L'AIR DU TEMPS

L'AIR DU TEMPS

le Progrès du dimanche 13 août 2017

 

 
 
    GREFFES - LE COCHON, DONNEUR D'ORGANES DU FUTUR

 

 

 

Grâce à la technologie des "ciseaux génétiques", des chercheurs ont modifié l'ADN de cochons pour rendre leurs organes compatibles avec le corps humain.

 

 

Cela paraît fou, mais demain vous pourriez vivre avec un coeur, un foie ou un rein de cochon. Des scientifiques y travaillent depuis des décennies. La xénogreffe (ou xénotransplantation), la greffe entre deux espèces biologiques différentes, est un vieux fantasme censé pallier le manque de donneurs humains. Principal candidat, le porc. Cet animal est réputé pour avoir des organes génétiquement proche des nôtres et taille à peu près équivalente. Et surtout, il est bien plus répandu que les primates, autres donneurs potentiels.

 

 

Mais longtemps, les chercheurs ont buté sur les incompatibilités génétiques. Jusqu'à ce jeudi, où dans la revue américaine Science, des scientifiques ont assuré avoir élevé des porcelets génétiquement modifiés pour que leurs organes soient compatibles avec les nôtres. Une révolution. Le coauteur de l'étude, George Church, de l'université américaine de Harvard, pense que des greffes de cochons à humains seront possibles "dans deux ans".

 

 

 

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Cochons OGM

 

Pour prendre les mesures de ce résultat, il faut saisir les obstacles qu'ont dû contourner le scientifiques. Si la greffe d'organes de cochons était impossible, c'était pour deux bonnes raisons. Tout d'abord, le génome des cochons contient des rétrovirus spécifiques, qui peuvent se transmettre à l'humain. Ce qui rend leur greffe dangereuse. Par ailleurs, les cellules de porcs sont couvertes d'une protéine combattue par les anticorps humains. Ce qui provoque des rejets systématiques.

 

 

Pour George Church et Luhan Yang, l'autre coauteur de l'étude, la solution à ces problèmes leur est venue de la biologie moléculaire. Les deux chercheurs ont utilisé la technologie CriprCas9, dite du "ciseau génétique". Ces ciseaux permettent de modifier l'ADN à un degré de précision inédit. En somme, on coupe dans l'ADN ce qui pose problème, puis on "recoud" l'ADN sans les parties gênantes. Ici, les "ciseaux génétiques" ont servi à couper les gênes des rétrovirus et des protéines sur les cellules du porc. Ensuite, les scientifiques ont cloné cet ADN dans de embryons de porcs. C'est ainsi qu'ils ont fait grandir quinze porcelets. "Ce sont sans doute les animaux les plus génétiquement modifiés sur terre", a déclaré Luhan Yang

 

 

 

Des "usines à organes"

 

De son côté, George Church a déjà fondé une entreprise, eGenesis, dans l'espoir de commercialiser ses travaux. Drôle de scientifique, ce George Church, lui qui s'est par exemple proposé de ramener des mammouths ou même des hommes de Néanderthal à la vie...

 

 

Reste que cette réelle avancée scientifique pose de profonds problèmes éthiques. Sans même parler des dilemmes religieux - juifs et musulmans s'abstiennent de manger du porc, pourront-ils s'en faire greffer ? - il y a enfin la question de l'exploitation animale. Verra-t-on à l'avenir se multiplier les "usines à organes", comme s'en inquiète déjà le New York Times ? Nul doute que les associations de protection des animaux trouveront à redire. R.B.

 



16/08/2017
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