L'AIR DU TEMPS

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HISTOIRE - INFOS


Franceinfo - le lundi 13 août 2018

 

 

Menaces, débâcle de la monnaie turque... On vous résume la crise entre la Turquie et les Etats-Unis en cinq actes

 

 

Après l'imposition de nouvelles sanctions américaines, la livre turque a dévissé à son plus bas niveau historique, fragilisant les marchés financiers mondiaux

 

 

 

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan (gauche) et le président américain Donald Trump (droite).  (BULENT KILIC / AFP)

 

 

C'est la crise la plus grave entre les États-Unis et la Turquie depuis quarante ans. La tension entre ces deux membres de l'Otan, qui se divisent sur de nombreux sujets, mijotait depuis un certain temps déjà. Mais c'est maintenant le monde entier qui a le droit d'y goûter. Les divers conflits entre Ankara et Washington se sont récemment cristallisés autour du sort d'un pasteur américain détenu en Turquie. Il n'en fallait pas plus pour précipiter la Turquie dans une crise monétaire qui fait souffler un vent de panique sur les marchés à travers le monde. 

 

 

Franceinfo vous raconte, en cinq actes, la récente escalade des tensions entre ces deux alliés historiques. 

 

 

Acte 1 : Washington sanctionne deux ministres turcs contre la détention d'un pasteur américain

 

Les relations entre Washington et Ankara, qui se sont dégradées depuis le coup d'État manqué de 2016 contre le président Recep Tayyip Erdogan, se sont envenimées, fin juillet, avec le placement en résidence surveillée de l'Américain Andrew Brunson. Ce pasteur évangélique, originaire de Caroline du Nord, réside en Turquie depuis une vingtaine d'années et dirigeait une petite église protestante à Izmir. Arrêté en octobre 2016, pendant les purges qui ont suivi le putsch raté, il a déjà passé un an et demi en détention pour "terrorisme" et "espionnage". Les médias locaux suggéraient qu'il était lié à Fethullah Gülen, un prédicateur turc établi depuis près de 20 ans sur le sol américain .

 

 

Ankara l'accuse d'avoir agi pour le compte du réseau de Fethullah Gülen, un prédicateur turc exilé aux États-Unis, soupçonné par l'exécutif turc d'être l'architecte du putsch manqué. Andrew Brunson est aussi suspecté d'être lié au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation classée "terroriste" par la Turquie et les États-Unis.

 

 

Le pasteur dément en bloc les accusations portées contre lui. Il risque jusqu'à 35 ans de prison dans le cadre d'un procès qui s'est ouvert en avril dernier.

 

 

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Andrew Brunson escorté par la police turque jusqu'à sa maison à Izmir, en Turquie, le 25 juillet 2018.  (AFP)

 

 

Son cas est symbolique pour Washington, qui exige sa libération immédiate. Le vice-président américain, Mike Pence, chrétien évangélique comme Andrew Brunson, a désigné le pasteur comme une "victime de persécution religieuse" dans une Turquie à majorité musulmane. Pour faire pression sur le gouvernement turc, la Maison Blanche a donc imposé des sanctions, le 1er août, contre les ministres de l'Intérieur et de la Justice turcs, visés pour leur rôle présumé dans le procès d'Andrew Brunson. Leurs biens et avoirs ont été saisis, et les ressortissants américains ont interdiction de faire affaire avec eux.

 

 

Acte 2 : Erdogan répond par des sanctions contre deux ministres américains 

 

Le gouvernement turc réplique, le 4 août, en demandant le gel en Turquie des avoirs de responsables américains. "Jusqu'à hier soir, nous sommes restés patients. Aujourd'hui, j'en donne l'instruction : nous gèlerons les avoirs en Turquie des ministres américains de la Justice et de l'Intérieur, s'ils en ont", déclare le président turc dans un discours télévisé. Une décision symbolique, les deux ministres américains n'ayant sans doute pas de biens en Turquie, mais lourde de sens. 

 

 

Très vite, ces tensions diplomatiques provoquent la chute de la livre turque, qui s'effondre à son plus bas record face au dollar dès le 6 août. Pour tenter de désamorcer la situation, le vice-ministre turc des Affaires étrangères, Sedat Önal, rencontre le numéro deux de la diplomatie américaine, John Sullivan, le 8 août. Mais la rencontre ne débouche sur rien, les États-Unis n'ayant obtenu aucune garantie sur la libération du pasteur, souligne le Wall Street Journal (en anglais).

 

 

Acte 3 : Trump annonce l'augmentation des taxes à l'importation sur des produits turcs

 

Faisant fi du contexte déjà tendu, Donald Trump enfonce le clou, le 10 août, en annonçant une forte augmentation des taxes à l'importation sur l'acier et l'aluminium turcs. "Je viens juste d'autoriser le doublement des taxes douanières sur l'acier et l'aluminium en provenance de Turquie puisque sa monnaie, la livre turque, descend rapidement contre notre dollar fort", écrit le président américain dans un tweet.

 

 

 

La Maison Blanche ayant déjà imposé en mars des tarifs douaniers supplémentaires à hauteur de 25% et 10% sur les importations d'acier et d'aluminium, cela signifie que ces produits seront désormais taxés à hauteur de respectivement 50% et 20%. "Nos relations avec la Turquie ne sont pas bonnes en ce moment !" conclut Donald Trump. 

 

 

 

Acte 4 : la livre turque s'effondre

 

 

Cette annonce américaine fait dévisser l'économie turque, déjà sous pression : le 10 août, déjà baptisé "Vendredi noir" par des économistes, voit la monnaie turque perdre quelque 16% de sa valeur face au dollar. Les Bourses de Hong Kong, de Tokyo, de Frankfort, de Londres et de Paris finissent en baisse, sur fond d'inquiétude des marchés mondiaux.

 

 

 

Pour enrayer cette spirale, le ministre des Finances turc, Berat Albayrak, annonce lundi 13 août, dans un entretien au quotidien Hurriyet, que la Turquie va mettre en œuvre dans la journée un plan d'action économique. Dans l'espoir de rassurer les marchés, la Banque centrale de Turquie déclare quant à elle qu'elle fournira toutes les liquidités nécessaires aux banques et prendra les "mesures nécessaires" pour assurer la stabilité financière. 

 

 

 

Acte 5 : Erdogan dénonce "un complot politique" 

 

 

L'effet des ces annonces est de courte durée. Quelques heures plus tard, Recep Tayyip Erdogan accuse les États-Unis de vouloir "frapper dans le dos" la Turquie et affirme que la chute de la livre turque est un "complot politique" de la part de Washington. 

 

 

"D'un côté, vous êtes avec nous dans l'Otan et, de l'autre, vous cherchez à frapper votre partenaire stratégique dans le dos. Une telle chose est-elle acceptable ?" lance le président turc lors d'un discours à Ankara. "Adopter une attitude aussi hostile à l'encontre d'un allié au sein de l'Otan (...) n'a aucune explication sensée", poursuit-il, en s'efforçant de rassurer les milieux économiques. 

 

 

Lundi toujours, le ministère turc de l'Intérieur annonce enquêter sur des centaines d'internautes qu'il soupçonne d'avoir partagé des commentaires relevant de la "provocation" visant à affaiblir la livre. Pour Recep Tayyip Erdogan, ces internautes sont des "terroristes économiques" qui recevront "le châtiment qu'ils méritent".

 


14/08/2018
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Franceinfo - le lundi 13 août 2018

 

 

Menaces, débâcle de la monnaie turque... On vous résume la crise entre la Turquie et les Etats-Unis en cinq actes

 

 

Après l'imposition de nouvelles sanctions américaines, la livre turque a dévissé à son plus bas niveau historique, fragilisant les marchés financiers mondiaux

 

 

 

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan (gauche) et le président américain Donald Trump (droite).  (BULENT KILIC / AFP)

 

 

C'est la crise la plus grave entre les États-Unis et la Turquie depuis quarante ans. La tension entre ces deux membres de l'Otan, qui se divisent sur de nombreux sujets, mijotait depuis un certain temps déjà. Mais c'est maintenant le monde entier qui a le droit d'y goûter. Les divers conflits entre Ankara et Washington se sont récemment cristallisés autour du sort d'un pasteur américain détenu en Turquie. Il n'en fallait pas plus pour précipiter la Turquie dans une crise monétaire qui fait souffler un vent de panique sur les marchés à travers le monde. 

 

 

Franceinfo vous raconte, en cinq actes, la récente escalade des tensions entre ces deux alliés historiques. 

 

 

Acte 1 : Washington sanctionne deux ministres turcs contre la détention d'un pasteur américain

 

Les relations entre Washington et Ankara, qui se sont dégradées depuis le coup d'État manqué de 2016 contre le président Recep Tayyip Erdogan, se sont envenimées, fin juillet, avec le placement en résidence surveillée de l'Américain Andrew Brunson. Ce pasteur évangélique, originaire de Caroline du Nord, réside en Turquie depuis une vingtaine d'années et dirigeait une petite église protestante à Izmir. Arrêté en octobre 2016, pendant les purges qui ont suivi le putsch raté, il a déjà passé un an et demi en détention pour "terrorisme" et "espionnage". Les médias locaux suggéraient qu'il était lié à Fethullah Gülen, un prédicateur turc établi depuis près de 20 ans sur le sol américain .

 

 

Ankara l'accuse d'avoir agi pour le compte du réseau de Fethullah Gülen, un prédicateur turc exilé aux États-Unis, soupçonné par l'exécutif turc d'être l'architecte du putsch manqué. Andrew Brunson est aussi suspecté d'être lié au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation classée "terroriste" par la Turquie et les États-Unis.

 

 

Le pasteur dément en bloc les accusations portées contre lui. Il risque jusqu'à 35 ans de prison dans le cadre d'un procès qui s'est ouvert en avril dernier.

 

 

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Andrew Brunson escorté par la police turque jusqu'à sa maison à Izmir, en Turquie, le 25 juillet 2018.  (AFP)

 

 

Son cas est symbolique pour Washington, qui exige sa libération immédiate. Le vice-président américain, Mike Pence, chrétien évangélique comme Andrew Brunson, a désigné le pasteur comme une "victime de persécution religieuse" dans une Turquie à majorité musulmane. Pour faire pression sur le gouvernement turc, la Maison Blanche a donc imposé des sanctions, le 1er août, contre les ministres de l'Intérieur et de la Justice turcs, visés pour leur rôle présumé dans le procès d'Andrew Brunson. Leurs biens et avoirs ont été saisis, et les ressortissants américains ont interdiction de faire affaire avec eux.

 

 

Acte 2 : Erdogan répond par des sanctions contre deux ministres américains 

 

Le gouvernement turc réplique, le 4 août, en demandant le gel en Turquie des avoirs de responsables américains. "Jusqu'à hier soir, nous sommes restés patients. Aujourd'hui, j'en donne l'instruction : nous gèlerons les avoirs en Turquie des ministres américains de la Justice et de l'Intérieur, s'ils en ont", déclare le président turc dans un discours télévisé. Une décision symbolique, les deux ministres américains n'ayant sans doute pas de biens en Turquie, mais lourde de sens. 

 

 

Très vite, ces tensions diplomatiques provoquent la chute de la livre turque, qui s'effondre à son plus bas record face au dollar dès le 6 août. Pour tenter de désamorcer la situation, le vice-ministre turc des Affaires étrangères, Sedat Önal, rencontre le numéro deux de la diplomatie américaine, John Sullivan, le 8 août. Mais la rencontre ne débouche sur rien, les États-Unis n'ayant obtenu aucune garantie sur la libération du pasteur, souligne le Wall Street Journal (en anglais).

 

 

Acte 3 : Trump annonce l'augmentation des taxes à l'importation sur des produits turcs

 

Faisant fi du contexte déjà tendu, Donald Trump enfonce le clou, le 10 août, en annonçant une forte augmentation des taxes à l'importation sur l'acier et l'aluminium turcs. "Je viens juste d'autoriser le doublement des taxes douanières sur l'acier et l'aluminium en provenance de Turquie puisque sa monnaie, la livre turque, descend rapidement contre notre dollar fort", écrit le président américain dans un tweet.

 

 

 

La Maison Blanche ayant déjà imposé en mars des tarifs douaniers supplémentaires à hauteur de 25% et 10% sur les importations d'acier et d'aluminium, cela signifie que ces produits seront désormais taxés à hauteur de respectivement 50% et 20%. "Nos relations avec la Turquie ne sont pas bonnes en ce moment !" conclut Donald Trump. 

 

 

 

Acte 4 : la livre turque s'effondre

 

 

Cette annonce américaine fait dévisser l'économie turque, déjà sous pression : le 10 août, déjà baptisé "Vendredi noir" par des économistes, voit la monnaie turque perdre quelque 16% de sa valeur face au dollar. Les Bourses de Hong Kong, de Tokyo, de Frankfort, de Londres et de Paris finissent en baisse, sur fond d'inquiétude des marchés mondiaux.

 

 

 

Pour enrayer cette spirale, le ministre des Finances turc, Berat Albayrak, annonce lundi 13 août, dans un entretien au quotidien Hurriyet, que la Turquie va mettre en œuvre dans la journée un plan d'action économique. Dans l'espoir de rassurer les marchés, la Banque centrale de Turquie déclare quant à elle qu'elle fournira toutes les liquidités nécessaires aux banques et prendra les "mesures nécessaires" pour assurer la stabilité financière. 

 

 

 

Acte 5 : Erdogan dénonce "un complot politique" 

 

 

L'effet des ces annonces est de courte durée. Quelques heures plus tard, Recep Tayyip Erdogan accuse les États-Unis de vouloir "frapper dans le dos" la Turquie et affirme que la chute de la livre turque est un "complot politique" de la part de Washington. 

 

 

"D'un côté, vous êtes avec nous dans l'Otan et, de l'autre, vous cherchez à frapper votre partenaire stratégique dans le dos. Une telle chose est-elle acceptable ?" lance le président turc lors d'un discours à Ankara. "Adopter une attitude aussi hostile à l'encontre d'un allié au sein de l'Otan (...) n'a aucune explication sensée", poursuit-il, en s'efforçant de rassurer les milieux économiques. 

 

 

Lundi toujours, le ministère turc de l'Intérieur annonce enquêter sur des centaines d'internautes qu'il soupçonne d'avoir partagé des commentaires relevant de la "provocation" visant à affaiblir la livre. Pour Recep Tayyip Erdogan, ces internautes sont des "terroristes économiques" qui recevront "le châtiment qu'ils méritent".

 


14/08/2018
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Franceinfo - le samedi 11 août 2018

 

 

Glyphosate : Monsanto condamné à payer près de 290 millions de dollars à un jardinier malade d'un cancer

 

 

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Grégory Philipps franceinfoRadio France

 

 

Un jury de San Francisco a condamné vendredi le groupe Monsanto à verser 289 millions de dollars à un jardinier qui a développé un cancer à la suite de l'utilisation de pesticides du groupe, le roundup et le ranger pro

 

 

 

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L'émotion du jardinier, Dewayne Johnson, à l'énoncé du verdict qui condamne Monsanto pour avoir provoqué son cancer, le 10 août 2018 à San Francisco (Etats-Unis). (JOSH EDELSON / POOL)

 

 

Aux États Unis, la décision d’un tribunal de San Francisco va faire jurisprudence. Il a condamné vendredi 10 août le groupe Monsanto à verser près 290 millions de dollars à un jardinier qui pendant deux ans a massivement utilisé deux de ses désherbants : le roundup et le ranger pro. L’homme a ensuite déclaré un cancer du système lymphatique. Et le jury populaire a jugé que c’est bien l’utilisation de ces produits contenant du glyphosate qui a causé sa maladie.

 

 

Monsanto responsable ? Oui

 

La lecture du jugement n’a pris que quelques minutes. Quasiment à chacune des onze questions, le jury de douze personnes a été unanimes et a répondu par l’affirmative. "Est-ce que le roundup ou le ranger pro ont contribué à la maladie du plaignant ? Oui. Est-ce que Monsanto connaissait la dangerosité de ses produits contenant du glyphosate ? Oui. Est-ce que le groupe a volontairement choisi de ne pas accompagner ses pesticides d’un avertissement destiné au consommateur ? Oui."

 

 

Le jury populaire a donc condamné Monsanto à verser 289 millions de dollars à Dewayne Johnson. L’ex-jardinier de 46 ans n’a, selon ses médecins, plus que deux ans à vivre. Après quatre semaines de procès, il est ému, épuisé, reconnaissant.   

 

 

Depuis le début de ce procès, j’ai reçu beaucoup de soutien, de prières de la part de beaucoup de gens. Je veux les remercier, mes avocats aussi et le jury Dewayne Johnson, le jardinier rendu malade par le glyphosate avec franceinfo

 

 

Comme Dewayne Johnson, près de 5 000 personnes aux États-Unis ont entamé ou préparent une procédure à l’encontre de Monsanto. C’est un jour historique Marc Burton, l'un des avocats du jardinier avec franceinfo

 

 

"Depuis quarante ans que ce produit existe, la vérité éclate enfin grâce à un jury indépendant.", s'est réjoui Marc Burton, l’un des avocats du jardinier. À la sortie de l’audience, la direction de Monsanto a annoncé qu’elle allait faire appel de cette décision et qu’elle continuera à défendre ses produits et le glyphosate qui, selon les termes du communiqué du groupe, "ne provoque pas de cancer et n’est pas à l’origine de celui du jardinier".

 


14/08/2018
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Franceinfo - le jeudi 9 août 2018

 

 

"J'avais l'impression de flouer ceux qui m'avaient élu" : pourquoi les démissions s'accumulent chez les maires

 

 

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Mahaut Landaz franceinfoFrance Télévisions

 

 

 

Face au manque de financement, à l'isolement, à la complexification des tâches ou encore à cause de la relation avec l'Etat, le nombre de démissions chez les premiers magistrats a bondi par rapport à la précédente mandature. Franceinfo s'est entretenu avec plusieurs maires à bout de nerfs

 

 

 

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 Plusieurs maires rassemblés à l'occasion d'une réunion de l'AMF à Saint-Etienne, le 19 septembre 2016 (CLAUDE ESSERTEL / MAXPPP)

 

 

"Arrête tes conneries, ou tu risques de mourir." Cette invective, Claude Descamps l'a reçue de son médecin. Il n'en a pas fallu plus à l'ancien maire de Prayssac (Lot) pour présenter sa démission au préfet. Stress, fatigue, solitude... "Le jeu n'en vaut plus la chandelle", comme le dit un élu. Une résignation symbolisée, au mois de mars, par la démission fracassante du maire de Sevran (Seine-Saint-Denis), Stéphane Gatignon.

 

 

La tendance est désormais confirmée par les chiffres : par rapport à la précédente mandature, le nombre de maires démissionnaires a augmenté de 55% depuis 2014, d'après un calcul de l'AFP. L'Association des maires de France (AMF), interrogée par franceinfo, en décompte 500. Pêle-mêle, les premiers magistrats dénoncent la baisse des dotations de l'Etat, l'augmentation du périmètre de décision avec la montée en puissance des intercommunalités, ou encore l'arrogance de l'administration territoriale.

 

 

"À la fin, on n'était plus que mon premier adjoint et moi"

 

Autant d'évolutions qui, mises bout à bout, ont complexifié le travail des élus. "Il y a une grande lassitude. Ce n'est pas nouveau, mais ça s'aggrave", estime Vanik Berberian, maire de Gargilesse-Dampierre (Indre) et président de l'Association des maires ruraux de France (AMRF). Comme près de la moitié des édiles – une proportion avancée par l'AMF dans Le Point – Claude Descamps a vu la dotation de sa commune décroître. L'ancien maire de Prayssac estime cette baisse à "environ 240 000 euros entre 2014 et 2017". Soit environ 10% du budget communal.

 

 

Ce pour quoi j'avais été élu était impossible à réaliser. J'étais aussi frustré que mes concitoyens. Claude Descamps, maire démissionnaire de Prayssac à franceinfo

 

 

L'ancien maire avait même renoncé à 60% de son indemnité afin d'embaucher une secrétaire à mi-temps. "Psychologiquement, c'est très dur, on essuie les reproches des uns et des autres, précise-t-il. J'avais l'impression de flouer ceux qui m'avaient élu."

 

 

Philippe Rion, maire démissionnaire de Castillon (Alpes-Maritimes), a fait, lui, le choix de supprimer les commémorations nationales. Sans que cela ne suffise à renflouer les caisses : à l'encontre de ses convictions, il s'est finalement résolu à augmenter la fiscalité locale de 20%.

Renoncer à leur programme, même modeste, "prendre des décisions sans avoir tous les tenants et les aboutissants", s'asseoir sur leurs idées politiques, ont été une première source de souffrance pour ces deux anciens édiles. Ces "chefs de village" ont souvent le sentiment de porter sur leurs seules épaules des coupes budgétaires décidées au plus haut sommet de l'Etat. "Quand vous passez votre temps à dire non, au bout d'un moment, votre conseil municipal arrête de s'investir", souligne Claude Descamps, dont l'équipe a fini par abandonner la mairie, le laissant seul avec son premier adjoint.

 

 

Les maires ruraux plus exposés 

 

Plus exposés à leurs administrés, les maires de petits villages seraient davantage touchés par la vague de démission, avance Vanik Berberian. Disposant d'une indemnité  inférieure au Smic – 658 euros brut pour les communes de moins de 500 habitants, contre 5 612 euros pour les villes de plus de 100 000 habitants – ils affirment ne pas pouvoir compter, comme dans les métropoles, sur une administration, faisant office d'intermédiaires avec les citoyens et "prennent les mécontentements en pleine tête".

 

 

Quand quelque chose ne va pas, on me le dit au bistrot. Vanik Berberian, président de l'AMRF à franceinfo

 

 

Les élus prennent sur leur temps personnel pour frapper aux portes et "trouver des solutions", que cela passe par dégoter des investisseurs ou mettre en place des systèmes de mécénat : "Maire, c'est sept jours sur sept, 365 jours par an !", aiment-ils à répéter. La panne de téléphone ou de réseau audiovisuel ? L'odeur de merguez qui empêche les habitants de dormir ? La route cabossée ? C'est le maire qu'on appelle, parfois directement sur son portable. "On bosse six jours sur sept, entre huit et dix heures par jour et finalement personne n'est content. Il y a un manque de reconnaissance de tous les côtés", confie Claude Descamps, qui livre avoir ressenti "un grand sentiment d'abandon et un fort sentiment de culpabilité". 

 

 

"On nous prend de haut"

 

La loi portant sur la nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe), votée en 2015, figure également sur le banc des accusés. Elle oblige les communes à procéder à des "fusions forcées", selon les mots de Philippe Laurent, secrétaire-général de l'AMF, c'est-à-dire le regroupement en intercommunalités aux compétences de plus en plus importantes. Une concentration qui permet aux petites communes de bénéficier de nouveaux services, mais qui met à mal la pertinence de l'échelon communal. Sans compter la multiplication des réunions. "Cette loi a donné des périmètres insupportables. Je connais une maire de l'Aveyron qui doit faire trois heures de voiture aller-retour pour une heure de réunion intercommunale. Elle a arrêté d'y aller", raconte Vanik Berberian, particulièrement remonté contre "la vision parisienne qui veut que plus c'est gros, mieux c'est".

 

 

Par ailleurs, la coopération avec les élus de plus grandes villes ne serait pas de tout repos. "On nous prend de haut", estime Philippe Rion. Dans bien des cas, les "petits maires" se font discrets lorsqu'ils assistent aux réunions de travail de l'intercommunalité. "Il n'y a que les grandes gueules qui parlent. C'est comme ça que les présidents des intercommunalités peuvent imposer leurs vues", abonde le président de l'AMRF, soulignant une forme de "complexe" des petits maires.

 

 

On laisse parler celui qui a eu plusieurs mandats, qui a plus d'expérience, devant lequel le préfet marque le plus de déférence.Vanik Berberian, président de l'AMRF à franceinfo

 

 

Une relation à l'État détériorée 

 

La montée en puissance des intercommunalités se poursuit : l'Assemblée nationale a acté, fin juillet, le transfert de la compétence eau et assainissement aux intercommunalités. La goutte de trop pour Vanik Berberian, qui dénonce une gouvernance se passant des élus. "On nous avait annoncé un nouveau monde, beaucoup imaginaient que le changement de président allait apporter une nouvelle manière de faire de la politique. Un vrai désenchantement", critique-t-il.

 

 

 

Pour les édiles, la suppression des emplois aidés ainsi que, surtout, celle de la taxe d'habitation ne passent pas. "Il y a une déception vis-à-vis de la relation que l'Etat impose aux communes", avance Vanik Berberian, soulignant que la légitimité et la responsabilité des maires passe par la collecte de l'impôt. 

 

 

 

Le sentiment c'est qu'Emmanuel Macron est le président des villes. Le schéma qu'on voit venir, c'est la concentration des richesses sur quelques grandes métropoles. Philippe Laurent, président de l'AMF à franceinfo

 

 

 

Le président de l'AMRF affirme que "l'aristocratie de la haute administration" a du mal à saisir le quotidien des maires. Au moment de sa prise de parole devant Édouard Philippe lors de la conférence nationale des territoires, Vanik Berberian raconte n'avoir pu s'empêcher d'esquisser un sourire en pensant à ce qu'il faisait la veille : "Le Premier ministre devait être à 1 000 lieux d'imaginer que je débloquais une jeune fille coincée dans les toilettes publiques !", s'amuse-t-il. Philippe Rion abonde : "Je n'ai pas fait l'ENA, mais je sais gérer une commune !"

 

 

 

Vers un déficit de candidats en 2020 ?

 

 

Convaincus que mener le moindre projet "est trois fois plus compliqué qu'il y a trente ans", de plus en plus de maires jettent l'éponge, parfois proches du burn-out. "Quand je rentrais chez moi, je ne parlais plus", confie Philippe Rion, qui avoue, même si cela lui "fend le cœur", bien mieux dormir depuis sa démission. Son cas n'est pas isolé. La maire de Guérande (Loire-Atlantique), Stéphanie Phan Thanh, qui a démissionné début juin, explique dans son communiqué "s'être investie parfois au-delà de ses forces, au détriment de sa famille". 

 

 

 

Honnêtement, je m'étonne qu'il n'y ait pas encore eu de suicide. Philippe Rion, ancien maire de Castillonà franceinfo

 

 

 

Tous s'inquiètent de plus en plus ouvertement de la disparition de la fonction, ou du moins de sa réduction "à l'état civil" et aux affaires "de voisinage". "Je ne sais pas si la finalité, ce n'est pas d'user les maires, de dégoûter tout le monde pour faciliter la disparition des communes", s'interroge Vanik Berberian. Déjà, lors des dernières municipales de 2014, certaines villes avaient peiné à trouver des volontaires. Sans pour autant régler le problème de fond : "Des candidats se sont présentés pour dépanner, en prévenant dès le départ qu'il ne fallait pas compter sur eux pour s'investir", raconte le président des maires ruraux. Une situation qui risque de ne pas s'améliorer lors des prochaines élections municipales, en 2020, où l'AMRF craint déjà un déficit de candidats.

 

 


14/08/2018
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naturellement belle

 

 

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13/08/2018
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Orange

 

 

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10/08/2018
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Avant de dormir

 

 

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09/08/2018
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Amoureux

 

 

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09/08/2018
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Franceinfo - le samedi 4 août 2018

 

 

RECIT. "Je n'oublierai jamais le sentiment absolu de joie" : en 1982, San Francisco accueille les premiers Gay Games de l'histoire

 

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Elise LambertFrance Télévisions

 

 

 

Paris accueille à partir du 4 août la 10e édition des Gay Games, une compétition sportive créée par la communauté LGBT+, ouverte à tous. Ce rendez-vous a vu le jour en 1982 à San Francisco. Franceinfo vous en raconte la genèse

 

 

 

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Cérémonie d'ouverture des premiers Gay Games à San Francisco, le 28 août 1982. (FEDERATION OF GAY GAMES)

 

 

 

"Bienvenue dans ce rêve devenu réalité !" Il est 11h30 du matin, samedi 28 août 1982. Le stade Kezar de San Francisco est bien rempli. La ville californienne accueille la première édition des Gay Games : dix jours de rencontres sportives inspirés des Jeux olympiques mais ouverts à tous, sans distinction de genre, de race, d'âge ou de situation physique. 

 

 

Dans le stade de 60 000 places, des supporters du monde entier se sont déplacés pour accueillir les 1 350 athlètes venus d'une dizaine de pays : Australie, France, Belgique, Israël ou encore République fédérale d'Allemagne.

 

 

 

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Cérémonie d'ouverture des Gay Games de San Francisco, le 28 août 1982. (FEDERATION OF GAY GAMES)

 

 

 

"Malgré la saison estivale, la température est fraîche et un épais brouillard s'étend dans le ciel. Debout sur une scène, le fondateur de ces jeux, l'athlète américain Tom Waddell, ouvre la rencontre par un discours historique, note le site Outsports (en anglais). "Ces Gay Games, les premiers du genre, sont dédiés à tous les gays et personnes éclairées de ce monde !", lance-t-il sous les acclamations des spectateurs.

 

 

Les Gay Games se démarquent de tous les autres événements de cette ampleur par leur philosophie : l'épanouissement personnel et l'esprit d'amitié. (...) Battre l'autre n'est pas le seul critère pour gagner. Participer à ces jeux fait de nous tous des gagnants.Tom Waddell

 

 

Une manifestation inédite

 

Pour cette première édition, les organisateurs voient les choses en grand. Quelque 2 000 coureurs, marcheurs et cyclistes se relaient avant la cérémonie, sur 6 000 kilomètres et dans 50 villes, pour porter la flamme des Jeux à San Francisco, depuis le bar Stonewall Inn à New York. C'est dans ce bar gay qu'en 1969, des clients s'étaient révoltés lors d'une énième descente policière, marquant les prémices du mouvement politique LGBT+, explique Le Monde.

 

 

 

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La cérémonie d'ouverture des Gay Games de San Francisco, le 28 août 1982. (FEDERATION OF GAY GAMES)

 

 

 

Dans les gradins, plusieurs orchestres gays de San Francisco sont réunis pour accueillir les délégations. L'hymne Reach for the Sky (Atteindre le ciel, en français) composé spécialement pour l'événement, est entonné pour la première fois, accompagné d'une chorale de 800 chanteurs homosexuels et de danseurs. La cérémonie atteint son apogée à 14 heures, lors de l'entrée des athlètes sur la piste, détaille la chercheuse Caroline Symons dans son étude sur les Gay Games (en anglais). Les Australiens, vêtus d'un jogging vert foncé aux bandes jaunes, paradent en portant leur drapeau, les sportifs français défilent en pantalon blanc et tee-shirt bleu marine. Le journaliste américain Carl Carlson raconte dans le journal The Voice, cité par Caroline Symons : "Le public a réalisé à ce moment précis l'ampleur de l'événement."

 

 

C'était la première fois dans l'histoire que des gays et des lesbiennes du monde entier se rassemblaient dans un seul et même endroit.Carl Carlsondans "The Voice"

 

 

 

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 Cérémonie d'ouverture des premiers Gay Games à San Francisco, le 28 août 1982. (FEDERATION OF GAY GAMES)

 

 

Dans les rangs des athlètes, Gene Dermody, passionné de lutte, se souvient de ces heures avec émotion : "À cette époque, je me sentais exclu, marginalisé. Les gays de ma communauté étaient surtout intéressés par le dragness [travestissement], ils buvaient beaucoup. Je les trouvais insultants envers les femmes, évoque-t-il à franceinfo. Je n'étais pas heureux et je pensais être seul dans ce cas. Dès que j'ai entendu parler des jeux, j'ai su que je viendrai."

 

 

Je n'oublierai jamais le sentiment absolu de libération et de joie que j'ai ressenti ce jour-là. Pour la première fois de ma vie je me sentais appartenir à une famille.Gene Dermody à franceinfo

 

 

Plusieurs personnalités se succèdent sur l'estrade : le maire de San Francisco, les écrivain(e)s engagé(e)s Rita Mae Brown et Armistead Maupin, auteur des Chroniques de San Francisco... Clou du spectacle, Tina Turner fait son apparition sur scène, dans une robe beige à franges, et clôt la cérémonie, sous les clameurs du public. "C'était vraiment très émouvant d'assister à tout cela au milieu du stade", confie Gene Dermody.

 

 

Des jeux pour les jeunes, personnes âgées, homo, hétéro, transgenres

 

Ces Gay Games n'auraient jamais existé sans le soutien de San Francisco. Depuis la fin des années 1960, la ville met en avant son acuueil des personnes LGBT+. Les quartiers Haight, Folsom et du Castro sont devenus les QG des gays, Noe Valley ou le Duboce Triangle ont la préférence des lesbiennes. Enthousiasmés par le projet, des dizaines d'habitants bénévoles participent donc à l'organisation des jeux, certains "placent même des hypothèques sur leur maison pour les financer", affirme Gene Demordy. Des participants aisés – médecins, avocats, comptables – puisent dans leurs économies. Au total, les organisateurs récoltent 387 000 dollars dont environ 30 000 apportés par la ville.

 

 

 

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Des spectateurs lors des premiers Gay Games, à San Francisco, le 28 août 1982. (FEDERATION OF GAY GAMES)

 

 

 

Mais l'existence des Gay Games est surtout le résultat de l'abnégation d'un homme : Tom Waddell, décathlonien aux Jeux olympiques de 1968 au Mexique, passionné de danse et homosexuel. Il se montre très critique envers les Jeux classiques, qu'il trouve trop commerciaux, nationalistes et compétitifs et décide de créer les "Gay Olympics". "Pour lui, les Gay Games étaient un moyen de redonner du sens au sport, de le rendre moins élitiste et de l'ouvrir à tous", raconte Jim Buzinski, fondateur du site Outsports à franceinfo.

 

 

Tom Waddell voulait que n'importe qui puisse participer : jeune, personne âgée, hétéro, transgenre, lesbienne... Il suffisait de s'inscrire et les participants s'affrontaient par catégorie d'âge dans chaque discipline.Jim Buzinskià franceinfo

 

 

Deux semaines avant l'ouverture des Jeux, un courrier vient bouleverser l'organisation. Le Comité international olympique (CIO) annonce à Tom Waddell qu'il engage des poursuites judiciaires pour l'usage du mot "olympiques". "C'était clairement de la discrimination car 'olympiques' était déjà utilisé pour d'autres manifestations", raconte, agacé, Gene Dermody. Le terme est en effet employé pour des compétitions de chiens, de cuisine ou de policiers.

 

 

Si je suis un rat, un crabe ou une photocopieuse, je peux avoir mes propres Jeux olympiques. Si je suis gay, je ne peux pas.Tom Waddelldans "Sport illustrated"

 

 

Résultat, les bénévoles retirent en vitesse le mot "olympiques" de tous les produits dérivés, posters, pins, tee-shirts, drapeaux, programmes... Et les Gay Olympics deviennent les Gay Games. "Avec le recul, je pense que c'était la meilleure des choses pour affirmer que nous étions différents des Jeux olympiques, que nous étions inclusifs. Ça nous a tous galvanisés", souligne Gene Dermody. Le comité olympique retirera finalement sa plainte en 1993, six ans après la mort de Tom Waddell, atteint du sida.

 

 

"La normalisation par le sport"

 

Malgré cette ombre au tableau, les 10 jours de compétition se déroulent dans l'euphorie. La journée, athlètes confirmés et débutants s'affrontent en natation, golf, marathon, cyclisme, bowling, tennis, lutte... Le soir, de multiples fêtes sont organisées dans San Francisco, comme des rassemblements militants ou des lectures de poèmes. "Toute la ville était en fête. Certains bars offraient aux athlètes médaillés un repas gratuit pendant une semaine, décrit Gene Dermody, tout le monde était très heureux."

 

 

Pour les organisateurs, les Gay Games doivent être une manifestation sportive "exemplaire", mais aussi un moyen de "normaliser" les LGBT+. Beaucoup d'athlètes craignaient de participer à un événement estampillé "gay", qu'ils soient homosexuels ou non. Les drag-queens sont donc encouragés à porter des vêtements "corrects", les gays et lesbiennes adeptes de sado-masochisme ne sont pas les bienvenus.

 

 

 

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Des athlètes de New York lors des premiers Gay Games à San Francisco en 1982. (FEDERATION OF GAY GAMES)

 

 

 

Pour Gene Dermody, ces consignes peuvent aujourd'hui s'apparenter à de l'"homophobie intériorisée", mais elles ont été salutaires pour certains. "Il fallait le faire ainsi, sinon les gens comme moi ne seraient pas venus", assume-t-il. À l'époque, un journaliste de l'hebdomadaire LGBT, Bay Area Reporter, déplorait lui aussi ces recommandations. 

 

 

J'ai tout à fait conscience que nous ne sommes pas ces stéréotypes homophobes. Mais j'ai aussi vigoureusement conscience que nous ne sommes pas 'juste comme les autres'. Notre différence est la force de notre identité.Tom Plagemandans "Bay Area Reporter"

 

 

Dix éditions et plusieurs héritages

 

Malgré ces critiques, ces premiers Gay Games permettent de rendre visible la communauté LGBT+ aux yeux du monde et autrement que par les "stéréotypes" habituels. Dès sa création, l'événement attire 50 000 spectateurs et 200 sujets lui sont consacrés dans les médias. Des filières sportives réservées aux LGBT+ naissent à cette période. "L'impact politique des Gay Games a été très important. Nous avons enfin été pris au sérieux", affirme Gene Dermody. 

 

 

Lors de la 2e édition des Gay Games en 1986, toujours à San Francisco, les jeux permettent de sensibiliser le monde au VIH, tout juste découvert, et encouragent les athlètes malades à continuer à faire du sport. Ces jeux sont aussi, tous les quatre ans, l'occasion de mettre en avant les sportifs originaires de pays où l'homosexualité est condamnéeLors des Gay Games de Cologne, en 2010, 49 athlètes russes et 7 athlètes chinois répondent présents, détaille Slate.

 

 

 

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La cérémonie d'ouverture de la 6e édition des Gay Games à Sydney en Australie, le 2 novembre 2002. (GREG WOOD / AFP)

 

 

Toutefois, la manifestation n'a pas mis fin à l'homophobie dans le sport et le nombre d'athlètes ayant rendu publique leur homosexualité reste toujours faible. "Nous représentons une infime partie de la population, les Gay Games ne sont pas une croisade politique. La politique vient après, nuance Gene Dermody. Mais notre but a été atteint : célébrer la diversité, montrer que nous sommes partout, normaux et aussi forts que les autres."


06/08/2018
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Franceinfo - le mercredi 1er août 2018

 

 

Le Parlement adopte définitivement le controversé projet de loi Asile et immigration

 

 

La majorité a voté en faveur du texte et la droite et la gauche s'y sont opposés pour des raisons différentes
 
 
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L' Assemblée nationale à Paris, le 1er août 2018. (GERARD JULIEN / AFP)
 
 

Le Parlement a définitivement adopté, par un ultime vote de l'Assemblée, le projet de loi Asile et immigration qui a fait l'objet de plusieurs mois de controverses. Le texte a été adopté par 100 voix pour et 25 contre. La majorité a voté en faveur du texte et la droite et la gauche s'y sont opposés pour des raisons différentes. Onze députés se sont abstenus – 8 de La République en marche et 3 MoDem.

 

 

En réduisant notamment les délais pour déposer une demande, ce projet de loi porté par Gérard Collomb vise à raccourcir à six mois, contre onze aujourd'hui, l'instruction de la demande d'asile. Objectif affiché : faciliter à la fois l'expulsion des déboutés et l'accueil des acceptés.

 

 

"Nous nous donnons les moyens de préserver un droit d'asile qui, si rien n'avait été fait, aurait pu rapidement être remis en cause comme on peut craindre qu'il le soit chez un certain nombre de pays européens", s'est réjoui le ministre de l'Intérieur dans l'Hémicycle.

 

03/08/2018
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Franceinfo - le mardi 24 juillet 2018

 

 

Affaire Benalla : "Le responsable, c'est moi", déclare Emmanuel Macron devant les élus de la majorité

 

 

Depuis les révélations du "Monde", le président de la République gardait le silence. Face aux élus de sa majorité, réunis à Paris, il a fustigé la "République des fusibles, la République de la haine"

 

 

 

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Emmanuel Macron à Montréal (Canada), le 7 juin 2018. (DAVID HIMBERT / HANS LUCAS / AFP)

 

 

 

"Ce qui s'est passé le 1er mai a été pour moi une trahison." Emmanuel Macron a effectué une visite surprise lors d'une réunion des élus de la majorité organisée à la Maison de l'Amérique latine pour clore la session parlementaire, mardi 24 juillet. Selon plusieurs élus La République en marche (LREM), dont le député du Haut-Rhin Bruno Fuchs, le chef de l'Etat est revenu sur l'affaire Alexandre Benalla. Il a notamment fustigé "la République des fusibles, la République de la haine", selon d'autres participants.

 

 

 

Le chef de l'Etat gardait le silence depuis les premières révélations du Monde, au grand dam des partis d'opposition. Cette fois-ci, il a évoqué directement l'affaire face à la majorité, en endossant la responsabilité du choix de son ancien collaborateur. "S'ils cherchent un responsable, le seul responsable, c'est moi et moi seul. C'est moi qui ai fait confiance, c'est moi qui ai confirmé la sanction", a notamment déclaré le président de la République, selon des propos rapportés par une journaliste du Monde.

 

 

"Personne dans mon cabinet n'a jamais été soustrait aux lois de la République. Jamais", a également assuré Emmanuel Macron, qui s'est exprimé pendant "une bonne demi-heure" devant "beaucoup" de monde, selon un élu présent. Au sujet d'Alexandre Benalla, le président a aussi déclaré qu'Alexandre Benalla "a été un militant très engagé pendant la campagne", tout en évoquant une "déception" et une "trahison".

 

 

"Continue, on ne lâche rien"

 

"J'ai un message, celui de notre campagne : continue, on ne lâche rien", a déclaré Richard Ferrand, chef de groupe LREM à l'Assemblée, selon des propos rapportés par le député Eric Bothorel (Côtes-d'Armor). L'affaire a pourtant jeté le trouble dans les rangs de la majorité. "Nous avons fait campagne sur le fait que la politique devait être plus propre, et je m’aperçois que c'est le pire du monde d'avant", avait notamment déclaré le député Paul Molac (Morbihan).

 

 

 

Face aux remous suscités par cette affaire, 75% des personnes interrogées estiment que le chef de l'Etat "devrait s'exprimer devant les Français" sur le sujet, selon un sondage de l'institut Elabe diffusé mardi. Toujours selon cette enquête, l'affaire a un impact "négatif" sur l'image que 73% des Français ont d'Emmanuel Macron. Pour 23%, elle n'a pas d'impact et pour 4% un impact "positif".

 


25/07/2018
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Franceinfo - le vendredi 20 juillet 2018

 

 

Pourquoi l'affaire Alexandre Benalla est explosive pour Emmanuel Macron et le gouvernement

 

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Valentine PasquesooneFrance Télévisions

 

 

 

Les révélations du "Monde", mercredi, sur les violences commises par Alexandre Benalla lors d'une manifestation, le 1er mai 2018, ont plongé Emmanuel Macron et l'exécutif dans une tourmente inédite depuis le début du quinquennat

 

 

 

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Alexandre Benalla accompagne Emmanuel Macron lors d'un déplacement au Mans (Sarthe), le 11 octobre 2016. (MAXPPP)

 

 

 

Depuis la Dordogne, il a esquivé toutes les questions. Emmanuel Macron, en visite dans le département pour parler des services publics en milieu rural, et présenter la nouvelle Marianne figurant sur les timbres, jeudi 19 juillet, a refusé d'émettre le moindre commentaire sur l'affaire Benalla, qui entache pourtant l'Élysée depuis mercredi.

 

 

Ce collaborateur d'Emmanuel Macron a été identifié par Le Monde sur une vidéo datant du 1er mai, dans laquelle il frappe à plusieurs reprises un manifestant, lors d'un rassemblement place de la Contrescarpe, dans le 5e arrondissement de Paris. Ce chargé de mission, adjoint au chef de cabinet François-Xavier Lauch, a été mis à pied entre le 4 et le 19 mai, avant de rejoindre l'Élysée pour une fonction plus administrative. Sa procédure de licenciement a été engagée vendredi, a annoncé l'Elysée, "en raison de faits nouveaux portés à sa connaissance". Franceinfo vous explique pourquoi cette affaire, qui se transforme en crise politique, est particulièrement embarrassante pour Emmanuel Macron.

 

 

Parce qu'elle implique deux proches collabora-teurs d'Emmanuel Macron

 

Le président de la République connaît bien Alexandre Benalla, puisqu'il était l'homme chargé de sa sécurité pendant sa campagne pour l'élection présidentielle de 2017. Il a rejoint l'équipe responsable de sa sécurité le 5 décembre 2016, seulement trois semaines après l'annonce de sa candidature. Alexandre Benalla se charge notamment de protéger Emmanuel Macron lors des meetings et autres déplacements de campagne.

 

 

Quand le candidat d'En marche ! accède à l'Élysée, Alexandre Benalla le suit en tant que chargé de mission auprès du chef de cabinet. Il est également présent pour assurer la sécurité du président de la République, alors qu'il n'en a pas la charge, lors de certains déplacements – publics comme privés. Il l'a ainsi accompagné lors d'une promenade à vélo au Touquet (Pas-de-Calais), ou encore au ski, à La Mongie (Hautes-Pyrénées), précise L'Express.

 

 

En parallèle d'Alexandre Benalla, un autre collaborateur d'Emmanuel Macron est directement impliqué : il s'agit de Patrick Strzoda, directeur de cabinet du chef de l'État, et supérieur du chargé de mission. Une fois informé des violences commises par Alexandre Benalla le 1er mai, il a lui-même prévenu le président et prononcé la mise à pied temporaire de l'intéressé. 

 

 

Parce que l'exécutif savait et n'a rien dit

 

Selon les informations du Monde, la hiérarchie d’Alexandre Benalla a été informée dès le 2 mai des actes commis par leur collaborateur.

 

 

Le lendemain de la manifestation, j’ai été avisé par un collaborateur que M. Benalla avait été reconnu sur le terrain en train de participer à des opérations de maintien de l’ordre. J’ai vu les vidéos, je l’ai convoqué le jour même.Patrick Strzoda, directeur de cabinet d'Emmanuel Macronau Monde

 

 

Le directeur de cabinet affirme avoir "aussitôt" prévenu le chef de l'Etat, qui lui aurait répondu depuis l'Australie que "si les faits sont avérés, il faut prendre des sanctions". Patrick Strzoda décide alors de rédiger une lettre à l'attention d'Alexandre Benalla, dans laquelle il lui annonce sa mise à pied, et le menace de licenciement en cas de nouveau comportement "inapproprié". "Le courrier restera dans son dossier", rapporte Le Monde

 

 

Patrick Strzoda et Emmanuel Macron ne seront pas les seuls à savoir très tôt qu'Alexandre Benalla a agressé un manifestant. Selon les informations de France Inter, le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a lui aussi été informé de ses actes le 2 mai. Au sein de l'exécutif, une fois le chargé de mission sanctionné, les équipes ont estimé que si l'affaire n'était pas révélée dans les deux semaines qui suivaient, elle serait facilement oubliée, révèle France Inter.

 

 

L'exécutif est du coup pointé du doigt pour ne pas avoir saisi la justice, après avoir eu connaissance des gestes d'Alexandre Benalla. L'article 40 du Code de procédure pénale prévoit en effet que "toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs". Or, jusqu'à jeudi, le parquet de Paris n'avait aucune information concernant cette affaire. 

 

 

"L'Elysée aurait dû transmettre les faits au procureur", insiste auprès du Parisien la présidente de l'Union syndicale des magistrats, Virginie Duval. "Il ne nous est pas apparu qu'il y avait un délit", réagit l'Elysée.

 

 

Parce que les sanctions ont été jugées trop légères (et trop tardives)

 

Une mise à pied de deux semaines, puis une mutation à un autre poste au sein du palais : dès mercredi, de nombreuses voix se sont élevées pour condamner ces sanctions prises par l'Élysée à l'encontre d'Alexandre Benalla, jugées bien trop légères au regard des violences commises par le collaborateur du président. 

 

 

D'autant plus que le chargé de mission semble avoir effectué, depuis son retour à l'Élysée, plusieurs missions ne correspondant pas à son nouveau poste. Selon Le Monde, Alexandre Benalla devait, dès le 19 mai, se charger de la sécurité des événements organisé "à l'intérieur" du palais de l'Elysée. Il se trouvait lundi dans le bus des Bleus sur les Champs-Élysées et était présent lors de la panthéonisation de Simone Veil, le 1er juillet.

 

 

Après deux jours de vive controverse, l'Élysée décide finalement "d'engager la procédure de licenciement" du chargé de mission. Mais cette décision est liée, selon la présidence, au fait qu'Alexandre Benalla "aurait été destinataire d'un document de la préfecture de police qu'il n'était pas autorisé à détenir". Il aurait en effet obtenu des images de vidéosurveillance de la préfecture de police de Paris.  

 

 

Parce que l'affaire choque la classe politique

 

Même des élus de La République en marche, tels Laurent Saint-Martin et Cécile Rilhac, appellent à la démission d'Alexandre Benalla. De part et d'autre de l'échiquier politique, de nombreuses personnalités politiques ont condamné le maintien du collaborateur d'Emmanuel Macron à l'Elysée. 

 

 

"Y a-t-il eu des manœuvres pour étouffer cette affaire ?", a réagi le président des Républicains, Laurent Wauquiez, au micro d'Europe 1 jeudi. "On a le sentiment que, dans l'entourage d'Emmanuel Macron, on se croit au-dessus des lois et des règles", a-t-il ajouté.

 

 

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a évoqué vendredi matin "une affaire d'Etat" sur Twitter. Sébastien Denaja, secrétaire national du parti, est allé en plus loin en qualifiant les faits de "scandale d'Etat" sur le réseau social, relève Le Monde. Des termes repris par Sébastien Jumel, député communiste de Seine-Maritime. "Macron est en faute", a de son côté réagi Florian Philippot, président des Patriotes.

 

 

Du PCF à LR, des élus de tous bords ont réclamé la mise en place d'une commission d'enquête sur ces violences commises lors des rassemblements du 1er-mai. Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise, est allé jusqu'à proposer une "motion de censure" contre le gouvernement, pour que l'exécutif vienne "s'expliquer" sur l'affaire Alexandre Benalla. Une polémique si importante qu'elle a bloqué les débats sur la révision constitutionnelle à l'Assemblée.

 

 

Parce que la justice se penche désormais sur cette affaire

 

Contacté par franceinfo après les révélations du Monde, le parquet de Paris a annoncé l'ouverture d'une enquête préliminaire jeudi, pour "violences par personne chargée d'une mission de service public", "usurpation de fonctions" et "usurpation de signes réservés à l'autorité publique"L'enquête est confiée à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP). 

 

 

Le syndicat minoritaire Vigi, qui dépend de la CGT-Police, est venu se greffer à cette enquête en portant plainte jeudi pour "usurpation de fonction" et "usurpation de signe réservé à l'autorité publique", selon Le Parisien et BFMTV. "Ce conseiller jette un discrédit sur toute la police nationale et l’Élysée laisse faire en toute connaissance de cause", a dénoncé le syndicat sur son site. 

 

 

Alexandre Benalla a été entendu au siège de la police judiciaire de Paris vendredi matin, a constaté un journaliste de France 2 sur place.

 


23/07/2018
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Franceinfo - le samedi 21 juillet 2018

 

 

"Il n'était pas considéré comme n'importe qui" : le rôle trouble d'Alexandre Benalla auprès de la police

 

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Elise LambertFrance Télévisions

 

 

 

L'homme de 26 ans a été filmé en train de violenter un manifestant lors d'un rassemblement à Paris le 1er-Mai. Ce chargé de mission de l'Elysée a participé à de nombreuses manifestations publiques aux côtés des forces de l'ordre, dans des circonstances qui restent encore à déterminer

 

 

 

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Alexandre Benalla accompagne Emmanuel Macron lors d'un déplacement à Villers-Cotterêts (Aisne), le 17 mars 2017. (PASCAL ROSSIGNOL / REUTERS)

 

 

 

Quel était exactement le rôle d'Alexandre Benalla ? Après les révélations du Monde sur l'adjoint au chef de cabinet d'Emmanuel Macron, plusieurs fonctionnaires de police expriment leur stupéfaction et leur colère au regard de la place accordée à cet "observateur" de l'Élysée dans leurs rangs. À de nombreuses reprises, Alexandre Benalla a participé à des manifestations publiques auprès de la police, sans que son rôle ne soit clairement défini.

 

 

Aujourd'hui sous le feu des projecteurs, l'homme a été repéré à plusieurs reprises lors d'actions sécuritaires. Le 1er-Mai, il est filmé en train de brutaliser un jeune homme et une jeune femme lors d'un rassemblement place de la Contrescarpe dans le 5e arrondissement de Paris. Lors d'un meeting à Caen, en mars 2017, il aurait soulevé, selon Le Monde, un photographe local qui s'était approché un peu trop près – à son goût – du candidat Macron. Il a également participé à la panthéonisation de Simone Veil et il sécurise l'arrivée des Bleus à l'Elysée après la Coupe du monde. Officiellement, il n'est pourtant "que" "chargé de mission" pour l'Elysée.

 

 

Un observateur qui "avait en partie la main"

 

Le visage d'Alexandre Benalla semble être connu de nombreux fonctionnaires de police, mais peu d'entre eux connaissaient son nom il y a encore deux jours. Le 1er-Mai, il est intégré à la manifestation auprès de la Direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC) – alors qu'il est en congés – à la demande de l'Elysée, sans l'intervention du ministère de l'Intérieur, note Le Monde. "Je l'ai vu lors de déplacements présidentiels, il s'occupait souvent de Brigitte Macron, quand elle sortait, allait voir ses enfants, raconte Axel Ronde, secrétaire général CGT-Police Ile-de-France à franceinfo. Je n'ai pas fait très attention à lui. Au départ, on pensait qu’il faisait partie du dispositif de sécurité, qu’il était un gradé de la police nationale."

 

 

"Il était connu de la police. Lors des dispositifs, il avait en partie la main, ce qui énervait une partie du GSPR [Groupe de sécurité de la présidence de la République, chargé de la sécurité du président] et les policiers locaux... Sa mission n'était pas très claire, renchérit Alexandre Langlois, secrétaire général de la CGT-Police à franceinfo. Là, on avait un intermédiaire qui faisait doublon avec le travail du GSPR."

 

 

Normalement, on ne peut pas recevoir d'ordre de quelqu'un qui n'est pas policier, mais il y avait un flou autour de son identité.Alexandre Langlois, CGT-Policeà franceinfo

 

 

Le 1er-Mai, Alexandre Benalla accompagne les policiers en tant qu'"observateur", une position accordée occasionnellement à des personnes extérieures : journalistes, chercheurs, magistrats... En revanche, "il assez rare que ce soit un membre de ministère ou de l’Elysée, même si ce n’est pas une hérésie", précise Patrice Ribeiro du syndicat de police Synergie-officiers au Monde. Sur place, l'observateur est encadré par le commissaire de la DOPC Philippe Mizerski, précise Buzzfeed. Le secteur est placé sous l'autorité déléguée du commissaire Maxence Creusat, membre de l'état-major de la DOPC, dirigé par Alain Gibelin.

 

 

"Ce n'est pas la première fois qu'il vient sur un service d'ordre ou qu'il vient se mêler à des services de police", renchérit David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN) à franceinfo. Il est "régulièrement sur les dispositifs opérationnels, il pilote différentes choses, sans qu'on sache qui l'a mandaté pour ça".

 

 

Équipé comme un policier

 

Selon les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, Alexandre Benalla porte une veste sombre, un casque de police, mais aussi un brassard de police et un talkie-walkie. Un équipement peu habituel pour un "observateur", selon plusieurs fonctionnaires. "On peut donner un casque aux observateurs pour les protéger physiquement, mais certainement pas un brassard, cela a été fait pour tromper les personnes autour de lui, s'indigne Alexandre Langlois. Les observateurs restent toujours derrière les policiers et n'interviennent pas." 

 

 

Autre interrogation, l'équipement de sa voiture de fonction. Selon une photographie que BFMTV a pu se procurer, la véhicule d'Alexandre Benalla est doté de dispositifs lumineux à l'avant de la voiture et derrière le pare-brise. "Ce genre de dispositifs est utilisé sur les voitures de police ou de personnalités, comme le président, les ministres... Là, il s'agit sûrement d'une voiture mise à disposition par l'Élysée et qui appartient au ministère de l'Intérieur", reprend Axel Ronde. Franceinfo n'a pas pu vérifier dans quelles conditions Alexandre Benalla avait obtenu ce véhicule, ni s'il le conduisait lui-même.

 

 

On ne donne pas un véhicule de cette gamme-là à n’importe qui, même un directeur de police n’a pas ce véhicule-là. Cela prouve qu'il n'était pas considéré comme n'importe qui.Axel Ronde, CGT-Policeà franceinfo

 

 

"On est en plein dans le schéma d'une police parallèle"

 

Pour beaucoup, Alexandre Benalla a pu agir en toute impunité à cause de ses liens avec l'Élysée. "Il suffit d’avoir une carte de l'Élysée pour que tout le monde trembleconfie un syndicaliste à franceinfo. "L’Élysée, ça fout la trouille à tout le monde", lâche au Monde Philippe Capon, du syndicat de gardiens de la paix Unsa-Police.

 

 

Une "révérence" telle que peu de policiers auraient osé poser de questions sur son identité. "Comme il était accompagné de supérieurs, les policiers sur le terrain ne se sont sans doute pas posé de questions. Et puis, les équipes de CRS bougent sans cesse, elles ne connaissent pas forcément tout le monde, explique Yves Lefebvre, secrétaire général unité SGP Police FO à franceinfo. Je suis convaincu que si les CRS avaient su que cet individu n’était pas un policier, l'affaire aurait fuité depuis longtemps !"

 

 

Puisqu'il est avec le chef de service, personne ne va se permettre de lui demander qui il est. Pour les policiers, il est manifestement un haut responsable de la police nationale.Yves Lefebvre, Unité SGP-Police FOà franceinfo

 

 

Pour ces membres des forces de l'ordre, la vraie question est de savoir qui a autorisé Alexandre Benalla à porter les insignes de policier et à agir aux côtés des forces de l'ordre comme un des leurs. "On est en plein dans le schéma d'une police parallèle, avec une personne qui semble agir comme un policier et avoir la protection de la haute hiérarchie policière", s'indigne Yves Lefebvre. 

 

 

Après deux jours de polémique, Alexandre Benalla a été placé en garde à vue vendredi pour violences en réunion par personne chargée d'une mission de service publique, usurpation de fonctions, port illégal d’insignes réservés à l'autorité publique, complicité de détournement d'images issues d'un système de vidéoprotection. 

 

 

La veille, trois policiers de la préfecture de police de Paris ont été suspendus. Un commissaire, un commandant et un contrôleur général sont soupçonnés d’avoir copié des extraits d’images de caméras de vidéosurveillance, qui appartiennent à la préfecture de police de Paris et de les avoir transmis à Alexandre Benalla. "C'est la première fois que j'entends parler de ça en trente-six ans de police, s'exclame Yves Lefebvre. Et pourtant j'ai été flic au temps du SAC ![le service d'action civique, au service du général de Gaulle]."

 


21/07/2018
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