L'AIR DU TEMPS

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Franceinfo - le mercredi 31 octobre 2018

 

 

Jolly Jumper, Joe Dalton... On dégaine les histoires secrètes de Lucky Luke pour la sortie du 80e opus, "Un cow-boy à Paris"

 

 

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Pierre GodonFrance Télévisions
 

 

 

 

Il est pauvre, solitaire et loin de son foyer, comme il le chante à la fin de chacun de ses albums. Et surtout il tire plus vite que son ombre. Mais ça, tout le monde le sait...

 

 

 

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Couverture de l'album "Un cow-boy à Paris", 80e album de Lucky Luke, paru chez Dargaud le 7 novembre 2018. (ACHDE ET JUL / LUCKY COMICS)

 

 

 

On ne vous dira pas s'il chante sa ritournelle "I'm a Poor Lonesome..." devant la tour Eiffel sur fond de soleil couchant dans Un cow-boy à Paris, le 80e album qui sort vendredi 2 novembre. Mais Lucky Luke, le cow-boy-solitaire-loin-de-son-foyer, vous connaissez forcément : ses aventures se sont écoulées à 300 millions d'albums et ont fait l'objet d'une douzaine d'adaptations au cinéma et à la télé. Jolly Jumper, Rantanplan, les Dalton, vous maîtrisez...  Enfin, c'est ce que vous croyez.

 

 

Car bien des éléments iconiques de la série demeurent mystérieux même pour les passionnés. Ces derniers sauront peut-être que les Dalton, les vrais, n'étaient que trois. Mais quand Morris tombe sur l'anecdote dans une bibliothèque de New York en 1947, il préfère faire fi de la réalité historique. Le quatrième n’est devenu mauvais qu’après la mort des premiers, "mais j’ai trouvé plus drôle de les mettre tous les quatre ensemble", explique-t-il aux Cahiers de la BD en 1973.

 

 

 

Jolly Jumper, "c'est définitivement une jument"

Niveau d'érudition supérieur : connaître l'origine de la chanson iconique du poor lonesome cowboy. Il faut attendre 1997 pour que Morris en révèle l'origine, qui remonte aux débuts de sa carrière, à Libération : "J'habitais dans une chambre meublée à Bruxelles. Ma logeuse fumait beaucoup et chantait 'Je suis seule ce soir' [de Lucienne Delyle], un grand succès de l'époque. Et, pour compléter le tableau, elle avait les jambes arquées et des dents de cheval." 

 

 

Après ces broutilles, on passe au niveau difficile : vous êtes-vous déjà interrogé sur le sexe de Jolly Jumper ? Attention, révélation : "J'en ai parlé avec Morris, et c'est définitivement une jument, assure Patrick Nordmann, scénariste de plusieurs albums dans les années 1990 et cavalier à ses heures perdues. Si c'était un étalon, jamais il ne se serait comporté comme ça. Tout en Jolly Jumper – sa débrouillardise, son sens de l'initiative, son intelligence – indique que c'est une jument." Si les spécialistes soulignent que les cow-boys n'utilisaient que des hongres ou des juments pour se déplacer, Morris a laissé passer une case ambiguë dans l'histoire courte Un amour de Jolly Jumper, à retrouver dans La Ballade des Dalton et autres histoires. Le mystère demeure, au point que les contributeurs de Wikipedia ont ôté toute mention du sexe du cheval le plus fort de l'Ouest aux échecs.

 

 

 

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Couverture de l'album "Sept histoires de Lucky Luke" paru chez Dargaud. (MORRIS / DARGAUD)

 

 

 

Le problème, c'est que Morris a passé le colt à gauche en 2001, dans des conditions troubles, alors qu'il avait demandé à ce qu'on lui apporte sa table à dessin à la clinique où il se faisait soigner après une chute. Outre le fait qu'il a laissé inachevé l'album inédit à ce jour Lucky Luke contre Lucky Luke (les tribulations d'un imposteur se faisant passer pour le cowboy qui tire plus vite que son ombre), le créateur du personnage n'a pas eu le temps d'établir un cahier des charges pour les éventuels repreneurs. Ce qui chagrine beaucoup Patrick Nordmann, qui s'est étouffé quand il a vu Jolly Jumper tomber amoureux d'une jument dans La Belle Province, premier album de la nouvelle équipe. "Et maintenant, on le fait venir à Paris alors que Morris ne voulait pas que son héros quitte le continent américain..."

 

 

 

 

Morts, double whisky et danseuses de saloon

 

Patrick Nordmann et les fidèles du cow-boy ont pu tiquer devant la déferlante de jeux de mots dès le premier album post-Morris, La Belle Province. Mais même de son vivant, Morris n'était pas extrêmement carré avec son cahier des charges. En 1973, le dessinateur expliquait aux Cahiers de la BD qu’il arrivait à René Goscinny, le scénariste historique de Lucky Luke pendant vingt ans et une bonne trentaine d'albums, de les glisser dans son texte, mais qu’il les supprimait toujours.

 

 

 

Le problème, c'est que Morris ne s'est pas toujours appliqué la règle qu'il imposait aux autres. "Vous me rappelez qui a intitulé un de ses albums solos Phil Defer ?, sourit Guillaume Podrovnik, auteur d'un documentaire sur le cow-boy et son créateur sur Arte en 2015. Plus sérieusement, c'est parce que c'est Morris qui assurait lui-même la traduction en néerlandais qu'il voulait le moins de jeux de mots possibles [la preuve avec la traduction flamande de l'album Phil Ijzerdraad, littéralement "Phil Fil de fer"]. Car ceux de Goscinny pouvaient s'étendre sur des pages et des pages, comme dans Astérix."

 

 

 

Et s'il n'y avait que les jeux de mots... Celui qui aura le plus brutalement violé les codes de sa propre BD demeure Morris lui-même dans une histoire courte intitulé Lucky Luke se défoule, où on voit le cow-boy tuer à tour de bras, siffler un double whisky et s'encanailler avec des danseuses de saloon. Publiée dans Le Point au début des années 1970, cette drôle d'histoire a été éditée à petit tirage et en petit format.

 

 



31/10/2018
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