L'AIR DU TEMPS

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HISTOIRE - INFOS


Franceinfo - le jeudi 13 décembre 2018

 

 

L'article à lire pour comprendre le référendum populaire, l'une des revendications des "gilets jaunes"

 

 

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Anne BrigaudeauFrance Télévisions
 

 

 

 

Depuis plusieurs semaines, ce scrutin largement inspiré de ce qui est pratiqué en Suisse est plébiscité par les manifestants. Mais ce système de "votations" soulève plusieurs questions

 

 

 

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Des "gilets jaunes" manifestent face à l'Arc de triomphe, le 8 décembre 2018, à Paris. (GREG LOOPING / HANS LUCAS)

 

 

 

Le bulletin mis dans l'urne tous les cinq ans vaut-il blanc-seing pour tout un quinquennat ? Ne faut-il pas permettre aux citoyens de peser davantage sur les décisions politiques ? C'est une des questions posées par les "gilets jaunes", nombreux à réclamer sur les réseaux sociaux la possibilité de lancer des référendums populaires ou des référendums d'initiative citoyenne.

 

 

"Il y a dans ce mouvement une demande sociale évidente. Une demande politique aussi, le désir d’une participation citoyenne", résume la romancière Annie Ernaux dans Libération. Mais ce type de consultations n'est pas forcément simple à appliquer et soulève aussi certaines questions. 

 

 

 

D'abord, c'est quoi un référendum populaire ?

"Référendum populaire ou d'initiative citoyenne, peu importe comment on l’appelle, chaque pays a son vocabulaire spécifique, explique le politologue Antoine Chollet, spécialiste de la démocratie directe. Le principal, c'est qu'il ne s'agit pas d'un référendum convoqué par le pouvoir, comme c’est le cas en France, où c’est le président qui décide, mais d'une initiative populaire."

 

 

Dans les faits, un certain nombre de citoyens signent un texte qui peut avoir une portée législative. "Dans la plupart des cantons en Suisse, mais aussi aux Etats-Unis [dans les villes, les Etats, etc.], les citoyens peuvent ainsi proposer une loi dès qu'ils ont le nombre suffisant de signatures, détaille le chercheur au Centre d’histoire des idées politiques et des institutions de l’université de Lausanne. En Suisse, ils peuvent aussi, par ce moyen, approuver ou désapprouver un texte voté par le Parlement." 

 

 

 

Qui réclame ce type de consultations ?

Le "référendum populaire" fait partie des 42 revendications largement diffusées d'un groupe de "gilets jaunes". "Le référendum populaire doit entrer dans la Constitution. Création d'un site lisible et efficace, encadré par un organisme indépendant de contrôle où les gens pourront faire une proposition de loi. Si cette proposition de loi obtient 700 000 signatures, alors cette proposition de loi devra être discutée, complétée, amendée par l'Assemblée nationale qui aura l'obligation (un an jour pour jour après l'obtention des 700 000 signatures) de la soumettre au vote de l'intégralité des Français", demande-t-il.

 

 

D'autres, tel ce compte Twitter, réclament un "référendum d'initiative citoyenne" (RIC) avec des pouvoirs législatifs, mais aussi "abrogatoire" (permettant "d'annuler une loi"), "révocatoire" (permettant de destituer un responsable politique) ou "constituant". 

 

 

 

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Des termes reprenant mot pour mot ceux du "Plan C" d'Etienne Chouard, qui propose un seuil très bas de 100 000 citoyens signataires pour lancer une consultation. Très actif lors de la campagne référendaire de 2005 sur le Traité constitutionnel européen, ce blogueur a ensuite été mis en cause pour avoir relayé des thèses complotistes. 

 

 

 

Cette demande de démocratie directe est-elle nouvelle en France ?

Non. "Il y a deux conceptions de la citoyenneté, explique l'historien Gérard Noiriel. Une conception dominante, qui est la délégation du pouvoir avec un bulletin dans l'urne tous les cinq ans, et une conception populaire, qui est la participation directe. C'est celle des 'gilets jaunes' qui disent : 'Nous, on ne veut pas déléguer notre pouvoir à des chefs qu'on ne connaît pas.' En 1871, la Commune de Paris a appliqué cette démocratie directe. Les citoyens parisiens se réunissaient physiquement dans des assemblées générales, et ils choisissaient des délégués, qui étaient révocables et devaient rendre compte de ce qu'ils faisaient."

 

 

Depuis des années, des élus plaident en faveur d'une démocratie plus directe. L'ancien député socialiste Arnaud Montebourg défendait dès 2001 une trentaine de propositions pour une VIe République, dont celle-ci : "Chaque collectivité territoriale peut consulter sa population sur les questions qui relèvent de leur compétence. (...) La même disposition de référendum d’initiative populaire est établie pour la proposition ou l’abrogation des lois de la République. Une loi organique en fixe les modalités et conditions."

 

 

Lui aussi fervent partisan d'une VIe république, Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, avait inclus dans son programme présidentiel de 2017 la création d'un "référendum révocatoire d’initiative populaire ". Celui-ci devait pouvoir mettre en cause la responsabilité politique d’un représentant, "même le conseiller général du coin", rappelle Le Monde.

 

 

Du côté du Front national, Marine Le Pen, candidate à la présidentielle, s'était engagée "à créer un véritable référendum d’initiative populaire, sur proposition d’au moins 500 000 électeurs" si elle était élue ("engagement numéro 5", souligne 20 Minutes"). Nicolas Dupont-Aignan (Debout La France) et François Asselineau (Union populaire républicaine) portaient des propositions similaires. 

 

 

 

Mais ce n'est pas pareil que le référendum ?

Non car il y a une différence énorme entre le référendum "classique" et le référendum d'initiative populaire : le premier est décidé par le pouvoir. Il sert, spécifie le site Vie publique, à approuver (ou non) une réforme, à ratifier (ou non) un traité, à réviser (ou non) la Constitution. Les neuf référendums organisés sous la Ve République l'ont tous été sur décision du chef de l'Etat. Le dernier en date, portant sur le Traité constitutionnel européen, remonte à treize ans. Et il a laissé un cuisant souvenir aux principaux responsables politiques. 

 

 

Au terme d'une campagne passionnée, le "non" l'avait emporté par 55% des voix le 29 mai 2005, infligeant un camouflet au chef de l'Etat, Jacques Chirac, et à ses deux futurs successeurs, le président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, et le premier secrétaire du PS, François Hollande, tous fervents soutiens du "oui". Elu à l'Elysée deux ans plus tard, Nicolas Sarkozy a fait adopter, comme il s'y était engagé, ce texte par voie parlementaire.

 

 

Il est enfin possible, et c'est le quatrième type de référendum, de "soumettre à la décision des électeurs d’une collectivité territoriale, un projet d’acte relevant de sa compétence". Plus de  55% des habitants de Loire-Atlantique ont ainsi approuvé, le 26 juin 2016, la construction de l'aéroport Notre-Dame-des-Landes. Pourtant, le projet d'aéroport a finalement été annulé. Ainsi en a décidé le gouvernement d'Edouard Philippe, le 17 janvier 2018. Comme dans le cas du Traité constitutionnel européen, il n'a pas été tenu compte du vote référendaire des citoyens.

 

 

 

Donc c'est un scrutin qui n'existe pas en France ?

Si, il existe un "référendum d'initiative partagée". Avec une nuance de taille toutefois. Ce dispositif est "prévu par l'article 11 de la Constitution depuis la révision constitutionnelle de 2008", précise le site du ministère de l'Intérieur. Il "peut être organisé à l'initiative d'un cinquième des membres du Parlement, soutenu par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales". Avec plusieurs restrictions :  ce référendum ne doit pas avoir "pour objet l’abrogation d’une disposition législative promulguée depuis moins d’un an" (il ne peut donc pas détricoter l'action gouvernementale en cours), ni être "contraire à la Constitution" .

 

 

En 2010, François de Rugy, aujourd'hui ministre de la Transition écologique et alors député des Verts, se réjouissait de l'adoption de ce dispositif en Conseil des ministres, sous Nicolas Sarkozy.

 

 

C’est un outil qui permet de déverrouiller le débat démocratique. (...) On peut décider que la démocratie est plus ouverte et non pas réservée au président, à son gouvernement et au Parlement.Le député des Verts François de Rugy en 2010Libération

 

 

"Il faut accepter des procédures nouvelles qui donneront lieu à des pratiques nouvelles", se félicitait-il encore, dans Libération. En vigueur depuis 2015, ce processus complexe n'a jamais été appliqué. Et la page du ministère de l'Intérieur consacrée à d'éventuelles propositions de lois référendaires, passées ou en cours, reste désespérément vide.

 

 

 

Pourquoi autant de personnes plébiscitent-elles le référendum populaire ?

"L’avantage principal, c’est un avantage démocratique, sourit Antoine Chollet. 

 

 

Cela redonne une forme de pouvoir au peuple, qui redevient un véritable acteur, en tant qu’ensemble de citoyens.Antoine Chollet, chercheur en sciences politiques à Lausanne à franceinfo

 

 

"Le référendum d'initiative populaire offre un cadre institutionnel aux citoyens pour continuer à agir politiquement, entre les moments électoraux", poursuit-il. En Suisse, les citoyens ont ainsi un pouvoir législatif, mais aussi un pouvoir de veto ou d'approbation d'un texte : "Un référendum peut déboucher sur l’annulation d’une loi, mais il peut aussi la légitimer.  L’outil va dans les deux sens", commente le chercheur.

 

 

Mais il existe toutefois des inconvénients. "Les adversaires de ce type de consultations disent que ce référendum pose un problème de gouvernabilité et débouche sur une contestation permanente, détaille-t-il. Ils mettent aussi en avant les menaces contre les droits fondamentaux et les propositions 'illibérales'." En 2009, à la surprise générale, rapporte Le Monde, la Suisse approuvait ainsi à 57,5% des voix la proposition de membres de l'UDC (extrême droite) d'interdire les minarets des mosquées, pourtant quasi absents du pays (il en existe quatre). 

 

 

 

Comment ça se passe dans les pays où ce type de votation est utilisé ?

Quel bilan peut-on d'ailleurs tirer des "votations" (référendum d'initiative populaire) en Suisse, pays de 8 millions d'habitants qui pratique la démocratie directe à tous les échelons (communes, canton, Etat fédéral) ? D'abord, qu'elles sont nombreuses : "Les Suisses ont été appelés aux urnes 309 fois depuis 1848", remarque ce site officiel suisse. Ensuite la procédure semble aisée : "Une initiative populaire peut être lancée par tous les Suisses et les Suissesses ayant le droit de vote (...), à condition de recueillir au moins 100 000 signatures validées par la Chancellerie fédérale".

 

 

Quelles sont les conséquences de ces votes à répétition ? "Un effet important d’anticipation, analyse Antoine Chollet. Les partis savent qu’il y a une menace référendaire, qu’il faut l'anticiper. Si le référendum est lancé, il faut être capable de défendre la proposition de loi devant l’ensemble de la population." 

 

 

Mais sur toute une série de sujets, les décisions populaires ont plutôt amélioré la gouvernance, notamment sur l’écologie. C'est le vote populaire qui a décidé, dans les années 1990, de transporter les camions par le train. Antoine Chollet à franceinfo

 

 

Et que pense-t-il des votations dirigées contre les migrants soumises aux Suisses ces dernières années [celle sur les minarets il y a dix ans, mais aussi celle, adoptée, visant à mettre fin à "l'immigration de masse" des travailleurs étrangers, en 2014] ? "C’est un risque lié au pouvoir du peuple souverain, mais ce sont des cas isolés. D'autant plus que le référendum est toujours précédé d'une campagne où tous les arguments sont mis sur la table et très médiatisés. La plupart du temps, les Suisses votent dans le sens de maintien des droits fondamentaux. Dernière exception en date : ils ont approuvé à 65% la surveillance des assurés sociaux [qui pourront être espionnés, y compris à domicile, s'ils sont soupçonnés de fraude]. Mais dans ce cas précis, c'est le gouvernement et le Parlement qui ont proposé une loi allant contre des droits fondamentaux. Le vote populaire lui donne alors un quasi-blanc-seing". 

 

 

 

Et en France, ça peut bouger ?

Face à une pratique très verticale du pouvoir, certains députés de La République en marche (LREM) plaident désormais, eux aussi, pour une démocratie plus directe. Ou plus représentative des électeurs alors qu'un seul ouvrier a été élu député en 2017, note Public Sénat. Selon une étude Ipsos Sopra Steria pour France Culture, 69% des ouvriers se sont d'ailleurs abstenus au second tour des législatives.

 

 

Il faut "mettre en place des référendums régionaux", propose ainsi une élue parisienne, Olivia Grégoire. Député LREM du Maine-et-Loire, Matthieu Orphelin suggère, lui, une autre forme de démocratie participative : le tirage au sort.

 

 

Une occasion se présente puisque la réforme constitutionnelle voulue par Emmanuel Macron doit être présentée en janvier au Parlement. Le président de la République en profitera-t-il pour "assouplir les conditions d'accès au référendum ?" se demande France Inter. Réponse en 2019.  

 

 

 

J'ai eu la flemme de tout lire, vous pouvez me faire un résumé ;-) ?

Difficile de savoir quel est l'écho réel de la demande de référendum populaire  impulsée par les "gilets jaunes". Le constat que la démocratie française fonctionne de plus en plus mal est, lui, de plus en plus partagé. Dans "La démocratie de l'abstention, les universitaires Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen ont mis en évidence " l'augmentation massive et croissante de la démobilisation électorale en milieu populaire au cours des dernières décennies".

 

 

Le référendum d'initiative populaire est-il la solution ? Il fonctionne bien chez nos voisins suisses, mais n'a jamais été mis en place en France, où la culture du pouvoir est assez verticale. Emmanuel Macron proposera-t-il "d'assouplir les conditions d'accès au référendum" lors de la réforme de la Constitution qui doit être présentée en janvier ? Réponse en 2019.

 


13/12/2018
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Franceinfo - le jeudi 13 décembre 2018

 

 

"Gilets jaunes" : plusieurs représentants maintiennent leur appel à manifester samedi

 

 

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Certains "gilets jaunes" appellent à maintenir la pression sur l'exécutif et prévoient un "acte 5", samedi

 

 

 

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Un "gilet jaune" devant l'usine Monsanto de Trèbes (Aude), le 12 décembre 2018. (IDRISS BIGOU-GILLES / HANS LUCAS / AFP)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Un collectif de "gilets jaunes" appelle à manifester samedi, lors d'une conférence de presse donnée à Versailles (Yvelines), jeudi 13 décembre. "Nous, 'gilets jaunes', exigeons une baisse sérieuse de toutes les taxes sur tous les produits de première nécessité : énergie, logement, produits alimentaires, vêtements... Ainsi qu'une baisse significative de toutes les rentes, salaires, privilèges, retraites actuelles et futures des hauts fonctionnaires", a déclaré Priscillia Ludosky. Pourtant, après l'attentat à Strasbourg, les autorités et certains manifestants ont appelé à une trêve du mouvement. 

 

 

Le gouvernement appelle à ne pas manifester samedi. "A ce stade, nous n'avons pas décidé d'interdire les manifestations qui se tiennent samedi" dans toute la France, a déclaré le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, sur CNews. Mais le gouvernement appelle les "gilets jaunes" à être "raisonnables" après l'attentat de Strasbourg et à "ne pas manifester".

 

 

Un "gilet jaune" tué à Avignon. Un manifestant de 23 ans a été tué, dans la nuit du mercredi 12 au jeudi 13 décembre, après avoir été percuté peu après minuit par un poids lourd à un rond-point près d'une sortie d'autoroute à Avignon (Vaucluse).

 

 

Motion de censure à l'Assemblée. Le gauche soumet Edouard Philippe, pour la deuxième fois depuis son arrivée à la tête du gouvernement, à l'épreuve d'une motion de censure. Socialistes, communistes et insoumis n'ont cependant aucune chance de faire tomber le gouvernement, ces élus totalisant 62 voix, loin de la majorité des 577 députés.

 


13/12/2018
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Franceinfo - le mardi 11 décembre 2018

 

 

"Mardi noir" dans les lycées : 450 lycées sont perturbés dont 60 sont totalement bloqués

 

 

 

 

 

Les lycéens entament leur deuxième semaine de manifestations pour dénoncer des mesures gouvernementales

 

 

 

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Les lycéens manifestent place Saint-Michel à Paris, le 11 décembre 2018. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Les lycéens haussent le ton. Le syndicat Union nationale lycéenne (UNL) a appelé à un "mardi noir" pour la journée du 11 décembre. Des blocages sont organisés un peu partout en France pour dénoncer des mesures gouvernementales, dont la réforme du bac, du système d'accès à l'enseignement supérieur et du service national universel.

 

 

"Lycéennes, lycéens, continuons la mobilisation !" a écrit le président du syndicat, Louis Boyard, la veille, après l'allocution d'Emmanuel Macron. Environ 170 établissements étaient "perturbés" mardi matin, selon le ministère de l'Education

 

 

Des rassemblements dans toute la France. Les cortèges comptaient plusieurs centaines de jeunes à Paris et en région : un gros millier de manifestants dans la capitale, même nombre à Rennes, 600 à Nancy et Angoulême, 300 à Auxerre, Dijon, Lyon, Nîmes, Montpellier, Mérignac etc, selon les chiffres de la police. Peu d'incidents ont été signalés.

 

 

Des actes de violence. Ces blocages, parfois marqués par de vives tensions (caillassages, voitures renversées...), inquiètent les responsables d'établissements. "Les actes de violence se multiplient devant ou à proximité des établissements, liés directement aux mouvements de lycéens ou en marge de ceux-ci", déplore le SNPDEN, principal syndicat des chefs d'établissement.

 

 

"Arrêter de frapper la jeunesse." "On a le sentiment que le gouvernement a pris peur (...), cette peur s'est manifestée en répression", a déclaré Louis Boyard, à la tête du syndicat lycéen UNL. Quatre organisations ont demandé mardi au gouvernement d'"arrêter de frapper la jeunesse". Pour Carlos Lopez, sdu Syndicat national des personnels de l'éducation et du social (SNPES-FSU), il y a une "stratégie gouvernementale d'écraser le mouvement lycéen".

 

 

Un lycéen porte plainte contre la police. Un jeune homme, gravement blessé à l'œil, a porté plainte avec ses parents contre la police pour "violences volontaires", a indiqué l'avocat de la famille à l'AFP, mardi 11 décembre, confirmant une information du Progrès.

 

 

Des parents d'élèves inquiets. La FCPE, première fédération de parents d'élèves, rapporte la crainte de ces derniers face aux "feux de poubelle mais surtout face à l'usage disproportionné de la force par la police". "Nous demandons aux parents d'aller sur les manifestations des élèves, non pas pour leur dire ce qu'il faut faire, mais pour les encadrer et les protéger", indique ainsi Rodrigo Arenas, coprésident de la fédération.

 


13/12/2018
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Franceinfo - le mardi 11 décembre 2018

 

 

"Gilets jaunes" : Edouard Philippe veut que les salariés payés au smic "puissent bénéficier du fruit de leur travail"

 

 

 

Le Premier ministre rappelle l'augmentation prévue de 100 euros des salaires au niveau du smic

 

 

 

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Le Premier ministre, Edouard Philippe, lors de la session de questions au gouvernement, le 11 décembre 2018 à l'Assemblée. (THOMAS SAMSON / AFP)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Après les annonces, l'heure est aux explications. Au lendemain de l'allocution d'Emmanuel Macron, durant laquelle le chef de l'Etat a annoncé une série de mesures économiques et sociales pour répondre au mouvement des "gilets jaunes", c'est au tour du Premier ministre de s'exprimer. Edouard Philippe est revenu, mardi 11 décembre, à l'Assemblée nationale, sur l'augmentation de 100 euros des salaires au niveau du smic, de l'exemption de la hausse de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2 000 euros par mois et des heures supplémentaires payées "sans impôts ni charges".

 

 

La hausse de la prime d'activité accélérée. Le Sénat à majorité de droite a donné son feu vert au dispositif proposé par le gouvernement pour accélérer la hausse de la prime d'activité, un des leviers pour permettre la hausse de 100 euros par mois pour les salariés au Smic, promise par Emmanuel Macron.

 

 

Les patrons de banque reçus à l'Elysée. Emmanuel Macron a rendez-vous mardi après-midi des représentants du secteur bancaire et il recevra le lendemain après-midi des dirigeants de grandes entreprises, pour leur demander de "participer à l'effort collectif", sans doute à travers des mesures fiscales.

 

 

Des syndicats déçus. Les première réactions syndicales sont pour l'instant très critiques. Pour la CGT, Emmanuel Macron "n'a rien compris de la colère qui s'exprime". L'Unsa a regretté que rien ne soit prévu pour les fonctionnaires, souvent proches du smic. Le patron de la CFDT, Laurent Berger, avait souhaité plus tôt dans la journée une prime "obligatoire".

 

 

Des "gilets jaunes" divisés. Chez les manifestants, pour beaucoup très déçus par les 100 euros promis aux smicards, l'accueil était mitigé, avec des dissensions qui semblaient se renforcer entre les modérés et les radicaux. Parmi les premiers, la Bretonne Jacline Mouraud a appelé lundi soir à "une trêve" en saluant "des avancées, une porte ouverte" du pouvoir.

 

 

23 millions de téléspectateurs. 23 millions de personnes ont suivi l'allocution d'Emmanuel Macron ce lundi soir, en comptant les quatre chaînes d'infos en continu, a appris franceinfo mardi matin. C'est près du double de sa dernière intervention.

 


13/12/2018
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Franceinfo - le lundi 10 décembre 2018 - mis à jour le 11.12.18

 

 

Smic, heures supplémentaires, prime de fin d'année, CSG : les quatre annonces d'Emmanuel Macron pour calmer la colère des "gilets jaunes"

 

 

 

Le chef de l'Etat s'est exprimé, lundi soir, pour tenter de répondre à la crise des "gilets jaunes"

 

 

 

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Emmanuel Macron s'exprime lors d'une allocution télévisée, le 10 décembre 2018 à l'Elysée. (LUDOVIC MARIN / AFP)

 

 

Ces annonces vont-elles convaincre les "gilets jaunes" ? Le président de la République a décrété, lundi 10 décembre, un "état d'urgence économique et sociale" lors d'une allocution d'une douzaine de minutes destinée à calmer la colère née du mouvement des "gilets jaunes". "Nous voulons une France où on peut vivre dignement de son travail, dès le début de l'année", a-t-il déclaré, en annonçant quatre mesures immédiates censées améliorer le pouvoir d'achat.

 

 

 

Une "augmentation de salaire" pour les travailleurs au smic

"Le salaire d'un travailleur au smic augmentera de 100 euros par mois dès 2019", a annoncé Emmanuel Macron. Une surprise, à première vue, puisque sa ministre du Travail, Muriel Pénicaud, avait assuré dimanche que le smic ne bénéficierait pas de "coup de pouce" supplémentaire par rapport à la revalorisation légale au 1er janvier (1,8%, soit environ 25 euros).

 

 

Mais le chef de l'Etat a précisé que cette hausse de 100 euros ne serait pas supportée par les employeurs. Il ne s'agit donc pas d'une réelle hausse du smic, car c'est l'Etat qui paiera la différence, mais d'une augmentation de la prime d'activité.

 

 

Contacté par franceinfo lundi soir, l'Elysée a confirmé que ces 100 euros d'augmentation comprenaient les hausses déjà prévues de la prime d'activité (30 euros en avril 2019, 20 euros en octobre 2020 et 20 euros en octobre 2021).

 

 

Mardi après-midi, une source gouvernementale jointe par franceinfo apporte quelques précisions. Elle indique que les 100 euros annoncés par Macron se décomposent ainsi : l'augmentation immédiate de la prime d'activité mais aussi l'exonération des cotisations sociales appliquée en 2018 (environ 20 euros pour un smic). Des exonérations qui apparaissaient déjà sur les fiches de paie avant l'allocution d'Emmanuel Macron...

 

 

 

Des heures supplémentaires défiscalisées dès 2019

Les heures supplémentaires devaient bénéficier d'une exonération de cotisations sociales à partir de septembre 2019. Non seulement cette exonération interviendra dès le mois de janvier, mais les heures supplémentaires seront en outre défiscalisées, c'est-à-dire qu'elles ne seront plus prises en compte dans le calcul de l'impôt sur le revenu. C'est ainsi le retour à un dispositif mis en place par Nicolas Sarkozy, qui avait été supprimé par François Hollande.

 

 

 

Une prime de fin d'année pour les salariés

Le chef de l'Etat a demandé "à tous les employeurs qui le peuvent" de verser "une prime de fin d'année" à leurs salariés. Cette prime ne sera pas soumise aux cotisations sociales et ne sera pas imposable. L'Elysée précise à franceinfo qu'il s'agit bien d'une prime exceptionnelle (qui ne pourra donc pas être versée les années suivantes) et que les fonctionnaires ne bénéficieront pas de cette prime.

 

 

 

La hausse de la CSG annulée pour les retraités modestes

C'est également l'un des points sur lesquels le gouvernement disait ne pas vouloir revenir. La hausse de la CSG sur les pensions de retraite, qui est passée de 6,6% à 8,3% au 1er janvier 2018, va être annulée pour les revenus de moins de 2 000 euros, a annoncé le chef de l'Etat. L'Elysée précise que ce plafond concerne un célibataire. Le plafond en dessous duquel un couple de retraités sera exonéré de hausse de CSG doit encore être précisé.

 


12/12/2018
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Franceinfo - le lundi 10 décembre 2018 - mis à jour le 11.12.18

 

 

"Gilets jaunes" : pourquoi l'augmentation du smic promise par Macron n'en sera pas vraiment une

 

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Ilan CaroFrance Télévisions

 

 

Lors de son allocution, le chef de l'Etat n'a pas prononcé les mots "prime d'activité". C'est pourtant bien la revalorisation de cette prime qui se cache derrière "l'augmentation de salaire" évoquée par Emmanuel Macron

 

 

 

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Des "gilets jaunes" manifestent près de la place de l'Etoile, à Paris, le 8 décembre 2018. (MARC GARVENES / DPA / MAXPPP)

 

 

 

Les téléspectateurs qui ont écouté l'allocution d'Emmanuel Macron d'une oreille distraite, lundi 10 décembre, ont pu croire que le smic allait augmenter de 100 euros par mois au 1er janvier. Mais la formulation choisie par le chef de l'Etat prête à confusion. En réalité, le smic n'augmentera pas : c'est la prime d'activité qui sera revalorisée, un peu plus que prévu et un peu plus rapidement qu'annoncé avant la crise des "gilets jaunes". Explications.

 

 

>> REPLAY. "Gilets jaunes" : regardez en intégralité l'allocution d'Emmanuel Macron

 

 

 

Ce qu'a dit Emmanuel Macron

"Le salaire d'un travailleur au smic augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans qu'il en coûte un euro de plus pour l'employeur", a déclaré le chef de l'Etat.

 

 

 

Ce que signifie réellement cette annonce

Contrairement à ce que laisse entendre Emmanuel Macron, le montant du smic mensuel net ne sera pas revalorisé de 100 euros au 1er janvier 2019. Le salaire minimum ne bénéficiera que de la hausse légale automatique prévue par la loi, qui devrait être d'environ 1,8% (soit environ 25 euros net).

 

 

D'où viennent alors les 80 euros de différence ? Les personnes rémunérées au smic (ou à un salaire légèrement supérieur) vont en fait bénéficier d'une hausse de la prime d'activité "dès 2019". Cette prime d'activité, mécanisme qui a remplacé le RSA en 2016, est versée par l'Etat via les caisses d'allocations familiales. Ce qui explique, comme l'a souligné Emmanuel Macron, que cette mesure sera neutre pour les employeurs.

 

 

Emmanuel Macron s'est cependant bien gardé de rappeler qu'une hausse de la prime d'activité était déjà prévue bien avant le mouvement des "gilets jaunes" : 30 euros en avril 2019, 20 euros en octobre 2020 et 20 euros en octobre 2021, soit 70 euros d'ici à la fin du quinquennat (après une première hausse de 20 euros en octobre 2018).

 

 

Contacté par franceinfo lundi soir, l'Elysée a confirmé que l'annonce d'Emmanuel Macron correspondait à une accélération du calendrier de la hausse de la prime d'activité. En résumé, au lieu d'être étalée jusqu'à la fin du quinquennat, cette hausse de 70 euros interviendra dès 2019. Couplée aux 25 euros d'augmentation automatique du smic au 1er janvier, on arrive presque aux 100 euros annoncés par le président.

 

 

Mardi après-midi, une source gouvernementale jointe par franceinfo apporte quelques précisions. Elle indique que les 100 euros annoncés par Macron se décomposent ainsi : l'augmentation immédiate de la prime d'activité mais aussi l'exonération des cotisations sociales appliquée en 2018 (environ 20 euros pour un smic). Des exonérations qui apparaissaient déjà sur les fiches de paie avant l'allocution d'Emmanuel Macron...

 

 

 

Pourquoi cela ne revient pas au même pour les salariés

Augmentation de salaire ou augmentation de la prime d'activité : sur le compte en banque des bénéficiaires, cela revient au même. Mais à plus long terme, la hausse de la prime d'activité sera moins avantageuse pour les salariés que ne l'aurait été une hausse de leur salaire à proprement parler.

 

 

En effet, la prime d'activité n'est pas soumise aux cotisations sociales. Son montant ne sera donc pas pris en compte au moment où le salarié partira à la retraite pour calculer le niveau de sa pension.

 


12/12/2018
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Franceinfo - le lundi 10 décembre 2018

 

 

Lycées : 450 établissements perturbés dans toute la France, dont 50 totalement bloqués

 

 

 

 

 

Le syndicat lycéen UNL souhaite des manifestations tout au long de la semaine

 

 

 

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Une manifestation de lycéens à Lille (Nord), le 7 décembre 2018. (THIERRY THOREL / NURPHOTO / AFP)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Des lycéens continuent de battre le pavé. Lundi 10 décembre, 450 lycées ont été perturbés dans après-midi, dont 50 totalement bloqués, selon les derniers chiffres du ministère de l'Education nationale. "On se rapproche en fait des chiffres de jeudi dernier", a précisé le ministère. Un peu plus de 10% des lycées français étaient concernés par ces blocages, barrages filtrants ou rassemblements. Divers incidents (feux de poubelles, jets de projectiles...) ont conduit à des dizaines d'interpellations.

 

 

Des manifestations toute la semaine. Le syndicat lycéen UNL souhaite des manifestations tout au long de la semaine. Dans un communiqué diffusé dimanche, il pointe "les violences des reformes Blanquer" qui doivent "redevenir le sujet central" de leur mobilisation.

 

 

Un syndicat porte plainte après l'arrestation des lycéens à Mantes-la-Jolie. Le syndicat UNL-SD a déposé une plainte après l'arrestation jeudi de 151 jeunes dans des conditions controversées, notamment pour "violences sur mineurs de 15 ans et plus par personne dépositaire de l'autorité publique", ont annoncé samedi ses avocats dans un communiqué.

 

 

Une journée d'actions mardi. Mardi 11 décembre devrait être la journée principale des actions lycéennes. Une "revanche lycéenne" est prévue mardi, annonce l'UNL. "Une jeunesse qui se soulève est une jeunesse capable d'imposer ses revendications", martèle le syndicat dans son communiqué.

 

 

Des facs mobilisées. Les bâtiments de l'université de Rennes 2 étaient bloqués lundi matin par des manifestants. Une assemblée générale de lycéens et d'étudiants avait voté en faveur du blocage de l'université jeudi dernier, dénonçant la réforme des lycées, Parcoursup et l'augmentation des frais de scolarité des étudiants étrangers.

 


12/12/2018
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Franceinfo - le lundi 10 décembre 2018

 

 

"Aucune mesure n'a été annoncée" : après avoir été reçus à l'Elysée, syndicats et responsables politiques attendent le discours de Macron

 

 

Le président de la République s'exprimera devant les Français à 20 heures, depuis l'Elysée

 

 

 

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Emmanuel Macron et les membres du gouvernement reçoivent les syndicats et responsables politiques, à l'Elysée, le 10 décembre 2018. (YOAN VALAT / AFP)

 

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

>> Ce direct est désormais terminé. Regardez ici l'allocution d'Emmanuel Macron à la télévision

 

 

Emmanuel Macron tente de reprendre la main face à la fronde des "gilets jaunes". Le chef de l'Etat a reçu les élus et les partenaires sociaux, lundi 10 décembre. A la sortie de l'Elysée, ils ont expliqué qu'"aucune mesure n'a été annoncée". Le président de la République doit s'exprimer à 20 heures, depuis l'Elysée pour présenter "des mesures concrètes et immédiates", a assuré dimanche la ministre du Travail, Muriel Pénicaud.

 

 

Des consultations toute la matinée. Le chef de l'Etat a réuni les présidents des associations d'élus locaux, du Sénat Gérard Larcher, de l'Assemblée Richard Ferrand et du CESE Patrick Bernasconi, en même temps que les cinq syndicats représentatifs (CGT, CFDT, FO, CFE-CGE et CFTC) ainsi que trois organisations patronales (Medef, CPME et U2P).

 

 

"Pas de coup de pouce au smic". Selon la ministre du Travail, Emmanuel Macron annoncera des "mesures concrètes" et "immédiates" dans les prochaines heures pour calmer le mouvement des "gilets jaunes". Sur LCI, dimanche 9 décembre, Muriel Pénicaud a en revanche de nouveau assuré qu'il n'y aurait "pas de coup de pouce au smic" car "on sait que ça détruit des emplois, et ce n'est pas la bonne méthode." 

 

 

"Retrouver le chemin du cœur des Français." Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, s'est dit "sûr que le président de la République saura retrouver le chemin du cœur des Français, les toucher au cœur et parler à leur cœur". Cela fait plusieurs jours que l'opposition et les manifestants réclament une intervention du chef de l'Etat, en plein mouvement des "gilets jaunes".

 

 

Environ 1 000 personnes en garde à vue. Le parquet de Paris va encore revoir à la hausse le nombre d'audiences lundi et mardi pour faire face au nombre de prévenus interpellés en marge de la manifestation de samedi. Le bilan définitif s’établit à 1 082 interpellés, dont 974 gardés à vue. Parmi eux, 268 ont été déférés et 301 ont eu un rappel à la loi.

 


11/12/2018
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Franceinfo - le dimanche 9 décembre 2018

 

 

"Ce qui se passe n'est pas surprenant" : comment les "gilets jaunes" s'inscrivent dans l’histoire des révoltes populaires

 

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Propos recueillis parAnne BrigaudeauFrance Télévisions

 

 

Selon l'historien Gérard Noiriel, "la France, en tant qu'Etat, s'est construite autour de l'impôt", ce qui a suscité dès le début des révoltes des classes populaires

 

 

 

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Un membre des "gilets jaunes" compare Emmanuel Macron à Louis XVI et les manifestations actuelles à la Révolution française, samedi 1er décembre, à Paris. (ESTELLE RUIZ / NURPHOTO)

 

 

 

Cela va-t-il suffire à éteindre la fronde ? Mercredi 5 décembre, Emmanuel Macron a annoncé que la hausse des taxes sur les carburants, prévue à partir du 1er janvier 2019, était "annulée", purement et simplement. Le gouvernement n'a finalement pas pu "tenir le cap" après trois semaines de blocages des "gilets jaunes" et de violences, notamment le 1er décembre à Paris. De quelle façon ce soulèvement s'inscrit-il dans l'histoire des révoltes populaires en France, alors que des manifestants dénoncent une dérive "monarchique" dans la présidence d'Emmanuel Macron ? Entretien avec l'historien Gérard Noiriel, auteur d'Une histoire populaire de la France.

 

 

 

Franceinfo : Le mouvement des "gilets jaunes" est né pour protester contre la hausse des taxes sur le carburant. Ce mouvement antitaxes s'inscrit-il dans une longue tradition ?

 

 

Gérard Noiriel : Oui. Dans mon Histoire populaire de la France, j'ai montré que la France, en tant qu'Etat, s'est construite autour de l'impôt. Vous ne pouvez pas avoir d'Etat sans prélèvement d'impôts, ne serait-ce que pour payer les soldats ou la police. Dès que ce système se met en place, à l'époque de Jeanne d'Arc, on voit les paysans se révolter contre l'impôt royal. Ils se révoltent aussi contre ceux prélevés par les seigneurs ou par les curés qui prennent la dîme.

 

 

Sous l'Ancien régime, ces révoltes peuvent prendre de l'ampleur, mais elles restent localisées, parce qu'elles passent par le bouche-à-oreille, et qu'elles sont durement réprimées. On va changer de dimension en 1789. Le roi Louis XVI convoque les Etats généraux parce que les caisses sont vides, et les cahiers de doléances [recueillies et rédigées pour l'occasion] vont exprimer de fortes revendications fiscales contre un système inégal. Les nobles, qui étaient les plus riches, ne payaient pas d'impôts tandis que l'impôt pesait constamment sur les plus pauvres. 

 

 

 

Ce mécontentement fiscal va déboucher sur la Révolution ?

 

 

En 1789, les révoltes populaires vont s'articuler à une forme de contestation plus large, impulsées par les élites bourgeoises qui ont lu Rousseau, Voltaire ou Diderot, ce qui conduit à une radicalisation et une généralisation du mouvement imputable aux élites instruites. Celles-ci vont bouleverser le système politique en proposant la suppression de l'Ancien régime et des inégalités, notamment fiscales. C'est pourquoi la Déclaration des droits de l'homme de 1789 comporte un article très important : l'article 14.

 

 

Le texte dit que le consentement à l'impôt est une dimension de la citoyenneté, et que tous les citoyens doivent savoir ce qu'on fait de cet impôt : "Tous les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée." Avec le temps, on a perdu le souvenir de ce principe de base. Cette dimension explique aussi la révolte actuelle des "gilets jaunes" : les taxes augmentent alors que la suppression de l'ISF a provoqué un sentiment d'injustice fiscale. Les classes populaires se manifestent pour exprimer les souffrances qu'elles ressentent.

 

 

 

Quel est le bilan des grands mouvements sociaux dans l'histoire de France ?

 

 

Ils sont suivis de réactions conservatrices, mais ils laissent des acquis. En 1789, l'Ancien régime est renversé. Mais la contradiction qui se développe entre une révolution bourgeoise et une révolution populaire – entre les Girondins et les Jacobins, si vous voulez – va aboutir à la défaite de ceux qui étaient les plus proches des classes populaires, c'est-à-dire à la défaite de Robespierre [arrêté et guillotiné le 28 juillet 1794], et à la reprise du pouvoir par la bourgeoisie. La bourgeoisie va se tourner vers Napoléon, donc vers l'armée, pour liquider le mouvement des sans-culottes. Cette liquidation de la Révolution ne revient pas à l'Ancien régime, mais va finir par aboutir au régime dans lequel on vit aujourd'hui : une démocratie bourgeoise. 

 

 

Même chose après février 1848 : dès le mois de juin, les ouvriers qui ont fait la révolution sont fusillés et on retombe dans un régime conservateur, le Second empire [de 1852 à 1870]. Mais le suffrage universel masculin, qui est l'un des principaux acquis de la révolution de février 1848, se met en place. Cet acquis va perdurer. A partir de la IIIe République, les mouvements qui obtiennent gain de cause réussissent parce qu'il y a un blocage de la production. Ce sera notamment le cas en 1936 et en 1968, avec les deux plus grandes grèves de l'histoire de France. En 1936, les ouvriers obtiennent, entre autres, les congés payés et la semaine de 40 heures. En 1968, ce rapport de force va faire céder le pouvoir et aboutir aux accords de Grenelle [avec une augmentation de 35% du smic, comme le rappelle Le Monde].

 

 

Dans ces deux derniers cas, le mouvement a eu une efficacité parce qu'il y a eu des alliances entre les classes populaires et les classes moyennes.Gérard Noiriel à franceinfo

 

 

Le Front populaire était le fruit du front antifasciste mis en place en 1934 entre les représentants socialistes et communistes du mouvement ouvrier, et les radicaux qui fédéraient les classes moyennes. Le mouvement de Mai 68, lui, est parti des étudiants, mais il a été rejoint par les ouvriers sous l'égide des syndicats, encore très puissants.

 

 

 

On s'aperçoit que les "gilets jaunes" ont du mal à se faire entendre parce qu'on ne sait pas quelles sont leurs revendications. Est-ce nouveau ?

 

 

Le problème est celui-ci : pour se faire entendre dans l'espace public, comment les classes populaires vont-elles énoncer leurs souffrances multiformes dans des termes susceptibles de les rassembler ? Comme je l'ai déjà expliqué au Monde, aujourd'hui, les "gilets jaunes" crient "j'ai mal à la taxe" au lieu de dire "j'ai mal partout".

 

 

Quel langage ont à leur disposition ceux qui n'ont pas fait d'études ? Qui n'ont pas fait Sciences Po ? Ils nomment leurs revendications dans un langage simple. Mais derrière cette simplicité, il y a une multitude de choses parce que les formes de souffrance ne se réduisent pas à des questions économiques ou d'impôts.Gérard Noiriel à franceinfo

 

 

On rencontre tout le temps la question de la dignité : quelles que soient les périodes, les classes populaires ont le sentiment qu'elles ne sont pas respectées. En 1936, on a vu émerger des revendications liées à l'exigence d'une vie digne, qui ne soit pas uniquement vouée au travail. Elles ont donné lieu aux congés payés, à l'organisation de loisirs. Dans l'histoire récente, ces revendications ont été portées longtemps par les syndicats et les partis de gauche, mais il y a aujourd'hui une crise de cette représentation.

 

 

 

C'est effectivement un autre problème lié aux "gilets jaunes" : qui peut parler en leur nom ? 

 

 

Il y a deux conceptions de la citoyenneté : une conception dominante, qui est la délégation du pouvoir avec un bulletin dans l'urne tous les cinq ans, et une conception populaire, qui est la participation directe. C'est celle des "gilets jaunes" qui disent : "Nous on ne veut pas déléguer notre pouvoir à des chefs qu'on ne connaît pas." En 1871, la Commune de Paris a appliqué cette démocratie directe. Les citoyens parisiens se réunissaient physiquement dans des assemblées générales, et ils choisissaient des délégués, qui étaient révocables et devaient rendre compte de ce qu'ils faisaient.

 

 

Cette forme de participation directe ne peut s'appliquer que dans une ville où tout le monde peut se rassembler en un même lieu, mais il en existe d'autres façons de mettre en œuvre la démocratie directe : votations, référendums, tirage au sort...  Mais avec les réseaux sociaux, les "gilets jaunes" disposent de moyens que les générations précédentes n'avaient pas.

 

 

 

On a beaucoup parlé de violences après les manifestations du samedi 1er décembre. Violence de la part des manifestants, mais aussi de la part de forces de l'ordre. Qu'en pensez-vous, en tant qu'historien ?

 

 

Nous vivons dans une société beaucoup plus pacifique qu'auparavant, qu'on ne peut comparer avec les périodes antérieures. Il faut se rappeler que les grandes grèves de 1947-1948 ont fait une vingtaine de morts [notamment avec le sabotage d'un train Paris-Lille dans un contexte de mouvements sociaux des cheminots et des mineurs].

 

 

Autrefois, le pouvoir n'hésitait pas à fusiller les grévistes. George Clemenceau l'a fait en réprimant les révoltes viticoles en 1907, dans le sud de la France, avec plusieurs morts. Aujourd'hui, il y a une dramatisation médiatique des formes de violence, mais on ne peut pas dire qu'on n'a jamais vu ça. Historiquement, ce n'est pas vrai.Gérard Noiriel à franceinfo

 

 

Le changement réside dans les progrès technologiques : les réseaux sociaux, les chaînes d'info en continu, les gens qui filment eux-mêmes les manifestations avec leur smartphone. Mais on constate aussi historiquement qu'à chaque fois qu'il y a de la violence – et elle est récurrente – elle finit par faire peur à la majorité silencieuse qui se désolidarise du mouvement.

 

 

 

Le mouvement des "gilets jaunes" est-il sans précédent ?

 

 

La symbolique du gilet jaune, déjà, est inédite. Les mouvements sociaux ont besoin de se donner une identité avec des symboles nouveaux : sous la révolution française, le bonnet phrygien ; en 1936, le drapeau rouge et L'Internationale. Ce gilet jaune est bien vu, parce qu'il y a une adéquation forte entre le symbole choisi et les revendications. Au départ, le gilet jaune a été imposé par l'administration de la Sécurité routière pour la sécurité des automobilistes et là, il a été accaparé comme le symbole d'une détresse sociale. C'est une preuve d'intelligence collective et d'imagination populaire.

 

 

Après coup, ce n'est pas surprenant ce qui se passe, même si, en France, les élites sont toujours surprises par les mouvements sociaux. Elles ne s'y attendent jamais. On se souvient de l'article d'un journaliste du Monde, Pierre Viansson-Ponte, intitulé "Quand la France s'ennuie" quelques semaines avant Mai 1968. Je ne vous dirai pas que j'avais prévu ce nouveau mouvement, mais ce n'est pas étonnant. C'est presque sain qu'à un moment donné, les classes populaires se manifestent pour exprimer les souffrances qu'elles ressentent. C'est l'expression de la démocratie, même si ça prend des formes qu'on ne peut pas soutenir, comme celle des violences.

 


11/12/2018
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Franceinfo - le dimanche 9 décembre 2018 - mis à jour le 10.12.2018

 

 

"Gilets jaunes" : Emmanuel Macron s'exprimera lundi soir à 20 heures, annonce l'Elysée

 

 

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Ilan CaroPierre GodonFrance Télévisions

 

 

 

 

Dans cette "adresse à la Nation", le chef de l'Etat doit annoncer une série de mesures pour calmer le mouvement en cours

 

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Emmanuel Macron s'exprimera lundi 10 décembre à 20 heures, annonce l'Elysée, sans donner plus de précisions. L'intervention du chef de l'Etat est très attendue : il doit annoncer une série de mesures pour calmer le mouvement des "gilets jaunes"

 

 

 

>> Ce direct est terminé. Suivez les consultations d'Emmanuel Macron à l'Elysée et sa déclaration à 20 heures dans notre nouveau direct

 

 

 

"Pas de coup de pouce au smic". Selon la ministre du Travail, Emmanuel Macron annoncera des "mesures concrètes" et "immédiates" dans les prochaines heures pour calmer le mouvement des "gilets jaunes". Sur LCI, dimanche 9 décembre, Muriel Pénicaud a en revanche de nouveau assuré qu'il n'y aurait "pas de coup de pouce au smic" car "on sait que ça détruit des emplois, et ce n'est pas la bonne méthode." 

 

 

 

Les partenaires sociaux à l'Elysée lundi. Les syndicats de salariés et les organisations patronales ont rendez-vous avec Emmanuel Macron à 10 heures. Le chef de l'Etat doit leur présenter une série de mesures. Seront aussi présents au tour de la table : les présidents des associations d'élus, les présidents du Sénat et de l'Assemblée nationale, ainsi que du Conseil économique, social et environnemental.

 

 

 

Un millier de personnes toujours en garde à vue. Lors d'une conférence de presse dimanche soir, le procureur de la République de Paris a déclaré que 900 majeurs et 100 mineurs étaient en garde à vue. Contre eux pèsent des soupçons de "groupement en vue de commettre des violences". "Les profils des personnes interpellées sont très proches de ceux constatés la semaine dernière : des hommes, de moins de 40 ans, sans antécédents judiciaires, et venus à Paris manifester", a détaillé Rémy Heitz, qui souligne la présence d'éléments d'ultragauche et d'ultradroite.

 

 

 

Près de 2 000 interpellations. Au lendemain de la quatrième journée de mobilisation des "gilets jaunes", le ministère de l'Intérieur a encore revu à la hausse le nombre d'arrestations auxquelles les forces de l'ordre ont procédé. La Place Beauvau évoque désormais "près de 2 000 interpellations" sur l'ensemble du territoire. De son côté, la ministre de la Justice Nicole Belloubet a estimé dans l'émission "Questions politiques" sur France Inter et franceinfo qu'il "n'y a pas eu d'interpellations préventives. Les interpellations qui ont eu lieu hier résultent d'infractions."

 

 

 

"L'acte V est dans les mains du président de la République." Benjamin Cauchy, membre du collectif des "gilets jaunes libres", reçu par le Premier ministre vendredi, avant la quatrième grande journée de mobilisation, a déclaré sur franceinfo qu'il attendait de la "considération" de la part d'Emmanuel Macron avant des mesures "sur le pouvoir d'achat". "Nous souhaitons que le président de la République réponde."

 


11/12/2018
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Franceinfo - le samedi 8 décembre 2018

 

 

"Gilets jaunes" : le point sur la mobilisation samedi, région par région

 

 

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avec France BleufranceinfoRadio France

 

 

 

Franceinfo revient sur l'acte IV de la mobilisation des "gilets jaunes", à Paris mais aussi dans plusieurs villes partout en France

 

 

 

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 A Marseille, les forces de l’ordre ont utilisé des grenades lacrymogènes sur le Vieux-Port alors que plusieurs centaines de "gilets jaunes" se rapprochaient de la mairie de la ville, samedi 8 décembre.  (BORIS HORVAT / AFP)

 

 

 

Après trois week-ends de mobilisation, les "gilets jaunes" manifestaient à nouveau samedi 8 décembre partout en France. Ils étaient 125 000, dont 10 000 rien qu'à Paris selon le ministère de l'Intérieur. Les forces de l'ordre ont procédé à 1 385 interpellations et 974 personnes ont été placées en garde à vue, a appris franceinfo de source policière. 

 

 

>> Suivez en direct "l'acte IV" de la mobilisation des "gilets jaunes" samedi à Paris et dans les grandes villes

 

 

Des marches pacifiques aux barrages filtrants, jusqu'aux affrontements avec les forces de l'odre, franceinfo fait le point sur la mobilisation, région par région.

 

 

 

Auvergne-Rhône-Alpes 

La mobilisation des "gilets jaunes" a été importante au Puy-en-Velay en Haute-Loire. Jusqu'à 3 000 personnes se sont mobilisées devant la préfecture, qui avait été incendiée le week-end dernier. Ce samedi, des grilles avaient été installées devant la préfecture avec des blocs de béton, et une vingtaine de CRS étaient postés sur le perron de l'établissement.

 

 

Dans la Loire, à Saint-Étienne, la Préfecture de la Loire a appellé les habitants à rester chez eux et les magasins à fermer après des violences entre manifestants et forces de l'ordre. Des magasins ont été pillés et une voiture de police incendiée, indique France Bleu Saint-Etienne Loire

 

 

Dans la Drôme, deux policiers ont été légèrement blessés à Valence. Les auteurs des faits ont été immédiatement interpellés. Au total, 14 personnes ont fait l’objet d’interpellations dans le département, précise la Préfecture de la Drôme.

 

 

En Savoie, sur l’A43 entre Chambéry et Albertville, les "gilets jaunes" mènent une opération escargot. La préfecture de Savoie signale plusieurs actions et rassemblements, notamment aux barrières de péage de Chambéry Nord, Saint-Michel-de-Maurienne, ainsi que sur les communes d'Albertville et de Pont-de-Beauvoisin.

 

 

En Isère, 23 personnes ont été interpellées en marge des manifestations, dont 17 à Grenoble en raison "de comportements dangereux" et "d'incivilités graves", indique la préfecture. Il y a également eu des barrages filtrants à Montalieu et Bourgoin-Jallieu.

 

 

Sur l'A89, l'entrée Thiers ouest dans le Puy-de-Dôme était interdite en fin de journée. Quelque 200 "gilets jaunes" ont manifesté dans la zone commerciale avenue Ernest Cristal à Clermont-Ferrand, rapporte France Bleu Pays d'Auvergne.

 

 

Dans le Rhône, sur l'A6, au niveau de Villefranche-sur-Saône, l'autoroute était coupée dans les deux sens en fin de journée. Un axe qui également été fermé au niveau de Mâcon, près de la bifurcation avec l'A40, selon APRR.

 

 

 

Bourgogne-Franche-Comté

Dans le Doubs, jusqu'à 700 personnes ont manifesté dans le centre-ville de Besançon. Les gendarmes ont fait usage de gaz lacrymogène en milieu de matinée pour disperser les manifestants rapporte France Bleu Besançon. La préfecture du Doubs indique que quatre interpellations ont eu lieu, notamment pour port d’armes et refus d’obtempérer.

 

 

L'autoroute A6 était fermée dans les deux sens en fin de journée entre Lyon, dans le Rhône et Mâcon en Saône-et-Loire.

 

 

À Dijon en Côte d'Or, 500 personnes ont manifesté dans le centre-ville. Elles ont chanté la Marseillaise face à un cordon de gendarmes, indique France Bleu Bourgogne.

 

 

 

Bretagne

Dans le Morbihan, la RN 165 a été déviée dans la commune d’Arzal dans le sens Quimper vers Nantes en raison d’objets déversés sur les voies. Plusieurs rassemblements ont eu lieu à Lorient, Lanester, Hennebont et Vannes.

 

 

En lle-et-Vilaine, un groupe de "gilets jaunes" s'est rassemblé sur le port de Saint-Malo, sans le bloquer.

 

 

A Rennes, la Brigade anti-criminalité a chargé un groupe de manifestants "avec les visages masqués" en marge de la manifestation, près de l'hôtel de la métropole, indique France Bleu Armorique.

 

 

La situation était "confuse" dans le cortège qui comptait à la fois des "gilets jaunes", des manifestants d'extrême gauche et de la marche pour le climat. France Bleu Armorique a recensé 2 500 personnes environ dans le centre-ville.

 

 

Dans les Côtes-d'Armor, un policier a été blessé par des manifestants dans la zone commerciale de Langueux. Le policier a été mis à terre et a reçu plusieurs coups de pied au visage. Selon le reporter de France Bleu Armorique, la situation est revenue à la normale peu après 15h30. Des renforts de police et de gendarmerie ont été acheminés sur place dans la foulée. Les autorités ont demandé aux manifestants de quitter la zone.

 

 

 

Centre-Val de Loire

Dans le Cher, la RN 151 a été bloquée dans les deux sens au niveau de la commune de la Charité-sur-Loire, à cause d'un barrage. Dans le Maine-et-Loire, plusieurs manifestations sont en cours sur l'A87 notamment aux sorties Cholet Nord et Cholet Sud. Des manifestants sont signalés sur les voies.

 

 

Dans l'Indre, 450 "gilets jaunes" ont défilé à Châteauroux, a rapporté France Bleu Berry.

 

 

En Indre-et-Loire, 1 000 personnes ont défilé dans le centre-ville de Tours, selon France Bleu Touraine. Le week-end dernier, 35 personnes avaient été blessées pendant une manifestation. Plus de 100 policiers et 90 pompiers étaient mobilisés pour encadrer le rassemblement.

 

 

Corse

À Bastia, plusieurs poubelles ont été incendiées devant la préfecture de Haute-Corse.

 

 

 

Grand-Est

En Moselle, une opération escargot a eu lieu sur la D910 entre Faulquemont et Saint-Avold. Environ 400 "gilets jaunes" se sont rassemblés dans les rues de Metz en scandant "Macron démission" sous le regard des passants qui faisaient leurs courses de Noël, a précisé France 3 Lorraine.

 

 

En Haute-Marne, 19 points de rassemblement ont été recensés.

 

 

Dans les Ardennes, six rassemblements ont été recensés, notamment à Sedan et Charleville-Mézières, où une partie de la rocade était fermé à la circulation.

 

 

Dans la Marne 500 "gilets jaunes" ont défilé. À Charleville-Mézières, les manifestants sifflaient la police, rapporte France Bleu Champagne-Ardennes.

 

 

Dans le Haut-Rhin, deux barrages bloquants ont été recensés, l'un à Kingersheim et l'autre à Wittenheim. Des rassemblements ont eu lieu à Colmar, Altkirch, ou encore Cernay.

 

 

Dans le Bas-Rhin à Strasbourg, 200 "gilets jaunes" ont rejoint les bonnets verts de la Marche pour le climat. Ils étaient au total 1 000 manifestants. Dans le reste de l'Alsace, une quinzaine de barrages filtrants et de rassemblements ont eu lieu samedi, a précisé France Bleu Alsace.

 

 

 

Hauts-de-France

Dans le Nord, 1 800 manifestants ont été recensés dans tout le département, sans compter les 1 500 participants à la manifestation lilloise qui ont rejoint les 3 000 participants à la marche pour le climat sur la Place de la République à 16h. 

 

 

Dans la Somme, 300 "gilets jaunes" se sont mobilisés dans le calme samedi matin, sur les lieux de rassemblements habituels, par exemple à Albert, Argoeuves, Vauchelles-les-Quesnoy.

 

 

Dans l'Oise, à Beauvais et Compiègne, les marches pour le climat ont été annulées. 

 

 

Dans le Pas-de-Calais, 1 200 manifestants sont recensés. Ils étaient  200 à Lens, une manifestation déclarée qui s'est déroulée dans le calme. Sur l'A26 dans le sens Reims Calais, les véhicules ont du sortir à Ardres en raison des manifestations.

 

 

 

Île-de-France

Le périphérique parisien est de nouveau ouvert. Dans la matinée, il avait été envahi vers 10h par des groupes de "gilets jaunes". Les manifestants étaient descendus à pied sur les voies de circulation et certains s'étaient allongés devant les véhicules. Les forces de l'ordre étaient intervenues rapidement pour libérer les voies.

 

Une voiture a été incendiée avenue de Friedland à Paris et plusieurs vitrines ont été brisées, rapportent France Bleu Paris et la préfecture de police de Paris samedi après-midi. Des véhicules en feu ont également été signalés boulevard de Courcelles.

 

 

Des affrontements ont eu lieu ce samedi à 15h30 entre des groupes mobiles de "gilets jaunes" et des forces de l'ordre à Paris près du Parc Monceau entre le 8e et le 17e arrondissement de la capitale. Des casseurs se déplaçaient en scooter, en vélo ou à pied. La police a répliqué par des tirs de bombes lacrymogènes. Les pompiers, protégés par les forces de l'ordre, tentaient d'éteindre plusieurs incendies, notamment des véhicules ou des scooters en feu. Plusieurs boutiques ont vu leur vitrine brisée par des casseurs près du parc Monceau.

 

 

Les transports sont toujours très perturbés en île-de-France. Par crainte de nouveaux débordements violents, la préfecture de police a demandé à la SNCF et la RATP de fermer 45 gares et stations dans les secteurs des Invalides, Champs-Elysées, Place de la Concorde, Porte Maillot, Trocadéro, Assemblée Nationale, Place de l'Opéra, Place de la Bastille, Hôtel de Ville et Place de la République, rapporte France Bleu Paris. La liste complète est à retrouver sur le site de la RATP

 

 

A Buchelay dans les Yvelines, des "gilets jaunes" étaient présents sur la barrière de péage de l’A13, samedi.

 

 

 

Normandie 

Dans le Calvados, à Caen, une partie du périphérique est resté fermé. Un millier de personnes a défilé dans le centre-ville de Caen, rapporte France Bleu Normandie. Il n'y a pas eu de violences entre "gilets jaunes" et forces de l'ordre. 

 

 

 

Nouvelle-Aquitaine

En Gironde, à Bordeaux, 44 personnes ont été interpellées et 26 blessés ont été pris en charge par les secours lors des violents affrontements en marge de la manifestation des "gilets jaunes", qui a dégénéré dans le centre-ville ce samedi en fin d'après-midi, indique la préfecture du département. Cette manifestation a rassemblé jusqu'à 4 500 manifestants et s'est déroulée "dans le calme jusqu'à 16h", précise la préfecture. La préfecture recense de nombreux dégâts, et notamment des pillages, des biens publics dégradés et des vitrines brisées.

Les forces de l'ordre sont encore sur place, où des barricades étaient toujours en feu à 21h, selon la préfecture.

Par ailleurs des gaz lacrymogènes ont été utilisés par les forces de l'ordre place Pey Berland face à une poignée de manifestants qui leur lançaient des projectiles, rapporte France Bleu Gironde.

 

 

L'A10 est de nouveau accessible depuis la mi-journée. Elle avait été coupée toute la matinée entre les échangeurs d'Ambès et de Blaye-Montendre dans les deux sens de circulation. Les "gilets jaunes" ont fait brûler des palettes sur la chaussée, au sud du péage de Virsac entre 1h et 2h30 du matin. Vinci Autoroutes a passé la matinée pour nettoyer et sécuriser les lieux avant le retour du trafic.

 

 

Plusieurs rassemblements, "plus ou moins importants", précise la préfecture de Gironde, ont eu lieu à des ronds-points : à Saint-André-de-Cubzac, Saint-Vincent-de-Paul, Sainte-Eulalie, Langon, ou encore Gujan-Mestras.

 

 

Dans la Vienne, l'autoroute A10 a été débloquée samedi en fin de matinée par les forces de l'ordre à hauteur de Châtellerault, rapporte France Bleu Poitou. Des "gilets jaunes" avaient bloqué l'autoroute au niveau de la sortie N°26 de Chatellerault nord. En Haute-Vienne, la sortie 28 Limoges était bloquée en fin de journée dans le sens Nord/Sud.

 

 

En Charente, à Angoulême , les "gilets jaunes" étaient nombreux au rond-point de Girac. Dans l'après-midi, ils ont organisé un barrage filtrant sur la RN10. La préfecture a compté en tout huit points de rassemblements.

 

 

En Charente-Maritime, une centaine de "gilets jaunes" se sont mêlés à la manifestation pour le climat de La Rochelle qui a réuni plus de 1 500 personnes, indique France Bleu La Rochelle.

 

 

Dans la Creuse, un barrage filtrant était en place dans l'après-midi au rond-point de la Croisière à la jonction de la Nationale 145 et l'autoroute A20 mais pas de blocages. À Guéret, la mobilisation des ronds-points s’est transformée en manifestation, avec un cortège pacifique à travers les rues de la vile.

 

 

En Dordogne, 350 personnes ont manifesté dans le centre-ville de Périgueux, indique France Bleu Périgord. En Corrèze, près d’une dizaine de barrages filtrants ont eu lieu également, à Tulles, Malemort et Ussac.

 

 

Dans les Pyrénées-Atlantiques, à Biriatou, des "gilets jaunes" ont occupé le péage de l'A63. Les barrières étaient levées pour les voitures mais pas pour les camions. La mobilisation des "gilets jaunes" a provoqué jusqu'à 7km de bouchons dans le sens Espagne-France, rapporte France Bleu Pays Basque.

 

 

 

Occitanie

Dans les Pyrénées-Orientales, la circulation était totalement coupée en fin d'après-midi sur l’A9, juste avant la frontière avec l’Espagne. Il y avait également des barrages filtrants aux deux péages de Perpignan.

 

 

Dans l'Aude, la sortie Narbonne Sud a été fermée pendant la journée. 

 

 

En Haute-Garonne, 20 personnes ont été interpellées "avec différentes armes", indique le préfet du département et de la région Occitanie. Les armes en question sont "des bombes artisanales, des armes blanches, des marteaux, des gourdins, des liquides inflammables", a précisé le préfet.

 

 

La préfecture a également recensé 21 points de manifestation dans le département. Il y avait 5 500 personnes à Toulouse où la situation s'est tendue significativement. Des barricades ont été érigées sur le chaussée avec du matériel de chantier et enflamées, notamment devant le musée des Abattoirs où les visiteurs ont été confinés. La ligne A du métro est restée fermée toute la journée, même chose pour la station Compans-Caffarelli sur la ligne B.

 

 

Des violences ont éclaté entre les manifestants et les forces de l'ordre. Des projectiles ont été lancés, rapporte France Bleu Occitanie. Les forces de l'ordre ont utilisé des grenades lacrymogènes.

 

 

Des affrontements ont eu lieu ce samedi à 15h30 entre des groupes mobiles de "gilets jaunes" et des forces de l'ordre à Paris près du Parc Monceau entre le 8e et le 17e arrondissement de la capitale. Des casseurs se déplaçaient en scooter, en vélo ou à pied. La police a répliqué par des tirs de bombes lacrymogènes. Les pompiers, protégés par les forces de l'ordre, tentaient d'éteindre plusieurs incendies, notamment des véhicules ou des scooters en feu. Plusieurs boutiques ont vu leur vitrine brisée par des casseurs près du parc Monceau.

 

 

Les transports sont toujours très perturbés en île-de-France. Par crainte de nouveaux débordements violents, la préfecture de police a demandé à la SNCF et la RATP de fermer 45 gares et stations dans les secteurs des Invalides, Champs-Elysées, Place de la Concorde, Porte Maillot, Trocadéro, Assemblée Nationale, Place de l'Opéra, Place de la Bastille, Hôtel de Ville et Place de la République, rapporte France Bleu Paris. La liste complète est à retrouver sur le site de la RATP

 

 

A Buchelay dans les Yvelines, des "gilets jaunes" étaient présents sur la barrière de péage de l’A13, samedi.

 

 

 

Pays de la Loire

Dans la Sarthe, sur l'A28, la sortie Le Mans centre était interdite dans les deux sens en fin de journée. 

 

 

Des manifestations ont également eu lieu sur l'A11 au niveau de Corzé et Seiches-sur-le-Loir dans le Maine-et-Loire.

 

 

Sur l’autoroute A11, une manifestation a eu lieu au niveau de la sortie 20 à Ancenis en Loire-Atlantique. À Nantes, les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants qui arrivaient devant la préfecture de Loire-Atlantique à Nantes, rapporte France Bleu Loire Océan, qui précise que tout se déroulait dans le calme jusqu'à environ 14h30. Le trafic des bus et des tramways est resté interrompu dans le centre-ville de Nantes la moitié de la journée.

 

 

 

Provence-Alpes-Côte d'Azur

Dans les Alpes-Maritimes, 200 personnes se sont réunies place Masséna à Nice avant un défilé dans la ville, rapporte France Bleu Azur. La préfecture a comptabilisé 17 points de rassemblement, notamment au niveau du péage d'Antibes sur l'A8. Mais aussi des barrages filtrants sur de nombreux ronds-points à Grasse, Menton ou encore Cagnes-sur-Mer. À 20h, il restait encore 4 points de rassemblement sur des ronds-points à Nice, Antibes, Cannes-Mougins et Cantaron.

 

 

Sur les autoroutes de la Côte d’Azur, des opérations de filtrage ont eu lieu aux péages de La Ciotat et de Bandol sur l'A50. 

 

 

Les "gilets jaunes" ont bloqué les camions à la frontière avec l'Italie. Dans le sens Italie-France, les poids-lourds devaient faire demi-tour. Dans le sens France-Italie, les camions passaient toutes les demi-heures.

 

 

Dans les Bouches-du-Rhône, à Marseille, les policiers ont déployé des canons à eau sur le Vieux Port alors que la situation s'est tendue entre manifestants des "gilets jaunes" et forces de l'ordre, rapporte France Bleu Provence. Des affrontements avaient lieu en fin de journée en marge de la mobilisation. Des manifestants ont envahi la Canebière et pillé des boutiques, notamment celle du club de football de l'Olympique de Marseille, a appris franceinfo de source policière. La mairie des 1er et 7e arrondissements, située sur la Canebière, a été dégradée. Les dégâts sont nombreux, des voitures et des poubelles ont été brûlées, indique également France Bleu Provence, précisant que trois personnes ont été blessées et sept interpellées.

 

 

 

Dans le Var, près d'une vingtaine de barrages filtrants ont été recensés, notamment à Fréjus et Bandol. A Saint-Maximin, l’accès à l’A8 était complètement bloqué en fin de journée. Sur l'A7, dans le Vaucluse, à Bollène, les entrées et les sorties sont restées fermées l'après-midi, à Orange Sud et Centre, les entrées et les sorties étaient interdites. A Morières-les-Avignon, le directeur d'un supermarché a forcé un barrage à l'entrée de son magasin, blessant légèrement un "gilet jaune".

 


11/12/2018
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Franceinfo - le samedi 8 décembre 2018

 

 

Violences, dégradations... Peut-on parler d'une "radicalisation" du mouvement des "gilets jaunes" ?

 

 

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Elise LambertFrance Télévisions

 

 

 

 

Le politologue Xavier Crettiez analyse pour franceinfo les mécanismes de la violence lors des manifestations. Selon lui, le mouvement est marqué par l'envie de "faire payer le pouvoir", "pas de négocier"

 

 

 

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Un "gilet jaune" lors de la mobilisation parisienne, avenue Kleber, le 1er décembre 2018. (YANN CASTANIER / HANS LUCAS)

 

 

 

Jusqu'où le mouvement des "gilets jaunes" ira-t-il ? Les images de dégradations et de confrontations entre les forces de l'ordre et les manifestants le 1er décembre à Paris et dans plusieurs villes de France ont suscité de nombreuses réactions politiques indignées. Emmanuel Macron a assuré "qu'il n'accepterait jamais la violence", qui n'a, selon lui, "rien à voir avec l'expression d'une colère légitime". Le Premier ministre Edouard Philippe a de son côté dénoncé "un niveau de violence rarement atteint" quand le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a pointé la responsabilité de "professionnels du désordre".

 

 

>> Suivez en direct "l'acte IV" de la mobilisation des "gilets jaunes" samedi à Paris et dans les grandes villes 

 

 

Depuis le début du mouvement, la violence physique a pris une telle ampleur que le gouvernement a annoncé avoir mobilisé des "moyens exceptionnels" pour le quatrième rendez-vous national des "gilets jaunes", samedi 8 décembre. Il redoute une "très grande violence" et dénonce "la radicalisation" d'une frange des "gilets jaunes". Quel est le rôle de la violence dans l'action collective ? Comment comprendre le passage à l'acte de certaines personnes ? Franceinfo a interrogé Xavier Crettiez, politologue spécialiste de la radicalisation et de la violence politique à l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Le chercheur a observé la mobilisation du 1er décembre à Paris.

 

 

 

Franceinfo : Pourquoi les violences du 1er décembre ont-elles autant marqué ?

 

Xavier Crettiez : En terme d'intensité, les violences du 1er décembre étaient moins importantes que celles dans les banlieues en 2005. En revanche, d'un point de vue géographique, ces violences ont été nettement plus marquantes car elles se sont déroulées dans des communes rurales ou périurbaines jusqu'ici peu habituées à ces phénomènes – je pense par exemple à ce qui s'est passé dans certaines communes d'Ardèche ou au Puy-en-Velay –, dans les beaux quartiers parisiens ou dans des lieux hautement symboliques comme l'Arc de triomphe.

 

 

En 2005, beaucoup associaient déjà, à tort, les habitants des banlieues à la violence, donc les émeutes semblaient moins surprenantes. Là, les "gilets jaunes" sont composés massivement de salariés, de gens plutôt insérés socialement et économiquement et que l'on associe moins à la violence.

 

 

Ces images sont aussi très marquantes car elles illustrent un rapport de lutte de classe extrêmement prononcé, comme la dégradation de biens symbolisant la richesse : les banques, les magasins de luxe, les bâtiments du 16e arrondissement de Paris...Xavier Crettiez à franceinfo

 

 

Certains intellectuels nous assuraient jusqu'à présent que la violence de la lutte des classes était derrière nous, que seuls les tiraillements culturels comme la religion pouvaient engendrer de la violence, mais l'on voit bien que c'est l'insécurité économique, plus que culturelle, qui a mené à la protestation des "gilets jaunes".

 

 

 

Peut-on parler d'une "radicalisation" du mouvement des "gilets jaunes" ?

 

Il est un peu tôt pour parler de la radicalisation violente dans tout le mouvement, mais ce qui est assez clair, c'est qu'il gagne en intensité, que certains n'ont pas envie de lâcher. Le 8 décembre sera un moment déterminant : certaines personnes qui auront vu les images du 1er décembre pourraient choisir de ne pas se déplacer par peur et d'autres pourraient revenir en connaissance de cause.

 

 

Cet ancrage est lié à quelque chose que j'avais d'ailleurs largement sous-estimé : la plupart des participants sont en marge des structures politiques traditionnelles, syndicats, partis... Ils découvrent à travers les "gilets jaunes" la réalité de la politisation classique et ils y ont pris goût. L'occupation des ronds-points, les discussions, l'action politique au quotidien... C'est faire communauté et rompre avec un individualisme très fort, ce qui est très puissant pour des populations qui demandent depuis longtemps à exister politiquement et à être prises en compte. La socialisation communautaire par l'action collective est une forme de politisation, comme l'est la violence, mais ce n'est pas un mode de politisation acceptable et recommandé en démocratie.

 

 

Cette politisation se traduit par de l'inexpérience qui peut aussi conduire à cette forme de radicalité. On ne va pas chercher à maîtriser ses troupes ni leurs propos, on va directement chercher la confrontation. Par exemple, lorsque certains appellent "à aller à l'Elysée pour tout casser", c'est pénalement répréhensible. Un syndicat n'aurait jamais tenu ce type de propos car il connaît mieux le jeu politique et sait qu'à un moment, il doit négocier.

 

 

La radicalité du mouvement des 'gilets jaunes', c'est son rapport à la démocratie. Ce qui est recherché c'est l'imposition d'une nouvelle morale (...) Certains peuvent avoir l'envie de 'faire payer le pouvoir', pas de négocier ou de trouver un compromis.Xavier Crettiez à franceinfo

 

 

 

Est-il pertinent de distinguer les "gilets jaunes" violents des "gilets jaunes" pacifiques ?

 

En démocratie, le recours à la violence physique est considéré au mieux comme une erreur, au pire comme un travers. La politique, c'est précisément une action conflictuelle policée. Cette distinction entre des "gilets jaunes" violents et pacifiques est donc classique pour décrédibiliser une partie du mouvement, mais elle est naïve. Il y a certainement des manifestants et des ultras qui viennent dans l'intention d'en découdre, de façon opportuniste, et d'autres qui commettent des violences par rapport à un contexte. C'est ce contexte qu'il faut analyser.

 

 

 

Comment expliquer le passage à la violence physique ?

 

C'est compliqué de donner une réponse simple : est-ce qu'on est violent pour se défendre ? Pour défendre un ami bousculé par la police ? Parce qu'on a ressenti une répression injustifiée ? Il suffit qu'on ait mal interprété un mouvement de troupe, une situation et on peut commettre des violences. 

 

 

Il y a certainement un sentiment d'exaltation, de frisson, chez certains "gilets jaunes". On l'a vu lors des interpellations, on va dégrader des bâtiments pour se sentir vivant, faire le malin auprès de ses copains... L'effet de groupe est très important, on a toujours plus de courage à plusieurs. On va se transformer en l'espace d'un après-midi en une sorte de guerrier urbain survalorisé aux yeux des autres. Il y a aussi ce mécanisme cognitif qu'on appelle le "group think" (pensée de groupe), où l'on se voit ensemble comme porteurs d'une cause non négociable et où l'on va voir l'adversaire comme un ennemi irréductible. On va surinterpréter ses propres forces alors que si on réfléchissait seul, on verrait bien que ce n'est pas raisonnable.

 

 

La manifestation a pour effet d'enivrer certains de ses participants, qui peuvent ensuite agir ou surréagir et entrer dans des interactions violentes. Xavier Crettiez à franceinfo

 

 

Mais pour beaucoup de "gilets jaunes", la violence vient de leur inexpérience. Ils ne sont pas au courant des codes de mobilisation dans la rue. Le 1er décembre, j'ai été très frappé de voir des "gilets jaunes" se prendre en selfie pendant que des CRS les chargeaient dans le dos. Les casseurs et les ultras avaient fui depuis longtemps et s'étaient repositionnés ailleurs. Ces "gilets jaunes" ne sont pas au courant des codes d'alerte et se sont fait taper par les forces de l'ordre, et certains ont répondu. Tout comme ceux qui ont ramassé des grenades explosives et ont été blessés grièvement. Les personnes habituées aux rassemblements savent qu'elles sont dangereuses et n'y touchent pas.

 

 

 

Quel est le rôle des forces de l'ordre dans ces violences ?

 

Les forces de l'ordre ont aussi un rôle dans ces mécanismes, notamment dans la façon dont elles appliquent le maintien de l'ordre. Ce dernier est devenu policier en 1921 (gendarmerie mobile), avant c'était l'armée qui s'en occupait. A l'époque, les républicains estimaient que c'était problématique de mettre face au peuple – base de la légitimité démocratique – des militaires entraînés à tuer. Il fallait encadrer la contestation du peuple sans le tuer. Sont alors apparus les canons à eau, les grenades lacrymogènes et tout un tas d'armes non létales pour réguler l'ordre public.

 

 

Le seul problème, c'est que ces dernières années, il y a eu un retour d'une forme de sur-militarisation du maintien de l'ordre public, avec des CRS qui sont devenus de "vrais Robocops" équipés de flash-ball, de casques, de coques, d'armes agressives... Cet équipement crée davantage de tensions que d'apaisement. Les sociologues Olivier Fillieule ou Fabien Jobard ont montré qu'aux Pays-Bas ou en Allemagne, les forces de l'ordre ne portaient pas de casque en début d'opérations et le mettaient progressivement. Or, lorsqu'on a le visage découvert, l'interaction est plus fluide, il y a déjà des contacts visuels possibles et il y a moins ce côté immédiat de la "dureté de l'Etat".

 

 

 

L'absence de corps intermédiaires lors de ces rassemblements a-t-elle permis ces violences ?

 

Ce qui distingue une manifestation d'une émeute, c'est un service d'ordre. Dans toutes les manifestations, les corps intermédiaires – syndicats, services d'ordre – délimitent les manifestants des passants, déterminent les lieux de démarrage et de dissolution du cortège, mettent à l'écart les casseurs... Le 1er décembre à Paris, en leur absence, il n'y avait aucun mot d'ordre et les manifestants se sont éparpillés en petits groupes dans toute la capitale. Les forces de l'ordre ne sont pas formées pour cela et c'était très difficile pour elles de les contenir.

 

 

 

Certains protestataires justifient la violence physique par la réaction à "la violence institutionnelle du gouvernement"...

 

La violence est un terme multi-défini et cette réponse est classique dans tout mouvement. Je commets des dégradations sur un magasin qui représente la "violence du capitalisme", je m'en prends à un policier qui symbolise "la violence d'Etat"...

 

 

La violence qu’on produit est toujours une réponse à une violence répressive (économique, policière, institutionnelle), qui permet de se légitimer et de condamner son adversaire.Xavier Crettiez à franceinfo

 

 

Ce que montre ce discours assez unanime sur la condamnation de la violence, c'est surtout que tous les acteurs sont bien conscients qu'en démocratie, la violence physique est interdite et qu'il faut donc la justifier.

 

 

 

Quel est le rôle des médias et des réseaux sociaux dans la diffusion de ces images ?

 

Les chaînes d'information en continu produisent un effet de loupe sur le mouvement, un cadrage médiatique qui donne l'impression d'une violence extrême et très importante qui réduirait presque le mouvement à cela. Elles ont un grand pouvoir émotionnel et peuvent entraîner de la peur, de la révolte... Ces émotions peuvent conduire des participants à se mobiliser davantage ou au contraire à se retirer.

 

 

Elles ont la capacité de produire ce que le sociologue James Jasper appelle le "choc moral". Par exemple, des images de répression policière peuvent toucher des personnes qui vont se dire qu'elles ne peuvent pas "ne pas agir" ou ne pas "s'engager". Ce mécanisme a été mis en avant dans les études sur la radicalisation islamique ; des images de bombardements en Syrie sur des femmes et des enfants ont conduit certaines personnes à s'engager auprès du groupe Etat islamique au nom de la Oumma [communauté des musulmans] agressée. D'autres images représentant des émeutiers bras en l'air ou prenant des poses virilistes peuvent aussi donner un air séduisant à la "guérilla urbaine" et donner l'envie d'y participer.

 

 

Quant aux réseaux sociaux, en plus de faire partager ces images en masse et en continu, ils ont aussi permis de faire l'économie d'une forme d'organisation et de structure. On peut réunir des milliers de personnes sans passer par une structure et donc sans organisation une fois sur place. Une situation qui peut aussi être propice à la violence.

 

 

 

La violence est-elle pour autant en hausse dans nos sociétés ?

 

Non, la violence politique n'a rien à voir à celle que l'on a pu connaître dans les années 1920 et 1930 où il y avait des violences de rue stupéfiantes, d'anciens soldats mobilisés qui se réunissaient sous forme de milices pour en découdre... On parlait d'ailleurs de la "miliciarisation de la rue", avec le 6 février 1934 comme apogée.

 

 

Et puis dans les années 1960 et 1970, la violence politique des différentes factions d'extrême droite ou d'extrême gauche n'avait rien à voir avec celle d'aujourd'hui, la violence était beaucoup plus importante. Et je ne parle même pas des groupes terroristes comme Action directe. C'est le paradoxe de la modernité : on a complètement perdu notre rapport à la violence. Il y a deux siècles, si le roi était bousculé par le peuple, ce n'était pas observé comme un phénomène extraordinaire comme aujourd'hui. La violence faisait partie de la vie politique. 

 

 

Nous vivons dans une société où la violence physique politique a énormément diminué. Quand on la voit réapparaître, on y est beaucoup plus sensible. Parce qu'on ne la connaît pas, on ne la maîtrise pas et on ne sait pas comment se comporter quand elle surgit.Xavier Crettiez à franceinfo

 

 

 

La violence pourra-t-elle déterminer la suite du mouvement ?

 

En général, la violence détermine et oriente le soutien de la population à un groupe. C'est assez rare qu'un mouvement qui pratique une violence aussi forte et visible puisse continuer à bénéficier du soutien fort de la population, or là on a l'impression qu'il demeure. Dans d'autres mouvements, comme les émeutes en banlieues en 2005, la violence a été immédiatement désapprouvée et cela tient fortement au type de populations : on soutient visiblement moins les jeunes issus de l'immigration que des salariés blancs.

 

 

En France, les jeunes vivant dans les banlieues sont perçus par beaucoup dans l'opinion publique et par les élus politiques comme abstentionnistes, des populations sur lesquelles on peut "taper" sans aucune répercussion dans les urnes. La droite républicaine n'aurait jamais pris la défense de personnes qui manifestent en banlieues pour leurs conditions de vie. 

 

 

Il faudra attendre de voir si le 8 décembre la violence physique baisse ou pas pour voir comment va évoluer le mouvement. Mais déjà, des conflits classiques propres aux organisations ont été mis au jour et orientent le mouvement et sa pérennisation : certains "gilets jaunes" veulent durcir le rapport de force, d'autres veulent entrer en négociations.

 


10/12/2018
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Franceinfo - le samedi 8 décembre 2018

 

 

"Gilets jaunes" : on vous explique pourquoi autant de personnes ont été interpellées à Paris et ses alentours

 

 

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Catherine FournierFrance Télévisions

 

 

 

 

En début de soirée, 920 personnes avaient déjà été arrêtées, dont certaines avant même d'atteindre la capitale

 

 

 

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 Des policiers appréhendent un manifestant en marge de la mobilisation des "gilets jaunes" à Paris, le 8 décembre 2018. (CHRISTIAN HARTMANN / REUTERS)

 

 

 

Le chiffre grossit d'heure en heure. En début de soirée, 920 personnes ont déjà été interpellées en marge de "l'acte 4" de la mobilisation des "gilets jaunes" à Paris, samedi 8 décembre. C'est deux fois plus que samedi dernier, avec 412 personnes arrêtées au total. 

 

 

Cette journée s'annonçant particulièrement violente, la préfecture de police de Paris a mis en place une stratégie visant à filtrer les individus avant même qu'ils ne gagnent la capitale. Objectif : tenter d'éviter les débordements redoutés.

 

 

>> Suivez en direct "l'acte 4" de la mobilisation des "gilets jaunes" samedi à Paris et dans les grandes villes 

 

 

"Certaines personnes étaient identifiées et signalées en raison de leurs appels à la violence sur les réseaux sociaux. Elles étaient donc frappées par un interdit préfectoral, prohibant leur accès aux zones de manifestation", explique une source policière à franceinfo. Une information confimée par Laurent Nunez, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur, sur le plateau du 13 heures de France 2 samedi : "Les services de police judiciaire ont travaillé pour confondre les auteurs d'exaction et de menaces, interpellés tout au long de la semaine et au petit matin", a-t-il explique. Au total, "29 meneurs, membres de l'ultradroite ou de l'ultragauche ou de la frange radicalisée des gilets jaunes" ont été interpellés, a-t-il précisé. 

 

 

 

Des boules de pétanque et des couteaux 

Des contrôles ont également été menés, toujours via un arrêté pris par la préfecture ou sur réquisition du procureur de la République, aux péages situés autour de Paris et dans les gares de la capitale, pour procéder à une fouille des sacs et des véhicules et saisir des armes ou des objets. "Plus de 5 000 personnes ont été contrôlées sur les axes et péages", indique la gendarmerie nationale sur Twitter.

 

 

Parmi les saisies effectuées dans des coffres de voiture, on trouve des couteaux, des marteaux, des boules de pétanque, une batte de base-ball ou encore du matériel de protection

 

 

"On ne vient pas faire de la pétanque sur les Champs-Elysées", ironise Philippe Capon, secrétaire général du syndicat Unsa-Police, interrogé par franceinfo. Selon lui, "on est sur un système de quadrillage faisant appel à la mobilité, la réactivité et la possibilité d'intervention des forces de l'ordre", qui tranche avec le dispositif de samedi dernier, beaucoup "plus statique".

 

 

 

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Des objets saisis par la préfecture de police de Paris, le 8 décembre 2018. (PREFECTURE DE POLICE DE PARIS)

 

 

 

"Les personnes interpellées avec ce matériel ne sont pas forcément placées en garde à vue. Il leur est confisqué", reprend une source policière interrogée par franceinfo. Sur les 737 personnes interpellées samedi après-midi, 551 ont été placées en garde à vue, a annoncé la préfecture. 

 

 

 

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Des masques à gaz saisis par la préfecture de police de Paris, le 8 décembre 2018. (PREFECTURE DE POLICE DE PARIS)

 

 

 

Les forces de l'ordre pratiquent aussi la fouille systématique aux abords des lieux de manifestation, et des personnes sont interpellées "sur site", à Paris, parfois par des policiers en civil. L'un d'entre eux, joint par franceinfo, estime que "pour l'instant, la situation n'à rien à voir avec la semaine dernière. Les barrages filtrant en préambule de cette manifestation ont pour le moment porté leurs fruits. Beaucoup d'individus ont été interpellés avant même d'avoir pu rejoindre les différents cortèges".

 

 

Il fallait interpeller le plus tôt possible pour éviter de laisser le temps aux casseurs de s'organiser et de se rassembler.Un policier en civil à Paris à franceinfo

 

 

Pour traiter les gardes à vue, de nombreux officiers de police judiciaire ont aussi été réquisitionnés. Au niveau national, 1 385 avaient déjà été interpellées sur l'ensemble de la France. Parmi elles, 974 ont été placées en garde à vue. Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner s'est félicité d'avoir mis "un coup d'arrêt à la violence" même si elle demeure "à un niveau inacceptable".

 


10/12/2018
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