L'AIR DU TEMPS

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Australie : plusieurs incendies fusionnent en un "mégafeu" au nord de Sydney

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Les pompiers reconnaissent leur impuissance et en sont réduits à organiser les évacuations d'habitants

 

 

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Un feu de forêt à Bobin, à 350 kilomètres au nord de Sydney (Australie), le 9 novembre 2019. (PETER PARKS / AFP)

 

 

 

Les autorités reconnaissent qu'elles ne peuvent rien faire. Plusieurs incendies de forêts en Australie ont fusionné en un seul et unique "mégafeu" qui ravage désormais une large zone située au nord de Sydney, ont annoncé vendredi 6 décembre les autorités. Rob Rogers, un responsable des pompiers, a déclaré qu'il y avait "probablement plus de huit feux" qui s'étaient rejoints en un gigantesque brasier s'étendant sur 300 000 hectares, soit une zone longue d'environ 60 km.

 

 

Cet incendie fait rage à une heure de route de Sydney, qui ressentait encore vendredi les effets des fumées toxiques. Rob Rogers a fait état d'une forme d'impuissance des pompiers face à l'ampleur du brasier. Les soldats du feu en sont réduits à organiser les évacuations d'habitants, à tenter de protéger des habitations et à espérer une fin rapide de la sécheresse et des vents qui contribuent à attiser les flammes.

 

 

Nous ne pouvons pas arrêter ces incendies. Ils vont se poursuivre jusqu'à ce que les conditions changent, et alors on fera ce qu'on peut pour essayer de les contenir. Rob Rogers à la chaîne publique ABC

 

 

Voilà trois mois que des feux font rage en divers points de l'est de l'Australie. Les incendies sont courants à l'approche de l'été austral, mais ils sont apparus très tôt cette année et sont particulièrement virulents. Les chercheurs estiment que le réchauffement planétaire contribue à créer des conditions encore plus propices aux feux.

 


06/12/2019
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Franceinfo - le jeudi 5 décembre 2019

 

 

"Les enfants perdent leur santé, leur vie et leur avenir" : des parents du monde entier appellent à une action urgente lors de la COP25

 

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Des parents et climatologues originaires de 27 pays publient une déclaration exhortant les dirigeants à lutter contre le réchauffement climatique

 

 

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Une manifestation pour le climat à Munich (Allemagne), le 29 novembre 2019. (ALEXANDER POHL / NURPHOTO / AFP)

 

 

 

"Les catastrophes liées au climat sont devenues la norme." Dans le cadre de la COP25, 222 groupes de parents de 27 pays lancent, jeudi 5 décembre, un appel commun aux négociateurs afin qu'ils agissent en faveur d'"une action climatique ambitieuse et urgente" pour "protéger la santé des enfants, leur vie et leur avenir avant qu'il ne soit trop tard". La déclaration a été initiée par Our Kids' Climate, une coalition de parents de 18 pays, et par Parents For Future, branche du mouvement activiste Fridays for Future, qui a été inspiré par Greta Thunberg. 

 

 

"Une injustice morale"

Les signataires rappellent que la plupart des négociateurs sont parents eux-mêmes et les exhortent à "faire face à l'urgence climatique qui affectera tous les enfants d'aujourd'hui et des générations à venir". La déclaration souligne que les engagements politiques actuels mettent le monde sur la voie d'une "augmentation catastrophique de la température mondiale de 3-4 °C" et que "chaque tonne de carburant nous rapproche de dangereux points de bascule qui pourraient détruire la civilisation humaine durant notre propre vie et celle de nos enfants".

 

 

Des millions d'enfants, en particulier dans les régions du monde où les moyens de subsistance sont déjà affectés par la pauvreté, la pénurie d'eau et la sécheresse, seront les plus durement touchés. C'est une injustice morale.Cherise Udell, Américaine membre de "Utah Moms for Clean Air"signataire

 

 

Les groupes signataires soulignent que le sommet de l'ONU sur le climat est une occasion cruciale pour défendre les enfants et mettre en œuvre des "mesures climatiques ambitieuses en vue de maintenir la hausse des températures mondiales en dessous de 1,5 °C".

 

 

"Toute personne participant aux négociations a la responsabilité d'agir pour s'assurer que les droits de nos enfants sont protégés et de ne pas tenir compte des intérêts particuliers des entreprises et de la démagogie politique", déclare Isabella Prata, mère de deux enfants, du groupe Parents For Future Brazil/Famílias pelo Clima.

 


05/12/2019
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Franceinfo - le mardi 3 décembre 2019

 

 

TRIBUNE. "Il est plus rentable de détruire l'environnement que de respecter la loi" : des associations et des juristes réclament plus de moyens pour la justice

 

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Face aux pollutions et aux catastrophes industrielles, des associations environnementales, des avocats, des universitaires et des juristes appellent à "donner à la justice les moyens de protéger l'environnement et la santé"

 

 

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Le nuage de fumée de l'incendie de Lubrizol, le 26 septembre 2019 à Rouen (Seine-Maritime). (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

 

 

 

La justice n'a pas les moyens de protéger efficacement notre environnement. C'est le constat sévère dressé dans cette tribune par des associations écologistes comme France Nature environnement et Greenpeace, des avocats, des universitaires et des juristes. C'est aussi ce que nous avons pu constater à plusieurs reprises, ici ou , grâce à notre enquête collaborative #AlertePollution. Pour remédier à ce problème, les auteurs de cette tribune font trois propositions. Ils s'expriment ici librement.

 


Donnons à la justice les moyens de protéger l'environnement et la santé. La récente catastrophe de Lubrizol nous rappelle que les activités industrielles doivent être soigneusement encadrées car tout laxisme peut mettre en péril l'environnement, mais aussi la santé des citoyens. A rebours de cette nécessaire précaution, l'Etat met en place depuis plusieurs années une politique de déréglementation et de raréfaction des contrôles, sous prétexte d'accorder plus de libertés aux divers acteurs économiques. Les atteintes à l'environnement sont pourtant nombreuses et rarement sanctionnées alors que, dans la majorité des cas, elles causent des dommages irréversibles à la richesse écologique de notre pays, à la santé des individus et à l'avenir des territoires. La protection de l'environnement est aujourd'hui une valeur sociale de premier plan mais, comme dans beaucoup de domaines, les questions de la volonté politique et des moyens alloués à la justice sont au cœur du problème. Pourtant, quelques mesures concrètes pourraient inverser la tendance.

 

 

 

Les préfets arbitrent en défaveur de l'environnement, créons une autorité indépendante

Barrage de Sivens, aéroport de Notre-Dame-des-Landes, méga centre commercial d'Europacity, pollution d'ArcelorMittal à Fos-sur-Mer, usine Total de La Mède… Les affaires pour lesquelles les préfets ont délivré des autorisations illégales ou laissé sciemment des industries polluer durant des années ne manquent pas. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : rien que dans le domaine de l'eau, un rapport du Conseil d'Etat relevait en 2010 que seulement 8,5% des manquements relevés par les inspecteurs de l'environnement faisaient l'objet d'une sanction de la part du préfet.

 

Justifiées par le développement économique de court terme ou le maintien de l'emploi, ces décisions laissent libre cours au bétonnage, à la consommation excessive de ressources naturelles et conduisent à des dommages irréversibles.


A l'heure actuelle, le seul rempart est la mobilisation des associations. Nous proposons donc la création d'une autorité indépendante, qui aura le pouvoir de prendre les décisions qui s'imposent pour prévenir et sanctionner à la place des préfets, et qui organisera le travail de la police de l'environnement qui, aujourd'hui, n'est pas suffisamment soutenue.

 

Les juges n'ont pas le temps de défendre l'environnement, augmentons les effectifs et spécialisons-les

C'est un fait : en France, il est plus rentable de détruire l'environnement que de respecter la loi. En Isère, une filiale de Lactalis vient d'être condamnée à 50 000 euros d'amende pour avoir déversé des polluants dans une rivière pendant plus de soixante-dix ans. Elle a ainsi économisé plusieurs millions d'euros ! Près de Nantes, Leclerc a engagé la construction d'un centre commercial sans autorisation, détruisant des zones humides et des espèces protégées. Sanction : 800 euros d'amende... Concrètement, les procureurs ont très peu de temps pour enquêter sur ces dossiers complexes. Les juges découvrent parfois ces affaires au dernier moment, ne prennent pas nécessairement la mesure des dommages et le besoin de sanctions dissuasives.

 

Comment la justice peut-elle jouer son rôle ? Il est urgent de former et spécialiser les magistrats, comme cela se fait dans de nombreux pays (Suède, Chine, Nouvelle-Zélande…) et que des moyens humains et financiers soient accordés pour une justice environnementale au service des citoyens. En Espagne, un parquet national de l'environnement comprend 250 procureurs, experts et scientifiques. Résultat : les condamnations ont plus que triplé.

 

 

 

Le délit de mise en danger de l'environnement n'existe pas, créons-le

Sanctionner les dégâts a posteriori ne suffit pas : ils sont complexes à réparer et souvent irréversibles. Le Code pénal doit ainsi être complété par un chapitre spécifique sur l'environnement, comprenant notamment un délit de mise en danger de l'environnement ou de la nature, comme cela existe déjà pour le délit de mise en danger d'autrui.

 

 

Pour en finir avec le sentiment d'impunité qui s'est développé chez les délinquants environnementaux, pour en finir avec les régressions permanentes dans ce domaine qui augmentent les risques, donnons à la justice les moyens d'être efficace. La destruction incessante de notre cadre de vie n'est pas compensable. Pour nous, associations, qui agissons tous les jours sur le terrain pour la défense de l'intérêt général, il est urgent que la justice protège enfin la santé et l'environnement.

 

 

Signataires :

 

Associations : France Nature environnement / Greenpeace / Surfrider Europe / Société française pour le droit de l'environnement (SFDE) / Réseau sortir du nucléaire

Avocat·e·s : Etienne Ambroselli / Céline Bronzani / Samuel Delalande / Thomas Dubreuil / Alice Terrasse / Mathieu Victoria / Emmanuel Wormser / Benoist Busson / Sébastien Le Briéro / Sandrine Gélis / Gwenaëlle Troude / Maxime Le Borgne / Rémi Lavigne / Alexandre Faro

Universitaires : Xavier Braud, maître de conférences, université de Rouen, Normandie / Marie-Pierre Camproux Duffrene, professeure de droit, université de Strasbourg / Chantal Cans, maître de conférences émérite de droit public, Le Mans université / Hubert Delzangles, professeur de droit public, Sciences-Po Bordeaux / Carole Hermon, professeure de droit à l'université Toulouse Capitole / Marie-Laure Lambert, codirectrice du Master 2 droit et métiers de l'urbanisme durable, Aix Marseille / Matthieu Poumarède, professeur de droit à l'université Toulouse Capitole / Michel Prieur, président du centre international de droit comparé de l'environnement / Sarah Vanuxem, maîtresse de conférences en droit à l'université Côte d'Azur / Bernard Drobenko, professeur émérite des universités - ULCO - Laboratoire TVES

Juristes : Julien Bétaille / Simon Jolivet / Raymond Léost (Bretagne) / Benjamin Hogommat (Pays de la Loire) / Elodia Bonel (Auvergne-Rhône-Alpes) / Romain Ecorchard (Bretagne) / Antoine Gatet (Nouvelle-Aquitaine) / Olivier Gourbinot (Languedoc-Roussillon) / Hervé Hourcade (Midi-Pyrénées) / Florence Denier-Pasquier (Pays de la Loire) / Cécile Guénon (Bourgogne-Franche-Comté) / Tristan Richard (Auvergne-Rhône-Alpes) / Marine Le Feunteun (Charente-Maritime) / Anaïs Cordier (Lorraine) / Maxime Colin (Ile-de-France) / Brieuc Le Roch (Bretagne) / Albéric Biglia (Alsace) / Delphine Chevret (Manche) / Ludovic Jomier (Nouvelle-Aquitaine) / Anne Roques (Midi-Pyrénées) / Jérôme Graefe (Ile-de-France) / Sophie Bardet (Pays de la Loire) / Mathilde Goueffon (Paca) / Mathieu Labrande

 


03/12/2019
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Franceinfo - le mardi 3 décembre 2019

 

 

COP25 : en Amazonie, "les gardiens de la forêt" ont pris les armes contre la déforestation

 

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Etienne MoninRadio France

 

 

Cinq mois après les incendies monstres de cet été, les derniers chiffres de la déforestation sont en très forte augmentation : 43% par rapport à l’an passé. À certains endroits, des indigènes ont pris les armes pour tenter de défendre leur forêt

 

 

 

La carabine est posée à l’arrière du pick-up. C’est une vieille arme de chasse à un coup, dont la sangle a été bricolée avec un vieux tendeur vert de mobylette. Cette arme est le symbole de la lutte des Guajajara et de la tension qui s’est installée dans leur territoire à cause de la déforestation en Amazonie. Certains leaders ne quittent plus leur village, craignant pour leur sécurité. "Ça fait plus ou moins un mois que je ne suis pas sorti du village, confirme Julio Ribero Guajajara un des responsables de la communauté dans le village de Genipapo. Je ne peux plus mettre les pieds en ville. Je suis le plus menacé parce que je suis le chef du village et le coordinateur des gardiens. Ces menaces viennent des non-indigènes. Ils disent qu’ils peuvent nous attaquer à tout moment."  

 

 

Les Guajajara ne surjouent pas l’indigène menacé. Ils sont dans un moment critique. Début novembre, un jeune gardien de la forêt a été tué dans une embuscade. Les voleurs de bois sont soupçonnés. Zézé Zapuri Guajajara est le responsable du 2e plus grand village Guajajara : "Il faut que tous les gardiens aient des armes. S’ils n’en n’ont pas, les autres nous attaquent, ils ont l’habitude d’attaquer les villages et de tuer des indiens. Ils veulent reprendre ces terres".  

 

 

 

La forêt des Guajajara, territoire de l\'Arariboia, dans l\'Etat de Maranhao, au Brésil. Novembre 2019

La forêt des Guajajara, territoire de l'Arariboia, dans l'Etat de Maranhao, au Brésil. Novembre 2019 (ETIENNE MONIN / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)


 

"C'est mon droit de défendre ma maison" 

Les Guajajara ont pris les armes en 2009. À l'époque, 12 personnes ont pris part à la création des "gardiens de la forêt". C’était pour répondre à un sentiment grandissant d’insécurité après une attaque de village. C’était aussi un moyen de reprendre leur destinée en main, face à la pression grandissante du vol de bois pratiqué à une échelle presque industrielle dans leur forêt. C’était enfin le moyen de combler le vide institutionnel. Fly Guajajara est activiste et membre des "gardiens de la forêt" : "C’est mon droit de défendre ma maison. Parce que les agences du gouvernement n’ont jamais fait leur travail."    

 

 

En 2012 le groupe de résistance a obtenu un statut dans la communauté Guajajara. En 2016 il est devenu une institution. L’organisation de défense a produit une organisation administrative. Huit régions ont été créées, chacune avec un groupe de gardiens : 120 au total, recrutés chez les chasseurs. Armés de carabines ou d’arcs, ils font des opérations pour brûler le matériel des coupeurs de bois et ils documentent le pillage de la forêt pour les agences gouvernementales. "On a beaucoup avancé dans la lutte contre la déforestation, on le sent, dit Julio Ribero Guajajara. Parce que quand il n’y avait rien il y avait des coupes partout. Quand on a commencé à agir cela s’est réduit. On a vraiment vu la diminution. Après on a réduit nos actions, on a vu qu’ils revenaient donc on a du se remobiliser et ça a débouché sur le meurtre d'un de nos camarades".  

 

 

 

Au Brésil, le crime environnemental paie, il n’y a pas de punition.

Antonio Marcos de Oliveira, ancien policier

à franceinfo

 

 

 

La lutte est inégale. Les gardiens n’ont pas de soutien, pas de moyens de communication. L’escalade de la tension est en leur défaveur. Quatre gardiens ont déjà été tués, aucun braconnier n’a été poursuivi. Les voleurs de bois sont couverts par l’impunité. Franciel souza Guajajara, l’un des fondateurs des gardiens : "Dans la ville d’à côté il y a des tueurs d’indigènes. On meurt et il n’y a aucune justice. Les trafiquants de bois continuent à nous envahir. Ils se sentent forts".

 

 

 

Un des camions utilisés par les coupeurs de bois, dans la forêt d\'Arariboia, en Amazonie brésilienne. Novembre 2019

Un des camions utilisés par les coupeurs de bois, dans la forêt d'Arariboia, en Amazonie brésilienne. Novembre 2019 (M.O.)


 

À côté de la forêt des Guajajara, les scieries clandestines ont été reconstruites après les actions de démantèlement de la police de l’environnement. La forêt de Arariboia est une proie facile parce qu’elle est au carrefour de plusieurs villes et de bonnes routes pour le transport. Le braconnage en Amazonie est une mafia organisée sur plusieurs niveaux. Les camions sont volés et trafiqués. Le bois est maquillé. Les commanditaires sont protégés.  Antonio Marcos De Oliveira, un ancien policier fédéral détaché auprès de la police de l’environnement, le reconnaît : "Au Brésil, le crime environnemental paie. Parce qu’il n’y a pas de punition. Les amendes ne sont pas réglées. Et Il n’y a pas de véritables sanctions pour ce type de crimes". D’après lui, presque tous les bois précieux de la forêt des Guajajara ont été coupés, et les braconniers extraient maintenant des bois de diamètre limité. La forêt amazonienne est aujourd’hui pillée pour fabriquer des piquets qui servent à délimiter les grandes fermes.

 

 

 

La forêt amazonienne en voie de disparition

La forêt des Guajajara est dans un état catastrophique. La déforestation l’a endommagée à 40% d’après les indigènes. Il resterait seulement un tiers d’essences anciennes, d’après le policier. Le gros est composé d’une forêt jeune qui a repoussée après les coupes ou les incendies. C’est un bien commun et une ressource locale qui disparaît. Les Guajajara s’appuient encore sur la forêt pour les fruits et la chasse mais ils peuvent s’approvisionner dans les villes. Ce n’est pas le cas des Awa, une tribu isolée, coupée du monde, qui est condamnée à disparaître avec la forêt si la mafia du bois poursuit son avancée.

 


03/12/2019
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Franceinfo - le mardi 3 décembre 2019

 

 

Fin du monopole de la SNCF : comment la mise en concurrence va-t-elle se dérouler à partir de 2020 ?

 

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Anne BrigaudeauFrance Télévisions

 

 

Le rail s'ouvre à la concurrence, aussi bien sur les lignes à grande vitesse que sur les trajets subventionnés des trains régionaux ou des Intercités

 

 

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Un TER, à la gare d'Abbeville (Somme), le 30 novembre 2019. (AMAURY CORNU / HANS LUCAS / AFP)

 

 

 

Tandis que la tension monte à la SNCF à l'approche de la grève du 5 décembre, les appétits s'aiguisent, dans d'autres entreprises ferroviaires. Français ou étrangers, de nouveaux acteurs s'apprêtent à débarquer sur le chemin de fer hexagonal, comme le prévoit le "pacte ferroviaire" adopté en juin 2018.

 

 

A partir de la fin 2020, le rail s'ouvre à la concurrence, mettant fin au monopole de la SNCF sur les lignes françaises. Les régions pourront ainsi, dès le mardi 3 décembre 2019, lancer des appels d'offres pour des lignes TER. Qui sont les nouveaux entrants ? Quelle est la procédure d'attribution des lignes ? Eléments de réponse.

 

 

 

Une mise en concurrence progressive

L'ouverture à la concurrence sera progressive. De 2020 à 2024, de nouveaux opérateurs pourraient bénéficier d'une délégation de service public subventionnée, sur les lignes Intercités et les TER. Ils pourront aussi demander des "créneaux horaires" ("sillons", en jargon technique) sur les lignes à grande vitesse, à leurs propres frais. 

 

 

Un "calendrier spécifique" tient compte de la complexité et de la densité du réseau francilien. Les appels d'offres deviennent obligatoires pour les lignes du Transilien entre 2023 et 2033, et à partir de 2039 pour le RER.

 

 

 

Le calendrier et les modalités d\'ouverture à la concurrence.

Le calendrier et les modalités d'ouverture à la concurrence. (SNCF)


 

Concurrence "en accès libre" pour les TGV

Comment ça se passe ? Sur les lignes à grande vitesse, la concurrence est dite "en accès libre" ("open access"). Un an à l'avance, l'entreprise candidate demande à SNCF Réseau quels "sillons" (créneaux horaires) sont disponibles. Si elle obtient, moyennant péage, l'horaire convoité, "l'entreprise arrive sur le marché avec son personnel habilité, son centre de maintenance et son matériel roulant", explique à franceinfo le directeur du transport ferroviaire au sein de l'Autorité de régulation des transports (ART), Olivier Salesse. Concernant le matériel roulant, "soit elle l'achète, sachant qu'une rame TGV coûte entre 20 et 40 millions d'euros, soit elle le loue", précise-t-il.

 

 

"Il y aura une concurrence frontale entre entreprises sur les bons horaires, avec des risques économiques importants", résume-t-on du côté de l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP), qui rassemble le patronat du secteur.

 

 

Quels opérateurs sont intéressés ? Des sociétés étrangères sont en lice. En direction du Sud, la compagnie Thello, filiale de la compagnie publique italienne Trenitalia, souhaite être présente sur le Paris-Lyon-Milan, dès 2020. Sur la moitié nord de l'Hexagone, "Arriva, la filiale de la Deutsche Bahn [la compagnie publique allemande], peut aussi être candidate sur Paris-Bruxelles ou Paris-Cologne", note un connaisseur du secteur.

 

 

Ce n'est que le début du big bang. "La liste pourrait s'élargir à des investisseurs venus d'autres univers", remarque un cadre de la direction commerciale de SNCF Réseau. D'où plusieurs limitations. D'abord, l'entreprise candidate devra obtenir une licence ferroviaire valable au niveau européen. Ensuite, il n'est "pas question d'admettre une firme qui nuirait à l'équilibre global du système", pointe ce cadre. Un garde-fou pour l'opérateur historique, la SNCF, qui doit prendre en compte cet "équilibre global".

 

 

 

 Délégation de service public pour les Intercités

Comment ça se passe ? De 2020 à 2023, l'autorité régulatrice (qu'il s'agisse de l'Etat ou d'une région) aura deux options : renouveler directement le contrat d'attribution à la SNCF pour dix ans, c'est-à-dire jusqu'en 2033 au plus tard, ou passer un appel d'offres. A partir de 2024, l'appel d'offres pour les "trains d'équilibre du territoire" – en clair, les Intercités – deviendra obligatoire, sauf dérogation.

 

 

Histoire de lancer le mouvement, l'Etat a publié, dès janvier 2019 "un avis de pré-information pour la mise en concurrence des lignes Intercités Nantes-Bordeaux et Nantes-Lyon". "Ces deux lignes viennent de bénéficier d'un renouvellement complet de leurs trains, vante le ministère de la Transition écologique et solidaire. Leur mise en concurrence intervient donc de façon cohérente, alors que s'ouvre une nouvelle étape de leur vie." L'opérateur désigné signera ensuite une convention avec l'Etat, qui subventionne la ligne. Bénéficiaire d'une délégation de service public, l'opérateur sera tenu de reprendre le personnel de la SNCF affecté à la ligne, ainsi que le matériel roulant (renouvelé en 2017, donc quasi-neuf).

 

 

Quels opérateurs sont intéressés ? Filiale à 70% de la caisse des dépôts, la compagnie Transdev ne cache ni son intérêt, ni ses éventuelles réserves. "Nous voulons une meilleure offre, qui améliore la fréquentation, avec plus de trains en été. Il faut amener des gens à prendre le train !", s'enflamme Claude Steinmetz, son directeur ferroviaire. Il note un gros bémol : "Ces deux lignes ont 25 millions d'euros de déficit à elles deux. Il faudra voir comment on peut améliorer ce chiffre, avec un autre modèle économique."

 

 

Il déplore aussi le flou sur le personnel qui lui sera transféré, s'il remporte le marché : "On doit reprendre ceux qui travaillent au moins à 50% sur la ligne. On respectera le cadre légal, mais il faut une connaissance fine des salariés. Qui travaille sur cette ligne ? Quelles sont les compétences ?" Parmi les autres candidats potentiels cités, la SNCF, évidemment, mais aussi RATPdev (filiale de la RATP), ou encore Arriva, la filiale de Deutsche Bahn. 

 

 

 

TER et Transilien soumis aux choix des régions

Comment ça se passe ? Autorité organisatrice, la région a la possibilité de reconduire la SNCF jusqu'en 2033, ou d'attribuer un lot de lignes à un nouvel opérateur. Coïncidence du calendrier, cette mise en concurrence démarre à deux jours de la grève du 5 décembre, qui s'annonce particulièrement suivie chez les cheminots. A partir du mardi 3 décembre, en effet, les régions pourront passer des appels d'offres sur tout ou partie des trajets régionaux. Lorsque l'opérateur sera choisi et aura signé une convention avec la région, le matériel et le personnel de ces lignes subventionnées lui seront transférés.

 

 

"Il y a déjà des avancées sur le Grand Est, les Hauts-de-France ou Provence-Alpes-Côte d'Azur", note-t-on du côté du ministère de la Transition écologique et solidaire, où l'on se félicite de cette "mise en concurrence qui doit améliorer aussi bien le qualitatif que le quantitatif. La priorité est d'améliorer le trafic pour les gens qui se rendent à leur travail. Or, la qualité du service SNCF n’est pas toujours au rendez-vous, avec des problèmes de ponctualité ou des trains supprimés."

 

 

Quels opérateurs sont intéressés ? Toujours les mêmes. A commencer par la SNCF, qui répond à tous les appels d'offres. Transdev, de son côté, a les yeux rivés sur la Côte d'Azur : "Nous visons deux lots pour 100 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel. Le premier lot, c'est le Marseille-Nice, le deuxième lot, c'est 'l'étoile de Nice' (qui comprend trois lignes régionales). C’est aussi dense ou presque que l'Ile-de-France. Il faudra réfléchir, intensifier la circulation en été." Dès février 2019, la région Paca avait d'ailleurs annoncé sa volonté d'ouvrir la concurrence sur ces trajets-là, explique le magazine Challenges.

 

 

Parmi les autres prétendants aux marchés régionaux, "il y a tous les 'usual suspects'", plaisante un spécialiste. "Les opérateurs anglais, allemands, ou encore l'Italien Thello dans la région Sud".  Sans compter la RATP, qui a créé avec Getlink (ex-Eurotunnel) une nouvelle filiale, pour répondre aux appels d'offres sur les TER dans les Hauts-de-France et le Grand Est.

 


03/12/2019
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Franceinfo - le lundi 2 décembre 2019

 

 

Rues inondées, habitations dévastées, Croisette sous les eaux... Le Sud-Est à nouveau frappé par les intempéries

 

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Cinq personnes, dont trois secouristes, sont mortes dans les intempéries qui ont une nouvelle fois frappé le sud-est de la France. Franceinfo revient en images sur la catastrophe

 

 

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Trois pompiers interviennent dans les rues inondées de Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes), le 1er décembre 2019. (MAXPPP)

 

 

 

Deux personnes emportées par les eaux, trois secouristes tués dans un crash alors qu'ils partaient en hélicoptère à l'aide des sinistrés… Les violentes intempéries qui ont frappé le sud-est de la France, dimanche 1er décembre, ont coûté un lourd bilan humain.

 

 

Le Var et les Alpes-Maritimes, déjà durement frappés par les inondations la semaine précédente, ont été placés en vigilance rouge, avant de repasser en orange (avec le Vaucluse), en raison des inondations. Franceinfo revient, en images, sur les dégâts causés par les pluies diluviennes. 

 

 

 

Dans les Alpes-Maritimes, Mandelieu-la-Napoule durement touchée 

Un hélicoptère a été déployé à Mandelieu-la-Napoule, commune des Alpes-Maritimes qui compte parmi les plus touchées par les intempéries. De nombreux habitants ont été pris au piège, à cause de la montée extrêmement rapide des eaux. Au total, 60 personnes ont été évacuées dans la ville. 

 

 

 

 

 

 

Plusieurs internautes ont posté des vidéos impressionnantes de l'eau envahissant les rues, les sous-terrains et les habitations. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La fatigue des habitants confrontés à des inondations à répétition

"Faut tout recommencer, j'en ai marre, je suis fatigué, j'ai juste envie de pleurer", a tweeté un habitant de Mandelieu-la-Napoule. La semaine précédente, la commune avait déjà été durement touchée par les intempéries. 

 

 

 

 

 

 

Dans le Var, 117 personnes ont été mises à l'abri ou accueillies dans six centres d'hébergement sur les communes de Fréjus, Roquebrune-sur-Argens, Sainte-Maxime et Le Muy. "Nous finissions à peine, vendredi dernier, le travail sur les précédentes inondations. Malheureusement, même causes, mêmes effets. Nous avons plusieurs jours de travail devant nous, de pompage et d'épuisement", explique à franceinfo le colonel Stéphane Farcy, chef du pôle opérations des sapeurs-pompiers du Var.

 

 

 

L'émotion des proches de victimes dans le Var

Dans le Var, les inondations ont fait deux victimes. A Fréjus, le propriétaire d'une pension de chevaux sorti pour veiller sur ses animaux a été emporté par les eaux. "Il voulait ouvrir les boxes où il y avait les chevaux, pour qu'ils ne soient pas prisonniers (...) Il a été emporté", explique sa compagne endeuillée à BFMTV

 

 

 

 

 

 

Dans la commune de Saint-Paul-en-Forêt, un berger apparemment parti dans la nuit pour faire rentrer ses bêtes, a lui aussi été emporté dans son 4x4, alors qu'il tentait de franchir un gué. Son corps a été retrouvé dans son véhicule, encastré contre un arbre, à 300 mètres en aval du lieu où il avait été vu pour la dernière fois. "C'est un ami de longue date et je suis bouleversé", a témoigné un de ses proches, toujours à BFMTV.

 

 

 

 

 

 

L'hommage des pompiers à trois secouristes tués dans le crash d'un hélicoptère

Dans la nuit de dimanche à lundi, trois secouristes sont morts lors d'un crash d'hélicoptère. Selon les premiers éléments, l'appareil a décollé vers 22h30 de l'aéroport de Marignane, pour prendre la direction du Luc (Var), où une personne était portée disparue. Il avait récupéré quelques minutes plus tôt un sapeur-pompier plongeur, issu du centre de secours de Pertuis (Vaucluse), lorsque "les liaisons radios et radar ont été rompues", a annoncé dans un communiqué le ministère de l'Intérieur.

 

 

D'importants moyens de recherche, déclenchés dans le cadre du plan Sater (Sauvetage aéroterrestre), ont permis de localiser l'épave de l'hélicoptère à 1h30 du matin à proximité de la commune du Rove, aux portes de Marseille (Bouches-du-Rhône). Les corps des trois occupants de l'hélicoptère ont été retrouvés sans vie.

 

 

 

Les pompiers sur le lieu du crash de l\'hélicoptère, lundi 2 décembre, au Rove (Bouches-du-Rhône).

Les pompiers sur le lieu du crash de l'hélicoptère, lundi 2 décembre, au Rove (Bouches-du-Rhône). (X. SCHUFFENECKER / FRANCE TELEVISIONS)

 

 

Sur Twitter, les pompiers des Bouches-du-Rhône ont rendu hommage à leurs collègues de la Sécurité civile. 

 

 

 

 

 

A Cannes, la Croisette inondée

A Cannes (Alpes-Maritimes), le niveau des eaux est monté très rapidement dans les rues, provoquant d'importantes inondations. La gare SNCF de la ville a été totalement inondée, comme le quartier de La Bocca, rapporte France Bleu Provence.

 

 

 

 

 

 

La célèbre Croisette a, elle aussi, été largement inondée. 

 

 

 

 

 

 

Tous les établissements scolaires de la ville ont été fermés, les transports scolaires ne pouvant pas circuler. Lundi matin, les services de la ville ont commencé à déblayer les rues. 

 

 

 


02/12/2019
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Franceinfo - le lundi 2 décembre 2019

 

 

Intempéries : trois secouristes sont morts dans un accident d'hélicoptère près de Marseille

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Ils étaient en mission pour porter secours aux sinistrés touchés par les intempéries sur la Côte d'Azur. Une enquête est ouverte pour déterminer les causes de cet accident

 

 

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Un hélicoptère de la Sécurité civile, le 5 mai 2015, près du Mont-Saint-Michel (Manche). (DAMIEN MEYER / AFP)

 

 

 

Les trois occupants d'un hélicoptère de la Sécurité civile partis porter secours à des habitants touchés par les intempéries sur la Côte d'Azur ont été retrouvés morts près de Marseille, dans la nuit du dimanche 1er au lundi 2 décembre, a indiqué le ministère de l'Intérieur. "Alors que leur hélicoptère EC145 de la Sécurité civile se dirigeait vers Le Luc-Le Cannet [Var] afin d'assurer une mission de reconnaissance et de sauvetage, les liaisons radio et radar ont été rompues", a indiqué le ministère de l'Intérieur. 

 

 

"Malgré l'engagement d'importants moyens de recherche déclenchés (...), les trois occupants de l'hélicoptère ont été retrouvés décédés à 1h30 du matin à proximité de la commune du Rove [Bouches-du-Rhône]", ont expliqué dans un communiqué le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, et son secrétaire d'Etat, Laurent Nuñez. Une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances de l'accident.

 

 

Alors que la France s'apprête aujourd'hui à rendre hommage à 13 de ses soldats, morts pour la servir [au Mali], notre pays perd trois héros du quotidien qui ont donné leur vie pour protéger les Français. Communiqué du ministère de l'Intérieur

 

 

Le Var et les Alpes-Maritimes, deux départements de la Côte d'Azur, ont été touchés par de fortes pluies et des inondations dimanche, une semaine après des inondations meurtrières qui avaient déjà fait six morts. Deux autres personnes sont également mortes dimanche dans ces intempéries dans le Var. A Fréjus, le propriétaire d'une pension de chevaux sorti pour veiller sur ses animaux a été emporté par les eaux. A Saint-Paul-en-Forêt, un berger a été emporté dans son 4x4.

 


02/12/2019
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Franceinfo - le lundi 2 décembre 2019

 

 

COP25 : onze questions pas si bêtes sur le changement climatique

 

 

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Camille AdaoustThomas BaïettoFrance Télévisions

 

 

 

A l'occasion de la COP25, qui se tient à Madrid de lundi jusqu'au 13 décembre, franceinfo revient sur les questions et idées reçues autour du réchauffement climatique

 

 

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Un homme marche au milieu des dégâts causés par l'ouragan Irma à Marigot (Saint-Martin, France), le 8 septembre 2017. (MARTIN BUREAU / AFP)

 

 

 

Top départ pour un nouveau round. La 25e conférence internationale sur le climat débute à Madrid (Espagne), lundi 2 décembre. Des milliers de délégués d'Etats se réunissent afin de réfléchir aux moyens d'enrayer le réchauffement climatique. Mais de quoi s'agit-il exactement ? Franceinfo tente de répondre à quelques questions que vous vous posez sur ce phénomène complexe qui menace notre avenir.

 

 

1 - Ça chauffe vraiment ? Il a neigé l'autre jour...

Oui, il a beaucoup neigé ces dernières semaines en France. Ça ne veut toutefois pas dire que la température globale de l'atmosphère ne se réchauffe pas. Depuis l'ère préindustrielle, elle a grimpé en moyenne de 1 °C. Et ce n'est pas près de d'arrêter. Si la courbe continue sur sa lancée, les températures augmenteront de 1,5 °C entre 2030 et 2052, annoncent les scientifiques du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) de l'ONU (PDF en anglais). Sans aucun effort de nos sociétés, les experts du Giec anticipent une hausse de 4,8 °C d'ici 2100. De récents modèles français avancent même un scénario très alarmant de +7 °C en 2100.

 

 

 

Le Giec produit plusieurs scénarios de hausse de la température moyenne à la surface du globe.

Le Giec produit plusieurs scénarios de hausse de la température moyenne à la surface du globe. (GIEC)

 

 

En cause ? Une concentration de plus en plus forte de gaz à effet de serre, ces gaz qui retiennent une partie de l'énergie solaire dans l'atmosphère. En février dernier, un triste record était franchi : une concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère terrestre de 411,66 parties par million (ppm) de CO2. Un taux en constante augmentation ces dernières décennies, comme le montre ce graphique de l'Institut de recherche Scripps.

 

L\'institut Scripss mesure la concentration de dioxyde de carbone dans l\'atmosphère terrestre.

L'institut Scripss mesure la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère terrestre. (INSTITUT SCRIPPS)

 

 

2 - C'est plutôt une bonne nouvelle, l'été toute l'année, non ? Et puis 2 °C de plus, ça passe crème, franchement.

Attention, il ne faut pas, comme Donald Trump, confondre la météo et le climat. La météo correspond aux conditions quotidiennes de l'atmosphère (température, nuages, vent, précipitations), tandis que le climat décrit les conditions atmosphériques sur le long terme. "L'observation d'un phénomène météorologique, pris isolément, ne renseigne pas sur l'évolution du climat", explique l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Lorsque les scientifiques évoquent une augmentation de 2,5 ou 7 °C, c'est une moyenne annuelle à l'échelle de la Terre, qu'il ne faut pas transposer à la température d'un jour donné à un endroit précis : l'augmentation sera bien plus forte certains jours et dans certaines régions.

 

 

Pour s'en convaincre, il suffit de jeter un œil à la dernière ère glaciaire qu'a connue notre planète, il y a 21 000 ans. "A cette époque, la température de la Terre n'était que de 4 à 7 °C inférieure à sa valeur actuelle, et pourtant le niveau de l'océan était plus bas de quelque 120 mètres. L'Amérique du Nord et l'Eurasie étaient recouvertes d'une couche de glace qui atteignait 1 à 2 km d'épaisseur et s'étendait jusqu'à New York et au nord de l'Allemagne", explique Météo France. Un paysage beaucoup plus hostile pour l'homme, à quelques degrés près.

 

 

 

3 - D'accord, il fait plus chaud… et c'est tout ?

Malheureusement, non. La chaleur de l'air accélère l'évaporation des étendues d'eau. Et c'est tout le régime des pluies qui en est bouleversé. Les précipitations se font plus intenses dans certaines zones et causent ainsi des phénomènes climatiques extrêmes : canicules, sécheresse, inondations…

 

 

Plus loin dans le cycle de l'eau : les océans. Comme l'explique l'Organisation météorologique mondiale (OMM) dans son dernier bulletin sur les gaz à effet de serre, ils absorbent 22% des émissions – grandissantes – de CO2 liées à l'activité humaine. Par réaction chimique, ce phénomène participe à l'acidification des océans. Cela "présente un risque majeur pour certains planctons, les coraux et la biodiversité marine. En effet, l'acidification des océans affecte la capacité de certains phytoplanctons à croître et à se renouveler. "

 

 

 

 

 

 

Par ailleurs, la fonte des glaciers continentaux et l'expansion de l'eau due au réchauffement (plus l'eau est chaude, puis elle prend de place) déclenchent un autre processus : la hausse du niveau des océans. Au cours du siècle dernier, il a augmenté d'environ 15 cm et ce phénomène s'accélère : actuellement, le niveau des mers grimpe de 3,6 mm par an, menaçant de plus en plus les côtes. Plusieurs îles du Pacifique ont déjà été englouties sous la surface de l'eau.

 

 

"Cette hausse pourrait atteindre 30 à 60 cm environ d'ici 2100, et ce même si les émissions de gaz à effet de serre sont fortement réduites et si le réchauffement planétaire est limité à une valeur bien en dessous de 2 °C, mais environ 60 à 110 cm si ces émissions continuent d'augmenter fortement", alerte le Giec dans son dernier rapport consacré aux impacts du réchauffement climatique sur l'océan et la cryosphère.

 

 

 

4 - Est-ce que c'est vraiment de notre faute ? J'ai entendu que c'était juste un cycle de la Terre… C'est vrai ?

Oui et en même temps… non. Le climat de la Terre alterne en effet depuis toujours entre des périodes de glaciation et de réchauffement, avec des pics. Citons par exemple le Paleocene-Eocene Thermal Maximum (PETM), il y a 56 millions d'années. La température terrestre avait alors augmenté de 6 °C en 10 000 à 20 000 ans. Mais – car il y a un "mais" – toute la différence avec la période actuelle est dans la durée de cette augmentation. Si le PETM est considéré, à l'échelle de l'histoire de la Terre, comme un pic soudain, la hausse actuelle de température est plus fulgurante encore. Car la température a augmenté de 1 °C… en seulement 100 ans. Si on fait le calcul, c'est donc 100 fois plus rapide.

 

 

"Les émissions totales de gaz à effet de serre produites aujourd'hui ont augmenté de 80% depuis 1970 et de 30% depuis 1990. Elles ont été, entre 2000 et 2010, les plus importantes de l'histoire humaine", note l'Ademe. Une hausse soudaine due aux activités humaines, très émettrices en gaz à effet de serre : combustion d'énergies fossiles telles que le charbon ou le pétrole, déforestation et ainsi suppression des stocks de carbone que représentent les arbres, traitement des terres agricoles…

 

 

 

5 - J'émets vraiment du carbone au quotidien ?

Aujourd'hui, il faudrait 2,7 planètes pour satisfaire les besoins de la population mondiale si tout le monde vivait comme un Français, selon un calcul du think tank  Global Footprint Network qui englobe les émissions de CO2, mais également des ressources comme les arbres, les poissons ou les terres cultivables. Pour lutter contre le changement climatique, il faudrait donc modifier en profondeur notre mode de vie – notre alimentation, nos modes de transport, notre consommation, nos loisirs – parce qu'il n'est plus du tout adapté aux limites de notre planète.

 

 

 

6 - Je ne dois plus prendre l'avion ni manger de viande ?

Si les grandes orientations politiques ne dépendent pas que de nous, "on est tous acteurs de l'atténuation de notre empreinte sur le climat", explique Roland Séférian, climatologue à Météo France. Pour savoir comment diminuer votre empreinte carbone – la quantité de gaz à effet de serre que vous générez chaque année –, il faut d'abord la calculer. Plusieurs sites, comme celui du WWF Suisse ou celui de la fondation Good Planet, proposent des outils pour le faire.

 

 

Vous constaterez que les transports – en premier lieu l'avion, puis la voiture – et l'alimentation – en particulier la viande et les produits laitiers – pèsent lourd dans ce bilan personnel. Pour transporter un passager sur un kilomètre en avion, il faut 144,6 grammes de CO2, contre 85,5 pour la voiture particulière et 3,2 pour le TGV, selon les chiffres de l'Ademe. Pour produire un plat à base de viande, il faut 137,39 grammes de CO2, contre 15,70 pour un plat à base de légumes, selon la même source.

 

 

Prendre moins l'avion ou sa voiture et manger moins de viande sont donc des leviers importants pour diminuer son empreinte carbone. Mais ce ne sont pas les seuls : consommer local, consommer moins, regarder moins de vidéos sur Internet, chauffer son logement à 19 °C sont d'autres pistes pour faire baisser son empreinte carbone.

 

 

 

7 - Tout ça, ça semble loin… En France, on pourra juste bronzer partout les doigts de pieds en éventail, non ?

Eh non ! Les études sont d'accord : ce sont les pays en développement qui vont le plus souffrir du réchauffement climatique. Mais la France n'est pas en reste. A commencer par la survenue de phénomènes météorologiques extrêmes. Ces dernières années, les territoires français ont subi une canicule sans précédent en 2003, des inondations meurtrières dans l'Aude fin 2018, l'ouragan dévastateur Irma en 2017 sur Saint-Martin et Saint-Barthélemy… Tout ceci pourrait devenir de plus en plus fréquent, si ce n'est la norme. Par exemple, sur le long terme, la température en France va grimper et banaliser les épisodes de canicule : "Les jours très chauds (dépassant de 5 °C la moyenne) seront plus nombreux : de 36 aujourd'hui, ils passeraient vers 2030 à plus de 40 (scénario optimiste), voire à plus de 70 (scénario pessimiste)", note l'Ademe.

 

 

L'agence évoque également une baisse des précipitations, et par conséquent un assèchement des cours d'eau. David Salas y Mélia, chercheur climatologue et responsable climat au centre de recherche CNRM (Météo-France-CNRS), prédit par exemple "à partir de 2070 une Garonne à sec pendant quelques mois" par an et ainsi "des pratiques agricoles fortement remises en cause". Une menace pour notre économie... mais aussi pour le contenu de nos assiettes et de nos verres. Vendanges précoces, degrés alcooliques élevés… Le vignoble français est déjà touché par le réchauffement climatique.

 

 

Les côtes françaises ne seront également pas épargnées par la montée des eaux. Le pire scénario avancé par le Giec en septembre dernier (+1,10 m à la fin du XXIe siècle) recouvrirait nombre de villes françaises, comme le montre la vidéo ci-dessous. Et La 1ère d'ajouter : "Ce rapport est plus inquiétant pour les Outre-mer français que pour la France hexagonale, pour une bonne raison qui est que les Outre-mer dépendent très fortement des écosystèmes marins et côtiers."

 

 

 

 

 

 

8 - Est-ce qu'on va tous mourir ?

Vous avez peut-être vu passer cette étude australienne qui évoque la fin de notre civilisation en 2050, si rien n'est fait pour freiner le réchauffement climatique. "Le changement climatique représente maintenant une menace existentielle à court ou moyen terme pour la civilisation humaine", écrivent ses auteurs. Ce constat est dramatique, mais il n'est pas farfelu. Il s'appuie sur des prévisions extrêmes, mais existantes : +3 °C en 2050. "C'est un article qui présente une vision cauchemardesque, le scénario du pire, mais qui ne peut pas être exclu pour autant", expliquait en septembre à franceinfo Gilles Ramstein, climatologue.

 

 

Dans un scénario plus modéré, celui d'un respect encore incertain de l'accord de Paris de 2015, la barre des 3 °C serait franchie "plutôt en 2100", estimait Frédéric Parrenin, glaciologue et paléoclimatologue. Les conséquences seraient très sérieuses pour la survie de notre espèce : événements climatiques extrêmes (comme les sécheresses) plus fréquents, famine, manque d'eau potable, maladies, zones habitables englouties par la montée des eaux. Dans son rapport (graphique A) sur l'utilisation des sols, rendu cet automne, le Giec estime qu'un réchauffement de 3 °C augmente "très fortement" le risque d'insécurité alimentaire sur l'ensemble de la planète. 

 

 

Cette situation provoquera mécaniquement des problèmes sociaux, comme des conflits pour les ressources ou des migrations. "Ce qu'il faut comprendre, c'est que le changement climatique a le potentiel de tuer des milliards de gens et de déclencher la guerre partout sur Terre", résume sur France Culture Jean-Marc Jancovici, ingénieur et consultant sur les questions d'énergie et de changement climatique, enseignant à Mines ParisTech et président du think tank The Shift Project.

 

 

 

9 - Ça sert à quoi de faire des efforts, si les Chinois et les Américains, eux, n'en font pas ?

Effectivement, si la France est la seule à agir, il ne sera pas possible de sauver notre planète. Les Etats-Unis, dont le président est notoirement climatosceptique, se sont retirés de l'accord de Paris et la Chine, si elle soutient ce texte, continue de construire de nouvelles centrales à charbon, une énergie très polluante. Or, ces pays sont les deux plus gros émetteurs de gaz à effet de serre (GES) du monde. Selon les derniers chiffres de l'Agence internationale de l'énergie, la Chine produit chaque année 9 302 millions de tonnes de GES, suivie par les Etats-Unis (4 761,3). La France se classe 23e (306,1 millions de tonnes), une bonne performance qui s'explique par l'importance du nucléaire dans le mixte énergétique français, une source d'énergie qui produit peu de GES.

 

 

 

 

Il faut cependant nuancer ce constat, en particulier concernant la Chine, où les pays occidentaux ont délocalisé ces dernières décennies leurs industries les plus polluantes. Le téléphone intelligent sur lequel vous nous lisez peut-être a très probablement été fabriqué en Chine. Il a été produit pour vous, c'est vous qui l'utilisez en France, mais les gaz à effet de serre émis pendant sa fabrication sont comptabilisés là-bas. Si l'on pondère les émissions de GES par la consommation des habitants et par leur nombre, "les émissions par habitant de l'Union européenne sont plus élevées que celles de la Chine", note l'ONU dans son dernier rapport : 6,1 tonnes pour un Chinois, 8,1 pour un Européen. Et, au-delà des simples émissions de CO2, notre mode de vie est moins durable que celui d'un Chinois : il n'a besoin "que" de 2,2 planètes, contre 2,7 pour nous. Bref, tout le monde doit faire des efforts.

 

 

 

10 - C'est grave ! Et personne ne fait rien ?

Si, des actions sont menées à grande échelle. Des entreprises, des villes et de plus larges territoires agissent pour tenter de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Citons l'exemple de l'engagement pris par 90 sociétés ou la promesse de la ville de Sonderborg (Danemark). Elle s'est fixé un objectif "0% de carbone" d'ici 2029.

 

 

A plus grande échelle, l'accord de Paris, signé en décembre 2015, a embarqué 192 pays dans une réduction de leurs émissions, pour contenir le réchauffement de la planète à +2 °C. Toutefois, quatre ans plus tard, les résultats se font attendre et l'inversion des courbes n'a même pas commencé. En 2018, les émissions de CO2 ont même augmenté de plus de 2%, par rapport à 2017.

 

 

En France, "la trajectoire actuelle, même si les émissions par habitant sont inférieures à la moyenne européenne, est encore éloignée de celle qui permettrait de respecter les objectifs de l'Accord de Paris sans rupture des modes de vie", déplore un récent rapport du ministère de la Transition écologique et solidaire. De plus, même si nous cessions immédiatement d'émettre des gaz à effet de serre, les effets se feraient ressentir encore pendant des dizaines, voire centaines, d'années.

 

 

 

 

 

11 - Mais alors, que doit-on faire pour éviter la "cata" mondiale ?

Eviter le réchauffement climatique n'est plus possible. Les scientifiques planchent plutôt pour le contenir. Le Giec n'y va pas par quatre chemins et exhorte à une action rapide : "Pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 ºC, il faudrait modifier rapidement, radicalement et de manière inédite tous les aspects de la société." Objectif : réduire nos émissions de CO2 de 45% d'ici 2030, par rapport à leur niveau de 2010, puis atteindre vers 2050 la neutralité carbone, c'est-à-dire le point où les émissions sont compensées par l'élimination du CO2 présent dans l'atmosphère. Il faut aussi absorber le CO2 déjà présent dans l'atmosphère, en plantant des arbres, par exemple.

 


02/12/2019
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Franceinfo - le lundi 2 décembre 2019

 

 

"C'est un désastre écologique !" : dans le sud de l'Espagne, la Mar Menor et ses poissons meurent sous les yeux des habitants

 

 

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Envoyé spécial en EspagneRobin PrudentFrance Télévisions
 

 

 

Alors que la COP25 s'ouvre en grande pompe à Madrid, la plus grande lagune d'eau salée d'Europe voit disparaître sa biodiversité

 

 

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Ramon Pagan, au bord de la Mar Menor, en Espagne, le 25 novembre 2019. (ROBIN PRUDENT / FRANCEINFO)

 

 

 

"Avant, il y avait une plage magnifique ici." Face à la Mar Menor, Ramon Pagan, 65 ans, remue ses souvenirs d'enfance. "Mon grand-père avait une petite maison au bord de l'eau, se remémore-t-il, en montrant du doigt les fondations encore visibles au sol. J'ai joué ici, j'ai profité de cette mer, j'ai exploré les fonds marins avec les premières lunettes de plongée." Mais aujourd'hui, les abords de cette lagune d'eau salée sont remplis d'algues, l'eau est trouble et 80% de la faune et de la flore sous-marines est morte, selon l'Institut océanographique espagnol. "Je suis amoureux de la Mar Menor, mais là, j'ai envie de pleurer", glisse l'ingénieur chimiste à la retraite.

 

 

En quelques décennies, "la plus grande piscine d'Europe", située près de Murcie, dans le sud-est de l'Espagne, a perdu de sa superbe. Des buildings ont poussé tout le long du fin cordon littoral qui la sépare de la Méditerranée et des serres agricoles ont colonisé la campagne environnante. Un long processus de dégradation écologique qui a explosé à la figure du monde le 12 octobre dernier. Des centaines de milliers de poissons morts sont brusquement remontés à la surface, agonisant dans une eau sans oxygène. Une catastrophe pour la biodiversité de tout le continent européen, qui s'est déroulée à quelques centaines de kilomètres de Madrid, où s'ouvre la COP25, lundi 2 décembre.

 

 
 

 

Ce samedi d'octobre, des daurades, des anguilles, des bars, des soles, sont retrouvés morts sur plusieurs kilomètres de plage, au nord de la lagune. Au total, pas moins de six tonnes de poissons ont été ramassées et jetées. "Les gens me demandaient : 'Qu'est-ce qu'on peut faire ? On ne peut pas les laisser comme ça !', se remémore Pedro Garcia, figure locale de la lutte écolo, reconnaissable à ses longs cheveux gris. Mais il n'y avait plus rien à faire. Certaines personnes pleuraient. Moi, j'ai ressenti beaucoup de tristesse, mais surtout beaucoup de rage !"

 

 

 

Une longue dégradation

Que s'est-il passé ? Pour résumer la situation, la Mar Menor s'est remplie de milliers de tonnes d'eau douce, de boue et de résidus à la suite des inondations exceptionnelles du mois de septembre qui ont submergé la région.

 

 

Les nitrates contenus dans ces liquides ont fait exploser la quantité de phytoplanctons, des algues qui vivent en suspension dans la mer. L'eau est alors devenue opaque, et l'oxygène a commencé à manquer, asphyxiant une grande partie des espèces vivantes. Voilà pour les explications techniques, mises en avant par les autorités dans leurs communiqués.

 

 

 

Des poissons morts dans la Mar Menor, en Espagne, le 13 octobre 2019.

Des poissons morts dans la Mar Menor, en Espagne, le 13 octobre 2019. (ANSE)


 

Depuis, le puissant conseil régional de Murcie, bastion du Parti populaire (PP), la droite espagnole, se veut rassurant pour le tourisme : "Il est très important de rappeler que l'eau de la Mar Menor n'est pas contaminée, indique le service de communication. Les données sur l'oxygène sont très positives, et le niveau de phytoplanctons diminue de semaine en semaine." Sur place, les plages ont été nettoyées et on aperçoit même quelques bateaux de pêcheurs à l'horizon. En clair : "Circulez, il n'y a rien à voir." Mais ce n'est pas l'avis des organisations écologistes de la région, qui tirent la sonnette d'alarme depuis des années.

 

 

Les inondations de septembre, c'est l'étincelle qui a fait exploser la bombe, mais le problème est bien plus ancien et complexe. Ramon Pagan, militant du Pacte pour la Mar Menor à franceinfo

 

 

En réalité, cela fait des années que la qualité de l'eau de la Mar Menor se dégrade. En 2016, déjà, la mer s'était transformée en une gigantesque "soupe verte", en raison d'un phénomène semblable à celui de ce mois d'octobre. Mais l'eau était redevenue transparente quelques mois plus tard, grâce à la régénération de la lagune. Trois entrepreneurs du secteur touristique s'étaient même jetés à l'eau pour prouver au monde entier que tout allait bien. "On a été beaucoup critiqués pour avoir osé parler des problèmes de la Mar Menor", raconte Ramon Pagan, militant de la plateforme citoyenne Pacte pour la Mar Menor.

 

 

 

"Ils ont construit partout"

Devant le marché aux poissons de San Pedro del Pinatar, on tente aussi de faire bonne figure. Ici, pas moins de 150 familles vivent de la pêche, et certains n'ont pas touché d'indemnités à la suite des événements des derniers mois. C'est le cas de Felipe, 29 ans, qui partage une assiette de calamars avec son collègue David. "On est obligé de reprendre la pêche pour vivre. Et on trouve du poisson !", rassure-t-il d'emblée, avant de repartir sur son embarcation. 

 

 

 

Deux pêcheurs à San Perdo del Pinatar, en Espagne, le 25 novembre 2019.

Deux pêcheurs à San Perdo del Pinatar, en Espagne, le 25 novembre 2019. (ROBIN PRUDENT / FRANCEINFO)


 

La situation est toutefois moins idyllique que celle décrite. "Le fond de la mer a changé. Il n'y plus aucune lumière qui passe. On ne voit rien", relève David, 24 ans. "C'est vrai que c'est la première fois que je vois autant de poissons morts", reconnaît de son côté Angel, 74 ans. Parole d'ancien pêcheur qui a commencé à naviguer à la fin des années 1950. "A l'époque, le bar où nous sommes n'existait pas. C'était la mer. On garait notre bateau plus loin, là où passe la route désormais. Mais depuis, ils ont construit partout", explique-t-il. Et cette urbanisation sans bornes a profondément dégradé la lagune. 

 

 

Une virée sur l'autoroute jusqu'à La Manga achèvera de convaincre les sceptiques. Sur cette fine bande de terre qui sépare la Mar Menor de la Méditerranée, les immeubles ont poussé comme des champignons. La grande avenue principale a même des airs de Floride. Des ports et des plages artificielles ont été créés de toutes pièces. Et certains complexes hôteliers ont les pieds dans l'eau.

 

 

Ici, le développement s'est fait avec un seul objectif : gagner de l'argent. On n'a pas du tout pris en compte les limites environnementales. Oscar Esparza Alaminos, WWF à franceinfo

 

 

En été, ils sont ainsi plus de 500 000 à se masser autour de cette piscine naturelle. "Le problème, c'est que le système des égouts ne fonctionne pas bien. Dès qu'il y a des pluies importantes, tout déborde. Et maintenant, il y a des pluies exceptionnelles tous les ans", analyse Ramon Pagan. Une étude (en espagnol) a ainsi estimé que 15% de la contamination de l'eau provenait du secteur urbain.

 

 

 

L'agriculture intensive dans le viseur

Mais le principal responsable de ce désastre écologique se trouve de l'autre côté de l'autoroute. Là, une mer de serres blanches et des champs à perte de vue font face à la réserve d'eau salée. Depuis les années 1980, la région, autrefois aride et caillouteuse, s'est transformée en miracle agricole. "Ici, les multinationales de l'agriculture intensive font quatre récoltes par an !", explique Ramon Pagan. Et pour arriver à ce résultat, il leur faut énormément d'eau. Même les circuits géants d'irrigation n'arrivent pas à suivre le rythme. Alors, des centaines de puits illégaux ont vu le jour, ainsi que plusieurs dizaines de centres de désalinisation de l'eau, tout aussi hors-la-loi, selon les ONG.

 

 

 

Des cultures près de la Mar Menor, en Espagne, le 26 novembre 2019.

Des cultures près de la Mar Menor, en Espagne, le 26 novembre 2019. (ROBIN PRUDENT / FRANCEINFO)

 

 

 

Ces installations remplissent en permanence des canaux d'irrigations, dont les eaux usées, bourrées de fertilisants et d'engrais chimiques, terminent directement dans la Mar Menor. Oscar Esparza Alaminos, biologiste marin chez WWF, nous emmène voir l'un de ces canaux. Après avoir enjambé une barrière routière, il pointe du doigt la rambla de El Albujón, remplie de végétaux. "L'eau que vous voyez, ce n'est pas de l'eau de pluie, mais les résidus de désalinisation et l'eau usée des surfaces agricoles", explique ce spécialiste des océans.

 

 

 

Une responsabilité politique

Ces entrées massives de nitrates dérèglent profondément la Mar Menor. De quoi provoquer une perte inestimable de biodiversité dans ce parc naturel, classé site Ramsar et réseau Natura 2000. "La Mar Menor est très bien protégée au niveau international… mais seulement sur le papier ! Dans les faits, aucune norme n'est respectée. C'est un désastre écologique !", se lamente Oscar Esparza Alaminos, avant d'énumérer les espèces en voie d'extinction qui avaient trouvé refuge dans la lagune. Cette absence de contrôle et d'actions politiques est d'ailleurs pointée du doigt par de nombreux observateurs.

 

 

L'administration a toujours favorisé les intérêts économiques plutôt que l'intérêt général. Oscar Esparza Alaminos, WWF, à franceinfo

 

 

Dans le bar des pêcheurs de San Pedro del Pinatar, on baisse la voix pour parler de la gestion de la mer par la région. Un sourire gêné et entendu barre le visage d'Angel quand la question politique est abordée. D'autres ont moins de pudeur. "Avant 2016, les autorités ne faisaient rien, tranche Ramon Pagan. Face à la crise, ils ont été obligés, par l'opposition, à adopter une loi d'urgence qui vient tout juste d'entrer en vigueur et n'a pas encore porté ses fruits."

 

 

 

Oscar Esparza Alaminos, près de la Mar Menor, en Espagne, le 26 novembre 2019.

Oscar Esparza Alaminos, près de la Mar Menor, en Espagne, le 26 novembre 2019. (ROBIN PRUDENT / FRANCEINFO)


 

Il y a bien eu quelques descentes de police pour fermer des puits et des centres de désalinisation illégaux, mais le compte n'y est pas selon les associations. "Le gouvernement régional est passé outre la loi et a permis les mauvaises pratiques agricoles qui sont devenues habituelles", attaque Greenpeace. Le conseil régional, lui, renvoie la balle au gouvernement dirigé par leur opposant socialiste Pedro Sanchez et à l'Union européenne.

 

 

 

Mobilisation pour la COP25

La prise de conscience pourrait passer directement par les citoyens. Le 30 octobre, plus de 50 000 personnes ont manifesté dans les rues de Carthagène, avec comme mot d'ordre : "SOS Mar Menor". Une mobilisation d'ampleur dans une ville d'un peu plus de 200 000 habitants. Une pétition a aussi dépassé les 300 000 signataires et des artistes ont pris la parole. Mais la bataille de l'opinion n'est pas gagnée. "Aux dernières élections, les habitants de la région ont voté majoritairement pour un parti qui n'a aucun programme sur l'écologie", se lamente Oscar Esparza Alaminos. Le 10 novembre, c'est le parti d'extrême droite Vox qui est arrivé en tête pour la première fois dans la région de Murcie.

 

 

Face à cette situation, plusieurs organisations et groupes de citoyens ont décidé de prendre les devants et d'aller faire entendre leur voix directement à Madrid. Des bus ont été affrétés pour rejoindre la COP25 début décembre. Une mobilisation plus qu'urgente pour Oscar Esparza Alaminos : "Nous sommes la première génération à se rendre compte des conséquences de l'activité humaine sur cet écosystème... et nous sommes la dernière à pouvoir faire quelque chose !"

 


02/12/2019
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Franceinfo - le dimanche 1er décembre 2019

 

 

Intempéries dans le Sud-Est : des habitants évacués, des routes impraticables, le trafic des trains interrompu

 

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Avec France BleufranceinfoRadio France

 

 

Évacuations préventives, fermetures des lieux publics, trafic des trains interrompu : des perturbations sont en cours dimanche alors que le sud-est de la France est frappé par un nouvel épisode méditerranéen

 

 

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La commune du Luc, inondée, dans le département du Var, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. (HANDOUT / SECURITE CIVILE)

 

 

 

Les habitants du Sud-Est se préparent à faire face à de nouvelles intempéries : Météo France a placé, dimanche 1er décembre, les Alpes-Maritimes et le Var en vigilance rouge pluie-inondation et vigilance orange aux orages, au moins jusqu’en deuxième partie de nuit. Le gros épisode pluvieux attendu entre 17 heures et 21 heures dans le Var et les Alpes-Maritimes.

 

 

Le Vaucluse et les Alpes-de-Haute-Provence sont en alerte orange pluie-inondation, tandis que l’alerte a été levée pour le département de la Drôme.

 

 

>> Suivez notre page direct sur les intempéries dans le Sud-Est

 

 

 

Des habitants évacués

Dans les Alpes-Maritimes, des évacuations préventives ont eu lieu, sans préciser le nombre d'habitants concernés car "un comptage est en cours", indique sur franceinfo le préfet des Alpes-Maritimes Bernard Gonzalez. Plusieurs communes sont concernées, notamment à Mandelieu-la-Napoule : "la ville de Mandelieu semble de nouveau semble avoir des difficultés. Nous avons déjà des coupures d'électricité, plus de 1 000 usagers qui n'ont plus d'électricité".

 

 

 

Sebastien LEROY@SebLeroyMLN
 

# POINT DE SITUATION #

De nombreux de notre ville sont désormais totalement inondés.

NE VOUS DÉPLACEZ PAS !!!

J’ai demandé la de plusieurs voies dont la sortie d’autoroute n°40 «centre ville»

Voir l'image sur Twitter
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Cette commune est dans la zone qui devrait être la plus touchée par ces intempéries. Les rez-de-jardin dans les secteurs sensibles des quartiers la Napoule et Boulevard Tavernière sont concernés. L'avenue des anciens combattants est également fermée. Des centres d'hébergement d'urgence ont été ouverts à Antibes et à Cannes. 

 

 

Dans le Vaucluse, un quartier de Pertuis a été touché par des inondations dues à une montée de la rivère l'Èze. Près de 100 personnes ont été évacuées ou se sont réfugiées d'elles-mêmes dans un gymnase de la commune.

 

 

 

Fermeture des lieux publics

Dans les Alpes-Maritimes, le préfet a activé le plan Orsec dans le département, et a ordonné l'évacuation des centres commerciaux, des cinémas et des salles de spectacle. Les marchés de Noël sont également fermés et les manifestations sportives sont annulées pour dimanche. La préfecture demande notamment d’éviter le secteur du centre commercial Cap 3000 à Saint-Laurent-du-Var à côté de Nice. Au total, 150 policiers sont mobilisés pour encadrer ces évacuations.

 

 

Tous les domaines skiables des Alpes-Maritimes sont fermés depuis la mi-journée. Les gendarmes recommandent de rester sur place.

 

 

 

Le trafic des trains interrompu

Le trafic SNCF est interrompu entre Nice et Toulon, dimanche, à cause des intempéries. La circulation est coupée dans les deux sens entre Toulon et Nice sur les rails, plus aucun train ne circule dans les Alpes-Maritimes

 

 

Un train en provenance de Paris et à destination de Nice a été arrêté à Toulon avec 650 voyageurs confirment la préfecture du Var et la SNCF. Pour les passagers à bord plusieurs solutions sont étudiées. Certains peuvent choisir de descendre à Toulon et finir le trajet en taxi ou en voiture si les routes sont pratiquables. Les autres peuvent remonter à bord du train TGV qui devrait faire demi-tour sur Marseille, où "il existe plus de solutions d'hébergements", a expliqué la communication de la SNCF.

 

 

Un millier de voyageurs sont concernés par des suppressions de train en gare de Nice, indique France Bleu Azur. La reprise du trafic est prévue lundi matin.

 

 

 

Des routes impraticables

Dans les Bouches-du-Rhône, des routes sont impraticables, le département étant placé en vigilance jaune pluie-inondation et orages. D'après les pompiers, il faut éviter de circuler dans le Pays d'Aix, entre Gignas-la-Nerthe et Marignage, Meyrargues et Pertuis, la Barben et St Cannat et l'autoroute vers Sisteron.

 

 

Les pompiers insistent et encouragent les usagers à reporter "tout déplacement vers les départements placés en vigilance orange et rouge, puisqu'en direction de l'ouest, de nombreuses routes sont inondées".

 

 

Dans les Alpes-Maritimes, les véhicules de transports de marchandises de plus de 7,5 tonnes sont interdits de circuler dimanche soir sur les autoroutes A8 et A57 dans les départements du Var et des Alpes-Maritimes. Les échangeurs 40 et 41 de l'autoroute A8 ont été fermés.

 

 

 

Les services de secours mobilisés

Deux personnes ont été secourues par les pompiers à Hyères, dans le Var, où le plan Orsec a également été déclenché, indique le préfet du département sur France Bleu Provence. Plusieurs personnes "ont été mises à l'abris" dans le secteur de Saint-Raphaël. "Ne relâchons pas la vigilance", a expliqué Jean-Luc Videlaine sur France Bleu. "Le plus rude reste à venir et notamment dans un créneau 19 heures minuit".

 

 

Par ailleurs, les services de secours sont mobilisés "500 pompiers, 10 équipes de sauveteurs, des renforts vont arriver notamment des Bouches-du-Rhône", a déclaré le préfet du Var. Une centaine de renforts devrait arriver. Le préfet a rappelé aux habitants qu'il ne "fallait pas sortir". Jean-Luc Videlaine "comprend et partage la lassitude" des habitants qui ont déjà été touchés par les intempéries.

 

 

Le préfet des Alpes-Maritimes demande aux habitants de rester chez eux et notamment d'éviter tout déplacement en voiture. Dans le cas où vous devez absolument prendre la route, il est impératif de respecter les déviations et les fermetures de voies.

 


01/12/2019
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Franceinfo - le dimanche 1er décembre 2019

 

 

DIRECT. Environ 1 000 foyers sont actuellement privés d'électricité dans les Alpes-Maritimes à cause des intempéries

 

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Clément ParrotRobin PrudentFrance Télévisions

 

 

 

Le gros épisode pluvieux est attendu entre 17 heures et 21 heures, dimanche, dans le Var et les Alpes-Maritimes

 

 

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Une route submergée, le 24 novembre 2019 à Cannes (Alpes-Maritimes). (FREDERIC DIDES / HANS LUCAS)

 

 

 

 

CE QU'IL FAUT SAVOIR

 

 

Alerte rouge ! Le Sud-Est de la France est à nouveau touché par un épisode méditerranéen, une semaine après celui qui a fait six morts dans le Var. Météo France a placé, dimanche 1er décembre, les Alpes-Maritimes et le Var en vigilance rouge en raison des fortes pluies attendues et des risques d'inondations. Suivez notre direct.

 

 

Des pannes de courant. Environ 1 000 foyers sont actuellement privés de courant à Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes), a indiqué le préfet sur franceinfo.

 

 

Monaco-PSG annulé. Prévu dimanche soir à 21 heures, le choc entre les deux équipes a été annulé par le ministère de l'Intérieur monégasque en raison des conditions climatiques.

 

 

Trois départements concernés au total. Outre les Alpes-Maritimes et le Var, le département des Alpes-de-Haute-Provence est lui aussi en alerte orange. La Drôme et le Vaucluse ne sont plus concernés depuis le milieu d'après-midi de dimanche.

 

 

Interruption de la circulation des trains. La SNCF a annoncé que le trafic serait interrompu à partir de 13h30 entre Nice et Toulon, dimanche, à cause des intempéries.

 

 

Le niveau d'alerte le plus élevé. Le niveau de vigilance rouge correspond à un état d'alerte maximale, fixé par Météo France. ll fait état d'un phénomène météo "d'intensité exceptionnelle" et qui représente un danger pour la population.

 

01/12/2019
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Franceinfo - le dimanche 1er décembre 2019

 

 

A la veille de la COP25, le secrétaire général des Nations unies appelle à "mettre fin à notre guerre contre la nature"

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Lors d'une conférence de presse organisée à Madrid, dimanche, Antonio Guterres a également dénoncé les engagements "totalement insuffisants" de la communauté internationale pour réduire les émissions de gaz à effet de serre

 

 

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Un ouvrier s'active dans les derniers préparatifs avant le début de la COP25 organisée à Madrid (Espagne), le 30 novembre 2019. (SERGIO PEREZ / REUTERS)

 

 

 

A la veille de l'ouverture de la conférence climat de l'ONU à Madrid, le secrétaire général des Nations unies a choisi de donner le ton. Lors d'une conférence de presse organisée dans la capitale espagnole, dimanche 30 novembre, Antonio Guterres a appelé l'humanité à mettre fin à sa "guerre contre la nature". 

 

 

Depuis des décennies, l'espèce humaine est en guerre contre la planète et la planète rend coup pour coup.Antonio Guterres à la presse.

 

 

Avant le début des discussions dans le cadre de la COP25, Antonio Guterres a également dénoncé les engagements "totalement insuffisants" de la communauté internationale pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Anticipant sur un rapport de l'Organisation météorologique mondiale qui doit être publié cette semaine, il a d'abord confirmé que, sans surprise, 2019 allait se hisser dans le top 5 des années les plus chaudes.

 

 

"Les cinq dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées", a-t-il déclaré, faisant une liste effrayante des autres effets dévastateurs de plus en plus "meurtriers" du réchauffement : hausse du niveau des océans, fonte des calottes polaires, sécheresses... 

 

 

Le changement climatique n'est plus un problème à long terme, nous sommes confrontés maintenant à une crise climatique. Le point de non retour n'est plus loin à l'horizon, il est en vue et se rapproche de nous à toute vitesse.Antonio Guterresà la presse

 

 

Il a malgré tout assuré garder "espoir", notamment grâce à la mobilisation des jeunes, des citoyens en général et des villes ou des entreprises. Mais "ce qui manque toujours, c'est la volonté politique : la volonté politique de donner un prix au carbone, la volonté politique d'arrêter les subventions aux énergies fossiles, la volonté politique d'arrêter de construire des centrales à charbon dès 2020, la volonté politique de passer d'une taxation des revenus à une taxation du carbone", a insisté Antonio Guterres. Il s'est adressé en particulier aux grandes économies : "Les plus gros émetteurs mondiaux [de CO2] ne font pas leur part, et sans eux, notre objectif n'est pas atteignable."

 


01/12/2019
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Franceinfo - le jeudi 28 novembre 2019

 

 

VRAI OU FAKE Le Conseil d'orientation des retraites a-t-il exagéré le déficit dans son rapport ?

 

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Benoît ZagdounFrance Télévisions

 

 

Les économistes interrogés par franceinfo jugent que la complexité du système de retraites français rend le travail de prévisions très compliqué. Ils pointent aussi plusieurs écueils dans le rapport de cette structure, rattachée à Matignon

 

 

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Manifestation conre la réforme des retraites le 24 septembre 2019 à Paris. (MAXPPP)

 

 

 

"Il y a un an, on nous expliquait qu'il n'y aurait aucun problème financier sur les retraites. Il y a six mois, un petit problème. Là, au moment où il va y avoir une mobilisation des salariés pour défendre leurs retraites, d'un seul coup, c'est la catastrophe financière." Invité des "4 Vérités" sur France 2, mardi 19 novembre, le député européen Yannick Jadot s'est emporté contre le Conseil d'orientation des retraites (COR), instance rattachée à Matignon. L'écologiste a surtout critiqué le dernier rapport préoccupant du COR sur le financement du système de retraites. Le document "tombe bien", selon l'eurodéputé, au moment où le gouvernement veut imposer sa réforme des retraites. Le COR aurait-il rédigé un rapport dont le seul but est de justifier les projets de l'exécutif ? 

 

 

 

Quelles sont les prévisions du COR ? 

D'après les derniers calculs du COR (PDF), il manquera entre 7,9 et 17,2 milliards d'euros dans les caisses du système de retraites en 2025, soit entre 0,3 et 0,7% du PIB. En juin, dans son rapport annuel (PDF), le COR tablait sur un déficit d'environ 10 milliards d'euros en 2022, soit 0,4% du PIB. Si l'on remonte à son précédent rapport annuel (document PDF), en 2018, le COR ne prévoyait qu'un déficit de 5 milliards d'euros, soit 0,2% du PIB. 

 

 

En 2016, le COR envisageait même un retour à l'équilibre (document PDF) "dès le milieu des années 2020". Fort de cette estimation, le candidat à la présidentielle Emmanuel Macron affirmait en mars 2017 dans un entretien au Point que "le problème de nos retraites, dans les prochaines années, n'est plus financier". Un an plus tard, les évaluations du COR repoussent cette perspective à 2036, dans le plus optimiste des scénarios. Une nouvelle année s'écoule et cet horizon s'éloigne encore un peu : à 2042, dans le meilleur des cas.

 

 

 

Comment expliquer ces écarts ? 

Pour calculer le déficit ou les excédents du système de retraites français à l'instant T, mais aussi dans 5, 10, 15 ans ou plus, le COR doit pouvoir mesurer les recettes (les cotisations perçues) et les dépenses (les pensions versées). Il lui faut aussi tenir compte d'une quantité phénoménale de critères, rendant compte des évolutions démographiques et économiques de la société française : fécondité, solde migratoire, espérance de vie, nombre d'actifs et d'inactifs, mais aussi chômage, croissance, inflation…

 

 

Avec toutes ces données, le COR bâtit ses modèles, selon quatre scénarios : une France avec une croissance à 1%, à 1,3%, à 1,5% ou à 1,8%. "C'est une mécanique extrêmement compliquée", observe Didier Blanchet, économiste à l'Insee. "Le COR doit synthétiser les données de l'ensemble des caisses de retraite, agréger tous les régimes de retraite et tous les individus, un à un." 

 

 

Le système des retraites est tellement complexe que les projections sont un exercice extrêmement délicat. Didier Blanchet, économiste à l'Insee à franceinfo

 

 

Les projections du COR sont "basées sur les prévisions que le Trésor communique à Bruxelles, pour les trois ou cinq prochaines années", détaille Henri Sterdyniak, économiste à l'OFCE. Par conséquent, "lorsqu'il y a des changements de perspectives à court terme, les projections du COR s'en trouvent changées : une année, il est très pessimiste, une autre, très optimiste." Ainsi, Emmanuel Macron a annoncé, fin avril, que les pensions des retraités touchant moins de 2 000 euros seront réindexées sur l'inflation et donc revalorisées, dès 2020. En outre, selon les projections, l'inflation devrait être plus faible qu'attendue d'ici 2023. Le COR a donc dû refaire ses calculs et ses prévisions ont changé, en quelques mois.

 

 

Le système de retraite lui-même "n'est pas à l'abri de variations de court ou moyen terme, liées aux cycles économiques", note l'économiste à l'OCDE Hervé Boulhol. Le système français fonctionne "par répartition" : les cotisations sont prélevées sur la masse salariale, qui évolue au gré de la conjoncture. L'emploi a un impact direct sur les recettes. Le système de retraites est même "sensible à l'évolution des salaires réels", poursuit l'expert.

 

 

Plus les salaires montent, plus les cotisations montent, mais les dépenses sont moins réactives, notamment parce que les pensions sont, au mieux, indexées sur les prix. Hervé Boulhol, économiste à l'OCDE à franceinfo

 

 

Le système de retraites français n'est en outre "pas sur pilotage automatique", poursuit Hervé Boulhol. "Les paramètres ne sont pas définis pour que, quelles que soient la conjoncture, la démographie, et cætera, tout s'équilibre par miracle." Au Danemark ou en Italie, le relèvement de l'âge de départ à la retraite est lié à l'évolution de l'espérance de vie : plus elle augmente, plus l'âge de départ est repoussé. Pas en France, où "les ajustements se font à la main, de manière discrétionnaire et de manière partielle, parce qu'on ne touche à chaque fois qu'à un bout des 42 régimes", selon Hervé Boulhol. Le moindre de ces ajustements a des conséquences sur les estimations du COR. Il est donc "effroyablement compliqué d'avoir une photographie de ce qui se passe". Bref, conclut Didier Blanchet, "le système de retraites français a les projections qu'il mérite".

 

 

 

Pourquoi les dernières conclusions sont critiquées ?

Première critique : "il y a un effet d'optique", dénonce Henri Sterdyniak. "Les dernières prévisions du COR portent jusqu'à 2030, alors que les précédentes allaient jusqu'en 2070." Or, dans les précédentes prévisions du COR, "le déficit augmentait jusqu'à 2030 et diminuait fortement après", jusqu'à parvenir à l'équilibre autour de 2040, puis à l'excédent. En se focalisant sur une période n'allant que jusqu'à 2030, "on ne montre que le creusement du déficit", critique l'économiste.

 

 

Deuxième remarque : le déficit calculé par le COR est "construit de toutes pièces", assure Henri Sterdyniak, dans une note d'analyse (fichier PDF) publiée par le collectif des Economistes atterrés. "Le calcul du déficit dépend énormément des hypothèses faites sur la fonction publique", note-t-il, avant de détailler : "Lorsque le gouvernement décide de diminuer les effectifs dans la fonction publique et qu'il n'augmente pas le point d'indice, les cotisations versées par les administrations diminuent. Donc un déficit apparaît, mais en contrepartie, il y a moins de dépenses publiques, en termes de masse salariale. Le déficit est donc artificiel."

 

 

Pour Henri Sterdyniak, le déficit du régime des fonctionnaires n'existe même pas, en réalité, car l'Etat a l'obligation de le combler. C'est bien "ce que dit la loi", confirme Hervé Boulhol, pour qui "il n'y a pas formellement de problème d'équilibre pour le secteur public""S'il y avait un déficit, automatiquement, l'Etat devrait augmenter ses cotisations. Là, on enregistre des baisses dans la fonction publique et on fait l'hypothèse que le taux de cotisation de l'Etat resterait stable. C'est un produit un peu baroque", euphémise Henri Sterdyniak.

 

 

L'économiste de l'OFCE objecte également que le COR laisse de côté un autre point essentiel, "les excédents de la Caisse nationale des allocations familiales et de l'Unedic". "Généralement, on transférait ces excédents au système de retraites. Là, on fait l'hypothèse qu'on oublie ces excédents et ces transferts. On choisit donc de faire apparaître le déficit au niveau des retraites, ce qui est tout à fait contestable", critique-t-il. C'est pourquoi il est "problématique" de "regarder un poste isolément", selon Didier Blanchet, de l'Insee. Reprenant l'hypothèse du COR d'un taux de chômage à 7% en 2025, Henri Sterdyniak fait le calcul suivant : en 2025, la branche famille aurait un excédent de trois milliards, l'Unedic afficherait un excédent de 12 milliards et la protection sociale dans son ensemble disposerait d'un excédent de 14 à 23 milliards. Or, le déficit des retraites serait compris entre 7,9 et 17,2 milliards, d'après le COR. Les excédents des uns pourraient largement combler les déficits de l'autre.

 

 

Il n'y a pas de déficit important à l'horizon 2025 qu'on ne puisse combler par de simples opérations administratives.Henri Sterdyniakà franceinfo

 

 

Troisième et dernière critique : le rapport du COR répond à une commande. Le COR a beau revendiquer un statut d'"instance indépendante" et un conseil pluraliste composé de 39 membres (experts, parlementaires, partenaires sociaux, représentants des retraités et des familles, membres des administrations centrales), la structure reste placée sous la tutelle du Premier ministre. C'est justement lui a saisi le COR pour produire ce rapport sur l'état du système de retraites, dans la perspective d'une réforme créant un système universel fusionnant les régimes actuels. "Compte tenu de la commande, le COR se trouve obligé d'analyser des mesures visant à combler un déficit inexistant en 2025", relève Henri Sterdyniak. Le rapport fait in fine apparaître un déficit de plusieurs milliards en 2025. Pour Henri Sterdyniak, l'"objectif" de l'exécutif "est clair" : "Il s'agit de montrer que le système est déficitaire, donc qu'il faut des mesures de correction."

 

 

L'économiste précise toutefois que le COR "reconnaît que son évaluation provient de conventions comptables discutables". Reste que lors d'un déplacement à Rodez début octobre, le président avait prévenu : "Si le COR nous dit : 'Il manque 8-10 milliards', on devra dire : 'Il faut travailler un peu plus longtemps'."

 


30/11/2019
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