L'AIR DU TEMPS

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CRISE AFRICAINE


Franceinfo - le samedi 11 mai 2019

 

 

Gambie : l’ex-président Yahya Jammeh aurait détourné près d’un milliard de dollars

 

 

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Eléonore Abou EzRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

Plus de deux ans après le départ forcé de son président, la Gambie reste surendettée et a besoin d’argent. Les autorités gambiennes ont beau avoir récemment mis en vente une partie de ses biens, les recettes sont bien loin de couvrir les fonds détournés

 

 

 

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L'ex-président gambien Yahya Jammeh lors d'un meeting à Banjul en novembre 2016. (THIERRY GOUEGNON / X01735)

 

 

 

Alors que Yahya Jammeh coule des jours heureux en Guinée équatoriale, la Gambie compte ses sous. Les caisses de l’Etat sont vides et le petit pays a besoin de l’aide internationale pour s’en sortir. Près d’une personne sur deux vit dans la pauvreté et les fonds publics destinés au développement du pays se sont évaporés. Des centaines de millions d’euros ont été détournés pendant les deux décennies de pourvoir du dictateur.

 

 

Il y avait de nombreuses failles dans la gestion des fonds publics (…) Nous avons découvert une corruption énormeSurahata Janneh, président de la Commission d’enquête

 

 

 

Argent public et dépenses privées

C’est la fin du règne de Jammeh qui a permis de parler ouvertement de la corruption qui a rongé la Gambie. Si tout le monde savait que l’ancien homme fort menait une vie de luxe avec villas, Rolls-Royce et jets privés, personne ne pouvait imaginer que le pillage du pays n’avait pas de limite.

 

 

Fin mars 2019, la Commission d’enquête créée par le président Barrow fait part de ses premières découvertes. Elle estime à près de 360 millions de dollars les fonds détournés. Un rapport de 1600 pages relate les "innombrables" comptes bancaires de l’ex-président, ses sociétés, ses collaborateurs, ses transactions financières internationales, son réseau de blanchiment, etc. L’enquête se base sur plus de 250 témoignages.

 

 

 

"Le grand braquage"

Les annonces de la Commission gambienne coïncident avec d’autres révélations publiées deux jours plus tôt par le consortium de journalistes Organised Crime and Corruption Reporting Project. L’enquête Le grand braquage, qui se base sur des milliers de documents (correspondances gouvernementales, contrats, archives bancaires), dénonce une corruption érigée en système. Les détournements de fonds publics et les recettes illicites sont chiffrés à près d’un milliard de dollars.

 

 

Société de télécommunications, Banque centrale, fonds de pension, Bureau d'aide sociale… rien n’échappe à l’avidité de Yahya Jammeh. L’ancien maître du pays avait constitué un vaste réseau comprenant des hommes d’affaires étrangers qui l’aidaient dans ses transactions illicites et la mise en place de sociétés écrans.

 

 

Jammeh a dirigé le pays comme un syndicat du crime organiséJeggan Gray-Johnson, activiste gambien au Consortium de journalistes Organised Crime and Corruption Reporting Project

 

 

 

Vol et impunité ?

Le "pillage" de l’ancien dictateur ne s’est arrêté qu’avec la fin de son règne, selon Organised Crime and Corruption Reporting. Yahya Jammeh, 53 ans, s’était emparé du pouvoir en 1994 "par un coup de force qu’il avait justifié, à l’époque, par la corruption et la gabegie galopante de son pays", souligne Jeune Afrique.

 

 

Il est aujourd’hui l’hôte du président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema, connu lui aussi pour s’être enrichi au pouvoir. La sortie du pays de Yahya Jammeh avait été négociée par des médiateurs de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Un départ "avec toutes les garanties pour sa famille, ses proches et lui-même", selon l’accord conclu, qui ne dit pas précisément si les crimes de l’ex-président resteront à jamais impunis.

 

 

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Capture d'écran Wipikedia

 


14/05/2019
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Franceinfo - le vendredi 10 mai 2019 - mis à jour le 11.05.19

 

 

Ce que l'on sait de la libération de deux otages français au Burkina Faso

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions
 

 

 

Les forces spéciales françaises ont libéré au total quatre otages, mais deux militaires du commando Hubert de la Marine nationale ont été tués lors de l'assaut

 

 

 

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L'entrée du parc de la Pendjari, au Bénin, le 8 mai 2019. (FRANCE 2)

 

 

 

Les forces spéciales françaises ont libéré quatre otages, dont les deux touristes français disparus depuis le 1er mai alors qu'ils étaient en vacances au Bénin, lors d'une intervention menée dans le nord du Burkina Faso. Au cours de cette opération "complexe", selon le communiqué de l'Elysée diffusé vendredi 10 mai, deux militaires français ont été tués. Franceinfo fait le point sur ce que l'on sait de cette intervention.

 

 

 

Qui sont les otages libérés ?

Les forces spéciales ont libéré quatre otages. Deux sont français : il s'agit de Patrick Picque et Laurent Lassimouillas. Ces deux enseignants avaient été enlevés il y a dix jours lors d'un séjour touristique dans le parc national de la Pendjari, dans le nord du Bénin.

 

 

C'est franceinfo qui a appris à Denise Picque que son fils avait été libéré. "Ils sont libérés ? Tous les deux ?" La nouvelle, dit-elle, lui a "fait un choc" et est un "soulagement" "Je veux féliciter tout le monde du travail qu'ils ont fait. Merci beaucoup, merci beaucoup, vraiment !"

 

 

Les deux autres otages sont deux femmes, une Américaine et une Sud-Coréenne. Leur enlèvement, dont on ne connaît pas encore les circonstances exactes, a eu lieu il y a 28 jours, a appris franceinfo. L'identité des deux femmes n'était pas connue dans l'immédiat. Emmanuel Macron accueillera samedi à 17 heures les deux ex-otages français, ainsi que l'ex-otage sud-coréenne, à l'aéroport de Villacoublay, au sud de Paris, a annoncé l'Elysée.

 

 

 

Comment avaient-ils été enlevés ?

Les deux Français n'étaient jamais rentrés de leur expédition dans le parc national de la Pendjari. Partis le 1er mai au matin avec leur guide béninois, Fiacre Gbedji, ils étaient censés être de retour au plus tard à 19 heures. Le corps de Fiacre Gbedji avait finalement été retrouvé samedi dans le parc national de la Pendjari. Leur véhicule avait ensuite été découvert de l'autre côté de la frontière, au Burkina Faso.

 

 

La zone où avaient disparu les deux Français avait récemment été placée comme "formellement déconseillée" par le Quai d'Orsay, "compte tenu de la présence de groupes armés terroristes et du risque d'enlèvement". Ces derniers mois, le nord du Bénin est en effet devenu plus dangereux, dans une région où opèrent de nombreux groupes jihadistes liés à Al-Qaïda et à l'organisation Etat islamique, comme le détaillait France 2 le 5 mai.

 

 

Comment s'est déroulée l'opération ?

Cette opération "complexe" des forces spéciales s'est déroulée dans le nord du Burkina Faso. Grâce à des renseignements glanés plusieurs jours auparavant, notamment via les forces américaines, les autorités françaises ont retrouvé la trace des ravisseurs qui semblaient prendre la route du Mali, selon le chef d'état-major des armées, le général François Lecointre. Jeudi, le groupe s'est arrêté dans un lieu propice à une intervention, la dernière possible avant que les ravisseurs ne pénètrent en territoire malien.

 

 

Dans la soirée, Emmanuel Macron valide dès lors le lancement de cette opération, "rendue possible par la mobilisation des moyens de Barkhane [4 500 soldats français déployés au Sahel]", a précisé  le général François Lecointre. En pleine nuit, les membres des forces spéciales françaises pénètrent alors sans bruit dans le campement des jihadistes, composé de quatre abris. A 10 mètres de ces abris, les soldats français entendent le bruit d'armes en train d'être rechargées. "Ils montent alors à l'assaut", selon le chef d'état-major, tuant quatre des terroristes, deux parvenant à s'enfuir.

 

 

Les militaires ne s'attendaient pas à trouver deux otages supplémentaires. Lors de l'assaut, deux membres du commando ont trouvé la mort. Aucun autre soldat français n'a été touché lors de cette opération, et aucun blessé n'est à déplorer parmi les otages.

 

 

 

Qui sont les deux militaires tués ?

Les deux militaires qui ont trouvé la mort lors de cette intervention sont "le maître Cédric de Pierrepont et le maître Alain Bertoncello, tous deux officiers mariniers au sein du commandement des opérations spéciales", qui supervise les forces spéciales françaises, a précisé l'Elysée. Tous deux faisaient partie du prestigieux commando Hubert de la Marine nationale.

 

 

 

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"J'admire leur courage, je partage la peine de leurs familles et de leurs proches", a réagi l'amiral Christophe Prazuck, chef d'état-major de la Marine. Le chef de l'Etat présidera "en début de semaine prochaine" une cérémonie d'hommage national à ces deux commandos marine.

 

 

 

Qui sont les ravisseurs ?

D'après Florence Parly, l'identité des ravisseurs est en cours d'analyse. La ministre des Armées a rappelé que deux mouvements terroristes sévissent dans la région, l'un affilié à Al-Qaïda, l'autre à l'Etat islamique. Le chef d'état-major a précisé que les renseignements glanés peu avant l'opération laissaient craindre "l'organisation d'un transfèrement de ces otages à l'organisation terroriste malienne de la Katiba Macina". Une crainte qui a poussé les autorités françaises à agir avant que le groupe ne quitte le territoire burkinabé, agir au Mali étant "trop risqué" selon la ministre.

 

 

 

Comment réagissent les autorités ?

"Le président de la République se félicite de la libération de quatre otages au Sahel, dont nos deux compatriotes", indique l'Elysée dans un communiqué. Emmanuel Macron "s'incline avec émotion et gravité devant le sacrifice de nos deux militaires, qui ont donné leur vie pour sauver celles de nos concitoyens", et "adresse ses sincères condoléances à leurs familles". 

 

 

Florence Parly félicite et remercie "l'ensemble des forces ayant mené cette opération complexe, ainsi que tous ceux qui y ont contribué". "La lutte contre le terrorisme et la protection de nos concitoyens ont toujours été, sont et resteront la boussole de nos armées et de nos militaires", ajoute-t-elle. "C'est avec émotion et tristesse que j'adresse mes pensées aux familles des deux militaires décédés, à leurs proches, à leurs frères d'armes et à l'ensemble des commandos marine", déclare aussi Florence Parly.

 

 

 
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Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a également tenu à adresser ses "pensées aux proches du guide béninois sauvagement assassiné lors de l'enlèvement de nos deux compatriotes".
 

11/05/2019
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Franceinfo - le lundi 6 mai 2019

 

 

Le Ghana devient le premier producteur d'or d'Afrique

 

 

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Jacques DeveauxRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

L'Afrique du Sud vient d'être détrônée, elle n'est plus le premier producteur d'or du continent. Décidément, rien ne semble résister au Ghana qui collectionne les bons points économiques

 

 

 

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Un ouvrier conduit la fonte d'or dans la mine d'Obuasi au Ghana. (LUC GNAGO / X01459)

 

 

 

Ce n’est pas pour rien si, avant l’indépendance en 1957, le Ghana s’appelait Gold Coast, la Côte de l’or, rappelant la richesse aurifère de la région. Il a toujours figuré parmi les premiers pays producteurs d’Afrique. Ces dernières années, la production était de 130 tonnes par an. En 2017, le Ghana a rattrapé l’Afrique du Sud grâce à deux effets cumulés : d’un côté, la mise en exploitation de deux nouvelles mines, et de l'autre, l’essoufflement régulier de la production sud-africaine.

 

 

Cette fois, c’est donc la consécration. En 2018, avec 158 tonnes d’or, le Ghana est devenu le premier producteur du continent, devant le Soudan et l’Afrique du Sud. Dans ce secteur, les exportations devraient également bénéficier de l’ouverture de la première raffinerie d’or du pays, prévue pour la mi-2019, explique la Coface.

 

 

 

Or, pétrole et cacao

Tout cela pourrait sembler bien anecdotique, si la production d’or ne participait pas à l’envolée du produit intérieur brut (PIB) du pays. 8,1% de croissance en 2017, puis 6,2% l’année suivante, selon la Banque mondiale. Cela en fait la seconde économie d’Afrique en termes de croissance derrière l’Ethiopie. L’économie est tirée par trois moteurs : l’or, le cacao et le pétrole. Une dépendance du PIB aux hydrocarbures, qui n’est pas près de disparaître, tant la prospection est féconde. Aker Energy Ghana Ltd, exploitant du champ offshore Pecan, prévoit une production de 334 millions de barils équivalent pétrole.

 

 

Le chemin vers l’industrialisation existe, mais il reste long. Les importations de machines ont bien été multipliées par quatre entre 2000 et 2017, un signal fort de la transformation de l’économie ghanéenne.

 

 

 

Attirer les capitaux

Dans le même temps, le pays cherche à attirer les investisseurs et pas seulement les Chinois. Le pays vient d’adopter une série de mesures "afin d'assouplir davantage son environnement des affaires", nous explique La Tribune Afrique. Tout est pris en compte, de la délivrance d’un permis de construire, à l’ouverture d’une ligne électrique.

 

 

Car le bilan est tout de même à relativiser. "Des années de croissance fondée sur les industries extractives n’ont pu répondre aux inégalités croissantes, ni créer des emplois décents", écrit la Banque africaine de Développement. Le taux élevé d’emplois ne masque le bas niveau de qualification des salariés. L’exode rural a également concentré l’activité en zone urbaine et sur des services informels. Les trente millions d'habitants du pays sont bien loin de profiter de ce nouvel "eldorado".

 


09/05/2019
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Franceinfo - le vendredi 26 avril 2019 - mis à jour le 27.04.2019

 

 

"Il m'est arrivée d'avoir envie de rentrer" : Marie-Claude Lovisa, française et reine au Togo

 

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France 2France Télévisions

 

 

 

Elle est la reine de Lovisa Kopé au Togo. Marie-Claude Lovisa, une Française originaire de la région lyonnaise, ne pensait jamais vivre une telle existence

 

 

 

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Franceinfo

 

 

 

"Cela fait 15 ans au mois de novembre que j'ai été intronisée. C'est vrai que je suis la seule blanche qui ait été intronisée traditionnellement avec toutes les cérémonies", lâche Marie-Claude Lovisa, reine de Lovisa Kopé au Togo. C'est un accoutrement qu'elle ne quitte plus. "Quand on m'a intronisée, on m'a mis une couronne sur la tête, des bracelets aux bras, un pagne, des chaussures de reine. Je dois tout le temps sortir avec", explique-t-elle.

 

 

 

Arrivée au Togo en 1998

Quand elle est venue au Togo pour la première fois en 1998 pour voir une amie, Marie-Claude Lovisa ne pensait pas y rester. Elle a tout quitté, vendu ses deux appartements en France. Elle était formatrice en bureautique avec des amis et une famille. Mère de deux enfants, elle a aujourd'hui trois petits-enfants en France. "Il m'est arrivée d'avoir envie de rentrer mais je me suis dit que ça ne me ressemblait pas".

 


29/04/2019
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Franceinfo - le vendredi 12 avril 2019

 

 

Soudan : le chef du Conseil militaire de transition annonce sa démission, les manifestants crient "victoire"

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Awad Ibn Ouf, le chef du Conseil militaire de transition qui dirige le Soudan depuis la destitution jeudi de Omar el-Béchir, a annoncé vendredi sa démission, et le nom de son successeur le général Abdel Fattah al-Burhan Abdelrahmane

 

 

 

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Awad Ibn Ouf, lors d'une déclaration à la télévision d'Etat, le 11 avril 2019. (SUDAN TV / AFP)

 

 

 

Au lendemain de la destitution d'Omar el-Béchir au Soudan, le chef du conseil militaire de transition désormais aux commandes du pays a renoncé au pouvoir,  dans la soirée du vendredi 12 avril, et nommé un autre militaire pour lui succéder, une décision accueillie par des scènes de joie des manifestants à Khartoum. Plus tôt dans la journée, les militaires au pouvoir avaient démenti avoir mené un coup d'Etat et se sont efforcés de rassurer la communauté internationale ainsi que les manifestants.

 

 

Awad Ibn Ouf, le chef du Conseil militaire de transition, a annoncé dans un discours à la nation avoir renoncé à son poste, et nommé à sa place Abdel Fattah al-Burhan Abdelrahmane, inspecteur général des forces armées. Cette déclaration a été accueillie par de scènes de liesse dans la capitale soudanaise, selon des journalistes de l'AFP. 

 

 

 

"Il y aura un gouvernement civil"

"Le rôle du conseil militaire est de protéger la sécurité et la stabilité du pays", a déclaré plus tôt le général Omar Zinelabidine, membre du conseil militaire, qui s'exprimait devant des diplomates arabes et africains. "Ce n'est pas un coup d'Etat militaire, mais une prise de partie en faveur du peuple", a-t-il ajouté. "Nous ouvrirons un dialogue avec les partis politiques pour examiner comment gérer le Soudan. Il y aura un gouvernement civil et nous n'interviendrons pas dans sa composition", a dit ce membre du conseil militaire, répétant des assurances formulées plus tôt par les chefs militaires.

 

 

Ceux-ci avaient par ailleurs affirmé que le président déchu, qui dirigeait le pays d'une main de fer depuis 30 ans, était en détention mais qu'il ne serait pas "livré à l'étranger", alors qu'il est sous le coup de deux mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale. Après des semaines de manifestations réclamant son départ, Omar el-Béchir a été renversé jeudi par l'armée qui a mis en place un "Conseil de transition militaire" pour deux ans.

 


13/04/2019
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Franceinfo - le jeudi 11 avril 2019 - mis à jour le 12.04.19

 

 

Soudan : après la destitution d'Omar el-Béchir, des milliers de manifestants devant le QG de l'armée malgré le début du couvre-feu

 

 

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Le président Omar el-Béchir, qui dirigeait le Soudan d'une main de fer depuis 30 ans, a été renversé jeudi par un coup d'Etat de l'armée, dans le sillage d'un soulèvement populaire

 

 

 

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Des manifestants rassemblés devant le QG de l'armée, jeudi 11 avril 2019, à Khartoum (Soudan). (ASHRAF SHAZLY / AFP)

 

 

 

Des milliers de manifestants se sont rassemblés, dans la soirée du jeudi 11 avril, à Khartoum (Soudan) devant le siège de l'armée, malgré un couvre-feu imposé pour un mois de 22 heures à 2 heures du matin (heures locales) GMT à la suite de la destitution du président Omar el-Béchir

 

 

"Paix, justice, liberté", ont scandé les contestataires qui entament leur sixième nuit consécutive devant le QG de l'armée. Celle-ci les a enjoints en début de soirée à respecter le couvre-feu, faisant planer des risques de violence.

 

 

 

Un "conseil militaire de transition" pour deux ans

Dans la soirée, le ministre de la Défense, Awad Ahmed Benawf, a été nommé jeudi à la tête du Conseil militaire de transition qui doit gérer le pays pour deux ans, remplaçant Omar el-Béchir, a rapporté la télévision d'Etat. Le chef d'état-major de l'armée, le général Kamal Abdelmarouf, a été nommé adjoint de ce Conseil, selon la télévision qui a diffusé des images des deux hauts gradés en train de prêter serment. 

 

 

"Les gens ne veulent pas d'un conseil militaire de transition" mais "un conseil civil" a déclaré dans un tweet Alaa Salah, l'étudiante devenue "l'icône" du mouvement.

 

 

 

 

 

 

Plusieurs pays, dont les Etats-Unis et l'Union européenne (UE), ont exhorté les militaires à intégrer les civils pour cette transition.

 


12/04/2019
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Franceinfo le jeudi 11 avril 2019

 

 

Soudan : le président Omar el-Béchir est destitué par l'armée après trente années au pouvoir

 

 

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Cette annonce fait suite à un mouvement de contestation populaire de plusieurs mois contre le régime du président, qui avait pris le pouvoir par un coup d'Etat en 1989

 

 

 

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Omar el-Béchir, le 1er avril 2019 à Khartoum (Soudan).  (ASHRAF SHAZLY / AFP)

 

 

 

Le président soudanais, Omar el-Béchir, au pouvoir depuis trois décennies, a été destitué par l'armée, a annoncé jeudi 11 avril le ministre de la Défense, Awad Ahmed Benawf. "J'annonce, en tant que ministre de la Défense, la chute du régime et le placement en détention dans un lieu sûr de son chef", a dit ce responsable à la télévision d'Etat. Un cessez-le-feu a été décrété sur tout le territoire et les frontières et l'espace aérien ont été fermés jusqu'à nouvel ordre.

 

 

Un "conseil militaire de transition" succède à Omar el-Béchir pour une durée de deux ans.

 

 

 

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Awad Ahmed Benawf, inistre soudanais de la Défense, le 11 avril 2019.  (REUTERS)

 

 

 

Cette annonce fait suite à un mouvement de contestation populaire de plusieurs mois contre le régime. Omar el-Béchir avait pris le pouvoir par un coup d'Etat en 1989.

 

 

Dans la matinée, des soldats ont mené un raid à Khartoum, la capitale, dans les locaux du Mouvement islamique, la branche idéologique du Parti du Congrès National (NCP) du président, selon des témoins. La veille, le NCP avait reporté sine die un rassemblement de soutien au chef de l'Etat prévu jeudi à Khartoum.

 

 

 

"Notre révolution est pacifique"

Des foules sont aussi rassemblées dans les villes de Madani, Gadaref, Port-Soudan, Al-Obeid et Kassala, brandissant des drapeaux soudanais. A Khartoum, les meneurs du mouvement ont appelé la foule à "ne pas attaquer quiconque ou les biens gouvernementaux et privés". "Quiconque fera ça sera puni par la loi. Notre révolution est pacifique, pacifique, pacifique", a déclaré l'Alliance pour la liberté et le changement dans un communiqué.

 

 

Mais des manifestants ont mené un raid dans un bâtiment du NISS à Kassala (est), selon des témoins. L'un d'eux a indiqué à l'AFP que le raid était survenu après le refus d'officiers de relâcher des prisonniers détenus dans ce bâtiment. Il n'a pas été possible de déterminer si l'attaque a eu lieu avant ou après l'appel à la retenue des responsables du mouvement de contestation.

 


11/04/2019
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Franceinfo - le jeudi 4 avril 2019

 

 

Afro-Américains : une nouvelle vie en Afrique

 

 

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France 2France Télévisions

 

 

 

Le Ghana fut l'un des principaux points de départ de la traite des esclaves. Aujourd'hui le pays appelle leurs descendants à revenir

 

 

 

Le Ghana était l'un des principaux points de départ des esclaves dans le cadre du commerce triangulaire. Le fort de Cape Coast est devenu en quelque sorte un lieu de pèlerinage. De plus en plus d'Américains viennent ici chaque année pour comprendre d'où ils viennent. "Je sais ce que cela veut dire maintenant d'être une Afro-américaine", confie une petite fille. Le Ghana a baptisé 2019 "l'année du retour", bien décidé à attirer le maximum d'Afro-Américains.

 

 

Jusqu'à 5 000 Afro-Américains installés au Ghana 

Candace et Steven William ont ainsi quitté Baltimore (États-Unis) il y a  deux ans et ont tout changé, jusqu'à leurs prénoms. Koffi Odoi, organisateur du marché d'artisanat est ravi de voir arriver des ressortissants américains "ils ont un savoir et les Africains en ont besoin pour se développer", témoigne-t-il. L'intégration n'est pourtant pas toujours simple. "En raison de notre couleur, plus claire, ou de notre accent, certains ici nous prennent pour des blancs, ils ne savent pas ce qu'est un Afro-Américain", précise Steven William. À cela s'ajoutent les lenteurs administratives et la difficulté à trouver un travail. Ils ont fait un test ADN pour confirmer leurs origines africaines et ont maintenant le projet de monter une association pour aider les Afro-Américains à s'installer définitivement au Ghana. Entre la quête de nouvelles opportunités et la recherche de leurs origines, de 3 000 à 5 000 Afro-Américians se sont déjà installés au Ghana depuis la fin des années 2000.

 


06/04/2019
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Franceinfo - le samedi 6 avril 2019

 

 

Au Rwanda, "la croissance économique et le contrôle de la société vont de pair"

 

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Marie E.Berry et Laura MannThe ConversationFrance Télévisions
 

 

 

"Les investissements et les politiques industrielles mises en place par le gouvernement ont engendré une croissance solide et, ce faisant, donné davantage d’influence aux membres du sérail", affirment deux chercheuses. Leur analyse dans The Conversation

 

 

 

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Le président rwandais Paul Kagame. Le Rwanda a une économie en plein essor qui est contrôlée par un régime autoritaire.  (CHRISTIAN MARQUARDT/EPA-EFE)

 

 

 

Le Rwanda est aujourd’hui considéré comme un modèle de développement économique. Vingt-cinq ans seulement après l’horreur du génocide, le pays avance à pas de géant. Cependant, le gouvernement de Paul Kagame fait l’objet de nombreuses critiques pour son autoritarisme et la violente répression de ses opposants.

 

 

Le Rwanda peut s’enorgueillir de nombreuses réussites. Le pays compte le plus grand nombre de femmes politiques au monde. Au Parlement, plus de la moitié des députés sont des femmes.

 

 

Les progrès technologiques y sont également remarquables. Le Rwanda est connu pour ses innovations qui permettent à la population d’accéder à des services essentiels, comme la transfusion sanguine. Il est aussi à la pointe en matière d’accès à Internet : plus de 95 % du pays bénéficie d’une couverture réseau. En outre, il continue d’afficher une croissance économique impressionnante.

 

 

Il importe, toutefois, de replacer ces avancées dans leur contexte.

 

 

Dans un article publié il y a trois ans, nous analysions les motivations politiques qui sous-tendent le développement du Rwanda. Plusieurs points sont toujours d’actualité.

 

 

Nos recherches mettent ainsi en évidence le double statut du pays, qui est à la fois un modèle de développement et un paria accusé d’autoritarisme au sein de la communauté internationale. Nous montrons ainsi que les marchés constituent des espaces à travers lesquels l’État rwandais accroît son emprise.

 

 

En d’autres termes, dans ce pays la croissance économique et le contrôle de la société vont de pair.

 

 

Pour bien saisir la situation, il faut d’abord comprendre les intérêts politiques qui dictent les priorités en matière de développement au Rwanda, puis prendre en compte l’histoire du pays, notamment son passé violent.

 

 

Capitalisme et développement

Des motivations politiques sous-tendent toujours le développement économique. Or l’essor de la pensée entrepreneuriale au sein des cercles chargés du développement a tendance à occulter cette réalité. Elle conçoit le développement comme un simple défi technocratique et dépeint les marchés comme des espaces apolitiques où « l’économie » peut fonctionner.

 

 

Les débats à la Banque mondiale, au sein du programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) et dans d’autres organisations internationales suggèrent ainsi que les États devraient s’affranchir des considérations purement politiques s’ils veulent se développer efficacement.

 

 

Or, cette vision des choses néglige un nombre significatif d’études en sciences sociales qui démontrent combien, historiquement, la croissance de type capitaliste a pu être stimulée par un renforcement du pouvoir de l’État. Des sociologues et des historiens ont ainsi montré comment l’accroissement du pouvoir étatique en Europe a jeté les bases nécessaires à la coordination du secteur privé et du développement des économies de marché.

 

 

Toujours selon les chercheurs, les « tigres » du Sud-Est asiatique, à la croissance accélérée, ont eux aussi bénéficié d’une forme de capitalisme étatique. Là encore, des relations d’interdépendance se sont tissées entre dirigeants politiques et entrepreneurs.

 

 

Dans les deux cas, le développement économique a été à la fois la conséquence – et un ingrédient – d’une consolidation du pouvoir de l’État.

 

 

La question de savoir si ce modèle de développement peut être transposé dans les pays d’Afrique a été longuement débattue. Certains estiment que les systèmes politiques locaux ne s’y prêtent pas, du fait de la manière arbitraire dont les États africains se sont formés, mais aussi du fait des ambitions entrepreneuriales autochtones contrariées pendant la période coloniale. Cette situation a généré ce que les chercheurs appellent des relations de prédation entre les entreprises et l’État.

 

 

Néanmoins certains pays, comme le Rwanda, sont bien parvenus à créer des partenariats entre l’État et le parti au pouvoir pour canaliser les investissements dans les secteurs prioritaires, tout en luttant contre des formes plus flagrantes de corruption qui grèvent la productivité, à des échelons inférieurs de la société.

 

 

 

Un passé de violences

L’histoire récente du Rwanda a été marquée par de multiples périodes d’insécurité généralisée qui ont poussé le gouvernement à faire du développement une priorité.

 

 

La principale menace pour la sécurité du pays est liée aux reliquats du sectarisme Hutu, à l’origine du génocide de 1994. Parmi les autres dangers potentiels pour le régime, on peut citer la contestation de l’autorité du président Kagame par des mouvements d’opposition comme le Congrès national rwandais, ainsi que l’instabilité persistante chez son voisin, la République démocratique du Congo.

 

 

Le gouvernement a adopté une série de mesures pour désamorcer ces menaces. Certaines sont explicites, comme le déploiement de forces de sécurité à travers tout le pays. D’autres sont plus subtiles, comme les aides sociales (distributions d’argent dans les milieux défavorisés notamment) utilisées pour apaiser les frustrations des Rwandais les plus pauvres, qui se considèrent comme les laissés-pour-compte du développement économique.

 

 

Toutefois, les dirigeants ont aussi tendance à exagérer les dangers potentiels, de manière à légitimer la militarisation des frontières et justifier des mesures de sécurité toujours plus répressives. La récente décision du gouvernement de fermer sa frontière nord avec l’Ouganda et de diffuser des consignes strictes à l’intention des voyageurs en est un bon exemple. Cette décision, soi-disant prise pour des raisons de sécurité, suit le même schéma que d’autres exagérations visant à justifier la militarisation accrue du pays. Les propos du président Kagame ont suscité l’inquiétude de certains observateurs qui redoutent même que le gouvernement rwandais ne prépare des frappes militaires pour déstabiliser l’Ouganda.

 

 

Mais quelle est donc la nature du lien entre cette tendance à la militarisation et le développement du pays ?

 

 

 

Une élite politico-militaire

Selon nous, le développement des marchés a contribué à accroître le pouvoir d’une élite politico-militaire aux commandes de l’économie rwandaise. Les investissements et les politiques industrielles mises en place par le gouvernement ont engendré une croissance solide et, ce faisant, donné davantage d’influence aux membres du sérail.

 

 

Il est indéniable que l’État a profité de cette croissance et de ce climat susceptible d’attirer les investisseurs pour renforcer ses infrastructures, améliorer les services publics et encourager le progrès. Sa capacité à susciter le respect et la loyauté de la population dépend d’ailleurs du caractère durable de la croissance. Malgré tout, la transformation de l’économie au Rwanda, comme dans tous les pays du monde, suit une logique politique de renforcement des classes sociales.

 

 

Reste à voir si ce modèle pourra perdurer dans un contexte de développement lent et inégalitaire, et une économie mondialisée au sein de laquelle la mise en œuvre de réelles transformations structurelles tourne de plus en plus à la compétition. En dépit de l’accent mis sur le développement, beaucoup de Rwandais vivent encore dans la misère et leur pouvoir d’achat dépend souvent des interventions fréquentes de l’État.


Traduit de l’anglais par Iris Le Guinio pour Fast ForWord.The Conversation

 

 

 

 

Marie E. Berry, Assistant Professor, Josef Korbel School of International Studies, University of Denver et Laura Mann, Assistant Professor, Department of International Development, London School of Economics and Political Science

 

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 


06/04/2019
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Franceinfo - le samedi 6 avril 2019

 

 

 

VINGT-CINQ ANS APRÈS LE GÉNOCIDE RWANDAIS, MILITAIRES ET DIPLOMATES FRANÇAIS TÉMOIGNENT DANS UN LIVRE

 

 

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Michel LachkarRédaction AfriqueFrance Télévisions
 
 

 

Le 6 avril 1994, l’attentat contre l’avion du président rwandais Habyarimana enclenche le génocide, sans doute préparé de longue date, contre les Tutsis. En cent jours, 800 000 personnes sont exterminées. Vingt-cinq ans plus tard, on s’interroge toujours sur le rôle de la France durant ces heures sombres. "Rwanda, ils parlent, témoignages pour l'Histoire", livre signé Laurent Larcher, journaliste à "La Croix", apporte une nouvelle contribution

 

 

 

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Des Rwandaises dans un camp de réfugiés, au nord de Goma, le 25 juillet 1994.  (ULLI MICHEL / REUTERS)

 

 

 

Le président Macron a décidé d’ouvrir les archives françaises à un collectif d’historiens sous la présidence de l'historien Vincent Duclert. Depuis 25 ans, les témoignages, parfois contradictoires, ne manquent pas sur cette tragédie. La France a-t-elle engagé l'opération Turquoise pour protéger les populations tutsies (et hutues) menacées ou avait-elle un agenda caché dans l'espoir de préserver son influence dans la région ?

 

 

Dans son livre Rwanda : ils parlent, le journaliste de La Croix Laurent Larcher donne de nouveau la parole aux différents acteurs de l’époque : militaires, diplomates, anciens ministres... Pour l’amiral Lanxade, chef d’état-major de François Mitterrand, comme pour Alain Juppé, la France n’a rien à se reprocher. Selon eux, pour comprendre la politique de la France, il faut distinguer deux périodes. Celle qui va d’octobre 1990 jusqu’aux accords de paix d’Arusha (en août 1993) et celle d'après 1993. Pour Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères de 1993 à 1995, l’objectif de la France était alors de trouver un accord politique entre le régime du président Habyarimana et le FPR dirigé par Paul Kagame. L’accord de paix d’Arusha poussé par la France, signé en août 1993 prévoit cette réconciliation avec le FPR et la réintégration des exilés tutsis, afin de mettre un terme à la guerre civile rwandaise commencée en 1990.

 

 

 

La France mise sur l'accord de paix d'Arusha

L’accord de paix prévoit également le départ des troupes françaises et l'arrivée d'une mission des Nations unies, la Minuar, créée le 5 octobre 1993 pour veiller à son application. D'après l'accord d'Arusha, le président Habyarimana devait céder une partie du pouvoir aux "rebelles", et l’ONU prendre le relais de la France. Pour l’amiral Lanxade,  "dans cette première période (1990-1993), François Mitterrand décide de soutenir le gouvernement Habyarimana pour éviter la déstabilisation de ce pays".

 

 

L’objectif de l’opération Turquoise, c’est d’arrêter les massacres. Pas d’aller à Kigali ou d’intervenir contre le FPRAmiral Lanxade chef d'état-major particulier du président Mitterrand à Laurent Larcher

 

 

En octobre 1993, "on a passé la main aux Nations unies et au général canadien Roméo Dalaire, le drame c’est qu’ils ont été incapables de réagir. Eux avaient les moyens sur place, juste après l’attentat du 6 avril 1994, contre l’avion du président Habiyarimana. (...) C’est tout le problème des forces des Nations unies. Les Belges, comme les Hollandais à Srebenica, ne sont pas intervenus."

 

 

"Mais quand l’avion du président habyarimana est abattu, la France ne se préoccupe plus que d’une seule chose : l’évacuation des Belges et des Français."

 

 

Depuis le début du mois d’avril 1994, les Tutsis étaient massacrés par des unités militaires des Forces armées rwandaises (FAR) et des civils liés au pouvoir rwandais. Le Front patriotique rwandais (FPR), composé pour l’essentiel de Tutsis rwandais exilés en Ouganda dans les années 60, luttait contre les forces du régime en place à Kigali. 

 

 

"Pour nous, à partir de 1993, le Rwanda c’est l’affaire des Nations unies. Cela redevient notre affaire avec l’opération turquoise, parce qu'Alain Juppé et le président Mitterrand pensent qu’on ne peut pas laisser les massacres se poursuivre", affirme encore l'amiral Lanxade.

 

 

Voici donc la vision officielle défendue aujourd'hui encore par les autorités de l'époque. Quelque peu contredite par certains témoignages, comme celui du Saint-Cyrien Guillaume Ancel, chargé de guider les frappes aériennes sur le terrain. Sur la journée du 30 juin 1994 qui le hante : "Il y avait des Tutsis qui avaient survécu sur la colline, on nous a envoyés dans la forêt de Nyungwe pour stopper le FPR. Ce fut une faute criminelle. Nous aurions pu stopper les massacres de Bisesero. Mais nous les avons laissés se dérouler, préférant affronter le FPR, plutôt que les génocidaires."

 

 

Ce que conteste le général Lafourcade commandant de l'opération Turquoise : "La mission qu'on a donnée (au capitaine Ancel) consistait à protéger la zone, les camps de Nyarushishi, un peu plus bas, Cyangugu... ça n'a rien d'une opération offensive. (...) Je rappelle que toutes archives actuellement disponibles prouvent que l’opération turquoise n’avait aucun caractère offensif, mais un caractère humanitaire". 

 

 

Selon lui, "l’opération Turquoise a sauvé des milliers de vies, principalement tutsies et a arrêté les massacres dans la zone sous notre contrôle en 1994. Le bilan a été salué par l’ensemble des observateurs des Nations unies."

 

 

 

Une cohabitation Mitterrand-Balladur qui ralentit les décisions

Le livre de Laurent Larcher montre également que la cohabitation Mitterrand-Balladur (Premier ministre de l'époque) ne facilite pas toujours la prise de décision et que du temps a été perdu pour l’efficacité de l’action de protection des populations. Ce qui peut expliquer les quelques jours de retard pour l’intervention dans la forêt de Nyungwe.

 

 

Rien n'est assez rapide selon Alain juppé. "Il faut également obtenir une résolution du Conseil de sécurité pour lancer l’opération Turquoise, alors que les Américains n’étaient pas enthousiastes. Quant à nos partenaires européens, ils nous faisaient savoir : 'Allez-y, mais on vous regarde.' Donc c’était une opération difficile à monter."

 

 

Ce que l’on reproche à la France, c’est de ne pas avoir arrêté les génocidaires, d’avoir laissé la radio Mille collines diffuser ses messages terribles. Les autorités de l’époque s’abritent derrière l’opération turquoise, qui n’a pas d’autres mandats que de regrouper les populations tutsies et hutues menacées par les deux camps et à les protéger. Pas d’arrêter le FPR ou les génocidaires.

 

 

Si des zones d’ombres demeurent dans ce récit rwandais, les historiens pourront bientôt enfin faire leur travail, avec l’ouverture de toutes les archives décidée par le président Emmanuel Macron. Ce geste s'explique par la volonté du président français de tenter un rapprochement diplomatique avec le président Kagame, considéré aujourd’hui comme un chef d’Etat influent en Afrique.

 

 

Rwanda, ils parlent, témoignages pour l'Histoire, de Laurent Larcher, 

 


Edition du Seuil (mars 2019)

 


06/04/2019
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Franceinfo - le mercredi 27 mars 2019

 

 

Rwanda-RDC : les présidents Paul Kagame et Félix Tshisekedi d'accord pour dépasser le passé

 

 

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franceinfo Afrique avec agencesRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

Le nouveau président de la République démocratique du Congo (RDC) et son homologue rwandais veulent travailler ensemble à la fin de la violence le long de leur frontière commune

 

 

 

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Le président rwandais, Paul Kagame, deuxième à partir de la droite au premier rang, et le président de RDC, Félix Tshisekedi, juste derrière lui au second rang, lors du sommet de l'Union africaine, le 10 janvier 2019 à Addis Abeba. (MINASSE WONDIMU HAILU / ANADOLU AGENCY)

 

 

 

 

La RDC, immense pays, riche en ressources naturelles, a été massivement déstabilisée par le génocide de 1994 au Rwanda, au cours duquel en cent jours, au moins 800 000 personnes, selon l'ONU, ont péri, essentiellement des membres de la minorité tutsie et des Hutus modérés.

 

 

 

Pour Tshisekedi, "nos pays resteront voisins pour toute la vie"

Les massacres avaient conduit des centaines de milliers de réfugiés hutus, génocidaires pour certains d'entre eux, à venir s'installer dans l'est de la RDC, alors appelée Zaïre, entraînant une série d'événements ayant débouché sur deux guerres en 1996-1997 et 1998-2003.

 

 

"Nos pays resteront voisins pour toute la vie et nous, nous ne sommes que des acteurs spontanés, nous passons à un moment donné (...). Donc se faire la guerre, entretenir des tensions inutiles, c'est une perte de temps. C'est une perte de temps que nous aurions pu mettre à profit pour bâtir, pour reconstruire", a déclaré Félix Tshisekedi à l'occasion de l'Africa CEO Forum des 25 et 26 mars 2019 à Kigali.

 

 

Le président congolais s'y exprimait devant un panel avec son homologue rwandais, Paul Kagame, qu'il avait déjà rencontré une première fois le 17 janvier 2019 à l'occasion du sommet de l'Union africaine à Addis Abeba.

 

 

"A propos des groupes armés (présents dans l'est de la RDC), il y a un constat : ce sont devenus aujourd'hui des petits groupes d'intérêts, d'intérêts mesquins bien sûr, ce ne sont plus des gens qui se battent pour une idéologie ou une raison stratégique quelconque", a poursuivi Félix Tshisekedi.

 

 

 

Kagame prêt à relever les défis d'une amélioration des relations

Il a ajouté que les autorités congolaises travaillaient avec leurs partenaires du développement à réintégrer ces groupes et à les décourager de poursuivre leurs activités. Parmi les nombreux groupes armés actifs dans l'est de la RDC figurent des groupes rebelles rwandais opposés au président Kagame, qui ont mené par le passé des attaques transfrontalières contre les forces armées rwandaises. Le Rwanda a par ailleurs été accusé, notamment par les Nations unies et des groupes de défense des droits de l'Homme, de mener des activités de contrebande depuis la RDC, ce que Kigali a toujours nié.

 

 

De son côté, Paul Kagame a déclaré qu'il souhaitait travailler à améliorer les relations bilatérales avec son voisin. "Mes problèmes au Rwanda sont au final les mêmes problèmes que ceux que rencontrent les gens en RDC et vice versa. Nous devons relever ces défis", a déclaré le président rwandais. "Félix Tshisekedi a pris des engagements envers le peuple de RDC et envers les peuples de la région. Nous devons le croire et tendre la main de la coopération, comme il le fait avec nous, et voir jusqu'où nous pouvons aller", a-t-il ajouté.

 

 

 

Le président de RDC au mémorial du génocide

En marge de cette visite dans la capitale rwandaise, le nouveau président de RDC en a profité pour faire un geste significatif, même s'il est diversement apprécié. Il s’est incliné le 25 mars devant le mémorial du génocide, une première dans les relations complexes entre les deux pays depuis 1994. "SE Félix Tshisekedi dépose une gerbe de fleurs au mémorial du génocide de Kigali", indique le commentaire d'une photo postée sur le compte Twitter du Kigali memorial genocide, quinze jours avant les commémorations du 25e anniversaire du déclenchement du génocide le 7 avril.

 

 

"A quand des mémoriaux et une commémoration officielle (pour les) millions de morts congolais, depuis Léopold II jusqu'aux guerres et violences de ces 25 dernières années ?", s'est toutefois interrogé le mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha). Lancé par des étudiants et des intellectuels de l'est de la RDC, Lucha estime cependant que le président congolais honore "à juste titre" la mémoire des victimes du génocide des Tutsis.

 

 

Le geste de M. Tshisekedi a malgré tout suscité la colère de plusieurs internautes congolais, qui accusent le Rwanda d'être à l'origine des millions de morts dans l'est du Congo entre 1996 et 2003, ou de piller des minerais rares au Kivu. "Une honte historique pour les dirigeants congolais. Le Rwanda a violé la souveraineté de la RDC. Comment un Congolais peut-il aller s'incliner au Rwanda, un pays qui a commis des graves crimes contre l'humanité ? A ce jour, Kagame refuse d'accepter ses crimes en RDC, c'est grave", résume l'un d'eux.

 


28/03/2019
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Franceinfo - le mardi 26 mars 2019

 

 

L'Afrique australe apporte son soutien à l'indépendance du Sahara Occidental

 

 

 

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franceinfo Afrique avec agencesRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

L’Afrique du Sud a accueilli le 25 mars 2019 une conférence de solidarité avec le peuple sahraoui. Pretoria considère le Sahara Occidental comme l’une des dernières "colonies" du continent africain. La réponse du Maroc n’a pas tardé. Rabat a organisé sa propre réunion diplomatique avec le soutien d'un trentaine de pays africains

 

 

 

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Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, le 5 février 2019. (RODGER BOSCH / AFP)

 

 

 

Le Front Polisario lutte depuis 1975 pour l’indépendance du Sahara Occidental, revendiqué par le Maroc. Mais aucune solution n'est encore en vue.

 

 

La conférence organisée par l’Afrique du Sud le 25 mars 2019 a réuni les pays membres de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) et quelques pays observateurs comme Cuba ou le Venezuela."On ne peut parler d’Afrique post-coloniale si le Sahara Occidental est toujours occupé par le Maroc", a affirmé la ministre sud-africaine des Affaires étrangères, Lindiwe Sisulu. "Nous sommes ici pour une cause juste. Et nous notons avec tristesse que le peuple sahraoui lutte toujours pour ses droits. Bien que l’ONU joue un rôle actif dans la résolution de ce problème, nous, membres de la SADC avons décidé d’être solidaire dans leurs efforts", a déclaré Lindiwe Sisulu.

 

 

 

Un clivage qui traverse le continent africain

L’Afrique du Sud, le Zimbabwe ou l’Angola ont toujours affiché un soutien à la cause sahraouie, en raison des liens historique entre leurs mouvements indépendantistes. Pretoria espère rallier l’ensemble de la région australe dans un soutien commun à l'indépendance du Sahara Occidental et appelle à "mettre fin à l'exploitation 'illégale' des ressources naturelles du 'territoire occupé'".

 

 

Cette offensive diplomatique de l’Afrique du Sud arrive alors que le mandat de la mission des Nations unies au Sahara Occidental, qui garantit un cessez-le-feu dans la région, arrive à échéance et que l’administration américaine s’est opposée à son renouvellement pour un an.

 

 

 

Le Maroc réunit ses amis à Marrakech

Le Maroc a organisé la riposte en réunissant 37 pays, le 25 mars à Marrakech. Ces soutiens au Maroc se sont prononcés contre toute "interférence" dans le processus onusien actuellement en cours. Le Maroc, qui a réintégré l'Union africaine en janvier 2017, s'est efforcé depuis de neutraliser toute tentative de règlement au niveau de l'Union africaine (UA). Par un puissant lobbying, le Maroc a poussé plusieurs pays africains, y compris certains de la région australe (Zambie, Mozambique), à geler leurs relations avec le mouvement indépendantiste sahraoui.

 

 

Des discussions entre le Maroc et les indépendantistes du Front Polisario ont repris il y a quelques mois sous l’égide des Nations unies, après six années d’interruption. Le représentant personnel du Secrétaire général de l'ONU pour le Sahara Occidental, Horst Kohler, s'efforce depuis plusieurs mois de relancer le processus de discussion, après plusieurs années de blocage. Mais "de nombreuses positions divergent toujours fondamentalement", a-t-il expliqué le 22 mars à l'issue d'une deuxième table ronde à Genève.

 

 

 

Le Maroc veut poursuivre sous l’égide des Nations unies

La déclaration finale adoptée par 37 pays à Marrakech rappelle "l'exclusivité des Nations unies en tant que cadre de recherche d'une solution politique, mutuellement acceptable, réaliste, pragmatique et durable à la question du Sahara"

 

 

Les conférences de Marrakech et de Pretoria reflètent la ligne de fracture qui partage le continent. Pour le Maroc, la "solution réaliste et pragmatique" correspond au statut d'autonomie sous contrôle marocain que veut Rabat. Pour les indépendantistes du Front Polisario, la solution "juste" fait référence au référendum que le Polisario réclame pour obtenir l'indépendance de cette étendue désertique de 266 000 km².

 


27/03/2019
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Franceinfo - le dimanche 24 mars 2019

 

 

Mali : ce que l'on sait du massacre d'au moins 130 habitants d'un village peul

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Le gouvernement malien a annoncé la dissolution d'une milice d'autodéfense accusée de ces exactions

 

 

 

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 Un camp peul au Mali, le 11 janvier 2016 (photo d'illustration). (CLAUDE THOUVENIN / BIOSPHOTO / AFP)

 

 

 

C'est la tuerie la plus sanglante au Mali depuis plus de six ans. Quelque 130 personnes ont été massacrées dans un village peul du centre du pays, samedi 23 mars. C'est le plus lourd bilan depuis le début des combats menés dans le cadre des opérations Serval, puis Barkane, lancées en 2013 à l'initiative de la France pour chasser les groupes jihadistes qui avaient pris le contrôle du nord du pays. Franceinfo fait le point sur ce drame.

 

 

Une milice derrière l'attaque

Des hommes armés habillés en chasseurs traditionnels dogon ont fait irruption, à l'aube samedi, dans le village d'Ogossagou, dans la zone de la ville de Bankass près de la frontière avec le Burkina Faso. Après avoir tué les habitants qu'ils croisaient, les hommes armés se sont dirigés dans le village de Welingara, deux kilomètres plus loin, où ils ont à nouveau massacré des villageois, raconte RFI.

 

 

"Dans ma familleprès de vingt personnes ont été tuées, des gens brûlés, des personnes jetées dans un puits", témoigne un habitant auprès de la radio. "J'ai vu des gens en flammes", ajoute un autre témoin.

 

 

"Le village a été attaqué par des chasseurs des milices armées de Dan na Amassagou, dirigées par Youssouf Toloba. Quand ils sont arrivés dans le village, ils ont commencé à tirer sur la population civile, raconte à RFI Cheick Harouna Sankaré, maire de la localité voisine de Ouonkoro. Ils ont découpé à coups de machette des femmes. Des femmes enceintes ont été éventrées." Des corps étaient encore en train d'être ramassés dimanche, selon des témoins. 

 

 

 

Un très lourd bilan

"Au moins 134 civils, y compris des femmes et des enfants, auraient été tués et au moins 55 blessés" à la suite de l'attaque samedi du village d'Ogossagou, a indiqué le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, dans un communiqué diffusé samedi soir. L'association de défense des droits des populations pastorales Kisal a également annoncé un bilan de"134 morts dont des femmes, enfants, vieillards, adultes et adolescents", dimanche sur sa page Facebook.

 

 

 

Des affrontements fréquents

Depuis quatre ans, le groupe jihadiste du prédicateur Amadou Koufa recrute, dans le centre du pays, prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs. Ces dernières années, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, qui ont créé leurs propres "groupes d'autodéfense". Ces violences ont coûté la vie à plus de 500 civils en 2018, selon l'ONU.

 

 

Parmi les victimes du massacre figuraient "des éléments peuls du DDR cantonnés dans le village". Le DDR est un programme de "désarmement, démobilisation et réinsertion" (DDR) prévu par l'accord de paix de 2015 pour les combattants de groupes armés du Nord.

 

 

Par ailleurs, cette tuerie survient six jours après un attentat jihadiste à Dioura, dans la même région mais beaucoup plus au nord, contre un camp de l'armée malienne, qui a perdu 26 hommes. Dans un communiqué de revendication vendredi, la principale alliance jihadiste du Sahel liée à Al-Qaïda a justifié l'opération de Dioura par les "crimes odieux commis par les forces du gouvernement de Bamako et les milices qui le soutiennent contre nos frères peuls".

 

 

 "Les récents événements dans le cercle de Koro [la zone du massacre de samedi] sont les conséquences d'une violence armée dans la zone impliquant divers acteurs avec des motivations toutes aussi diverses",analyse Baba Dakono, chercheur à l'Institut pour les études sur la sécurité (ISS), basé à Bamako.

 

 

 

La dissolution d'une milice de chasseurs

A l'issue d'un Conseil des ministres extraordinaire dimanche, le gouvernement malien a annoncé la dissolution du groupe de chasseurs traditionnels dogons Dan na Amassagou et le limogeage des principaux chefs de l'armée. "Nous voulons dire clairement aux uns et aux autres que la protection des populations restera le monopole de l'Etat", a déclaré le Premier ministre, Soumeylou Boubeye Maïga.

 

 

Quelques heures auparavant, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s'était déclaré "choqué et outré" par ce massacre et avait appelé"les autorités maliennes à enquêter rapidement sur cette tragédie et à traduire ses auteurs en justice". De son côté, la coalition des groupes pro-gouvernementaux également impliqués dans l'accord de paix, a condamné ce "crime de masse", exigeant "une commission d'enquête indépendante".

 


25/03/2019
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