L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

le Progrès du samedi 26 août 2017

 

 
 
    À LA VEILLE DE LA RENTRÉE SOCIALE. LA FRANCE "RÉFRACTAIRE À LA RÉ-
       FORME", VRAIMENT ?

 

 

 

La France n'est pas réformable, selon son président, qui le dit depuis longtemps. Pourtant, les électeurs ont souvent plébiscité les hommes politiques qui portaient des projets de rupture.

 

 

Les Français détestent les réformes. Le chef de l'État l'a dit jeudi à Bucarest. "La France n'est pas un pays réformable. Beaucoup ont essayé et n'y ont pas réussi". Ce n'est pas nouveau. Emmanuel Macron a fait campagne en assumant ce constat. "Quand je dis que la France n'est pas réformable, c'est que c'est un pays qui n'aime pas qu'on lui dicte les choses d'en haut", clamait-il en février à Angers. Durant des mois, il n'a pas parlé de réformes mais de plan de transformation nécessaire du pays. Son livre programme était titré "Révolution" C'est loin d'être un hasard.

 

 

 

Une révolution, pas de réforme

 

Le diable est dans les détails : la réforme vient d'en haut, et la révolution vient du peuple. "Le défi est immense, le peuple le relèvera. Et ce sera le peuple, pas quelques personnes d'en haut", précisait le candidat d'En Marche !.

 

 

Mais si le président de la République insiste à nouveau sur l'impossibilité de réformer, c'est que le moment est particulier. En chute dans les sondages de popularité, Emmanuel Macron va vivre sa première rentrée sociale. Celle-ci est annoncée tendue à cause de la réforme du code du travail. Les syndicats appellent à une grande journée de mobilisation le 12 septembre et le mouvement des Insoumis de Jean-Luc Mélenchon tambourine pour le 23 septembre.

 

 

 

Faire de la pédagogie

 

Le président veut donc remobiliser ses partisans. Depuis le début de la semaine, une opération pédagogie se construit à l'Élysée, à Matignon et à l'Assemblée. "Ce qui avait fait la force d'Emmanuel Macron, c'est de ne pas être trop techno mais de parler du quotidien des gens. Il va reprendre cela", croit savoir un député LREM.

 

 

Le but est de valoriser "le plan de transformation de la société" de Macron-candidat. Une façon de parler "réforme", sans évoquer un mot qui immédiatement appelle des blocages.

 

 

"Une réforme, c'est du progrès social. Toutes les réformes qu'on nous propose depuis des décennies vont à l'encontre des intérêts des salariés", estime Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT.

 

 

De son côté, Jean-Claude Mailly, numéro un de FO, est plus nuancé : "il y a eu des réformes en France ces dernières années. On ne peut pas dire que la France n'est pas réformable", dit-il.

 

 

 

Des clichés tenaces

 

Pourtant le cliché de la France figée dans un monde en mouvement a été largement utilisé par les hommes politiques. François Fillon en avait fait un argument lors des primaires de la droite, et avait gagné haut la main grâce à un projet de rupture, avec des mesures plus fortes que celles de l'actuel gouvernement. Nicolas Sarkozy a été élu en 2007 sur une promesse de grand changement.

 

 

Les sondages montrent que globalement les Français ne sont pas hostiles à une refonte du code du travail, mais qu'ils ne veulent pas du plafonnement des indemnités prud'homales.

 

 

En 2016, l'opinion avait basculé au sujet de la loi El Khomri quand le gouvernement avait eu recours au 49.3 pour la faire adopter. Cela avait été perçu comme un passage en force.

 

 

Emmanuel Macron a toujours assumé les ordonnances pour faire voter cette nouvelle loi Travail. Il considère qu'il a le mandat pour le faire. Mais peut-on faire "une révolution" en passant outre le débat au Parlement, représentant du peuple ? Réponse dans les prochaines semaines. Nathalie Mauret

 

 


 

 

"Comment gouverner les démocraties s'il faut être populaire pour être élu et impopulaire pour réformer ?" Luc Ferry Philosophe, ancien ministre de l'Éducation nationale sous le gouvernement Raffarin

 

 


 

357 ordonnances ont été publiées entre 2004 et 2013, selon une étude du Sénat. C'est plus de deux fois que lors des vingt années précédentes. Les ordonnances sont souvent utilisées par l'exécutif pour adopter des mesures impopulaires, techniques ou nécessitant une action rapide.

 

 




27/08/2017
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