L'AIR DU TEMPS

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le Progrès du vendredi 17 mars 2017

 

 

 

FAITS DIVERS - À GRASSE (ALPES-MARITIMES). FUSILLADE AU LYCÉE : L'ACTE D'UN ADO FRAGILE

 

 

Un garçon de 17 ans lourdement armé a ouvert le feu sur le proviseur et des élèves de l'établissement scolaire Alexis-de-Tocqueville à Grasse. Une agression sans motivation terroriste qui semble liée aux troubles psychologiques et à la fascination pour les armes du jeune homme.

 

 

"On fumait une clope dehors ; on a entendu des coups de feu vers 12 h 45. On a vu plein d'élèves descendre en criant: y'a un taré qui tire sur les gens ! On est parties en courant, plus vite que Rainbow Dash (NDLR : héros de petit poney)"... Audrey et Mokhtaria, 15 ans, élèves au lycée Tocqueville de Grasse, sourient, soulagées : "On a été sauvées par la clope !". Autour, des parents en panique enlacent leurs enfants qui ont échappé à la fusillade. Elle fait huit blessés dans cet établissement ordinaire.

 

 

 

■ Que s'est-il passé ?

 

Peu avant 13 heures, des coups de feu ont retenti au sein du lycée. Un élève a visé directement quatre personnes : trois étudiants et le proviseur. Ce dernier s'est précipité sur son agresseur lorsqu'il a sorti son arme. "Un geste héroïque", souligne la ministre Najat Vallaud-Belkacem.Le tireur présumé a été interpellé "docilement sans opposer de résistance", a dit la police. Puis il a été placé en garde à vue pour des faits qualifiés de "tentatives d'assassinats". Il semble avoir agi seul, même si les enquêteurs continuent de chercher d'éventuelles complicités. Le bilan de la fusillade : huit blessés légers, dont le proviseur touché par balles au bras et trois adolescents atteints par des plombs. Quatre autres se sont blessés en heurtant des grillages. Par ailleurs, un "engin artisanal" a été désamorcé dans l'établissement, laissant penser que le pire a été évité.

 

 

 

■ Le suspect fasciné par les armes

 

Le suspect arrêté est scolarisé en première littéraire au lycée Tocqueville. Inconnu des services de police, le jeune homme de 17 ans a été retrouvé en possession d'un fusil, d'armes de poing et d'un engin explosif artisanal.

 

 

Son profil s'apparente à celui d'un adolescent fragile psychologiquement, fasciné par les armes à feu. Ses publications sur les réseaux sociaux laissent transparaître un intérêt malsain pour les tueries de masse dans les établissements scolaires, comme celle de Columbine (États-Unis) en 1999, où 13 étudiants avaient été tués. Sa personnalité est d'autant plus troublante qu'il a posté de nombreuses images morbides, issues de l'univers satanique. On y trouve aussi une vidéo où le jeune homme se met en scène, masque de clown sur la tête, masque à gaz sur la bouche et pistolet, non chargé, sur la tempe.

 

 

"Des élèves perturbés, il y en a partout. Le drame, c'est quand ils rencontrent des armes", note Philippe Tournier, porte-parole du syndicat des chefs d'établissement.

 

 

 

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■ Son mobile : une vengeance ?

 

On s'oriente vers un acte de vengeance ou un acte "fou", pour reprendre les termes de Najat Vallaud Belkacem.Le suspect aurait été victime de harcèlement dans son lycée, subissant les moqueries de nombreux camarades. Si la préfecture des Alpes-Maritimes s'est voulue prudente sur le sujet, évoquant des "motifs qui restent à déterminer", la procureure de la République de Nice a abondé en ce sens : Ses motivations semblent liées à ses mauvaises relations avec d'autres élèves. Il semblerait qu'il ait quelques difficultés à s'intégrer dans l'établissement". La piste terroriste est totalement exclue.

 

 

 

■ Comment il a fait irruption

 

Le lycée Tocqueville, grand bâtiment moderne situé dans la périphérie de grasse, ne possède pas de portiques de sécurité à l'entrée. Selon les premiers éléments de l'enquête, le suspect a "fait intrusion" dans l'établissement en milieu de journée, alors que de nombreux élèves se trouvaient dans la cantine, ce qui semble signifier qu'il n'était pas en classe le matin. Mais cette information reste à vérifier et la procureure n'a donné aucune précision à ce sujet, hier soir. B.M.

 

 

Quelles mesures de sécurité dans les établissements ?

 

Depuis l'attaque de Mohammed Merah dans une école juive de Toulouse, où il avait tué quatre personnes, la sécurité des établissements scolaires a été renforcée, avec une nouvelle montée en puissance pour la rentrée 2016, après les attentats. Hier, c'est semble-t-il un lycée "fragile et fasciné par les armes" qui a ouvert le feu, un événement rarissime en France qui a permis de tester les mesures de sécurité. "Il est clair que la préparation aux risques d'attentats prépare mieux les établissement" à des événements exceptionnels, souligne Philippe Tournier, secrétaire général du principal syndicat des chefs d'établissement (SNPDEN).

 

 

La fusillade de Grasse a aussi entraîné le déclenchement d'une alerte-attentat via une application pour smartphones. "Intervention en cours des forces de l'ordre et de secours", "Abritez-vous", "Ne vous exposez pas", ont enjoint les SMS transmis.

 

 

Depuis le début de la menace terroriste, les pouvoirs publics souhaitent développer la culture de "gestion des risque" au sein des 64 000 établissements scolaires français : formation de cadres et de personnels de l'Éducation nationale dans des centres d'entraînement des forces de gendarmerie, recensement au sein de chaque académie de tous les numéros de portable des chefs d'établissement pour pouvoir transmettre des alertes, tenue de trois exercices annuels dont un simulant une intrusion en vue d'un attentat, formation aux gestes de premiers secours des élèves de troisième.

 

 

Il y a dix ans, déployer une cellule de crise en quelques minutes, c'était impossible", rappelle Éric Debarbieux, universitaire et spécialiste de la violence en milieu scolaire. Philippe Tournier, du syndicat des chefs d'établissement, qualifie de "chimérique" la volonté de personnalités politiques de contrôler tous les élèves. Faut-il installer des portiques aux portes des lycées, comme l'a promis le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez ? "La simulation a été faite par nos collègues de Rhône-Alpes. Il faudrait quatre portiques par établissement, et donc quatre adultes mobilisés. Et même avec ce nombre, les élèves devraient arriver une heure à l'avance afin de tous passer avant le début des cours", explique M. Tournier. "Un lycée, c'est l'équivalent de quatre Airbus 380 qui décollent en même temps..." Selon lui, "il n'est pas question de ne rien faire mais le risque zéro n'existera jamais".



20/03/2017
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