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Franceinfo - le samedi 17 août 2019

 

 

RECIT. Jeffrey Epstein : comment une affaire de pédocriminalité organisée a fini par devenir un scandale international

 

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Jean-Loup AdénorVincent MatalonFrance Télévisions

 

 

La mort en prison du financier américain accusé de pédo-criminalité, qui fait les gros titres outre-Atlantique, pourrait avoir des répercussions en France. Le parquet de Paris affirme "analyser et recouper" les informations sur ses activités dans le pays

 

 

 

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Le financier américain Jeffrey Epstein (à gauche) accompagné de Donald Trump, alors homme d'affaires à succès, en 1997 lors d'une soirée organisée au club Mar-a-Lago de Palm beach (Floride). (DAVIDOFF STUDIOS PHOTOGRAPHY / ARCHIVE PHOTOS / GETTY IMAGES)

 

 

 

Mieux valait ne pas croiser la route de William Barr en début de semaine. Lundi 12 août, le ministre américain de la Justice profitait de chaque micro tendu pour dire sa "consternation" et sa "colère". L'objet de l'ire du ministre de Donald Trump ? Le "suicide apparent", dans la nuit du vendredi 9 au samedi 10 août, du financier Jeffrey Epstein au Metropolitan Correctional Center de Manhattan, à New York.

 

 

Pourtant supposé être surveillé de près par le personnel pénitentiaire après une première tentative de suicide deux semaines et demi plus tôt, le multimillionnaire de 66 ans a donc réussi à mettre fin à ses jours. Cette mort intervient au lendemain de la publication par la justice américaine d'un document de plus de 2 000 pages, jetant une lumière crue sur un trafic à grande échelle de jeunes filles, parfois âgées de 12 ans, qu'il était accusé de rémunérer en échange de services sexuels. Comment ce riche financier, ami des puissants, a-t-il finalement terminé sa vie derrière les barreaux après avoir esquivé la justice pendant près de quinze ans ? Franceinfo remonte le fil d'un scandale hors-norme.

 

 

 

"Plus loin tu iras, mieux tu seras payée"

Jeffrey Epstein ne sera donc jamais jugé. Pour la seconde fois, il échappe à un procès surmédiatisé, au cours duquel il aurait dû s'expliquer publiquement sur ses agissements et ses éventuels complices. Car le multimillionnaire a déjà eu affaire à la justice, au milieu des années 2000 en Floride. Le 15 mars 2005 à Palm Beach, le témoignage d'une adolescente de 14 ans va ébruiter pour la première fois cette affaire de pédo-criminalité tentaculaire.

 

 

 

L\'entrée de la résidence de Palm Beach (Floride) appartenant à Jeffrey Epstein, le 14 mars 2019.

L'entrée de la résidence de Palm Beach (Floride) appartenant à Jeffrey Epstein, le 14 mars 2019. (JOE SKIPPER / REUTERS)


 

Selon le rapport de police (document disponible ici, en anglais), la jeune fille, scolarisée au Royal Palm Beach High School, raconte avoir été invitée par une de ses camarades de classe à "se faire un peu d'argent" en prodiguant des massages à un riche homme d'affaires. C'est dans une luxueuse villa avec domestiques, agents de sécurité et autres assistants, qu'elle rencontre l'homme qui l'a abusée sexuellement, un certain "Jeff". Au cours de ce "massage", le quadragénaire aux cheveux gris se présente nu sous une serviette, détaille l'adolescente aux enquêteurs. Il exige qu'elle se déshabille entièrement avant de commencer à le masser, d'abord le dos, puis le torse. L'homme entreprend alors de se masturber en se livrant à des attouchements sur l'adolescente, allant jusqu'à utiliser des accessoires. Cette première session lui rapporte 200 dollars. "Plus tu iras loin, mieux tu seras payée", lui explique un peu plus tard sa camarade de classe.

 

 

Pendant un an, la police de Palm Beach poursuit ses investigations et auditionne de nouvelles victimes présumées. A chaque fois, le mode opératoire décrit est le même : une rabatteuse propose à une adolescente, entre 13 et 18 ans, de gagner un peu d'argent facile en s'improvisant masseuse pour un homme riche. Les filles sont payées en fonction de ce qu'elles acceptent de subir, de la masturbation aux attouchements. L'une des victimes raconte même aux enquêteurs comment, après avoir été violée par Jeffrey Epstein, ce dernier s'est excusé en la payant 1 000 dollars. Epstein propose à certaines de ces jeunes filles d'être payées sans avoir à le masser, à la seule condition de lui ramener de nouvelles adolescentes, les plus jeunes possibles. Ainsi, les victimes deviennent à leur tour actrices du système.

 

 

 

Une victime formée pour devenir "tout ce qu'un homme pouvait vouloir" d'elle

Jeffrey Epstein ne réservait pas ces séances de "massages" à ses seuls séjours en Floride. Le multimillionnaire naviguait entre Palm Beach, Paris, son ranch au Nouveau-Mexique, son île privée située dans les Iles Vierges américaines et sa luxueuse demeure de New York. Située à un saut de puce de Central Park, la bâtisse de près de 2 000 mètres carrés est "l'une des plus grandes propriétés privées de Manhattan", rapporte le New York Times. Escalier en marbre, cinq salles de bain, trois suites privées… L'édifice, estimé à près de 50 millions d'euros, est richement équipé.

 

 

 

Les initiales de Jeffrey Epstein, mises en évidence à l\'entrée de sa résidence de Manhattan, à New York, le 15 juillet 2019.

Les initiales de Jeffrey Epstein, mises en évidence à l'entrée de sa résidence de Manhattan, à New York, le 15 juillet 2019. (KEVIN HAGEN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)


 

Il présente aussi des décorations d'un goût plus surprenant : des visiteurs racontent au quotidien américain avoir remarqué la présence d'un jeu d'échec aux figurines représentant les collaboratrices de Jeffrey Epstein"habillées de manière suggestive", une "poupée grandeur nature suspendue à un chandelier" ou, plus récemment encore, une fresque représentant le propriétaire des lieux en prison, entouré par des surveillants.

 

 

C'est notamment dans cette résidence de l'Upper East Side que Virginia Roberts Giuffre, une jeune femme de 30 ans qui affirme avoir rencontré Epstein alors qu'elle était encore adolescente, raconte avoir été transformée en "esclave sexuelle" destinée à satisfaire le multimillionnaire et ses invités. Dans une déposition effectuée en 2015 et citée par The Daily Beast, la principale accusatrice de Jeffrey Epstein explique avoir été "formée" pour devenir "tout ce qu'un homme pouvait vouloir qu'[elle soit]".

 

 

Ce n'était pas seulement une formation sexuelle, ils voulaient que je sois capable de répondre à tous les besoins des hommes à qui ils allaient m'envoyer.Virginia Roberts Giuffredans une déposition à la police

 

 

Dans un entretien diffusé le 10 juillet par NBC News, une autre femme, Jennifer Araoz, raconte avoir été "vigoureusement violée" par le financier à l'automne 2002. Elle avait alors 15 ans.

 

 

 

 

 

 

Aujourd'hui âgée de 32 ans, elle dit avoir rencontré Jeffrey Epstein à 14 ans par l'intermédiaire d'une jeune femme venue à sa rencontre à la sortie de son lycée, située non loin de la luxueuse demeure new-yorkaise. Comme les autres victimes présumées, elle raconte avoir été régulièrement rémunérée en échange de massages de plus en plus intimes. "Il aimait que je joue avec ses tétons. Ça l'excitait. Et puis il finissait le travail lui-même et c'était terminé", se souvient la jeune femme, qui se persuade alors qu'elle ne "fait rien de vraiment mal".

 

 

Jennifer Araoz raconte avoir coupé les ponts avec Jeffrey Epstein et ses"associés" après avoir été violée. "Je me détestais. Je me disais que j'étais une fille stupide, et que j'aurais dû me douter de ce qui allait m'arriver", se remémore la trentenaire, qui explique avoir abandonné l'école – pour éviter de revenir dans le quartier – et subir des crises d'angoisse régulières depuis son agression.

 

 

 

Des victimes privées de procès à cause d'un accord favorable à Epstein

Fin 2006, la police fédérale américaine, avertie par le chef de la police de Palm Beach, ouvre une enquête allant de New York au Mexique en passant par la Floride. Dès 2007, le FBI assemble un dossier de 53 pages qui aurait dû conduire à l'inculpation de Jeffrey Epstein et à "le mettre en prison à vie", estime le Miami Herald. Pourtant, tandis que les enquêtes se closent et que les charges s'accumulent, l'équipe de juristes de Jeffrey Epstein négocie, depuis 2006 et en toute discrétion, un accord surréaliste avec le parquet.

 

 

Au centre de cette affaire de deal secret, un homme revenu récemment sur le devant de la scène politique : Alexander Acosta, alors procureur des Etats-Unis dans le district sud de la Floride, qui comprend la ville de Palm Beach. Peu connu de notre côté de l'Atlantique, Acosta a été nommé le 16 février 2017 ministre du Travail par le président Donald Trump. C'est lui qui, de 2006 à 2008, a négocié avec le camp Epstein les termes du deal qui tirera le financier d'affaire.

 

 

Selon cet accord, en échange d'une simple inscription au fichier des délinquants sexuels, Jeffrey Epstein obtient une peine allégée et des conditions de détention très favorables. Sont également prévus la confidentialité totale de la nature exacte des crimes commis par Jeffrey Epstein et, détail bien plus curieux, le secret sur "tous les éventuels complices" identifiés ou non du millionnaire, révèle le Miami Herald.

 

 

Une autre question pose problème dans l'accord rédigé main dans la main par Alexander Acosta et les juristes du multimillionnaire, menés par Alan Dershowitz et Jay Lefkowitz : la notification aux victimes. Dans des échanges rendus publics et consultés par le Miami Herald, ce dernier remercie le procureur pour "l'engagement qu'il a pris" et réitère sa demande : "Vous m'avez assuré que vos services ne contacteraient aucune des victimes identifiées, des témoins potentiels ou d'autres hypothétiques plaignants ni leurs conseils juridiques concernant cette affaire." De quoi provoquer la colère des victimes présumées, qui n'ont pu assister ni s'exprimer lors de l'audience, le 30 juin 2008.

 

 

Cet accord leur a permis de faire taire ma voix et celles de toutes les victimes de Jeffrey Epstein.Courtney Wild, victime présumée de Jeffrey Epsteinau "Miami Herald"

 

 

Plaidant coupable pour recours à la prostitution et recours à la prostitution avec une personne mineure, Jeffrey Epstein est finalement condamné à 18 mois de détention dans une aile spécialement aménagée de la prison du comté de Palm Beach, et non une prison fédérale comme c'est habituellement le cas dans ce type d'affaires.

 

 

Jeffrey Epstein sera libéré en juillet 2009, soit cinq mois avant le terme de sa peine. Le financier revient sur le devant de la scène judiciaire six ans plus tard, en janvier 2015, lorsque Virginia Roberts Giuffre relance l'affaire en déposant plainte contre lui. Elle explique que Jeffrey Epstein l'a forcée, au début des années 2000, à avoir des relations sexuelles avec des personnalités de premier plan : le prince Andrew, deuxième fils de la reine d'Angleterre, ou encore son propre avocat, Alan Dershowitz.

 

 

Elle affirme avoir été recrutée – alors qu'elle était encore mineure et qu'elle travaillait au club de golf VIP de Donald Trump à Mar-a-Lago – par une certaine Ghislaine Maxwell, décrite comme la plus ancienne compagne et partenaire de vie du financier. De nombreuses plaintes suivent celle de Virginia Roberts Giuffre, accusant Epstein et Maxwell d'avoir géré un réseau international de trafic sexuel impliquant des mineures. Quatre ans plus tard, et après de nombreuses procédures judiciaires, Jeffrey Epstein est arrêté le 6 juillet 2019 alors qu'il revient de Paris. Il est accusé de trafic sexuel et d'association de malfaiteurs, mis en examen et écroué.

 

 

 

Des secrets embarrassants sur ses puissants amis

Six jours plus tard, Alexander Acosta démissionne de son poste de ministre du Travail, fragilisé par les interrogations sur le deal conclu avec Epstein dix ans plus tôt. La presse et le Congrès s'interrogent : Jeffrey Epstein a-t-il bénéficié de ses connexions pour alléger autant que possible sa peine en 2008 ? L'accord passé avait-il pour objectif de couvrir des personnalités de premier plan, fréquentées durant de nombreuses années ?

 

 

>> Affaire Jeffrey Epstein : pourquoi Donald Trump, Bill Clinton et le prince Andrew d'Angleterre sont-ils impliqués ?

 

 

Car l'odeur de soufre qui flotte autour de l'affaire Epstein est surtout liée aux connaissances haut placées du sexagénaire, parmi lesquelles on retrouve les présidents américains Donald Trump et Bill Clinton. Autant de noms qui alimentent les spéculations, certains étant convaincus que le sexagénaire a pu bénéficier de la complicité des puissants de ce monde, ceux-ci étant soulagés de voir le financier emporter ses secrets dans sa tombe.

 

 

 

Le magnat de l\'immobilier américain Donald Trump et sa future femme, Melania Knauss, en compagnie de Jeffrey Epstein et de son ex-compagne Ghislaine Maxwell, le 12 février 2000 au club privé Mar-a-Lago à Palm Beach, en Floride (Etats-Unis).

Le magnat de l'immobilier américain Donald Trump et sa future femme, Melania Knauss, en compagnie de Jeffrey Epstein et de son ex-compagne Ghislaine Maxwell, le 12 février 2000 au club privé Mar-a-Lago à Palm Beach, en Floride (Etats-Unis). (DAVIDOFF STUDIOS PHOTOGRAPHY / ARCHIVE PHOTOS / GETTY IMAGES)


 

James B. Stewart, chroniqueur au New York Times, n'est pas loin de penser la même chose. Lors de sa première et dernière rencontre avec Jeffrey Epstein dans sa demeure de Manhattan, en août 2018, le financier lui aurait confié connaître des détails potentiellement embarrassants au sujet de certains de ses amis, "y compris sur leurs prétendues tendances sexuelles et leur consommation de drogues".

 

 

Qu'en est-il vraiment ? Donald Trump et Jeffrey Epstein se sont en effet rencontrés au début des années 1990, alors qu'ils étaient tous deux voisins à Palm Beach. Plusieurs documents témoignent de leur proximité de l'époque. Une vidéo, filmée par NBC en 1992, montre ainsi Jeffrey Epstein plaisanter avec le futur président américain lors d'une soirée organisée au club Mar-a-Lago, propriété de Donald Trump.

 

 

 

 

 

 

Dans un portrait consacré au financier réalisé par le New York Magazine en 2002, Donald Trump loue également les qualités de son ami, qu'il qualifie de "gars génial".

 

 

Cela fait quinze ans que je le connais Jeff. [...] On s'amuse bien avec lui. La rumeur dit même qu'il aime autant les femmes que moi, et que beaucoup d'entre elles sont plutôt jeunes.Donald Trump à propos de Jeffrey Epstein, en 2002au "New York Magazine"

 

 

Le ton du président américain, lui-même accusé d'agressions sexuelles, a depuis bien changé à l'égard de son voisin. Interrogé récemment sur ses liens avec le prédateur sexuel présumé, Donald Trump a assuré, face à la presse, qu'il connaissait Jeffrey Epstein "comme tout le monde à Palm Beach""J'ai eu une dispute avec lui, je ne lui ai pas parlé depuis quinze ans. Je n'étais pas un grand fan de lui, je peux vous l'assurer", a-t-il avancé.

 

 

Jeffrey Epstein nouait également des relations privilégiées avec Bill Clinton, notamment après son départ de la Maison Blanche, en 2001. Outre des dons à la fondation créée par l'ancien chef d'Etat, le financier aurait également fait bénéficier Bill Clinton de voyages à bord de son Boeing 727 privé. Des vols qui "comprenaient des escales en lien avec le travail de la Fondation Clinton", assure un porte-parole. Le site Gawker évoquent d'autres voyages, de nature privée.

 

 

Bien qu'elle assure n'avoir jamais été abusée par Bill Clinton, Virginia Roberts Giuffre, principale accusatrice de Jeffrey Epstein, a affirmé dans une déposition que l'ancien président s'était rendu sur l'île privée du magnat située au cœur des Iles vierges. Une visite démentie par le porte-parole de l'ex-chef d'Etat dans un communiqué, dans lequel il assure ne "rien savoir des terribles crimes" reprochés au financier, auquel il n'aurait plus parlé depuis "plus de dix ans".

 

 

 

Yashar Ali ðŸÂ￾˜ ✔@yashar
 

News: President Clinton has issued a statement on Jeffrey Epstein

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Jusqu'aux années 2010, Jeffrey Epstein comptait également parmi ses fréquentations le prince Andrew, deuxième fils de la reine d'Angleterre, que Virginia Roberts Giuffre accuse de viol au début des années 2000.

 

 

 

 

Le prince Andrew en compagnie de Virginia Roberts Giuffre, alors âgée de 17 ans, et de Ghislaine Maxwell, compagne de longue date de Jeffrey Epstein, dans la maison de celle-ci, le 13 mars 2001.

Le prince Andrew en compagnie de Virginia Roberts Giuffre, alors âgée de 17 ans, et de Ghislaine Maxwell, compagne de longue date de Jeffrey Epstein, dans la maison de celle-ci, le 13 mars 2001. (REX / SIPA)


 

D'après le Guardian, les deux hommes étaient notamment partis en vacances ensemble à Saint-Tropez et en Thaïlande. D'après le témoignage de Virginia Roberts Giuffre, cité par le Guardian, les agressions sexuelles auraient eu lieu à New York, à Londres et sur l'île privée de Jeffrey Epstein. Des accusations qui ont poussé le palais de Buckingham à nier "catégoriquement" des allégations "fausses et sans fondement". Un ton "inhabituellement vigoureux", analyse le quotidien britannique.

 

 

 

Des rebondissements en France ?

La justice française se penche désormais sur l'affaire. Juste avant d'être arrêté par les autorités américaines, le sexagénaire a en effet séjourné pendant plusieurs semaines en France. Lors de ses nombreuses et régulières escapades en Europe, le multimillionnaire logeait dans son appartement situé à deux pas de l'arc de Triomphe, au 22, avenue Foch, rapporte Paris Match.

 

 

 

L\'immeuble dans lequel Jeffrey Epstein possède un appartement, le 12 août 2019 dans le 16e arrondissement de Paris.

L'immeuble dans lequel Jeffrey Epstein possède un appartement, le 12 août 2019 dans le 16e arrondissement de Paris. (JACQUES DEMARTHON / AFP)


 

Un ancien ouvrier qui a travaillé dans l'appartement raconte à Libération y avoir vu "un couloir avec plusieurs photos de jeunes femmes nues", comme dans ses autres résidences, tandis qu'une ex-employée contactée par le quotidien français se souvient aussi d'avoir aperçu "plusieurs jeunes femmes qui venaient dans l'appartement".

 

 

Jeffrey Epstein pourrait également avoir bénéficié de complices français. Outre sa partenaire Ghislaine Maxwell, qui possède les nationalités britannique, américaine et française, le millionnaire a longuement fréquenté le dirigeant français d'une agence de mannequins "soupçonné d'avoir été l'un des pourvoyeurs principal du réseau", écrit Libération.

 

 

Un procès Epstein se tiendra-t-il un jour en France ? Contacté par franceinfo, le parquet de Paris affirme que "les éléments transmis au parquet de Paris sont en cours d'analyse et de recoupement""Les premières vérifications sont actuellement en cours afin de déterminer si une enquête doit être ouverte sur le territoire français", ajoute le parquet. 

La mort du financier n'a en tout cas pas clos le dossier aux Etats-Unis, rapporte NBC News : mercredi 14 août, Jennifer Araoz, qui avait accusé Jeffrey Epstein de viol, a déposé plainte à l'encontre de l'ex-partenaire du financier, Ghislaine Maxwell, et de trois autres femmes ayant travaillé pour le millionnaire dont les noms n'ont pas été révélés.

 


17/08/2019
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Franceinfo - le vendredi 16 août 2019

 

 

Donald Trump envisage d'acheter le Groenland pour l'intégrer au territoire américain

 

 

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C'est ce que révèle le "Wall Street Journal". L'île appartient au Danemark

 

 

 

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Une photo de Tasilaq, la capitale régionale du Groenland, territoire appartenant au Danemark.  (PHILIPPE ROY / PHILIPPE ROY)

 

 

 

OPA sur le Groenland ? Donald Trump envisagerait d'acheter cette immense île gelée du cercle arctique, appartenant au Danemark, pour l'intégrer au territoire américain, indique le Wall Street Journal (en anglais), jeudi 15 août. Une information confirmée par l'agence Reuters auprès de deux sources proches du président américain.

 

 

Le locataire de la Maison Blanche, qui a été un puissant magnat de l'immobilier avant de se lancer en politique, s'est entretenu à plusieurs reprises avec ses conseillers à propos de cette acquisition. La requête a été adressée "avec plusieurs niveaux de sérieux", précise le Wall Street Journal. 

 

 

Le Wall Street Journal ne précise pas si le Danemark est intéressé par cette transaction, mais Donald Trump est en tout cas attendu dans le pays du nord de l'Europe pour une visite officielle début septembre. Les Etats-Unis possèdent une base aérienne à Thulé, sur l'immense île gelée qui compte un total de 56 000 habitants. Et ce n'est pas la première fois que Washington jette son dévolu sur le territoire : an 1946, le président Harry Truman avait proposé au Danemark d'acheter le Groenland pur 100 millions de dollars.

 


16/08/2019
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Franceinfo - le lundi 12 août 2019

 

 

Chavirage mortel dans la Manche : "Il y a toujours des drames avec la mer, mais de cette importance-là, jamais", témoigne le maire d'Agon-Coutainville

 

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franceinfoRadio France

 

 

 

Trois enfants sont morts lundi, leurs parents ont été blessés, dans le chavirage de leur vedette de plaisance à Agon-Coutainville dans la Manche

 

 

 

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Christian Dutertre, maire d'Agon-Coutainville, le 12 août 2019. (HUGO SMAGUE / MAXPPP)

 

 

 

"Il y a toujours des drames avec la mer. Mais de cette importance, et avec des enfants, jamais", a réagi sur franceinfo lundi 12 août Christian Dutertre, le maire d'Agon-Coutainville (Manche). Plus tôt dans la journée, vers 15h30, une vedette de plaisance a chaviré, faisant trois morts. Les victimes sont des enfants âgés de 7 à 11 ans. Leurs parents, également à bord, sont blessés.

 

 

Le lieu du naufrage, à  environ 800 mètres de la plage de Passous, n'est"pas du tout accidentogène", selon le maire qui s'est rendu sur place "cinq minutes" après le drame. Christian Dutertre reconnaît que la mer était"nerveuse" et "pas facile" dans l'après-midi. "Mais d'abord, il faut savoir raison garder et ne pas donner d'informations qui n'ont pas été vérifiées, a insisté Christian Dutertre, on est encore dans le temps de l'investigation avec la gendarmerie et le procureur de la République". Le parquet de Coutances a ouvert une enquête pour déterminer les circonstances précises de ce naufrage et connaître les causes du décès des trois enfants. Un examen des corps des victimes sera pratiqué mardi.

 

 

"Encore une fois, il y a un temps de recueillement, de pensées, d'accompagnement des familles si besoin, insiste le maire d'Agon-Coutainville, pensons d'abord aux familles""C'est un drame pour les familles au sens large, les parents, les grands-parents", a-t-il conclu. Avant de prendre la mer, les victimes séjournaient pendant leurs vacances, dans un camping voisin de Gouville-sur-Mer.

 


16/08/2019
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Franceinfo - le vendredi 16 août 2019

 

 

L'article à lire pour comprendre la crise qui secoue Hong Kong depuis deux mois

 

 

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Camille CaldiniLouis SanFrance Télévisions
 

 

 

Né d'une opposition à un projet de loi spécifique, le mouvement de protestation contre la mainmise chinoise à Hong Kong ne faiblit pas et a élargi ses revendications, malgré l'ombre menaçante de Pékin

 

 

 

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Les forces de l'ordre tentent de disperser des manifestants pro-démocratie, à l'aéroport international de Hong Kong, le 13 août 2019. (TYRONE SIU / REUTERS)

 

 

 

Les grandes marches pacifiques ont laissé la place à de violents affrontements. Dans les rues de Hong Kong, les stations de métro, les halls de l'aéroport international... Des manifestants pro-démocratie, parfois violents, s'opposent aux forces de l'ordre qui n'hésitent pas à lancer des grenades lacrymogènes en tirs tendus et dans des espaces clos. 

 

 

Déclenché par un projet de loi prévoyant de faciliter les extraditions vers la Chine, le mouvement de contestation qui a saisi l'ancienne colonie britannique dure désormais depuis plus de deux mois. En face, les autorités hongkongaises ne cèdent pas et la répression est de plus en plus violente. De l'autre côté de la frontière, Pékin a déployé l'armée, signe que le gouvernement central prend ce conflit au sérieux. On vous explique la grave crise que traverse ce territoire, très particulier, depuis début juin.

 

 

 

C'est où, Hong Kong ?

Hong Kong, c'est un petit territoire de 1 100 km2 (un peu plus petit que le département du Val-d'Oise), au sud-est de l'immense Chine continentale. Comme Macao, Hong Kong dispose du statut de Région administrative spéciale (RAS) de la République populaire de Chine. C'est pourquoi on parle d'un territoire "semi-autonome".

 

 

Un territoire qui a sa propre loi fondamentale (équivalent d'une constitution) qui prévoit en principe des élections au suffrage universel et qui dispose de sa propre monnaie, le dollar hongkongais, indexé sur le dollar américain. Hong Kong possède également son propre système judiciaire, mais aucune indépendance en matière de diplomatie et défense.

 

 

 

 

 

 

 

Hong Kong tient ce statut de son histoire mouvementée. Incorporé à la Chine avant notre ère, il est occupé par les Anglais (qui conduisent aussi à gauche) au XIXe siècle. Pour les Britanniques, le "port aux parfums" est un comptoir maritime idéal en Extrême-Orient, ainsi qu'un point d'entrée vers le continent chinois, via la rivière des Perles (à l'Ouest), qui mène directement à Canton.

 

 

Dans les années 1980, alors que des territoires voisins de Hong Kong doivent être rendus à la Chine à l'expiration d'un bail de 99 ans, Londres et Pékin négocient le retour de la colonie dans le giron chinois. Le Royaume-Uni de Margaret Thatcher accepte de se retirer de Hong Kong. En échange, Pékin s'engage à respecter temporairement le système économique capitaliste qui y règne. C'est le principe "un pays, deux systèmes". Le 1er juillet 1997, Hong Kong est rétrocédé à la Chine sous ces termes, valables jusqu'en 2047.

 

 

 

Mais alors, qui dirige cette région ?

En théorie, Hong Kong dispose d'un pouvoir exécutif qui, si la loi fondamentale était respectée, devrait être élu au suffrage universel. Mais ce n'est pas le cas. A la tête de cette région semi-autonome et dans le viseur des manifestants, on trouve Carrie Lam, désignée en mars 2017 par un comité de grands électeurs, majoritairement fidèles à Pékin. Carrie Lam, 62 ans, est la première femme à occuper ce poste d'équilibriste, entre les intérêts des Hongkongais et la volonté de Pékin.

 

 

 

 

La cheffe du pouvoir exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, passe devant des manifestants, devant son bureau, à Hong Kong, le 13 août 2019.

La cheffe du pouvoir exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, passe devant des manifestants, devant son bureau, à Hong Kong, le 13 août 2019. (THOMAS PETER / REUTERS)


 

Née dans une famille humble du quartier de Wan Chai, elle a fréquenté une école catholique, avant d'étudier à l'université de Cambridge. Elle a ensuite fait carrière dans la fonction publique, avant d'entrer en politique, se révélant très loyale envers le gouvernement central chinois. Comme son prédécesseur, Carrie Lam est souvent qualifiée de "marionnette de Pékin" par ses détracteurs. Depuis le début de la crise, elle aurait plusieurs fois proposé de démissionner, mais "Pékin a refusé", selon les informations du Financial Times (en anglais).

 

 

 

Qu'est-ce qui a poussé les Hongkongais dans la rue ?

Hong Kong est le théâtre d'une forte agitation politique depuis une dizaine d'années. Certains Hongkongais ont le sentiment que l'accord de rétrocession n'est plus respecté. Ils accusent Pékin de rogner les libertés dont doit bénéficier le territoire jusqu'en 2047. A l'automne 2014, le cœur financier de Hong Kong avait été bloqué pendant plusieurs semaines par le "mouvement des parapluies", une vaste mobilisation en faveur de l'autodétermination et de la démocratie. Mais Pékin n'avait rien lâché. 

 

 

Depuis, de nombreux militants pro-démocratie ont été incarcérés ou empêchés de se présenter à des élections. En 2017, six députés issus des rangs de l'opposition ont été déchus de leur mandat : on leur reproche d'avoir manqué de respect à Chine en utilisant un ton, un rythme ou une prononciation "insinuant des doutes" lors de leur prestation de serment, explique RFI. En 2018, les autorités hongkongaises ont en outre interdit le parti indépendantiste HKNP, estimant qu'il "avait un objectif clair visant à faire de Hong Kong une république indépendante".

 

 

Fin avril, dans ce contexte déjà difficile, l'annonce d'un projet de loi devant permettre des extraditions vers la Chine continentale a mis le feu aux poudres. Ce texte prévoit que quiconque directement ou indirectement lié à une activité jugée criminelle par la Chine continentale (ce qui peut inclure des ONG, travailleurs sociaux, journalistes...) résidant ou étant de passage à Hong Kong, pourra être arrêté, extradé et jugé en Chine continentale.

 

 

>> Cinq questions sur la crise à Hong Kong

 

 

Or, les Hongkongais dénoncent une justice chinoise opaque et politisée. Ils craignent que les extradés soient la proie de détentions arbitraires, procès inéquitables ou subissent des séances de torture. "Personne ne sera en sécurité, y compris les activistes, les défenseurs des droits de l'Homme, les journalistes et travailleurs sociaux", s'est alarmé l'ONG Human Rights Watch dans un communiqué (en anglais).

 

 

 

Pourquoi cela dure autant ? 

Une semaine après la première manifestation monstre du 9 juin, Carrie Lam a annoncé la suspension de son projet de loi à l'origine de la contestation, espérant éteindre l'incendie. Sans effet. Entre-temps, la mobilisation a considérablement élargi ses revendications. Désormais, les manifestants remettent ouvertement en cause l'influence globale de Pékin à Hong Kong et dénoncent le recul de leurs libertés.

 

 

Cinq revendications émergent : le retrait du projet de loi et non sa simple suspension, le retrait de la qualification "d'émeutes" pour les manifestations du 12 juin, avec la création d'une commission d'enquête indépendante sur les accusations de violences policières, la libération sans poursuite des centaines de manifestants arrêtés, la mise en place du suffrage universel et la démission de Carrie Lam.

 

 

>> GRAND FORMAT : "Nous perdons nos libertés" : ces habitants de Hong Kong se battent pour préserver leur identité face à la Chine

 

 

"Si nos cinq revendications ne sont toujours pas entendues par Carrie Lam et son gouvernement, le Front civil des droits humains continuera à tenir des manifestations et des rassemblements", avertit Bonnie Leung, une des organisatrices du mouvement.

 

 

Carrie Lam résiste. "Je ne crois pas que nous devrions faire des concessions dans le but de faire taire les manifestants auteurs de violences", estime-t-elle, le 9 août. "La violence, que ce soit son utilisation ou son apologie, poussera Hong Kong sur un chemin sans retour et plongera la société hongkongaise vers une situation très inquiétante et dangereuse", ajoute-t-elle quelques jours plus tard. Bref, un dialogue de sourds s'est installé et la situation, dans l'impasse, dégénère.

 

 

 

Comment réagit Pékin ?

La Chine a d'abord fait l'autruche. Quand, le 9 juin, les organisateurs annoncent plus d'un million de manifestants dans les rues de Hong Kong, les médias chinois sont silencieux. L'agence officielle Chine nouvelle minimise l'événement, la télévision CCTV ne mentionne pas les manifestations et sur Weibo, le Twitter chinois, les recherches ne donnent aucun résultat à cause de la censure. Les médias chinois pensent ensuite trouver une parade : insister sur des manifestations de soutien au projet de loi, plutôt que sur celles des opposants. En vain.

 

 

Sur le terrain, Pékin garde encore ses distances. Quand le Parlement de Hong Kong a été envahi, le 1er juillet, les autorités chinoises condamnent seulement l'action d'un "petit nombre de radicaux". Le ton se fait plus sévère un mois plus tard. "Ceux qui jouent avec le feu périront par le feu", avertit, le 6 août, le porte-parole du Bureau des affaires de Hong Kong et Macao, Yang Guang. Les 13 et 14 août, Pékin change de vocabulaire, qualifiant les violences contre les policiers de "crimes graves" et de "premiers signes de terrorisme".

 

 

 

On sait qui sont les manifestants ?

Les premières manifestations de juin ont rassemblé jusqu'à deux millions de personnes, soit plus d'un quart de la population de Hong Kong (7,4 millions). "Cela montre que la mobilisation a touché tous les âges et toutes les classes sociales", analyse Philippe Le Corre, chercheur et spécialiste de la Chine et de Hong Kong. Si les jeunes représentent une part importante des manifestants, leurs aînés ont également suivi le mouvement à ses débuts. Des personnes âgées ont elles aussi défilé en faveur de la démocratie, tout comme des familles.

 

 

Ces dernières semaines, certains de ces manifestants ont durci leurs moyens d'action. "Il s'agit de jeunes prêts à en découdre, qui ont clairement expliqué que le pacifisme, cela ne fonctionne plus. C'est une nouveauté", explique Philippe Le Corre à franceinfo. "Des moyens plus radicaux sont pour eux la seule façon de médiatiser, d'internationaliser leur mouvement." Et de se faire entendre face au régime chinois. 

 

 

>> Profil, méthodes, revendications... Qui sont les manifestants pro-démocratie à Hong Kong ?

 

 

Une étude récente montre que les manifestants sont plutôt des jeunes, éduqués et très en colère. Sur les 6 688 personnes interrogées par des chercheurs de quatre universités de Hong Kong, près de la moitié (46%) sont des femmes et plus des trois quarts (77%) ont fait des études supérieures. Et la moitié ont moins de 30 ans.

 

 

Interrogés sur ce qui motivait leur engagement dans le mouvement pro-démocratie, 87% ont déclaré qu'ils voulaient que le projet de loi sur l'extradition soit retiré. Mais beaucoup ont aussi fait part de leurs griefs envers les forces de l'ordre : 95% se disent insatisfaits de la façon dont la police gère les manifestations et 92% réclament une commission d'enquête indépendante sur les violences policières.

 

 

 

Une flambée de violence est-elle à craindre ?

L'armée chinoise dispose d'une garnison de plusieurs milliers d'hommes sur le territoire de Hong Kong. Elle n'a pas vocation à entrer en action, sauf si les autorités locales le demandent. Et Pékin agite de plus en plus le spectre d'une intervention militaire. Début août, l'armée chinoise a diffusé une vidéo montrant un exercice de ses soldats occupés à réprimer une émeute sur le territoire semi-autonome. Quelques jours plus tard, plusieurs médias ont repris des images officielles de véhicules militaires chinois en entraînement à Shenzhen, aux portes de Hong Kong.

 

 

 

DW News ✔@dwnews
 

China's state media has released footage showing increased military buildup in Shenzhen, on the border with Hong Kong.

They say that this is a routine drill, though critics fear that this is a message to Hong Kong protesters.

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"La logique qui a conduit à la tragédie de 1989 est en train de se produire à Hong Kong trente ans après", s'inquiète sur franceinfo Lun Zhang, professeur chinois à la Maison des sciences et de l'homme à l'université de Cergy-Pontoise et chercheur en sociologie à l'EHESS, faisant référence à la répression de la place Tiananmen. "Les enjeux ne sont pas tout à fait les mêmes, la logique des affrontements l'est presque, avec, d'un côté, un pouvoir autoritaire, celui de Pékin, qui ne veut rien lâcher."

 

 

D'autres spécialistes sont plus mesurés. "Si on est réaliste, quels seraient les coûts d'une intervention militaire avec les tanks qui débarquent à Central et qui tirent...", s'interroge sur Arte, le 13 août, Jean-Philippe Béja, sinologue et chercheur émérite au CNRS. "C'est difficilement imaginable", pour lui. "Le mouvement à Hong Kong ne menace pas directement le pouvoir du Parti communiste sur l'ensemble de la Chine", commente-t-il.

 

 

"Une intervention militaire ou policière à Hong Kong semble très improbable", juge également auprès du Monde, l'ancien Premier ministre australien Kevin Rudd, président du think tank Asia Policy Institute. "Le scénario le plus vraisemblable est que Pékin, par sa non-réaction, va laisser le mouvement décliner", ajoute-t-il. Selon lui, "une intervention aurait des conséquences inconnues au niveau international et provoquerait l'isolement de la Chine".

 

 

 

Qu'en dit la communauté internationale ?

A l'étranger, on observe ce qui se passe à Hong Kong sans trop oser s'exprimer. "Le Parlement européen a fait un communiqué, mais on ne peut pas dire que la communauté internationale soit prête à affronter la Chine sur ce sujet", résume le chercheur Philippe Le Corre, auprès de franceinfo. Les commentaires sont en effet mesurés et discrets. 

 

 

Donald Trump, pourtant en plein bras de fer commercial avec la Chine, a d'abord estimé qu'il s'agissait d'une affaire interne. Le président américain a sobrement appelé à ce que "tout le monde" reste "calme et en sécurité". "J'espère qu'il y aura une solution pacifique" et que "personne ne sera tué", a-t-il ajouté. Le 14 août, finalement, le département d'Etat américain a fait part de préoccupation vis-à-vis des "mouvements paramilitaires chinois" à la frontière avec Hong Kong. "Nous condamnons la violence (...) mais restons déterminés dans notre soutien à la liberté d'expression et à la liberté de réunion pacifique à Hong Kong", poursuit le communiqué d'un porte-parole de la diplomatie américaine.

 

 

De son côté, le Royaume-Uni, en partie responsable du statut actuel de Hong Kong, est encore plus discret. Vendredi 9 août, le chef de la diplomatie britannique, Dominique Raab, a téléphoné à Carrie Lam pour lui demander une "enquête pleinement indépendante sur les événements récents", en référence à la répression musclée des manifestations contre le gouvernement. La Chine a immédiatement rétorqué à Londres de cesser ses "ingérences".

 

 

En France, pas un mot. Une vingtaine de députés LREM ont d'ailleurs signé une lettre ouverte dans laquelle ils fustigent le silence français. "Il est temps que la communauté internationale parle à la Chine"explique à franceinfo Jean-François Cesarini, député LREM du Vaucluse.

 

 

 

J'ai eu la flemme de tout lire. Vous pouvez me faire un petit résumé ?

Cela fait maintenant plus de deux mois que Hong Kong, ancienne colonie britannique et Région administrative spéciale (RAS) de la République populaire de Chine, est agité par d'immenses manifestations. Des centaines de milliers de Hongkongais réclament le retrait définitif d'un projet de loi qui faciliterait les extraditions vers la Chine continentale, l'instauration d'une véritable démocratie et la démission de la dirigeante de Hong Kong pro-Pékin, Carrie Lam. D'abord pacifique, le mouvement s'est durci sous l'impulsion de certains groupes organisés qui n'hésitent pas à affronter les forces de l'ordre, accusées de violence. Et si le pouvoir chinois a d'abord suivi les événements de loin, il qualifie désormais certains actes des manifestants de "terrorisme", faisant craindre à certains observateurs une intervention militaire.

 


16/08/2019
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Franceinfo - le mercredi 14 août 2019

 

 

Sahara occidental : Washington contre la création d’un nouvel Etat en Afrique

 

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Alain ChémaliRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

A la faveur d’un reportage "sous étroite surveillance" marocaine au Sahara occidental, le Wall Street Journal a lâché une vraie petite bombe diplomatique. Il a révélé que Washington est opposé à l’indépendance de ce territoire contesté

 

 

 

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Le marché de Laayoune, chef-lieu du Sahara occidental sous contrôle marocain, le 3 novembre 2018. (FADEL SENNA / AFP)

 

 

 

Autorisé à se rendre en reportage à Laayoun, chef-lieu du Sahara occidental, annexé par le Maroc et revendiqué par le Front Polisario, le très sérieux quotidien américain Wall Street Journal (WSJ) a mis en lumière un intérêt inhabituel de la Maison Blanche pour ce conflit vieux de 44 ans en révélant que l'administration américaine est opposée à l’indépendance de ce territoire contesté.

 

 

 

Les espérances sahraouies ont peu de chance de se concrétiser

"Ceux qui espèrent voir lever le drapeau sur un Sahara occidental indépendant risquent d’être déçus par l’administration Trump", écrit le journaliste qui s’est rendu dans la région dans l’édition du 11 août 2019.

 

 

Dion Nissenbaum répondait indirectement dans son papier au message qu’un indépendantiste sahraoui rencontré sur place lui avait demandé de faire parvenir à John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale du président américain.

 

 

"S’il vous plaît, donnez à Monsieur Bolton une forte accolade de la part du peuple sahraoui", lui a dit cet activiste de Laayoune. "Nous dépendons de lui, nous apprécions ce qu’il fait pour le peuple du Sahara occidental et nous serons de bons amis des Etats-Unis", a-t-il assuré.

 

 

Dans son reportage, aussitôt repris par de nombreux sites marocains dont le Desk, le journaliste américain explique pourquoi, en dépit des positions du turbulent conseiller de Donald Trump, les espérances sahraouies ont peu de chances de se concrétiser.

 

 

Citant des sources officielles marocaines et occidentales impliquées dans les négociations sur ce conflit, le journaliste rapporte en effet que les Etats-Unis sont opposés à la l’indépendance de ce territoire envahi par le Maroc en 1975, dans la foulée du départ de la puissance coloniale espagnole.

 

 

 

Washington contre la création d'une nouvelle nation en Afrique

"Il est clair que Washington ne soutiendra pas un plan destiné à créer une nouvelle nation africaine", écrit-il, soulignant qu’il s’agit là d’un accord tacite entre Américains et Marocains qui ne peut que déplaire aux indépendantistes.

 

 

Ce sont ces assurances qui auraient contribué à ramener le Maroc dans la négociation, précise le WSJ qui rappelle dans le même temps l’opposition de John Bolton au maintien de la MINURSO, la mission de l’ONU au Sahara occidental.

 

 

Vieux routier du dossier pour lequel il a contribué à rédiger l’accord onusien qui a mis fin aux affrontements entre le Maroc et le Polisario en 1991, Bolton avait même menacé de recourir au véto américain contre la prorogation de la mission de la force de l’ONU en l’absence de progrès dans les pourparlers entre les deux parties.

 

 

"Nous avons besoin de voir de réels progrès dans la résolution du conflit afin de ne pas continuer à dépenser des ressources limitées dans des missions de maintien de la paix sans fin", a déclaré le haut responsable américain qui voit dans la MINURSO l’exemple même des échecs onusiens.

 

 

Avec une Algérie, principal soutien du Front Polisario, en pleine effervescence et après la démission "pour raison personnelle" de Horst Kohler, l’ancien président allemand nommé envoyé spécial des Nations unies pour le Sahara, les avancées sur ce dossier sont à nouveau au point mort.

 

 

 

Le départ de la MINURSO, un appel d'air pour Daech et Al Qaïda

"Des pourparlers sérieux sur le Sahara occidental au milieu de ces incertitudes semblent improbables et le plan américain pour mettre fin à la mission des Nations unies pourrait créer davantage de troubles", prévient le journal.

 

 

En cherchant à retirer quelque 250 observateurs des Nations unies et à faire une économie de 50 millions de dollars par an, la Maison Blanche court le risque, "dans cette dernière poche de stabilité en Afrique du Nord, de créer de nouvelles opportunité d’expansion pour l’Etat islamique ou Al Qaïda", estime encore Dion Nissenbaum.

 

 

La situation risque, selon lui, de s’aggraver en octobre prochain avec l’expiration du mandat de la force de maintien de la paix si l’ONU ne parvient pas à faire progresser le processus politique.

 

 

Le jour même de la publication de l’article du WSJ, le président sahraoui dénonçait une tentative du Maroc de changer le statut quo dans la zone tampon de Guerguerat, selon la publication algérienne en ligne Al Watan.

 

 

Dans une lettre adressée au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, Brahim Ghali estime que l’installation, ces derniers jours, d’agents de sécurité et de renseignement par les autorités marocaines dans cette zone sont une "violation grave" de l’accord de cessez-le-feu de 1991, un acte "provocateur et déstabilisateur qui accroîtrait la menace sur la sécurité dans la région".

 


15/08/2019
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Franceinfo - le jeudi 15 août 2019

 

 

Mort de Nora Quoirin : pas de traces de coups ni de violences, d'après les premiers résultats de l'autopsie

 

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franceinfoRadio France

 

 

Le médecin légiste a constaté une hémorragie interne de l'intestin. Il a également daté la mort de l'adolescente à six jours après sa disparition en Malaisie

 

 

 

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Une affiche montrant Nora Quoirin, le 8 août 2019, à Seremban (Malaisie) (MOHD RASFAN / AFP)

 

 

 

Le corps de Nora Quoirindécouvert mardi 13 août en Malaisie dix jours après sa disparition, ne présente pas de traces de coups ni de violences, d'après les premiers résultats de l'autopsie, a appris franceinfo jeudi de source proche du dossier. Cette autopsie, réalisée mercredi, a duré douze heures. Selon nos informations, le médecin légiste a constaté une hémorragie interne de l'intestin. Il a également daté la mort de l'adolescente à quatre jours avant la découverte du corps, soit six jours après sa disparition. Des analyses toxicologiques sont en cours, mais les résultats ne sont pas connus pour l'instant.

 

 

 

"Aucun soupçon d'acte criminel", selon la police malaisienne

"Rien n'indique que Nora Quoirin ait été violée. Pour l'instant, il n'y a aucun soupçon d'acte criminel", a déclaré jeudi le chef de la police de l'État de Negeri Sembilan, au sud de Kuala Lumpur. Selon lui, l'adolescente a souffert d'un "stress extrême" et de la "faim" et succombé à une "hémorragie gastro-intestinale".

 

 

Nora Quoirin, adolescente franco-irlandaise de 15 ans, a disparu près de Seremban, en Malaisie, dans la nuit du 3 au 4 août, alors qu'elle était en vacances avec sa famille. La jeune fille, qui souffre d'un léger handicap mental, a été retrouvée dix jours après sa disparition, dans la jungle, à un peu plus de deux kilomètres du lieu de sa disparition. 

 


15/08/2019
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Franceinfo - le mardi 13 août 2019

 

 

Tribune de députés LREM sur la crise à Hong Kong : "Il ne faut pas attendre un énorme drame pour s'exprimer", exhorte un des signataires

 

 

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franceinfoRadio France

 

 

 

Après plusieurs semaines de manifestations et alors que l'exécutif hongkongais durcit le ton, une vingtaine de députés français LREM ont signé une lettre ouverte, demandant à la France de s'exprimer. "Plus il y aura de mobilisation politique, plus le gouvernement chinois fera attention", selon le député Jean-François Cesarini

 

 

 

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Jean-François Cesarini, député LREM du Vaucluse, le 20 mars 2019, dans la salle des Quatre colonnes à l'Assemblée nationale.  (VINCENT ISORE / MAXPPP)

 

 

 

Alors que les manifestants pro-démocratie ont de nouveau investi l'aéroport de Hong Kong mardi 13 août, une vingtaine de députés français La République en marche ont signé une lettre ouverte dimanche, fustigeant le silence de la France. "Il ne faut pas attendre qu’il y ait un énorme drame à Hong Kong pour ensuite s’exprimer en regrettant ce qui s’est passé", a indiqué sur franceinfo Jean-François Cesarini, député LREM du Vaucluse. "Plus il y aura de mobilisation politique en France et ailleurs, plus le gouvernement chinois fera attention avant de parler de terrorisme, de chemin de non-retour", a-t-il ajouté.

 

 

 

franceinfo : Reprochez-vous au président Emmanuel Macron de ne pas réagir ?

 

 

Jean-François Cesarini : On ne s’est pas simplement dirigé contre le gouvernement français ou le président de la République. Le silence est beaucoup plus grand que cela : nos opposants politiques, que ce soit le Parti socialiste, Les Républicains ou le Rassemblement national, ne se sont pas exprimés à ce sujet. Même plus généralement dans la communauté internationale, on voit qu’il y a beaucoup de réticences, voire un grand silence.

 

 

Il ne faut pas attendre qu’il y ait un énorme drame à Hong Kong pour ensuite s’exprimer en regrettant ce qu'il s’est passé. Il est temps que la communauté internationale parle à la Chine. Il ne faut pas le faire de manière manichéenne ou frontale, ne pas dire ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire, mais dire simplement que cette aspiration à la démocratie doit être entendue et que le dialogue doit être premier par rapport à la violence.

 

 

À la fois, la France est l’amie de la Chine, et à la fois elle doit soutenir et entendre des aspirations démocratiques. Surtout nous, en tant que Français, héritiers de la Révolution française. On peut parler aujourd’hui à la Chine en tant que Français sans être condescendants et donneurs de leçons.

 

 

 

Il y a un nom qui ne figure pas dans cette tribune, celui de la députée qui représente les Français d’Asie, Anne Genetet. Son absence amoindrie-t-elle votre action ?

 

 

Amoindrir, non. Elle s’est exprimée sur les réseaux sociaux en disant qu'elle pourrait signer une partie de la lettre, notamment la dernière page, mais que peut-être, au début, le ton était un petit peu trop frontal, pas suffisamment diplomatique. Elle est députée des Français notamment en Chine, je peux comprendre qu’il y ait des difficultés, des sensibilités qui soient plus délicates pour elle que pour nous.

 

 

 

A-t-on peur de la Chine et d'éventuelles représailles économiques ?

 

 

Il y a des liens compliqués. La France s’exprimait sur la Russie il y a quelques jours, et pourtant, il y a des accords économiques assez forts. Il n’y a donc pas de raison qu’on ne puisse pas le faire avec la Chine. Il est évident qu’au-delà de la France, c’est à la communauté européenne de s’exprimer.

 

 

Comme à chaque fois qu'il y a une crise dans le monde, les autorités locales sont plus réticentes à avoir une répression aveugle, quand la communauté internationale regarde, met un coup de projecteur dessus. C’est ça qu’il faut faire aujourd’hui. Si on est dans le silence et qu’on regarde ailleurs, alors effectivement la répression pourra se faire de manière beaucoup plus libérée et peut-être de manière beaucoup plus violente. Plus il y aura de mobilisation politique en France et ailleurs, plus le gouvernement fera attention avant de parler de terrorisme ou de "chemin sans retour", et avant de faire des vidéos montrant l'armée chinoise arriver aux frontières.

 


14/08/2019
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Franceinfo - le mardi 13 août 2019

 

 

Affaire Jeffrey Epstein : pourquoi Donald Trump, Bill Clinton et le prince Andrew d'Angleterre sont-ils impliqués ?

 

 

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Valentine PasquesooneFrance Télévisions

 

 

 

Le financier américain, accusé d'exploitation et d'agressions sexuelles sur plusieurs dizaines de mineures, a été retrouvé mort dans sa cellule de prison new-yorkaise samedi matin, à l'issue d'un "suicide apparent", selon l'administration pénitentaire. L'affaire est embarrassante pour plusieurs personnalités américaines et étrangères

 

 

 

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Le magnat de l'immobilier américain Donald Trump et sa future femme, Melania Knauss, en compagnie de Jeffrey Epstein et de son ex-compagne Ghislaine Maxwell, le 12 février 2000 au club privé Mar-a-Lago à Palm Beach, en Floride (Etats-Unis).  (DAVIDOFF STUDIOS PHOTOGRAPHY / ARCHIVE PHOTOS / GETTY IMAGES)

 

 

 

 

Conditions précises de sa mort, poursuites de l'enquête, liens avec la France... De nombreuses questions restent en suspens, lundi 12 août, deux jours après la découverte dans sa cellule de la prison fédérale de Manhattan (Etats-Unis) du corps sans vie de Jeffrey Epstein, financier accusé de trafic et d'agressions sexuelles sur mineures.

 

 

Ce dernier avait été inculpé, le 8 juillet, pour exploitation sexuelle de mineures et d'association de malfaiteurs en vue d'exploiter sexuellement des mineures. L'administration pénitentiaire, dans l'attente des résultats de son autopsie, a qualifié la mort du magnat d'"apparent suicide".

 

 

Au-delà des circonstances exactes de sa mort, les relations entre le sexagénaire et plusieurs personnalités politiques, tels l'actuel président des Etats-Unis, Donald Trump, l'ancien chef d'Etat Bill Clinton ou encore le prince Andrew – deuxième fils de la reine d'Angleterre –, restent au cœur des interrogations et spéculations. Franceinfo fait le point sur ce que l'on sait des relations entre l'Américain et ces trois hommes de pouvoir.

 

 

 

Des soirées régulières avec Donald Trump

Les liens entre le 45e président des Etats-Unis et Jeffrey Epstein, remontant aux années 1990 et 2000, ont refait surface récemment. D'après le quotidien Miami Herald (lien en anglais)Donald Trump et Jeffrey Epstein étaient voisins à Palm Beach, près de Miami (Floride). Ils se lient alors d'amitié : au fil des années 1990 et 2000, Donald Trump, alors homme d'affaires et personnalité médiatique, se rend régulièrement à des événements mondains organisés par Epstein. Le financier, lui, est vu à plusieurs reprises au club privé Mar-a-Lago, propriété de l'actuel président américain, relate Vox (en anglais). Selon le Guardian (en anglais), il s'y est rendu à au moins deux reprises, en 1997 et en 2000, posant alors pour quelques photos avec Donald Trump. Le carnet d'adresses de Jeffrey Epstein, rendu public en 2009, contenait pas moins de 14 numéros de téléphone pour joindre Donald Trump et son personnel. 

 

 

Jeffrey Epstein (...) était traité comme un ami proche du propriétaire et "maître d'hôtel" du club Mar-a-Lago, Donald Trump.Le "New York Times"

 

 

A cette époque, les deux hommes se croisaient régulièrement lors de dîners à Manhattan (Etats-Unis). Ce qui caractérisait leur relation était "une appréciation mutuelle de la richesse et des femmes", résume le New York Times (en anglais). Voici comment, en 2002, Donald Trump décrit son ami "Jeff" pour un portrait réalisé par le New York Magazine (en anglais) : "Cela fait quinze ans que je connais Jeff. C'est un gars génial", confie le magnat de l'immobilier. "On s'amuse bien avec lui. La rumeur dit même qu'il aime autant les femmes que moi, et que beaucoup d'entre elles sont plutôt jeunes, poursuit-il. Cela ne fait aucun doute, Jeffrey profite bien de sa vie sociale."

 

 

Le New York Times évoque ainsi une soirée au club de Mar-a-Lago en 1992, où près de 30 jeunes femmes sont invitées spécialement pour "un concours de femmes de calendriers". Donald Trump a invité ces jeunes Américaines exclusivement pour lui et son ami, Jeffrey Epstein. Une vidéo, filmée par NBC (lien en anglais) cette même année, montre les deux voisins observant des femmes dansant lors d'une soirée. Donald Trump semble glisser un "Elle est canon !", et Jeffrey Epstein acquiesce, tout sourire. 

 

 

 

 

 

 

 

 

A travers cette amitié et cette "appréciation mutuelle pour les femmes", le dirigeant américain a-t-il été témoin des agissements du financier ? Dans un livre cité par Elle (en anglais), l'un de ses anciens conseillers, Roger Stone, évoque une blague de Donald Trump entendue à l'époque, à son retour du domicile d'Epstein en Floride. "La piscine était remplie de très belles jeunes femmes", s'est amusé l'actuel président. Selon les révélations du Miami Herald (en anglais), l'une des victimes présumées de Jeffrey Epstein travaillait pour le club Mar-a-Lago de Donald Trump lorsqu'elle a commencé à être abusée par le financier.

 

 

En juin 2016, d'après le quotidien américain, une autre femme accuse les deux amis. Elle porte plainte contre Donald Trump, assurant qu'il l'a violée en 1994 lors d'une fête au domicile new-yorkais de Jeffrey Epstein. Elle n'avait alors que 13 ans. En novembre 2016, la victime présumée assure avoir subi des menaces et craindre des représailles. Elle retire sa plainte, précise le Miami HeraldVox rapporte notamment que plusieurs journalistes ont fait part de leur méfiance à l'égard de son témoignage.

 

 

Interrogé récemment sur ses liens avec le financier, Donald Trump a assuré, face à la presse, qu'il le connaissait "comme tout le monde à Palm Beach le connaissait". "J'ai eu une dispute avec lui, je ne lui ai pas parlé depuis quinze ans. Je n'étais pas un grand fan de lui, je peux vous l'assurer", a-t-il précisé. Selon le New York Times, leur relation s'est arrêtée à cause d'un accord financier manqué. Donald Trump aurait également assuré à l'une de ses assistantes, pendant la campagne présidentielle, qu'il avait refusé l'entrée de ses clubs à Jeffrey Epstein après avoir su qu'il cherchait à "recruter" une jeune femme travaillant à Mar-a-Lago.

 

 

 

Des voyages avec Bill Clinton

Donald Trump n'est pas le seul président américain avec qui Jeffrey Epstein a entretenu des liens étroits. Quand Bill Clinton était à la Maison Blanche, entre 1993 et 2001, le magnat s'y est rendu à plusieurs reprises pour un événement consacré à des donations ou pour y rencontrer un membre du personnel du président, rapporte le site américain Daily Beast (en anglais). Mais la relation entre les deux hommes s'est amplifiée à la fin de la présidence de Bill Clinton, notamment à travers la Fondation Clinton, une ONG à but humanitaire. D'après le Miami Herald, Jeffrey Epstein a financé cette fondation ainsi que d'autres causes portées par le Parti démocrate. Il a également voyagé à plusieurs reprises à bord de l'avion privé du financier.

 

 

Le porte-parole de Bill Clinton, Angel Ureña, a déclaré dans un communiqué le 9 juillet que l'ancien président avait voyagé quatre fois à bord de cet avion, entre 2002 et 2003. Ces voyages – un en Europe, un autre en Asie et deux en Afrique –"comprenaient des escales en lien avec le travail de la Fondation Clinton", a assuré le porte-parole. L'un de ces voyages était consacré au développement économique de l'Afrique et à la lutte contre le VIH.

 

 

Jeffrey est à la fois un financier très accompli et un philanthrope engagé (...) J'ai particulièrement apprécié ses connaissances et sa générosité lors de ce récent voyage en Afrique.un porte-parole de Bill Clintonau "New York Magazine" en 2002

 

 

Plusieurs médias américains font cependant état d'autres vols de Bill Clinton à bord de l'avion d'Epstein. Le site Gawker (en anglais) évoquait ainsi, dès 2015, une douzaine de voyages de l'ancien président avec le financier. L'un d'entre eux était un vol interne entre Miami et West Harrison, dans l'Etat de New York – un aéroport proche du domicile de Bill Clinton. D'après Gawker, l'ex-chef d'Etat a voyagé à 11 reprises avec Ghislaine Maxwell, l'ancienne compagne d'Epstein accusée d'être sa maquerelle. L'avion était d'ailleurs surnommé le "Lolita Express", sombre référence aux agissements du financier. L'ex-président démocrate s'est aussi rendu au domicile de Jeffrey Epstein à New York et l'a revu à l'occasion d'un rendez-vous à son bureau en 2002. L'une des femmes accusant le financier d'agression sexuelle assure encore avoir aperçu Bill Clinton en visite sur l'île privée du magnat, au cœur des Iles vierges, relate Vox (en anglais). Mais le porte-parole de Bill Clinton dément cette allégation. 

 

 

A ce stade de l'enquête, l'ancien dirigeant n'est visé par aucune accusation d'agression sexuelle sur mineures à travers ses liens avec Jeffrey Epstein. Dans son récent communiqué, Angel Ureña assure que "le président Clinton ne sait rien des terribles crimes" reprochés au financier. "Cela fait plus de dix ans qu'il ne lui a pas parlé." 

 

 

 

Une longue amitié avec le prince Andrew

Le deuxième fils de la reine d'Angleterre, âgé de 59 ans, est une autre personnalité citée dans les accusations visant Jeffrey Epstein. A l'instar de Donald Trump et de Bill Clinton, le financier et le prince Andrew se sont rencontrés au cours des années 1990, par l'intermédiaire de Ghislaine Maxwell, relate le Guardian (en anglais). Mais contrairement aux dirigeants américains, cette amitié a duré jusqu'aux années 2010. Ils passaient du temps ensemble à Saint-Tropez entre fêtes et soirées, au château de Windsor ou encore lors de vacances en Thaïlande, précise le quotidien britannique. Jeffrey Epstein a également prêté de l'argent à l'ex-femme du prince Andrew, Sarah Ferguson, afin de l'aider à rembourser plusieurs dettes. Celle-ci l'a reconnu en 2011, évoquant "une immense erreur de jugement".

 

 

D'après l'enquête du Miami Herald, l'une des victimes présumées de Jeffrey Epstein a témoigné contre le prince Andrew dès le mois de janvier 2015. Elle affirme que le financier l'a forcée "à avoir des relations sexuelles" à trois reprises avec le frère de l'héritier du trône britannique, alors qu'elle était adolescente. D'après son témoignage, cité par le Guardian, ces faits auraient eu lieu à New York, au domicile londonien de Ghislaine Maxwell, et lors d'une "orgie avec de nombreuses autres jeunes filles mineures" sur l'île privée de Jeffrey Epstein. Ce dernier, d'après ses accusations, l'aurait obligée "à donner au prince tout ce qu'il réclamait"

 

 

Le duc d'York est également accusé d'avoir touché les seins d'une jeune femme au domicile de Jeffrey Epstein à Manhattan en 2001, rapporte le quotidien britannique (lien en anglais). Elle avait alors 21 ans. Le palais de Buckingham a toujours nié ces accusations, précise le Guardian.

 


13/08/2019
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Franceinfo - le lundi 12 août 2019

 

 

Les Etats-Unis refuseront désormais la nationalité américaine aux immigrés bénéficiant d'aides publiques

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Cette nouvelle réglementation, dite des "charges pour la société", vise les immigrants démunis qui bénéficient à leur arrivée sur le territoire américain d'allocations logement ou de bons alimentaires

 

 

 

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Ken Cuccinelli, le directeur par intérim des services d'immigration américains, à la Maison-Blanche, le 12 août 2019, à Washington (Etats-Unis).  (BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)

 

 

 

Le gouvernement de Donald Trump a annoncé lundi 12 août une nouvelle règlementation qui dénie désormais la nationalité américaine aux immigrés bénéficiant d'aides publiques. 

 

 

Les immigrés qui seront jugés susceptibles de devenir des "charges pour la société" se verront refuser l'accès au territoire et ceux qui sont déjà aux Etats-Unis, n'auront plus le droit à la "carte verte", le permis de séjour américain, précise une nouvelle règlementation publiée par la Maison Blanche. S'ils ont déjà une carte verte, ils ne pourront pas obtenir la nationalité américaine.

 

 

 

"Subvenir à leurs besoins et réussir ici"

Cette nouvelle réglementation vise les immigrants démunis, qui bénéficient à leur arrivée sur le territoire américain, pendant une période limitée, d'allocations logement ou de bons alimentaires. Est considéré comme une "charge pour la société", un individu "qui reçoit une ou plusieurs prestations publiques pendant plus de douze mois sur une période de trente-six mois", a détaillé Ken Cuccinelli, le directeur par intérim des services d'immigration américains.

 

 

 

 

 

 

"Avec la réglementation des charges pour la société, le gouvernement du président Trump défend à nouveau les idéaux d'autonomie et de responsabilité individuelle, en s'assurant que les immigrants sont capables de subvenir à leurs besoins et de réussir ici, en Amérique", a ajouté Ken Cuccinelli.

 

 

 

"Protéger les contribuables américains"

Cette nouvelle réglementation "protègera les contribuables américains, préservera notre système d'aides publiques pour les Américains vulnérables et fera respecter la loi", note un communiqué de la Maison Blanche. 

 

 

La loi américaine sur l'immigration stipule que ceux qui viennent vivre aux Etats-Unis ne peuvent pas devenir une charge pour la société, rappelle la présidence. "Depuis des années, cette exigence claire a été largement ignorée, faisant peser une énorme charge sur les contribuables américains. Aujourd'hui, la loi sur les charges pour la société va enfin être mise en œuvre".

 


13/08/2019
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Franceinfo - le lundi 12 août 2019

 

 

Jérusalem : des dizaines de blessés après des affrontements sur l'esplanade des Mosquées pendant les célébrations de l'Aïd-el-Kebir

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Le Croissant-Rouge palestinien a fait état de 61 blessés, dont une quinzaine ont été hospitalisés

 

 

 

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Des policiers israélien sur l'esplanade des Mosquées, le 11 août 2019, à Jérusalem.  (AHMAD GHARABLI / AFP)

 

 

 

Nouvelle journée de tension sur l'esplanade des Mosquées. Des affrontements entre policiers israéliens et fidèles musulmans ont éclaté, dimanche 11 août, sur ce haut lieu de tension à Jérusalem pendant les célébrations de l'Aïd-el-Kebir. Les heurts ont fait des dizaines de blessés, côté palestinien.

 

 

Au premier jour de l'Aïd-el-Kebir, la grande fête du calendrier musulman, les fidèles se sont réunis la mosquée Al-Aqsa, située au milieu de l'esplanade. Des centaines de Palestiniens ont alors commencé à scander en arabe : "par notre âme, par notre sang, nous nous sacrifions pour toi Al-Aqsa".

 

 

 

"C'est notre mosquée, c'est notre Aïd"

Des accrochages ont éclaté et les forces de l'ordre, qui contrôlent l'accès de l'esplanade, ont utilisé des grenades assourdissantes pour disperser les manifestants. Ces derniers ont répondu par des jets des projectiles, selon un journaliste de l'AFP sur place. "C'est notre mosquée, c'est notre Aïd, mais l'armée est arrivée et elle a commencé à frapper et à lancer des grenades assourdissantes", a affirmé l'un d'entre eux, Assia Abou Snineh, âgé de 32 ans.

 

 

Le Croissant-Rouge palestinien a fait état 61 blessés, dont une quinzaine ont été hospitalisés. La police a dénombré quatre blessés dans ses rangs et a procédé de sept arrestations.

 

 

 

Une fête juive en parallèle

Dans ce contexte de tensions prévisible, la police a dans un premier temps bloqué l'accès du site aux juifs qui commémorent eux aussi une importante fête religieuse : Ticha Beav. Mais, après des critiques, elle a rouvert la seule porte d'entrée que les croyants peuvent emprunter pour accéder au site. Les juifs sont autorisés à s'y rendre pendant des heures précises mais pas à y prier afin d'éviter d'attiser les tensions.

 

 

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré avoir décidé à l'avance d'autoriser les juifs à y entrer "en consultation avec les corps de sécurité". "La question n'était pas de savoir s'ils pourraient y aller mais de trouver la meilleure manière de le faire pour assurer la sécurité publique et c'est ce que nous avons fait", a-t-il déclaré dans une vidéo postée sur Whatsapp.

 


12/08/2019
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Franceinfo - le samedi 10 août 2019

 

 

Elus notés, pluie de dollars et spots de pub : aux Etats-Unis, les méthodes de la NRA pour étouffer le débat sur les armes

 

 

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Malgré la multiplication des tueries de masse, le lobby aux 5 millions de membres ne baisse pas la garde pour défendre le droit des Américains à posséder une arme à feu

 

 

 

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La mannequin Keleigh Glover tient un fusil lors de la convention annuelle de la NRA, le 27 avril 2019, à Indianapolis (Indiana). (SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

 

 

 

Deux nouvelles tueries ont ensanglanté les Etats-Unis le même week-end. A El Paso (Texas) et à Dayton (Ohio), deux villes situées à environ 2 500 kilomètres de distance, deux hommes ont sorti un fusil d'assaut à quelques heures d'intervalle, samedi 3 et dimanche 4 août, ôtant la vie à au moins 31 personnes. De nouveaux drames qui relancent l'éternel débat sur les armes à feu outre-Atlantique. Dans le camp démocrate, plusieurs voix se sont élevées pour exiger un contrôle renforcé, à commencer par Barack Obama. Sur Twitter, l'ancien président a estimé qu'un durcissement des lois "pourrait arrêter certains massacres".

 

 

En face, les défenseurs du port d'armes ne baissent pas la garde. La célèbre NRA ("National Rifle Association"), principal lobby pro-armes, a rapidement présenté ses condoléances aux familles avant d'entonner son habituel refrain : "La NRA est attachée à l'utilisation sûre et légale des armes à feu par ceux qui exercent leur liberté dans le cadre du deuxième amendement."Et pour évacuer toute polémique, l'organisation a ajouté qu'elle "ne participerait pas à la politisation de ces tragédies"

 

 

 

54 millions de dollars pour Trump et les Républicains en 2016

"Après une fusillade, ils rejettent les accusations et espèrent que la colère qui les vise se dissipera", souffle à franceinfo Josh Sugarmann, directeur du Violence Policy Center, une organisation anti-armes. De fait, depuis leur communiqué laconique, les porte-paroles de la NRA se font discrets. Sollicité par franceinfo, le groupe de pression a pour l'instant choisi de ne pas en dire plus. "Leur stratégie est de ne pas répondre à la presse après une fusillade. Lorsque la tempête politique est passée, après quelques semaines, ils reprennent leur communication", explique Robert Spitzer, professeur de sciences politiques à l'université de Cortland.

 

 

 

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Donald Trump lors de la Convention annuelle de la NRA, le 26 avril 2019, à Indianapolis.  (BRYAN WOOLSTON / REUTERS)

 

 

 

La NRA, forte d'un budget de 419 millions de dollars en 2016, ne lésine pas sur les moyens lors de ses opérations de lobbying. Lors de la campagne républicaine d'il y a trois ans, le groupe de pression a dépensé 54 millions de dollars, dont 31 millions pour la campagne de Donald Trump. Il a cherché à "protéger les majorités républicaines à la Chambre des représentants et au Sénat", indique Anna Massoglia, chercheuse au Center for Responsive Politics (CRP), organisme spécialisé dans le financement politique. "Il s’agit d’une augmentation considérable par rapport aux années précédentes. Les dépenses déclarées par la NRA pour Trump représentent plus que les dépenses combinées du lobby pour les élections en 2008 et en 2012", détaille-t-elle.

 

 

L’engagement politique de la NRA s’est considérablement intensifié au cours des dernières décennies et a atteint son apogée en 2016.Anna Massoglia à franceinfo

 

 

Cette puissance financière est alimentée par diverses donations et par les cotisations des quelque 5 millions de membres revendiqués par l'association. Parmi les donations, le Violence Policy Center relève qu'entre 2005 et 2013 fabricants et distributeurs d'armes ont donné "entre 19,3 et 60,2 millions de dollars" à la NRA. "Le groupe n’est pas tenu de divulguer l'origine de ses fonds. Il est donc difficile de déterminer qui finance les activités de la NRA ou le montant de ces donations", observe Anna Massoglia.

 

 

Les ressources de la NRA lui ont souvent permis de jouer les trouble-fêtes lors des élections. Lors de la campagne présidentielle en 2000, le lobby a déboursé 20 millions de dollars pour orchestrer une campagne de dénigrement contre le candidat démocrate Al Gore, à l'origine d'une loi anti-armes. "La NRA a joué un rôle décisif dans sa défaite", assure aux EchosMatt Bennett, ancien conseiller à la Maison-Blanche.

 

 

 

"Effrayer certains candidats"

Au-delà des élections, la NRA cherche à peser directement dans le débat politique. Comme le rappelle NBC, l'association s'est réjouie d'une session législative "très fructueuse" au Texas, après le vote de dix nouvelles lois favorables aux armes à feu. La nouvelle législation, qui doit entrer en vigueur le 1er septembre, soit moins d'un mois après la tuerie d'El Paso, assouplit les règles du port d'armes dans les églises, les immeubles d'habitation ou encore à proximité des écoles.

 

 

Pour organiser son lobbying, la NRA attribue à chaque élu, qu'il soit républicain ou démocrate, une note allant de A à F, en fonction des positions politiques sur le contrôle des armes. Le "A" correspond à la meilleure appréciation, tandis que le "F" fait office de note éliminatoire. Ces évaluations se reflètent dans le soutien financier apporté aux élus, comme le montre cette infographie du New York Times. Elles servent aussi à mobiliser les adhérents de la NRA. "Ils peuvent être appelés à manifester ou à appeler les élus. La plupart des Américains s'engagent peu dans la vie politique, alors quand un petit groupe de personnes le fait, ils peuvent avoir beaucoup de poids", explique Robert Spitzer.

 

 

Certains élus n'hésitent pas à mettre en avant la bonne note attribuée par le lobby. "De nombreux représentants des circonscriptions conservatrices ont des idées proches de celles de la NRA", souligne Robert Spitzer. Plusieurs conservateurs travaillent même étroitement avec l'organisation. "Tous les sénateurs républicains qui comptent avaient le numéro de portable de Chris[Cox, l'ancien lobbyiste en chef du mouvement], explique ainsi un proche à CNNEt vice versa." En retour, la NRA mobilise ses partisans en période électorale. "Ils ne se contentent pas de dire 'allez voter pour ce candidat'", assure un sénateur républicain à la chaîne américaine, sous couvert d'anonymat. Ils persuadent, ils motivent les gens à se rendre aux urnes."

 

 

Ils disent même à leurs membres comment, où et quand voter lors des primaires, ce qui a été une aide énorme pour certains d'entre nous.Un sénateur républicain à CNN

 

 

La NRA peut aussi se révéler être un adversaire redoutable, comme en témoigne David Jolly dans Newsweek. Elu représentant en Floride en 2014 avec le soutien du lobby, il propose deux ans plus tard une loi durcissant les conditions de vente des armes, en réponse à la tuerie d'Orlando. "Ils ne m'ont pas soutenu lors du scrutin suivant, raconte-t-il. J'ai été abandonné."David Jolly échoue de peu à l'élection en 2016, un revers qu'il attribue notamment à la perte du financement venu de l'association pro-armes. "Leur réputation surpasse leur capacité réelle à influencer les scrutins, mais elle suffit à effrayer certains candidats", nuance le politologue Robert Spitzer."D'un côté, vous avez les élus loyaux à la NRA. Et de l'autre, vous avez ceux qui ne veulent pas se la mettre à dos", résume Josh Sugarmann.

 

 

 

Bourse d'études et "discours apocalyptique"

Le réseau de militants reste la principale force de la NRA, qui fait tout pour choyer ses membres. L'adhésion à l'année coûte 45 dollars et permet d'accéder à de nombreux services, en plus des cadeaux de bienvenue (sac, caquette ou couteau siglé). Le site de l'organisation promet ainsi des réductions sur des bouteilles de vin ou une assurance contre le cancer. A travers sa fondation, la structure va jusqu'à offrir des subventions ou des bourses d'études pour des projets en lien avec ses actions (essentiellement la promotion des armes à feu et le renforcement de la sécurité liée aux armes). 

 

 

"Au-delà des incitations matérielles, le pouvoir de la NRA découle de l'adhésion de ses membres à la culture américaine des armes à feu. Ce n'est pas un objet de consommation, mais un symbole de liberté, d'individualisme, d'opposition à un gouvernement fort", estime Robert Spitzer. Le groupe de pression n'hésite pas à souder régulièrement sa base militante en insistant sur ces valeurs politiques et historiques. "Il s'adresse à ses sympathisants, et non à l'Américain moyen, à travers des publicités à la télévision et en ligne. Le discours est volontairement apocalyptique et évoque par exemple 'la liberté assiégée', pour les pousser à s'investir."

 

 

"Le message fondamental envoyé aux adhérents est que l’élite (les médias, les membres du Congrès, Hollywood...) va leur enlever leur arme. Donc qu'ils doivent donner de l'argent et s'impliquer avec la NRA, abonde Josh Sugarmann, militant anti-armes. Ils donnent également à leurs partisans le sentiment de faire partie d’un mouvement qui sauve l’Amérique."

 

 

 

Une "guerre culturelle" à coups de publicités

Pour faire passer ce message, le lobby s'est longtemps appuyé sur des célébrités, comme les acteurs Clint Eastwood, Chuck Norris, Tom Selleck ou encore Charlton Heston. Avec ce dernier, devenu président de l'association entre 1998 et 2003, "la guerre culturelle de la NRA a commencé". "Il a affirmé que les propriétaires d'armes à feu constituaient une minorité opprimée", rappelle Josh Sugarmann.

 

 

Cette bataille culturelle vise en premier lieu à défendre le fameux deuxième amendement de la Constitution américaine, qui, selon l'interprétation des pro-armes, garantit le droit de chaque citoyen à porter une arme. Si la chaîne de télévision sur Internet NRA TV a récemment fermé, le lobby n'est pas à court d'idées pour propager son discours. Il a désormais recours à des influenceuses sur les réseaux sociaux. Mannequin, mère de famille ou militante féministe, de plus en plus d'instagrameuses s'affichent armes à la main. "Il y en aura même une pour bébé quand il arrivera…", légende ainsi une Américaine dont le compte se divise entre photos de bébé et photos de revolvers.

 

 

 

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Cherchant à élargir sa base plutôt masculine, la NRA assimile désormais la liberté de port d'armes aux droits des femmes. En février 2018, une porte-parole de l'organisation a ainsi affirmé sur CNN que posséder des armes à feu pouvait aider les jeunes femmes à se prémunir contre les agressions sexuelles.

 

 

 

"La population ne supporte plus ces tueries"

Mais ce discours porte de moins en moins. Selon le directeur du Violence Policy Center, la tuerie dans une école de Newtown (Connecticut), en 2012, "a tout changé""Alors que les démocrates avaient longtemps considéré que l'encadrement du port d'armes n'était pas une prioritéBarack Obama en a fait un élément phare de leur programme, note Josh Sugarmann. Pour beaucoup, l'immobilisme n'est plus acceptable." Tim Walz est de ceux-là. En 2010, le démocrate se félicitait d'être noté A par la NRA. Huit ans plus tard, il a fait campagne pour le poste de gouverneur du Minnesota en promettant l'interdiction des fusils d'assaut et en critiquant le groupe de pression, rapporte CNBC (en anglais). "J'imagine que le lobby va dépenser des millions pour essayer de me faire perdre", assurait-il quelques mois avant de remporter le scrutin.

 

 

 

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Un adolescent se recueille à l'entrée du lycée de Newtown, le 18 décembre 2012, après la tuerie ayant causé la mort de 28 personnes. (BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)

 

 

 

La population ne supporte plus ces tueries", estime Josh Sugarmann. Un sondage pour Associated Press lui donne raison : en mars dernier, 67 % des Américains se disaient favorables à un durcissement des lois sur le port d'armes. "Le débat sur les armes a, malheureusement, toujours été rythmé par les drames comme ceux de Dayton et d'El Paso. Mais ils sont désormais si fréquents qu'on arrive à saturation", insiste le directeur du Violence Policy Center. Les organisations anti-armes, plus nombreuses, sont désormais mieux organisées et mieux financées. En 2014, l'ancien maire de New York Michael Bloomberg a ainsi promis 50 millions de dollars de dons à Everytown for Gun Safety, afin d'aider l'organisation à mobiliser les électeurs.

 

 

 

Un lobby en crise

En face, la NRA semble mal en point. Au printemps, des dissensions internes ont mené au départ de deux dirigeants de l'organisation, rappelle CNN. Après avoir fait l'objet d'une enquête parlementaire en 2018, le lobby est désormais visé par une enquête judiciaire sur ses finances. Et les revenus de l'association baissent. En 2017, l'organisation a accusé un déficit de 18 millions de dollars, après un déficit de 46 millions en 2016, selon le CRP. Résultat, lors des Midterms 2018, les "groupes partisans du contrôle des armes à feu ont pour la première fois investi plus d'argent" que la NRA, note Anna Massoglia.

 

 

"Tous ces ennuis ont un impact sur la capacité de l'organisation à faire pression sur le Congrès, mais aussi sur sa capacité à mobiliser sa base", assure Josh Sugarmann. En 2018, un sondage indiquait que pour la première fois en vingt ans les Américains étaient plus nombreux (40 %) à avoir une image négative de la NRA qu'à la soutenir (37 %), rapporte Le Monde. Cette même année, de nombreuses entreprises ont rompu leurs liens avec le lobby après la fusillade dans un lycée de Parkland (Floride).

 

 

Pour les observateurs comme pour les adversaires du groupe de pression, cette crise pourrait laisser une place plus grande aux anti-armes lors des élections de 2020. "La NRA sera trop préoccupée par ses propres ennuis pour pouvoir s'investir efficacement", estime Robert Spitzer. Le politologue rappelle toutefois que "l'influence du lobby varie selon les périodes et les administrations""Nous sommes dans une période où il est possible de mettre à l'ordre du jour des mesures sur les armes qui auraient dû être prises il y a longtemps déjà, martèle Josh Sugarmann. Mais il ne faut jamais se dire que la NRA est hors jeu."

 


11/08/2019
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Franceinfo - le mercredi 7 août 2019 - mis à jour le 08.08.2019

 

 

Maroc : un instituteur qui appelait à la décapitation de bénévoles belges en short a été arrêté

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Une vidéo montrant des volontaires travaillant sur un chantier en tenue estivale a suscité une intense polémique dans le pays

 

 

 

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Des bénévoles belges sur un chantier au Maroc, le 3 août 2019. (Capture d'écran Youtube)

 

 

 

De jeunes bénévoles belges travaillant en short sur un chantier dans le sud du Maroc ont provoqué des réactions virulentes dans le pays. A tel point qu'un instituteur a été arrêté, lundi 5 août, après avoir appelé à les décapiter. L'homme, âgé de 26 ans est poursuivi pour "avoir publié sur Facebook un message haineux"  (lien en arabe) contre ce groupe composé majoritairement de jeunes filles travaillant en plein air dans un village près de Taroudant, annonce mardi un communiqué de la Sûreté marocaine (DGSN).

 

 

Publié après la diffusion d'un reportage vidéo montrant ces bénévoles en train de terrasser un chemin en short sous un soleil de plomb, son message appelait à leur décapitation, en écho de l'assassinat de deux touristes scandinaves perpétré en 2018 par des Marocains radicalisés au nom du groupe Etat islamique, expliquent des médias locaux

 

 

Cet homme, qui vivait dans le nord du pays, va être poursuivi pour "incitation à des actes terroristes", selon la DGSN.

 

 

 

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"Tu sais ce qu'il te dit, son short ?"

Le post, supprimé depuis par son auteur mais dont des médias marocainsont fait une capture d'écran, est très largement commenté dans le pays. Ali El Asri, un député du parti islamiste, a ainsi publié un post virulent sur son compte Facebook, dénonçant la tenue vestimentaire des bénévoles belges. 

 

 

Depuis quand les Européens font-ils des travaux en tenue de baignade? Ali El Asri, député du parti islamiste (PJD, à la tête de la coalition gouvernementale) sur son compte Facebook

 

 

Aux internautes qui publient en réponse à son post des réactions indignées, il répond qu'il s'agit de "terrorisme laïc". 

 

 

A l'opposé, de nombreuses personnes ont pris la défense du groupe de volontaires et de leur travail. "Plutôt que de saluer l'abnégation, l'amour de l'autre, le courage, la détermination de ces jeunes femmes venues d'ailleurs qui n'avaient absolument rien à gagner à venir construire une route pour désenclaver un village du sud marocain, Ali El Asri, élu PJD au sein de la Chambre des Conseillers, a préféré s'arrêter sur leur tenue, allant même jusqu'à tenter de jouer la carte de l'ironie. Malheureusement pour celui-ci, le second degré n'a pas plu à tout le monde, tant cela a manqué de finesse d'esprit", réagit Zineb Ibnouzahir, fondatrice du site LeMarocDesFemmes.com, dans une chronique intitulée "Tu sais ce qu'il te dit, son short ?", en référence à la récente polémique de la chanteuse française Jennifer et publiée sur le site Le 360. 

 

 

Le Maroc, qui met volontiers en avant son image de pôle régional de stabilité et sa culture de tolérance, arrive régulièrement en haut de tableau dans les classements consacrés aux pays dangereux pour les femmes faisant du tourisme seules.

 


11/08/2019
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Franceinfo - le mardi 6 août 2019

 

 

"Dans 10 ou 15 ans, des cancers vont peut-être se déclarer" : les riverains s'inquiètent de la contamination au plomb après l'incendie de Notre-Dame de Paris

 

 

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Marine ProtaisfranceinfoRadio France

 

 

 

Quatre mois après l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, les riverains craignent d'avoir été touchés par la contamination au plomb

 

 

 

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Certains riverains du quartier de Notre-Dame de Paris dénoncent un manque d'informations autour de la contamination au plomb qui a suivi l'incendie. (BENOIT HASSE / MAXPPP)

 

 

 

"Il y a une épaisseur de poussière anormale depuis l'incendie de la cathédrale" au mois d'avril, raconte Anne-Marie, qui a dû quitter son appartement en urgence il y a deux mois, "je n'y habite plus pour l'instant, j'ai un peu peur". Cette habitante qui vit près de Notre-Dame de Paris souhaite faire analyser son appartement pour savoir s'il a été contaminé au plomb, mais elle ne sait pas à qui s'adresser.

 

 

Depuis qu'ils ont appris que le chantier de la cathédrale était suspendu et que plusieurs écoles étaient fermées en raison d'une pollution au plomb, certains riverains du quartier vivent dans l'angoisse, à l'image de Ronan. "Au moment de l'incendie, j'étais installé en terrasse avec une glace et une bière", s'inquiète ce serveur d'un restaurant situé à une centaine de mètres de Notre-Dame.

 

 

Le plus dangereux, c'est peut-être d'avoir mangé du plomb. Ronan à franceinfo

 

 

Après l'incendie, Ronan explique avoir eu du mal à respirer, la gorge et le nez secs. Pour savoir s'il a été touché par le plomb, il a décidé de faire une prise de sang la semaine dernière.

 

 

 

Des riverains dans l'attente d'informations

Une commerçante a elle aussi décidé de prendre les choses en main, en attendant les consignes officielles. "J'essaie au maximum de nettoyer le magasin du sol au plafond, en passant l'aspirateur, en nettoyant les ventilations", explique Charlène. Comme d'autres collègues, elle dénonce un manque de communication des autorités, elle assure n'avoir reçu aucune information de la mairie de Paris. "Ce qui m'inquiète, c'est qu'on ne sait pas ce qu'il peut se passer. On ne sait pas, peut-être que dans 10 ou 15 ans, on va avoir des cancers qui vont se déclarer à cause de l'exposition au plomb", résume Charlène.

 

 

Dans le même quartier, un employé d'une supérette ne partage pas ces inquiétudes. "Si c'était vraiment dangereux, la mairie aurait pris des mesures restrictives, on aurait par exemple vu des choses fermer mais on n'a rien vu de tout cela", répond Steven. Dans le quartier de Notre-Dame de Paris, aucune affiche de prévention n'a été apposée jusqu'à maintenant. La mairie assure que les rues qui présenteraient des taux trop élevés de plomb pourraient être fermées à la circulation.

 


08/08/2019
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