L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

le Progrès du mercredi 16 août 2017

 

 
 
    IRAK : RECONSTRUIRE, DISENT-ILS. DES CHRÉTIENS DE RETOUR DANS LEURS
        MAISONS... TROIS ANS APRÈS

 

 

 

Les chrétiens étaient plusieurs milliers à Qaraqosh. Ils ont été chassés par les djihadistes en août 2014. Cet été, ils reviennent dans leurs maisons, prudemment, en recensant les dégâts.

 

 

Dans l'avenue centrale de Qaraqosh, la plupart des magasins sont vides et beaucoup de maisons sont ruinées Mais le mot Welcome clignote à la porte d'une boutique de pelles et de seaux

 

 

Ce n'est ni du cynisme ni de l'humour noir. Après 26 mois de dictature djihadistes, Qaraqosh à une trentaine de kilomètres de Mossoul, commence à reprendre un visage humain.

 

 

Le Welcome scintillant a une autre utilité. Il signale qu'il y a de l'électricité, ce que confirme le vacarme d'un outil de chantier. Personne ne s'en plaint ; les foreuses et compresseurs ont des charmes incomparables après le silence de mort du début de l'année.

 

 

Qaraqosh, qui comptait plus de 50 000 habitants avant août 2014, est resté vide d'octobre 2016 à avril 2017. Les djihadistes en étaient chassés, mais les anciens habitants, chrétiens ou yézidis, n'osaient pas se réinstaller.

 

 

 

450 familles sont de retour

 

Les plus audacieux sont revenus à la mi-avril. Ils ont fait sonner les cloches à Pâques, pour le plaisir d'écouter un son familier. Actuellement 450 familles sont au travail. "Mon retour est un pari", admet un cordonnier d'une quarantaine d'années. Il s'est installé dans un hangar de trois mètres sur cinq. Pas de voisin ; les autres boutiques n'ont pas encore été débarrassées de leurs gravats. Le cordonnier a un sourire triste ; son père a été enlevé par Daesh il y a trois ans. Depuis, aucune nouvelle. "Je veux croire à un miracle, mais au fond de moi je sais que je ne le verrai plus", dit-il.

 

 

A-t-il d travail ? Pas vraiment. Mais on parle de mille familles dès septembre, on va rouvrir des écoles, ces gens auront forcément besoin de réparer leurs chaussures". Prudent, le cordonnier vend aussi des tongs à petit prix.

 

 

Le marchand qui affiche le panneau Welcome est plus optimiste ; les pelles sont très demandées, il y a des tonnes de déchets à déblayer dans les maisons ruinées.

 

 

Le patron de la cafétéria aux modestes tables en plastique ne se plaint pas non plus. Des poulets tournent dans la rôtissoire. "Vingt poulets les mauvais jours, quarante les bons", annonce-t-i en séparant les ailes des cuisses avec une énergie de bûcheron.

 

 

Le compte est vite fait : dix mois après l'éviction des djihadistes, il n'y a qu'une douzaine de magasins ouverts dans Qaraqosh, rien que de l'utilitaire : tuyaux, balais, vis... Pour les babioles et les colifichets, on repassera.

 

 

Le sel superflu est le magasin d'alcools, repeint de frais en rouge vif. Sur les étagères s'alignent des whiskies, de l'arak, des vins du Liban... dix sortes de bières attendent dans une armoire réfrigérée. La clientèle est d'abord chrétienne mais il y a aussi des musulmans venus en douce de Mossoul. Où boivent-ils ? "Souvent dans leur voiture", croit savoir le marchand. les morts à la guerre ont été si nombreux que l'alcoolémie au volant n'est pas un vrai souci.

 



18/08/2017
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