L'AIR DU TEMPS

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CRISE AFRICAINE


Franceinfo - le lundi 13 janvier 2020

 

 

Emmanuel Macron annonce l'envoi de 220 soldats français supplémentaires au Sahel

 

 

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Le président de la République s'est exprimé à l'occasion d'une réunion du G5 Sahel, à Pau (Pyrénées-Atlantiques), pour discuter notamment de l'avenir de la force Barkhane

 

 

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Le président français Emmanuel Macron, le président malien Boubacar Keita, le président du Burkina Faso Roch Marc Christian Kabore, le président du Niger Mahamadou Issoufou, le président mauritanien Ould Cheick El Ghazouni et le président tchadien Idriss Déby, à Pau (Pyrénées-Atlantiques), lundi 13 janvier 2020.  (AFP)

 

 

 

La France renforce sa présence militaire au Sahel. Lundi 13 janvier, Emmanuel Macron a annoncé que "220 militaires" supplémentaires seront déployés pour renforcer l'opération Barkhane. La France et les pays du G5 Sahel (Niger, Tchad, Mauritanie, Burkina Faso, Mali) ont décidé de renforcer leur coopération militaire, face à la recrudescence des attaques jihadistes. 

 

 

Lors d'un sommet à Pau, le G5 Sahel et la France se sont également accordés sur la mise en place d'une "coalition pour le Sahel". Elle regroupera ces six Etats, les partenaires déjà engagés, ainsi que "tous les pays et organisations qui voudront y contribuer".

 

 

Cette réunion survient alors que le sentiment anti-Français progresse au Mali et au Burkina-Faso. Ainsi, le président français avait indiqué vouloir des réponses concernant la présence des militaires français de l’opération Barkhane dans ces pays et demander aux pays du Sahel "qu’ils clarifient et formalisent leur demande à l’égard de la France et de la communauté internationale."

 


14/01/2020
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Franceinfo - le mardi 31 décembre 2019

 

 

Bassin du lac Tchad : "Le groupe terroriste Boko Haram est une voyoucratie"

 

 

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Falila GbadamassiRédaction AfriqueFrance Télévisions
 

 

 

Le journaliste nigérien Seidik Abba et son compatriote, l'ancien gouverneur Mahamadou Lawaly Dan Dano, ont pu rencontrer d'anciens membres du groupe terroriste nigérian Boko Haram

 

 

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Obsèques de 19 éleveurs de bétail, qui ont été abattus la veille par les jihadistes de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria, le 15 décembre 2019.   (AUDU MARTE / AFP)

 

 

 

Boko Haram a encore frappé le 24 décembre 2019. L'attaque perpétrée par le groupe terroriste nigérian a fait 7 morts dans le village chrétien de Kwarangulum, près de Chibok, dans le nord-est du Nigeria. Les terroristes ont également enlevé une adolescente. Ce raid est une illustration supplémentaire des méthodes de Boko Haram (affilié au groupe Etat islamique), dont les exactions ont causé, en une décennie, la mort de près de 27 000 personnes dans le bassin du lac Tchad, région qui réunit le Cameroun, le Nigeria, le Tchad et le Niger. C'est dans ce dernier pays que le journaliste nigérien Seidik Abba et l'ancien gouverneur de la région de Diffa (sud-est du Niger), Mahamadou Lawaly Dan Dano, ont pu rencontrer des repentis du groupe islamiste. L es témoignages recueillis sont réunis dans un un livre, Voyage au coeur de Boko Haram - Enquête sur le djihad en Afrique de l'Ouest, paru fin octobre 2019 chez L'Harmattan. L'ouvrage est une immersion inédite au sein du mouvement terroriste. Rencontre avec Seidik Abba.

 

 

 

Franceinfo : Comment avez-vous pu approcher les anciens membres du groupe terroriste Boko Haram ?

 

Seidik Abba : Nous avons profité de la création d’un centre de déradicalisation, de formation et de réinsertion sociale à Goudoumaria (ville située au sud-est de la capitale nigérienne, Niamey), qui a accueilli plus de 250 ex-combattants du groupe terroriste, pour produire ce récit de Boko Haram vu de l'intérieur. Le mouvement n'en avait jusqu'ici pas donné la possibilité.

 

 

 

Quel est le profil de ces personnes ?

 

Il y a une diversité de profils en termes de genre, d'âge et de motivations. Certains ont rejoint Boko Haram parce qu’ils ont adhéré à son idéologie religieuse. D’autres se sont retrouvés dans la secte parce qu’ils étaient au mauvais endroit, au mauvais moment. Comme cette jeune fille qui avait 12 ans à l'époque et qui revenait du champ familial, lorsqu'elle a été embrigadée par un combattant de Boko Haram. Il y a aussi l’exemple de ce tailleur, qui à force de faire des retouches pour les gens de Boko Haram, a été recruté. Ses clients l’ont emmené de force afin qu’il travaille pour eux au quotidien. D'autres encore ont rejoint la secte par calcul, espérant y gagner de l’argent, avoir une moto ou encore une épouse. 

 

 

 

Le réchauffement climatique explique aussi le succès de Boko Haram dans cette région du bassin du lac Tchad...

 

Le lac s'est rétréci et la ressource qu'il constituait est devenue rare. Les gens n'avaient plus d'emploi, les paysans n'arrivaient plus à faire leurs quatre récoltes dans l'année... Beaucoup de jeunes que nous avons rencontrés se sont enrôlés parce qu'ils ont préféré Boko Haram à l'oisivité qui était la leur. Ce n'est pas un hasard si, dans cette région où prospère le groupe terroriste, la pauvreté s'est installée. Boko Haram a trouvé un terreau favorable pour mobiliser. 

 

 

 

Quelles sont les raisons invoquées pour expliquer leur départ de l'organisation terroriste ?

 

Quel que soit leur profil, il y a eu beaucoup de désillusions chez les personnes que nous avons rencontrées lors de ces entretiens volontaires conduits en haoussa ou en kanouri (langues locales, NDLR), puis traduits en français. Par exemple, ceux qui ont rejoint la secte pour la religion se sont rendu compte que la pratique religieuse n’était pas au centre du mouvement. Quant à ceux qui pensaient s’enrichir, ils se sont vite aperçus que le butin revenait aux chefs et qu'ils n'en recevaient que des miettes.Toutes les personnes rencontrées sont aujourd'hui révoltées par Boko Haram. 

 

 

 

La désillusion a succédé à la sympathie...

 

Ce sentiment est nourri par ce qui pourrait s'apparenter à une trahison des idéaux de Mohammed Yusuf, le fondateur de la secte. En 2002, quand il crée Boko Haram, qu'on peut traduire par "L'école occidentale est un péché", il ne dénonce pas que des murs. Il est aussi question de la corruption de la classe dirigeante et de l’injustice sociale qui prévalent au Nigeria, où est né le mouvement. Ce pays produit 2 millions de barils de pétrole par jour. Ses dirigeants ont des jets privés alors que la population n'a pas accès à l'eau potable. Quand vous expliquez que cette injustice sociale est le fait de l'école occidentale, il est possible que vous trouviez des gens qui vous écoutent... Entre 2002 et 2009, beaucoup ont adhéré à ces principes et c'est ainsi que le mouvement a prospéré.

 

 

A ses débuts, il y avait peut-être de la sympathie dans les villages où Boko Haram passait. Aussi les populations hésitaient-elles à informer l’armée et les autorités. Mais aujourd'hui, au moment où on a rencontré les repentis, il y a plus de peur que d’estime dans cette partie de l’Afrique

 

 

Après la mort de son fondateur, l’organisation a complètement dérapé. Aujourd’hui, Boko Haram, c’est plus de la crapulerie qu'autre chose, une voyoucratie : on exécute, on enlève, on perçoit des rançons et on pille...

 

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Comment fonctionne Boko Haram ?

 

C'est une organisation structurée, où il y a plus de centres d’instruction militaires que de centres d’apprentissage du Coran. Les nouvelles recrues sont initiées au maniement des armes et au tir à balles réelles. Ils reçoivent une instruction digne d’une armée régulière. Boko Haram organise ses attaques et remporte ainsi des victoires sur des armées régulières, parce que le groupe a une stratégie militaire. Cela consiste à faire, entre autres, du repérage et à envoyer des éclaireurs. Du point de vue de son organisation interne, Boko Haram est constitué de sections de 10-15 personnes, à la tête desquelles il y a des lieutenants. Il y a également des tribunaux internes à Boko Haram. Certains anciens combattants que nous avons rencontrés ont eu les mains amputées après être passés devant un tribunal qui a prononcé comme sentence, leur mutilation.

 

 

 

L'exploitation des femmes est devenue une marque de fabrique du groupe terroriste. Que vous ont-elles confié à ce propos ?

 

Cette enquête nous a donné des clés pour comprendre ce qui était arrivé aux jeunes lycéennes enlevées de Chibok, en avril 2014. Les femmes nous ont expliqué qu’elles sont parquées, puis revendues à des combattants qui ont de l'argent. Mariées de force à ces derniers, elles voyagent au gré de leurs affectations. Certaines lycéennes ont pu ainsi se retrouver au Tchad, au Cameroun ou encore au Niger. En outre, lorsque le mari décède, elles sont de nouveau mariées sans avoir leur mot à dire. De sorte qu'une femme peut se retrouver avec quatre maris dans le même mois.

 

 

Notre enquête nous a permis de comprendre pourquoi les femmes sont particulièrement ciblées par Boko Haram. Au-delà du fait qu’elles sont utilisées pour appâter les recrues à qui on promet des épouses et des motos, elles font également l’objet de moins de suspicion que les hommes. De ce fait, il est plus facile de faire infiltrer une femme pour conduire des opérations. Les jeunes filles sont notamment utilisées pour commettre des attentats. Nous avons compris pourquoi, chaque fois que Boko Haram attaque un village, les femmes sont enlevées quand les hommes sont tués : elles font partie de la stratégie de recrutement et de combat de Boko Haram. Elles ont souvent même plus de valeur que les combattants.

 

 

 

Les pays de la région ont créé une force militaire pour lutter contre Boko Haram. Pourquoi ne fait-elle pas le poids face aux terroristes ?

La Force mixte multinationale (FMM) ne peut pas être efficace parce que c'est une addition des forces militaires des pays concernés. Chacun défend son territoire. La force n’est pas intégrée et ne fait l’objet d’aucun agenda commun. Ce qui explique que les terroristes  savent, par exemple, que lorsque le Niger est en opération, ils peuvent se cacher au Tchad. A cela s'ajoute la crainte que Daech décapité avec la mort de son leader Abou Bakr Al-Baghdadi, se réorganise autour du bassin du lac Tchad, puisqu'il entretient des liens étroits avec Boko Haram, entre autres.

 

 

 

Quels enseignements peut-on tirer de l’expérience nigérienne, unique en Afrique ?

Lorsque les autorités nigériennes ont lancé le programme "Repentir contre pardon" en décembre 2016, elles ne s’attendaient pas à un tel enthousiasme. Elles ont pris une petite villa à la périphérie de Diffa. Mais très vite, elles se sont aperçues qu'il fallait créer un centre spécial. Si ce programme continue, si tous les pays concernés faisaient de même, on pourrait soustraire des milliers de personnes des rangs de Boko Haram. Cela aiderait à l’affaiblir sans qu’on ait besoin d’acheter des avions et des chars qui ne sont pas, de mon point de vue, les types d’équipement les mieux adaptés pour combattre la secte.

 

 

Compte tenu de la nature du mouvement, du caractère asymétrique de la guerre menée contre Boko Haram, le programme initié par le Niger me semble être une bonne démarche. On ne dit pas qu’il faut totalement évacuer la réponse militaire, mais elle n’a pas donné les résultats attendus. Il faut donc l’articuler avec une réponse comme celle-là, qui va de pair avec le développement. Si on choisit une réponse fondée sur le tout militaire, le tout sécuritaire, on risque de passer à côté de la bonne solution. C’est pour cela que je pense que ce programme mérite encore plus d’attention des autres pays africains et de la communauté internationale.  

 


01/01/2020
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Franceinfo - le mardi 31 décembre 2019

 

 

"L’Ethiopie veut reprendre le rang qu'elle estime être le sien, celui d'une grande puissance dans la Corne de l’Afrique"

 

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Falila GbadamassiRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

L'Ethiopie est devenue en quelques années un pays incontournable de la Corne de l'Afrique. Entretien avec le géographe français Alain Gascon, professeur émérite à l’Institut français de géopolitique de l’université Paris-VIII

 

 

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Un homme assis au volant d'un camion couvert d'autocollants à l'effigie de plusieurs dirigeants éthiopiens à Asosa, en Ethiopie, le 25 décembre 2019.  (EDUARDO SOTERAS / AFP)

 

 

 

En quelques décennies, l'image de l'Ethiopie a radicalement changé. Sa fulgurante croissance économique (plus de 9% en 2019), la fin du conflit avec l'Erythrée et le prix Nobel de la paix décerné au Premier ministre Abiy Ahmed ont de nouveau propulsé ce pays sur le devant de la scène internationale. Alain Gascon est professeur émérite à l’Institut français de géopolitique (Paris VIII, Centre de recherches et d’analyses géopolitiques) et ancien chargé de cours à l’Institut national des langues et civilisations orientales. Le géographe est l'auteur de plusieurs ouvrages et articles sur l'Ethiopie. Entretien. 

 

 

 

Franceinfo Afrique : Comment ce pays qui a été longtemps associé à la famine et aux guerres, comme vous l'écrivez, s'impose désormais comme une puissance en Afrique de l'Est ?

 

Alain Gascon : Les Ethiopiens sont profondément patriotes. Ce patriotisme a été exacerbé par plusieurs événements. D'abord, lorsqu’il y a eu le choc de la colonisation à la fin du XIXe siècle après l’ouverture du canal de Suez, l’Ethiopie a réussi à repousser les Egyptiens, même si Jean IV, l'un des rois des rois, y a d'ailleurs laissé la vie. Il y a eu, ensuite, la période du Negus Ménélik II (1844-1913) qui a repoussé l'invasion italienne en1896 à Adoua. Les Ethiopiens en ont tiré une légitime fierté, celle de ne pas avoir été colonisés. Résultat : dans les années 30, les étrangers perçoivent l’Ethiopie comme une anomalie.

 

 

A tel point qu'en 1936, quand les Italiens ont de nouveau attaqué les Ethiopiens, ces derniers ont eu l’impression à juste titre d’avoir été abandonnés par la communauté internationale. Ils en voulaient particulièrement aux Français et aux Britanniques. Ces derniers se sont rachetés plus tard en contribuant à vaincre les Italiens en 1941. Depuis, il y a eu une méfiance fantastique de la part des Ethiopiens vis-à-vis des étrangers.

 

 

Ils ont enfin été scandalisés lorsque leur pays, en proie à des guerres civiles et des famines importantes, a été prié de ne pas présenter de revendications lors de réunions internationales, parce qu'il n'arrivait pas à faire face aux crises qu'il connaissait. Les Ethiopiens ne comprennent pas qu'on les tienne pour des acteurs secondaires du concert international compte tenu de leur histoire et du fait qu'ils appartiennent à une vieille civilisation, qui n'était pas moins glorieuse que celle des Européens.  

 

 

En outre, en dépit d'une population qui s'est multipliée par quatre entre les années 70 et les dix premières années du XXe siècle, l’Ethiopie arrive à nourrir 85%-90% de sa population estimée à environ 112 millions d'habitants. Le pays a augmenté de façon considérable sa productivité et ses rendements agricoles. Les paysans ont accompli une révolution, très différente de la nôtre, fondée sur l'investissement dans le travail manuel. Contrairement aux gouvernants qui, depuis Hailé Sélassié 1er (devenu empereur d'Ethiopie en 1930, NDLR), ont favorisé une modernisation autoritaire de l'agriculture (mécanisation, utilisation d'engrais et développement de grandes exploitations). Le défaut étant que cela aggrave l'exode rural qui est très important.

 

 

 

Cette évolution de l'Ethiopie est donc liée à un certain patriotisme et le sentiment d'injustice que peut ressentir une grande civilisation qui n'est pas reconnue comme telle... 

 

Tout à fait. L'Ethiopie veut maîtriser les techniques des étrangers pour pouvoir résister parce qu'elle craint de passer sous la tutelle de telle ou telle puissance. Les Ethiopiens essayent d’avoir de l’aide de plusieurs Etats à la fois. Ils ont toujours cherché à diviser les étrangers. Quand j’entends dire que l'Ethiopie est tombée sous la coupe de la Chine, je ne peux m'empêcher de sourire. Les entreprises chinoises ont été traduites en justice parce qu'elles avaient eu du retard sur les chantiers, parce qu'elles n'avaient pas respecté les règles en vigueur... Je ne pense pas que beaucoup d’Etats africains en fassent autant. 

 

 

 

Dans quelle mesure retrouve-t-on cet état d'esprit chez les dirigeants éthiopiens ? 

 

Ils ont absolument compris qu’il fallait contrôler et organiser la distribution de l'aide alimentaire. Hailé Selassié est tombé quand la famine s'est révélée. Il en a été de même pour Mengistu (il arrive au pouvoir en 1974 et instaure une dictature sanguinaire, NDLR) au moment de la grande famine (1984-1985). Les gouvernements éthiopiens successifs sont paniqués à l'idée d'une crise alimentaire incontrôlée. S'il devait y en avoir une, les responsables politiques se savent condamnés à brève échéance.

 

 

 

Le Prix Nobel de la paix 2019 a été décerné à Abiy Ahmed. Quelle est sa particularité par rapport à ses prédécesseurs ? 

 

La grande nouveauté chez le Premier ministre actuel, c'est qu'il s'affiche comme démocrate et qu'il a pris des mesures démocratiques et libérales. C'est une rupture très importante par rapport à ses prédécesseurs. Si on remonte au XIXe siècle et aux trois grands rois qui ont cherché  à moderniser le pays et à repousser les invasions, ce n'était pas des démocrates. Ce sont des souverains qui se sont appuyés sur l'Eglise et mené une politique militaire très brutale. Ménélik a établi son pouvoir par l'épée. 

 

 

C'est un encouragement pour un pays qui a réalisé des prouesses et qui va encore en réaliser. Le Premier ministre a du pain sur la planche comme on dit. Je trouve courageux de dire que les problèmes ne seront pas réglés par la force dans un pays où il y a une tradition de brutalité politique.  

 

 

 

Le géographe français Alain Gascon, auteur de plusieurs ouvrages et articles sur l\'Ethiopie

Le géographe français Alain Gascon, auteur de plusieurs ouvrages et articles sur l'Ethiopie (THINKING AFRICA)


 

Les autorités misent sur l'agriculture, notamment avec cette politique d'accaparement des terres qui n'est pas très populaire, mais aussi sur les infrastructures...

 

La politique en matière d’infrastructures est déterminante pour le gouvernement éthiopien. C’est Meles Zenawi (le Premier ministre arrive au pouvoir en 1991, NDLR) qui en est l’architecte, notamment avec la construction des grands barrages. La plupart d'entre eux sont financés par des banques chinoises. Cependant, la moitié de ces barrages sont édifiés par Salini, un constructeur italien qui achète des turbines au français Alstom. 

 

 

Quand la Banque mondiale a refusé de financer le barrage de la Renaissance, Meles Zenawi a eu une très bonne idée en lançant une souscription nationale qui flatte la fibre patriotique. Elle rencontre du succès dans la diaspora éthiopienne. Plusieurs milliards ont été ainsi engrangés. C'est devenu une espèce de grande cause nationale. Il n'est absolument pas question de lâcher le grand barrage de la Renaissance (objet de tensions avec l'Egypte, NDLR) d’autant que l’Ethiopie vend déjà de l’électricité à ses proches, en vend déjà ou s'apprête à le faire au Kenya. Il y a de fortes chances qu'elle fournisse le Somaliland, l'Erythrée ou encore le Soudan. C’est un moyen capital et stratégique pour l’Ethiopie de reprendre le rang qu'elle estime être le sien, celui d'une grande puissance dans la Corne de l’Afrique. 

 

 

 

Mais la question oromo (les Oromos représentent un tiers de la population éthiopienne, mais se sentent marginalisés) paraît toujours d'actualité en dépit du fait que l'Ethiopie a un Premier ministre issu de cette communauté... 

 

 

Les Oromos vivent autour d'Addis-Abeba et des grandes villes. Ces dernières se développent souvent au détriment de leurs périphéries. Et en périphérie, il y a les paysans oromos à qui on prend la terre pour développer des équipements urbains et construire des habitations. Les paysans bénéficient certes d'une indemnisation selon la loi, mais ce sont des victimes puisqu'ils ne peuvent pas profiter du marché de l'immobilier. Ils ont donc l'impression d'être floués. Addis Abeba est aussi la capitale de l'Oromia (l'un des 9 Etats régionaux de l'Ethiopie, NDLR). C'est un peu le problème de Bruxelles, capitale francophone de la Belgique, enclavée dans la Flandre néerlandophone. 80% des Ethiopiens sont des agriculteurs et ils se disent qu'ils sont expulsés de leurs terres au moment où ils pourraient faire des affaires grâce au marché urbain qui se développe : 20-25% de la population éthiopienne est urbaine.  

 

 

Les Oromos ont une langue, qui en dehors de leur administration n'est pas très utlisée. Et les jeunes Oromos sont désavantagés pour des questions linguistiques lorsqu'ils rentrent en compétition dans l'administration fédérale et dans les entreprises. Ces jeunes se disent donc ségrégués sur le marché du travail. Contrairement aux Gouragués qui parlent leur langue, tout en excellant en amharique. Ces derniers tiennent les boutiques et le marché de la capitale. Nous sommes dans une situation de colinguisme, pas de multilinguisme. Beaucoup d'Ethiopiens pratiquent plusieurs langues. 

 

 

Il y a également Jawar Mohammed dont le père est yéménite et la mère éthiopienne. Il est installé aux Etats-Unis et il a fondé Oromia Media Network. C'est quelqu'un qui a d'importants moyens financiers et qui maîtrise très bien les réseaux sociaux. Il a 1,7 millions de followers... Il est capable de mobiliser. Jawar Mohammed apparaît comme un leader, comme l'adversaire du Premier ministre. Avec ses jeunes partisans, il incarne aujourd'hui l'opposition à Abiy Ahmed. Les deux hommes n'ont d'ailleurs pas les mêmes partisans, ceux du Premier ministre sont plus éduqués.

 

 

Comment voyez-vous l'avenir de ce pays ? 

 

Sur le plan économique, l'avenir paraît difficile, parce qu'il faut gérer toutes les conséquences de l'accaparement des terres. Une politique qui constitue pour moi une erreur magistrale. La poursuite des conflits pour la terre se traduit par 1 à 2,5 millions de déplacés intérieurs, à savoir des gens qui n'arrivent pas à trouver un lopin de terre et qui vont finalement se retrouver dans des camps ou dans des villes.

 

 

C'est une situation qui ne cesse de s'aggraver à cause d'un pari sur l'agro-industrie, qui est à mon sens, perdu d'avance. Ce gouvernement fait le même pari que ses prédécesseurs : il pense qu'à coups de machines agricoles, on réussira à régler les problèmes de l'Ethiopie. Une autre difficulté est de trouver des crédits, de l'argent dans un pays où un tiers de la population vit avec 60 centimes par jour. Il faut absolument développer les infrastructures et instruire une population dont 40% a moins de 15 ans.

 

 

Aujourd'hui, il faut également gérer le retour des groupes violents, notamment depuis la signature de la paix avec l'Erythrée, qui conservait sur son territoire un certain nombre de fronts de libération généralement agressifs. Ils sont arrivés en Ethiopie et le gouvernement a eu toutes les peines du monde à les recaser. Sans compter que l'Ethiopie est un pays où il y a énormément d'armes en circulation. Les hommes sont des guerriers et les femmes aussi d'ailleurs. C'est un pays où posséder une arme est très important. 

 

 

Toujours sur le plan politique, il va falloir faire évoluer le fédéralisme, alors que persiste un fort sentiment national éthiopien. Un tiers des Ethiopiens sont opposés au fédéralisme qui est d'un ressort ethnolinguistique dans ce pays. La Constitution éthiopienne dit que chaque peuple, nation et nationalité a le droit a une autonomie culturelle, politique et de s'administrer par lui-même (c'est ce droit qui a été exercé par les Sidamas récemment et que les Wolaytas réclament, NDLR). Cela va jusqu'à un droit à la sécession. Evidemment, cela peut donner des idées à d'autres. Néanmoins, il n'y a pas que l'Ethiopie qui rencontre ce genre de problématique. Tous les Etats qui sont organisés sur des bases fédérales sont confrontés à ce type de défi. L'un des challenges les plus importants à relever pour les autorités éthiopiennes reste de faire admettre la démocratie et, par conséquent, de faire des Ethiopiens des citoyens. 

 

 

Enfin, le principal problème de l'Ethiopie est surtout démographique. Le pays comptera plus de 200 millions de personnes en 2050. Il faudra donner un travail et un toit à tout le monde et ce n'est pas évident.

 


01/01/2020
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Franceinfo - le jeudi 26 décembre 2019

 

 

Burkina Faso : deux nouvelles attaques terroristes

 

 

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France 2France Télévisions
 

 

 

Le Burkina Faso est en deuil après une attaque jihadiste qui a fait 42 morts, quelques heures avant qu'une dizaine de militaires perdent la vie dans une embuscade

 

 

 

Le Burkina Faso à nouveau plongé dans l'horreur. Deux attaques terroristes ont eu lieu en seulement quelques heures d'intervalle au nord du pays. Mardi, 42 personnes sont tuées, dont 31 femmes à Arbinda, puis, plus tard dans la nuit, une dizaine de militaires périssent dans une attaque à Hallalé, 60 kilomètres plus au sud. Un deuil national de 48 heures a été décrété. "Dites aux civils que nous sommes ensemble et que c'est ensemble que nous gagnerons cette bataille", a déclaré Chérif Sy, le ministre de la Défense burkinabé. 80 terroristes ont été tués après la première attaque, qui visait directement un détachement militaire. Une centaine de motos appartenant aux jihadistes, selon l'armée burkinabée, et des munitions ont été saisies.

 

 

 

71 soldats tués au Niger le 10 décembre

Comment endiguer la vague terroriste qui frappe la région ? Depuis quatre ans, les djihadistes progressent vers l'ouest et le sud du Mali, dans cette zone dite des trois frontières, avec le Burkina Faso et le Niger. Le 10 décembre 2019 déjà, 71 soldats avaient été tués dans l'attaque d'une base militaire à Inates au Niger. Au Burkina Faso voisin, le djihadisme s'enracine rapidement selon les spécialistes, prospérant notamment sur la pauvreté et la corruption.

 


30/12/2019
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Franceinfo - le lundi 30 décembre 2019

 

 

Somalie : cinq questions sur l'attentat meurtrier de Mogadiscio

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Une attaque à la voiture piégée a fait 81 morts à Mogadiscio. Si elle n'a pas été revendiquée, tous les regards se tournent vers les shebab

 

 

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La voiture piégée qui a servi à l'attentat, le 28 décembre 2019 à Mogadiscio (Somalie). (SADAK MOHAMED / ANADOLU AGENCY / AFP)

 

 

 

Un nouvel attentat mortel a endeuillé la Somalie. Au moins 81 personnes sont mortes, samedi 28 décembre, dans une attaque à la voiture piégée, au cœur de Mogadiscio. C'est l'attaque la plus meurtrière depuis deux ans dans la capitale somalienne, régulièrement frappée par les shebab, qui tentent de renverser le gouvernement somalien depuis une dizaine d'années.

 

 

 

Que s'est-il passé ?

Des voitures calcinées, un sol jonché de débris et de corps… Les images de l'attaque sont impressionnantes. Comme le raconte RFI, la voiture piégée a explosé vers 7h40, en pleine heure de pointe, à un carrefour très fréquenté de la capitale où se trouvent un point de contrôle et un centre de collecte des impôts. "J'ai vu la voiture passer le check point et exploser immédiatement. J'ai couru et je me suis caché derrière un bloc du check point", raconte un témoin à la BBC (en anglais)"Tout ce que j'ai pu voir, ce sont des corps éparpillés, certains brûlés au point d'être méconnaissables", selon un autre témoin, qui se trouvait non loin du lieu de l'attentat, cité par l'AFP.

 

 

 

Quel est le bilan ?

Un premier bilan de 79 morts a d'abord été communiqué, mais il s'est alourdi à 81 victimes tuées, lundi. "Deux autres personnes ont succombé à leurs blessures. L'une d'entre elles figurait parmi les blessés graves qui ont été transportés en Turquie hier (dimanche) et une autre victime est morte dans un des hôpitaux de Mogadiscio", a déclaré à l'AFP le porte-parole du ministère de l'Information, Ismail Muktar.

 

 

Au moins 16 des personnes tuées étaient des étudiants de l'université privée Banadir de Mogadiscio. Ils circulaient à bord d'un bus, lorsque la voiture piégée a explosé, dans une zone où la circulation est très dense. "Ce qui s'est passé aujourd'hui est horrible", a déclaré à l'AFP un étudiant, qui s'est précipité à l'hôpital après avoir appris l'attentat. "J'ai compté les cadavres de 16 étudiants et étudiantes, certains d'entre eux avaient des parties du corps sectionnées". L'université a annoncé cinq jours de fermeture. "C'est un jour noir, c'est un jour où les parents qui ont envoyé leurs enfants étudier en ont récupéré les corps", a déclaré le président de l'université, Mohamed Mohamud Hassan.

 

 

Deux ressortissants turcs figurent également parmi les victimes. Le gouvernement turc a affrété un avion "chargé d'équipement (...), afin d'apporter une aide d'urgence à nos frères somaliens blessés dans la méprisable attaque terroriste". Il est reparti dimanche avec à son bord seize blessés graves, qui vont être soignés dans des hôpitaux turcs.

 

 

Plus de 120 personnes ont en outre été blessées et une dizaine sont encore portées disparues, lundi.

 

 

 

L'attaque a-t-elle été revendiquée ?

Non. Elle survient dans un contexte marqué par de multiples actions meurtrières menées par des islamistes shebab affiliés à Al-Qaïda. Ces insurgés ont juré la perte du gouvernement somalien, soutenu par la communauté internationale et les 20 000 hommes de la force de l'Union africaine en Somalie (Amisom). Chassés de Mogadiscio en 2011, ils ont perdu l'essentiel de leurs bastions, mais contrôlent toujours de vastes zones rurales, d'où ils mènent des opérations de guérilla et des attentats-suicides. On estime qu'ils comptent entre 5 000 et 9 000 combattants.

 

 

Les shebab ne revendiquent généralement pas les attentats faisant un grand nombre de victimes parmi la population civile, de peur de perdre le soutien dont ils jouissent encore auprès de certains Somaliens.

 

 

Il y a deux semaines, les shebab ont attaqué un hôtel de la capitale fréquenté par des responsables politiques, des officiers et des diplomates. Depuis 2015, 13 attentats en Somalie dont le bilan égale ou dépasse les 20 morts, dont onze à Mogadiscio, selon un décompte de l'AFP. Tous ont été commis à la voiture piégée. Le plus meurtrier de l'histoire de la Somalie s'est produit en octobre 2017, lorsque l'explosion d'un camion piégé à Mogadiscio a fait 512 morts et 295 blessés.

 

 

 

Comment réagissent les autorités ?

Le président somalien Mohamed Abdullahi Farmaajo a condamné l'attaque dans des déclarations diffusées par l'agence nationale de presse Sonna. "Cet ennemi s'emploie à mettre en œuvre la volonté destructrice du terrorisme international, ils n'ont jamais fait quoi que ce soit de positif pour notre pays, ils n'ont pas fait de route, jamais construit d'hôpitaux ni d'établissements d'éducation", a-t-il déclaré. "Tout ce qu'ils font, c'est détruire et tuer, et (les Somaliens) le savent bien". Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a condamné l'attentat et déclaré dans un communiqué que "les auteurs de ce crime épouvantable doivent être traduits en justice".

 

 

Les Etats-Unis ont aussi réagi. Présents en Somalie, les Américains y ont intensifié, depuis avril 2017, leurs frappes aériennes après l'extension, par le président Donald Trump, des pouvoirs donnés à l'armée américaine pour lancer des opérations antiterroristes. Dimanche, de nouvelles frappes, présentées comme une réponse à l'attentat, ont tué quatre miliciens islamistes shebab"Ces frappes aériennes de précision visaient des miliciens shebab responsables d'actes terroristes contre des citoyens somaliens innocents en coordination avec Al-Qaïda", a déclaré dans un communiqué le commandement militaire américain pour l'Afrique (US Africa Command ou Africom).

 

 

 

Quelle est la situation dans le pays ?

Cette attaque intervient à quelques mois du retrait prévu des troupes de l'Union africaine, qui devaient pacifier le pays. Le 31 mai, l'Amisom doit terminer sa mission et transférer progressivement la responsabilité de la sécurité nationale aux forces somaliennes. "L'objectif étant qu'elles prennent la direction des opérations d'ici décembre 2021"indiquait l'ONU en mai. Sur le plan politique, l'année 2020 est cruciale pour la Somalie : le pays doit tenir des élections législatives, les premières au suffrage universel depuis 1969.

 


30/12/2019
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Franceinfo - le samedi 28 décembre 2019

 

 

Somalie : un attentat au véhicule piégé fait au moins vingt morts à Mogadiscio, selon la police

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

L'attaque, qui a eu lieu dans un quartier animé de la capitale somalienne, n'a pas encore été revendiqué

 

 

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Un attentat au véhicule piégé a fait plus de vingt morts, le 28 décembre 2019 à Mogadiscio (Somalie).  (GOOGLE MAPS)

 

 

 

Un attentat au véhicule piégé a fait plus de vingt morts, samedi 28 décembre à Mogadiscio (Somalie), a appris l'AFP auprès de la police.

 

 

L'explosion, qui s'est produite dans un quartier animé de la capitale somalienne, "a été dévastatrice, a déclaré un membre de la police, Ibrahim Mohamed. Je peux confirmer la mort de plus de vingt civils et de nombreux blessés, mais le bilan pourrait être plus élevé", a-t-il ajouté.

 

 

"J'ai compté 22 corps sans vie, tous des civils, et plus de trente blessés", a déclaré de son côté un témoin, Ahmed Moalim Warsame.

 

 

 

Pas encore de revendication

L'attentat s'est produit dans un secteur ou le trafic est très dense, en raison d'un poste de sécurité et d'un centre des impôts. "Cela a été dévastateur parce qu'il y avait beaucoup de monde, notamment des lycéens dans des bus", a raconté un autre témoin, Muhibo Ahmed. "Tout ce que j'ai pu voir, ce sont des corps morts éparpillés, certains brûlés au point d'être méconnaissables", a déclaré une autre personne présente, Sakariye Abdukadir.

 

 

L'attentat n'a pas été revendiqué dans l'immédiat. Il survient dans un contexte marqué par de multiples actions meurtrières des islamistes shebab. Ces insurgés ont juré la perte du gouvernement somalien, soutenu par la communauté internationale et par les 20 000 hommes de la force de l'Union africaine en Somalie (Amisom).

 

 

Chassés de Mogadiscio en 2011, ils ont ensuite perdu l'essentiel de leurs bastions. Mais ils contrôlent toujours de vastes zones rurales d'où ils mènent des opérations de guérilla et des attentats-suicides, y compris dans la capitale, contre des objectifs gouvernementaux, sécuritaires ou civils.

 


28/12/2019
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Franceinfo - le dimanche 22 décembre 2019

 

 

Ce que la fin du franc CFA va changer pour les pays d'Afrique de l'Ouest

 

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franceinfoFrance Télévisions

 

 

Cette monnaie, utilisée notamment dans huit pays d'Afrique de l'Ouest depuis 1945, sera remplacée par l'Eco dès 2020. Objectif : "désamorcer les critiques" selon lesquelles la France continuait de dicter ses décisions via cette monnaie

 

 

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Emmanuel Macron et Alassane Ouattara, président de la Côte d'Ivoire, lors d'une conférence de presse à Abidjan, la capitale ivoirienne, le 21 décembre 2019.  (LUDOVIC MARIN / AFP)

 

 

 

Une "réforme historique majeure". Emmanuel Macron a sonné le glas du franc CFA  samedi 21 décembre, mettant fin à ce qui est "perçu comme l'un des vestiges de la Françafrique". A Abidjan, le président de la République s'est posé en défenseur d'une relation "décomplexée" de la France avec l'Afrique, appelant à "bâtir une nouvelle page" après le "colonialisme" qui fut "une faute de la République"

 

 

Son homologue ivoirien, Alassane Ouattara, a détaillé l'accord conclu entre les huit pays d'Afrique de l'Ouest qu'il représentait (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo) et la France. "Le franc CFA a été un outil essentiel", mais "nous devons entreprendre des réformes encore plus ambitieuses afin de consolider notre dynamique de croissance, préserver le pouvoir d'achat de nos populations", a déclaré le président ivoirien. Courant 2020, le franc CFA sera ainsi remplacé par une nouvelle monnaie unique : l'Eco. Franceinfo revient sur cette décision. 

 

 

 

Pourquoi la fin du franc CFA constitue-t-elle une décision historique ?

En rompant avec cette monnaie créée en 1945 et baptisée alors "franc des colonies françaises d'Afrique", Emmanuel Macron met fin à un héritage du colonialisme. Devenu "franc de la Communauté financière africaine" après les indépendances des années 1960, le franc CFA restait perçu par beaucoup comme un symbole évident de la mainmise française sur ses anciennes colonies. 

 

 

"Le franc CFA cristallise de nombreuses critiques sur la France. Je vois votre jeunesse qui nous reproche une relation qu'elle juge post-coloniale. Donc rompons les amarres", a déclaré samedi le chef de l'Etat, à quelques jours du 60e anniversaire de l'indépendance des pays membres de la zone franc. Il a dit "assumer" la nouvelle situation que ces changements créaient pour la France en Afrique de l'Ouest, son ancien pré carré, avec laquelle Paris doit "bâtir une relation nouvelle, à la fois passionnée et décomplexée".

 

 

 

 

 

 

La France est ainsi régulièrement accusée d'assujettir l'Afrique de l'Ouest par le biais du franc CFA. En début d'année, le sujet avait été l'objet de vives tensions entre les gouvernements français et italiens : Matteo Salvini et Luigi di Maio, alors vice-présidents du Conseil, avaient accusé Emmanuel Macron d'empêcher le développement de l'Afrique en maintenant une forme d'hégémonie sur le continent par le biais de cette monnaie.

 

 

Comme beaucoup d'économistes africains, le Togolais Kako Nubukpo, doyen de la faculté des sciences économiques de Lomé, a toujours considéré le franc CFA comme une "servitude". "Ce qui enflamme la jeunesse africaine et la diaspora, c'est que les réserves de change soient basées au Trésor français, que les billets CFA soient imprimés en France ou encore que l'acronyme CFA renvoie à la colonisation", pointait-il dans un récent entretien à l'AFP. 

 

 

 

Quels sont les pays concernés par cet accord ?

Au total, 155 millions de personnes utilisent le franc CFA comme monnaie, répartis dans quatorze pays (dont douze anciennes colonies françaises). Huit d'entre eux font partie de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) : il s'agit du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire, de la Guinée-Bissau, du Mali, du Niger, du Sénégal et du Togo.

 

 

Ces huit pays ont décidé de signer l'accord mettant fin au franc CFA. Ils utiliseront donc l'Eco, qui est en réalité le nom choisi pour la future monnaie unique des pays membres de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cedeao). Quand sera-t-elle lancée ? Difficile à dire. Selon Le Figaro, les pays de la Cedeao ont évoqué l'année 2020 pour le lancement de l'Eco, mais sans donner davantage de précisions sur le calendrier. 

 

 

Par ailleurs, les six pays d'Afrique centrale utilisant également le franc CFA, qui forment une zone monétaire distincte, ne sont pas concernés par cette réforme : ils continueront donc d'utiliser cette monnaie.

 

 

 

Depuis quand cette réforme est-elle discutée ? 

Emmanuel Macron ne s'est pas toujours dit favorable à la fin du franc CFA. Lors de sa visite au Burkina Faso en 2017, et alors que plusieurs manifestations contre la devise avaient lieu au Bénin, au Gabon, en Côte d'Ivoire et au Mali, il s'était dit favorable à son maintien. "C'est une bonne chose pour un aspect, ça donne de la stabilité à ceux qui l'ont", avait-il estimé. Mais depuis, des réunions régulières ont lieu pour "sortir en douceur de la monnaie", précise Le Monde

 

 

D'après le quotidien, les discussions se sont accélérées depuis juin "dans la plus grande confidentialité" entre Emmanuel Macron et Alassane Ouattara, président de l'UEMOA. Les deux hommes ont en effet "convenu qu'il y avait une fenêtre d'opportunité avant l'année électorale en Côte d'Ivoire", indique le quotidien.

 

 

Le président ivoirien, l'un des rares défenseurs de la devise, "a dû se plier à la décision souveraine prise par les autres dirigeants de la zone UEMOA", note le Financial Times (article en anglais). Par ailleurs, plusieurs chefs d'Etat africains avaient récemment appelé à une remise en cause profonde de la monnaie, à l'image de Patrice Talon, président du Bénin, qui avait annoncé en novembre que le franc CFA ne serait plus garanti par le Trésor français. 

 

 

 

Qu'est-ce que ça change pour les pays concernés ?

En plus du nouveau nom, cette réforme implique deux changements majeurs. D'abord, les banques centrales d'Afrique de l'Ouest ne devront plus déposer la moitié de leurs réserves de change auprès de la Banque de France. Cette obligation était perçue, par les détracteurs du franc CFA, comme une dépendance humiliante vis-à-vis de la France. Les Etats de l'UEMOA avaient jusqu'ici l'obligation de stocker au moins 50% de leurs réserves de change à la Banque de France "en contrepartie d'une garantie de convertibilité avec l'Euro", précise Le Monde.

 

 

"Pendant longtemps, 100% des réserves de la zone étaient conservées au Trésor public français. Et même quand on est passé à 65% dans les années 1970, les Banques centrales africaines continuaient de verser quasiment 100% au Trésor public français", explique l'économiste Martial Ze Belinga sur RFI. Pour lui, "les réserves sont l'élément le plus saillant et qui cristallise le plus les attentes". 

 

 

De plus, et c'est un autre changement important, les représentants français qui siégeaient au sein des instances de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) vont se retirer. "La France ne nommera plus aucun représentant au conseil d'administration et au comité de politique monétaire de la BCEAO, ni à la commission bancaire de l'UMOA", a expliqué l'Elysée. Il s'agit de "désamorcer les critiques", selon lesquelles la France continuait de dicter ses décisions dans ces instances via ses représentants, selon l'Élysée. La BCEAO "sera libre de placer ses avoirs dans les actifs de son choix", selon la présidence française.

 

 

Une chose ne change pas, néanmoins : la nouvelle monnaie sera toujours indexée sur l'euro (1 euro = 655,96 francs CFA) pour éviter les risques d'inflation. Mais ce point pourrait être appelé à évoluer lorsque la monnaie commune ouest-africaine sera en place. Les économistes africains critiquent fortement cet arrimage, qui "pose problème pour les économies de la région, beaucoup moins compétitives" indique Le Point. Celles-ci "ont besoin de donner la priorité à la croissance économique et à l'emploi plutôt que de lutter contre l'inflation". Les Etats concernés devront désormais décider si cet adossement à l'euro est une bonne chose ou pas.

 


23/12/2019
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Franceinfo - le jeudi 12 décembre 2019

 

 

L'Afrique du Sud en proie à des coupures d'électricité sans précédent

 

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franceinfoRadio France

 

 

 

La grogne sociale monte dans le pays, en raison de délestages électriques massifs depuis le 9 décembre

 

 

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Des habitants de Cape Town en Afrique du Sud, victimes d'un délestage électrique le 18 mars 2019. (NIC BOTHMA / EPA)

 

 

 

Un chiffre résume la situation : la compagnie nationale d’électricité Eskom reconnaît ne pouvoir faire face qu’à 80% de la demande. Vous avez compris : il en manque 20%. Donc que fait-elle ? Elle coupe le courant, le plus souvent dans la journée, quand il fait jour, entre 6h du matin et 20h le soir (c’est l’été là-bas). C’est le principe du "délestage". Et depuis le lundi 9 décembre, tout le monde est touché en Afrique du Sud, à tour de rôle, sur un principe tournant. Les particuliers, les entreprises, les écoles, personne n’est épargné dans ce pays de 57 millions d’habitants, pourtant l’un des trois plus riches du continent africain, avec le Nigeria et l’Égypte. La journée du mardi 10 décembre a été la pire. Mais ça devrait durer au moins jusqu’à la fin de la semaine. Cette pratique des délestages électriques est assez courante en Afrique du Sud depuis une dizaine d’années, mais ça n’avait jamais atteint pareille ampleur.  

 

 

 

25 milliards de dettes

Il y a plusieurs explications à cette situation. L’entreprise, qui fournit plus de 90% de l’électricité dans le pays, invoque une raison conjoncturelle : les inondations provoquées par des pluies violentes ont mis hors service plusieurs centrales. Il est aussi question de sabotage par des salariés de l’entreprise, hypothèse avancée par le président sud-africain lui-même, Cyril Ramaphosa. Mais l’explication principale, c’est surtout l’état de délabrement des centrales électriques du pays, à 90% des centrales à charbon. Ces centrales ont en moyenne 37 ans, un déficit majeur d’entretien et d’investissement. L’entreprise Eskom est criblée de dettes : plus de 25 milliards d’euros d’endettement cumulé, c’est colossal.   

 

 

 

Congés annulés pour les salariés

Hier, le président Ramophosa est rentré précipitamment d’Égypte où il était en voyage officiel. Il a convoqué une réunion de crise avec les dirigeants de l’entreprise électrique. Et il a décidé, purement et simplement, d’interdire les congés à tous les salariés d’Eskom, pendant cette période de fin d’année. Parce que le risque, c’est celui de l’explosion sociale, au moment où les Sud-Africains se préparent aux vacances estivales, un mois d’arrêt entre mi-décembre et mi-janvier. "Je ne veux pas de coupures pendant les vacances", a martelé le président.

 

 

 

Cyril Ramaphosa ðŸ‡¿ðŸ‡¦ ✔@CyrilRamaphosa
 

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Corruption endémique et chômage à 30%

À court terme, Eskom pourrait acheter de l’électricité à de petites compagnies privées. Mais il faudrait surtout renouveler tout le parc de production et ça va prendre des dizaines d’années. En plus, le plan récemment adopté va en sens inverse de l’Histoire sur l’enjeu climatique : il vise à construire à nouveau des centrales à charbon. Pour ne rien arranger, les deux nouvelles centrales qui sont déjà en construction connaissent de gros retards de livraison, en raison probablement de la corruption qui gangrène le pays. Le souci, c’est que l’Afrique du Sud n’a pas le temps d’attendre : ces coupures d’électricité massives ont en effet des conséquences sur toute la chaîne de production économique. Et le pays n’a pas besoin de ça, avec un chômage de 30% et une population très jeune (35% des Sud-Africains ont moins de 20 ans). On comprend pourquoi le président Ramaphosa est rentré hâtivement au pays.

 


14/12/2019
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Franceinfo - le vendredi 13 décembre 2019

 

 

Sahel : la situation est "hors de contrôle", selon des experts à Washington

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Chercheurs et analystes de "Think tank" à Washington, interrogés par l'AFP, voient le Sahel plonger inexorablement entre les mains des groupes jihadistes

 

 

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Un soldat burkinabè sur son véhicule blindé lors d'une patrouille dans la région de Soum, au nord bu Burkina Faso, le 12 novembre 2019. (MICHELE CATTANI / AFP)

 

 

 

Les inquiétudes étaient déjà vives, mais l'attaque d'Inates au Niger le 10 décembre les ont brusquement confirmées : le Sahel plonge inexorablement dans un chaos orchestré par les groupes jihadistes, face auquel ni les Etats locaux ni l'intervention française ne trouvent de réponse à la hauteur des enjeux.

 

 

 

"Ca va très mal et ça va continuer d'empirer"

71 soldats nigériens ont été tués dans l'attaque du camp militaire nigérien, dûment préparée et revendiquée par le groupe Etat islamique. Un épisode tragique qui confirme que ce pays africain, tout comme le Mali et le Burkina Faso voisins, est confronté à une insurrection islamiste dont la force de frappe ne cesse de croître.

 

 

"Ca va très mal et cela va continuer d'empirer", craint Michael Shurkin, politologue à l'institut de recherche RAND, résumant une pensée largement partagée dans la communauté des experts de la zone rencontrés par l'AFP à Washington.

 

 

Convaincu de l'importance de la mission de la force antijihadiste Barkhane et de la qualité du travail des soldats français, cet ancien analyste à la CIA décrit une situation effrayante au Niger. "Il y a trop peu de soldats locaux, à qui il manque compétences et équipements. Les Français ne sont pas assez nombreux non plus."

 

 

L'attaque d'Inates est la plus meurtrière depuis le début de l'offensive jihadiste en 2015 au Niger. Le Mali a été frappé par une série d'assauts sanglants, plus de 140 soldats ont été tués. Le Burkina Faso avait pour sa part perdu 24 militaires en août, dans un assaut contre la base de Koutougou, également près de la frontière malienne.

 

 

"Il n'est pas possible de régler la situation en tuant tout le monde. La situation est hors de contrôle", estime un responsable du département américain de la Défense sous couvert de l'anonymat. "Les Etats sont désorganisés, je pense qu'ils sont justes dépassés."

 

 

Le G5-Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad et Mauritanie), dont les membres sont censés s'unir face à un ennemi chaque semaine plus menaçant, demeure selon lui une idée plus qu'une force. "Avec plus de soutien international, ils pourraient devenir un acteur mais aucun signal n'indique que ce soit en train de se produire".

 

 

Comme les premières réactions au Niger l'ont montré, les opinions publiques locales s'interrogent ouvertement sur le rôle de la force française, qui maintient 4 500 hommes sur le terrain. Un chiffre faible, compte-tenu de l'espace concerné, soulignent les analystes. "Tout le monde sait que Barkhane n'est pas assez important pour faire plus qu'éteindre un feu plus gros encore. C'est la pire des justifications pour une guerre, mais la France en est là", estime Michael Shurkin.

 

 

 

Un cul-de-sac sanglant et désespéré

Dans cette immense région aride et pauvre, balayée par le vent et le sable et délaissée par les Etats centraux, les dynamiques sociales et politiques évoluent selon des logiques tribales, très localisées, au sein desquelles les groupes jihadistes ont su s'inscrire.

 

 

"Les groupes progressent dans leur lecture des réalités locales et commencent à proposer des formes de gouvernance", constate Emily Estelle, de l'American Entreprise Institute (AEI). Ils "assouvissent des besoins simples de la population", ajoute-t-elle évoquant par exemple la gestion des droits d'exploitation des terres ou de l'usage de l'eau dans les villages.

 

 

Les forces de sécurité locales ne sont elles-mêmes pas exemptes de tous reproches, entre arrestations de masse et exécutions sommaires d'individus accusés de soutenir les jihadistes. "Le jour, on craint l'armée, la nuit on craint les jihadistes", a indiqué un villageois aux équipes de l'AEI. Un cul-de-sac sanglant et désespéré.

 

 

Progressivement, les groupes enrôlent donc des combattants et se font plus efficaces. Sans même être informée du dernier épisode au Niger, Emily Estelle constatait le 10 décembre 2019 une escalade depuis deux ans des "attaques de bases militaires, par rapport à ce à quoi l'on assistait dans le passé". Les capacités d'action des jihadistes augmentent, la réponse des Etats stagnent.

 

 

Le président français Emmanuel Macron a annoncé le report à janvier du sommet consacré à l'opération Barkhane et au G5-Sahel, initialement programmé le 16 décembre pour notamment clarifier avec les dirigeants africains les positions de chacun sur la présence militaire française.

 

 

Mais aucun des experts interrogés par l'AFP n'imagine la France quitter la région, au risque de laisser les jihadistes agir librement à quelques milliers de kilomètres de son territoire. Aucun ne la voit non plus augmenter massivement sa présence, encore moins pacifier la région rapidement.

 

 

"La France est autant déployée que possible et n'y arrive pas. Aucun Etat ne peut renflouer la région", estime Jacob Zenn, de la Fondation Jamestown à Washington. Avec en tête plus de questions que de réponses. "Est-ce que l'arc d'instabilité (Niger, Burkina, Mali) va se concrétiser ? Est-ce que le Togo, le Bénin, le Ghana sont préparés ?"

 


13/12/2019
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Franceinfo - le mercredi 11 décembre 2019

 

 

"Si la France retire Barkhane, le Mali et le Burkina se transformeront en Somalie", affirme Serge Michailof, auteur d'"Africanistan"

 

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Michel LachkarRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

Serge Michailof estime que la situation est grave, qu'il faut changer d'approche, reconstruire rapidement les armées burkinabè et malienne et laisser Barkhane en seconde ligne pour éviter un enlisement des soldats français au Sahel

 

 

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De dos, soldat français de l'opération Barkhane sur le marché de Menaka, au nord-est du Mali. Dans cette ville, non loin de la frontière avec le Niger, des ONG françaises remettent en fonctionnement l'eau, l'electricité. Photo prise le 27 juin 2019.  (MARIE WOLFROM / AFP)

 

 

 

Parcourant l'Afrique depuis 50 ans, ancien directeur des opérations de l'Agence française de Développement (AFD) et de la Banque mondiale, actuellement à l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), Serge Michailof nous livre son inquiétude sur la situation au Sahel, à quelques jours du sommet qui doit réunir à Pau les présidents Emmanuel Macron et les chefs d'état du G5-Sahel.

 

 

 

Franceinfo Afrique : l'armée française peut-elle quitter le Mali ? Pourra-t-elle tenir encore quinze ans comme le demandent certains généraux ?

 

Serge Michailof : je pense sincèrement que si demain l’armée française quitte le Mali, le pays se transformera en Somalie, qu’il en sera de même du Burkina et que les pays côtiers, comme la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo, rencontreront de grandes difficultés au plan sécuritaire. En revanche, je ne la vois pas tenir quinze ans ni même trois ans sans changer radicalement de posture.

 

 

En premier, je crains que la France n'ait perdu la bataille de la communication sans l’avoir livrée. Habilement travaillées, les opinions publiques urbaines au Mali et au Burkina sont désormais très hostiles à la présence militaire de la France. C'est devenu un vrai problème. Des foules avaient acclamé les soldats de Serval, mais les véhicules de l’armée française sont désormais régulièrement caillassés au Mali. Le chanteur malien Sélif Keita a diffusé sur Youtube une délirante diatribe antifrançaise qui a été vue des millions de fois. Nous sommes confrontés au syndrome du US go home que nous avons connu en France dans les années 50. Quant à l'opinion rurale, l’échec de l’éducation publique et les financements, depuis quarante ans par l'Arabie saoudite, de milliers de mosquées et d’écoles coraniques ont réussi à convertir au salafisme une population qui pratiquait jusque-là un islam soufi modéré.

 

 

La position de l’armée de l’ancien colonisateur risque dans ce contexte de devenir politiquement très difficile. De toute manière, il lui faut engager une bataille de communication en se rappelant que seules des voix africaines seront entendues.

 

 

 

L'armée française doit-elle se mettre en retrait ?

 

Elle doit se mettre en deuxième ligne, en soutien des forces africaines. D’abord, parce qu’il est impossible d’imaginer au XXIe siècle qu’une force occidentale puisse stabiliser un pays africain en proie à une guerre civile. Car c'est une guerre qui se livre au Sahel. Le terme terroriste est absurde. Nous avons affaire à des ennemis qui ont un projet politique pour le Sahel et qui font preuve d’une grande intelligence pour tenter de le mettre en œuvre. Les armées africaines de la région doivent être en première ligne. Ce sont elles qui vont devoir reconquérir leur pays dont une bonne part est maintenant contrôlée par un ennemi. Evidemment, pour cela, elles doivent être équipées des mêmes standards que nos propres troupes et commandées par des officiers choisis sur la base du mérite. Il n’y a pas d’alternative.

 

 

 

Pour se mettre en retrait, il faut d'abord former les armées du Sahel ?

 

Le problème se pose essentiellement au Mali, où l’armée a depuis longtemps eu la réputation d’être une pétaudière, et au Burkina où les bérets rouges, garants du régime et force plus solide que l’armée, ont été licenciés après l’éviction du président Compaoré. Sans réintroduire dans leurs armées, comme c’est le cas au Sénégal, une gestion moderne des ressources humaines fondée sur une sélection au mérite et non sur les seuls liens familiaux, ethniques ou politiques, il est inutile d’espérer reconstruire ces armées.

 

 

 

Est-il possible de remettre de l’ordre dans l’armée malienne ?

 

C'est essentiellement un problème de volonté politique. Si ce n’est pas possible, nous avons perdu la guerre au Sahel. Dans l’immédiat, le problème est la démoralisation de l’armée malienne tant par suite de sa désorganisation que par ses défaites et ses pertes. Elle a perdu plus de 150 hommes en deux mois. A Indelimane, 49 de ses soldats ont été tués et le reste de la compagnie a été blessé ou a disparu dans un combat en plein jour. Ces soldats maliens mal armés et mal commandés affrontent de jeunes jihadistes très bien armés, galvanisés par la religion et encadrés par des combattants aguerris. Le risque est une débandade de cette armée. 

 

 

Une première urgence est que les armées malienne et burkinabè cessent leurs exactions contre les populations civiles, et en particulier les Peuls. Ces exactions jettent les jeunes dans les bras des jihadistes. Les Peuls, c’est une population de 60 millions de personnes réparties sur une dizaine de pays. Veut-on partir en guerre contre ce peuple ?

 

 

 

Cela passe par une solution politique, mais laquelle ? La bonne gouvernance ne se décrète pas...

 

Au Burkina comme au Mali, le problème principal est l’absence de leadership, de rigueur et de sérieux à la tête de ces pays. C’est, je pense, un problème de génération. La difficulté est que la dégradation de la situation au Mali et au Burkina est si rapide qu’elle ne permet pas d’attendre quatre ou cinq ans une éventuelle relève politique. Le président malien vient d’être réélu et le président burkinabè Kaboré a toutes chances d’être réelu en 2020. Il reste à espérer qu’ils laissent une large délégation de pouvoir à des Premiers ministres de qualité. Mais le président malien IBK (Ibrahim Boubacar Keïta, NDLR) en a usé quatre lors de son premier mandat…

 

 

 

Et qu'en est il de la corruption ?

 

Dans ces pays qui, comme le Burkina et le Mali, ont longtemps été des enfants chéris des donateurs internationaux, ces derniers financent et surveillent la plupart des secteurs, qu’il s’agisse des secteurs sociaux ou économiques. Contrairement aux idées reçues, les possibilités de corruption sont assez limitées dans ces domaines car, lorsque les bailleurs sont sérieux, les marchés sont verrouillés.

Le secteur qui reste le plus intéressant, c’est le domaine de la sécurité où personne de l’extérieur n’ose venir mettre son nez. Le résultat est que les acquisitions de matériel sont souvent décidées en fonction du volume de certains "dessous de table", sans souci de la cohérence des acquisitions avec les besoins. Dans certains cas particulièrement visibles, comme l’achat, sur le budget de la défense malien peu après l’invasion jihadiste de 2013, d’un avion présidentiel, accompagné de la disparition d’un pourcentage du règlement, le FMI proteste. Dans les cas les plus graves, les soldats ne sont plus payés, car les officiers prélèvent directement l’argent de la paye dans le sac de billets qui parvient vide au bout de la chaîne de commandement.

 


12/12/2019
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Franceinfo - le mardi 10 décembre 2019

 

 

A cause de la sécheresse, les chutes Victoria ne sont plus qu'un filet d'eau

 

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franceinfo avec ReutersFrance Télévisions

 

 

Situées à la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe, ces célèbres chutes d'eau, inscrites au patrimoine mondial de l'Unesco, subissent le pire épisode de sécheresse depuis un siècle

 

 

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Seul un mince filet d'eau s'écoule désormais des chutes Victoria.

capture d'écran France Info

 

 

 

L'eau ne coule plus à flots du côté des chutes Victoria. A la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe, ces chutes, où le fleuve Zambèze d'Afrique australe coule en cascade sur 100 mètres dans une entaille dans le sol, sont un haut lieu touristique en Afrique australe. Mais depuis le mois de juin, une terrible sécheresse frappe la région. Et le débit habituellement intense s'est considérablement réduit.

 

 

 

C'est normal que, chaque saison, on se retrouve à sec comme cela, mais cette année, ça a commencé dès le mois de juin, c'est l'une des plus longues sécheresses que nous ayons jamais connues.

Dominic Nyambe, un vendeur d'artisanat touristique

à Reuters

 

 

 

La région subit cette année son pire épisode de sécheresse depuis un siècle. Est-ce une conséquence du réchauffement planétaire ? "Il est parfois difficile de dire que c'est à cause du changement climatique parce que les sécheresses ont toujours eu lieu, répond Harald Kling, hydrologue à la société d'ingénierie Poyry et expert du fleuve Zambèze, s'ils deviennent plus fréquents, alors vous pouvez commencer à dire 'OK, c'est peut-être le changement climatique'." 

 

 

En revanche, cette sécheresse a des conséquences sur la fréquentation touristique de la région. "Cela nous affecte, parce que les clients peuvent voir sur Internet [que le débit des chutes est faible]... Nous n'avons pas beaucoup de touristes", assure Dominic Nyambe, un vendeur d'artisanat.

 

 

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10/12/2019
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Franceinfo - le vendredi 6 décembre 2019

 

 

Sahara occidental : Aminatou Haidar, prix Nobel Alternatif 2019, dénonce "une répression féroce au quotidien".

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

La championne de la résistance pacifique à l'annexion du Sahara occidental par le Maroc réclame, dans un entretien avec l'AFP, une action internationale urgente pour empêcher le conflit latent de déboucher sur une guerre

 

 

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La militante sahraouie non-violente pour les droits de l'Homme au Sahara occidental, Aminatou Haidar, reçoit le Prix Right Livelihood au Cirkus de Stockholm, en Suède, le 4 décembre 2019. (ERIK SIMANDER / TT NEWS AGENCY)

 

 

 

Aminatou Haidar, militante sahraouie de 52 ans, a reçu le 4 décembre 2019 à Stockholm le Prix Right Livelihood, également appelé Prix Nobel Alternatif, l'un des prix les plus prestigieux dans le domaine des droits de l'Homme. Elle avoue aujourd'hui craindre que la jeunesse dans cette région disputée ait perdu l'espoir de parvenir à l'autodétermination par la non-violence.

 

 

"La communauté internationale doit agir sans perdre de temps, parce que les jeunes n'ont plus de patience. Ils ne croient plus à la résistance pacifique", a dit Aminatou Haidar dans une interview à l'AFP à Genève la semaine dernière.

 

 

 

Une responsabilité de l'Europe "pour éviter la guerre"

L'activiste, surnommée la "Gandhi du Sahara occidental", a affirmé que les Nations unies, l'Europe – en particulier la France et l'Espagne –, avaient une responsabilité pour "éviter la guerre" dans la région.

 

 

Etendue désertique de 266 000 km², riche en phosphates et bordée d'eaux poissonneuses, le Sahara occidental a été annexé par le Maroc en 1975, après le retrait de l'Espagne, jusqu'alors puissance coloniale. Ce coup de force a déclenché une guerre avec le Front Polisario, mouvement indépendantiste soutenu par l'Algérie qui a duré jusqu'au cessez-le-feu décrété en 1991.

 

 

L'ONU avait déployé une mission de Casques bleus pour observer la trêve et préparer un référendum sur l'indépendance du territoire, qui n'a jamais pu être organisé. L'ONU continue malgré tout de maintenir sur place 240 membres de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso).

 

 

Après une longue interruption, le dialogue sous l'égide de l'ONU entre le Maroc, le Front Polisario, l'Algérie et la Mauritanie a repris lors d'une table ronde en Suisse en décembre 2018, suivie d'une deuxième en mars 2019, sans qu'aucune percée ne soit enregistrée.

 

 

Rabat considère le Sahara occidental comme partie intégrante du royaume et a clairement affirmé qu'il ne tolèrerait aucun changement de statut au-delà d'une simple autonomie.

 

 

 

Inquiète du désespoir des jeunes

Aminatou Haidar a regretté qu'après tant d'années, les revendications non-violentes du peuple sahraoui pour la justice, la dignité et l'autodétermination aient été ignorées par le Maroc et la communauté internationale.

 

 

Elle s'est notamment déclarée inquiète par le désespoir des jeunes. "Ils n'y croient plus. Ils disent que la communauté internationale n'agit que dans les conflits où il y a du sang, là où il y a de la violence", a-t-elle déploré, ajoutant qu'ils "essaient de faire pression sur le Front Polisario pour qu'il reprenne les armes".

 

 

La militante reproche à la communauté internationale de ne pas faire appliquer les résolutions de l'ONU et les décisions de justice en faveur du droit à l'autodétermination du peuple sahraoui.

 

 

"C'est à cause de la complicité de quelques puissances internationales", a-t-elle dénoncé, en ciblant principalement l'Espagne et la France. "Sans l'appui de l'Europe, le Maroc ne peut pas piller, exploiter les ressources naturelles. Il ne peut pas continuer aussi son occupation et nier toutes les résolutions du Conseil de sécurité."

 

 

 

Fière d'être comparée à Gandhi

Aminatou Haidar, qui se dit fière d'être comparée à Gandhi, continue à prêcher la non-violence, malgré les mauvais traitements et les périodes d'emprisonnement qu'elles a connus depuis sa jeunesse. A tout juste 20 ans, elle affirme avoir été détenue à l'isolement pendant 4 ans dans une prison secrète.

 

 

De nouveau emprisonnée en 2005 à la suite d'une manifestation violemment réprimée, elle avait été libérée un an plus tard grâce à la pression des Etats-Unis et autorisée à se rendre en Espagne. Elle avait alors entamé une tournée en Europe, aux Etats-Unis et en Amérique latine, où elle s'était vue décerner plusieurs prix dans le domaine des droits de l'Homme.

 

 

Mais en 2009, les autorités marocaines avaient refusé de la laisser revenir dans le royaume et l'avait déportée aux Canaries après lui avoir confisqué son passeport. Elle avait alors observé une grève de la faim pendant un mois, largement médiatisée, qui avait contraint Rabat à l'autoriser à rentrer.

 

 

"Mon cas n'est pas unique", a souligné la militante. "C'est le cas de tout le peuple sahraoui aujourd'hui. Nous nous trouvons dans un territoire où la répression au quotidien est féroce".

 

 

 

 

 

 

Le prix Right Livelihood qu'elle a reçu, souvent comparé au Prix Nobel pour les droits de l'Homme, a été également décerné à trois autres candidats dont la jeune militante suédoise Greta Thunberg.

 


06/12/2019
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Franceinfo - le mercredi 27 novembre 2019 - mis à jour le 28.11.19

 

 

VRAI OU FAKE L'opération Barkhane sert-elle à protéger les mines d'uranium françaises au Sahel ?

 

 

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Benoît ZagdounFrance Télévisions

 

 

 

Les experts interrogés par franceinfo assurent que la protection des intérêts économiques français dans la région n'est pas l'objectif de la mission militaire

 

 

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Un soldat français de l'opération Barkhane à bord d'un hélicoptère lors d'une mission de patrouille, le 12 mars 2016 au Sahel. (PASCAL GUYOT / AFP)

 

 

 

Ils sont "morts pour la France". Treize soldats français engagés dans l'opération Barkhane ont été tués au Mali dans la collision accidentelle de leurs deux hélicoptères de combat, lundi 25 novembre. Dans son live, franceinfo a reçu de nombreux commentaires s'interrogeant sur la raison réelle du déploiement des troupes françaises au Sahel. Leur présence dans la région ne serait-elle pas plus liée à la défense des intérêts économiques français, à commencer par les mines d'uranium d'Orano au Niger, qu'à la lutte armée contre les groupes jihadistes ?

 

 

>> Voici qui étaient les treize militaires morts dans l'accident d'hélicoptères au Mali

 

 

 

"Pas un objectif premier" mais "un effet induit"

Le groupe Orano (ex-Cogema puis Areva), est présent depuis un demi-siècle au Niger, l'un des pays les plus pauvres de la planète, tout en étant le quatrième producteur mondial d'uranium. Le groupe y exploite deux mines dans le Nord-Ouest du pays, près d'Arlit : la première à ciel ouvert, la seconde souterraine. Un troisième site doit voir le jour à Imouraren, à 80 km plus au sud, mais le chantier est à l'arrêt depuis 2015. Le géant français possède également des mines au Canada et au Kazakhstan, mais le minerai nigérien représente un tiers de sa production totale.

 

 

L'opération Barkhane, quant à elle, est principalement déployée dans le Nord du Mali. Elle a pris le relais en 2014 de l'opération Serval, lancée un an plus tôt afin d'empêcher les jihadistes de prendre le contrôle du pays et de sa capitale, Bamako. Et depuis cinq ans, les 4 500 militaires français déployés dans la bande sahélo-saharienne se sont engagés dans une "opération de contre-guérilla" de longue haleine, explique Joseph Henrotin, politologue spécialiste des questions de défense et rédacteur en chef de la revue Défense et Sécurité internationale.

 

 

>> Quatre questions sur Barkhane, la plus importante opération dans laquelle la France est actuellement engagée

 

 

Les mines d'Arlit ne sont toutefois pas dans la zone actuellement la plus exposée à la menace jihadiste, selon Caroline Roussy, chercheuse à l'Iris et spécialiste de l'Afrique de l'Ouest. "Le cadre de déploiement est beaucoup plus centré sur le Mali et le Burkina Faso, même s'il y a une surveillance importante de la zone dite des trois frontières", à cheval sur ces deux pays et le Niger [à l'est], fait valoir l'experte. "Et même si la menace est transterritoriale, avec des groupes jihadistes très mobiles qui s'affranchissent des frontières et se déplacent d'un territoire à un autre, le Niger n'est pas aussi touché", observe-t-elle. Le "risque d'extension" est certes bien réel, mais il est plutôt porté "vers le Togo, le Bénin et le Sénégal [au sud du Mali et du Burkina pour les deux premiers, à l'ouest pour le troisième]".

 

 

>> Les limites de l'intervention française au Mali

 

 

"Une opération militaire sert plusieurs objectifs à court, moyen et long termes, rappelle de son côté Joseph Henrotin. L'objectif initial de l'opération Barkhane, c'est l'élimination des groupes jihadistes. Au-delà de ces visées purement sécuritaires, l'objectif à moyen terme, c'est de recréer de l'Etat dans la zone. Et les Etats étant préservés, les liens économiques fonctionnent mieux. Des Etats en situation de paix sont aptes à être prospères, à commercer, le champ économique y est ouvert", développe le politologue. Indirectement, l'opération Barkhane protège donc bien les intérêts des entreprises françaises. Mais "ce n'est pas l'objectif premier, c'est un effet induit", insiste-t-il.

 

 

Tout le monde a intérêt à ce que ces Etats soient stabilisés, pas uniquement la France. Joseph Henrotin, politologue spécialiste des questions de défense à franceinfo

 

 

 

"Pas de protection active" autour des mines

La force Barkhane dispose d'un important point d'appui permanent à Niamey, la capitale du Niger, à 1 200 km environ au sud-ouest d'Arlit. "L'aéroport sert de base aux avions de chasse et aux drones français", précise Joseph Henrotin. Les militaires français ont également installé une base avancée temporaire à Aguelal, dans le massif de l'Aïr, à 80 km seulement à l'est d'Arlit.

 

 

 

Cartographie de l\'opération Barkhane faite par l\'état-major des armées en juin 2019.

Cartographie de l'opération Barkhane faite par l'état-major des armées en juin 2019. (ETAT-MAJOR DES ARMÉES)


 

La base d'Aguelal serait suffisamment proche des mines d'Arlit pour envisager une riposte rapide en cas de besoin. Pour autant, "on ne peut pas dire qu'il y a une protection active avec des soldats de Barkhane déployés autour des mines", estime Joseph Henrotin. "Areva [Orano] a tout ce qui lui faut sur place pour assurer sa sécurité et les forces nigériennes portent un regard attentif à la sécurité de ces sites, parce que le Niger lui-même n'a pas intérêt à perdre l'activité des mines et les revenus qui en sortent."

 

 

 

"ll y a des privés qui font ça très bien"

"Si des intérêts français sont directement menacés, on va intervenir militairement dans le coin, explique l'ancien colonel Michel Goya, spécialiste de l'histoire militaire qui livre ses analyses sur les conflits contemporains sur son blog, La voie de l'épée. On a par exemple engagé notre marine dans le golfe Persique pour protéger nos pétroliers lorsqu'ils étaient menacés par les Iraniens." 

 

 

"Mais pour garder des installations, on n'a pas besoin de militaires français, et pas forcément de forces spéciales, il y a des privés qui font ça très bien", poursuit l'ancien officier. Par ailleurs, les intérêts économiques dans la région sont à relativiser. "Au Sahel, une fois qu'on a sorti l'uranium des mines du Nord du Niger, il faut chercher bien loin les intérêts économiques français qu'on peut vouloir défendre, et en particulier au Mali, même s'il y a bien sûr des ressortissants et des entreprises françaises", ajoute Michel Goya.

 

 

Avec uniquement 4 500 soldats sur un terrain aussi vaste que l'Europe, ce n'est pas possible de commencer à protéger des implantations industrielles, des hôtels ou des plantations dans lesquels se trouveraient des Français.Joseph Henrotin, politologue spécialiste des questions de défense à franceinfo

 

 

Imaginer que des intérêts économiques présideraient aux destinées des militaires français qui risquent leur vie au Sahel est donc "un fantasme", assure Michel Goya. Pour Caroline Roussy, c'est même "une théorie du complot aberrante" et "pas à la hauteur de l'engagement des soldats français". "Ça fournit une explication rationnelle à bon compte, mais la réalité est souvent plus compliquée que ça", abonde Joseph Henrotin.

 


28/11/2019
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