L'AIR DU TEMPS

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SAVOIR et DECOUVERTES


Franceinfo - le jeudi 21 mars 2019

 

 

Paris, la ville la plus chère du monde ? On vous explique ce qu'indique l'enquête de "The Economist"

 

 

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Aliénor VinçotteFrance Télévisions

 

 

 

La capitale française est au sommet du podium des villes les plus chères du globe, avec Singapour et Hong Kong, selon le cabinet de conseil britannique The Economist Intelligence Unit (EIU). Une première depuis trente ans

 

 

 

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Vue aérienne de Paris, en 2010. (PIERRE NEVEUX / RADIO FRANCE)

 

 

 

Un nouveau titre pour Paris. La capitale française est classée ex aequo avec Singapour et Hong Kong en tête des métropoles les plus chères du monde, dans une enquête publiée mardi 19 mars par le journal britannique The Economist (article en anglais). C'est "la première fois en trente ans d'enquêtes que trois métropoles partagent le titre de ville la plus chère du monde", écrivent les auteurs de l'étude. 

 

 

Mais comment est réalisée la comparaison ? Que dit-elle réellement sur les villes comparées ? Et les résultats sont-ils fiables ou faut-il les nuancer ? Franceinfo vous explique en trois points ce qu'il faut retenir de cette publication.

 

 

 

Comment est réalisé ce classement ? 

Le classement est élaboré par The Economist Intelligence Unit, un cabinet de conseil appartenant au même groupe que l'hebdomadaire britannique The Economist

 

 

Pour comparer les villes entre elles, ce cabinet a mis au point l'indice WCOL, pour Worldwide cost of living (coût de la vie mondial, en français). Il permet de mesurer les prix de 160 produits et services dans 133 villes situées dans 93 pays. Sont pris en compte les tarifs de l'alimentation, de l'habillement, des services à la personne, des loyers, des transports et des loisirs. Les prix sont convertis en dollars, au taux de change en vigueur au moment du relevé, et sont pondérés de la même manière pour tous les pays.

 

 

A la base, cet indice s'adresse aux entreprises qui envoient leurs salariés à l'étranger, afin de mesurer le coût que représente leur expatriation et pouvoir, le cas échéant, le compenser par une prime ou des avantages. L'étude est réalisée deux fois par an, en mars et en septembre, indique le site internet du WCOL

 

 

Au niveau méthodologique, le WCOL se base toujours sur la ville de New York comme indice de référence, avec un score fixe de 100. Ainsi, si le score d'une ville est de 120, cela indique que les prix y sont 20% plus élevés qu'à New York. Un outil (en accès payant) permet aussi de comparer plusieurs villes entre elles. 

 

 

 

Qu'indique le classement 2019 ? 

Le classement publié mardi par The Economist indique donc que Paris prend la tête du classement, à égalité avec Singapour et Hong Kong. Toutes trois ont un indice de 107. Les prix y sont donc 7% plus chers qu'à New York. Selon les auteurs de l'étude, il s'agit d'une "exception" par rapport aux autres villes de la zone euro. Après ce trio de tête, on trouve Zurich (106), Genève et Osaka (101), Séoul, Copenhague et New York (100). 

 

 

La capitale française, qui fait partie du top 10 depuis 2003, est néanmoins plus attractive que d'autres concernant "les transports, l'alcool et le tabac", note l'étude. Ainsi, le prix moyen d'une bouteille de 33 cl de bière est de 2,10 dollars dans la capitale française, contre 2,37 à Singapour, 3,25 à Zurich ou 3,33 à New York. En revanche, le prix moyen d'une coupe de cheveux pour une femme relevé par l'étude, est de 104 euros (contre 82 euros il y a dix ans), alors qu'il est de 65 euros à Zurich (Suisse) et de 47 euros à Osaka (Japon). "Ce prix comprend la coupe de cheveux, le brushing et la coiffure dans un salon de qualité, et ça inclut aussi d'éventuels conseils à la cliente", détaille auprès du Parisien Roxana Slavcheva, auteure de l'étude. 

 

 

En bas du classement, Caracas, avec un indice de 15, et Damas, avec un indice de 25, sont les villes les moins chères parmi les 133 testées. Les auteurs de l'étude expliquent que l'instabilité politique et économique du Venezuela et de la Syrie ont eu un fort impact ces dernières années sur leur capitale. Ces deux pays souffrent, en outre, d'un taux de change très défavorable. 

 

 

Du côté des mouvements, on peut noter la forte baisse d'Ankara (Turquie) et de Buenos Aires, qui perdent chacune 48 places et se classent dorénavant 120e et 125e, ou des villes brésiliennes Sao Paulo et Rio de Janeiro, qui baissent de 30 et 26 places, pour s'installer aux 107e et 108e rangs du classement. Des baisses qui sont principalement dues à l'affaiblissement des monnaies des pays concernés. 

 

 

 

Ce classement est-il fiable ? En existe-t-il d'autres ?

"Construire un indice consiste à faire des choix d'indicateurs, à les pondérer... rappelle auprès de franceinfo Patrick Duchen, directeur d'études et de recherches au Crédoc. Deux indices différents donneront souvent des résultats différents." Pour le chercheur, ce qui important à retenir, c'est qu'une mesure, "aussi imparfaite soit-elle", peut traduire dans la durée des évolutions. Paris "est remonté dans le classement, c'est cela qu'il faut noter et en analyser les causes, c'est-à-dire une progression plus rapide des prix immobiliers et des loisirs par rapport aux revenus", explique-t-il.

 

 

Concernant l'indice WCOL, l'économiste estime que "l'indice semble bien construit et assez complet", mais il souligne également que si les rubriques santé et éducation sont bien évoquées, "les aspects liés au coût de ces deux postes ne sont pas comptabilisés". "Ce qui est un manque car, selon les pays, c'est très différent – notamment en France où ils sont particulièrement bas", rappelle l'économiste. 

 

 

Par ailleurs, rappelle Le Parisien, ce classement s'adresse principalement à des cadres supérieurs. Il est basé sur des produits et services consommés par ceux-ci, souvent de haut de gamme. L'indice ne reflète donc pas forcément le coût de la vie pour d'autres catégories de population. La coupe de cheveux à 104 euros retenue pour Paris n'est pas forcément représentative des tarifs pratiqués dans tous les salons de coiffure de la capitale. 

 

 

Enfin, d'autres organismes publient régulièrement leur propre classement sur le coût de la vie, avec d'autres indicateurs. C'est le cas, par exemple, du cabinet Mercer, pour qui la capitale française n'atteint même pas le top 10. Dans le palmarès 2018, qui porte sur 375 villes, Paris se classait 34e, en hausse de 28 places sur un an. Principale explication de cette progression : le taux de change de l'euro face au dollar.

 


21/03/2019
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Franceinfo - le mercredi 20 mars 2019

 

 

VRAI OU FAKE Le vrai du faux. L'ISF a-t-il fait perdre 45 milliards d'euros à l'économie française ?

 

 

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Victor MatetRadio France

 

 

 

Victor Matet passe au crible des faits repérés dans les médias et les réseaux sociaux. Aujourd'hui, un chiffre donné par le vice-président du Medef : l'ISF aurait fait perdre 45 milliards d'euros à notre économie depuis sa création

 

 

 

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Feuille d'impôt de solidarité sur la fortune. (DAMIEN MEYER / AFP)

 

 

 

 

"L'ISF n'a rien rapporté et a coûté 45 milliards d'euros à l'économie française", a affirmé sur franceinfo le vice-président et porte-parole du Medef Fabrice Le Saché, lundi 18 mars.

 

 

Cette étude, le vice-président du Medef nous le dit, vient du Rexécode. Le centre de recherche pour l'expansion de l'économie et le développement des entreprises. Centre financé par ses adhérents : des grandes entreprises, des PME ou encore des institutions financières.

 

 

Dans une lettre qui date du mois de décembre, le Rexécode a donc sorti ce chiffre en se basant sur les données officielles depuis 1982 et l'instauration de l'impôt de solidarité sur la fortune jusqu'à la suppression de l'ISF l'an dernier. Ce sont donc 35 années qui ont été étudiées avec cette idée. On prend d'abord le chiffre officiel de ce que rapporte l'ISF : environ cinq milliards d'euros par an. Avant ensuite de réaliser une estimation de ce que le PIB de la France aurait pu être si certaines grandes fortunes étaient restées dans le pays. Le Rexécode arrive ainsi à 45 milliards d'euros de pertes.

 

 

 

Chiffre contestable et contesté

Ce chiffre est contesté, mais pas forcément par tout le monde. Il y a deux mois, la fondation Ifrap, un think tank spécialisé dans la recherche sur les administrations et les politiques publiques, donnait aussi ce chiffre de 45 milliards d'euros de perte, en passant par un autre mode de calcul, mais donc avec le même résultat. Mais dans l'ensemble, ce genre de calcul est basé sur des postulats qui ne peuvent pas être vérifiés, disent de nombreux économistes.

 

 

En clair, pour calculer les pertes réelles de l'ISF et donc l'argent qui aurait pu être investi dans notre économie, il faudrait connaître par exemple le nombre précis d'entreprises qui ne se sont pas créées sur le territoire français et dans lesquelles cet argent n'a pas été investi. Impossible à déterminer. D'autant plus que l'âge moyen des personnes assujetties à l'ISF et qui avaient choisi de quitter la France était de 55 et 60 ans. Pas forcément l'âge pour se lancer dans une vague de créations d'entreprises.

 

 

De plus, impossible de savoir si les contribuables fortunés qui ont quitté la France l'ont fait uniquement à cause de l'ISF, à cause de la fiscalité en général ou bien de facteurs personnels ou familiaux.

 

 

 

L'expatriation des plus riches en question

C'est l'argument numéro un d'Emmanuel Macron et de la majorité pour justifier la fin de l'ISF. Dans les faits, selon l'un des derniers rapports de la Direction générale des dépenses publiques, sur quelque 300 000 Français soumis à l'ISF, en 2012, moins de 600 sont partis à l'étranger, soit moins de 0,2%. Un sur 500. Pas de véritable hémorragie donc, même si le chiffre absolu n'est pas négligeable.

 

 

Quoi qu'il en soit, le chiffre donné par le vice-président du Medef, 45 milliards d'euros de pertes annuelles liées à l'ISF, reste très difficile à apprécier. On comprend mieux pourquoi le gouvernement lui-même ne veut pas se prononcer sur les conséquences du passage de l'ISF à l'IFI avant plusieurs mois. Et pourquoi certains des experts en charge de cette évaluation évoquent pour l'instant de simples pistes de réflexion.

 


20/03/2019
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Franceinfo - le lundi 18 mars 2019

 

 

Réforme des retraites : Agnès Buzyn évoque un "allongement de la durée de travail"

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

La ministre des Solidarités et de la Santé a fait cette proposition dimanche. La réforme des retraites est l'un des prochains dossiers brûlants de l'exécutif

 

 

 

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La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, le 6 mars 2019 à Paris. (LUDOVIC MARIN / AFP)

 

 

 

Le gouvernement va-t-il repousser l'âge de départ à la retraite ? La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a envisagé, dimanche 17 mars, de "proposer un allongement de la durée de travail" lors des discussions avec les partenaires sociaux "dans le cadre de la réforme générale" des retraites. "La question de l'âge du départ à la retraite est sans arrêt sur la table, à gauche comme à droite", a relevé la ministre lors du Grand jury RTL-Le Figaro-LCI.

 

 

"Moi j'entends ces débats. Le président de la République avait pris lors de sa campagne (présidentielle) l'engagement, devant les Français, de ne pas toucher à l'âge de départ à la retraite. Après, nous allons mener une réforme des retraites pour rendre les retraites plus universelles, plus compréhensibles pour les Français et avoir un système qui pérennise notre système par répartition, peut-être que cela, ça sera en discussion avec les partenaires sociaux dans le cadre de la réforme générale", a-t-elle indiqué.

 

 

 

Une position exprimée "à titre personnel"

"Je n'y suis pas hostile", a poursuivi la ministre, interrogée sur l'enjeu de retarder l'âge de départ à la retraite. "Je suis médecin, je vois que la durée de vie augmente d'année en année, elle augmente moins vite ces dernières années mais elle a considérablement augmenté", a-t-elle fait valoir. "Est-ce que, alors que le nombre d'actifs diminue, nous allons pouvoir maintenir sur les actifs le poids des retraites qui vont augmenter en nombre et en durée ? Nous savons que cet équilibre-là va être de plus en plus difficile à tenir", a-t-elle estimé.

 

 

Pour le numéro un du syndicat Force ouvrière, "les masques tombent un peu plus sur les retraites". "Après l'incitation à partir plus tard, c'est maintenant le recul de l'âge à nouveau qu'évoque Agnès Buzyn", a déploré sur Twitter Yves Veyrier, alors que "d'ores et déjà la moyenne est de 63,3 ans" hors départ anticipé.

 

 

 

 

 

Comme on lui rapportait, en fin d'émission, les réactions hostiles suscitées sur les réseaux sociaux par ses déclarations, la ministre a souligné qu'elle s'exprimait "à titre personnel".

 


19/03/2019
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Franceinfo - le vendredi 15 mars 2019

 

 

EN IMAGES. La grève mondiale pour le climat, de Paris à Hong-Kong

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions
 

 

 

Au total, les organisateurs du mouvement ont calculé à plus d'un million le nombre de manifestants mondiaux ce vendredi

 

 

 

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France : une manifestante tient un panneau "Papa, maman, désolée je sèche comme la planète" lors de la grève pour le climat à Paris, le 15 mars 2019.  AFP

 

 

 

De l'Australie au Canada en passant par l'Europe, des centaines de milliers de jeunes ont fait la grève de l'école, vendredi 15 mars, pour reprocher aux dirigeants mondiaux leur inaction face au réchauffement de leur planète. Les foules les plus imposantes ont été à Sydney, Berlin, Paris, Bruxelles, Londres, Madrid, Santiago du Chili et Montréal. Mais le mouvement a touché les cinq continents, dans des centaines de villes, même s'ils n'étaient qu'une poignée en Laponie, sur l'île Maurice ou à New Delhi.

 

 

L'une des plus grandes marches a eu lieu à Montréal, avec des dizaines de milliers d'étudiants et de lycéens - 150 000 selon un organisateur. Au total, les organisateurs du mouvement "Fridays for Future" calculaient, sur la base des remontées locales, à plus d'un million le nombre de manifestants mondiaux ce vendredi.

 

 

 

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Allemagne : un enfant porte un masque de la Terre lors de la grève pour le climat à Berlin, le 15 mars 2019.  KLAUS-DIETMAR GABBERT / DPA

 

 

 

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Ukraine : la grève pour le climat près du ministère de l'énergie et de l'industrie du charbon à Kiev, le 15 mars 2019.  STR / NURPHOTO / AFP

 

 

 

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Inde : la grève pour le climat à Hyderabad, le 15 mars 2019.  NOAH SEELAM / AFP

 

 

 

 

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Allemagne : la grève pour le climat à Berlin, le 15 mars 2019.  TOBIAS SCHWARZ / AFP

 

 

 

 

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Chili : la grève pour le climat à Santiago, le 15 mars 2019.  MARTIN BERNETTI / AFP

 

 

 

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 Corée du Sud : la grève pour le climat à Séoul, le 15 mars 2019.  JUNG YEON-JE / AFP

 

 

 

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Canada : la grève pour le climat à Montréal, le 15 mars 2019.  MARTIN OUELLET-DIOTTE / AFP

 

 

 

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Uganda : la grève pour le climat à Kampala, le 15 mars 2019.  ISAAC KASAMANI / AFP

 

 

 

 

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Autriche : la grève pour le climat à Vienne, le 15 mars 2019.  JOE KLAMAR / AFP

 

 

 

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Etats-Unis : la grève pour le climat à Chicago (Illinois), le 15 mars 2019.  SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

 

 

 

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Pologne : la grève pour le climat à Varsovie, le 15 mars 2019.  JAAP ARRIENS / NURPHOTO / AFP

 

 

 

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Irelande : des élèves et étudiants participent à la grève pour le climat à Dublin, le 15 mars 2019.  ARTUR WIDAK / NURPHOTO / AFP

 

 

 

 

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Suède : la grève pour le climat à Lund, le 15 mars 2019.  JOHAN NILSSON / TT NEWS AGENCY / AFP

 

 

 

 

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Etats-Unis : la grève pour le climat à San Fransisco, le 15 mars 2019.  JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

 


17/03/2019
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Franceinfo - le vendredi 15 mars 2019

 

 

Grève pour le climat : pourquoi les lycéens français se mobilisent plus tardivement que leurs voisins européens

 

 

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Guillemette JeannotFrance Télévisions

 

 

Partout dans le monde, ce vendredi, collégiens, lycéens et étudiants se mettent en grève pour le climat. La jeunesse internationale s'est ralliée à la lycéenne suédoise Greta Thunberg dans sa lutte contre le réchauffement climatique. Mais en France, le mouvement a mis un peu plus de temps à prendre. On a tenté de comprendre pourquoi

 

 

 

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Des étudiants français défilent à Paris, le 22 février 2019, lors de la Marche pour le climat. (EDOUARD RICHARD / HANS LUCAS)

 

 

 

"Ce n'est pas à nous, les enfants, de faire ça", martèle Greta Thunberg."J'aimerais que ce soit les adultes qui prennent leurs responsabilités, mais comme personne ne fait rien, on n'a pas le choix", explique la jeune lycéenne de 16 ans, au pied de la Statue de la République, dans le 11e arrondissement de Paris. Devenue une icône de la lutte contre le réchauffement climatique depuis son discours à la COP24, en décembre, la Suédoise est venue, vendredi 22 février, soutenir un millier de camarades français mobilisés pour la planète.

 

 

Les jeunes de l'Hexagone n'ont vraiment rallié le mouvement international "Fridays For Future" que la semaine précédente, le 15 février : ils étaient alors quelques centaines, devant le ministère de la Transition écologique, à appeler leurs camarades à rejoindre les grèves scolaires organisées dans de nombreux pays. Greta Thunberg, elle, a commencé dès la rentrée scolaire, au mois d'août, à manifester devant le Parlement suédois. En Australie, le mouvement a pris dès le 30 novembre, avec des milliers de jeunes, selon le Guardian (article en anglais)En Allemagne dès le 14 décembre ; en Suisse, le 21 décembre. Ou encore le 10 janvier en Belgique, avec près de 3 000 jeunes dans la rue.

 

 

 

Le déclic du 22 février

Vendredi 15 mars, dans 105 pays et 1 659 villes, selon le décompte de Greta Thunberg sur Twitter, collégiens, lycéens et étudiants ont prévu de marcher pour dénoncer l'inaction des politiques face au réchauffement climatique. En France aussi donc, même si, de l'aveu même de plusieurs représentants du mouvement français, contactés par franceinfo, le réveil a été effectivement plus tardif dans l'Hexagone. D'après eux, le véritable déclic a eu lieu le 22 février, avec le passage de Greta Thunberg à Paris. "Après son discours, la jeunesse s'est vraiment mobilisée", assure Paul-Emile, 22 ans, de Youth for Climate Lyon, mobilisé depuis trois semaines.

 

 

Pourquoi un tel décalage ? "Les 'gilets jaunes' ont fortement occupé l'espace médiatique ces derniers temps", avance Hugo, de Youth for Climate France. Mais cet étudiant de 20 ans met en avant d'autres raisons. Il raconte par exemple avoir échangé, ce fameux vendredi 22 février, avec des jeunes venus de Belgique. "Les profs, là-bas, sont beaucoup plus impliqués", affirme-t-il, regrettant une trop faible mobilisation des enseignants en France. "Pas mal de jeunes me demandent comment s'organiser car ils n'ont aucun adulte autour d'eux pour les aider. Les profs dans les lycées ici sont bien moins impliqués."

 

 

 

Des lycéens "partis de loin"

"Les jeunes Français sont partis de loin, abonde le sociologue Michel Fize. Ils ont du mérite dans leur prise de conscience car l'école ne leur apporte pas les moyens de cette réflexion." Ce spécialiste de la jeunesse pointe du doigt les différences du modèle éducatif français par rapport à celui de nos voisins. A commencer par la Belgique, pays moins enfermé dans un système d'examens et où le baccalauréat n'existe pas, laissant "les professeurs plus libres dans leur façon d'enseigner". Quant au modèle allemand, où l'enseignement est scindé entre cours le matin et sport et culture l'après-midi, il amène selon lui à une plus grande ouverture sur le monde.

 

 

En France, on est dans un savoir académique, on échappe aux grandes questions de société. Les élèves ne sont pas assez sensibilisés à ce type de problématiques sociétales. Contrairement à des jeunes comme Greta Thunberg, qui ont développé une conscience plus aiguë, voire politique, de ces questions environnementales.Michel Fize, sociologue à franceinfo

 

 

Pourtant dès 1977, une circulaire a permis à l'éducation au développement durable de faire son entrée dans les écoles, rappelle le ministère de l'Education nationale sur son site. Aujourd'hui, du CM1 jusqu'à la terminale, les questions du changement climatique sont évoquées en cours de géographie, de sciences et technologie et de sciences de la vie et de la Terre. A la rentrée 2019, ce sera également le cas dans le nouvel enseignement "sciences numériques et technologie" et dans le programme d'enseignement scientifique. Et depuis 2014, une "semaine du climat à l'école" est organisée chaque deuxième semaine d'octobre.

 

 

Trop peu face à l'ampleur du problème ? En amont de la "grève mondiale" du vendredi 15, Jean-Michel Blanquer a annoncé la tenue, ce jour-là, de débats sur l'environnement "dans tous les lycées de France", de 16 à 18 heures. "Il s'agit de manifester l'importance de ce sujet" et de "travailler à des choses concrètes que l'on peut proposer pour que les lycéens eux-mêmes s'engagent", a expliqué le ministère de l'Education nationale. La question climatique est "une urgence qui nécessite plus qu'un petit débat sur l'écologie", a réagi le syndicat enseignant SNES-FSU dans un communiqué de presse"Deux heures c'est limite, abonde Hugo. C'est un sujet extrêmement important et l'organiser en cinq jours, ce n'est pas sérieux. Il devrait même être instauré de façon régulière et devenir un socle."

 

 

 

"On sent l'effervescence qui monte"

La jeunesse, mobilisée, est déterminée à se faire entendre. "Nous les jeunes, sommes les premiers concernés par le réchauffement climatique, la disparition des espèces, explique Paul-Emile. C'est notre avenir qui est en jeu." Comme ses camarades, il attend du gouvernement que des décisions soient prises pour ralentir au maximum les dérèglements climatiques, dénonçant le non-respect des accords de Paris.

 

 

C'est fou, à chaque réunion il y a des nouvelles personnes. Tout le monde a entendu parler du dérèglement climatique. On se pose tous la question de comment on va gérer les réfugiés climatiques, les guerres économiques liées au climat.Paul-Emile, 22 ans, de Youth for Climate Lyon à franceinfo

 

 

La branche française du mouvement mondial "Youth For Climate" a recensé 197 grèves scolaires prévues partout dans le pays pour le 15 mars. "On sent l'effervescence qui monte quant à la préparation de cette journée. Sur les réseaux sociaux, tout le monde s'active. C'est très excitant de voir toutes ces bonnes intentions", affirme Hugo. Pour ces représentants du mouvement français, ce 15 mars n'est qu'un point de départ. "La jeunesse a conscience que son avenir se joue là, maintenant, déclare Paul-Emile, confiant. Après ce sera tous les vendredis."

 


16/03/2019
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Franceinfo - le mercredi 13 mars 2019 - mis à jour le 14.03.19

 

 

Naufrage du "Grande America" : 45 conteneurs répertoriés comme contenant des matières dangereuses

 

 

 

 

Le navire contenait aussi 2 200 tonnes de fuel lourd dans ses soutes

 

 

 

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Le navire italien "Grande America" en feu aux larges des côtes françaises, le 11 mars 2019. (MARINE NATIONALE)

 

 

 

 

Le navire italien Grande America, qui a sombré mardi après-midi à 333 km à l'ouest de La Rochelle, transportait "365 conteneurs, dont 45 répertoriés comme contenant des matières dangereuses" et 2 200 tonnes de fuel lourd dans ses soutes, a annoncé mercredi 13 mars le préfet maritime de l'Atlantique.

 

 

"A l'heure actuelle, le risque éventuel de pollution est principalement constitué par les 2 200 tonnes de fioul lourd qui sont à l'intérieur du bâtiment", a expliqué lors d'une conférence de presse à Brest le préfet maritime Jean-Louis Lozier.

 

 

 

Un peu plus de 2 000 véhicules se trouvaient à bord

"Avec des vents d'ouest variant d'ouest-sud-ouest à ouest-nord-ouest, la zone impactée (par le fuel lourd, ndlr) serait la façade entre la Charente-Maritime et la Gironde dans plusieurs jours", a-t-il estimé, assurant cependant que pour l'instant aucune pollution n'avait été détectée. Le navire "Grande America transportait des conteneurs en pontée et des véhicules dans ses ponts-garages", a souligné le vice-amiral Lozier.

 

 

"Les données fournies par l'armateur recensent 365 conteneurs, dont 45 répertoriés comme contenant des matières dangereuses et un peu plus de 2 000 véhicules. En dehors de cette cargaison, les soutes du navire contiennent environ 2 200 tonnes de fioul lourd, qui servaient de combustible de navigation au navire", a-t-il indiqué.

 

 

Le préfet a aussi précisé que l'armateur, la société Grimaldi, avait été mise en demeure de "mettre fin au danger pour la navigation et l'environnement marin représenté par les conteneurs et autres éléments à la dérive" et de "traiter les éventuelles pollutions maritimes".

 


14/03/2019
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Franceinfo - le

 

 

Les associations à l'origine de la pétition "L'Affaire du siècle" déposent plainte contre l'Etat pour inaction climatique

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Lancée début décembre par quatre ONG, la pétition a déjà rassemblé plus de 2 millions de signatures

 

 

 

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La pétition en ligne "L'Affaire du siècle" a recueilli plus de deux millions de signatures en moins d'un mois. (THOMAS SAMSON / AFP)

 

 

 

Les auteurs de "L'Affaire du siècle" ont mis leurs menaces à exécution. Les quatre associations à l'origine de la pétition qui a déjà rassemblé plus de 2 millions de signatures déposent, jeudi 14 mars dans la matinée, un recours devant le tribunal administratif contre l'Etat français pour inaction climatique. Cette plainte vise à faire sanctionner la France pour "carence fautive".

 

 

Insatisfaits de la réponse du gouvernement à une demande préalable envoyée en décembre, Oxfam France, Greenpeace, Notre affaire à tous et la Fondation Nicolas Hulot passent donc à l'étape suivante. "On a patienté longtemps avant d'obtenir une réponse du gouvernement, et il n'annonce aucune nouvelle mesure en profondeur, explique Marie Pochon, coordonnatrice de Notre affaire à tous. Il nous paraît donc assez naturel de déposer ce recours."

 

 

Dans leur "recours indemnitaire en responsabilité", les ONG demandent au juge de reconnaître les "manquements" de l'Etat en matière d'action climatique et "d'enjoindre au Premier ministre et aux ministres compétents d'y mettre un terme". Les requérants réclament la reconnaissance d'un préjudice moral (avec versement symbolique d'un euro) et écologique.

 

 

 

Des actions similaires dans plusieurs autres pays

Le gouvernement, dans sa réponse donnée en février, a rejeté l'accusation d'inaction. Il évoque des mesures qui "commencent à porter leurs fruits". François de Rugy n'a pas dit autre chose sur Public Sénat"Je comprends qu'on ait envie d'agir plus vite, plus fort, plus loin sur le dérèglement climatique, je suis le premier à le vouloir, le président Macron aussi, a réagi le ministre de la Transition écologique. Après, (…) dans aucun tribunal on ne réduira les émissions de gaz à effet de serre. C'est avant tout une affaire politique."

 

 

A l'étranger, plusieurs pays font déjà l'objet d'une procédure en justice. Parmi eux, le Pakistan, la Colombie ou encore les Pays-Bas. Selon le Grantham Research Institute, plus de 270 affaires sont en cours dans 25 juridictions, hors Etats-Unis où l'on recense plus de 800 cas.

 


14/03/2019
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Franceinfo - le mardi 12 mars 2019

 

 

"Personne n’a compris quoi que ce soit" : comment Tim Berners-Lee a créé le web il y a 30 ans

 

 

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Louis SanFrance Télévisions

 

 

 

On s’en sert pour s’informer, faire du shopping, discuter sur les réseaux sociaux… Difficile d’imaginer aujourd’hui notre quotidien sans le web. Pourtant cette innovation, qui a changé la face du monde, ne coulait pas de source

 

 

 

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Le Britannique Tim Berners-Lee pose au Cern le 11 juillet 1994. (CERN)

 

 

 

"Il m'arrivait d'avoir 50 comptes ouverts sur différents logiciels et sur différents ordinateurs pour échanger des données avec des collègues." L'ingénieur français François Flückiger, qui a fait sa carrière au Centre européen pour la recherche nucléaire (Cern), a encore des sueurs quand il se souvient des difficultés à partager des informations avant la création du web, qui fête ses 30 ans mardi 12 mars.

 

 

A la fin des années 1980, il fait partie de la poignée de scientifiques à être sur internet. Le Cern est connecté au réseau dès 1988. Cette année-là, le campus suisse situé entre le lac Léman et le massif du Jura est en pleine effervescence. Un immense chantier touche à sa fin : les équipes composées de scientifiques du monde entier ont enfin relié les 27 km de tunnel du grand collisionneur électron-positron (LEP), l'accélérateur de particules qui a précédé le LHC.

 

 

 

De la difficulté d'échanger des données

Pour avancer, cette communauté de chercheurs dispersée aux quatre coins de la planète a besoin de partager une immense masse de données disparates. "Les physiciens doivent échanger tous les documents de travail qui permettent aux collaborations de fonctionner. Ce sont les notes de réunion, les articles écrits en commun, mais surtout les documents de conception et de réalisation des détecteurs" du LEP, explique François Flückiger, alors chargé des réseaux externes au Cern.

 

 

Mais les échanges sont lents et fastidieux. Avant chaque action, les utilisateurs doivent s'identifier. Puis, pour que les échanges aient eu lieu entre deux machines, un premier ordinateur doit en appeler un autre et ce dernier doit rappeler son homologue. "Partager de l'information, à l'époque, c'était compliqué et ça marchait mal", résume François Flückiger, évoquant la "tyrannie des logins" et la "guerre des protocoles".

 

 

C'était extrêmement complexe d'utiliser internet. C'était infernal.François Flückiger à franceinfo

 

 

Aujourd'hui, dans le langage courant, les termes "internet" et "web" sont devenus interchangeables. Mais il convient de les distinguer. Internet, qui est né dans les années 1970, est, en résumé, l'infrastructure qui permet d'interconnecter des ordinateurs et des objets. Le web, lui, n'est que l'une des applications qui utilisent ce réseau, comme, entre autres, la messagerie électronique, la téléphonie ou la vidéophonie.

 

 

Et avant l'arrivée du web, l'utilisation d'internet relève du parcours du combattant. Face à ces difficultés, des membres du Cern cherchent des solutions. Parmi eux se trouve Tim Berners-Lee. Ce Britannique, physicien de formation et autodidacte en informatique, fait partie d'une équipe qui déploie la technologie Remote Protocol Control, permettant d'appeler depuis son ordinateur des programmes se trouvant sur d'autres machines.

 

 

 

Au commencement était un schéma

Il n'y a pas eu de "moment Eureka", comme le raconte la légende concernant Isaac Newton sous son pommier, répète souvent Tim Berners-Lee. Mais à la fin de l'année 1988, le physicien de 34 ans fait part à son supérieur, Mike Sendall, de sa réflexion sur l'amélioration du partage de données. Il lui parle d'un système fondé sur internet et l'hypertexte, autrement dit les liens tels que nous les connaissons toujours aujourd'hui (comme ce lien qui renvoie vers les mémoires de Tim Berners-Lee). En réalité, le Britannique lui propose une version améliorée d'Enquire, un système qu'il avait mis au point quelques années auparavant. Ce système, lui aussi fondé sur l'hypertexte, liait les noms des chercheurs à leurs thèmes de travail.

 

 

Mike Sendall lui demande de rédiger une note à ce sujet. Tim Berners-Lee la lui remet le 12 mars 1989. Le document de 16 pages, disponible sur le site du Cern (PDF), est sobrement intitulé "gestion de l'information : une proposition". Il montre un schéma buissonnant avec des ronds, des rectangles et des nuages, tous reliés par des flèches. L'idée est de lier entre eux des documents variés du Cern qui, à l'origine, n'ont rien à voir entre eux. "Vague but exciting" ("vague mais excitant"), écrit laconiquement Mike Sendall en haut de la première page de ce document, aujourd'hui considéré comme l'acte fondateur du web.

 

 

 

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Aperçu de la note de Tim Berners-Lee déposée en mars 1989, présentant le principe du web, avec le commentaire écrit de son supérieur Mike Sendall "vague but exciting..." (CERN)

 

 

 

 

"En 1989, je peux vous assurer que personne n'a compris quoi que ce soit", affirme François Flückiger, qui travaillait dans le même bâtiment que Tim Berners-Lee, à un étage de différence. Et d'insister : "Mike Sendall a écrit ça ["vague but exciting"] mais c'était vraiment incompréhensible." "Je ne pense pas que quelqu'un ait dit que c'était fou", commente dans le documentaire The Web, Past and Future Peggie Rimmer, l'une des supérieures de Tim Berners-Lee.

 

 

Vous devez d'abord comprendre quelque chose avant que vous puissiez dire que c'est fou. Nous n'avons jamais atteint ce point. Peggie Rimmerdans "The Web, Past and Future"

 

 

Aussi incompréhensible soit-elle, cette proposition n'est pas totalement isolée. La même année, sur le même campus, à un kilomètre d'écart, Robert Cailliau a une intuition proche de celle de Tim Berners-Lee. "J'ai écrit une proposition pour étudier les hypertextes par les réseaux du Cern parce que je voyais beaucoup de physiciens qui transportaient des disquettes ou les envoyaient les uns aux autres alors qu'en fait il y avait un réseau", a-t-il expliqué en 2016 lors d'une conférence donnée à l'université de Fribourg (Suisse).

 

 

Mais le Belge met rapidement de côté son projet et se joint au Britannique. Selon ses explications, la proposition de Tim Berners-Lee, "fondée sur internet", "était beaucoup plus ouverte, beaucoup plus utilisable". Si Tim Berners-Lee fait un premier converti, ses supérieurs l'ignorent poliment. Ils ne peuvent lui allouer de moyens : son idée concerne d'abord l'informatique et non la physique, l'objet premier du Cern. Cela n'empêche pas son supérieur de l'encourager passivement en le laissant faire sur son temps libre.

 

 

 

Un puissant ordinateur et un nom temporaire 

Le tandem britannico-belge se met au travail. Le Britannique se penche sur l'aspect technique, tandis que le Belge, présent au Cern depuis longtemps, fait marcher ses réseaux et joue les évangélistes au sein de l'institution. "Il a beaucoup œuvré à formuler la pensée de Tim Berners-Lee avec des mots simples et compréhensibles par d'autres communautés", explique Fabien Gandon, directeur de recherches en informatique à l'Inria, qui connaît Tim Berners-Lee. Selon François Flückiger, Robert Cailliau est un "excellent communicant" contrairement à Tim Berners-Lee qui, à l'époque, est plutôt perçu comme un "professeur Tournesol". Pour lui, l'apport de Robert Cailliau est crucial.

 

 

Robert Cailliau n'est pas le co-inventeur du web, comme cela a pu être écrit, mais il n'y aurait pas eu de web sans lui.François Flückiger à franceinfo

 

 

Au début de l'année 1990, un ordinateur NeXT – la marque fraîchement lancée par Steve Jobs – arrive au Cern. Tim Berners-Lee, impressionné, demande à son supérieur la possibilité d'en acquérir un. Cet outil, particulièrement puissant pour l'époque, est idéal pour développer son projet. Mike Sendall valide : il justifie cet achat en expliquant que Tim Berners-Lee va explorer les éventuelles utilisations de cet ordinateur pour l'exploitation du LEP.

 

 

 

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Tim Berners-Lee et Robert Cailliau posent avec l'ordinateur NeXT sur lequel le Britannique a codé les premiers outils du web, à Genève (Suisse), le 13 mars 2009. (MARTIAL TREZZINI/AP/SIPA)

 

 

 

En attendant que l'ordinateur arrive, la réflexion de Tim Berners-Lee progresse. En mai 1990, il fait une seconde proposition (PDF) et y évoque le vocable de "mesh" ("filet") pour désigner son idée. Le même mois, en compagnie de Robert Cailliau, il se penche sérieusement sur le nom du projet. Le Belge raconte dans une note (en anglais) vouloir écarter d'emblée les références à des dieux grecs ou à la mythologie égyptienne, une habitude à la mode chez les scientifiques. "J'ai regardé dans la mythologie nordique mais je n'ai rien trouvé qui convenait", précise-t-il auprès du New York Times (en anglais) en 2010.

 

 

Tim Berners-Lee, lui, a plusieurs pistes. Il pense donc à "mesh" mais l'écarte rapidement car il trouve que la sonorité ressemble trop à "mess" ("bazar"). La possibilité de l'appeler "Mine of information" traverse également son esprit mais il trouve que l'acronyme MOI est trop égocentrique. Même réflexion pour "The information machine" dont l'acronyme TIM résonnerait comme une autocélébration. Le Britannique affectionne également "World Wide Web" ("la toile d'araignée mondiale"). Ses collègues sont sceptiques. Ils soulignent que l'acronyme "www" est long à prononcer en anglais : "double-u, double-u, double-u".

 

 

Dans ses mémoires, Tim Berners-Lee précise que pour Robert Cailliau, qui parle flamand, et comme pour ceux qui parlent des langues scandinaves, "www" se prononce simplement "weh, weh, weh". "World Wide Web" finit par figurer sur la proposition commune des deux hommes déposée le 12 novembre 1990 (PDF). Mais il ne s'agit, pensent-ils, que d'une solution temporaire.

 

 

 

Il ne fallait surtout pas éteindre le premier serveur

Entre temps, l'ordinateur NeXT a fini par être livré, en septembre 1990. De quoi ravir Tim Berners-Lee, se souvient Ben Segal, le mentor du Britannique. "Il m'a dit : 'Ben, Ben, c'est arrivé, viens voir !' Je suis allé dans son bureau et j'ai vu ce cube noir sexy." Tim Berners-Lee peut enfin donner forme à son projet. Il s'enferme et propose, à quelques jours de Noël, le 20 décembre, la première page web de l'histoire et un navigateur appelé lui-même World Wide Web. Ce premier site, visible à cette adresse, pose l'ambition encyclopédiste du web et affirme que le projet "entend fournir un accès universel à un large univers de documents". Il propose, entre autres, une présentation, une bibliographie et quelques liens.

 

 

 

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Capture d'écran de la reproduction du premier site web mis en ligne en décembre 1990 par Tim Berners-Lee. (CERN)

 

 

 

 

L'ensemble tient grâce aux trouvailles imaginées et développées par le Britannique : le protocole HTTP (grâce auquel des machines peuvent échanger entre elles sans les lourdeurs jusqu'alors nécessaires), la notion d'URL (qui donne une adresse précise à chaque document disponible sur le réseau) et le langage HTML (langage informatique qui permet d'écrire et de mettre en forme les pages web).

 

 

Si le protocole HTTP et le langage HTML marchent si bien ensemble, c'est parce qu'ils proviennent d'un seul et même cerveau.François Flückiger à franceinfo

 

 

Le fameux ordinateur NeXT de Tim Berners-Lee sert de serveur à ce web embryonnaire. Autrement dit : sans lui, pas de web. Pour que personne ne l'éteigne par mégarde, il colle dessus une étiquette et écrit en rouge "Cette machine est un serveur. NE PAS ÉTEINDRE !!"

 

 

 

Le web tisse sa toile

Dix-huit mois après la première proposition, la donne change totalement. François Flückiger le concède sans détour : ce n'est qu'à partir de cette première mise en ligne qu'il est convaincu par l'innovation de Tim Berners-Lee, anticipant au moins un succès au sein de la communauté scientifique. Le projet séduit également le Français Jean-François Groff. Ce jeune ingénieur en télécom de 22 ans vient de débarquer au Cern, dans le cadre de son service civil, "pour travailler sur l'acquisition de données". "Tim Berners-Lee était un voisin de bureau et c'est un collègue qui nous a présentés assez vite à mon arrivée", raconte-t-il. Aussitôt, c'est l'entente parfaite. "J'avais la culture nécessaire pour comprendre ce qu'il faisait. Et étant exposé au succès du minitel en France, j'ai tout de suite saisi la portée que pourrait avoir son sytème", ajoute-t-il.

 

 

Le jeune Français fait rapidement part de ses idées à celui qui travaille alors seul au développement du projet. Pour lui, le système doit tourner sur tout type de plateforme. "Tim était d'accord. Mais il nous fallait un peu de temps et de ressources pour transférer ce prototype", relate Jean-François Groff. Ce dernier se met alors à travailler "en sous-marin" avec Tim Berners-Lee pour "écrire une librairie de logiciels". Au cœur de l'hiver, il ne compte pas les heures supplémentaires à coder en écoutant à la radio les dernières nouvelles de la guerre du Golfe.

 

 

Souvent, je terminais vers 17 ou 18 heures ma journée normale. Je rentrais chez moi, je mangeais et je rejoignais Tim à 21 heures jusqu'à 2 ou 3 heures du matin.Jean-François Groff à franceinfo

 

 

Avec le travail accumulé, l'ouverture s'accélère. En mars, le logiciel est mis à disposition à des collègues sur des ordinateurs du Cern. A la même période, Jean-François Groff bascule, de façon non officielle, à plein temps avec Tim Berners-Lee.

 

 

Le 6 août, le Britannique fait part de son innovation à l'extérieur du Cern. Il partage sur un groupe de discussion un texte présentant les grandes lignes de son projet. "Nous sommes très intéressés par le fait de propager le web dans d'autres endroits. (...) Les collaborateurs sont les bienvenus", écrit-il. C'est avec cette annonce que le web commence à intéresser du monde, à tisser sa toile sur d'autres campus et à se répandre sur la planète. Le début d'une révolution historique qui connaît un coup d'accélérateur déterminant lorsque le Cern verse le web dans le domaine public en avril 1993.

 

 

 

 

 

 

Mais aujourd'hui Tim Berners-Lee se dit "dévasté" par ce qu'est devenu le web. Il regrette la toute puissance d'une poignée de géants comme Google, Amazon ou encore Facebook, et déplore l'utilisation qui est faite des données des utilisateurs. Le Britannique, qui a été anobli en 2004, milite désormais pour un web décentralisé. Avec son nouveau système baptisé Solid (en anglais), il souhaite que les internautes "reprennent le pouvoir" sur leurs données personnelles. "Il n'y aura plus de streaming reposant uniquement sur la publicité, a-t-il anticipé lors d'une conférence, en octobre 2018. Du point de vue des développeurs, leur seule préoccupation sera de construire des services utiles pour les utilisateurs." Une ambition qui renverse en grande partie le modèle économique du web actuel, et renoue avec l'idéal des débuts.

 


12/03/2019
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Franceinfo - le samedi 9 mars 2019

 

 

Marche blanche en hommage à Julie Douib : "Elle avait alerté", ce "n'est pas seulement triste, c'est inadmissible"

 

 

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Invitée de franceinfo samedi, Cécile Duflot, directrice générale d'Oxfam France a réagi à la marche blanche organisée pour rendre hommage à Julie Douib, morte sous les coups de son ex-conjoint

 

 

 

Julie Douib, trentième victime de féminicide depuis le début de l'année 2019, "avait alerté, elle avait expliqué qu'elle était menacée, son ex-conjoint s'en était presque vanté. Donc là, ce n'est pas seulement triste, c'est inadmissible", déclare la directrice générale d'Oxfam France Cécile Duflot, invitée de franceinfo samedi 9 mars, alors que trois marches blanches sont organisées en hommage à cette femme.

 

 

En matière de lutte contre les violences faites aux femmes, "les choses progressent et heureusement mais il y a encore du chemin à faire", déplore l'ancienne députée écologiste. "Du chemin de formation, du chemin de prise de conscience, du chemin financier, budgétaire pour trouver des moyens pour accueillir ces femmes et puis aussi peut-être donner des techniques aux entourages. Qu'est-ce qu'on fait quand on sait que quelqu'un de proche est victime de violences, à qui on s'adresse ?" s'inquiète Cécile Duflot.

 

 

"Je pense qu'il faut aussi que ça soit un chantier collectif de toute la société", revendique-t-elle, "que ça soit pour le harcèlement, les violences sexistes ou les violences conjugales, il y a des politiques publiques possibles et, en plus d'aider les victimes, il faut aussi libérer des moyens pour soigner et pour prendre en charge les hommes violents". La directrice générale d'Oxfam France regrette que "les budgets aient baissés" et estime que "la question sur ces sujets-là, c'est vraiment une question de passage à l'acte."

 


11/03/2019
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Franceinfo - le vendredi 8 mars 2019

 

 

Endométriose : la ministre de la Santé prévoit une meilleure information des femmes et des professionnels

 

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Agnès Buzyn se rend vendredi à l'hôpital Saint-Joseph, à Paris, afin de faire des annonces pour une meilleure prise en charge de l'endométriose, une maladie gynécologique, mal connue et mal repérée

 

 

 

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Marche mondiale contre l'endométriose, le 26 mars 2018, à Marseille (Provence). (VAL?RIE VREL / MAXPPP)

 

 

 

franceinfo dévoile, vendredi 8 mars matin, plusieurs mesures que la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, prévoit pour une meilleure prise en charge de l'endométriose. Elles sont axées principalement sur l'information à destination des femmes et des professionnels de santé. 

 

 

 

Plusieurs axes de travail

La priorité de la ministre est de renforcer tout d'abord l'information des femmes sur une pathologie qui se caractérise notamment par des règles douloureuses ou hémorragiques, également des douleurs lors des rapports sexuels. Une femme sur dix souffre de cette maladie gynécologique, mais beaucoup ne savent pas qu'elles en sont atteintes. Agnès Buzyn souhaite aussi améliorer l'information des professionnels de santé qui sous-évaluent trop souvent la maladie voire ne la diagnostiquent pas. Autre axe dans les annonces de la ministre : orienter plus facilement les malades vers des experts ou des spécialistes de l'endométriose dans chaque région.

 

 

La ministre doit se rendre vendredi à l'hôpital Saint-Joseph, à Paris, qui a mis en place un réseau de professionnels de santé spécialisés dans le diagnostic et le traitement de cette maladie douloureuse et fréquemment, les femmes qui en souffrent sont infertiles.

 


09/03/2019
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Franceinfo - le mercredi 6 février 2019

 

 

Burn-out parental : "C'est hyper stressant d'entendre des gamins hurler à longueur de temps"

 

 

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Que faire quand vos propres enfants vous rendent la vie impossible ? Quand leurs accès de colère incontrôlables vous isolent socialement ? "Envoyé spécial" a enquêté sur un mal resté longtemps tabou : le burn-out parental. Certains de ces parents en souffrance ont accepté de partager leur quotidien avec l'équipe du magazine

 

 

 

Etre parent serait-il déprimant ? En France, 90% d'entre eux se plaignent de fatigue, 10% sont même en situation d'épuisement. "Envoyé spécial" a enquêté sur un phénomène resté longtemps tabou : le burn-out parental. Certains parents débordés ont accepté de partager leur quotidien avec l'équipe du magazine.

 

 

Karine et Simon sont aux prises avec leurs trois filles (7 ans et demi, 6 ans et 3 ans), qui ne s'entendent pas. Leur quotidien est rythmé par les cris et les accès de colère. Les disputes sont quotidiennes – et violentes. Mina, l'aînée, ne gère pas sa contrariété. Au moindre désaccord avec l'une de ses sœurs, la fillette explose, et sa mère est impuissante à la calmer. Simon, le papa, s'avoue désarmé : "On n'a pas de solution, parce qu'il n'y a rien qui fonctionne en vrai. Ça peut fonctionner sur le coup, ce jour-là, mais le lendemain elles vont t'envoyer paître. Rien n'est acquis."

 

 

 

Quand le coucher se transforme en bataille rangée

Karine et Simon reconnaissent qu'ils sont dépassés. Chaque moment de la journée peut dégénérer. Comme le coucher, qui se transforme systématiquement en bataille rangée. Après un bref répit, les cris reprennent dès le matin. "Elles hurlent, on a l'impression qu'elles se sont fait hyper mal... C'est hyper stressant d'entendre des gamins hurler à longueur de temps (...) y compris quand il y a des amis. Les gens ne comprennent pas (...)", se plaint leur père.

 

 

Karine et Simon disent avoir tout essayé, mais ne parviennent pas à asseoir leur autorité. Pourtant, les crises de leurs filles les isolent socialement, et menacent leur vie de couple.

 

 

Extrait de "Quand les parents craquent", un reportage à voir dans "Envoyé spécial" le 7 mars 2019.

 


07/03/2019
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Franceinfo

 

 

Agression à Condé-sur-Sarthe : les surveillants pénitentiaires à nouveau mobilisés devant les prisons

 

 

 

Pour la deuxième journée consécutive, le personnel pénitentiaire se mobilise devant plusieurs prisons, après l'agression de deux surveillants par un détenu radicalisé à Condé-sur-Sarthe mardi

 

 

 

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Des surveillants manifestent devant la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne), le 6 mars 2019.  (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

 

 

 

Les surveillants pénitentiaires se mobilisent à nouveau jeudi 7 mars à l'appel de plusieurs syndicats pénitentiaires, deux jours après l'agression de deux surveillants par un détenu dans la prison de Condé-sur-Sarthe, dans l'Orne, selon les syndicats Force ouvrière (FO) et la CGT

 

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Intervention des forces de l'ordre à Fleury-Mérogis

Les personnels pénitentiaires bloquent notamment toujours ce jeudi matin la prison de Condé-sur-Sarthe, devant laquelle ils ont passé la nuit, empêchant toute entrée et sortie, selon France Bleu Basse Normandie.

 

 

A Fleury-Mérogis, où les surveillants étaient mobilisés tôt ce jeudi matin, les forces de l'ordre sont intervenus pour faire évacuer le personnel pénitentiaire présent devant l'établissement.

 

 

 

 

 

Ils "se sont fait gazer et évacuer comme des malpropres" par les forces de l'ordre, dénonce le syndicat FO Pénitentiaire sur Twitter, en regrettant que ce soit "la seule réponse du ministère de la Justice et de l'administration pénitentiaire face à la détresse de [leurs] personnels".

 

 

 

Une vingtaine d'établissements concernés

Des mobilisations ont également lieu devant les prisons des Baumettes à Marseille dans les Bouches-du-Rhône, de Beauvais dans l'Oise, de Draguignan dans le Var, de Lille dans le Nord, de Rennes en Ille-et-Vilaine et de Saint-Denis de la Réunion.

 

 

D'autres actions ont été signalées devant les prisons d'Amiens dans la Somme, de Douai dans le Nord, de Grasse dans les Alpes-Maritimes, de Salon de Provence dans les Bouches-du-Rhône, de Seysses en Haute-Garonne, de Val-de-Reuil dans l'Eure, de Béthune et Vendin-le-Vieil dans le Pas-de-Calais.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les prisons d'Orléans-Saran dans le Loiret, de Réau en Seine-et-Marne, de Riom dans le Puy-de-Dôme, de Roanne et de La Talaudière dans la Loire selon France Bleu Saint-Etienne Loire, de Sequefin dans le Nord sont aussi touchées par le mouvement.

 

 

 

 

 

 

Dans l'Indre, la maison d'arrêt du Craquelin à Châteauroux et la centrale de Saint-Maur sont bloquées ce jeudi matin par plusieurs dizaines de surveillants, une soixantaine au total, qui se mobilisent pour la première fois après l'agression de Condé, selon France Bleu Berry.

 

 

 


07/03/2019
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Franceinfo - mars 2019

 

 

 

GRAND FORMAT. "LA BETE A VOLÉ" : LE 2 MARS 1969, LE JOUR OU LE CONCORDE A DÉCOLLÉ POUR LA PREMIERE FOIS

 

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Dimanche 2 mars 1969. Après sept années de travail acharné, l'avion supersonique se prépare à réaliser son premier vol, et à ainsi faire taire les oiseaux de mauvais augure qui prédisent un fiasco. Pour l'instant, il n'est pas encore question de franchir le mur du son, d'atteindre Mach 2 ou même de relier Paris à New York en trois heures et demie avec 100 passagers à son bord. Alors que le programme a été lancé en 1962, il s'agit seulement de voler, de montrer à la France et au reste du monde que le rêve de transporter des voyageurs à une vitesse dépassant celle du son est possible.

 

 

Cinquante ans plus tard, jour pour jour, retour sur ces heures qui ont forgé l'histoire de l'aéronautique française.

 

 

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 Des centaines de journalistes sont venus à Toulouse (Haute-Garonne) pour assister au premier décollage du Concorde.  (SUD-AVIATION)

 

 

 

"TOUT LE PAYS S'EST ARRÊTÉ POUR SUIVRE CE DÉCOLLAGE"

U"Shadok contrit, picorant son impatience", voilà à quoi ressemble le Concorde – Concorde tout court pour les puristes – pour René Mauriès, le rédacteur en chef de la Dépêche du Midiposté en bord de piste à la mi-journée. Avec près de 400 autres journalistes, il guette depuis 7 heures du matin les moindres signes d'un décollage imminent. Même Jacqueline Auriol, la première femme pilote d'essai française et première Européenne à avoir franchi le mur du son, joue les consultantes, installée dans les gradins.

 

 

 

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Jacqueline Auriol, la première femme pilote d'essai française et première Européenne à avoir franchi le mur du son, joue les consultantes dans les gradins.  (SUD-AVIATION)

 

 

 

 

Dans les hangars, les ingénieurs anglais qui ont fait le déplacement n'en croient pas leurs yeux : un véritable brouillard londonien enveloppe Toulouse, accompagné d'un vent d'autan. Impossible de décoller dans ces conditions. Pourtant, sur et autour de la piste, tout est prêt. Le trafic commercial est suspendu pour la journée ; les vols privés, eux, le sont déjà depuis trois jours. Deux appareils se tiennent prêts à décoller pour accompagner le supersonique : un Gloster Meteor, chargé de surveiller des anomalies extérieures, et un autre avion embarquant des caméras pour immortaliser l'événement. Deux hélicoptères de secours sont également en stand-by, pour intervenir en cas de problème.

 

 

Un énième retard pour cet avion, dont la France entière attend l'envol devant sa télé ou son poste de radio.

 

 

 

 

Tout le pays s'est arrêté pour suivre ce décollage. C'était une affaire nationale, on en parlait depuis sept ans, avec des rebondissements liés aux relations orageuses avec les Britanniques, nos partenaires dans ce projet. C'était incroyable, le nombre de défis techniques à relever.

Pierre Grange, pilote du Concorde de 1984 à 1989 et pilote d'essai de l'avion lors de sa remise en service en 2001

 

 

 

Car le Concorde, c'est une équation : relier Paris à New York à Mach 2 – deux fois la vitesse du son – avec 100 passagers à bord. Pour pimenter le challenge, Français et Britanniques sont à la lutte avec les Américains et les Russes, qui développent eux aussi leur avion supersonique.

 

 

Pour replonger dans ces lointains souvenirs, Bernard Dufour, 83 ans, ressort ses albums photo de l'époque. En 1969, il est le directeur de l'usine Sud-Aviation de Toulouse, à 33 ans à peine. A mesure qu'il tourne les pages, c'est tout un pan de l'histoire de l'aéronautique qui défile : Neil Armstrong, les Tupolev, père et fils, mais aussi Giscard et Pompidou... Tous sont venus scruter la bête en construction dans les hangars de Toulouse. Et tous s'interrogent. Peuvent-ils le faire ?

 

 

Pour réussir cet exploit, c'est lui qui a joué "les aboyeurs". En 1965, il prend l'initiative d'afficher "1er vol le 28 février 1968" en grand, sur un mur du hangar principal. "Face à un planning qui ne cessait de glisser de mois en mois, il le fallait bien, se souvient-il avec malice. Mais mon idée a rendu furieux André Turcat, le pilote d'essai en chef. Il m'a répondu : ‘Concorde volera quand je dirai qu'il est prêt’."

 

 

André Turcat est celui qui est aux commandes depuis le début de l'aventure. Ce Marseillais polytechnicien de 47 ans est une légende de l'aviation française. En 1969, il totalise 3 000 heures de vol d'essai et est le premier à avoir atteint Mach 2 (deux fois la vitesse du son), sur le célèbre Griffon. A ses côtés, de vieux routiers des essais en vol : son copilote, l'expérimenté Jacques Guignard, a ainsi participé à la conception du Trident français, un chasseur supersonique à bord duquel il a eu un grave accident, en 1953. Au poste de mécanicien, on trouve Michel Rétif, aujourd'hui encyclopédie vivante du Concorde. L'ingénieur navigant Henri Perrier complète l'équipage.

 

 

Outre la noria de journalistes, Henri Ziegler, le patron de Sud-Aviation, et George Edwards, de la British Aircraft Corporation, patientent dans les salons de l'aéroport. L'équipage, lui, est affûté comme jamais. Les quatre hommes ont répété les manœuvres à 52 reprises dans un simulateur de vol. "C'était là aussi une première", précise Bernard Dufour. Ils ont également effectué douze "roulages" – la phase, sur la piste, qui précède le décollage – à vitesse croissante, et les derniers à la limite du décollage, c'est-à-dire à près de 300 km/h, rappelle Jean-Marc Olivier dans 1969 – Concorde : premier vol (2018, éditions Midi-Pyrénéennes).

 

 

 

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 De gauche à droite, Michel Rétif, André Turcat, Henri Perrier et Jacques Guignard, le 28 février 1969 à Toulouse. Seul Michel Rétif est toujours vivant.  (AFP)

 

 

 

 

"CETTE PANNE-LÀ, JE L'ACCEPTE"

 

Après un premier compte à rebours arrêté en raison d'un plafond nuageux trop bas, tous vont manger à 14 heures, dans un restaurant de Saint-Martin-du-Touch. Le repas est léger, et sans vin, pour une fois. Collectivement, les quatre hommes, profitant d'une fenêtre météo, finissent par prendre la décision de décoller. Comme par miracle, c'est l'éclaircie en début d'après-midi. Naturelle celle-là, contrairement aux circonstances du premier vol du Tupolev Tu-144, le rival russe du Concorde, le 31 décembre 1968. Pour forcer la nature, du nitrate d'argent avait ainsi été dispersé dans les nuages au-dessus des pistes de Zhukovsky, à 43 km au sud de Moscou, pour accélérer leur condensation.

 

 

Dans son bureau de directeur général de l'usine Sud-Aviation de Toulouse, Bernard Dufour est aux premières loges. "Je vois alors les quatre hommes monter dans l'avion et fermer la porte derrière eux. J'écoute et je suis alors la très longue check-list à la radio." Une litanie qui s'interrompt brutalement lorsqu'une alarme retentit, juste après l'allumage du premier réacteur. Un problème de refroidissement de turbine. Nouvel arrêt du compte à rebours. Un technicien monte à bord, tout tremblant.

 

 

 

Nous ne sommes pas pressés, il n'y a rien d'urgent, sinon de bien faire votre travail.

André Turcat, pilote d'essai du Concorde

 

 

L'équipage préfère plaisanter et propose même de faire une belote en attendant. Une fois l'intervention terminée, nouvelle alarme : cette fois-ci c'est au tour du système de conditionnement, en charge du refroidissement de la cabine, de lâcher. "Cette panne-là, je l'accepte parce qu'il y a deux systèmes de secours", tranche le pilote, qui connaît par cœur chaque détail de l'appareil. C'est même lui qui a dessiné le volant de Concorde, en Y, pour que le pilote puisse voir tous les contacteurs, interrupteurs et autres voyants qui constellent la planche de bord. Vers 15h30, l'appareil s'ébranle enfin, dans le fracas de ses quatre réacteurs Rolls-Royce Olympus. "Je me souviens de l'avion qui est parti en bout de piste. Une piste flambant neuve. Elle avait été bombardée pendant la guerre, et malgré les réparations, on craignait des faiblesses. On a alors préféré la refaire entièrement pour Concorde, se souvient Bernard Dufour. Une fois en place, on a alors attendu de longues secondes..."

 

 

 

 

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 Concorde au moment de son décollage, suivi de près par le Gloster Meteor de Jean Dabos. (SUD-AVIATION)

 

 

 

"TU PEUX PAS SAVOIR CE QUE C'EST BEAU !"

A15h40 et 11 secondes, les freins sont lâchés. En 23 secondes d'un long rugissement, l'avion atteint les 300 km/h. Son bec incliné, qui permet au pilote de voir la piste à l'atterrissage, s'élève doucement. Concorde quitte alors progressivement le sol. Sa légende est en marche. Ou en vol. "Je me souviens qu'à ce moment-là, on était tous heureux", sourit Bernard Dufour.

 

 

 

Les objectifs des énormes caméras de l'époque le suivent jusqu'à ce qu'il disparaisse dans les nuages et atteigne les 6 000 pieds (1 800 mètres d'altitude). Celles embarquées dans l'un des deux avions prennent le relais. Pour ce vol d'essai, André Turcat a voulu garder le nez baissé et les trains d'atterrissage sortis, pour limiter les risques de panne. Pas question de pousser les moteurs à fond. L'avion reste à 250 nœuds (environ 460 km/h). "Pour Concorde, c'est comme une voiture qui roule à la vitesse d'un piéton. Ce n'est pas naturel", commente Pierre Grange.

 

 

Dans le ciel, sa silhouette, autant que le bruit des quatre réacteurs, sont impressionnants. A tel point qu'au moment de passer à la verticale d'Auch, l'arbitre du match de football entre Solomiac et Miremont interrompt la rencontre quelques minutes pour permettre aux joueurs et aux spectateurs d'admirer Concorde. Dans les airs, le silence radio, imposé par André Turcat, est brisé par Jean Dabos, le pilote de l'avion Meteor chargé de le suivre de près pour signaler des anomalies extérieures. 

 

 

 

Tu peux pas savoir ce que c'est beau !

Jean Dabos, pilote du Gloster Meteor, à André Turcat

 

 

Si, vu de l'extérieur, tout semble se dérouler sans accrocs, dans le cockpit des alarmes se déclenchent, comme celle du "parachute largué", qui sert de frein à l'atterrissage. Heureusement, c'est une fausse alerte, son ouverture aurait été catastrophique. Toutefois, un nouveau conditionneur d'air lâche. La température dans l'habitacle augmente subitement. Pas un problème pour l'équipage, mais un véritable danger pour les calculateurs. "Dans la version définitive de Concorde, il faut rappeler que derrière le galley, c'est-à-dire la partie où l'on réchauffe les plats et où l'on entrepose ce qui est destiné aux passagers lors d'un vol, il y avait des empilements de boîtes contenant les calculateurs. Il fallait que l'air circule pour éviter leur surchauffe", détaille Pierre Grange. Ces calculateurs permettent notamment de gérer les commandes de vol électriques, l’une des nombreuses innovations de l'appareil. Pour ne pas prendre de risques, André Turcat décide d'écourter le vol et d'amorcer la descente.

 

 

 

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L'équipage à sa descente de Concorde, quelques minutes après le premier vol réussi. (SUD-AVIATION) 

 

 

 

"LA MACHINE VOLE, ET ELLE VOLE BIEN"

L'atterrissage est l'autre grande inconnue de ce vol. "Il faut se rendre compte du défi que cela représente, martèle Pierre Grange. Cette aile delta a été dessinée et conçue en soufflerie et après des heures et des heures de calcul à la main. Les ingénieurs ne savaient pas, à ce moment-là, comment l'avion allait se comporter."D'autant qu'avec 18 nœuds, le vent est plus fort que prévu. Mais André Turcat place Concorde dans l'alignement de la piste et déclenche le parachute, qui se déploie à l'extrémité arrière du fuselage. A 16h08, après 42 minutes de vol, tout est terminé.

 

 

 

A ce moment-là, on est soulagés, la bête a volé.

Bernard Dufour, directeur de l'usine Sud-Aviation de Toulouse (Haute-Garonne)

 

 

A 16h16, Concorde rejoint son parc, arrête ses moteurs et relève son nez. La porte s'ouvre et l'équipage fait sa descente triomphale. Sur l'estrade installée dans l'aérogare, le soulagement se lit sur les visages. André Turcat la joue sobre à sa sortie : "La machine vole, et elle vole bien." Une déclaration reprise par toute la presse le lendemain et restée dans l'histoire. Mais le directeur de l'usine, alors présent juste derrière l'estrade, précise la suite. "Turcat a envoyé ses meilleurs vœux aux astronautes américains qui décollaient le lendemain (mission Apollo 9). Il a ainsi placé l'exploit de Concorde au même niveau que celui réalisé par la Nasa. On vivait une période extraordinaire. On était à la tête du monde ce jour-là".

 

 

 

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Les quatre membres de l'équipage de Concorde lors de la conférence de presse organisée dans l'aérogare

de l'aéroport de Toulouse-Blagnac (Haute-Garonne).  (SUD-AVIATION)

 

 

 

Mais ce dimanche 2 mars 1969, plus qu'à un simple vol d'essai, c'est à l'amorce d'une renaissance qu'ont assisté les Français. Celle de l'aéronautique française, et plus largement européenne. Après la Seconde Guerre mondiale, ce secteur est moribond. Hormis le succès de la Caravelle (un avion de ligne biréacteur, destiné aux itinéraires court et moyen-courriers), ce sont les Américains et les Russes qui dominent le marché de l'aviation. Le succès de Concorde, et de ce vol en particulier, annonce celui d'Airbus. "Si Concorde n'était pas parvenu à voler, l'aventure Airbus aurait été compromise. Sans ce succès, nous n'aurions jamais convaincu nos partenaires de développer l'A300. C'est ce jour-là qu'on a sauvé l'aviation européenne", tranche sans sourciller Bernard Dufour.

 


03/03/2019
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