L'AIR DU TEMPS

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Franceinfo - le mercredi 26 décembre 2018

 

 

Pourquoi le Japon tient tant à chasser la baleine

 

 

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Juliette CampionfranceinfoFrance Télévisions
 

 

 

 

L'archipel a annoncé mercredi son retrait de la Commission baleinière internationale (CBI) dans le but de reprendre la pêche commerciale du mammifère

 

 

 

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Une baleine harponnée par un navire japonais, le 7 février 2008, dans l'océan Austral.  (HO / AUSTRALIAN CUSTOMS SERVICE / AFP)

 
 

 

Les critiques internationales n'ont pas tardé à se multiplier, le gouvernement australien se disant "extrêmement déçu" et exhortant le Japon à revoir sa position. Malgré les mises en garde de nombreux pays occidentaux, à commencer par l'Union européenne, le gouvernement nippon a annoncé, mercredi 26 décembre, son retrait de la Commission baleinière internationale (CBI) avec l'intention de reprendre officiellement la pêche commerciale du cétacé dès juillet prochain. 

 

 

En réalité, le Japon n'a jamais vraiment cessé la chasse à la baleine. Le pays a officiellement mis fin à cette pratique il y a trente ans, mais il utilisait une faille du moratoire mis en place en 1986 qui autorise la chasse aux cétacés à des fins de recherches scientifiques. Pourquoi, malgré les vives protestations des associations et de la communauté internationale, l'archipel décide de relancer la pêche commerciale à la baleine ? 

 

 

 

Parce que c'est un pan de son économie 

Interdire la pêche à la baleine reviendrait à supprimer un pan entier de l'administration japonaise. L'agence de pêche dépend du ministère de l'Agriculture japonais et de subventions importantes, "5 milliards de yens [36 millions d'euros]", sont consacrées chaque année à cette activité, souligne Le Monde. Pour Greenpeace, c'est la principale raison qui pousse le Japon à continuer la pêche à la baleine. "Les seuls bénéficiaires du programme de chasse à la baleine sont une poignée de bureaucrates qui abusent de l'argent public pour poursuivre un programme de recherche inutile" affirme l'association écologiste dans un communiqué

 

 

Une vidéo du quotidien Le Monde montre également que les "responsables politiques les plus influents" sont originaires de régions de pêche, comme le Premier ministre, Shinzo Abe, qui est issu de la province de Yamaguchi où se trouve "un important port de pêche baleinière". Ces derniers n'ont donc pas intérêt à ce que la chasse soit interdite. 

 

 

 

Parce que l'opinion y reste attachée

Le Japon est le plus grand pays baleinier du monde avec la Norvège. En 2017, 596 spécimens ont été pêchés par l'archipel. Les Japonais sont particulièrement attachés à cette tradition comme le monte un sondage réalisé en 2014 par l'Asahi Shimbun, un quotidien japonais. Celui-ci révèle que 60% des Japonais soutiennent la chasse à la baleine. Même parmi ceux qui disent ne pas consommer de chair de l'animal, près de la moitié sont du même avis comme le souligne Le Figaro. Les Japonais, notamment la frange nationaliste, considèrent la pêche à la baleine comme une importante tradition nippone. 

 

 

Cette pratique qui existe depuis le XIIe siècle au Japon, a connu son essor après la Seconde Guerre mondiale, puisque la viande de baleine était une source salvatrice de protéines animales pour les habitants du pays. A l'apogée de la chasse, dans les années 1950, environ 2 000 baleines sont débarquées au port chaque année. Le Monde précise qu'avant "1986, les Japonais en consommaient encore 2,3 kg par personne et par an". Aujourd'hui, les habitants n'en mangent que très peu, puisque leur consommation se limite à "quelques dizaines de grammes par habitant" précise le quotidien. 

 

 

 

Parce que c'est devenu un enjeu diplomatique 

Pour l'archipel, il s'agit également de ne pas plier devant la pression internationale. La chasse à la baleine est devenue un sujet de tensions entre le Japon et plusieurs pays, sur lequel le pays refuse de céder. Le 31 mars 2014, la Cour internationale de justice a ordonné au Japon de cesser de chasser toute pêche de baleine dans l'océan Antarctique, ce qui a été perçu par le gouvernement comme une "attaque culturelle, une sorte de préjugé sur la culture japonaise" indique Le Monde

 

 

Le sommet de la Commission baleinière internationale, qui s'est tenue en septembre 2018 au Brésil, s'est ainsi révélé particulièrement tendu. Le Japon a tenté de faire passer un texte visant à autoriser la mise en place de quotas de pêche commerciale pour les espèces de baleines jugées en nombre suffisant. Mais cette proposition a été torpillée par les pays défenseurs de la baleine, l'Australie en tête, l'Union européenne et les Etats-Unis au nom de la survie de l'espèce. Le gouvernement nippon menace alors de quitter l'instance internationale. En réponse, plusieurs pays dont le Japon ont bloqué le lendemain un vote proposant la création "sanctuaire pour les baleines de 20 millions de kilomètres carrés dans l'Atlantique Sud" comme le précise Brut. Finalement mercredi 26 décembre, le Japon a annoncé son retrait de la CBI. 

 

 

"Je crois que d'une certaine manière, c'est une question d'honneur" analyse pour France 24 l'historien spécialiste du Japon, Jean-Marie Bouissou. Il ajoute : "Personne n'a envie de se faire huer dans les médias, ni d'apparaître comme celui qui se met à genoux devant les étrangers." Maintenir la chasse à la baleine, c'est donc aussi une manière de ne pas céder à ce que le gouvernement perçoit comme un diktat.

 



26/12/2018
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