L'AIR DU TEMPS

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CRISE AFRICAINE


Franceinfo - le mercredi 5 août 2020

 

 

Coronavirus au Kenya : les grossesses d'adolescentes en hausse pendant la pandémie

 

 

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Image par Artsy Solomon de Pixabay


04/08/2020
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Franceinfo - le mercredi 29 juillet 2020

 

 

Soudan : le gouvernement envoie l'armée au Darfour, en proie à une flambée de violences

 

 

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Image par Kaufdex de Pixabay 


02/08/2020
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Franceinfo - le jeudi 23 juillet 2020 - mis à jour le 24.07.2020

 

 

Un soldat français a été tué au Mali dans des combats contre des groupes armés, annonce l'Elysée

 

 

 

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Image par Dariusz Sankowski de Pixabay

 


24/07/2020
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Franceinfo - le jeudi 16 juillet 2020

 

 

Mali : cinq questions pour comprendre la crise politique et sécuritaire qui embrase Bamako

 

 

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Image de Pixabay


17/07/2020
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Le Progrès du dimanche 12 juillet 2020

 

 

MALI : L'INSURRECTION REDOUTÉE

 

 

La capitale Bamako n'avait pas connu de troubles aussi graves depuis une décennie. Confronté au djihadisme et aux problèmes de développement, le Mali s'enfonce inexorablement dans une crise institutionnelle. Une inquiétude grandissante aussi pour l'armée française au Sahel.

 


13/07/2020
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Le Progrès du dimanche 5 juillet 2020

 

 

MALI

 

 

Des attaques de villages dogons font au moins 40 morts

 

 

Quatre villages dogons du centre du Mali ont été attaqués, mecredi et jeudi au Mali, tandis que des soldats étaient victimes au même moment d'une embuscade. Ces événements, survenus près de la frontière avec le Burkina Faso, ont fait au  moins quarante morts. On ignore pour l'instant qui est derrière ces nouveaux carnages. Mais ce ty-pe d'attaques est récurrent et illustre une fois de plus le cycle de violences djihadistes et communautaires qui endeuille non seulement le Mali, mais aussi l'ensemble du Sahel.

 

 

 

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Image par Jean van der Meulen de Pixabay 


05/07/2020
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Franceinfo - le samedi 6 juin 2020

 

 

Mali : quatre questions sur la mort du chef d'Aqmi, tué par l'armée française

 

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franceinfoFrance Télévisions

 

 

Le chef d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), l'Algérien Abdelmalek Droukdal, a été tué par les forces françaises dans le nord du Mali, a annoncé la ministre des Armées, Florence Parly, vendredi

 

 

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Deux chars de l'armée française dans le nord du Burkina-Faso, le 14 novembre 2019. (MICHELE CATTANI / AFP)

 

 

 

"Un succès majeur", pour Florence Parly. La ministre des Armées a annoncé, vendredi 5 juin, que le chef d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) avait été tué par les forces françaises dans le nord du Mali, près de la frontière algérienne. "Abdelmalek Droukdal, membre du comité directeur d'Al-Qaïda, commandait l'ensemble des groupes qaïdistes d'Afrique du Nord et de la bande sahélienne", a précisé la ministre. Retour sur cette opération militaire française.

 

 

Que sait-on de cette opération ?

L'opération armée a été rendue publique dans la soirée du vendredi 5 juin, par ce tweet de Florence Parly.

 

 

Florence Parly @florence_parly

Ce combat essentiel pour la paix et la stabilité dans la région vient de connaître un succès majeur.

Florence Parly @florence_parly
 

Le 3 juin, les forces armées françaises, avec le soutien de leurs partenaires, ont neutralisé l’émir Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), Abdelmalek Droukdal et plusieurs de ses proches collaborateurs, lors d’une opération dans le nord du Mali.

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Chef historique du jihad au Maghreb et mentor de plusieurs groupes jihadistes sahéliens, Abdelmalek Droukdal été tué jeudi à Talhandak, au nord-ouest de la ville malienne de Tessalit, selon l'AFP. "Plusieurs de ses proches collaborateurs" ont également été "neutralisés", a assuré la ministre des Armées.

 

 

L'opération a été menée par les troupes françaises au sol et avec l'appui de l'aviation, selon le colonel Frédéric Barbry, interrogé par France 24. Elle a été réalisée avec l'aide des Etats-Unis. "L'US Africa Command a été en mesure d'apporter son aide, avec des renseignements (...) et un soutien pour bloquer la cible", a déclaré à CNN le colonel Chris Karns, porte-parole du commandement de l'armée américaine en Afrique.

 

 

La France a également revendiqué vendredi soir la capture d'un "cadre important de l'EIGS", l'Etat islamique au grand SaharaCette branche sahélienne du groupe terroriste Etat islamique a été désignée ennemi numéro un par Paris en janvier dernier, au  sommet de Pau qui réunissait le président français Emmanuel Macron et les chefs d'Etat du G5 Sahel (Mauritanie, Burkina Faso, Mali, Niger, Tchad).

 

 

 

Qui est le chef d'Aqmi abattu ?

Première caractéristique d'Abdelmalek Droukdal : sa longévité exceptionnelle à la tête d'un groupe terroriste. Le journaliste de France 24 Wassim Nasr le souligne dans ce tweet.

 

 

 

Wassim Nasr @SimNasr
 

Le chef d'Al-Qaïda au Maghreb islamique tué par l'armée française au , un chef jihadiste stratège à l’origine de au & avec une longévité unique à la tête d’une filiale d’ http://f24.my/6YRN.T  via @FRANCE24

 

 

 
 

La ministre française des Armées Florence Parly a annoncé, vendredi, que le chef d'Al-Qaïda au Maghreb islamique, Abdelmalek Droukdal, avait été tué, mercredi, par l'armée française, lors d'une opéra…

france24.com
77 personnes parlent à ce sujet
 

 

Né en 1971 dans un quartier pauvre de la grande banlieue d'Alger, le futur chef d'Aqmi fait des études scientifiques. Il a rejoint en 1993 les Groupes islamiques armés (GIA), pour lequel il était expert en explosifs. Pendant cette décennie, groupes islamistes et forces gouvernementales se sont affrontés dans une Algérie ravagée par la guerre civile et le terrorisme.

 

 

A la fin des années 1990, Abdelmalek Droukdal participe à la fondation du GSPC algérien (Groupement salafiste pour la prédication et le combat), qui refuse de rendre les armes, contrairement à d'autres groupes armés. Puis, dans les années 2000, il se rapproche d'Al-Qaïda, tandis que son influence s'accroît dans les pays voisins de l'Algérie, comme la Mauritanie, le Mali, le Niger, la Tunisie, la Libye. Son affiliation à l'organisation d'Oussama ben Laden est confirmée en 2006.

 

 

En janvier 2007, le GSPC change de nom et devient "Al-Qaïda pour le Maghreb islamique" (Aqmi). A la fin des années 2000, Droukdal, désormais fiché comme terroriste lié à Al-Qaïda par les Etats-Unis et l'ONU, domine le nord-est algérien, "rançonne les populations environnantes et harcèle les forces de sécurité", déclare à l'AFP Jean-Pierre Filiu, spécialiste du Moyen-Orient et auteur des Neufs vies d'Al-Qaïda.

En 2011, alors que Ben Laden est tué au Pakistan, Droukdal reprend son autonomie. L'émir d'Aqmi cherche à élargir ses activités au Sahel en s'alliant au groupe jihadiste Ansar Dine qui prend pendant quelques mois, en 2012, le contrôle du nord du Mali. Son emprise locale est plus évanescente, son autorité s'effrite. Il se fait plus rare, voire totalement silencieux, entre 2012 et 2015. En 2016, des journaux algériens affirment qu'il s'est enfui en Tunisie. Depuis, il se cachait.

 

 

 

Est-ce un coup dur porté à Aqmi ?

"C'est un beau résultat, estime Jean-Pierre Filiu, mais ça ne règle pas le problème du Sahel." La mort d'Abdelmalek Droukdal semble néanmoins un coup symbolique fort. Isolé en Algérie, il gardait des capacités de financement des réseaux sahéliens et un véritable rôle de chef, bien que de plus en plus contesté, indique à l'AFP une source proche du renseignement français. Sa mort, et celles à confirmer d'autres cadres d'Al-Qaïda, pourrait désorganiser ce mouvement qui rivalise avec la filiale sahélienne de l'Etat islamique (EIGS).

 

 

Spécialiste des mouvements jihadistes, le journaliste de France 24 Wassim Nasr, interrogé par franceinfo, est du même avis. Il considère que "la mort de Droukdal est d'une grande importance tactique et militaire, mais aussi politique", si elle est confirmée par les jihadistes eux-mêmes. Selon lui, la mort d'Abdelmalek Droukdal "va envenimer la situation entre Al-Qaïda et l'Etat islamique". En effet, il y avait une exception au Sahel où ces deux groupes ne se combattent pas. La mort des grands chefs, des anciens, va acter la confrontation". Il rappelle toutefois que "dans les mouvances jihadistes, la mort d'une personne est importante à court et moyen terme, mais après, elle est remplacée".

 

 

Abdelmalek Droukdal avait reçu l'allégeance de plusieurs groupes jihadistes actifs au Sahel, rassemblés depuis 2017 au sein du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM, également appelé JNIM). Cette alliance revendique depuis trois ans les principaux attentats dans le Sahel.

 

 

 

L'armée française va-t-elle se retirer du Mali ?

L'opération Serval au Mali a été lancée en 2013 sous François Hollande, rappelle Public Sénat, pour "stopper la progression de colonnes jihadistes qui contrôlent le nord du Mali. La capitale Bamako menace de tomber dans leurs mains." En 2014, Serval est remplacée par l'opération Barkhane. Elle s'étend alors à l'ensemble de la bande sahélo-saharienne.

 

 

Sept ans après, l'armée française est toujours présente dans cette partie du monde. En janvier dernier, Emmanuel Macron lui a demandé de se concentrer sur la zone des trois frontières entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui est grande comme la France. Composée de plus de 5 000 militaires, la force Barkhane multiplie les offensives ces derniers mois. L'objectif est d'enrayer la spirale des violences qui, mêlées aux conflits intercommunautaires, ont fait 4 000 morts au Mali, au Niger et au Burkina Faso l'an dernier.

 

 

Avec quel succès ? Une source proche du dossier affirme à l'AFP que quelque 500 jihadistes ont été récemment "neutralisés" (tués ou capturés) au Sahel par les militaires français. Parmi eux, plusieurs figures importantes : cadres religieux, commandants, recruteurs, logisticiens… Mais il est difficile de se battre, notait Public Sénat en février dernier, "contre un ennemi qui a, de fait, une meilleure connaissance du terrain, est capable de se noyer dans la population locale, un 'ennemi volatile'. D'autant que la pauvreté fait le terreau du terrorisme. On comprend pourquoi les attaques continuent."

 

 

L'armée française va-t-elle rester encore longtemps là-bas ? Selon Florence Parly, l'opération qui s'est soldée par la mort d'Abdelmalek Droukdal a été menée par "les forces armées françaises, avec le soutien de ses partenaires". Des "partenaires" qui ne seraient pas capables pour l'instant de prendre le relais, estime Le Figaro"L'autonomie des Forces armées maliennes ou des Forces armées nigériennes est la condition principale d'un désengagement français dans la région, écrit le journal. Pour l'heure, elles n'étaient pas en mesure seules d'assurer le contrôle des territoires perdus."

 

 

 

Franceinfo - le mercredi 3 juin 2020

 

 

Barkhane renforcée : pour quoi faire ?

 

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Franck CognardfranceinfoRadio France

 

 

Le ministère des Armées l'a annoncé dimanche 2 février : 400 militaires supplémentaires vont être déployés au Sahel, ce qui portera à 5 100 hommes et femmes le nombre de soldats au sein de l'opération Barkhane

 

 

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Deux cent vingt renforts annoncés en janvier, puis quatre cents en ce début de février 2020 : c'est une augmentation des effectifs de presque 15% qui a été décidée entre l'Elysée et le ministère des Armées. Ce "surge" comme le disent les Américains n'est donc pas anecdotique en termes d'effectifs. D'autant que, comme l'expliquait le 22 janvier le chef d'état-major des Armées (CEMA) à l'Association des journalistes de défense, ce renfort en moyens humains "s'accompagne de moyens logistique et ISR (renseignement et surveillance) supplémentaires". 

 

 

30 blindés légers, 30 blindés lourds, et une trentaine d'engins de logistique et de commandement vont être déployés prochainement. Ce qui portera à 800 le nombre de véhicules engagés sur Barkhane. le colonel Frédéric Barbry, porte-parole de l'état-major des Armées franceinfo

 

 

Ces renforts vont permettre une "permanentisation" du dispositif militaire français au Sahel, en particulier dans la région du Liptako. C'est en effet dans cette région des trois frontières (Mali, Niger et Burkina Faso) que vont être envoyés ces soldats supplémentaires, conformément au plan annoncé par Emmanuel Macron, lors du sommet de Pau le 13 janvier 2020. Le président de la République avait désigné ce jour-là la zone où se concentreront les efforts, le Liptako, et l'ennemi qui ensanglante la région depuis son retour en force à l'automne dernier, l'Etat islamique au grand Sahara (EIGS). 

 

 

 

 

Sahel, zone couverte par l\'opération Barkhane. En vert, la région dite des \"trois frontières\".

Sahel, zone couverte par l'opération Barkhane. En vert, la région dite des "trois frontières". (ETAT-MAJOR DES ARMÉES)

 

 

 

Il y a quelques semaines, le CEMA avait exposé aux députés de la commission des Affaires étrangères et des forces armées quelle était la vraie disponibilité des effectifs de Barkhane : "4 500 hommes au Sahel, c'est dérisoire", avait commencé le général Lecointre, "une fois soustraits les éléments de logistique, de soutien, et ceux qui sont de garde pour protéger nos emprises, je me trouve avec 2 000 hommes au maximum dans cet immense espace". 

 

 

 

De jour, de nuit : des soldats toujours au contact sur le terrain

Les renforts annoncés seront donc déployés essentiellement pour traquer et combattre sur le terrain les groupes terroristes. De jour comme de nuit, il y aura toujours des militaires dehors. "Nous sortons d'une logique d'actions-coup de poing/retour en base arrière, pour renforcer un maillage permanent", résume le colonel Barbry. Barkhane pourra ainsi mieux surveiller, et mieux couper les routes de trafics et d'approvisionnement logistique de l'EIGS. 

 

 

En augmentant ainsi ses capacités d'actions, Barkhane va coûter plus cher : la facture actuelle de 750 millions d'euros par an va grossir, sans qu'on puisse encore l'estimer. Et il ne faudra pas oublier d'inclure dans le décompte l'usure du matériel (le Sahel est un milieu "abrasif" pour les mécaniques), celui déjà déployé et celui qui va l'être dans les prochaines semaines. De fait, en montant en puissance, Barkhane se place aussi devant une obligation de résultats face aux Français. Même si le général Lecointre a prévenu, c'était en décembre, lors d'une visite au Mali : "Il n'y aura pas de victoire triomphale, avec défilé sur les Champs-Elysées". 

 


06/06/2020
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Franceinfo - le samedi 30 mai 2020 - mis à jour le 31.05.2020

 

 

En Zambie, les meurtres d'entrepreneurs chinois ravivent les tensions avec Pékin

 

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Laurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

Trois entrepreneurs chinois ont été assassinés à Makeni, banlieue de Lusaka, capitale de la Zambie, au cours du week-end des 23 et 24 mai 2020, a rapporté la presse locale

 

 

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Ressortissants chinois sur un marché à Lusaka, capitale de la Zambie, le 25 octobre 2010 (THOMAS NSAMA / AFP)

 

 

 

Les corps des trois Chinois assassinés en banlieue de Lusaka, dont une femme, auraient été traînés dans une usine textile qui a ensuite été incendiée, rapporte la BBC. La police a procédé à l’arrestation de trois personnes. Selon la presse locale, les trois entrepreneurs ont été tués par leurs employés, excédés par leurs conditions de travail très dures.



L’affaire intervient alors que depuis plusieurs années, l’importante présence chinoise provoque des mécontentements en Zambie. L’ambassade de Chine à Lusaka, citée par l’hebdomadaire chinois de langue anglaise Global Times, a demandé que des "mesures effectives" soient prises pour assurer la sécurité de ses ressortissants vivant dans le pays. Le journal note que plusieurs citoyens de l’Empire du Milieu y ont été tués au cours de ces dernières années.

 

 

Certains Chinois vivant en Zambie ont exprimé leur inquiétude pour leur propre sécurité, rapporte l’hebdomadaire. Une inquiétude également relayée par d’autres canaux plus ou moins officiels. Notamment le compte Twitter de Shen Shiwei, de la chaîne CGTN, présenté comme un analyste de politique étrangère. 

 

 

 

Shen Shiwei沈诗伟 @shen_shiwei
 

Camera footage reveals a brutal triple murder of Chinese nationals by three blacks suspects in . The lady’s body was even burnt to ashes. New information shows that is was apparently a robbery and murder. Anxiety and insecurity of local Chinese are rising.

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(Traduction : "Des images montrent un triple meurtre violent de ressortissants chinois par trois suspects noirs à Lusaka en Zambie. Le corps d'une femme a même été reduit en cendres. Selon de nouvelles informations, il s'agit d'un vol et d'un meurtre. L'inquiétude et le sentiment d'insécurité des Chinois vivant sur place sont en train de monter.")



Si l’on en croit des résidents chinois cités par le Global Times"certains (Zambiens) n’auraient pas compris les mesures sanitaires prises par des entreprises chinoises" dans le cadre du coronavirus. L’un d’eux précise que certaines de ces entreprises ont imposé une "gestion fermée" ("closed-off management") en interdisant à leurs employés de rentrer chez eux, "mais cela a été interprété par des habitants comme une restriction de leur liberté".

 

 

 

La Chine s’estime "stigmatisée"

Toujours selon la même source, "des articles dans des médias occidentaux et locaux ont stigmatisé la Chine et ont des conséquences sur la manière dont les Africains voient la Chine et les Chinois". Histoire d’enfoncer le clou, cette accusation est également portée par le responsable adjoint de l’Association des Chinois d’Outre-Mer, toujours dans le Global Times. Ceux qui pensaient que le "coronavirus serait originaire de Chine vivaient à l’écart des Chinois, ce qui a provoqué un conflit entre (ces derniers) et les Zambiens", a affirmé ce responsable. Une situation qui n’a pas échappé à Taïwan, où l’on note que cette affaire survient alors qu’on constate une "augmentation des tensions entre Lusaka et Pékin" (Taiwan News)...

 

 

Une situation tendue, c’est ce que montre le comportement, ces dernières semaines, du maire de la capitale zambienne, Miles Sampa. Celui-ci "a mené une opération visant à fermer des entreprises appartenant à des Chinois, notamment des salons de coiffure et des restaurants, après que des habitants se sont plaints de discrimination", rapporte la BBC.

 

 

 

The China Africa Project@eolander
 

Lusaka Mayor Miles Sampa himself went down to a Chinese-owned barbershop to shut them down for not serving local customers and threatened the staff with arrest if they continue to only serve Chinese patrons. "This is not Wuhan!" he angrily declared. https://www.youtube.com/watch?v=IKpz3UeWza0&feature=emb_title 

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(Traduction : "Le maire de Lusaka Miles Sampa s'est rendu en personne pour fermer un salon de coiffure appartenant à des Chinois qui ne servent pas de clients locaux. Il a menacé de faire arrêter le personnel s'il continuait à ne servir que des patrons chinois. 'Ici, on n'est pas à Wuhan !', a-t-il déclaré en colère.")  

 

 

L’élu est également intervenu dans une cimenterie, où une centaine d’ouvriers "ont été détenus en otage" pendant huit semaines, selon le site Lusaka Times"Il leur est interdit de rentrer chez eux parce qu’ils peuvent transporter le coronavirus avec eux", a dit le maire. "Nous avons dit au responsable chinois (de la cimenterie) que cela était de l’esclavage", a-t-il expliqué, cité par le journal. "Les Zambiens noirs ne sont pas à l’origine du coronavirus. Celui-ci vient de Chine et il a été importé en Zambie via la France", a-t-il encore affirmé. Par la suite, l’élu, qui a reçu de nombreux soutiens sur les réseaux sociaux, a dû s’excuser en évoquant une "erreur de jugement".

 

 

 

Les Chinois "se comportent comme les propriétaires du pays"

"Le pays est en colère (…). Les Chinois sont des étrangers ici, mais ils se comportent comme les propriétaires du pays", a commenté auprès de l'AFP Brebner Changala, une figure de la société civile zambienne. "Ceux qui travaillent pour les Chinois sont soumis à des conditions de travail insupportables. Ni les syndicats, ni le gouvernement censés les protéger ne le font. Ils doivent se défendre tous seuls", a-t-il déploré. Depuis quelques années, "le sentiment anti-chinois est de plus en plus perceptible en Zambie"notait déjà RFI en 2018.

 

 

Un tel sentiment trouve un relais dans les médias locaux. Egalement en 2018, le journaliste Kalima Nkonde observait dans le Lusaka Times "une colonisation subtile et informelle de l’économie" du pays de la part des Chinois. Avec pour objectif "l'accès aux matières premières, la recherche de marchés pour leurs produits, l’installation d’émigrants, ainsi qu'une stratégie à long terme pour établir un pouvoir et une influence géopolitiques".

 

 

 

La spirale de la dette

Ces tensions inquiètent le pouvoir zambien. A la suite de l’assassinat des trois ressortissants chinois, le ministre des Affaires étrangères, Joseph Malanji, a tenté de rassurer les investisseurs en qualifiant le drame d’"anarchie""La Zambie possède une économie libéralisée. Nous ne choisissons parmi ceux qui veulent faire des affaires ici, qu’ils soient blancs, noirs, petits, grands, que ce soit des hommes ou des femmes (...). Les étrangers ne devraient pas se sentir menacés par ce revers temporaire", a-t-il dit, selon des propos cités par le journal The Diggers !

 

 

 

Le président zambien, Edgar Lungu, en train de saluer des représentants de la firme chinoise Aviation Industry Corporation of China (AVIC Intl) à Lusaka le 15 septembre 2018

Le président zambien, Edgar Lungu, en train de saluer des représentants de la firme chinoise Aviation Industry Corporation of China (AVIC Intl) à Lusaka le 15 septembre 2018 (DAWOOD SALIM / AFP)



Il faut dire que la Zambie est très dépendante de l’étranger. D’autant qu’avec la crise du coronavirus, elle pourrait se retrouver en faillite. En raison notamment de sa dette, qui s’élèverait à au moins 10 milliards de dollars pour un pays de 17 millions d’habitants. Celui-ci a notamment reçu de la Chine des "prêts généreux" (dixit RFI) pour la construction d’infrastructures.



Résultat, aujourd’hui, selon la firme de business risk EXX Africa citée par la chaîne américaine CNBC, les entreprises chinoises font pression sur les autorités zambiennes "pour éviter de nouveaux retards de paiement ou des défauts de paiement sur leurs prêts". De plus, elles "refusent de restructurer les dettes existantes et recherchent plutôt de nouvelles garanties en cas de défaut". Elles s'efforceraient ainsi de prendre le contrôle des importants actifs miniers zambiens. Dans le même temps, la Chine conserve également une participation très controversée dans la radio-télé publique, la ZNBC. La preuve que le soft power fait aussi partie de la stratégie de Pékin.

 


31/05/2020
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Franceinfo - le jeudi 14 mai 2020

 

 

RDC : "L'affaire Kamerhe", un procès pour corruption au sommet de l'Etat qui interpelle toute l'Afrique

 

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Martin MatesoRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

Le nouveau président de la RDC, Félix Tshisekedi, l'avait promis à ses compatriotes : il sera intraitable dans la lutte contre la corruption

 

 

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Vital Kamerhe à la tribune de l'Assemblée nationale congolaise le 14 décembre 2010. Accusé de détournement de deniers publics, il est en détention préventive à Kinshasa depuis le 8 avril 2020. (ADIA TSHIPUKU / AFP)

 

 

 

Vital Kamerhe a été arrêté le 8 avril 2020. Depuis, il est incarcéré à titre préventif à la prison centrale de Kinshasa. C'était le principal allié politique du président congolais Félix Tshisekedi. Il avait activement contribué à son accession au pouvoir, avant de devenir son puissant chef de cabinet. Il est accusé, avec deux autres prévenus, du détournement de 50 millions de dollars. Des fonds destinés au financement de grands travaux de modernisation des infrastructures du pays, lancés par le chef de l'Etat après son investiture le 24 janvier 2019. Ils devaient servir, entre autres, à la construction de 4 500 logements sociaux. L'interessé était chargé de l'attribution de ces juteux marchés. Un travail "qu'il n'était pas seul à superviser", tient-il à préciser à ses accusateurs.

 

 

Les poursuites engagées contre Vital Kamerhe sont le résultat d'une vaste enquête anti-corruption, supposée marquer "le renouveau" de la justice congolaise dans le cadre de la lutte contre l'impunité des élites depuis l'indépendance de ce pays. Un fléau répandu à travers toute l'Afrique.

 

 

La corruption est un véritable cancer qui tue sur le continent africain. La tragédie dans nos pays, c'est l'arrogance et l'impunité qui protège les élites corrompues. Ahmedou Ould Abdallah, ancien chef de la diplomatie mauritanienne à franceinfo Afrique en mai 2019

 

 

Autant dire que "l'affaire Kamerhe" suscite un intérêt évident dans plusieurs pays africains. Dans l'entretien qu'il avait accordé à franceinfo Afrique, Ahmedou Ould Abdallah dénonçait de véritables hold-up opérés par les élites africaines. "Une escroquerie à grande échelle qui discrédite et tribalise les Etats", observait-il.

 

 

Le nouveau président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, veut manifestement mettre un terme à cette pratique scandaleuse qui perdure dans son pays depuis son accession à l'indépendance. Son message est clair : fini le temps où l'argent public s'évaporait dans la nature, sans que personne n'intervienne.

 

 

 

"Que la vérité triomphe"

Si une partie de l'opinion congolaise reste sceptique et évoque un règlement de comptes au sein de la coalition au pouvoir, de nombreux Congolais veulent y croire. Ils ont suivi avec beaucoup d'intérêt la première audience de ce procès, retransmis en direct par la télévision publique à la demande de l'accusé. Il a été reporté au 25 mai pour faciliter la poursuite de l'instruction.

 

 

Nous disons bravo, mais nous voulons que la justice soit impartiale, sinon cela donnera raison à tous ceux qui crient à l'acharnementJacques Lumumba, défenseur congolais des droits de l'Hommeau journal Le Monde

 

 

Ils sont nombreux sur les réseaux sociaux à exiger un procès équitable pour tous les prévenus dans ce procès anti-corruption sans précédent. "Pour être équitable, le procès Vital Kamerhe doit échapper à la précipitation et à la tentation de trouver le coupable idéal", met en garde un internaute congolais. C'est aussi le souhait exprimé dans la presse congolaise. "Que la vérité triomphe, rien que la vérité", clame le journal La Prospérité.

 

 

 

"Un Vital Kamerhe peut en cacher d'autres"

Un procès dont les échos résonnent bien au-delà de la RDC. Au Burkina Faso, le quotidien Le Pays invite les autorités congolaises à ne pas hésiter à aller jusqu'au bout.

 

 

"Tout se passe comme si, sous le magistère de Félix Tshisekedi, nul n'est désormais au-dessus de la loi. Seulement, il doit comprendre qu'un Vital Kamerhe pouvant en cacher bien d'autres, il y a lieu d'aller jusqu'au bout en démasquant tous ceux-là qui, de près ou de loin, ont trempé la main dans le cambouis", écrit le quotidien burkinabè. C'est à ce prix que le président Tshisekedi prouvera aux yeux du monde entier qu'on est à l'aube d'une nouvelle ère en RDC, conclut notre confrère.

 


14/05/2020
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Franceinfo - le dimanche 3 mai 2020

 

 

Burundi : aux racines d’une crise ancienne et particulièrement complexe...

 

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Laurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions
 
 

 

Les électeurs burundais votent le 20 mai dans un climat miné par la violence

 

 

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Policier burundais à Bujumbura, capitale économique du Burundi, le 18 février 2017 (STRINGER / AFP)

 

 

 

La situation est très tendue au Burundi, où des élections présidentielle, législatives et municipales doivent se tenir le 20 mai 2020. Les raisons de cette crise très complexe plongent dans le passé. Pour les appréhender, il faut remonter dans l’histoire de ce pays, ancienne colonie allemande, puis belge, devenue indépendante en 1962. Une histoire au cours de laquelle ont été assassinées des centaines de milliers de personnes, Hutus comme Tutsis. Quelques clefs pour tenter de comprendre une réalité plus que complexe.



La crise au Burundi s’inscrit sur "la scène (de l’Afrique) des Grands Lacs, dans (des) pays bouleversés par les massacres et les exodes dantesques", notait en 1998 le journaliste Jean Hatzfeld dans Libération. De fait, le passé récent du Burundi semble n’être qu’une longue litanie de massacres et de contre-massacres entre les communautés hutue et tutsie…

 

 

 

L'indépendance

1962 : à l’indépendance, le Burundi est gouverné par un roi, Mwanbutsa IV, issu d’une monarchie qui serait apparue au XVIe siècle.

 

 

1965 : des législatives voient le succès des candidats hutus, communauté majoritaire au Burundi. Mais le roi choisit comme Premier ministre Léopold Biha, un Tutsi. En octobre, un coup d’Etat mené par des Hutus échoue. Commence alors contre cette communauté une sévère répression qui fait des milliers de morts.

 

 

1966 : le ministre de la Défense (tutsi), Michel Micombero, renverse la monarchie, proclame la République et instaure une dictature militaire. Les Tutsis "dominent alors l’armée et le gouvernement pendant que les élites hutues sont pratiquement écartées des institutions étatiques", note un article du chercheur René Lemarchand mis en ligne sur le site de Sciences-Po.

 

 

 

En 1972, des massacres sans précédent

1972 : une révolte menée par des Hutus éclate contre le pouvoir dirigé par la minorité tutsie. Elle entraîne des massacres sans précédent, qui font, selon les estimations, entre 150 000 et 300 000 morts.

 

 

Rien dans l’histoire mouvementée du pays n’est comparable à l’ampleur (de ces) tueriesLe chercheur René Lemarchand

 

 

"La grande majorité des personnes tuées étaient d’origine hutue (…). Les auteurs des tueries étaient, pour une bonne part, issue de la minorité tutsie, selon cette source. Pour autant, tous les Tutsis n’étaient pas des criminels, toutes les victimes n’étaient pas hutues. (Au sein des deux communautés) hutue et tutsie, il y a eu des victimes et des criminels, mais à des périodes séparées et avec différents niveaux d’engagement", tient à nuancer l’article du chercheur.

 

 

 

Mandatés par la Commission vérité et réconciliation du pays, des ouvriers recherchent des restes humains sur les lieux d\'une fosse commune dans la province de Karusi (nord-est du Burundi). Six fosses communes, remontant aux massacres de 1972, ont été découverts dans la région. Elles ont livré les restes de quelque 6000 personnes.

Mandatés par la Commission vérité et réconciliation du pays, des ouvriers recherchent des restes humains sur les lieux d'une fosse commune dans la province de Karusi (nord-est du Burundi). Six fosses communes, remontant aux massacres de 1972, ont été découverts dans la région. Elles ont livré les restes de quelque 6000 personnes. (BERTHIER MUGIRANEZA/AP/SIPA / SIPA)

 

 

L’instauration de la démocratie et l'arrivée d’un Hutu au pouvoir

1987 : un officier tutsi, Pierre Buyoya, s’empare du pouvoir. En 2020, ce dernier continue à compter dans le paysage politique du pays comme à l’extérieur : il est en effet haut représentant de l’Union africaine (UA) pour le Mali et le Sahel. Arrivé au pouvoir par un coup d'Etat, il a pourtant été celui qui a installé la démocratie. Dans le même temps, il tente de rapprocher les communautés en instaurant une journée de l’unité nationale et en composant un gouvernement comptant autant de Tutsis que de Hutus.

 

 

Juin 1993 : Pierre Buyoya organise "les premières élections libres, dans un pays où 15% de Tutsis dirigent 85% de Hutus. (Lui-même candidat, NDLR) Il est battu par le réflexe ethnique naturel des électeurs", explique Libération. Le vainqueur, Melchior Ndadaye, est le premier Hutu à accéder à la magistrature suprême et le premier président démocratiquement élu du Burundi. 

 

 

 

L'assassinat du premier président hutu et le début d’une longue guerre civile

Octobre 1993 : des extrémistes tutsis assassinent Melchior Ndadaye, mais leur coup d'Etat échoue. "Avec sa barbe sévère, son regard brûlant, le portrait de Melchior Ndadaye accroché (aujourd'hui) au mur des bureaux de la présidence du Burundi (...) a quelque chose d’intense et de poignant. A ses côtés, les autres visages solennels des dirigeants burundais ont tous, aussi, un côté émouvant. Un air de tragédie flotte sur cette galerie. La plupart de ces présidents ont quitté le pouvoir par la force", commente le journaliste Jean-Philippe Rémy dans Le Monde...

 


Le rôle de Pierre Buyoya dans la mort de son successeur reste obscur, aujourd'hui encore...

 

 

Le président Melchior Ndadaye, premier dirigeant hutu du Burundi, assassiné en 1993 pendant une tentative de coup d\'Etat. Photo non datée.

Le président Melchior Ndadaye, premier dirigeant hutu du Burundi, assassiné en 1993 pendant une tentative de coup d'Etat. Photo non datée. (DABROWSKI / AFP)


 

D’abord, un ensemble de massacres de Tutsis, en représailles. Puis, une reprise en main par les forces armées à dominante tutsie ; en d’autres termes, des contre-massacres. Le journaliste Jean-Philippe Rémy Le Monde

 

 

Eclate alors une guerre civile qui va durer jusqu’en 2005. Elle oppose l’armée, toujours "très largement composée et dirigée par des Tutsis, à des rébellions hutues" (Jeune Afrique). On distingue deux mouvements de rébellion : les Forces nationales de libération (FNL), qui seront notamment dirigées par Agathon Rwasa, candidat à la présidentielle de 2020 ; le Conseil national pour la défense de la démocratie et Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD), conduit notamment… par Pierre Nkurunziza, l’actuel président du Burundi. Bilan estimé de la guerre : 300 000 morts.



1994 :
 sous l’égide de l’ONU, un partage du pouvoir est instauré entre Hutus et Tutsis. Le Hutu Cyprien Ntaryamira accède à la présidence, le Tutsi Anatole Kanyenkiko est nommé Premier ministre. Mais Cyprien Ntaryamira est tué avec son homologue rwandais, Juvénal Habyarimana, dans l’attentat qui vise l’avion de ce dernier le 6 avril 1994. Au même moment débute au Rwanda un génocide perpétré par des Hutus extrémistes. Les massacres vont se poursuivre jusqu'en juillet. But : se débarrasser de la population tutsie, mais aussi des Hutus modérés. Bilan : 800 000 à un million de personnes tuées au Rwanda voisin.

 

 

Au Burundi, Cyprien Ntaryamira est remplacé par le président de l’Assemblée, Sylvestre Ntibantunganya.

 

 

 

Pierre Buyoya, le retour

1996 : "Dans une atmosphère de peur entretenue, Pierre Buyoya, à la tête d'officiers tutsis, renverse le régime de Sylvestre Ntibantunganya, légitime président hutu, sans un coup de fusil, en une demi-heure", raconte Libération. Il frappe alors "à droite pour mettre un frein aux brutalités de l'armée tutsie contre les Hutus, à gauche il isole la rébellion hutue au prix d'une impitoyable politique de camps de déplacement."

 

 

 

Fin (très progressive) de la guerre civile

28 août 2000 : de nombreux chefs d’Etat africains assistent à la signature des accords d’Arusha, sous l’égide du Sud-Africain Nelson Mandela, pour mettre fin à la guerre civile. "L'aura et la fermeté de Madiba (le surnom de Nelson Mandela, NDLR) auront raison des dernières résistances burundaises", observe Jeune Afrique. L'accord instaure "un système de partage du pouvoir entre les deux principales ethnies, hutue et tutsie. Il spécifie clairement qu'aucun président ne peut diriger le Burundi plus de 10 ans", précise RFI. Et prévoit une période de transition de trois ans pendant laquelle Pierre Buyoya restera président. Les combats vont se poursuivre pendant plusieurs années. La plupart des mouvements rebelles vont peu à peu déposer les armes. Certains d’entre eux se transforment en partis politiques.

 

 

 

Pierre Buyoya (à droite), alors président du Burundi, et Nelson Mandela (à gauche), ancien président de l\'Afrique du Sud, à Johannesburg le 5 mai 2001

Pierre Buyoya (à droite), alors président du Burundi, et Nelson Mandela (à gauche), ancien président de l'Afrique du Sud, à Johannesburg le 5 mai 2001 (ALEXANDER JOE / AFP)


 

L’arrivée au pouvoir de Pierre Nkurunziza (qui y est toujours...)

30 avril 2003 : Pierre Buyoya remet le pouvoir à Domitien Ndayizeye. Ce dernier reste au pouvoir jusqu’en 2005.

 

 

2005 : proclamation d’une nouvelle Constitution. L'ancien chef rebelle Pierre Nkurunziza est élu président. Et réélu en 2010.



2015 : Pierre Nkurunziza entend réformer la Constitution. "Taillée sur mesure" (Jeune Afrique), la réforme permet au président sortant de se présenter pour un troisième mandat, remettant ainsi en cause l’accord d’Arusha (interdiction à un dirigeant de rester plus de 10 ans au pouvoir). Elle lui donne aussi les pleins pouvoirs… Le vote se déroule "dans un contexte de très forte répression politique, marqué par l’appel au boycott de l’opposition et la société civile en exil"observe alors RFI.

 

 

Un régime accusé de s'enfoncer de plus en plus dans une dérive mystico-religieuse portée par un président convaincu que son pouvoir est d'essence divineRFI

 

 

17 mai 2018 : la nouvelle Constitution est adoptée par référendum avec plus de 70 % des voix. Elle autorise Pierre Nkurunziza à "briguer deux mandats de sept ans à partir de 2020" (La Croix). Le régime a tout fait pour que le oui l’emporte, notamment en réprimant les manifestations d'oppositon. Bilan : au moins 1200 morts et plus de 400 000 réfugiés.

 

 

7 juin 2018 : Pierre Nkurunziza proclame la nouvelle Constitution. Mais annonce qu’il ne se représentera pas…

 

 

 

L’antagonisme Hutus-Tutsis

Pour tenter d’expliquer la situation au Burundi, on ne peut que "réduire un drame compliqué à son plus simple dénominateur commun", comme l’explique le chercheur René Lemarchand déjà cité… Pour montrer toute l’étendue de cette complexité, on peut citer l’exemple de Pierre Nkurunziza, l’actuel président du Burundi, lui-même de père hutu et de mère tutsie...

 

 

Au moment de l’arrivée des premiers Européens dans la région, "deux groupes, Hutu et Tutsi, partagent le même territoire, parlent la même langue, le kinyarwanda, ont les mêmes croyances religieuses et les mêmes pratiques culturelles", écrit le médecin et historien Yves Ternon dans un article de La Revue d’histoire de la Shoah à propos du génocide au Rwanda.

 

 

"Ce sont les puissances colonisatrices, les Allemands, puis les Belges (...) qui font des Tutsis et des Hutus deux groupes ethniques différents. Les colons privilégient les Tutsis, décrits comme des 'Européens noirs' et jugés d’intelligence supérieure, au détriment des Hutus qualifiés de 'Nègres bantous', réduits à leur condition d’agriculteurs. Les Tutsis étaient prioritaires dans l’accès aux écoles missionnaires et dans le recrutement pour les emplois administratifs"complète RFI, toujours à propos du génocide au Rwanda.

 

 

 

Exode de réfugiés sur une route du Rwanda en juillet 1994 à l\'époque du génocide perpétré par des extrémistes hutus contre la population tutsie et des hutus modérés

Exode de réfugiés sur une route du Rwanda en juillet 1994 à l'époque du génocide perpétré par des extrémistes hutus contre la population tutsie et des hutus modérés (JOS? NICOLAS / HANS LUCAS)


 

Peut-on faire le lien entre la situation au Burundi et au Rwanda ?

"Malgré les apparentes analogies entre les deux sociétés, le Burundi a une histoire précoloniale et coloniale différente de celle du Rwanda", explique l’historien Jean-Pierre Chrétien dans une interview à Jeune Afrique (accès payant).

 

 

A l’indépendance, la ‘question Hutu-Tutsi’ ne s’y pose pas. Mais le voisinage géographique et culturel du Rwanda ne pouvait que se faire sentirL'historien Jean-Pierre ChrétienJeune Afrique

 

 

Avant 1962, les deux pays, qui formaient alors une seule entité, ont été colonisés par les mêmes puissances européennes : Allemagne d’abord, Belgique ensuite.

 

 

"En 1965, en 1972, en 1988 ou en 1993, les vagues de massacres ou de contre-massacres visant les Hutus ou les Tutsis burundais ont souvent fait écho aux tensions politiques rwandaises. Mais ces crises sont liées d’abord aux contradictions de la politique intérieure burundaise", poursuit l’historien. "Mais cela n’empêche pas d’être lucide sur les influences d’un pays à l’autre. On observe, depuis les années 1960, le transfert au Burundi du vocabulaire en usage chez les extrémistes rwandais".

 


05/05/2020
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De Facebook - lundi 27 avril 2020

 

 

Covid-Organics à Madagascar : des militaires font du porte-à-porte pour distribuer la tisane dans la capitale

 

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Martin MatesoRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

 

La société civile malgache est vent debout. Elle dénonce "un excès de communication politique au détriment de la parole des experts médicaux"

 

 

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Des militaires distribuent la tisane contre le coronavirus dans le centre d'Antananarivo, la capitale malgache, le 22 avril 2020. (RIJASOLO / AFP)

 

 

 

Dans les ruelles de la capitale Antananarivo, c'est l'armée qui a reçu la mission de livrer à domicile une potion gratuite du Covid-Organics, censée protéger du coronavirus. Des militaires malgaches en uniforme font donc du porte-à-porte avec des sachets de tisane sous le bras, accompagnés du mode d'emploi de ce produit conçu par l'Institut malgache de recherche appliquée (IMRA).

 

 

Un sachet pour quatre litres d'eau, à prendre à raison de deux verres par jour pour un adulte, et un verre pour les enfants. C'est interdit aux femmes enceintes Mode d'emploi de la tisane Covid-Organics fourni aux habitants

 

 

Si de nombreux Malgaches ont accueilli à bras ouverts la distribution inattendue et gratuite de ce remède traditionnel vanté par leur président, Andry Rajoelina, "l'opération tisane" n'est pas du goût de tout le monde. La distribution du Covid-Organics a même suscité une vive polémique depuis qu'il a été donné à consommer par les élèves qui ont repris le chemin de l'école la semaine dernière. Certains ont refusé de s'y soumettre sans avoir obtenu l'accord de leurs parents, rapporte la presse malgache. "Chaque parent est bien évidemment libre de ne pas autoriser son enfant à le prendre", explique la directrice de cabinet du président, Madame Lova Ranoramoro

 

 

 

"Pas assez de place à la parole des experts médicaux"

Depuis quelques jours, la société civile est vent debout dans la Grande Ile de l'océan Indien. Des réactions se sont multipliées pour dénoncer la distribution du Covid-Organics dans les établissements scolaires. Certaines organisations invoquent les dispositions de la Constitution malgache pour justifier leur rejet.

 

 

Il est interdit de soumettre une personne, sans son libre consentement, à une expérience médicale ou scientifiqueArticle 8 de la Constitution malgache L'Express de Madagascar du 25 avril 2020

 

 

Toute forme de contrainte est donc inadmissible, note un communiqué signé par plusieurs associations de la société civile malgache. Elles dénoncent aujourd'hui "un excès de communication politique au détriment de la parole des experts médicaux". C'est ce que pointe aussi Transparency International sur sa page Facebook. L'organisation réclame la totale transparence des recherches et des expérimentations médicales du Covid-Organics sur la santé publique.

 

 

"Les déclarations de la société civile justifient les doutes de plusieurs entités et notamment les membres de l'Académie nationale de médecine sur l'efficacité du remède", écrit Transparency International, citée par l'Express de Madagascar

 

 

Le journal précise toutefois qu'après une rencontre avec le chef de l'Etat malgache, l'Académie de médecine a fini par lever ses doutes concernant le Covid-Organics. Elle avait mis en garde contre l'utilisation d'un remède dont "les preuves scientifiques n'ont pas encore été élucidées".  Dans un nouveau communiqué publié dans la soirée du 24 avril, l'Académie de médecine ne s'oppose plus à la distribution du produit. Toutefois, elle tient à préciser que le Covid-Organics n'est pas un médicament, mais plutôt "un remède traditionnel amélioré".

 

 

"L'Académie ne s'oppose pas à son utilisation sous forme de décoction et la laisse à la libre appréciation de chacun, sous réserve de respect de la dose indiquée, notamment pour les enfants", indique le communiqué remis à la presse. Il est toutefois recommandé de mettre en place un système de suivi des personnes ayant consommé le "Tambary CVO", terme utilisé par l'Académie pour désigner la décoction Covid-Organics.

 

 

 

"Des méthodes pas bien scientifiques"

Mais si l'Académie de médecine ne déplore plus l'absence de preuves scientifiques concernant ce remède, sa nouvelle prise de position est loin de faire l'unanimité au sein de la communauté scientifique de la Grande Ile. Le doyen de la faculté de médecine de Toamasina, dans l'est de l'île, est parmi ceux qui tirent la sonnette d'alarme contre "les méthodes pas bien scientifiques" autour de cette tisane. Rejoignant ainsi les grandes réserves émises par l'Organisation mondiale de la santé après le lancement du remède malgache.

 


28/04/2020
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Franceinfo - le jeudi 16 avril 2020

 

 

Nigeria : 18 personnes tuées par les forces de sécurité pour non-respect du confinement

 

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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

 

 

Le Nigeria enregistre jusqu'à présent 407 cas officiels d'infection et 12 décès déclarés

 

 

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Un policier nigérian à un point de contrôle pour faire respecter le confinement à Lagos, le 12 avril 2020.  (PIUS UTOMI EKPEI / AFP)

 

 

 

Les forces de sécurité nigérianes ont tué 18 personnes accusées de ne pas avoir respecté les mesures de confinement mises en place dans le pays le plus peuplé d'Afrique pour enrayer l'épidémie de coronavirus, selon un décompte de la Commission nationale des droits de l'Homme.

 

 

La Commission a enregistré 105 actes de violations des droits de l'Homme "perpétrés par les forces de l'ordre" et "18 personnes tuées" dans des exécutions extra-judiciaires, dans un rapport publié le 15 avril 2020, soulignant que le Nigeria enregistre, jusqu'à présent, 407 cas officiels d'infection et 12 décès déclarés. Cet organe officiel de surveillance des droits de l'Homme a accusé les forces de sécurité d'un "usage disproportionné de la force, d'abus de pouvoir, de corruption et de non-respect des lois nationales et internationales". 

 

 

 

Mesures strictes

Pour lutter contre la propagation de l'épidémie de coronavirus, plusieurs Etats, dont celui de Lagos et son voisin d'Ogun, ont adopté des mesures de confinement très strictes qui empêchent toute activité économique non-essentielle. La population a l'obligation de rester à la maison, sauf pour acheter de la nourriture un jour sur deux.

 

 

Quelques heures seulement avant la fin de la première phase de 14 jours, qui devait s'achever lundi 13 avril, le président Muhammadu Buhari avait annoncé une prolongation de deux semaines supplémentaires, dans un climat social extrêmement tendu et une hausse des actes de criminalité. 

 

 

Le porte-parole de la police, Frank Mba, a regretté que "la commission reste trop générale dans ses accusations", et qu'elle confonde toutes les agences de sécurité dont la police. "La Commission aurait dû donner des détails sur ceux qui ont été tués par la police, leur nombre exact, leur nom et le lieu de l'incident, ainsi nous pourrions prendre des sanctions adéquates", a-t-il déclaré à l'AFP.

 

 

 

Mourir de faim ou de maladie

Dans de nombreux quartiers populaires de Lagos, capitale économique du Nigeria de 20 millions d'habitants, l'immense majorité de la population dépend de l'économie informelle pour se nourrir. La situation est d'autant plus inquiétante que la faim et la criminalité semblent se diffuser dans tous les quartiers de la mégapole. 

 

 

Des vidéos de violences policières postées sur les réseaux sociaux, où l'on voit des policiers détruire des étals de marché, ou encore tabasser la population ont fait scandale dans le pays, où les forces de sécurité sont régulièrement accusées d'abus de pouvoir et de corruption.

 

 

Selon l'organisation World Poverty Clock (lien en anglais), le Nigeria, pays de près de 200 millions d'habitants, compte le plus grand nombre de personnes au monde vivant sous le seuil d'extrême pauvreté (plus de 87 millions en 2018).

 


18/04/2020
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Franceinfo - le samedi 18 avril 2020

 

 

Le coronavirus qui "risque de coûter aux pays africains entre 5 et 10 points de PIB" relance le débat sur la dette du continent

 

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Laurent Ribadeau DumasRédaction AfriqueFrance Télévisions

 

 

Tout en étant très touché par une crise économique sans précédent liée à l’impact du coronavirus, l'Afrique supporte un endettement de plus de 300 milliards de dollars. Explications de Thomas Mélonio, de l'Agence française de développement

 

 

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Une femme porte un masque dans une rue du township d'Alexandra, à Johannesburg, en Afrique du Sud, le 15 avril 2020. (JEROME DELAY/AP/SIPA / SIPA)

 

 

 

Avec l’irruption du Covid-19, de nombreux pays africains sont plongés dans une grave crise sanitaire, mais aussi économique et sociale. Une situation d’autant plus critique que nombre d’entre eux sont déjà très endettés. Les grands créanciers internationaux ont annoncé un moratoire de la dette pour 12 mois. Ce qui va permettre aux Etats en difficulté de consacrer immédiatement des moyens budgétaires supplémentaires à la lutte contre cette crise. Les explications de Thomas Mélonio, directeur exécutif de l’innovation, de la recherche et des savoirs à l’Agence française de développement (AFD).



Franceinfo Afrique : Emmanuel Macron a parlé, le 13 avril, d’annuler "massivement" la dette des pays africains. De leur côté, les ministres des Finances et gouverneurs des banques centrales du G7 et du G20  se sont dits favorables à une suspension de la dette, mais pas à une annulation. N’y a-t-il pas là une contradiction ?

 

Thomas Mélonio : il faut savoir que l’Afrique va être assez fortement frappée par la crise du Covid-19. Elle va l’être évidemment au niveau sanitaire. Mais elle va l’être aussi au niveau économique. Elle risque d’être touchée à trois niveaux. Il y a d’abord eu une fuite des capitaux : depuis février, 90 milliards de dollars ont quitté les pays en développement. Cinq fois plus qu’en 2008 ! Alors que dans l’état actuel des choses, ces pays ont besoin d’emprunter pour faire fonctionner leurs services publics, notamment sanitaires.

 

 

Le second choc intervient pour le tourisme. Pour le Maroc, par exemple, cette activité représente 10% du PIB, avec un pourcentage équivalent pour l’emploi. Le troisième choc, c’est la division par deux du prix du baril de pétrole. Ce qui handicape les pays producteurs : Angola, Nigeria, Gabon… Mais le phénomène frappe l’ensemble du secteur des matières premières et a des conséquences pour des pays comme l’Afrique du Sud ou la Zambie. Au final, cette crise risque de coûter aux pays africains entre 5 et 10 points de PIB. Soit entre 130 et 150 milliards de dollars de revenus en moins en 2020 pour l’ensemble du continent.

 

 

 

Personnel sanitaire à l\'hôpital Charlotte Maxeke à Johannesburg le 15 avril 2020

Personnel sanitaire à l'hôpital Charlotte Maxeke à Johannesburg le 15 avril 2020 (MICHELE SPATARI / AFP)



On a effectivement annoncé un moratoire sur le service de la dette externe, laquelle représente 32 milliards. La mesure concerne 76 pays, dont 40 pays africains, et porte sur une somme de l’ordre de 20 milliards d’euros dont les échéances sont reportées à plus tard. Tous les créanciers ont accepté : bilatéraux (Etats… NDLR), qui prêtent sur des durées longues, multilatéraux (FMI, Banque mondiale, banques de développement comme la Banque africaine de développement…), privés (banques, entreprises, gestionnaires de fonds… NDLR). Les créanciers privés, qui prêtent sur le court terme, représentent 25% du stock de dettes. Eux aussi ont accepté, car ils savent que sinon ils ne seront pas remboursés. Reste donc en suspens 12 milliards d’euros pour lesquels les créanciers multilatéraux n’ont pas encore dit oui à un moratoire.



Ce moratoire est une réponse pour 2020 : il permet de repousser les échéances et d’apporter des liquidités supplémentaires aux Etats, qui vont avoir besoin de beaucoup d’argent. Mais il n’est pas suffisant en raison de l’ampleur du choc actuel : la perte de revenus est cinq fois supérieure au poids de la dette. Dans ce contexte, la suspension de celle-ci est une mesure de très court terme.

 

 

 

Et pour un plus long terme ?

 

Il est donc nécessaire de chercher d’autres ressources pour trouver une réponse globale à la crise du coronavirus. Il y a des enjeux sanitaires immédiats. C’est ce à quoi travaille l’AFD en montant des projets avec l'Inserml'Institut Pasteur, la fondation Mérieux, des centres de recherche, des cliniques... Et puis se pose la question de l’après 2020. Il faut voir que les prévisions, notamment du FMI, s’attendent, pour l’année 2021, à une conjoncture supérieure à celle de 2019, notamment en Afrique. Ce qui alimente la réflexion de savoir s’il faut envisager d’annuler entièrement ou partiellement une dette dont le stock total s’élève à plus de 300 milliards de dollars pour l’ensemble du continent.



En fait, tout dépend des pays : certains seront viables et solvables, d’autres seront dans l’incapacité de financer des investissements. Dans l’état actuel des choses, on observe une crise de la solvabilité dans 25 à 30 pays. La décision d’annulation totale ou partielle se fera en fonction de la situation de chacun. Une annulation totale peut intervenir pour des pays dont la dette n’est plus viable.

 

 

La réflexion est d’autant moins simple que l’univers financier est très complexe. Aujourd’hui, avec l’arrivée de la Chine, des pays du Golfe, du Brésil, des banques de développement, il y a beaucoup plus de bailleurs de fonds qu’avant… Sans compter les acteurs privés. Tous ont accepté le moratoire. Mais pour l’avenir, il s’agira de discuter d’annulation. Et là, je m’attends à une discussion serrée !

 

 

 

Comment voyez-vous la situation africaine dans le contexte d’une sortie de crise ?

 

 

Opération de désinfection dans un marché de Nairobi au Kenya le 15 avril 2020

Opération de désinfection dans un marché de Nairobi au Kenya le 15 avril 2020 (LUIS TATO / AFP)

 

 

 

L’adage explique qu’une crise renforce les forts et affaiblit les faibles ! Les pays endettés, les pays pétroliers, ceux qui vivent du tourisme vont connaître une situation difficile et en payer la facture pendant plusieurs années. Des pays à l’économie diversifiée, comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, s’en sortiront mieux. Ceux qui n'ont pas mis tous leurs œufs dans le même panier.

 

 

 

Comme l’a dit lui-même le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, les annulations de dette se feront donc "au cas par cas". Mais n’est-ce pas en contradiction avec l’annonce, le 8 avril, par le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, d’une aide à l’Afrique de "près de 1,2 milliard d'euros", dont 1 milliard de prêts et 150 millions de dons ? Ne risque-t-on pas d’alourdir l’endettement ? Et pourquoi cette différence entre dons et prêts ?

 

 

Les pays que nous jugeons viables obtiendront des prêts remboursables, pour ceux qui ne le seront pas, nous ne faisons que des dons. C’est le point de vue de l’Etat français. L’effort est réparti. Les dons ne seront évidemment pas remboursés. Les prêts, qui sont bonifiés par l'Etat, c’est-à-dire à des taux très inférieurs à des taux commerciaux, permettront d’engager dès maintenant davantage d’argent pour financer davantage d’actions sanitaires et sociales, même si évidemment ils devront être remboursés plus tard.

 

 

Finalement, les pays trop endettés, parce que leur dette n’est déjà plus viable, n’auront que la partie don, mais auront le plus grand mal à financer le reste des besoins. Nous essayons de compenser en leur faisant des dons un peu plus importants, mais être privé de l’accès au crédit, qu’il soit public ou privé, est un gros problème pour un Etat, car très rares sont les pays qui financent leurs investissements sur le budget propre.

 

 

 

Certains pensent que face à la crise du coronavirus, la France ferait mieux de garder son argent pour s’occuper de ses infrastructures sanitaires plutôt que d’aider l’Afrique. Que répondez-vous à ce type de critique ?

 

 

Un agent sanitaire prend la température de jeunes sans-abri, confinés en quarantaine, près de Dakar le 10 avril 2020. 

Un agent sanitaire prend la température de jeunes sans-abri, confinés en quarantaine, près de Dakar le 10 avril 2020.  (JOHN WESSELS / AFP)

 

 

 

Tant que le virus circule en Afrique, il est susceptible de revenir en France et de provoquer une nouvelle vague. Il faut s’assurer qu’il soit sous contrôle partout, sur le continent comme ailleurs. De notre part, c’est donc un argument égoïste ! Mais il y a aussi un niveau de solidarité nécessaire. Il s’agit notamment d’aider des populations sur un continent où la maladie présente des risques énormes pour les cas de comorbidité (personnes souffrant de plusieurs maladies à la fois, NDLR).

 

 

 

Et que dire à ceux qui évoquent les problèmes de corruption, des aides qui seraient détournées, versées sans contrôle ?

 

Ce n’est pas vrai qu’il n’y a pas de contrôle. A l'AFD, tous les projets sont soumis à des demandes d’audit. Pour les prêts au niveau international, les mécanismes de contrôle ont été institués par le FMI. Quand on apporte des fonds, il faut par ailleurs savoir comment toucher les populations les plus vulnérables. Pour ce faire, à l’AFD, nous, nous nous efforçons de trouver sur le terrain des acteurs aptes à répondre sur les plan sanitaire et social. Que ce soit des entreprises privées, des banques, des ONG, des institutions de microfinance...

 


18/04/2020
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