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Franceinfo - le samedi 20 avril 2019

 

 

ENQUÊTE FRANCEINFO. Pourquoi "gilets jaunes" et black blocs ont fini par faire cause commune

 

 

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Kocila MakdecheFrance Télévisions

 

 

 

A plusieurs reprises, "gilets jaunes" et militants de la gauche radicale ont manifesté côte à côte, donnant lieu à des affrontements d'une rare violence avec les forces de l'ordre. Mais comment ce rapprochement s'est-il opéré au fil des semaines ? 

 

 

 

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Des manifestants cagoulés et des "gilets jaunes" sur les Champs-Elysées, le 16 mars 2019.  (MARIE MAGNIN / HANS LUCAS / AFP)

 

 

 

Une haie d'honneur. C'est sous les applaudissements des "gilets jaunes" que les militants du black bloc débarquent sur la place de l'Etoile, samedi 16 mars. "Ahou, ahou !", répond d'une seule voix le cortège de manifestants vêtus de noir, en référence au cri de guerre des Spartiates dans la Grèce antique. L'un d'eux se cache des objectifs des journalistes derrière un parapluie, tandis qu'un autre brandit un fumigène jaune en solidarité avec le mouvement de protestation. "Pendant longtemps, ça a été 'je t'aime, moi non plus' avec les 'gilets jaunes'", raconte à franceinfo Mathias*, un militant anarchiste parisien qui se trouvait sur les Champs-Elysées ce jour-là. "Il faut avouer qu'on ne s'attendait pas à un tel accueil."

 

 

Sebastian*, un "gilet jaune" suisse venu à Paris pour l'occasion, faisait partie de ceux qui ont applaudi le black bloc. "Dès qu'ils sont arrivés, on s'est fait gazer par la police. Mais eux, ils vont au front, ils dégagent les lacrymos", s'enthousiasme le quadragénaire. Le rassemblement tourne à la bataille rangée entre forces de l'ordre et manifestants, sans que l'on puisse réellement distinguer les militants du black bloc des "gilets jaunes".

 

 

Les façades de plusieurs commerces des Champs-Elysées en feront les frais, notamment le Fouquet's, le célèbre restaurant huppé, pillée puis incendiée. "Quand la vitrine du magasin Hugo Boss vole en éclats et que tout le monde applaudit, c'est bien la preuve qu'il y a une démocratisation de la radicalité", affirme auprès de franceinfo Anthony*, militant autonome et antifasciste francilien.

 

 

 

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La façade incendiée de la brasserie Le Fouquet's, sur les Champs-Elysées à Paris, le 16 mars 2019.  (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

 

 

 

"Une menace constante"

Simple camaraderie émeutière ou véritable rapprochement politique ? Le spectre d'une "convergence des luttes" entre les "gilets jaunes" et la gauche révolutionnaire inquiète en tout cas les autorités. Trois jours après le saccage des Champs-Elysées, Christophe Castaner dénonce devant le Sénat l'"immense complaisance" des gilets jaunes vis-à-vis des "1 500 black blocs identifiés" sur "la plus belle avenue du monde". Selon le premier flic de France, il ne s'agit pas d'un "épiphénomène", mais bien d'"une menace constante, puissante et répétée".

 

 

Loin d'un groupe organisé et politiquement homogène, le mouvement "black bloc" désigne en réalité une tactique de manifestation insurrectionnelle usée par les militants de gauche anticapitaliste. Pour préserver leur anonymat, les participants se masquent le visage et s'habillent en noir. Réunis derrière des banderoles, ils forment alors un cortège éphémère qui leur permet d'affronter les forces de l'ordre. 

 

 

>> L'article à lire pour comprendre ce qu'est vraiment un black bloc

 

 

Leur présence lors des manifestations de "gilets jaunes" n'étonne pas Grégory Joron, CRS et secrétaire national du syndicat Unité SGP Police. "C'est leur technique  : s'infiltrer dans les cortèges de manifestants plus pacifistes pour semer le chaos, accuse-t-il. Ils viennent avec un gilet jaune, l'enlèvent, cassent, puis le remettent. Et ainsi de suite."

 

 

Mais ce qui change aujourd'hui, c'est que le manifestant lambda ne se désolidarise pas. Si on n'avait que des black blocs, on aurait réglé le problème depuis longtemps.Grégory Joron secrétaire national Unité SGP Police

 

 

Antifascistes, autonomes, marxistes révolutionnaires... Comment ces militants sont-ils parvenus à infiltrer les rangs des "gilets jaunes", censés être, à la base, un mouvement apolitique ? "Les antifas sont 'gilets jaunes' par essence, rétorque Sonia*, militante autonome et antifasciste, rencontrée dans un café parisien. Nous vivons tous dans des situations de précarité quotidienne et combattons les mêmes choses : une société capitaliste violente et inégalitaire, entretenue par les gouvernements. C'est logique qu'on soit là." A côté d'elle, Anthony enchaîne : "Il y a eu des appels à manifester, à organiser des blocages, des piquets de grève... C'est ce qu'on fait depuis toujours, alors évidemment qu'on y est allé." 

 

 

Isidore*, militant anarcho-communiste de l'Ouest de la France, accuse les médias de véhiculer des "fantasmes sur une supposée infiltration complotiste des black blocs, pensée en amontIl n'en est rienNous participons simplement à des manifestations que nous savons être des grands rendez-vous sociaux. Par expérience, nous savons que nous allons faire face à une répression policière importante, poursuit Isidore. Alors on vient avec quelques amis, équipés de façon à pouvoir se défendre. Une fois sur place, ces groupes s'agrègent spontanément."

 

 

 

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Un manifestant cagoulé s'appretant à lancer une bouteille sur les forces de l'ordre, devant l'Arc de triomphe à Paris, le 16 mars 2019.  (YANN CASTANIER / HANS LUCAS / AFP)

 

 

 

 

"Il y a eu des débats dans nos cercles"

Cette participation n'allait pourtant pas de soi. Aux premières heures de la mobilisation, plusieurs militants de gauche radicale ont hésité à s'investir dans le mouvement, soupçonné d'être noyauté par des organisations d'ultra-droite, comme l'avait montré franceinfo en décembre"Il y a eu des débats dans nos cercles, se rappelle Mathias. Certains refusaient de défiler avec des gens considérés comme peu fréquentables, d'autres affirmaient qu'il fallait au contraire occuper le terrain."

 

 

Lors des premiers actes, plusieurs organisations – des cheminots, des collectifs féministes et LGBT ainsi que le Comité Adama Traoré – ont tenté timidement de mettre en place un "pôle progressiste". Au lieu de se réunir sur les Champs-Elysées, comme le reste des "gilets jaunes", le point de rendez-vous a été donné à quelques kilomètres de là, sur le parvis de la gare Saint-Lazare. 

 

 

"Ma ligne, c'était d'abord de participer de manière diffuse aux mobilisations, sans venir avec mes gros sabots de gauchistes, raconte Anthony. Mais lorsqu'on a vu des militants d'ultra-droite dans les cortèges, on les a chassés avec d'autres militants antifas. Il y a eu des affrontements et, aujourd'hui, ils ont quitté les manifs parisiennes." Pour Sonia, "ces groupes n'avaient de toute façon pas d'accroche idéologique au sein du mouvement, dès lors que certaines figures comme Eric Drouet ou Jérôme Rodrigues ont pris publiquement des positions antiracistes".

 

 

Il y a évidemment eu des agressions racistes ou antisémites, on ne peut pas le nier. Mais elles ont été surmédiatisées pour décrédibiliser le mouvement. Le gouvernement a voulu faire passer les 'gilets jaunes' pour des beaufs d'extrême-droite. Quand on est sur le terrain, on constate que ces opinions sont très minoritaires. Sonia militante autonome et antifasciste

 

 

Les relations entre les "gilets jaunes" et les militants des black blocs n'ont pourtant pas toujours été au beau fixe, les premiers accusant les seconds de donner une mauvaise image du mouvement. Certains "gilets jaunes" historiques, comme Fabrice Schlegel ont même quitté le mouvement, qu'il accuse d'être "noyauté" par "l'extrême gauche". "Les black blocs ont profité des manifestations pour mettre Paris à feu et à sang, dénonçait en mars le promoteur immobilier de Dole (Jura), auprès de franceinfo. Les casseurs ont fait perdre toute crédibilité aux jaunes."

 

 

 

Des "ennemis" devenus des "alliés"

"En qualifiant la violence politique de 'casse', le pouvoir tente de lui ôter toute finalité politique, toute légitimité", analyse Isidore, avant de concéder : "Force est de constater que ça a fonctionné au début puisque ça nous a d'abord rendu très impopulaires auprès des 'gilets jaunes'. Mais sur le terrain, ils ont appris à nous connaître au-delà de la propagande gouvernementale."

 

 

Un message signé des black blocs et adressé aux "gilets jaunes", lors du treizième samedi de manifestation à Bordeaux, illustre cette tentative de dialogue : "Chers 'gilets jaunes' qui ne souhaitez pas de nous, nous ne nous amusons pas (…) Nous faisons cela pour que nos vies et les vôtres deviennent supportables. Notre violence répond à la leur", pouvait-on lire sur la banderole.

 

 

Ces mains tendues ont fini par payer. Sur les groupes Facebook liés au mouvement, on constate une sympathie grandissante pour les black blocs. Ceux qu'on qualifiait les premières semaines de "racailles" ou d'"ennemis"sont désormais vus comme des "alliés" par beaucoup de "gilets jaunes".

 

 

 

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"Au début, je considérais leur présence comme quelque chose de très mauvais. Je les classais en tant que casseurs, mais mon avis a évolué, explique Sebastian. J'ai vu qu'ils ne s'en prenaient pas aux petits commerçants mais uniquement aux symboles du pouvoir et du capitalisme." Même son de cloche pour Mary : "Je ne vais pas pleurer pour quelques vitrines cassées, alors que des milliers de manifestants ont été mutilés par la policeJ'ai 50 ans, mais j'imagine que le gamin qui a 20 ans, sa seule envie, c'est de prendre des pavés et de tout casser, renchérit cette "gilet jaune" originaire du Morbihan. Peut-être que si j'avais eu son âge, j'aurais fait la même chose."

 

 

Tous les "gilets jaunes" interrogés par franceinfo citent les premiers face-à-face avec la police comme un point de bascule. "Dans les manifs à Paris, j'ai vu les forces de l'ordre molester des femmes, des personnes âgées, des gens qui n'avaient rien fait. Ca m'a choqué", accuse Nicolas, un "gilet jaune" de l'Oise.

 

 

"Le 17 novembre, beaucoup d’entre eux dialoguaient naïvement avec les CRS, criaient : 'la police avec nous', se rappelle Anthony, militant antifasciste. Quand ils se sont rendu compte que la police n'était pas là pour les défendre, mais pour leur taper dessus, ils ont déchanté." Christophe, un militant de 32 ans à l'origine du site mouvement17novembre.fr abonde : "Les black blocs ont l'habitude de l'opposition frontale avec la police. Les 'gilets jaunes' pas du tout. Certains ont pété les plombs."

 

 

A Nantes, j'ai même vu des black blocs calmer des "gilets jaunes" qui cassaient, en leur expliquant que, s'ils agissaient de la sorte, ils allaient se faire arrêter. Christophe créateur du site mouvement17novembre.fr

 

 

De l'autre côté des barricades, Grégory Joron confirme cette tendance : "On constate que des gens sans antécédents judiciaires, des personnes modérées et intégrées dans la société, en viennent à dépaver les rues pour les jeter sur les forces de l'ordre. Plus ça va, plus la part de radicaux dans les cortèges va augmenter. C'est très inquiétant." 

 

 

 

"Reprendre la main sur la proposition politique"

Sur les réseaux sociaux, plusieurs messages appellent à de nouveaux épisodes insurrectionnels : le 20 avril, lors de la manifestation nationale des “gilets jaunes” à Paris, et le 1er Mai. Cet événement Facebook, intitulé "acte ultime : Paris, capitale de l'émeute" est le premier à s’adresser ouvertement aux "gilets jaunes" et aux black blocs.

 

 

Un rendez-vous attendu par certains militants de gauche révolutionnaire, comme Isidore, qui rêve d'un coup de force alliant "gilets jaunes et drapeaux noirs à Paris". Pour Mathias, "l'objectif n'est pas que l'extrême gauche récupère le mouvement, mais que le peuple reprenne la main sur la proposition politique." "Quoi qu'on en dise, les 'gilets jaunes' ont déjà rebattu les cartes du champ politique institutionnel, conclut de son côté Anthony. Et ça, c'est déjà une victoire."

 

 

* Les prénoms des personnes interrogées ont été modifiés à leur demande pour préserver leur anonymat. 

 


20/04/2019
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Franceinfo - le lundi 15 avril 2019

 

 

Quand la ministre des Armées niait l'utilisation d'armes françaises au Yémen

 

 

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Louis SanFrance Télévisions

 

 

 

Selon une enquête de franceinfo, des armes françaises sont bien présentes dans la guerre au Yémen. Une note secrète du renseignement français recense celles qui sont utilisées sur le terrain et leurs conséquences sur les populations civiles

 

 

 

Une enquête de franceinfo révèle que des armes françaises sont bien utilisées au Yémen. Chars Leclerc, obus flèche, Mirage 2000-9, radar Cobra, véhicules blindés Aravis, hélicoptères Cougar et Dauphin, frégates de classe Makkah, corvette lance-missiles de classe Baynunah ou canons Caesar sont les armes énumérées dans une note de 15 pages de la Direction du renseignement militaire (DRM) classée "confidentiel Défense".

 

 

Pourtant la ministre des Armées, Florence Parly, a toujours nié ces faits. "Nous ne vendons pas des armes n’importe comment. Rien n’est plus encadré que le régime d’autorisation d’exportation des armements", a-t-elle lancé sur France Inter en février 2018.

 

 

En octobre 2018, elle a été interrogée à l'Assemblée nationale par Bastien Lachaud, députée de la France insoumise. La réponse de Florence Parly a été cinglante

 

 

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On ne vend pas des armes comme on vend des baguettes de pain.

Florence Parly, ministre des Armées

à l'Assemblée nationale

 

 

 

"Toute vente d'arme est interdite sauf autorisation expresse. Et cette autorisation expresse, elle est le fruit d'un examen extrêmement rigoureux, d'un examen au cas par cas qui rassemble plusieurs ministères et qui évalue très précisément tous les risques", a rappelé la ministre.

 

 

 

Des armes vendues "il y a plus de vingt ans"

Toujours en octobre 2018, sur le plateau de BFMTV et RMC, elle a assuré que la France n'avait pas de négociations en cours avec l'Arabie saoudite sur d'éventuelles nouvelles ventes d'armes. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis mènent une guerre au Yémen contre les rebelles houthis, une minorité chiite soutenue par l’Iran.

 

 

Florence Parly s'est montrée plus précise, sur franceinfo, en janvier 2019. "Je n’ai pas connaissance du fait que des armes [françaises] soient utilisées directement dans ce conflit", a déclaré la ministre des Armées. "Nous n’avons, récemment, vendu aucune arme qui puisse être utilisée dans le cadre du conflit yéménite", a-t-elle tranché. Et de nuancer : "Ce que je dois vous dire, cependant, c’est que des armes françaises peuvent être présentes sur ce terrain parce qu’elles ont été vendues il y a plus de vingt ans de cela."

 


17/04/2019
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Franceinfo - le mercredi 17 avril 2019

 

 

"Cela va prendre énormément de temps" : après l'incendie de Notre-Dame, le défi de la reconstruction

 

 

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Violaine JaussentFrance Télévisions

 

 

 

Pour les spécialistes interrogés par franceinfo, la restauration de l'édifice emblématique ne pourra s'effectuer qu'après une longue phase de sécurisation. Et la question de rebâtir à l'identique, ou au contraire en modernisant la cathédrale, va se poser

 

 

 

 

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 La cathédrale Notre-Dame de Paris après l'incendie, le 16 avril 2019. (BERTRAND GUAY / AFP)

 

 

 

La flèche effondrée, les deux tiers de la toiture réduits en cendres, une partie de la voûte intérieure touchée... Notre-Dame de Paris a été en partie sauvée, mais les dégâts sont considérables, après le violent incendie qui a ravagé l'emblématique cathédrale, dans la soirée du lundi 15 avril. "Nous la rebâtirons", a affirmé peu avant minuit Emmanuel Macron. Mais comment restaurer un tel monument après de tels dégâts ? Combien de temps faudra-t-il et quel en sera le coût ?

 

 

>> RECIT. "C'est un symbole de Paris qui est en train de s'écrouler" : pendant 12 heures, les flammes ont ravagé Notre-Dame de Paris

 

 

La reconstruction comporte quatre grandes étapes. La première, la sécurisation des lieux, est la plus importante aux yeux des spécialistes. Elle a démarré mardi matin, lorsque le sinistre a pu être éteint. L'objectif est d'analyser l'état de la cathédrale, de faire en sorte que sa structure ne s'effondre pas et de déterminer quelles œuvres peuvent encore être sauvées. C'est la raison de la présence de l'architecte en chef Philippe Villeneuve, chargé des travaux à Notre-Dame. "Il est sur place pour comprendre ce que la structure a subi et évaluer sa capacité à résister", précise à franceinfo Charlotte Hubert, présidente de la compagnie des architectes en chef des monuments historiques.

 

 

 

"On joue avec la vie de l'édifice"

Trop occupé et "blessé profondément" par le drame, Philippe Villeneuve ne s'est pas exprimé. Néanmoins, le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a dressé un bilan de la situation à la mi-journée. "Globalement, la structure tient bon", mais "quelques vulnérabilités ont été identifiées, notamment au niveau de la voûte et au niveau d'un pignon du transept nord qui doit être sécurisé, ce qui a conduit à l'évacuation de cinq immeubles d'habitations", a-t-il expliqué. "Les travaux de sécurisation à l'intérieur de Notre-Dame de Paris vont durer environ 48 heures", a-t-il encore précisé. 

 

 

Pierluigi Pericolo n'est pas aussi optimiste. Architecte du patrimoine, il a connu une situation similaire le 15 juin 2015 à Nantes, quand la basilique Saint-Donatien a été la proie des flammes. Un incendie s'est déclaré sur la toiture du monument alors que des ouvriers réalisaient des travaux d'entretien. Des dégâts importants, mais sans commune mesure avec ceux de Notre-Dame de Paris, cathédrale hors norme. Or, la mise en sécurité de la basilique Saint-Donatien a duré plus de deux ans et le chantier de rénovation de la basilique n'a débuté qu'en 2018.

 

 

"On joue avec la vie de l'édifice, on va le stabiliser pour éviter son effondrement. C'est une étape fondamentale et très complexe car il est difficile d’envoyer des ouvriers dans un monument dont les voûtes sont gonflées d'eau", résume à franceinfo Pierluigi Pericolo, chargé de la mise en sécurité et de la restauration de la basilique Saint-Donatien. "La fin de l'incendie ne signifie pas que l'édifice est complètement sauvé. La pierre peut se dégrader lorsqu’elle est soumise à forte température, et, par exemple, changer de composition minéralogique et se fracturer au milieu", détaille l'architecte. Il faut aussi déblayer tous les gravats. Pierluigi Pericolo estime ainsi la durée de la sécurisation entre deux et cinq ans, "vu la taille de Notre-Dame". 

 

 

L'occasion de "réinventer" Notre-Dame ?

L'étape suivante est la pose d'un grand parapluie sur la totalité de l’ouvrage, "indispensable pour mener les travaux, protéger le site des intempéries et le mettre en sécurité", souligne Pierluigi Pericolo. "Il sera posé sur les maçonneries, il faut donc s’assurer qu'elles ne vont pas s’effondrer", abonde Charlotte Hubert. "Le temps et le soin que nécessite l'expertise sont vertigineux. Et il n'y a pas d'édifice comparable sur lequel on peut reporter le calque", insiste-t-elle.

 

 

C'est seulement à ce moment-là que pourra se dessiner le projet de restauration. Quels travaux seront alors à mener ? Que faudra-t-il changer ? Mais surtout, reproduira-t-on à l'identique ce qui a existé ? Ou s'agira-t-il "de réinventer Notre-Dame comme les générations avant nous", tel que le suggère Jean-François Martins, adjoint à la mairie de Paris chargé du tourisme ? 

 

 

Le débat entre le copier-coller et la réinterprétation aura forcément lieu. La question se pose sur bon nombre d’édifices. Pour Notre-Dame de Paris, on ne peut pas y échapper car il ne reste pas de charpente, dévorée par les flammes. L'image globale du monument est touchée.Charlotte Hubert à franceinfo

 

 

De nombreuses entreprises seront sollicitées, des appels d'offres lancés et le ministère de la Culture aura certainement son mot à dire. Mardi soir, le chef de l'Etat s'est avancé sur le calendrier, en annonçant vouloir rebâtir la cathédrale "d'ici cinq ans". Mais pour les spécialistes interrogés par franceinfo, le chantier pourrait prendre bien plus longtemps. "Cela risque de prendre des décennies, car il faut faire appel à beaucoup de corps de métiers spécialisés, comme des sculpteurs ou des architectes spécialistes, estime Grégory Teillet, spécialiste de l'architecture médiévale et chargé du mécénat au ministère de la Culture. On reconstruit désormais en tenant compte des transformations ultérieures, pas uniquement sur la base du projet originel."

 

 

Il rappelle l'existence de la charte de Venise, créée dans ce but en 1964 et signée par une quinzaine de pays, dont la France. "Lorsque les techniques traditionnelles se révèlent inadéquates, la consolidation d'un monument peut être assurée en faisant appel à toutes les techniques modernes de conservation", stipule par exemple l'article 10. "Cela concerne surtout les parties visibles. Sur la charpente par exemple, ça m'étonnerait qu'on reconstruise avec du bois. Quand la cathédrale de Chartres a brûlé en 1840, on a rebâti la charpente en métal. [Pour la reconstruction de Notre-Dame], il est possible qu'on parte là-dessus", juge Grégory Teillet.

 

 

Autre possibilité : suivre l'exemple de la cathédrale de Reims, meurtrie par la Première Guerre mondiale et totalement rénovée vingt ans après. Sur décision de l'architecte Henri Deneux, la nouvelle charpente est en béton. Il a pris "une décision audacieuse pour que l'édifice ne traverse plus jamais la même épreuve", rappelle France 3 Grand Est.

 

 

 

"On est là pour prendre soin de Notre-Dame"

Du béton pour remplacer la "forêt", surnom de la charpente de Notre-Dame partie en fumée ? L'idée ne plaît déjà pas à tout le monde. Mardi, la filière bois a fait assaut de propositions pour la reconstruction du toit. L'une des idées évoquées, à l'initiative de la fondation Fransylva, qui regroupe les 3,5 millions de propriétaires privés de forêts en France, propose que chaque propriétaire forestier donne un chêne pour la reconstruction.

 

 

"On utilisera des techniques plus modernes pour trouver la ressource nécessaire, mais il y aura des difficultés pour trouver la matière. Avant de la revoir comme lundi à 17 heures, il faudra des décennies", avance lui aussi Julien Lecarme, compagnon du devoir responsable de l'Institut de la charpente et de la construction bois. Et d'expliquer à franceinfo : "Quand on a planifié la construction de Notre-Dame au début du XIIe siècle, la sylviculture était organisée pour produire l'architecture gothique. On a planté des arbres et ils étaient mûrs quand on en a eu besoin. Mais personne n'a planté de chênes il y a quatre-vingts ans pour reconstruire la charpente de Notre-Dame aujourd'hui."

 

 

L'architecte Charlotte Hubert, espère que "la France donnera les moyens de restaurer et au plus vite" quelle que soit la solution choisie. "Cela va prendre énormément de temps, c'est tout ce qu'on peut dire, ajoute l'architecte encore bouleversée. Mais on est là pour Notre-Dame, une équipe va prendre soin d’elle car on sait le faire."

 

 

 

Franceinfo - le mardi 16 avril 2019

 

 

Incendie de Notre-Dame de Paris : les premières images de l'intérieur de la cathédrale

 

 

franceinfo avec AFP et ReutersFrance Télévisions

 

 

 

 

Un trou béant est visible à l'emplacement de la flèche, qui s'est effondrée.

 

 

 

 

L'emblématique cathédrale Notre-Dame de Paris a été ravagée par un incendie, lundi 15 avril. Le feu était "maîtrisé" mais pas encore entièrement éteint, mardi matin. "L'ensemble de la toiture est sinistrée, l'ensemble de la charpente est détruite, une partie de la voûte s'est effondrée, la flèche n'existe plus", a indiqué, au petit matin, Gabriel Plus, porte-parole des pompiers de Paris.

 

 

>> Incendie à Notre-Dame de Paris : suivez les dernières informations dans notre direct

 

 

"Les deux beffrois ont été sauvés, a-t-il ajouté, soulagé. Imaginez : la charpente des beffrois fragilisée, les cloches qui s'effondrent, c'était vraiment notre crainte !" Il a précisé que "l'ensemble des œuvres d'art qui étaient dans la partie 'trésor'", dont la couronne d'épines et la tunique de Saint Louis, avaient pu être sauvées.

 

 

L'heure est désormais à la "surveillance", pour "être sûr qu'aucun foyer résiduel ne se renflamme". Le porte-parole des pompiers précise que "des équipes avec des moyens lasers" vont rester mobilisées pour s'assurer "que la structure ne bouge pas".

 


16/04/2019
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Franceinfo - le mardi 16 avril 2019

 

 

Baisse d'impôt, suppression de l'ENA, référendums... Voici les mesures qu'Emmanuel Macron prévoyait d'annoncer lors de son allocution annulée

 

 

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Ilan CaroFrance Télévisions

 

 

 

Franceinfo a pu prendre connaissance des principales mesures qu'Emmanuel Macron s'apprêtait à annoncer avant l'incendie de la cathédrale Notre-Dame, lundi

 

 

 

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Emmanuel Macron, le 12 avril 2019 à Paris. (MUSTAFA YALCIN / ANADOLU AGENCY / AFP)

 

 

 

Cette allocution présidentielle devait être le point d'orgue du grand débat national mis en place en janvier pour répondre à la colère des "gilets jaunes". Une intervention télévisée annulée à la dernière minute, lundi 15 avril, en raison de l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

 

 

Franceinfo a pu prendre connaissance des principales mesures qui devaient être annoncées par Emmanuel Macron et que l'Elysée refuse désormais de commenter. Des annonces que le chef de l'Etat a souhaité reporter pour "respecter un temps de recueillement et avoir la responsabilité qui s’impose dans ce moment de grande émotion nationale", a précisé l'Elysée dans un communiqué.

 

 

 

Un référendum d'initiative partagée plus accessible, des RIC locaux

Emmanuel Macron ne ferme pas totalement la porte au référendum d'initiative citoyenne (RIC). Le président avait prévu, lors de son allocution, de citer cette revendication phare des "gilets jaunes". Avec un bémol de taille : ces scrutins ne pourraient être organisés que pour des sujets d'intérêts locaux.

 

 

Le chef de l'Etat devait, en outre, se dire favorable au fait de faciliter l'organisation du référendum d'initiative partagée (RIP). Ce mécanisme, qui existe déjà dans la Constitution, n'est actuellement possible qu'avec l'obtention des signatures de 185 parlementaires, et de 10% du corps électoral. Enfin, Emmanuel Macron avait prévu d'annoncer la mise en place d'une convention de 300 citoyens tirés au sort pour travailler sur le thème de la transition écologique.

 

 

 

Une baisse de l'impôt sur le revenu

Autre mesure phare qu'Emmanuel Macron avait prévu d'annoncer : un moratoire sur des hausses d'impôts, ainsi qu'une baisse de l'impôt sur le revenu. Une baisse qui serait financée par la suppression de niches fiscales, la réduction de la dépense publique, mais aussi "la nécessité de travailler davantage", selon ce qu'avait envisagé le chef de l'Etat, sans plus de précisions.

 

 

En revanche, le président n'avait pas l'intention de revenir sur la réforme de l'impôt sur la fortune, depuis rebaptisé impôt sur la fortune immobilière (IFI). Comme il s'y était déjà engagé par le passé, une évaluation de cette réforme sera engagée afin, éventuellement, de la corriger.

 

 

 

La pérennisation de la prime exceptionnelle de fin d'année

En décembre, lors du dévoilement de la première batterie de mesures pour calmer la colère des "gilets jaunes", Emmanuel Macron avait annoncé la mise en place d'une prime exceptionnelle entièrement exonérée d'impôts et de charges, versée par les employeurs sur la base du volontariat. Le chef de l'Etat avait prévu d'annoncer lundi soir sa pérennisation. Elle pourrait donc être versée chaque année.

 

 

 

Les retraites de moins de 2 000 euros à nouveau réindexées sur l'inflation

Après le recul du gouvernement sur la hausse de la CSG, Emmanuel Macron avait prévu de donner de nouveaux gages aux retraités modestes, en réindexant les pensions de retraite sur l'inflation. Dans le budget 2019, une hausse de 0,3% des pensions était prévue, bien loin du niveau de l'inflation (estimée à 1,6%). Lundi soir, Emmanuel Macron avait prévu d'annoncer la réindexation des retraites inférieures à 2 000 euros.

 

 

Autre mesure de solidarité que comptait annoncer le président : la garantie par l'Etat des pensions alimentaires des mères isolées.

 

 

 

Un moratoire sur les fermetures d'écoles et d'hôpitaux

Ce devait être l'un des engagements forts de cette allocution présidentielle. Emmanuel Macron avait prévu d'annoncer la fin des fermetures d'écoles ou d'hôpitaux d'ici à la fin du quinquennat. Par ailleurs, le chef de l'Etat avait prévu d'annoncer l'intensification du dédoublement des classes en CP et CE1 dans les zones d'éducation prioritaire. Autre grande annonce qui aurait dû être faite lundi soir : des classes de 24 élèves maximum de la grande section de maternelle au CE1.

 

 

 

La suppression de l'ENA

Emmanuel Macron avait prévu d'annoncer une refonte profonde de la haute fonction publique, avec une mesure choc : la suppression de l'Ecole nationale d'administration (ENA), dont il est lui-même issu. Il entend ainsi favoriser l'égalité des chances et le mérite.

 


16/04/2019
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Franceinfo - le lundi 15 avril 2019

 

 

Annonces d'Emmanuel Macron : "Je ne vois pas le problème de dire qu'on s'est trompé" estime le député LREM Patrick Vignal

 

 

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Le président de la République doit faire des annonces ce soir, après la fin du grand débat national

 

 

 

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Patrick Vignal en compagnie d'Emmanuel Macron, le 27 mai 2016 à Lunel. (SYLVAIN THOMAS / AFP)

 

 

 

"On s'est trompé, il y a eu des maladresses qu'il faut maintenant réparer" reconnaît lundi 15 avril sur franceinfo le député LREM de l'Hérault Patrick Vignal avant les annonces, le soir, d'Emmanuel Macron. Il attend du président qu'il donne la priorité aux retraités et à la relance de l'économie.

 

 

 

franceinfo : Quand l'entourage du président explique qu'Emmanuel Macron prépare des surprises, qu'il veut renverser la table, qu'est-ce qu'il faut comprendre selon vous?

 

 

Patrick Vignal : On a une crise qui est la plus difficile à résoudre parce qu'elle est installée depuis longtemps. Si je résume la décennie, c'est morosité, lassitude et méfiance, donc on ne pourra pas faire des petites mesures catégorielles. C'est toute une philosophie nouvelle qu'il faut avoir. Je nous invite à un vrai débat, un vrai défi. On va installer un calendrier et je pense, effectivement, qu'il y a eu des maladresses pendant 20 mois. Ces maladresses, il faut les réparer et il faut à la fois muscler la jambe droite et la jambe gauche.

 

 

 

Un virage à gauche est, selon vous, inévitable ? 

 

 

Ce n'est même pas un virage à gauche, c'est avoir la réflexion sur la fiscalité, savoir à quoi elle sert. La nouveauté c'est que les gens veulent savoir où va le moindre euro d'impôt. Il faudra mettre en place le RIC, le référendum d'initiative citoyenne, faire avec les gens, mais de façon encadrée. Je pense qu'on a vraiment là l'occasion de penser autrement, on a l'occasion d'arrêter le chacun pour soi qui va rassembler l'envie de faire ensemble et l'envie de vivre ensemble. Cela ne sera pas facile, ce sera long, il faudra la confiance et la transparence.

 

 

 

Quelle mesure prioritaire ?

 

 

La première, ce sont les retraités. On est allé trop loin avec les retraités. Après, il faut voir quel niveau de seuil. Moi je fais partie de ces parlementaires qui ont demandé que quand un retraité a moins de 2 000 euros par mois, il n'y ait pas d'augmentation de 1,7 point de CSG, mais il faut débattre avec les Français.

 

 

 

Cela veut dire qu'il faut réindexer aussi les plus petites retraites ?

 

 

C'est obligatoire. Le problème du politique, c'est qu'on a du mal à dire "je me suis trompé", c'est cela aussi qu'il faut changer. Oui, peut-être qu'on s'est trompé sur les retraites, oui, on s'est trompé sur les cinq euros d'APL. Il faut réindexer les retraites et relancer l'économie. On ne peut pas avoir des travailleurs pauvres qui vivent encore chez leurs parents. Il faut relancer l'économie, il faut baisser les charges des entreprises, il faut donner une vision d'espérance aux Français. Et puis, enfin, il ne faut pas avoir peur de donner un permis de chasser à nos conseillers d'impôts parce qu'aujourd'hui, il y a des niches fiscales à aller chercher. Il y a des gens qui devraient payer un peu plus d'impôts, je pense aux GAFA [acronyme pour Google, Apple, Facebook, Amazon], je pense aux niches patrimoniales, aux niches fiscales, il y a des leviers à aller chercher et il faudra être courageux.

 

 

 

Si on revient sur les retraites, les pensions, c'est un coup porté à la politique de Matignon, est-ce qu'Edouard Philippe pourra rester Premier ministre si le chef de l'Etat fait ces annonces ?

 

 

Je n'ai pas fait de la politique pour régler des comptes, mais pour régler des problèmes, si on s'est trompé, je ne vois pas le problème de dire qu'on s'est trompé. Quand on est capable de lâcher prise, ce n'est pas abdiquer. Je pense qu'effectivement on est allé trop loin au début du quinquennat et qu'il faut remettre un peu la boussole au centre.

 

 

 

Et si Emmanuel Macron vous déçoit ce soir, vous seriez prêt à quitter La République en Marche ?

 

 

Soit le président a trouvé les leviers nécessaires pour qu'on puisse redémarrer et je serai ravi, soit on n'a pas trouvé ces leviers et je me battrai avec encore plus d'énergie. Moi je me suis engagé en politique pour changer les choses et pour changer le monde, et je le dis à certains qui auraient envie de quitter le navire, c'est ma famille, je l'aime, mais je lui dis ce que je pense parce que je l'aime.  

 


15/04/2019
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Franceinfo - le dimanche 14 avril 2019

 

 

"Gilets jaunes" : le point sur la mobilisation à Paris et en région

 

 

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Les "gilets jaunes" ont manifesté pour le 22e samedi consécutif après les annonces attendues d'Emmanuel Macron pour boucler le grand débat. Le point de la mobilisation région par région

 

 

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Manifestation des "gilets jaunes" à Toulouse, le 13 avril 2019. (PASCAL PAVANI / AFP)

 

 

 

Prélude à la "grande journée" promise par les "gilets jaunes" le 20 avril, après les annonces attendues d'Emmanuel Macron pour boucler le grand débat, samedi 13 avril est donné comme un tour de chauffe. Les gilets jaunes étaient une nouvelle fois dans la rue partout en France pour manifester, et également pour dénoncer la loi anti-casseurs entrée en vigueur jeudi. Au total, 31 000 personnes rassemblées dans le pays en fin de journée, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur. Globalement la situation était plutôt calme avec quelques tensions dans plusieurs villes de France. 

 

 

>> Suivez notre direct sur la mobilisation des "gilets jaunes" samedi

 

 

 

Auvergne-Rhône-Alpes

À Lyon, un arrêté préfectoral avait interdit les manifestations dans une partie de l'hyper-centre de la ville. Quelques échauffourées ont éclaté. Sur place, les forces de l'ordre ont eu recours à l'utilisation de gaz lacrymogènes.

 

 

À Roanne (Loire), selon France Bleu Saint-Etienne Loire, c'était agité : au moins 650 personnes ont manifesté avec des tensions notamment au niveau de Palais de Justice. Là, les forces de l'ordre ont utilisé des gaz lacrymogène. Plus tôt dans l'après-midi, un adolescent de 15 ans a été blessé. Le jeune homme a été touché au visage par des débris de verre après le jet d'une pierre qui a fait exploser un abribus. À noter qu'un hélicoptère a survolé la zone de rassemblement des manifestants.

 

 

 

Bourgogne-Franche-Comté

Environ 600 personnes ont manifesté à Besançon (Doubs) au rythme des "Révolution", "Anticapitalisme" et autre "Arrêtez de regarder, rejoignez-nous", scandés par les manifestants, selon France Bleu Besançon.

 

 

 

Centre-Val de Loire

À Châteauroux, une centaine de personnes ont manifesté ce samedi matin devant la préfecture de l'Indre pour marquer leur opposition à la loi anti-casseurs. 

 

 

À Tours, 400 "gilets jaunes" et syndicats ont défilé "main dans la main" notamment contre la loi anticasseurs. Des associations étaient également présentes et quelques partis politiques, selon France Bleu Touraine.

 

 

 

Grand-Est

À Nancy (Meurthe-et-Moselle), quatre personnes ont été interpellées pour avoir été en possession d'une arme (une fronde), les autres pour "outrages, rébellion et menaces de morts sur personne dépositaire de l'autorité publique". Par ailleurs, 42 autres personnes ont été verbalisées pour avoir participé à un rassemblement interdit, rapporte France Bleu Sud Lorraine. Environ 300 personnes étaient présentes autour puis dans le centre-ville de Nancy. Aucun blessé, ni dégradations ne sont à déplorer. C'est également à Nancy que des "gilets jaunes" ont dû être repoussés deux fois du centre-ville par les forces de l'ordre, où ils n'avaient pas le droit de se rassembler. 

 

 

À Reims, environ 100 "gilets jaunes" se sont mobilisés pour cette nouvelle journée de manifestation. 

 

 

A Besançon, les manifestants se sont élancés vers 15 heures. Certains scandaient "une seule solution : la révolution."

 

 

Hauts-de-France

Dans le Nord-Pas-de-Calais, on a fait cause et route commune pour cette 22e journée de mobilisation. Une marche s'est élancée à 5 heures du matin, depuis le cinéma Pathé de Liévin, à côté de Lens. Les manifestants se sont rendus à pied à Lille, pour rejoindre le cortège qui partira de la Place de la République à 14 heures. Les gilets jaunes se dirigeront directement vers la rue Nationale, les boulevards Montebello et Victor Hugo avant de revenir par la rue Solférino. La préfecture a interdit les manifestations dans l'hyper-centre, vers le quartier des gares et de la Grand place. C'est une première à Lille.

 

 

 

Île-de-France

À Paris, aucun problème n'est à signaler. 5 000 personnes ont manifesté selon les chiffres du ministère de l'Intérieur. Les rassemblements étaient interdits sur les Champs-Elysées et les rues perpendiculaires. Des cortèges ont défilé pour "la défense du droit de manifester" et l'abrogation de la loi anticasseurs. En tout, 27 interpellations ont eu lieu dans la capitale et 9 473 contrôles préventifs, d'après la préfecture de police contactée par franceinfo.

 

 

 

Normandie

À Rouen, peu avant midi, ils étaient environ 70 "à manifester dans les rues, dans une ambiance calme et détendue." Une autre manifestation était prévue à Rouen aux environs de 14h dans les jardins de l'Hôtel de Ville.

 

 

Au Havre (Seine-Maritime), plus de 300 personnes ont manifesté dans la matinée. "Des 'gilets jaunes' pour la plupart mais aussi quelques 'gilets rouges' de la CGT", précise France Bleu Normandie. Toujours selon France Bleu, le parcours qui a duré "deux heures" a été "effectué dans une ambiance festive et sans accrochage avec les forces de l'ordre." 

 

 

À Caen (Calvados), d'après France Bleu Normandie, la nouvelle journée de mobilisation s'est déroulée dans le calme. La préfecture du Calvados avait de nouveau pris un arrêté pour interdire les manifestations dans l'hyper-centre-ville. Environ 500 "gilets jaunes" ont défilé le long du périmètre, sans accrochage avec les forces de l'ordre.

 

 

 

Nouvelle-Aquitaine

À Bordeaux, ils étaient environ 2 000 dans les rues, une "faible" mobilisation selon France Bleu Gironde. Aucune dégradation matérielle ce samedi mais six personnes ont été interpellées. Une autre mobilisation avait lieu pour manifester contre la loi anticasseurs, promulguée ce jeudi. Entre 200 et 300 y ont participé.

 

 

À Pau, France Bleu Béarn indiquait quelque 150 "gilets jaunes" à 10h45.

 

 

À Limoges, une centaine de "gilets jaunes" - 60 selon la police - se sont rassemblés sur le rond-point de la Valoine pour une opération escargot sans heurts.

 

 

Occitanie

À Montauban dans le Tarn-et-Garonne, le préfet du département avait interdit le centre-ville aux "gilets jaunes" dimanche 14 avril.

 

 

À Dions dans le Gard, les gilets jaunes étaient de retour sur la nationale 106 depuis le début de la matinée. Environ 80 manifestants ont mis en place un barrage filtrant pour les voitures et bloquant pour les camions, selon la préfecture du Gard. Une déviation avait été mise en place par les services de l'état pour permettre le passage des camions et des transports en commun. 

 

 

À Toulouse, où plusieurs milliers de personnes ont défilé, la situation était plus tendue. La ville avait été désignée "capitale" de la mobilisation. Alors que la manifestation avait débuté dans le calme, en début d'après-midi la tension est montée entre "gilets jaunes" et forces de l'ordre, qui se sont affrontés tout l'après-midi, selon les informations de France Bleu Occitanie. D'après la préfecture de la Haute-Garonne, 14 blessés sont en urgence relative ce samedi soir : un blessé parmi les forces de l'ordre, 12 parmi les manifestants et deux "personnes tierces" (passants). La préfecture ajoute que 37 personnes ont été interpellées en centre-ville notamment pour "jets de projectiles", "dégradation" ou "port d'armes". A noter également, entre autres, qu'un engin de chantier a été incendié et qu'une agence d'intérim a été saccagée par des manifestants cagoulés. Le maire de la ville a par ailleurs confirmé sur franceinfo la présence de blacks blocs dans le cortège.

 

 

À Montpellier, près de 2 000 personnes ont manifesté dans le calme. Une vingtaine d'organisations, associations, syndicats, partis politiques faisaient partie du cortège, pour protester notamment contre la loi anticasseurs. France Bleu Hérault précise qu'aucun gaz lacrymogène n'a été utilisé par les forces de l'ordre.

 

 

 

Pays de la Loire

À Laval (Mayenne), ils étaient plus de 250 à défiler, d'après les estimations de France Bleu Mayenne. Le cortège s'est divisé devant la gare où certains manifestants sont descendus sur les voies. Finalement, tout le monde a rejoint le point de départ de la manifestation sans accroc.

 

 

Au Mans, plus de 250 personnes étaient rassemblées pour dire "stop aux atteintes au droit de manifester", après les nombreux arrêtés pris dans plusieurs villes de France par les préfectures.

 

 

À Nantes, A Nantes aussi, une personne a été blessée : bousculé par un policier, le manifestant est tombé et s'est violemment cogné la tête. Inconscient un temps, il a finalement repris connaissance avant d'être pris en charge par les pompiers. Il est finalement reparti tout seul, précise France Bleu Loire Océan.

 


14/04/2019
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Franceinfo - le dimanche 14 avril 2019

 

 

Grand débat : près de 9 Français sur 10 jugent nécessaires de réindexer les petites retraites sur l'inflation

 

 

 

Selon un sondage Ifop pour le "JDD", une forte majorité de Français se prononce également pour une baisse générale de l'impôt sur le revenu (82%)

 

 

 

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Manifestation des retraités à Nantes, le 11 avril 2019. (ESTELLE RUIZ / NURPHOTO)

 

 

 

En attendant les mesures officielles de l'exécutif, les Français se prononcent. Selon un sondage Ifop pour le JDDdimanche 14 avril, près de neuf français sur dix (88% et 87%) jugent nécessaire de réindexer les petites retraites sur l'inflation et d'obliger les médecins à s'installer dans les déserts médicaux.

 

 

Une forte majorité se prononce également pour une baisse générale de l'impôt sur le revenu (82%) et la suppression de la "redevance télé" (80%), selon cette étude basée sur neuf mesures extraites des nombreuses idées dégagées lors de la consultation publique. Plus de trois Français sur quatre sont favorables à "un assouplissement des conditions permettant aux citoyens de proposer des référendums" (76%) et 72% se prononcent pour "une allocation unique en direction des plus démunis qui fusionnerait toutes les aides sociales existantes".

 

 

Une seule des neuf mesures soumises à cette étude n'est pas plébiscitée : il s'agit de la suppression de l'ENA, école de formation des élites de l'Etat, à laquelle 54% des Français sont opposés. Seulement 39% y sont favorables. 7% ne se prononcent pas. De plus, 82% jugent que le chef de de l'Etat doit changer sa politique économique et sociale (+4%), alors qu'ils sont 71% à penser qu'il doit modifier sa manière de s'exprimer au contact des Français.

 

 

*Etude Ifop réalisée par téléphone les 12 et 13 avril auprès d'un échantillon représentatif de 972 personnes selon la méthode des quotas. Marge d'erreur entre 1,4 et 3,1 points.

 


14/04/2019
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Franceinfo - le samedi 13 avril 2019 - 22e samedi

 

 

"Gilets jaunes" : 31 000 personnes ont manifesté en France, dont 5000 à Paris, selon le ministère de l'Intérieur

 

 

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Pierre GodonVincent MatalonFrance Télévisions

 

 

 

Pour leur 22e samedi consécutif de manifestations, les "gilets jaunes" ont tenté de faire nombre à Toulouse, "capitale" proclamée de la mobilisation, la première sous le coup d'une loi "anti-casseurs" ciblée par les manifestants

 

 

 

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Des "gilets jaunes" manifestent à Paris, le 13 avril 2019. (THOMAS SAMSON / AFP)

  

 

 

CE QU'IL FAUT SAVOIR

 

 

Légère embellie pour ce 22e samedi de mobilisation. Le ministère de l'Intérieur a annoncé que quelque 31 000 "gilets jaunes" avaient manifesté dans toute la France, dont 5 000 à Paris, samedi 13 avril. Ce chiffre est en hausse par rapport à celui du samedi 6 avril, qui était le plus bas depuis le début de la mobilisation avec 22 300 manifestants. Pour ce 22e samedi consécutif de manifestations, les participants ont tenté de faire nombre à Toulouse, "capitale" proclamée de la mobilisation, la première sous le coup d'une loi "anti-casseurs" ciblée par les manifestants.

 

 

Quelque 31 000 manifestants en France. C'est ce qu'indique le décompte réalisé par le ministère de l'Intérieur, précisant que 5 000 d'entre eux étaient à Paris. De son côté, Le nombre jaune a comptabilisé "80 504 personnes sur 180 actions recensées"

 

 

Interpellations à Paris. A 18h30, 27 personnes ont été interpellées en marge de la manifestation des "gilets jaunes", à Paris, et 9 473 contrôles préventifs ont été effectués, a appris franceinfo auprès de la préfecture de police.

 

 

Des rassemblements dans toute la France. Des mobilisations étaient prévues à Paris, Marseille, Grenoble, Lille.... A Toulouse, plus de 800 policiers et gendarmes étaient déployés dans les rues, selon La Dépêche du Midi.

 

 

Des interdictions de manifester. La préfecture de police a pris un arrêté interdisant tout rassemblement de "gilets jaunes" sur les Champs-Elysées à Paris et les rues perpendiculaires. Régulièrement imposées depuis la mi-mars, les interdictions partielles de manifester concernent aussi nombre d'autres villes, comme Lille, Lyon, Montauban.

 

 

"Loi liberticide". Entrée en vigueur jeudi, la loi "anti-casseurs" sera appliquée dès ce samedi. Conséquences : tout vêtement qui pourrait dissimuler un visage sera considéré comme un délit et les fouilles dans les sacs et les voitures seront autorisées.

 


13/04/2019
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Franceinfo - le vendredi 12 avril 2019

 

 

"Il est entré en criant : c'est un attentat" : une professeure d'un collège de Seine-Saint-Denis braquée dans sa classe

 

 

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En Seine-Saint-Denis, une professeure du collège Elsa Triolet a été braquée jeudi dans sa classe, devant ses élèves. Elle faisait cours à des quatrièmes quand des jeunes ont fait irruption

 

 

 

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Des élèves en classe (illustration). (LIONEL VADAM / MAXPPP)

 

 

 

Une professeure du collège Elsa Triolet, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), a été braquée dans sa classe, devant ses élèves, jeudi 11 avril, selon les informations de France Inter. Elle faisait cours à des quatrièmes quand des jeunes ont fait irruption.

 

 

"Il y en a un qui est entré en criant : c'est un attentat", témoigne la professeure. Selon elle, elle a été attaquée parce qu'elle était prof. Elle n'a pas encore eu le temps de parler avec ses élèves des évènements : "Ce n'est pas un évènement ponctuel. L'incident est d'une extrême gravité mais les violences, c'est tout le temps."

 

 

Il a braqué une arme factice sur moi, il a tiré en direction de mon visage. J'ai mis ma main et les billes ont atterri sur ma main. J'étais dans la sidération parce que je ne connaissais pas l'individu.Une professeure d'Elsa Triolet à franceinfo

 

 

Les personnels du collège Elsa Triolet dénoncent, dans une lettre, la "casse des services publics", une "casse de l'éducation prioritaire" et demandent plus de moyens humains. Les professeurs appellent les parents, les élèves et les enseignants de Seine-Saint-Denis à manifester samedi à 11 heures sur le parvis de la basilique de Saint-Denis.

 

 

En Seine-Saint-Denis, les incidents sont nombreux. Il y a un mois, un droit de retrait des personnels d'un collège a été déposé après l'agression d'un professeur devant l'établissement. Au lycée Paul Eluard, un groupe d'élèves s'est introduit avec des battes et des marteaux. À Aubervilliers, il y a une semaine une assistante d'éducation et un enseignant ont été violemment agressés.

 


13/04/2019
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Franceinfo - le vendredi 12 avril 2019

 

 

"On a toujours un temps de retard" : comment la diplomatie française fait face à la révolte algérienne

 

 

 

 

La relation particulière entre les deux pays interroge sur le rôle de la France dans les changements en cours en Algérie. Entre prudence diplomatique et défense de ses intérêts, l'ancienne puissance coloniale avance à pas feutrés

 

 

 

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Des manifestants protestent contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat, le 3 mars 2019, place de la République, à Paris. (MARIE MAGNIN / HANS LUCAS / AFP)

 

 

 

"Les relations entre la France et l'Algérie peuvent être bonnes ou mauvaises, en aucun cas elles ne peuvent être banales", déclarait en 1974 un certain ministre algérien des Affaires étrangères du nom d'Abdelaziz Bouteflika. De fait, depuis le début des manifestations mi-février en Algérie, Paris marche sur un fil diplomatique, avec la volonté de ne froisser ni le régime, ni les protestataires, qui battent de nouveau le pavé, vendredi 12 avril, pour réclamer la fin du "système". Dans ces conditions, "vous êtes fait comme unrat, analyse un ancien diplomate. Soit vous faites quelque chose et vous êtes soupçonné d'ingérence. Soit vous ne faites rien et on vous reproche votre soutien au pouvoir en place."

 

 

"Le passé lointain et récent de la France en Algérie nourrit la méfiance chez beaucoup d'Algériens à l'égard de l'ancien colonisateur, ce qui complique la tâche de la diplomatie", décrypte le politologue Mustapha Arihir, enseignant-chercheur en Algérie et spécialiste des relations franco-algériennes. 

 

 

Moins on en dit, mieux cela vaut avec l'Algérie. Dans les relations bilatérales, quoi que l'on fasse, ce sera défavorable pour la France.Un ancien diplomate à franceinfo

 

 

Durant les premiers jours du mouvement de contestation, l'ancienne puissance coloniale s'est effectivement réfugiée dans le mutisme. Il a fallu attendre le 27 février, cinq jours après la première grande manifestation, pour avoir le début d'une position française axée sur la neutralité. "C'est au peuple algérien et à lui seul qu'il revient de choisir ses dirigeants et de décider de son avenir", déclare Benjamin Griveaux, alors porte-parole du gouvernement. Une ligne prudente répétée à plusieurs reprises par le Quai d'Orsay dans les jours suivants.

 

 

Le 6 mars, Edouard Philippe répond à ceux qui s'interrogent sur la discrétion française face aux événements. "Nous n'avons aucune indifférence mais nous ne voulons nous livrer à aucune ingérence", assure le Premier ministre sur BFMTV. Or "cette position du 'ni indifférence, ni ingérence' peut s'appliquer à tout pays sauf à l'Algérie", estime le politologue Naoufel Brahimi El Mili, auteur du livre France-Algérie : 50 ans d'histoire secrète. 

 

 

 

"Il n'y a pas eu beaucoup d'anticipation"

Malgré tout, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, insiste encore sur l'importance de "la stabilité" en Algérie. "C'est le premier intérêt de la France dans ce pays", assume un ancien ambassadeur de France à Alger. "Paris préfère généralement le statu quo. Le pouvoir français a partagé l'analyse du pouvoir algérien sur la possibilité de faire passer en force Bouteflika pour un cinquième mandat", résume Naoufel Brahimi El Mili. 

 

 

Dans cette logique, Emmanuel Macron salue, le 12 mars sur Twitter, la décision du président Bouteflika de reporter les élections et de ne pas se représenter. Il évoque ainsi une "nouvelle page pour la démocratie algérienne", provoquant un tollé chez les manifestants algériens.

 

 

 

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Vendredi 15 mars, dans les rues d'Alger, les pancartes ciblent la France : "L'Elysée, stop ! On est en 2019, pas en 1830""C'est le peuple qui choisit, pas la France""Macron, occupe-toi de tes 'gilets jaunes'".

 

 

 

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Un manifestant algérien pose devant une banderole, le 26 mars 2019, à Bejaïa (RYAD KRAMDI/AFP

 

 

 

"C'est la première fois qu'un président français est visé nommément par les manifestants. Même Valéry Giscard d'Estaing, avec qui les relations étaient très difficiles, n'avait pas eu cet honneur, observe Naoufel Brahimi El Mili. Il s'agit quand même d'une décision anticonstitutionnelle saluée par la France." "Cela revient à dire 'Bravo Bouteflika, tu t'es bien débrouillé', renchérit l'ancien ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner. C'est très maladroit." Pour Mustapha Arihir, "la diplomatie française n'a pas appris des erreurs du passé. Elle aurait pu mieux gérer si elle avait affiché ses distances par rapport à ce qui se passe en Algérie."

 

 

C'est très difficile d'anticiper, mais au fond, ce qu'attendent les manifestants et le pouvoir, c'est que la France ne dise rien.Un ancien ambassadeur de France à Alger à franceinfo

 

 

"La diplomatie française a toujours un temps de retard en ce moment en Algérietacle encore un ancien ambassadeur. Il n'y a pas eu beaucoup d'anticipation. Quand j'ai évoqué la situation il y a six mois, en parlant de la momification du président, j'ai senti que ça gênait les autorités françaises…" Selon ce diplomate, la France a une crainte exagérée des effets d'une déstabilisation en termes migratoires et sécuritaires. "Dans les années 1990, avec la guerre civile, il y a eu seulement 100 000 migrants, rassure l'ancien ambassadeur. On a aussi un complexe d'ancien colonisateur. Tout cela peut expliquer le silence, le louvoiement et une certaine complaisance envers le régime."

 

 

 

Le traumatisme de la colonisation

En Algérie, la moindre déclaration française peut être mal interprétée. Les blessures causées par les 132 années de colonisation et la guerre d'indépendance ne sont pas toutes refermées. "Il y a une susceptibilité terrible du côté algérien, qui vient de la guerre", rappelle Bernard Kouchner. L'ancien ministre se souvient d'en avoir fait les frais après avoir estimé, dans une interview au JDD en 2010qu'il faudrait attendre encore une génération pour voir les relations franco-algériennes s'apaiser. "J'ai été surpris de voir qu'ils prenaient ça très négativement, se souvient-il. Je me suis réexpliqué, mais ce n'était pas possible de se faire entendre…"

 

 

"Il y a un traumatisme très, très profond. On a cru que ce serait réglé en deux générations et ce n'est pas le cas. Cela reste très, très compliqué", constate un diplomate. L'hostilité de la rue algérienne s'explique aussi par des calculs politiciens. "Depuis la guerre d'indépendance, le système politique algérien a construit sa légitimité sur l'hostilité envers la France", poursuit ce même diplomate.

 

 

Le pouvoir algérien a toujours discrédité ses adversaires en les traitant 'd'alliés de la France', cela a toujours fait partie de la rhétorique du pouvoir.Naoufel Brahimi El Mili, politologue à franceinfo

 

 

"Ce fantasme de la main française qui réglerait les choses en coulisses engendre des 'fake news' très relayées via les réseaux sociaux", poursuit Naoufel Brahimi El Mili. Une rumeur insistante assure que le gaz algérien serait ainsi livré gratuitement à la France. Le chercheur évoque aussi la fausse information circulant sur internet d'une réunion secrète organisée entre l'ancien patron des services secrets algériens (Mohamed Mediène, dit Toufik) et le renseignement français : "Parfois, la rumeur dit que l'ambassadeur de France à Alger aurait assisté à la réunion, à tel point que l'ambassade a été obligée de faire un démenti."

 

 

 

"Des signaux discrets"

Ce contexte explique la grande prudence de la diplomatie française. Après le tweet d'Emmanuel Macron, le Quai d'Orsay s'est borné à saluer le "civisme"et la "dignité" du peuple algérien. Et au lendemain de l'annonce de la démission d'Abdelaziz Bouteflika, Jean-Yves Le Drian a exprimé sa confiance "dans la capacité de tous les Algériens à poursuivre cette transition démocratique". Difficile d'aller plus loin, selon un ancien ambassadeur de France à Alger : "Les marges de manœuvre sont très limitées parce qu'on n'a pas de prise sur les événements. On peut juste envoyer des signaux, qui doivent être discrets."

 

 

Moins on en fait, mieux ça se passe. Cela nous permettra de gérer en coulisses nos intérêts avec le futur pouvoir.Un ancien diplomate à franceinfo

 

 

Car la France ne perd pas de vue ses intérêts et les diplomates ne restent pas les bras croisés. "J'imagine qu'ils cherchent à comprendre ce qui passe, qu'ils restent en contact avec toutes les personnes qui peuvent les informer en Algérie", croit savoir un ancien ambassadeur de France à Alger. "Concrètement, il y a des contacts avec des personnalités civiles de la société algérienne, mais aussi entre militaires français et algériens", confirme Naoufel Brahimi El Mili.

 

 

Paris veille d'abord à ses intérêts économiques. "La France reste un des premiers partenaires commerciaux de l'Algérie, les entreprises françaises sont bien représentées (notamment dans le domaine pharmaceutique, des transports, du bâtiment…). Et il y a aussi l'enjeu de l'achat de gaz", détaille un ancien ambassadeur. Pas moins de 10% du gaz consommé en France vient d'Algérie. Celle-ci "a toujours respecté ses engagements, donc je ne pense pas qu'il y ait de grosse inquiétude sur ce point", rassure Naoufel Brahimi El Mili.

 

 

L'autre crainte vient d'une possible déstabilisation de la région, notamment du Sahel où la France continue de lutter à distance contre des groupes armés jihadistes. "Selon moi, l'armée algérienne fait le minimum dans la stabilisation du Sahel. Donc on peut juste espérer que cela s'améliore", estime une source diplomatique. 

 

 

 

"Une affaire interne à la France"

Toute l'action de la diplomatie française consiste donc à préparer l'avenir à l'abri des regards pour ne pas donner l'impression d'interférer dans les affaires du peuple algérien. "C'est aussi une affaire interne à la France, vu l'importance de la communauté franco-algérienne", justifie un ancien diplomate. Il évoque ainsi les personnes qui traversent la Méditerranée chaque vendredi pour aller manifester. 

 

 

"Quelle que soit l'Algérie qui sortira de la situation actuelle, elle aura besoin sans doute à un moment d'un accompagnement, qu'il soit économique ou autre", complète un ancien ambassadeur. "Dès que le mouvement aura achevé sa révolution, il faudra demander avec précaution ce que l'on peut faire, confirme Bernard Kouchner. Mais pour l'instant, il faut attendre et faire confiance à la jeunesse algérienne."

 

 

Il y a tout un avenir formidable entre l'Algérie et la France. Il ne faut surtout pas le manquer, le gâcher.Bernard Kouchner à franceinfo

 

 

Toutefois, "il reste une vraie haine des Français. Il faut faire très attention, s'inquiète l'ancien ministre des Affaires étrangères. La jeunesse n'a pas connu la guerre, mais ses parents la lui ont expliquée. Il y a eu beaucoup de morts dans toutes les familles." Ce rapport d'amour-haine est illustré par une anecdote rapportée par un ancien ambassadeur à Alger : "Il y a quelques années, la femme de l'ambassadeur de Suisse prend l'ascenseur avec un Algérien fumant un cigare. Elle lui demande de l'éteindre et ce dernier répond : 'Cela ne vous a pas suffi de nous emmerder pendant 130 ans, il faut que vous veniez faire encore la loi chez nous'. Elle lui rétorque :'Ecoutez monsieur, je ne suis pas française.' Et ce dernier de s'exclamer : 'Ah, parce qu'en plus vous n'êtes même pas française !'"

 


13/04/2019
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Franceinfo - le vendredi 12 avril 2019

 

 

Nombre de participants gonflé, approximations, analyse partielle... les petits arrangements du grand débat

 

 

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Jérôme JadotRadio France

 

 

 

Après la restitution de la consultation lancée pour répondre aux "gilets jaunes", les documents de synthèse montrent que le nombre de contributeurs a été surestimé, et que plus de la moitié des contributions n'ont pas pu être prises en compte

 

 

 

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Des cahiers de doléances du Bas-Rhin destinés à la préfecture de Strasbourg par les maires, le 22 février 2019 (illustration). (SOLÈNE DE LARQUIER / FRANCE-BLEU ALSACE / FB ELSASS)

 

 

 

Quatre jours après la synthèse du grand débat national, le 8 avril, détaillée par l'exécutif, franceinfo a épluché les documents de synthèse, mis en ligne mardi 9 avril... et a relevé quelques accommodements, voire distorsions de vérités, dans la manière dont le gouvernement s'en est saisi. 

 

 

 

Le nombre de participants n'est qu'une estimation

Selon le gouvernement, 1,5 million de personnes ont participé à la concertation : un tiers sur la plate-forme internet, la même proportion lors des réunions locales et le dernier tiers sur les autres supports, comme l'a précisé la secrétaire d'Etat à la Transition écologique Emmanuelle Wargon, l'une des deux ministres coordinateurs du grand débat, lundi 8 avril au Grand Palais, à Paris. "Environ 500 000 personnes se sont exprimées à travers les 'cahiers citoyens' et à travers des courriers à la mission grand débat", a-t-elle annoncé.

 

 

Comment Emmanuelle Wargon arrive-t-elle à ce chiffre de 500 000 ? Son cabinet explique avoir estimé à 25 le nombre de pages par "cahier citoyen" et jugé qu'il y avait un participant par page. À l'arrivée, cela donne en effet un peu moins de 500 000 (25 contributeurs × 18 647 cahiers + 27 374 courriers et courriels = 493 549 participants sur ces supports).

 

 

Sauf que si l'on regarde la synthèse du cabinet Roland Berger qui a analysé ces documents, il apparaît seulement 11 contributions en moyenne par cahier. Refaisons le calcul, cela ne donne plus que 234 000 participants, au lieu de 500 000 : cela fait tout de même deux fois moins (11 contributeurs × 18 647 cahiers + 27 374 courriers et courriels = 234 216 participants sur ces supports).

 

 

 

La moitié des contributions prises en compte

Reprenons cette promesse renouvelée lundi par Emmanuelle Wargon le 8 avril : "Des équipes qui ont beaucoup travaillé vont pouvoir vous livrer aujourd'hui une analyse à la fois riche, plurielle, transparente, exhaustive." L'analyse est en effet exhaustive pour ce qui concerne les participations en ligne... mais pas pour les autres.

 

 

Moins d'un document de contribution hors ligne sur deux a été pris en compte, c'est ce que l'on comprend à nouveau à la lecture de la synthèse détaillée du cabinet Roland Berger. Pour des questions de délai, le cabinet a stoppé son analyse aux textes qui avaient pu être numérisés au 22 mars, soit 54% de l'ensemble des cahiers citoyens, courriers, e-mails et comptes rendus de réunions locales : 24 183 documents analysés sur 44 975 documents reçus. En tenant compte du nombre actualisé de courriers et courriels (27 374 contre 16 874 selon le site du grand débat), on tombe même à moins d'un document sur deux de cette catégorie analysé (43%).   

 

 

 

Une analyse impactée ?

La crédibilité n'est pas forcément remise en cause, à en croire Alain Chagnaud, associé du cabinet Roland Berger. "On considère que la volumétrie des documents traités assure la quasi stabilité du référentiel de propositions obtenues. C'est-à-dire que la liste des propositions ne devrait pas bouger. Donc, c'est à la marge que l'on peut avoir quelques évolutions",  assure-t-il. On ressent malgré tout de l'embarras...  Voilà ce que répond Alain Chagnaud quand on lui demande s'il n'aurait pas préféré une restitution complète, plus tardive, à cette restitution partielle. "Ça, je vous propose de poser la question au gouvernement, qui a décidé du calendrier des restitutions"

 

 

Du côté du gouvernement, on fait valoir que ce procédé a été validé par les prestataires et les garants. Mais cela ne convainc pas vraiment Pascal Marchand, directeur d'un laboratoire de recherche à l'université de Toulouse, spécialiste de l'analyse lexicale de masse. "Un échantillonnage, cela suit des règles. Donc, on ne peut pas dire que l'on a fini de saisir la moitié des textes, qu'on va analyser ça en attendant et qu'on verra bien ce que ça fait, déclare cet expert. On sera peut-être amené à généraliser des résultats qui ne représentent pas la totalité de la consultation." 

 

 

Il faudra encore attendre trois à quatre semaines pour l'analyse globale, a priori après les premières annonces d'Emmanuel Macron, qui devrait s'exprimer en début de semaine prochaine. 

 

 

 

Une présentation orientée 

Dès le dimanche 7 avril, avant même la restitution au Grand Palais, le ministre chargé des Collectivités territoriales, Sébastien Lecornu, affirme dans le quotidien Ouest-France que les sujets "dont on a le plus entendu parler au début, notamment l'ISF et le référendum d'initiative citoyenne (RIC), se sont progressivement dilués avec d'autres préoccupations". Une dilution plutôt à haute dose pour ce qui est du retour de l'ISF : s'il n'apparaît pas forcément au tout premier plan des contributions internet et des réunions locales, il fait bien partie de ce qui fait "consensus" selon les termes de l'analyse du cabinet Roland Berger des cahiers citoyens et courriers. Il s'agit même de la proposition la plus citée sur ces supports...

 


12/04/2019
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Franceinfo - le vendredi 12 avril 2019

 

 

Pour Christophe Castaner, les suicides dans la police ne sont pas "une fatalité"

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Le ministre de l'Intérieur a annoncé la création d'une "cellule alerte prévention suicide" pour la police nationale

 

 

 

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Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur, le 11 avril 2019, à Strasbourg (Bas-Rhin). (ELYXANDRO CEGARRA / NURPHOTO / AFP)

 

 

 

Depuis le début de l'année 2019, 24 policiers et deux gendarmes se sont suicidés. Mais pour le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, ces suicides ne sont pas une "fatalité". Le ministre s'est engagé à mettre "les bouchées doubles" pour lutter contre ce fléau persistant dans l'institution.

 

 

"La police et la gendarmerie ne sont pas malades du suicide", a-t-il déclaré, lors d'une visite à l'hôpital des gardiens de la paix à Paris, vendredi 12 avril. Le ministre de l'Intérieur n'a pas annoncé de nouveau programme de lutte et de prévention des suicides, mais a promis une accélération dans la mise en œuvre du plan lancé en 2018 par son prédécesseur.

 

 

 

Une ligne téléphonique 24h/24

Christophe Castaner a annoncé la création d'une "cellule alerte prévention suicide" pour la police nationale. Cette cellule, pilotée par Noémie Angel, membre de l'Inspection générale de l'administration (IGA), aura pour mission de porter le plan d'actions et sera également chargée de faire des propositions au ministre. Un numéro de téléphone dédié, disponible 24h/24, permettra de signaler les risques et de mettre les personnes en souffrance en relation avec des psychologues.

 

 

Le ministre de l'Intérieur a insisté sur l'importance de la hiérarchie dans la prévention du suicide, en estimant qu'elle devait être "une vigie attentive et bienveillante". Quelques heures plus tôt, le syndicat Unité SGP police FO, dénonçait justement le rôle de la hiérarchie. "On a des membres de la hiérarchie qui mettent une pression et qui poussent nos collègues au burn out", a déclaré sur franceinfo Daniel Chomette, secrétaire général du syndicat de police.

 


12/04/2019
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Franceinfo - le jeudi 11 avril 2019

 

 

EPR de Flamanville : "Le chantier n'a plus de sens, il faut arrêter les frais"

 

 

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avec France Bleu CotentinfranceinfoRadio France

 

 

 

Yannick Rousselet, de Greenpeace France, a réagi alors que les experts de l'Autorité de sûreté nucléaire préconisent de nouvelles réparations sur le chantier du réacteur nucléaire de troisième génération

 

 

 

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Le chantier de l'EPR de Flamanville (Manche). (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

 

 

 

"Le chantier de l'EPR n'a plus de sens. Il faut arrêter les frais. EDF est incompétente pour construire, pour les contrôles", a déclaré jeudi 11 avril sur France Bleu Cotentin Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire pour Greenpeace France. EDF a estimé jeudi que les recommandations des experts de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui prônent de nouveaux travaux sur l'EPR de Flamanville, "pourraient impacter le calendrier de mise en service et le coût de construction"

 

 

"Ces réparations des soudures vont amener à prendre des risques", a poursuivi Yannick Rousselet. "EDF n'a pas caché le fait que ces opérations endommagent le réacteur avec des conséquences sur la sûreté. Ce projet a déjà coûté horriblement cher." Les experts de l'ASN ne peuvent que rendre des avis sur le sujet. C'est l'Autorité de sûreté nucléaire qui tranchera d'ici l'été mais le rapport conforte l'hypothèse d'un report du démarrage de l'EPR.

 

 

 

Déjà sept ans de retard

Pour rappel, l'EPR de Flamanville devait - au départ - démarrer en 2012. Depuis, son coût a plus que triplé. La facture pourrait encore s'alourdir confirme jeudi soir EDF dans un communiqué.

 

 

Selon Yannick Rousselet, les conclusions des experts repoussent forcément le démarrage de l'EPR : "Rien que les études et les validations, c'est un an ou un an et demi puis les travaux entre un an et un an et demi. Un démarrage en 2021 ou 2022, c'est le chiffre que tout le monde a en tête maintenant. En tous cas c'est celui qu'on entend dans les couloirs de l'ASN", a conclu Yannick Rousselet.

 


12/04/2019
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