L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

le Progrès du jeudi 3 août 2017

 

 
 
    ÉCONOMIE - L'ÉMIRAT GAZIER CONTINUE D'INVESTIR DANS L'HEXAGONE

 

 

 

AVEC NEYMAR, LE QATAR AUX AVANT-POSTES EN FRANCE

 

 

Le transfert annoncé de la star brésilienne au Paris Saint-Germain n'est que le énième épisode des investissements du petit émirat dans l'hexagone. Mais c'est peut-être le plus marquant.

 

 

Est-ce si anodin si Qatar Airways ne sera plus le sponsor global (maillot) du FC Barcelone ? L'un de ses joueurs vedette Neymar vient en tout cas de s'envoler définitivement pour Paris Saint-Germain, propriété du... Qatar. Le (big) "deal" n'est plus qu'une question d'heures.

 

 

Ce n'est pas tant un marché entre deux clubs phares européens que l'acquisition d'un joueur par un pays, pour en faire LA star d'un club qui lui appartient, mais pour en faire aussi l'ambassadeur de sa Coupe du monde de football en 2022. Du jamais vu. Et un investissement record dans l'histoire du football moderne.

 

 

 

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Neymar

 

 

 

 

Un achat qui concrétise également la relation privilégiée, parfois trouble, entre la France et le Qatar qui, historiquement, n'avaient rien en commun. En une dizaine d'années, l'Hexagone est ainsi devenu le deuxième bénéficiaire des investissements qataris, après le Royaume-Uni.

 

 

 

■ Le sport en tête de gondole

 

C'est le cheikh Tamin Hamadd Al-Thani en personne, devenu émir du pays en juin 2013, qui a concrétisé en 2011 l'achat du PSG. La venue de la star Neymar s'inscrit dans le projet au long cours du Qatar pour le PSG, et va booster le merchandising, notamment en Asie. Avec des moyens colossaux, le club parisien, quatre fois vainqueur du championnat de Ligue 1, écrase la concurrence en France, pas encore en Europe...

 

 

Pour prolonger son implication - ou sa domination diront certains - dans le sport, la petite monarchie a créé la chaîne BeÏn Sports, racheté le PSG Handball, et plusieurs courses hippiques de renom comme l'Arc de Triomphe. Elle est actionnaire principal du groupe de médias Lagardère (13,03 %).

 

 

 

■ Luxe, immobilier, industrie et armée

 

Plusieurs ressortissants qatariens possèdent en France des hôtels e luxe (Raffles, Peninsula, Martinez et Carlton) et le Qatar lui-même, propriétaire des magasins du Printemps, et deuxième actionnaire du groupe AccorHotels, possède plusieurs milliers de m2 sur les Champs-Élysées. Il a acquis en Autriche en novembre 2016 le palais Clam-Gallas, ancienne ambassade de France, après quelques remous. L'Émirat gazier (troisième réserve mondiale) a des participations minoritaires dans Total, Vinci, Veolia Environnement, LVMH et Vivendi.

 

 

Sur le plan militaire, la France fournit 75 % du petit matériel militaire du petit État. Lors de la vente, en 2015, de 24 Rafale (pour 6,3 milliards d'euros), François Hollande avait loué "la constance, la fiabilité, la crédibilité de la France vis-à-vis du Qatar".

 

 

 

■ Un fonds d'investissement franco-qatari

 

La politique d'influence du Qatar que certains décrivent comme du "clientélisme" a connu un (bref) coup d'arrêt en 2011, lorsque l'émirat avait voulu financer "un plan banlieue". Fin de non-recevoir des pouvoirs publics sur un sujet trop sensible, surtout à l'approche des élections présidentielles. Durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, une convention fiscale a pourtant favoriser les investissements qataris : exonération des plus-values immobilières, régime dérogatoire en matière d'ISF... Cette proximité s'est aussi concrétisée à travers un fonds commun de 300 millions d'euros, entre la Caisse des dépôts et consignations et le fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA). Ils est destiné à financer les PME françaises dans la recherche, la santé, l'agro-alimentaire. Les investissements ne semblent pas se tarir : en début d'année, Qatar Airways a ainsi annoncé son intention d'acheter un hôtel dans la capitale française et de construire un cinq-étoiles à Toulouse. Mais rien à Barcelone... Xavier Frere

 

 

 

 

REPÈRES

 

Un pays riche et enclavé

 

À peine plus grand que la Gironde, le Qatar forme une péninsule d'environ 11 500 km2 au milieu du Golfe persique. Il partage son unique frontière terrestre, au sud, avec l'Arabie saoudite. Hormis cette dernière, ses plus proches voisins sont le royaume du Bahreïn et les Émirats Arabes Unis.

 

 

Su 2,6 millions d'habitants du pays, seuls 313 000 sont Qatariens. Tous les autres sont des expatriés, principalement originaires du sous-continent indien ou d'Égypte. L'importance  cette main-d'oeuvre immigrée explique le pays compte trois fois plus d'hommes que de femmes, et que la population soit un patchwork de nationalités et de religions. Seuls 67 % des habitants sont musulmans, près de 14 % sont chrétiens et 14 % hindouistes. L'islam est officiellement religion d'État, mais le wahhabisme pratiqué au Qatar est beaucoup plus ouvert que dans les pétromonarchies voisines.

 

 

Parmi les musulmans, 80 % sont des sunnites. S'il tire une partie de sa richesse du pétrole, c'est principalement le gaz naturel qui fait la fortune du Qatar. Partageant avec l'Iran un immense champ gazier, il en est le quatrième producteur mondial, et le premier exportateur mondial de gaz liquide, notamment vers l'Asie.

 

 

 

 

 

Georges Malbrunot, journaliste, spécialiste du Moyen-Orient

"La France est condamnée à une prudence extrême"

 

Que est aujourd'hui l'état des relations entre la France et le Qatar ?

 

Durant sa campagne, Emmanuel Macron avait eu des mots assez durs à la fois contre le Qatar et l'Arabie saoudite, notamment sur le financement du terrorisme. Et une fois élu il a traîné pour prendre au téléphone l'émir du Qatar... La crise dans le Golfe est très embarrassante pour les Français : la France a un accord de défense avec le Qatar, une base militaire aux Émirats et un partenariat stratégique avec les Saoudiens.

 

 

Elle a des oeufs partout, l'objectif étant de ne heurter ni l'un ni l'autre. Les Qatariens ont davantage apprécié la position de l'Allemagne. On est un peu gêné, le Qatar a 20 milliards d'investissement en France... Ce qui se passe n'est pas bon pour nous, ni pour eux. Ils nous ont rendu beaucoup de "services" dans le passé : paiement de rançons pour libération d'otages, pratiques de clientélisme à l'égard d'hommes politiques... Eux aussi ont des dossiers.

 

Vous avez régulièrement évoqué les liens du Qatar avec des politiques français...

 

Le Qatar a voulu arrêter ces dérives

 

 

 

 

 

 

 

 



09/08/2017
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