une loyauté très forte."

 

 

Edouard Philippe dispose aussi d'un atout de taille, selon ce même parlementaire : "Il est indispensable dans le dispositif pour attirer une partie de l'électorat de droite." Le politologue Stéphane Rozès fait la même analyse : "Edouard Philippe incarne et occupe le centre-droit. Cela permet à Macron de préempter ce centre-droit en évitant, par exemple, le retour d'un Xavier Bertrand. C'est une analyse purement tactique qui est de considérer que, dans le cas d'un duel Le Pen-Macron en 2022, le péril viendrait du centre-droit." A droite comme à gauche, on a bien perçu la manœuvre. "Je ne crois pas que Macron lâchera Philippe, il veut incarner un bloc social au service des plus riches qui siphonne la droite", tacle le député insoumis Alexis Corbière.

 

 

Tout cela rend improbable un remerciement prochain d'Edouard Philippe par Emmanuel Macron. Surtout, et c'est plus embêtant pour l'Elysée, le chef de l'Etat ne dispose pas d'une réserve très importante de "Premier ministrables". "Il n'y a pas de remplaçant crédible à ce stade", coupe court un député. Edouard Philippe pourrait aussi décider de prendre le large aux municipales en se présentant au Havre – il se prononcera à la fin du mois de janvier, selon France Bleu. Mais rien ne dit qu'il quittera Matignon pour autant.

 


07/01/2020
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Franceinfo - le lundi 6 décembre 2020

 

 

Réforme des retraites : deux tiers des Français sont contre l'âge pivot, selon un sondage

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

En intégrant à sa réforme un "âge pivot", fixé à 64 ans, l'exécutif s'est mis à dos la CFDT, pourtant favorable à un système universel

 

 

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Des adhérents à la CFDT manifestent contre la réforme des retraites le 17 décembre 2019 à Toulouse. (FREDERIC SCHEIBER / HANS LUCAS / AFP)

 

 

 

Deux tiers des Français (66%) se disent opposés à la mise en place d'un âge pivot en dessous duquel il ne sera pas possible de partir avec une retraite à taux plein, dans le cadre de la réforme en cours, selon un sondage* Elabe pour BFMTV.

 

 

>> Retrouvez les dernières informations sur la grève contre la réforme des retraites dans notre direct

 

 

Les autres mesures de cette réforme recueillent en revanche l'approbation de la majorité des personnes interrogées : 54% (+2) sont favorables à la mise en place d'un régime de retraites par points et 65% (-2) à la suppression des 42 régimes existants, dont les régimes spéciaux, selon ce sondage rendu public lundi. Au total, plus de la moitié (53%, -4) sont toutefois opposés à la réforme, en l'état.

 

 

 

 

Un soutien aux grévistes toujours majoritaire

Concernant le mouvement de contestation accompagné de grèves dans les transports depuis plus d'un mois, la même proportion (53%, -1) continue de le soutenir quand 38% (+1) le désapprouve. Pour 43% (-3) des personnes interrogées, le gouvernement est responsable du conflit social en cours et pour 23% (+2), ce sont les syndicats qui en sont responsables.

 

 

Enfin, deux tiers (62%) des personnes interrogées estiment que les récentes concessions accordées à certaines catégories (policiers, danseurs de l'Opéra, pilotes...) dénaturent le projet initial, même s'ils sont 56% à les trouver justifiées pour des professions spécifiques.

 

 

  • Sondage réalisé par internet auprès de 1 004 personnes selon la méthode des quotas.

 


06/01/2020
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Franceinfo - le dimanche 5 janvier 2020

 

 

Mort du général Soleimani : comment la relation entre les Etats-Unis et l'Iran s'est dégradée sous Donald Trump

 

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Louis SanFrance Télévisions

 

 

 

L'assassinat par les forces américaines de l'architecte de la stratégie iranienne au Moyen-Orient a provoqué la colère de Téhéran et dégradé les rapports déjà tendus entre l'Iran et les Etats-Unis

 

 

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Le président américain Donald Trump (gauche) et son homologue iranien Hassan Rohani. (NICHOLAS KAMM / IRANIAN PRESIDENCY / AFP)

 

 

 

"Un grand saut dans l'inconnu." Les spécialistes contactés par franceinfo sont inquiets, après l'assassinat du général iranien Qassem Soleimani en Irak, vendredi 3 janvier. Cet homme influent, figure de l'aile dure des conservateurs iraniens, a été tué par une frappe aérienne américaine, à Bagdad. Depuis, l'hostilité entre les Etats-Unis et l'Iran s'intensifie. L'ayatollah Ali Khamenei promet qu'"une vengeance implacable attend les criminels". De quoi accentuer encore l'antagonisme entre Washington et Téhéran, dont les relations n'ont fait qu'empirer depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche.

 

 

 

2018 : l'année de la rupture

Les Etats-Unis se retirent de l'accord sur le nucléaire iranien. C'est acté le 8 mai 2018. L'accord de Vienne, signé en 2015 sous Barack Obama, visait à interdire à l'Iran de chercher à obtenir la bombe atomique, en échange de la levée des sanctions économiques internationales et à condition de laisser inspecter ses sites nucléaires. Dès son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump dénonce un accord "pourri" qui, depuis sa signature, n'a "pas apporté la paix" et "ne l'apportera jamais". Aussitôt, le président iranien accuse son homologue de mener "une guerre psychologique".

 

 

Le retrait américain de l'accord provoque un tollé et de nombreuses craintes. Paris fait part de ses "regrets", la Russie se dit "profondément déçue", et Barack Obama condamne "une grave erreur". Ce n'est pas une énorme surprise, mais les observateurs ne pensaient pas Donald Trump capable de franchir le pas, malgré les menaces. "Avant son élection, Donald Trump annonçait vouloir sortir de l'accord de Vienne", rappelle Jean-Baptiste Bégat, historien et spécialiste de l'Iran et du Moyen-Orient. Donald Trump, dès 2016, n'a cessé de dénoncer "le pire accord signé par les Etats-Unis".

 

 

L'un des rares sujets de politique étrangère sur lesquels [Donald Trump] a toujours été stable, c'est le fait que l'Iran est un adversaire des Etats-Unis et qu'il faut combattre l'influence iranienne au Moyen-Orient. Jean-Baptiste Bégat à franceinfo

 

 

"Les relations entre les Etats-Unis et l'Iran n'étaient pas au beau fixe en 2018, mais elles étaient apaisées", commente auprès de franceinfo François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran de 2001 à 2005. Selon lui, la décision de Donald Trump a été "inspirée par sa haine de Barack Obama" et "la volonté presque enfantine de vouloir détruire l'un des rares succès diplomatiques de son prédécesseur". Un caprice qui a brutalement affecté le lien fragile entre Washington et Téhéran.

 

 

 

2019 : l'année de l'hostilité ouverte

Les Gardiens de la Révolution entrent dans la liste des organisations "terroristes". Cette mesure symbolique est annoncée par l'administration de Donald Trump en avril 2019. Avant cela, jamais les Etats-Unis n'avaient formellement qualifié l'armée d'un autre pays de groupe terroriste.

 

 

Washington supprime les dérogations pour commercer avec l'Iran. Le président Trump s'attaque au porte-monnaie de l'Iran : l'exportation de pétrole. Dans la foulée du retrait de l'accord de Vienne, Donald Trump avait réinstauré des sanctions pour les pays commerçant avec l'Iran, avec des dérogations à certains Etats, jugeant que le marché mondial de pétrole ne pourrait pas supporter la fermeture totale du robinet de pétrole iranien. Ces dérogations sont supprimées au mois de mai, pour "priver le régime de sa principale source de revenus".

 

 

Donald Trump "veut renégocier l'accord [sur le nucléaire], il veut que l'Iran arrête ses activités dans la région et mette un terme au programme balistique iranien, tout ça en mettant une pression maximum sur l'Iran, c'est irréaliste", commente Thierry Coville, chercheur à l'Iris et spécialiste de l'Iran. Pour François Nicoullaud, en levant les dérogations, Donald Trump décide "de passer au braquet supérieur". Les Iraniens, jusqu'alors dans une "attente stratégique", répondent par une "résistance maximale", poursuit le diplomate"Pendant cette période, les radicaux iraniens prennent de l'essor et décident de répondre aux Etats-Unis coup pour coup, même s'ils ne veulent pas la guerre", analyse Thierry Coville.

 

 

La tension monte dans le détroit d'Ormuz. Pendant l'été, les altercations diplomatiques entre les Etats-Unis et l'Iran se multiplient autour de ce passage stratégique du pétrole mondial. Après le déploiement d'un porte-avions américain et d'une force de bombardiers au Moyen-Orient, au prétexte d'une "menace" du régime iranien, Téhéran annonce commencer à enrichir de l'uranium. Les tensions s'accentuent avec une série de sabotages et d'attaques contre des pétroliers dans la région. Washington les impute à Téhéran, qui dément, dénonçant la volonté des Etats-Unis de "provoquer un choc" sur le marché pétrolier.

 

 

Des bases pétrolières saoudiennes sont attaquées. En septembre, la production de pétrole saoudienne est réduite de moitié après des attaques de drones revendiquées par les Houthis yéménites. Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo accuse Téhéran, sans expliquer comment l'Iran serait impliqué concrètement. Des accusations "insensées", pour Téhéran.

 

 

Donald Trump se sépare d'un conseiller farouchement anti-iranien. Le départ de John Bolton, conseiller à la sécurité nationale et poids lourd de l'entourage de Donald Trump, survient par surprise au début du mois de septembre. Il est connu pour ses positions très dures à l'égard de l'Iran, de la Russie ou encore de la Corée du Nord. Une bonne nouvelle pour Téhéran ? Pas forcément. "Avant lui, les personnes les plus responsables et mesurées de l'administration – "les adultes", comme elles étaient appelées – ont progressivement été effacées", tempère François Nicoullaud.

 

 

La médiation d'Emmanuel Macron échoue. En marge de l'Assemblée générale de l'ONU, en septembre, à New York, le président français tente de réunir autour d'une même table les présidents américain et iranien. En vain.

 

 

 

 

 

 

"C'était un moment d'espoir assez fort", estime François Nicoullaud. Thierry Coville juge que cet échec est imputable à l'intransigeance de Donald Trump. "Les Iraniens ont quand même laissé une porte ouverte en disant 'vous arrêtez les sanctions, vous rentrez dans l'accord, on est prêt à renégocier à un nouvel accord'", résume-t-il. En novembre, le guide suprême iranien critique violemment Emmanuel Macron.

 

 

Le président français, qui prétend qu'une rencontre pourra résoudre tous les problèmes entre Téhéran et l'Amérique, est soit naïf, soit complice des Etats-Unis.Ali Khamenei

 

 

Un ressortissant américain meurt en Irak. Tout s'accélère à la fin de 2019. Le 27 décembre, un sous-traitant américain est tué et plusieurs militaires américains et irakiens sont blessés, lors de l'attaque d'une base militaire irakienne. Le tir de roquette n'est pas revendiqué, mais Washington l'attribue à une milice chiite pro-iranienne, le Hezbollah irakien.

 

 

Les Etats-Unis bombardent des bases du Hezbollah. Quarante-huit heures plus tard, Washington réplique. Des avions de l'armée américaine bombardent cinq bases du Hezbollah irakien, dans l'ouest du pays. Au moins 25 personnes sont tuées. "Pour le gouvernement américain, une ligne rouge a été franchie", avec la mort de ce ressortissant, selon Jean-Baptiste Bégat. "La réponse des Etats-Unis a été très virulente."

 

 

L'ambassade américaine à Bagdad est attaquée. Le 31 décembre, la mission diplomatique est assaillie par des milliers de manifestants. Les contestataires protestent contre les bombardements américains. Donald Trump pointe aussitôt du doigt Téhéran. "L'Iran a tué un sous-traitant américain et en a blessé plusieurs. Nous avons répondu avec force, comme nous le ferons toujours. L'Iran orchestre désormais une attaque de l'ambassade américaine en Irak. Ils en seront tenus pleinement responsables", écrit-il sur Twitter.

 

 

 

 

2020 : l'année de l'embrasement ?

Le général Qassem Soleimani est assassiné. Ce puissant militaire iranien, émissaire de la République islamique en Irak, est tué dans une attaque américaine à Bagdad, vendredi 3 janvier. Le Pentagone affirme que Donald Trump a lui-même donné l'ordre de le "tuer". Mike Pompeo affirme que Qassem Soleimani comptait mener une "action d'envergure" menaçant des "centaines de vies américaines". De son côté, l'Iran promet de venger la mort de son général, "au bon moment et au bon endroit", tout en dénonçant le "terrorisme d'Etat de l'Amérique".

 

 

Autour du monde, la décision de Donald Trump est critiquée : Paris souhaite éviter "une nouvelle escalade dangereuse", Moscou juge que Washington a franchi "un palier hasardeux", Pékin appelle au "calme et à la retenue". Selon François Nicoullaud, remarque que les circonstances de la mort de Qassem Soleimani constituent "une humiliation cinglante pour les Iraniens" : "C'est un militaire de haut rang qui est tué par un tir de drone comme s'il s'agissait d'un terroriste."

 

 

L'emballement va-t-il se terminer en embrasement de la région, voire en guerre ouverte ? Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo assure vouloir la "désescalade". Jean-Baptiste Bégat estime que "l'escalade dans les relations entre les Etats-Unis et l'Iran a été l'initiative de Washington". Thierry Coville pointe aussi la responsabilité du président américain. "Tout remonte à la sortie de l'accord [de Vienne] sans avoir réfléchi aux conséquences, croyant qu'il allait pouvoir en redessiner un nouveau", tâcle-t-il.

 

 

Dans l'histoire, quand on ne respecte pas le droit international et que l'on fait cavalier seul, on prend d'énormes risques, comme celui d'envenimer la situation. Il n'y a plus de règles si ce n'est celle du plus fort.Thierry Coville, spécialiste de l'Iran à franceinfo

 

 

Tenter de prédire la suite des événements est un exercice auquel les spécialistes ne veulent pas se prêter, préférant l'extrême prudence. "Aucun des deux pays ne veut la guerre, mais un mauvais calcul peut tout faire basculer. On est dans une situation très dangereuse", selon Thierry Coville. Jean-Baptiste Bégat estime que la tension est surtout forte du côté iranien, car la réponse de Téhéran risque d'être retentissante. Pour lui, en éliminant Qassem Soleimani, les Etats-Unis ont réalisé un "geste disproportionné, au regard de l'escalade récente".

 


05/01/2020
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Franceinfo - le dimanche 5 janvier 2020

 

 

Mort du général Soleimani : Trump menace de frapper 52 sites en Iran, en cas de riposte contre des sites américains

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Certains de ces sites iraniens "sont de très haut niveau et très importants pour l'Iran et pour la culture iranienne", a prévenu le président américain sur Twitter. La tension monte entre les deux pays depuis l'assassinat par les Etats-Unis du général iranien Qassem Soleimani

 

 

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Le président américain Donald Trump lors d'un discours, le 3 janvier 2019, à Miami en Floride. (STRINGER / ANADOLU AGENCY / AFP)

 

 

 

La tension continue de monter. Donald Trump a averti Téhéran, samedi 4 janvier,  que les Etats-Unis ont identifié 52 sites en Iran et les frapperont "très rapidement et très durement" si la République islamique attaque du personnel ou des objectifs américains. Certains de ces sites iraniens "sont de très haut niveau et très importants pour l'Iran et pour la culture iranienne", a précisé le président américain dans un tweet. "Les Etats-Unis ne veulent plus de menaces !", a-t-il prévenu.

 

 

 

Donald J. Trump @realDonaldTrump

....hundreds of Iranian protesters. He was already attacking our Embassy, and preparing for additional hits in other locations. Iran has been nothing but problems for many years. Let this serve as a WARNING that if Iran strikes any Americans, or American assets, we have.....

Donald J. Trump @realDonaldTrump
 

....targeted 52 Iranian sites (representing the 52 American hostages taken by Iran many years ago), some at a very high level & important to Iran & the Iranian culture, and those targets, and Iran itself, WILL BE HIT VERY FAST AND VERY HARD. The USA wants no more threats!

89,1 k personnes parlent à ce sujet
 
 

 

Donald Trump a souligné que le chiffre de 52 correspondait au nombre d'Américains qui avaient été retenus en otages pendant plus d'un an à partir de la fin de 1979 à l'ambassade des Etats-Unis à Téhéran. Le chef d'Etat a encore insisté dans une nouvelle série de tweets publiés un peu plus tard : "S'ils attaquent à nouveau, ce que je leur déconseille fortement, nous les frapperons plus fort qu'ils n'ont jamais été frappés auparavant !"

 

 

Tirs de roquette

Les factions pro-Iran en Irak font monter la pression sur les bases abritant des soldats américains à l'issue d'une journée de défilés monstres pour les funérailles du puissant général iranien Qassem Soleimani tué à Bagdad par les Américains. En Irak, samedi dans la soirée, des roquettes et obus de mortier se sont abattus quasi-simultanément dans la Zone verte de Bagdad, où se trouve l'ambassade américaine, et sur une base militaire plus au nord, où sont déployés des soldats américains, sans faire de victimes. 

 

 

Ces frappes pourraient être le début de l'escalade tant redoutée depuis le raid qui a pulvérisé vendredi le convoi de Soleimani et d'Abou Mehdi al-Mouhandis, numéro deux du Hachd al-Chaabi, coalition de combattants pro-Iran désormais intégrés aux forces de sécurité irakiennes.

 

 

Franceinfo - le samedi 4 janvier 2020

 

 

Mort du général Soleimani : de quels leviers de riposte dispose l'Iran face aux Etats-Unis ?

 

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Jean-Loup Adénor & Noémie LeclercqfranceinfoFrance Télévisions
 

 

 

L'assassinat du chef de la Force Qods des Gardiens de la Révolution lors d'un raid aérien américain a provoqué un vif esprit de vengeance en Iran. Franceinfo fait le point sur les moyens dont dispose Téhéran pour riposter après cette attaque

 

 

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Le président iranien Hassan Rohani lors d'une prise de parole commune avec le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif, à Tokyo (Japon) le 20 décembre 2019. (IRANIAN PRESIDENCY / HANDOUT / ANADOLU AGENCY / AFP)

 

 

 

Les mots de l'ayatollah Ali Khamenei laissent peu de place à l'interprétation : "Une vengeance implacable attend les criminels" qui ont tué le chef de la Force Qods des Gardiens de la Révolution, a prévenu le leader iranien vendredi 3 janvier, peu après la mort de Qassem Soleimani, visé par un raid américain à l'aéroport de Bagdad, en Irak.

 

 

A Téhéran, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté pour dénoncer les "crimes" commis par les Etats-Unis. Après la prière du vendredi, une foule a rempli des rues du centre de la capitale iranienne, scandant "Mort à l'Amérique" et brandissant des portraits du défunt général. Mais de quels leviers dispose réellement l'Iran pour répliquer après cette attaque ? Franceinfo fait le point.

 

 

 

Mobiliser ses alliés dans la région 

"Penser que tuer Soleimani, c'était comme de tuer Al-Baghdadi, c'était une erreur ! Dans le chiisme, on est dans une logique d'émulation des troupes, surtout lorsqu'une icône tombe en martyr", explique à franceinfo la chercheuse au CNRS spécialiste de l'Iran Amélie Chelly. Depuis l'annonce de la mort du général iranien, un front uni semble se constituer autour de Téhéran. "La ligne rouge a été franchie, et cette attaque complètement disproportionnée de Washington a un effet rassembleur en Iran, développe également Emmanuel Dupuy, président de l'Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE) auprès de franceinfo. Désormais, des groupes de différentes sensibilités font front commun face à l'ennemi américain." 

 

 

D'où une véritable recrudescence de groupes pro-Iran, dont certains se sont même réveillés pour l'occasion. C'est notamment le cas de l'armée du Mahdi, une milice chiite affiliée à la République islamique d'Iran, qui sévissait au début des années 2000 en Irak, lorsque les Américains occupaient le pays. L'organisation, considérée comme terroriste par les Etats-Unis depuis avril 2019, possède des forces armées capables d'une riposte lourde : elle avait notamment participé à la libération de Mossoul en 2017 face à l'Etat islamique. Moqtada Sadr, le chef de cette milice, a demandé à ses soldats de se "tenir prêts", peu après l'annonce de la mort de Qassem Soleimani.

 

 

En tant que chef de la résistance patriotique irakienne, j'ordonne à tous les moudjahidines, particulièrement à ceux de l'armée du Mahdi, de la Brigade du jour promis et à tous les groupes patriotiques aguerris de se tenir prêts à protéger l'Irak.Moqtada Sadr, chef de l'armée du Mahdi

 

 

Israël s’est d'ailleurs montré particulièrement inquiet par les éventuelles représailles menées par des alliés de l'Iran dans la région. Le Hezbollah s'est déclaré prêt à répondre à l'appel de Téhéran, ainsi que le groupe Jihad islamique palestinien (JIP) et le Hamas. Ce dernier, basé dans la bande de Gaza, a fait savoir qu’il condamnait l'assassinat de Qassem Soleimani et présentait ses "plus sincères condoléances" à l'Iran. Un officiel du Hamas, Bassem Naim, a publié un message sur Twitter dans lequel il estime que la mort du général iranien "ouvre la porte à toutes les éventualités dans la région, sauf le calme et la stabilité". "C'est la responsabilité des Etats-Unis", a-t-il ajouté. Le JIP, soutenu par l'Iran, a qualifié Soleimani de chef qui "a toujours fait frémir d'horreur les cœurs des Américains et d'Israël". Abu Hamza, l'un des porte-parole du groupe, a juré que leur "alliance de résistance ne sera pas défaite, que nous ne serons pas brisés".

 

 

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, qui a écourté un déplacement en Grèce, a pour sa part exprimé la solidarité de l'Etat hébreu avec son allié américain dans son "juste combat". Selon la radio de l'armée israélienne, le niveau d'alerte des forces de sécurité du pays a été relevé d'un cran. Le dirigeant israélien a estimé que "Qassem Soleimani est responsable de la mort de citoyens américains et de beaucoup d'autres personnes innocentes. Il préparait de nouvelles attaques de ce type."

 

 

 

Mener des "guerres par procuration"

Bien sûr, l'Iran sait "qu’elle ne fait pas le poids dans le cadre d’un conflit militaire direct avec les Etats-Unis", explique Thierry Coville, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris). "Mais leur présence est partout dans la région : en Irak, au Yémen, dans le détroit d'Ormuz..." Téhéran n'a vraisemblablement pas l'intention de s'engager dans un conflit armé avec les Etats-Unis, mais "ne peut pas ne pas réagir et sa réaction, ce sera probablement des 'proxy wars' [des 'guerres par procuration', sur un territoire voisin]indique la spécialiste Amélie Chelly. Si l'on reste dans cette configuration, on aura des gestes forts, des gestes violents mais qui ne seront pas directement dirigés sur les territoires intérieurs des Etats-Unis ou de l'Iran, mais plutôt sur des cibles symboliques américaines ou alliées dans la région."

 

 

"Logiquement, pour répondre à hauteur du symbole qu'ont touché les Etats-Unis en s'en prenant à Soleimani, on peut imaginer que Téhéran s'en prendra aux ambassades américaines et aux troupes américaines présentes dans la région", indique également Emmanuel Dupuy. 

 

 

Dans le cadre de cette 'guerre', on est dans une lutte de symbole. On ne s'en prend pas aux civils avec des armes mais plutôt à une ambassade. La réplique de Trump était d'ailleurs tout aussi symbolique : il a abattu la tête des Gardiens de la Révolution. Amélie Chelly, chercheuse au CNRS à franceinfo

 

 

L'Irak a de fortes chances d'être le théâtre de ces affrontements. Bagdad a d'ailleurs dit redouter "une guerre dévastatrice" sur son sol, après le raid inédit qui a tué l'homme-clé de l'influence iranienne au Moyen-Orient, mais également son premier lieutenant irakien Abou Mehdi al-Mouhandis, numéro deux du Hachd al-Chaabi, groupe paramilitaire irakien. Proche militairement des Etats-Unis et de l’Iran, l'Irak se retrouve pris entre deux feux : une prise de position, dans un sens ou l'autre, serait dommageable pour le pays. 

 

 

"Les Iraniens vont vouloir montrer que les Américains doivent quitter l'Irak, estime Emmanuel Dupuy, de l'IPSE. C'est un paradoxe, parce que malgré la victoire symbolique que ce serait pour l'Iran, ça pourrait également jouer en faveur de Donald Trump : l'application d'une promesse de campagne aussi attendue que le retrait des troupes en Irak, quelques mois avant l'élection présidentielle à laquelle il est candidat, lui ferait une bonne pub auprès de ses électeurs."

 

 

 

Compromettre la sécurité du détroit d'Ormuz

Hormis l'Irak, l'autre endroit stratégique dont dispose l'Iran, c'est le détroit d'Ormuz. Téhéran peut, s'il le souhaite, influer sur la sécurité et la fluidité des échanges. Dès l’annonce de la mort de Soleimani, les prix du pétrole ont d’ailleurs bondi de plus de 4%, les marchés craignant une escalade des tensions dans la région. Il faut dire que plus de 30% des hydrocarbures utilisés dans le monde y transitent : un blocage du détroit aurait des conséquences très importantes. "Mais l'Iran est un Etat extrêmement rationnel : s'ils voulaient fermer le détroit, ils le feraient. S'ils ne le font pas, c'est qu'ils n'y ont pas intérêt", assure Amélie Chelly.

 

 

En revanche, la sécurité peut s'y trouver fortement perturbée. "Téhéran dispose de missiles à proximité, dont il pourrait se servir contre la flotte américaine qui transite par Ormuz, indique Emmanuel Dupuy. Ces frappes pourraient également se répercuter sur les navires d'autres nationalités se trouvant à proximité d'une potentielle cible."  

 

 

L'assassinat de Soleimani intervient trois jours après que la ministre des Armées française, Florence Parly, a passé son réveillon sur une frégate dans le golfe d'Ormuz, pour le lancement d’une mission européenne de surveillance maritime dans la région, du fait de l'escalade des tensions dans la zone. Depuis mi-novembre déjà, la frégate Courbet, composée de 180 marins, y assure la sécurité maritime et lutte contre les trafics qui alimentent les caisses des réseaux terroristes. Washington a lancé, également en novembre, sa propre opération (dénommée "Sentinel") pour protéger le transport maritime dans les eaux du golfe.

 

 

La mission européenne, qui vise à "garantir la liberté de circulation dans le golfe", devrait pour sa part être pleinement opérationnelle fin février – mais la situation actuelle pourrait retarder sa mise en place.

 

 


05/01/2020
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