L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

CRISE AFRICAINE


Franceinfo - le jeudi 10 janvier 2019

 

 

Présidentielle en RDC : Félix Tshisekedi proclamé vainqueur, le Quai d'Orsay juge les résultats "non conformes"

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Le candidat arrivé en deuxième position dénonce un "putsch électoral"

 

 

 

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Félix Tshisekedi a remporté provisoirement l'élection présidentielle en République démocratique du Congo, mardi 8 janvier 2019. (LUIS TATO / AFP)

 

 

 

Imbroglio autour de la présidentielle en République démocratique du Congo. Un candidat de l'opposition, Félix Tshisekedi, a été proclamé vainqueur, mercredi 9 janvier, du scrutin à un tour du 30 décembre. Il devrait donc succéder au président sortant Joseph Kabila, interdit de briguer un troisième mandat. Mais l'un de ses adversaires, et le ministre des Affaires étrangères français, contestent ce résultat.

 

 

Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, 55 ans, est le président "provisoirement élu", a proclamé la Commission électorale nationale indépendante (Céni). Selon la Céni, Félix Tshisekedi l'emporte nettement avec 38,57% des voix, devant l'autre tête de l'opposition divisée, Martin Fayulu, deuxième avec 34,8%.

 

 

 

"On a volé la victoire du peuple congolais"

Mais cette annonce a été aussitôt contestée par Martin Fayulu. "C'est un véritable putsch électoral, c'est incompréhensible", a-t-il dénoncé dans une interview à RFI, jeudi, appelant "tous ceux qui ont observé les élections" à "nous dire la vérité" et à "publier les résultats". D'après lui, "on a volé la victoire du peuple congolais, et le peuple congolais n'acceptera jamais que sa victoire lui soit volée".

 

 

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a lui aussi estimé sur CNews que les résultats annoncés ne semblaient "pas conformes aux résultats que l'on a pu constater ici ou là", s'appuyant sur "des vérifications" de "la conférence épiscopale du Congo [qui a] annoncé des résultats qui étaient totalement différents".

 

 

De son côté, la coalition au pouvoir (dont le candidat est arrivé en troisième place, loin derrière les deux opposants) a "pris acte" du résultat provisoire de l'élection. "Nous sommes déçus par le mauvais score qui nous est attribué, mais nous prenons acte de la proclamation provisoire qui a été faite par la Commission électorale nationale indépendante. Nous verrons le cas échéant, comment introduire des recours par des voies légales", a déclaré à l'AFP Lambert Mende, porte-parole du Front commun pour le Congo (FCC).

 


11/01/2019
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Franceinfo - le dimanche 6 janvier 2019

 

 

Libérés de la dictature, les journalistes veulent conforter une presse libre en Gambie

 

 

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Eléonore Abou EzRédaction AfriqueFrance Télévisions
 

 

 

 

Deux ans après le départ du président Yahya Jammeh, le Syndicat de la presse gambienne a mis en place un organisme d’autoréglementation pour consolider la liberté de la presse et créer un climat de confiance

 

 

 

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Un homme sur son vélo devant un graffiti sur un mur de Banjul, en Gambie, en janvier 2017 (photo d'illustartion).  (SYLVAIN CHERKAOUI/AP/SIPA / AP)

 

 

 

Pendant plus de 20 ans, des journalistes gambiens ont été régulièrement enlevés, torturés et assassinés. La Gambie, petit pays anglophone d'Afrique de l'Ouest, était alors dirigé d’une main de fer par Yahya Jammeh. Depuis sa défaite à la présidentielle fin 2016, et l’investiture du président Adama Barrow, les choses ont bien changé.

 

 

 

Une ouverture inédite

Chaîne de télévision privée, radios commerciales, nouvelles publications, débats politiques… La presse gambienne connaît "un essor fulgurant et une ouverture sans précédent", comme l’a souligné RSF. En 2018, la Gambie a enregistré la meilleure progression en matière de liberté de la presse, selon le classement mondial de Reporters sans Frontières.

 

 

Nous sommes dans une nouvelle ère pour la presse en GambieArnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF à Associated Press

 

 

 

Des lois liberticides

La liberté d’expression actuelle n’est pas garantie par la loi. Les journalistes peuvent toujours être poursuivis pour sédition, diffamation ou publication et diffusion de fausses informations.

 


Le ministre gambien de l’Information, Ebrima Sillah, s’est engagé à faire le nécessaire pour que les médias "continuent à fonctionner sans restrictions", rapporte l’agence Associated Press.

 

 

Vous ne pouvez pas prétendre être un représentant légitime des Gambiens s'ils ne vous font pas confianceSaikou Jammeh, secrétaire général du syndicat de la presse en Gambie à Associated Press

 

 

 

Réforme et autoréglementation

Le Syndicat de la presse gambienne (Gambia Press Union) insiste sur la révision de la loi pour garantir la liberté de la presse sur le long terme. Il mise aussi sur de nouvelles règles qui seront édictées par les journalistes eux-mêmes. Un nouveau Conseil des médias a été mis en place afin de renforcer la liberté de la presse et de gagner la confiance des Gambiens.

 


08/01/2019
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Franceinfo - le lundi 7 janvier 2019

 

 

Gabon : des militaires appellent à la radio d'Etat à former un "conseil national de restauration", en l'absence du président Ali Bongo

 

 

 

Le discours présidentiel du Nouvel An "a renforcé les doutes sur la capacité du président à continuer à assumer les responsabilités de sa charge", a déclaré sur les ondes un militaire

 

 

 

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La radio-télévision d'Etat à Libreville (Gabon), le 16 juin 2017. (STEVE JORDAN / AFP)

 

 

 

Tôt lundi 7 janvier, des militaires gabonais ont lu à la radio d'Etat, dont les locaux sont situés à Libreville, un message appelant le peuple gabonais à se "lever" et indiquant qu'un "Conseil national de restauration" était mis en place dans le pays, en l'absence du président Ali Bongo, en convalescence au Maroc.

 

 

Le discours présidentiel du Nouvel An "a renforcé les doutes sur la capacité du président à continuer à assumer les responsabilités de sa charge", a déclaré le lieutenant Kelly Ondo Obiang, un militaire se présentant comme commandant-adjoint de la Garde Républicaine (GR), et se disant président d'un Mouvement patriotique des jeunes des forces de défense et de sécurité du Gabon (MPJFDS).

 

 

 

Appel à l'occupation des lieux publics

Trois militaires, coiffés des bérets verts de la GR, étaient visibles sur une vidéo de leur prise de parole circulant sur les réseaux sociaux et authentifiée par l'AFP. Le mouvement "demande à tous les jeunes des forces de défense et de sécurité et à toute la jeunesse gabonaise de se joindre à nous", a déclaré le militaire. "Nous ne pouvons abandonner la patrie", a-t-il déclaré en jugeant les institutions "illégitimes et illégales". "Le jour tant attendu est arrivé où l'armée a décidé de se mettre aux côtés de son peuple afin de sauver le Gabon du chaos".

 

 

"Si vous êtes en train de manger, arrêtez. Si vous êtes en train de prendre un verre, arrêtez. Si vous dormez, réveillez-vous. Réveillez vos voisins (...), levez vous comme un seul homme et prenez le contrôle de la rue", a encore déclaré le militaire à la radio, appelant à occuper les édifices publics et aéroports dans tout le pays.

 

 

Des coups de feu ont été entendus au même moment par l'AFP autour de la Radio Télévision Gabonaise (RTG), sur le boulevard Triomphal, dans le centre ville. Des blindés des forces de sécurité gabonaises bloquaient à 7 heures l'accès à ce boulevard, a constaté un correspondant.

 


07/01/2019
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Franceinfo - le vendredi 4 janvier 2019

 

 

Le Niger inquiet des revers rencontrés par son voisin nigérian dans la lutte contre Boko Haram

 

 

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Michel LachkarRédaction AfriqueFrance Télévisions
 

 

 

280 combattants de Boko Haram ont été tués fin décembre 2018 par l’armée nigérienne, à la frontière avec le Nigeria. Le Niger, déja confonté aux incursions djihadistes venues du Mali, s’inquiète de l'état de son voisin nigérian, où l’armée est en pleine déroute

 

 

 

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Soldats de l'armée du Niger sur le tarmac de la base de Diffa, dans le sud-est du pays, le 16 juin 2016. C'est de cette base que partent la plupart des missions pour contenir les attaques du groupe islamiste Boko Haram.  (ISSOUF SANOGO / AFP)

 

 

 

L’armée du Niger a lancé le 28 décembre des opérations terrestres et aériennes contre le groupe djihadiste nigérian Boko Haram, tuant plus de 200 "terroristes", indiquait le 4 janvier 2019 un communiqué du ministère de la Défense.

 

 

Les zones visées se trouvent dans le bassin du lac Tchad, espace très marécageux dans le sud-ouest du Niger, qui sert de repères aux combattants de Boko Haram. Un acte préventif, soulignent les autorités qui s'attendent à une recrudescence des attaques avec la fin de la saison des pluies.

 

 

 

L’armée nigériane en grande difficulté

Niamey reste surtout très "préoccupé" par la situation au Nigeria voisin, où "plusieurs bases militaires ont été défaites" ces derniers mois par Boko Haram. Ainsi, le 23 novembre, le groupe djihadiste a affirmé avoir tué 118 soldats nigérians lors de cinq attaques contre des bases militaires du nord-est du pays.

 

 

Au même moment, l’armée nigériane abandonnait discrètement l’une de ses positions près de la frontière avec le Niger, à Gashagar, après avoir subi quatre attaques de la part du groupe terroriste. Lequel a, un mois plus tard, pris le contrôle de la ville stratégique de Baga, un important port de pêche sur le lac Tchad.

 

 

Enfin, cinq militaires nigérians sont morts le 2 janvier quand leur hélicoptère s'est écrasé alors qu'ils étaient en mission de soutien durant l'attaque de la base Damasak, dans l'Etat de Borno (nord-est), par les djihadistes.

 

 

Boko Haram que l'on disait affaibli renaît de ses cendres, plus puissant, mieux organisé, affirment les experts.

 

 

 

Une branche plus radicale de Boko Haram

A l’origine de ces violences, la branche de Boko Haram affiliée à Daech, baptisée l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP). Son leader, Habib Yusuf, dit Abou Mosab al-Barnaoui, est le fils aîné de Mohamed Yusuf, le fondateur charismatique de Boko Haram en 2009. L'ISWAP s’est séparée en 2016 d’Abubakar Shekau, que Daech ne trouvait pas assez efficace.

 

 

Durant trois ans, cette branche s’est organisée, entraînée, financée et armée. Elle s’attaque peu aux populations civiles, mais principalement aux militaires, s’emparant de leurs armes, munitions et véhicules. Plus dangereuse que jamais, elle disposerait aujourd’hui de chars et de missiles.

 

 

Cette insurrection djihadiste, qui a fait plus de 27.000 morts en 10 ans et provoqué une grave crise humanitaire avec 1,8 million de déplacés, reste un mystère par sa capacité étonnante de résister aux armées de la région et à se reconstruire.

 

 

Le Niger, également confronté, sur sa frontière ouest, aux incursions djihadistes venant du Mali, doit agir sur plusieurs fronts. Soutenu militairement par la France et les Etats-Unis, Niamey apparaît comme l'un des derniers points de stabilité de la région.

 


05/01/2019
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Franceinfo - le mercredi 2 janvier 2019

 

 

Mali : 37 personnes tuées dans l'attaque d'un village peul

 

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

 

Le gouvernement malien assure que "les auteurs des crimes seront punis avec toute la rigueur de la loi" et appelle "l'ensemble des communautés de la zone centre au calme"

 

 

 

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Des femmes peules gardent des vaches, près de Mopti (Mali), le 12 août 2018. (PHILIPPE ROY / AFP)

 

 

 

Le Mali a entamé l'année 2019 avec une attaque meurtrière. Trente-sept civils ont été tués, mardi 1er janvier, dans l'attaque du village peul de Koulogon, commune de Koulogon Habé, dans le cercle de Bankass, situé dans le centre du pays. Le gouvernement malien précise que "des hommes armés habillés en tenue de chasseurs traditionnels dozos" ont mené cette attaque.

 

 

"Outre les 37 morts enregistrés, tous des civils, le bilan fait état de plusieurs blessés et de nombreuses habitations incendiées", poursuit-il. "Le gouvernement donne l'assurance que les auteurs des crimes seront punis avec toute la rigueur de la loi et appelle l'ensemble des communautés de la zone centre au calme", a-t-il ajouté. Un précédent bilan établi par des sources parlementaire et de sécurité faisait état de 33 Peuls tués lors de cette attaque menée, selon elles, par des chasseurs dogons.

 

 

 

De plus en plus de violences intercommunautaires

Les chasseurs traditionnels, dits "dozos", sont reconnaissables à leur tenue et à leurs fétiches. Ils prétendent protéger les Dogons contre les Peuls, alors que le conflit entre les deux communautés s'est exacerbé, dans le contexte de la lutte contre les jihadistes. "C'est une milice dozo qui nous a attaqués tôt ce matin. Ils étaient tous armés, habillés en tenue dozo. Notre chef de village Moussa Diallo a trouvé la mort dans cette attaque, ainsi que des membres de sa famille, dont une fillette et des vieilles femmes", a témoigné Allaye Yattara, un éleveur peul du village.

 

 

Depuis l'apparition il y a quatre ans, dans le centre du Mali, du groupe jihadiste du prédicateur peul Amadou Koufa, les violences se multiplient entre les Peuls, traditionnellement éleveurs, et les ethnies bambara et dogon, pratiquant majoritairement l'agriculture. Ces violences intercommunautaires ont fait plus de 500 morts civils en 2018, selon l'ONU. Amadou Koufa a été tué fin novembre dans une opération militaire française soutenue par l'armée malienne, selon Paris et Bamako.

 


02/01/2019
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Franceinfo - le dimanche 30 décembre 2018

 

 

Le Gabon d'Ali Bongo coincé entre l'opacité du pouvoir et les difficultés de l'opposition

 

 

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Florence BernaultThe ConversationFrance Télévisions
 

 

 

 

L'hospitalisation, en Arabie Saoudite, du président gabonais met en lumière les difficultés d'un gouvernement qui tente de "gagner du temps et conserver le contrôle du pays". The Conversation fait le point sur une crise qui fait vaciller le clan Bongo

 

 

 

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Le président gabonais, Ali Bongo Ondimba, ici à Londres, en octobre 2018.  (Chris Jackson /AFP)

 

 

 

Depuis le 24 octobre 2018, le Gabon retient son souffle, accroché aux péripéties d'un gouvernement affaibli par l'accident vasculaire cérébral dont a été victime le Président Ali Bongo Ondimba (alias «ABO»). Pendant que celui-ci est hospitalisé à Riyad (Arabie Saoudite), le gouvernement se tait, avant de déclarer, le 28 octobre, que le chef de l'État souffre d'une «fatigue légère».

 

 

Le 4 décembre, une vidéo muette d'une trentaine de secondes, diffusée par la télévision marocaine et l'Agence France Presse, montre pour la première fois ABO vivant, recevant la visite du roi du Maroc. La scène se passe dans l'hôpital de Rabat, où Ali a été transféré entre-temps pour sa convalescence. Le lendemain, une autre scène présente le président du Gabon, toujours assis de profil, qui parle – ou plutôt acquiesce – aux salutations d'une délégation gouvernementale arrivée de Libreville, et dirigée par la présidente de la Cour Constitutionnelle gabonaise, Marie-Madeleine Mboranstuo. Les deux scènes se déroulent sans aucun son.

 

 

Ces images frappent l'opinion gabonaise de deux manières. D'une part, elles semblent prouver que le président Bongo n'est pas mort. Mais leur mise en scène maladroite paraît infirmer l'information. Pour les critiques, le subterfuge cache le fait qu'Ali Bongo est bel et bien incapable d'assumer ses fonctions, trahissant l'effort désespéré du gouvernement pour gagner du temps et conserver le contrôle du pays.

 

 

 

Travestissements

Le trou d'air créé par la vacance du chef de l'État a donc été aggravé par la gestion du gouvernement. La crise ressemble au mode de gouvernance subi par les Gabonais depuis 2009, parce qu'elle en révèle une caractéristique centrale: celui-ci repose sur un régime du faux.

 

 

Le silence remplace la transparence de l'information publique. Les apparences bonhommes d'une démocratie "à l'africaine" travestissent la main de fer du chef de l'État et de son entourage. La vitrine d'un pays pétrolier prospère qui tente de couvrir – mais mal – l'appauvrissement économique et social rampant.

 

 

En 2009, quand il a pris le pouvoir, le Président Ali avait pu se rêver jeune dynaste, oint par la filiation avec son père Omar, et guidant son pays dans "l'émergence" économique et politique. Mais il est rapidement devenu l'héritier – plus brutal et plus grossier – d'un pouvoir personnel et anti-démocratique, appuyé sur l'armée et la garde présidentielle, marqué par les cooptations politiques et la négation des urnes.

 

 

Ce régime des apparences trompeuses, où personne ne sait ce qui se passe, ni ce qui va se passer, a trouvé son expression parfaite dans ces vidéos muettes du 4 décembre. Présentées comme rassurantes, elles ont encore augmenté le flottement des esprits et des institutions.

 

 

 

Ali le mal-aimé

La première leçon de la vacance du pouvoir est la détestation populaire exprimée à l'encontre du Président. Mis à part quelques messes pour hâter sa guérison, la majorité des habitants du pays a laissé éclater (sous le manteau) une joie spectaculaire à l'annonce de la maladie d'ABO. Les témoignages de soulagement, d'ironie, voire de haine, abondent sur les réseaux sociaux.

 

 

A Libreville, un mois après la chute du Président, cette jubilation est canalisée dans des caricatures d'Ali tombé à terre, ou bien photoshopé dans des scènes brutales de sodomie pratiquée par des hommes de son entourage, en particulier son directeur de cabinet, Maixent Accrombessi.

 

 

Elles s'expliquent par le soupçon, jamais dissipé depuis 2009, selon lequel le fils adoptif d'Omar Bongo serait un "étranger", soit par sa nationalité d'origine (il serait un orphelin de la guerre du Biafra de la fin des années 60), soit – symboliquement – par son appartenance aux cercles ésotériques réputés nécessaires à la conquête du pouvoir: Rose-Croix, franc-maçonnerie, Njobi. Ces cercles frappent l'opinion par leur nature cosmopolite, patriarcale et anti-chrétienne, et le fait qu'ils soient composés en majeure partie d'hommes qui seraient liés entre eux, par un pacte de préservation du pouvoir à tout prix.

 

 

La rumeur accuse donc les élites politiques de pratiquer l'homosexualité rituelle comme garante de ces liaisons occultes. Un soupçon qui prend toute sa force dans un pays fortement chrétien et pentecôtiste, immergé dans les croyances au diable et aux sorciers.

 

 

 

"Les Gabonais sont devenus peureux…"

Mais il ne faut pas se tromper sur les fondements de ce rejet. S'il emprunte leur langage, il ne repose pas sur une simple xénophobie ou homophobie de principe. Si c'était le cas, il n'y aurait aucune légitimité au rejet populaire d'ABO. Or Ali Bongo n'a pas réussi à faire sien le pays. Celui que l'on appelle à mi-voix "l'autre" n'a que partiellement suivi la politique d'équilibre régional et ethnique de son père, préférant s'entourer d'une petite clique d'hommes sûrs, et affaiblir l'appareil du parti présidentiel, le PDG (Parti démocratique gabonais). Il s'est donc fait beaucoup d'ennemis dans son propre camp.

 

 

Ali a surtout a cassé le lien avec les citoyens de son pays. D'abord par sa démesure: les représailles contre l'opposition à Port Gentil en 2009 et la sanglante répression de 2016, en particulier l'attaque violente du QG de Jean Ping, son rival, le 1er septembre. De nombreuses arrestations arbitraires ont suivi, ainsi que morts et disparitions inexpliquées. Cette brutalité, bien plus considérable et imprévisible que du temps "du père", où, comme on dit à Libreville, "ça allait encore", a frappé les imaginations. Un ami me confie:

 

 

 

«Les Gabonais sont devenus peureux. Vingt morts dans un petit pays comme ça, c'est beaucoup, alors plus d'une centaine de morts…»

 

 

L'exultation qui suivit l'annonce de l'AVC d'Ali Bongo dans les médias internationaux est aujourd'hui remplacée par l'angoisse. Les deux vidéos du 4 et 5 décembre ont atterré ceux qui commençaient à rêver d'une libération politique.

 

 

 

La famille Bongo: "On ne veut plus le nom"

Ouvert par la brèche de la maladie du Président, le rejet du régime s'étend bien au-delà de la personnalité d'Ali Bongo, jusqu'à sa parentèle de caciques placés aux commandes stratégiques de l'État. Si Ali tombe, les sources de tous bords à qui j'ai pu parler sur place pensent que les Bongo ne pourront pas se cramponner longtemps au pouvoir. Le sentiment vaut également pour l'entourage proche du Président, recruté en partie dans le Haut-Ogooué, région d'origine de la "Famille", et région électorale qui a fait basculer – par la manipulation éhontée des résultats – les élections de 2016. Ces chuchotements font planer un véritable sentiment de fin de régime à Libreville.

 

 

Fratrie tentaculaire, bien que petite en nombre, la Famille monopolise depuis cinquante ans (depuis l'avènement d'Omar Bongo en 1968) les positions à la tête de l'État. Sa particularité est d'être, au sens propre, une parentèle liée par des alliances politiques et matrimoniales.

 

 

La présidente de la Cour Constitutionnelle, Marie-Madeleine Mborantsuo, par exemple, fut la maîtresse d'Omar Bongo, lui-même marié avec Edith, la fille de l'actuel président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso. Jean Ping, principal opposant d'Ali et son vainqueur présomptif aux présidentielles de 2016, a eu deux enfants illégitimes avec Pascaline Bongo, fille d'Omar et sœur d'Ali, et ancienne ministre des Affaires étrangères (1991-1994), et un enfant avec Marie-Madeleine Mborantsuo.

 

 

 

Union sacrée pour garder le pouvoir

Dans le contexte d'incertitude actuelle, et sans successeur désigné d'ABO, la peur de perdre le pouvoir a réuni les membres de la Famille dans une union sacrée, au moins temporaire. Outre le pouvoir, elle va tenter de protéger ses biens et privilèges, consciente des dangers à venir. Certains pensent même qu'en cas d'alternance politique, la haine populaire est telle qu'il est possible que la famille subisse des tentatives de règlements de compte spontanés, voire des exécutions sommaires.

 

 

Si Ali survit, la Famille continuera donc sans doute à gouverner derrière la façade d'un Président, même en incapacité, du moment qu'il est suffisamment "vivant" pour donner l'illusion de la pérennité. Encore faut-il qu'elle résiste à ses divisions internes.

 

 

Si ABO tombe, son entourage pourra essayer de passer une alliance avec un nouvel homme fort, adoubé par le Parti démocratique gabonais (PDG). Mais le parti est réputé fragilisé et divisé, par les soins d'Ali lui-même, et par le départ de plusieurs membres importants dans l'opposition depuis 2016.

 

 

Frédéric Bongo, un des frères d'ABO, à la tête du service de renseignements gabonais, pourrait peut-être incarner la succession dynastique. Mais il n'a pas d'assise au PDG, et manque d'envergure politique. Frédéric Bongo peut néanmoins tenter un coup armé, ou constitutionnel, avec l'appui de Marie-Madeleine Mborantsuo. Même si l'hypothèse n'est pas à écarter, beaucoup soulignent que l'armée est très affaiblie, par la volonté même d'Ali qui a coupé vivres et crédits.

 

 

 

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La présidente de la Cour constitutionnelle, Marie-Madeline Mborantsuo, à Libreville, en mai 2018. (Steve Jordan/AFP)

 

 

 

L'un des symptômes du flottement que l'on peut ressentir aujourd'hui, à Libreville, est la présence plus ténue des forces de l'ordre. Dans la rue, on remarque peu les habituels barrages de police installés d'ordinaire pour contrôler les véhicules et leur soutirer des amendes. Certains se demandent si le gouvernement, privé du chef de l'État et du joug qu'il fait peser sur le pays, a voulu laisser la population souffler un peu. D'autres pensent, au contraire, que les troupes sont tapies dans l'ombre, prêtes à sortir en cas de révolte ou de coup.

 

 

 

Oppositions et "Résistance"

Quelle est capacité de l'opposition à offrir une alternative au pouvoir vacillant? Il y a deux sortes d'opposition au Gabon. La première, déjà active durant les dernières décennies du régime d'Omar Bongo, est constituée d'hommes du pouvoir, "nourris» au PDG, qui décident avant les élections de quitter le parti et de se présenter indépendemment. Régulièrement battus, ces opposants opportunistes rentrent en général assez vite au bercail, avec force prébendes.

 

 

Le schéma incite une partie de l'opinion à soupçonner ces rivaux temporaires comme une stratégie du pouvoir pour affaiblir l'opposition et diviser les votes. Le dernier en date est Alexandre Barro-Chambrier (Rassemblement héritage et modernité, RHM), un homme de la Côte (Myènè) donc hors Haut Ogooué, un "neutre", dont on murmure qu'il pourrait être l'homme providentiel cherché par la Famille au cas où Ali tombe.

 

 

Mais Chambrier a échoué à se faire élire à la députation lors des législatives du 6 et 27 octobre 2018, comme deux autres successeurs potentiels, Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, 48 ans, ex-énarque, et Guy Nzoumba-Ndama, 71 ans, ancien président de l'Assemblée nationale. L'un d'entre eux ne pourrait succéder à ABO qu'avec le soutien massif du PDG et la perpétuation de la fraude, devenue un élément constitutif des élections. Dans cette configuration, échaudée par les manipulations de 2016, il n'est pas dit que la rue pourrait être contenue.

 

 

La deuxième forme d'opposition existe depuis 2016, quand Jean Ping (76 ans) a réussi, pour la première fois au Gabon depuis l'indépendance, à rallier ses rivaux autour de sa candidature unique aux présidentielles. Après la victoire frauduleuse d'ABO, Ping a persisté dans son refus du résultat électoral, et continue à se présenter comme le «Président élu» du Gabon. Il reste donc l'incarnation d'une opposition vertueuse, mais dans une posture d'expectative.

 

 

 

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L'opposant Jean Ping, le 2 septembre 2016, à Libreville. (Steve Jordan/ AFP)

 

 

 

De l'avis général, si Ali Bongo mourait ou était déclaré incapable d'exercer le pouvoir, de nouvelles élections présidentielles seraient gagnées à tout coup par Ping, les Gabonais sautant sur l'occasion de rattraper la destruction de leur vote en 2016. Ceux qui soutiennent Ping, au Gabon et dans la diaspora en France et en Amérique du Nord, se rassemblent dans ce qu'ils nomment "la Résistance", radicale et riche de jeunes talents, mais dont il est difficile de mesurer la force d'impact au Gabon lui-même.

 

 

Ping a toutefois déçu certains de ses supporters, en partie par sa décision de respecter des règles institutionnelles qui se sont retournées contre lui (la sanction hâtive de François Hollande d'adouber la douteuse victoire d'ABO). Jusqu'à récemment, il avait refusé d'encourager un coup de force populaire contre le régime. Mais le 15 décembre, il a tenté d'organiser un large rassemblement populaire dans son QG à Libreville, autour d'un discours incendiaire:

 

 

 

« Aujourd'hui, les temps ont changé… notre pays est au bord du gouffre… Après les négociations, c'est l'heure de la confrontation (…) Nous ici, on dit “ça passe et ça casse !‘… Je ne vous retiens donc plus!.»

 

 

Il n'a cependant attiré que 300 à 400 manifestants, et a quitté rapidement le cortège, avant que celui-ci ne soit dispersé par les forces de l'ordre. La grande manifestation syndicale qui devait se tenir le 18 décembre au carrefour de la Démocratie à Libreville a été également empêchée par la police. Le potentiel de Jean Ping à mobiliser les foules semble faible.

 

 

 

Que va-t-il se passer maintenant ?

La crise ouverte depuis deux mois par la maladie d'ABO est loin d'être résolue, malgré les déclarations gouvernementales sur le "retour à la normale". La Famille va chercher à consolider autant que possible la façade du gouvernement effectif d'Ali, resserrant les rangs et utilisant tous les moyens, au premier rang desquels la Cour Constitutionnelle, pour ne pas avoir à désigner un successeur au Président, et encore moins ouvrir une phase – périlleuse pour elle – d'élections.

 

 

L'opposition ne semble pas réussir pour l'instant à mobiliser les Gabonais dans la rue pour se saisir de l'occasion. A cela, plusieurs raisons: la faiblesse politique de la plupart des opposants, et l'usure palpable de la légitimité de Jean Ping. Mais il y a aussi la peur des Gabonais devant la probabilité d'une répression violente des mouvements de rue.

 

 

Tant qu'Ali Bongo ne sera pas mort ou empêché – et surtout certifié comme tel – les Gabonais savent aussi que la France, fidèle à son comportement historique de suzerain postcolonial, confortera un pouvoir qu'elle a aidé à se pérenniser, en 2016, en adoubant le candidat défait par les urnes.The Conversation

 

 

 

 

Florence Bernault, Professeur, University of Wisconsin-Madison

 

 

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 


30/12/2018
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Franceinfo - le samedi 29 décembre 2018

 

 

L'armée thaïlandaise déploie ses Casques bleus au Soudan du Sud

 

 

 

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franceinfo AfriqueRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

 

Quelque 261 soldats de l'armée royale thaïlandaise sont partis, le 22 décembre 2018, pour le Soudan du Sud. Cette unité est déployée dans le cadre de la mission de maintien de la paix des Nations Unies, pour une durée d'un an

 

 

 

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Avant leur déploiement au Soudan du Sud dans le cadre d'une mission de maintien de la paix de l'ONU, 261 soldats participent, le 22 décembre 2018, à une cérémonie de départ, au quartier général de la force armée royale thaïlandaise, à Bangkok. APICHIT JINAKUL / BANGKOK POST

 

 

 

Colliers jaunes et casques bleus. Les soldats de la Compagnie thaïlandaise d'Ingénierie militaire horizontale (HMEC), pour la plupart issus du corps du génie, sont en partance pour le Soudan du Sud. Ils sont au garde à vous devant le chef des forces de défense thaïlandais, Pornpipat Benyasri, qui préside une cérémonie de départ au quartier général de la force armée thaïlandaise. Leur mission sur place : réparer et reconstruire des infrasctructures publiques, telles que des routes et des ponts qui relient les villes de Juba, Torit et Yei. D'importants équipements avaient déjà été envoyés dans ce pays d'Afrique orientale. L'armée thaïlandaise s'est dite fière de participer aux efforts internationaux visant à maintenir la paix et la sécurité internationale. En 2005, 175 soldats thaïlandais, essentiellement ingénieurs, avaient rejoint le Burundi après la guerre civile. En 2003, la Thaïlande avait déployé 422 soldats non combattants en Irak, pour reconstruire des routes et des infrastructures.

 


29/12/2018
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Franceinfo - le samedi 29 décembre 2018

 

 

La République démocratique du Congo : un géant à l'Etat défaillant

 

 

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Pierre MagnanRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

Située au cœur de l’Afrique centrale, la République démocratique du Congo est victime de crises de tous ordres : situation politique instable, Etat quasi absent, infrastructures sous-dimensionnées au regard de sa taille, conflits intérieurs, est du pays livré aux bandes armées… Sans compter le retour d’Ebola. Présentation du pays en quatre points

 

 

 

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Des partisans du candidat à la présidentielle, Martin Fayulu, à Kinshasa, devant la statue de Patrice Lumumba, premier leader de la République démocratique du Congo, le 21 novembre 2018. (JOHN WESSELS / AFP)

 

 

 

Après 17 ans au pouvoir, le chef de l'Etat Joseph Kabila a été obligé de concéder des élections (qui devraient finalement avoir lieu le 30 décembre 2018). Le vainqueur de la présidentielle aura à gérer un pays immense qui est aussi, pour ses habitants, l’un des plus pauvres d’Afrique.

 

 

 

Géographie : deuxième pays d’Afrique par sa superficie

Deuxième Etat le plus grand d’Afrique après l’Algérie, la RDC a une superficie de 2,3 millions de km², soit 80 fois la Belgique, son ancienne puissance coloniale.



Située en plein cœur de l’Afrique centrale, à hauteur de l’équateur, elle s’étend de l’océan Atlantique (sur lequel la RDC possède une petite ouverture, à l’embouchure du fleuve Congo qui structure le pays sur plus de 4000 km) aux pays d’Afrique de l’Est sur les grands lacs.

 

 

A l'est, la frontière suit celle de ces grands lacs sur une longueur de 1400 km dans une direction nord-sud. La forêt occupe une immense partie de la superficie du pays et est encore relativement peu exploitée.

 

 

La RDC est un pays enclavé (à l'exception de sa petite ouverture sur la mer). Elle possède une frontière avec neuf pays (Congo, République Centrafricaine, Soudan du Sud, Ouganda, Rwanda, Burundi, Tanzanie, Zambie et Angola).

 

 

Le pays compte plus de 80 millions d'habitants, le plus grand nombre de francophones après la France.

 

 

 

Histoire : un pays marqué par la colonisation belge

L’histoire du Congo est celle d’un pays trop grand, trop riche, trop convoité. Les royaumes installés dans la région ont eu leurs premiers contacts avec les Européens au XVe siècle à l'ouest. Tandis qu'à l'est, des routes commerciales utilisées pour le commerce des esclaves permettaient de se rendre jusqu'à l'océan Indien.

 

 

Dans les pas de l'explorateur Henri Stanley, la région est confiée au roi des Belges lors de la conférence de Berlin en 1885. Léopold II crée l'Etat indépendant du Congo et se lance dans une exploitation sanglante (on a parlé d’"holocauste oublié") de ses ressources. "C’est dans l’Etat indépendant du Congo, futur Congo belge, que les méthodes de conquête ont atteint un degré de brutalité, qui en fait une sorte de modèle dans l’histoire des colonisations du XIXe et du XXe siècle", écrit Elikia M’Bokolo dans Le Livre noir du colonialisme.



Devenue colonie effective en 1908, le pays accède à l'indépendance en 1960, dans des conditions difficiles. La décolonisation est précipitée, débouchant sur une crise durable et sanglante dans un climat rendu encore plus instable par la Guerre froide. La transition est marquée par la sécession de la riche région minière du Katanga, les interventions étrangères et l'assassinat du leader du pays, le nationaliste Patrice Lumumba en 1961, qui permet à Joseph Mobutu de s'emparer du pouvoir.

 

 

L’ex-militaire installe un régime autoritaire à base de nationalisme (il change le nom de la capitale de Stanleyville en Kinshasa), de culte de la personnalité, d’anti-occidentalisme (zaïrisation et abacost). Après quelques années de modernisation, le pays s'enfonce dans la crise.

 

 

Le régime Mobutu s'effondre en 1997, emporté par les suites du conflit rwandais qui amène Laurent-Désiré Kabila au pouvoir. Ce dernier change le nom de Zaïre, cher à Mobutu, en République démocratique du Congo.

 

 

 

Politique : Kabila obligé de lâcher le pouvoir

Le 26 janvier 2001, Joseph Kabila est porté au pouvoir, après l'assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila. Il "hérite" d'un pays déchiré depuis août 1998 par une guerre régionale impliquant de multiples groupes armés et plusieurs pays africains. En 2006, Joseph Kabila est élu président, battant l'ex-chef de guerre Jean-Pierre Bemba aux premières élections libres depuis l'indépendance en 1960.

 

 

Le 28 novembre 2011, Kabila est réélu lors d'élections marquées par des violences et entachées d'irrégularités. L'opposant Etienne Tshisekedi rejette les résultats.

 

 

A 47 ans, Joseph Kabila a été contraint de renoncer à un troisième mandat de cinq ans, interdit par l'actuelle Constitution, après 17 ans aux affaires. Le pays est en crise, une partie de son territoire est soumise aux violences de groupes armés, tandis que d'autres régions connaissent des conflits qui ont forcé de très nombreux habitants à se déplacer dans des camps de réfugiés.

 

 

 

Economie: un pays totalement dépendant du cours des matières premières

Cuivre, cobalt, coltan, fer, uranium, pétrole... "En 2015, le secteur extractif représentait 97,5% des recettes d’exportation, 24,7% des recettes courantes de l’Etat et 20,9% du PIB", écrit la Banque Africaine de Développement (BAD) à propos de l'économie de la RDC. C'est peu dire que le pays est dépendant de ce secteur... et des variations de cours fixés loin de Kinshasa.

 

 

Souvent qualifiée de "scandale géologique" tant son sous-sol est riche, la RDC possède en effet de nombreuses matières premières. Pourtant, "son économie est le reflet du phénomène de 'syndrome des matières premières' : celui d’un faible développement de son économie et d’une pauvreté persistante en dépit de l’exploitation de ses richesses naturelles", note le Ministère de l'économie et des finances français à propos de la RDC. Un pays qui est le 7e plus pauvre de la planète.

 

 

"Depuis les années 70 jusqu’à ce jour, l’industrie extractive est le principal secteur porteur de croissance économique en RDC", confirme le FMI. Si aujourd’hui la situation du pays s’est quelque peu améliorée, c'est lié au fait que le prix des matières premières est remonté. "Entre janvier 2016 et janvier 2018, le prix du cuivre a augmenté de plus de 57,9%. Celui du cobalt a augmenté de plus de 330% pendant la même période", explique le FMI

 

 

Outre ses richesses minières, le Congo Kinshasa possède de nombreux autres atouts. Il dispose de capacités hydroélectriques uniques, mais actuellement mal exploitées. Résultat : seulement 9% de la population ont accès à l’électricité. 

 

 

Les autres secteurs industriels sont en crise du fait de la demande très faible et de finances publiques mal gérées.



De son côté, la production agricole (premier secteur économique du pays), qui occupe 66% de la population, a subi les conséquences des multiples crises qui secouent le pays. Alors que le pays était fortement exportateur dans les années 60, la RDC connaît aujourd’hui des difficultés en matière d’alimentation. 

 

 

"La situation politique difficilement prévisible (...) comporte des risques majeurs pour la cohésion nationale et la paix sociale, et donc pour les perspectives économiques de 2018 et 2019. La sécurité reste préoccupante dans l’est et le centre du pays, et l’activité économique pourrait y être compromise si les violences persistaient, voire s’aggravaient. Par ailleurs, la détérioration du pouvoir d’achat des ménages, causée par la hausse des prix des produits de première nécessité et la dépréciation du franc congolais, risquent d’alimenter une crise sociale latente", conclut la BAD. Le futur président de la RDC sait à quoi s'attendre.

 


29/12/2018
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Franceinfo - le samedi 29 décembre 2018

 

 

Élections en RDC : "Il n'y a aucun espoir de changement en République démocratique du Congo"

 

 

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franceinfoRadio France

 

 

 

 

Après trois reports, 40 millions d'électeurs sont appelés aux urnes ce dimanche en République démocratique du Congo. Le spécialiste Thierry Vircoulonen estime sur franceinfo qu'il n'y a "aucun espoir de changement" dans le plus grand pays d'Afrique subsaharienne

 

 

 

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La police monte la garde pendant que le matériel électoral est installé dans un bureau de vote à Bukavu, à l'Est du pays (FREDRIK LERNERYD / AFP)

 

 

 

Après trois reports depuis fin 2016, 40 millions d'électeurs sont appelés aux urnes dimanche 30 décembre en République démocratique du Congo. Ils doivent désigner notamment le successeur du président Joseph Kabila. À la veille de ces élections (présidentielles, législatives et provinciales), le spécialiste Thierry Vircoulonen a estimé sur franceinfo samedi 29 décembre qu'il n'y a "aucun espoir de changement" dans le pays. Le chercheur associé au Centre Afrique Subsaharienne de l'Institut français des relations internationales (IFRI) prédit "une fraude historique".

 

 

 

franceinfo : 21 candidats briguent la présidence ?

 

 

Thierry Vircoulonen : Oui, 21 candidats, dont le "dauphin" de Joseph Kabila, l'ex-ministre de l'Intérieur, Emmanuel Ramazani Shadary. C'est lui qui va remporter cette élection, une élection qui sera caractérisée par un vote extrêmement chaotique. On a vu toute cette semaine les difficultés d'organisation se multiplier, et il y aura probablement une fraude historique. Il n'y a aucun espoir de changement en République démocratique du Congo. L'opposition a réussi à se mettre d'accord pour un candidat unique à la présidentielle pendant 24 heures seulement. Il y a essentiellement deux candidats d'opposition (d'un côté, Martin Fayulu, et de l'autre, l'alliance entre Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe). Unie ou pas, cette opposition n'est pas capable de contrer la fraude qui a été préparée.

 

 

 

La RDC est un pays riche, mais avec une population très pauvre. 80% des habitants vivent en-dessous du seuil de pauvreté absolue, 50% n'ont pas accès à l'eau potable...

 

 

Il  y a une relation extrêmement claire entre le pillage des ressources naturelles en RDC et le fait que ce pays soit en situation d'hyper-pauvreté depuis très longtemps, avec un budget de l'Etat de l'ordre de 6 milliards de dollars seulement pour 80 millions d'habitants. À cela s'ajoute une tentation d'isolement croissante, puisque l'ambassadeur de l'Union Européenne vient d'être expulsé. Emmanuel Ramazani Shadary est sous sanction de l'Europe. Une fois qu'il sera au pouvoir, on risque de rentrer dans une dynamique d'isolement. Ce pays est en train d'organiser une mascarade électorale pour continuer le régime du président Kabila.

 

 

 

Y a-t-il aussi un risque de violences après ce scrutin, comme ce fut le cas en 2001 et 2011 ?

 

 

Il y a toujours un risque de violences. C'est assez évident. Le pouvoir s'est préparé, de longue date, à une épreuve de force dans la rue. Ces violences sont-elles capables de changer le rapport de force ? C'est toute la question.

 


29/12/2018
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Franceinfo - le jeudi 27 décembre 2018

 

 

Madagascar : vainqueur annoncé de la présidentielle, Andry Rajoelina a-t-il un programme pour son pays ?

 

 

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Michel LachkarRédaction AfriqueFrance Télévisions
 

 

 

Bon communicant et un zeste populiste, Andry Rajoelina a remporté, d'après les chiffres de la Commission électorale, une nette victoire sur son rival Marc Ravalomanana, qui dénonce des fraudes. La campagne électorale, aux allures de règlement de comptes, a largement occulté les problèmes de fond...

 

 

 

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Des passants devant le siège de la radio-télévion privée Viva TV,  propriété d'Andry Rajoelina, candidat victorieux à la présidentielle malgache. Antananarivo, le 17 décembre 2018. (GIANLUIGI GUERCIA / AFP)

 

 

 

Le dernier comptage, publié le 27 décembre 2018 sur le compte Facebook de la Commission électorale (Ceni), crédite Andry Rajoelina de 55,6% des voix après dépouillement de tous les bulletins.

 

 

 

Duel électoral entre deux anciens chefs d'Etat

Marc Ravalomanana dénonce toujours des "fraudes massives" et avertit "qu'il ne respectera les résultats que s'ils correspondent à la réalité". 

 

 

Le 22 décembre, il appelait "tous les Malgaches qui sentaient (sic) avoir subi une injustice et une violation de leur droit et de leur vote à se lever et oser défendre leur choix" et appelait à une manifestation samedi 29 décembre dans la capitale. Un recours devant la Haute cour constitutionnelle sera déposé dans les heures qui viennent.

 

 

Depuis des semaines, le duel électoral entre les deux anciens chefs d'Etat se nourrit de fortes tensions dans ce pays abonné aux crises politiques à répétition depuis son indépendance en 1960.

 

 

Les deux rivaux sont issus de l’ethnie mérina vivant sur les hauts plateaux, "sorte d’aristocratie" à la tête du pays depuis des siècles. Andry Rajoelina, ex-disc-jockey, s'est enrichi dans la publicité, avant d'investir en 2007 dans les médias (radio et chaîne de télévision). Un instrument de poids dans sa rivalité politique avec Marc Ravalomanana, 69 ans, qui, de son côté, a fait fortune à la tête d'un groupe laitier (TIKO).

 

 

Elu président en 2002 puis en 2006, Marc Ravalomanana devra démissionner en 2009 face à une vague de manifestations violentes fomentées par Andry Rajoelina, fraîchement élu maire de la capitale Antananarivo. Fils de colonel, ce dernier sera ensuite installé par l'armée à la tête d'une présidence de transition, le 19 mars 2009. Il a alors 34 ans.

 

 

 

Plus jeune président d'Afrique en 2009

Surnommé "TGV" en raison de sa fulgurante ascension, Rajoelina annule dès son arrivée au pouvoir la vente de plusieurs millions d’hectares de terres non exploitées promise au groupe coréen Daewoo par son prédécesseur. Il s'agit là de la principale faute politique de Marc Ravalomanana, car pour une grande partie de la population, la "terre malgache est sacrée", elle ne se vend pas aux étrangers.

 

 

Les Etats-Unis voient d’un mauvais œil le départ de Marc Ravalomanana, souvent aligné sur les intérêts économiques américains. Après l'investiture d'Andry Rajoelina à la présidence de la transition le 19 mars 2009, Washington coupe ses aides non humanitaires et suspend les programmes AGOA et MCC (accords commerciaux privilégiés) accordés à Madagascar.

 

 

 

Le bilan d'un premier mandat guère brillant

Dans ce contexte, le bilan de Rajoelina n'est guère brillant. Durant son premier mandat (2009 à 2013), la croissance baisse, la population vivant sous le seuil de pauvreté augmente de quelque 10 points pour s'établir à 92% en 2013. La malnutrition et l’insécurité gagnent du terrain. Les recettes du tourisme, une des principales ressources économiques à Madagascar diminuent de 50% en 2009, en raison de l'instabilité politique.

 

 

L'essayiste Olivier Vallée met toutefois en avant quelques réalisations remarquables : création d'hôpitaux dans les grandes villes (avec l'aide de la Chine), extension du réseau routier, notamment. Mais selon le journal La Dépêche de Madagascar et l'ONG Transparency International, Andry Rajoelina, ainsi que ses prédécesseurs Marc Ravalomanana et Hery Rajaonarimampianina (président sortant éliminé au premier tour le 7 novembre 2018), ont facilité les exportations frauduleuses de bois de rose vers la Chine.

 

 

 

Le programme d'Andry Rajoelina 

Durant la campagne électorale, Andry Rajoelina a énoncé un début de programme, appelé Initiative pour l’émergence de Madagascar (IEM). Il affirme ainsi pouvoir rattraper en cinq ans le retard économique de la Grande île (5e pays le plus pauvre du monde) et refaire de Madagascar un pays exportateur de riz. Il veut également "doubler la production d'électricité en 5 ans" dont 75% des Malgaches sont aujourd'hui privés 

 

 

Il faut sortir de l’improvisation qui a caractérisé les mandats précédents, à commencer par le mien. Andry Rajoelina Paris le 26 janvier 2018

 

 

Son plan économique repose en partie sur une exploitation plus importante et "plus équitable" des minerais de la Grande île et la transformation des provinces de Tamatave et Mahajanga en une sorte "de Côte d'Azur" tout en continuant "à recourir aux aides internationales pour les projets sociaux et d’infrastructures".

 

 

 

Suppression du Sénat

La première des mesures qu'il entend mettre en œuvre sera la suppression du Sénat qui est selon lui "une institution budgétivore, il coûte 25 milliards d’ariary (50 millions d'euros) par an aux contribuables malgaches. Nous allons le supprimer et utiliser ces 25 milliards pour construire 5 ou 6 universités spécialisées dans différents domaines. (…) Il y a en moyenne 80 000 nouveaux bacheliers par an, 10% seulement d’entre eux sont admis dans les universités publiques existantes."

 

 

Autre priorité affichée d'Andry Rajoelina : résoudre les problèmes d’insécurité, "Nous ne pouvons plus accepter les attaques des dahalos (voleurs de bétails), les kidnappings et les phénomènes d’insécurité en tous genres." 

 

 

Une fois élu, Andry Rajoelina pourra-t-il cette fois tenir ses engagements ? Il considère que son premier mandat a été singulièrement limité par des circonstances défavorables : "J'étais le pire ennemi de Ravalomanana... De plus, Madagascar ne recevait plus d'aide de la communauté internationale", affirme-t-il ajourd'hui. Maintenant que son élection est confirmée par la commission électorale, il aura pour principale mission, lors de ce second mandat, d'améliorer le niveau de vie de la population qui stagne depuis 60 ans. Un défi de taille, selon la Banque mondiale : 75% des 25 millions de Malgaches vivent aujourd’hui avec moins de 2 dollars par jour.

 


29/12/2018
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Franceinfo - le samedi 29 décembre 2018

 

 

"Nous réclamons les élections pour une démocratie digne et honnête" : en République démocratique du Congo, le ras-le-bol contre le président Kabila s'amplifie

 

 

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franceinfoAnthony FouchardRadio France

 

 

 

En République démocratique du Congo, les électeurs doivent élire leur président ce week-end mais beaucoup annoncent déjà que le vote risque de ne pas être crédible

 

 

 

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De jeunes manifestants protestent à Beni deux jours avant l'élection présidentielle en RDC.  (ALEXIS HUGUET / AFP)

 

 

 

Après quasiment deux décennies au pouvoir en République démocratique du Congo, le président Joseph Kabila doit normalement passer la main. Les élections ont lieu dimanche 30 décembre mais les soucis logistiques perdurent et beaucoup annoncent déjà que cette élection risque de ne pas être crédible. 

 

 

 

Les élections déjà repoussées trois fois 

Le régime du président Kabila est de plus en plus critiqué en RDC. Après 17 ans de règne sans partage, le chef de l'État exerce sans mandat légal depuis décembre 2016 car les élections ont été repoussées trois fois. Claude Kinyuyi, activiste d’un mouvement de vigilance citoyenne résume le bilan du régime en place : "Ils ont été incapables d'assurer la sécurité de la population. Ce régime a largement prouvé son incompétence et son incapacité en terme de gestion de la chose publique", dit-il. 

 

 

Il n'y a vraiment aucune raison de donner, encore une fois, notre confiance à ce régime Claude Kinyuyi à franceinfo

 

 

La population de la République démocratique du Congo est l'une des plus pauvres du monde alors que le pays regorge de richesses, accaparées par une minorité. "Aujourd'hui, nous réclamons les élections pour que nous ayons une démocratie digne et honnête", affirme le docteur Balamisho Descartes qui habite dans le nord-est du pays. En attendant, grâce au développement de l’armée, Joseph Kabila a pu maintenir l’unité du Congo, un pays toujours déchiré par les guerres et les massacres, quasi-quotidien dans l’est du pays.

 


29/12/2018
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Franceinfo - le jeudui 8 novembre 2018

 

 

Des islamistes interdisent l’école à plus de 2000 enfants au Mali

 

 

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Eléonore Abou EzRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

Au Mali, près de 2.000 élèves sont privés d'école depuis une semaine au nord-est de Bamako, où des groupes armés imposent leur loi. Ils exigent un enseignement exclusivement religieux et menacent les enseignants. Une pratique qui rappelle celle de Boko Haram au Nigeria

 

 

 

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Une salle de classe dans l'école construite par l'Unicef à Mopti, dans le centre du Mali, en mars 2018 (photo d'illustration). (JURGEN BATZ / AFP)

 

 

 

Que s'est-il passé?


Des hommes armés sont arrivés à moto dans un village près de Banamba, à 140 km au nord-est de la capitale Bamako et ont regroupé les habitants dans la mosquée, selon le témoignage d'un enseignant cité par l'AFP. «Ils ont ont demandé de fermer toutes les écoles où l'on apprend le français et d'enseigner désormais le Coran.» Le même scénario s'est reproduit dans d'autres localités voisines où plus de 20 écoles sont fermées depuis une semaine.

 

 


Qui sont ces djihadistes?


Les hommes armés et enturbannés se sont présentés comme des fidèles du prédicateur radical Amadou Koufa. L’homme, dont le groupe est apparu il y a trois ans dans le centre du Mali, réclame ouvertement l’établissement d’une République islamique au Mali. Il est connu pour ses prêches enflammés contre l’Etat malien et contre la France «ennemie de l’islam».

 


 
Que fait l’Etat?


C’est la première fois que l'ordre de fermer les école est aussi explicite dans cette région qui se trouve à moins de 200 km de la capitale Bamako, ce qui inquiète la population.



Une opération «de grande ampleur» a été lancée début novembre et des suspects ont été interpellés, selon les autorités. Pas de quoi rassurer les habitants, les enseignants ou les élus locaux qui sont directement menacés. A l’occasion de la rentrée scolaire début octobre, l’Etat avait déjà promis de renfoncer la sécurité pour permettre aux enfants d’aller à l’école.

 

 

 

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La région de Banamba marquée en rouge, où 20 écoles ont été fermées. (Capture d'écran )

 

 

 

Plus de 700 écoles fermées


Près de six ans après la reprise de la région Nord tombée sous la coupe des djihadistes, les menaces pèsent sur les habitants du centre et du sud du Mali cette fois-ci. Dans ce climat d’insécurité, les écoles sont devenues une cible privilégiée des islamistes. «Se rendre à l’école relève parfois du défi», notait l’Unicef dans un rapport publié en juin 2018. On y apprend que des écoles ont été brûlées dans le centre du Mali par des hommes armés qui luttent contre l’éducation laïque.

 



Au plan national, au moins 750 écoles ont été fermées dans l’ensemble du pays en raison des menaces et de l’insécurité. Plus de 150.000 enfants sont ainsi privés d’éducation.

 


 
Intimidations, menaces, attaques… La stratégie des groupes armés au Mali rappelle celle de Boko Haram au Nigeria. Le groupe terroriste considère l’école comme un vecteur de l’éducation occidentale. Une stratégie destinée probablement à empêcher la scolarisation des enfants comme nous l’expliquions dans un article précédent.

 


18/12/2018
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Franceinfo - le mardi 18 décembre 2018

 

 

République centrafricaine : l'incapacité de l'ONU à protéger les civils face aux attaques des milices

 

 

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Benoît LallauThe ConversationFrance Télévisions
 

 

 

 

Sous tutelle des Nations Unies, la Centrafrique subit les violences des milices depuis six ans. Malgré la complexité de la situation, "le système onusien persiste dans des éléments de langage et des pratiques qui relèvent très largement du déni de réalité", analyse Benoît Lallau dans The Conversation

 

 

 

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Un soldat tanzanien de la force de l'ONU déployée en Centrafrique, en juillet 2018 (ici près de la localité de Gamboula). (Florent Vergnes/AFP)

 

 

 

Commençons par quelques éléments de contexte : la République centrafricaine (RCA) connaît, depuis décembre 2012, le conflit le plus important de son histoire – par son intensité, sa durée, son extension territoriale. Des milices dites « séléka » (provenant du nord du pays, mais aussi du Tchad, du Soudan, et de populations peules) ont pris le pouvoir à Bangui, en mars 2013. Face aux exactions de ces milices, des groupes dites « antibalaka » ont émergé et s’en sont pris, à partir de la fin 2013, aux séléka. Les séléka étant musulmans, les antibalaka non, le conflit a pris une tournure interconfessionnelle : chrétiens contre musulmans.

 

 

Mais la réalité est bien moins binaire. Aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 18 groupes politico-militaires – tantôt issus de l’ex-séléka, tantôt se proclamant antibalaka, tantôt autonomes vis-à-vis de ces deux mouvances – qui se disputent le contrôle du territoire centrafricain et de ses richesses (pour l’essentiel : diamant, or, bétail).

 

 

Le pouvoir centrafricain, issu en février 2016 d’élections dites « libres » (ce qui est évidemment faux dans un pays en très large partie contrôlé par des milices), est sous la tutelle – financière et militaire – des Nations unies. Si l’arrivée récente dans le pays des Russes semble bousculer un peu cette donne, l’essentiel des espoirs de pacification et de relèvement du pays repose encore, en cette fin 2018, sur le système des Nations unies, militaire comme civil.

 

 

Du côté des civils, on trouve les organisations usuelles : la Coordination humanitaire (OCHA), le Programme alimentaire mondial (PAM), la Banque mondiale, l’Unicef, etc. Du côté des militaires, on trouve la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca), une opération classique de maintien de la paix déployée depuis avril 2014. Forte d’environ 11000 militaires et 2000 policiers, dotée d’un budget de 880 millions de dollars, la Minusca regroupe des contingents d’une vingtaine de nationalités, issus de tous les continents. Elle a été précédée puis secondée par le contingent français de l’opération Sangaris (de décembre 2013 à octobre 2016).

 

 

La crise centrafricaine est donc complexe, mais face à cette complexité, le système onusien persiste dans des éléments de langage et des pratiques qui relèvent très largement du déni de réalité. En voici deux exemples.

 

 

 

Premier déni : une armée onusienne est en mesure de protéger les populations civiles

J’étais à Alindao, le 15 novembre dernier, lorsque l’UPC (Union pour la paix en Centrafrique, l’un des groupes de l’ex-séléka) a décidé de razzier le site de déplacés situé autour de l’évêché catholique. Le contingent mauritanien, appuyé ce jour-là par des éléments burundais de passage, n’a pas bougé. Bilan : des milliers de huttes détruites, des bâtiments catholiques détruits, 60 personnes tuées, dont beaucoup d’enfants, de femmes et de vieillards, n’ayant pas fui assez vite, et 26000 personnes éparpillées en brousse.

 

 

 

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Vue sur une partie des ruines du camp de déplacés d’Alindao (novembre 2018). Benoît Lallau/DR, Author provided

 

 

Comment expliquer une telle incapacité, qui s’est bien sûr observée ailleurs qu’à Alindao, à assumer son mandat de protection des populations civiles ? Par le fait, très simplement, que la Minusca n’est pas une armée. Elle agrège des fragments de contingents, à l’efficacité, la volonté d’engagement et la probité très variables.

 

 

Certaines troupes sont assez reconnues pour leur détermination, comme les Portugais, les Rwandais, les Burundais (et auparavant les Français, intervenant en complément de la Minusca via l’opération Sangaris). D’autres, beaucoup plus nombreux, sont considérées comme peu fiables, pour des raisons très diverses, parmi lesquelles : le dysfonctionnement des chaînes de commandement, la passivité de soldats bien payés mais fort peu enclins à se faire tuer pour les civils centrafricains, l’implication dans les trafics d’or ou de diamant, voire même collusion avec certains des groupes armés qui écument le territoire centrafricain, par proximité religieuse ou ethnique.

 

 

Mais cela n’est évidemment pas assumé. Ainsi les éléments de langage déployés par la Minusca après la razzia d’Alindao se limitent aux arguments suivants : le communiqué officiel relate un affrontement entre groupes armés (et donc pas une attaque de civils par un groupe armé) – ce qui minimise la responsabilité du contingent. On met en avant le trop faible effectif sur place, alors que l’on a interdit l’engagement du contingent burundais qui se trouvait aussi sur zone. Et puisque la collusion avec le groupe armé (l’UPC ici), devient trop flagrante, on reconnaît pudiquement que le contingent (mauritanien) n’est pas « à la hauteur des standards d’une force de maintien de la paix » (je cite de mémoire Parfait Onanga, le chef gabonais de la Minusca, le 18 novembre dernier, lors d’un échange à propos des évènements d’Alindao).

 

 

 

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Carte de la République centrafricaine. Google map

 

 

Le cas d’Alindao n’est pas isolé et on est loin, dans la RCA de 2018, d’une situation de conflit de basse intensité, comme on l’avance encore trop souvent. Non, la Minusca n’est pas, globalement et en dépit – je le répète – de l’engagement réel de certains contingents, en mesure de protéger les populations centrafricaines. Tout simplement parce qu’elle n’est pas crainte par les groupes armés. L’absence de réaction vigoureuse lorsque certains de ses contingents subissent une attaque, tout comme l’absence de volonté de prendre le contrôle des zones minières (zones qui permettent le financement des milices), ne font que renforcer ce sentiment.

 

 

Un officier français de l’opération Sangaris m’expliquait, il y a quelques années, à Bangui, ce que tous les spécialistes de stratégie savent bien : une bonne négociation se fonde sur un rapport de forces établi au préalable. Avant de discuter de la carotte, il faut avoir montré voire utilisé le bâton. Ce bâton, la Minusca ne sait pas, ou ne veut pas l’utiliser.

 

 

 

Second déni de réalité : le DDR peut ramener la paix en RCA

Venons-en donc à la carotte. Cette carotte, elle se nomme « DDR » : Désarmement, Démobilisation, Réintégration des anciens combattants. Expliquons à ceux qui ne maîtrisent pas la novlangue onusienne : il s’agit de d’appuyer le retour à la vie civile des membres de milices, de les inciter à abandonner les armes. Et ce par des versements monétaires, des intégrations dans l’armée régulière, et de manière moins explicite par l’octroi de postes ministériels ou dans la haute fonction publique aux leaders des groupes armés.

 

 

Cela ne fonctionne pas. L’échec des DDR précédents a été bien mis en évidence, notamment par Louisa Lombard de Yale University. Mais ce qui n’a pas fonctionné par le passé doit être retenté. C’est au nom de cette antienne onusienne qu’a été signé un nouvel accord de DDR, en mai 2015, impliquant une bonne partie des principaux groupes armés écumant le territoire centrafricain.

 

 

 

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Des déplacés revenant dans les ruines du camp d’Alindao, le 17 novembre, sous la protection d’un véhicule blindé burundais de la Minusca. Benoît Lallau/DR, Author provided

 

 

Les raisons de l’échec de tels dispositifs sont nombreuses, et entremêlées. Considérons, pour les comprendre, l’une de ces entreprises politico-militaires, celle-là même qui a razzié le site de déplacés d’Alindao le 15 novembre dernier, l’UPC. UPC comme « Union pour la paix en Centrafrique ». Mais ne vous laissez pas abuser par le nom : nous avons ici affaire à des professionnels de la prédation, sans projet politique national. L’UPC est dirigée par Ali Darass, Peul de l’ethnie Oudah originaire du Niger, secondé par des « comzones » (commandants de zone) et « officiers » tel le redouté « Colonel Ben Laden » à Alindao. Elle agrège, au sein d’une troupe assez disciplinée et bien armée, de nombreux jeunes majoritairement Peuls, de diverses nationalités. Quelle prise peut donc avoir le DDR sur cette UPC ?

 

 

Bien mince, en réalité. Car le DDR a comme hypothèses principales :

 

 

  • que l’État est capable de reprendre le monopole de la violence légitime ;

 

  • que les groupes armés souhaitent déposer les armes, pour peu qu’on les y incite.

 

Passons l’inexistence de l’État dans les régions périphériques depuis des décennies, et la propension des élites centrafricaines à se préoccuper d’abord de leurs intérêts immédiats, quitte à brader le pays aux plus offrants, les Russes actuellement. Et arrêtons-nous sur la seconde hypothèse. Elle soulève deux objections fondamentales : l’impunité et le no exit.

 

 

 

Le fléau de l’impunité

En premier lieu, le DDR entretient une culture de l’impunité, car si l’on y réfléchit bien, il revient à penser et à distribuer des « primes de départ » pour pillards. C’est un fait bien établi pour tous les Centrafricains : le pillard (tout comme le « détourneur ») ne rend pas de comptes.

 

 

Au contraire, il peut briguer un titre de ministre ou d’opposant politique s’il est haut placé dans la hiérarchie de l’entreprise prédatrice, ou il espère profiter de quelques aides à la réinsertion s’il n’en est que l’un des soutiers. Il n’a pas à restituer les biens volés, il n’a pas à s’excuser pour les exactions commises, puisque c’était pour la bonne cause, la « libération », l’autodéfense, la nécessité de nourrir la famille ; et puisque ces chrétiens ou musulmans l’ont quand même bien cherché… Il peut même se risquer à revendiquer l’amnistie générale dans le cadre des négociations multipartites.

 

 

Seuls les moins nuisibles et/ou les moins protégés, risquent d’être transférés devant la CPI (Cour pénale internationale). Tels ces deux ex-leaders antibalaka : Alfred Yekatom Rombhot alias « Rambo » et peut-être prochainement Patrice-Edouard Ngaïssona, récemment arrêté en France. « Des idiots utiles », me glissait récemment un diplomate…

 

 

 

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Arrestation de l’ex-milicien « Rambo » par des militaires centrafricains, à Bangui, le 29 octobre 2018. (Gaël Grilhot/ AFP)

 

 

 

Face à une impunité qui demeure la norme, chez les victimes s’ancre la conviction que, plutôt que de réclamer justice, il faut se venger, piller à son tour. Le DDR se heurte alors au cycle des représailles, et au désordre de la justice dite « populaire ».

 

 

La logique du « no exit »

En second lieu, le DDR se confronte à la logique du « no exit ». Je m’explique. Le système onusien est actuellement face à une contradiction fondamentale. D’un côté, on entend lutter contre l’impunité, en refusant désormais toute perspective d’amnistie générale, au moins pour les principaux chefs de guerre. Mais, de l’autre, on ne tente pas de mettre fin aux activités de ces groupes – ce qui revient à reconnaître, de fait, l’impunité.

 

 

On comprend aisément qu’il n’est alors d’autre porte de sortie, pour les groupes armés, que la fuite en avant dans la prédation, jusqu’à une hypothétique neutralisation. Et précisément ce DDR est perçu, par ces chefs de guerre et leurs relais banguissois, comme un signe de faiblesse des Nations unies, une opportunité à saisir pour se réarmer, pour étendre son territoire. Pire, il les pousse à faire monter les enchères en montrant leur capacité de nuisance (et donc en pillant et tuant davantage encore).

 

 

En cela, ce dispositif aboutit au résultat exactement opposé à celui recherché : un accroissement et un enracinement des violences dans tous les territoires sous la coupe de ces groupes. Ainsi, dans son essence même, l’UPC, sans agenda politique national, n’a pas intérêt à une stabilisation de la situation, puisque c’est précisément du désordre et de la violence que vient sa prospérité. Quitte à exacerber et instrumentaliser l’opposition interconfessionnelle, en s’en prenant par exemple à l’église catholique, moins pour les biens pillés cette fois que pour le symbole que cela représente, et les cycles de représailles que cela peut induire.

 

 

Et ce manque d’attractivité du DDR s’observe aussi au niveau des miliciens de base : que valent les quelques dizaines de dollars espérées du DDR (lorsqu’elles arrivent vraiment !), pour ces jeunes gens qui n’ont souvent plus de « chez eux », qui n’ont d’autre horizon, d’autre famille souvent, que leur milice ?

 

 

 

Un ressentiment croissant contre l’ONU

Ainsi, le DDR n’est pas parvenu, et ne parviendra pas plus à l’avenir, à rompre le cercle du conflit centrafricain. Tous ses promoteurs onusiens ou centrafricains, et tous ses bénéficiaires effectifs ou potentiels le savent bien, mais affirment à l’unisson le contraire, tirant les uns et les autres profit de ce déni.

 

 

Bien que le mandat de la Minusca ait été reconduit le 13 décembre, un constat s’impose donc : ni la carotte tendue ni le bâton brandi par les Nations unies ne semblent en mesure de résoudre la crise dévastant la RCA. Un pays désormais investi par les Russes, qui voient là un bon coup géopolitique à peu de frais (dans l’extension de leur implantation au Soudan), occupant ainsi le terrain laissé libre par le retrait de la France et l’inefficacité de la Minusca.

 

 

 

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A l’hôpital pédiatrique de Bangui, le 4 décembre 2018. (Florent Vergnes / AFP)

 

 

 

Et face à un système onusien qui se complaît dans ses dénis de réalité, il y a des populations centrafricaines dont la situation ne s’améliore pas voire s’aggrave, parfois obligées (comme à Alindao ces dernières semaines) de survivre en brousse, « comme des animaux » nous disent-elles. Et qui nourrissent un ressentiment croissant vis-à-vis des personnels onusiens, civils comme militaires.

 

 

Qui, en dehors de ce système, pourrait s’en étonner ?The Conversation

 

Benoît Lallau, Maître de conférences, Sciences Po Lille

 

 

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 


18/12/2018
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