L'AIR DU TEMPS

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CRISE AFRICAINE


Franceinfo -

 

 

Sahara occidental : Aminatou Haidar, prix Nobel Alternatif 2019, dénonce "une répression féroce au quotidien".

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

La championne de la résistance pacifique à l'annexion du Sahara occidental par le Maroc réclame, dans un entretien avec l'AFP, une action internationale urgente pour empêcher le conflit latent de déboucher sur une guerre

 

 

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La militante sahraouie non-violente pour les droits de l'Homme au Sahara occidental, Aminatou Haidar, reçoit le Prix Right Livelihood au Cirkus de Stockholm, en Suède, le 4 décembre 2019. (ERIK SIMANDER / TT NEWS AGENCY)

 

 

 

Aminatou Haidar, militante sahraouie de 52 ans, a reçu le 4 décembre 2019 à Stockholm le Prix Right Livelihood, également appelé Prix Nobel Alternatif, l'un des prix les plus prestigieux dans le domaine des droits de l'Homme. Elle avoue aujourd'hui craindre que la jeunesse dans cette région disputée ait perdu l'espoir de parvenir à l'autodétermination par la non-violence.

 

 

"La communauté internationale doit agir sans perdre de temps, parce que les jeunes n'ont plus de patience. Ils ne croient plus à la résistance pacifique", a dit Aminatou Haidar dans une interview à l'AFP à Genève la semaine dernière.

 

 

 

Une responsabilité de l'Europe "pour éviter la guerre"

L'activiste, surnommée la "Gandhi du Sahara occidental", a affirmé que les Nations unies, l'Europe – en particulier la France et l'Espagne –, avaient une responsabilité pour "éviter la guerre" dans la région.

 

 

Etendue désertique de 266 000 km², riche en phosphates et bordée d'eaux poissonneuses, le Sahara occidental a été annexé par le Maroc en 1975, après le retrait de l'Espagne, jusqu'alors puissance coloniale. Ce coup de force a déclenché une guerre avec le Front Polisario, mouvement indépendantiste soutenu par l'Algérie qui a duré jusqu'au cessez-le-feu décrété en 1991.

 

 

L'ONU avait déployé une mission de Casques bleus pour observer la trêve et préparer un référendum sur l'indépendance du territoire, qui n'a jamais pu être organisé. L'ONU continue malgré tout de maintenir sur place 240 membres de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso).

 

 

Après une longue interruption, le dialogue sous l'égide de l'ONU entre le Maroc, le Front Polisario, l'Algérie et la Mauritanie a repris lors d'une table ronde en Suisse en décembre 2018, suivie d'une deuxième en mars 2019, sans qu'aucune percée ne soit enregistrée.

 

 

Rabat considère le Sahara occidental comme partie intégrante du royaume et a clairement affirmé qu'il ne tolèrerait aucun changement de statut au-delà d'une simple autonomie.

 

 

 

Inquiète du désespoir des jeunes

Aminatou Haidar a regretté qu'après tant d'années, les revendications non-violentes du peuple sahraoui pour la justice, la dignité et l'autodétermination aient été ignorées par le Maroc et la communauté internationale.

 

 

Elle s'est notamment déclarée inquiète par le désespoir des jeunes. "Ils n'y croient plus. Ils disent que la communauté internationale n'agit que dans les conflits où il y a du sang, là où il y a de la violence", a-t-elle déploré, ajoutant qu'ils "essaient de faire pression sur le Front Polisario pour qu'il reprenne les armes".

 

 

La militante reproche à la communauté internationale de ne pas faire appliquer les résolutions de l'ONU et les décisions de justice en faveur du droit à l'autodétermination du peuple sahraoui.

 

 

"C'est à cause de la complicité de quelques puissances internationales", a-t-elle dénoncé, en ciblant principalement l'Espagne et la France. "Sans l'appui de l'Europe, le Maroc ne peut pas piller, exploiter les ressources naturelles. Il ne peut pas continuer aussi son occupation et nier toutes les résolutions du Conseil de sécurité."

 

 

 

Fière d'être comparée à Gandhi

Aminatou Haidar, qui se dit fière d'être comparée à Gandhi, continue à prêcher la non-violence, malgré les mauvais traitements et les périodes d'emprisonnement qu'elles a connus depuis sa jeunesse. A tout juste 20 ans, elle affirme avoir été détenue à l'isolement pendant 4 ans dans une prison secrète.

 

 

De nouveau emprisonnée en 2005 à la suite d'une manifestation violemment réprimée, elle avait été libérée un an plus tard grâce à la pression des Etats-Unis et autorisée à se rendre en Espagne. Elle avait alors entamé une tournée en Europe, aux Etats-Unis et en Amérique latine, où elle s'était vue décerner plusieurs prix dans le domaine des droits de l'Homme.

 

 

Mais en 2009, les autorités marocaines avaient refusé de la laisser revenir dans le royaume et l'avait déportée aux Canaries après lui avoir confisqué son passeport. Elle avait alors observé une grève de la faim pendant un mois, largement médiatisée, qui avait contraint Rabat à l'autoriser à rentrer.

 

 

"Mon cas n'est pas unique", a souligné la militante. "C'est le cas de tout le peuple sahraoui aujourd'hui. Nous nous trouvons dans un territoire où la répression au quotidien est féroce".

 

 

 

 

 

 

Le prix Right Livelihood qu'elle a reçu, souvent comparé au Prix Nobel pour les droits de l'Homme, a été également décerné à trois autres candidats dont la jeune militante suédoise Greta Thunberg.

 


06/12/2019
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Franceinfo - le mercredi 27 novembre 2019 - mis à jour le 28.11.19

 

 

VRAI OU FAKE L'opération Barkhane sert-elle à protéger les mines d'uranium françaises au Sahel ?

 

 

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Benoît ZagdounFrance Télévisions

 

 

 

Les experts interrogés par franceinfo assurent que la protection des intérêts économiques français dans la région n'est pas l'objectif de la mission militaire

 

 

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Un soldat français de l'opération Barkhane à bord d'un hélicoptère lors d'une mission de patrouille, le 12 mars 2016 au Sahel. (PASCAL GUYOT / AFP)

 

 

 

Ils sont "morts pour la France". Treize soldats français engagés dans l'opération Barkhane ont été tués au Mali dans la collision accidentelle de leurs deux hélicoptères de combat, lundi 25 novembre. Dans son live, franceinfo a reçu de nombreux commentaires s'interrogeant sur la raison réelle du déploiement des troupes françaises au Sahel. Leur présence dans la région ne serait-elle pas plus liée à la défense des intérêts économiques français, à commencer par les mines d'uranium d'Orano au Niger, qu'à la lutte armée contre les groupes jihadistes ?

 

 

>> Voici qui étaient les treize militaires morts dans l'accident d'hélicoptères au Mali

 

 

 

"Pas un objectif premier" mais "un effet induit"

Le groupe Orano (ex-Cogema puis Areva), est présent depuis un demi-siècle au Niger, l'un des pays les plus pauvres de la planète, tout en étant le quatrième producteur mondial d'uranium. Le groupe y exploite deux mines dans le Nord-Ouest du pays, près d'Arlit : la première à ciel ouvert, la seconde souterraine. Un troisième site doit voir le jour à Imouraren, à 80 km plus au sud, mais le chantier est à l'arrêt depuis 2015. Le géant français possède également des mines au Canada et au Kazakhstan, mais le minerai nigérien représente un tiers de sa production totale.

 

 

L'opération Barkhane, quant à elle, est principalement déployée dans le Nord du Mali. Elle a pris le relais en 2014 de l'opération Serval, lancée un an plus tôt afin d'empêcher les jihadistes de prendre le contrôle du pays et de sa capitale, Bamako. Et depuis cinq ans, les 4 500 militaires français déployés dans la bande sahélo-saharienne se sont engagés dans une "opération de contre-guérilla" de longue haleine, explique Joseph Henrotin, politologue spécialiste des questions de défense et rédacteur en chef de la revue Défense et Sécurité internationale.

 

 

>> Quatre questions sur Barkhane, la plus importante opération dans laquelle la France est actuellement engagée

 

 

Les mines d'Arlit ne sont toutefois pas dans la zone actuellement la plus exposée à la menace jihadiste, selon Caroline Roussy, chercheuse à l'Iris et spécialiste de l'Afrique de l'Ouest. "Le cadre de déploiement est beaucoup plus centré sur le Mali et le Burkina Faso, même s'il y a une surveillance importante de la zone dite des trois frontières", à cheval sur ces deux pays et le Niger [à l'est], fait valoir l'experte. "Et même si la menace est transterritoriale, avec des groupes jihadistes très mobiles qui s'affranchissent des frontières et se déplacent d'un territoire à un autre, le Niger n'est pas aussi touché", observe-t-elle. Le "risque d'extension" est certes bien réel, mais il est plutôt porté "vers le Togo, le Bénin et le Sénégal [au sud du Mali et du Burkina pour les deux premiers, à l'ouest pour le troisième]".

 

 

>> Les limites de l'intervention française au Mali

 

 

"Une opération militaire sert plusieurs objectifs à court, moyen et long termes, rappelle de son côté Joseph Henrotin. L'objectif initial de l'opération Barkhane, c'est l'élimination des groupes jihadistes. Au-delà de ces visées purement sécuritaires, l'objectif à moyen terme, c'est de recréer de l'Etat dans la zone. Et les Etats étant préservés, les liens économiques fonctionnent mieux. Des Etats en situation de paix sont aptes à être prospères, à commercer, le champ économique y est ouvert", développe le politologue. Indirectement, l'opération Barkhane protège donc bien les intérêts des entreprises françaises. Mais "ce n'est pas l'objectif premier, c'est un effet induit", insiste-t-il.

 

 

Tout le monde a intérêt à ce que ces Etats soient stabilisés, pas uniquement la France. Joseph Henrotin, politologue spécialiste des questions de défense à franceinfo

 

 

 

"Pas de protection active" autour des mines

La force Barkhane dispose d'un important point d'appui permanent à Niamey, la capitale du Niger, à 1 200 km environ au sud-ouest d'Arlit. "L'aéroport sert de base aux avions de chasse et aux drones français", précise Joseph Henrotin. Les militaires français ont également installé une base avancée temporaire à Aguelal, dans le massif de l'Aïr, à 80 km seulement à l'est d'Arlit.

 

 

 

Cartographie de l\'opération Barkhane faite par l\'état-major des armées en juin 2019.

Cartographie de l'opération Barkhane faite par l'état-major des armées en juin 2019. (ETAT-MAJOR DES ARMÉES)


 

La base d'Aguelal serait suffisamment proche des mines d'Arlit pour envisager une riposte rapide en cas de besoin. Pour autant, "on ne peut pas dire qu'il y a une protection active avec des soldats de Barkhane déployés autour des mines", estime Joseph Henrotin. "Areva [Orano] a tout ce qui lui faut sur place pour assurer sa sécurité et les forces nigériennes portent un regard attentif à la sécurité de ces sites, parce que le Niger lui-même n'a pas intérêt à perdre l'activité des mines et les revenus qui en sortent."

 

 

 

"ll y a des privés qui font ça très bien"

"Si des intérêts français sont directement menacés, on va intervenir militairement dans le coin, explique l'ancien colonel Michel Goya, spécialiste de l'histoire militaire qui livre ses analyses sur les conflits contemporains sur son blog, La voie de l'épée. On a par exemple engagé notre marine dans le golfe Persique pour protéger nos pétroliers lorsqu'ils étaient menacés par les Iraniens." 

 

 

"Mais pour garder des installations, on n'a pas besoin de militaires français, et pas forcément de forces spéciales, il y a des privés qui font ça très bien", poursuit l'ancien officier. Par ailleurs, les intérêts économiques dans la région sont à relativiser. "Au Sahel, une fois qu'on a sorti l'uranium des mines du Nord du Niger, il faut chercher bien loin les intérêts économiques français qu'on peut vouloir défendre, et en particulier au Mali, même s'il y a bien sûr des ressortissants et des entreprises françaises", ajoute Michel Goya.

 

 

Avec uniquement 4 500 soldats sur un terrain aussi vaste que l'Europe, ce n'est pas possible de commencer à protéger des implantations industrielles, des hôtels ou des plantations dans lesquels se trouveraient des Français.Joseph Henrotin, politologue spécialiste des questions de défense à franceinfo

 

 

Imaginer que des intérêts économiques présideraient aux destinées des militaires français qui risquent leur vie au Sahel est donc "un fantasme", assure Michel Goya. Pour Caroline Roussy, c'est même "une théorie du complot aberrante" et "pas à la hauteur de l'engagement des soldats français". "Ça fournit une explication rationnelle à bon compte, mais la réalité est souvent plus compliquée que ça", abonde Joseph Henrotin.

 


28/11/2019
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Franceinfo - le mardi 26 novembre 2019

 

 

Mort de militaires français au Mali : "Ces treize héros n’avaient qu'un seul but : nous protéger", réagit Emmanuel Macron

 

 

 

Les militaires tués sont six officiers, six sous-officiers et un caporal-chef, originaires de Pau, Gap, Varces et Saint-Christol

 

 

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Un hélicoptère Tigre de la mission française Barkhane, au Mali, le 1er novembre 2017.  (DAPHNE BENOIT / AFP)

 

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

 

Treize militaires français de la force Barkhane sont morts au Mali dans une collision accidentelle de deux hélicoptères lors d'une opération de combat contre des jihadistes, a annoncé mardi 26 novembre l'Elysée dans un communiqué. Emmanuel Macron a exprimé "son soutien le plus total à leurs camarades de l'armée de terre et des armées françaises".

 

 

Un accident survenu lundi soir. Dans son communiqué, l'Elysée précise que les deux hélicoptères sont entrés en collision dans la soirée du lundi 25 novembre, dans le cadre d'une opération de Barkhane, qui mobilise 4 500 militaires au Sahel. Cet accident provoque l'un des plus lourds bilans humains essuyé par l'armée française depuis l'attentat du Drakkar, à Beyrouth en 1983.

 

 

Des militaires de l'armée de terre. Le communiqué de la présidence indique qu'il s'agit de militaires de l'armée de terre : six officiers, six sous-officiers, et un caporal-chef, "tombés en opération et morts pour la France dans le dur combat contre le terrorisme au Sahel". Sept soldats venaient du 5e régiment d'hélicoptères de combat de Pau, quatre militaires appartenaient au 4e régiment de chasseurs de Gap, un soldat venait du 93e régiment d'artillerie de montagne de Varces et un militaire appartenait au 2e régiment étranger de génie de Saint-Christol.

 

38 militaires tués au Mali depuis 2013. Cet accident porte à 38 le nombre de militaires français tués au Mali depuis le début de l'intervention française dans ce pays du Sahel en 2013, avec l'opération Serval. Le dernier mort était le brigadier Ronan Pointeau, 24 ans, tué début novembre dans l'explosion d'un engin explosif.

 


26/11/2019
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Franceinfo - le mardi 26 novembre 2019

 

 

Mali : treize militaires français tués dans l'accident de deux hélicoptères lors d'une opération de combat contre des jihadistes, annonce l'Elysée

 

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franceinfoFrance Télévisions

 

 

L'accident a eu lieu, lundi soir, lors d'une opération de combats contre les jihadistes au Sahel

 

 

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Un hélicoptère français, dans la région du Gourma, au Mali, le 27 mars 2019.   (DAPHNE BENOIT / AFP)

 

 

 

Treize militaires français de la force Barkhane sont morts au Mali dans l'accident de deux hélicoptères, a annoncé l'Elysée dans un communiqué, mardi 26 novembre. "Le Président de la République annonce avec une profonde tristesse la mort de treize militaires français survenue au Mali dans la soirée du lundi 25 novembre 2019, dans l’accident de leurs deux hélicoptères, lors d’une opération de combat contre des djihadistes", précise le communiqué de la présidence. 

 

 

Emmanuel Macron a salué "avec le plus grand respect la mémoire de ces militaires de l’armée de terre, six officiers, six sous-officiers, et un caporal-chef, tombés en opération et morts pour la France dans le dur combat contre le terrorisme au Sahel". Le président s'est également incliné "devant la douleur de leurs familles et de leurs proches et leur adresse ses plus sincères condoléances".

 


26/11/2019
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Franceinfo - le vendredi 22 novembre 2019

 

 

Traite des enfants au Sénégal : "Une tragédie qui mérite d'être traitée en urgence absolue"

 

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Martin MatesoRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

Franceinfo Afrique a recueilli le témoignage de Momar Fall, président de l’Association Les petites gouttes. Il dénonce la complicité de toute la société sénégalaise qui ferme les yeux sur la détresse des enfants-talibés maltraités..

 

 

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Des enfants talibés prennent leur repas grâce à un réseau de femmes mis en place par l'association Les petites gouttes. (Photo/M.Fall/ Association "les petites gouttes")

 

 

 

Ils sont estimés à 100 000 par les experts indépendants du Comité des droits de l’homme de l’ONU, qui ont tiré la sonnette d’alarme début novembre 2019. Un chiffre effrayant, mais tout à fait crédible pour Momar Fall, président de l’association Les petites gouttesqui leur apporte un peu de réconfort depuis cinq ans. Des Sénégalais de la diaspora et ceux vivant au pays se sont mobilisés depuis 2014. "Nous voulons apporter notre modeste contribution", explique Momar Fall, révolté par la détresse de ces milliers d’enfants, tombés entre les griffes de marabouts sans scrupules.

 

 

Ces enfants sont devenus comme des animaux qui errent. Ils vivent dans des abris délabrés et doivent remettre l'argent qu'ils mendient à leurs marabouts sous peine d'être punis. On a vu des cas où le marabout frappe l'enfant jusqu'à la mortMomar Fall, président de l'association Les petites gouttesà franceinfo Afrique

 

 

 

Momar Fall est membre fondateur de l\'association Les petites gouttes créée en 2014 par des bénévoles sénégalais. Elle s\'occupe notamment des enfants-talibés.

Momar Fall est membre fondateur de l'association Les petites gouttes créée en 2014 par des bénévoles sénégalais. Elle s'occupe notamment des enfants-talibés. (Photo/Association "Les petites gouttes)

 

 

 

Dans les écoles coraniques, où ils sont censés recevoir une éducation religieuse, des milliers d’enfants-talibés, âgés d'à peine cinq ans, sont forcés à mendier. Ils se lèvent à l’aube pour descendre dans la rue avec une mission bien précise : rapporter à leur maître des quotas journaliers d’argent sous peine d’être battus et parfois enchaînés en cas de refus.

 

 

 

"Les parents sont dans l’abandon"

"C’est une tragédie qui mérite d’être traitée en urgence absolue", confie à franceinfo Afrique la psychologue sénégalaise Aminata Mbengue. Malheureusement, constate-t-elle, l’Etat sénégalais "brille par son incompétence", tout comme les parents de ces pauvres malheureux, qui ferment les yeux sur la détresse de leurs propres enfants.

"Certains enfants n’ont pas de nouvelles de leurs parents depuis des années. Et s’ils fuguent pour retourner dans leur famille, certains parents les renvoient à leurs bourreaux. Les défaillances des parents entretiennent aussi cette traite. C’est tellement révoltant", s’insurge la psychologue sénégalaise. Elle décrit des enfants qui se retrouvent en bandes, en rupture familiale.

 

 

Des enfants qui se shootent comme pour se couper de la réalité. Comme pour s'anesthésier Aminata Mbengue, psychologue sénégalaise à franceinfo Afrique

 

 

Le président de l’Association Les petites gouttes, Momar Fall, explique à franceinfo Afrique que la paupérisation des campagnes sénégalaises a draîné un flot de plus en plus important de ruraux vers la capitale. Et avec eux, des marabouts peu scrupuleux, en quête d’argent facile, ont pris les enfants talibés en otages. Ils sont malmenés, privés de tout et finissent généralement à la rue. C’est là que Momar Fall et ses amis, tous bénévoles, vont les trouver pour tenter de les ramener à la vie.

 

 

"Nous leur apprenons à lire et écrire. Nous prenons en charge leurs soins de santé. Et au lieu d’aller mendier pour leurs repas de midi et du soir, nous avons mis en place un réseau de femmes dans les quartiers, où les enfants peuvent récupérer gratuitement leurs repas. Ça veut dire que le reste du temps, ces enfants restent dans les écoles coraniques pour apprendre le coran ou d’autres cours. Nous avons signé pour cela, une charte avec leurs marabouts", explique-t-il.

 

 

 

"Un mal chronique qui se nourrit de nos lâchetés"

Grâce aux cotisations des membres et aux dons des particuliers, son association suit aujourd’hui quelque 185 enfants-talibés répartis dans quatre écoles coraniques. Pour lui, il faut mettre fin à la politique de l’autruche pour sauver ces milliers d’enfants voués à la déchéance. Comment peut-on rester insensible face à une telle tragédie ?, lance Momar Fall à ses compatriotes. Il appelle les autorités sénégalaises à réglementer le fonctionnement des écoles coraniques et à faire respecter la loi qui interdit la mendicité des enfants. Et il n’est pas le seul à sonner la mobilisation générale. Sur les réseaux sociaux, de plus en plus de Sénégalais dénoncent "un mal chronique qui se nourrit de nos lâchetés et de nos hypocrisies".

 


22/11/2019
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Franceinfo - le vendredi 22 novembre 2019

 

 

Barrage de la Renaissance : le Soudan est lui aussi un don du Nil!

 

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Jacques DeveauxRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

Le Grand barrage de la Renaissance en construction sur le Nil en Ethiopie provoque  des remous. Mais le dossier ne se limite pas à l’Egypte, grand bénéficiaire du fleuve, ni à l'Ethiopie. Le Soudan a lui aussi son mot à dire

 

 

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Selon l'Ethiopie, le barrage de la Renaissance sur le Nil bleu est construit à 70%. Sur la photo prise le 26 septembre 2019, on voit que les eaux du fleuve ne sont pas encore retenues. (TIKSA NEGERI / X03719)

 

 

 

Le tumultueux Nil bleu assure 80% du débit du fleuve quand il rejoint le Nil blanc à Khartoum, la capitale du Soudan. Et si les crues du Nil ont fait la richesse agricole de la basse Egypte, les agriculteurs soudanais, eux, s’en plaignent. Aussi, la construction du barrage est pour les agriculteurs une excellente nouvelle. Ils y voient un puissant outil de régulation, qui permettra d’éviter des inondations destructrices.

 

 

"Le Nil Bleu est très imprévisible. Une nuit, il est là et le lendemain, il sera parti ailleurs. Il monte si vite que parfois, la plantation est inondée avant que nous ayons le temps de la couper", explique à l’AFP Ousmane Idriss, un fermier de Jouref Gharb, près de Khartoum. Plus régulier, le fleuve permettra d’irriguer plus longtemps sur l’année les champs et ainsi d’augmenter les rendements.

 

 

Le Soudan compte également sur l’électricité fournie par le barrage. Une électricité que l’Ethiopie entend vendre à ses voisins. Le Soudan deviendrait alors un pays de transit et pourrait toucher des royalties.

 

 
 

 

Reportage AFP TV

 

 

Quant à l’avenir des briquetiers installés sur les rives limoneuses du fleuve, personne ne semble s’en préoccuper. Ils sont pourtant des milliers à vivre de cette activité traditionnelle tout le long du fleuve. Mais la fumée épaisse qui sort des fours artisanaux ne plaît pas à tout le monde, et certains aimeraient voir disparaître cette activité, au profit de l’agriculture.

 

 

Longtemps, l’Egypte a joué la victime de l’aval du fleuve, soudainement privée d’eau par la retenue. Le Soudan, fidèle allié, lui a emboîté le pas, rappelant les traités de l’ère coloniale qui donnaient la part du lion aux deux pays. "Le traité de 1929 interdisait toute construction hydroélectrique et tout plan d’irrigation sur les affluents du Nil et ses lacs, dans les pays riverains, sans le consentement du Caire", explique La Libre Belgique. Un autre traité, en 1959, accordait 66% de l’eau du Nil à l’Egypte et 22% au Soudan.

 

 

 

Vers un accord

Bonne nouvelle, les trois pays concernés se parlent désormais. Ils sont convenus de tenir quatre réunions techniques et de travailler à un accord pour le 15 janvier 2020. Il doit porter sur la vitesse de remplissage du barrage, entre trois et cinq ans pour Addis-Abeba, sept ans réclamés par le Caire. Une durée qui impacte bien sûr sur le débit aval du fleuve. L’Egypte réclame 40 milliards de m³ par an, craignant s’il y a moins, des conséquences économiques sur l’agriculture.

 


22/11/2019
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Franceinfo - le jeudi 21 novembre 2019

 

 

La Russie exerce-t-elle une influence au Mali ?

 

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Laurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

Dans le pays déstabilisé par les groupes jihadistes, certaines voix commencent à "réclamer l’intervention de la Russie". En juin 2019, les deux pays ont signé un accord de coopération militaire. Le début d’une coopération plus poussée ? 

 

 

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Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta (à gauche) et son épouse Keïta Aminata Maïga entourent le président russe Vladimir Poutine lors de la cérémonie de bienvenue du Forum économique Russie-Afrique à Sotchi (Russie), le 23 octobre 2019. (KIRILL KUKHMAR/TASS/SIPA USA/SIPA / SIPA USA)

 

 

 

"La France est un Etat terroriste !!! Vive la coopération entre le Mali et la Russie", lit-on sur une publication en date du 15 novembre, faite sur Facebook par un Groupe des patriotes du Mali, une association de la société civile dont on ignore la représentativité. Un peu plus tôt, le 12 octobre, le même groupe et une "Association des jeunes musulmanes du Mali" avaient réclamé "l’intervention de la Russie afin d'aider l’armée malienne à recouvrer l’intégrité du territoire" du pays, rapporte Le Monde.

 

 

Dans le même temps, on assiste à la montée d’un sentiment anti-français. En mars, lors d’une manifestation organisée à l’initiative de l’ancien président du Haut Conseil islamique du Mali, Mahmoud Dicko, à la suite du massacre d’Ogossagou (au moins 157 morts), des dizaines de milliers de personnes avaient dénoncé un pouvoir "incapable de résoudre les problèmes sécuritaires et sociaux". Tout en réclamant le départ des troupes françaises et de la Minusma. "La communauté internationale est incapable de protéger les civils. Si elle n’est pas en mesure de nous sécuriser, qu’elle dégage !", expliquait alors un manifestant cité par Le Monde.

 

 

D’où ces appels du pied à un nouveau partenaire : la Russie. "Il est de bonne guerre pour le peuple souverain du Mali de demander une coopération militaire avec la Fédération de la Russie, qui constitue un partenaire historique de l’Etat du Mali depuis les premières heures de son accession à la souveraineté nationale et internationale", explique-t-on dans l’entourage du Groupe des patriotes du Mali, cité par le site maliactu.net.

 

 

Pour l’universitaire français Christian Bouquet, interviewé par franceinfo Afrique, il y a là "clairement une manipulation de la part de groupes de pression." Des groupes sous-marins de la présence russe ? Difficile de le dire.

 

 

 

Offensive de charme

Il n’en reste pas moins vrai qu’on assiste ces derniers mois à une offensive de charme de Moscou sur le continent africain, comme l’a montré l’organisation d’un premier Forum économique Russie-Afrique à Sotchi les 23 et 24 octobre. Dans ce cadre, plusieurs chefs d’Etat du Sahel ont demandé à la Russie de s'investir dans la région. Le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, président du G5-Sahel, a ainsi appelé cette "grande puissance militaire et économique (...) à se joindre au partenariat international pour la sécurité et la stabilité dans le Sahel proposé au sommet du G7 à Biarritz."

 

 

Le Tchadien Idriss Deby, cité par RFI, a été encore plus explicite : "Le soutien de la Fédération de Russie est vital pour renforcer la stabilité régionale. L’appui en formation et en équipement militaire, le partage de renseignement et d’expérience avec les forces africaines engagées sur ce front seront d’une grande utilité." Et Roch Marc Christian Kaboré d’enfoncer le clou dans la presse burkinabè : "Nous sommes tout à fait en droit" de diversifier nos partenaires "sans aucune contrainte, parce que (…) nous n’avons pas de relation d’exclusivité avec un partenaire quelconque. Ce sont nos intérêts que nous suivons." Un message sans doute destiné à la France...

 

 

 

Militaire russe photographié dans le port russe de Novorossïisk sur la mer Noire le 8 août 2016.

Militaire russe photographié dans le port russe de Novorossïisk sur la mer Noire le 8 août 2016. (MAXIM SHEMETOV / X90156)



Concernant plus spécifiquement le Mali, celui-ci n’a pas attendu le sommet de Sotchi pour se rapprocher de Moscou. Le 25 juin, Bamako avait signé, en marge du forum Armée 2019 à Moscou, un accord de coopération militaire avec le Kremlin. Celui-ci porterait sur la "formation de spécialistes militaires et de coopération dans les opérations de maintien de la paix et la lutte contre le terrorisme", selon le site opex360.com. "L’intensification des liens militaires est dans l’intérêt de nos deux pays. La Russie est prête à contribuer à la normalisation de la situation au Mali et à la création de conditions pour une paix et une stabilité durables", avait alors commenté le ministre russe de la Défense Sergei Choïgou, cité par la même source. Une vingtaine de pays africains ont signé de tels accords.

 

 

 

 

Le Mali, "cible" de Moscou ?

La coopération entre Bamako et Moscou ne date pas d’hier. Elle a commencé au début des années 60, lors de l’indépendance du Mali. Les forces armées maliennes (FAMa) furent alors "équipées de pied en cap par du matériel soviétique", raconte opex360.com. Mais l’effondrement de l’URSS en 1991 avait mis fin à ce rapprochement.

 

 

Dans l’état actuel des choses, l’aide russe semble encore modeste. En 2019, le Mali aurait ainsi reçu deux hélicoptères Mi-35. Et en 2013, la Russie avait livré "3000 fusils Kalachnikov aux FAMa, pour un million de dollars" (opex360.com).

 

 

Aux dires d’une étude réalisée pour l’Institut français des relations internationales, le Mali aurait par ailleurs manifesté son intérêt pour des mini-centrales nucléaires russes. Sans, apparemment, pour l’instant donner suite.

 

 

Selon la même source, le pays sahélien serait également, avec le Sénégal, une "cible" pour l’installation de conseillers politiques, comme cela aurait déjà été le cas dans une dizaine d’Etats africains, dont la Centrafrique. "Ces 'consultants' proposent aux autorités locales leur expertise en matière d’affaires publiques. Toutefois, (…) ces conseillers sont aussi et surtout des ‘implants diplomatiques’, voire des agents sous couverture. Parmi leurs casquettes, ils peuvent aussi vendre de la sécurité contre des avantages de toutes sortes… Au-delà du secteur de l’armement, l’appui sécuritaire de Moscou se paye en promesses de contrats (…) dans l’énergie et les métaux rares", poursuit l’étude. Reste à savoir si la "cible" malienne est en passe d'en devenir vraiment une… 

 


21/11/2019
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Franceinfo - le jeudi 7 novembre 2019

 

 

Pourquoi la crise au Sahel devient explosive

 

 

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Laurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

La situation ne cesse de se dégrader dans toute la zone, comme le montrent les attaques incessantes des groupes jihadistes. L’éclairage de l’universitaire français Christian Bouquet

 

 

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Un soldat français de l'opération Barkhane contrôle un homme à Ndaki, dans la région de Gourma (est du Mali), le 27 juillet 2019. (BENOIT TESSIER / X02011)

 

 

 

La situation continue à s’aggraver au Sahel, comme le montrent l’attaque revendiquée par le groupe Etat islamique (EI) du camp militaire d’Indelimane (49 soldats maliens tués) dans le nord-est du Mali, le 1er novembre 2019, et la mort du militaire français Ronan Pointeau, le 2 novembre dans la même région. L’universitaire Christian Bouquet, professeur émérite de géographie politique à l’Université Bordeaux-Montaigne et chercheur au Laboratoire Les Afriques dans le monde (LAM) à Sciences Po Bordeaux, répond aux questions de franceinfo Afrique.

 

 

 

Franceinfo Afrique : selon "Le Canard enchaîné", le chef d’état-major des armées François Lecointre, interrogé par des députés, a expliqué que l’intervention française au Sahel pourrait encore durer une quinzaine d’années. Comment jugez-vous la situation ?

Christian Bouquet : je suis tout à fait d’accord avec cette analyse. Je suis même encore plus pessimiste. A mon sens il faudrait entre 25 et 30 ans pour pacifier cet immense territoire de 3000 km de long sur 1500 de large. Aujourd’hui, Barkhane, seule force militaire aguerrie dans la région, s’efforce de parer au plus pressé. Mais dès que celle-ci quitte un endroit, la crise repart de plus belle. Il faudrait y aller morceau par morceau. Quand on pacifie une zone, il faudrait y rester pendant que l’Etat reconquiert le territoire en construisant des écoles, en améliorant la situation économique… Ce n’est que comme cela que la confiance des populations peut revenir.

 

 

Puits à Kouré, à une cinquantaine de kilomètres à l\'est de la capitale Niamey, où viennent s\'approvisionner femmes djerma et éleveurs peuls. \"La tension est palpable\", rapporte l\'universitaire Christian Bouquet, qui a pris la photo.

Puits à Kouré, à une cinquantaine de kilomètres à l'est de la capitale Niamey, où viennent s'approvisionner femmes djerma et éleveurs peuls. "La tension est palpable", rapporte l'universitaire Christian Bouquet, qui a pris la photo. (CHRISTIAN BOUQUET)


 

Cette confiance a disparu ?

 

Elle n’est plus là. Il faut dire que les régions concernées par la crise sont oubliées, négligées depuis des années par les pouvoirs centraux. Progressivement sollicitées et effrayées par les groupes terroristes, les populations ont basculé. Dans le même temps, ces groupes ont souvent des agents infiltrés. Par exemple, au lac Tchad, région que je connais depuis une trentaine d’années, on trouve des centaines d’îles complètement abandonnées par l’Etat. Ce qui y prospère, ce sont les écoles coraniques.

 

 

 

Que dire de la montée d’un sentiment anti-français dans un pays comme le Mali et de la volonté de certains de "réclamer l’intervention de la Russie" ?

 

Dans ce dernier cas, je pense qu’il y a clairement une manipulation de la part de groupes de pression. On reproche notamment à Barkhane une complicité avec les terroristes, parce que pour avoir des renseignements, cette force doit conclure des deals avec des intermédiaires. Au-delà, derrière ces manifestations, que propose-t-on ? Rien. Il faut voir que les armées nationales de la région sont totalement sinistrées, il est impossible de s’appuyer sur elles. La plupart de leurs soldats ne sont pas prêts à mourir pour une cause.

 

 

 

Pour vous, comment la situation risque-t-elle d’évoluer ? Et que penser de l’appel, lancé en novembre 2018 par le chef jihadiste de la katiba Macina, Amadou Koufa, un Peul, à ses "frères" : "Où que vous soyez (...), venez soutenir votre religion (...) au Sénégal, au Mali, au Niger, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Nigeria, au Ghana et au Cameroun" pour mener la guerre sainte contre les "mécréants" ?  

 

La question des Peuls, population d’éleveurs, est très ancienne. C’est une question géographique : ils sont présents dans toute la zone sahélienne jusqu’en Centrafrique. Ils constituent donc une communauté transfrontalière. C’est également une question historique : dans la période précoloniale, les tentatives de jihad ont presque toujours été menées par les Peuls, notamment le califat de Sokoto (établi au début du XIXe, NDLR). Et c’est par ailleurs une question socio-économique avec des éleveurs qui accompagnent leurs troupeaux là où ils veulent.

 

 

Dans le même temps, on assiste dans la région à une croissance démographique incontrôlée : on trouve de plus en plus de monde sur un même territoire alors que les ressources en eau diminuent en raison d’une moindre pluviométrie. Les éleveurs marchent sur les terres des agriculteurs sédentaires et s’approvisionnent en eau. Je me suis récemment rendu au Niger, à l'est de Niamey, pour observer la situation autour des puits : la tension y était palpable entre les communautés. Les couloirs de transhumance, mis en place du temps de la colonisation et réactivés récemment, ne sont pas respectés.

 

 

Au Mali, les panneaux appelant éleveurs et agriculteurs à ne pas entrer en conflit sont masqués par la végétation. La preuve que les couloirs de transhumance, mis en place du temps de la colonisation et réactivés récemment, ne sont pas respectés. 

Au Mali, les panneaux appelant éleveurs et agriculteurs à ne pas entrer en conflit sont masqués par la végétation. La preuve que les couloirs de transhumance, mis en place du temps de la colonisation et réactivés récemment, ne sont pas respectés.  (CHRISTIAN BOUQUET)



L’expansion jihadiste se superpose ainsi à des conflits anciens…

 

Ce sont, pour la plupart, des conflits d’usage pour la terre et pour l’eau, qui sont exacerbés par l’accroissement de la population (qualifié dans Le Monde par le démographe Michel Garenne de "bombe démographique", NDLR) et la réduction de la pluviométrie. Le problème devient gravissime !



Regardez le cas du Ouaddaï (est du Tchad), qui est en dehors de la zone sahélienne proprement dite. Le droit foncier coutumier, qui y fonctionnait il y a plusieurs décennies, n’est plus compatible avec l’évolution actuelle. Les agriculteurs cultivaient leurs parcelles, qu’ils abandonnaient ensuite. Les éleveurs passaient avant et après. Ils plantaient des arbres qui leur appartenaient et dont ils récoltaient la gomme. Un tel système, qui montre la complexité des relations intercommunautaires, ne peut fonctionner quand il y a davantage de monde.

 

 



Comment combattre tous ces problèmes ? Par des actions comme celle de l’Agence française de développement (AFD) ?

 

L’AFD est déjà présente aux côtés des militaires de Barkhane. Ce qui prouve que les militaires ont compris qu’on ne pouvait rien faire sans développement. Mais je suis un peu perplexe, dans la mesure où les procédures de l’AFD ne sont pas souples.

 

Ce qui est sûr, c’est que la stratégie française tâtonne. Je pense qu’il faudrait une vision d’ensemble. Les cultivateurs ont des parcelles, les éleveurs ont des troupeaux : un jour ou l’autre, il faudra passer à une agriculture et un élevage plus productifs. A mon sens, la transformation de l’agriculture africaine traditionnelle nécessitera une trentaine d’années. Ce qui suppose notamment que les Peuls acceptent la stabulation de leurs troupeaux (mise en étable, NDLR). Cette simple proposition est actuellement totalement irréaliste…

 


07/11/2019
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Franceinfo - le lundi 4 novembre 2019

 

 

"Des parents qui ne jurent que par l'argent" : la controverse n'en finit pas autour de la dot en Afrique

 

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Martin MatesoRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

La dot traditionnelle n'est plus ce qu'elle était sur le continent africain. Considérée dans le passé comme sacrée et symbolique, elle est devenue, au fil des années, "le prix de la mariée". Les tarifs atteignent parfois des sommets insoupçonnés

 

 

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Mariage d'un couple en Ethiopie. Dans les campagnes, un homme qui ne peut pas payer la dot kidnappe et viole la femme, sachant que personne n'en voudra, puis il l'épouse. (PHILIPPE LISSAC / GODONG / PHOTONONSTOP)

 

 

 

Le député béninois Nazaire Sado ne cache pas son inquiétude. Il assiste, depuis quelques années, à une montée en flèche des dépenses liées aux cérémonies de la dot dans son pays. Les plus aisés dépensent des fortunes et les pauvres veulent en faire autant, déplore-t-il. "Pour exister à côté du riche, le pauvre est obligé de se plier en deux, en bradant parfois ses biens ou en s’endettant pour doter sa future épouse", explique-t-il à franceinfo Afrique.

 

 

 

Une coutume dévoyée par le pouvoir de l’argent

Le phénomène de la dot monétisée s’est répandu comme une traînée de poudre aux quatre coins du continent. Les témoignages abondent, du Bénin à l’Afrique du Sud, en passant par le Ghana, la République démocratique du Congo et le Sénégal. Dans ce dernier pays, la dot n’est exigée que si les époux le décident : une modeste somme de 3000 francs CFA ( à peine cinq euros) attribuée à l’épouse et des frais de réjouissances fixés à 15 000 francs CFA (23 euros) pour convoler en justes noces.

 

 

Mais dans la pratique, ces dispositions de la loi ne sont jamais respectées. Le prix de la mariée atteint parfois plusieurs millions de francs CFA. Le jeune Sénégalais Ibrahima en sait quelque chose, il s’est marié en 2018 au prix fort.

 

 

"J’ai apporté une dot d’un montant de 500 000 francs CFA (760 euros) à ma fiancée. Mais son père m’a rendu ma dot. Il me réclamait un million (1520 euros) pour sa cadette", témoigne-t-il sur le site d’information Teranga News. Il en a gardé un très mauvais souvenir.

 

 

Le malheur, c'est de tomber amoureux d'une fille dont les parents ne jurent que par l'argentMoussa, jeune marié sénégalais à Teranga News

 

 

Des parents qui ne jurent que par l’argent, il y en a de plus en plus en Afrique. En République démocratique du Congo, "le prix de la mariée" pousse de nombreux jeunes à renoncer au mariage. Certains abandonnent en cours de route, faute de moyens.

 

 

"Voilà bientôt un an que mon petit ami est venu chez nous pour demander ma main. Mais la liste qu’il a reçue l’a découragé. On a exigé de lui une moto, un téléviseur et une enveloppe de 5000 dollars", témoigne la jeune Espérance sur le site Globalpressjournal.

 

 

En Afrique du Sud, une application pour mobile a même vu le jour, il y a quelques années, pour calculer le coût de la dot à consentir pour sa fiancée. L’équivalent de la dot dépend "des attributs physiques, de l’éducation et du passif marital" de la future épouse. L’enveloppe varie entre 380 et 3000 euros. Sans compter les vaches qui l’accompagnent.

 

 

 

Des jeunes dénoncent "une pratique archaïque"

Sur les réseaux sociaux, la colère gronde. Des jeunes Africains, femmes et hommes confondus, dénoncent une pratique devenue archaïque. "Non, nous ne sommes pas des marchandises à vendre", clament-ils. Ils dénoncent une coutume dévoyée qui avilit la femme et qui encourage les violences conjugales.

 

 

"La marchandisation de la femme crée parfois des problèmes après le mariage. Certains hommes pensent que la dot dont ils s’acquittent leur donne le droit de vie et de mort sur leurs femmes", reconnaît le député béninois Nazaire Sado.

 

 

Faut-il interdire purement et simplement la pratique de la dot, comme le souhaitent les détracteurs de cette coutume ? Pas du tout, répond, sans hésiter, la Béninoise Isabelle Akouhaba Anani. Professeur à l’université d’Abomey Calavi au Bénin, elle a consacré une étude très fouillée à la question de la dot en Afrique de l’Ouest. Elle fait remarquer que même dans les pays comme la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, où la pratique de la dot est formellement interdite par la loi, cette coutume traditionnelle est pratiquée au vu et au su de tout le monde.

 

 

"En Côte d’Ivoire, l’interdiction est assortie de sanctions pénales qui vont de six mois à deux ans de prison et des amendes. Mais je doute qu’un juge ivoirien puisse mettre en prison ceux qui contreviennent à cette interdiction. La pratique est solidement ancrée dans la coutume du pays", explique Isabelle Anani à franceinfo Afrique.

 

 

 

"La dot, un grand symbole culturel et spirituel"

Pour le député béninois Nazaire Sado, la dot est non seulement un grand symbole culturel, mais il revêt aussi un caractère spirituel gravé dans la conscience collective.

 

 

Lorsqu'une femme est dotée, elle a l'obligation d'être fidèle à son mari. Au cas où elle ne l'est pas, elle meurtNazaire Sado, député béninois à franceinfo Afrique

 

 

Comment, dès lors, concilier une tradition qui a traversé des siècles avec une société africaine qui se modernise ? Pour Nazaire Sado, il faut réglementer la pratique de la dot par la loi en fixant une somme maximum à consentir par les familles. Pas plus de 300 000 francs CFA, estime-t-il. Interrogée par Franceinfo Afrique, Isabelle Anani estime, quant à elle, que la dot ne devrait pas être imposée.

 

 

"La dot devrait être plutôt facultative et confiée, non pas aux familles, mais au futurs époux. C’est à eux qu’il revient de dire si ils ont envie de faire la dot ou pas. Il faut éviter que la dot soit un frein pour leur union et leur droit au mariage", plaide-t-elle. Isabelle Anani soutient que la dot en elle-même n'est pas une mauvaise chose. Le problème qui se pose, explique-t-elle à franceinfo Afrique, c'est son côté purement mercantile.

 


06/11/2019
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Franceinfo - le vendredi 1er novembre 2019

 

 

Ethiopie: les victimes des récentes violences anxieuses pour l'avenir

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Outre qu'ils entachent le prix Nobel récemment descerné au premier ministre Abiy Ahmed, les heurts communautaires et religieux font craindre aux Ethiopiens "des atrocités de masse" selon des témoignages recueillis par l'Agence France Presse

 

 

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Abel Legesse, 25 ans, chauffeur de tuk-tuk et victime des violences à Adama, reçoit une assistance médicale dans un lit d'hôpital après avoir été soigné au visage et aux bras à l'hôpital d'Adama, le 30 octobre 2019. (- / AFP)

 

 

 

Temesgen s'est fait tirer dessus par les forces de l'ordre, Kidane a été brutalement agressé par des nationalistes issus de sa propre ethnie, et d'autres, blessés comme eux lors des affrontements de la semaine passée en Ethiopie, ont été ciblés pour leur religion.

 

 

Sur leurs lits d'hôpital à Adama (centre), ils portent encore dans leur chair la trace des violences qui se sont abattues sur Addis Abeba puis la région Oromia quand des manifestations contre le Premier ministre, Abiy Ahmed, ont dégénéré en heurts communautaires et religieux.

 

 

Au moins 78 personnes, selon le gouvernement, ont été tuées en quelques jours lors d'un épisode violent qui a entaché la réputation de M. Abiy, tout juste auréolé de son prix Nobel de la paix, et donne une idée des défis qui l'attendent en vue des élections prévues en mai 2020.

 

 

Près de 200 personnes ont été soignées à l'hôpital d'Adama et 16 y sont mortes, des chiffres sans précédent selon le personnel, qui décrit les scènes de panique et la bousculade pour trouver des lits et venir en aide aux blessés après le début des manifestations, le 23 octobre.

 

 

"Nous sommes des professionnels, mais malgré ça nous étions tous inquiets", explique à l'AFP Desalegn Fekadu, un chirurgien.

 

 

A Adama, une ville de 300.000 habitants située au sud-est de la capitale, les histoires individuelles des blessés permettent de comprendre comment la violence s'est imposée, qui a été visé et pourquoi, et en quoi cela augure mal de l'avenir.

 

 

"Adama est un melting-pot de groupes ethniques et religieux (...), donc ces incidents violents qui trouvent leur origine dans la religion et l'ethnicité peuvent être très dangereux", analyse Fisseha Tekle, chercheur pour Amnesty International.

 

 

"Ca peut être le signe avant-coureur d'atrocités de masse", met-il en garde.

 

 

L'agitation a commencé quand l'activiste Jawar Mohammed, membre comme M. Abiy de l'ethnie oromo, la plus importante du pays, a accusé les autorités d'avoir tenté de s'en prendre à lui.

 

 

 

"J'ai encore peur"

Magnat des médias controversé, M. Jawar avait aidé M. Abiy à accéder au pouvoir en 2018. Mais il a depuis pris ses distances avec le Premier ministre, dont la popularité au sein de la communauté oromo pourrait souffrir de ces dissensions.

 

 

Temesgen Ababa, 17 ans, a raconté à l'AFP qu'il passait devant un groupe de manifestants lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu, touchant un garçon de 8 ans. Quand il s'est précipité pour l'aider, il a été atteint à la poitrine.

 

 

"En quoi tirer sur des gens comme lui peut être considéré comme une réponse appropriée", se demande Temesgen, couché sur son lit, du sang s'écoulant de sa blessure par un tube vers une bouteille en plastique posée au sol.

 

 

La Commission éthiopienne des droits de l'homme estime que 10 des personnes tuées la semaine dernière l'ont été par les forces de l'ordre, ce qui signifierait que la majorité des morts sont dus aux émeutiers.

 

 

Des nationalistes oromo ont agressé deux chauffeurs de tuk-tuk, après leur avoir demandé s'ils parlaient la langue afaan oromo, le principal dialecte oromo.

 

 

Ayant compris que ce n'était pas le cas, ils les ont poignardés et battus, avant de les abandonner inconscients au bord de la route avec des entailles et des contusions au visage et aux bras.

 

 

L'un est à moitié oromo, mais il parle mal l'afaan oromo, d'après son frère Biruk Teshome, et l'autre, leur cousin, est d'ethnie amhara. L'un et l'autre devraient survivre, mais Biruk est inquiet pour l'avenir.

 

 

"A partir de maintenant, nous sommes sous tension", dit-il. "Je ne me sens pas en sécurité. J'ai encore peur".

 

 

 

"Rien pour se protéger"

Il accuse les forces de sécurité de n'avoir rien fait pour empêcher les nationalistes oromo d'agir à leur guise. "On n'avait rien pour se protéger d'eux", dénonce-t-il.

 

 

L'Église orthodoxe éthiopienne, qui représente environ 40% des quelque 110 millions d'Éthiopiens et est largement associée à l'ethnie amhara - 82% des Amhara sont orthodoxes d'après le recensement de 2007, le dernier en date -, a émis des critiques similaires.

 

 

Un porte-parole de l'Église a indiqué samedi à l'AFP que 52 orthodoxes éthiopiens - dont deux prélats - figuraient parmi les victimes. Aucune confirmation officielle n'a pu être obtenue. Des attaques contre des églises et au moins une mosquée ont été recensées.

 

 

Les nationalistes oromo et amhara ont un long passé d'inimitié dans un pays très fragmenté, où l'ethnicité et la religion sont souvent entremêlées.

 

 

Selon la direction de l'hôpital d'Adama, plusieurs des patients soignés là sont des Oromo, ce qui veut dire que les non-Oromo n'étaient pas les seuls visés.

 

 

Au plus fort des violences, Kidane Tolosa, 23 ans, a été assailli par de jeunes Oromo comme lui, qui l'ont tabassé et poignardé à l'abdomen. Il a perdu énormément de sang et est passé à deux doigts de la mort.

 

 

Il ne sait pas vraiment pourquoi il a été ciblé. Certains de ses proches estiment que c'est peut-être tout simplement parce qu'il ne prenait pas part lui-même au déchaînement de violence.

 

 

Biruk dit connaître d'autres Oromo qui ont été attaqués pour la même raison. "S'ils découvrent que vous parlez (afaan oromo), ils vous invitent à vous joindre à eux", dit-il. "Si vous dites non, ils s'en prennent aussi à vous. Si vous êtes oromo, vous devez manifester, vous devez en profiter".

 


03/11/2019
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Franceinfo - le mercredi 30 octobre 2019 - mis à jour le 02.11.19

 

 

Ethiopie : la difficile mise en œuvre de l'accord de paix avec l'Erythrée

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions
 

 

 

Un reportage de l'AFP raconte comment cet accord entre les deux pays peine à se concrétiser

 

 

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Des Ethiopiens portent des corbeilles d'aliments traditionnels tissées à la main pour se rendre cérémonieusement à une réunion de réconciliation dans le district d'Irob, dans le nord de l'Ethiopie, près de la frontière avec l'Erythrée, le 23 octobre 2019. (MICHAEL TEWELDE / AFP)

 

 

 

Absence de tracé frontalier, réfugiés érythréens toujours plus nombreux et Ethiopiens arrêtés et passés à tabac... un reportage de l'AFP raconte les difficultés de la mise en oeuvre de l'accord de paix entre l'Ethiopie et l'Erythrée.

 

 

Quand elle a appris que le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed avait obtenu le prix Nobel de la paix 2019, Zaid Aregawi a d'abord pensé à son frère Alem, qui croupit dans une prison érythréenne, de l'autre côté de la frontière. Alem s'était rendu en Erythrée il y a plus de cinq mois, après avoir été chargé de ramener du bois par un homme d'affaires érythréen. Exactement le genre de commerce que les gens s'attendaient à voir prospérer après la signature l'été dernier d'un accord de paix entre les deux pays. Mais Alem a été arrêté sans explication par des soldats érythréens. Selon les autorités éthiopiennes, de nombreux Ethiopiens ont récemment subi le même sort.

 

 

Pour Zaid et ses compatriotes éthiopiens, ces détentions sont le signe le plus évident que l'accord de paix, la principale raison pour laquelle le Nobel a été attribué à M. Abiy, est loin de s'être encore concrétisé. "S'il n'y a pas de liberté de mouvement des deux côtés, à quoi sert l'accord de paix ?, s'interroge Zaid. Ils disent que c'est la paix, pourtant nous avons de gros problèmes le long de la frontière."

 

 

 

Zaid Aregawi photographiée chez elle, dans le village de Sebeya, à la frontière érythréene, près d\'Adigrat dans le nord de l\'Ethiopie, le 23 octobre 2011.

Zaid Aregawi photographiée chez elle, dans le village de Sebeya, à la frontière érythréene, près d'Adigrat dans le nord de l'Ethiopie, le 23 octobre 2011. (MICHAEL TEWELDE / AFP)


 

"La paix est dans les limbes"

L'attention de M. Abiy est actuellement concentrée sur les violences ethniques et religieuses qui ont éclaté la semaine passée à Addis Abeba, avant de s'étendre à la région proche de l'Oromia, et ont fait au moins 67 morts, selon la police.

 

 

Mais des centaines de kilomètres plus au nord, dans la région du Tigré, la plus affectée par la guerre de 1998-2000 avec l'Erythrée et les années de conflit larvé qui avaient suivi, la frustration gagne. Les habitants se plaignent qu'aucun progrès n'ait été accompli dans la démarcation des quelque 1 000 km de frontière qui séparent l'Ethiopie de son ancienne province, indépendante depuis 1993.

 

 

Les réfugiés érythréens – qui continuent à arriver par centaines chaque jour en Ethiopie, selon l'ONU – observent que la paix n'a en rien modifié le comportement du président érythréen, Issaias Afeworki, à la tête d'un régime considéré comme l'un des plus répressifs au monde par les organisations de défense des droits de l'Homme.

 

 

Et presque tout le monde regrette que les relations bilatérales se limitent aux discussions entre MM. Issaias et Abiy, sans que les gens vivant à la frontière soient aucunement impliqués. "On peut dire que la paix est dans les limbes", estime Ahmed Yahya Abdi, un réfugié érythréen qui a vécu en Ethiopie depuis la guerre. "Quand Abiy est allé en Erythrée, il a pris un avion pour Asmara, mais il n'a pas mis en œuvre la paix ici, à la frontière entre les deux pays."

 

 

 

Des Ethiopiens régulièrement arrêtés et passés à tabac

La démilitarisation de la frontière, essentiellement du côté éthiopien, est la principale avancée de l'accord de paix, selon les résidents. Cela a permis à des Ethiopiens d'aller assister à des mariages ou des enterrements en Erythrée sans être trop inquiétés par les forces de sécurité.

 

 

Mais Yosef Misgina, un responsable administratif de la ville éthiopienne de Dawhan, dit recevoir régulièrement des informations sur des Ethiopiens arrêtés, emprisonnés et passés à tabac en Erythrée. Quelques jours avant l'attribution du Nobel à M. Abiy, le 11 octobre, 13 commerçants éthiopiens ont ainsi été arrêtés en Erythrée, dont deux restent encore aujourd'hui emprisonnés.

 

 

Tsegay Suba Tesfay est un autre exemple. Il a passé deux semaines dans une cellule bondée, après avoir été arrêté par des soldats érythréens alors qu'il transportait de l'eau et du riz. Il raconte avoir été battu plusieurs fois, privé de nourriture et autorisé à sortir de sa cellule seulement quelques minutes par jour. "Ils ne vous donnent aucune raison quand ils vous arrêtent, constate-t-il. En Erythrée, il n'y a pas de liberté."

 

 

Pour M. Yosef, l'ambiguïté persistante sur le statut de la frontière explique ces arrestations. Les postes-frontières avaient ouvert après la signature de l'accord de paix. Mais ils ont été fermés quelques mois plus tard et nul ne sait quand ils rouvriront. "Maintenant nous demandons que la paix soit institutionnalisée, dit-il. Si elle est institutionnalisée, elle ne pourra plus être perturbée par des individus."

 

 

La démarcation de la frontière reste la principale source d'inquiétude dans la région.

 

 

 

L'Erythrée soupçonnée de ralentir le processus de démarcation

Lors de la signature de l'accord, M. Abiy avait surpris tout le monde en se disant prêt à accepter un jugement rendu en 2002 par une commission indépendante internationale soutenue par l'ONU, qui était favorable à l'Erythrée. Si ce jugement, toujours rejeté jusqu'ici par l'Ethiopie, est appliqué, des villes éthiopiennes passeront du côté érythréen et la communauté Irob sera séparée en deux.

 

 

Malgré les concessions de M. Abiy, de nombreux analystes soupçonnent l'Erythrée de ralentir le processus de démarcation. "Je dirais que le gouvernement érythréen veut probablement aller un peu plus lentement, car le rapprochement a des implications pour la situation intérieure en Erythrée. Ça a été un pays fermé pendant 20 ans", souligne Michael Woldemariam, expert à la Boston University. "Les contradictions entre cette nouvelle ère de paix à l'extérieur et la situation intérieure à l'Erythrée vont constituer un défi important à l'avenir", prédit-il.

 


03/11/2019
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Franceinfo - le samedi 2 novembre 2019

 

 

Un militaire français a été tué au Mali par un engin explosif

 

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franceinfoFrance Télévisions

 

 

Le brigadier Ronan Pointeau, du 1er régiment de spahis de Valence, est mort "après le déclenchement d’un engin explosif improvisé au passage de son véhicule blindé", écrit la présidence dans un communiqué

 

 

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Photo du brigadier Ronan Pointeau, mort le 2 novembre 2019 au Mali, fournie par le l'état-major des armées. (ETAT-MAJOR DES ARMEES)

 

 

 

Un militaire français a été tué au Mali, dans la région de Ménaka, samedi 2 novembre, a annoncé l'Elysée dans un communiqué. Le brigadier Ronan Pointeau, du 1er régiment de spahis de Valence, est mort "après le déclenchement d’un engin explosif improvisé au passage de son véhicule blindé", écrit la présidence.

 

 

Ronan Pointeau, né le 1er octobre 1995 à Castres, a accompli toute sa carrière au 1er régiment de spahis à Valence. Ce célibataire, sans enfants, était titulaire de la médaille de la défense nationale échelon bronze agrafes arme blindée cavalerie et mission opération extérieure. Il était également décoré de la médaille outre-mer agrafe Sahel et de la médaille de la protection militaire du territoire agrafe Sentinelle.

 

 

Emmanuel Macron a appris "avec tristesse" la mort du brigadier Ronan Pointeau et "salue le sacrifice de ce militaire français tué dans l’accomplissement de sa mission""Je salue sa bravoure et à travers lui celle de nos militaires", a écrit le président de la République sur Twitter. L'Elysée souligne que le chef de l'Etat "réaffirme que sa détermination reste intacte dans le combat pour ramener la paix au Sahel".

 

 

 

Situation toujours tendue

L'opération Barkhane, aux confins du Mali et du Nigera, a débuté en 2014, succédant à l'opération Serval. Le terme Barkhane désigne les dunes du Sahara qui prennent la forme d'un croissant sous l'effet du vent.

 

 

La situation au Mali est particulièrement tendue. Dans la nuit de vendredi à samedi, 53 soldats et un civil ont été tués dans une attaque contre un camp militaire à Indelimane, près de la frontière avec le Niger.

 


03/11/2019
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Franceinfo - le samedi 2 novembre 2019

 

 

Mali : le groupe Etat islamique revendique l'attaque qui a tué un militaire français

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

L'organisation revendique également l'attaque contre un camp de l'armée malienne qui a fait 49 morts, la veille

 

 

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Des militaires de l'opération Barkhane, à Gossi (Mali), le 25 mars 2019. (DAPHNE BENOIT / AFP)

 

 

 

Le groupe Etat islamique a revendiqué, samedi 2 novembre, l'attaque qui a tué un militaire français au Mali plus tôt dans la journée. Ronan Pointeau est mort "après le déclenchement d’un engin explosif improvisé au passage de son véhicule blindé", selon la présidence française.

 

 

 

Wassim Nasr ✔@SimNasr
 

l’ revendique l’IED contre un convoi de qui a coûté la vie à un militaire français dans la région d’

 

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"Les soldats du califat ont pris pour cible un convoi de véhicules des forces françaises (...) près d'Indelimane, dans la région de Ménaka, en déclenchant un engin explosif", indique l'Etat islamique dans un communiqué signé "Province Afrique de l'Ouest", publié sur ses chaînes Telegram.

 

 

 

L'EI revendique aussi l'attaque contre un camp militaire malien

L'organisation revendique également l'attaque contre un camp de l'armée malienne qui a fait 49 morts, la veille. "Des soldats du califat ont attaqué une base militaire où sont stationnés des éléments de l'armée malienne apostate dans le village d'Indelimane, dans la région de Ménaka", indique l'organisation dans un communiqué signé de manière identique.

 

 

Cette attaque contre les Maliens, l'une des plus meurtrières depuis l'invasion jihadiste du nord du pays en 2012, suscite des interrogations sur les capacités d'action de l'armée malienne dans cette région où se trouvent les frontières de plusieurs pays, notamment le Niger et le Burkina-Faso, touchés eux aussi par les attaques jihadistes. L'attaque de vendredi survient un mois après les attaques jihadistes meurtrières, le 30 septembre à Boulkessy et le 1er octobre à Mondoro, dans le sud du pays, près du Burkina Faso. Quarante soldats avaient alors été tués dans ces deux attaques, selon un bilan d'un responsable du ministère de la Défense.

 


03/11/2019
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