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Franceinfo - le 19 octobre 2019

 

 

Ce que l'on sait de la famille néerlandaise qui a vécu recluse pendant neuf ans

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Une famille vivant recluse depuis neuf ans dans une ferme aux Pays-Bas a été découverte, lundi 14 octobre. La police néerlandaise a arrêté deux personnes, dont le père, et s'interroge si une "certaine croyance dans une foi" est à l'origine de l'affaire

 

 

 

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La ferme où vivaient reclus une famille de sept personnes, à Ruinerwold (Pays-Bas), le 16 octobre 2019. (VINCENT JANNINK / ANP MAG)

 

 

 

Ils étaient dans "une petite pièce fermée". Dans le nord des Pays-Bas, une famille a été découverte à l'intérieur d'une ferme isolée où elle vivait recluse depuis neuf ans, a annoncé la police néerlandaise mardi 15 octobre. Le père et ses six enfants, tous majeurs, "avait un mode de vie autarcique". Deux personnes, dont le père, ont été arrêtées. Dans quelles conditions ont-ils vécu ? Comment ont-ils été découverts ? Appartenaient-ils à une secte ? Voici ce que l'on sait de cette improbable histoire.

 

 

 

Ils étaient reclus depuis neuf ans

Cela faisait neuf ans qu'ils vivaient enfermés dans une petite pièce d'une ferme isolée. Cette famille – un père de 67 ans et six enfants – a été découverte à Ruinerwold, un village situé dans le nord des Pays-Bas. Tous ont déclaré être majeurs. Les enfants auraient entre 18 et 25 ans.

 

 

La famille "avait un mode de vie autarcique" dans la propriété, rapportent les autorités néerlandaises. Selon la chaîne de télévision locale RTV Drenthe, elle se nourrissait grâce à un potager et une chèvre. Ils étaient "dans l'attente de la fin des temps", toujours selon la télévision néerlandaise. 

 

 

Certains des enfants n'avaient même "aucune idée de l'existence d'autres personnes" dans le monde, d'après RTV Drenthe. Plusieurs des enfants n'ont d'ailleurs "pas été inscrits dans le registre des naissances", a constaté le maire de Ruinerwold. Personne ne semblait connaître les occupants de la ferme, ni même avoir été au courant de leur présence à cet endroit.

 

 

 

Le fils aîné s'est rendu dans un café du village

C'est grâce à l'un des fils, l'aîné, que l'alerte a été donnée à la police. Dimanche soir, il s'est rendu dans un bar du village dans un état "confus". Sale, portant de vieux vêtements, les cheveux en bataille, il demandait de l'aide, a raconté le gérant à la chaîne RTV Drenthe. "Il parlait d'une manière enfantine" et dit n'avoir jamais été à l'école, a témoigné le responsable du bar, qui a aussitôt alerté la police. Les membres de la famille ont été examinés par un médecin et emmenés dans un endroit sûr.

 

 

Selon les médias néerlandais, le fils était présent sur les réseaux sociaux. Il possédait un compte Facebook sous le nom de "Jan" et aurait été, pour la première fois en neuf ans, actif sur le site en juin. Il était également inscrit sur le réseau social professionnel LinkedIn, où il a indiqué que ses parents avaient dirigé une entreprise prospère jusqu'à la mort de sa mère en 2004.

 

 

 

Le père et le locataire de la ferme arrêtés 

A leur arrivée à la ferme, les forces de l'ordre ont arrêté un homme de 58 ans, le locataire de la ferme. Identifié par les médias sous le nom de Josef B., il a déclaré aux policiers être né à Vienne, en Autriche. Il est "soupçonné dans l'enquête d'être impliqué dans une privation illégale de liberté et d'avoir nui à la santé d'autrui", a déclaré le parquet néerlandais, mercredi. Un juge néerlandais a ordonné jeudi son maintien en détention pour deux semaines supplémentaires.

 

 

Dans le village, les habitants surnommaient Josef B. comme "Josef, l'Autrichien", rapportent les médias néerlandais et autrichiens. "Nous avons toujours pensé qu'il était le seul à être là-bas, qu'il n'y avait pas d'autres habitants", a témoigné un voisin de la ferme. Depuis son arrivée aux Pays-Bas, en 2010, il vivait dans un village voisin de Ruinerwold.

 

 

Le père de famille a également été arrêté jeudi. Il est soupçonné d'atteinte à la liberté et à la santé d'autrui ainsi que de blanchiment d'argent. 

 

 

 

Politie Drenthe ✔@poldrenthe
 

Today we arrested a second suspect in the Ruinerwold investigation. The arrested person, a 67-year-old man from Ruinerwold, is one of the six persons discovered this Monday in the house located at Buitenhuizerweg.
https://www.politie.nl/nieuws/2019/oktober/17/01-tweede-aanhouding-onderzoek-ruinerwold.html 

Tweede aanhouding onderzoek Ruinerwold

politie.nl
24 personnes parlent à ce sujet
 
 

Des appartenances sectaires

"Nous avons des raisons de croire que les personnes impliquées ne sont pas restées sur place contre leur volonté. Nous enquêtons pour savoir si une certaine croyance dans un mode de vie ou une foi a conduit aux conditions de vie dans lesquelles on a retrouvé ces gens", a expliqué la police néerlandaise jeudi.

 

 

Selon la chaîne RTV Drenthe, Josef B. et les sept membres de la famille étaient tous membres de l'Eglise de l'Unification, organisation religieuse controversée également appelée "secte Moon". Née en Corée du Sud, celle-ci est connue pour les mariages de masse qu'elle organise.

 

 

Le frère de Josef B., qui réside en Autriche, a déclaré au journal autrichien Kronen Zeitung que le locataire de la ferme "était dans une secte", sans en préciser le nom.

 


19/10/2019
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Franceinfo - le vendredi 18 octobre 2019

 

 

Du retrait des troupes américaines aux départs des humanitaires : les huit jours qui ont replongé la Syrie dans le chaos

 

 

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Noémie LeclercqfranceinfoFrance Télévisions
 

 

 

Le pays est de nouveau à feu et à sang depuis le début de l'offensive turque, le 9 octobre. Franceinfo revient sur la chronologie des premiers jours de ce conflit

 

 

 

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Des soldats de la coalition turque à proximité de Manbij, dans le nord est de la Syrie, le 14 octobre 2019. (ZEIN AL RIFAI / AFP)

 

 

 

"Je retire les derniers membres des forces armées américaines du nord-est de la Syrie." Dans la soirée du dimanche 6 octobre, Donald Trump plonge la Syrie dans un nouveau conflit d'ampleur"La Turquie, l'Europe, la Syrie, l'Iran, l'Irak, la Russie et les Kurdes devront maintenant résoudre la situation et déterminer ce qu'ils veulent faire des combattants de l'organisation Etat islamique capturés dans leur 'voisinage'", déclare le président américain sur Twitter.

 

 

Malgré l'avis du Congrès, dont une commission spéciale* s'était prononcée en faveur du maintien des troupes en Syrie, à la frontière turque, à peine un mois avant, les soldats américains vont rentrer au pays. La fin d'une "guerre inutile", selon Donald Trump, qui met le feu aux poudres dans cette région : le président turc, Recep Tayyip Erdogan, souhaite depuis plusieurs mois déjà lancer une offensive en Syrie contre les Kurdes du YPG, qu'il considère comme une organisation terroriste. Retour sur ces huit jours qui ont refait basculer le pays dans le chaos, alors qu'une suspension temporaire des opérations turques a été annoncée jeudi 17 octobre dans la soirée par Ankara.

 

 

 

Du 7 au 10 octobre : les premiers dégâts de la bombe diplomatique de Trump

Avant d'embraser la Syrie, la décision de Donald Trump enflamme son propre camp. Un premier rectificatif de la déclaration du président américain est émis par les autorités compétentes dès le lendemain : seuls 50 à 100 membres des forces spéciales américaines se retireront de la frontière nord de la Syrie, pour être déployés ailleurs dans la région. Même Lindsey Graham, sénateur américain proche de Donald Trump, appelle ce dernier à "revenir" sur sa décision, qu'il estime "porteur de désastre".

 

 

Le chef des républicains, Mitch McConnell, prévient, lui, des risques que représente un "départ anticipé" : une situation favorable à la Russie et l'Iran, et l'assurance d'un retour du groupe l'Etat islamique en Syrie. Mais qu'importe, Donald Trump maintient sa ligne et les troupes américaines quittent la région de l'Euphrate, au nord de la Syrie, dès l'aube. 

 

 

 

 

 

 

L'offensive turque, redoutée depuis des mois, débute mercredi 9 octobre. Objectifs : la mise en place d'une zone tampon dans le nord du pays, entre la Syrie et la Turquie, pour éloigner les milices kurdes de la frontière, et réimplanter une grande partie des réfugiés syriens présents en Turquie. Dès ce premier jour du conflit, Tal Abyad et Ras al-Aïn, deux villes frontalières, sont bombardées par l'aviation turque. Les hôpitaux des deux villes, touchés par les bombes, sont partiellement détruits et hors service. Les bombardements aériens font déjà rage, alors que l'assaut terrestre, avec l'appui des rebelles syriens pro-turcs, est prévu pour le lendemain. Quelque 60 000 personnes sont contraintes de fuir.

 

 

 

Une femme kurde et son fils fuient le village de Ras al-Aïn, le 9 octobre 2019, alors que les premières frappes turques commencent.

Une femme kurde et son fils fuient le village de Ras al-Aïn, le 9 octobre 2019, alors que les premières frappes turques commencent. (DELIL SOULEIMAN / AFP)


 

Un rapport de l'ONG italienne Un Ponte per fait état de dégâts intentionnels des forces armées turques sur les écoles de al-Yabsah. "C'est un conflit d'une rare violence, très intense dès le premier jour", s'alarme Juliette Touma, de l'antenne Moyen-Orient-Afrique du Nord de l'Unicef.

 

 

Nous étions préparés à un conflit armé, mais pas à un tel manque de considération envers les civils.Juliette Touma, de l'Unicef à franceinfo

 

 

La Finlande est le premier pays à prendre des sanctions contre Ankara et annonce dans la journée la suspension des exportations d'armes vers la Turquie, ainsi que vers les autres pays engagés dans la guerre.

 

 

 

Le 11 octobre : l'ombre de l'Etat islamique ressurgit 

La pression militaire turque s'intensifie quelques jours plus tard : à tel point que le secrétaire de la Défense américain, Mark Esper, prend la parole au Pentagone vendredi 11 octobre. "Nous ne sommes pas en train d'abandonner nos alliés kurdes. Nos forces sont déployées ailleurs dans le pays, tente-t-il de justifier. L'invasion de la Turquie au nord de la Syrie a placé les Etats-Unis dans une position très délicate..."

 

 

 

 

 

 

Sur place, la crise humanitaire s'aggrave. "Les équipes sont constamment en insécurité, ça ajoute de la complexité à leur mission, déplore Juliette Touma. Ils font de leur mieux, mais il y a déjà des enfants qui ont été tués. On essaie de leur apporter de l'eau, des soins, des vivres, et de prendre en charge la malnutrition. Mais c'est très difficile."

 

 

Les camps de déplacés syriens, à l'intérieur du pays, sont en difficulté : 5 000 personnes, initialement prises en charge à Mabrouka, dans la région de Ras al-Ain, se dirigent vers un autre campement. La réserve d'eau d'Allouk, qui approvisionne plus de 800 000 personnes, est touchée par les bombes et sévèrement endommagée. 

 

 

 

Des civils syriens et kurdes fuient les bombes turques à Ras al-Aïn, dans le nord-est de la Syrie, le 9 octobre 2019.

Des civils syriens et kurdes fuient les bombes turques à Ras al-Aïn, dans le nord-est de la Syrie, le 9 octobre 2019. (DELIL SOULEIMAN / AFP)


 

Une autre préoccupation émerge : les avocats de familles de jihadistes retenues dans des camps kurdes craignent pour les femmes et les enfants abandonnés à leur sort. Au milieu du chaos, les autorités kurdes ont annoncé qu'il y avait un risque que les camps qu'ils gardent soient repris par le groupe Etat islamique. "Voilà, que ce que l'on annonçait depuis deux ans arrive", se désole Marie Dosé, pénaliste de renom. Depuis le début de l'offensive, elle reçoit des messages des femmes qu'elle défend, l'alertant sur la situation. "J'entends passer des avions au-dessus de la tente. Je ne sais pas quand je vais mourir, peut-être ce soir, peut-être demain. Je voudrais dire à mes proches que je les aime et je suis désolée pour la peine que j'ai pu leur causer. J'aurais aimé me reconstruire, mais la France ne m'a pas autorisé ça", lui écrit l'une d'elles.

 

 

Marie Dosé et d'autres défenseurs des droits de l'Homme alertent depuis des mois sur la situation et militent en faveur d'un rapatriement. Sans succès. Maintenant que la menace turque a été mise à exécution, les autorités craignent une résurgence de l'EI. La prison de Qamishli, contrôlée par les Kurdes et où sont détenus des combattants jihadistes, est d'ailleurs visée par les forces armées turques : au milieu du chaos, cinq détenus parviennent à s'échapper.

 

 

 

12 octobre : les ambulances et les hôpitaux touchés par les bombes

Le New York Times (en anglais) rapporte samedi 12 octobre l'exécution de deux Kurdes par l'Armée nationale syrienne, qui sert d'infanterie à la Turquie, sur le bord de l'autoroute M4, point stratégique du combat. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre l'exécution à la kalachnikov de l'un d'eux : "Allahou akbar ! Bien fait pour ce porc", lance un des soldats. L'ONG Un Ponte per recense déjà neuf exécutions de civils dans cette zone. 

 

 

Le Croissant rouge kurde, équivalent de la Croix-Rouge, déplore le meurtre d'Havrin Khalaf, ingénieure de 35 ans et chef du Mouvement pour l'avenir des Kurdes en Syrie. La jeune femme, qui militait pour le rapprochement entre Arabes et Kurdes, a été capturée puis tuée par des mercenaires islamistes, alliés des forces turques, sur la route entre Qamishli et Manbij. Des témoignages recueillis par Le Monde à Derik, ville d'origine de l'activiste, décrivent une scène de torture : "Elle avait la jambe brisée, chair ouverte, les bras couverts de contusions, le corps et les vêtements couverts de terre comme s'ils l'avaient traînée sur le sol", rapporte la personne chargée de la préparation du corps avant l'enterrement. 

 

 

 

De nombreux civils assistent à l\'enterrement d\'Hevrin Khalaf, chef d\'un parti pro-kurdes exécutée le 12 octobre 2019. 

De nombreux civils assistent à l'enterrement d'Hevrin Khalaf, chef d'un parti pro-kurdes exécutée le 12 octobre 2019.  (DELIL SOULEIMAN / AFP)


 

Plus à l'ouest, la ville de Kobané est également prise pour cible. Là encore, l'hôpital est partiellement touché par les bombes. Tell Abyad est à feu et à sang, les humanitaires peinent de plus en plus à faire leur travail, rapporte le Croissant rouge. L'organisation rapporte que ses ambulances sont visées alors qu'elles tentent d'accéder à Ras al-Aïn. De plus en plus de civils doivent rapidement quitter la zone en conflit. 

 

 

L'escalade des tensions pousse Paris à suspendre "tout projet d'exportation vers la Turquie de matériels de guerre", après des décisions similaires des Pays-Bas et de l'Allemagne. Le dernier rapport du ministère des Armées sur les exportations d'armement faisait état de 45,1 millions d'euros de matériel militaire français commandé par la Turquie en 2018. Mais ces mesures sont surtout symboliques : l'opération ayant été préparée largement en amont, l'armée de Recep Tayyip Erdogan dispose de suffisamment de munitions pour mener l'offensive à son terme.

 

 

 

13 octobre : des journalistes sous le feu de la coalition turque

"Depuis que nous avons lancé notre opération, nous faisons face à des menaces de sanctions économiques ou d'embargos sur les armes. Ceux qui pensent pouvoir nous contraindre à reculer avec ces menaces se trompent", réagit, dès le lendemain, le président turc. 

 

 

Sur le terrain, la violence va crescendo. Un convoi de civils kurdes, accompagnés de plusieurs journalistes étrangers, est bombardé par la coalition turque dans la journée de dimanche 13 octobre, à proximité de Ras al-Aïn. "Notre équipe va bien mais des confrères sont morts", témoigne Stéphanie Perez, reporter de France 2.

 

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Les images rapportées par l'équipe de France Télévisions montrent des "maisons désertées par les civils qui ont fui par centaines" et "des corps sans vie". On entend des bombardements et échanges de tirs. Les journalistes français rejoignent un peu plus tard l'avant du convoi, ciblé par les bombes : l'un des véhicules est en train de brûler, des cadavres gisent au sol, les survivants sont en état de choc. Des dizaines de blessés et au moins 11 morts sont à déplorer. 

 

 

Au total, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) dénombre plus de 130 000 personnes déplacées depuis le début de l'offensive, 76 civils et 105 combattants kurdes tués en cinq jours. Les forces turques et leurs alliés ont pris possession d'une quarantaine de villages, et s'emparent de la ville de Tell Abyad, rapporte l'OSDH.

 

 

Dans le même temps, des familles de jihadistes s'échappent du camp d'Aïn Issa. Selon les forces kurdes, qui indiquent ne pas pouvoir gérer à la fois le front turc et les camps, 785 personnes sont concernées, parmi lesquelles une dizaine de Françaises et leurs enfants. 

 

 

 

Des proches de jihadistes dans le camp d\'Ain Issa, le 17 octobre 2018 (photo d\'illustration). 

Des proches de jihadistes dans le camp d'Ain Issa, le 17 octobre 2018 (photo d'illustration).  (DELIL SOULEIMAN / AFP)


 

Faute de soutien de leurs alliés occidentaux, les Forces démocratiques syriennes (FDS) – coalition kurde et arabes, principalement composée de la milice kurde YGP – se sont résolues à solliciter l'armée syrienne de Bachar al-Assad. Mazloum Abdi, haut commandant des FDS, déclare, sur le site de Foreign Policy*, qu'"entre les compromis et le génocide de notre peuple, nous choisirons la vie".

 

 

Emmanuel Macron convoque à l'Elysée sur les coups de 22 heures un conseil restreint de défense sur la Syrie.

 

 

Notre conviction est que cette offensive prend le risque d'une part, et nous le constatons d'ores et déjà sur le terrain, de créer des situations humanitaires insoutenables et, d'autre part, d'aider Daech à réémerger dans la région.Emmanuel Macron à l'issu d'un conseil restreint de défense

 

 

 

14 octobre : les organisations humanitaires poussent un cri d'alarme 

Le président français s'entretient, lundi 14 octobre, avec Donald Trump, puis Recep Tayyip Erdogan. L'échange avec ce dernier "confirme une profonde divergence de vues sur les conséquences prévisibles de l'offensive turque dans le nord-est syrien", indique l'Elysée. Aucun commentaire n'est fait sur l'appel entre Emmanuel Macron et son homologue américain. Un tweet moqueur de Donald Trump laisse cependant penser qu'il n'a pas été des plus fructueux. 

 

 

 

 

 

 

"J'invite quiconque le souhaite à défendre les Kurdes, que ce soit la Russie, la Chine, ou Napoléon Bonaparte. J'espère qu'ils vont tous bien, nous, nous sommes à 7 000 miles !" 

 

 

Celui-ci annonce dans le même temps une série de mesures, notamment commerciales, contre la Turquie. Les ministres turcs de l'Energie, de la Défense et de l'Intérieur sont personnellement interdits de séjour aux Etats-Unis, les transactions internationales en dollar d'Ankara sont bloquées, les droits de douane sur l'acier turc sont revus à la hausse de 50% et les négociations commerciales entre les deux pays sont bloquées. 

 

 

 

Adnan Ahmad, chef de l\'Armée nationale syrienne, groupe rebelle qui sert d\'infanterie à Ankara, lors d\'une réunion stratégique à propos de Manbij, dans le nord de la Syrie, le 16 octobre 2019.

Adnan Ahmad, chef de l'Armée nationale syrienne, groupe rebelle qui sert d'infanterie à Ankara, lors d'une réunion stratégique à propos de Manbij, dans le nord de la Syrie, le 16 octobre 2019. (AAREF WATAD / AFP)


 

Sur le terrain, les tensions montent autour de Manbij : la reprise de cette ville, nœud entre les zones tenues par les FDS, celles dominées par le régime syrien et celles sous contrôle turc, était un objectif affiché par Ankara depuis 2016. L'exécutif turc a annoncé que Manbij pourrait être le théâtre des affrontements directs entre la Turquie et l'armée officielle syrienne, alors que les FDS seraient secondaires.

 

 

Face à ce déferlement de violence annoncé, les ONG commencent à retirer leurs personnels sur le terrain, jugé trop dangereux. Seule l'ONU et ses agences restent auprès des civils. "On ne va pas retirer nos forces, au contraire, on va sans doute devoir en ajouter, se désole Juliette Touma, de l'Unicef. Même si on craint pour leur sécurité. Ça ne fait qu'une semaine et on est déjà à bout, la violence ne fait que s'amplifier."  

 

 

17 octobre : une trêve inespérée 

Retournement de situation. Jeudi 17 octobre, la Turquie annonce une suspension des combats dans le nord-est de la Syrie. Le vice-président américain, Mike Pence, et le président truc, Recep Tayyip Erdogan, se sont entretenus dans la soirée. A l'issue d'une entrevue de plus de quatre heures, ils parviennent à un accord de trêve temporaire : les Turcs et leurs alliés donnent cinq jours aux forces kurdes pour évacuer les zones de conflit. Ankara espère ainsi la mise en place de la "zone tampon" de 32 km à la frontière entre les deux pays. Le ministre turc des Affaires étrangères prévient que l'offensive cessera totalement à condition que les Kurdes obtempèrent. 

 

 

Sur Twitter, Donald Trump se félicite de cette annonce : "Des millions de vies vont être sauvées", clame-t-il. Un peu plus tôt dans la journée, lors d'un meeting à Dallas, le président américain a comparé le conflit à une cour d'école. "Parfois, il faut les laisser se battre, comme deux enfants, et puis après, il faut les séparer", a-t-il préconisé. Une méthode éducative pour le moins meurtrière : l'OSDH recense près de 500 morts au 17 octobre, parmi lesquels une centaine de civils. Plus de 300 000 personnes ont été déplacées depuis le lancement de l'offensive. 

 

 

  • Liens en anglais

 


18/10/2019
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Franceinfo - le jeudi 17 octobre 2019

 

 

La Turquie annonce la suspension temporaire de son offensive pour que les forces kurdes évacuent le nord de la Syrie

 

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Cette annonce a été faite à l'issue d'une rencontre entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et le vice-président américain Mike Pence

 

 

 

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Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu, le 16 octobre 2019, à Ankara. (ADEM ALTAN / AFP)

 

 

 

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu annonce, jeudi 17 octobre, la "suspension" temporaire de son opération militaire contre les forces kurdes dans le nord de la Syrie. Cette "pause" d'une durée de cinq jours doit permettre l'évacuation des forces kurdes du YPG, sommées par Ankara de quitter une "zone de sécurité" de 32 km de largeur le long de la frontière turque. Sur Twitter, le président des Etats-Unis s'est félicité que "des millions de vies soient sauvées".

 

 

 

 

 

 

Cette annonce a été faite à la suite d'une rencontre de plus de quatre heures entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et le vice-président américain Mike Pence. A l'issue de celle-ci, le bras droit de Donald Trump a affirmé que l'opération turque "s'arrêtera complètement" si les troupes kurdes acceptaient de se retirer.

 

 

 

Pour la Turquie, il ne s'agit pas d'un "cessez-le-feu"

Pendant cette conférence de presse, le vice-président américain Mike Pence a assuré avoir négocié avec la Turquie un accord de "cessez-le-feu". Mais le terme a été immédiatement récusé par le ministre turc des Affaires étrangères, arguant qu'un cessez-le-feu ne peut être négocié qu'entre "deux parties légitimes".

 

 

Les pays occidentaux soutiennent en majorité les Kurdes pour leur rôle crucial dans la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique. Mais Ankara les considère de son côté comme des "terroristes" en raison des liens du YPG avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une guérilla sanglante en Turquie depuis 1984.

 


18/10/2019
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Franceinfo - le jeudi 17 octobre 2019

 

 

Nordahl Lelandais visé par une nouvelle plainte pour "meurtre", en lien avec la mort d'un jeune homme en 2015 en Savoie

 

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Cette plainte est déposée dans l'affaire de la disparition de Thomas Rauschkolb, retrouvé mort en 2015. Le jeune homme avait passé la soirée dans une discothèque de Grésy-sur-Aix

 

 

 

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Nordahl Lelandais sur une photo publiée sur son compte Facebook. (FACEBOOK)

 

 

 

Nordahl Lelandais, déjà poursuivi pour le meurtre de la petite Maëlys et pour l'assassinat du caporal Noyer, est visé par une nouvelle plainte pour "meurtre", déposée mardi 15 octobre par l'avocat de la famille de Thomas Rauschkolb, retrouvé mort en 2015 en Savoie, a appris franceinfo jeudi 17 octobre auprès de Me Bernard Boulloud, confirmant une information du Parisien et de RTL. Il s'agit d'une plainte contre X, mais c'est bien Nordahl Lelandais qui est visé, a précisé ce dernier.

 

 

Thomas Rauschkolb avait été retrouvé mort le 28 décembre 2015 au bord d'une rivière, après avoir passé la soirée dans une discothèque de Grésy-sur-Aix. L'enquête avait conclu, en octobre 2017, à une chute accidentelle du jeune homme de 18 ans.

 

 

Le papa et la maman de Thomas n'ont jamais cru à la mort naturelle. Il y a des indices qui laissent penser tout le contraire.Me Bernard Boulloud à franceinfo

 

 

"Par exemple, il y a une chaussure qui a disparu, la ceinture qui est restée accrochée à un grillage", détaille l'avocat. "Il y a surtout une photo qui avait été produite par le papa où on voit Nordahl Lelandais dans la boîte de nuit qu'avait fréquentée en 2015 leur fils."

 

 

Par ailleurs, selon la famille, "il n'y a pas eu d'autopsie". "On ne sait pas s'il y a des fractures qui sont peut-être liées à une agression, à des coups, autres que la chute elle-même", souligne Me Bernard Boulloud, qui appelle toutefois à la "prudence". "Il faut vérifier, ça ne veut pas dire pour autant que Nordahl Lelandais est derrière ce décès".

 

 

L'avocat des parents de Thomas Rauschkolb précise enfin que cette plainte a été déposée au lendemain de l'interview de l'ex-compagne de Nordahl Lelandais dans Le Parisien. Selon elle, "il y a d'autres" meurtres commis par ce dernier. "Il faudrait notamment creuser le dossier du jeune Thomas Rauschkolb", a-t-elle expliqué dans le quotidien. "Ce sont des points qu'il faudra vérifier", estime Me Boulloud.

 


17/10/2019
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Franceinfo - le jeudi 17 octobre 2019

 

 

TRIBUNE. "Après Lubrizol, plus jamais ça" : 11 syndicats et associations pointent la responsabilité des industriels et de l'État

 

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Dans une tribune publiée sur franceinfo, les signataires appellent à un sursaut dans la politique de gestion des risques industriels

 

 

 

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La place du Vieux-Marché à Rouen, le 26 septembre 2019. (CORALIE MOREAU / FRANCE BLEU HAUTE-NORMANDIE / RADIO FRANCE)

 

 

 

Ils appellent à un sursaut après la catastrophe du 26 septembre 2019, à Rouen : ce matin-là, un gigantesque incendie a détruit 5 253 tonnes de produits chimiques chez Lubrizol, une entreprise de produits chimiques classée Seveso seuil haut. L'incendie a aussi touché trois entrepôts de son voisin Normandie Logistique qui stockait plus de 9 000 tonnes de produits sur son site. Syndicats ou associations, les onze signataires de la tribune, publiée par franceinfo jeudi 17 octobre, dénoncent des négligences et des insuffisances et pointent un manque de transparence. Et au-delà de Lubrizol, ils appellent à un sursaut dans la politique de gestion des risques industriels.


La catastrophe industrielle et environnementale qui a eu lieu dans la nuit du 25 au 26 septembre 2019 à Rouen met en avant et à plusieurs titres les dangers permanents que les industries représentent lorsqu’elles négligent leurs obligations en termes de protection contre les dangers inhérents à leurs activités.

 

 

Ces négligences coupables font courir aux salariés, aux populations et aux écosystèmes des risques graves, à court et long terme.

 

 

Des accidents comme celui-ci sont un véritable désastre tant humain qu'écologique.

 

 

Pour pouvoir continuer à satisfaire suffisamment de rentabilité à ses actionnaires, l'industrie, à l’instar des autres secteurs de l’économie, rogne ses "coûts" sans fin sur le dos des travailleurs : multiplication de la sous-traitance, précarité, réduction des effectifs et des équipements, non-respect des règles de sécurité…

 

 

Lubrizol, une des premières sociétés industrielles de chimie, est présente en Amérique (56 sites), en Europe (45 sites), au Moyen Orient (7 sites) et en Asie (33 sites). Fondée en 1928, Lubrizol est une filiale de Berkshire Hathaway, société d'investissement dirigée par Warren Buffet, l'un des plus gros milliardaires de la planète et qui compte Bill Gates dans son directoire.

 

 

L'usine de Rouen est implantée depuis 1951. Site Seveso à "seuil haut" comme 705 autres en France sur les 1 312 sites Seveso, elle a déjà connu plusieurs incidents dont un nuage de mercaptan en 2013, qui a donné lieu à un simple renvoi devant le tribunal de police et une condamnation à une amende ridicule de 4 000 euros.

 

 

 

La responsabilité "pleine et entière" de Lubrizol

C'est bien la responsabilité de la direction de l'entreprise qui est engagée dans cet accident, en terme de sécurisation de l'ensemble du site, de son personnel, ainsi que de la sous-traitance. C'est elle qui, avec l’aval du préfet, a opté pour une sécurité a minima en réduisant les effectifs de sécurité et de surveillance.

 

 

Si les premiers éléments de l’enquête qui s’ouvre peuvent amener à penser que l'incendie a démarré dans une zone de stockage confiée à une entreprise sous-traitante de nettoyage, la responsabilité de Lubrizol reste néanmoins pleine et entière dans son rôle de donneur d’ordre.

 

 

Une nouvelle foi, la sous-traitance d’activités par des grands groupes, particulièrement dans ces secteurs (industrie chimique, pétrolière et nucléaire) pose problème, en particulier pour les tâches qui peuvent présenter le plus de risques de santé pour les salariés et les populations.

 

 

Les personnels de la sous-traitance connaissent très mal, par manque de formation, les risques technologiques auxquels ils sont confrontés pendant leur travail. Cette situation va s'aggraver avec la disparition des CHSCT en application des ordonnances Macron de 2017 ; et les attributions et moyens d’intervention des CSSCT (nouvelle instance obligatoire dans les sites Seveso), ne pallieront pas à leur disparition.

 

 

 

L'imprévoyance de l'État

C'est également la responsabilité de l'État qui est engagée. Les moyens et les effectifs des inspecteurs.trices des installations classées pour la protection de l'environnement (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement), n'ont pas été doublés, malgré les promesses faites, ce qui les rend insuffisants pour faire appliquer les dispositions réglementaires. Leur mission de contrôle des sites à risque n'est pas assurée efficacement. Il en est de même pour les services de l’inspection du travail, chargée notamment de faire appliquer les règles relatives aux incendies, explosions et stockage des produits dangereux dont les effectifs fondent à vue d’œil.

Alors que l'on découvre peu à peu que les premières annonces sur les quantités de produits partis en fumée ont été sous-évaluées, les chefs de services de l'État et le gouvernement passent leur temps à chercher à convaincre du peu de danger que courent les riverains de l'usine.

 

 

Les populations sont censées décider toutes seules s'il est préférable qu'elles partent loin ou qu'elles s'enferment dans leur lieu de vie, créant ainsi un sentiment d'angoisse généralisé d'autant plus justifié quand on sait que les fumées et les suies toxiques, au vu des produits qui ont brûlé, comportent des molécules cancérigènes et des perturbateurs endocriniens.

 

 

D'autre part, des catastrophes comme celles de Lubrizol nécessiteraient que soient prévu un plan d'évacuation des populations les plus exposées et de protection de l'ensemble des autres personnes des zones contaminées. Or, rien n'a été fait... car rien n'est prévu. Est aussi posée la question de l’aménagement du territoire, l’implantation des habitations qui, au fil des années, s’est dangereusement approchée des sites dangereux.

 

 

 

L'impact sur les collectivités et l'environnement

Au-delà des conséquences pour les salariés de Lubrizol et des sous-traitants (santé des travailleurs, chômage technique et perte de salaire), c'est toute la vie locale qui est gravement mise en danger par des industries dont le mode de gestion fait porter à la collectivité des responsabilités qui devraient lui incomber dans la logique "pollueur-payeur" ; il en est de-même des coûts sur l’environnement.

 

 

La situation dans la campagne avoisinante et dans toute la région couverte par les vents dominants est préoccupante : sols qui pourraient être empoisonnés pour une dizaine d'années, animaux malades, risques forts de nappes phréatiques polluées, impossibilité pour les paysans de poursuivre leurs activités, l'agriculture bio et les paysans en vente directe étant directement pénalisés. L’État n’a pas suffisamment accompagné le retrait des productions, faisant peser sur les paysans eux-mêmes la responsabilité de ces retraits.

 

 

On aurait tort de croire que ce qui s'est passé avec Lubrizol ne concerne que les habitants de Rouen et de sa région. Les risques industriels, les dangers de la recherche constante d’augmentations des dividendes financiers au détriment de l’investissement dans les appareils de production, de la sécurité des sites et des personnes sont partout où est implanté ce type d’industrie qui se doit d’être exemplaire en termes de sécurité et d’impact sur l’environnement et les écosystèmes.

 

 

Plus jamais ça, ni ici, ni ailleurs ! Nous exigeons :

 

• Que soit publiée in extenso la liste des produits brûlés, ce qui passe par la levée des secrets de fabrication ;
• Que la liste des molécules (PCB, dioxine etc.) qui ont potentiellement pollué les sols, soit connue ;
• Que soient diffusés les chiffres sur les maladies professionnelles des salariés actuels ou anciens de Lubrizol ;
• Que les populations soient prises en charge médicalement et que soit mis en place un suivi à long terme, plus particulièrement pour les femmes enceintes et les enfants ;
• Qu’une estimation du préjudice soit faite le plus rapidement possible par les services de l’État, de façon à ce qu’une aide d’urgence (sous forme d’avance) soit attribuée à toutes les victimes ;
• Que les salariés de Lubrizol ou d’autres entreprises soient protégés par les autorités s'ils souhaitent témoigner de leurs conditions de travail et de sécurité, ce qui implique un renforcement de la loi sur les lanceurs d’alerte ;
• Que l'Europe renforce les législations de surveillance des sites SEVESO, et que l’État revienne sur l'assouplissement accordé en 2018 instaurant des périmètres de sécurité pour les projets immobiliers ;
• Que l'État prévoit, avec les moyens de mise en œuvre, un plan d'évacuation des populations vivant auprès de chaque site à haut risque, chimique ou nucléaire, ainsi que des exercices en conditions réelles ;
• La mise en place d’autorités sanitaires indépendantes et de procureurs indépendants ;
• La mise en place de CSSCT à compétences supra-légales étendues avec capacité d’expertise et de droit d’alerte ;
• le rétablissement des CHSCT dans les entreprises et l'élargissement de leurs pouvoirs ;
• Le renforcement des inspections du travail et des installations classées pour la protection de l’environnement en lien avec la CARSAT et la DREAL.

 

 


Les signataires :

Amis de la Terre France ; association Henri-Pézerat ; Attac ; Confédération générale du travail (CGT) ; Confédération paysanne ; Criigen (Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique) ; Fédération syndicale unitaire (FSU) ; Sciences citoyennes ; SOL (Alternatives agroécologiques et solidaires) ; Union syndicale Solidaires ; Zone écologique autonome.

 


17/10/2019
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Franceinfo - le jeudi 17 octobre 2019

 

 

Tunisie : Kaïs Saïed est "conservateur sur le plan des convictions personnelles. Mais pour le reste, c'est un révolutionnaire !"

 

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Envoyé spécial en TunisieLaurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions
 

 

Le nouveau président tunisien apparaît souvent comme un mystère. Qui est-il et quel est son programme ? Rachida Ennaifer, qui a travaillé durant 20 ans à ses côtés à la faculté des sciences juridiques de Tunis, dévoile une partie de l'énigme à franceinfo Afrique

 

 

 

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La professeure de droit Rachida Ennaifer dans les jardins de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis, le 16 octobre 2019. (FTV - Laurent Ribadeau Dumas)

 

 

 

En ce 16 octobre 2019, à la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis, où Kaïs Saïed a enseigné comme professeur de droit constitutionnel, tous ses anciens collègues se congratulent. "C'est un moment heureux, plein d'espoir, magnifique !", dit une enseignante. Même si elle n'est "pas d'accord avec lui sur de nombreux points". Un enthousiasme partagé par Rachida Ennaifer, elle-même professeure. Cette ancienne journaliste au journal francophone La Presse, écartée par la dictature Ben Ali pour des raisons politiques au début des années 1990, a repris des études de droit avant d'entrer en 1999 dans l'équipe de Kaïs Saïed à la faculté. Tous deux travaillent en binôme. Lui donne les cours magistraux, elle est chargée des travaux dirigés. Leur collaboration va durer 20 ans. Dans cette interview accordée à franceinfo Afrique, elle précise qu'elle ne parle pas au nom du nouveau président. Et qu'elle "donne juste (son) point de vue".

 

 

L\'entrée de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis, où Kaïs Saïed a été professeur de droit constitutionnel. Photo prise le 16 octobre 2019.

L'entrée de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis, où Kaïs Saïed a été professeur de droit constitutionnel. Photo prise le 16 octobre 2019. (FTV - Laurent Ribadeau Dumas)



franceinfo Afrique : vous êtes très proche de Kaïs Saïed. Le conseillez-vous ?

 

Rachida Enneifer : 

 

je ne suis pas une conseillère, je suis une amie. J'ai participé à la longue gestation de son projet sur lequel nous avons beaucoup échangé. Aujourd'hui, je le soutiens.

 



Comment Kaïs Saïed s’est-il fait connaître  ?

Ben Ali s'est enfui le 14 janvier 2011. Le 15, il y a eu une réunion des professeurs de droit de la faculté pour débattre de la transition juridique et constitutionnelle. Il y avait deux tendances : ceux qui voulaient réformer la Constitution de 1959 et ceux qui voulaient rompre avec ce texte en faisant élire une Assemblée constituante. J'étais dans ce deuxième camp animé par Kaïs Saïed. Nous avons expliqué ce projet aux juristes et à l'opinion publique. Et nous avons été entendus. Nous avons alors créé le Centre de Tunis de droit constitutionnel pour la démocratie. Il en était le président, moi la vice-présidente. Ce centre est un peu un think-tank. Nous avons fait du lobbying auprès de la constituante et rencontré de nombreuses personnes. Cette action a été assez médiatisée. Nous avons été très sollicités. Kaïs Saïed a aussi proposé de nombreux autres projets en matière éducative, économique...

 



Et son projet présidentiel ?

Jusqu'en 2018, il n'y a pas eu de projet. Mais il s'est décidé au vu de l'échec des gouvernements et la déliquescence du pouvoir. Au départ, on ne l'a pas pris au sérieux. Tout le monde avait oublié qu'il était à l'origine de l'actuelle Constitution !

 



Aujourd'hui, l'homme n'en reste pas moins une énigme. Il est souvent jugé rigide, sans émotion...

 

C'est une rigidité de façade. A la faculté, il avait une grande proximité avec les étudiants et il en était très aimé. Il est peut-être un peu timide. Il est très modeste, très humble. Et sous cet aspect se cache une grande sensibilité. C'est quelqu'un qui sait écouter. Résultat : tout en étant ferme, il arrive parfois à concilier les inconciliables.

 

 

 

C'est-à-dire ?

Par exemple, au moment où les forces politiques se sont installées dans un climat identitaire inextricable entre religieux et laïcs (sous le gouvernement dirigé par le parti d'inspiration islamiste Ennahdha entre 2012 et 2014, NDLR), Kaïs Saïed a alors conseillé de se référer à l'article I de la constitution de 1959. Lequel stipule que "La Tunisie est un Etat libre, indépendant et souverain ; sa religion est l'Islam, sa langue l'arabe et son régime la République". Kaïs Saïed a fait un grand développement sur l'impossibilité de l'Etat d'avoir une religion, sur le fait qu'il s'agissait de la religion du peuple. Il a alors réussi à convaincre aussi bien les progressistes qu'Ennahdha. Et la Constitution de 2014 a repris cette conception.

 



Aujourd'hui, certains des partisans de Kaïs Saïed veulent rompre avec la France. Qu'en pense le nouveau président ?

Ce ne sont pas des partisans, comme vous dites. Il faut faire la différence entre ceux qui le soutiennent et font partie du projet, les jeunes notamment, et ceux qui ont voté pour lui au second tour. Ces derniers sont très nombreux et l'on y trouve de tout.

 

 

 

L\'entrée de l\'université Tunis El Manar, le 14 octobre 2019. Les jeunes ont voté massivement en faveur de la candidature de Kaïs Shaïed, élu la veille à la présidence de la Tunisie.

L'entrée de l'université Tunis El Manar, le 14 octobre 2019. Les jeunes ont voté massivement en faveur de la candidature de Kaïs Shaïed, élu la veille à la présidence de la Tunisie. (REUTERS - ZOUBEIR SOUISSI / X02856)



Pour le reste, je ne peux pas parler en son nom. Je vous donne juste mon point de vue. Il a déclaré qu'il respecterait les accords internationaux de la Tunisie tout en veillant à préserver les intérêts réciproques. Quand il y a déséquilibre, il faudra rééquilibrer.

 



Est-ce par exemple le cas avec le contrat privilégié accordé depuis 1949 à la Compagnie générale des salines de Tunisie (Cotusal), filiale du groupe français Salins ? Un contrat souvent évoqué dans votre pays.

Oui. Dans certaines régions, comme à Zarzis (région du sud-est où l'on produit du sel, NDLR), la population tunisienne voit les richesses lui passer sous le nez. Il est donc temps de penser à des rééquilibrages. Mais pour autant, les relations entre la Tunisie et la France seront maintenues. La France est notre vis-à-vis au nord de la Méditerranée, comme l'Algérie à l'Ouest et la Libye à l'Est. On peut imaginer de nouveaux types de projets. Par exemple des investisseurs français venant s'installer dans des régions défavorisées, dont le sous-sol est riche. Je le répète : Kaïs Saïed entend se conformer à la légalité internationale, mais avec le souci que les intérêts réciproques soient respectés.

 

 

 

Certains de ses propos peuvent inquiéter. Ainsi dans l'entretien qu'il a réalisé avec vous, le journal "La Presse de Tunisie" rapporte que son discours sur le soutien à la cause palestinienne "a été mal interprété". En conséquence "nos concitoyens juifs tunisiens ne se sentent plus en sécurité, certains s'apprêtent à partir." Certains membres de sa mouvance "traitent René Trabelsi, le ministre (juif, NDLR) du Tourisme, de sioniste"... 

Je ne sais pas d'où viennent ces informations. Ce sont de fausses informations. René Trabelsi est Tunisien, il a le droit d'avoir sa religion. Kaïs Saïed l'a rappelé pendant le débat (face à son adversaire Nabil Karoui, NDLR). Les juifs tunisiens sont nos compatriotes. Kaïs Saïed a raconté comment son propre père, pendant l'occupation allemande de la Tunisie (entre novembre 1942 et mai 1943, NDLR), prenait tous les jours Gisèle Halimi (la future avocate, NDLR) sur sa bicyclette pour la protéger des persécutions nazies. Gisèle Halimi, que je connais personnellement et avec qui j'ai mené des combats féministes. Nous avons, lui comme moi, vécu dans le multiconfessionnalisme. Ma mère avait beaucoup d'amis juifs qui sont partis en 1967 (au moment de la guerre des Six-Jours, NDLR).

 



Le problème, c'est le sionisme. Si Kaïs Saïed a fait la distinction entre les juifs et les sionistes, il a pris position en faveur de la cause palestinienne. On n'acceptera jamais que quelqu'un rentre en Tunisie avec un passeport israélien. 

 

 

 

Kaïs Saïed, entouré de gardes du corps, près de son QG électoral à Tunis le 11 octobre 2019, à deux jours du 2e tour de l\'élection présidentielle

Kaïs Saïed, entouré de gardes du corps, près de son QG électoral à Tunis le 11 octobre 2019, à deux jours du 2e tour de l'élection présidentielle (REUTERS - ZOUBEIR SOUISSI / X02856)

 

 

 

L'homme inquiète aussi parce qu'il est conservateur...

Sa particularité est d'être conservateur sur le plan des convictions personnelles. Mais pour le reste, c'est un révolutionnaire ! En ce qui me concerne, je ne suis pas d'accord avec ses positions pour la peine de mort, contre l'égalité homme-femme dans l'héritage. 

 



Il est aussi opposé à la dépénalisation de l'homosexualité...

 

Chacun est libre à condition de ne pas porter atteinte à la morale dans l'enceinte de l'espace public.

 



Et sa position vis-à-vis des droits des femmes ?

Il est favorable à la consolidation des acquis. S'y attaquer, c'est pour lui une ligne rouge. 

 



Il n'y aurait donc pas lieu d'être inquiet...

 

Au contraire ! Kaïs Saïed est une chance pour la Tunisie. C'est quelqu'un qui peut apporter beaucoup. C'est un intellectuel qui cherche un nouveau modèle pour le pays et qui interpelle le monde entier. Une nouvelle conception politique pensée par le peuple et qui doit être reprise par l'élite intellectuelle.

 

 

 

Est-il favorable à la poursuite des procédures judiciaires contre le clan Ben Ali-Trabelsi ?

 

Kaïs Saïed est conscient qu'on ne peut assurer la poursuite de ce type de processus que si l'on développe l'indépendance de la justice.

 



A vous écouter, on se dit que vous auriez peut-être envie de devenir ministre...

Jamais ! Pour moi, un ministre, c'est un fonctionnaire. Et être fonctionnaire, ce n'est pas mon fort ! Moi, j'ai envie de continuer à rêver et à enrichir le projet présidentiel. Je souhaite travailler sur des projets pour ma Tunisie (Certains interlocuteurs ont expliqué à franceinfo Afrique que Mme Ennaifer serait tout à fait désignée pour devenir membre de la future Cour constitutionnelle).

 


17/10/2019
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Franceinfo - le mercredi 16 octobre 2019

 

 

Offensive turque en Syrie : le sort des Kurdes était-il joué d'avance ?

 

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Propos recueillis parAnne BrigaudeauFrance Télévisions

 

 

Alors que les Turcs mènent une offensive dans le nord-est de la Syrie, Jordi Tejel, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Neuchâtel, en Suisse, apporte son éclairage sur la situation des Kurdes

 

 

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Des personnes en deuil assistent aux funérailles de cinq combattants des Forces démocratiques syriennes (coalition militaire kurdo-syrienne), le 14 octobre 2019. (DELIL SOULEIMAN / AFP)

 

 

 

Abandonnés par leurs éphémères alliés américains, les Kurdes syriens doivent faire face, depuis le 9 octobre, à l'offensive des Turcs, suppléés sur le terrain par les milices rebelles syriennes. Alors qu'ils avaient conquis lors de la guerre en Syrie une autonomie de fait, ils n'ont eu d'autre choix, pour se défendre, que de faire appel au régime de Bachar al-Assad. Entretien avec Jordi Tejel, professeur titulaire d'histoire contemporaine à l'université de Neuchâtel, en Suisse, et spécialiste de la question kurde.

 

 

 

Franceinfo : Comment les Kurdes syriens ont-ils fait pour obtenir cette région autonome dans le nord-est de la Syrie ?

 

Jordi Tejel : Les origines de ce qu'on appelle le Rojava [trois cantons du nord-est de la Syrie qui forment le Kurdistan occidentalremontent à l'été 2012, quand le régime syrien se retire partiellement du nord de la Syrie parce qu'il doit faire face à une révolte dans l'ensemble du pays. Il quitte la région en laissant au parti kurde hégémonique de la région, le PYD [Parti de l'union démocratique], le soin de prendre en charge cette zone.

En échange de quoi ? De ne pas se tourner contre le régime de Bachar al-Assad. En 2011, quand la révolte a éclaté, le PYD avait plaidé pour une position neutre. Ni contre la révolution, ni contre le régime syrien. C'est pourquoi, en 2012, Bachar al-Assad considère que cette solution est le moindre mal. 

 

 

 

Comment les Kurdes syriens ont-ils géré cette région jusqu'au début de l'offensive turque ?

 

Jusqu'en 2014, les autorités kurdes syriennes développent une police, puis une milice, le YPG [Unités de protection du peuple], pour assurer la sécurité de la région kurde. Ensuite, elles structurent le régime politique. Celui-ci repose sur une organisation par le bas, d'inspiration anarchiste : on commence par les quartiers, on remonte vers les communes, puis vers les cantons et on crée une sorte de coordination entre ces cantons.

 

Ce "confédéralisme démocratique" est un modèle multiethnique, multireligieux, ouvert aux considérations de genre, laïque et compatible avec les frontières telles qu'on les connaît. Mais c'est aussi un modèle partisan. Le point important ne porte pas sur la langue qu'on parle ou la religion qu'on professe, mais sur le fait de savoir si on est d'accord avec les principes du parti, avec cette organisation. La figure d'Abdullah Öcalan [le fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK, emprisonné à vie en Turquie] compte aussi beaucoup. 

 

 

 

L'offensive turque n'était-elle pas prévisible, puisque Ankara a toujours été hostile au sujet du Kurdistan syrien ?

 

Oui, c'était prévisible. L'offensive turque s'explique par l'appui de son allié américain, mais aussi par le contexte intérieur de la Turquie. L'AKP, le parti du président turc Erdogan, est en difficulté depuis les dernières élections municipales, avec la perte d'Istanbul notamment. Avec cette guerre, le chef de l'Etat turc espère aussi récupérer une certaine popularité, en plus d'autres objectifs, comme replacer les réfugiés syriens de Turquie dans cette zone tampon.

 

Quant à l'alliance de Washington avec le PYD, elle n'a été que circonstancielle. Les Etats-Unis n'ont jamais eu une grande sympathie pour ce mouvement, qu'ils ont néanmoins soutenu lors de la lutte contre le groupe Etat islamique [les forces kurdes de l'YPG combattaient au sol contre l'EI]. Mais après la défaite de l'EI, des représentants américains, aux Etats-Unis, ont fait valoir que le PYD avait des liens avec le PKK [classé comme organisation terroriste par la Turquie, les Etats-Unis et l'Union européenne] et qu'il fallait soutenir Ankara.

 

 

 

Il ne restait donc plus aux Kurdes syriens qu'à demander l'aide de Bachar al-Assad ?

 

Oui, après le retrait des Etats-Unis, il n’y avait plus d'alliés possibles. La Turquie est la deuxième armée la plus importante en effectif au sein de l'Otan, après les Etats-Unis. S'y ajoutent les alliés arabes d'Ankara : au sol, ce sont surtout les milices, les rebelles syriens qui sont en train de combattre à la frontière. Sans le soutien du régime d'Assad, les Kurdes syriens ne peuvent pas les affronter.

 

 

 

Comment le soutien de Damas va-t-il modifier la gestion de la région kurde syrienne ? 

 

Il est trop tôt pour le dire puisqu'on ne connaît pas les termes de l'accord entre les autorités du Rojava et le gouvernement syrien. Les représentants kurdes assurent qu'il s'agit juste d'un accord militaire et qu'ils gardent l’autorité politique. Mais il est probable que Damas demandera davantage et qu'ils devront abandonner une partie de leurs prérogatives.

 

Le fait que le gouvernement ait passé l'autorité aux Kurdes syriens, en 2012, laissait entendre que le régime reviendrait, une fois la situation stabilisée. Aujourd'hui, c'est mission accomplie pour Damas. Les Kurdes vont-ils désormais être remplacés comme autorité militaire et politique ? Dans ce cas, le régime prend le dessus et le Rojava est terminé.

 

Dans l'hypothèse d'une cohabitation du régime avec les forces kurdes, une sorte de scénario à la libanaise se dessinerait. Dans le sud du Liban, le Hezbollah a une certaine marge de manœuvre, une certaine autonomie, même si c'est toujours l’Etat libanais qui a l'autorité.

 

 

 

Lors du traité de Sèvres, en 1920, les grandes puissances ne s'engageaient-elles pas déjà à créer un Etat kurde ?

 

Pas exactement. En 1920, le traité de Sèvres promettait la création d’un Etat kurde dans le sud-est de la Turquie actuelle, auquel pourrait éventuellement se rajouter la région de Mossoul (le nord de l'Irak actuel). En revanche, ni les régions kurdes de l'Iran ni celles de la Syrie actuelle n'étaient concernées.

 

 

 

Quelle est la situation des Kurdes dans les autres pays ? Et combien sont-ils exactement ?

 

Leur nombre est difficile à déterminer puisqu'il n'y a guère de recensement de population dans lequel la catégorie kurde a été validée. On appelle Kurdes ceux qui parlent la langue kurde, mais aussi ceux qui s'identifient comme kurdes. En résumé, ceux qui éprouvent un sentiment d'appartenance à cette communauté qui compte des traits culturels ou historiques communs. Disons qu'il y a entre 15 et 20 millions de Kurdes en Turquie, autour de 5 millions en Irak, 8 millions en Iran et entre 1,5 et 2 millions en Syrie.  

 

Depuis l’arrivée d’Erdogan au pouvoir en Turquie, où ils sont les plus nombreux, il y a eu des hauts et des bas, mais les négociations pour arriver à une sorte de paix ont toujours mal tourné. Aujourd'hui, la situation est très difficile, avec beaucoup d’arrestations. Non seulement au sein du PKK, mais aussi dans le parti pro-kurde HDP [Parti démocratique des peuples] – pourtant légal – et parmi les intellectuels. En outre, le parti du président Erdogan n'a pas la majorité au Parlement. Il dépend donc du soutien du parti d'extrême droite MHP [Parti d’action nationaliste]. Cette coalition nationaliste s'oppose à toute négociation.

 

 

En revanche, c'est en Irak que la situation se présente le mieux pour les Kurdes. Même si l'indépendance leur a été refusée alors qu'elle avait été approuvée à une écrasante majorité par le référendum d’autodétermination en 2017, ils ont une région autonome [de fait depuis 1991, de droit depuis 2005] avec des écoles et des universités en langue kurde. Ils contrôlent une partie du pétrole et ils ont aussi des forces de sécurité qui maintiennent plus ou moins la stabilité de la région. C'est la région où les Kurdes vivent le mieux, même si ce n'est pas l'idéal, car le monopole du pouvoir est détenu par quelques familles, notamment le clan Barzani, à la tête du gouvernement régional, et il existe d'importants problèmes de corruption.

 

 

 

Les Kurdes sont-ils donc condamnés à être une variable d'ajustement ?

 

Comme il n'y a pas un Etat derrière qui les soutient, ils doivent prendre toutes les opportunités qui se présentent, comme ils l'ont fait en 2012 en Syrie par exemple. Donc évidemment, tout est instable, tout est fragile. Mais la nécessité de survivre fait qu'on prend les opportunités qui se présentent et que le long terme ne figure pas dans l'agenda. C'est la malédiction des minoritaires. Quand cela se passe mal, ils ont les mauvaises cartes.

 


16/10/2019
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Franceinfo - le mardi 15 octobre 2019

 

 

En Tunisie, on s'achemine vers "une transformation radicale du paysage politique"

 

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Envoyé spécial en TunisieLaurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

Les Tunisiens viennent de porter Kaïs Saïed à la présidence de la République. Comme le rappelle l'universitaire Larbi Chouikha, cela risque de bouleverser le paysage politique

 

 

 

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Kaïs Saïed embrasse le drapeau de son pays à Tunis juste après l'annonce de son élection à la présidence tunisienne le 13 octobre 2019. (REUTERS - ZOUBEIR SOUISSI / X02856)

 

 

 

Tous les observateurs le reconnaissent : les jeunes ont voté en masse pour Kaïs Saïed, lors de l'élection présidentielle du 13 octobre en Tunisie. "Ils sont porteurs d'une autre lecture de la situation de la Tunisie et entendent dépasser la polarisation islamistes/anti-islamistes", analyse dans un entretien avec franceinfo Afrique Larbi Chouikha, professeur à l'Institut de presse et des sciences de l'information (IPSI) de l'université de la Manouba à Tunis. Spécialiste des médias, il est aussi politologue.

 

franceinfo Afrique : comment jugez-vous la situation politique aujourd'hui dans votre pays ?

Larbi Chouikha : on assiste à une transformation radicale du paysage politique. La classe dirigeante de 2011 est en perte de vitesse. Elle paye le prix de l'absence de réformes ou l'échec des réformes, face à la fracture sociale et territoriale (les disparités entre régions littorales et de l'intérieur), à la pauvreté, à la corruption endémique. De la même façon, les gouvernements successifs n'ont pas su ou pu initier de véritables réformes dans les secteurs des médias, de la justice, de l'éducation.

 



Qu'en est-il, par exemple, dans votre secteur, celui des médias ?

Avant la révolution de 2011, on se trouvait dans une situation de verrouillage remontant à l'indépendance en 1956. En 2011, on est passé à une liberté totale. Une liberté à laquelle les journalistes n'étaient préparés ni professionnellement, ni politiquement. Les gouvernements ont alors plutôt élaboré des normes juridiques : réglementation des médias. A mon sens, il aurait fallu initier des réformes au sein des entreprises, transparence, ligne éditoriale, séparation administration-rédaction...

Il y aussi d'autres problèmes, comme celui du marché publicitaire qui ne permet de soutenir que quatre ou cinq chaînes de télévision. Et ce, alors que le paysage audiovisuel est constitué de 13 chaînes : 11 privées, deux publiques. Du temps de Ben Ali, il y avait deux télévisions privées : Hannibal et Nessma (dont le dirigeant est Nabil Karoui, candidat malheureux au 2e tour de la présidentielle face à Kaïs Saïed, NDLR) et deux ou trois radios, dont Mosaïque (très écoutée par les jeunes, NDLR).

 

 

L'instance de régulation, la Haute autorité indépendante pour la communication audiovisuelle, la HAICA (créée en 2013, NDLR), a alors demandé à toutes ces entreprises de se mettre en conformité avec la nouvelle réglementation. Deux chaînes ont refusé : Nessma TV et Zitouna TV, proche d'Ennahdha. Les autorités ont fermé les yeux.

 



Nessma appartient à Nabil Karoui, candidat au second tour...

Il faut savoir qui est Nabil Karoui. Il est arrivé à construire son média, son association caritative, son parti Qalb Tounes (Cœur de la Tunisie), en jouant sur toutes les contradictions qu'offre le système. Il a en quelque sorte construit sa carrière anti-système à l'intérieur du système. Il est l'un des fondateurs de l'ancien parti majoritaire Nidaa Tounès. Il a initié la fameuse rencontre de l'hôtel Bristol à Paris en 2013 entre (l'ancien président) Béji Caïd Essebsi et le leader d'Ennahdha Rached Ghannouchi.



Dans le même temps, il a su utiliser la pauvreté. Il a joué sur la fibre sensible en essayant de combler les carences de l'Etat dans les régions défavorisées. Il est donc en quelque sorte un révélateur des problèmes. On en revient à l'absence de réformes, il aurait fallu un pouvoir audacieux pour les mener. Ces élections sont donc une sanction populaire adressée à toute la classe politique. 

 

 

Et Kaïs Saïed ?

C'est un professeur qui n'avait jamais brillé jusque-là. Lui n'est pas issu du système. Il a suivi un autre itinéraire. Il s'est construit lui-même. Il a joué sur le volontariat, le militantisme politique. Il est plus anti-système que Karoui. Dans son projet, il insiste sur le rôle des régions. Pour lui, le véritable pouvoir doit être exercé par des conseils locaux.

 

 

 

La foule laisse éclater sa joie à Tunis le 13 octobre 2019, après l\'annonce de l\'élection de Kaïs Saïed au 2e tour de la présidentielle.

La foule laisse éclater sa joie à Tunis le 13 octobre 2019, après l'annonce de l'élection de Kaïs Saïed au 2e tour de la présidentielle. (REUTERS - ZOUBEIR SOUISSI / X02856)



Il est particulièrement suivi par les jeunes...


Oui. Les jeunes s'intéressent à lui car Kaïs Saïed apporte des réponses à certaines questions qu'ils se posent. Ils ont une autre lecture de la Tunisie et entendent dépasser la polarisation islamistes/anti-islamistes. Pour mieux le connaître, il faut s'intéresser à ceux qui le conseillent. Ils n'ont rien à voir avec la classe politique traditionnelle. Parmi eux, on trouve notamment des identitaires et des souverainistes qui prétendent, par exemple, qu'il y aurait eu un accord secret (entre la Tunisie et la France, NDLR) sur le sel avant la colonisation (maintenant par la suite Tunis dans la dépendance de Paris, NDLR). On trouve aussi beaucoup de jeunes issus des mouvements nationalistes arabes. De son côté, il prône la souveraineté nationale. Il est conservateur en matière religieuse.



Lors du débat d'avant le second tour, le 10 octobre, il était beaucoup plus à l'aise que Karoui. Celui-ci donnait l'impression d'être très faible, un peu frivole, de manquer de consistance, de pouvoir dire quelque chose et son contraire. Face à des journalistes et à des questions précises, il perdait a boussole. Pour moi, ce débat a été le coup de grâce. 



Comment voyez-vous la suite ?


Je suis un peu dubitatif. Le nouveau président n'est pas certain d'obtenir une majorité parlementaire. C'est la Constitution qui décidera. Et s'il y a un conflit entre le Parlement et le président, il y aura de nouvelles élections. Nous sommes dans une situation totalement inédite. Avec comme, je viens de le dire, la sanction adressée à la classe politique, le probable avènement d'une nouvelle élite porteuse d'autres valeurs. C'est le choix populaire, c'est la démocratie. Il faut voir que le 14 janvier 2011, on est sorti d'une phase d'autoritarisme avec l'absence d'une véritable culture démocratique. Pour que celle-ci puisse se généraliser, il faut du temps et de la stabilité.

 


16/10/2019
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Franceinfo - le lundi 14 octobre 2019 - mis à jour le 15.10.19

 

 

Neuf choses à savoir six mois après l'incendie de Notre-Dame

 

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franceinfo Culture avec agencesRédaction CultureFrance Télévisions

 

 

Six mois après l'incendie de Notre-Dame, où en est-on de la reconstruction, des dons, des projets ?

 

 

 

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Notre-Dame de Paris en proie aux flammes, 15 avril 2019 (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

 

 

 

Le 15 avril 2019 la cathédrale Notre-Dame de Paris était ravagée par les flammes. Six mois après cet événement qui a bouleversé le monde entier, les polémiques passées et l'émotion retombée, que se passe-t-il aujourd'hui autour de ce cet édifice emblématique ?

 

 

1 - Depuis six mois, les architectes élaborent un modèle en 3D de Notre-Dame

 

 

Retracer les plans de Notre-Dame avant et après l'incendie, c'est désormais l'objectif des architectes chargés du chantier de reconstruction de la cathédrale, qui doivent d'abord rassembler des données 3D très précises mais disparates. Depuis l'incendie de Notre-Dame de Paris, plusieurs sociétés détentrices de modélisations 3D de certaines parties de l'édifice se sont manifestées, faisant miroiter le rêve de pouvoir rebâtir à l'identique ce patrimoine parti en fumée. "Avant 2010, nous ne disposons que de relevés à l'ancienne", des plans "redessinés de nombreuses fois, très partiels et très imprécis", explique Rémi Fromont, l'un des trois architectes en chef des Monuments historiques responsables du chantier. Une cinquantaine de scans au laser de l'intérieur sont effectués à cette époque par le chercheur américain Andrew Tallon (décédé en novembre 2018) de l'université de Vassar, au nord de New-York.    

 

        

Par la suite, d'autres intervenants comme les sociétés Art Graphique et Patrimoine, l'université de Bamberg en Allemagne ou encore l'éditeur de jeux vidéo Ubisoft scannent l'enveloppe extérieure, la charpente, l'intérieur de la flèche ou les beffrois et accumulent des données pour leurs usages respectifs (documentation historique et scientifique, reconstitution virtuelle de l'édifice). Mais ces millions de données brutes sous forme de nuages de points ne constituent pas encore un ensemble uniforme à même de pouvoir dessiner un plan. En collaboration avec le CNRS, les architectes s'apprêtent à étudier toutes ces données et à les assembler dans un modèle 3D unique.

 

 

 

Capture en nuages points au laser 3D à l\'intérieur de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Capture en nuages points au laser 3D à l'intérieur de la cathédrale Notre-Dame de Paris. (ART GRAPHIQUE & PATRIMOINE)


 

Réunir toutes les données et scanner les parties manquantes permettra d'ici "quelques mois" de redessiner des plans et de faire des comparaisons avant et après l'incendie, selon Rémi Fromont. Mais "même sans scan, on arriverait à reconstituer cette charpente médiévale", précise l'architecte, dont les relevés manuels de cet assemblage en 2014 avaient duré un an. "Le scanner n'est qu'une machine qui nous permet d'y voir plus clair", souligne-t-il. "Il faudra un œil et un cerveau pour analyser" ces données et décider des actions à mener.

 

 

2 - Les dons ont atteint 800 millions d'euros

 

Après l'annonce trop optimiste d'un milliard d'euros, on a craint en juin que seule une partie des promesses pour reconstruire Notre-Dame serait effective. A six mois, les grands dons du mécénat d'entreprise se concrétisent: on pourrait atteindre quelque 800 millions d'euros. Un certain nombre de donateurs finalisent leurs conventions et d'autres attendent la mise en place en novembre de l'établissement public.

 

 

Qui a donné quoi et comment ?

 

La collecte s'est effectuée via les trois fondations - Fondation Notre-Dame, Fondation du patrimoine, Fondation de France - et le Centre des monuments nationaux (CMN) dans le cadre de la souscription nationale. Ils ont récolté 616,6 millions d'euros ou de promesses de dons.


- La Fondation Notre-Dame, dont le président est l'archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, a reçu 380 millions d'euros (46.600 particuliers, 168 entreprises et 29 collectivités publiques françaises et étrangères).


- La Fondation du Patrimoine a reccueilli environ 222 M d'euros de collecte, provenant de 230.000 donateurs de 152 pays.


- La Fondation de France a récolté  9 millions, dont 7 proviennent d'entreprises.

 

- Le CMN a encaissé 5,6 millions au profit de la reconstruction de la cathédrale.

 

 

Qui sont les "grands donateurs" et combien ont-ils ou vont-ils donner ?


- LVMH (Bernard Arnault) et Kering (Famille Pinault) qui ont déjà signé des conventions portant sur 200 et 100 millions d'euros, la concrétisation de nombreux dons promis par le secteur privé devrait se faire d'ici la fin de l'année.

 

- Total, qui s'était engagé à verser 100 millions d'euros via la Fondation du Patrimoine, a indiqué à l'AFP que sa convention "est quasiment finalisée et devrait être signée courant octobre".


- Le groupe l'Oréal affirme que les engagements "pris en soutien à Notre-Dame sont fermes et confirmés".


- La famille Bettencourt Meyers, au travers sa holding familiale Tethys et la Fondation Bettencourt Schueller confirme son engagement de 150 millions d'euros, qui viendra en complément de 50 millions d'euros à laquelle l'Oréal a décidé de contribuer.


- JCDecaux a assuré qu'il concrétiserait sa promesse de 20 millions d'euros.


- BNP Paribas, qui s'était engagé à hauteur de 20 millions, précise que "cette contribution sera versée dès la création de l'établissement", en novembre.


- La promesse des frères Martin et Olivier Bouygues de verser 10 millions d'euros via leur holding familiale SCDM, est également en cours de concrétisation avec la Fondation Notre Dame.


- Le groupe BPCE, pour son don de 10 millions, est "en phase de finalisation de la convention avec la Fondation du Patrimoine".


- Crédit Agricole : les 5 millions promis par  seront versés "d'ici la fin de l'année par la fondation Crédit Agricole Pays de France".


- Le mécène Marc Ladreit de Lacharrière, président de Fimalac, n'a pas encore pris de décision sur les modalités de versement de 10 millions d'euros.


- Le groupe d'assurances Axa s'est engagé à verser 10 millions d'euros répartis pour moitié entre la Fondation du patrimoine et la Fondation Notre-Dame.


- La Région Ile-de-France signera une convention fin octobre portant sur 10 millions d'euros.


- La milliardaire brésilienne Lily Safra, avec sa Fondation Edmond J. Safra, avait fait un don de 10 millions d'euros dès le lendemain matin de l'incendie à la Fondation du patrimoine.

 

 

3 - Deux écoles s'affrontent toujours sur le choix architectural de la reconstruction

Reconstruction à l'identique ou geste audacieux ? Six mois après l'incendie de Notre-Dame deux écoles s'affrontent toujours. 

 

 

D'un côté les "orthodoxes" plaident pour que la cathédrale du XIXe siècle avec la flèche recréée par Viollet-le-Duc, puisse renaître dans sa splendeur. Parmi eux, Stéphane Bern, chargé par le président Emmanuel Macron d'une mission sur le patrimoine. L'architecte en chef de la cathédrale lui-même, Philippe Villeneuve, et d'autres experts, tous très inquiets de l'invitation de l'exécutif à un geste architectural qui porterait atteinte à l'intégrité du chef d'oeuvre intemporel de Viollet-le-Duc. Une majorité des Français, si l'on en croit les sondages, sont également en faveur de cette option. 

 

 

Dans le camp adverse, les "modernistes" tiennent au contraire à ce geste novateur, qui s'affranchirait de l'oeuvre de Viollet-le-Duc, afin de laisser à l'édifice une empreinte plus ou moins audacieuse du XXIe siècle. Quoi de plus glorifiant que de laisser sa signature sur Notre-Dame pour ceux qu'on a surnommés les "starchitectes" ? Pour eux, la reconstruire avec une touche moderne serait la dernière évolution d'une longue série en huit siècles.

 

 

 

4 - Les architectes du monde entier s'en donnent à coeur joie pour imaginer la cathédrale Notre-Dame de demain

Sur les réseaux sociaux, humour et provocation ont fleuri dès l'annonce par l'exécutif d'un possible concours sur la future flèche : Notre-Dame surmontée d'un faisceau lumineux, d'une éolienne, d'un rayon vert, d'un château de conte de fées, d'un croissant musulman, d'une bouteille de champagne ou d'une nouvelle pyramide en verre... Alors que pourrait avoir lieu un concours d'architectes controversé, les imaginations s'en donnent à coeur joie : jardins suspendus, flèche lumineuse... Des projets ont fleuri dans les cabinets d'architecture du monde entier. 

 

FRANCE 2
 
 

 

- L'architecte britannique Norman Foster propose un toit en verre. La flèche, de forme pyramidale, serait faite en cristal et acier inoxydable. Sa base serait entourée d'une plateforme pour les visiteurs.
- L'architecte Alexandre Chassang du cabinet ABH propose une gigantesque flèche futuriste en verre.
- Le studio italien Fuksas propose une toiture et une flèche en verre ressemblant au cristal de Baccarat, qui serait éclairée de l'intérieur la nuit.
- Le studio slovaque Vizum Atelier propose une tour fine et légère tel un pic blanc prolongée d'un faisceau lumineux.
- Le graphiste Anthony Séjourné imagine un faisceau lumineux éphémère, qui pourrait s'exposer pour la période de Noël.
- L'architecte Alexandre Fantozzi (cabinet AJ6 Studio, São Paulo) propose une flèche complètement recouverte de vitraux dans les tons rouges.
- Le cabinet français Godart + Roussel propose une toiture de vitres et tuiles de cuivre, une flèche métallique qui surplomberait une verrière abritant une zone de promenade. Un plancher vitré s'ouvrirait sur l'intérieur de l'église.
- L'architecte russe Alexander Nerovnya veut marier le verre et la pierre. La toiture conserverait sa forme mais serait transformée grâce au verre; la flèche serait proche de l'ancienne.
- Le studio belge Miysis propose une verrière végétale moderne et une flèche reconstruite à l'identique.
- L'architecte Nicolas Abdelkader du studio NAB propose une serre en bois et une ruche géante. Dans cet espace, serait prévu un lieu d'apprentissage et d'insertion pour les personnes en difficulté.
- L'architecte Marc Carbonare propose une gigantesque esplanade ouverte au public avec en son centre une flèche en pierre et une véritable forêt.
- Le designer français David Deroo propose une flèche proche de l'ancienne par sa structure mais d'un blanc immaculé.
- Le designer français Mathieu Lehanneur veut créer une gigantesque flamme en souvenir de l'incendie.

 

 

5 - La reconstruction de Notre-Dame est "une mission de combat" menée par un militaire

"Ce n'est pas un musée ou un mémorial", "c'est un marqueur très profond", avait déclaré  aussi souligné, le général Jean-Louis Georgelin, ancien chef d'Etat-major des armées, chargé de piloter la reconstruction de Notre-Dame par Emmanuel Macron. En le nommant, le président de la République a parié sur un homme qui fera avancer avec la détermination d'un chef de guerre un chantier d'une extrême complexité.

 

 

Le général Jean-Louis Georgelin, chargé de piloter le chantier de reconstruction de la cathédrale Notre-Dame, à a sortie de la première messe célébrée après l\'incendie, le 15 juin 2019

Le général Jean-Louis Georgelin, chargé de piloter le chantier de reconstruction de la cathédrale Notre-Dame, à a sortie de la première messe célébrée après l'incendie, le 15 juin 2019 (ZAKARIA ABDELKAFI / AFP)


 

En fixant un objectif de cinq ans pour la restauration de la cathédrale, Emmanuel Macron avait besoin d'un homme qui ne se perd pas en colloques, ne parade pas dans les médias et sait trancher dans les arbitrages entre des métiers et intérêts très divers. A 71 ans, originaire d'Aspet (Haute-Garonne), Jean-Louis Georgelin a qualifié son futur travail de "mission de combat"

 

 

Depuis des mois à l'Elysée, le général, avec trois personnes, prépare sa mission. Il reste muet en bon militaire, tant que le décret mettant en place l'établissement public qu'il dirigera n'est pas sorti. Ce sera en novembre. "Monsieur reconstruction" doit "veiller à l'avancement des procédures et des travaux". Il en fera rapport régulièrement à son président, dont le bureau est à quelques dizaines de mètres.

 

 

6 - La charpente de Notre-Dame est devenue un outil pédagogique pour les Compagnons du Devoir

En attendant de savoir quand et comment sera reconstruite la charpente de Notre-Dame, les jeunes apprentis des Compagnons du Devoir l'utilisent comme projet pédagogique, en reproduisant deux "fermes" en chêne de la "forêt" de la cathédrale. D'une dimension de 10,70 m sur 7,50 m de haut, la ferme, posée sur des cales, a été fabriquée à 75% de sa taille réelle, en reprenant certaines des méthodes utilisées lorsque la charpente a été installée dans la nef, entre 1220 et 1240."Cela permet à nos apprentis d'être sur un chantier un peu spécial, avec des techniques d'assemblage assez complexes, la charpente étant intégralement faite en bois, sans métal", souligne Arthur Cordelier, un jeune compagnon de 23 ans en charge des projets de formation autour de Notre-Dame.

 

 

FRANCE 2
 
 

 

 

Difficile de dire si l'incendie du 15 avril a suscité des vocations de charpentier, couvreur ou tailleur de pierre, mais le directeur général des Compagnons du Devoir, Jean-Claude Bellanger, s'attend "à une progression de 10 à 20%" des effectifs à la fin de l'année selon les métiers.

 

 

7 - Le choeur de Notre-Dame a déménagé

Depuis le feu du 15 avril, ce choeur prestigieux né dans le sillage de Notre-Dame au XIIe siècle, a été contraint de chercher refuge dans d'autres sanctuaires parisiens. Le choeur donnait autrefois près d'un concert par semaine et animait 1.000 offices par an. Désormais, il accompagne les messes en l'église Saint-Germain l'Auxerrois, toute proche du Louvre, et répartit ses concerts itinérants entre quatre églises de la capitale qui lui ont ouvert leurs portes.

 

 

Après le sinistre, "il a fallu qu'on s'attaque rapidement à réorganiser la saison 2019-2020, avec de nouveaux lieux et aussi évidemment s'adapter à la disponibilité de ces lieux, à leur acoustique", souligne Henri Chalet, directeur artistique et chef de choeur principal de la Maîtrise. Impensable pour lui "d'arrêter de chanter pendant cinq ans" - le délai fixé pour restaurer ce chef-d'oeuvre de l'architecture gothique - sans mettre en péril cette tradition quasi-millénaire.

 

 

Henri Chalet, directeur artistique et chef de choeur principal de la maîtrise de Notre-Dame, le 18 avril 2019, après l\'incendie de la cathédrale

Henri Chalet, directeur artistique et chef de choeur principal de la maîtrise de Notre-Dame, le 18 avril 2019, après l'incendie de la cathédrale (JACQUES DEMARTHON / AFP)



"La cathédrale au Moyen-Age a été un haut lieu de découverte sur le début de la polyphonie. Avant, on chantait à l'unisson, on a découvert qu'on pouvait chanter à plusieurs voix, on a inventé le rythme et la mesure, à l'école Notre-Dame - et donc il y a un réel patrimoine musical immatériel qui est défendu par la Maîtrise". Il faut que "notre savoir-faire continue", plaide le chef de choeur.

 

 

Malgré sa détermination, il s'avère pourtant ardu de remplir les travées d'églises moins célèbres que Notre-Dame, qui comptait un public régulier de fidèles mais aussi de touristes venus du monde entier pour visiter le monument.

 

 

"Maintenant, notre challenge c'est de faire venir le public, parce que les gens venaient aussi pour l'édifice. Il faut que la Maîtrise continue à rayonner et à faire vivre Notre-Dame en dehors des murs", souligne Marthe Davost, chanteuse lyrique de 29 ans. 

 

 

Financièrement, la situation est "compliquée", reconnaît le directeur artistique. Confronté à une forte diminution des recettes des concerts, le choeur est aussi privé de l'appui financier de la cathédrale. Il ne survit que grâce aux subventions publiques (de l'Etat, de la mairie de Paris et du diocèse) et au mécénat privé. "Il y a eu beaucoup de promesses de dons (...) mais la majorité vont à la restauration de l'édifice", note le chef de choeur. "C'est important que les gens comprennent que cette cathédrale est vivante et que ce ne sont pas que des pierres".

 

 

8 - L'incendie de Notre-Dame a enflammé l'édition

 

Dès le lendemain de l'incendie de Notre-Dame de Paris, les lecteurs ont plébiscité les ouvrages qui lui étaient consacrés. Face à ce phénomène éditorial, les principaux éditeurs de format poche du chef-d'oeuvre de Victor Hugo ont lancé des réimpressions et reversé une partie ou la totalité des bénéfices tirés des ventes du livre à la Fondation du Patrimoine, chargée de récolter les fonds et de superviser la reconstruction du bâtiment.

 

 

Les classiques et les beaux livres :


- Moins de 24 heures après le sinistre, Notre-Dame de Paris de Victor Hugo (édité par Pocket et Le Livre de poche) s'est retrouvé en tête des ventes de livres et de nombreux libraires ont été rapidement en rupture de stock.


- Le beau livre, Notre-Dame de Paris - la grâce d'une cathédrale, coédité en 2012 par Place des victoires et La nuée bleue, s'est arraché dans les librairies. Malgré son prix (85 euros) le livre était épuisé dix jours après l'incendie et l'éditeur a dû procéder à une réimpression.


- Autre livre qui s'est arraché en librairie, Paris Notre-Dame (Éditions du Patrimoine, 2014), rédigé par le conservateur général du patrimoine Thierry Crépin.

 

 

 

Victor Hugo par Nadar, 1880

Victor Hugo par Nadar, 1880 (NADAR / AFP)

 

 

 

Parmi les nombreux livres sur Notre-Dame qui ont suivi l'incendie, on peut signaler :

 

- Paru le 4 mai, Notre-Dame de Paris : ô reine de douleur (édition des équateurs) de Sylvain Tesson est devenu l'un des best-sellers de l'été. Le livre était toujours dans le Top 50 des ventes de livres dans la catégorie essais dans le dernier baromètre GfK/Livres Hebdo du 27 septembre.


- Publié le 23 mai, Notre-Dame d'espérance (Presse de la Renaissance) par Mgr Patrick Chauvet, le recteur-archiprêtre de la cathédrale Notre-Dame de Paris, a connu un gros succès. Ce livre était terminé bien avant le 15 avril mais a été augmenté d'un court chapitre sur l'incendie que Mgr Chauvet a rédigé le dimanche de Pâques 21 avril.


- Auteur des Piliers de la terre, l'écrivain britannique Ken Follet a fait paraître le 13 juin, Notre-Dame (Robert Laffont), un court texte inédit en hommage à la cathédrale.


- Notre-Dame de l'humanité (Grasset) de l'historien d'art Adrien Goetz


- Notre-Dame de Paris : cathédrale éternelle (EPA) de Claude Gauvard et Joël Laiter
Notre-Dame de Paris : neuf siècles d'histoire (Parigramme) de Dany Sandron et Andrew Tallon, ouvrage qui retrace visuellement les moments-clés de la construction de la cathédrale, puis les remaniements dont elle a fait l'objet, à travers des images de synthèse.


Sur l'incendie et le sauvetage de la cathédrale, Sébastien Spitzer a publié Dans les flammes de Notre-Dame (Albin Michel) récit avec de nombreux témoignages de pompiers et d'urgentistes. 


- 15 avril 2019. Visions d'artistes vient de sortir, les bénéfices des ventes seront reversés à la Fondation de France pour la reconstruction de l'édifice.

 

 

Notre-Dame par Hervé Di Rosa, l\'une des oeuvres de \"15 avril 2019. Visionsd\'artistes\" aux Editions Jannink

Notre-Dame par Hervé Di Rosa, l'une des oeuvres de "15 avril 2019. Visionsd'artistes" aux Editions Jannink (Hervé Di Rosa / Editions Jannink 2019)

 

 

9 - Les fidèles catholiques sont en manque de leur cathédrale

Notre-Dame  n'était plus une paroisse depuis 1995, et donc baptêmes, mariages et enterrements n'y étaient plus célébrés, sauf exceptions. Ils n'étaient donc pas très nombreux, les "fidèles" de Notre-Dame, qui accueillait davantage de pèlerins, de touristes ou de personnalités. Pour autant, la liturgie des offices, le cadre, l'histoire, ou tout simplement la proximité attiraient des pratiquants. Voilà ce qu'ils confient, six mois après l'incendie. 

 

 

- Michèle Chevalier, 70 ans, fidèle aux vêpres et à l'office du soir de Notre-Dame : "J'y assistais presque tous les jours depuis 10 ans (...) J'y trouvais de la sérénité et une petite famille. Il y avait les habitués du lundi, du mardi, du mercredi. Chacun avait sa place". Michèle Chevalier était à la messe ce 15 avril quand l'alarme s'est déclenchée. "Après, je me suis retrouvée orpheline, c'était comme un deuil. Je ne savais plus quoi faire", explique cette fidèle. "J'arrive à prier. Mais ce n'est pas pareil". Michèle Chevalier attend maintenant sa restauration et sa réouverture: "j'ai déjà un certain âge. S'il le faut, on y ira en déambulateur !", s'esclaffe-t-elle.

 

 

Marceline Maricel, 62 ans : "C'est l'église où je me sentais bien, j'y  venais entre 10 à 15 fois dans le mois".

 

 

Fidèles assistant à la messe, Notre-Dame de Paris, 26 juin 2018

Fidèles assistant à la messe, Notre-Dame de Paris, 26 juin 2018 (LUDOVIC MARIN / AFP)


 

- Renaud, 52 ans, greffier depuis 25 ans dans le quartier, un fidèle du midi :


"Je venais trois ou quatre fois par semaine, depuis au moins 10 ans". Il aimait le "passé historique, religieux, culturel et spirituel" d'un édifice dans lequel "sont passés beaucoup de saints". Il se rend désormais à l'église Saint-Séverin, à quelques centaines de mètres. "Ca n'a plus cette même dimension", relève-t-il.

 

- Nadia Latouche, secrétaire de direction : "J'adorais l'office du soir, avec les chants grégoriens ! Ne plus pouvoir rentrer, la flèche qui n'est plus là... Il y a quand même un manque. On a un petit pincement au coeur".

 

- Albertine Dieme, 48 ans : "J'y ai fait ma confirmation, je partageais toutes mes émotions avec Notre-Dame. J'aimais aussi le fait qu'il y avait toutes les nationalités"

 


15/10/2019
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Franceinfo - le mardi 15 octobre 2019

 

 

Offensive turque en Syrie : les Etats-Unis prennent des sanctions contre trois ministres d'Erdogan

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Donald Trump réclame la "fin de l'invasion" et "un cessez-le-feu immédiat"

 

 

 

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Le président américain Donald Trump, le 11 octobre 2019 lors d'un meeting en Louisiane. (SAUL LOEB / AFP)

 

 

 

Donald Trump durcit le ton. Le président américain appelle désormais la Turquie à mettre fin à son opération militaire en Syrie et annonce, lundi 14 octobre, une série de sanctions. "Les Etats-Unis veulent que la Turquie mette fin à l'invasion, mette en œuvre un cessez-le-feu immédiat et commence à négocier avec les forces kurdes en Syrie", a indiqué le vice-président américain Mike Pence, précisant qu'il se rendrait prochainement en Turquie à la demande de Donald Trump.

 

 

Lors d'un échange téléphonique avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, Donald Trump s'est montré "très ferme", a affirmé Mike Pence, qui a assuré que le dirigeant turc s'était engagé à ce qu'il n'y ait "aucune attaque" contre la ville de Kobané.

 

 

Le chef du Pentagone Mark Esper a de son côté déclaré que l'offensive militaire turque avait entraîné la libération de nombreux détenus "dangereux" du groupe jihadiste Etat islamique (EI). "Cette incursion inacceptable a sapé la mission internationale anti-EI, couronnée de succès en Syrie", a-t-il déploré.

 

 

 

Des sanctions insuffisantes, selon les démocrates

Après une semaine d'annonces contradictoires, un responsable américain a indiqué que tous les militaires américains (environ 1 000) déployés depuis quelques années dans le nord de la Syrie pour soutenir les forces kurdes dans leur combat contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) avaient reçu l'ordre de quitter le pays.

 

 

Les sanctions américaines signées lundi par Donald Trump visent les ministres turcs de l'Energie, de la Défense et de l'Intérieur. Leurs éventuels avoirs aux Etats-Unis sont gelés et leurs transactions internationales en dollars sont bloquées.

 

 

Les démocrates, qui ont critiqué le retrait des troupes américaines du nord de la Syrie, n'ont pas non plus été convaincus de ces dernières annonces. "Le président Trump a déclenché une montée du chaos et de l'insécurité en Syrie. Son annonce d'un ensemble de sanctions contre la Turquie n'est vraiment pas suffisante pour renverser ce désastre humanitaire", a déclaré dans un communiqué la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

 


15/10/2019
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Franceinfo - le mardi 15 octobre 2019

 

 

Forces en présence, zone tampon, camps de familles jihadistes... On vous explique l'offensive turque en Syrie

 

 

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Malgré le tollé international, Ankara est décidé à poursuivre son attaque dans le nord-est de la Syrie pour protéger sa frontière

 

 

 

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Les forces en présence et les frappes turques au 14 octobre 2019. (FRANCEINFO)

 

 

 

Les troupes de Damas se rapprochent de la frontière turque. Les forces kurdes ont réclamé un déploiement de l'armée de Bachar al-Assad, lundi 14 octobre. Celui-ci intervient au lendemain de l'annonce d'un accord avec les Kurdes, contraints de se tourner vers le régime syrien pour contenir l'offensive turque dans le nord de la Syrie. Franceinfo fait un point sur les positions respectives des forces en présence

 

 

L'avancée turque en vue d'une zone tampon

Initiée le mercredi 9 octobre, l'offensive d'Ankara a pour objectif la mise en place d'une zone tampon de 32 km de largeur pour protéger sa frontière des territoires contrôlés par les Unités de protection du peuple kurdes (YPG). Cette milice est considérée comme une organisation terroriste par la Turquie. 

 

 

L'armée de Recep Tayyip Erdogan, le président turc, s'est déjà saisie d'une bande territoriale de quelque 120 kilomètres – de la ville de Tal Abyad à Ras al-Aïn. En réponse, l'armée syrienne s'y est déployé, du sud de Ras al-Aïn à la périphérie de Tal Tamr. 

 

 

Ankara aurait également pris le contrôle d'un important axe routier et se serait enfoncée "à 30 à 35 km de profondeur" en Syrie, ont annoncé les officiels turcs lundi. 

 

 

 

Les villes de Manbij et de Ras al-Aïn particulièrement tendues 

La situation est particulièrement tendue dans deux villes. A Manbij, d'abord, un "nœud" au cœur des territoires tenus par les Forces démocratiques syriennes (coalition militaire kurdo-syrienne, dont les YPG sont la principale composante), le régime syrien et la Turquie. L'accord entre les Kurdes et Bachar al-Assad prévoit l'entrée de l'armée à Manbij, selon le quotidien syrien Al-Watan, proche du pouvoir. Recep Tayyip Erdogan a de son côté annoncé lundi avoir pris "une décision au sujet de Manbij", et que cette décision était en phase "d'application"

 

 

A Ras al-Aïn, les combats continuent de faire rage entre les troupes turques et les Forces démocratiques syriennes (FDS). Un "vaste réseau de tunnels" souterrains permettrait au FDS de "se déplacer rapidement et sous terre", a affirmé à l'AFP un commandant syrien pro-turc.

 

 

 

Les camps de proches de jihadistes menacés 

Les Kurdes détiennent dans leurs prisons des milliers de membres du groupe Etat islamique – combattants ou proches, parmi lesquels de nombreux étrangers. Trois camps principaux ont été constitués pour les familles : Aïn Issa, Roj et Al-Hol. Dimanche 13 octobre, les Kurdes ont annoncé que 800 proches de jihadistes avaient fui le camp d'Aïn Issa. 

 

 

Donald Trump, allié des Turcs à l'Otan, a estimé que les Kurdes avaient volontairement relâché les prisonniers pour "nous forcer à nous impliquer" alors que les Etats-Unis ont annoncé le retrait de jusqu'à 1 000 soldats américains de Syrie – soit la quasi-totalité des forces dans le pays –, évoquant une "situation intenable" pour des troupes qui "peuvent se retrouver prises en étau" entre les Kurdes et les Turcs.

 


15/10/2019
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Franceinfo - le lundi 14 octobre 2019

 

 

Syrie : la France demande "la cessation immédiate de l'offensive turque"

 

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Depuis mercredi, 104 combattants kurdes et plus de 60 civils ont été tués dans les violences. Plus de 130 000 personnes ont été déplacées

 

 

 

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Une colonne de fumée s'échappe de la ville syrienne de Tel Abyad, photographiée le 13 octobre 2019 depuis la localité turque d'Akcakale. (STOYAN NENOV / REUTERS)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

L'offensive turque dans le nord de la Syrie entre, lundi 14 octobre, dans son sixième jour. A la tête d'une armée qui progresse dans les territoires tenus par les Kurdes, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a répété sa détermination à poursuivre l'offensive, malgré les protestations de Paris et de Berlin. "Ceux qui pensent pouvoir nous contraindre à reculer avec ces menaces se trompent", a-t-il lancé, tandis que la violence des combats fait rage.

 

 

Les Kurdes s'allient au régime de Damas. Afin de s'opposer à l'avancée rapide des troupes turques et de leurs alliés, les Kurdes de Syrie ont annoncé avoir conclu un accord avec Damas pour le déploiement de l'armée syrienne dans le nord du pays. Le régime de Bachar Al-Assad, qui entretient des rapports tendus avec la minorité kurde mais dénonce l'opération d'Ankara, a annoncé l'envoi de troupes dans le nord pour "affronter" l'"agression" turque.

 

 

Les forces turques progressent. L'offensive d'Ankara devait d'abord se concentrer sur une bande de territoire frontalière, entre les villes de Tal Abyad et Ras Al-Aïn, distantes d'environ 120 km. Dimanche, les forces turques et leurs alliés syriens ont conquis Tal Abyad, selon l'agence turque Anadolu et une ONG, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Ras al-Aïn échappe encore aux forces turques, mais celles-ci se sont emparées de 40 villages depuis mercredi et "ont conquis toute la région frontalière, de Tal Abyad jusqu'à l'ouest de Ras al-Aïn", selon l'ONG.

 

 

Un convoi de civils et de journalistes pris pour cible. Un convoi comprenant des journalistes a été attaqué dimanche à Ras al-Aïn, rapporte une équipe de France 2 qui se trouvait sur place. Dix personnes sont mortes dans ce raid mené par l'aviation turque, selon l'OSDH. Parmi eux figure le correspondant d'une agence locale de presse kurde.

 

 

Plus de 130 000 déplacés. Dimanche, les combats et les bombardements turcs ou de leurs supplétifs ont été violents, tuant au moins 26 civils selon l'OSDH. Depuis mercredi, 104 combattants kurdes et plus de 60 civils ont été tués dans les violences, selon un dernier bilan de l'OSDH. Plus de 130 000 personnes ont été déplacées d'après l'ONU. De son côté, la Turquie a annoncé la mort de quatre soldats en Syrie et de 18 civils dans la chute de roquettes kurdes sur des villes frontalières turques.

 

 

Macron et Merkel réclament la fin de l'opération. Le président français et la chancelière allemande ont appelé la Turquie à cesser son opération, qui "risque de créer une situation humanitaire insoutenable et d'aider" le groupe EI "à réémerger". Dimanche soir, la France a annoncé qu'elle allait intensifier "ses efforts diplomatiques" pour obtenir "la cessation immédiate de l'offensive turque", après une réunion du Conseil de défense et de sécurité nationale présidée par Emmanuel Macron.

 


14/10/2019
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Franceinfo - le samedi 12 octobre 2019

 

 

Affaire Dupont de Ligonnès : du quintuple meurtre à Nantes à la énième fausse piste à Glasgow

 

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L'homme arrêté vendredi à l'aéroport de Glasgow n'est pas le père de famille nantais recherché depuis 2011. Les analyses ADN l'ont confirmé. Retour sur une affaire hors norme, qui agite la chronique judiciaire depuis huit ans

 

 

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Les policiers surveillent, le 22 avril 2011 à Nantes (Loire-Atlantique), les alentours de la maison de la famille Dupont de Ligonnès. (JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP)

 

 

 

Une nouvelle fausse piste. Et pas des moindres. Vendredi 11 octobre, à Glasgow, la police écossaise arrête un homme dont les empreintes digitales correspondent, selon plusieurs sources policières concordantes citées par de nombreux médias français, dont franceinfo et France Télévisions, à celles de Xavier Dupont de Ligonnès. Après un emballement médiatique et une garde à vue de plusieurs heures pour le voyageur interpellé, rétropédalage : les empreintes ne correspondent que partiellement et les analyses ADN confirment qu'il s'agit d'une erreur.

 

 

Soupçonné d'avoir tué sa femme Agnès, 48 ans, et ses quatre enfants – Benoît, 13 ans, Anne, 16 ans, Thomas, 18 ans, et Arthur, 21 ans – Xavier Dupont de Ligonnès a disparu depuis avril 2011. Des centaines de fois, des témoins ont cru le voir, aussi bien en France qu'à l'étranger, puisqu'un mandat d'arrêt international a été émis contre lui le 10 mai 2011. En vain : ces signalements n'ont rien donné. Retour sur une affaire hors norme, qui agite la chronique judiciaire depuis huit ans.

 

 

 

Cinq corps ensevelis sous la terrasse d'un pavillon

Le 21 avril 2011, la police découvre dans la maison de famille des Dupont de Ligonnès à Nantes, au 55, boulevard Schuman, les corps d'Agnès, l'épouse de Xavier, et des quatre enfants du couple, enroulés dans des draps et recouverts de chaux. Les dépouilles sont ensevelies sous la terrasse du pavillon familial. Le souvenir hante encore l'ex-directeur départemental de la Sécurité publique (DDSP), Philippe Cussac, qui s'est confié à Ouest-France

 

 

J'ai toujours des flash-back, le principal étant ce moment où les cinq corps étaient étendus sur la pelouse. Je revois le sourire mortuaire de sa fille.L'ancien policier nantais Philippe Cussacà "Ouest-France"

 

 

Il y avait deux fosses sous la terrasse : dans l'une, les corps d'Agnès, Arthur, Anne et Benoît, dans un espace de 70 cm de profondeur sur trois mètres de long ; dans l'autre, Thomas, seul. Le 22 avril, les autopsies révèlent une "exécution méthodique", avec au moins deux balles tirées dans la tête de chacune des victimes. 

 

 

 

Bail résilié, comptes clôturés, maison vidée

L'alerte a été donnée quelques jours plus tôt. Inquiets de ne plus avoir de signes de vie et de voir la maison fermée, les voisins de la famille passent, le 13 avril, les premiers appels à la police nantaise. Les enquêteurs rassemblent rapidement les premiers indices. Le 1er et le 2 avril 2011, Xavier Dupont de Ligonnès a acheté dans plusieurs magasins du ciment, une bêche, une houe et quatre sacs de 10 kg de chaux. Selon toute probabilité, il tue dans la nuit du 3 au 4 avril sa femme ainsi que Benoît, Anne et Arthur. Rentré à Nantes à la demande de son père qui prétend qu'Agnès est souffrante, Thomas est vraisemblablement assassiné le 6 avril. 

 

 

Le quintuple meurtre semble avoir été soigneusement planifié. Les enquêteurs découvrent que l'homme avait pris de nombreuses dispositions : bail résilié, comptes bancaires clôturés, maison vidée... Quelques jours avant l'assassinat de sa famille, Xavier Dupont de Ligonnès a acheté un silencieux. Depuis plusieurs mois, il s'entraîne au tir avec une carabine héritée de son père, décédé début 2011, explique Envoyé spécial

 

 

 

 

 

 

"Inutile de s'occuper des gravats entassés sous la terrasse"

Surendetté, le père de famille songeait à se supprimer ou à supprimer sa famille depuis des mois, selon la journaliste  Anne-Sophie Martin, auteure d'un roman mêlant enquête et fiction sur cette affaire (Le Disparu). Confronté à d'importants problèmes financiers, l'homme ne voyait plus d'issue. En 2010, affirme-t-elle, il écrivait par e-mail à ses deux meilleurs amis "qu'il était fichu, qu'en septembre il n'aurait plus rien, qu'il ne pourrait plus payer les loyers, la scolarité de ses enfants. Il expliquait que soit il allait se suicider avec sa voiture, soit (...) foutre le feu à la baraque quand tout le monde dort, et qu'il n'y aurait plus aucun problème pour personne".

 

 

Le 11 avril, le collège des deux benjamins de la famille et l'employeur de l'épouse reçoivent des courriers expliquant leur absence par une mutation en Australie. De leur côté, neuf proches lisent avec stupeur un autre message signé Xavier Dupont de Ligonnès. Celui-ci explique devoir quitter la France pour les Etats-Unis avec toute sa famille, car, prétend-il, il est un agent secret américain infiltré et sa situation est devenue dangereuse. Personne ne doit essayer de les joindre, poursuit-il. Détail glaçant souligné par BFMTV : "Dans la lettre, le père de famille écrit qu'il est 'inutile de s'occuper des gravats et autres bazars entassés sous la terrasse'. C'est là que les cadavres de ses proches seront retrouvés par la suite."

 

 

 

Des problèmes de couple et d'argent

Petit à petit, le portrait du principal suspect se dessine. Un étudiant en informatique retrouve sur le forum Doctissimo les confidences d'Agnès de Ligonnès de 2004 à 2008. L'épouse de Xavier y évoque ses problèmes de couple et d'argent, détaille Paris Match. "ll est absent toute la semaine. Et voilà, ce soir, il rentre tard et moi je n'aurai qu'une envie encore et encore : pleurer !", confie-t-elle. L'épouse malheureuse écrit encore, selon Le Monde : "Il est trop cassant, trop sec, trop rigide, trop militaire. Il n'y a plus de tendresse, d'attention, de douceur, de sexe. Il déteste qu'on lui fasse comprendre que son comportement ne plaît pas. Il se sent attaqué et humilié, rabaissé. (…) Lui demander s'il est heureux ? La réponse est la même : 'Oui oui, mais si on pouvait tous mourir demain, quel pied…' Encourageant, hein ?" Son mari, rapporte Le Monde, avait une maîtresse, une "amie d'enfance avec qui il avait renoué en 2008, dans la période douloureuse où son père était malade".

 

 

Agnès de Ligonnès expliquait aussi que son époux avait monté avec son argent, en 2000, une entreprise non rentable. "Ça traîne, ça traîne… C'est aussi un énorme stress pour moi car je n'ai plus rien. C'est vrai, je lui en veux, c'est terrible, comment ne pas lui en vouloir. Il a perdu tout mon argent." Le profil professionnel du père de famille nantais, ingénieur de formation et absent du foyer du dimanche soir au vendredi, était assez flou, remarque Libération. Les recherches sur Internet permettent tout juste "de retracer plusieurs projets manifestement inaboutis".

 

 

 

Des fouilles en vain dans le Var

Les premières recherches s'orientent vers le Var. Xavier Dupont de Ligonnès y a été vu pour la dernière fois par un témoin, s'éloignant à pied avec un sac sur le dos, le 15 avril, après une nuit passée au Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens. C'est sur le parking d'un supermarché low-cost situé en face de l'établissement qu'il a abandonné la Citroën C5 familiale. Une semaine plus tard, "la fouille du véhicule avait permis de récupérer une batterie de BlackBerry, laissant indiquer que le suspect aurait changé de téléphone mobile", indique Le Figaro. Le 28 avril, près de 130 hommes font une battue dans la campagne et la forêt proches, sans résultat. Du 23 au 28 juin, des nouvelles fouilles sont à nouveau organisées dans une quarantaine de cavités de la région. En vain. Les perquisitions parmi les proches parents et amis de Xavier Dupont de Ligonnès ne donnent rien non plus.

 

 

L'hypothèse d'une fuite dans le Sud paraît alors d'autant plus plausible, selon Le Figaro, qu'avant de vivre à Nantes, "la famille était passée par Draguignan, Lorgues, Sainte-Maxime et Vaison-la-Romaine". Le journal évoque aussi la possibilité d'un refuge trouvé dans un de ces monastères où l'on vit "en complète autarcie" et qui sont "peu connus des forces de police", relève le quotidien.

 

 

 

Des fausses pistes à foison

Toujours dans le Var, deux ans plus tard, en juin 2013, un cadavre en état de décomposition avancée est retrouvé à Cogolin, à une vingtaine de kilomètres de Roquebrune-sur-Argens, par un riverain. Les tests ADN écartent finalement la piste de Xavier Dupont de Ligonnès. Dans le même département, en avril 2015, Olivier, un promeneur muni d'un détecteur de métaux, découvre près de Fréjus des ossements lors d'une promenade avec son chien, raconte Var-Matin. Une fausse piste de plus : ces ossements humains s'avèreront ne pas être ceux du suspect.

 

 

Les témoignages erronés se multiplient. Au casino de Néris-les-Bains (Allier), dans la nuit du 17 au 18 octobre 2016, un homme ressemblant à Xavier Dupont de Ligonnès, et qui serait parti précipitamment de l'établissement sans même récupérer ses gains, selon France 3 Auvergne Rhône-Alpes, est recherché. L'homme est finalement retrouvé, mais "ce n'était pas lui", rapporte Presse Océan. La même mésaventure arrive à un père de famille vendéen, le 27 juillet 2017. Il se fait arrêter par les gendarmes qui lui demandent sa pièce d'identité. "Quelqu'un croit avoir vu Xavier Dupont de Ligonnès rôder dans les alentours, et on pensait que c'était moi", assure ce sexagénaire à franceinfo

 

 

 

Des centaines de signalements vains

En six ans, plus de 900 signalements ont été recensés dans cette affaire, expliquait en 2017 à franceinfo Jean-René Personnic, patron de la police judiciaire de Nantes en charge de l'enquête. Un peu partout en France et en Europe, des gens sont persuadés de l'avoir aperçu : en Italie, en Autriche, en Bourgogne, en Corse, à Dieppe, en Gironde ou dans le bocage vendéen, donc. "Les signalements nous arrivent à des rythmes variables, explique le commissaire divisionnaire à franceinfo. Mais chaque année, au moment de la date anniversaire, on en reçoit un peu plus."

 

 

Un an plus tard, les enquêteurs pensent à nouveau le tenir. Le mardi 9 janvier 2018, les policiers interviennent sur commission rogatoire du juge d'instruction dans un monastère de Roquebrune-sur-Argens (Var). Plusieurs témoins pensent avoir reconnu Xavier Dupont de Ligonnès durant un office religieux au Saint-Désert Notre-Dame-de-Pitié, un monastère de frères carmes. Après avoir fouillé de fond en comble le bâtiment, la police constate que les fidèles ont confondu le suspect avec l'un des moines de la communauté, qui "tombe des nues"

 

 

Ultime rebondissement, un homme est arrêté vendredi 11 octobre à l'aéroport de Glasgow, en Ecosse (Royaume-Uni) et pris par la police écossaise pour le fugitif nantais sur la foi de ses empreintes digitales. A tort : des analyses ADN confirment qu'il ne s'agit pas, une nouvelle fois, de Xavier Dupont de Ligonnès. Une méprise de plus dans ce dossier qui n'a décidément pas livré tous ses secrets. A commencer par le sort de l'homme qui reste l'un des plus recherchés de France.

 


14/10/2019
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